Produced by David Starner, Anne Dreze, Marc D'Hooghe and the PG Online Distributed Proofreaders OBSERVATIONS GOLOGIQUES SUR LES ILES VOLCANIQUES _EXPLORES PAR L'EXPDITION DU BEAGLE_ ET NOTES SUR LA GOLOGIE DE L'AUSTRALIE ET DU CAP DE BONNE-ESPRANCE PAR Charles DARWIN TRADUIT DE L'ANGLAIS SUR LA TROISIME DITION PAR A.-F. RENARD AVANT-PROPOS DU TRADUCTEUR L'oeuvre de Darwin comprend, outre ses travaux biologiques, trois ouvrages consacrs spcialement la gologie. Ils ont paru sous le titre gnral de _Gologie du Voyage du Beagle_[1] et forment comme une trilogie embrassant l'tude des constructions coralliennes, des les volcaniques et de la gologie de l'Amrique mridionale. De ces publications, la seule qui ait t traduite en franais est celle sur les les coralliennes, tude magistrale o se sont rvles pour la premire fois la grandeur de conception, la puissance et la pntration de cet incomparable observateur[2]. Je me suis propos de complter la traduction des oeuvres gologiques de Darwin et je publie aujourd'hui ses _Observations sur les les volcaniques_, qui seront suivies par ses tudes sur la gologie de l'Amrique du Sud. Ces ouvrages, qui ont paru en 1844 et 1846, constituent un ensemble avec le _Journal d'un Naturaliste_, dont ils dveloppent les passages essentiels sous une forme plus technique. Ces pages, moins descriptives et pittoresques de facture, rclames telles en quelque sorte par les sujets plus spciaux dont elles traitent, n'ont pas, quoique d'une porte assez haute cependant pour consacrer, elles seules, la rputation de l'Auteur, attir l'attention gnrale comme l'ont fait son attachant _Journal d'un Naturaliste_ et son livre sur la _Structure et la Distribution des les coralliennes_. D'autre part, ces recherches gologiques sont de Darwin avant le Darwinisme: elles ont prcd de prs de quinze ans l'_Origine des espces_ et ses travaux biologiques qui marquent une date dans l'histoire des sciences. Ces oeuvres rvlatrices dvoilaient la nature organique sous un jour o elle avait t peine entrevue; il en dcoulait des conclusions d'une si considrable porte dans tous les ordres d'ides, elles branlaient si profondment les prjugs et l'erreur, elles projetaient de si vives clarts sur tant de problmes rests insolubles, que durant la dernire moiti du XIXe sicle aucune conception ne s'imposa davantage la pense, n'y laissa une impression plus profonde et ne suscita des controverses plus passionnes. On comprend qu'au milieu du dchanement d'injures et de sarcasmes qui accueillirent l'ide de l'volution telle que la formulait le Matre, dans l'ardeur de la courageuse dfense dont elle fut l'objet et dans le triomphe final de la thorie volutionniste, on perdit peut-tre trop de vue le rle prpondrant que Darwin a jou comme l'un des fondateurs des sciences gologiques. Les recherches du dbut de sa carrire furent comme noyes dans la gloire de ses plus rcentes dcouvertes. Cependant ces tudes et ces travaux gologiques ont eu une influence directrice sur la pense du naturaliste anglais, et peut-tre n'est-il pas hors de propos, en prsentant cette traduction, d'insister sur ce fait. On peut dire, en effet, que les recherches gologiques auxquelles ce savant s'est livr avant d'aborder la publication de l'_Origine des espces_ l'avaient admirablement prpar la conception de l'oeuvre capitale qu'il devait difier. Il est incontestable que c'est dans la connaissance du monde inorganique et de son dveloppement, dans l'observation immdiate des phnomnes gologiques, dans l'application constante des principes de l'cole de Hutton et de Lyell dont il fut un des premiers adeptes, qu'on peut voir, sinon le point de dpart et l'orientation de ses thories biologiques, du moins une des bases sur lesquelles il les tablit. C'est du reste ce qu'il dclare lui-mme, avec cette noble modestie qui a caractris toute son existence, quand il crit en tte de son _Journal_, dans sa ddicace Lyell, que le mrite principal de ses oeuvres a sa source dans l'tude qu'il a faite des _Principes de Gologie_. C'est l qu'il a pu puiser, en effet, cette notion des causes actuelles, fondamentale pour sa doctrine, suivre leur action dans les priodes anciennes et rattacher l'un l'autre les phnomnes dont la terre fut le thtre. C'est la lumire nouvelle que ce livre avait faite dans son esprit qu'il a pu embrasser, comme nul autre avant lui, l'immense dure des temps gologiques et de la succession des faunes et des flores. Or, ces considrations constituent quelques-unes des pierres angulaires du grandiose difice qu'est le Darwinisme. Tous les naturalistes connaissent les deux chapitres X et XI de l'_Origine des Espces_, sur _l'insuffisance des donnes palontologiques_ et sur _la succession gologique des tres organiss_, o Darwin traite des questions qui mettent en relation ses doctrines avec les donnes gologiques. L'une des plus hautes autorits contemporaines, Sir Archibald Geikie, les apprcie en ces termes: Ces chapitres ont provoqu, dans les thories gologiques admises, la rvolution la plus profonde qui se soit produite notre poque[3]. Peu d'hommes de science, toutefois, savent quelles tudes avaient prpar l'Auteur ces conceptions gniales sur l'histoire de la terre. Pour retrouver la marche de ces tudes, de cette longue et difficile prparation, il faut remonter aux travaux de Darwin sur _la Gologie du Beagle_. C'est l qu'on peut apprcier, dans leur expression technique, ces connaissances spciales sur la nature des roches et sur la structure du globe qui servirent de base ces gnralisations. Quand on a lu et mdit ces mmoires, fruit de tant de recherches faites dans un contact direct avec la nature, on comprend comment l'Auteur a pu rsoudre ces problmes fondamentaux avec le savoir et l'autorit inconteste qui le placent au premier rang parmi les initiateurs de la gologie. Et ce qui tmoigne hautement de la valeur de ces travaux de gologie pure, c'est qu' ct de tant d'oeuvres de cette poque tombes dans l'oubli ils ont rsist aux attaques du temps. Certes il y a mis son invitable patine; mais ils demeurent des modles dont la matire d'un pur mtal et la ligne harmonieuse et svre commandent l'admiration. Ces mmoires tmoignent tous comment une intelligence matresse d'elle- mme, en possession des connaissances spciales rclames par les sujets qu'elle aborde, doue d'une incomparable pntration, s'entend scruter la nature, difier la synthse des faits et la traduire d'une manire claire, concise qui frappe par sa simplicit mme. Et pour ceux que leurs tudes ont prpars pntrer le dtail de ces oeuvres, qui peuvent se rendre compte des efforts qui accompagnent l'exploration de rgions encore vierges, juger des procds et des mthodes suivis pour atteindre les rsultats, se replacer par la pense au point o en tait la science lorsque ces recherches furent faites, saisir le caractre original et neuf des considrations qui devancrent leur temps et ont servi de point de dpart aux gnralisations futures, pour ceux-l l'oeuvre gologique de Darwin sera place parmi celles qui appartiennent l'histoire de la gologie; ils reliront ces pages avec admiration et fruit. Charg de dcrire les matriaux recueillis par l'expdition du _Challenger_, j'ai t amen me livrer une tude attentive de l'oeuvre gologique du naturaliste anglais: ce fut le cas, en particulier, pour ses _Observations sur les les volcaniques_. Les savants qui avaient organis cette clbre croisire s'taient assign la mission d'aller explorer, un demi-sicle d'intervalle, les les de l'Atlantique tudies lors du voyage du _Beagle_. Le _Challenger_ aborda donc aux principaux points illustrs par les premires recherches de Darwin: les naturalistes de l'expdition, MM. Murray, Moseley, Buchanan et le Dr Maclean, purent se livrer ainsi sur le terrain la constatation des faits signals par Darwin et, se guidant par ses mmoires, recueillir aux gisements qu'il avait explors des sries de roches analogues celles sur lesquelles avaient port ses investigations. On me fit l'honneur de me confier ces matriaux, et je les tudiai avec les ressources qu'offraient, au moment o j'abordai ce travail, les procds modernes de la lithologie[4]. Je dus, en me livrant ces recherches, suivre ligne par ligne les divers chapitres des _Observations gologiques_ consacres aux les de l'Atlantique, oblig que j'tais de comparer d'une manire suivie les rsultats auxquels j'tais conduit avec ceux de Darwin, qui servaient de contrle mes constatations. Je ne tardai pas prouver une vive admiration pour ce chercheur qui, sans autre appareil que la loupe, sans autre raction que quelques essais pyrognostiques, plus rarement quelques mesures au goniomtre, parvenait discerner la nature des agrgats minralogiques les plus complexes et les plus varis. Ce coup d'oeil qui savait embrasser de si vastes horizons, pntre ici profondment tous les dtails lithologiques. Avec quelle sret et quelle exactitude la structure et la composition des roches ne sont-elles pas dtermines, l'origine de ces masses minrales dduite et confirme par l'tude compare des manifestations volcaniques d'autres rgions; avec quelle science les relations entre les faits qu'il dcouvre et ceux signals ailleurs par ses devanciers ne sont-elles pas tablies, et comme voici branles les hypothses rgnantes, admises sans preuves, celles, par exemple, des cratres de soulvement et de la diffrenciation radicale des phnomnes plutoniques et volcaniques! Ce qui achve de donner ce livre un incomparable mrite, ce sont les ides nouvelles qui s'y trouvent en germe et jetes l comme au hasard ainsi qu'un superflu d'abondance intellectuelle inpuisable. Et l'impression que j'exprime ici est celle qu'prouvent tous ceux qui se sont familiariss avec les tudes de Darwin sur les phnomnes volcaniques. On s'en convaincra dans les pages qui suivent et par lesquelles M. J. W. Judd a fait prcder l'oeuvre gologique du grand naturaliste dite dans _The Minerva Library of famous Books_[5]. Parmi les gologues actuels, personne peut-tre n'a mieux connu Darwin et n'est plus mme de se prononcer sur ses travaux que M. Judd: ses recherches sur le volcanisme dans ses manifestations l'poque prsente et aux priodes anciennes de l'histoire du globe sont si hautement apprcies qu'elles le dsignaient pour la mission que lui ont confie les diteurs de cette publication. Je tiens les remercier ici, ainsi que mon savant ami M. Judd de l'autorisation qu'ils m'ont si obligeamment accorde de placer cette Introduction en tte du volume que je publie aujourd'hui. Elle m'a paru prsenter un intrt trs vif en rappelant, comme elle le fait, les circonstances dans lesquelles fut crit ce livre. Je me suis efforc de conserver religieusement cette traduction la simplicit de l'original et j'ai mis tous mes soins rendre la pense de l'Auteur avec une scrupuleuse exactitude. J'ai maintenu les dnominations lithologiques qu'il avait adoptes, considrant qu'il s'agissait en cela d'un aspect historique conserver. En publiant cette traduction, mon but n'a pas t seulement de rappeler la haute valeur et la porte de l'oeuvre gologique de Darwin, de complter ainsi pour les lecteurs franais la collection des oeuvres de l'immortel naturaliste: j'ai voulu aussi, par mon modeste travail, rendre hommage ce librateur de la pense qu'est Darwin, ce paisible chercheur qui marcha simplement vers la vrit malgr les cris et les clameurs dont on essaya d'touffer sa voix, ce caractre vraiment lev qui n'eut jamais en rponse aux insultes ineptes et haineuses que des paroles sereines. Mais la vrit marcha cette fois d'un pas rapide, et, durant les dernires annes de sa noble et laborieuse existence, il put voir le triomphe de l'volution, et assister ce mouvement mancipateur des sciences naturelles qu'avaient provoqu ses doctrines. Darwin a trac la route qui menait vers des horizons nouveaux: le monde intellectuel tout entier s'y est engag et ceux-l mme qui le dclaraient jadis un esprit faux et superficiel, qui criaient bien haut que ses thories taient radicalement inconciliables avec les dogmes et la morale, se sentant vaincus par l'universalit de la pousse volutionniste, en sont rduits une honteuse capitulation. Pour ceux- l, la marche triomphale du Darwinisme est une nouvelle et terrible dfaite. J'estime qu'il est bon de rappeler aux consciences ces hros de la vrit qui n'eurent d'autres armes que leur intelligence libre des prjugs, leur raison claire, leur travail opinitre et calme et qui surent remplir au prix d'amertumes sans nombre la si difficile tche d'avoir fait accomplir la pense humaine un pas en avant. Entre eux, Darwin est des premiers. A.-F. RENARD. Notes: [1] La mise en oeuvre des observations et des matriaux gologiques amasss par Darwin pendant l'Expdition du _Beagle_ (dcembre 1831 octobre 1836) s'tend sur une priode de quatre ans, de 1842 1846. Son livre sur les les volcaniques, commenc en t 1842, fut termin en janvier 1844; six mois aprs, il mettait sur le mtier ses observations sur la gologie de l'Amrique du Sud, qu'il achevait d'crire en avril 1845. Durant la priode qui s'tend de 1846 1854, il fit paratre une srie de travaux secondaires se rattachant la gologie et qui portent _sur les poussires tombes sur les navires dans l'Ocan Atlantique_ (Geol. Soc. Journ. II, 1846, pp. 26-30), _sur la gologie des les Falkland_ (Geol. Soc. Journ. II, 1846, pp. 267-274), _sur le transport des blocs erratiques_, etc. (Geol. Soc. Journ. IV, 1848, pp. 315-323), sur _l'analogie de structure de certaines roches volcaniques avec celles des glaciers_ (Edinb. Roy. Soc. Proc. II, 1851, pp. 17-18). Les deux volumes de son mmoire sur les Cirripdes parurent en 1851 et 1854 ainsi que ses monographies des Balanids et des Vrrucids fossiles de la Grande-Bretagne. [2] Darvin, _les Rcifs de corail, leur structure et leur distribution_. Trad. de l'anglais d'aprs la 2e dition, par L. Cosserat, Paris, 1878. [3] Sir Archibald Geikie, _The Founders of Geology_, p. 282. 1897. [4] Les mmoires que j'ai publis sur la lithologie des les explores par Darwin lors du voyage du _Beagle_ et par les naturalistes du _Challenger_, ont paru dans la collection des _Reports of the scientific Results of the voyage of H.M.S. Challenger_ sous les titres _Petrology of Saint-Paul's Rocks_ (Narr. vol. II, appendice B), 1882, _Petrology of volcanic Islands_ (Phys. Chem. Part. VII) (vol. II, 1889). Les chapitres suivants de ce dernier mmoire portent spcialement sur les roches dcrites dans _Geological Observations on volcanic Islands_ de Darwin: II, _Rocks of the Cape de Verde Islands_, p. 13. IV, _Rocks of Fernando Noronha_, p. 29. V, _Rocks of Ascension_, p. 39. VII, _Rocks of the Falkland Islands_, p. 97. [5] _Distribution and Structure of coral rocks, Geological Observations on volcanic Island and parts of South America_, by Ch. Darwin, with Introduction by J.W. Judd, Professor of Geology in the Normal School of Science, South Kensington. INTRODUCTION Pendant les dix annes qui suivirent son retour en Angleterre, aprs son voyage autour du Monde, Darwin se consacra surtout la prparation de la srie d'ouvrages qui furent publis sous le titre gnral de _Gologie du Voyage du Beagle_. Le second volume de la srie comprend les _Observations gologiques sur les les volcaniques, et les notes sur la gologie de l'Australie et du Cap de Bonne-Esprance_, il parut en 1844. Les matriaux de ce volume ont t runis en partie au commencement du voyage, lorsque le Beagle fit escale San Thiago dans l'archipel du Cap-Vert, aux Rochers de Saint-Paul et Fernando Noronha; mais surtout durant la croisire de retour; c'est alors que Darwin tudia les les Galapagos, qu'il traversa l'archipel des les Pomotou et visita Tahiti. Aprs avoir touch la Baie des Iles dans la Nouvelle-Zlande, ainsi qu' Sydney, Hobart-Town et King George's Sound en Australie, le _Beagle_, traversant l'Ocan Indien, fit voile vers le petit groupe des les Keeling ou Cocos, clbre par les observations qu'y a faites Darwin, et se dirigea ensuite vers l'le Maurice. Aprs une escale au Cap de Bonne-Esprance, le navire arriva successivement Sainte-Hlne et l'Ascension, et visita une seconde fois les les du Cap-Vert avant de rentrer en Angleterre. Le voyage pendant lequel Darwin eut l'occasion d'tudier tant de centres volcaniques intressants, lui rservait au dbut une amre dception. Durant la dernire anne de son sjour Cambridge il avait lu le _Personal Narrative_ de Humboldt et en avait extrait de longs passages relatifs Tnriffe. Il avait recueilli un ensemble de renseignements en vue d'une exploration de cette le, lorsqu'on lui proposa d'accompagner le capitaine Fitzroy bord du _Beagle_. Son ami Henslow lui avait conseill, en le quittant, de se procurer le premier volume des _Principes de Gologie_ qui venait de paratre, tout en le prmunissant contre les ides de l'auteur de cet ouvrage. Au commencement du voyage, Darwin, accabl par un violent mal de mer qui le confinait dans sa cabine, consacrait tous les instants de rpit que lui laissait la maladie tudier Humboldt et Lyell. On se figure sa dception, quand, au moment o le navire atteignait Santa-Cruz et o le Pic de Tnriffe apparaissait au milieu des nuages, on reut la nouvelle que le cholra rgnait dans l'le et empchait tout dbarquement. Une ample compensation lui tait rserve, cependant, quand le _Beagle_ arriva Porto-Praya dans l'le de San Thiago, la plus grande de l'archipel du Cap-Vert. Darwin y passa trois semaines dans des conditions favorables et c'est l qu'il commena, proprement parler, son oeuvre de gologue et de naturaliste. Faire de la gologie dans une contre volcanique, crit-il son pre, est chose charmante; outre l'intrt qui s'attache cette tude en elle-mme, elle vous conduit dans les sites les plus beaux et les plus solitaires. Un amateur passionn d'histoire naturelle peut seul se reprsenter le plaisir qu'on prouve errer parmi les cocotiers, les bananiers, les cafiers et d'innombrables fleurs sauvages. Et cette le, qui a t pour moi si instructive et m'a prodigu tant de jouissances, est cependant l'endroit le moins intressant, peut-tre, de tous ceux que nous explorerons pendant notre voyage. Certes, elle est, en gnral, assez strile, mais le contraste mme fait apparatre les valles admirablement belles. Il serait inutile de tenter la description de ce tableau; aussi facile serait-il d'expliquer un aveugle ce que sont les couleurs, que de faire comprendre quiconque n'a jamais quitt l'Europe la diffrence frappante qui existe entre les paysages tropicaux et ceux de nos contres. Chaque fois qu'une chose attire mon attention admirative, je la note soit dans mon journal (dont le volume augmente), soit dans mes lettres; excusez mon enthousiasme mal traduit par des mots. Je constate que mes chantillons s'accroissent en nombre d'une manire tonnante, et je crois que je serai oblig d'en expdier, de Rio, une collection en Angleterre. Un passage remarquable de l'_Autobiographie_, crite par Darwin en 1876, tmoigne de l'impression ineffaable que lui laissa cette premire visite une le volcanique. La structure gologique de San Thiago est trs frappante, quoique d'une grande simplicit. Une coule de lave s'est tale autrefois sur le fond de la mer, constitu par des dbris de coraux et de coquilles rcentes; ces couches calcaires ont t soumises comme une cuisson et transformes en une roche blanche et dure. L'le entire a t souleve depuis cette poque, mais l'allure de la zone de roche blanche m'a rvl un fait nouveau et important: c'est qu'il s'est produit, plus tard, un affaissement autour des cratres qui avaient t en activit depuis le soulvement. L'ide me vint alors, pour la premire fois, que je pourrais peut-tre crire un livre sur la gologie des contres que nous allions explorer, et cette pense me fit tressaillir de joie. Ce fut pour moi une heure mmorable; avec quelle nettet je me rappelle la petite falaise de lave sous laquelle je me tenais, le soleil blouissant et torride, quelques plantes tranges du dsert croissant aux alentours, et mes pieds des coraux vivants, dans les lagunes inondes par la mare. Au moment de cette exploration, cinq annes seulement s'taient coules depuis l'poque o il suivait dimbourg les leons du professeur Jameson, qui enseignait encore la doctrine Wernerienne. Darwin avait trouv ces leons incroyablement ennuyeuses. Le seul effet qu'elles produisent sur moi, dclarait-il, c'est de me faire prendre la rsolution de ne lire de ma vie un livre de gologie, ni d'tudier cette science de quelque manire que ce soit. Quel contraste avec les expressions dont il se sert en parlant de ses recherches gologiques, dans les lettres crites ses parents bord du _Beagle_! Aprs avoir fait allusion au plaisir qu'il prouve rassembler et tudier les animaux marins, il s'crie: Mais la gologie l'emporte sur le reste! Dans une lettre Henslow, il dit: La gologie m'entrane; mais, comme l'intelligent animal plac entre deux bottes de foin, je ne sais laquelle donner la prfrence: tudierai-je les roches cristallines anciennes ou les couches moins cohrentes et plus fossilifres? Et, lorsque son long voyage va se terminer, il crit encore: Je trouve la gologie un intrt qui ne faiblit jamais; et, comme on l'a dit dj, elle nous inspire des ides aussi vastes sur notre monde que celles que l'astronomie nous suggre sur l'ensemble des mondes. Darwin fait videmment allusion ici un passage de Sir John Herschel dans son admirable _Introduction l'tude de la philosophie naturelle_, oeuvre qui exera une influence trs profonde et trs heureuse sur l'esprit du jeune naturaliste. La prdilection marque que professait Darwin, durant et aprs le clbre voyage du _Beagle_, pour les tudes gologiques, ne peut laisser aucun doute; comme il est facile aussi de reconnatre quelle est l'cole gologique dont il suivait les doctrines et dont l'enseignement, malgr les avertissements de Sedgwick et de Henslow, le dominait tout entier. Il crivit en 1876: La premire contre que j'ai tudie, l'le de San Thiago dans l'archipel du Cap Vert, m'a dmontr clairement la remarquable supriorit de Lyell, au point de vue gologique, sur tous les auteurs dont j'avais emport les oeuvres ou que j'ai tudis depuis. Et il ajoute: La science gologique a contract une grande dette envers Lyell, elle lui doit plus, je crois, qu' personne au monde... Je suis fier de me rappeler que la premire contre dont j'tudiai la constitution gologique, San Thiago dans l'archipel du Cap Vert, m'a convaincu de la supriorit infinie des ides de Lyell sur celles que j'avais pu puiser dans tout autre livre que les siens. Les passages que j'ai cits montrent dans quel esprit Darwin commena ses tudes gologiques, et les pages qui suivent fourniront des preuves nombreuses de l'enthousiasme, de la pntration et du soin avec lesquels ses recherches furent poursuivies. Les collections de roches et de minraux recueillies par Darwin furent, au cours mme de son voyage, envoyes Cambridge et confies son fidle ami Henslow. A son retour en Angleterre, aprs avoir revu sa famille et ses amis, le premier soin de Darwin fut de commencer l'tude de ces matriaux. Vers la fin de 1836, il alla se fixer, pendant trois mois, dans un appartement de Fitzwilliam street Cambridge: il se rapprochait ainsi d'Henslow et pouvait se livrer l'examen des roches et des minraux qu'il avait runis. Il fut puissamment second dans cette tude par le professeur William Hallows Miller, l'minent cristallographe et minralogiste. Darwin ne commena rellement crire son livre sur les les volcaniques qu'en 1843, aprs s'tre tabli dans la maison qu'il habita le reste de sa vie, sa clbre rsidence de Down dans le Kent. Dans une lettre du 28 mars 1843 son ami M. Fox, il dit: J'avance trs lentement dans la rdaction d'un livre, ou plutt d'une brochure sur les les volcaniques que nous avons explores; je n'y consacre qu'une couple d'heures chaque jour, et encore d'une manire assez peu rgulire. C'est une besogne ingrate que d'crire des livres dont la publication cote de l'argent et que personne ne lit, pas mme les gologues. Cette tude occupa Darwin pendant toute l'anne 1843, et le livre fut publi au printemps de l'anne suivante. D'aprs une note de son journal, le temps rellement consacr la prparation de cet ouvrage s'tendit de l't de 1842 jusqu'en janvier 1844. Lorsqu'il fut achev, Darwin ne parut nullement satisfait du rsultat obtenu. Il crivait Lyell: Vous m'avez fait un grand plaisir en disant que vous aviez l'intention de parcourir mes _Iles volcaniques_; ce livre m'a cot dix-huit mois de travail! Et ma connaissance, rares sont les gens qui l'ont lu. Je sens cependant que le peu que renferme cet ouvrage, et c'est peu de chose en effet, aura son utilit en confirmant des hypothses anciennes ou nouvelles, et que mon travail ne sera pas perdu. Il crivait Sir Joseph Hooker: Je viens de terminer un petit volume sur les les volcaniques que nous avons explores. J'ignore jusqu' quel point la gologie pure et simple vous intresse, mais j'espre que vous m'autoriserez vous envoyer un exemplaire de mon ouvrage. Tout gologue sait combien ce livre de Darwin sur les les volcaniques est intressant et suggestif. La satisfaction mdiocre qu'il semble inspirer son auteur doit tre probablement attribue au contraste que Darwin sentait exister entre le souvenir des vives jouissances qu'il prouvait lorsque, le marteau la main, il errait dans des contres nouvelles et intressantes, et la tche lente, laborieuse et moins conforme ses gots que lui imposaient la transcription et l'arrangement de ses notes sous forme de livre. Lorsqu'en 1874 je dcrivais les anciens volcans des les Hbrides, j'eus frquemment l'occasion de rappeler les observations de M. Darwin sur les volcans de l'Atlantique, pour expliquer les faits que nous montrent, dans nos propres les, les restes de volcans anciens. Darwin, crivant son fidle ami Sir Charles Lyell au sujet de mon travail, lui dit: J'ai prouv une satisfaction bien vive en voyant citer mon livre sur les volcans, je le croyais mort et oubli. Deux ans plus tard, en 1876, on proposa Darwin de publier une nouvelle dition des _Observations sur les les volcaniques et sur l'Amrique du Sud_. Il hsita d'abord, car il lui semblait que ces ouvrages n'offraient plus actuellement qu'un intrt mdiocre; il me consulta sur ce point au cours d'une des conversations que nous avions souvent ensemble cette poque, et j'insistai fortement auprs de lui pour la rdition de ces livres. J'prouvai une vive satisfaction lorsque, se rendant mes instances, il consentit ce qu'ils fussent publis sans aucune modification du texte. Il crit dans la prface de cette nouvelle dition: Par suite des progrs rcents de la gologie, mes ides sur quelques points pourront paratre un peu vieillies, mais j'ai cru prfrable de les laisser telles qu'elles ont t publies originairement. Peut-tre ne sera-t-il pas sans intrt d'indiquer brivement les principaux problmes gologiques sur lesquels le livre de Darwin _les Iles volcaniques_ a jet une nouvelle et vive lumire. Le principal mrite de ces recherches est d'avoir fourni des observations qui, non seulement, prsentent un haut intrt scientifique, mais dont quelques-unes ont permis de faire rejeter des erreurs couramment admises; d'appeler l'attention sur des phnomnes et des considrations qui avaient t compltement ngligs par les gologues, mais qui ont exerc depuis lors une grande influence sur la gense des thories gologiques; et, enfin, de faire ressortir l'importance qui s'attache des causes faibles et insignifiantes en apparence, mais dont quelques-unes donnent la clef de problmes gologiques du plus haut intrt. En visitant des contres o von Buch et d'autres gologues avaient cru trouver la preuve de la thorie des cratres de soulvement, Darwin fut amen dmontrer que les faits pouvaient recevoir une interprtation tout fait diffrente. Les ides mises d'abord par le clbre gologue et explorateur allemand, et presque universellement admises par ses compatriotes, avaient t soutenues par lie de Beaumont et par Dufrnoy, les chefs du mouvement gologique en France. Elles taient pourtant vigoureusement combattues par Scrope et par Lyell en Angleterre, et par Constant Prvost et Virlet de l'autre ct de la Manche. Dans cet ouvrage, Darwin nous montre sur quelles faibles bases repose cette thorie d'aprs laquelle les grands cratres circulaires des les de l'Atlantique devraient leur origine des ampoules gigantesques de la crote terrestre, qui, en crevant leur sommet, auraient donn naissance aux cratres. Reconnaissant l'influence que l'injection de la lave exerce sur la structure des cnes volcaniques, en accroissant leur masse et leur hauteur, il montre qu'en gnral les volcans sont difis par des jaculations rptes qui amnent une accumulation de matires ruptives autour de l'orifice. Cependant, quoiqu'il arrivt aux mmes vues gnrales que Scrope et que Lyell sur l'origine des cratres volcaniques ordinaires, Darwin vit clairement que, dans certains cas, de grands cratres peuvent s'tre forms ou s'tre agrandis par l'affaissement du plancher, la suite d'ruptions. L'importance de ce facteur auquel les gologues avaient accord trop peu d'attention, a t montre rcemment par le professeur Dana dans son admirable ouvrage sur le Kilauea et d'autres grands volcans de l'archipel hawaen. L'affaissement qui se produit autour d'un centre volcanique, et qui dtermine le plongement des couches environnantes, a t mis en lumire pour la premire fois par Darwin, comme rsultat de son premier travail sur les les du Cap-Vert. Des exemples frappants du mme fait ont t signals depuis en Islande par M. Robert et par d'autres, dans la Nouvelle-Zlande par M. Heaphy, et dans les les occidentales de l'Ecosse par moi-mme. A diverses reprises, Darwin appela l'attention des gologues sur le fait que les orifices volcaniques prsentent entre eux des relations qu'on ne saurait expliquer sans admettre l'existence, dans la crote terrestre, de lignes de fracture le long desquelles les laves se sont fray un chemin vers la surface. Mais en mme temps il vit clairement qu'il n'existait pas de preuves du passage de grands torrents de laves le long de ces fractures; il montra comment les plateaux les plus remarquables, forms de nappes de laves successives, peuvent avoir t construits par des missions rptes et modres, manant d'orifices volcaniques nombreux, distincts les uns des autres. Il insiste expressment sur la rapidit avec laquelle la dnudation peut faire disparatre les cnes de cendres forms autour des orifices d'jaculation, et les traces d'missions successives de laves. L'un des chapitres les plus remarquables du livre est celui o l'auteur traite des effets de la dnudation dterminant l'rosion de l'appareil volcanique, au point de ne plus laisser subsister que des paves ou tronons ruins de volcans. Il a eu l'occasion d'tudier une srie de cas permettant de suivre toutes les gradations des formes volcaniques, depuis les cnes complets jusqu'aux masses bouchant les cratres, o elles s'taient solidifies. Les observations de Darwin sur ce sujet ont t de la plus haute valeur et du plus grand secours pour tous ceux qui se sont efforcs d'tudier les effets de l'action volcanique pendant les priodes anciennes de l'histoire de la terre. Comme Lyell, Darwin tait fermement convaincu de la continuit des actions gologiques, et c'tait toujours avec une vive satisfaction qu'il constatait que les phnomnes du pass pouvaient s'interprter par des causes actuelles. Au moment o Lyell se livrait, quelques mois avant sa mort, ses derniers travaux gologiques sur les environs de sa rsidence dans le Forfarshire, il crivit Darwin: Toutes mes recherches ont confirm ma conviction que la seule diffrence entre les roches volcaniques palozoques et rcentes se rduit aux modifications qui ont d se produire en raison de l'immense priode de temps pendant laquelle les produits des volcans les plus anciens ont t soumis des transformations chimiques. Lorsqu'aprs avoir achev ses tudes sur les phnomnes volcaniques, Darwin entreprit l'examen des grandes masses granitiques des Andes, il fut vivement frapp des relations qui unissent les roches dites plutoniques et les roches d'origine incontestablement volcanique. On doit dire ce sujet que les circonstances mmes dans lesquelles se fit la croisire du _Beagle_ furent trs favorables Darwin dans ses tudes sur les roches ruptives. Aprs avoir observ des types nettement caractriss de la srie rcente, il alla tudier dans l'Amrique du Sud de remarquables gisements de masses ignes anciennes trs cristallines et, dans le voyage de retour, il put revoir les roches volcaniques rcentes, raviver ainsi ses premires impressions et tablir des relations entre ces deux types lithologiques. Il exposa quelques-unes des considrations gnrales que ces observations lui avaient suggres, dans un travail qu'il lut la Socit Gologique le 17 mars 1838, et qui portait comme titre: _Du rapport de certains phnomnes volcaniques, de la formation des chanes de montagnes, et des effets des soulvements continentaux_. La relation entre ces deux ordres de faits est discute d'une manire plus approfondie dans son livre sur la gologie de l'Amrique du Sud. Les preuves d'un soulvement rcent constates sur les ctes d'un grand nombre d'les volcaniques amenrent Darwin conclure qu'en gnral les aires volcaniques sont des rgions de soulvement; et il fut conduit, naturellement, les opposer aux aires dans lesquelles, comme il le montra, la prsence d'atolls, de rcifs frangeants et de rcifs-barrires, offre les preuves d'un affaissement. Il parvint de cette manire dresser une carte des aires ocaniques, les rpartissant en zones soumises des mouvements de soulvement ou d'affaissement. Ses conclusions cet gard taient aussi neuves que suggestives. Darwin reconnut trs clairement le fait que la plupart des les ocaniques semblent tre d'origine volcanique, quoiqu'il prt soin de signaler les exceptions importantes qui infirment, dans une certaine mesure, la gnralisation de cette rgle. Dans son _Origine des espces_ il a dvelopp l'ide et mis la thorie de la permanence des bassins ocaniques, que d'autres auteurs ont adopte aprs lui et ont tendue plus loin, pensons-nous, que Darwin n'avait cru devoir le faire. Sa prudence sur ce point et sur les questions spculatives du mme genre tait bien connue de tous ceux qui avaient l'habitude de les discuter avec lui. Quelques annes avant le voyage du _Beagle_, M. Poulett Scrope avait signal les analogies remarquables qui existent entre certaines roches ignes structure rubane, telles qu'on en rencontre aux les Ponces, et les schistes cristallins feuillets. Il ne semble pas que Darwin ait eu connaissance du remarquable mmoire de Scrope, mais il appela l'attention, d'une manire toute spontane, sur les mmes phnomnes lorsqu'il entreprit l'tude de roches fort analogues qu'on observe l'le de l'Ascension. Comme il venait d'tudier les grandes masses de schistes cristallins du continent Sud-Amricain, il fut frapp du fait que les roches incontestablement ignes de l'Ascension offrent une rpartition identique des minraux constitutifs, le long de feuillets parallles. Ces observations conduisirent Darwin la mme conclusion que celle laquelle Scrope tait arriv quelque temps auparavant, c'est--dire que, lorsque la cristallisation s'opre dans des masses rocheuses soumises des forces dformatrices trs puissantes, il se produit une sparation et une distribution des minraux constitutifs, suivant des plans parallles. On a reconnu pleinement aujourd'hui que ce processus doit avoir t un facteur important dans la formation des roches mtamorphiques, que les auteurs rcents dsignent sous le nom de _dynamo-mtamorphisme_. Dans l'tude de ce problme et d'un grand nombre d'autres analogues, exigeant des connaissances minralogiques trs exactes, il est remarquable de voir quel point Darwin russissait dcouvrir la vrit au sujet des roches qu'il tudiait, l'aide seulement d'un canif, d'une simple loupe, de quelques essais chimiques et du chalumeau. Depuis Darwin l'tude des roches en sections minces sous le microscope a t invente, et est aujourd'hui du plus grand secours dans toutes les recherches ptrographiques. Plusieurs des les tudies par Darwin ont t explores nouveau, et des chantillons de leurs roches ont t recueillis pendant le voyage du navire de la Marine Royale le _Challenger_. Les rsultats de l'tude qu'en a faite un des matres de la microscopie des roches, le Professeur Renard, de Bruxelles, ont t publis rcemment dans un des volumes des _Rapports sur l'Expdition du Challenger_. Il est intressant de constater que, tandis que ces recherches rcentes ont enrichi la science gologique d'un grand nombre de faits nouveaux et prcieux, et que des changements nombreux ont t apports la nomenclature et d'autres points de dtail, tous les faits principaux dcrits par Darwin et par son ami le professeur Miller ont rsist l'preuve du temps et d'une tude plus approfondie, et demeurent comme un monument de la sagacit et de la justesse d'observation de ces pionniers des recherches gologiques. JOHN W. JUDD. OBSERVATIONS GOLOGIQUES SUR LES ILES VOLCANIQUES CHAPITRE PREMIER SAN THIAGO, ARCHIPEL DU CAP VERT Roches des assises infrieures.--Dpt sdimentaire calcareux avec coquilles rcentes mtamorphis au contact de laves surincombantes; allure horizontale et tendue en surface de ces couches.--Roches volcaniques postrieures associes une matire calcaire terreuse et fibreuse, et frquemment renferme dans les vacuoles des scories.--Anciens orifices d'ruption oblitrs, de petite dimension.--Difficult que prsente la dtermination de coules de laves rcentes sur une plaine unie.--Collines de l'intrieur de l'le, constitues par des roches volcaniques plus anciennes.--Grandes masses d'olivine dcompose.--Roches feldspathiques situes sous les couches de basalte cristallin.--Uniformit de structure et d'aspect des collines volcaniques les plus anciennes.--Forme des valles voisines de la cte.--Conglomrat en voie de formation sur la plage. L'le de San Thiago s'tend du N.-N.-W. au S.-S.-E. sur une longueur de trente milles et une largeur de douze milles environ. Les observations auxquelles je me suis livr pendant mes deux visites cette le ont toutes t faites dans sa partie mridionale et dans un rayon de quelques lieues seulement autour de Porto-Praya.