Produced by Suzanne Shell, Renald Levesque and the Online Distributed Proofreading Team. This file was produced from images generously made available by the Bibliothque nationale de France (BnF/Gallica) Monseigneur CHABOT Prlat de Sa Saintet CUR DE PITHIVIERS (LOIRET) NOL DANS LES PAYS TRANGERS 1906 [Note du transcripteur: Tout le matriel hors propos de l'dition qui a servi la production de ce document est report la fin du document pour ceux que ce matriel pourrait intresser.] NOL DANS LES PAYS DU NORD. SUDE ET NORWGE ANGLETERRE--ALLEMAGNE Les ftes de Nol, dans les pays du Nord, ont un double caractre religieux et familial. Les offices diffrent peu des ntres, si ce n'est que les chants d'glise sont plus souvent excuts en langue vulgaire. Nous ne citerons que l'adaptation de l'_Adeste fidles: Oh! come all ye faithful!_ (Oh! venez tous, fidles) si populaire en Angleterre, et le _Cantique des Anges_ (Engelenzang) que des chanteurs minents font entendre, chaque anne, dans l'glise protestante de Mose et Aaron, Amsterdam. Nol est vraiment la fte de famille par excellence, dans les contres septentrionales de l'Europe. PAYS SCANDINAVES Huit jours avant la solennit de Nol, les places de Stockholm sont couvertes de sapins que les paysans coupent dans les forts voisines et viennent vendre en ville. Toute famille, si pauvre soit-elle, a pour la grande veille son arbre de Nol orn de lumires et garni de jouets et friandises de toutes sortes.--Les pauvres ne sont pas oublis: on organise pour eux des ftes et ils reoivent des vtements et d'abondantes aumnes en argent. En Norwge, la fte de Nol jouissait autrefois de certains privilges. Ainsi les poursuites de la justice taient suspendues pendant plusieurs jours, le plus gnralement de Nol l'piphanie. Cette trve de procs variait suivant les lois locales; parfois sa dure s'tendait jusqu' vingt jours. Dans tous les Pays scandinaves, la fte de Nol se prpare discrtement et dans le mystre, afin que les cadeaux offerts ce jour l apportent la fois surprise et contentement. En secret, les petites filles mettent la dernire main leur travail; l'une a brod une paire de pantoufles pour son pre, l'autre un coussin de canap pour sa mre. Leurs soeurs anes enveloppent dans un fin papier blanc une bourse de soie faite au crochet et entoure d'une faveur rose, ou encore confectionnent de belles et riches dentelles qu'elles offriront comme nappes d'autel leur glise. Dans quelques pays, la distribution des cadeaux est des plus originales. Le prsent, dissimul soigneusement dans une gerbe de fleurs, une botte de foin ou de paille, ou dans de multiples enveloppes d'toffes, de feuillage ou de papier, porte en grosses lettres le nom de la personne laquelle il est destin. Le messager charg de le remettre frappe fortement la porte, qui s'ouvre sans retard, et jette furtivement le _Juleklap_ (c'est le nom sudois du prsent) dans la chambre o la famille se trouve runie. Alors commence une scne fort distrayante. Le destinataire se met explorer minutieusement, au milieu des cris de joie de tous les assistants, fleurs, foin, paille, feuillage ou papier, afin d'arriver l'objet convoit. Tantt il trouve une pingle d'or, tantt un vase prcieux, quelquefois une lgante et gracieuse statuette, quelquefois aussi, aprs avoir droul les enveloppes mystrieuses, il ne trouve... rien. Une explosion de rire accueille la dconvenue du patient, victime de cette innocente supercherie. Le _Juleklap_ a quelquefois un caractre moral et satirique. La dame trop lgante reoit une poupe bizarrement attife; le chtelain qui, dans son salon, mnage trop la lumire ou laisse son antichambre dans l'obscurit, reoit une douzaine de lampions. A un bavard on adresse un oreiller ou un teignoir, un fat, un col d'acier. Quand il ne reste plus rien au fond de la corbeille, que les enfants ont bien cherch dans les papiers parpills sur le plancher, pour voir si l'on n'aurait rien laiss, la famille se rend la salle manger, o l'attend un souper compos exclusivement de mets nationaux. Aux Pays scandinaves, le repas de Nol se distingue des autres par le caractre traditionnel des plats qui y figurent. Pas de souper de Nol sans jambon, accompagn de riz chaud arros de lait froid; puis du _Vortbrod_, sorte de pain fait avec de la farine de froment dlaye dans de la bire non fermente; enfin l'indigeste _lustsfisk_. Qu'on s'imagine une _merluche_ ou morue sche dessale, bouillie pendant trois jours dans une eau de cendre mle de chaux vive, et farcie ensuite avec du poivre, de la moutarde et du raifort: voil le _lustsfisk_ [1]. Les vins d'Espagne fortement alcooliss peuvent seuls faire digrer un si plantureux repas. [Note 1: M. Bitard, _Nol_.] Le soir de la veille de Nol, vers onze heures, dans les hameaux, tout le monde monte en traneau et se rend l'office. Mille toiles scintillent dans le silence de la nuit, trouble seulement par les grelots des chevaux qui font craquer la neige sous leurs pieds. Ordinairement, auprs de l'glise du village un vaste hangar offre un abri: des bancs pour les paysans et des rteliers pour leurs chevaux. Aussitt l'office termin, chacun regagne son logis au plus vite. Ce moment donne lieu, en Finlande, une scne des plus divertissantes. Une vieille croyance promet la meilleure rcolte de l'anne celui qui rentrera le premier dans sa maison, aprs l'office de Nol. C'est alors toute une conspiration contre les quipages. Les jeunes garons sortent furtivement de l'glise pendant l'office, dtellent les chevaux, lient les traneaux les uns avec les autres, changent les colliers, embrouillent les harnais, etc. On conoit le dsordre qui s'en suit, des cris, parfois des coups; la place de l'glise se change en vritable champ de bataille. Enfin, les traneaux sont retrouvs, chacun rpare son attelage et part au galop: le combat finit par une course au clocher[2]. [Note 2: Descles, _Nol_.] Dans la plupart des campagnes, les mnagres veillent ce que, pendant les ftes de Nol, l'ordre et la propret rgnent dans toute leur demeure. Il est d'usage de joncher les dalles de paille frache, ce qui donne la chambre de famille l'aspect d'une grange o l'on a tendu les gerbes avant le battage. Est-ce en souvenir de la paille et de la pauvret de la crche? Nous serions ports le croire. Quoi qu'il en soit, cette paille de Nol a, dit-on, une vertu merveilleuse: les animaux qui en mangent sont prservs de toute maladie pendant l'anne. En Sude, les paysans veulent que tous les animaux prennent part la solennit de Nol: Ce jour-l, dit M. Louzon le Duc, ils donnent la libert aux chiens de garde, ils servent leurs bestiaux un fourrage d'lite[3]. [Note 3: _La fte de Nol en Sude et en Finlande_.] C'est un usage assez rpandu, en Sude et en Norwge, d'offrir, le jour de Nol, un _repas aux oiseaux_. La dernire gerbe de la moisson est soigneusement conserve, chez les pauvres comme chez les riches, jusqu' la veille de la grande solennit. Le vingt-cinq Dcembre, au matin, on la fixe au bout d'une perche et on en dcore le pignon de la maison. C'est un charmant et tourdissant concert que celui de la gent granivore faisant tapage autour de ce mt pour picorer les pis de bl. Tous les petits habitants de l'air prennent, eux aussi, leur joyeux festin et rendent grces la Providence qui, dans un jour si heureux, a voulu les combler d'allgresse. Cette ravissante coutume sudoise nous rappelle ces deux vers si connus: Aux petits des oiseaux il donne leur pture Et sa bont s'tend sur toute la nature[4]. [Note 4: Racine, _Athalie_, acte II, scne VII.] Un de nos meilleurs potes a gracieusement chant ce _Rveillon des petits oiseaux_: Et les oiseaux des champs? Ne feront-ils la fte?... Eux que l'hiver cruel dcime tous les jours, Eux que le froid transit, que la famine guette Sur l'arbre dpouill du nid de leurs amours! Oh, non! Pour eux, l'on cherche une gerbe emmle O des milliers d'pis se courbent sous le grain, On l'tend sur la neige: --Accourez gent aile, Car votre nappe est mise, et prt est le festin! Et vous voyez d'ici le pinson, la fauvette, Le menu roitelet voleter l'appel..... Tout en mangeant le grain, ils relvent la tte, Pour lancer une gamme, un cri de joie au ciel![5] [Note 5: Comtesse O'Mahony.] ANGLETERRE Le peuple anglais clbre la solennit de Nol avec une telle joie, une telle unanimit et de telles dpenses qu'on peut regarder le _Christmas_[6] comme sa fte nationale. [Note 6: La vieille dsinence, _mas_ signifie _fte_; _Christmas_, fte du Christ.] Autrefois, l'occasion de Nol, avait lieu une fte carnavalesque. Des _carols_ (chansons) anglaises nous font connatre les personnages mis en scne dans ces mascarades: le roi de la _Bombance_, la reine de la _Folie_, la princesse _Draison_ y paraissent au milieu d'un bruyant cortge. A la Cour, chez les princes, un officier tait charg de prsider aux rjouissances. Il s'appelait _Lord of Misrule_ (le Seigneur du Dsordre). En cosse, on le nommait _Abbot of Unreason_ (l'Abb de la Draison). Ces fonctions ont t abolies par _act of Parliament en 1515. Les prtres durent plusieurs fois s'interposer contre les frivolits de ces amusements. Dans les recueils de Folk-Lore, on parle des joyeuses bandes que conduisaient, pendant les ftes de Nol, le Roi de la Draison et la Princesse de la Bombance. Sous de foltres dguisements, les amis du voisinage venaient sans honte tendre la tirelire de Nol la Reine de la fte et demander largesse de joie, de gaiet, de rire, aumnes de plaisirs. Hlas! qu'ils sont loin aujourd'hui ces jours o Henri II servait table son fils, Roi du Festin et lui apportait, au bruit des trompettes, comme plat d'honneur, une tte de sanglier qui, couronne de laurier et de romarin, enterrait ses formidables dfenses dans la pomme fleurie ou l'orange dore! Et comme il est pass le temps o cent trente des citoyens les plus puissants de Londres, revtus de costumes et de titres fantastiques, roi, reine, ministres, choisis par la Folie, cavaliers galopant sur de fringants coursiers, sonnant des fanfares, couraient Kensington, la rencontre du petit-fils d'Edouard Ier, tous runis dans une mme joie, chantant Nol. La lugubre Rforme a souffl sur toutes ces joies, teint toutes ces lumires et fauss toutes ces trompettes [7]. [Note 7: Oscar Havard, _Les Ftes de nos Pres_.] L'illustre Walter Scott nous dit que ses anctres regardaient dj Nol, comme la fte familiale par excellence: _England was merry England, when_ _Old Christmas brought his sports again;_ _Twas Christmas broached the mightiest ale,_ _Twas Christmas told the merriest tale,_ _A Christmas gambol oft would cheer_ _The poor man's heart, through half the year._ L'Angleterre tait la joyeuse Angleterre quand Le vieux Nol ramenait ses jouissances; C'tait Nol qui mettait en perce la bire la plus forte, C'tait Nol qui racontait le conte le plus joyeux, Les bats de Nol souvent rjouissaient Le coeur du pauvre, pendant la moiti de l'anne. D'immenses prparatifs sont faits en vue du _Christmas_. De copieuses cargaisons d'oies grasses viennent de Normandie. Deux lignes de steamboats, de Dieppe Newhaven et du Havre Southampton, suffisent peine leur transport en Angleterre. Le Poitou et la Touraine envoient galement John Bull leurs dindes pansues. En 1901, une petite province du Centre, la Sologne, a expdi Londres, par chemin de fer, plus de soixante mille dindons. Les bateaux de Southampton et de Newhaven prennent Granville et sur toutes les ctes de la Manche des monceaux de gui, cette plante parasite que les eubages, chez les Gaulois, allaient couper avec des faucilles d'or. On le dpose dans de grandes caisses claire-voie, connues sous le nom de _harasses_, et on le transporte sur le pont des navires. On se prpare plusieurs semaines l'avance au _Christmas_, dit M. Alphonse Esquiros. D'immenses troupeaux d'oies s'acheminent gravement du Nord de l'Angleterre, par toutes les routes, vers la mtropole; les grands boeufs annoncent leur arrive sur les chemins de fer ou les bateaux par de lugubres beuglements. A Londres, quelques jours avant Nol, a lieu dans la grande salle d'Islington, connue sous le nom d'_Agricultural Hall_, une exposition des animaux que l'on vendra pour Nol. Boeufs, oies, dindons se disputent les premiers prix; les mieux cots vont ensuite orner de leurs chairs dodues les vitrines des industriels qui les ont achets au poids de l'or. La veille de Nol, dit M. Virmatre, tout Londres est illumin. Les boutiques des bouchers surtout sont resplendissantes de lumires; on y voit des boeufs dpouills, couchs tout entiers sur des trteaux, avec des becs de gaz dans le mufle. On lit assez souvent au-dessus d'eux ces mots-rclame: _brought up by Her Majesty_ (lev par Sa Majest la Reine). En effet, la Reine Victoria faisait patre des troupeaux Windsor, Hampton-Court et mme Kensington-Gardens, le bois de Boulogne de Londres. Le soir du vingt-quatre Dcembre, vers deux heures, l'agitation devient extraordinaire, dans les quartiers les plus populeux de Londres et surtout dans Whitechapel. Les cochers (_cabmen_), juchs derrire leur voiture, guident hardiment leurs chevaux. Le _All right_ (tout va bien) retentit dans les conversations. Ce sont partout des entassements de volailles, comme on n'en voit pas dans les Halles centrales de Paris. Louis Blanc, de sa plume vive et originale, nous a donn le tableau le plus pittoresque et le plus vrai qu'on ait jamais trac du _Christmas_ londonien. Quels normes quartiers de viande! Quelles montagnes de chairs saignantes! Quel luxe d'imposants comestibles!... C'est par myriades qu'on vous compte, orgueilleusement tals, selles de moutons, ttes de veau, hures de sangliers, dindons, canards, oies, poulets, perdrix, faisans, pluviers, lapins, et vous, poissons de toute espce et de toute grosseur! La brumeuse cit offre ce spectacle trange d'une animation toujours croissante jusqu'au milieu de la nuit. Au _Constitutional Club_, l'un des cercles les plus importants de Londres, on fait rtir, chaque anne, pour le Christmas, un norme morceau de boeuf, de trois cent cinquante quatre cents livres. C'est ce qu'on appelle le _Baron of beef_. Les membres les plus distingus du club ne manquent pas, au cours de la nuit de Nol, de rendre visite au _Baron of beef_. On voit alors, devant l'immense chemine, les habits noirs des plus lgants fashionables se mler aux vestes blanches et aux tabliers des cuisiniers. Pour le _Christmas_, le _home_ (l'intrieur de la maison) reoit une dcoration spciale. Les touffes de houx, aux feuilles luisantes, gayes par leurs petites baies rouges, ornent les maisons les plus modestes, aussi bien que le chteau seigneurial. Les baies rouges, disent les vieilles chansons, couronnent agrablement la tte du sombre hiver. Des guirlandes de laurier, de lierre et de fleurs entourent les lustres, les tableaux, les armures des anctres. Mais c'est le _gui_ surtout, _mistletoe_--destin, dit-on, mettre en fuite les sorciers--qui joue le plus grand rle dans la dcoration du _Christmas_. Qui n'a pas admir les branches entrecroises de la plante druidique[8], son feuillage d'un vert ple, sem de graines blanches et transparentes comme des perles de corail? [Note 8: Les Druides regardaient le _gui_, cause de sa verdure perptuelle, comme l'emblme de l'immortalit de l'me. On le cueillait la sixime nuit de la nouvelle lune aprs le solstice d'hiver; cette nuit, appele la _nuit-mre_, commenait l'anne gauloise. Un Druide, en robe blanche, montait sur le chne, une faucille d'or la main et tranchait la racine de la plante que d'autres Druides recevaient dans une saie blanche, car il ne fallait pas qu'elle toucht la terre.] Jadis, la veille de Nol, aprs la prire et les exercices de pit accoutums, on allumait des cierges et, avec une grande solennit, le chef de la famille mettait dans l'tre une bche appele _Yule-Log_[9] ou _Christmas Block_. Elle tait allume avec un tison provenant de la bche de l'anne prcdente. Tant qu'elle durait, il y avait force rasades, chants et narrs d'histoires. Cet usage existe encore, particulirement dans le nord de l'Angleterre, mais accompagn de certaines superstitions. Si la bche vient s'teindre avant la fin de la nuit, ou si, pendant qu'elle brle, survient une personne qui louche ou soit pieds-nus, cela est considr comme de mauvais Augure. [Note 9: _Yule_, en anglo-saxon _Geol_, la fte. Dcembre s'appelait _se oerra geola_, avant la fte (de Nol). Janvier, _se aeftera geola_, aprs la fte (de Nol).] Pendant la nuit de Nol, les chanteurs de _Christmas carols_[10] (chants de Nol) vont se faire entendre la porte des maisons; on les dsigne sous le nom de _Waits_. [Note 10: Les _Christmas carols_ sont nos _Nols_.] Les uns le font titre purement gracieux, en l'honneur de leurs amis ou des membres de leur famille. Washington Irving, dans son excellent ouvrage _The Sketch Book_ (le livre d'esquisses), nous raconte le trait suivant: Me trouvant chez un ami, le matin de Nol, alors que j'tais encore au lit, j'entendis le bruit de petits pas qui rsonnaient ma porte. Bientt un choeur de voix enfantines entonna ce vieux chant de Nol: Rejoice, our Saviour he was born On Christmas day, in the morning. Rjouissez vous, notre Sauveur est n Le jour de Nol, au matin. Je me levai doucement, ouvris promptement la porte et je contemplai un des plus jolis groupes de fes qu'un peintre puisse imaginer. Il se composait d'un petit garon et de deux petites filles; la plus ge n'avait pas plus de six ans; ils ressemblaient trois sraphins. Ils faisaient le tour de la maison et chantaient toutes les portes. D'autres chanteurs s'en vont par les rues, mendiant pour eux-mmes, les quelques _pence_ (sous) que la gnrosit des veilleurs veut bien leur donner. Dans quelques contres de l'Angleterre, les enfants se runissent pour aller de cottage en cottage, chanter des _Glees_ (chansons refrain). L'un de ces chants populaires, au rythme vif et gai, a pour refrain ces paroles: The merry merry time The merry merry time Bless the merry merry Christmas time! Le joyeux joyeux temps Le joyeux joyeux temps Bni soit le joyeux joyeux temps de Nol! Cet usage des chants de Nol est des plus anciens, comme le prouve une _carol_ anglo-normande que nous avons dcouverte, et dont nous citons le premier couplet: Seignors, ore entendez nus, De loin sommes venus vus Pour quere Nol; Car l'em nus dit que en cest hostel Soleil tenir sa feste annuel Ahi! c'est jur Deu doint tuz icels joie d'amors Qui a danz Nol ferunt honors. Seigneurs, prsent, coutez-nous! De loin, nous sommes venus vous, Pour demander Nol; Car l'on nous dit qu'en cet htel. De coutume on clbre sa fte annuelle, Ah! Ah! c'est le jour, Dieu donne ici joie d'amour A tous ceux qui feront honneur au jour de Nol[11]. [Note 11: Lai de Marie de France.] Max O'Rell, qui avait fait un long sjour Londres, dit, dans son livre intitul _John Bull et son Ile:_ Nol, c'est la grande fte de famille en Angleterre. En effet, dans toute famille anglaise, riche ou pauvre, on clbre le _Christmas_ par un repas o les mets sont servis en abondance. Le morceau de choix est d'abord _Sir Loin_ le Seigneur Aloyau que Charles II, dans un jour de belle humeur, avait nomm chevalier (_Knight_). L'oie rtie, _roast goose_, est ensuite le plat prfr, quand la dinde rtie, _roast turkey_, ne vient pas prendre sa place. Puis apparat le signe culinaire de la nationalit anglaise, le fameux _plum-pudding_. Hip! Hip! hourrah! Honneur au Roi du Festin[12]. [Note 12: La confection du _pudding_ de Nol est des plus solennelles; chaque membre de la famille tourne son tour la pte qui doit devenir le gteau.