Produced by Ren Galluvot (This file was produced from images generously made available by the Bibliothque nationale de France (BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr) L'ANTI-MOINE. Nos Numerus sumus & fruges consumere natis. PTRE. AUX ETRES PENSANTS. A tous les Etres pensants, morts, ns & natre, Salut, joie, bndiction, sant. Que chacun prenne ce qui lui convient, je ne me charge en aucune faon de faire les lots, j'aurois trop courir. Mes chers confreres, je vous ddie l'_Anti-moine_, bien persuad qu'en votre qualit d'Etres pensants, vous pensez comme moi sur le compte de tous les faquins de Moines. Ce sont tous autant de Menins de la Cour de Belzebuth, qui, avec le titre de Religieux, se moquent de la Religion, & la font servir leurs passions: il y a bien des sicles que cette mascarade dure, il est tems que le Carnaval finisse. Des Serinettes humaines, accoutumes siffler des penses, m'accuseront peut-tre d'en avoir trop dit sur leur compte; sont-elles faites pour penser? Non: doivent-elles tre coutes! Point du tout. Vous ne me ferez point de reproche, cela me suffit. Vous me demanderez quel est le motif qui m'a engag traiter cette matire: l'esprit du patriotisme. La rforme des Moines produiroit au Roi des ressources immenses, tandis que leur existence ne produit aucun bien. Qu'on supprime les Moines, ou, ce qui reviendroit bientt au mme, qu'il leur soit fait dfense de recevoir des Religieux avant vingt-cinq ans; qu'on donne ceux qui existent une pension de trois cens livres; que le Roi prenne le reste pour aider payer les dettes de l'tat & soulager ses peuples comme il le desire: ceci joint aux autres moyens que la sagesse du ministere employe, ne tarderoit pas liquider les dettes de la France, & nous pourrions sans Moines, plutt que sans argent, nous rdimer des pertes que nous avons faites, & voir notre Patrie reprendre son ancienne splendeur. Mais, dirons de petits gnies, ter les biens donns aux Moines, ce sont des biens consacrs Dieu mme, ce seroit les profaner que de dtourner leur destination un autre usage que celui pour lequel ils ont t donns. Ce seroit les profaner! Rpondez-moi petits chos monastiques, ne sont-ils pas cent fois plus profans, ces biens, lorsque les mmes Moines s'en servent entretenir des filles, se nourrir voluptueusement, se loger splendidement? voil cependant l'emploi qu'ils en font. Concevez donc, si vous pouvez le concevoir, que les Fondateurs n'ont eu d'autre intention que d'aider des pauvres, se nourir pauvrement; que les donations multiplies les ont rendus riches, que les richesses les ont remplis d'orgueil, & que l'orgueil a apport dans les Clotres tout autant de pchs mortels que la Religion en compte, & que le coeur humain en peut contenir. J'entends un escadron coiff, prendre leur dfense, & dire: mais ils prient Dieu pour notre conversion. Allez, bonnes femmes, allez, qu'ils prient Dieu pour la leur, ils auront assez faire. Si vous fondez votre salut sur de semblables prires, je le crois bien avantur. De prtendus politiques viennent encore la charge, & me disent que les Clotres sont des asyles bien commodes pour des familles nombreuses ou ruines. Je n'ai qu'une demande faire ces Messieurs: comment fait-on dans tous les Royaumes & Rpubliques o le nom de Moine n'est pas connu? D'ailleurs tout Etre pensant trouvera indigne & dnatur des peres & meres de forcer des enfants s'ensevelir tous vivants dans un Monastre; ils leur ont donn la naissance pour contenter leurs plaisirs, ils leur donnent la mort pour satisfaire