--Vue de la mer, la contre offre une configuration varie: des collines coniques pentes douces, de couleur rougetre (telle que la colline dsigne sous le nom de Red Hill et reprsente dans la figure intercale dans le texte)[1] et d'autres collines moins rgulires, d'une couleur noirtre et sommet plat (marques A, B, C, dans la mme figure), s'lvent au-dessus de plaines de lave qui s'tagent en gradins successifs. On aperoit dans le lointain une chane de montagnes, hautes de plusieurs milliers de pieds, qui traverse l'intrieur de l'le. Il n'y a pas de volcan actif San Thiago, et il n'en existe qu'un seul dans tout l'archipel, celui de Fogo. L'le n'a t prouve par aucun tremblement de terre violent depuis qu'elle est habite. [Illustration: FIG. I.--Vue d'une partie de San Thiago, l'une des les du Cap Vert.] Les roches infrieures que l'on voit sur la cte prs de Porto-Praya sont trs cristallines et fort compactes; elles semblent appartenir des masses volcaniques anciennes et d'origine sous-marine. Frquemment elles sont recouvertes, en stratification discordante, par un dpt calcaire irrgulier, d'une faible paisseur, o abondent des coquilles appartenant une des dernires priodes de l're tertiaire; ce dpt est recouvert, son tour, par une grande nappe de lave basaltique, qui, partie du centre de l'le, s'est rpandue en coules successives entre les collines sommet plat marques A, B, C, etc. Des coules plus rcentes ont t jacules par les cnes dissmins dans l'le, tels que Red Hill et Signal-Post Hill. Les couches suprieures des collines sommet plat prsentent, au point de vue de la constitution minralogique et d'autres gards encore, un rapport intime avec les assises infrieures des couches de la cte, qui semblent former avec elles une masse continue. _Description minralogique des roches formant les assises infrieures_.--Le caractre de ces roches est extrmement variable. Elles sont formes d'une masse fondamentale basaltique compacte, noire, brune ou grise, renfermant de nombreux cristaux d'augite, de hornblende, d'olivine, de mica, et parfois du feldspath vitreux. On rencontre frquemment une varit presque entirement compose de cristaux d'augite et d'olivine. On sait que le mica se prsente rarement l o l'augite abonde, et vraisemblablement la roche qui nous occupe n'offre pas une exception manifeste cette rgle, car le mica y est arrondi aussi parfaitement qu'un caillou dans un conglomrat (tout au moins dans le plus caractristique de mes spcimens, o l'on voit un nodule de mica long d'un demi-pouce); il n'a videmment pas cristallis dans la pte qui le renferme aujourd'hui, mais il doit avoir t form par la fusion d'une roche plus ancienne. Ces laves compactes alternent avec des tufs, des roches amygdalodes et des wackes, et, certains endroits, avec des conglomrats grossiers. Parmi les wackes argileuses, les unes sont vert fonc, d'autre vert jauntre ple, d autres enfin presque blanches. Je constatai avec tonnement qu'un certain nombre de ces dernires roches, mme les plus blanches, fondaient en un mail noir de jais, tandis que plusieurs chantillons des varits vertes ne donnaient qu'un globule gris ple. De nombreux dikes forms essentiellement de roches augitiques trs compactes et de varits amygdalodes grises coupent les couches; en divers endroits celles-ci ont t violemment disloques et fortement redresses. Une ligne de dislocation coupe l'extrmit septentrionale de Quailland, lot de la baie de Porto-Praya, et on peut le suivre jusqu' l'le principale. Ces dislocations se sont produites avant le dpt de la couche sdimentaire rcente, et la surface de l'le a subi, antrieurement ce dpt, une dnudation importante, comme l'attestent de nombreux dikes tronqus. _Description du dpt calcaire qui recouvre les roches volcaniques dont il vient d'tre question_.--Cette couche peut tre facilement reconnue cause de sa couleur blanche et de l'extrme rgularit avec laquelle elle s'tend le long de la cte, sur une ligne horizontale pendant plusieurs milles. Sa hauteur moyenne au-dessus de la mer, mesure depuis sa ligne de contact avec les laves basaltiques qui la recouvrent, est de 60 pieds environ; et son paisseur, fort variable cause des ingalits de la formation sur laquelle elle repose, peut tre value environ 20 pieds. Cette couche est forme d'une substance calcaire parfaitement blanche, constitue en partie par des dbris organiques et en partie par une substance que l'on pourrait comparer, pour l'aspect, du mortier. Des fragments de roches et des cailloux sont dissmins dans toute cette couche, et se runissent souvent en conglomrat, surtout vers la base. Un grand nombre de ces fragments sont comme badigeonns d'une couche peu paisse de matire calcareuse blanchtre. A Quail-island, la partie infrieure du dpt calcaire est remplace par un tuf terreux tendre, de couleur brune, plein de turritelles, et qui est surmont d'un lit de cailloux passant au grs et contenant des fragments d'chinides, des pinces de crabes et des coquilles; les coquilles d'hutres adhrent encore aux roches sur lesquelles elles vivaient. Le dpt renferme un grand nombre de sphrules blanches ressemblant des concrtions pisolitiques, et dont la grosseur varie de celle d'une noix celle d'une pomme; elles renferment ordinairement un petit caillou en leur centre. Je me suis assur par un examen minutieux que ces soi-disant concrtions taient des nullipores conservant leur forme propre, mais dont la surface tait lgrement use par le frottement; ces corps (considrs gnralement aujourd'hui comme des vgtaux) n'offrent aucune trace d'organisation intrieure, quand on les tudie sous un microscope de puissance moyenne. M. Georges R. Sowerby a bien voulu examiner les coquilles que j'ai rassembles; elles appartiennent quatorze espces, dont les caractres sont assez bien conservs pour qu'il soit possible de les dterminer avec un degr de certitude suffisant, et quatre espces dont on ne peut tablir que le genre. Parmi les quatorze mollusques dont la liste se trouve l'appendice, onze appartiennent des espces rcentes; un, non encore dcrit, pourrait tre identique une espce vivante que j'ai trouve dans le port de Porto-Praya; les deux autres espces sont nouvelles et ont t dcrites par M. Sowerby. Les connaissances que nous possdons sur les mollusques de cet archipel et des ctes voisines ne sont pas encore assez compltes pour nous permettre d'affirmer que ces coquilles, mme les deux dernires, appartiennent des espces teintes. Parmi ces coquilles, celles qui se rapportent incontestablement des espces vivantes ne sont pas nombreuses, mais elles suffisent cependant pour dmontrer que le dpt appartient une priode tertiaire rcente. Les caractres minralogiques de la formation, le nombre et les dimensions des fragments qu'elle renferme, et l'abondance des patelles et des autres coquilles littorales, dmontrent que tout l'ensemble s'est accumul dans une mer peu profonde, prs d'un ancien rivage. _Effets produits par la coule de lave basaltique qui s'est rpandue sur le dpt calcaire_.--Ces effets sont trs remarquables. Cette matire calcareuse est modifie jusqu' une profondeur d'environ un pied sous la ligne de contact, et on peut suivre le passage, tout fait insensible, de petits fragments de coquilles, de corallines et de nullipores peine agrgs, jusqu' une roche, o l'on ne peut trouver aucune trace d'une origine mcanique, mme au microscope. Aux points o les modifications mtamorphiques ont t les plus intenses, on observe deux varits de roches. La premire varit est dure et compacte, finement grenue et blanche, sillonne par quelques lignes parallles formes de particules volcaniques noirtres; cette roche ressemble un grs, mais un examen plus minutieux montre qu'elle est compltement cristalline, avec des faces de clivage si parfaites qu'on peut les mesurer facilement au goniomtre rflexion. Si, aprs les avoir mouills, on examine, l'aide d'une forte loupe, les chantillons qui ont subi un mtamorphisme moins complet, on peut constater une transformation graduelle trs intressante; quelques-unes des particules arrondies qui les constituent conservent leur forme propre, tandis que d'autres se fusionnent insensiblement dans la masse granulo-cristalline. Les surfaces dcomposes de cette roche revtent une couleur rouge-brique, comme c'est souvent le cas pour les calcaires ordinaires. La seconde varit mtamorphique est, de mme, une roche dure mais sans trace de structure cristalline. C'est une pierre calcaire blanche, opaque et compacte, fortement mouchete de taches, irrgulirement arrondies, d'une matire terreuse, ocreuse et tendre. Cette matire terreuse prsente une couleur brun-jauntre ple, et parat tre un mlange de fer et de carbonate de chaux; elle fait effervescence avec les acides, elle est infusible mais noircit au chalumeau et devient magntique. La forme arrondie des petites taches de substance terreuse, ainsi que les diverses tapes qu'on peut constater jusqu' leur isolement parfait, et qu'on peut suivre en examinant une srie d'chantillons, montrent clairement qu'elles ont t formes, soit par l'attraction des particules terreuses entre elles, soit plus vraisemblablement par une attraction rciproque des atomes de carbonate de chaux amenant alors la sgrgation de ces impurets terreuses trangres. Ce fait m'a vivement intress, car j'avais observ souvent des roches quartzeuses (par exemple aux les Falkland, et dans les couches siluriennes infrieures des Stiper-Stones dans le Shropshire) mouchetes, d'une manire prcisment analogue, par de petites taches d'une substance terreuse blanchtre (feldspath terreux?); on avait dj toutes raisons de croire alors que ces roches avaient t modifies ainsi sous l'action de la chaleur, et cette hypothse reoit maintenant sa confirmation. Cette texture tachete pourrait fournir peut-tre quelques indications pour distinguer les roches quartzeuses, qui doivent leur structure actuelle une action igne, de celles formes par voie purement aqueuse; distinction qui doit avoir fait hsiter bien des gologues dans l'tude des rgions arnaco-quartzeuses, si j'en juge par ma propre exprience. En s'panchant sur les sdiments tals au fond de la mer, les parties infrieures et les plus scoriaces de la lave ont empt une grande quantit de matire calcaire, qui forme maintenant la pte trs cristalline et blanche comme neige, d'une brche renfermant de petits fragments de scories noires et brillantes. Un peu au-dessus de cette couche, l o le calcaire est moins abondant et la lave plus compacte, les interstices de la masse de lave sont remplis d'un grand nombre de petites sphres, formes de spicules de calcaire spathique, qui rayonnent autour d'un centre commun. Dans une certaine partie de Quail-island, o les laves surincombantes n'ont pas plus de 14 pieds d'paisseur, le calcaire a pu cristalliser sous l'influence de la chaleur dgage par ces matires ruptives; on ne peut pas admettre que cette faible couche de lave ait t plus paisse l'origine, et que son paisseur ait t rduite par une rosion postrieure, l'tat celluleux de sa surface nous le montre. J'ai dj fait observer que la mer o le dpt calcaire s'est opr devait tre peu profonde; le dgagement de l'anhydride carbonique a donc t entrav par une pression de loin infrieure celle, quivalant une colonne d'eau haute de 1.708 pieds, que Sir James Hall considrait comme ncessaire pour empcher ce dgagement. Depuis l'poque de ses expriences on a dcouvert que c'est moins la pression que la nature de l'atmosphre ambiante qui intervient pour retenir l'acide carbonique gazeux. Ainsi, il rsulte d'expriences de M. Faraday[2] que des masses importantes de calcaire se fondent quelquefois et cristallisent, mme dans des fours chaux ordinaires. Suivant M. Faraday, le carbonate de chaux peut tre chauff, pour ainsi dire, toute temprature dans une atmosphre d'acide carbonique, sans se dcomposer; et Gay-Lussac a montr que des fragments de calcaire, chauffs dans un tube une temprature insuffisante par elle-mme pour provoquer leur dcomposition, dgageaient cependant l'acide carbonique ds qu'on faisait passer au travers du tube un courant d'air ou de vapeur d'eau: Gay-Lussac attribue ce phnomne au dplacement de l'acide carbonique naissant. La matire calcaire, qui se trouve sous la lave, surtout celle qui forme les aiguilles cristallines renfermes dans les vacuoles des scories, ne peut pas avoir subi l'action du passage d'un courant gazeux, quoiqu'elle ait t chauffe dans une atmosphre contenant vraisemblablement une trs forte proportion de vapeur d'eau. Peut-tre est-ce pour cette raison qu'elle a conserv son acide carbonique sous cette pression relativement faible. Les fragments de scories renferms dans la pte calcaire cristalline sont d'un noir de jais, cassure brillante comme celle de la rtinite. Cependant leur surface est recouverte d'une couche d'une substance translucide orange-rougetre, que l'on peut gratter facilement au canif; ces fragments apparaissent alors comme s'ils taient recouverts d'une couche mince de matire rsineuse. Les plus petits d'entre eux prsentent des parties compltement transformes en cette substance; transformation qui semble tout fait diffrente d'une dcomposition ordinaire. Nous verrons dans un autre chapitre qu' l'archipel des Galapagos de grandes couches de cendres volcaniques, avec particules scoriaces, ont subi une transformation peu prs identique. _Extension et horizontalit du dpt calcaire_.--La limite suprieure du dpt calcaire, si nettement marque cause de la couleur blanche de cette roche, et si voisine de l'horizontale, court le long de la cte sur une distance de plusieurs milles, l'altitude de 60 pieds environ au-dessus du niveau de la mer. La nappe de basalte qui la recouvre prsente une paisseur moyenne de 80 pieds. A l'ouest de Porto-Praya, au-del de Red Hill, la couche blanche avec le basalte qui la surmonte, sont recouverts par des coules plus rcentes. J'ai pu la suivre de l'oeil, au nord de Signal-Post Hill, s'tendant au loin sur une distance de plusieurs milles, le long des falaises de la cte. Mes observations ont port sur une tendue d'environ 7 milles le long de la cte, mais la rgularit de cette couche me porterait croire qu'elle s'tend beaucoup plus loin. Dans des ravins perpendiculaires la cte, on la voit plonger doucement vers la mer, probablement suivant l'inclinaison qu'elle prsentait lors de son dpt sur les anciens rivages de l'le. Je n'ai trouv dans l'intrieur de l'le qu'une seule coupe o cette couche ft visible, la hauteur de quelques centaines de pieds, c'est la base de la colline marque A; elle y repose, comme d'habitude, sur la roche augitique compacte associe avec de la wacke, et elle y est recouverte par la grande nappe de lave basaltique rcente. En certains points cependant cette couche blanche ne conserve pas son horizontalit; Quail-island sa surface suprieure ne s'lve qu' 40 pieds au-dessus du niveau de la mer; ici galement la nappe de lave qui la recouvre n'a que 12 15 pieds d'paisseur; d'autre part, au nord-est du port de Porto-Praya, la couche calcaire ainsi que la roche sur laquelle elle repose atteignent une hauteur suprieure au niveau moyen. Je crois que dans ces deux cas la diffrence de niveau ne provient pas d'un exhaussement ingal, mais de l'irrgularit primitive du fond de la mer. Ce fait peut tre dmontr Quail-island, car le dpt calcaire y offre en un certain point une paisseur de beaucoup suprieure la moyenne, alors qu'en d'autres points cette roche ne se montre pas; dans ce dernier cas les laves basaltiques rcentes reposent directement sur les laves plus anciennes. [Illustration: FIG. 2.--Signal-Post Hill;--A. Roches volcaniques anciennes;--B. Dpt calcareux;--C. Lave basaltique suprieure.] Sous Signal-Post Hill la couche blanche plonge dans la mer d'une manire bien intressante. Cette colline est conique, haute de 450 pieds, et offre encore quelques traces de structure cratriforme; elle est constitue en majeure partie de matires ruptives mises postrieurement au soulvement de la grande plaine basaltique, mais en partie aussi de laves trs anciennes, probablement de formation sous-marine. La plaine environnante et le flanc oriental de la colline ont t dcoups par l'rosion en falaises escarpes surplombant la mer. La couche calcaire blanche est visible dans ces ravinements la hauteur de 70 pieds environ au-dessus du rivage, et s'tend au nord et au sud de la colline, sur une longueur de plusieurs milles, en dessinant une ligne qui parat parfaitement horizontale; mais, au-dessous de la colline, elle plonge dans la mer et disparat sur une longueur d'environ un quart de mille. Le plongement est graduel du ct du sud, et plus brusque du ct du nord, comme le montre la figure. Ni la couche calcaire ni la lave basaltique surincombante (pour autant qu'on puisse distinguer cette dernire des coules plus rcentes) n'augmentent d'paisseur mesure qu'elles plongent; j'en conclus que ces couches n'ont pas t originairement accumules dans une dpression dont le centre serait devenu plus tard un point d'ruption, mais qu'elles ont t dranges et ployes postrieurement leur dpt. Nous pouvons supposer, ou bien que Signal-Post Hill, aprs son soulvement, s'est abaiss avec la rgion environnante, ou bien qu'il n'a jamais t soulev la mme hauteur qu'elle. Cette dernire hypothse me parat la plus vraisemblable, car, durant le soulvement lent et uniforme de cette partie de l'le, l'nergie souterraine, affaiblie par des ruptions rptes de matires volcaniques mises au-dessous de ce point, devait ncessairement conserver moins de puissance pour le soulever. Un fait analogue semble s'tre produit prs de Red Hill, car, en remontant les coules de lave qui affleurent, des environs de Porto-Praya vers l'intrieur de l'le, j'ai t amen supposer que la pente de la rgion a t lgrement modifie depuis que la lave y a coul, soit qu'il y ait eu un lger affaissement prs de Red Hill, soit que cette partie de la plaine ait t porte une hauteur moins considrable que le reste de la contre, lors du soulvement gnral. _Lave basaltique qui surmonte le dpt calcaire_.--Cette lave, d'un gris ple, est fusible en un mail noir; sa cassure est terreuse et concrtionne, elle contient de petits grains d'olivine. Les parties centrales de la masse sont compactes, ou parsemes tout au plus de quelques petites cavits, et elles sont souvent colonnaires. Cette structure se prsente d'une manire saillante Quail-island o la lave a t divise, d'une part, en lamelles horizontales et, d'autre part, dcoupe par des fissures verticales en plaques pentagonales; celles-ci tant leur tour empiles les unes sur les autres, se sont insensiblement soudes, de manire former de belles colonnes symtriques. La surface infrieure de la lave est vsiculaire, mais parfois sur une paisseur de quelques pouces seulement; la surface suprieure, qui est galement vsiculaire, est divise en sphres formes de couches concentriques, et dont le diamtre atteint souvent 3 pieds. La masse est forme de plus d'une coule; son paisseur totale tant, en moyenne, de 80 pieds. La partie infrieure s'est certainement tale en coules sous-marines, et il en est probablement de mme pour la partie suprieure. Cette lave provient en majeure partie des rgions centrales de l'le, comprises entre les collines marques A, B, C, etc., dans la figure. La surface de la contre est unie et strile prs de la cte; le pays s'lve vers l'intrieur par des terrasses successives; lorsqu'on les observe de loin, on en distingue nettement quatre superposes. _ruptions volcaniques postrieures au soulvement de la cte; matires ruptives associes avec du calcaire terreux_.--Ces laves rcentes proviennent des collines coniques teinte brun-rouge, dissmines dans l'le et qui s'lvent brusquement dans la plaine prs de la cte. J'en ai gravi plusieurs, mais je n'en dcrirai qu'une seule, Red Hill, qui peut servir de type pour ce groupe et dont certaines particularits sont remarquables. Sa hauteur est de 600 pieds environ; elle est constitue par des roches de nature basaltique, trs scoriaces et d'un rouge vif; elle prsente sur l'un des cts de son sommet une cavit qui est probablement le dernier vestige d'un cratre. Plusieurs autres collines de la mme catgorie sont, en juger par leur forme extrieure, surmontes de cratres beaucoup mieux conservs. Lorsqu'on longe la cte par mer, on voit clairement qu'une masse considrable de lave, partie de Red Hill, s'est coule dans la mer en passant au-dessus d'une ligne de rochers haute d'environ 120 pieds. Cette ligne de rochers constitue le prolongement de celle qui forme la cte et qui borne la plaine de deux cts de la colline; ces coules ont donc t mises par Red Hill postrieurement la formation des rochers de la cte, et une poque o la colline se trouvait, comme aujourd'hui, au-dessus du niveau de la mer. Cette conclusion concorde avec la nature trs scoriace de toutes les roches de Red Hill, qui semblent tre de formation subarienne; et ce fait est important, car il existe prs du sommet quelques bancs d'une matire calcaire, qu' premire vue on pourrait prendre tort pour un dpt sous-marin. Ces bancs sont forms de carbonate de chaux, blanc, terreux, et tellement friable qu'il s'crase sous le moindre effort, les spcimens les plus compacts mme ne rsistant pas la pression des doigts. Quelques-unes de ces masses sont blanches comme la chaux vive, et paraissent absolument pures, mais on peut toujours y dcouvrir la loupe de petites particules de scories, et je n'ai pu en trouver une seule qui ne laisst pas de rsidu de cette nature quand on la dissolvait dans les acides. Il est difficile, pour cette raison, de dcouvrir une particule de calcaire qui ne change pas de couleur au chalumeau; la plupart d'entre elles s'y vitrifient mme. Les fragments scoriacs et la matire calcaire sont associs de la manire la plus irrgulire, parfois en lits peu distincts, mais plus frquemment en une brche confuse, o le calcaire prdomine d'un ct et les scories de l'autre. Sir H. De La Beche a bien voulu faire analyser quelques-uns des spcimens les plus purs, dans le but de dcouvrir si, en raison de leur origine volcanique, ils contenaient beaucoup de magnsie; mais on n'en a dcel qu'une faible quantit, analogue celle qui existe dans la plupart des calcaires. Quand on brise les fragments de scories engags dans la masse calcaire, on voit qu'un grand nombre de leurs vacuoles sont tapisses et mme partiellement remplies d'un rseau de carbonate de chaux, blanc, dlicat, excessivement fragile et semblable de la mousse, ou plutt des conferves. Ces fibres, observes l'aide d'une loupe dont la distance focale est d'un dixime de pouce, se montrent cylindriques; leur diamtre est lgrement suprieur un millime de pouce; elles sont ou simplement ramifies, ou plus communment unies en un rseau formant une masse irrgulire, mailles de dimension et de forme trs variables. Quelques fibres sont recouvertes d'une couche paisse de spicules extrmement fins, parfois agrgs en houppes minuscules, ce qui leur donne un aspect velu. Ces spicules ont un diamtre uniforme sur toute leur longueur; ils se dtachent facilement, de sorte que le porte-objet du microscope en est bientt recouvert. Le calcaire offre cette structure fibreuse dans les vacuoles d'un grand nombre de fragments des scories, mais gnralement un degr moins parfait. Ces vacuoles ne semblent pas tre relies l'une l'autre. Il n'est pas douteux, comme nous allons le montrer, que le calcaire ait t jacul l'tat fluide, intimement mlang la lave, et c'est pour cette raison que j'ai cru devoir m'arrter dcrire cette curieuse structure fibreuse, dont je ne connais aucun analogue. A cause de la nature terreuse des fibres, cette structure ne semble pas pouvoir tre attribue la cristallisation. D'autres fragments de la roche scoriace de cette colline, quand on les brise, se montrent rays de traits blancs, courts et irrguliers, qui proviennent d'une range de vacuoles spares, entirement ou partiellement remplies d'une poudre calcareuse blanche. Cette structure m'a rappel immdiatement les petites boules et les filaments tirs de farine, dans une pte mal ptrie, avec laquelle ils ne se sont pas mlangs, et je suis port penser que, de la mme manire, de petites masses de calcaire n'ayant pas t incorpores dans la lave liquide, ont t tires, lorsque toute la masse tait en mouvement. J'ai examin soigneusement, en les broyant et en les dissolvant dans les acides, des fragments de scories prises moins d'un demi-pouce de cellules qui taient pleines de la poussire en question, et je n'y ai pas trouv de traces de calcaire. Il est clair que la lave et le calcaire n'ont t que trs imparfaitement mlangs. Lorsque de petites masses de calcaire ont t emptes dans la lave encore visqueuse, o on les observe comme une matire pulvrulente, ou en fibres rticules tapissant les vacuoles, je suis port penser que les gaz absorbs ont pu se dilater plus facilement aux points o ce calcaire pulvrulent rendait la lave moins rsistante. A un mille l'est de la ville de Praya on observe une gorge aux parois escarpes, large de 150 yards environ, coupant la plaine basaltique et les bancs sous-jacents, mais qui a t comble par une coule de lave plus moderne. Cette lave est d'un gris sombre, et prsente presque partout une structure compacte et une disposition imparfaitement colonnaire; mais, une petite distance de la cte, elle renferme, irrgulirement dispose, une masse brchiforme de scories rouges, mlanges d'une quantit considrable de calcaire blanc, terreux, friable, et en certains points, presque pur, comme celui du sommet de Red Hill. Cette lave avec le calcaire qu'elle empte doit certainement avoir coul comme une nappe rgulire; en juger par la forme de la gorge, vers laquelle convergent encore les prcipitations atmosphriques actuellement peu abondantes dans cette rgion, et par l'aspect de la couche de blocs incohrents ressemblant aux quartiers de rochers du lit d'un torrent, et sur laquelle repose la lave, nous pouvons conclure que la coule tait d'origine subarienne. Je n'ai pu suivre cette coule jusqu' son origine, mais, d'aprs sa direction, elle parat tre descendue de Signal-Post Hill, loign d'un mille un quart, et qui, comme Red Hill, a t un centre d'ruption postrieure au soulvement de la grande plaine basaltique. Un fait qui concorde avec cette manire de voir, c'est que j'ai trouv sur Signal-Post Hill une masse de matire calcaire terreuse, de la mme nature, mlange avec des scories. Il importe de faire observer ici qu'une partie de la matire calcaire qui constitue le banc sdimentaire horizontal, et spcialement la matire fine recouvrant d'une couche blanche les fragments de roches engags dans le banc, doit son origine, suivant toute probabilit, la fois des ruptions volcaniques et la trituration de restes d'organismes. Les roches cristallines anciennes sous-jacentes sont associes avec beaucoup de carbonate de chaux sous la forme d'amygdalodes et de masses irrgulires, dont je n'ai pu comprendre la nature. En tenant compte de l'abondance du calcaire terreux prs du sommet de Red Hill, cne volcanique haut de 600 pieds et de formation subarienne, du mlange intime de petits fragments et de volumineux amas de scories empts dans des masses d'un calcaire presque pur, et de la manire dont de petits noyaux et des tranes de poussire calcaire sont renferms dans des fragments massifs de scories, en tenant compte enfin d'une association identique de calcaire et de scories, constate dans une coule de lave qu'on a toutes raisons de croire moderne et subarienne, et qui est descendue d'une colline o l'on rencontre galement du calcaire terreux, je pense que, sans aucun doute, le calcaire a t jacul l'tat de mlange avec la lave fondue. Je ne sache pas qu'aucun fait semblable ait t dcrit, et il me parat intressant de le signaler, d'autant plus qu'un grand nombre de gologues ont certainement cherch dterminer les actions qui doivent se produire dans un foyer volcanique prenant naissance dans des couches profondes, de composition minralogique varie. La grande abondance de silice libre dans les trachytes de certaines rgions (tels que ceux de Hongrie dcrits par Beudant, et des les Ponza par P. Scrope) rsout peut-tre la question pour le cas o les roches sous-jacentes seraient quartzeuses, et nous trouvons probablement ici la solution du problme dans le cas o les produits volcaniques ont travers des masses sous-jacentes de calcaire. On est port, naturellement, se demander quel tat se trouvait le carbonate de chaux, actuellement terreux, au moment o il a t jacul avec la lave dont la temprature tait trs leve; l'tat extrmement celluleux des scories de Red Hill prouve que la pression ne peut avoir t bien considrable, et comme la plupart des ruptions volcaniques sont accompagnes du dgagement de grandes quantits de vapeur d'eau et d'autres gaz, nous trouvons ici runies les conditions qui, suivant les ides actuelles des chimistes, sont les plus favorables pour l'limination de l'acide carbonique[3]. On peut se demander si la lente rabsorption de ce gaz n'a pas donn au calcaire renferm dans les vacuoles de la lave cette structure fibreuse si particulire, semblable celle d'un sel efflorescent. Enfin je ferai remarquer la grande diffrence d'aspect constate entre ce calcaire terreux, qui doit avoir t port une haute temprature dans une atmosphre de vapeur d'eau et de gaz divers, et le calcaire spathique, blanc, cristallin, qui a t form sous une nappe de lave peu paisse (comme Quail-island) s'talant sur un calcaire terreux et sur les dbris d'organismes tapissant le fond d'une mer peu profonde. _Signal-Post Hill_.--Nous avons dj parl de cette colline diverses reprises, notamment lorsque nous avons signal la manire remarquable dont la couche calcaire blanche, en d'autres points parfaitement horizontale, plonge dans la mer sous la colline (figure 2). Son sommet est large et offre des traces peu nettes de structure cratriforme; il est form de roches basaltiques[4], compactes ou celluleuses, avec des bancs inclins de scories incohrentes dont quelques-uns sont associs du calcaire terreux. Comme Red Hill, cette colline a t le foyer d'ruptions postrieures au soulvement de la plaine basaltique environnante; mais, contrairement la premire colline, elle a subi des dnudations importantes et a t le sige d'actions volcaniques une priode trs recule, quand elle tait encore sous-marine. Pour tablir ce point, je me base sur l'existence des derniers vestiges de trois petits centres d'ruption que j'ai dcouverts sur le flanc qui regarde l'intrieur des terres. Ils sont forms de scories luisantes cimentes par du spath calcaire cristallin, exactement comme le grand dpt calcaire sous-marin, aux endroits o la lave, encore haute temprature, s'est tale; leur aspect ruiniforme ne peut tre expliqu, je pense, que par l'action dnudatrice des vagues de la mer. Ce qui m'a men au premier orifice, c'est que j'ai observ une couche de lave de 200 yards carrs environ, bords abrupts, tale sur la plaine basaltique sans qu'il y et proximit quelque monticule d'o elle aurait pu tre jacule; et le seul vestige d'un cratre que je sois parvenu dcouvrir consistait en quelques bancs obliques de scories, l'une de ses extrmits. A 50 yards d'un second amas de lave sommet plat comme le premier, mais beaucoup plus petit, je dcouvris un groupe circulaire irrgulier de plusieurs masses d'une brche forme de scories cimentes, hautes d'environ 6 pieds, et qui sans doute ont constitu autrefois le centre d'ruption. Le troisime orifice n'est plus indiqu aujourd'hui que par un cercle irrgulier de scories cimentes, de 4 yards de diamtre environ, et ne s'levant, en son point culminant, qu' 3 pieds peine au-dessus du niveau de la plaine, dont la surface prsente son aspect habituel et n'offre aucune solution de continuit aux environs; nous avons ici une section horizontale de la base d'un orifice volcanique qui a t presque entirement ras avec toutes les matires jacules. A en juger par sa direction, la coule de lave qui comble la gorge troite[5] situe l'est de la ville de Praya, parat tre descendue de Signal-Post Hill, comme nous l'avons fait remarquer plus haut, et s'tre rpandue sur la plaine aprs que celle-ci eut t souleve; la mme observation s'applique une coule (qui n'est peut-tre qu'une portion de la premire) recouvrant les rochers du rivage, peu de distance l'est de la gorge. Lorsque je m'efforai de suivre ces coules sur la surface rocheuse de la plaine presque entirement prive de terre arable et de vgtation, je fus fort surpris de constater que toute trace distincte de ces coules disparaissait bientt compltement, quoiqu'elles soient constitues par une matire basaltique dure et qu'elles n'aient pas t exposes l'action dnudatrice de la mer. Mais j'ai observ depuis, l'archipel des Galapagos, qu'il est souvent impossible de suivre des coules de laves mme trs rcentes et de trs grande dimension, au travers de coules plus anciennes, si ce n'est en se guidant sur la dimension des buissons qui les recouvrent, ou en comparant l'tat plus ou moins luisant de leur surface,--caractres qu'un laps de temps fort court suffit effacer entirement. Je dois faire remarquer que dans une rgion surface unie, climat sec, et o le vent souffle toujours dans la mme direction (comme l'archipel du Cap Vert), les effets de dgradation dus l'action atmosphrique sont probablement beaucoup plus considrables qu'on ne le supposerait, car dans ce cas le sol meuble s'accumule uniquement dans quelques dpressions protges contre le vent, et tant toujours pouss dans une mme direction, il chemine constamment vers la mer sous forme d'une poussire fine, laissant la surface des rochers dcouverte et expose sans dfense l'action continue des agents atmosphriques. _Collines de l'intrieur de l'le constitues par des roches volcaniques plus anciennes_.