--Quelquefois celui-ci prend des proportions pantagruliques. Certaines corporations ont fait confectionner des _puddings_ qui absorbaient des centaines de livres de farine et de raisins de Corinthe.] Au couvent de Ewel, nous crit un de nos amis, nous organisions nos ftes suivant les coutumes anglaise et franaise, anglaise pour le ct profane et franaise pour le ct religieux. Ah! le fameux _pudding_ qu'un frre irlandais excellait prparer! Ce nous tait une joie sans pareille de voir les flammes bleues de l'alcool courir sur ses flancs dors, et quand, dans une dernire course affole, les jolies petites flammes s'vanouissaient, le _pudding_ tait dbit en tranches succulentes, aux acclamations de tous, pendant que le pauvre frre gmissait sur le pillage d'une oeuvre o il avait mis tout son talent culinaire. Enfin apparaissent les _minced pies_, pts feuillets qui enrobent des hachis de viandes, d'pices et de fruits[13]. Les Anglais arrosent le tout de flots de _sherry_ (vin de Xrs d'Espagne) fabriqu Londres. Les oranges, les bonbons, les amandes, les noisettes apparaissent au dessert. Le _Port-wine_, le vin de gingembre pour les _abstainers_[14], le _whisky_, voir mme le _gin_, jouent un assez grand rle dans le monde o l'on boit. [Note 13: C'est ce que nous appelons un _pt l'minc_.] [Note 14: Personnes qui _s'abstiennent_ de liqueurs enivrantes.] Dans les Universits, notamment Oxford et Cambridge, il est de tradition de manger, Nol, une hure de sanglier: on l'entoure de romarin et on la sert avec d'interminables salamalecs. A Sandringham, o le Roi et la Reine d'Angleterre ont l'habitude de passer tous les ans les ftes de Nol, on a servi, cette anne, comme rti de _Christmas_, un jeune cygne. Ce cygne a t engraiss par les soins du matre des cygnes de la Cour, fonctionnaire qui date des temps antiques et dont la charge consiste surveiller l'levage et la nourriture des cygnes qui peuplent les parcs et les jardins des proprits royales. Il y a cinq cents ans, le rti de cygne tait un mets recherch des gourmets et figurait Nol sur les grandes tables. Edouard VII a repris cette tradition et donn ordre son matre des cygnes d'engraisser une douzaine de ses lves dont il a fait cadeau, l'occasion de Nol, des familles princires, quelques hauts fonctionnaires de la Cour et aux juges du tribunal suprieur[15]. [Note 15: Le _Gaulois_, 26 Dcembre 1904.] Le riche anglais veut que son frre pauvre se rjouisse Nol. Les journaux sont remplis d'appels adresss au public par les socits charitables de toute espce; les souscriptions abondent et la bourse des particuliers s'ouvre largement pour donner aux pauvres leur part de cette fte nationale.--L'_Hpital franais_, situ Shaftesbury-Avenue, et desservi par les Soeurs franaises Servantes du Sacr-Coeur, reoit, chaque anne, en surabondance, oies, dindons et puddings pour les malades, convalescents et infirmes. Ce dtail nous a t donn, Londres mme, par la Suprieure de l'tablissement. Dans quelques villes d'Angleterre, le maire reoit, l'occasion de Nol, cent vieillards qui viennent prendre le th, pendant que sa femme runit des veuves sans ressources. Ailleurs, ce sont des fondations pour dons de viande, de couvertures de laine, de sacs de charbons. Ainsi la distribution annuelle de la _Christmas Parcel Fund_ (Socit des paquets de Nol) de Shoreditch, tablie en 1870, a eu lieu aux Bains de Pitfield-street. Neuf cent cinquante-six des citoyens les plus pauvres de la localit, la plupart ayant une nombreuse famille, ont reu un paquet d'picerie contenant une demi-livre de th, un demi-quart d'une mesure de farine, une demi-livre de sucre et tout ce qui est ncessaire pour faire un bon _pudding_ de Nol--et en plus un ticket pour cent livres de charbon. Quelques mots aimables furent adresss l'assemble par le conseiller Dr Davies, prsident de la Socit, qui tait assist de l'honorable Claude Hay, M.P. (membre du Parlement), et de l'Alderman Pearce[16]. [Note 16: _The Daily Telegraph_, 23 Dcembre 1904.] Dans quelques _Work-houses_ (asiles des pauvres), les dames de charit offrent un dner de Nol complet: roastbeef, plum-pudding et bire, quand une Socit de temprance n'intervient pas pour remplacer la bire par le th. Dans ces _Work-houses_, on prpare mme quelquefois, chose toute nouvelle pour l'Angleterre protestante, une crmonie religieuse minuit _Watch service_, tout comme les catholiques ont la messe de minuit. Le jour de Nol, un dner pour plus d'un millier de pauvres est ordonn par la Reine d'Angleterre. Sa Majest, accompagne de la princesse de Galles et de ses petits-enfants, parcourt les grandes salles, parlant ses convives d'un jour, les rjouissant de sa prsence, alors que, d'autre part, elle a fait elle-mme des couvre-pieds envoys la mme poque aux hpitaux de Londres. Aprs le dner de Nol, on se livre diffrents jeux: nous n'en citerons que deux. C'est d'abord le _Snap Dragon_. Sur une large coupe, on place des raisins secs et des amandes que l'on recouvre d'eau naturelle, sur laquelle surnage une mince couche d'eau-de-vie. On allume alors ce punch d'un nouveau genre, et il s'agit d'enlever prestement, sans se brler, raisins et amandes que les ondulations d'une longue flamme dfendent longtemps contre toute atteinte[17]. [Note 17: Nicolay. _Histoire des Croyances_. Tome II, p. 81.] _The Hide and Seek_ (cache-cache) se joue dans les vieux manoirs. Et cette occasion, l'aeule, de sa voix chevrotante, ne manque jamais de psalmodier la _Lgende du Beau-Lowe_: c'est une _Christmas carol_ qui date, dit-on, du Ve sicle. Notre traduction littrale la donne dans toute sa simplicit: Nol au vieux chteau: c'est jour de fte. La fille du noble Biron joue avec ses compagnes. Elle joue _cache-cache_. Quel dlice! Elle se cache si bien, si bien, qu'elle disparat et que personne ne peut la dcouvrir. Pas mme son fianc, le jeune et beau Lord Lowe. Les jours, les semaines, les mois, les annes passent.--Vingt ans aprs, comme on avait besoin d'une nappe pour la table du festin de Nol, on ouvrit par hasard une vieille armoire et on y trouva, horreur!... un squelette couronn de roses blanches fanes.... Jeunes filles, songez la fiance du beau Lord Lowe! Le _Christmas_ britannique est surtout la fte des enfants. Les coles anglaises comptent deux vacances annuelles: l'une, qui est la plus longue, a lieu en t, l'autre est accorde l'occasion de Nol. C'est par suite de la prsence au logis des enfants disperss dans les collges, que la runion de famille est au complet. La veille de Nol, _Christmas Eve_, les enfants suspendent leur lit de fer les bas dans lesquels _Father Christmas_ (le Pre Nol) viendra dposer, croient-ils ou font-ils semblant de croire, les jouets et friandises qu'y dposeront rellement leur pre et leur mre. Le soir de Nol, les enfants rgnent en souverains, et, comme dans les saturnales antiques, c'est le monde renvers.--Douce tyrannie de quelques heures, car, ainsi que le dit Emile Augier: Nous n'existons vraiment que par ces petits tres. Qui dans tout notre coeur s'tablissent en matres, Qui prennent notre vie et ne s'en doutent pas, Et n'ont pour tre heureux qu' n'tre pas ingrats. Toute la famille est runie; alors c'est le bruit des jeunes voix, l'applaudissement des yeux, le trpignement des petits pieds sous la table. _Granny_ (grand'-mre) rclame le silence: elle se fait apporter une bouteille de son plus vieux cognac. On arrose le _pudding_, on teint le gaz et le plus jeune des _babies_ allume l'eau-de-vie dont la flamme scintille en reflets bleus, pendant que la turbulente jeunesse improvise une ronde autour de la grande table. Le gaz brille de nouveau et le _pudding_ est gravement entam. On fait d'abord la part des absents. La poste, ds le lendemain, portera aux colons de la Nouvelle-Zlande, aux _Sheep farmers_[18] d'Australie, aux garnisons de l'Inde et du Cap, ce souvenir si touchant de l'amiti. [Note 18: leveurs de moutons.] L'Angleterre clbre la fte de Nol avec une relle allgresse: c'est l'poque choisie pour changer voeux et trennes. C'est Nol qui est vraiment le _jour de l'an_ et qui sert de transition d'une anne l'autre. Aussi un grand nombre de _Christmas Cards_ (cartes de Nol) partent d'Angleterre pour les quatre coins du monde _anglicis_, colonis par la conqute toujours envahissante du peuple britannique, empire sur lequel _The Sun never sets_, Le soleil ne se couche jamais. Nous avons sous les yeux une collection trs complte de _Christmas Cards_: il y en a de ravissantes. Certaines sont sur du papier fin et colori, quelquefois avec photographies ou gravures de gracieux paysages ou de tableaux des grands matres. La plupart des voeux exprims peuvent se rsumer dans ceux-ci: _With Sincere Wishes for_ _A Very Happy Christmas and_ _A Bright and Prosperous New Year,_ _from_ _X***._ Avec sincres voeux pour Un trs heureux Nol et Une brillante et prospre nouvelle anne, de la part de X***. Ces cartes sont la porte de toutes les bourses: il y en a depuis dix centimes jusqu' cinquante francs. La poste de Londres en expdie plus de soixante millions, l'occasion du _Christmas_. On y joint quelquefois une minuscule bote contenant quelques grains du _pudding_ de Nol. Toute famille anglaise qui ne reoit pas, l'occasion de Nol, des nouvelles des absents, en prouve un profond chagrin, et s'il s'agit de proches parents ou d'amis intimes, toute la famille est en deuil. Le lendemain de Nol s'appelle _Boxing-day_, cause des _boxes_ (botes, tirelires) que font circuler les facteurs, les laitiers, les porteuses de pain, et tant d'autres amis inconnus qui viennent vous souhaiter un joyeux Nol et une bonne anne, souhaits auxquels vous ne pouvez mieux rpondre qu'en donnant des trennes. Ce jour-l, la populace profite des trains bon march _(cheap trains)_, envahit les endroits o l'on s'amuse et semble oublier tout fait que Nol est une fte religieuse. L'Anglais porte partout avec lui le souvenir de Nol. Dans ses colonies les plus lointaines, sur les sables d'Afrique ou dans les terres glaces du Nord, il runit ses compatriotes comme s'ils ne formaient qu'une famille. Tous ensemble ils clbrent le _Christmas_: debout, le verre la main, ils envoient un salut fraternel et leurs voeux de bonheur aux tre chris qu'ils ont laisss au-del de l'Ocan. Pendant la guerre de Crime, les dames anglaises furent mues de compassion pour leurs frres malheureux qui, devant Sbastopol, au milieu d'un hiver exceptionnel, faisaient l'admiration de toute l'Europe, par leur courage et leur endurance. Une souscription nationale fut ouverte dans tout le Royaume-Uni. Quelques jours avant Nol, des navires chargs de volailles, de _puddings_ et de liqueurs partaient pour la mer Noire. Le vingt-cinq Dcembre, les soldats anglais clbraient joyeusement leur _Christmas_ et buvaient au triomphe et la prosprit de la vieille Angleterre. Un journal de Londres reprsentait nagures le _Christmas_ dans un corps de garde anglais: la scne est des plus pittoresques: elle se passe au Transvaal. Les fusils sont dresss en faisceaux, une guirlande de verdure court travers les canons, une chandelle allume brle au bout de chaque baonnette, et les soldats choquent gaiement les verres autour de cet arbre de Nol d'un nouveau genre, qui leur rappelle tous les joies de la Patrie absente.[19]. [Note 19: Descles, Nol, page 67. ] N'importe o il se trouve, sur le pont d'un navire, sous la tente ou la hutte grossire de l'explorateur, perdu dans les glaces polaires, l'Anglais, oubliant un instant ses peines, ses fatigues, ses dangers, ne manque jamais de donner au vieux _Christmas_ la bienvenue de joie et d'esprance laquelle il a droit. Les catholiques anglais donnent la fte religieuse de Nol la plus grande solennit: il faut aller dans la belle et riche glise de l'Oratoire, Londres, pour y entendre la magistrale musique de Palestrina. En Irlande, le soir de Nol, d'une multitude de maisons sortent les familles catholiques, chacun tenant la main une torche de rsine allume. C'est un spectacle d'une trange beaut. On dirait des flots de lumires ondulant dans les tnbres. Toutes ces pieuses communauts se runissent au centre de la paroisse autour d'un cercle de flambeaux immobiles. Citons, en finissant, une page ravissante du vicomte Walsh, qui raconte _une Messe de minuit en exil_: C'tait dans le nord de l'Angleterre, dans un joli chteau, Standen-Hall, chez lord Southwell, fervent catholique qui, pendant les mauvais jours, avait offert l'hospitalit ses parents et amis de France. Nous y tions un jour de Nol. Ds la veille, on avait mis des bouquets de houx bien verdoyants, avec leurs baies ressemblant des perles de corail. ... Dans la chapelle, l'autel, le tabernacle, les gradins, les flambeaux taient en bois d'acajou poli, avec des ornements dors, un pais tapis aux plus vives couleurs couvrait les marches du petit sanctuaire; la neige, le froid taient au dehors, et dans cet intrieur bni, tout tait propre, chaud et confortable. Dans la tribune, en face de l'autel, des places rserves taient entoures d'un rideau de soie cramoisie; derrire ce voile tait le piano-orgue et les personnes qui devaient chanter. Lady Southwell (soeur de ma mre), lady Gormanston, sa fille, Mesdemoiselles de Choiseul, ses nices, formaient ce choeur de famille. Il y a bien longtemps de cela. Depuis cette fte de Nol, j'ai compt bien des lendemains de la Toussaint, bien des Jours des Morts. Parmi celles qui chantaient alors devant l'autel de Standen Hall, il y en a qui chantent aujourd'hui devant Dieu, dans le ciel. Bien des annes, bien des fortunes diverses me sont survenues depuis le _merry Christmas time_ (ce gai temps de Nol); j'ai entendu depuis les messes en musique de Mozart et de Rossini, et toutes ces annes, toutes ces fortunes diverses, tous ces grands talents n'ont pu effacer dans ma mmoire la _Messe de Nol chante dans l'exil_. Les ritualistes Anglais sont excusables jusqu' un certain point de s'imaginer qu'ils sont catholiques, puisqu'on clbre encore dans leurs glises des crmonies qui remontent huit sicles et ont survcu tous les changements que le protestantisme a introduits dans l'Eglise anglicane. Au premier rang de ces crmonies, il faut mettre l'offrande de l'or, de l'encens et de la myrrhe, que la Reine d'Angleterre fait tous les ans, le jour de l'piphanie, l'instar des Rois Mages. Cette coutume remonte la plus haute antiquit. Pendant plus de huit cents ans, les souverains anglais venaient prsenter leur offrande en personne, et cet usage ne prit fin que sous le rgne de Georges III, la princesse Caroline tant morte la veille de l'piphanie. Depuis ce temps, le souverain est reprsent par deux gentilshommes de sa Chambre. La crmonie a lieu dans la chapelle royale du palais de Saint-James, et voici comment on y procde. On commence par rciter la prire du matin; aprs quoi l'vque protestant de Londres, assist du sous-doyen de la chapelle royale, clbre le service de communion. Aprs la rcitation du symbole de Nice, les dix enfants de choeur de la chapelle royale, dans leur pittoresque costume carlate avec des collerettes blanches, entonnent l'antienne: J'ai pri pour obtenir de vous la sagesse. Alors les deux gentilshommes de la Chambre, en habit de Cour, l'pe au ct, prcds d'un huissier portant une verge d'argent, s'avancent vers l'autel. L'vque de Londres vient au-devant d'eux et leur prsente un plat en vermeil sur lequel ils dposent les offrandes de la Reine. Celles-ci sont renfermes dans un sac en soie rouge, brod d'or, et consistent en trois paquets en papier blanc scells avec de la cire rouge. Les deux premiers paquets contiennent de la myrrhe et de l'encens; dans le troisime sont vingt-cinq souverains en or tout nouvellement frapps, qui sont distribus des pauvres des paroisses voisines. C'est depuis 1859 que des pices de monnaie ont t substitues aux feuilles d'or battu qui formaient la troisime offrande. Leur mission termine, les gentilshommes de la Chambre se retirent avec le mme crmonial observ pour leur arrive et l'office s'achve avec la plus grande solennit. ALLEMAGNE La fte de Nol en Allemagne _Weihnachten[20] (la nuit sainte) est aussi populaire qu'en Angleterre, mais elle a un caractre plus grave et plus religieux. [Note 20: Ancienne forme plurielle aujourd'hui inusite, except dans quelques cas trs rares.] Des enfants, petits anges ou petits bergers, forment des processions et traversent les villages en chantant des hymnes pastorales. Souvent on y voit la Madone, saint Joseph, saint Nicolas avec sa longue barbe et portant la crosse la main, saint Martin mont sur un cheval blanc, et toujours y figure le _Knecht-Ruprecht_, terreur des enfants