leur cupidit; est-il rien de plus affreux? Quand on ne retireroit de l'abolition des Moines que l'avantage d'empcher des Citoyens d'tre toute leur vie malheureux, n'est-ce pas un motif assez puissant pour la faire desirer? Mais je dis plus, sans craindre de contredit, c'est qu'il y auroit baucoup gagner pour la Religion; les momeries seroient supprimes avec leurs Auteurs, Dieu auroit des adorateurs en esprit & en vrit, le Roi des sujets fidles, l'tat des Citoyens utiles, les peres des enfants soumis, les enfants des peres tendres & attachs, les maris des femmes chastes, & la manufacture des Enfants trouvs tomberoit au moins de moiti. [Illustration] L'ANTI-MOINE Orgueilleux Fainants, dont la molle indolence Vgete dans les bras d'une crasse ignorance, Vous qui ronflants en paix l'ombre des Autels, Jouissez des travaux du reste des mortels; 5 Frlons du genre-humain, immortels Cnobites, Lisez-moi sans froncer vos sourcils hypocrites; Dj j'entends des voix s'lever dans les airs, Qui condamnent au feu mes vridiques Vers, Dj j'entends sonner le tocsin fanatique, 10 Et nombre de Cagots me traiter d'hrtique. Sur un simple dbut s'enflammer de courroux: C'est mal difiant: dvots soyez plus doux. Quand j'aurai dmontr, mes trs-Rvrends Peres, Que vous tes de trop sur les deux hmispheres, 15 Que le bien de l'tat, de la Religion, Exigeroit de vous totale extinction; Qu'il n'est plus ici-bas de successeurs d'Antoine, Que vous ne possdez que l'esprit & la couene, De certain animal sale, avide, grognon, 20 Qui jadis eut l'honneur d'tre son Compagnon: Alors criez, alors, criez au Moinicide, Et cherchez pour vengeur quelque nouvel Alcide; Je vais en attendant, Messieurs les gens de rien, M'amuser aux dpens de quiconque appartient. 25 Le tems pass n'est plus, la nouvelle est certaine, Je la tiens d'un Gascon, d'un habitant du Maine, D'une vieille Pucelle qui la vtust, Pour cause, a fait donner le nom d'antiquit; Et moi quoiqu'Anti-Moine, & d'ailleurs bon Aptre, 30 Je me sens vtuster tout aussi bien qu'un autre. Or donc puisque tout passe & vtuste ici-bas, Freres, votre Institut n'est point exempt du cas. Pour s'en convaincre il n'est que d'ouvrir la Lgende, Des Fondateurs vous la diffrence est grande; 35 Dans d'arides dserts, quels spectacles nouveaux! Je vois des corps vivants habiter des tombeaux, Vivres d'herbes, de fruits, de feuilles, de racines, Et se couvrir le corps de coups de disciplines? Pour s'habiller ainsi des chausses au pourpoin, 40 De Tailleur ni d'toffe il n'toit nul besoin, Un Cordier suffisoit toute une famille, Et Lice toit la peau, grce la sainte trille; Aussi, mes bons amis, dans ces siecles un Saint N'toit qu'un paquet d'os couvert d'un parchemin; 45 L'on ne connoissoit point chez les vrais Solitaires, Ces superbes Palais mal nomms Monasteres, Dont la magnificence & l'extrme beaut, Font un si grand contraste avec l'humilit; Ils n'avoient ni trsors, ni chartriers, ni titres, 50 Et l'on ne fit jamais assembler leurs Chapitres. Pour poursuivre en Justice un pauvre Paysan, Qui, sur leur Marquisat, et tu lievre ou faisan; L'eusses-tu devin, trs-odorant Pancrace, Que les Marquis tondus auroient des Gardes-chasse? 