--Ces collines sont reportes approximativement sur la carte et marques des lettres A, B, C, etc. Leur constitution minralogique les rapproche des roches infrieures visibles sur la cte, et elles sont probablement en continuit directe avec ces dernires. Vues de loin, ces collines semblent avoir fait partie autrefois d'un plateau irrgulier, ce qui parat probable en raison de l'uniformit de leur structure et de leur composition. Leur sommet est plat, lgrement inclin et elles ont, en moyenne, environ 600 pieds de hauteur. Leur versant le plus abrupt est dirig vers l'intrieur de l'le, point d'o elles rayonnent vers l'extrieur, et elles sont spares l'une de l'autre par des valles larges et profondes, au travers desquelles sont descendues de grandes coules de lave qui ont form les plaines du rivage. Leurs flancs tourns vers l'intrieur de l'le et qui sont les plus abrupts, comme nous venons de le dire, dessinent une courbe irrgulire peu prs parallle la ligne du rivage, dont elle est loigne de 2 ou 3 milles vers l'intrieur. J'ai gravi quelques-unes de ces collines et, grce l'amabilit de M. Kent, chirurgien-adjoint du _Beagle_, j'ai obtenu des spcimens provenant de celles des autres collines que j'ai pu apercevoir l'aide d'une longue-vue. Quoiqu'il ne m'ait t possible d'tudier, l'aide de ces divers lments, qu'une partie de la chane, 5 6 milles seulement, je n'hsite pas affirmer, d'aprs l'uniformit de structure de ces collines, qu'elles appartiennent une grande formation s'tendant sur la majeure partie de la circonfrence de l'le. Les couches suprieures de ces collines diffrent considrablement des couches infrieures par leur composition. Les couches suprieures sont basaltiques, gnralement compactes, mais parfois scoriaces et amygdalodes, et sont associes des masses de wacke. L o le basalte est compact, il est tantt finement grenu et tantt trs grossirement cristallin; dans ce dernier cas il passe une roche augitique renfermant beaucoup d'olivine; celle-ci est incolore ou prsente les teintes ordinaires: jaune et rougetre terne. Sur certaines collines, les couches basaltiques sont associes des bancs d'une matire calcaire, terreuse ou cristalline, englobant des fragments de scories vitreuses. Les couches dont nous parlons en ce moment ne diffrent des coules de lave basaltique qui constituent la plaine ctire que par une plus grande compacit, par la prsence de cristaux d'augite et par les dimensions plus fortes des grains d'olivine;--caractres qui, joints l'aspect des bancs calcaires associs avec ces couches, me portent croire qu'elles sont de formation sous-marine. Quelques masses importantes de wacke sont fort curieuses. Les unes sont associes ces couches basaltiques, les autres se montrent sur la cte, et spcialement Quail-island o elles constituent les assises infrieures. Ces roches consistent en une substance argileuse d'un vert-jauntre ple, structure arnace lorsqu'elle est sche, mais onctueuse quand elle est humide; dans son tat de plus grande puret, elle est d'une belle teinte verte, translucide sur les bords, et prsente accidentellement des traces vagues d'un clivage originel. Elle se fond trs facilement au chalumeau en un globule gris-sombre, parfois mme noir, lgrement magntique. Ces caractres m'ont conduit naturellement croire que cette matire tait un produit de dcomposition d'un pyroxne faiblement color; cette manire de voir est appuye par le fait que la roche non altre se montre pleine de grands cristaux isols d'augite noire, ainsi que de sphres et de tranes d'une roche augitique gris fonc. Le basalte tant ordinairement form d'augite et d'olivine souvent altre et de couleur rouge sombre, je fus amen examiner les phases de dcomposition de ce dernier minral, et je m'aperus avec tonnement que je pouvais suivre une gradation presque parfaite entre l'olivine inaltre et la wacke verte. Dans certains cas, des fragments provenant d'un mme grain se comportaient au chalumeau comme de l'olivine, part un lger changement de couleur, ou donnaient un globule magntique noir. Je ne puis donc douter que la wacke verdtre n'tait l'origine autre chose que de l'olivine, et que des modifications chimiques trs profondes aient d se produire au cours de la dcomposition pour avoir pu transformer un minral trs dur, transparent, infusible, en une substance argileuse, tendre, onctueuse et facilement fusible[6]. Les couches de la base de ces collines, ainsi que quelques monticules isols, dnuds et de forme arrondie, sont constitus par des roches feldspathiques ferrugineuses compactes, finement grenues, non cristallines (ou dont la nature cristalline est peine perceptible); ces roches sont gnralement demi dcomposes. Leur cassure est extrmement irrgulire et esquilleuse, et mme les petits fragments sont souvent trs rsistants. Elles renferment une forte proportion de matire ferrugineuse, soit en petits grains clat mtallique, soit en fibres capillaires brunes; en ce dernier cas, la roche prend une structure pseudo-brchiforme. Ces roches renferment parfois du mica et des veines d'agate. Leur couleur brun de rouille ou jauntre est due partiellement aux oxydes de fer, mais surtout d'innombrables taches microscopiques noires, qui fondent facilement lorsqu'on chauffe un fragment de roche, et sont videmment formes de hornblende ou d'augite. Ces roches contiennent donc tous les lments essentiels du trachyte, quoiqu'elles offrent, premire vue, l'aspect d'argile cuite ou de quelque dpt sdimentaire modifi. Elles ne diffrent du trachyte que parce qu'elles ne sont pas rudes au toucher et qu'elles ne renferment pas de cristaux de feldspath vitreux. Ainsi que le cas s'en prsente si souvent pour les formations trachytiques, on ne voit ici aucune trace de stratification. On croirait difficilement que ces roches ont pu couler l'tat de laves; il existe pourtant Sainte-Hlne des coules bien caractrises, dont la composition est presque identique celle de ces roches, ainsi que je le montrerai dans un autre chapitre. J'ai rencontr en trois endroits, parmi les monticules constitus par ces roches, des collines coniques, pentes douces, formes de phonolite contenant de nombreux cristaux de feldspath vitreux bien forms, et des aiguilles de hornblende. Je crois que ces cnes de phonolite ont le mme rapport avec les couches feldspathiques environnantes, que certaines masses d'une roche augitique grossirement cristallise ont avec le basalte qui les entoure, dans une autre partie de l'le, c'est--dire que dans les deux cas ces roches ont t injectes. Les roches de nature feldspathique tant plus anciennes que les nappes basaltiques qui les recouvrent et que les coules basaltiques de la plaine ctire, obissent l'ordre de succession habituel de ces deux grandes divisions de la srie volcanique. Ce n'est qu' la partie suprieure des couches de la plupart de ces collines qu'on peut distinguer les plans de sparation; les couches s'inclinent faiblement du centre de l'le vers la cte. L'inclinaison n'est pas identique dans toutes les collines; elle est plus faible dans la colline marque A que dans les collines B, D ou E; les couches de la colline C s'cartent peine d'un plan horizontal; et celles de la colline F (pour autant que j'ai pu en juger sans la gravir) sont faiblement inclines en sens inverse, c'est--dire vers l'intrieur et vers le centre de l'le. Malgr ces diffrences d'inclinaison, leur similitude de forme extrieure et de constitution tant au sommet qu' la base, leur disposition en une ligne courbe en prsentant le flanc le plus escarp vers l'intrieur de l'le, tout semble prouver qu'elles faisaient originairement partie d'un plateau qui s'tendait probablement autour d'une grande partie de la circonfrence de l'le, comme je l'ai fait remarquer plus haut. Les couches suprieures ont coul bien certainement l'tat de lave, et se sont probablement tales sous la mer, comme c'est aussi le cas pour les masses feldspathiques infrieures. Comment donc ces couches ont-elles t amenes prendre leur position actuelle, et d'o ont-elles fait ruption? Au centre de l'le il existe des montagnes leves[7], mais elles sont spares du flanc escarp intrieur de ces collines par une large tendue de pays de moindre altitude; d'ailleurs les montagnes de l'intrieur paraissent avoir t le centre d'jaculation de grandes coules de lave basaltique qui, se rtrcissant pour passer entre les pieds de ces collines, s'talent ensuite sur la plaine ctire. Des roches basaltiques forment un cercle grossirement dessin autour des ctes de Sainte-Hlne, et l'le Maurice on voit les restes d'un cercle semblable entourant tout au moins une partie de l'le, sinon l'le entire; la mme question revient immdiatement se poser ici: comment ces masses ont-elles t amenes prendre leur position actuelle et de quel centre ruptif proviennent-elles? Quelle que puisse tre la rponse, elle s'applique probablement ces trois cas. Nous reviendrons sur ce sujet dans un autre chapitre. _Valles voisines de la cte_.--Elles sont larges, trs-plates et bordes ordinairement de falaises peu leves. Certaines parties de la plaine basaltique sont parfois isoles par ces valles, soit en partie, soit mme compltement; l'espace o la ville de Praya est btie offre un exemple de ce fait. Le fond de la grande valle qui s'tend l'ouest de la ville est rempli, jusqu' la profondeur de plus de 20 pieds, de galets bien arrondis, qui sont solidement ciments, en certains endroits, par une matire calcaire blanche. La forme de ces valles dmontre toute vidence qu'elles ont t creuses par les vagues de la mer, pendant la dure de ce soulvement uniforme du pays attest par le dpt calcaire horizontal avec restes d'organismes marins actuels. En tenant compte de la conservation parfaite des coquilles contenues dans cette couche, il est trange que je n'aie pu trouver un seul fragment de coquille dans le conglomrat qui occupe le fond des valles. Dans la valle qui se trouve l'ouest de la ville, le lit de galets est coup par une seconde valle se greffant la premire sous forme d'affluent; mais cette dernire valle mme parat beaucoup trop large et prsente un fond beaucoup trop plat pour avoir t creuse par la petite quantit d'eau qui peut tomber pendant la saison humide, fort courte en cette contre, car pendant le reste de l'anne ces valles sont absolument sec. _Conglomrats rcents_.--J'ai trouv sur les rivages de Quail-island des fragments de briques, des morceaux de fer, des galets et de grands fragments de basalte, unis en un conglomrat solide par un ciment peu abondant, form d'une matire calcaire impure. Je puis dire, comme preuve de l'extrme solidit de ce conglomrat rcent, que je me suis efforc de dgager, l'aide d'un lourd marteau de gologue, un gros morceau de fer enchss dans le banc un peu au-dessus de la laisse de basse mer, mais que j'ai t absolument incapable d'y parvenir. Notes: [1] La configuration de la cte, la position des villages, des ruisseaux et de la plupart des collines reprsents dans cette figure, ont t copies de la carte dresse bord du _H.M.S. Leven_. Les collines sommet plat (A B C, etc.) y ont t reportes d'une manire purement approximative, pour rendre ma description plus claire. [2] Je suis fort reconnaissant M. E.-W. Brayley de m'avoir indiqu ce sujet les travaux suivants: Faraday: _Edinburgh, New philosophical Journal_, vol. XV, p. 398;--Gay-Lussac: _Annales de chimie et de physique_, tome I, chap. XIII, p. 210, dont la traduction a paru dans le _London and Edinburgh philosophical Magazine_, vol. X, p. 496. [3] Je pense qu' une grande profondeur au-dessous de la surface du sol, le carbonate de chaux tait l'tat liquide. On sait que Hutton attribuait la formation de toutes les roches amygdalodes des gouttes de calcaire fondu flottant dans le trapp comme de l'huile dans l'eau; cette thorie est certainement fausse, mais si les roches qui constituent le sommet de Red Hill s'taient refroidies sous la pression des eaux d'une mer peu profonde, ou entre les parois d'un dike, nous aurions, selon toute probabilit, une roche trappenne associe avec de grandes masses de calcaire spathique compacte et cristallin. Or, d'aprs la manire de voir de beaucoup de gologues aujourd'hui, la prsence de ce calcaire aurait t attribue, tort, des infiltrations postrieures. [4] Ces roches offrent frquemment une varit remarquable, remplie de petits fragments d'un minral terreux, rouge jaspe fonc, qui montre, quand on l'examine attentivement, un clivage peu net; les petits fragments sont allongs, tendres, magntiques avant comme aprs calfaction, et difficilement fusibles en un mail terne. Ce minral est videmment trs voisin des oxydes de fer, mais je ne saurais le dterminer avec certitude. La roche qui renferme ce minral est crible de petites cavits anguleuses tapisses et remplies de cristaux jauntres de carbonate de chaux. [5] Aux endroits o la nappe basaltique suprieure est interrompue, les parois de cette gorge sont presque verticales. La lave qui l'a remplie ultrieurement adhre ces parois presque aussi fortement qu'un dike ses murs. Lorsqu'une nappe de lave s'est coule le long d'une valle, elle est souvent borde, de chaque ct, par des masses de scories incohrentes. [6] D'Aubuisson, dans son _Trait de Gognosie_ (tome II, p. 569), indique, d'aprs M. Marcel de Serres, que des masses de terre verte existent prs de Montpellier, et sont considres comme dues la dcomposition de l'olivine. Je ne sache pas cependant que l'action du chalumeau sur ce minral se trouve modifie lorsqu'il prsente un commencement de dcomposition. Ce fait est important, car, premire vue, il semble invraisemblable qu'un minral dur, transparent, rfractaire, se soit transform en une argile tendre et facilement fusible comme celle de San Thiago. Je dcrirai plus loin une substance verte formant des filaments dans l'intrieur des vacuoles de certaines roches basaltiques vsiculaires au Van Diemen's Land, qui se comporte au chalumeau comme la wacke verte de San Thiago, mais cette forme cylindrique des filaments prouve qu'elle ne peut pas avoir t forme par la dcomposition de l'olivine, minral se prsentant toujours en grains ou en cristaux. [7] Je n'ai presque rien vu de l'intrieur de l'le. Prs du village de Saint-Domingo il y a de magnifiques rochers de lave basaltique gros grains cristallins. A 1 mille environ en amont du village, le long du petit ruisseau qui parcourt la valle, la base du grand rocher est forme d'un basalte compact grain fin, surmont, en stratification concordante, d'un lit de galets. J'ai rencontr, prs de Fuentes, des collines mamelonnes constitues par des roches feldspathiques compactes. CHAPITRE II FERNANDO NORONHA, TERCEIRA, TAHITI, MAURICE ROCHERS DE SAINT-PAUL _Fernando Noronha_, colline escarpe de phonolite.--_Terceira_, roches trachytiques; leur dcomposition remarquable par l'action de la vapeur haute temprature.--_Tahiti_, passage de la wacke au trapp: roche volcanique intressante vacuoles tapisses de msotype.--_Maurice_, preuves de son mersion rcente; structure de ses plus anciennes montagnes; analogie avec San Thiago.--_Rochers de Saint-Paul_. Ils ne sont pas d'origine volcanique, leur composition minralogique singulire. _Fernando Noronha_.--J'ai observ fort peu de choses dignes d'une description pendant notre courte visite cette le et aux quatre les suivantes. Fernando Noronha est situe dans l'ocan Atlantique, par 350' lat. S., et 230 milles de la cte de l'Amrique mridionale. Ce groupe est form de divers lots, ayant ensemble 9 milles de longueur sur 3 de largeur. Tout l'ensemble parat tre d'origine volcanique; bien qu'il n'y ait de trace d'aucun cratre ni d'aucune minence centrale. Le trait le plus remarquable de l'le est une colline haute de 1.000 pieds, dont la partie suprieure, comprenant 400 pieds, constitue un cne escarp d'une forme trange, compos de phonolite colonnaire contenant de nombreux cristaux de feldspath vitreux et quelques aiguilles de hornblende. Du point le plus lev qu'il m'ait t possible d'atteindre sur cette colline, j'ai pu apercevoir, dans diffrentes parties du groupe, plusieurs autres collines coniques, qui sont probablement de la mme nature. Il y a Sainte-Hlne de grandes masses protubrantes et coniques de phonolite, hautes d'environ 1.000 pieds, formes par l'injection de lave feldspathique fluide dans des couches qui ont cd sous la pression. Si, comme tout le fait supposer, cette colline a une origine semblable, la dnudation doit s'tre produite ici sur une trs grande chelle. Prs de la base de la colline, j'ai observ des lits de tuf blanc coups par de nombreux dikes de basalte amygdalode ou de trachyte, et des lits de phonolite schisteux avec plans de feuilletage orients N.-W. et S.-E. Certaines parties de cette roche, o les cristaux taient rares, ressemblaient beaucoup une ardoise ordinaire modifie au contact d'un dike de trapp. Ce feuilletage de roches qui ont t incontestablement fluides me semble un sujet bien digne d'attention. Sur la plage il y avait de nombreux fragments de basalte compact, et distance on voyait comme une faade colonnes formes par cette roche. _Terceira dans les Aores_.--La partie centrale de cette le est constitue par des montagnes irrgulirement arrondies, assez peu leves, formes de trachyte dont le caractre gnral se rapproche beaucoup de celui du trachyte de l'Ascension que nous dcrirons plus loin. Cette formation est recouverte en bien des points, et suivant l'ordre de superposition ordinaire, par des coules de lave basaltique, qui, prs de la cte, constituent la surface du sol presque tout entire. On peut souvent suivre de l'oeil la route que ces coules ont parcourue partir de leurs cratres. La ville d'Angra est domine par une colline cratriforme (Mount Brazil), entirement constitue par des couches minces d'un tuf grain fin, rude au toucher et color en brun. Les couches suprieures paraissent recouvrir les coules basaltiques sur lesquelles la ville est btie. Cette colline est presque identique, au point de vue de la structure et de la composition, un grand nombre de collines cratriformes de l'archipel des Galapagos. _Action de la vapeur d'eau sur les roches trachytiques_.--Dans la partie centrale de l'le, on observe en un point des vapeurs qui s'chappent constamment, en jets, du fond d'une petite dpression en forme de ravin sans issue, et qui est accole une chane de montagnes trachytiques. La vapeur est projete de plusieurs fentes irrgulires; elle est inodore, noircit rapidement le fer, et possde une temprature beaucoup trop leve pour que la main puisse la supporter. Le trachyte compact est altr d'une manire fort curieuse sur les bords de ces orifices: la base devient d'abord terreuse, avec des taches rouges dues videmment l'oxydation de particules de fer; ensuite elle devient tendre, et enfin les cristaux de feldspath vitreux cdent eux-mmes l'agent de dcomposition. Lorsque toute la masse est transforme en argile, l'oxyde de fer semble entirement limin de certaines parties de la roche qui sont parfaitement blanches, tandis qu'il parat s'tre dpos en grande quantit sur des parties voisines colores d'un rouge clatant; d'autres masses sont marbres de ces deux couleurs. Certains chantillons de cette argile blanche, maintenant desschs, ne sauraient tre distingus l'oeil nu de la craie lave la plus fine; et broys sous la dent, ils prsentent l'impression d'une finesse de grain uniforme; les habitants se servent de cette substance pour badigeonner leurs maisons. La cause pour laquelle le fer a t dissous dans certaines parties de la roche et dpos peu de distance de l, est obscure, mais le fait a t observ en plusieurs autres points[1]. J'ai trouv, dans des chantillons moiti dcomposs, de petits agrgats globulaires d'hyalite jaune, ressemblant de la gomme arabique, et qui a t, sans aucun doute, dpose par la vapeur. Comme il n'y a pas d'issue pour l'eau de pluie, qui ruisselle le long des parois de la cavit en forme de ravin d'o s'chappe la vapeur, toute la masse doit passer au travers des fissures qui sont au fond de cette cavit et s'infiltrer dans le sol. Quelques habitants m'ont rapport que, d'aprs la tradition, des flammes (un phnomne lumineux?) s'taient chappes autrefois de ces fissures, et qu'aux flammes avaient succd des manations de vapeur; mais il m'a t impossible d'obtenir des renseignements certains, quant la date laquelle ces faits se seraient produits, ni sur les faits eux-mmes. L'tude des lieux m'a conduit supposer que l'injection d'une grande masse rocheuse semi-fluide, comme serait le cne de phonolite Fernando Noronha, en soulevant en vote la surface du sol, peut avoir dtermin la formation d'une cavit en forme de coin fond crevass, et que l'eau des pluies, pntrant jusqu'au voisinage des masses haute temprature, a t transforme en vapeur et expulse sous cette forme pendant une longue suite d'annes. _Tahiti (Otaheite)_.--Je n'ai visit qu'une partie de la rgion nord-ouest de cette le, elle est entirement forme de roches volcaniques. Prs de la cte on observe plusieurs varits de basalte, dont les unes abondent en grands cristaux d'augite et en olivine altre, et dont d'autres sont compactes et terreuses;--quelques-unes sont lgrement vsiculaires, et d'autres parfois amygdalodes. Ces roches sont d'habitude fortement dcomposes, et, ma grande surprise, je remarquai que dans plusieurs coupes il tait impossible de distinguer, mme approximativement, la ligne de sparation entre la lave dcompose et les lits de tuf alternant avec elle. Depuis que les chantillons se sont desschs, il est cependant plus facile de distinguer les roches ignes dcomposes des tufs sdimentaires. Je pense que l'on peut expliquer cette transition de caractres entre des roches dont l'origine est aussi diffrente, par le fait que les parois des cavits vsiculaires, qui occupent une grande partie de la masse dans plusieurs roches volcaniques, ont cd sous la pression, lorsqu'elles taient ramollies par l'action de la chaleur. Comme le nombre et la dimension des vacuoles s'accroissent gnralement dans les parties suprieures d'une coule de lave, les effets de leur compression s'accrotront en mme temps. En outre, chaque vacuole situe plus bas doit contribuer, en cdant sous la pression, dranger toute la masse pteuse qui la surmonte. Nous pouvons donc nous attendre trouver une gradation complte depuis une roche cristalline non modifie jusqu' une roche dont toutes les particules (quoique faisant partie, l'origine, d'une mme masse solide) ont subi un dplacement mcanique; et ces particules pourront tre difficilement distingues d'autres dont la composition est la mme, mais qui ont t dposes comme matires sdimentaires. Puisque des laves sont quelquefois lamines leur partie suprieure, on comprend que des lignes horizontales, rappelant celles des dpts aqueux, ne peuvent pas dans tous les cas tre envisages comme une preuve d'origine sdimentaire. Si l'on tient compte de ces considrations, on ne sera pas surpris qu'autrefois beaucoup de gologues aient cru qu'il existait des transitions relles runissant les dpts aqueux, en passant par la wacke, aux trapps igns. Dans la valle de Tia-auru, les roches les plus frquentes sont des basaltes riches en olivine, et parfois presque entirement composs de grands cristaux d'augite. J'ai recueilli quelques spcimens contenant beaucoup de feldspath vitreux et dont le caractre se rapproche de celui du trachyte. On rencontre aussi un grand nombre de gros blocs de basalte scoriac dont les cavits sont tapisses de chabasie (?) et de msotype fibro-rayonn. Quelques-uns de ces spcimens offraient une apparence singulire, due ce qu'une partie des vacuoles taient moiti remplies d'un minral msotypique blanc, tendre et terreux, qui gonflait sous le chalumeau d'une manire remarquable. Comme les surfaces suprieures, dans toutes les vacuoles moiti remplies, sont exactement parallles, il est vident que cette substance est descendue au fond de chaque vacuole sous l'action de son propre poids. Parfois cependant les vacuoles sont compltement remplies. D'autres vacuoles sont ou bien remplies, ou bien tapisses de petits cristaux qui paraissent tre de la chabasie; frquemment aussi ces cristaux tapissent la moiti suprieure des vacuoles qui sont partiellement remplies par le minral terreux, ainsi que la surface suprieure de cette dernire substance; dans ce cas les deux minraux semblent se fondre l'un dans l'autre. Je n'ai jamais vu une roche amygdalodale[2] dont les vacuoles fussent moiti remplies comme celles que nous venons de dcrire; il est difficile de dcouvrir la cause pour laquelle ce minral terreux s'est dpos au fond des vacuoles sous l'influence de son propre poids, et pour quelle raison le minral cristallin s'est dpos en enduit d'paisseur uniforme sur les parois des vacuoles. Sur les flancs de la valle, les bancs basaltiques sont doucement inclins vers la mer, et je n'ai observ nulle part qu'ils fussent drangs de leur position normale; ils sont spars l'un de l'autre par des lits pais et compacts de conglomrats fragments volumineux, quelquefois arrondis, mais gnralement anguleux. Le caractre de ces bancs, l'tat compact et la nature cristalline de la plupart des laves, ainsi que la nature des minraux qui s'y sont forms par infiltration, me portent croire que la coule s'est tale primitivement sous la mer. Cette conclusion s'accorde avec le fait que le Rv. W. Ellis a rencontr, une altitude considrable, des restes d'organismes marins dans des couches qu'il croit interstratifies avec des matires volcaniques. De plus, MM. Tyermann et Bennet ont signal des faits semblables Huaheine, autre le de cet archipel; en outre, M. Stutchbury a dcouvert une couche de corail semi-fossile au sommet d'une des montagnes les plus leves de Tahiti, l'altitude de plusieurs milliers de pieds. Aucun de ces restes fossiles n'a t dtermin spcifiquement. J'ai vainement cherch la trace d'un soulvement rcent sur la cte, o les grandes masses coraliennes qui s'y trouvent en auraient fourni des preuves irrfutables. Je renvoie le lecteur mon ouvrage sur la _Structure et la Distribution des rcifs coraliens_, pour les citations des auteurs dont j'ai parl et pour l'exposition dtaille des raisons qui m'empchent de croire que Tahiti a subi un soulvement rcent. _Maurice_.--Lorsqu'on approche de cette le du ct du N. ou du N.-W., on voit une chane recourbe de montagnes escarpes, surmontes de pics trs abrupts, dont le pied surgit d'une zone unie de terrain cultiv, qui s'incline doucement jusqu' la cte. La premire impression qu'on prouve est que la mer atteignait, une poque peu recule, le pied de ces montagnes, et aprs un examen attentif cette impression se confirme, au moins pour la partie infrieure de cette zone. Divers auteurs[3] ont dcrit des masses de roche corallienne souleves sur la plus grande partie de la circonfrence de l'le. Entre Tamarin Bay et Great Black River j'ai observ avec le capitaine Lloyd deux monticules de roche corallienne, dont la partie infrieure est forme de grs calcareux dur, et la partie suprieure, de grands blocs peine agrgs, constitus par des Astres, des Madrpores et des fragments de basalte; ils taient disposs en bancs plongeant vers la mer sous un angle qui dans un cas tait de 8 et dans un autre de 18; ils semblaient avoir t exposs l'action des vagues, et ils s'levaient brusquement la hauteur d'environ 20 pieds, d'une surface unie jonche de dbris organiques rouls. L'_Officier du Roi_ a dcrit dans son intressant voyage autour de l'le, en 1768, des masses de roches coralliennes souleves, conservant encore cette structure en forme de foss (V. mon ouvrage sur les rcifs coralliens, p. 54) caractristique pour les rcifs vivants. J'ai observ sur la cte, au nord de Port-Louis, que la lave tait cache, sur une distance considrable dans la direction du centre de l'le, par un conglomrat de coraux et de coquilles, semblables ceux de la plage, mais ciments par une matire ferrugineuse rouge. M. Bory de Saint-Vincent a dcrit des lits calcareux semblables s'tendant sur la plaine de Pamplemousses presque tout entire. En retournant de grandes pierres qui gisaient dans le lit d'une rivire, l'extrmit d'une crique abrite, prs de Port-Louis et quelques yards au-dessus du niveau des fortes mares, j'ai trouv plusieurs coquilles de serpules encore adhrentes la face infrieure de ces pierres. Les montagnes denteles voisines de Port-Louis s'lvent la hauteur de 2 3.000 pieds; elles sont constitues par des couches de basalte, spares les unes des autres, d'une manire peu nette, par des bancs de matires fragmentaires fortement agrgs, et elles sont coupes par quelques dikes verticaux. Ce basalte, gnralement compact, abonde dans certaines parties en grands cristaux d'augite et d'olivine. L'intrieur de l'le est une plaine, leve probablement d'environ 1.000 pieds au-dessus du niveau de la mer, et forme par des nappes de lave qui se sont rpandues autour des montagnes basaltiques ravines et ont combl les valles qui les sparent. Ces laves plus rcentes sont galement basaltiques, mais moins compactes, et un certain nombre d'entre elles abondent en feldspath au point qu'elles fondent en un verre de couleur ple. Sur les bords de Great River on peut voir une coupe d'environ 500 pieds de hauteur, qui met dcouvert de nombreuses nappes minces de lave basaltique spares les unes des autres par des lits de scories. Ces laves paraissent d'origine subarienne et semblent s'tre coules de divers points d'ruption situs sur le plateau central, dont le plus important est, dit-on, le Piton du Milieu. Il y a aussi plusieurs cnes volcaniques qui sont probablement de cette mme priode moderne, rpartis sur le pourtour de l'le, spcialement l'extrmit septentrionale, o ils forment des lots spars. L'ossature principale de l'le est forme par les montagnes de basalte plus compact et plus riche en cristaux. M. Bailly[4] affirme que toutes ces montagnes se dveloppent autour d'elle comme une ceinture d'immenses remparts, toutes affectant une pente plus ou moins incline vers le rivage de la mer, tandis que, au contraire, vers le centre de l'le elles prsentent une coupe abrupte et souvent taille pic. Toutes ces montagnes sont formes de couches parallles inclines du centre de l'le vers la mer. Ces observations ont t discutes d'une manire gnrale par M. Quoy, dans le _Voyage de Freycinet_. J'ai constat leur parfaite exactitude pour autant que les moyens d'observation insuffisants dont je disposais m'aient permis de le faire[5]. Les montagnes que j'ai visites dans le nord-ouest de l'le, notamment La Pouce, Peter Botts, Corps de Garde, Les Mamelles, et probablement une autre encore situe plus au sud, offrent prcisment la forme externe et la disposition des couches dcrites par M. Bailly. Elles constituent le quart environ de sa ceinture de remparts. Quoique ces montagnes soient aujourd'hui isoles, et spares les unes des autres par des brches, dont la largeur atteint mme plusieurs milles, au travers desquelles se sont rpandus des dluges de lave partis de l'intrieur de l'le, pourtant en voyant les grandes analogies qu'elles prsentent, on reste convaincu qu'elles ont fait partie, l'origine, d'une seule masse continue. A en juger d'aprs la belle carte de l'le Maurice publie par l'Amiraut d'aprs un manuscrit franais, il existe l'autre extrmit de l'le une chane de montagnes (M. Bambou) correspondant comme hauteur, position relative et forme extrieure, celle que je viens de dcrire. Il est douteux que la ceinture ait jamais t complte, mais on peut conclure avec certitude de ce qu'avance M. Bailly et de mes propres observations, qu' une certaine poque des montagnes, formes de couches inclines vers l'extrieur et prsentant vers l'intrieur des flancs pic, s'tendaient sur une grande partie de la circonfrence de l'le. La ceinture semble avoir t ovale et de trs grandes dimensions, car son petit axe, mesur entre la partie interne des montagnes voisines de Port-Louis et celles des environs de Grand-Port, n'a pas moins de 13 milles gographiques de longueur. M. Bailly ne craint pas d'admettre que ce vaste golfe, combl ultrieurement en grande partie par des coules de lave modernes, a t form par l'affaissement de toute la partie suprieure d'un grand volcan. Il est singulier de voir sous combien de rapports concorde l'histoire gologique de ces parties des les San Thiago et Maurice que j'ai visites. Dans les deux les la ligne des ctes est suivie par une chane courbe de montagnes prsentant la mme forme extrieure, la mme stratification et la mme composition (tout au moins en ce qui concerne les couches suprieures). Dans les deux cas ces montagnes semblent avoir fait partie, l'origine, d'une masse continue. Si on compare la structure compacte et cristalline des couches de basalte qui les constituent avec celle des coules basaltiques voisines, de formation subarienne, on est conduit admettre que les premires se sont tales en nappes sur le fond de la mer et qu'elles ont t merges ensuite. Nous pouvons supposer que les larges brches entre les montagnes ont t, dans les deux cas, ouvertes par l'action des vagues, pendant leur soulvement graduel, phnomne qui a continu se produire encore une priode relativement rcente, dans chacune de ces les, ainsi que le montrent des preuves videntes qu'on peut constater sur leurs rivages. Dans ces deux les, de grandes coules de laves basaltiques plus rcentes, mises du centre de l'le, se sont tales autour des anciennes collines basaltiques et ont combl les valles qui les sparaient; en outre, des cnes d'ruptions rcentes ont surgi sporadiquement sur le pourtour des deux les; enfin, pas plus San Thiago qu' Maurice on ne constate d'ruption durant la priode historique. Comme on l'a fait remarquer dans le dernier chapitre, il est probable que ces anciennes montagnes basaltiques, qui ressemblent, bien des gards, la partie infrieure ruine de deux normes volcans, doivent leur forme actuelle, leur structure et leur position l'action de causes semblables. _Rochers de Saint-Paul_.--Cette petite le est situe dans l'ocan Atlantique, 1 environ, au nord de l'quateur, et 540 milles de l'Amrique du Sud, par 2915' de longitude ouest. Son point culminant ne s'lve qu' 50 pieds peine au-dessus du niveau de la mer; ses contours sont irrguliers, et sa circonfrence entire ne mesure que trois quarts de mille. Cette petite pointe rocheuse s'lve pic dans l'Ocan; et, sauf sur sa cte ouest, les sondages qu'on a oprs n'ont pas atteint le fond, mme la faible distance d'un quart de mille du rivage. Elle n'est pas d'origine volcanique, et cause de ce fait, qui est le plus saillant de son histoire comme nous le verrons plus loin, il n'y aurait pas lieu d'en traiter dans cet ouvrage. Cette le est forme de roches qui diffrent de toutes celles que j'ai rencontres, et je ne saurais les caractriser par aucun nom; je dois donc les dcrire. La varit la plus simple, et qui est aussi l'une des plus abondantes, est une roche trs compacte, lourde, d'un noir verdtre, cassure anguleuse et irrgulire; certaines artes sont assez dures pour rayer le verre, et la roche est infusible. Cette varit passe d'autres d'un vert plus ple, moins dures, mais dont la cassure est plus cristalline, translucides sur les bords et qui sont fusibles en un mail vert. Plusieurs varits sont caractrises principalement par le fait qu'elles contiennent d'innombrables filaments de serpentine vert sombre, et que leurs interstices sont remplis par une matire calcaire. Ces roches ont une structure concrtionne peu visible, et sont remplies de pseudo-fragments anguleux de coloration varie. Ces pseudo-fragments anguleux sont forms par la roche vert sombre dcrite en premier lieu, par une varit brune, plus tendre, de serpentine et par une roche jauntre, rude au toucher, et qui doit probablement tre rapporte une roche serpentineuse. Il y a encore dans l'le d'autres roches, tendres, vsiculaires et de nature calcaro-ferrugineuse. On n'observe pas de stratification bien distincte, mais une partie des roches est imparfaitement laminaire, et tout l'ensemble est vein par des filons de diverses dimensions et des masses ressemblant des veines, dont quelques-unes, qui sont calcaires et renferment de petits fragments de coquilles, sont incontestablement d'origine postrieure aux autres. _Incrustation luisante_.--Une grande partie de ces roches sont revtues d'une substance polie et luisante, clat perl, blanc-gristre; cet enduit suit toutes les irrgularits de la surface laquelle il adhre fortement. En examinant cette substance la loupe, on reconnat qu'elle est forme d'un grand nombre de couches excessivement minces, dont l'paisseur totale atteint environ un dixime de pouce. Cette matire est beaucoup plus dure que le spath calcaire, mais elle peut tre raye au couteau. Au chalumeau elle s'exfolie, dcrpite, noircit lgrement, met une odeur ftide et devient fortement alcaline; elle ne fait pas effervescence aux acides[6]. Je suppose que cette substance a t dpose par l'eau qui filtre au travers des excrments d'oiseaux dont les rochers sont couverts. J'ai observ l'le de l'Ascension des masses stalactitiques irrgulires paraissant tre de la mme nature, prs d'une cavit de la roche qui tait remplie d'une masse lamelleuse forme de fiente d'oiseaux amene l par l'infiltration. Lorsqu'on les casse, ces masses offrent une texture terreuse, mais, la partie externe et surtout leur extrmit, elles sont formes d'une substance perle, ordinairement dispose en petits globules, ressemblant l'mail des dents, mais plus fortement translucide, et assez dure pour rayer le verre. Cette substance noircit lgrement au chalumeau, dgage une odeur dsagrable, devient ensuite absolument blanche en se boursouflant un peu, et fond en un mail blanc terne; elle ne devient pas alcaline et ne fait pas effervescence aux acides. Toute la masse offre un aspect rid, comme si elle s'tait fortement contracte lors de la formation de la crote dure et luisante. Aux les Abrolhos sur la cte du Brsil, o le guano abonde, j'ai trouv, en grande quantit, une substance brune, arborescente, adhrant une roche trappenne. Cette substance ressemble beaucoup, sous sa forme arborescente, quelques-unes des varits ramifies de Nullipores. Elle prsente, au chalumeau, les mmes caractres que les spcimens provenant de l'Ascension; mais elle est moins dure et moins brillante, et sa surface n'a pas l'aspect rid. Notes: [1] Spallanzani, Dolomieu et Hoffmann ont dcrit des faits analogues dans les les volcaniques d'Italie. Dolomieu dit (_Mmoire sur les Isles Ponces_, p. 86) qu'aux les Ponta le fer a t redpos sous forme de veines. Ces auteurs croient aussi que la vapeur dpose de la silice; il est dmontr exprimentalement aujourd'hui qu' haute temprature la vapeur peut dissoudre la silice. [2] Cependant Mac-Culloch a dcrit et a figur (_Geolog. Trans. 1st series_, vol. IV, p. 225) un trapp dont les cavits taient remplies de quartz et de calcdoine disposs en zones horizontales. La moiti suprieure de ces cavits est souvent remplie par des couches qui suivent toutes les irrgularits de la surface, et par de petites stalactites suspendues, formes des mmes substances siliceuses. [3] Dans Hooker, _Bot. Misc_., vol. II, p. 301, le capitaine Carmichael. Le capitaine Lloyd a dcrit rcemment quelques-unes de ces masses avec beaucoup de soin dans les _Proceedings of the geological Society_ (vol. III, p. 317). Plusieurs faits intressants sont rapports sur ce sujet dans le _Voyage l'Isle de France_, par un _Officier du Roi_. Consulter aussi _Voyage aux quatre Isles d'Afrique_ par M. Bory de Saint-Vincent. [4] _Voyages aux Terres australes_, t. I, p. 54. [5] M. Lesson semble admettre les ides de M. Bailly dans la dscription qu'il a faite de l'le dans le _Voyage de la Coquille_. [6] J'ai dcrit cette substance dans mon _Journal_. Je la croyais alors constitue par un phosphate de chaux impur. CHAPITRE III ASCENSION Laves basaltiques.--Nombreux cratres tronqus du mme ct.--Structure singulire de bombes volcaniques.--Explosions de masses gazeuses.--Fragments granitiques jaculs.--Roches trachytiques.--Veines remarquables.--Jaspe, son mode de formation.--Concrtions dans le tuf ponceux.--Dpts calcaires et incrustations dendritiques sur la cte.--Couches lamines alternant avec de l'obsidienne et passant cette roche.--Origine de l'obsidienne.--Lamination des roches volcaniques. Cette le est situe dans l'ocan Atlantique, par 8 lat. S. et 14 long. W. Elle a la forme d'un triangle irrgulier (Voir la carte ci-jointe), dont chaque ct mesure environ 6 milles de longueur. Son point culminant se trouve 2.870 pieds[1] au-dessus du niveau de la mer. Elle est entirement volcanique, et, vu l'absence de preuves contraires, je la crois d'origine subarienne. La roche fondamentale est de nature feldspathique, elle offre partout une couleur ple, et elle est gnralement compacte. Dans la rgion sud-est de l'le, qui est aussi la plus leve, on trouve du trachyte bien caractris et d'autres roches analogues appartenant cette famille lithologique si varie. La circonfrence presque tout entire est couverte de coules de lave basaltique noire et rugueuse: on y voit poindre de-ci de-l une colline ou une simple pointe de rocher constitues par du trachyte qui n'a pas t recouvert. L'un de ces pointements, prs du bord de la mer, au nord du fort, n'a que 2 ou 3 yards de diamtre. _Roches basaltique_.--La lave basaltique sous-jacente est extrmement celluleuse en certains points, beaucoup moins en d'autres; sa couleur est noire, mais elle contient quelquefois des cristaux de feldspath vitreux, parfois aussi, mais rarement, une grande quantit d'olivine. Ces coules semblent avoir t singulirement peu fluides; leurs parois et leur extrmit sont trs escarpes, et n'ont pas moins de 20 30 pieds de haut. Leur surface est extraordinairement raboteuse, et distance elle parat parseme d'un grand nombre de petits cratres. Ces intumescences sont des monticules larges, irrgulirement coniques, traverss de fissures, et forms par un basalte plus ou moins scoriac, comme les coules environnantes, mais possdant une structure colonnaire mal dfinie: leur hauteur au-dessus de la surface gnrale varie de 8 30 pieds, et ils ont t forms, je pense, par l'accumulation de la lave visqueuse aux points o elle rencontrait une plus grande rsistance. A la base de plusieurs de ces monticules, et parfois aussi en des parties plus horizontales de la coule, des ctes paisses s'lvent 2 ou 3 pieds au-dessus de la surface; elles sont formes de masses de basalte angulo-globulaires, ressemblant par leur forme et par leur dimension des tuyaux de terre cuite recourbs, ou des gouttires de la mme matire, mais elles ne sont pas creuses: j'ignore quelle peut avoir t leur origine. Un grand nombre de fragments superficiels de ces coules basaltiques offrent des formes singulirement contournes, et plusieurs spcimens ressemblent, s'y mprendre, des blocs de bois de couleur sombre sans corce. Plusieurs des coules basaltiques peuvent tre suivies, soit jusqu'aux points d'ruption la base de la grande masse centrale de trachyte, soit jusqu' des collines isoles, coniques, de teinte rougetre, qui sont parpilles sur le littoral du nord et de l'ouest de l'le. Du haut de l'minence centrale, j'ai compt vingt trente de ces cnes d'ruption. Le sommet tronqu de la plupart d'entre eux est coup obliquement, et tous prsentent une pente vers le sud-est, point d'o souffle le vent aliz[2]. Cette structure est due, sans aucun doute, l'action du vent, qui a pouss en plus grande quantit dans un sens que dans l'autre les fragments et les cendres rejets pendant les ruptions. M. Moreau de Jonns a fait une observation semblable pour les volcans des Antilles. _Bombes volcaniques_.