mchants et joie des enfants sages auxquels il apporte des prsents. Dans quelques campagnes, on joue encore les _Mystres de Nol_ avec une navet charmante. Dans les pays catholiques, la Messe de minuit est clbre en grande pompe. Dans plusieurs villages, les chanteurs s'assemblent au haut de la tour de l'glise, l'aurore, le jour de Nol. Les habitants sont rveills aux chants de: O du frliche. O du selige Gnadenbringende Weihnachtszeit! O joyeuse, bienheureuse Nuit de Nol, si fconde en grces! retentissant dans l'air calme du matin. Les archologues prtendent que la plupart des coutumes de Nol, qui existent en Allemagne, eurent leur origine dans les vieilles et sombres forts de la Germanie, alors que les Teutons adoraient Wuotan, l'Odin Scandinave, et son pouse Berchta, la Terre-Mre. Il y a encore, en Allemagne, des districts o Wuotan, avec son chapeau enfonc sur le front, son manteau gris, et mont sur son cheval blanc, visite les chaumires des paysans. Avant sa visite, le feu a t soigneusement teint dans le foyer, mais Wuotan le rallume: il prfre mettre le feu une bche de chne. La bche de Nol doit brler sous la cendre, elle ne doit pas flamber et dans l'Allemagne du Sud, les cendres sont gardes soigneusement et rpandues dans les champs pour assurer leur fertilit. Aprs la Messe a lieu le _Mettenwurst_ (rveillon): tous les membres de la famille sont runis. De ce repas, coutume touchante, on enlve les restes qu'on place dans une salle claire toute la nuit: c'est la part du Christ et des Anges. Inutile de dire qui cette part est destine. Le plat favori de Nol pour le paysan est une tte de porc laquelle on ajoute des saucisses et des choux-verts. Mme les bestiaux ont part au festin de Nol: leur ration de foin est double. Dans certains districts, on croit que les bestiaux ont le don de la parole, au moment o la grande fte commence dans l'univers. Celui, parat-il, qui est dou de la bonne oreille, peut les entendre parler doucement, tout en ruminant, de la Crche dans laquelle le Christ naquit. Il ne faut pas seulement avoir la bonne oreille pour entendre parler les bestiaux, il faut aussi n'avoir aucun pch sur la conscience. Il est de tradition, la Cour de Berlin, que chaque veille de Nol, le capitaine en second de la Ire compagnie du Ier rgiment de la garde pied offre au souverain un gteau de miel. Le prince imprial et les autres fils de Guillaume II recevront des gteaux semblables, de la Ire compagnie du Ier rgiment de la garde. Seulement, tandis que les gteaux du souverain et du prince hritier mesurent 35 X 2l X 8 centimtres, comme dimensions, les gteaux des autres princes ont seulement 30 X 18 X 5 centimtres. Jadis, ces gteaux taient fabriqus Thorn, mais depuis quelques annes c'est un ptissier de Potsdam que ce travail est confi. Le gteau de Nol est glac, il porte l'toile de la garde et une inscription ddicatoire. L'Empereur Guillaume ne manque jamais la crmonie de la remise du gteau et il retient dner les officiers chargs de cette agrable mission. La veille de Nol, toute la terre germanique est en liesse, sur les bords du Rhin, comme sur les bords du Danube et de l'Elbe; de Mayenne Vienne[21], de Koenigsberg Munich, il n'y a pas une famille qui n'ait revtu le costume des jours de fte. [Note 21: Dans une grande partie de l'Autriche, les coutumes de Nol sont absolument les mmes qu'en Allemagne.] La _Nol des enfants_ a une telle importance qu'on la prpare longtemps l'avance. Sur les places de la plupart des villes s'lvent des maisonnettes en bois aussi lgantes de forme que barioles de couleurs clatantes. Les marchands talent aux yeux de la foule, avec got et coquetterie, tous les objets qui peuvent servir de prsents aux enfants. Les jouets de Nuremberg[22] sont les plus recherchs: poupes de toutes sortes, qui en bergre, qui en grande dame, qui en cuisinire, qui en paysanne; polichinelles de toutes les grandeurs, soldats de plomb, canons, fusils, sabres et tambours.--Plus loin se tient la ptissire hambourgeoise, avec ses gauffres croquant sous la dent, et ses pains d'pices si joliment travaills en chiens, chevaux, chats, moutons.--Puis les jeux de toutes les varits: agathes, toupies, cerceaux sonnettes, jeux de l'oie, jeux de patience... Les parents y conduisent leurs enfants et tchent de saisir dans un regard, dans une parole, l'expression de leurs dsirs. Discrtement ils achtent l'objet convoit et le distribuent au moment opportun, l'occasion de Nol. [Note 22: Les articles de Nuremberg sont trs renomms: on les voit exposs au Muse National de Munich. Ils sont fabriqus en grande partie dans la Fort Noire au centre de laquelle se trouve Triberg, un des siges principaux du commerce des horloges connues sous le nom de _coucous_.] Mais ce qui, en Allemagne, domine toutes les rjouissances populaires, ce qui fait de Nol la fte des enfants et le jour des trennes, c'est l'arbre de Nol (_Weihnachtsbaum_)[23]. Nulle part, il ne se prsente sous des formes plus captivantes et avec des prsents aussi apprcis. [Note 23: Dans le nord de l'Allemagne, et surtout Berlin, l'arbre de Nol est souvent remplac par des _pyramides_ faites avec un assemblage de planches et de petits madriers. Cela provient de la difficult de se procurer des sapins.] Pour piquer la curiosit des enfants et leur faire regarder comme mystrieux, quasi miraculeux, les dons de Nol, le pre leur raconte que le Bonhomme Nol (_der Weihnachtsmann_) passe le reste de l'anne au sein de la montagne, entour de toute une Cour de _nains_. Chaque nuit, l'un de ces nains monte la garde la fente du rocher qui sert d'entre et un autre nain vient le remplacer l'aube du jour suivant. Au bout de trois cent soixante gardes, le dernier rentre en criant: Voici bientt Nol. Alors, le _Weihnachtsmann_ et sa Cour sortent de leur repos. Ils vont dans la fort arms de scies et de haches. Avec ardeur ils coupent les sapins[24] destins la fte, et ils les dcorent avec la neige qui couvre le pays et avec les glaons qui pendent aux arbres. Puis il les placent sur des traneaux et les conduisent dans leur palais souterrain; l, ils les ornent de bougies, de pommes d'or, de noix, de bonbons. La nuit de Nol venue et les toiles allumes au ciel, le Bonhomme Nol parcourt en traneau les villages environnants pour s'informer si les enfants sont sages; il s'en assure en regardant par les fentres. S'il en est ainsi, vite il descend dans sa demeure, y prend un beau sapin tout couvert de prsents et l'apporte la maison[25]. [Note 24: Les sapins qui doivent servir d'arbres de Nol viennent surtout des montagnes du Harz.--La Fort Noire en fournit aussi en grande quantit: nulle chane de montagnes de l'Allemagne n'est aussi riche en paysages grandioses, en sites dlicieux; les hauteurs infrieures sont surtout couvertes de pins et de sapins aux senteurs fraches et vivifiantes.] [Note 25: D'aprs Bernard Zornemann.] Dans certaines familles, sur le conseil de la mre, les enfants crivent, la veille de Nol, une lettre l'Enfant Jsus, afin de solliciter les objets qu'ils dsirent: un couteau, une balle, une bicyclette, des histoires d'Indiens... souvent la liste est interminable. Pourquoi se restreindre? L'Enfant Jsus est si riche! Voici la nuit de Nol: dans les rues s'illuminent a et l quelques maisons; on y entend des rires d'enfants. C'est le moment. Un son de clochette retentit dans la chambre, c'est le signe attendu. Les deux portes du salon s'ouvrent toutes grandes. Quelle magnificence! Quelle richesse! blouis, les enfants s'arrtent une minute, puis s'lancent en avant. Le voici le sapin entrevu dans leurs rves, mais plus beau, plus brillant. Ses branches atteignent le plafond. Sur chacune d'elles il y a des bougies bleues, vertes, jaunes; des pommes aux joues rouges et des noix d'or; des gteaux, des massepains pendent ct. Des boules de verre colori[26], des guirlandes multicolores, des toiles d'argent, des croissants d'or brillent dans la lumire. Il y a mme de la neige sur l'arbre, mais ce n'est pas de la vraie, c'est de la ouate blanche. Joyeux, des oiseaux et des papillons artificiels se balancent sur les branches. Oh!... et ces groupes d'Anges! Quelle splendeur! Des fils rouges, bleus, verts, jaunes, grimpent de branche en branche jusqu' la cime. Au sommet plane l'Ange de Nol avec ses blonds cheveux et ses ailes pleines de lumire. [Note 26: Ces objets en verroterie se fabriquent principalement Lauscha, en Thuringe. Chaque anne, il en est expdi des quantits considrables dans toute l'Allemagne. Les fabricants en donnent 200 ou 300, selon la grosseur, pour la somme de 3 5 marcs (3 fr. 75 6 fr. 25).] Au pied de l'arbre sont les cadeaux. Des poupes, des berceaux, des mnages, pour les petites filles; des trompettes, des soldats de plomb, des fusils, des tambours, pour les petits garons. Les cris de joie ne finissent pas. Vois, les belles images de mon livre!--Tiens, tiens! mon cheval a une vraie crinire! Alors la mre se met au piano, les enfants se prennent la main et chantent le vieux cantique si populaire: _Stille Nacht, heilige Nacht_, que nous traduisons, littralement: I Nuit silencieuse, sainte nuit! Tout dort: seul veille encore Le couple tendre et trs saint[27]; Bel enfant aux cheveux boucls, Dors dans ton calme cleste. (Bis.) [Note 27: Marie et Joseph.] II Nuit silencieuse, sainte nuit Annonce d'abord aux bergers Par l'_Alleluia_ des Anges, La nouvelle se rpand l'entour: Le Christ, le Sauveur est l. (bis.) III Nuit silencieuse, sainte nuit! Fils de Dieu, comme l'amour Rit sur ta bouche divine. Quand sonne pour nous l'heure du salut. Christ, par ta naissance! (bis.) Puis ce sont des panchements d'amiti, des remerciements sans fin, la joie brille dans tous les regards, les plus secrets dsirs ont t devins.... Nol est le plus beau jour de l'anne. Enfin, grand'mre fait une lecture dans la Bible. D'une voix tremblante et pieuse, elle lit l'histoire du Sauveur qui naquit dans une table et qui fut mis dans une crche. Les enfants coutent cette histoire qu'ils connaissent dj et qui chaque anne cependant leur parat plus belle. Quelquefois, on enferme, la veille de Nol, un arbre charg de petits cierges, de bonbons, de pommes et de jouets dans une armoire, qu'on ouvre l'instant o l'on s'y attend le moins, pour donner aux enfants le plaisir de la surprise. Gothe, dans son roman clbre de Werther, fait allusion cette coutume. Entoure de ses petits frres et de ses petites soeurs, Charlotte dit l'un d'eux, cachant son inquitude sous un agrable sourire: Tu auras, si tu es sage, une bougie de couleur et _quelque chose avec_. Dans quelques familles, c'est encore l'usage qu'avant la distribution des prsents se montre le _valet Rupert[28] (_Knecht Ruprecht_) ou _Nicolas le Velu_. [Note 28: Cet usage tend disparatre; les petits enfants s'en font peur et leur sant peut en souffrir; les grands n'y croient plus.] Dans la croyance populaire, ce _Knecht Ruprecht_ est le mme que saint Nicolas (ou le _Santa Claus_ des Anglais). Il est bien connu dans toute l'Allemagne Centrale et l'Allemagne du Nord. Il revt un habit de fourrure et une barbe trs paisse couvre sa figure, un large bonnet longs poils orne sa tte. Il porte sur le dos un sac plein de jouets et de friandises et dans sa main une baguette, car une partie de sa mission consiste chtier les enfants mchants. Il est maintenant le messager du Christ-Enfant, bien qu'il doive son origine des coutumes paennes. Dans d'autres parties de l'Allemagne, saint Nicolas et saint Martin sont les messagers de l'Enfant Jsus. Saint Martin est le fameux vque de Tours et Saint Nicolas le non moins fameux vque de Myre en Lycie. Leurs ftes tombent vers le temps de Nol[29] et c'est probablement la raison pour laquelle leurs noms sont mls aux rjouissances de cette fte. En Allemagne, les catholiques ont adopt saint Martin et les protestants saint Nicolas, mais ils ne sont ni l'un ni l'autre spars de l'Enfant Jsus. Dans les pieuses familles allemandes on rappelle aux enfants que ce n'est pas saint Martin ou saint Nicolas, avec ses dons matriels, qui est le principal visiteur pendant la sainte veille, mais l'Enfant Jsus qui vient plus tard avec ses grces divines. Dans les demeures o la venue de l'Enfant Jsus est reprsente, Il entre avec un coeur de pain d'pices dans sa main, symbolisant le coeur renouvel qu'il apporte tous ceux qui l'attendent. De leur ct, les enfants tiennent un verre de vin pour rafrachir l'Enfant Jsus et une botte de foin pour l'ne sur lequel Il est mont. Quand Il apparat, ils chantent un Nol enfantin des plus charmants: Christkindele, Christkindele, Komm doch zu uns herein! Wir haben ein Heubndele Und auch ein Glsele Wein. Das Bndele frs Esele, Fr's Kindele das Glsele, Und beten knnen wir auch. Cher petit Enfant Jsus. Descends donc chez nous! Nous avons une botte de foin Et aussi un verre de vin. La botte est pour l'ne Pour l'Enfant le verre. Et nous savons aussi prier. [Note 29: La fte de Saint-Martin est le onze Novembre et la fte de Saint-Nicolas le six Dcembre.] Le _Knecht Ruprecht_ est souvent reprsent par quelque ami de la maison qui, pour n'tre pas reconnu des enfants, porte, comme nous l'avons dit plus haut, un bonnet de fourrure, une longue barbe et un grand bton. Cet usage est ainsi racont dans le _Journal des Voyages_: Le soir du vingt-quatre Dcembre, dans une chambre bien claire, est dispos l'arbre de Nol orn d'objets et de friandises; les enfants sont partags entre l'esprance et la crainte.... Tout coup on entend une clochette, la porte s'ouvre et _Christkindel_[30] parat: c'est une jeune femme vtue de blanc et coiffe d'une perruque de chanvre[31]. Sa figure est enfarine pour la rendre mconnaissable, et elle porte sur la tte une couronne; d'une main elle tient une clochette, et de l'autre une corbeille pleine de bonbons.... Soudain un grand bruit de ferrailles se fait entendre et bientt apparat _Nicolas le Velu_, le corps couvert d'une peau d'ours. Sa figure toute noire est encadre d'une grande barbe; d'une voix grave et vibrante, il demande quels sont les enfants mchants.... Alors les bons parents interviennent, plaidant en faveur des petits coupables, implorant pour eux l'indulgence, et promettant, en leur nom, une conduite exemplaire pour l'avenir.... Le dmon est chass du logis; et bientt l'on n'entend plus que des rires sonores et des applaudissements enfantins autour de l'arbre de Nol, objet de toutes les convoitises. [Note 30: _Kindel_ petit enfant, _Christkindel_ petit Enfant Jsus.] [Note 31: Les Allemands sont caractriss par les cheveux blonds clairs et les yeux bleus.] Pendant la guerre de 1870, ce ne fut pas l'un des moindres sujets d'tonnement pour les paysans franais envahis, que de voir Prussiens, Bavarois, Saxons, Wurtembergeois, etc., et les uhlans eux-mmes, se grouper fraternellement autour de petits sapins agrments de lumires et chanter des choeurs glorifiant la venue du Messie.--De nombreux soldats bavarois, logs au Petit Sminaire d'Orlans, La Chapelle-Saint-Mesmin, demandrent une des salles d'tude et y levrent leur arbre de Nol. Ils firent entendre leurs plus beaux chants en l'honneur de l'Enfant Jsus, et coutrent avec un profond recueillement une allocution trs loquente de leur aumnier militaire. A l'occasion des ftes de Nol, les officiers allemands accordent des congs aux soldats placs sous leurs ordres. Mais il faut compter avec les exigences du service: tout le monde ne peut pas tre envoy en permission. Aprs le dpart des privilgis qui passent la fte de Nol dans leurs foyers, il reste encore un grand nombre de soldats au quartier. Or, en vertu du principe qui dclare que le rgiment est une seconde famille, les chefs cherchent les rcrer en cette fte solennelle. L'avant-veille de Nol, chaque _Hauptmann_ (capitaine) reoit de la commission des ordinaires, une somme d'environ cent marks (cent vingt-cinq francs), destine l'achat d'un arbre de Nol. Le soir du vingt-quatre Dcembre, on installe un beau sapin tout hriss de petites bougies, dans la chambre la plus vaste du casernement affect la compagnie: des tables sont dresses autour de l'arbre et tendues de nappes bien blanches sur lesquelles s'alignent des paquets de cigares, envelopps de chauds tricots de laine, des _Pfefferkuchen_ (pains d'pices) autour desquels s'enroulent des paires de bretelles, des chaussettes, des ceintures de gymnasque; aux extrmits et servant d'encadrement des pipes, des photographies, des portraits de l'Empereur, etc. Au fond de la salle, un tonnelet de bire chevauche majestueusement sur un chevalet improvis. La nuit est venue. Dj, depuis un instant, le capitaine est arriv avec ses officiers et attend dans la chambre du chef. La commission des sous-officiers et soldats chargs de prparer la fte fait son entre. Le sergent-major s'avance et dit: --Mon capitaine, tout est prt. --Trs bien. Et le tonnelet de bire? --Il est en place, mon capitaine. --Parfait. Voulez-vous faire venir les hommes. Cinq minutes aprs, toute la compagnie est l. Un profond recueillement plane sur l'assistance. Le capitaine entre alors dans la salle et aussitt les soldats entonnent le choral: _O du frhliche, o du selige, Gnadenbringende Weihnachiszeit Welt ging cerloren: Christ ist geboren Freue dich, freue dich, du Christenheit._ O joyeux, radieux. O salutaire Nol, La Terre tait perdue, le Christ est n, Rjouis-toi, rjouis-toi, Chrtient! Le chant termin, le sergent-major dpose dans un casque un nombre de numros gal celui des hommes prsents. Chaque troupier, son tour, vient en tirer un et prendre ensuite possession du cadeau correspondant. L'opration du tirage au sort est acheve. Le tonneau est mis en perce. Le capitaine, verre en main, se porte au centre; aprs un petit speech de circonstance, il termine par ces mots: --_Auf cuer Wokl, Leute; ich wnsche euch allen ein frohes Fest._ (A votre sant! les hommes (mes amis), je vous souhaite tous de passer joyeusement la fte.) Au bout de quelques minutes, aprs avoir caus amicalement avec les soldats, le _Hauptmann_ se retire pour donner aux sous-officiers ses trennes _personnelles_. Un trait patriotique, extrait d'un journal allemand[32], nous permet de complter tout ce que nous avons dit des coutumes de Nol dans les pays d'Outre-Rhin. [Note 32: C'est la _Fraukfurter Zeitung_, la _Gazette de Francfort_, qui raconte ce trait ravissant, plein de patriotisme et de souffle religieux.] C'tait en 1870, pendant le sige de Paris. La nuit tait glaciale et des milliers d'toiles perlaient au firmament. Franais et Allemands taient si rapprochs que, d'un poste l'autre, on entendait clairement retentir les appels et rsonner les armes sur le sol durci par une gele des plus intenses. Il pouvait tre minuit. Tout coup un soldat franais, aprs avoir demand la permission son capitaine, gravit le foss et s'avance de quelques pas vers l'ennemi. L, il s'arrte, salue militairement, et d'une voix puissante et grave, pleins poumons, il entonne: Minuit, chrtiens, c'est l'heure solennelle O l'Homme-Dieu descendit jusqu' nous... Cette apparition tait si inattendue, si mystrieuse, cette voix vibrait si harmonieusement dans le calme de la nuit, ce chant magistral empruntait aux circonstances une telle grandeur, une telle beaut que tous--raconte le capitaine de mobiles tmoin du fait[33]--parisiens sceptiques et railleurs, nous tions suspendus aux lvres du chanteur.