55 Des Carcans, des Prisons, des Procureurs-Fiscaux, Pour servir de pendants ces originaux, Qu'on nomme des Baillis dans ton vieux Dictionnaire? Ces termes ne sont point, je le sais; mais qu'y faire? C'est la mode aujourd'hui. Ces Hauts-Justiciers 60 Tranchent du Grand-Seigneur, ont leurs Officiers, Leurs armes, en un mot toute la prtintaille Qui sied, on ne peut mieux, pareille canaille! Faut-il aprs cela s'tonner que l'orgueil De tout chef enfrocqu soit l'ordinaire cueil, 65 Et qu'un Moine sorti du sein de l'indigence, Se fasse reconnotre des traits d'impudence? Chaste peu prs comme humble, on voit un Capuchon, Faire le joli coeur, servir de greluchon, Et risquer gagner, sauf respect du cilice, 70 Certain petit bobo qui rime pain d'pice: Sans affaire, & nourris bouche que veux-tu, Bien mangeants, bien dormants, mal fess, bien vtu: Hlas, Pancrace! hlas, cette chair, cet argile Regimbe, se souleve & devient indocile! 75 L'on a beau mditer le profond Rodrigus, Sa morale vingt ans est du jus d'Alos, Et le plus grand Docteur est mis la renverse, Ds qu'un joli minois prche la controverse. Si l'Etre souverain formant tes penaillons, 80 Les et patris sans yeux, sans mains, sans orillons, Ou si le saint-Capuce, avec le Scapulaire, toit un talisman de vertu singuliere, Qui changet le penchant & l'inclination, Que tous les hommes ont pour certaine union, 85 Je leur crierais... Tout beau... n'allez pas la pomme; Mais ils sont comme nous enfants du premier homme, Et l'aiguille aimante en tournant vers le Nord, Apprend tout mortel s'il a raison ou tort. Grand Saints, que nous ftons dans le sacr Grimoire, 90 Si vous tes instruits au sjour de la gloire, Combien par vos enfants il est fait de cocus; Que vous devez gmir sur les moeurs des reclus, Chaque jour, chaque instant nouvelle historiette! Le mois pass Cloris au son d'une clochette, 95 Suivoit un Chvrotin gar dans les bois; Elle court, elle pleure, & d'une tendre voix, Invite l'animal se rendre auprs d'elle; Le petit ingrat, sourd aux plaintes de la belle, S'approche, fuit, revient, & par mille dtours 100 Vient bout d'garer la bergere son tour: Il s'arrte la fin... elle vole... je n'ose Achever le rcit de la mtamorphose, Ni peindre en quel tat toit un **** Qui jouoit ce jour-l rle de Chvrotin, 105 Passons-leur cet article en faveur des Vestales, Et des enfants trouvs fabriqus sans scandales; Ce n'est qu'en chiffonnant un peu le clibat, Qu'ils se rendent par fois utiles l'tat. Car du reste quoi bon, dites-moi je vous prie, 110 Ce tas de fainants charge la Patrie, Qui, sous des tendarts de diverses couleurs, Font honorablement le mtier de voleurs? Ils ont fait, nous dit-on, le voeu de ne rien faire, Le sacrifice est grand; eh bien, qu'on les enterre; 115 Je crois un Moine propre faire un gros fumier, Et j'en voudrois avoir cent dans mon lgumier. Pour la Religion n'est-il pas ridicule De voir un grand Escroc grimp sur une mule, Aller de porte en porte & d'un ton patelin, 120 Vous demander la bourse au nom de saint Guilain? Cette oeuvre, qui chez eux passe pour mritoire, Laisseroit trs-souvent du vuide au Rfectoire, S'ils ne faisoient trafic de Prdication, De Messe, de Relique & d'Absolution. 125 Plus habiles cent fois que tous les Trismgistes, Un mot se change en or souffl par ces Chimistes, Pour tout genre de maux ces mdecins d'oisons Ont des remedes srs. Trois fois trois oraisons, Par mystique calcul composent la neuvaine; 130 Infusez-les dans l'eau de certaine fontaine, Laissant tomber neuf fois de l'argent dans le tronc, Pour fournir de chandelle au bienheureux Patron, Par-l, vous disent-ils, il est indubitable, Que vous vous renderez le grand Saint favorable; 135 Et comme en cour cleste il a baucoup d'accs, Vous pouvez vous flatter du plus heureux succs. Lecteur, vous le savez, tel est sans hyperbole Des pieux Charlatans le commun protocole; Je ne parlerai pas de ces