--On les rencontre en grand nombre, rpandues sur le sol, et quelques-unes d'entre elles se trouvent une distance considrable de tout point d'ruption. Leur dimension varie de celle d'une pomme celle du corps d'un homme; elles sont sphriques ou pyriformes, et l'extrmit postrieure (qui rpondrait la queue d'une comte) est irrgulire et hrisse de pointes saillantes; elle peut mme tre concave. Leur surface est rugueuse et traverse de fentes ramifies; leur structure interne est irrgulirement scoriace et compacte, ou offre un aspect symtrique fort remarquable. La gravure reprsente trs exactement un segment irrgulier d'une bombe appartenant cette dernire espce, et dont j'ai trouv plusieurs spcimens. Elle avait peu prs la grandeur d'une tte d'homme. La partie interne tout entire est grossirement celluleuse; le diamtre moyen des vacuoles est d'un dixime de pouce environ, mais leur dimension dcrot graduellement vers la partie externe de la bombe. Cette partie interne est entoure d'une crote de lave compacte, nettement limite, offrant une paisseur presque uniforme d'environ un tiers de pouce. La crote est recouverte d'une enveloppe un peu plus paisse de lave finement celluleuse (dont les vacuoles varient en diamtre d'un cinquantime un centime de pouce), et qui forme la surface extrieure. La limite qui spare la crote de lave compacte de l'enduit scoriac externe est nettement dfinie. On peut facilement se rendre compte de cette structure en supposant qu'une masse de matire visqueuse et scoriace soit projete dans l'air, et anime d'un mouvement rotatoire rapide. En effet, pendant que la crote extrieure se solidifiait par refroidissement (et prenait l'tat o nous la voyons aujourd'hui), la force centrifuge, en rduisant la pression l'intrieur de la bombe, devait permettre aux vapeurs chaudes de dilater les vacuoles, mais celles-ci, comprimes par la mme force contre la crote dj solidifie, devaient diminuer graduellement de volume, et mesure qu'elles taient plus rapproches de cette crote externe, leur volume devait toujours aller se rduisant jusqu'au moment o la partie interne tait emprisonne dans une crote massive concentrique. Nous savons que des clats peuvent tre projets d'une meule[3] lorsqu'elle est anime d'un mouvement de rotation assez rapide, nous ne devons donc pas douter que la force centrifuge soit assez puissante pour modifier, comme nous le supposons ici, la structure d'une bombe encore l'tat plastique. Des gologues ont fait observer que la forme extrieure d'une bombe nous rvle immdiatement l'histoire de sa course arienne, et nous constatons maintenant que sa structure interne peut nous redire presque aussi clairement le mouvement rotatoire dont elle tait anime. [Illustration: Fig. 3.--Fragment d'une bombe volcanique sphrique, dont la partie interne grossirement celluleuse est entoure d'une couche de lave compacte recouverte d'une crote forme par une roche finement celluleuse.] M. Bory de Saint-Vincent[4] a dcrit des masses arrondies de lave trouves l'le Bourbon, qui ont une structure tout fait semblable; pourtant son interprtation (si je la comprends bien) est fort diffrente de celle que j'ai donne, car il suppose que ces corps ont roul, comme des boules de neige, le long des flancs du cratre. M. Beudant[5] a dcrit de singulires petites sphres d'obsidienne, dont le diamtre ne dpasse jamais 6 8 pouces, et qu'il a trouves rpandues la surface du sol. Elles sont toujours de forme ovale, parfois elles sont fortement renfles par le milieu, et mme fusiformes; leur surface est recouverte de crtes et de sillons concentriques, disposs avec une certaine rgularit, et qui sont tous perpendiculaires un axe du globule; la partie interne est compacte et vitreuse. M. Beudant suppose que des masses de lave encore plastique ont t projetes dans l'air et animes d'un mouvement rotatoire autour d'un mme axe, ce qui a dtermin la forme de la bombe et des ctes superficielles. Sir Thomas Mitchell m'a donn un chantillon qui semble tre, premire vue, la moiti d'un globe d'obsidienne fortement aplati; il a singulirement l'aspect d'un objet artificiel, et cet aspect est exactement reprsent (en grandeur naturelle) dans la gravure ci-jointe. Cet chantillon a t trouv, tel que nous le voyons, dans une grande plaine sablonneuse, entre les rivires Darling et Murray en Australie, et plusieurs centaines de milles de toute rgion volcanique connue. Il parat avoir t enfoui dans une matire tuface rougetre, et peut-tre a-t-il t transport par les aborignes ou par des agents naturels. La coupe ou enveloppe externe est forme d'obsidienne compacte, de couleur vert bouteille, et elle est remplie de lave noire finement celluleuse beaucoup moins transparente et moins vitreuse que l'obsidienne. La surface extrieure porte quatre ou cinq ctes assez peu nettes, que dans la figure on a peut-tre reprsentes en les exagrant. Nous avons donc ici la structure externe dcrite par M. Beudant et la nature celluleuse interne des bombes de l'Ascension. La lvre de la coupe extrieure est lgrement concave, exactement comme le bord d'une assiette creuse, et son bord interne surplombe un peu de lave cellulaire centrale. Cette structure est tellement symtrique sur toute la circonfrence, qu'on est oblig d'admettre que la bombe a fait explosion pendant sa course arienne, alors qu'elle tait encore anime d'un mouvement de rotation, avant d'tre entirement solidifie, et que la lvre et les bords ont t ainsi lgrement modifis et inflchis vers l'intrieur. On peut observer que les ctes extrieures sont situes dans des plans perpendiculaires un axe oblique au grand axe de l'ovode aplati: nous devons supposer, pour expliquer ce fait, que, lors de l'explosion de la bombe, l'axe de rotation a subi un dplacement. [Illustration: FIG. 4.--Bombe volcanique d'obsidienne d'Australie, vue de face dans la figure suprieure et de profil dans la figure infrieure.] _Explosions de masses gazeuses_.--Les flancs de Green Mountain et la contre environnante sont couverts d'une grande quantit de fragments incohrents, formant une masse paisse de quelques centaines de pieds. Les couches infrieures consistent gnralement en tufs grain fin peine consolids[6], et les lits suprieurs en grands fragments dtachs, alternant avec des lits de matires moins grossires[7]. Une couche blanche rubane de brche ponceuse dcompose tait reploye d'une faon remarquable en fortes courbes ininterrompues, au-dessous de chacun des grands fragments du banc surincombant. Je suppose, d'aprs la position relative de ces bancs, qu'un cratre orifice troit, occupant peu prs l'emplacement de Green Mountain, a lanc comme un norme fusil air, avant son extinction finale, cette vaste accumulation de matriaux meubles. Des dislocations trs importantes se sont produites postrieurement cet vnement, et un cirque ovale a t form par affaissement. Cet espace affaiss se trouve au pied nord-est de Green Mountain, et il est nettement indiqu sur la carte qui accompagne cet ouvrage. Son grand axe, rpondant une ligne de fissure dirige N.-E.-S.-W., a une longueur de trois cinquimes de mille marin; les bords de ce cirque sont presque verticaux, sauf en un seul point, et ont peu prs 400 pieds de hauteur; la partie infrieure ils sont constitus par un basalte feldspathique de couleur ple, et la partie suprieure par du tuf et par des fragments projets l'tat incohrent; le fond est uni, et sous tout autre climat il se serait form en cet endroit un lac profond. A juger par l'paisseur du banc de fragments incohrents qui recouvre la contre environnante, la masse de matire gazeuse qui les a projets doit avoir t norme. Nous pouvons conclure vraisemblablement de ces faits, qu'aprs l'explosion, de vastes cavernes auront t formes sous le sol, et que l'croulement de la vote de l'une d'entre elles a form la cavit que nous venons de dcrire. Dans l'archipel des Galapagos on rencontre souvent des fosses d'un caractre semblable, mais de dimension beaucoup moindre, la base de petits cnes d'ruption. _Fragments granitiques projets_.--Il n'est pas rare de trouver dans le voisinage de Green Mountain des fragments de roches htrognes empts dans des masses de scories. Le lieutenant Evans, l'amabilit duquel je dois un grand nombre de renseignements, m'en a donn plusieurs spcimens, et j'en ai trouv d'autres moi-mme. Ils ont presque tous une structure granitique, ils sont cassants, rudes au toucher, et leur couleur est videmment altre: 1. Une synite blanche, raye et tachete de rouge, elle est forme de feldspath bien cristallis, de nombreux grains de quartz et de cristaux de hornblende brillants quoique petits. Le feldspath et la hornblende de cet chantillon et de ceux dont on parlera dans la suite ont t dtermins l'aide du goniomtre rflexion, et le quartz par sa manire d'tre au chalumeau. D'aprs son clivage, le feldspath de ces fragments projets ainsi que la varit vitreuse que l'on trouve dans le trachyte, est un feldspath potassique.--2. Une masse rouge brique de feldspath, de quartz et de petites plages d'un minral dcompos dont un petit fragment m'a montr le clivage de la hornblende.--3. Une masse de feldspath blanc cristallisation confuse, avec de petits nids d'un minral de couleur sombre, souvent caris, arrondis sur les bords, cassure luisante, mais sans clivage distinct; sa comparaison avec le second spcimen m'a dmontr que c'tait de la hornblende fondue.--4. Une roche qui, premire vue, semble tre une simple agrgation de grands cristaux distincts de Labrador gris[8]; mais dans les interstices de ces cristaux il y a un peu de feldspath grenu blanc, de nombreuses paillettes de mica, et un peu de hornblende altre; je ne crois pas qu'il y ait du quartz. J'ai dcrit ces fragments en dtail parce qu'on rencontre rarement[9] des roches granitiques projetes par des volcans et _dont les minraux n'aient pas subi de modifications_, comme c'est le cas pour le premier spcimen, et dans une certaine mesure pour le second. Un autre grand bloc trouv ailleurs mrite d'tre signal; c'est un conglomrat contenant de petits fragments de roches granitiques, celluleuses et jaspeuses, et de porphyre ptro-siliceux empts dans une masse fondamentale de wacke et traverss d'un grand nombre de couches minces de rtinite concrtionne passant l'obsidienne. Ces couches sont parallles, peu tendues, et lgrement incurves, elles s'amincissent leurs extrmits et rappellent par leur forme les couches de quartz dans le gneiss. Il est probable que ces petits fragments empts n'ont pas t projets l'tat isol, mais qu'ils taient empts dans une roche volcanique fluide, voisine de l'obsidienne; nous allons voir que plusieurs varits appartenant la srie de cette dernire roche possdent une structure laminaire. _Roches trachytiques_.--Elles occupent la partie la plus leve et la plus centrale de l'le, ainsi que la rgion du sud-est. Le trachyte est ordinairement d'une couleur brun ple, tachete de points plus foncs; il contient des cristaux de feldspath vitreux briss et ploys, des grains de fer spculaire et des points microscopiques noirs que je considre comme tant de la hornblende parce qu'ils sont aisment fusibles et qu'alors ils deviennent magntiques. Cependant la plupart des collines sont formes d'une pierre trs blanche, friable, et qui semble tre un tuf trachytique. L'obsidienne, le hornstone et diverses espces de roches feldspathiques laminaires sont associs au trachyte. On n'observe pas de stratification distincte, et je n'ai pu dcouvrir de structure cratriforme dans aucune des collines de cette srie. Il s'est produit des dislocations considrables, et plusieurs des crevasses de ces roches sont encore bantes, ou ne sont que partiellement combles par des fragments dtachs. Quelques coules basaltiques se sont avances sur l'aire[10] o s'tale le trachyte; et non loin du sommet de Green Mountain on voit une coule de basalte vsiculaire absolument noir, contenant de petits cristaux de feldspath vitreux d'aspect arrondi. La pierre blanche tendre, mentionne plus haut, est remarquable par la ressemblance frappante qu'elle offre avec un tuf sdimentaire lorsqu'on la voit en masse; j'ai t longtemps sans pouvoir me convaincre que telle n'tait pas son origine, et d'autres gologues ont prouv les mmes hsitations pour des formations presque identiques, dans des rgions trachytiques. En deux points, cette pierre blanche terreuse forme des collines isoles, en un troisime elle est associe du trachyte colonnaire et laminaire, mais je n'ai pu reconnatre la trace d'un contact. Cette roche contient de nombreux cristaux de feldspath vitreux et des points noirs microscopiques, et elle est mouchete de petites taches plus fonces, exactement comme le trachyte environnant. Pourtant sa pte vue au microscope, parat gnralement terreuse, mais parfois elle offre une structure nettement cristalline. Sur la colline dsigne sous le nom de _Crater of an old volcano_, elle passe une varit d'un gris verdtre ple, qui n'en diffre que par la couleur, et parce qu'elle n'est pas aussi terreuse; en un endroit, le passage s'opre insensiblement; en un autre, il se fait par l'intermdiaire de nombreuses masses anguleuses et arrondies de la varit verdtre englobes dans la varit blanche;--dans ce dernier cas, l'aspect ressemble beaucoup celui d'un dpt sdimentaire disloqu et rod pendant la formation d'une couche plus rcente. Ces deux varits de roches sont traverses d'innombrables veines tortueuses (que je dcrirai plus loin); elles ne ressemblent en rien aux dikes injects ni aux veines que j'ai pu observer ailleurs. Les deux varits renferment quelques fragments isols, et de dimension variable, de roches scoriaces teinte fonce; les vacuoles d'un certain nombre de ces fragments sont partiellement remplies par la pierre blanche terreuse. Les deux varits renferment aussi d'normes blocs d'un porphyre cellulaire[11]. Ces fragments font saillie au-dessus de la surface de la roche altre, et ressemblent tout fait des fragments empts dans un tuf sdimentaire. Mais ce fait n'est pas un argument srieux en faveur de l'origine sdimentaire de la pierre blanche terreuse[12] car on sait que le trachyte colonnaire, la phonolite[13] et d'autres laves compactes renferment quelquefois des fragments trangers de roches celluleuses. Le passage insensible de la varit verdtre la varit blanche, et de mme, le passage plus brusque d'une roche l'autre dtermin par la prsence de fragments de la premire, empts dans la seconde, peut provenir de lgres diffrences dans la composition d'une mme masse de pierre fondue, et de l'action d'arasion exerce par une masse encore fluide sur une autre masse dj solidifie. Je crois que les singulires veines dont il a t question plus haut ont t formes par une substance siliceuse qui s'est postrieurement isole de la masse. Mais la principale raison qui me porte croire que ces roches terreuses tendres, avec leurs fragments trangers, ne sont pas d'origine sdimentaire, c'est qu'il est trs peu probable que des cristaux de feldspath, des points noirs microscopiques et de petites taches de couleur fonce puissent se prsenter en mme proportion dans un sdiment aqueux et dans des masses de trachyte compact. En outre, comme je l'ai fait observer plus haut, le microscope dcle parfois une structure cristalline dans la masse fondamentale d'apparence terreuse. D'un autre ct, il est certainement fort difficile d'expliquer la dcomposition partielle de masses de trachyte aussi considrables et formant des montagnes entires. _Veines dans les masses trachytiques terreuses_.--Ces veines sont extrmement nombreuses, elles traversent avec une allure trs complexe les varits blanche et verte de trachyte terreux; c'est sur les flancs du _Crater of the old volcano_ qu'on les observe le mieux. Elles renferment des cristaux de feldspath vitreux, des points noirs microscopiques et de petites tches fonces, absolument comme la roche qui les environne, mais la base est fort diffrente, car elle est excessivement dure, compacte, assez cassante, et un peu moins fusible. L'paisseur des veines varie beaucoup et trs brusquement, d'un dixime de pouce un pouce; frquemment elles s'amincissent au point de disparatre tout fait, non seulement leur extrmit, mais leur partie centrale s'vide parfois en laissant ainsi des ouvertures rondes, irrgulires; leur surface est rugueuse. Elles sont orientes dans tous les sens ou sont horizontales, gnralement curvilignes, et souvent elles se ramifient entre elles. Par suite de leur duret, elles rsistent l'altration; elles s'lvent de deux ou trois pieds au-dessus du sol, et s'tendent parfois sur une longueur de quelques yards; quand on frappe ces plaques de pierre, elles produisent un son analogue celui du tambour, et on les voit distinctement vibrer, leurs fragments rpandus sur le sol rsonnent comme des morceaux de fer quand on les entre-choque. Elles affectent souvent les formes les plus singulires; j'ai vu un pidestal de trachyte terreux recouvert par une portion hmisphrique d'une veine, semblable un grand parapluie, et assez large pour abriter deux personnes. Je n'ai jamais rencontr de veines semblables celles-ci et n'en ai vu la description nulle part, mais elles ressemblent par leur forme aux veines ferrugineuses produites par sgrgation, et qui ne sont pas rares dans les grs, par exemple dans le _nouveau grs rouge_ d'Angleterre. Des veines nombreuses de jaspe et d'une matire siliceuse, qu'on rencontre au sommet de la mme colline, prouvent qu'une source abondante de silice a exist en cet endroit, et comme ces veines en forme de plaques ne diffrent du trachyte que parce qu'elles sont plus dures, plus cassantes et moins fusibles, il semble probable que leur origine est due la sgrgation ou l'infiltration de matire siliceuse, de la mme manire que s'opre le dpt des oxydes de fer dans plusieurs roches sdimentaires. _Dpt siliceux et jaspe_.--Ce dpt siliceux est tantt tout fait blanc, lger, sa cassure prsente un clat lgrement perl et il passe au quartz rose perl, ou bien il est d'un blanc jauntre, cassure rude, et renferme alors, dans de petites cavits, une poudre terreuse. Les deux varits se prsentent, soit en grandes masses irrgulires dans le trachyte dcompos, soit en couches renfermes dans de grandes veines verticales, tortueuses et irrgulires d'une pierre compacte, rude, rouge sombre, et ressemblant un grs. Cependant cette roche n'est autre chose qu'un trachyte dcompos; une varit peu prs semblable, mais qui affecte souvent la forme d'un gteau de miel adhre frquemment aux veines plates en saillie qui ont t dcrites dans le paragraphe prcdent. Ce jaspe a une couleur jaune d'ocre ou rouge; il se prsente en grandes masses irrgulires, et quelquefois en veines, dans le trachyte dcompos et dans la masse de basalte scoriac qui lui est associe. Les vacuoles de cette dernire roche sont tapisses ou remplies de fines couches concentriques de calcdoine, recouvertes et parsemes d'oxyde de fer rouge vif. Cette roche renferme, spcialement en ses parties les plus compactes, de petits fragments irrguliers et anguleux de jaspe rouge dont les bords se confondent insensiblement avec la masse entourante; on trouve aussi d'autres fragments, d'une nature intermdiaire entre le jaspe proprement dit et la base basaltique ferrugineuse dcompose. Dans ces fragments ainsi que dans les grandes masses de jaspe en forme de veines, on remarque de petites cavits arrondies; ces cavits sont exactement de la mme dimension et de la mme forme que celles du basalte scoriac remplies ou tapisses de couches de calcdoine. De petits fragments de jaspe, vus au microscope, paraissent ressembler une calcdoine dont le pigment n'aurait pas t dpos en couches, mais serait rest mlang avec quelques impurets la pte siliceuse. Le passage insensible du jaspe au basalte moiti dcompos, sa prsence en plages anguleuses qui n'occupent videmment pas des cavits prexistantes de la roche, et l'existence dans ce jaspe de petites vsicules remplies de calcdoine comme celles de la lave scoriace ne peuvent s'expliquer que dans l'hypothse qu'un liquide, probablement le mme qui a dpos la calcdoine dans les vacuoles, a enlev aux parties de la roche basaltique ne renfermant pas de cavits les lments constitutifs de cette roche, a dpos leur place de la silice et du fer, et a form ainsi le jaspe. J'ai observ, dans certains chantillons de bois silicifi, que, tout comme dans le basalte, les parties solides taient transformes en une matire pierreuse homogne de couleur sombre, tandis que les cavits formes par les plus gros vaisseaux conducteurs de la sve (qu'on peut comparer aux vacuoles de la lave basaltique) et d'autres cavits irrgulires, produites apparemment par la dcomposition du bois, taient remplies de couches concentriques de calcdoine; il n'est pas douteux que, dans ce cas, la substance fondamentale homogne et les couches concentriques de calcdoine aient t dposes par un mme liquide. D'aprs ces considrations, je ne puis douter que le jaspe de l'le de l'Ascension doive tre considr comme une roche volcanique silicifie, en donnant ce mot absolument le mme sens qu'on y attache quand on l'applique au bois silicifi: nous ignorons aussi bien la manire dont chaque atome de bois, alors qu'il est encore dans son tat normal, puisse tre enlev et remplac par des atomes de silice, que nous ignorons comment les parties constituantes d'une roche volcanique ont pu subir la mme modification[14]. J'ai t amen faire un examen minutieux de ces roches et en tirer les conclusions que je viens d'exposer, en entendant exprimer par le Rev. Professeur Henslow une opinion analogue au sujet de l'origine d'un grand nombre de calcdoines et d'agates dans des roches trappennes. Les dpts siliceux paraissent tre trs frquents, sinon tout fait constants, dans les tufs trachytiques partiellement dcomposs[15]; et comme ces collines, ainsi que nous l'avons expos plus haut, sont formes de trachyte ayant perdu sa duret et dcompos _in situ_, la prsence, en ce cas, de silice libre constitue un exemple de plus de ce phnomne. _Concrtions dans le tuf ponceux_.--La colline que la carte indique sous le nom de Crater of an old volcano est dsigne improprement; rien dans tout ce que j'ai pu observer ne justifie cette appellation, sauf que la colline se termine en un sommet circulaire ayant la forme d'une soucoupe trs vase, et d'environ un demi-mille de diamtre. Cette dpression a t presque entirement comble par un grand nombre de couches successives de cendres et de scories, diversement colores et faiblement consolides. Chaque couche cupuliforme successive se montre sur toute la priphrie, de sorte qu'il se produit plusieurs anneaux de couleur diffrente, donnant la colline un aspect fantastique. L'anneau extrieur est large et de couleur blanche, ce qui le fait ressembler une piste o l'on aurait exerc des chevaux, et lui a valu le nom de Mange du Diable, sous lequel il est le plus gnralement connu. Ces couches superposes de cendres doivent tre tombes sur toute la contre environnante, mais elles ont t compltement enleves par le vent, sauf dans cette seule dpression, o l'humidit s'accumulait sans doute, soit au cours d'une anne exceptionnelle, lorsqu'il tombait de la pluie, soit pendant les orages qui accompagnent souvent les ruptions volcaniques. Une des couches, colore en rose et forme principalement de petits fragments de ponce dcompose, est remarquable par le grand nombre de concrtions qu'elle renferme. Celles-ci sont gnralement sphriques et mesurent d'un demi-pouce trois pouces de diamtre, mais elles sont parfois cylindriques comme les concrtions de pyrite de fer que l'on trouve dans la craie d'Europe. Elles sont formes d'une pierre brun ple, trs tenace, compacte, cassure unie et douce au toucher. Elles sont divises en couches concentriques par de minces cloisons blanches ressemblant la surface extrieure de la concrtion; vers la priphrie, six ou huit de ces couches sont nettement limites, mais les couches qui se trouvent vers l'intrieur deviennent ordinairement indistinctes et se fusionnent en une masse homogne. Je pense que ces couches concentriques se sont formes par la contraction que la concrtion a subie lorsqu'elle est devenue compacte. La partie interne est gnralement divise par de petites fentes ou septaria, qui sont tapisses de taches les unes noires et mtalliques, les autres blanches et cristallines, dont je n'ai pu dterminer la nature. Quelques-unes des concrtions les plus volumineuses ne sont autre chose qu'une crote sphrique remplie de cendres faiblement consolides. Les concrtions contiennent une petite quantit de carbonate de chaux; un fragment expos au chalumeau dcrpite, blanchit ensuite et fond en un mail globuleux, mais il ne devient pas caustique. Les cendres qui renferment les concrtions ne contiennent pas de carbonate de chaux; les concrtions ont donc t formes probablement par l'agrgation de cette substance, comme c'est souvent le cas. Je n'ai jamais rencontr de concrtions semblables celles-ci, et, en considrant leur degr de tnacit et de compacit, leur disposition en un lit qui n'a probablement t expos aucune autre humidit que celle de l'atmosphre est fort remarquable. _Formation de roches calcaires sur la cte_.--Il y a sur plusieurs points de la cte d'immenses accumulations de petits fragments bien arrondis de coquilles et de coraux blancs, jauntres et roses, entremls de quelques particules volcaniques. A la profondeur de quelques pieds on constate qu'ils sont ciments et forment une pierre dont on utilise les varits les plus tendres pour les constructions; d'autres varits, les unes grossires et les autres grain fin, sont trop dures pour cet usage, et j'ai vu une masse, divise en couches uniformes d'un demi-pouce d'paisseur et si compactes qu'elles rendaient un son semblable celui du flint quand on les frappait avec un marteau. Les habitants croient que ces fragments sont ciments au bout d'un an. Cette cimentation s'opre par une matire calcareuse, et dans les varits les plus compactes on peut voir distinctement chaque fragment arrondi de coquille ou de roche volcanique entour d'une enveloppe translucide de carbonate de chaux. Trs peu de coquilles entires sont engages dans ces masses agglutines, et j'ai mme examin au microscope un grand fragment sans parvenir dcouvrir le moindre vestige de stries, ou d'autres traces de forme extrieure; cela dmontre que chaque particule doit avoir t roule a et l pendant bien longtemps avant que son tour vnt d'tre engage dans la masse et cimente[16]. Une des varits les plus compactes soumise l'action d'un acide s'y est compltement dissoute, l'exception d'un peu de matire organique floconneuse; son poids spcifique tait 2,63. Le poids spcifique du calcaire ordinaire varie de 2,6 2,75; sir H. de la Bche[17] a trouv pour le carrare pur 2,7. C'est un fait remarquable que ces roches de l'le de l'Ascension, formes prs de la surface de la mer, soient presque aussi compactes qu'un marbre qui a subi l'action de la chaleur et de la pression dans les rgions plutoniques. La grande accumulation de particules calcaires incohrentes sur le rivage, prs du _Settlement_, commence au mois d'octobre en progressant vers le sud-ouest; ce fait est d, d'aprs le lieutenant Evans, un changement dans la direction des courants prdominants. A cette poque, les rochers exposs l'action de la mare l'extrmit sud-ouest de la cte, o s'accumule le sable calcareux, et qui sont baigns par les courants, se recouvrent peu peu d'une incrustation calcaire paisse d'un demi-pouce. Elle est absolument blanche, compacte, lgrement spathique en quelques parties, et elle adhre fortement aux rochers. Elle disparat graduellement aprs un temps assez court, soit qu'elle se redissolve quand l'eau est moins charge de calcaire, soit qu'elle soit enleve mcaniquement, ce qui est plus vraisemblable. Le lieutenant Evans a observ ces faits pendant les six annes de son sjour l'Ascension. L'paisseur de l'incrustation varie suivant les annes; elle tait exceptionnellement forte en 1831. Lors de ma visite, au mois de juillet, il n'y avait plus de trace d'incrustation, mais elle s'tait parfaitement conserve sur un pointement de basalte d'o les ouvriers carriers avaient enlev, peu auparavant, une masse de pierre de taille. En tenant compte de la position des rochers exposs l'action de la mare, et de l'poque de l'anne pendant laquelle ils se recouvrent d'incrustations, il n'est pas douteux que, par le dplacement et le bouleversement de cette vaste accumulation de particules calcaires dont un grand nombre avaient dj t partiellement agglutines, les eaux de la mer se chargent tellement de carbonate de chaux qu'elles le dposent sur les premiers objets avec lesquels elles viennent en contact. Le lieutenant Holland, R.N., m'a dit que ces incrustations se font en un grand nombre de points de la cte, sur la plupart desquels il y a aussi, je crois, de grandes masses de coquilles brises en menus fragments. _Incrustation calcaire frondescente_.--C'est un dpt trs remarquable divers points de vue; il recouvre durant toute l'anne les roches volcaniques exposes la mare et qui surplombent des plages de coquilles brises. Son aspect gnral est fidlement reproduit dans la gravure, mais les frondes ou les disques dont il est form sont ordinairement rapprochs au point de se toucher. Les bords sinueux de ces frondes sont finement dcoups, et elles surplombent leurs pidestaux ou supports; leur surface suprieure est lgrement concave ou lgrement convexe; elles offrent un beau poli et une couleur gris-fonc ou noir de jais; leur forme est irrgulire, gnralement circulaire, et leur diamtre varie d'un dixime de pouce un pouce et demi; leur paisseur ou la hauteur dont elles s'lvent au-dessus du rocher qui les porte, varie beaucoup; elle est, le plus ordinairement peut-tre, d'un quart de pouce. Parfois les frondes deviennent de plus en plus convexes, jusqu' passer l'tat de masses botryodes, dont les sommets sont fissurs; lorsqu'elles affectent cette forme, elles sont luisantes et d'un noir intense, au point de ressembler une matire mtallique fondue. J'ai montr cette incrustation plusieurs gologues, tant sous cette dernire forme que sous sa forme ordinaire, et aucun d'entre eux n'a pu lui assigner une origine, si ce n'est qu'elle tait peut-tre de nature volcanique! [Illustration: FIG. 5.--Incrustation de calcaire et de matire organique tapissant les rochers exposs l'action de la mare l'le de l'Ascension.] La cassure de la substance dont les frondes sont formes est trs compacte et souvent presque cristalline, avec des bords translucides et assez durs pour rayer facilement le spath calcaire. Au chalumeau elle devient immdiatement blanche et met une odeur animale trs prononce, semblable celle de coquilles fraches; elle est surtout compose de carbonate de chaux; traite par l'acide chlorhydrique elle fait une vive effervescence et laisse un rsidu de sulfate de chaux et d'oxyde de fer, mls une poudre noire insoluble dans les acides chaud. Cette dernire substance, qui est videmment la matire colorante, parat de nature charbonneuse. Le sulfate de chaux se trouve ici l'tat de matire trangre, et il se prsente en lamelles distinctes, excessivement petites, rpandues la surface des frondes et engages entre les couches minces dont elles sont formes; quand on chauffe un fragment au chalumeau, ces lamelles deviennent immdiatement visibles. On peut souvent suivre le contour extrieur primitif des frondes, soit jusqu' un petit fragment de coquille fix dans une fente du rocher, soit jusqu' une agglomration de ces fragments ciments ensemble. On constate que tout d'abord l'action des vagues corrode profondment ces esquilles et les rduit l'tat de crtes aigus, et qu'elle les recouvre ensuite de couches successives du calcaire incrustant gris et luisant. Les ingalits du support primitif se trahissent la surface de chaque couche successive, comme on le voit souvent dans les pierres de bzoard, lorsqu'un objet, tel qu'un clou, forme le centre de l'agrgation. Pourtant les dcoupures des bords paraissent dues l'action corrosive que le ressac exerce sur son propre dpt, alternant avec la formation de dpts nouveaux. J'ai trouv sur des roches basaltiques tendres de la cte de San Thiago une couche extrmement mince de matire calcaire brune qui, vue la loupe, ressemblait en miniature aux frondes dcoupes et polies de l'le de l'Ascension; dans ce dernier cas, il n'y avait pas de base constitue par des particules trangres faisant saillie. Quoique l'incrustation persiste l'Ascension durant toute l'anne, l'aspect dlabr de certaines parties et l'aspect frais de certaines autres parties font croire que tout l'ensemble subit un cycle de destruction et de renouvellement, d sans doute aux modifications de forme de la plage qui se dplace et, par suite, aux modifications que subit l'action des brisants; c'est probablement pour cette raison que l'incrustation n'acquiert jamais une grande paisseur. En considrant la fois la composition de la matire incrustante et la situation des rochers qui la portent, au milieu d'une plage calcaire, je crois qu'il n'est pas douteux qu'elle est due la dissolution et au dpt subsquent de la matire qui forme les fragments arrondis de coquilles et de coraux[18]. C'est cette source qu'elle puise la matire organique qui constitue videmment le principe colorant. On peut souvent discerner nettement la nature du dpt, au dbut de sa formation, quand un fragment de coquille blanche se trouve serr entre deux frondes; le dpt offre alors l'aspect d'une couche trs mince de vernis gris ple. Sa teinte plus ou moins fonce varie un peu, mais la couleur noir de jais qu'offrent les frondes et les masses botryodales parat due la translucidit des couches grises superposes. On constate pourtant ce fait singulier que, lorsque le dpt s'opre sur la face infrieure des rochers en saillie, ou dans des fissures, il parat tre toujours d'une couleur gris-perle ple, mme quand il atteint une paisseur considrable; on est amen ainsi croire que l'action d'une lumire abondante est ncessaire au dveloppement de la couleur fonce, ainsi que cela semble se produire pour les coquilles des mollusques vivants, dont la partie suprieure, tourne vers la lumire, est toujours d'une teinte plus fonce que la surface infrieure et que les parties ordinairement recouvertes par le manteau de l'animal. Cette circonstance, la dcoloration immdiate et la production d'une odeur par l'action du chalumeau, le degr de duret et de translucidit des bords, le beau poli de la surface[19], qui rivalise, lorsqu'elle est l'tat frais, avec celui des plus fines olives, tous ces faits tablissent une analogie frappante entre cette incrustation inorganique et les coquilles de mollusques vivants[20]. Cela me parat tre un fait physiologique intressant[21]. _Bancs lamellaires remarquables alternant avec l'obsidienne et passant cette roche_.--On rencontre ces bancs dans la rgion trachytique, la base occidentale de Green Mountain, sous laquelle ils plongent suivant des inclinaisons trs fortes. Ils n'affleurent qu'en partie seulement, car ils sont recouverts par des produits d'ruption modernes; c'est pourquoi je n'ai pu constater leur contact avec le trachyte, ni dterminer s'ils se sont tals comme des nappes de lave ou s'ils ont t injects dans les strates surincombantes. On observe trois bancs principaux d'obsidienne, dont le plus puissant constitue la base de la coupe. Ces bancs pierreux alternants me paraissent fort intressants; je les dcrirai d'abord et m'occuperai ensuite de leur transition l'obsidienne. Ils offrent un aspect trs vari; on peut reconnatre cinq varits principales, mais elles passent insensiblement l'une l'autre par toutes les transitions. 1. Une roche gris-ple, irrgulirement et grossirement lamellaire[22], rude au toucher, ressemblant un phyllade qui aurait subi le contact d'un dike de trapp; sa cassure est peu prs la mme que celle que donnerait une structure cristalline. Cette roche et les varits suivantes fondent facilement en un verre de couleur ple. La plus grande partie de la roche est dispose en forme de gteau de miel cavits irrgulires et anguleuses, de sorte que l'ensemble offre un aspect cari, et que certains fragments ressemblent d'une manire remarquable des morceaux silicifis de bois dcompos. Cette varit, surtout lorsqu'elle est compacte, est souvent traverse de fines raies blanchtres; celles-ci sont droites ou elles ondulent les unes derrire les autres autour des vides allongs et caris. 2. Une roche gris bleutre ou brun ple, compacte, lourde, homogne, cassure angulaire, ingale et terreuse; cependant, lorsqu'on l'examine avec une forte loupe, la cassure se montre nettement cristalline, et l'on peut mme y reconnatre des minraux individualiss. 