--Et du ct des Allemands, l'impression devait tre la mme, car on n'entendit pas le moindre bruit d'armes, pas la moindre parole. [Note 33: Le capitaine X***, d'un bataillon de mobiles de Paris, a racont lui-mme le fait: le chanteur appartenait l'un des grands thtres de la capitale.] Quand les derniers mots du cantique d'Adam: Peuple, debout! Chante la dlivrance! Nol! Nol! Voici le Rdempteur! eurent retenti au milieu du silence gnral, comme un coup de clairon qui sonne la victoire, le soldat rentra au poste o il fut acclam par tous ses camarades. Mais aussitt aprs, du ct des Allemands, un soldat apparaissait son tour: c'tait un superbe artilleur, casque en tte. Il s'avana, comme le franais, de quelques pas et salua militairement avec la raideur propre aux soldats de son pays. L, entre ces deux armes d'hommes qui jusqu'alors ne songeaient qu' s'entr'gorger, il entonna, son tour, en allemand, un beau cantique de Nol, hymne de reconnaissance et de foi Jsus Enfant, qui naquit, il y a dix-huit sicles, et vint prcher aux hommes l'amour de leurs frres. Pas un bruit, pas un mouvement hostile du ct des Franais ne vint troubler la voix du chanteur allemand. Quand, avec une motion toujours croissante, il eut redit les dernires paroles du refrain: Weihnachtszeit! Weihnachtszeit[34]. le poste allemand tout entier le reprit en choeur. [Note 34: Temps de Nol! Temps de Nol!] Et dans nos retranchements, le poste franais rpondit d'une seule voix: Nol! Nol! Vive Nol! Un instant, les deux armes ennemies furent ainsi confondues dans une pense commune de cordialit et de paix. L'ide de Nol, avec le souvenir de ses ftes familiales et de ses enseignements divins, avait ainsi transform ces hommes et mis dans leurs coeurs les sentiments de la plus fraternelle charit[35]. [Note 35: On nous crit qu'un fait peu prs semblable se serait pass la tranche de la Pltrire, prs de Choisy-le-Roi.] NOL DANS LES PAYS DU MIDI ITALIE--NAPLES--SICILE--ESPAGNE Nol! Nol! jour d'esprance et d'amour, s'crie un crivain tranger; est-il un peuple dans le monde chrtien chez lequel le retour de cette fte ne soit clbr par des usages, des jeux, des chants et des traditions qui varient selon le sol et le climat, prenant les teintes du caractre national, gais ou sombres, tristes ou foltres, suivant qu'ils ont t crs par une imagination vive ou mlancolique et plus ou moins amie du mystre? En effet, les conditions du milieu ont une action prpondrante sur les rjouissances populaires. Dans les pays du Midi o le soleil brille de tous ses feux sous un ciel d'azur dont aucune vapeur ne vient ternir l'clat, o l'on jouit des nuits toiles, des vents de mer la tide et caressante haleine, la vie est pour ainsi dire tout entire au dehors, tandis que, dans les pays du Nord, o svit le froid, la neige, la glace et la bise mordante, les habitants se renferment des mois entiers dans leur demeure et se groupent autour de l'tre o flamboie et ptille la grosse bche de la fort. De l, en Italie et en Espagne, les coutumes de Nol sont plus extrieures, plus bruyantes, en un mot, l'expression d'une joie plus expansive et toute mridionale. Elles n'en ont pas moins le caractre essentiellement religieux qu'on rencontre dans les pays du Nord. ITALIE Saluons d'abord Rome, la ville des Csars, la capitale du monde catholique, la rsidence du Souverain Pontife. Nous avons eu le bonheur de la visiter diffrentes poques et parfois nous y avons fait un assez long sjour. Nous ne l'avons jamais quitte sans emporter un ardent dsir de revoir cette cit jamais illustre o tous les peuples ont pass, o toutes les gloires ont brill, o toutes les imaginations cultives ont fait, au moins de loin, un plerinage. Au touriste elle offre les grandioses monuments de l'antiquit romaine, cirques, aqueducs, oblisques, fontaines, forums, arcs de triomphe. Ses nombreuses glises sont d'une richesse incomparable, ses muses remplis des plus beaux chefs-d'oeuvre de la sculpture, de la peinture et de la mosaque; dans ses palais somptueux sont prodigus l'or, le marbre et les fresques des grands Matres. Le chrtien y vnre les corps des saints Aptres, dans chaque glise les reliques insignes de quelque grand saint; il baise avec une motion mle de larmes la poussire du gigantesque Colise toute imprgne du sang des martyrs; il pntre avec recueillement et pit dans les immenses souterrains des catacombes o il sent revivre en lui tous les souvenirs des premiers ges. Le savant, l'rudit y trouve les plus riches bibliothques et les documents les plus authentiques sur l'origine de l'glise et son histoire travers les sicles. Rome nous est chre un point de vue plus spcial. C'est l que de tous les pays d'Occident et d'Orient, d'Amrique et des les viennent de jeunes ecclsiastiques pour y complter leurs tudes. Ils suivent les cours des professeurs les plus minents et ils s'efforcent de conqurir les grades les plus levs en thologie et en droit canon. Ils ont bien voulu nous adresser des notes sur les coutumes de Nol dans leurs pays respectifs. Nous ne savons comment leur tmoigner notre gratitude[36]. [Note 36: M. l'abb B***, de la Procure de Saint-Sulpice, Rome, a t bien des fois, pour nous, le plus intelligent et le plus dvou des intermdiaires et des correspondants.] Tout le mois de Dcembre sert, Rome, de prparation la fte de Nol. Au retour de l'Avent, apparaissent les gracieux bergers qu'on appelle Pifferari, c'est--dire joueurs de fifre, du mot italien piffero, fifre, parce qu'autrefois le fifre tait leur instrument de prdilection. Aprs avoir pass le reste de l'anne sur les montagnes dont la ville de Rome est environne, ils descendent dans les rues et viennent annoncer la grande fte populaire[37]. C'est une des plus naves et des plus touchantes traditions des sicles de foi. Ils sont ordinairement par groupes de trois: un vieillard, un homme d'ge mr et un enfant. Ils rappellent ainsi une ancienne opinion qui ne compte que trois bergers la Crche. [Note 37: Ils viennent surtout de la Sabine et des Abruzzes.] Ils vont par les rues, jouent de leurs instruments champtres dont ils accompagnent leurs chants. Ces airs innocents, qui rappellent le grand mystre de Bethlem et le retour des jours joyeux, veillent dans la plupart des fidles des sentiments de foi et de pit.--On dit qu'ils reprsentent les heureux pasteurs qui se rendirent la Crche pour vnrer l'Enfant Jsus et en ralit l'usage de ces neuvaines de chants prparatoires la fte de Nol est immmorial. Leurs instruments sont simples comme tous ceux des bergers: c'est le hautbois, instrument vent et anche, dont le son clair et perant est la fois sourd et plaintif surtout dans les notes basses; c'est la cornemuse, instrument de musique champtre, auquel on donne le vent avec un soufflet qui se hausse ou se baisse par le mouvement du bras, horrible ensemble de peaux tendues et gonfles qui donne des sons nasillards mais pleins d'une mlancolique suavit[38]; c'est le fifre, sorte de petite flte d'un son aigu; le chalumeau et plus rarement le triangle. [Note 38: Le _biniou_ des Bretons est une sorte de cornemuse. Les _Highlanders_ (montagnards d'cosse) l'appellent _pibroch_: elle est en usage dans certains rgiments cossais: c'est le _bagpipe_ (instrument outre et tuyaux.) Dans les campagnes de la Sologne et du Berry, on donne quelquefois la cornemuse le nom de _chvre_, parce que l'outre de cet instrument est souvent faite avec la peau de cet animal.] Le costume des _Pifferari_ est en harmonie avec leur pieuse _canzonetta_ (cantate, chansonnette). Un chapeau tyrolien en pointe orn d'une aigrette ou de rubans multicolores et pench sur l'oreille, une veste courte, un manteau en grosse bure marron ou bleue, une culotte en peau de brebis ou de chvre, des chaussures termines par une semelle qui se rattache sur le pied avec des courroies; ajoutez cela de longs cheveux noirs qui descendent sur les paules, une belle barbe, des yeux vifs, un front lev, une marche lente et incertaine et vous aurez une ide de ce costume et de ce type remarquable[39]. [Note 39: Monseigneur Gaume, _les Trois Rome_. Tom. I. p. 190.] Nous avons rencontr dans les rues de Rome, aux approches de Nol, ces artistes ambulants. Qu'ils sont beaux voir surtout ces enfants avec leur figure mlancolique, dj grave et rveuse, avec de grands yeux merveilleusement bleus, de ce bleu lumineux et transparent, limpide et profond qu'ont le ciel et la mer d'Italie, avec leurs chevelures aux boucles soyeuses pleines de reflets d'or. En les contemplant, on ne peut s'empcher de penser ces visages roses de chrubins lgers, ces ttes charmantes et douces o la lumire semble mettre une aurole et dont longtemps dans sa cellule eut rv genoux Fra Angelico da Fiesole[40]. [Note 40: Paul Vron. de Pithiviers.--Ses ouvrages, en prose et en vers, crits dans un style plein de charmes, rvlent l'esprit potique et l'me idalement belle de notre excellent ami, dcd pieusement le Vendredi Saint 1888.] Les _Pifferari_ s'acquittent avec conscience de la pieuse fonction que leur ont transmise leurs pres. Debout et tte nue, ils jouent devant les images de la Madone: devant elles ils font entendre leur _ninna nanna[41]. On les loue pour des neuvaines, ou une srnade, chaque jour, autant que durent les ftes. Ils ne manquent jamais d'arriver l'heure dite, d'autant plus allgres qu'ils satisfont tout la fois la dvotion de leur cour et les besoins de leur bourse. Ils triomphent la veille de Nol, tant ils sont nombreux ce jour-l, tant leurs joyeux concerts effacent ceux des jours prcdents. [Note 41: Ces deux mots peuvent se traduire par _fais dodo, fais dodo_. Une _ninna nanna_ est une berceuse ou chanson destine endormir les petits enfants: les chanteurs italiens s'adressent la Sainte Vierge.] Voici l'une des cantates qu'ils rservent pour la vigile de la grande fte: O Verginella, figlia di Sant' Anna, Nel ventre tuo portasti il buon Gesu, Gl' Angioli chiamarono: Venite, Santi, Andat a Gesu bambino alla capanna, Partorito sotto ad un a capanella, Dove mangiavan il bove e l'asinella. Immacolata Vergine, beata In cielo, in terra sii avvocata. La notte di Natale notte santa, Questa orazion che vien cantata A Gesu, bambino sia representata. Nous traduisons littralement: O douce Vierge, fille de Sainte Anne, dans votre sein vous porttes le bon Jsus. Les Anges ont cri: Venez. Saints, allez la cabane de Jsus Enfant, n dans une petite table[42] o mangeaient le boeuf et l'nesse. [Note 42: Nous n'avons pas d'quivalents en franais pour rendre les gracieux diminutifs italiens: verginella, capanella, asinella, angioli.] La dernire strophe est une touchante prire qui convient et l'auguste Vierge et au mystre de ce jour: O Vierge Immacule, bienheureuse au ciel, soyez notre avocate sur la terre. La nuit de Nol est une nuit sainte: prsentez Jsus Enfant la prire que nous avons chante! Quelquefois on rencontre, par les rues de Rome, de pauvres aveugles qui chantent en s'accompagnant de la mandoline ou de la guitare, des chansons l'Enfant Jsus. Voici l'une des plus populaires: Dormi, dormi nel mio seno. Dormi, mio flor Nazareno; Il mio cuor culla sara Fra la ninna nanna na! Dors, dors sur mon sein. Dors, ma fleur de Nazareth; sur mon coeur tu seras berce et tu feras la cline, dorlote, dorlote[43]. [Note 43: De nos jours, on voit encore, Rome, des groupes de musiciens, pendant le temps de Nol, mais les gracieux instruments d'autrefois deviennent de plus en plus rares: la plupart du temps ils sont remplacs par de bruyants trombones, de criardes clarinettes et le plus souvent ils ne donnent leurs concerts que pour la _mancia_ (les trennes).] Quelques jours avant Nol, on rencontre parfois des montagnards, vtus de leur pittoresque costume, qui font danser des _marionnettes_ au son de leurs instruments rustiques. Ces petits thtres sur lesquels ils font mouvoir des figurines de bois ou de carton sont accueillis avec des cris de joie par les enfants. Ce sont pour eux les messagers clestes qui annoncent bonbons et jouets de toutes sortes: ils remplacent dans leur imagination le Bonhomme Nol tout emmitoufl des rgions du Nord et ils ne sont pas attendus avec moins d'impatience. Quel ravissant coup d'oeil offrent les magasins de Rome pendant la semaine de Nol. Les blanches Madones ornent les faades, ou resplendissent l'intrieur au milieu des lumires. Les marchandises disposes sur des tagres avec un got parfait, apparaissent domines par une jolie statue de la Vierge qui, sur un trne de verdure et de fleurs, est vraiment la Reine de la maison: une lampe brle, jour et nuit, devant elle. De petites boutiques s'lvent comme par enchantement le long de toutes les rues qui avoisinent le Tibre. Les enfants conduits par leurs parents se dirigent de prfrence vers la place Saint-Eustache et vers la place Navone, remplies de magasins improviss qui prsentent un entassement de bonbons et de jouets de toutes sortes. Du matin au soir, c'est un vritable assaut de la part de tout un peuple d'acheteurs de sept dix ans. Pour le Romain, Nol est vraiment le _capo d'anno_, le jour de l'an. C'est Nol que les communauts changent des _Agnus Dei_ encadrs dans des reliquaires et mme des gteaux. Sous Pie IX encore, le Pape recevait les prsents du Collge des Notaires apostoliques. Pendant la nuit de Nol, on envoie ses parents et amis des gteaux de mas qui ont t bnits par les prtres des paroisses. Ces gteaux sont plus ou moins grands, suivant l'importance du cadeau qu'on veut faire. Laisnel de la Salle rapporte[44] qu'une anne le prince Borghse en reut un blasonn ses armes qui ne mesurait pas moins de six mtres de largeur. Il en fit faire vingt-quatre normes portions qui furent distribues autant de pauvres. [Note 44: _Croyances et lgendes_, Tom. I. page 12.] Cette anne (1904), la rception des cardinaux par le Pape au Vatican, pour la prsentation des voeux, eut un caractre tout intime. La veille de Nol, chaque cardinal s'exprima verbalement en son nom: on ne lut point d'adresse, le Pape ne pronona pas de discours, mais s'entretint cordialement avec chaque cardinal. Le Souverain Pontife reut ensuite l'antichambre pontificale et les officiers de sa garde. Mais l'objet le plus convoit par les enfants,--les meilleures trennes--c'est un _presepio_. On nomme ainsi une Crche en cire, contenant l'Enfant Jsus couch sur la paille, Marie et Joseph en adoration ses cts et, sur un plan loign, le boeuf et l'ne qui semblent rchauffer de leur haleine le Sauveur du monde. Il y a des Crches de route grandeur, de tout prix: les plus attrayantes pour les petits Romains sont celles qui sont recouvertes d'un globe de cristal. Ils emportent triomphalement leur _presepio_ et le placent avec honneur dans leur chambrette orne l'avance pour le recevoir. C'est devant lui que, chaque soir, toute la famille vient prier[45]. [Note 45: La plus belle Crche de Rome se trouve toujours dans l'antique glise de l'_Ara coeli_, au Capitole. Ces reprsentations de la Crche sont ordinairement conserves de Nol l'piphanie.--Autrefois, dans quelques glises, on les cachait le jour des Saints Innocents, en mmoire de la fuite de Jsus en gypte. Le clbre peintre florentin Luca della Robbia se distingua dans la fabrication des Crches en terre cuite.] Rappelons un gracieux et naf usage qui existe Rome et qui fait de Nol, comme partout ailleurs, la fte privilgie des enfants: nous voulons parler des petits prdicateurs de l'_Ara coeli_. Pendant les ftes de Nol, on vient de tous les quartiers de la ville dans cette glise ddie la Vierge Marie pour rendre ses hommages au _San Bambino_. Tout le monde le connat, tout le monde vient se recommander lui. Il n'est pas rare qu'on le conduise chez des malades dsesprs et que des gurisons tonnantes soient produites par sa prsence. Telle est Rome sa renomme que ceux mme qui, en 1849, opprimaient le Pape et outrageaient les prtres, affectaient de le respecter et lui donnrent la plus belle des voitures qui se trouvaient au Quirinal pour ses visites aux malades. La statue du _San Bambino_ est en bois d'olivier: sa robe est couverte de saphirs, d'meraudes et de topazes, dons de la pit des fidles. Un soleil tout en diamant tincelle sur sa poitrine, des colliers plus prcieux les uns que les autres ornent son cou et tout cela en reconnaissance des nombreuses gurisons opres au contact du _San Bambino_ et constates par des tmoignages trs authentiques. Il demeure expos depuis Nol jusqu' l'piphanie, dans une chapelle latrale admirablement dcore: il y est entour de tous les personnages qui furent tmoins du mystre de Bethlem. Quand le moment est venu de le drober aux regards, les Religieux Franciscains du couvent de l'_Ara coeli_ le portent en procession sur le seuil de l'glise et avec lui bnissent la foule. Peu de crmonies, Rome, attirent un tel concours: les cent vingt-quatre marches qui conduisent l'glise, tous les degrs du Capitole, tous les balcons sont garnis de pieux fidles qui attendent cette bndiction comme une grce des plus prcieuses. C'est en face du _San Bambino_ que les enfants de Rome viennent prcher. Au pilier voisin s'appuie une petite chaire: les jeunes orateurs de sept a douze ans s'y succdent pour y clbrer, dans leur naf langage, les louanges du petit Jsus. Deux mois avant la fte, pre, mre, frres et soeurs, tout le monde est en mouvement dans les familles. Les uns composent, les autres font rpter au jeune dbutant son sermon de Nol. Lorsque j'arrivai, crit Mgr Gaume, c'tait une petite fille qui occupait la chaire: en juger par sa taille, elle pouvait avoir huit ans au plus. Elle parlait avec beaucoup d'onction et de vivacit; le geste tait naturel, le ton juste et vari..... La proraison fut pathtique. L'orateur tomba genoux, tendit ses petites mains vers le _Son Bambino_, lui adressa une nave prire, puis donna sa bndiction absolument comme l'aurait fait un vieux prdicateur[46]. [Note 46: Loc. cit. I p. 459.] Il n'est donc pas tonnant que, pendant huit jours, de dix heures du matin trois heures du soir, il y ait foule l'_Ara coeli_. C'est ici qu'il faut parler d'un personnage imaginaire qui jouait autrefois un grand rle dans les coutumes populaires de Nol en Italie: il s'agit de la _Befana_[47].