colifichets, 140 Qu'ils donnent aux dvots pour de Saint osselets. Il n'est point dans le Ciel une ame sainte & pure, Dont ils n'ayent l'tui, du moins la garniture, Et la fte d'un Saint, ft-il Messire Ustus, A deux liards l'vangile, y compris l'Ormus; 145 H tout bien bredouill, dans une matine, Leur produit de quoi vivre un demi-quart d'anne. L'ignorance du peuple est pour eux un trsor, Sa superstition la clef du coffre-fort. Oui, tout est profan par ces ames profanes, 150 Qui du premier moteur se disent les organes. Et les Moines ont fait bien plus de libertins, Que les Bayles, les Loks, les Orgers, les Latins. Avant que saint Franois inventt la besace, Avant que Loyola suspendt sa cuirasse, 155 Avant que saint Benot et fui dans les dserts, Avant que Dominique et mis l'Espagne aux fers, Avant que saint Bernaard prcht la fin du monde, Tout n'alloit-il pas bien sur la machine ronde? Si donc tout alloit bien, pesons quel est le mieux; 160 Que nous a procur l'tat Religieux? De prime abord je vois le fougueux Monachisme, Descendre du dsert pour fomenter le schisme, Le faux zle le guide, & l'orgueil le soutien; Qui le mconnotroit son hardi maintien? 165 Il leve la voix, & d'un ton de Prophte, Qu'on coute, dit il, du trs-haut l'Interprte; Peuples, reconnaissez celui-ci pour Pasteur, Et chassez celui-l comme un Usurpateur. Il dit, & sur le champ donnant lui-mme exemple, 170 Un bton la main il courre vers le temple; Le peuple suit ses pas & bien-tt en tout lieu, Le sang coule par flots pour la gloire de Dieu. Qu'on parcoure l'Histoire, on trouve en chaque plage Des Moines furieux respirants le carnage, 175 Allumer le flambeau de la sdition, Et partout tre Chefs de conspiration. Est-il un seul Royaume o les fils d'Eumnides, N'ayent ensanglants leurs poignards homicides? France, tu pleure encor la mort du Grand Henry, 180 Et tu frmis au nom de la saint Barthelemi. C'toit fait d'Albion, elle clatoit en foudres, Si l'on n'et dcouvert & la meche & les poudres: Un Moine avoit form le complot odieux, D'unir certain jour la terre avec les Cieux. 185 Et toi, Lisbone, & toi, quel peut donc tre l'astre Qui te fait prouver le plus affreux dsastre? Neptune & les Volcans conjurs contre toi, tonnent l'univers... mais c'est peu... de ton Roi Je vois couler le sang. Quel monstre dtestable 190 A pu porter ces coups? Est-ce un Moine, est-ce un Diable? C'est l'ensemble des trois d'o sans doute est venu L'animal formidable appell tricornu. Non, sans peines, enfin il est proscrit de France, Et les jours de nos Rois seroient en assurance, 195 Si Thmis envoyoit le reste des Paters, Prendre pour leur sant l'air natal aux Enfers. Tant que nous souffrirons chez nous les Mascarades, Attendons-nous toujours quelques Srnades: Un Cnobite oisif est capable de tout, 200 Et je m'y fierois moins qu' l'homme le plus fou. Si dame Oisivet de tout vice est la mere, Le Moine son poux en doit tre le pere: C'est la rflexion de Monsieur mon Cur, Bon, brave, bas-Norman, fin gourmet en poir. 205 Les Couvents, selon lui, sont des mnageries D'animaux levs dans l'art des seigneries, Qui par l'heureux talent de tromper nos ayeux, Leur ont escamot les biens de leurs neveux. Sans cesse ils leur prchoient que la rouille du crime, 210 S'enlevoit avec l'or comme avec une lime; Que d'un Moine les fouets, les jenes, les vertus, Appliqus aux mchants en faisoient des lus. La fesse d'un reclus mise en boeuf la mode, Sembloit nos Gaulois pnitence commode; 215 Ils comptoient bien par-l prserver leur gigot De l'apptit strident du seigneur Astarot. C'est par semblables tours & par de tels manges, Qu'ils se sont faits donner biens, terres, privilges, Et que dans mon canton, sjour des malheureux, 220 Six Moines bien nourris font jener deux cens gueux. C'est, si je ne me trompe, ces tems de berlues, Qu'on doit l'invention des portions congrues, Par laquelle un Cur de cent cus dott, Observe leur acquit le voeu de pauvret. 