3. Une roche de la mme nature que la prcdente, mais strie d'un grand nombre de lignes blanches, parallles, lgrement ondules, de l'paisseur d'un cheveu. Ces lignes blanches sont d'une nature plus cristalline que les parties intercales entre elles, et la roche se fend suivant leur direction; elles se dilatent frquemment en formant alors de petites cavits qui sont souvent peine visibles la loupe. La matire dont les lignes blanches sont formes est mieux cristallise dans ces cavits, et le professeur Miller est parvenu, aprs plusieurs essais, dterminer que les cristaux blancs, les plus grands de tous, se rapportent au quartz[23], et que les petites aiguilles vertes transparentes sont de l'augite, ou suivant la dnomination qu'on leur donne le plus gnralement, de la diopside. A ct de ces cristaux on observe de petits points de couleur fonce, sans trace de cristallisation, et une matire cristalline blanche, fine et grenue qui est probablement du feldspath. Les petits fragments de cette roche sont facilement fusibles. 4. Une roche cristalline compacte zone de lignes trs nombreuses, droites, blanches et grises, dont la largeur varie de 1/30e 1/200e de pouce; ces couches semblent composes principalement de feldspath, et elles renferment un grand nombre de cristaux bien dvelopps de feldspath vitreux orients dans le sens de leur longueur; elles sont aussi abondamment parsemes de points noirs microscopiques et amorphes disposs en ranges, et isols les uns des autres, ou plus frquemment, runis deux deux, trois trois, ou en plus grand nombre, et formant des lignes noires plus fines qu'un cheveu. Quand on chauffe au chalumeau un petit fragment de cette roche, les points noirs se fondent facilement en globules noirs brillants, qui deviennent magntiques, caractres applicables bien peu de minraux, l'exception de la hornblende et de l'augite. D'autres points, colors en rouge, sont associs aux points noirs; ils sont magntiques et sont certainement forms d'oxyde de fer. Dans un chantillon de cette varit, j'ai observ que les points noirs taient agrgs sous forme de cristaux minuscules autour de deux petites cavits; ils ressemblaient des cristaux d'augite ou de hornblende, mais ils taient trop ternes et trop petits pour pouvoir tre mesurs au goniomtre. J'ai pu distinguer aussi, dans le feldspath cristallin du mme chantillon, des grains qui avaient l'aspect du quartz. J'ai constat l'aide d'une rgle parallles que les couches grises minces et les lignes capillaires noires taient absolument droites et parallles entre elles. Il est impossible de suivre le passage de la roche grise homogne ces varits stries, ou mme de comparer le caractre des diffrentes couches d'un chantillon sans se convaincre que la blancheur plus ou moins parfaite de la matire feldspathique cristalline dpend du degr d'agrgation plus ou moins complet de la matire diffuse, sous forme de taches noires et rouges de hornblende et d'oxyde de fer. 5. Une roche lourde et compacte, non lamellaire, cassure irrgulire, anguleuse et trs cristalline; elle contient un grand nombre de cristaux isols de feldspath vitreux; la base feldspathique cristalline est tachete par un minral noir qui, sur la surface altre, se montre agrg en petits cristaux, dont quelques-uns sont bien dvelopps, tandis que le plus grand nombre ne l'est pas. J'ai montr cet chantillon un gologue expriment, et je lui ai demand quelle en tait la nature. Il m'a rpondu, comme tout autre je pense l'et fait sa place, que c'tait un _greenstone_ primitif. De mme, la surface altre de la varit zonaire que nous avons tudie tantt (no. 4) ressemble d'une manire frappante un fragment us de gneiss finement lamellaire. Ces cinq varits, ainsi que plusieurs termes intermdiaires, passent et repassent l'une l'autre. Comme les varits compactes sont absolument subordonnes aux autres, tout l'ensemble peut tre considr comme lamellaire ou comme zonaire. En rsum, les lamelles sont tantt tout fait droites, tantt lgrement ondules et tantt contournes; elles sont toutes parallles entre elles et aux couches d'obsidienne intercales, et sont d'ordinaire extrmement minces. Ces lamelles consistent soit en une roche compacte d'apparence homogne, raye de diverses nuances de gris et de brun, soit en couches cristallines de feldspath plus ou moins pur, dont l'paisseur varie, et qui renferment des cristaux isols de feldspath vitreux aligns suivant leur longueur; soit enfin en couches trs minces composes en grande partie de petits cristaux de quartz et d'augite, ou de points noirs et rouges d'un minral augitique et d'un oxyde de fer, amorphes ou imparfaitement cristalliss. Aprs cette description dtaille de l'obsidienne, je reviens la lamellation des roches de la srie trachytique. Le passage des lits que nous venons de dcrire aux couches d'obsidienne vitreuse s'opre de diverses manires: 1. des masses angulo-noduleuses d'obsidienne de dimensions trs variables apparaissent brusquement, dissmines dans une roche feldspathique de couleur ple, feuillete ou amorphe, et cassure plus ou moins perle; 2. de petits nodules d'obsidienne, isols ou runis en couches dont l'paisseur dpasse rarement un dixime de pouce, alternent plusieurs reprises avec des couches trs minces d'une roche feldspathique offrant, comme une agate, des zones parallles de couleurs diffrentes, extrmement fines, et passant parfois la rsinite; les interstices entre les nodules d'obsidienne sont gnralement remplis par une matire blanche, tendre, ressemblant des cendres ponceuses; 3. la roche encaissante tout entire passe brusquement une masse concrtionne et fragmentaire d'obsidienne. Ces masses d'obsidienne sont souvent vert ple, comme les petits nodules, et gnralement bigarres de diverses nuances, paralllement aux feuillets de la roche environnante; ainsi que les nodules, elles renferment gnralement de petits sphrulites blancs dont une moiti est souvent empte dans une zone d'une nuance, et l'autre moiti dans une zone de nuance diffrente. L'obsidienne n'acquiert sa couleur noir de jais et sa cassure parfaitement conchodale que lorsqu'elle est en grandes masses; pourtant, par un examen minutieux, et en exposant les chantillons la lumire sous diffrentes incidences, j'ai pu gnralement discerner des zones parallles de teinte plus au moins fonce, mme quand la roche tait en grandes masses. L'une des roches de transition les plus communes mrite, divers gards, une description dtaille. Sa nature est fort complexe; elle est forme d'un grand nombre de couches minces, lgrement ondules, d'une matire feldspathique teinte ple, passant souvent une rtinite imparfaite, alternant avec des couches constitues par d'innombrables petits globules de deux varits d'obsidienne, et par deux varits de sphrulites empts dans une pte perle dure ou tendre. Les sphrulites sont blancs et transparents ou brun fonc et opaques; les premiers sont parfaitement sphriques, de petite dimension, structure nettement rayonne. Les sphrulites brun fonc ne sont pas aussi exactement sphriques et leur diamtre varie de 1/20e 1/30e de pouce; lorsqu'on les brise, ils montrent une structure vaguement rayonne vers leur centre qui est blanchtre. Quelquefois deux sphrulites unis n'ont qu'un seul centre d'o part la structure rayonne; il existe parfois au centre comme un indice de cavit ou de crevasse. Ces sphrulites sont tantt spars et tantt runis par deux, par trois ou en plus grand nombre, et forment des groupes irrguliers, ou plus communment des couches parallles la stratification de la masse. L'agrgation est souvent si intime que les faces suprieure et infrieure de la couche forme par les sphrulites sont exactement planes. Lorsque ces couches deviennent moins brunes et moins opaques, on ne peut plus les distinguer des zones de la roche feldspathique teinte ple qui alternent avec elles. Quand les sphrulites ne sont pas agrgs, ils sont gnralement comprims dans le sens de la structure lamellaire de la masse, et dans ce mme plan ils offrent souvent l'intrieur des zones de diffrentes nuances de couleur, et l'extrieur ils sont orns de petites crtes et de petits sillons. Les sphrulites avec leurs sillons et leurs crtes parallles sont reprsents grossis dans la partie suprieure de la gravure ci-jointe, mais ils ne sont pas bien dessins; leur mode ordinaire de groupement est indiqu dans la partie infrieure de cette figure. Dans un autre chantillon, une couche mince de sphrulites bruns, intimement unis, traverse une couche de mme composition, comme le montre la figure 7, et cette trane de sphrulites, aprs avoir suivi sur une faible longueur une direction lgrement courbe, la recoupe ainsi qu'une autre couche situe un peu au-dessous de la premire. [Illustration: FIG. 6.--Sphrulites bruns opaques, grossis. Les sphrulites reprsents dans la partie suprieure de la figure portent la surface des sillons parallles. La structure radie interne des sphrulites du bas de la figure est accuse beaucoup trop fortement.] Les petits nodules d'obsidienne portent aussi quelquefois des crtes et des sillons externes, disposs paralllement la lamellation de la masse, mais toujours moins marqus que ceux des sphrulites. Les nodules d'obsidienne sont gnralement anguleux, bords mousss; souvent ils portent l'empreinte des sphrulites adjacents qui sont toujours plus petits qu'eux. Les nodules isols semblent rarement s'tre rapprochs les uns des autres par attraction mutuelle. Si je n'avais pas trouv quelquefois un centre d'attraction distinct dans ces nodules d'obsidienne, j'aurais t port les considrer comme un rsidu de cristallisation qui s'est isol durant la formation de la perlite qui les empte et des globules sphrulitiques. [Illustration: FIG. 7.--Couche forme par l'agrgation de petits sphrulites bruns, coupant deux autres couches semblables. L'ensemble est reprsent peu prs en grandeur naturelle.] Les sphrulites et les petits nodules d'obsidienne de ces roches ressemblent si bien par leur structure et leur forme gnrale aux concrtions des dpts sdimentaires, qu'on est tent, premire vue, de leur attribuer une origine analogue. Ils ressemblent aux concrtions ordinaires sous les rapports suivants: par leur forme extrieure; par l'agrgation de deux, de trois ou d'un plus grand nombre d'individus en une masse irrgulire ou en une couche faces planes; parce qu'il arrive parfois qu'une de ces couches en coupe une autre comme on l'observe pour les silex de la craie; par la prsence dans une mme masse fondamentale de deux ou trois espces de nodules souvent serrs les uns contre les autres; par leur structure fibreuse et radie et l'existence accidentelle de cavits en leur centre; par la coexistence des structures lamelleuse, concrtionne et radie, si bien dveloppes dans les concrtions de calcaire magnsien dcrites par le professeur Sedgwick[24]. On sait que les concrtions des dpts sdimentaires sont dues la sparation partielle ou totale d'une substance minrale de la masse environnante, et son agrgation autour de certains centres d'attraction. Guid par ce fait, j'ai cherch dcouvrir si l'obsidienne et les sphrulites (auxquels on peut ajouter la markanite et la perlite qui se prsentent toutes deux en concrtions noduleuses dans les roches trachytiques) diffrent par leur composition des minraux qui forment gnralement les roches trachytiques. Les rsultats de trois analyses ont dmontr que l'obsidienne contient en moyenne 76 p. 100 de silice; d'aprs une analyse, les sphrulites en contiennent 79,12 p. 100; la markanite 79,25 p. 100 (deux analyses) et la perlite 75,62 p. 100 (deux analyses)[25]. Or, pour autant qu'on puisse les dterminer, les lments du trachyte sont le feldspath contenant 65,21 p. 100 de silice, ou l'albite, qui en contient 69,09 p. 100, la hornblende, qui en renferme 55,27 p. 100[26], et l'oxyde de fer; de sorte que les substances vitreuses concrtionnes que nous avons mentionnes plus haut contiennent toutes une proportion de silice suprieure celle qui existe ordinairement dans les roches feldspathiques ou trachytiques. D'Aubuisson[27] a fait remarquer aussi combien la teneur en silice est forte relativement celle de l'alumine dans six analyses d'obsidienne et de perlite donnes dans la _Minralogie_ de Brongniart. De tous ces faits je conclus que les concrtions susdites ont t formes par un procd d'agrgation identique celui dont on constate l'action dans les dpts sdimentaires. Ce procd agit principalement sur la silice, mais il exerce aussi son action sur une partie des autres lments de la masse environnante, et produit ainsi les diverses varits concrtionnes. En considrant l'influence bien connue du refroidissement rapide[28] sur la production de la texture vitreuse, il parat ncessaire d'admettre que, dans des cas semblables celui de l'Ascension, la masse entire a d se refroidir uniformment, mais en tenant compte des alternances multiples et compliques de nodules et de couches minces texture vitreuse avec d'autres couches entirement pierreuses ou cristallines, sur un espace de quelques pieds ou mme de quelques pouces, il est possible, la rigueur, que les diverses parties se soient refroidies avec des rapidits diffrentes, et qu'elles aient acquis ainsi leurs textures varies. Les sphrulites naturelles de ces roches[29] ressemblent beaucoup celles qui se produisent dans le verre lorsqu'il se refroidit lentement. Dans de beaux chantillons de verre partiellement dvitrifi appartenant M. Stokes, on voit les sphrulites runies en couches rectilignes faces planes, parallles les unes aux autres et l'une des surfaces extrieures, absolument comme dans l'obsidienne. Ces couches se ramifient parfois et s'anastomosent; mais je n'ai constat aucun cas de vritable intersection. Elles forment le passage des parties parfaitement vitreuses celles qui sont presque entirement homognes et pierreuses, et qui ne prsentent qu'une structure concrtionne peu nette. Dans les mmes chantillons, on observe aussi des sphrulites engages dans la masse et trs rapproches les unes des autres, elles sont faiblement diffrencies par leur structure et leur couleur. En prsence de ces faits, les ides que nous avons exposes plus haut sur l'origine concrtionnaire de l'obsidienne et des sphrulites naturelles trouvent une confirmation dans l'intressante notice que M. Dartigues[30] a publie sur ce sujet et o il attribue la production des sphrulites dans le verre ce que les divers lments s'agrgent en obissant chacun son propre mode d'attraction. Il est amen cette conclusion en observant la difficult qu'on prouve refondre du verre sphrulitique sans avoir au pralable pil soigneusement et mlang toute la masse, et en considrant aussi le fait que la transformation s'opre le plus facilement dans du verre compos d'un grand nombre de substances. En confirmation des ides de M. Dartigues, je ferai remarquer que M. Fleuriau de Bellevue[31] a constat que les parties sphrulitiques du verre dvitrifi se comportent autrement sous l'action de l'acide nitrique et au chalumeau que la pte compacte dans laquelle elles taient engages. _Comparaison des bancs d'obsidienne et des couches alternantes de l'Ascension avec ceux d'autres contres_.--J'ai t frapp de voir quel point les observations que j'ai faites l'Ascension concordaient avec l'excellente description des roches d'obsidienne de Hongrie, qui a t donne par Beudant[32], avec celle de la mme formation au Mexique et au Prou par de Humboldt[33], et avec les descriptions des rgions trachytiques des les italiennes donnes par divers auteurs[34]. Plusieurs passages auraient pu tre copis sans modifications dans les ouvrages des auteurs que je viens de citer, et auraient pu s'appliquer notre le. Tous les auteurs s'accordent sur le caractre lamellaire et stratifi de la srie entire, et de Humboldt parle de quelques bancs d'obsidienne qui sont rubans comme du jaspe[35]. Tous constatent le caractre noduleux ou concrtionn de l'obsidienne, et le passage des nodules des couches. Tous insistent sur les alternances rptes de couches vitreuses, perles, lithodes et cristallines qui se produisent souvent suivant des surfaces ondules. Pourtant les couches cristallines semblent beaucoup mieux dveloppes l'Ascension que dans les autres contres dsignes plus haut. D'aprs de Humboldt, un certain nombre des bancs lithodes ressemblent de loin des couches de grs schisteux. Suivant ces auteurs, les sphrulites sont toujours abondantes, et elles paraissent marquer partout le passage des bancs parfaitement vitreux aux bancs lithodes et cristallins. La description que Beudant[36] donne de sa perlite lithode globulaire pourrait avoir t crite, jusque dans ses moindres dtails, pour les petits globules sphrulitiques bruns des roches de l'Ascension. La grande ressemblance qui existe, sous tant de rapports, entre les formations d'obsidienne de Hongrie, du Mexique, du Prou, de certaines les italiennes et celles de l'Ascension, me fait croire qu'en toutes ces contres l'obsidienne et les sphrulites doivent leur origine un concrtionnement de la silice, et de quelques-uns des autres lments constituants, s'oprant pendant que la masse liqufie se refroidissait avec la rapidit voulue. On sait cependant qu'en diverses localits l'obsidienne s'est rpandue en coules comme la lave, par exemple Tnrife, aux les Lipari et en Islande[37]. Les parties superficielles sont alors les plus parfaitement vitreuses, l'obsidienne se transformant la profondeur de quelques pieds en une pierre opaque. Dans une analyse faite par Vauquelin d'un chantillon d'obsidienne de l'Hcla, qui avait probablement coul comme une lave, la proportion de silice est peu prs la mme que dans l'obsidienne noduleuse et concrtionne du Mexique. Il serait intressant de dterminer si les parties intrieures opaques et la surface vitreuse externe contiennent la mme proportion d'lments constitutifs. Nous savons, d'aprs M. Dufrnoy[38], que la composition des parties internes et externes d'une mme coule de lave est parfois fort diffrente. Quand mme la masse totale de la coule serait uniformment compose d'obsidienne noduleuse, il suffirait, d'aprs les faits que nous venons de rapporter, de supposer qu'au moment de l'mission de la lave ses lments constituants taient mlangs en mme proportion que dans l'obsidienne concrtionne. _Structure lamellaire de roches volcaniques de la srie trachytique_.--Nous avons vu que, dans des contres diverses et fort loignes les unes des autres, les strates qui alternent avec les lits d'obsidienne sont fortement lamellaires. En outre, les nodules de l'obsidienne, quelles que soient leurs dimensions, sont zons de diffrentes nuances, et j'ai vu dans la collection de M. Stokes un chantillon provenant du Mexique dont la surface externe tait dcompose[39] et portait des crtes et des sillons correspondant des zones plus ou moins vitreuses. En outre, de Humboldt[40] a trouv au pic de Tnrife une coule d'obsidienne subdivise par des couches de ponce alternantes et trs minces. Un grand nombre d'autres laves de la srie feldspathique sont lamellaires; ainsi, l'Ascension, des masses de trachyte ordinaire sont divises par des lignes terreuses fines, suivant lesquelles la roche se divise et qui sparent de minces couches couleurs peu tranches. En outre, la plupart des cristaux empts de feldspath vitreux sont aligns suivant cette mme direction. M.P. Scrope[41] a dcrit un trachyte colonnaire remarquable des les Ponza, qui parat avoir t inject dans une masse surincombante de conglomrat trachytique; il est ray de zones souvent extrmement fines se distinguant par la texture et la couleur; les zones les plus dures et les plus fonces paraissent contenir une plus grande proportion de silice. Dans une autre partie de l'le, il existe des couches de perlite et de rtinite ressemblant, sous beaucoup de rapports, celles de l'Ascension. Dans le trachyte colonnaire, les zones sont ordinairement contournes; elles s'tendent sans interruption sur une grande longueur, suivant une direction verticale paraissant tre parallle aux faces latrales de la masse qui affecte la forme d'un dike. Von Buch[42] a dcrit Tnrife une coule de lave contenant d'innombrables cristaux de feldspath minces et tabulaires, disposs comme des fils blancs, l'un derrire l'autre, et orients pour la plupart suivant une mme direction. Dolomieu[43] constate aussi que les laves grises du cne moderne de Vulcano, dont la texture est vitreuse, sont rayes de lignes blanches parallles; il dcrit ensuite une roche ponceuse rsistante structure fissile comme celle de certains schistes micacs. Le phonolite, qui, comme on le sait, est souvent, sinon toujours, une roche d'injection, a frquemment aussi une structure fissile; cette structure est due gnralement l'orientation parallle des cristaux de feldspath empts, mais semble parfois peu prs indpendante de leur prsence, comme on l'observe Fernando Noronha[44]. Ces faits nous montrent que des roches feldspathiques de diverses espces prsentent soit une structure lamellaire, soit une structure fissile, et que ces structures s'observent sur des masses injectes dans des strates surincombantes, et sur d'autres masses qui ont coul comme des laves. Les feuillets des bancs qui alternent avec l'obsidienne l'Ascension plongent, suivant un angle trs prononc, sous la montagne au pied de laquelle les bancs se trouvent, et ils ne semblent pas devoir cette inclinaison un mouvement violent. Au Mexique, au Prou et dans certaines des les italiennes[45], ces bancs offrent habituellement une forte inclinaison; en Hongrie, au contraire, les couches sont horizontales. En outre, si je comprends bien la description qui en a t donne, les lamelles d'un certain nombre des coules de lave cites plus haut semblent tre fortement inclines ou verticales. Je doute qu'en aucun de ces cas les feuillets aient t amens leur position actuelle postrieurement leur formation, et dans certains exemples, comme dans celui du trachyte dcrit par M. Scrope, il est presque certain qu'ils ont t forms originairement dans une position fortement incline. Dans plusieurs de ces cas, il est vident que la masse de roche liqufie s'est dplace suivant la direction des lamelles. A l'Ascension, plusieurs des vacuoles paraissent tires et sont traverses par des fibres grossires semi-vitreuses diriges dans le sens des lamelles, et certaines couches qui sparent les globules sphruliliques ont un aspect scoriac qui parat d au frottement que les globules leur ont fait subir. J'ai vu dans la collection de M. Stokes un spcimen d'obsidienne zone du Mexique, dans lequel les surfaces des couches les plus nettement dfinies taient stries ou sillonnes de lignes parallles, et ces lignes ou stries ressemblaient exactement celles qui se produisent la surface d'une masse de verre artificiel en fusion quand on le rpand du vase qui le renferme. Humboldt aussi a dcrit de petites cavits, qu'il compare la queue des comtes et qui s'talent derrire des sphrulites dans des obsidiennes lamellaires du Mexique; et M. Scrope a dcrit d'autres cavits la partie postrieure de fragments empts dans un trachyte lamellaire; il croit qu'elles se sont formes pendant que la masse tait en mouvement[46]. D'aprs ces faits, plusieurs auteurs ont attribu la lamellation de ces roches volcaniques au mouvement qu'elles ont subi quand elles taient l'tat liquide. Quoiqu'il soit facile de comprendre pourquoi chaque vacuole, ou chaque fibre de pierre ponce[47], doit tre tire dans le sens du mouvement de la masse, on ne voit nullement pour quelle raison le mouvement aurait dispos ces vacuoles et ces fibres dans les mmes plans, et en lames absolument droites et parallles entre elles qui sont souvent d'une finesse extrme; et l'on voit encore beaucoup moins pour quelle cause ces couches arrivent prsenter une composition presque semblable avec une structure diffrente. Pour chercher tablir la cause qui a dtermin la lamellation de ces roches feldspathiques ignes, rappelons les faits dcrits d'une manire si dtaille l'Ascension. Nous voyons qu'un certain nombre des couches les plus minces sont constitues, en trs grande partie, par de nombreux cristaux excessivement petits, quoique parfaits, de divers minraux; que d'autres couches sont formes par la runion de globules concrtionns de diffrentes espces, et que souvent on ne saurait distinguer les couches ainsi constitues des couches feldspathiques ordinaires et des couches de rtinite, dont la masse totale est constitue en grande partie. A en juger par plusieurs cas semblables, la structure fibro-radie des sphrulites parat allier la tendance la concrtion avec la tendance la cristallisation; en outre, les cristaux isols de feldspath sont tous disposs dans les mmes plans parallles[48]. Ces forces en se combinant ont jou, par consquent, un rle important dans la lamellation de la masse, mais elles ne sauraient tre considres comme la force primordiale; car les nodules des diffrentes espces, les petits aussi bien que les plus grands, sont stris intrieurement par des zones nuances excessivement fines, parallles la lamellation de la masse totale; et un grand nombre d'entre eux portent aussi la surface des sillons et des crtes parallles dirigs dans cette mme direction, et qui n'ont pas t produits par dcomposition. On peut voir distinctement que quelques-unes des stries colores les plus fines des couches lithodes alternant avec l'obsidienne sont dues un commencement de cristallisation des minraux constitutifs. On peut aussi constater avec certitude que le degr de cristallisation atteint par les minraux est en rapport avec la dimension plus ou moins grande, et avec le nombre des fissures ou des petites vacuoles aplaties et chancres. Des faits nombreux prouvent que la cristallisation est considrablement facilite quand elle peut s'oprer dans un espace libre, comme le montrent les godes, et les cavits du bois silicifi, des roches primaires et des filons. J'en conclus que si, pendant le refroidissement d'une masse rocheuse volcanique, une cause quelconque vient provoquer la formation d'un certain nombre de petites fissures, ou de zones de moindre tension (qui pourront souvent se transformer par dilatation en vacuoles contours irrguliers sous l'action des vapeurs comprimes), la cristallisation des parties constitutives et probablement la formation de concrtions s'oprera dans ces zones ou y sera notablement facilite. Il se produira ainsi une structure lamellaire du genre de celle que nous tudions en ce moment. Pour expliquer la formation des zones parallles de moindre tension dans les roches volcaniques durant leur consolidation, nous devons admettre l'intervention d'une cause encore indtermine; tel est le cas pour les couches minces alternantes d'obsidienne et de ponces dcrites par de Humboldt, et pour les petites vacuoles aplaties et irrgulires qu'on observe dans les roches lamellaires de l'Ascension; car nous ne pouvons concevoir autrement pour quelle raison les vapeurs contenues dans la masse formeraient par leur expansion des vacuoles ou des fibres disposes en plans spars parallles, au lieu de se rpandre irrgulirement dans la roche tout entire. J'ai vu dans la collection de M. Stokes un bel exemple de cette structure dans un spcimen d'obsidienne du Mexique, nuanc et zon comme la plus belle agate, de nombreuses couches droites et parallles, plus ou moins blanches et opaques ou presque parfaitement vitreuses; le degr d'opacit et de vitrification dpendant de l'abondance plus ou moins grande de vacuoles aplaties microscopiques. Dans cet exemple il semble certain que la masse laquelle appartenait le fragment a t soumise quelque action, vraisemblablement prolonge, qui a dtermin une lgre diffrence de tension entre les plans successifs. Plusieurs causes paraissent pouvoir provoquer la formation de zones d'ingale tension dans des masses demi liqufies par la chaleur. J'ai observ dans un fragment de verre dvitrifi des couches de sphrulites qui, d'aprs la manire dont elles taient brusquement recourbes, semblaient formes par une simple contraction de la masse dans le vase o elle s'tait refroidie. Pour certains dikes de l'Etna dcrits par M. lie de Beaumont[49], et qui sont bords par des bandes alternantes de roches scoriace et compacte, on est conduit supposer que l'tirement des couches environnantes qui a provoqu la formation des fissures s'est continu pendant que la roche injecte demeurait fluide. Cependant, si on se laisse guider par la description si lucide donne par le professeur Forbes[50] de la structure zonaire de la glace des glaciers, on arrive admettre que l'interprtation la plus vraisemblable de la structure lamellaire de ces roches feldspathiques doit tre cherche dans l'tirement qu'elles ont subi lorsqu'elles s'coulaient lentement suivant la pente alors qu'elles taient encore l'tat pteux[51], exactement comme la glace des glaciers en mouvement s'tend et se fissure. Dans les deux cas on peut comparer les zones celles des plus fines agates; elles s'tendent toujours dans la direction suivant laquelle la masse a coul, et celles qui sont visibles la surface sont gnralement verticales. Dans la glace les lames poreuses sont rendues distinctes par la conglation subsquente d'eau infiltre, et dans les laves feldspathiques lithodes par l'intervention postrieure des actions cristalline et concrtionnaire. Le fragment d'obsidienne vitreuse de la collection de M. Stokes et qui est zon de petites vacuoles, doit ressembler d'une manire frappante un fragment de glace zonaire si on en juge d'aprs la description du professeur Forbes. Si le mode de refroidissement et la nature de la masse avaient favoris sa cristallisation, ou le concrtionnement, nous aurions pu constater dans l'chantillon dont il s'agit, de belles zones parallles diffrencies par leur texture et leur composition. Dans les glaciers les zones de glace poreuse et de petites fissures paraissent dues un commencement d'tirement provoqu par le fait que les parties centrales du glacier progressent plus rapidement que les parties latrales et que le fond, dont la marche est retarde par le frottement. C'est pour cette raison que les zones deviennent horizontales dans certains glaciers d'une forme dtermine, et l'extrmit infrieure de presque tous les glaciers. On pourrait se demander si les laves feldspathiques lamelles horizontales ne nous offrent pas un cas analogue. Tous les gologues qui ont tudi des rgions trachytiques sont arrivs conclure que les laves de cette srie n'ont t qu'imparfaitement fluides. Il est vident, en outre, que les matires qui ont eu une faible fluidit sont les seules qui puissent se fissurer et o les diffrences de tension puissent provoquer la disposition zonaire, comme nous l'admettons ici. C'est peut-tre pour cette raison que les laves augitiques, qui semblent gnralement avoir joui d'un haut degr de fluidit, ne sont pas[52] divises en lames de composition et de texture diffrentes, comme les laves feldspathiques. En outre, dans la srie augitique, il ne parat jamais exister de tendance l'action concrtionnaire qui joue, comme nous l'avons vu, un rle important dans la structure lamellaire des roches de la srie trachytique, ou qui, tout au moins, contribue rendre cette structure apparente. Quelle que soit l'opinion qu'on puisse avoir sur l'interprtation que je viens de donner ici de la structure lamellaire des roches trachytiques, je me permets d'attirer l'attention des gologues sur ce seul fait, qu' l'le de l'Ascension, dans une masse rocheuse d'origine incontestablement volcanique, il s'est produit des couches souvent trs minces, absolument droites et parallles entre elles. Une partie de ces couches sont composes de cristaux isols de quartz et de diopside, auxquels s'ajoutent des taches amorphes de nature augitique et des grains de feldspath. D'autres couches sont entirement constitues par ces taches augitiques noires avec des granules d'oxyde de fer. Enfin, un certain nombre de couches sont formes de feldspath cristallin plus ou moins pur, associ de nombreux cristaux de feldspath orients dans le sens de leur longueur. Il y a des raisons de croire que, dans cette le, les lamelles ont t formes originairement dans la position fortement incline qu'elles occupent aujourd'hui, et ce fait est parfaitement tabli pour d'autres roches analogues. Les faits de ce genre sont incontestablement importants quant l'origine de la structure de cette grande srie de roches plutoniques qui, de mme que les roches volcaniques, ont t soumises l'action de la chaleur, et qui sont formes de couches alternantes de quartz, de feldspath, de mica et d'autres minraux. Notes: [1] _Geographical Journal_, vol. V, p. 243. [2] M. Lesson a observ ce fait (Voir la _Zoologie du voyage de la Coquille_, p. 490). M. Hennah (_Geolog. Proceedings_, 1835, p. 189) fait observer en outre qu' l'Ascension les lits de cendre les plus tendus se trouvent invariablement du ct sous le vent. [3] Nichol, _Architecture of Heavens_. [4] _Voyage aux Quatre Isles d'Afrique_, t. I, p. 222. [5] _Voyage en Hongrie_, t. II, p. 214. [6] Une varit de cette pprine ou tuf est assez dure pour ne pouvoir tre brise mme sous la pression la plus forte des doigts. [7] A la partie nord de Green Mountain, on observe une couche mince d'oxyde de fer compacte, paisse d'un pouce environ, qui s'tend sur une surface considrable; elle est en stratification concordante avec la partie infrieure de la masse stratifie de cendres et de fragments. Cette substance est d'un brun rougetre, clat presque mtallique; elle n'est pas magntique, mais le devient lorsqu'elle a t chauffe au chalumeau, elle noircit alors et fond en partie. Cette roche compacte retient la petite quantit d'eau de pluie qui tombe dans l'le, et donne naissance ainsi une petite source coulant goutte goutte, que Dampier a dcouverte le premier. C'est la seule eau douce que l'on trouve dans l'le, de sorte qu'elle n'est habitable que grce l'existence de cette couche ferrugineuse. [8] Le professeur Miller a bien voulu examiner ce minral. Il a observ deux bons clivages de 8630' et 8650'. La moyenne de plusieurs clivages que j'ai mesurs tait 8630'. Le professeur Miller constate que ces cristaux, rduits en poudre fine, sont solubles dans l'acide chlorhydrique avec rsidu de silice; l'addition d'oxalate d'ammonium donne un abondant prcipit de chaux. Il fait remarquer, en outre, que, d'aprs von Kobell, l'anorthite (minral qu'on rencontre dans les fragments projets au Monte Somma) est toujours blanche et transparente, de sorte que, s'il en est ainsi, ces cristaux de l'Ascension doivent tre considrs comme du feldspath Labrador. Le professeur Miller ajoute qu'il a vu dans _Erdmann's Journal fr technische Chemie_ la description d'un minral rejet par un volcan, qui offrait les caractres extrieurs du Labrador, mais dont la composition diffrait de celle donne pour cette espce par les minralogistes. L'auteur attribuait cette diffrence une erreur dans l'analyse du Labrador qui est fort ancienne. [9] Daubeny remarque, dans son ouvrage sur les _Volcans_ (p. 386), qu'il en est ainsi; et de Humboldt dit (_Personal Narrative_, vol. I, p. 236) qu' en gnral les masses de roches primitives connues, je veux parler de celles qui ressemblent parfaitement nos granites, gneiss et micaschistes, sont fort rares dans les laves; les substances que nous dsignons gnralement sous le nom de granite et qui ont t projetes par le Vsuve, sont des mlanges de nphline, de mica et de pyroxne. [10] Cette aire est limite approximativement par une ligne embrassant Green Mountain et se prolongeant jusqu'aux collines dsignes sous les noms de Weather Port Signal, Holyhead et _the Crater of an old volcano_ (cette dernire appellation est inexacte dans le sens gologique du mot). [11] Le porphyre est de couleur fonce; il contient de nombreux cristaux de feldspath blanc opaque, souvent briss, et des cristaux d'oxyde de fer en dcomposition; ses vacuoles renferment de petites masses cristallines capillaires qu'on pourrait rapporter l'analcime. [12] Le Dr Daubeny (On Volcanoes, p. 180) parait avoir t amen croire que certaines formations trachytiques d'Ischia et du Puy-de-Dme, qui ressemblent de trs prs celles de l'Ascension, taient d'origine sdimentaire; il basait principalement cette opinion sur la prsence frquente dans ces roches de fragments scoriacs dont la teinte diffre de celle de la masse englobante. Le Dr Daubeny ajoute que, d'un autre ct, Brocchi et d'autres gologues minents ont considr ces lits comme des varits terreuses de trachyte; d'aprs lui le sujet mrite de faire l'objet de nouvelles tudes. [13] D'Aubuisson, _Trait de Gognosie_, t. II, p. 548. [14] Beudant (_Voyage en Hongrie_, t. III, p. 502, 504) dcrit des masses rniformes de jaspe opale, qui passent insensiblement au conglomrat trachytique environnant ou y sont emptes comme des silex dans la craie, et il les compare aux fragments de bois opalis qui abondent dans la mme formation. Pourtant Beudant semble avoir considr le processus de leur formation plutt comme une simple infiltration que comme un change molculaire, mais la prsence d'une concrtion diffrant absolument de la matire englobante me semble exiger un dplacement, soit chimique, soit mcanique, des atomes qui occupaient l'espace ultrieurement rempli par cette concrtion, si elle ne s'est pas forme dans une cavit prexistante. Le jaspe opale de Hongrie passe la calcdoine, c'est pourquoi, dans ce cas comme dans celui de l'Ascension, l'origine du jaspe parat tre en rapport intime avec celle de la calcdoine. [15] Beudant (_Voyage minralogique_, t. III, p. 507) en cite des exemples en Hongrie, en Allemagne, au Plateau Central de France, en Italie, en Grce et au Mexique. [16] Les oeufs de tortues enfouis par ces animaux peuvent quelquefois tre emprisonns dans cette roche massive. M. Lyell a donn une figure (_Principles of Geology_, livre III, ch. xvii) reprsentant des oeufs ainsi empts dans la roche et renfermant le squelette de jeunes tortues. [17] _Researches in Theoretical Geology_, p. 12. [18] Ainsi que je l'ai fait remarquer, le sulfate de chaux constitue une matire trangre et doit avoir t extrait de l'eau de mer. C'est donc un fait intressant de voir les vagues de l'Ocan assez charges de sulfate de chaux pour le dposer sur les rochers contre lesquels elles se brisent chaque mare. Le Dr Webster a dcrit (_Voyage of the Chanticleer_, vol. II, p. 319) des lits de gypse et de sel marin atteignant deux pieds d'paisseur, forms par l'vaporation des embruns sur les rochers de la cte exposs l'action du vent dominant. De belles stalactites de gypse, ressemblant des stalactites calcaires, se sont formes prs de ces lits. On trouve aussi des masses