--Ce mot qui est videmment une corruption de _Befania_. _Epifania_ piphanie, veut dire _marionnette_, _fantme_. [Note 47: Voir le _Dizionario di Tradizione_ de Moroni. Spain. Tom. IV, pag. 278-282.] On appelle _Befana_ un mannequin habill de haillons qu'on promne en Italie, la nuit de l'piphanie et qu'on s'amuse suspendre aux fentres le jour mme de la fte. Cet usage a presque compltement disparu. Varchi et Bni reprsentent la _Befana_ comme une vieille femme aux yeux rouges, aux lvres paisses, au visage furibond. Jacques Grimm[48] dit que la _Befana_ est une fe difforme, noire, laide, qui apporte des prsents aux enfants. En Allemagne, ajoute-t-il, _Tante Arie_ joue peu prs le mme rle. Sa lgende serait originaire de Franche-Comt; elle assiste aux moissons, prside les ftes rustiques, rcompense les fileuses diligentes, fait tomber les fruits des arbres pour les enfants sages, et Nol leur donne des noix et des gteaux. Le titre de _tante_ parat avoir remplac celui de _fe_, car c'est le nom d'une personne gnralement bienfaisante. [Note 48: Dictionnaire de Mythologie allemande, s. v. _Befana_.] En Italie, son rle serait celui du Bonhomme Nol ou de Croquemitaine si redout des enfants. S'ils ne sont pas sages, les parents les menacent de tout rvler la _Befana_. Celle-ci donne des cadeaux aux enfants obissants; aux mchants elle n'apporte que de la cendre et du charbon. Comme les Rois Mages venaient de l'Orient et que l'un d'eux tait noir, on raconte aux enfants que la _Befana_ aussi est noire et qu' cette poque, elle entreprend un grand voyage pour rcompenser ou pour punir. Parmi les cadeaux qu'on lui attribue Rome, on remarque les pommes de pin dores qui rappellent l'encens et l'or des Rois Mages. En Toscane, elle est reprsente comme une fe qui pntre la nuit dans les maisons; elle emplit de bonbons et de joujoux, les souliers placs dans la chemine. Les mamans et les gouvernantes menacent leurs _bambini_ de la _Befana_ qui n'est, disent-elles, ni tendre, ni gnreuse pour les mauvais sujets. Le cinq Janvier, veille de l'piphanie, vers dix heures du soir, la place Xavone, la plus vaste et la plus imposante de Rome aprs celle de Saint-Pierre, est illumine _ giorno_ et prsente un aspect ferique. Des marchands forains y talent leurs boutiques ambulantes charges de friandises, de fruits et de jouets d'une varit infinie. On y installe mme des ptisseries et des cafs pour les parents, les parrains, les matres: ils y viennent en foule pour rgaler leurs enfants, leurs filleuls, leurs lves. On crie, on danse, on tambourine, on agite des grelots et mme des casseroles. On y vend surtout des trompettes de fer blanc appeles _Befane_[49]. Les enfants les achtent et s'en vont par les rues, soufflant toute la soire et toute la nuit, et rendant tout sommeil impossible. Cette bruyante dmonstration est, dit-on, l'intention du roi Hrode qu'on veut punir de sa cruaut envers les Innocents. [Note 49: La veille de Saint Jean-Baptiste. Le mme bruit se produit, avec des clochettes qu'on vend sur la place du Latran.] Assurment Hrode et sa famille occupent une grande place dans l'esprit des Italiens. Un voyageur qui visitait, l'hiver dernier, les glises de Rome, au temps de Nol, voyait partout, dans les Crches, l'Enfant Jsus couvert d'un voile pais. Comme il en demandait la raison, on lui rpondit: c'est pour le drober aux fureurs d'Hrode. D'aprs quelques auteurs[50], la _Befana_ serait Salom, fille d'Hrode, qui fit dcapiter Saint Jean Baptiste. Son histoire fit grande impression sur l'imagination du Moyen Age et la lgende s'en empara bien vite pour y mler ses fables. Ainsi, quand, au fameux festin, on lui prsenta la tte tranche du Saint, elle voulut y dposer un baiser, mais la bouche lui souffla violemment la figure et aussitt elle disparut ensorcele et fut condamne suivre le cortge des mauvais esprits[51]. [Note 50: Jacques Grimm. loc. cit.] [Note 51: Une autre lgende raconte que la fille d'Hrode, en punition de son crime, eut la tte tranche par un glaon, au moment o elle traversait un fleuve dont la glace se brisa sous ses pieds.] A la cathdrale de Gnes, pendant la Messe de minuit, au _Gloria in excelsis_, tous les enfants de l'assistance sonnent un charivari de clochettes de terre cuite qui ne convient gure la saintet du lieu. --Ceci rappelle un peu les Messes solennelles des rites orientaux, armnien, grec, etc., o la conscration s'accomplit au son des grelots que le diacre et le sous-diacre agitent de chaque ct du clbrant. Ces grelots sont attachs au bout d'un bton de deux mtres, qui porte son extrmit une plaque ronde de cuivre ou d'argent; ils rendent un son harmonieux par suite du mouvement qu'on leur donne. Cet instrument s'appelle _quchouez_[52]. [Note 52: Lebrun. _Explication des crmonies de la Messe_. Tom. III.] D'ailleurs, pendant toute la veille de Nol, ces mmes clochettes prludent la fte, dans toutes les rues de Gnes, d'une assez amusante faon. Dans quelques villes d'Italie, on voit encore ce qu'on appelle _la ruota della Befana_. C'est une ronde d'enfants avec des chants tue-tte, autour d'un grand feu de joie. Cet usage existe encore Mandello sur les bords du lac de Lecco. Un cortge nombreux, que prcde une musique barbare et une mascarade pittoresque, escortent la _Befana_, la vieille qui porte la fleur de lys et la quenouille. D'aprs la lgende, elle vient, le jour de Nol, distribuer des jouets et des friandises aux enfants bien sages. La fte se termine sur la place du village par un feu de joie dans lequel on brle, en effigie, la vieille femme qui doit renatre de ses cendres l'anne suivante. Dans ce mme village de Mandello, le chef du peuple, _il capo del popolo_, revtu d'un costume spcial et entour d'une foule nombreuse, offre une marmite de soupe fumante l'Enfant Jsus que l'on vnre dans une Crche installe sur la grande place. Au pied d'un autel improvis, on dpose, sur un tapis, des jattes remplies d'eau, que l'on vient reprendre le lendemain. Elles serviront de pieux prsents aux amis, car cette eau passe pour avoir obtenu des vertus particulires pendant qu'elle a sjourn devant la Crche. Dans la mme rgion, au val di Rosa (Lecco), les gens du pays jouent encore, l'occasion de Nol, des _Mystres_ qui datent du Moyen Age. Ils reprsentent le cortge des Bergers et des Rois Mages, en costumes qu'ils sont fiers de porter, et montent, en chantant, sur les hauteurs voisines couvertes de neige. Un clerc ouvre la marche, tenant bien haut l'toile lumineuse: rois et pasteurs suivent en ordre et se rendent un _presepio_ dress dans un ermitage au sommet de la montagne. En Toscane et en d'autres contres de l'Italie, la bche de Nol est en grand honneur. Quelquefois mme dans le langage populaire, on dsigne la fte de Nol par ce seul mot _Ceppo, la Bche_. On bande les yeux aux enfants, puis ces derniers doivent tourner autour de la Bche et la frapper coup de pincettes en chantant la _canzonetta_ dite _l'Ave Maria de la Bche_. Ce chant a la vertu de faire tomber sur eux une pluie bienfaisante de jouets et de bonbons, selon la gnrosit des assistants [53]. [Note 53: P. Fantani--*** s. v. Ceppo] NAPLES La vue de Naples, de son golfe aux teintes d'azur, de ses rivages constells de blanches villas, de ses promontoires pittoresques et du cne fumant du Vsuve, est un des spectacles les plus enchanteurs qu'il y ait au monde. Nulle part Nol n'est plus anim qu' Naples. Une sorte de rage de plaisir et de distraction s'empare de la population tout entire et pendant une priode de huit jours, c'est un mouvement, un entrain, une sorte de _furia_ dont rien ne peut donner l'ide. La semaine qui prcde Nol s'appelle, Naples, la semaine des _bancarelle_ (littralement des _comptoirs_). En 1904, elle s'est termine dans un bain de lumire et d'azur [54]. [Note 54: Nous empruntons quelques dtails aux journaux de Naples: nous nous efforons de les traduire aussi littralement que possible, afin de conserver les nuances d'un style plein de dlicatesse et d'originalit.] Une douceur de ciel printanier a souri ces derniers jours de l'anne, d'ordinaire si pluvieux Naples: le bonheur des petits commerants est donc complet. Les marchs de Nol ont eu depuis huit jours un aspect des plus attrayants comme tous les usages de cette population moiti orientale et moiti espagnole. D'innombrables boutiques s'lvent dans la grande rue centrale de Naples, _via di Roma, gia Toledo_ (la rue de Rome, autrefois de Tolde[55]). Une foule en liesse la remplt et dborde dans les ruelles adjacentes, sur les places et sur les quais. Clameurs, joie universelle, portes au diapason le plus lev, explosion gigantesque de bonne humeur et de flicit publique qui se nourrissent de gain bien minimes, prpars de longue main et impatiemment attendus. Toutes les familles bourgeoises se rapprovisionnent du ncessaire et parfois mme du superflu. Les _bancarelle_ sont une exposition aux formes les plus diverses, aux couleurs les plus varies et les plus vives: elles se tiennent sur les places, en plein air, au milieu de tentes roulantes qui s'lvent par milliers et sur lesquelles l'esthtique du peuple napolitain range, en groupes bizarres, les objets les plus divers et les plus brillants. [Note 55: Le gouvernement italien, au moment de l'annexion du royaume de Naples, a chang le nom de la grande rue de Tolde et l'a appele, en 1870, rue de Rome. Mais, nous l'avons constat, pour le peuple napolitain et la presse locale, c'est toujours la rue de Tolde.] Ce ne sont pas seulement des comestibles, des ustensiles en terre ou en verre, fabriqus sous les formes les plus fantastiques; ce n'est pas seulement pour la table que se dressent ces agrables bastions vivants, le long des trottoirs fourmillant de monde de la rue de Tolde, de la place Medina et de la place de la Libert, la littrature mme a ses autels, ses petits temples enguirlands dans ce bruyant abracadabra du Nol Napolitain. Elles sont, en effet, innombrables les _bancarelle_ o svres et graves se trouvent rangs les livres, les opuscules, les in-folios anciens et miniatures, toutes les varits et les sous-espces du volume, et surtout des manuscrits qui cotrent tant de sueurs. Un public curieux et sympathique s'approche de ces montagnes de papier imprim, et y cherche avec des regards studieux l'ouvrage dsir et peut-tre ignor du revendeur. Parfois pour quelques centimes on achte un livre d'une grande valeur, ou tout un lot de brochures au dos dchir et aux pages en lambeaux. Et aujourd'hui (Nol 1904), pour la premire fois peut-tre depuis vingt ans, grce aux rayons bienfaisants d'un soleil de printemps, Naples peut montrer toute la beaut blouissante de ses marchs envelopps d'un nimbe de joie. Toute la ville est aujourd'hui dehors: les trangers en extase contemplent ce spectacle comme une fascinante ferie. Ce qu'il faut voir surtout, c'est le pittoresque _march aux poissons_ sur le quai de Sainte-Lucie. La veille de Nol, aprs avoir travers un grand nombre de rues entre des trophes de verdure, des amoncellements de fruits, de compotes au vinaigre, de gteaux, de liqueurs, on croirait que c'est la dernire journe o il soit permis de manger. Pour le souper, la carte de rigueur est la suivante: vermicelle au jus de poisson, _broccoli_ fumants l'huile, _capitone_[56] et poissons divers[57].--Cent mille personnes au moins sont en mouvement pour prparer le succulent repas aux quatre cent mille autres qui se promnent oisives ou qui travaillent, en proie la plus fbrile impatience. [Note 56: Le _capitone_ est le mets traditionnel et ncessaire du repas de Nol: c'est une anguille de rivire ou de mer, quelquefois Une murne la chair blanche et laiteuse.] [Note 57: Les Napolitains les appellent _frutti di mare_ (fruits de la mer), ce sont des hutres, des crabes, des langoustes, des coquillages aux formes les plus varies.] A combien le _capitone_? Telle est la grande question du jour. En effet, quel est le Napolitain qui ne mange le _capitone_ le soir de la veille de Nol? Partout on entend crier: _capitone viva, fricceca, stu capitone, a na lira e otto, capitone_ vivant, il palpite encore ce _capitone_, un franc quarante centimes. Il faut aller visiter la rue Ste-Brigitte ou la rue Porto, le soir de la veille de Nol. C'est une scne fantastique digne du pinceau de Gherardo dell Notti. Qu'ils sont beaux voir ces marins au teint bronz, vieux loups de mer qui, sur leurs barques de pche (_paranziello_), ont dfi maintes fois les temptes et qui ont une voix de tonnerre habitue se faire entendre au milieu du bruit des vagues. Ils sont l, debout devant leurs corbeilles entoures de cierges allums, les manches de leur veste retrousses jusqu'au coude. Ils enfoncent de temps en temps leurs mains dans ces corbeilles remplies d'anguilles vivantes, ils saisissent les plus grosses, les font tournoyer en l'air et gesticulant avec toute leur vivacit mridionale, ils ont un faux air de charmeurs de serpents. A chaque coin de rue les marchandes de Procida[58] et d'Ischia attirent l'attention par le curieux costume de leur le. [Note 58: _Le jour de Nol_, la Saint-Michel et le huit Mai, les femmes de Procida revtent leur costume national: un vtement rouge brod d'or, et elles excutent la danse du pays, la _tarantelle_.] Rien de plus anim, de plus vivant que le spectacle du port de Naples, la veille de Nol, vers le coucher du soleil. La foule y montre sa folle et insouciante gat, son intarissable faconde, sa verve spirituelle et bouffonne, les marchands y annoncent leurs denres avec mille _lazzi_, les musiciens y donnent des srnades et au milieu de cette cohue indfinissable les _corricoli_, petites voitures o s'entassent de douze quinze personnes, amnent de Portici et de Resina les ouvriers qui viennent souper en plein air, en face de la mer ( la napolitaine). Oui, Naples, Nol est bruyant et joyeux: clameurs et joie qui font oublier la dsolante mlancolie qui court dans les vastes souterrains de cette bonne, gnreuse et sympathique population. Qu'on ne croie pas cependant que Naples soit devenue, par enchantement la ville du dollar: Nol n'est pour elle qu'une parenthse de flicit et de splendeurs, la fin d'une anne qui a t souvent attriste par bien des privations. En un mot, rien de vivant, de pittoresque, de smillant comme ce peuple en dlire sous le beau ciel bleu de Naples, turquoise le jour, saphir la nuit. Comment ne pas se rappeler ces beaux vers de Lamartine: Sous ce ciel o la vie, o le bonheur abonde. Sur ces rives que l'oeil se plat parcourir. Nous avons respir cet air d'un autre monde. Elvire!... Et cependant on dit qu'il faut mourir[59]. [Note 59: Tout le monde connat ce vieux dicton que rpte volontiers mme le dernier des Napolitains: _Veder Napoli e dopo mori_, voir Naples et mourir.] Naples a aussi ses musiciens de Nol; ils viennent du fond des Abruzzes et des gorges de la Calabre: ils portent le nom de _Zampognari_. Il y a deux sortes de _Zampogna_ en usage dans le midi de l'Italie et en Sicile. C'est d'abord une cornemuse compose d'un sac de peau et de trois chalumeaux de diffrentes longueurs. Deux de ces chalumeaux donnent toujours le mme ton; le troisime est susceptible de varier ses notes et rappelle le hautbois et la clarinette. La note continue du plus gros chalumeau s'appelle _bourdon_, elle est cense faire la basse; celle du second, donne ordinairement la dominante. Lorsqu'on entend de loin dans les montagnes ce singulier mlange de tons immuables avec les modulations de la mlodie, on croirait avoir les oreilles frappes par un tintement de cloches plutt que par le son d'un instrument de musique. Il y a aussi de petites _Zampogne_ qui ne se composent que d'un simple chalumeau. Nous avons sous les yeux une gravure reproduisant le gracieux tableau du professeur Bechi de Rome. C'est un _Zampognaro qui s'exerce jouer la cantilne de Nol_: son instrument, en effet, n'a pas d'outre et ressemble assez un hautbois de petite dimension. Les fonctions et les costumes des _Zampognari_ sont peu prs les mmes que ceux des _Pifferari_ Rome. Comme eux, ils ne s'embarrassent pas d'un bagage inutile. Un manteau de laine brune leur sert, pendant la nuit, tout la fois de matelas et de couverture. Ces pauvres montagnards s'en vont de porte en porte et le peuple napolitain trs pieux et trs charitable leur demande des neuvaines devant l'image de la Madone ou devant la Crche. L'argent qu'ils gagnent sert nourrir leur famille pendant le reste de l'anne. A Naples, plus encore qu' Rome, le _presepio_ (la Crche) joue un grand rle dans les ftes de Nol. Dans le sud de l'Italie, les Crches sont nombreuses et dnotent parfois un vritable talent d'artiste. Au fond d'une grotte entoure de rochers, on aperoit l'table et la Crche o naquit le Sauveur. Autour du _San Bambino_ reposant sur la