225 Moi je suis dans le cas. D'un trs-bon bnfice, J'ai les charges, le titre, avec le desservice, Et Messieux les Cagots par le plus grand abus, Sans fatigues ni soins ont tous les revenus. Qu'il pleuve, neige, vente, il survient un malade, 230 Pour l'aller secourir je quitte ma rasade, Tandis que les caffarts se donnant du bon tems, Boivent la sant du pauvre combattant. Heureux & trop heureux qui, dans son voisinage, N'a point de ces oisons de sinistre plumage, 335 Qui fourbes & manteurs, tratres & envieux, En vous assassinant font au Ciel les doux yeux: Tel fut le rsultat & la deuxologie, Que tira mon Cur de son apologie. Tout Lecteur clair sera de son avis, 240 Et dira comme lui: S'il n'toit ni Dervis, Ni Poux, ni Maltotiers, ni Puce, ni Punaise, Hlas! que tout Franois dormiroit son aise! NOTES 2. VERS. D'une crasse ignorance. _Dans les siecles d'ignorance les Moines toient des savants, par la raison que dans le Royaume des aveugles, les borgnes sont Rois. Une infinit de gens peu instruits partent de l pour dire qu'on a beaucoup d'obligation aux Moines. Sans dguiser leurs travaux, de quoi leur est-on redevable? de quelques Commentaires, o selon la pense d'un Auteur moderne, le sens commun garde l'incognito. C'est aux Libraires ruins que j'appelle de cette obligation. Ils ont dfrich des terreins incultes? qui est-ce qui en a le profit?_ 5. Immortels Cnobites. _Les Naturalistes prtendent qu'il y a des animaux qui multiplient sans le concours d'un sexe diffrent. Ne seroit-ce point des Moines dont ils ont prtendu parler?_ 10. Me traiter d'Hrtique. _Tout crivain qui parle contre les Moines est trait par ces Messieurs d'homme sans Religion: il a t un tems o l'on et couru moins de risque parler contre Dieu qu' parler contre eux. Aujourd'hui chacun sait quoi s'en tenir sur leur compte. L'abus qu'ils font de leurs richesses immenses, la faon cavaliere dont ils traitent la Religion, l'intrt sordide qui les anime sont autant de voix qui reclament leur destruction._ 33. Pour s'en convaincre. _Les Lgendes des Saints sont vraies ou fausses. Si elles sont fausses, on a tort de les donner pour vraies. Si elles sont vraies, comment nos Moines osent-ils se dire leurs Disciples?_ 46. Les superbes Palais. _L'on conserve prcieusement & ridiculement Clervaux la Grotte de saint Bernard, que l'on montre aux trangers. Cette Grotte rime, on ne peut mieux, avec le Palais de l'Abb & des Moines._ 54. Que les Marquis tondus. _Le fils d'un Valet de charrue est d'une jolie figure; auprs des Moines comme auprs de tous les hommes la beaut a t, est & sera toujours une lettre de recommandation. On s'intresse cet enfant, autant quelquefois pour sa mere que pour lui, on lui fait servir des Messes, apprendre le Latin, quinze ans il fait son Noviciat, seize ses Voeux; pour peu qu'il ait d'intelligence on le met dans les charges ds qu'il est Prtre; & vous entendez dire ce Valet mtamorphos en Moine, mes gardes ont chass pour traiter mes Officiers. En gnral les Moines les plus impudents sont ceux qui sortent de la plus basse extraction._ 67. Chaste peu prs. _L'humilit est une vertu beaucoup plus facile pratiquer que