amorphes de gypse dans des cavernes de l'intrieur de l'le, et j'ai vu Cross Hill (un ancien cratre) une quantit considrable de sel suintant d'une pile de scories. Dans ces derniers cas le sel et le gypse semblent tre des produits volcaniques. [19] D'aprs le fait dcrit dans mon _Journal of Researches_ (p. 12), d'une couche d'oxyde de fer dpose par un ruisseau sur les roches de son lit (comme un revtement peu prs semblable qui existe aux grandes cataractes de l'Ornoque et du Nil) et qui prend un beau poli aux endroits o le remous se fait sentir, je suppose que le polissage est produit ici galement par la mme cause. [20] J'ai dcrit, dans le chapitre consacr aux rochers de Saint-Paul, une substance luisante et perle qui recouvre ces rochers, et une incrustation stalactitique, de l'le de l'Ascension, d'une nature analogue, dont la crote ressemble l'mail des dents, mais est assez dure pour rayer le verre. Ces deux substances renferment une matire organique qui parat provenir de l'eau filtrant au travers d'amas de fiente d'oiseaux. [21] M. Horner et sir David Brewster ont dcrit (_Philosophical Transactions_, 1836, p. 65) une singulire substance artificielle ressemblant celle qui constitue les coquilles. Cette substance se dpose en lames fines de couleur brune, transparentes, prsentant une surface trs lisse et des proprits optiques spciales, l'intrieur d'un vase contenant de l'eau, o l'on fait tourner rapidement un linge enduit d'une couche de colle et ensuite d'une couche de chaux. Cette substance est beaucoup plus tendre, plus transparente, et contient plus de matire organique que l'incrustation naturelle de l'Ascension; pourtant nous constatons encore une fois ici la forte tendance que manifestent le carbonate de chaux et la matire organique former une substance solide voisine de celle de la coquille des mollusques. [22] Ce terme peut prter un malentendu parce qu'on peut l'appliquer soit des roches divises en feuillets de composition identique, soit des couches fortement adhrentes les unes aux autres sans tendance la fissilit, mais constitues par des minraux diffrents, ou prsentant des zones de couleurs diffrentes. Au cours du prsent chapitre le terme lamellaire est pris dans ce dernier sens, et j'ai employ le mot fissile lorsqu'une roche homogne se divise suivant une direction dtermine comme c'est le cas pour les ardoises. [23] Le professeur Miller m'informe que les cristaux qu'il a mesurs prsentaient les faces P, _z_, _m_ de la figure 147 donne par Haidinger dans sa traduction de Mohs; et il ajoute qu'il est remarquable qu'aucun de ces cristaux ne prsente la moindre trace des faces _r_ du prisme hexagonal rgulier. [24] _Geological Transactions_, vol. III, part. 1, p. 37. [25] Ces analyses ont t prises dans le _Trait de Minralogie_ de Beudant, t. II, p. 113; et une analyse d'obsidienne dans _Phillips's Mineralogy_. [26] Ces analyses sont prises dans von Kobell, _Grundzge der Mineralogie_, 1838. [27] _Trait de gognosie_, t. II, p. 535. [28] On constate ces faits dans la fabrication du verre ordinaire, et dans les expriences de Gregory Watt sur le trapp fondu; on les observe aussi sur la surface naturelle des coules de lave et sur les flancs latraux des dikes. [29] J'ignore s'il est gnralement connu qu'on rencontre parfois dans les agates des corps prsentant exactement le mme aspect que les sphrulites. M. Robert Brown m'a montr une agate forme dans une cavit d'un morceau de bois silicifi, portant de petites taches peine visibles l'oeil nu; vues l'aide d'une forte loupe, ces taches offraient un trs bel aspect; elles taient exactement circulaires et consistaient en fibres extrmement fines, de couleur brune, rayonnant fort rgulirement autour d'un centre commun. Ces petites toiles rayonnantes sont quelquefois coupes et partiellement entames par les fines zones rubanes de l'agate. Dans l'obsidienne de l'Ascension, les deux moitis d'une sphrulite sont souvent engages dans des zones de couleur diffrente, mais elles ne sont pas entames par ces dernires comme dans l'agate. [30] _Journal de physique_, t. LIX (1804), pp. 10, 12. [31] _Id_., t. LX (1805), p. 418. [32] _Voyage en Hongrie_, t. I, p. 330; t. II, pp. 221 et 315; t. III, pp. 369, 371, 377, 381. [33] _Essais gognostiques_, pp. 176, 326, 328. [34] P. Scrope, _Geological Transactions_, vol. II (second series), p. 195. Consulter aussi: Dolomieu, _Voyage aux Isles Lipari_, et D'Aubuisson, _Trait de gognosie_, t. II, p. 534. [35] J'ai observ que dans les obsidiennes du Mexique formant la belle collection de M. Stokes, les sphrulites sont ordinairement beaucoup plus grandes que celles de l'Ascension; elles sont gnralement blanches, opaques, et sont accoles en couches distinctes. Plusieurs varits remarquables diffrent de toutes celles de l'Ascension. Les obsidiennes prsentent des zones minces, absolument droites ou ondules, qui ne se distinguent de la masse que par des diffrences extrmement faibles de nuance, de porosit ou d'tat vitreux plus ou moins parfait. En suivant un certain nombre des zones les moins nettement vitreuses, on constate qu'elles se montrent bientt parsemes de sphrulites blanches trs petites qui deviennent de plus en plus nombreuses et finissent par se runir en une couche distincte. A l'Ascension, au contraire, les sphrulites brunes seules se runissent et forment des couches; les blanches sont toujours dissmines irrgulirement. Certains chantillons appartenant aux collections de la Socit gologique, et rapports une formation d'obsidienne du Mexique, ont une cassure terreuse et sont diviss en lamelles extrmement fines par des taches d'un minral noir semblables aux taches d'augite et de hornblende des roches de l'Ascension. [36] _Voyage de Beudant_, t. III, p. 373. [37] Pour Tnrife, voir von Buch, _Descript. des isles Canaries_, p. 184 et 190; pour les les Lipari, voir le _Voyage_ de Dolomieu, p. 34; pour l'Islande, voir _Mackenzie's Travels_, p. 369. [38] _Mmoire pour servir une description gologique de la France_, t. IV, p. 371. [39] Mac Culloch constate (_Classification of Rocks_, p. 531) que, sur les dikes de rtinite l'le d'Arran, les surfaces exposes l'air sont sillonnes de lignes ondules, ressemblant certains genres de papier marbr et qui rsultent videmment d'une diffrence correspondante dans la structure lamellaire. [40] _Personal Narrative_, vol. I, p. 222. [41] _Geological Transactions_, vol. II (seconde srie), p. 195. [42] _Description des les Canaries_, p. 184. [43] _Voyage aux les de Lipari_, pp. 35 et 85. [44] Dans ce cas, comme dans celui de la pierre ponce fissile, la structure s'carte beaucoup de celle des roches prcdentes, dont les lamelles consistent en couches alternantes qui diffrent de composition ou de texture. Cependant il y a des raisons de croire avec d'Aubuisson que dans certaines formations sdimentaires qui semblent homognes et fissiles, par exemple, dans une ardoise clat micac, les lamelles sont dues rellement des couches alternantes de mica excessivement minces. [45] Voir _Phillips' Mineralogy_, p. 136, pour les les italiennes. Pour le Mexique et le Prou, voir _l'Essai gognostique_, de de Humboldt. M. Edwards dcrit aussi la forte inclinaison des obsidiennes de Cerro del Navaja, au Mexique, dans les _Proc. of the geolog. Soc._ de juin 1838. [46] _Geological Transactions_, vol. II (seconde srie), p. 200, etc. Dans certains cas, ces fragments empts consistent en trachyte lamellaire dtach de la masse et envelopp dans les parties qui restaient encore liquides. Beudant aussi, dans son grand ouvrage sur la Hongrie, cite plusieurs fois des roches trachytiques irrgulirement tachetes de fragments appartenant aux varits qui forment ailleurs les rubans parallles. Dans ces divers cas, nous devons supposer qu'aprs qu'une partie de la masse fondue et pris la structure lamellaire, une nouvelle ruption de lave vint la bouleverser et en envelopper les fragments, et que plus tard tout l'ensemble prit une nouvelle disposition lamellaire. [47] Dolomieu, _Voyage_, p. 64. [48] En effet, la formation d'un grand cristal d'un minral quelconque dans une roche de composition complexe suppose la runion des atomes ncessaires, en mme temps qu'une action de concrtion. La cause pour laquelle tous les cristaux de feldspath sont orients suivant le sens de leur longueur dans ces roches de l'Ascension est probablement la mme que celle de l'allongement et de l'aplatissement dans cette mme direction de tous les globules sphrulitiques bruns (qui offrent au chalumeau les caractres du feldspath). [49] _Mm. pour servir_, etc., t. IV, p. 131. [50] _Edinburgh New Phil. Journal_, 1842, p. 350. [51] Je suppose que c'est peu prs la mme explication que M. Scrope entendait donner en parlant (_Geolog. Transact._, vol. II, seconde srie, p. 228) de la structure rubane de ces roches trachytiques, qui provient d'une extension linaire de la masse imparfaitement liquide, accompagne d'une action de concrtion. [52] Il n'est pas rare que des laves basaltiques, ainsi que plusieurs autres roches, soient divises en lames ou plaques paisses, de mme composition, et qui sont tantt droites et tantt courbes; ces lames, coupes par des lignes de fissure verticales, s'unissent quelquefois pour constituer des colonnes. Cette structure parait se rapprocher, quant son origine, de celle que prsentent un grand nombre de roches ignes et sdimentaires traverses par des systmes de fissures parallles. CHAPITRE IV SAINTE-HLNE Laves des sries feldspathique, basaltique et sous-marine.--Coupe de Flagstaff Hill et du Barn.--Dikes.--Baies Turk's Cap et Prosperous.--Enceinte basaltique.--Crte centrale cratriforme avec rebord intrieur et parapet.--Cnes de phonolite.--Bancs superficiels de grs calcareux.--Coquilles terrestres teintes.--Lits de dtritus.--Soulvement de la rgion.--Dnudation.--Cratres de soulvement. L'le tout entire est d'origine volcanique; suivant Beatson[1], sa circonfrence est d'environ 28 milles. Le centre et la plus grande partie de l'le sont constitus par des roches de nature feldspathique, gnralement trs dcomposes, et offrant alors une remarquable succession de lits argileux tendres, alternants, rouges, pourpres, bruns, jaunes et blancs. Par suite du peu de dure de notre sjour, je n'ai pu examiner ces lits avec soin; quelques-uns d'entre eux, spcialement ceux nuances blanches, jaunes et brunes, constituaient originairement des coules de lave, mais la plupart de ces lits ont probablement t jaculs sous forme de scories et de cendres; d'autres lits, colors en pourpre, avec des plages contours cristallins constitues par une substance blanche tendre, semblent avoir t autrefois des porphyres argileux compacts et rsistants; ils sont aujourd'hui onctueux au toucher, et donnent, comme la cire, une rayure luisante sous l'ongle. Les lits argileux rouges offrent gnralement une structure brchiforme, et ont t forms, sans aucun doute, par la dcomposition de scories. Cependant, plusieurs coules fort tendues, appartenant cette srie, conservent leur caractre lithode, elles sont soit d'une couleur vert-noirtre avec de petits cristaux aciculaires de feldspath, soit d'une teinte trs ple; dans ce dernier cas, elles sont formes principalement de petits cristaux de feldspath souvent cailleux, portant un grand nombre de taches noires microscopiques. Ces coules sont gnralement compactes et lamellaires; pourtant d'autres coules, d'une composition semblable, sont celluleuses et lgrement altres. Aucune de ces roches ne renferme de grands cristaux de feldspath ni ne prsente la cassure rugueuse caractristique du trachyte. Ces laves et ces tufs feldspathiques recouvrent les autres roches et appartiennent donc la dernire phase ruptive; cependant d'innombrables dikes et de grandes masses de roches fondues y ont t postrieurement injects. Ils convergent, en s'levant, vers la crte curviligne centrale, dont un point atteint l'altitude de 2.700 pieds. Cette crte est la partie la plus leve de l'le, et elle a constitu autrefois le bord septentrional d'un grand cratre, d'o se sont coules les laves de cette srie; la structure de ce cratre est rendue fort obscure par l'tat de dgradation dans lequel il se trouve, par la disparition de sa partie mridionale et par les dislocations violentes que l'le a subies. _Srie basaltique._--La cte de l'le consiste en un cercle, grossirement dessin, de grands remparts de basalte, noirs et stratifis, s'inclinant vers la mer et que les flots ont transforms en falaises souvent presque perpendiculaires, dont la hauteur varie de quelques centaines de pieds 2.000 pieds. Ce cercle, ou plutt cette enceinte en forme de fer cheval est ouverte du ct du sud et entame par plusieurs autres grandes brches. Son rebord suprieur ou sommet ne s'lve ordinairement qu' une faible altitude au-dessus du niveau de la contre intrieure voisine, et les laves feldspathiques plus rcentes, descendant des hauteurs centrales, viennent gnralement buter contre son plan interne qu'elles recouvrent; mais, dans la partie nord-ouest de l'le (pour autant qu'on en puisse juger de loin) les laves semblent avoir dbord cette barrire et l'avoir masque en partie. En certains endroits o l'anneau basaltique est rompu et o cette enceinte noire est divise en tronons, les laves feldspathiques ont coul entre ces derniers et surplombent aujourd'hui la cte sous forme de falaises leves. Ces roches basaltiques ont une couleur noire et sont stratifies en couches minces; elles sont habituellement trs celluleuses, mais parfois compactes; quelques-unes d'entre elles renferment de nombreux cristaux de feldspath vitreux et des octadres de fer titanifre; d'autres abondent en cristaux d'augite et en grains d'olivine. Les vacuoles sont frquemment tapisses de petits cristaux (de chabasie?), ce qui donne mme parfois la roche une structure amygdalodale. Les coules de lave sont spares les unes des autres par des cendres ou par un tuf salifre friable, d'un rouge vif, offrant des lignes superposes comme celles que provoque la sdimentation et qui prsente parfois une structure concrtionne mal dfinie. Les roches de la srie basaltique ne se montrent que prs de la cte. Dans la plupart des contres volcaniques les laves trachytiques sont plus anciennes que les laves basaltiques; mais ici nous constatons qu'un grand amas de roches, dont la composition est trs voisine de celle de la famille trachytique, a t jacul aprs les nappes basaltiques: cependant les nombreux dikes injects dans les laves feldspathiques, et o abondent de grands cristaux d'augite, dvoilent peut-tre une tendance au retour vers le mode ordinaire de superposition. _Laves sous-marines de la base_.--Les laves de la srie infrieure se trouvent immdiatement au-dessous des roches basaltiques et feldspathiques. Suivant M. Seale[2], on peut les observer, en divers points de la plage, sur le pourtour entier de l'le. Dans les coupes que j'ai tudies, leur nature est fort variable; quelques-unes des couches abondent en cristaux d'augite; d'autres, colores en brun, sont laminaires ou formes de galets, et plusieurs sections sont rendues fortement amygdalodes par la prsence de matires calcaires. Les nappes successives sont intimement unies entre elles, ou spares les unes des autres par des bancs de roches scoriaces ou de tuf laminaire renfermant souvent des fragments nettement arrondis. Les interstices de ces couches sont remplis de gypse et de sel; le gypse se prsente parfois aussi en lits minces. L'abondance de ces deux substances, la prsence de cailloux rouls dans les tufs et l'abondance des roches amygdalodes me portent croire que ces couches volcaniques infrieures sont d'ruption sous-marine. Peut-tre cette remarque doit-elle tre applique aussi une partie des roches basaltiques surincombantes; mais je n'ai pu trouver de preuve bien nette de ce dernier fait. Partout o j'ai examin les couches de la srie infrieure, j'ai constat qu'elles taient traverses par un trs grand nombre de dikes. _Flagslaff Hill et le Barn_.--Je dcrirai maintenant quelques-unes des coupes les plus remarquables en commenant par ces deux collines qui constituent les traits les plus caractristiques de la partie nord-est de l'le. Le profil carr et anguleux du Barn ainsi que sa couleur noire montrent au premier coup d'oeil qu'il appartient la srie basaltique, tandis que la surface adoucie et la forme conique de Flagstaff Hill, et ses teintes vives et varies prouvent avec la mme vidence que cette dernire colline est forme des roches feldspathiques altres, dont il a t question au commencement du chapitre. Ces deux hautes collines sont runies (comme on le voit dans la figure no. 8) par une crte aigu constitue par les laves galets de la srie infrieure. Les couches de cette crte plongent vers l'ouest sous un angle qui diminue graduellement mesure qu'on s'avance vers le Flagstaff, et l'on peut constater, quoique assez difficilement, que les couches feldspathiques suprieures de cette colline plongent uniformment vers l'W.-S.-W. Prs du Barn, les couches de la crte sont presque verticales, mais leur allure est masque par d'innombrables dikes; leur inclinaison change probablement sous cette colline et, de verticales qu'elles taient, les couches se montrent inclines dans un sens oppos: en effet, les couches suprieures basaltiques, qui ont environ 800 1.000 pieds d'paisseur, plongent vers le nord-est sous un angle de 30 40. [Illustration: FIG. 8. Les lignes paisses reprsentent les couches basaltiques; les lignes fines, les couches sous-marines infrieures; les lignes pointilles, les couches feldspathiques suprieures. Les dikes sont indiqus par des hachures transversales.] La crte ainsi que les collines de Flagstaff et de Barn sont sillonnes de dikes, dont plusieurs conservent un paralllisme remarquable suivant une direction N.-N.-W--S.-S.-E. Les dikes sont forms principalement d'une roche laquelle de grands cristaux d'augite donnent la structure porphyrique, d'autres dikes sont forms d'un trapp brun grains fins. La plupart de ces dikes sont recouverts d'une couche brillante[3], paisse de un deux diximes de pouce, fusible en un mail noir, contrairement ce qui se produit pour la rtinite vritable. Cette couche est videmment analogue au revtement superficiel brillant qu'on observe sur un grand nombre de coules de lave. On peut suivre souvent les dikes sur de grandes surfaces, tant dans le sens horizontal que dans le sens vertical, et ils paraissent conserver une paisseur peu prs toujours uniforme[4]. M. Seale rapporte qu'un dike situ prs du Barn ne dcrot en largeur que de 4 pouces seulement sur toute sa hauteur, qui est de 1.260 pieds,--de 9 pieds la base elle se rduit 8 pieds 8 pouces au sommet. Dans cette crte la direction suivie par les dikes parat avoir t surtout dtermine par l'alternance de couches tendres et dures; souvent ils sont intimement associs aux couches les plus dures, et restent parallles sur des longueurs si considrables que frquemment il devient impossible de distinguer les bancs qui sont de vrais dikes, des nappes de lave. Quoique les dikes soient si nombreux sur cette crte, ils sont plus nombreux encore dans les valles voisines situes au sud, tel point que je n'en ai vu nulle part un aussi grand nombre. Dans ces valles ils ont une orientation moins rgulire et couvrent le sol d'un rseau semblable une toile d'araigne; en certains points la surface du sol parat mme exclusivement constitue par des dikes entrelacs. Cette disposition complexe des dikes, la forte inclinaison et l'anticlinal des couches de la srie infrieure recouvertes aux extrmits opposes de cette crte par deux grandes masses rocheuses, d'ge et de composition diffrents, devaient, mon avis, conduire presque infailliblement une fausse interprtation de cette coupe. On a mme suppos que la rgion qui nous occupe avait fait partie d'un cratre, mais cette opinion s'carte tellement de la vrit que le sommet de Flagstaff Hill a constitu autrefois l'extrmit infrieure d'une nappe de lave et de cendres jacules par la crte cratriforme centrale. A en juger par la pente des coules contemporaines dans une partie voisine et non bouleverse de l'le, les couches de Flagstaff Hill doivent avoir t souleves de 1.200 pieds au moins, et probablement d'une quantit beaucoup plus considrable encore, car les grands dikes tronqus qu'on observe au sommet de la colline dmontrent qu'elle a t fortement dnude. Le sommet de Flagstaff Hill atteint peu prs la mme hauteur que la crte cratriforme, et, avant d'avoir subi une dnudation, il tait probablement plus lev que cette crte, dont il est spar par une rgion fort tendue et beaucoup plus basse; par consquent, nous constatons ici que l'extrmit infrieure d'un systme de coules de lave a t redresse de manire atteindre une altitude gale ou mme peut-tre suprieure celle du cratre sur les flancs duquel elles ont coul originairement. Je crois que les dislocations de cette amplitude sont extrmement rares[5] dans les rgions volcaniques. La formation de dikes aussi nombreux dans cette partie de l'le prouve que la surface de la rgion doit avoir subi une dislocation tout fait extraordinaire. Sur la crte entre les collines de Flagstaff et de Barn cette dislocation ou extension s'est probablement produite aprs le redressement des couches, ou a peut-tre suivi immdiatement ce phnomne, car, si les couches avaient t alors horizontales, elles auraient fort probablement t fissures et injectes dans le sens transversal et non suivant le plan de stratification. Quoique la contre qui s'tend entre le Barn et Flagstaff Hill prsente une ligne anticlinale bien nette dirige du nord au sud, et quoique la plupart des dikes suivent cette mme ligne avec beaucoup de rgularit, les couches occupent cependant leur position primitive un mille seulement au sud de la crte. Cela dmontre que la force perturbatrice a exerc son action plutt sur un point isol que suivant une ligne. Son mode d'activit se trouve probablement expliqu par la structure du Little Stony-top, montagne de 2.000 pieds de hauteur, situe quelques milles au sud du Barn; nous distinguons l, mme de loin, une sorte de coin aigu, form d'une roche colonnaire compacte, de couleur sombre, et les couches feldspathiques aux teintes brillantes descendant sur ses deux flancs, partir de son sommet dnud. Ce coin, qui a fait donner la montagne le nom de Stony-top, consiste en une masse rocheuse injecte l'tat liquide dans les couches surincombantes; et si nous supposons qu'une masse rocheuse semblable a t injecte sous la crte reliant le Barn et Flagstaff Hill, on pourrait expliquer ainsi la structure de cette rgion. _Baies Turks' Cap et Prosprous_.--Prosprous Hill est une grande montagne noire et escarpe, situe 2 milles et demi au sud du Barn, et constitue de couches basaltiques comme cette dernire colline. Ces couches reposent d'un ct sur les bancs porphyriques bruns de la srie infrieure, et d'un autre ct sur une masse fissure d'une roche fortement scoriace et amygdalode, qui parat avoir constitu un centre d'ruption sous-marine peu tendu et contemporain de la srie infrieure. Prosperous Hill est travers, comme le Barn, par un grand nombre de dikes, dont la plupart courent du nord au sud, et ses couches plongent obliquement, peut-on dire, de l'le vers la mer, sous un angle d'environ 20. Comme on le voit dans la figure no. 9, l'espace compris entre Prosperous Hill et le Barn est occup par des falaises leves, formes de laves de la srie suprieure ou feldspathique, reposant en stratification discordante sur les strates sous-marines infrieures, comme nous avons vu qu'elles le font Flagstaff Hill. Nanmoins, l'oppos de ce qui se prsente sur cette dernire colline, les couches suprieures sont presque horizontales et s'lvent doucement vers l'intrieur de l'le. En outre, ces couches sont composes de laves compactes, noir-verdtre, ou plus communment brun ple, au lieu d'tre constitues par des matriaux devenus tendres, et colors de teintes vives. Ces laves compactes brunes sont formes presque entirement de feldspath en petits clats luisants ou en petits cristaux aciculaires trs rapprochs les uns des autres et associs de nombreuses petites taches noires qui sont probablement de la hornblende. Les strates basaltiques de Prosperous Hill ne s'lvent qu' une faible hauteur au-dessus du niveau des coules feldspathiques doucement inclines qui viennent buter contre leurs bords redresss et les entourent. L'inclinaison des couches basaltiques parat trop prononce pour tre due au fait qu'elles auraient coul sur une pente, et elles doivent avoir t amenes leur position actuelle par un redressement survenu avant l'ruption des coules feldspathiques. [Illustration: FIG. 9.--Les lignes doubles reprsentent les couches basaltiques; les lignes simples, les couches sous-marines infrieures; les lignes pointilles, les couches feldspathiques suprieures.] _Enceinte basaltique_.--En faisant le tour de l'le, on observe qu'au sud de Prosperous Hill les laves de la srie suprieure forment des falaises trs leves surplombant la mer. Le cap dsign sous le nom de Great Stony-top, et qu'on rencontre ensuite, est compos, je crois, de basalte ainsi que le promontoire appel Long Range Point, auquel aboutissent, du ct de la terre, les couches colores. Sur la cte sud de l'le nous voyons les strates basaltiques de South Barn plonger obliquement vers la mer sous un angle trs prononc; ce cap dpasse lgrement aussi le niveau des laves feldspathiques plus modernes. Plus loin encore, la cte a t fortement dnude sur une grande longueur, de chaque ct de Sandy Bay, et il ne semble plus tre rest en cet endroit que les dbris de la base du grand cratre central. Les couches basaltiques reparaissent avec leur inclinaison vers la mer, au pied de la colline appele Man-and-Horse; et elles se poursuivent sur toute la longueur de la cte nord-ouest, depuis ce point jusqu'a Sugar-Loaf Hill, qui est situ prs du Flagstaff. Ces coules offrent partout la mme inclinaison vers la mer, et elles reposent, en certains points au moins, sur les laves de la srie infrieure. Nous voyons ainsi que la circonfrence de l'le est forme par une enceinte de basalte fortement brche, ou plutt par des masses de basalte disposes en forme de fer cheval ouvert vers le sud et coup par plusieurs larges brches du ct de l'est. La largeur de cette frange marginale parat varier de 1 mille 1 mille et demi du ct nord-ouest, qui est le seul o elle soit parfaitement complte. Les couches basaltiques et celles de la srie infrieure, qu'elles recouvrent, sont faiblement inclines vers la mer aux endroits o leur allure primitive n'a pas t modifie. La dgradation plus prononce de l'anneau basaltique autour de la moiti orientale de l'le qu'autour de sa moiti occidentale, est due videmment ce que la puissance rosive des vagues est beaucoup plus considrable sur la cte orientale, expose au vent, que sur la cte place sous le vent, c'est ce que prouve du reste la hauteur plus forte des falaises sur la premire de ces ctes. On ne saurait affirmer si les brches ont t ouvertes dans la bordure de basalte avant ou aprs l'ruption des laves de la srie suprieure; mais, comme certaines parties dtaches de l'enceinte basaltique paraissent avoir t redresses avant que ce phnomne se ft produit, et pour d'autres raison encore, il est fort probable que tout au moins un certain nombre des brches sont antrieures l'ruption. Si on reconstitue hypothtiquement cette enceinte circulaire de basalte, l'espace interne, ou la cavit, qui a t comble ultrieurement par les matires jacules par le grand cratre central, parat avoir prsent une forme ovale, longue de 8 9 milles sur 4 milles environ de largeur, et dont l'axe tait dirig suivant une ligne _N.-E.-S.-W._ concidant avec le grand axe actuel de l'le. _Crte centrale courbe._--Cette crte est forme, comme nous l'avons dit plus haut, de laves feldspathiques grises et de tufs argileux rouges, brchiformes, semblables aux couches de la srie suprieure colores de teintes vives. Les laves grises renferment un grand nombre de petits points noirs, facilement fusibles, et quelques rares cristaux de feldspath de grande dimension. Elles sont gnralement devenues fort tendres. Sauf ce caractre et la proprit d'tre trs vsiculaires en beaucoup d'endroits, elles sont entirement semblables aux grandes nappes de lave qui surplombent la cte Prosperous Bay. A en juger d'aprs les traces de dnudation, il s'est coul de longs intervalles de temps entre la formation des bancs successifs dont la crte est constitue. Sur le versant escarp du nord j'ai observ dans plusieurs coupes une surface ondule de tuf rouge fortement rode, et recouverte de laves feldspathiques grises dcomposes, sans autre interposition qu'une mince couche terreuse. En un point voisin j'ai remarqu un dike de trapp, large de 4 pieds, aras et recouvert par la lave feldspathique comme le reprsente la figure. La crte se termine vers l'est en un crochet, qui n'est reprsent avec une nettet suffisante sur aucune des cartes que j'ai vues. Vers son extrmit occidentale elle s'abaisse graduellement et se divise en plusieurs crtes secondaires. La partie la mieux dfinie de la crte, entre Diana's Peak et Nest Lodge, sert de base des pics dont la hauteur varie de 2.000 2.700 pieds, et qui sont les plus levs de toute l'le; elle mesure un peu moins de 3 milles de longueur en ligne droite. Sur tout cet espace la crte offre un aspect et une structure uniformes; sa courbure rappelle la ligne de cte d'une grande baie, et elle est forme de plusieurs lignes courbes plus petites, dont la concavit est toujours ouverte vers le sud. Son versant septentrional et externe est renforc par des crtes troites en arc-boutant qui s'abaissent vers la plaine environnante. Le ct interne est beaucoup plus escarp et s'lve presque pic; il est constitu par la tranche des couches qui s'inclinent doucement vers l'intrieur. Le long de certaines parties du versant interne, et prs du sommet, s'tend une corniche unie ou rebord, dont le contour suit les courbes secondaires de la crte. Des rebords de ce genre ne sont pas rares dans les cratres volcaniques, et leur formation semble due l'affaissement d'une nappe horizontale de lave durcie, dont les bords restent adhrer aux parois du cratre[6] (comme la glace aux bords d'un tang dont l'eau s'est retire). [Illustration: FIG. 10.--Dike. 1. Lave feldspathique grise.--2. Couche d'une matire terreuse rougetre paisse d'un pouce.--3. Tuf argileux rouge brchiforme.] En certains endroits, la crte est surmonte d'un parapet dont les deux faces sont verticales. Prs de Diana's Peak, ce mur est extrmement troit. J'ai observ l'archipel des Galapagos des parapets dont la structure et l'aspect sont identiques ceux des murs que nous venons de citer, et qui surmontent plusieurs des cratres; l'un d'eux, que j'ai plus particulirement tudi, tait compos de scories rouges, luisantes, fortement cimentes; comme il tait vertical du ct externe et qu'il s'tendait sur la circonfrence du cratre presque tout entire, il le rendait peu prs inaccessible. Suivant de Humboldt, le Pic de Tnrife et le Cotopaxi ont une structure analogue[7]; il dit qu' leur sommet un mur circulaire entoure le cratre; vu de loin ce mur offre l'aspect d'un petit cylindre pos sur un cne tronqu. Pour le Cotopaxi[8] cette structure spciale est visible l'oeil nu d'une distance de plus de 2.000 toises, et personne n'a jamais atteint son cratre. Sur le Pic de Tnrife le parapet est si lev qu'il serait impossible d'atteindre la _Caldera_, si une crevasse ne s'ouvrait pas sur le ct oriental. L'origine de ces parapets circulaires est probablement due la chaleur des vapeurs dgages du cratre qui en pntrent et en durcissent les parois sur une profondeur peu prs uniforme; et plus tard les actions atmosphriques attaquent lentement la montagne sans entamer la partie durcie; celle-ci se montre alors sous forme de cylindre ou de parapet circulaire. En tenant compte des particularits de structure que nous venons de signaler dans la crte centrale: la convergence des couches de la srie suprieure vers cette crte, l'tat fortement vsiculaire que les laves y prennent, la corniche unie qui s'tend le long de son flanc concave et vertical, comme celle qu'on observe dans l'intrieur de certains volcans encore actifs, le mur en forme de parapet qui couronne son sommet, et enfin sa courbure spciale qui se distingue de tous les profils habituels aux soulvements, tous ces faits me prouvent que cette crte recourbe n'est autre chose que le dernier vestige d'un grand cratre. Cependant, quand on cherche retrouver le contour primitif de ce cratre, on est bien vite dsorient; son extrmit occidentale s'abaisse graduellement, et s'tend vers la cte en se divisant en d'autres crtes; l'extrmit orientale est plus fortement courbe, mais elle est peine mieux dfinie. Quelques particularits me font supposer que le mur mridional du cratre rencontrait la crte actuelle prs de Nest Lodge; s'il en est ainsi, le cratre doit avoir peu prs 3 milles de longueur sur 1 mille et demi de largeur environ. Nous aurions cherch vainement reconnatre la vritable nature de la crte, si la dnudation qu'elle a subie et la dcomposition des roches dont elle est forme avaient t un peu plus avances qu'elles ne le sont, et si la crte avait t coupe par de grands dikes et par des masses considrables de matires injectes, comme l'ont t plusieurs autres parties de l'le. Mme dans l'tat actuel des choses, nous avons vu qu' Flagstaff Hill l'extrmit infrieure d'une nappe de matire ruptive a t souleve une hauteur gale et probablement mme suprieure celle du cratre dont elle s'est coule. Il est intressant de suivre ainsi les degrs par lesquels passe la structure d'une rgion volcanique en s'obscurcissant peu peu pour finir par s'effacer. L'le de Sainte-Hlne se rapproche tellement de cette dernire phase que jusqu'ici personne, je crois, n'a suppos que la crte centrale ou l'axe de l'le ft la dernire pave du cratre dont les coules volcaniques les plus rcentes ont t jacules. Le grand espace vide, ou la valle, qui existe au sud de la crte centrale curviligne, et sur laquelle s'tendait autrefois la moiti du cratre, est forme de monticules et de crtes dnuds et rods, constitus par des roches rouges, jaunes et brunes, mles en une confusion cahotique, entrelaces de dikes, et sans aucune stratification rgulire. La partie principale consiste en scories rouges en voie de dcomposition, associes des tufs de diverses varits et des lits argileux jauntres pleins de cristaux briss, parmi lesquels ceux d'augite sont d'une grandeur remarquable. a et l surgissent des masses de lave trs vsiculaires et trs amygdalodes. Sur l'une des crtes, au milieu de la valle, se dresse brusquement une colline conique trs escarpe, dsigne sous le nom de _Lot_. C'est un trait saillant et singulier du paysage. Cette colline est forme de phonolite, dont une partie est en grands feuillets courbes, une autre partie est constitue de boules concrtionnes plus ou moins anguleuses, et la troisime consiste en colonnes disposes en rayons divergents. De sa base divergent, en s'inclinant dans toutes les directions, des couches de lave, de tuf et de scories[9]; la partie du cne qui merge au-dessus de ces couches est haute de 197 pieds[10] et sa section horizontale est ovale. Le phonolite est gris verdtre et plein de petits cristaux aciculaires de feldspath; il offre, dans la plupart des cas, une cassure conchodale, il est sonore et il est cribl de petites cavits. Au S.-W. de Lot, on observe plusieurs autres pics colonnaires fort remarquables, mais de forme moins rgulire, notamment Lot's Wife, et les Asses' Ears, constitus d'une roche analogue. Leur forme aplatie et leur position relative dmontrent clairement qu'ils se trouvent sur la mme ligne de fissure. Il est intressant de remarquer, en outre, que, si on prolongeait la ligne N.-E.-S.-W., joignant Lot et Lot's Wife, elle couperait Flagstaff Hill, qui est sillonn de nombreux dikes courant dans cette mme direction, comme nous l'avons dit plus haut, et dont la structure bouleverse rend vraisemblable qu'une grande masse de roche autrefois liquide se trouve injecte sous cette colline. Dans la mme grande valle on rencontre plusieurs autres masses coniques de roches injectes (j'ai observ que l'une d'entre elles tait forme de greenstone compact), dont quelques-unes ne semblent avoir aucune relation avec la direction suivie par un dike, tandis que d'autres sont videmment relies par une de ces lignes. Trois ou quatre grandes lignes de dikes s'tendent au travers de la valle suivant une direction N.-E.-S.-W., parallle celle qui joint les Asses' Ears et Lot's Wife, et probablement Lot. Le grand nombre de ces masses de roches injectes est un trait remarquable de la gologie de Sainte-Hlne. Outre celles que nous venons de citer, et la masse hypothtique qui s'tendrait sous Flagstaff Hill, mentionnons encore la masse qui forme Little-Stony-Top, et comme j'ai lieu de le croire, d'autres masses encore au Man-and-Horse et High-Hill. La plupart de ces masses, sinon toutes, ont t injectes postrieurement aux dernires ruptions volcaniques du cratre central. La formation, sur des lignes de fissure, de saillies rocheuses coniques, dont les parois sont le plus souvent parallles, peut tre vraisemblablement attribue des ingalits de tension, provoquant la formation de petites fissures transversales; les bords des couches cdent naturellement en ces points d'intersection, et sont facilement redresss. Je dois faire observer, enfin, que partout les minences de phonolite ont une tendance[11] prendre des formes singulires et mme grotesques, comme celle de Lot; le pic de Fernando Noronha en offre un exemple; pourtant San Thiago, les cnes de phonolite, quoique aigus, ont une forme rgulire. En supposant, comme cela parat probable, que tous les monticules ou oblisques de ce genre ont t originairement injects l'tat liquide dans un moule form par des couches qui ont cd sous la pression des masses injectes, comme le fait s'est produit certainement pour Lot, on peut se demander d'o proviennent leurs formes si souvent escarpes et tranges en comparaison de celles des masses de greenstone et de basalte qui partagent avec les premires le mme mode de formation. Ces formes seraient-elles dues une fluidit moins parfaite que l'on considre gnralement comme caractristique des laves trachytiques voisines des phonolites? _Dpts superficiels_.