paille, de minuscules figurines de bois sculpt, revtues d'habits patiemment confectionns aux veilles d'hiver, reprsentent la Sainte Vierge et Saint Joseph en extase. A l'entre, de petits chrubins pressent leurs ttes ailes pour regarder de plus prs le nouveau-n. Puis c'est toute une procession de bergers qui viennent lui apporter leurs modestes prsents. Au sommet de la grotte brille l'toile qui a conduit les Mages. Ceux-ci sont entours de pages, d'hommes d'armes, d'cuyers, d'esclaves nubiens qui conduisent des chameaux. Ces figurines sont quelquefois d'un grand prix: il est des chvres et des moutons signs _Vaccaro_, qui valent leur pesant d'or. Un auteur dramatique a eu la passion de la Crche: le napolitain dom Michel Cuciniello. Il avait rang derrire de brillantes vitrines ses _pupazzi_ (petites statuettes): il aimait les faire admirer ses visiteurs. On y voyait tout ce qui peut entrer dans la composition d'une Crche, depuis l'Archange Gabriel jusqu' l'humble paysanne apportant ses prsents dans un panier, depuis Saint Joseph jusqu'au tavernier, depuis la Sainte Vierge jusqu'au roi ngre. Dom Michel offrit la ville de Naples ce trsor d'art qu'on peut aller voir au Muse de la Chartreuse de San Martino. Cette Crche se trouve dans la grande salle attenante celle de la Gondole de Charles III. A droite, s'lve la maisonnette du tavernier: plus haut, celle de la blanchisseuse; gauche, un petit pont sur un torrent entre les troncs normes de vieux chnes renverss: au centre, les colonnes brises d'un temple en ruines; loin, bien loin, perte de vue, la campagne; de petites collines verdoyantes s'estompent dans la brume, et au-dessus un ciel d'azur donne cette scne la fois profane et sacre un aspect des plus grandioses. La maisonnette du tavernier est une merveilleuse reproduction des moeurs napolitaines. On y voit ustensiles en cuivre, faisceaux d'herbages, animaux de basse-cour, mobilier complet, vases de fleurs. Plus loin, sur la terrasse de la blanchisseuse, le linge tendu sur des cordes et schant au soleil, la petite cage la fentre: le tout d'une parfaite prcision. L-bas, dans la plaine, on voit caracoler des chevaux que des palefreniers retiennent avec peine; plus loin, de riches paysannes dansent la _tarantelle_ au son des guitares. Qu'elle expression dans ces ttes d'argile! Quelle finesse dans tous ces vtements et dans ces parures! Quel clat dans ces perles prcieuses! Quelle animation, quelle vie dans tout ce paysage; dans ce torrent qui cume au milieu de blocs normes et d'arbres sculaires, dans cette nature souriante, idyllique, parmi les pais rosiers et les prairies en fleurs! Quelle richesse dans ce cortge des Rois Mages! Ils s'avancent coiffs de turbans et vtus d'habits chamarrs d'or et parsems de pierreries; de nombreux esclaves conduisent des chameaux chargs de coffres remplis d'or et de pierres prcieuses. Au-dessus de tout, s'lve pure la note de la foi: la Vierge et Saint Joseph, le petit Enfant Jsus tendu sur la paille, le boeuf et l'ne. Autour des petites colonnes qui entoure la Crche, grimpent le lierre et la mousse et des essaims d'Anges se balancent dans les airs en glorifiant Dieu. La Crche de dom Michel et ses quatre-vingts statuettes reprsentent une valeur de deux cent cinquante mille francs. Un habitant de la ville de Caserte avait dans sa maison une Crche d'une richesse vraiment royale. Les Rois Mages, avec des costumes blouissants, apportaient de vrais coffres d'or et de pierreries: les perles, les rubis, les meraudes, les topazes y brillaient de toutes parts. Une femme avait au milieu du front un diamant si gros et d'une si belle eau qu'une princesse l'aurait mis volontiers son diadme. On ne sera pas tonn d'apprendre que des soldats en armes gardaient, nuit et jour, un tel _presepio_. La veille de Nol, minuit, la famille entire vient s'agenouiller devant la Crche. Le plus jeune des enfants prend un _Bambino_ en cire et le place entre la Vierge Marie et Saint Joseph, dans un petit berceau de mousse. Les _Zampognari_ attaquent la plus belle de leurs symphonies: on y rpond par des cantiques: tout le monde prie; c'est une scne des plus touchantes[60]. [Note 60: De Lauzires, _Panorama des Ftes chrtiennes_.] Toute la nuit de la veille de Nol ont lieu des feux d'artifice qu'on nomme _Tricchi-Tracche_. Les rues, les ruelles deviennent plus lumineuses qu' midi. Les feux de bengale ptillent tous les tages et toutes les fentres: les flammches tombent en pluie de feu sur la tte des passants. Alors aussi sur les places publiques, sur les trottoirs, sur les balcons clatent les soleils, les girandoles, les fuses de toutes sortes. Dans chaque rue, dans chaque quartier c'est une fusillade nourrie; on dirait que dans cette ville de cinq cent mille mes se livre une lutte effroyable. Les morts sont rares; il y a bien quelques blesss--mais c'est _Natale_ (Nol)--et l'an prochain on recommencera de plus belle! Il y a une vingtaine d'annes, on reprsentait Naples, dans un thtre de second ordre, la _Nascita del Verbo Incarnato_ (la Naissance du Verbe Incarn), longue et fastidieuse pice en cinq actes et en vers, avec prologue. Les acteurs jouaient d'abord avec beaucoup de srieux et de dignit. Mais, la fin de chaque acte, les _guillari_ (les bouffons, les clowns) apparaissaient sur le thtre, liaient conversation avec la Sainte Vierge et Saint Joseph, puis rests bientt seuls matres de la scne, racontaient, en patois, les nouvelles du port, avec une verve endiable. Il existe un usage assez bizarre dans la petite ville de Catanzaro, au sud de Naples, dans la Calabre ultrieure. C'est _n' Presepiu cchi si motica_, une espce de Crche-thtre, de Crche-parlante. Elle ne se trouve pas dans l'glise. Elle nous apparat peuple de personnages qui se meuvent, gesticulent, parlent, absolument comme des marionnettes. A ct d'une grotte s'lve une prison, puis un palais, un couvent de capucins, une glise. L'action est des plus grotesques. Par exemple, Hrode vient d'apprendre la nouvelle de la naissance d'un roi plus puissant que lui; aussitt il entre dans une fureur extrme et donne ordre de faire prir par le glaive tous les enfants au-dessous de deux ans. On assiste alors au meurtre des Innocents, on entend des cris plaintifs. Les Religieux sortent du couvent et veulent dfendre ces pauvres victimes, mais ils sont leur tour rous de coups, jusqu' ce que d'autres Religieux arrivent, en chantant des psaumes pour les morts[61]. [Note 61: M. Lumini, _Le sacre rappresentazione italiane_, p. 306.] Dans l'le d'Ischia, on voit, dans les deux glises, un trne orn, sur lequel est place une statue de la Vierge. Elle est habille de brocart riche, porte des cheveux naturels trs friss et des boucles d'oreille: elle a une sorte de tablier de mousseline blanche qu'elle relve des deux mains comme pour en former un berceau. Le jour de Nol, on dpose un Enfant-Jsus dans le tablier de la Vierge. A Capri[62], au commencement de la Messe de minuit, le tabernacle apparat _ouvert_ et _vide_, pour signifier que le Christ n'est pas encore n. Aprs la communion seulement, le prtre y introduit une hostie consacre et ferme la porte. Pendant toute la nuit et toute la journe du vingt-cinq dcembre, les bombes et les coups de feu retentissent sans cesse, rpts par les chos des montagnes. [Note 62: Dans l'le de Capri, de la pointe du _Capo_ la vue est magnifique et n'a de comparable au monde que la rade de Rio de Janeiro et les abords de Constantinople.] Dans l'glise de Massa-Lubrense, prs de Sorrente [63], on voit une Crche qui est tout un monde. Ce sont des rochers escarps remplis de personnages en miniature: bergers, religieux; dans un ravin, les Rois Mages qui s'avancent avec toute leur suite; puis des villages, des maisons avec des curieux sur les balcons, des ouvriers leur atelier, des gens qui causent sur la place publique, des Anges suspendus en l'air. Il y a peut-tre deux cents figurants. C'est pour ainsi dire la reproduction de la Crche de la Chartreuse de Naples. [Note 63: Aux environs de Sorrente se trouve le pittoresque couvent du Deserto.--Du haut de la terrasse on a une vue charmante sur les deux golfes de Naples et de Salerne et sur l'le de Capre.] Dans toute la rgion, les passants saluent les trangers par ces mots: _Buon' Natal!_ (bon Nol). C'est le souhait de la nouvelle anne[64]. Il en est de mme Rome; on dit encore: _Buone feste_ (bonnes Ftes!) [Note 64: Ces intressants dtails sur Ischia, Capri et les environs de Sorrente nous ont t fournis par deux personnes de notre famille qui ont assist la Messe de minuit dans l'glise de Capri, l'occasion de la fte de Nol 1904.] Nous trouvons dans l'_Illustrazione popolare_ (l'Illustration populaire) de Rome, sous le titre: _la squilla di Lanciano nella notte di Natale_ (la voix stridente de Lanciano[65], pendant la nuit de Nol) le trait suivant: Le soir du vingt-trois Dcembre, six heures, une petite cloche de l'glise mtropolitaine de _Sainte-Marie-du-Pont_ commence sonner. Cette sonnerie qu'on est convenu d'appeler _squilla di Natale_ (voix stridente de Nol) dure une heure sans interruption. Entre temps, les boutiques et les cafs se ferment; tous les habitants regagnent leurs foyers; de continuelles salves de mousqueterie et d'autres armes feu retentissent de toutes parts. A sept heures du soir, tout le monde est chez soi; la clochette cesse de sonner, et, leur tour, carillonnent toutes les cloches des nombreuses glises de la ville de Lanciano. ce moment, tous tombent genoux et rcitent les litanies et d'autres prires.--C'est l'heure o, suivant une croyance populaire, la Vierge arriva Bethlem. La prire finie, les enfants baisent les mains de leurs parents, de leurs aeuls, de leurs oncles et tantes et changent des compliments de bonnes ftes. Un instant aprs, arrivent aussi les enfants qui vivent loin de la maison paternelle: ils viennent apporter l'expression de leur amour filial et prendre part aux joies de la famille runie. [Note 65: _Lanciano_, dans l'Abruzze citrieure, dix-huit mille habitants, archevch, belle cathdrale; _pont de Diocltien_.] Voici l'origine de cet usage: Monseigneur Paul Tasso, napolitain d'origine, prlat d'une grande charit et qui fut archevque de Lanciano de 1588 1607, avait l'habitude d'aller tous les ans, le soir du vingt-cinq Dcembre, processionnellement et pieds nus, suivi du clerg et du peuple,--en souvenir du voyage que fit Marie, de Nazareth Bethlem,--jusqu' une petite chapelle distante de plus d'un kilomtre de la ville, Sainte Marie dell' Iconicella. Pour faire ce trajet, il mettait une heure, et pendant ce temps, une clochette sonnait. Aprs la mort de Monseigneur Tasso, ses successeurs renoncrent la procession, mais l'usage de sonner la cloche subsista. Ninna nanna de Manzoni. _Dormi, fanciul, non piangere,_ _Dormi, fanciul celeste,_ _Sovra il tuo capo stridere_ _Non osin le tempeste!_ Dors, Enfant, ne pleure pas, Dors, divin Enfant, Sur ta tte faire rage. N'osent pas les temptes! (Premire strophe.) SICILE La Sicile, qu'on appelle avec raison la perle des les cause de la beaut de ses paysages et de la douceur de son climat, offre une infinit de coutumes charmantes, l'occasion de Nol. Le grand et trs intressant journal de Palerme, l'_Ora_ (l'Heure) du vingt-cinq Dcembre mil neuf cent quatre, que nous a gracieusement envoy un minent professeur de cette ville, nous apporte de prcieux documents que nous allons traduire et rsumer en leur conservant, autant que possible, leur couleur locale. Le bateau venant de Naples, arrive le plus souvent Palerme avant le lever du soleil. Le dcor matinal est rellement dlicieux. gauche, au-dessus du promontoire rocheux de Zaffarano, volent de lgers nuages gris aurols de rose par les premiers feux de l'aurore; le ciel est pur de ce bleu ple qui caractrise les fins d'orage et dont connaissent bien la nuance tendre tous ceux qui ont navigu sur la Mditerrane. Bientt apparat Palerme _la Felice_ (l'heureuse) baigne de lumire, ceinte de sa Conque d'or, plaine fertile qu'encadre un hmicycle de montagnes grandioses. Les sourires et les sarcasmes des esprits forts et des demi-savants n'ont pas russi diminuer la frache posie de la fte de Nol. Sans doute, dit l'_Ora_, il y a bien dans notre chre le, comme partout ailleurs, pendant deux ou trois jours, des repas de parents et d'amis o l'on sert des plats choisis et des mets succulents, puis des desserts de fins gteaux et de frais bonbons, mais Nol garde dans les rues bruyantes de nos cits, comme dans nos plus humbles villages, son cachet traditionnel de fte religieuse. Partout, on entend les voix tristes des rapsodes du peuple, auxquelles se mlent le bruit monotone des sistres, le gmissement plaintif des violons et dans le lointain le son champtre des cornemuses et des _Zampogne_. Ce sont les _aveugles-potes_[66] qui chantent le _voyage douloureux de la Sainte Vierge et de Saint Joseph_ ou la _Ninnaredda_ (berceuse) sorte de _neuvaine_ prparatoire la fte de Nol. Toute maison qui les accepte et veut bien les louer est marque d'un large trait noir trac au charbon. Ce sont aussi les bergers descendus des montagnes: ils viennent rpter leur mlancolique _cantilne_ toute imprgne de soupirs et de pleurs. [Note 66: Palerme, les _aveugles-potes_ forment une sorte de corporation; ils parcourent les campagnes, se rendent toutes les ftes, modifient et rajeunissent les chants de leurs prdcesseurs. Ils abordent tous les genres: les souvenirs des Croisades, les lgendes de Sainte Lucie et de Sainte Rosalie, les deux Saintes si populaires dans toute la Sicile, un tremblement de terre, un naufrage, etc. Ils dploient autant d'imagination pour rendre par la posie et la musique ces divers sujets, que les peintres pour les reproduire sur les charrettes des paysans siciliens.] Les pieux _cantiques_ de la neuvaine de Nol (_le canzoni_) sont trs connus: ils sont peu prs les mmes dans toute l'Italie mridionale et en Sicile. On connat beaucoup moins les _prires_ (_le orazioni_) que l'on rcite devant la Crche dans certains villages des campagnes de Sicile. Ce sont des chants trs courts, des invocations Jsus-Enfant, la Vierge, au patriarche Saint Joseph. Ces _prires_ sont crites dans le gracieux dialecte sicilien que le pote Meli a immortalis dans ses vers. Qu'on en juge par le commencement du premier sonnet de sa Bucolique. Montagnes coupes de vallons, Rochers vtus de lierre et de mousse, Cascades d'eau pure argente. Ruisseaux murmurants et lacs silencieux. Cimes escarpes et ravins tnbreux. Joncs striles et gents en fleurs. Arbres antiques croulant de vieillesse, Et grottes o les gouttelettes d'eau se ptrifient avant de tomber. Accueillez, dans vos silencieux asiles, L'ami de la paix et du repos! (Meli, _Buccolica_. Sonetu I.) La premire de ces _prires_ publie par Valplatani, a toute la grce d'un petit tableau flamand (_ha tutta la grazia d'un quadretto fiammingo_.) _Ni' 'na grutta nasciu lu Bammineddu,_ _A Bettilemmi, 'ntempu di friddura,_ _'Ncapu la paglia comu un pucireddu,_ _La Bedda Matri l'ha pusatu allura,_ _E cc'era dd vicinu un sciccareddu,_ _Misu a lu cantu di la manciatura,_ _All' autru latu un coi patuseddu,_ _E, 'ntunnu 'ntunnu, tutti li pastura._ _Gesuzzu duci, beddu e picciriddu,_ _Mniezzu la paglia mori di lu friddu._ _Ma comu grupi la cucuzza a risu,_ _Luci dda grutta comu un paradisu_[67]. [Note 67: Nous devons la traduction l'extrme obligeance de notre savant ami, M. l'abb M***, cur de Corscia, dont la collaboration nous a t continuelle depuis l'origine de nos recherches sur les coutumes populaires de Nol.] Dans une grotte est n le petit Enfant, A Bethlem, au retour de la saison du froid, Sur de la paille comme un pauvret. Sa gracieuse mre l'a pos alors, Tout prs, d'un ct de la Crche, il y avait un ne. De l'autre ct un boeuf attendri, Tout autour, tout autour, la foule des bergers, Le cher Jsus, doux, beau, tout petit, Se mourait de froid sur la paille, Mais peine le sourire a rjoui sa gracieuse bouche, Que la grotte resplendit comme un paradis. La Sicile a aussi _ses Nols_: il ne faut pas y chercher finesse d'images, suite historique, ni vers rims avec art. Ce sont de petites strophes dlies qui se suivent avec la fougue capricieuse d'une bande d'enfants qui jouent sur un pr fleuri. Cependant quelle grce rustique dans ces chansonnettes pieuses et quelle inimitable ingnuit de style et d'images. Dans celle de Noto, Jsus nat dans un jardin parsem de plantes aromatiques: un tambour et le tintamarre des enfants qui s'amusent annoncent sa naissance. Ddocu sutia cc un jardinu, Tuttu chinu d'airumi, Cci na ciu Ges bambinu. Cu trummessi e tammurinu. E lu misinu supr l'artari. Tutti l'ancili cci hann' a cantari Cci hann' caniari cu bella vuci, Lu Bambinu si cunnuci, Si cunnuci, vaneddi, vaneddi. Si comtamu canzuneddi, Canzuneddi via via, Cci cantamu la litania Litania palermitana. Un peu plus bas il y a un jardin Tout couvert d'arbres qui rpandent des parfums. C'est l qu'est n Jsus Enfant. Avec trompettes et tambours. Ils le placent sur l'autel, Tous les Anges se mettent chanter, A chanter de leurs belles voix Le Bambino si bienvenu. Si bienvenu, viens, viens! Nous chantons des cantiques, Des cantiques et des cantiques, Nous chantons la litanie. La litanie de Palerme. Plus suavement enfantines me semblent ces deux autres chansonnettes (_canzonette_) pieuses de Valplatani. La premire a tout l'air d'une _ninna nanna_ (berceuse): A la notti di Natali Ca nasciu lu Bammineddu, E nasciu nni la gruttidda. A la so manciaturedda E s matri cci arridia, Rosi e gigli cci cuglia. Dans la nuit de Nol, Il est n le Bambino, Il est n dans une grotte. Dans sa petite Crche. Sa mre nous souriait. Elle nous cueillit des roses et des lys. Si l'on veut ajouter foi cette autre chansonnette de Valplatani lorsque naquit notre Sauveur dans la grotte de Bethlem, il y avait non seulement un ange, mais encore un certain personnage qui jouait de la cornemuse. Au son gorgique du champtre instrument, une brebis, aux flocons de laine frise, dansait: A la notti di Natali Cc'era l'ancilla e un compari[68], Chi sunaca