la chastet. L'une est conforme la droite raison, l'autre est contraire aux loix de la nature. Pour tre humble, il ne faut que prter une oreille attentive la raison, qui nous dit que les avantages de l'esprit, du corps, de la fortune, ne sont point notre ouvrage. Que nous pouvions natre dans la pauvret comme dans l'opulence, contrefait comme bien fait, sans esprit comme avec de l'esprit. Mais pour tre chaste, il faut sans cesse aller contre un torrent qui nous entrane. Mille objets sduisants, nous disent que nous sommes faits pour eux, & qu'ils sont faits pour nous. Aussi n'ai-je jamais pu voir sans frmir des jeunes ns enfants de seize ans prononcer le voeu redoutable? Supposons qu'un enfant en maillot et la facult de parler, il n'a point de dents, la bouillie lui parot sa vritable nourriture, il fera si on le veut dans le tems le voeu de ne manger ni pain, ni viande, ni fruits. Les dents viennent avec l'ge; les dents venues, son premier raisonnement sera de dire: Le Crateur a fait les fruits pour l'usage de l'homme, il m'a donn des dents pour les manger, est-ce l'offenser que d'user de ses bienfaits? Qu'on ne fasse des voeux qu' l'ge de vingt-cinq ans, on les fera avec connoissance de cause, il y aura beaucoup moins de Prvaricateurs, & beaucoup plus de bons Moines._ 87. Et l'aiguille aimante. _Le beau sexe est l'aimant de la nature humaine._ 103. Ni peindre en quel tat. _Je n'ai point voulu nommer le Corps auquel cette histoire appartient en propre, pour deux raison: La premiere, parce que j'ai lu dans la Civilit qu'il n'toit point poli de montrer les gens au doigt: or nommer quelqu'un ou le montrer au doigt, c'est bonnet blanc, blanc bonnet: la seconde, c'est qu'il peut se trouver d'autres Corps qui pourroient revendiquer la mme histoire, comme en tant les vrais propritaires. Il ne convient pas de faire tort personne._ 112. Font honorablement. _On peut regarder tous les Ordres rents comme les troupes rgles du Pape. Ils ont une bonne paye, & servent trs-mal. Pour tous les Mandians, ce sont les troupes lgeres qui vivent de contributions. Au scandale prs, ce sont de bonnes gens._ 121. Cette oeuvre qui chez eux. _Les Moines se font un mrite de la mendicit: ils s'imaginent que demander la caristade au nom de Dieu, est un acte qui honore infiniment la Divinit. Saint Paul, les Aptres, les premiers Solitaires vivoient du travail de leurs mains, & gagnoient encore de quoi soulager les pauvres; les tems sont changs, cette mode est passe, & leur unique travail aujourd'hui est de dire des Messes pour de l'argent. Dans certaines glises ils ont des Autels privilgis, o la Messe se paye plus cherement, parce que sans doute le saint Sacrifice a sur ces Autels plus de vertus que sur d'autres._ 141. Il n'est point dans le Ciel. _Tout le monde sait jusqu'o va l'abus des Reliques, & combien il y en a d'apocryphes. Tous les Moines en ont des magasins, qu'ils exposent de tems autre la vnration des Fideles, avec un criteau la porte qui annonce l'Indulgence plniere. Le peuple qu'ils entretiennent dans l'ignorance, trouve bien plus ais de se confesser sans se corriger, que de travailler srieusement la rforme de ses moeurs; & il a tant de foi aux Saints, qu'on voit journellement dans nos glises ce mme peuple rire & causer en prsence du Saint Sacrement expos, & faire trs-dvotement sa priere vis--vis une chasse dans laquelle est renferme une Relique._ 151. Et les Moines ont fait. _L'on ne doit attribuer qu'aux Moines l'esprit d'irreligion qui regne actuellement en France. Il y en a si peu