--On rencontre, tant sur la cte septentrionale de l'le que sur sa cte mridionale, un grs calcarifre tendre, en bancs superficiels fort tendus quoique peu pais. Il consiste en trs petits fragments rouls de coquilles et d'autres organismes d'une dimension uniforme, qui conservent en partie leurs couleurs jaune, brune et rose, et offrent parfois, mais trs rarement, des traces vagues de leur forme externe primitive. Je me suis vainement efforc de trouver un fragment de coquille qui ne ft pas roul. La couleur des fragments est le caractre le plus net qui fasse reconnatre leur origine; l'action d'une chaleur modre altre ces nuances et provoque le dgagement d'une odeur; ce sont donc des caractres identiques ceux que prsentent des coquilles fraches. Ces fragments sont ciments entre eux et sont mlangs d'une matire terreuse: d'aprs Beatson, les masses les plus pures contiennent 70 p. 100 de carbonate de chaux. Les bancs, dont l'paisseur varie de 2 ou 3 pieds 15 pieds, recouvrent la surface du sol; on les rencontre gnralement sur celui des flancs de la valle qui est protg contre l'action du vent, et ils se trouvent la hauteur de plusieurs centaines de pieds au-dessus du niveau de la mer. Leur position correspond celle que le sable prendrait aujourd'hui sous l'action du vent aliz; et sans aucun doute ils ont t forms de cette manire, ce qui explique l'uniformit et la finesse des particules, ainsi que l'absence complte de coquilles entires ou mme de fragments de dimension moyenne. C'est un fait remarquable que sur aucun point de la cte il n'existe aujourd'hui de bancs coquillers d'o la poussire calcaire aurait pu tre enleve et trie. Nous devons donc remonter une priode plus ancienne, antrieure aux bouleversements qui ont produit les grandes falaises actuelles, et durant laquelle une cte en pente douce, comme celle de l'Ascension, se prtait l'accumulation des dbris de coquilles. Quelques-uns des bancs de ce calcaire se trouvent l'altitude de 6 700 pieds au-dessus de la mer; mais cette altitude peut tre due, en partie, un soulvement du sol postrieur l'accumulation du sable calcaire. L'infiltration de l'eau des pluies a consolid certaines parties de ces bancs, les a transforms en une roche compacte, et a provoqu la formation de calcaires stalagmitiques brun fonc. A la carrire de Sugar-Loaf, des fragments de roches ont t recouverts, sur les pentes adjacentes[12], par des couches minces superposes de matire calcaire formant un revtement pais. Un fait curieux, c'est qu'un grand nombre de ces cailloux sont recouverts sur toute leur surface, sans qu'aucun point indiquant leur contact avec une autre roche ait t laiss nu; ces cailloux doivent donc avoir t soulevs par l'action du dpt trs lent qui s'oprait et les recouvrait de couches successives de carbonate de chaux. Des masses d'une roche blanche, finement oolitique, sont fixes la surface externe d'un certain nombre de ces cailloux. Von Buch a dcrit un calcaire compact de Lanzarote qui ressemble parfaitement au dpt stalagmitique dont il s'agit; cet enduit recouvre des cailloux, et en certains endroits il est finement oolitique. Ce calcaire forme une couche trs tendue dont l'paisseur varie d'un pouce 2 ou 3 pieds, et on le rencontre la hauteur de 800 pieds au-dessus de la mer, mais uniquement sur celle des ctes de l'le qui est expose aux vents violents du nord-ouest. Von Buch fait observer[13] qu'on ne le rencontre pas dans les cavits du sol, mais uniquement sur les flancs continus et inclins de la montagne. Il croit que ce calcaire a t dpos par les embruns que ces vents violents portent au-dessus de l'le tout entire. Il me parat cependant beaucoup plus vraisemblable que cette roche a t forme, comme Sainte-Hlne, par l'infiltration de l'eau dans des amas de coquilles finement concasses; car lorsque le sable est transport par le vent sur une cte trs expose, il tend toujours s'accumuler sur des surfaces larges et unies offrant aux vents une rsistance uniforme. En outre, l'le voisine de Fuerteventura[14], il existe un calcaire terreux qui, d'aprs von Buch, est entirement semblable aux spcimens provenant de Sainte-Hlne qu'il a vus, et qu'il croit forms par le transport de dbris de coquilles sous l'action du vent. Dans la carrire de Sugar-Loaf Hill, dont j'ai parl plus haut, les bancs suprieurs de calcaire sont plus tendres, moins purs, et ont le grain plus fin que les bancs infrieurs. Les coquilles terrestres y abondent et quelques-unes sont intactes; ces bancs renferment aussi des ossements d'oiseaux et de grands oeufs[15] qui proviennent, selon toute probabilit, d'oiseaux aquatiques. Il est vraisemblable que ces couches suprieures sont restes longtemps l'tat meuble, et que c'est durant cette priode que les produits terrestres y ont t renferms. M. G.-R. Sowerby a bien voulu examiner trois espces de coquilles terrestres, provenant de ces bancs, que je lui ai remises. La description qu'il en a faite se trouve l'Appendice. L'une de ces coquilles est une Succine, identique une espce actuellement vivante et qui abonde dans l'le; les deux autres, notamment _Cochlogena fossilis_ et _Hlix biplicata_, ne sont pas connues comme organismes actuels; la dernire de ces espces a t trouve aussi dans une autre localit fort diffrente, o elle est associe une espce incontestablement teinte du genre Cochlogena. _Lits de coquilles terrestres teintes_.--En diverses parties de l'le, on trouve, enfouies dans la terre, des coquilles terrestres qui paraissent appartenir toutes des espces teintes. La plupart d'entre elles ont t trouves sur Flagstaff-Hill, une altitude considrable. Sur le versant nord-ouest de cette colline, un ravin creus par la pluie a mis dcouvert une coupe d'environ 20 pieds de puissance, dont la partie suprieure consiste en terre vgtale noire, videmment amene des parties plus leves de la colline par l'eau des pluies, et la partie infrieure en terre moins noire, o abondent des coquilles jeunes et vieilles entires ou brises. Cette terre est faiblement consolide en certains points par une matire calcareuse provenant probablement de la dcomposition partielle d'une certaine quantit des coquilles. M. Seale, l'intelligent rsident de Sainte-Hlne, qui a, le premier, appel l'attention sur ces coquilles, m'en a donn une collection nombreuse provenant d'une autre localit, o elles semblent avoir t enfouies dans une terre fort noire. M. G.-R. Sowerby a tudi ces coquilles et les a dcrites dans l'Appendice. Il y en a sept espces, notamment une Cochlogena, deux espces du genre Cochlicopa, et quatre du genre Hlix; aucune de ces espces n'est connue comme vivante et n'a t trouve ailleurs que l. De petites espces ont t retires de l'intrieur des grandes coquilles de _Cochlogena auris-vulpina_. Cette dernire espce est fort singulire divers gards. Lamarck lui-mme l'a classe dans un genre marin, elle a t prise ainsi erronment pour une coquille marine, et les espces plus petites qui l'accompagnent ayant pass inaperues, on a mesur l'altitude des endroits exactement dtermins o elle a t trouve, et on a conclu ainsi au soulvement de l'le! Il est bien remarquable que toutes les coquilles de cette espce que j'ai trouves en un mme endroit forment, d'aprs M. Sowerby, une varit distincte de celle laquelle appartiennent les coquilles provenant d'une autre localit et recueillies par M. Seale. Comme cette Cochlogena est une coquille grande et bien visible, j'ai soigneusement interrog plusieurs habitants fort intelligents, sur le point de savoir s'ils avaient jamais vu cet animal l'tat vivant; ils m'ont tous affirm que non, et mme ils ne voulaient pas croire que ce ft un organisme terrestre; en outre, M. Seale, qui a collectionn des coquilles Sainte-Hlne pendant toute sa vie, ne l'a jamais rencontre l'tat vivant. Peut-tre dcouvrira-t-on que quelques-unes des espces les plus petites sont encore vivantes; mais, d'un autre ct, les deux mollusques terrestres vivant actuellement en abondance dans l'le n'ont jamais t trouvs, que je sache, associs dans les roches avec les espces teintes. J'ai montr dans mon journal[16] que l'extinction de ces mollusques terrestres pourrait n'tre pas fort ancienne, car un grand changement s'est produit dans l'le il y a environ cent vingt ans; cette poque, les vieux arbres moururent, et ils ne furent pas remplacs parce que les jeunes arbres taient dtruits au fur et mesure de leur naissance par les chvres et les porcs, qui vivaient dans l'le en grand nombre et l'tat de libert depuis 1502. M. Seale affirme que sur Flagstaff-Hill, o les coquilles enfouies sont surtout abondantes, comme nous l'avons vu, on peut observer partout des traces qui dmontrent clairement que cette colline a t couverte autrefois d'une paisse fort; aujourd'hui, il n'y crot pas mme un buisson. La couche paisse de terre vgtale noire, qui recouvre le banc coquillier sur les flancs de cette colline, a t probablement amene du sommet par les eaux ds que les arbres prirent et que l'abri qu'ils offraient disparut. _Soulvement de l'le_.--Aprs avoir constat que les laves de la srie infrieure, dont l'origine est sous-marine, ont t leves au-dessus du niveau de la mer et atteignent en certains endroits une altitude de plusieurs centaines de pieds, je me suis efforc de retrouver des signes superficiels du soulvement de l'le. Le fond d'un certain nombre des gorges qui descendent vers la cte est combl, sur une hauteur de 100 pieds environ, par des couches mal dfinies de sable, d'argile limoneuse et de masses fragmentaires. M. Seale a trouv dans ces couches les os de l'Oiseau du Tropique et de l'Albatros; aujourd'hui le premier de ces oiseaux visite rarement l'le, et le second n'y vient jamais. La diffrence qui existe entre ces couches et les amas inclins de dbris qui les recouvrent me fait supposer qu'elles ont t dposes dans les gorges lorsque celles-ci se trouvaient au-dessous du niveau de la mer. En outre, M. Seale a montr que quelques-unes des gorges en forme de fissure[17] s'largissent lgrement du sommet vers la base en offrant une section concave, et cette forme spciale est due probablement l'action rosive que la mer exerait lorsqu'elle pntrait dans la partie infrieure des gorges. A des altitudes plus considrables on n'a pas de preuves aussi videntes du soulvement de cette le; nanmoins, dans une dpression en forme de baie que prsente le plateau s'tendant derrire Prosperous Bay, l'altitude d'environ 1.000 pieds, on voit des masses rocheuses sommet plat, dont on ne saurait concevoir la sparation d'avec les couches voisines semblables qu'en admettant qu'elles ont t exposes l'rosion marine sur une plage. Il serait certainement bien difficile d'expliquer d'une autre manire un grand nombre de dnudations qui ont t produites de grandes altitudes; ainsi, par exemple, le sommet aplati de la colline de Barn, dont l'altitude est de 2.000 pieds, prsente, suivant M. Seale, un vritable rseau de dikes tronqus; sur des collines formes, comme le Flagstaff, d'une roche tendre nous pouvons supposer que les dikes ont t rods et abattus par les agents atmosphriques, mais nous pouvons difficilement supposer que cela soit possible pour les couches basaltiques rsistantes du Barn. _Dnudation de la cte_.--Les normes falaises, hautes, en certains endroits, de 1.000 2.000 pieds, dont cette le, semblable une prison, est entoure de toutes parts, sauf en quelques points o d'troites valles descendent vers la cte, forment le trait le plus saillant du paysage. Nous avons vu que des segments de l'enceinte basaltique, longs de 2 3 milles sur 1 ou 2 milles de largeur et 1.000 2.000 pieds de hauteur, ont t compltement rass. En outre, des rcifs et des bancs de rochers s'lvent dans la mer en des endroits o elle prsente de grandes profondeurs, 3 ou 4 milles de la cte actuelle. D'aprs M. Seale, on peut les suivre jusqu'au rivage et constater ainsi qu'ils forment le prolongement de certains grands dikes bien dtermins. La formation de ces rochers est due videmment l'action des vagues de l'Ocan Atlantique, et il est intressant de constater que les rochers situs sous le vent de l'le, du ct qui est partiellement protg et qui s'tend de Sugar-Loaf Hill South-West Point, prsentent une hauteur moindre, quoique encore considrable, correspondant une situation mieux abrite. Quand on songe l'altitude relativement faible que prsentent les ctes d'un grand nombre d'les volcaniques, exposes comme Sainte-Hlne l'action de la pleine mer, et dont l'origine semble remonter une haute antiquit, l'esprit recule l'ide d'valuer le nombre de sicles ncessaires pour rduire en limon et disperser l'norme volume de roches dures qui a t arrach au littoral de cette le. L'tat de la surface de Sainte-Hlne offre un contraste frappant avec celle de l'le la plus voisine, l'Ascension. A l'Ascension les coules de lave prsentent une surface brillante, comme si elles venaient d'tre jacules; leurs limites sont bien dfinies, et souvent on peut les suivre jusqu'aux cratres encore intacts qui les ont mises. Pendant mes nombreuses et longues promenades je n'ai pas observ un seul dike; et sur la circonfrence presque entire de l'le la cte est basse et a t ronge au point de ne plus former qu'un petit mur dont la hauteur varie de 10 40 pieds (il ne faut pourtant pas attacher ce fait une importance trop considrable, car l'le a pu s'affaisser). Cependant depuis trois cent quarante ans que l'le de l'Ascension est connue, on n'y a pas signal le moindre symptme d'action volcanique[18]. D'autre part, Sainte-Hlne on ne saurait suivre le cours d'aucune coule de lave, en se guidant soit par l'tat de ses limites, soit par celui de la surface; il n'y reste que l'pave d'un grand cratre. Des dikes ruins sillonnent non seulement les valles, mais mme la surface de quelques-unes des collines les plus leves; et, en plusieurs endroits, les sommets dnuds de grands cnes de roche injecte sont exposs et dcouverts. Enfin, nous avons vu que le pourtour entier de l'le a t profondment rod, de manire former de gigantesques falaises. _Cratres de soulvement_.--Les les de Sainte-Hlne, de San Thiago et Maurice offrent une grande ressemblance au point de vue de leur structure et de leur histoire gologique. Ces trois les sont enfermes (tout au moins celles de leurs parties qu'il m'a t possible de visiter) dans un cercle de montagnes basaltiques fortement entam aujourd'hui, mais qui a t videmment continu autrefois. Le versant de ces montagnes, dirig vers l'intrieur de l'le, est escarp, ou parat pour le moins l'avoir t autrefois, et les couches dont elles sont constitues plongent vers la mer. Je n'ai pu dterminer l'inclinaison des bancs que dans un petit nombre de cas seulement, et cette opration n'tait pas facile, car la stratification paraissait gnralement mal dfinie, si ce n'est quand on l'observait de loin. Cependant, je suis peu prs certain que, conformment aux recherches de M. Elie de Beaumont, leur inclinaison moyenne est suprieure celle qu'ils auraient pu prendre en coulant sur une pente, tant donnes leur paisseur et leur compacit. A Sainte-Hlne et San Thiago les couches basaltiques reposent sur des bancs plus anciens, d'une composition diffrente, et qui sont probablement sous-marins. Dans les trois les, des dluges de laves plus rcentes se sont couls du centre de l'le vers les montagnes basaltiques et entre ces dernires; et Sainte-Hlne la plate-forme centrale a t comble par ces laves. Chacune des trois les a t souleve en masse. A l'le Maurice la mer doit avoir baign le pied des montagnes basaltiques, une priode gologique loigne, ainsi qu'elle le fait actuellement Sainte-Hlne; San Thiago la mer attaque aujourd'hui la plaine qui s'tend entre ces montagnes. Dans les trois les, mais spcialement San Thiago et Maurice, l'observateur, plac au sommet d'une des anciennes montagnes basaltiques, cherche en vain dcouvrir au centre de l'le (point vers lequel convergent approximativement les strates places sous ses pieds et sous les montagnes situes sa droite et sa gauche), une source d'o ces coules auraient pu tre mises; mais il n'aperoit qu'un vaste plateau concave s'tendant au-dessous de lui, ou des monceaux de matires d'origine plus rcente. Je pense que ces montagnes basaltiques doivent tre classes avec les cratres de soulvement; il importe peu que les enceintes aient t ou non compltes autrefois, car les segments qui en subsistent aujourd'hui ont une structure si uniforme que, s'ils ne constituent pas des fragments de vritables cratres, on ne peut pas les classer parmi les lignes de soulvement ordinaires. En considrant leur origine, et aprs avoir lu les ouvrages de M. Lyell[19] et de MM. C. Prevost et Virlet, je ne puis croire que les grandes dpressions centrales aient t formes par un soulvement en forme de dme, provoquant le cintrage des couches. D'un autre ct il m'est bien difficile d'admettre que ces montagnes basaltiques ne soient que de simples fragments du pied de grands volcans dont le sommet aurait t enlev par explosion, ou plus vraisemblablement englouti par affaissement. Ces enceintes ont parfois des dimensions tellement colossales, comme San Thiago et Maurice, et on les rencontre si souvent, que je puis difficilement me rsoudre adopter cette explication. En outre, la simultanit frquente des faits que je vais numrer me porte croire qu'ils ont, en quelque sorte, un rapport commun que n'implique ni l'une ni l'autre des thories rappeles plus haut: en premier lieu, l'tat ruin de l'enceinte qui dmontre que les parties actuellement isoles ont t soumises une dnudation puissante, et tend peut-tre, en certains cas, dmontrer que l'enceinte n'a probablement jamais t ferme; en second lieu, la grande quantit de matire jacule par la partie centrale de l'le aprs la formation de l'enceinte ou pendant la dure de cette formation; et en troisime lieu, le soulvement de l'le en masse. Quant au fait que l'inclinaison des couches est suprieure celle que devraient offrir naturellement les fragments de la base de volcans ordinaires, j'admets volontiers que cette inclinaison a pu augmenter lentement par le soulvement dont les nombreuses fissures combles ou dikes donnent la fois la preuve et la mesure, d'aprs M. lie de Beaumont; thorie aussi neuve qu'importante que nous devons aux recherches de ce gologue l'Etna. Convaincu, comme je l'tais alors, par les phnomnes observs en 1835 dans l'Amrique du Sud[20], que les forces qui produisent l'jaculation des matires par les orifices volcaniques sont identiques celles qui soulvent l'ensemble des continents, une hypothse, embrassant les faits que je viens de citer, se prsenta mon esprit quand j'tudiai la partie de la cte de San Thiago o la couche calcaire souleve horizontalement plonge dans la mer, immdiatement sous un cne de lave d'ruption postrieure. Cette hypothse consiste admettre que, pendant le soulvement lent d'une contre ou d'une le volcanique, au centre de laquelle un ou plusieurs orifices restent ouverts, neutralisant ainsi les forces souterraines, la priphrie est souleve plus fortement que la partie centrale; et que les parties ainsi surleves ne s'abaissent pas en pente douce vers la rgion centrale moins leve [comme le fait la couche calcaire sous le cne San Thiago, et comme une grande partie de la circonfrence de l'Islande[21]; mais qu'elles en sont spares par des failles courbes. D'aprs ce que nous constatons le long des failles ordinaires, nous pouvons nous attendre ce que, sur la partie souleve, les couches, dj inclines vers l'extrieur par le fait de leur formation primordiale en coules de lave, seront releves partir du plan de la faille et prendront ainsi une inclinaison plus forte. Suivant cette hypothse, que je suis tent de n'appliquer qu' quelques cas peu nombreux, il n'est pas probable que l'enceinte ait jamais t complte, et par suite de la lenteur du soulvement, les parties souleves auraient t gnralement exposes une dnudation puissante qui aurait provoqu la rupture de l'enceinte. Nous pouvons nous attendre aussi constater des diffrences accidentelles d'inclinaison entre les masses souleves, comme cela se produit San Thiago. Cette hypothse rattache galement le soulvement de l'ensemble de la rgion l'coulement de grands flots de lave provenant des plates-formes du centre. Dans cette thorie les montagnes basaltiques marginales des trois les que nous avons cites plus haut peuvent encore tre considres comme formant des cratres de soulvement; le genre de soulvement que l'on suppose a t lent, et la dpression ou plate-forme centrale a t forme, non par le cintrage de la surface, mais simplement par suite d'un soulvement moins considrable de cette partie de l'le. Notes: [1] _Account of St-Helena_ by governor Beatson. [2] _Geognosy of the Island of Saint-Helena_. M. Seale a construit un modle grande chelle de l'le de Sainte-Hlne, qui mrite une visite, et qui se trouve actuellement au Collge d'Addiscombe dans le Surrey. [3] Ce fait a t observ (Lyell, _Principles of Geology_, vol. IV, chap. x, p. 9) dans les dikes de l'Atrio del Cavallo, mais il n'est probablement pas fort commun. Sir G. Mackensie affirme cependant (_Travels in Iceland_, p. 372) qu'en Islande toutes les veines prsentent sur leurs bords un revtement noir vitreux. Le capitaine Carmichal dit, en parlant des dikes de Tristan d'Acunha, le volcanique de l'Atlantique mridional, que leurs bords sont invariablement semi-vitreux au contact de la roche encaissante. (_Linnaean Transactions_, vol. XII, p. 485.) [4] _Geognosy of the Island of Saint-Helena_, pl. 5. [5] M. Constant Prvost (_Mmoires de la Socit Gologique_, t. II) fait observer que les produits volcaniques n'ont que localement et rarement mme drang le sol, travers lequel ils se sont fait jour. [6] Un exemple remarquable de cette structure est dcrit dans _les Polynesian Researches_, de Ellis (seconde dition), o l'on trouve un dessin admirable des corniches et des terrasses successives qui s'tendent sur les bords de l'immense cratre d'Hawa aux les Sandwich. [7] _Personal Narrative_, t. I, p. 171. [8] De Humboldt, _Pituresque Atlas_, folio, pl. 10. [9] Dans ses _Views of Vesuvius_ (pl. VI), Abich a reprsent la manire dont les couches sont releves, dans des circonstances peu prs identiques. Les couches suprieures sont redresses plus fortement que les infrieures, et il explique ce fait en montrant que la lave s'introduit horizontalement entre les couches infrieures. [10] Cette altitude est donne par M. Seale dans sa _Gognosie_ de l'le. La hauteur du sommet au-dessus du niveau de la mer est value 1.444 pieds. [11] Dans son _Trait de Gognosie_ (t. III, p. 540), d'Aubuisson insiste particulirement sur ce fait. [12] En plusieurs points de cette colline, on rencontre dans les dtritus terreux des masses irrgulires de sulfate de chaux cristallis et trs impur. Comme cette substance se dpose actuellement en abondance l'Ascension par l'effet du ressac, il est possible que ces masses aient la mme origine; mais s'il en est ainsi, elles doivent s'tre formes une poque o l'le prsentait une altitude de beaucoup infrieure celle qu'elle possde aujourd'hui. Ce gypse terreux se trouve actuellement une hauteur de 6 700 pieds. [13] _Description des les Canaries_, p. 293 [14] _Id._, pp. 314 et 374. [15] Dans un catalogue prsent avec quelques spcimens la Socit gologique, le colonel Wilkes rapporte qu'une seule personne a trouv jusqu' dix oeufs. Le Dr Buckland a fait une communication sur ces oeufs (_Geological Transactions_, vol. V, p. 474). [16] _Journal of Researches_, p. 582. [17] D'aprs M. Seale, une gorge en forme de fissure, situe prs de Stony-top, mesure 840 pieds de profondeur sur 115 pieds de largeur seulement. [18] Le _Nautical Magazine_ de 1835, p. 642, celui de 1838, p. 361, et les _Comptes rendus_ d'avril 1838, font connatre une srie des phnomnes volcaniques: tremblements de terre, eaux troubles, scories flottantes et colonnes de fume, qui ont t observs divers intervalles depuis le milieu du sicle dernier, dans la rgion ocanique comprise entre 20 et 22 de longitude ouest, un demi-degr environ au sud de l'Equateur. Ces faits semblent prouver qu'une le ou qu'un archipel est en voie de formation au milieu de l'Atlantique; le prolongement de la ligne joignant Sainte-Hlne l'Ascension coupe ce foyer volcanique lentement en voie de formation. [19] _Principles of Geology_ (5e dit.), vol. II, p. 171. [20] J'ai donn en mars 1838 une relation dtaille de ces phnomnes, dans une communication la Socit gologique. Pendant qu'une surface immense tait agite et qu'une grande contre se soulevait, les districts immdiatement contigus plusieurs des grands orifices des Cordillres demeuraient tranquilles, les forces souterraines tant probablement neutralises par les ruptions, qui recommencrent alors avec une grande violence. Un vnement d'une nature peu prs identique, mais se produisant sur une chelle infiniment moins grande, parat avoir eu lieu, suivant Abich (_Views of Vesuvius_, pl. I et IX), l'intrieur du grand cratre du Vsuve, o une plate-forme situe sur un ct d'une fissure a t souleve tout entire la hauteur de 20 pieds, tandis qu'une trane de petits volcans venaient faire ruption sur l'autre bord de cette fissure.] [21] Suivant des informations qui m'ont t communiques de la manire la plus obligeante par M.E. Robert, les segments de la circonfrence de l'Islande, qui sont forms d'anciennes couches basaltiques alternant avec du tuf, plongent vers l'intrieur de l'le, en imitant ainsi une coupe gigantesque. M. Robert a observ que cette disposition se prsente le long de la cte sur une distance de plusieurs centaines de milles, sauf quelques rares interruptions tout fait locales. Cette observation est confirme, au moins en ce qui concerne une partie de la circonfrence, par Mackenzie, dans ses Travels (p. 377), et pour une autre localit par des notes manuscrites qui m'ont t complaisamment prtes par le Dr Holland. La cte est fortement dcoupe par des anses, au fond desquelles le pays est gnralement bas. M. Robert m'a communiqu que les couches qui plongent vers l'intrieur de l'le semblent s'tendre jusqu' cette ligne, et que leur inclinaison correspond ordinairement celle de la surface du sol, depuis les hautes montagnes ctires jusqu' la contre basse qui s'tend l'extrmit des anses. Dans la coupe dcrite par sir G. Mackenzie l'inclinaison est de 12. L'intrieur de l'le, pour autant qu'on le connaisse, consiste principalement en produits d'ruption rcents. Peut-tre l'tendue considrable de l'Islande, qui est presque gale celle de l'Angleterre, devrait-elle la faire exclure de la classe d'les que nous avons tudies, mais je ne puis m'empcher de croire que, si les montagnes ctires, au lieu de s'incliner doucement vers la rgion centrale plus basse, en avaient t spares par des failles irrgulirement recourbes, les couches auraient t renverses de manire plonger vers la mer, et qu'il se serait form un cratre de soulvement comme celui de San Thiago ou de l'le Maurice, mais de dimensions beaucoup plus vastes. Je me bornerai faire observer en outre que l'existence frquente de lacs trs tendus au pied des grands volcans, et que l'association souvent constate de nappes volcaniques et de dpts d'eau douce paraissent dmontrer que les rgions voisines des volcans sont prdisposes s'abaisser au-dessous du niveau gnral de la contre environnante, soit qu'elles aient subi un soulvement moins considrable, soit qu'elles se soient affaisses. CHAPITRE V ARCHIPEL DES GALAPAGOS Ile Chatham.--Cratres forms d'une espce particulire de tuf.--Petits cratres basaltiques avec cavits leur base.--Ile Albemarle, laves liquides, leur composition.--Cratres de tuf, inclinaison de leurs couches divergentes externes, et structure de leurs couches convergentes internes.--Ile James, segment d'un petit cratre basaltique; fluidit et composition de ses coules de lave et des fragments qu'il rejette.--Remarques finales sur les cratres de tuf et sur l'tat dlabr de leurs flancs mridionaux.--Composition minralogique des roches de l'archipel.--Soulvement de la contre.--Direction des fissures d'ruption. Cet archipel est situ sous l'Equateur, la distance de 500 600 milles de la cte occidentale de l'Amrique du Sud. Il consiste en cinq les principales et en plusieurs petites les; leur ensemble est gal en surface[1] mais non en tendue de pays, la Sicile jointe aux les Ioniennes. Elles sont toutes volcaniques; on a vu des cratres en ruption sur deux d'entre elles, et dans plusieurs des autres les il y a des coules de lave qui paraissent rcentes. Les les les plus grandes sont formes principalement de roches compactes et elles s'lvent une altitude variant de 1.000 4.000 pieds, en prsentant un profil peu accident. Parfois, elles sont surmontes d'un orifice principal, mais ce fait n'est pas gnral. La dimension des cratres varie, de simples orifices d'immenses chaudires dont la circonfrence mesure plusieurs milles; ces cratres sont extraordinairement nombreux, tel point que, si on les comptait, on en trouverait, je crois, plus de deux mille; ils sont forms soit de scories et de laves, soit d'un tuf color en brun, et ces derniers cratres sont remarquables divers gards. Le groupe entier a t lev par les officiers du Beagle. J'ai visit moi-mme quatre des principales les et j'ai reu des chantillons provenant de toutes les autres. Je ne dcrirai sous la mention des diffrentes les que celle qui me parat digne d'attention. [Illustration: Fig 11.--Carte de l'archipel des Galapagos.] ILE CHATHAM.--_Cratres forms de tuf d'une espce particulire_. --Vers l'extrmit orientale de l'le on rencontre deux cratres forms de deux espces diffrentes de tuf; l'une d'elles est friable comme des cendres faiblement consolides; l'autre est compacte, et d'une nature diffrente de tout ce dont j'ai jamais lu la description. Aux endroits o cette dernire substance est le mieux caractrise, elle est de couleur brun-jauntre, translucide, et elle offre un clat plus ou moins rsineux; elle est cassante, cassure anguleuse, rude et trs irrgulire; parfois pourtant lgrement grenue, et mme vaguement cristalline; elle est facilement raye par un couteau; certains points cependant sont assez durs pour rayer le verre; elle se fond avec facilit en un verre de couleur vert-noirtre. La masse renferme de nombreux cristaux briss d'olivine et d'augite, et de petites particules de scories noires et brunes; elle est souvent traverse par des veines minces d'une matire calcareuse. Elle affecte gnralement une structure noduleuse ou concrtionne. Un chantillon isol de cette substance serait pris certainement pour une varit spciale de rsinite teinte ple; mais, quand on l'observe en masses, sa stratification et les nombreuses couches de fragments de basalte anguleux et arrondis dmontrent l'vidence, au premier coup d'oeil, qu'elle a t forme sous les eaux. L'examen d'une srie de spcimens montre que cette substance rsiniforme est le produit d'une transformation chimique subie par de petites particules de roches scoriaces teintes ples et fonces; et cette transformation peut tre suivie distinctement, dans ses diffrentes phases, autour des bords d'une seule et mme particule. D'aprs la situation voisine de la cte, de presque tous les cratres composs de cette espce de tuf ou de pprine, et d'aprs leur tat dlabr, il est probable qu'ils ont tous t forms sous la mer. En envisageant cette circonstance et le fait remarquable de l'absence de grands lits de cendres dans tout l'archipel, je considre comme fort probable que le tuf a t form presque en totalit par la trituration des laves basaltiques grises dans les cratres immergs. On peut se demander si l'eau fortement chauffe contenue dans l'intrieur de ces cratres a produit cette singulire altration des particules scoriaces et leur a donn leur cassure translucide et rsineuse; ou si la chaux qui s'y trouve associe a jou un rle dans cette transformation. Je pose ces questions parce que j'ai observ San Thiago, dans l'archipel du Cap Vert, que, lorsqu'un grand torrent de lave s'est coul vers la mer en passant sur des roches calcaires, sa surface externe, qui ressemble ailleurs de la rsinite, est transforme en une substance rsiniforme exactement semblable aux spcimens les plus caractristiques du tuf de l'archipel des Galapagos, probablement par suite de son contact avec le carbonate de chaux[2]. Pour en revenir aux deux cratres, l'un d'entre eux se trouve une lieue de la cte, et la plaine qui l'en spare est constitue par un tuf calcaire d'origine probablement sous-marine. Ce cratre consiste en un cercle de collines, dont quelques-unes sont entirement spares des autres, mais dont toutes les couches plongent trs rgulirement vers l'extrieur, sous un angle de 30 40. Les bancs infrieurs sont forms, sur une paisseur de plusieurs centaines de pieds, par la roche aspect rsineux dcrite plus haut, avec fragments de lave empts. Les bancs suprieurs, qui ont 30 40 pieds d'paisseur, sont composs d'un tuf ou peperino[3] grain fin, rude au toucher, friable, color en brun et dispos en couches minces. Une masse centrale sans stratification, qui doit avoir occup autrefois la cavit du cratre, mais qui n'est relie aujourd'hui qu' un petit nombre des collines de la circonfrence, consiste en tuf de caractre intermdiaire entre les tufs cassure rsiniforme et cassure terreuse. Cette masse renferme une matire calcaire blanche rpandue en petites plages. Le second cratre (haut de 520 pieds) doit avoir form un lot spar jusqu'au moment de l'jaculation d'une grande coule de lave rcente; dans une belle coupe, due l'action de la mer, on voit une grande masse de basalte en forme d'entonnoir, entoure de tous cts de parois abruptes formes par des tufs qui prsentent quelquefois une cassure terreuse ou semi-rsineuse. Le tuf est travers par plusieurs larges dikes verticaux parois unies et parallles que j'ai considrs comme tant du basalte, jusqu' ce que j'en eusse dtach des fragments. Ces dikes sont forms de tuf semblable celui des couches environnantes, mais plus compacte et cassure plus unie; nous devons en conclure qu'il s'est form des fissures, et qu'elles se sont remplies de vase ou de tuf plus fins provenant du cratre, avant que sa cavit interne ft occupe, comme aujourd'hui, par un lac solidifi de basalte. D'autres fissures se sont formes plus tard paralllement ces singuliers dikes, et elles sont simplement combles par des dbris incohrents. La transformation des particules scoriaces normales en cette substance cassure semi-rsineuse pouvait se suivre avec une grande nettet dans certaines parties du tuf compact qui constitue ces dikes. [Illustration: Fig. 12.--Kicker Rock.--Hauteur: 400 pieds.] A quelques milles de ces deux cratres s'lve le rocher ou lot de Kicker, remarquable par sa forme singulire. Il n'est pas stratifi et il est compos de tuf compact possdant en certains points la cassure rsineuse. Cette masse amorphe, ainsi que la masse semblable dont nous avons parl propos du cratre dcrit plus haut, remplissait probablement autrefois la cavit centrale d'un cratre et ses flancs ou ses parois inclines ont sans doute t compltement enlevs plus tard par la mer qui l'entoure et l'action de laquelle il se trouve expos aujourd'hui. _Petits cratres basaltiques_.--A l'extrmit orientale de l'le Chatham s'tend une zone ondule dpourvue de vgtation et remarquable par le nombre, par l'accumulation sur une surface restreinte et par la forme de petits cratres basaltiques dont elle est en quelque sorte crible. Ces cratres consistent en une simple accumulation conique de scories luisantes, noires et rouges, partiellement cimentes, ou plus rarement, en un cercle form de ces mmes scories. Leur diamtre varie de 30 150 yards, et ils s'lvent d'environ 50 100 pieds au-dessus du niveau de la plaine environnante. Du haut d'une petite minence je comptai soixante de ces cratres; ils taient tous loigns les uns des autres d'un tiers de mille au plus, et plusieurs d'entre eux taient beaucoup plus rapprochs. Je mesurai la distance entre deux trs petits cratres, et je trouvai qu'elle n'tait que de 30 yards, du bord du sommet de l'un au bord du sommet de l'autre. On constate qu'un certain nombre de ces cratres ont mis de petites coules de lave basaltique noire contenant de l'olivine et beaucoup de feldspath vitreux. Les surfaces des coules les plus rcentes sont excessivement tourmentes et coupes de grandes fissures; les coules plus anciennes sont simplement un peu moins rugueuses; ces coules se confondent et s'enchevtrent d'une manire inextricable. Pourtant l'tat de croissance des arbres qui se sont tablis sur les coules indique souvent, d'une manire trs nette, l'ge relatif de celles-ci. Sans ce dernier caractre on n'aurait su distinguer les coules les unes des autres que dans un petit nombre de cas, et, par consquent, cette grande plaine ondule aurait pu tre considre erronment (ainsi que plusieurs plaines l'ont t sans doute) comme forme par un seul grand dluge de lave et non par une multitude de petites coules mises par un grand nombre de petits orifices. En plusieurs endroits de cette rgion, et principalement la base des petits cratres, s'ouvrent des puits circulaires parois verticales, profonds de 20 40 pieds. J'ai rencontr trois de ces puits la base d'un petit cratre. Ils ont t probablement forms par l'croulement de la vote de petites cavernes[4]. On voit en d'autres points des monticules mamelonns, ressemblant de grandes bulles de lave, et dont les sommets sont fissurs par des crevasses irrgulires trs profondes, comme on le constate quand on cherche y pntrer; ces monticules n'ont pas mis de lave. On rencontre aussi d'autres monticules mamelonns, d'une forme trs rgulire, constitus par des laves stratifies et portant leur sommet une cavit circulaire parois escarpes, forme, je pense, par une masse gazeuse qui a d'abord cintr les couches en leur donnant la forme d'un monticule en ampoule et a dtermin ensuite l'explosion du sommet. Les monticules de ces divers genres, les puits et les nombreux petits cratres scoriacs nous montrent tous que cette plaine a t pour ainsi dire pntre comme un crible par le passage des vapeurs chauffes. Les monticules les plus rguliers ne peuvent s'tre soulevs que lorsque la lave tait l'tat pteux[5]. ILE ALBEMARLE.