la ciaramedda, Abballava la picuredda Abballava rizza rizza! Dans la nuit de Nol Il y avait un ange et un autre personnage[68] Qui jouait de la cornemuse Une brebis, aux flocons de laine frise Dansait: ravissante beaut! [Note 68: Littralement: un parrain.] C'est surtout l'occasion des ftes de Nol, que les bambini de Valplatani rcitent, avec une certaine cadence monotone, des strophes de quatre ou tout au plus six vers; elles sont comme parfumes d'une candeur ingnue. La premire semble une peinture inimitable dans sa gracieuse navet: Sutta un pedi di castagna, Cci Gesuzzu: c'addimanna, Addimanna tri tari, Cu la manuzza chi fa accussi. A l'ombre d'un chtaignier. Il y a Jsus: il nous appelle. Il nous appelle, En nous faisant signe de sa petite main. Toute l'ardeur d'une fervente invocation vibre dans cette autre strophe: Bammineddu di la chiuviddu, Siti beddu e piccireddu, Quannu spunta la cirasa Vui viniti a la me casa, A la me casa 'un cci ati vinutu, Viniticci ora pi darimi aiutu! Petit enfant que je vois d'ici. Vous tes beau et tout petit. A la saison des cerises, Venez ma maison. Vous n'tes pas encore venu ma maison. Venez y maintenant pour me secourir. Pour Nol, les enfants s'amusent faire des Crches devant lesquelles ils allument, avant minuit, de petites lampes d'huile. La Crche est une montagne de sucre avec des vallons, des prcipices et des grottes qui doivent reprsenter, en petit, la montagne de Bethlem. Il doit y avoir ncessairement un ruisseau en verre ou en papier argent ou mme d'eau courant dans un lit de fer blanc au milieu de rochers de sucre, par suite d'ingnieuses combinaisons. La montagne est peuple d'une trentaine de personnages de craie que nos _bambini_ appellent bergers. Quelques uns cependant n'ont rien du costume pastoral. On y voit: un muletier qui tire par les rnes une bte rcalcitrante, une lavandire qui revient du ruisseau avec un lourd fardeau sur la tte, un pcheur qui jette sa ligne dans les eaux d'une rivire, un chasseur tirant un oiseau qui se brandille sur un arbre... Parmi les vrais bergers, l'un d'eux, en voyant la grande, l'insolite lumire qui se rpandit sur la montagne de Bethlem, la naissance de Jsus, regarde avec frayeur. Aussi est-il connu sous le nom de _l'Effray de la Crche (lo spaventato del presepe)_. On y voit un berger qui porte un fagot de bois, un autre qui remue le lait dans une chaudire bouillante; celui-ci a retir ou va retirer une pine qui lui gonfle le pied; celui-l lance une pierre une vache qui se fourvoie; tel gonfle les joues en soufflant dans la cornemuse ou la _Zampogna_; tel autre frappe sur un cerceau... Et les enfants les connaissent, un par un, comme s'ils taient vivants. De leurs regards qui savent donner tout l'animation et la vie, ils les suivent s'acheminant vers la grotte o l'Enfant Jsus leur sourit, les bras ouverts, au milieu de deux animaux qui le rchauffent de leur haleine. Mais revenons aux joies familiales: revoyons les rues les plus frquentes de notre Palerme. Nous sommes la nuit qui prcde Nol: voici les boutiques des marchands de fruits les plus renomms. Faades, architraves, colonnes, chapiteaux d'une architecture trs trange, s'offrent nos regards. La matire dont ces espces de maisons sont fabriques et qui ferait les dlices d'une arme de rats, est entirement de figues sches. Mais qui pourrait rendre avec la plume les vives gradations de couleurs que nos marchands de fruits combinent d'une manire si savante? Comment dcrire cette pyramide de miel qui se dtache tout prs d'un monceau de poires d'hiver qui semblent faites de vieil or...? L'usage que les bons Norvgiens ont de donner du froment et du pain aux oiseaux, le jour de Nol, se rencontre aussi dans plusieurs pays de la Sicile. A Scicli, par exemple, les femmes ont l'habitude de jeter sur les toits, les balcons et les appuis des fentres, des miettes de pain et des grains de bl, afin que le jour o naquit Jsus, les gracieux habitants de l'air ne manquent pas de nourriture et qu'ils puissent gayer ce jour de leurs chants les plus joyeux. Ravissante coutume bien digne de Nol, la fte par excellence de la paix et de l'allgresse! Dans quelques villages de la Sicile, on conserve l'usage, d'ailleurs trs ancien dans l'le, d'allumer la _bche de Nol_ (il ceppo di Natale). On runit de la paille et des sarments sur lesquels on place une norme bche, qui provient gnralement de la libralit d'un propritaire, religieux observateur des coutumes du pays. Aussitt que le soleil se couche derrire les montagnes et que la cloche tinte l'_Ave Maria_ (l'Angelus), le dput de la fte a soin de mettre le feu la bche, et de veiller ce que, toute la nuit, il reste allum. D'aucuns voient dans l'embrasement de la bche de Nol le symbole du feu qu'auraient allum dans leurs chaumires les bergers de Bethlem dans cette nuit mmorable o l'Ange leur annona la naissance de Jsus. D'autres expliquent cet usage par la ncessit de rchauffer un feu public les pauvres gens qui veillent, ciel ouvert, pendant cette froide nuit de Nol. Rien de plus gai que la vue de cette bche allume, qu'entourent les artisans et les pauvres. Les uns restent debout, les autres sont assis sur des pierres, quelques-uns fument philosophiquement leurs pipes, d'autres grignotent des marrons qu'ils ont fait rtir sous la cendre de la bche; les enfants cassent des noisettes, les vieillards tendent leurs mains au feu pour les dgourdir. Autour de la traditionnelle bche de Nol, comme un immense foyer, tous se donnent rendez-vous; on se trouve si bien dans cette chaude atmosphre et puis on s'y divertit. Devant ce gros morceau de bois qui brle et crpite joyeusement, qui envoie dans l'air des nuages de fume et lance des tincelles, la foule reste d'abord immobile et la flamme projette de brillants reflets sur tous les visages. Mais bientt clatent les rires les plus joyeux, on change entre amis les plus innocents badinages, et toutes les voix chantent les cantiques de Nol. De temps en temps on attise le feu, de nouveaux fagots sont ajouts aux premiers et la plus douce gat rgne dans toutes les conversations, jusqu' ce que les derniers tisons de la bche de Nol s'teignent avec les premires lueurs de l'aurore. ESPAGNE Chez les peuples du Nord, l'ide de Nol est associe celle de froid, de neige et de bise glaciale. Les enfants s'y reprsentent le Bonhomme Nol avec sa longue barbe blanche et ses vtements tout couverts de givre clair et craquant. L-bas, au midi de l'Espagne, sur la terre andalouse, le soleil brille radieux, l'azur du ciel resplendit sans tache et, le vingt-cinq Dcembre, le thermomtre marque ordinairement douze degrs l'ombre et vingt-cinq au soleil.--Aussi le jour de la _Natividad_ ou de la _Navidad_, la joie de tous devient bruyante et tapageuse. Pendant la nuit de Nol, _la Noche buena_ (la bonne nuit), comme l'appellent les Espagnols, les rues retentissent de clameurs et des plus assourdissants concerts. Le _temps de Nol_, en Espagne, commence avec l'Avent. A Madrid, la _veille du premier dimanche de l'Avent_, un fonctionnaire du tribunal ecclsiastique (_Rota_)[69], accompagn des timbaliers et des trompettes des curies royales, des alguazils et d'un nombreux cortge, tous en costumes des XVIIe et XVIIIe sicles, parcourt cheval les principales rues de Madrid et lit le dcret concernant la proclamation de la _Bula_ _de la Santa Cruzada_ (la Bulle de la Sainte Croisade). Cette bulle octroye d'abord par Jules II et renouvele en 1849, Par Pie IX accorde tous les Espagnols les mmes Privilges que ceux des anciennes Bulles des Croisades d'Urbain II et d'Innocent III. [Note 69: Ce tribunal est form l'instar de celui de Rome, qui porte le mme nom. On l'appelle _Rota_, qui veut dire _roue_, parce que la salle o se runit ce tribunal est circulaire, en sorte que les juges assis forment un rond.] On nous a racont Miranda de Ebro qu' l'poque de l'invasion des Maures, les paysans d'Espagne, au pril de leur vie portrent des vivres aux troupes catholiques, obliges quelquefois de se rfugier dans des montagnes inaccessibles. On permit aux vaillants dfenseurs de la foi et leurs intrpides pourvoyeurs de faire gras les Vendredis, pour rparer leurs forces puises par d'incessantes fatigues. Le privilge devint un usage qui fut consacr par la _Bulle de la Sainte Croisade_. Celle-ci permet aux Espagnols de faire gras tous les Vendredis de l'anne, moyennant une lgre aumne[70]. [Note 70: On dfinit ordinairement la _Bulle de la Sainte Croisade_: un diplme papal, contenant de nombreux privilges, induits et grces, accord, au Roi d'Espagne pour l'aider dans la guerre contre les Infidles. Pour obtenir cette Bulle, il faut rsider dans les Royaumes, Provinces et territoires soumis au Roi d'Espagne. Les trangers cependant peuvent validement jouir des privilges de la Bulle, s'ils viennent en pays espagnols, mme en y passant trs peu de temps et quelle que soit la raison qui les y amne. Autrefois, pour jouir des faveurs de la Bulle, il fallait aller en personne, dans l'arme espagnole, combattre les Infidles, ou bien quiper ses frais un soldat de cette arme, ou bien faire une aumne. Aujourd'hui, il suffit d'acheter la Bulle, moyennant une lgre aumne, d'y inscrire son nom et de la conserver chez soi. Entre autres privilges, la Bulle accorde le droit de manger des oeufs et du laitage tous les jours de Carme, ainsi que de la viande tous les jours de jene et d'abstinence de l'anne.] Nol est surtout la grande fte des pays basques: en Guipuscoa, on dit _las Pascuas de la Natividad_ (les Pques de la Nativit). On nous crit de la Rpublique Argentine, o se sont implantes la langue et les coutumes espagnoles, qu'il est d'usage de se faire visite l'occasion de Nol et de se souhaiter de _felices Pascuas de Navidad_ (d'heureuses Pques de Nol)[71]. [Note 71: En Espagne on dit: _les Pques de la Nativit_ et _les Pques de la Rsurrection_.] Pendant le temps que durent les ftes de Nol, il est de coutume dans toute l'Espagne--villes et campagnes--de chanter des airs pastoraux appels _villancicos_ (cantiques de Nol), mesure six-huit, qui symbolisent les chants des pasteurs clbrant la naissance de l'Enfant-Jsus. Ces chants sont le plus ordinairement accompagns de castagnettes et de _Zambombas_. Cet instrument de musique (??) n'ayant pas d'quivalent en franais, nous nous croyons oblig de le dcrire. La _Zambomba_, ainsi appele sans doute par harmonie imitative, est une sorte de tambourin champtre qui serait venu des Maures: on le retrouve encore en Afrique. C'est un vase de terre cuite ayant peu prs la forme d'un sablier. Une des extrmits recouverte d'une peau paisse, dessche et soigneusement tendue, prsente une ouverture au centre. Dans cette ouverture passe une baguette d'environ cinquante centimtres, plante perpendiculairement et lie la peau. Pour faire _mugir_ l'instrument, il suffit de communiquer la baguette un nergique mouvement de va-et-vient. Dans les faubourgs, tous ont leur _Zambomba_: enfants, parents, vieillards. A tous les coins de rue, les marchands en vendent; il y en a de toutes sortes; quelques-unes mme sont vraiment luxueuses: la bote sonore est orne de peintures et la baguette est en bois rare et prcieux. Heureusement l'usage de la _Zambomba_ est limit aux ftes de Nol: c'est suffisant. Quelque bruyante que soit la fte de Nol en Espagne, elle l'est encore moins que le Samedi Saint. Ce jour-l, vers onze heures du matin, quand les cloches _revenues de Rome_ commenent sonner le _Gloria in excelsis_, il se fait, pendant une demi-heure, un bruit des plus tranges. Les cuisinires frappent, tour de bras, sur leur casserole la plus sonore, pendant que dans la rue, les enfants arms de maillets frappent sur les portes des maisons, comme s'ils voulaient les dfoncer. Un tel charivari, s'il devait durer, finirait par rendre fou. A Valladolid et Salamanque, les jeunes filles dansent autour des statues de la Madone en chantant des _villancicos_ qui ne contiennent souvent que des penses inacheves, comme dans beaucoup de mlodies populaires. Nous ne citerons que ces deux couplets: _Ardia la razza,_ _Y la razza ardia,_ _Y no se quemaba;_ _La Virgen Maria!_ Le buisson brlait. Et brlait le buisson. Et ne se brlait pas; La Vierge Marie! _San Jos era carpiniero,_ _Y la Virgen costurera,_ _El Nio labra la cruz,_ _Porque ha de morir en ella._ Saint Joseph tait charpentier. Et la Vierge couturire. L'enfant travaille le bois de la croix. Parce qu'en elle Il doit mourir. La ville la plus intressante au point de vue des ftes religieuses et populaires est assurment Sville. C'est peut-tre dans ce sens qu'il faut entendre ce proverbe si connu dans toute l'Espagne: Quien no ha visto Sevilla No ha visto maravilla. Qui n'a vu Sville N'a vu merveille[72]. [Note 72: D'aprs un autre proverbe espagnol: _Quien no ha vista Granada, No ha visto nada_, qui n'a vu Grenade, n'a rien vu.--Nous pensons, en effet, que cette ville offre le plus beau paysage de toute l'Espagne. Qu'on se figure une campagne verte et frache, puis, l'entour, un cadre de collines ruisselantes d'eaux vives, exubrantes de vgtation; plus haut un amphithtre de montagnes d'une douce lumire bleue, enfin, par dessus tout, les neiges ternelles de la Sierra Nevada, montant 3,500 mtres dans l'azur sombre du ciel.... Voil le riant et grandiose panorama de la ville merveilleuse de l'Alhambra!] Ce n'est point la tour de la Giralda si remarquable par la proportion harmonieuse de ses lignes, ce ne sont pas ses autres monuments, ni ses trsors d'art, ni les beaux tableaux de Murillo qui ont fait surnommer Sville l'Enchanteresse, _la Encantadora_, ce sont les agrments de la vie, les ftes, le mouvement perptuel de gaiet qui anime sa population. Ses grandes processions de la Semaine Sainte (_pasos_) sont clbres dans le monde entier. La fte de Nol (_la Natividad_) y est particulirement populaire: elle se passe, en grande partie, en plein air; le march est plus anim que jamais entre le pont de Tiana et la plaza de Toros. Voici d'abord le _pavero_ (marchand de dindons, _pavos_ en espagnol). C'est une industrie qui ne s'exerce gure qu'aux approches de Nol. Quelques jours avant la fte, il fait son apparition dans les rues, poussant devant lui son troupeau de volatiles. Ils vont se dandinant, bouriffant leurs plumes-moires, secouant leur jabot aux teintes sanguinolentes, attirant par leurs gloussements les mnagres prvoyantes... Le _pavero_ crie sa marchandise et la vend avec toute la fiert de sa race[73]. [Note 73: Louis d'Harcourt, _Illustration_, 1890.] A Barcelone, la ville aux larges et riantes avenues, le vingt et un Dcembre, fte de Saint-Thomas, il y a grande affluence de paysans qui viennent exposer et vendre des _pavos_ (dindons), sur _la Rambla de _Catalua_[74], pour les ftes de Nol. [Note 74: Le terme _rambla_ qui, vient de l'arabe, dsigne dans toute l'Espagne le lit dessch d'un fleuve: souvent, comme Barcelone, il est remplac par de superbes boulevards. Ce qui fait que le mot de Cervants s'applique encore la grande cit qu'il appelle une ville unique par son site et sa beaut, _en sitio y en bellezza unica_.] La loterie de Nol, Sville, donne aussi cette fte un attrait et une animation extraordinaires: on peut juger de son importance par la valeur du gros lot qui dpasse ordinairement deux millions de francs. Le prix de chaque billet est de cinq cents francs, mais il peut se diviser en coupures et fractions qui vont jusqu'aux sommes les plus petites. Aprs le tirage, le gain se partage au prorata de la valeur des billets, coupures et fractions. Les Espagnols s'intressent tous cette grande oeuvre quasi nationale et mme ceux qui vivent l'tranger ne manquent pas d'crire Sville pour se procurer des billets. Quelques jours avant Nol, on a coutume, dans bon nombre de familles o il y a des enfants, d'difier des reprsentations de l'Adoration de l'Enfant Jsus par les Bergers et les Rois Mages. Des paysages en miniature se peuplent de personnages et d'animaux sans grand souci de la couleur locale, ni de la vraisemblance. On appelle ces sortes de Crches des _nacimientos_ (naissances). Dans certaines familles, on s'y applique consciencieusement l'avance pour combiner des effets pittoresques que les amis viendront voir jusqu'aux Rois que ces phmres constructions ne dpassent jamais.