de bons & tant de mauvais, ils font l'Office d'un air si dissip & si scandaleux, ils menent une vie si licentieuse, qu'ils donnent penser qu'ils ne croyent pas un mot de ce qu'ils nous prchent. Ce sont des Acteurs qui jouent leur rle, & pourvu qu'ils emportent l'argent du Spectateur, le reste leur importe peu._ 159. Si donc tout alloit bien. _Le Christianisme n'a jamais t un plus haut degr de saintet & de perfection que dans la primitive glise. Y avoit-il des Moines dans ce tems-l? Non. L'poque de leur naissance est celle des troubles, des schismes, du fanatisme; & le sang humain ne leur a jamais rien cot ds qu'ils se sont crus intresss le rependre, pas mme celui des Rois._ 199. Un Cnobite oisif. _Un quelqu'un a dit qu'il falloit se mfier d'une femme par devant, d'une mule par derriere, & d'un Moine de tous les cts._ 207. Qui par l'heureux talent. _Nos bons Gaulois craignoient la grillade, & trouvoient qu'il toit doux de se sauver pour de l'argent. Les Moines leur faisoient accroire qu'ils possderoient dans le Ciel le centuple du terrein qu'ils leur cderoient ici-bas. C'toit apparemment fond sur le droit d'change, ces bonnes gens leur faisoient des dons considrables afin d'tre en Paradis de grands Propritaires; comme personne ne revenoit de l'autre monde se plaindre d'avoir t attrap, & que d'ailleurs tout Donataire & Bienfaiteur toit presque mis au rang des Saints, c'toit qui donneroit le plus._ 220. Six Moines bien nourris. _Dans toutes Communaut fonde, chaque Moine jouit au moins de deux mille livres: est-ce l l'intention du Fondateur? & les richesses immenses qu'ils possdent ne seroient-elles pas bien mieux places dans le sein des malheureux?_ 224. Observe leur acquit. _C'est la pense d'un Cur, qui disoit un jour un Moine: Mon Pere, nous deux nous ferions un bon Religieux; vous avez fait voeu de pauvret, & je l'observe._ _N'est-il pas ridicule que les Moines engloutissent tous les revenus des Cures, & cherchent encore mille chicane un Cur? Dans tous les Parlemens o les Curs ont des procs contre les gros Dcimateurs, les Curs sont presque toujours sur la dfiance contre ces animaux insatiables, qui ne disent jamais: nous en avons assez. Ne seroit-il pas plus conforme la raison & la Religion qu'un Cur, qui a toute la peine & toutes les charges, jout en entier du revenu de sa Cure, & que par la loi du Talion on mt tous les Moines Portion congrue? Si, selon eux, cent cus suffisent un Cur, pareille somme ne suffira-t-elle pas des gens qui ont fait voeu de pauvret? Le Cur ne sera-t-il pas plus en tat de soulager ses pauvres, & de vivre suivant la dcence de son tat? L'on donne un vque une Abbaye, parce qu'il faut, dit-on, qu'il tienne son rang; la bonne heure, j'y consens de tout mon coeur; mais par la mme raison le Cur doit le tenir galement, & le mpris que les Paysans ont pour leur Cur ne vient d'ordinaire que de la dpendance ncessaire o ceux-ci sont du Paysan. Le Docteur Worner, dans son Appendix l'Histoire Ecclsiastique, est surpris que sur dix mille Chapelles ou glises qui peuvent tre en Angleterre, il y en ait six mille qui ont tout au plus 40 livres sterling de revenu. Il seroit donc bien plus tonn si on lui dmontrait qu'en France il y a plus de quinze mille Cures dont le revenu va tout au plus 16 livres sterling, sur lesquelles 16 livres un Cur est oblig de payer ses Dcimes, un Domestique, de faire les rparations de son Presbitere, & de donner l'aumne ses Paroissiens._ FIN. End of the Project Gutenberg EBook of L'anti-moine, by Anonymous License: Share Alike