--Cette coutume existe peu prs dans toute l'Espagne. Dans les provinces du Midi, aprs avoir admir dvotement le divin Enfant, la Vierge Marie, Saint Joseph, les Bergers, les Rois Mages, l'ne et le boeuf traditionnels, on passe une partie de la nuit se divertir et surtout danser le _fandango_. Cette danse prfre des Espagnols est sur un rythme entranant, trois temps, avec accompagnement de guitare et de castagnettes. Son mouvement rapide, l'agitation des bras, les trpidations des danseurs, lui donnent un caractre d'animation plein d'originalit. Dans l'intervalle des danses, on boit de l'_aguardiente_ (eau-de-vie) et du _manzanilla_ (petit vin blanc sec). Cette runion toute intime de parents et d'amis se termine par une danse spciale laquelle tout le monde prend part. Tous les assistants sont assis en cercle. Une jeune fille alerte s'lance d'un bond au milieu et parcourt rapidement le rond, toujours dansant. Puis elle s'arrte devant un des spectateurs qui est tenu de la remplacer et d'excuter un pas brillant, quels que soient son ge, sa situation, sa gravit. Celui-ci s'arrte ensuite devant une femme, jeune ou vieille, qui lui succde dans ses exercices chorgraphiques, et ainsi de suite jusqu' puisement des danseurs[75]. [Note 75: Louis d'Harcourt, loc. cit.] Dans les provinces du Nord, aux pays basques, par exemple, on trouve beaucoup moins ces manifestations bruyantes: une lenteur mesure, une tonalit grave rgnent dans les actes et les discours. Aprs la Messe de minuit a lieu le rveillon qui se compose du _besugo_, poisson frquent dans la contre, de l'oie grasse et du dessert compos de nougats, d'alicante et de jijun. Dans le Midi, la tourte de Nol [76], la morue frite, les chtaignes, la dinde truffe font les frais du repas qu'arrosent pleins verres le _Valdepeas_ et le _Manzanilla_. Quelquefois la guitare et la _Zambomba_ accompagnent le _Tango_, le _Bolro_ et la _Sevillana_ (danses espagnoles). [Note 76: A la Republique Argentine, le rgal de Nol est le _pan dulce_ (pain doux), sorte de gteau aux raisins confits que les ptissiers confectionnent en grande quantit pour cette fte.] Les gteaux de Nol prfrs par les Espagnols sont les _ Turones _. Chaque anne, on en vend des quantits considrables, Barcelone, sur le _paseo de la Industria_ (la promenade de l'Industrie). Les Tourons ou massepains sont d'normes gteaux au miel, aux amandes piles, aux patates douces, sur lesquels l'imagination et la grce espagnoles se donnent libre cours pour les ornementations. Ils ont gnralement la forme de serpents enrouls et sont couverts d'arabesques en sucre multicolores, de fondants et de fruits confits et glacs. Ils sont merveilleux voir et dlicieux manger. Il y a, comme volume, depuis la petite couleuvre, jusqu'aux plus immenses boas. Toute la famille espagnole a son Touron pour Nol et les familles riches s'en offrent qui cotent des prix considrables [77]. [Note 77: En Espagne, comme en Italie, Nol remplace le Jour de l'An.] Le matin de Nol, avant la grand'messe, les villageois basques dansent aussi le _fandango_, au son des guitares et des castagnettes, mais avec un rythme bien diffrent des peuples du Midi. Les danseurs arrondissent leurs bras en ailes de moulins, se font vis--vis en des gestes clins, sans que jamais l'un vienne s'approcher de l'autre. Ils demeurent silencieux et compasss. Pntrs de la dignit de leurs rles, ils semblent accomplir quelque sacerdoce. Sur un chapiteau renvers, un hidalgo loqueteux, venu on ne sait d'o, chante la triste _Malagea_, mlope plaintive, venue du temps des Maures, pendant qu'un rayon de soleil vient clairer sa pauvre mine de misre[78]. [Note 78: D'aprs la _Quinzaine_, 16 Dcembre 1904.] Nol est avant tout une fte religieuse chez le peuple espagnol, fidle gardien des naves et touchantes traditions de ses pres. Sans doute, il y a bien parfois quelques manifestations bruyantes dans les glises, surtout dans les quartiers pauvres et ouvriers. Des castagnettes, des tambours de basque, des _Zambombas_ accompagnent des _villancicos_ (Nols) l'allure un peu trop alerte: certains instruments assez singuliers imitent le chant des oiseaux, surtout le cri clatant du coq. A l'offertoire et la sortie, l'orgue lui-mme, oublieux de sa gravit ordinaire, joue des variations sur des thmes emprunts aux airs les plus populaires. Au milieu de pareils concerts, les enfants de choeur sautillent bien un peu, la foule est agite d'un balancement qui marque un peu trop la mesure, mais l'ensemble reste toujours srieux et digne du saint lieu. A Sville, le jour de Nol, on danse encore dans les glises, mais tout est prvu et rgl d'avance et l'assistance, tmoin de ces exercices qui font partie intgrante du crmonial de la fte, se livre la joie, sans perdre son attitude calme et recueillie. Jusqu' la fin du dix-huitime sicle, Valladolid, on reprsentait, au milieu des glises, les _Mystres_ de la Nativit. Les personnages qui taient en scne, portaient des masques grotesques et des costumes d'un got douteux. Ils taient accompagns par tous les instruments populaires: castagnettes, tambours de basque, guitares, violons. Dans les entr'actes, l'organiste jouait seul: il choisissait dans son rpertoire les morceaux les plus entranants. Tout coup les femmes et les jeunes filles entraient en danse, portant la main des cierges allums. Toute cette festivit tait entremle de _villanelles_ ou chansons rustiques. Celui qui avait le mieux chant tait salu par les fidles du beau nom de _Victor_. Si nous pntrons, le jour de Nol, dans une des glises du Midi de l'Espagne, nous y trouverons une foule qui s'y presse pour sanctifier cette solennit. La jeune andalouse en habit de soie noire, avec mantille, agenouille sur la dalle nue[79], fixe du regard la Madone vtue de ses plus beaux atours de damas et de dentelles et couronne d'un riche diadme aux perles tincelantes. Elle est droite, immobile, comme fige sur place, adressant une fervente prire la Vierge qui ne peut manquer de l'exaucer, en ce jour de l'anniversaire de la naissance de son fils. Telles les orantes, sculptes dans le marbre ou la pierre, qu'on admire dans les catacombes de Rome, ou auprs des tombeaux du _Campo santo_ de Gnes et des autres villes d'Italie. [Note 79: Les glises espagnoles ne contiennent pas habituellement de chaises.] Dans le Nord, la jeune basquaise va galement se prosterner, le jour de Nol, dans l'glise de Lezo, prs de Saint-Sbastien[80]. Ce n'est plus la Vierge Marie qu'elle implore, c'est devant l'image du Christ vnr qu'elle reste des heures entires, plonge dans une sorte d'extase. Comme elle contemple, avec motion et avec larmes, son Dieu l'aspect saisissant, aux membres alanguis, la chevelure d'bne, au regard tendre et compatissant qui semble la fixer et la comprendre. Elle lui confie tous les secrets de son me ardente: ses peines, ses illusions, ses esprances. C'est Lui qu'elle vient demander ce que chante la vieille complainte: Santo Cristo de Lezo. Tres cosas te pido: Salud, dinero Y buen marido. Saint Christ de Lezo, Je te demande trois choses: Le salut, la fortune Et un bon mari. [Note 80: Dans les pays basques, il est d'usage, au jour de Nol, de se rendre a trois plerinages locaux particulirement clbres: ce sont ceux de Lezo, d'Iziar et d'Aranzazu.] En parcourant ces silencieuses campagnes de la province de Guipuscoa, il nous est souvent revenu l'esprit une belle page de Pierre Loti, sur la Messe au pays basque, et surtout ces lignes finales: Faire les mmes choses que depuis des ges sans nombre ont faites les anctres, et redire aveuglment les mmes paroles de foi, est une suprme sagesse, une suprme force. Pour tous ces croyants qui chantaient l, il se dgageait de ce crmonial, immuable de la Messe une sorte de paix, une confuse mais douce rsignation aux anantissements prochains. Vivants de l'heure prsente, ils perdaient un peu de leur personnalit phmre pour se rattacher mieux aux morts couchs sous les dalles et les continuer plus exactement, ne former avec eux et leur descendance venir, qu'un de ces ensembles rsistants et de dure presque indfinie qu'on appelle une race. Il nous a t donn de voir des familles entires agenouilles devant le _Christ miraculeux_ de la belle cathdrale de Burgos ou devant la _Virgen del Pilar_ (la Vierge du Pilier) de l'immense basilique de Saragosse. Rien, dans nos souvenirs de voyages, ne nous a donn une ide plus haute de la foi qui opre des merveilles, et de l'ardente charit d'un peuple au coeur vaillant et la religion profonde et vraie. Il nous reste parler de la Messe de Nol en Espagne, Messe de minuit et Messe du jour. La Messe de minuit s'appelle _Misa del Gallo_ (la Messe du coq ou du chant du coq): elle n'offre rien de bien particulier. Elle se clbre dans la plupart des glises de Madrid. A la fin, les fidles entonnent les _villancicos_ en s'accompagnant d'instruments de toute sorte: il se fait alors un tapage qui surprend et tonne les trangers. Des bandes bruyantes d'hommes du peuple parcourent en chantant les rues les plus frquentes. Depuis minuit, les cafs, surtout ceux de _la Puerta del Sol_[81], se remplissent d'une foule anime. La visite du march aux fruits de _la plazza Mayor_ est intressante, surtout le soir de Nol: il y a quantit de boutiques brillamment illumines. [Note 81: _La Puerta del Sol_ (la Porte du Soleil), la place la plus grande et la plus anime de Madrid: elle doit son nom l'ancienne porte dmolie en 1570, d'o l'on pouvait voir _le lever du soleil_.] Le jour de Nol, les monastres ouvrent leurs chapelles ordinairement fermes au public et la Messe de minuit se clbre avec une grande solennit. Chaque fidle y apporte, soigneusement envelopp dans son manteau, son cierge bizarrement enroul en forme de serpent. Dans le rayonnement des lumires, apparat, au milieu de la nef principale et jusque dans le sanctuaire, une foule recueillie la foi ardente et aux lans d'une pit expansive. C'est une suite de fivreux signes de croix, de baisements des dalles, de coups frapps sur la poitrine, de regards enflamms et suppliants allant de l'autel la Madone et de la Madone l'autel. Dans l'glise, au dme lev, du clbre couvent de Loyola, bti sur l'emplacement de la maison o naquit Saint Ignace, fondateur de l'Ordre des Jsuites-- la Messe de minuit--l'orgue joue, aprs l'lvation, la _Marche royale_ avec accompagnement de tambours de basque et de castagnettes. Les Religieux, par suite d'un usage sculaire, clbrent la fois la gloire du Trs-Haut et celle de leur Souverain[82]. [Note 82: _La Quinzaine_, loc. cit.] M. Etienne Roze nous dcrit, dans un style plein de charme et d'humour, une Messe de Nol Madrid: Le jour de Nol, dsirant assister un office pittoresque, je me rendis la Grand'Messe de l'Hpital Gnral. C'tait l, m'avait-on dit, le refuge des vieilles traditions. ... Autour de l'harmonium, des Religieuses taient groupes. Je n'ai jamais entendu une Messe chante sur un rythme aussi gai. Le clbrant tout allgre entonna le Kyrie sur quelques notes vives et alertes et le choeur lui rpondit dans une attaque parfaite. Une vieille religieuse, toute ride sous sa cornette blanche, battait la mesure avec dcision: c'tait un excellent chef d'orchestre. ... Les voix taient justes et fraches et les instruments parfaitement accords. Il y avait deux Zambombas, deux tambours de basque, des castagnettes, deux trompettes, deux sifflets de tons diffrents, un coucou, un coq, un rossignol et deux de ces petits pots en terre qu'on remplit demi et dans lesquels on souffle pour imiter un gazouillis d'oiseaux. Tout cela partait, s'arrtait, reprenait dans une mesure excellente. Seuls, les gazouillis taient quelquefois en retard et gazouillaient de temps autre, au milieu d'un silence ou quand ce n'tait plus leur tour. Mais ils gazouillaient si bien, avec tant de gentillesse, qu'il tait impossible de leur en vouloir. ... D'ailleurs, le chef d'orchestre faisait les gros yeux et tout rentrait dans l'ordre. ... On eut dit une Messe chante dans une volire. Le coq, le rossignol et le coucou taient surtout merveilleux. Ils s'appelaient et se rpondaient avec une impeccable mesure. Les tambours et les castagnettes formaient la basse et ne se reposaient jamais. ... Tout l'office fut clbr ainsi et d'une faon si nave, si simple, si touchante, avec une foi si vive et si sincre, que le sourire qui m'tait venu au dbut sur les lvres, disparut trs vite, pour faire place une relle motion[83]. [Note 83: Revue Marne. _Nol_ 1902.] Aprs la Messe de minuit, il est d'usage, en Espagne, de se saluer par ces mots: _nacido[84] el Nio!_ (l'Enfant est n!) [Note 84: La loi du moindre effort fait disparatre le _d_ dans la prononciation et ordinairement on dit: _nacie el Nio_.] Le jour des Rois (_Dia de Reyes_), Madrid, une foule anime remplit les rues et les magasins. Le soir, des enfants portent des flambeaux, des chelles, ds sonnettes et des tambours, parcourent les rues et les places les plus cartes o ils font halte pour guetter l'arrive des Rois. Mais bientt un Messager vient annoncer que les Rois ont pris un autre chemin et qu'ils font leur entre l'autre bout de la ville. Sur quoi, toute la bande se dirige vers l'endroit indiqu, o la mme scne recommence. Le jour de l'piphanie, Madrid, dans la chapelle royale, une Messe solennelle est dite par le Cardinal-Aumnier. Le Roi, la Reine et toute la famille royale y assistent, avec toute la Cour, en tenue de gala. Aprs la Messe, le Roi fait porter sur l'autel trois beaux calices; le Cardinal les consacre et le Roi les envoie, en souvenir des trois Rois Mages, trois glises pauvres[85]. [Note 85: Ce trait difiant et plusieurs autres nous ont t raconts par un ecclsiastique qui a pass deux annes Madrid, et qui a eu de frquentes relations avec la famille royale d'Espagne.] FIN. TABLE Prface. NOL EN SUDE ET EN NORWGE Le cadeau mystrieux. Le repas national. La Messe de minuit au village. Le rveillon des petits oiseaux. NOL EN ANGLETERRE Les mascarades. Les prparatifs immenses. L'agitation Londres. Le _Baron of beef_. La dcoration du _home_. La bche traditionnelle. Les chanteurs. Le repas familial. Le cygne sur la table du roi. Les secours donns aux pauvres. Les jeux. La runion du soir. Les cartes de Nol. Le lendemain de Nol. Nol en Crime. Nol au Transvaal. Une Messe de minuit en exil. L'offrande royale, le jour des Rois. NOL EN ALLEMAGNE L'annonce de la fte. Origine des coutumes allemandes. Le rveillon. Le gteau de Nol la Cour de Berlin. Le Nol des enfants. L'arbre-de-nol. Le chant de Nol. La runion familiale. Le valet Rupert. La visite de l'Enfant-Jsus. Nicolas le Velu. L'arbre de Nol en 1870. L'arbre de Nol la caserne. Trait patriotique. NOL EN ITALIE Rome. Les _Pifferari_. La cantate la Vierge. Les boutiques de la place Navone. Les Crches. Le _San Bambino_. La _Befana_. Les rondes de la _Befana_. Les Mystres de Nol Leeca. L'_Ave Maria_ de la Bche. NOL A NAPLES La semaine des _Bancarelle_. Le march aux poissons. Le port de Naples. Les _Zampognari_. Les Crches napolitaines. La Crche du Muse de la Chartreuse. La Crche de Caserte. Les feux d'artifice. Le drame de la Naissance du Verbe Incarn. La Crche-parlante de Catanzaro. Les cloches de Lanciano. NOL EN SICILE Les musiciens de Nol. Gracieux dialecte sicilien. Prires de Nol. Chansonnettes pieuses. Les Crches enfantines. Les boutiques de Palerme. Le repas des oiseaux. La Bche de Nol. NOL EN ESPAGNE Fte bruyante. La Bulle de la Sainte Croisade. Les Pques de la Nativit. Les _cillancicos_. La _Zambomba_. Le Samedi Saint. Le Nol de Valladolid. Nol Sville. Le marchand de dindons. La loterie de Sville. Les Crches. Le _fandango_. Les Tourons. Les Mystres de Nol Valladolid. La prire de Nol Sville. La prire de Nol Lezo. La Messe de minuit. La Messe du jour l'Hpital Gnral. Le jour des Rois Madrid. L'offrande du Roi d'Espagne. FIN DE LA TABLE [Note du transcripteur: Suit le matriel hors propos qui se trouve dans les premires pages de l'ouvrage qui a servi pour produire ce document.] Prix franco: UN Franc SE TROUVE CHEZ L'AUTEUR PITHIVIERS IMPRIMERIE MODERNE, I, IMPASSE DE L'GLISE 1906 IMPRIMATUR. Aurel., Die. 3 Decemb. 1905. A. BRUANT _Vic. gen._ Nous avons publi, en 1903, sur les _Rjouissances populaires de Nol dans nos anciennes provinces_, et en 1904, sur _Nol dans les pays du Nord_, deux brochures dans lesquelles un grand nombre de journaux, de revues et de semaines religieuses ont puis des extraits. En 1904, le grand journal de Paris _Le Gaulois_ nous a fait les honneurs de son intressant numro illustr de Nol. Nous esprons que notre _Nol dans les pays trangers_ obtiendra, cette anne, la mme faveur. Depuis notre voyage de Terre Sainte, en 1893, prsid par Son minence le Cardinal Langnieux, de pieuse, illustre et vnre mmoire, nous avons recueilli des notes nombreuses sur les usages tablis l'occasion des ftes de Nol et de l'piphanie. Nos amis de la _Socit Asiatique_, rpandus dans le monde entier, nous ont crit des lettres pleines d'intrt et d'rudition. Nos confrres de France et de l'Etranger, dont nous avons pu apprcier la science et l'aimable charit, nous ont aussi prt le plus bienveillant, le plus utile concours. Nous nous proposons de publier prochainement _le Folk-Lore de Nol_ ou _Essai sur les coutumes populaires de Nol dans tous les pays_. Notre ouvrage sera divis comme il suit: PRFACE.--Origine et but de ce livre. INTRODUCTION.--Rsum des faits historiques qui se sont passs le jour de Nol. (Ephmrides de Nol.) CHAPITRES I.--Solennit et popularit de Nol. II.--Veille de Nol et lgendes qu'on y raconte. III.--Bche de Nol. IV.--Processions de Nol (profanes et religieuses.) V.--Particularits de la Messe de minuit. VI.--Cadeaux de Nol (Arbre de Nol et Sabot de Nol.) VII.--Rveillon et gteaux de Nol. VIII.--Origine, navet et universalit des Nols. IX.--Crches de Nol. X.--Pastorales et Mystres de Nol. XI.--Nol dans les pays du Nord. XII.--Nol dans les pays du Midi. XIII.--Nol dans les pays de Missions. XIV.--Fte des Rois. CONCLUSION.--Ces coutumes de Nol, si universelles et si populaires, prouvent la divinit de Notre-Seigneur Jsus-Christ. Nous serions trs reconnaissant nos lecteurs de nous fournir de nouveaux documents puiss dans leurs lectures, leurs voyages ou auprs de leurs amis. Ces documents se trouvent surtout dans les journaux, revues et semaines religieuses qui paraissent du quinze au trente Dcembre de chaque anne. Ceux qui possdent des collections de ces diffrentes publications peuvent consulter les livraisons des annes prcdentes. Dans chaque pays, la presse locale contient des articles trs intressants sur les coutumes particulires chaque contre. A titre de renseignements, ces articles ont pour nous une grande valeur. Les crivains les plus clbres, prosateurs et potes de tous les pays, ont parl avec admiration de nos usages de Nol. Frdric Mistral a chant la Bche de Nol dans cette belle et harmonieuse langue provenale qu'il parle si bien. Qui ne connat la Dernire Bche de Thodore Botrel, d'une allure toute gauloise et d'une saveur toute bretonne? Madame de Svign raconte avec finesse et joyeusets comment se passait le rveillon dans son merveilleux htel Carnavalet. Nous trouvons dans le gracieux _Weihnachtsabend_ (la veille de Nol), de Schmid, une ravissante description de la Crche et Shakespeare lui-mme, dans _Hamlet_, fait allusion l'une de nos lgendes de Nol les plus rpandues. De nouveau, nous prions nos amis de vouloir bien nous signaler leurs _dcouvertes_ dans ce domaine infini de notre littrature nationale et des littratures trangres. Ils nous aideront ainsi complter l'oeuvre que nous avons entreprise, pour l'dification de nos frres: la glorification populaire du divin Enfant de Bethlem. Cette brochure se vend au profit des trois coles libres de Pithiviers; nous prions nos lecteurs de la faire connatre autour d'eux. End of Project Gutenberg's Nol dans les pays trangers, by Alphonse Chabot License: Share Alike