--Cette le porte cinq grands cratres sommet plat, qui offrent entre eux et avec le cratre de l'le voisine de Narborough une ressemblance remarquable de forme et de hauteur. Le cratre mridional a 4.700 pieds de hauteur, deux autres ont 3.720 pieds, un troisime 50 pieds de plus que ce dernier, les autres semblent avoir peu prs la mme hauteur. Trois d'entre eux sont situs sur une mme ligne et sont allongs dans une direction presque identique. On a trouv par des mesures trigonomtriques que le cratre du nord, qui n'est pas le plus grand de tous, n'a pas moins de 3 milles 1/8 de diamtre extrieur. Des dluges de lave noire, dbordant la crte de ces grandes et larges chaudires et s'chappant de petits orifices voisins de leur sommet, ont coul le long de leurs flancs dnuds. _Fluidit de diffrentes laves_.--Prs de Tagus ou Banks-Cove j'ai tudi une de ces grandes coules de lave, fort intressante par les preuves qu'elle nous offre du haut degr de fluidit qu'elle a possde, et qui est particulirement remarquable quand on envisage la composition de la coule. Sur la cte cette coule a plusieurs milles de largeur. Elle est constitue par une base noire, compacte, facilement fusible en un globule noir, prsentant des vacuoles anguleuses assez clairsemes, et crible de grands cristaux briss d'albite[6] vitreuse dont le diamtre varie de un cinq diximes de pouce. Quoique cette lave semble, premire vue; minemment porphyrique, elle ne peut tre considre comme telle, car il est vident que les cristaux ont t envelopps, arrondis et pntrs par la lave, comme des fragments de roche trangre dans un dike de trapp. C'est ce qu'on voyait trs clairement dans certains spcimens d'une lave analogue provenant de l'le Abingdon, avec la seule diffrence que ses vacuoles taient sphriques et plus nombreuses. L'albite de ces laves se trouve dans les mmes conditions que la leucite du Vsuve, et que l'olivine dcrite par Von Buch[7], et qui fait saillie sous forme de grands globules dans le basalte de Lanzarote. Outre l'albite, cette lave contient des grains pars d'un minral vert, sans clivage distinct, et qui ressemble beaucoup l'olivine[8]; mais, comme il se fond facilement en un verre vert, il appartient probablement la famille de l'augite: cependant, l'le James une lave analogue contenait de l'olivine type. Je me suis procur des chantillons provenant de la surface, et d'autres prlevs 4 pieds de profondeur, mais ils n'offraient entre eux aucune diffrence. On pouvait constater avec vidence le haut degr de fluidit de cette lave par sa surface unie et doucement incline, par la subdivision du courant principal en petits ruisseaux, que de faibles ingalits du sol avaient suffi produire, et surtout par la manire dont ses extrmits s'attnuaient et se rduisaient presque rien en des points fort loigns de sa source et o elle devait avoir subi un certain degr de refroidissement. Le bord actuel de la coule consiste en fragments incohrents, dont la dimension dpasse rarement celle d'une tte d'homme. Le contraste est fort remarquable entre ce bord et les murs escarps, hauts de plus de 20 pieds, qui limitent un grand nombre des coules basaltiques de l'Ascension. On a cru gnralement que les laves o abondent de grands cristaux et qui renferment des vacuoles anguleuses[9] ont prsent peu de fluidit, mais nous voyons qu'il en a t tout autrement l'le Albemarle. Le degr de fluidit des laves ne semble pas correspondre une diffrence _apparente_ dans leur composition; l'le Chatham certaines coules qui contiennent beaucoup d'albite vitreuse et de l'olivine sont si rugueuses qu'on pourrai les comparer de hautes vagues congeles, tandis que la grande coule de l'le Albemarle est presque aussi unie qu'un lac rid par la brise. A l'le James une lave basaltique noire o abondent de petits grains d'olivine offre un degr intermdiaire de rugosit; sa surface est brillante, et les fragments dtachs ressemblent d'une manire fort singulire des plis de draperies, des cbles et des morceaux d'corces d'arbres[10]. _Cratres de tuf._--A un mille environ au sud de Banks Cove on rencontre un beau cratre elliptique, profond de 500 pieds peu prs, et de 3/4 de mille de diamtre. Son fond est occup par un lac d'eau sale, d'o s'lvent quelques petites minences cratriformes de tuf. Les couches infrieures sont un tuf compact prsentant les caractres d'un dpt form sous l'eau, tandis que sur la circonfrence entire les couches suprieures consistent en un tuf rude au toucher, friable, et dont le poids spcifique est peu lev, mais qui contient souvent des fragments de roches disposs en couches. Ce tuf suprieur renferme de nombreuses sphres pisolitiques ayant peu prs la grandeur de petites balles, et qui ne diffrent de la matire environnante que par une duret un peu plus grande et un grain un peu plus fin. Les couches plongent trs rgulirement dans toutes les directions, sous des angles variant de 25 30 d'aprs mes mesures. La surface externe du cratre offre une pente presque identique; elle est forme de ctes lgrement convexes, comme celle de la coquille d'un pecten ou d'un ptoncle, qui vont en s'largissant de l'orifice du cratre jusqu' sa base. Ces ctes ont, en gnral, de 8 20 pieds de large, mais parfois leur largeur atteint 40 pieds; elles ressemblent d'anciennes votes fortement surbaisses, et dont le revtement de pltre s'caille et tombe par plaques; elles sont spares les unes des autres par des ravins que l'action rosive de l'eau a creuss. A leur extrmit suprieure, qui est fort troite, prs de la bouche du cratre ces ctes consistent souvent en vritables couloirs creux, un peu plus petits mais semblables ceux qui se forment souvent par le refroidissement de la crote d'un torrent de lave dont les parties internes se sont coules au dehors; structure dont j'ai rencontr plusieurs exemples l'le Chatham. Il n'est pas douteux que ces ctes creuses ou ces votes se soient formes d'une manire analogue, c'est--dire par la consolidation, le durcissement d'une crote superficielle sur des torrents de boue qui se sont couls de la partie suprieure du cratre. J'ai vu dans une autre partie du mme cratre des rigoles concaves ouvertes, larges de 1 2 pieds, qui paraissent formes par le durcissement de la face infrieure d'un torrent de boue, au lieu de la surface suprieure comme dans le premier cas. D'aprs ces faits, je pense que le tuf a certainement coul l'tat de boue[11]. Cette boue peut avoir t forme soit dans l'intrieur du cratre, soit par des cendres dposes sur la partie suprieure de ses flancs et entranes ensuite par des torrents de pluie. Ce dernier mode de formation parat le plus vraisemblable pour la plupart des cas; cependant l'le James certaines couches du tuf de la varit friable s'tendent si uniformment sur une surface ingale, qu'il semble probable qu'elles ont t formes par la chute d'abondantes pluies de cendres. Dans l'intrieur du mme cratre, des strates de tuf grossier, formes principalement de fragments de lave, viennent butter contre les parois internes, comme un talus qui s'est consolid. Elles s'lvent la hauteur de 100 150 pieds au-dessus de la surface du lac sal intrieur; elles plongent vers le centre du cratre et sont inclines sous des angles variant de 30 36. Elles paraissent avoir t formes sous les eaux, probablement l'poque o la mer occupait la cavit du cratre. J'ai constat avec surprise que l'paisseur de couches qui offrent une inclinaison aussi forte n'augmentait pas vers leur extrmit infrieure, au moins sur toute la partie de leur longueur que j'ai pu suivre. _Bank's Cove_.--Ce port occupe en partie l'intrieur d'un cratre de tuf ruin, plus grand que celui que je viens de dcrire. Tout le tuf de ce cratre est compact et renferme de nombreux fragments de lave; il offre l'aspect d'un dpt qui s'est fait sous les eaux. Le trait le plus remarquable de ce cratre, c'est la grande extension des strates qui convergent vers l'intrieur sous une inclinaison trs prononce, comme dans le cas prcdent, et qui sont souvent disposes en couches irrgulires courbes. Ces couches intrieures convergentes, de mme que les bancs divergents qui constituent, proprement parler, le cratre, sont reprsents dans le croquis (fig. 13) donnant une coupe approximative des promontoires qui forment cette anse. Les couches internes et externes diffrent fort peu au point de vue de la composition; les premires ont t videmment formes par l'rosion, le transport et le dpt final des matriaux qui constituent les couches cratriformes externes. Le grand dveloppement de ces couches intrieures pourrait faire croire un observateur parcourant la priphrie du cratre qu'il s'agit d'une crte anticlinale circulaire forme de grs et de conglomrats stratifis. La mer attaque actuellement les couches intrieures et extrieures, ces dernires surtout, de sorte que d'ici quelque temps tout ce qui restera ce seront les couches intrieures, et l'interprtation de ces faits serait bien de nature embarrasser un gologue[12]. [Illustration: FIG. 13.--Coupe des promontoires qui forment Bank's Cove, montrant les strates divergentes qui constituent le cratre, et le talus couches convergentes. Le point culminant de ces collines est 817 pieds au-dessus du niveau de la mer.] ILE JAMES.--Parmi les cratres de tuf existant encore dans cette le, il n'y en a que deux qui mritent une description. L'un d'eux est situ un mille et demi de Puerto Grande, vers l'intrieur de l'le; il est circulaire et mesure environ un tiers de mille de diamtre, et 400 pieds de profondeur. Il diffre de tous les autres cratres de tuf que j'ai tudis en ce que la partie la plus profonde de sa cavit est forme, jusqu' la hauteur de 100 150 pieds, par un mur vertical de basalte, comme si le cratre s'tait fait jour au travers d'une nappe rocheuse compacte. La partie suprieure de ce cratre consiste en couches du tuf altr cassure semi-rsineuse que nous avons tudi plus haut. Son fond est occup par un lac d'eau sale peu profond recouvrant des couches de sel qui reposent sur un lit trs pais de boue noire. L'autre cratre, loign de quelques milles, n'est remarquable que par ses dimensions et parce qu'il est fort bien conserv. Son sommet est 1200 pieds au-dessus du niveau de la mer, et la cavit intrieure est profonde de 600 pieds. Ses flancs externes inclins offrent un aspect curieux d l'uniformit de la surface de ces grandes couches de tuf qui ressemblent un vaste pavement ciment. L'le Brattle est, je crois, le plus grand cratre de tuf qui existe dans l'archipel; son diamtre intrieur est de prs de 1 mille marin. Ce cratre, aujourd'hui en ruines, est dispos sur un arc de cercle qui mesure un peu plus d'une demi-circonfrence; il est ouvert du ct du sud, ses grandes dimensions sont probablement dues, pour une part notable, l'rosion de l'intrieur du cratre par l'action de la mer. _Segment d'un petit cratre basaltique_.--L'anse dsigne sous le nom de Fresh-water Bay, dans l'le James, est limite d'un ct par un promontoire qui constitue la dernire pave d'un grand cratre. Un segment, en forme de quart de cercle, ayant fait partie d'un petit centre d'ruption subordonn, se trouve dcouvert sur le rivage de ce promontoire. Il consiste en neuf petites coules de lave distinctes, accumules les unes au-dessus des autres, et en une sorte de pic colonnaire irrgulier, haut de 15 pieds environ, form de basalte celluleux brun-rougetre, et contenant en abondance de grands cristaux d'albite vitreuse et de l'augite fondue. Ce pic, avec quelques mamelons rocheux adjacents rpandus sur le rivage, reprsente l'axe du cratre. Les coules de lave peuvent tre suivies dans un petit ravin, perpendiculairement la cte, sur une longueur de 10 15 yards; elles sont caches ensuite sous des dbris. Le long du rivage on les voit sur un espace de prs de 80 yards, et je ne crois pas qu'elles s'tendent beaucoup plus loin. Les trois coules infrieures sont soudes ce pic, et sont lgrement recourbes au point de jonction, comme si elles se rpandaient encore par-dessus la lvre du cratre (ainsi qu'on le voit dans le croquis grossirement dessin (fig. no. 14) qui a t pris sur place). Les six coules suprieures taient, sans aucun doute, primitivement unies la mme colonne avant que celle-ci et t dmolie par la mer. La lave de ces coules a la mme composition que celle de la colonne, sauf que les cristaux d'albite ne paraissent pas tre rduits en fragments aussi petits, et que les grains d'augite fondue manquent. Chaque coule est spare de celle qui la surmonte par une couche, paisse de quelques pouces ou tout au plus de 1 2 pieds, de scories en fragments incohrents, produites sans doute par la friction des coules passant les unes au-dessus des autres. Toutes ces coules sont fort remarquables par leur faible paisseur. J'ai mesur soigneusement plusieurs d'entre elles et j'en ai trouv une de 8 pouces d'paisseur, mais elle tait recouverte sur les deux faces par une couche fortement adhrente d'une roche scoriace rouge, paisse de 3 pouces (comme cela se prsente pour toutes les coules); tout l'ensemble avait une paisseur de 14 pouces qui demeurait trs uniforme sur toute la longueur de la coupe. Une seconde coule n'avait que 8 pouces d'paisseur, en y comprenant les surfaces scoriaces infrieure et suprieure. Avant d'avoir vu cette coupe, je n'aurais pas cru possible que la lave pt se rpandre en nappes aussi uniformment minces sur une surface qui est loin d'tre unie. Ces petites coules ressemblent beaucoup par leur composition aux grands flots de lave de l'le Albemarle qui doivent avoir prsent, eux aussi, un haut degr de fluidit. [Illustration: FIG. 14--Segment d'un trs petit centre d'ruption sur le rivage de Fresh-water Bay.] _Fragments d'apparence platonique rejets par ce cratre_.--Dans la lave et dans les scories de ce petit cratre j'ai trouv plusieurs fragments qui, par leur forme anguleuse, leur structure grenue, leur fragilit, l'action calorifique qu'ils ont subie, et par l'absence de vacuoles, ressemblent beaucoup aux fragments de roches primitives que les volcans de l'le de l'Ascension rejettent quelquefois. Ces fragments consistent en albite vitreuse fortement use et clivages trs imparfaits, mlange d'un minral bleu d'acier en grains semi-arrondis, surface trouble et luisante. Les cristaux d'albite sont recouverts d'un oxyde de fer rouge qui semble tre un rsidu, et leurs plans de clivage sont parfois spars aussi par des couches excessivement fines de cet oxyde, dessinant sur le cristal des lignes semblables celles d'un micromtre de verre. Il n'y avait pas de quartz. Le minral bleu d'acier qui abonde dans la partie colonnaire, mais qui est absent dans les coules drivant de ce pic, offre l'aspect d'un corps qui a subi une fusion, et prsente rarement quelque trace de clivage. Pourtant j'ai pu dmontrer par une mesure prise sur un chantillon que c'tait de l'augite. Dans un autre fragment, qui se distinguait de ses congnres parce qu'il tait lgrement celluleux et passait graduellement la pte de la roche, les petits grains d'augite taient assez bien cristalliss. Quoiqu'il y ait, en apparence, une diffrence si considrable entre la lave des petites coules, spcialement entre leur crote scoriace rouge, et un de ces fragments anguleux rejets, que l'on pourrait prendre premire vue pour de la synite, je crois cependant que la lave a t forme par la fusion et le mouvement d'coulement d'une masse rocheuse dont la composition est absolument semblable celle de ces fragments. Outre le spcimen dont il vient d'tre question et o nous voyons un fragment devenir lgrement celluleux et se fondre dans la masse environnante, la surface de quelques-uns des grains d'augite bleu d'acier devient finement vacuolaire et passe la pte englobante; d'autres grains sont dans un tat intermdiaire. La pte semble consister en augite plus parfaitement fondue, ou, ce qui est plus probable, simplement modifie par le mouvement de la masse, lorsque ce minral tait l'tat visqueux, et mlange d'oxyde de fer et d'albite vitreuse rduite en trs petits fragments. C'est probablement pour cette raison que l'augite fondue, abondante dans le pic, disparat dans les coules. L'albite se trouve exactement au mme tat dans la lave et dans les fragments empts, sauf que la plupart des cristaux sont plus petits, mais ils paraissent moins abondants dans les fragments. Ceci pourrait cependant se produire naturellement par l'intumescence de la base augitique donnant lieu un accroissement apparent de son volume. Il est intressant de suivre ainsi les phases par lesquelles passe une roche grenue et compacte pour se transformer d'abord en une lave celluleuse pseudo-porphyrique et finalement en scories rouges. La structure et la composition des fragments empts montrent qu'ils ont t dtachs d'une roche primitive et ont subi des altrations considrables par l'action volcanique ou, plus probablement, qu'ils ont t arrachs la crote d'une masse de lave refroidie et cristallise, ultrieurement brise et refondue, et dont la crote a t attaque moins fortement que le reste de la masse par la nouvelle fusion et le nouveau mouvement qu'elle a subis. _Remarques finales sur les cratres de tuf_.--Ces cratres constituent le trait le plus frappant de la gologie de l'archipel, par la prsence d'une substance rsiniforme qui intervient pour une grande part dans leur composition, par leur structure, leur dimension et leur nombre. La plupart d'entre eux forment des lots spars ou des promontoires relis aux les principales, et ceux qui se trouvent actuellement une petite distance de la cte, dans l'intrieur des les, sont ruins et percs de brches comme s'ils avaient t exposs l'action de la mer. Je suis port conclure de cette condition gnrale de leur situation et de la faible quantit de cendres rejetes dans l'archipel, que le tuf a t form principalement par le broyage mutuel de fragments de lave dans l'intrieur de cratres en activit qui communiquaient avec la mer. Par l'origine et la composition du tuf, et par la prsence frquente d'un lac central d'eau sale et de couches de sel, ces cratres reprsentent, sur une grande chelle, les salses ou monticules de boue qui existent en grand nombre dans certaines rgions de l'Italie et dans d'autres contres[13]. Cependant les rapports plus intimes des cratres de cet archipel avec les phnomnes ordinaires de l'action volcanique sont mis en vidence par ces masses de basalte solidifi qui les remplissent quelquefois jusqu'au bord. Il semble fort singulier, premire vue, que dans tous les cratres forms de tuf le versant mridional soit, ou bien entirement dmoli et compltement emport, ou bien beaucoup moins lev que les autres versants. J'ai visit ou pris des renseignements sur vingt-huit de ces cratres; douze d'entre eux forment des lots spars[14] et se prsentent aujourd'hui l'tat de simples croissants entirement ouverts du ct du sud, avec, parfois, quelques pointes de rochers marquant leur circonfrence primitive; parmi les seize cratres restants, quelques-uns forment des promontoires, et d'autres sont situs dans l'intrieur des les, une faible distance du rivage; mais pour tous le flanc mridional est plus bas que les autres ou compltement dmoli. Pourtant le flanc septentrional de deux des seize cratres tait galement bas, tandis que les cts de l'est et de l'ouest taient intacts. Je n'ai rencontr ni entendu mentionner aucune exception la rgle d'aprs laquelle ces cratres sont ruins ou prsentent une paroi basse sur le ct qui fait face un point de l'horizon situ entre le sud-est et le sud-ouest. Cette rgle ne s'applique pas aux cratres forms de lave et de scories. L'explication en est simple: dans cet archipel la direction des vagues souleves par les vents alizs concide avec celle de la houle venant des rgions loignes de l'ocan largement ouvert (contrairement ce qui se passe dans plusieurs parties du Pacifique) et attaquent la cte mridionale de toutes les les, avec leurs forces runies; il en rsulte que le versant mridional est invariablement plus escarp que le versant septentrional, mme quand il est form compltement de roches basaltiques dures. Comme les cratres de tuf sont constitus par une matire tendre, et que probablement ils ont tous ou presque tous travers une priode d'immersion, il n'est pas tonnant qu'ils montrent invariablement les effets de cette grande puissance rosive sur ceux de leurs flancs qui s'y sont trouvs exposs. Il est probable, d'aprs l'tat ruin d'un grand nombre d'entre eux, que plusieurs autres cratres ont t entirement dmolis par la mer. Nous n'avons aucune raison de supposer que les cratres constitus par des scories et des laves ont t forms dans la mer, et cela nous montre pourquoi la rgle ne leur est pas applicable. Nous avons montr qu' l'Ascension les orifices des cratres, qui sont tous d'origine terrestre, ont t attaqus par les vents alizs; ce mme agent peut contribuer galement ici abaisser, ds le moment de leur formation, les flancs exposs au vent dans certains de ces cratres. _Composition minralogique des roches_.--Dans les les septentrionales, les laves basaltiques paraissent gnralement contenir plus d'albite que dans la moiti mridionale de l'archipel; mais presque toutes les coules en renferment une quantit plus ou moins grande. L'albite est associe assez souvent l'olivine. Je n'ai observ de cristaux dterminables d'augite ou de hornblende dans aucun chantillon, l'exception des grains fondus contenus dans les fragments rejets et dans le pic du petit cratre dcrit plus haut. Je n'ai rencontr aucun spcimen de vrai trachyte, quoique quelques-unes des laves les plus ples prsentent une certaine ressemblance avec cette roche lorsqu'elles contiennent en abondance de grands cristaux d'albite vitreuse et rude au toucher; mais la pte est toujours fusible en mail noir. Ainsi que nous l'avons constat plus haut, les lits de cendres et les scories rejetes au loin manquent presque toujours; et je n'ai vu ni un fragment d'obsidienne ni de pierre ponce. Von Buch[15] croit que l'absence de ponce sur l'Etna provient de ce que le feldspath y appartient la varit Labrador; si la prsence de la ponce dpend de la nature du feldspath, il est singulier qu'elle manque dans cet archipel et abonde dans les Cordillres de l'Amrique mridionale, puisque dans ces deux rgions le feldspath appartient la varit albitique. Par suite de l'absence des cendres, et de la nature gnralement inaltrable des laves de cet archipel, les les se couvrent lentement d'une maigre vgtation et le paysage prsente un aspect dsol et sinistre. _Soulvement de la rgion_.--Les preuves du soulvement de la contre sont rares et peu nettes. J'ai remarqu l'le Chatham de grands blocs de lave ciments par une matire calcaire qui contenait des coquilles rcentes; mais ils se trouvaient la hauteur de quelques pieds seulement au-dessus de la laisse de haute mer. Un des officiers m'a donn des fragments de coquilles qu'il avait trouves plusieurs centaines de pieds au-dessus de la mer, emptes dans le tuf de deux cratres fort loigns l'un de l'autre. Il est possible que ces fragments aient t ports l'altitude qu'ils occupent aujourd'hui, par une ruption de boue; mais comme sur l'un des cratres ils taient associs des coquilles d'hutres brises constituant en quelque sorte un banc, il est plus vraisemblable que le tuf a t soulev en masse avec les coquilles. Les spcimens sont en si mauvais tat que tout ce qu'on peut y reconnatre, c'est qu'ils appartiennent des genres marins rcents. Dans l'le Charles, j'ai observ une ligne de grands blocs arrondis, entasss au sommet d'une falaise verticale, 15 pieds au-dessus de la ligne o la mer s'lve aujourd'hui pendant les temptes les plus violentes. Ce fait semblait d'abord constituer une preuve vidente du soulvement de la rgion, mais il tait absolument dcevant, car je constatai plus tard sur une partie voisine de la mme cte, et j'appris de tmoins oculaires, que partout o une coule rcente de lave forme un plan inclin uni en entrant dans la mer, les vagues, durant les temptes, _font rouler des blocs arrondis_ jusqu' une grande hauteur au-dessus de la limite de leur action ordinaire. Comme la petite falaise est forme ici par une coule de lave qui avant d'avoir t dmolie devait plonger dans la mer en lui prsentant une surface doucement incline, il est possible, ou plutt il est probable que les blocs arrondis qui gisent maintenant son sommet soient simplement les restes de ceux qui ont t levs leur altitude actuelle en _roulant_ sur le plan inclin pendant les temptes. _Direction des fentes d'ruption_.--Dans cet archipel, les orifices volcaniques ne peuvent pas tre considrs comme distribus au hasard. Trois grands cratres de l'le Albemarle forment une ligne nette qui s'tend du N.-N.-W. au S.-S.-E. L'le Narborough et le grand cratre situ dans la partie rectangulaire de l'le Albemarle dessinent une seconde ligne parallle la premire. Vers l'est, l'le Hood dtermine, avec les les et les rochers qui sont situs entre elle et l'le James, une autre ligne presque parallle, dont le prolongement passe par les les Culpepper et Wenman situes 70 milles au nord. Les autres les, qui se trouvent plus l'est, forment une quatrime ligne moins rgulire. Plusieurs d'entre elles et les orifices volcaniques de l'le Albemarle sont disposs de telle sorte qu'ils se trouvent sur une srie de lignes approximativement parallles, coupant les premires lignes angles droits; il en rsulte que les principaux cratres paraissent tre situs aux points o deux sries de fissures se croisent. Les les elles-mmes, l'exception de l'le Albemarle, ne sont pas allonges dans le mme sens que les lignes sur lesquelles elles se trouvent. L'orientation de ces les est peu prs la mme que celle qui domine d'une manire si remarquable dans les nombreux archipels de l'ocan Pacifique. Je dois faire observer, enfin, que dans les les Galapagos il n'y a pas de cratre qui domine les autres, c'est--dire d'orifice volcanique principal beaucoup plus lev que tous les autres cratres, comme on le remarque dans plusieurs archipels volcaniques; le cratre le plus lev est le grand remblai situ l'extrmit sud-ouest de l'le Albemarle, et qui ne dpasse que de 1.000 pieds seulement plusieurs autres cratres voisins. Notes: [1] Je ne comprends pas dans cette valuation les petites les volcaniques de Culpepper et de Wenman, situes 70 milles au nord du groupe. On voit des cratres dans toutes les les de l'archipel, sauf dans l'le Towers, qui est l'une des plus basses; cette le est forme, cependant, de roches volcaniques. [2] Les concrtions contenant de la chaux, que j'ai dcrites l'Ascension comme formes dans un lit de cendres, offrent un certain degr de ressemblance avec cette substance, mais leur cassure n'est pas rsineuse. J'ai trouv galement Sainte-Hlne des veines d'une substance plus ou moins semblable; elle tait compacte mais non rsineuse, et se prsentait dans un lit de cendres ponceuses qui ne contenait probablement pas de matire calcaire: l'action de la chaleur n'avait pu intervenir dans aucun de ces deux cas. [3] Les gologues qui restreignent le terme de tuf aux cendres blanches provenant de la trituration de laves feldspathiques, donneraient le nom de peperino ces couches colores en brun. [4] M. Elie de Beaumont a dcrit (_Mmoires pour servir_, etc., t. VI, p. 113) plusieurs petits cirques d'boulement qu'on observe sur l'Etna et dont l'origine est connue historiquement, au moins pour quelques-uns d'entre eux. [5] Sir G. Mackensie (_Travels in Iceland_, p. 389 392) a dcrit une plaine de lave s'tendant au pied de l'Hcla, et qui est souleve de tous cts en grandes bulles ou grandes ampoules. Sir George rapporte que cette lave caverneuse constitue la couche superficielle. Le mme fait est affirm par Von Buch (_Description des les Canaries_, p. 139) au sujet de la coule basaltique qui se trouve prs de Rialejo Tnrife. Il semble singulier que les coules suprieures soient plus caverneuses que les autres, car on ne voit aucune raison pour que les coules, tant les plus leves que les plus infrieures, n'aient pas toutes subi une action identique, des poques diffrentes.--Les coules infrieures se sont-elles rpandues sous la mer, et ont-elles t comprimes par sa pression au point de s'aplatir, postrieurement au passage des masses gazeuses qui les ont traverses? [6] Dans les Cordillres du Chili j'ai vu des laves ressemblant beaucoup cette varit de l'archipel des Galapagos. Elle renfermait pourtant, outre l'albite, des cristaux d'augite nettement forms, et la pte offrait une couleur un peu plus ple, due peut-tre l'agrgation des particules augitiques. Je dois faire remarquer ici que, dans tous les cas dont il s'agit, je dsigne sous le nom d'albite les cristaux de feldspath dont les clivages, mesurs au goniomtre rflexion, rpondent ceux de ce minral. Cependant, comme on a dcouvert dans ces derniers temps que d'autres espces de la mme famille prsentent des clivages trs voisins de ceux de l'albite, cette dtermination doit tre considre comme purement provisoire. J'ai tudi les cristaux contenus dans les laves de diverses parties de l'archipel des Galapagos, et j'ai reconnu que, sauf quelques cristaux provenant d'un seul point de l'le James, ils ne prsentaient jamais les clivages de l'orthose ou feldspath potassique. [7] _Description des Isles Canaries_, p. 295. [8] De Humboldt rapporte qu'il prit pour de l'olivine un minral augitique vert, que l'on trouve dans les roches volcaniques de la Cordillre de Quito. [9] La forme irrgulire et anguleuse des vacuoles est probablement due la manire irrgulire dont cde la pression des gaz une masse forme de cristaux solides et de pte visqueuse en proportions peu prs gales. Comme on pouvait s'y attendre, il semble certain que, dans la lave qui a possd une grande fluidit ou un grain uniforme, les vacuoles sont sphriques et leurs parois intrieures lisses. [10] Un spcimen de lave basaltique renfermant quelques petits cristaux d'albite briss, et qui m'a t donn par un des officiers, mrite peut-tre une description. Il consiste en ramifications cylindriques, dont quelques-unes n'ont que 1/20e de pouce de diamtre et sont tires en pointes trs aigus. La masse n'a pas t forme, comme une stalactite, car les pointes sont diriges tantt vers le haut, tantt vers le bas. Des globules dont le diamtre n'est que de 1/40e de pouce sont tombs de quelques-unes des pointes et adhrent aux ramifications voisines. La lave est vsiculaire, mais les vacuoles n'atteignent jamais la surface des branches, qui sont unies et luisantes. Comme on croit gnralement que les vacuoles sont toujours allonges suivant la direction du mouvement de la masse fluide, je dois faire observer que toutes les vacuoles sont sphriques dans ces branches cylindriques dont le diamtre varie de 1/4 1/20e de pouce. [11] Cette conclusion offre un certain intrt parce que M. Dufrnoy (_Mmoires pour servir_, etc., t. IV, p. 274) a soutenu que le Monte Nuovo et d'autres cratres de l'Italie mridionale ont t forms par soulvement, en s'appuyant sur le fait que des couches de tuf, d'une composition probablement semblable celle du tuf dcrit plus haut, y sont inclines sous des angles de 18 20. En prsence des faits que nous avons cits relativement la disposition en vote des ctes spares, et ce que les tufs ne s'tendent pas en nappes horizontales autour de ces collines cratriformes, personne ne supposera que les couches ont t formes ici par soulvement; nous voyons cependant que leur inclinaison dpasse 20, et atteint mme souvent 30. Les strates consolides du talus interne plongent galement d'un angle suprieur 30, comme nous allons le montrer l'instant. [12] Je crois que ce fait se prsente actuellement aux les Aores o le Dr Webster (_Description_, p. 185) a dcrit une petite le en forme de bassin, constitue par des _couches de tuf_ plongeant vers l'intrieur et limites extrieurement par des falaises escarpes dcoupes par la mer. Le Dr Daubeny suppose (_On Volcanoes_, p. 266) que cette cavit a t forme par un affaissement circulaire. Il me parat beaucoup plus vraisemblable que nous sommes ici en prsence de couches dposes primitivement dans la cavit d'un cratre dont les parois externes ont t enleves plus tard par rosion marine. [13] _Trait de Gognosie_ de D'Aubuisson, t. I, p. 189. Je dois faire observer que j'ai vu Terceira, aux les Aores, un cratre de tuf ou peperino ressemblant beaucoup ceux de l'archipel des Galapagos. On en rencontre de semblables aux les Sandwich, d'aprs la description qu'en donne le _Voyage de Freycinet_, et il est probable qu'il existe des cratres de ce genre dans plusieurs autres contres. [14] Ce sont: les trois lots de Crossman dont le plus grand a 600 pieds de haut; l'le Enchante; l'le Gardner (760 pieds de hauteur); l'le Champion (331 pieds de hauteur); l'le Enderby; l'le Brattle; deux lots voisins de l'le Infatigable, et un lot situ prs de l'le James. Un second cratre voisin de l'le James (avec un lac sal au centre) prsente du ct du sud une paroi haute de 20 pieds seulement, tandis que les autres parties de la circonfrence atteignent 300 pieds de hauteur. [15] _Description des les Canaries_, p. 328. CHAPITRE VI TRACHYTE ET BASALTE.--DISTRIBUTION DES ILES VOLCANIQUES Descente des cristaux au sein de la lave liquide.--Poids spcifique des lments constituants du trachyte et du basalte; leur sparation subsquente.--Obsidienne.--Mlange apparent des lments des roches plutoniques.--Origine des dikes de trapp plutoniques.--Distribution des les volcaniques; leur prdominance dans les grands ocans.--Elles sont gnralement disposes en lignes.--Les volcans centraux de Von Buch sont problmatiques.--Iles volcaniques bordant des continents.--Anciennet des les volcaniques et leur soulvement en masse.--Eruptions sur des lignes de fissure parallles durant une mme priode gologique. _Sparation des minraux constituants de la lave suivant leur poids spcifique_.--Un des cts de Fresh-water Bay, l'le James, est form des dbris d'un grand cratre, dont nous avons parl dans le chapitre prcdent, et dont l'intrieur a t combl par une coule de basalte prsentant une puissance de 200 pieds environ. Ce basalte, de couleur grise, contient une grande quantit de cristaux d'albite vitreuse, qui deviennent beaucoup plus nombreux encore dans sa partie infrieure et scoriace. C'est le contraire qu'on se serait attendu voir, car, si l'origine les cristaux avaient t rpandus uniformment dans toute la masse, l'expansion plus considrable subie par cette partie scoriace infrieure aurait d faire paratre plus petit le nombre des cristaux qui s'y trouvent. Von Buch[1] a dcrit une coule d'obsidienne du Pic de Tnrife, dans laquelle les cristaux de feldspath deviennent de plus en plus nombreux au fur et mesure que la profondeur ou l'paisseur augmente, de sorte que, prs de la surface infrieure de la coule, la lave ressemble mme une roche primitive. Von Buch constate, en outre, que M. Dre a trouv par ses expriences sur la fusion de la lave que les cristaux de feldspath tendaient toujours descendre au fond du creuset. Je crois qu'il n'est pas douteux que dans ces exemples les cristaux descendent sollicits par leur poids[2]. Le poids spcifique du feldspath varie[3] de 2,4 2,58, tandis que celui de l'obsidienne parait tre ordinairement 2,3 2,4; et il serait probablement moindre si la roche tait l'tat liquide, ce qui faciliterait la descente des cristaux de feldspath. A l'le James, les cristaux d'albite, quoique incontestablement moins lourds que le basalte gris aux endroits o il est compact, peuvent facilement avoir un poids spcifique suprieur celui de la masse scoriace, qui est forme de lave fondue et de bulles de gaz surchauffs. La chute des cristaux au sein d'une substance visqueuse comme celle des roches fondues, et qui est incontestablement dmontre par les expriences de M. Dre, mrite un examen plus attentif, car ce phnomne claire le problme de la sparation des laves trachytiques et basaltiques. M.P. Scrope a tudi cette question, mais il parat n'avoir eu connaissance d'aucun fait positif, comme ceux que je viens de signaler, et il a perdu de vue un facteur qui me semble indispensable dans l'tude du phnomne, c'est--dire l'existence l'tat de globules ou de cristaux tantt du minral le moins dense et tantt du minral le plus dense. Il est difficilement admissible que la faible diffrence de densit des particules spares infiniment petites de feldspath, d'augite ou de quelque autre minral, suffise vaincre le frottement produit par leur mouvement au sein d'une substance dont la fluidit est imparfaite, telle qu'une roche en fusion; mais, si les molcules d'un quelconque de ces minraux se sont runies en cristaux ou en granules pendant que les autres conservaient l'tat liquide, on comprend facilement que la descente ou le flottage des minraux auront t notablement facilits par suite de l'attnuation du frottement. D'un autre ct, si tous les minraux ont pris l'tat grenu au mme instant, il est peu prs impossible qu'une sparation quelconque ait pu s'oprer, cause de la rsistance qu'ils devaient s'offrir mutuellement. On a fait dernirement une dcouverte pratique importante qui montre le rle que joue l'tat grenu d'un lment contenu dans une masse fluide en favorisant la sparation de cette substance. Quand on agite d'une manire ininterrompue, pendant son refroidissement, du plomb fondu contenant une faible proportion d'argent, il devient grenu, et ces grains ou cristaux imparfaits de plomb presque pur descendent au fond du creuset en abandonnant un rsidu de mtal fondu beaucoup plus riche en argent; tandis que si on laisse reposer le mlange en le maintenant l'tat liquide pendant un certain temps, les deux mtaux ne montrent aucune tendance se sparer[4]. L'agitation parat n'avoir d'autre effet que de provoquer la formation des grains spars. Le poids spcifique de l'argent est 10,4 et celui du plomb 11,35; le plomb grenu qui tombe au fond du creuset n'est jamais absolument pur, et le rsidu mtallique liquide ne contient, au maximum, que 1/119 d'argent. Puisque la diffrence de densit due la proportion trs ingale suivant laquelle les deux mtaux sont mlangs, est si excessivement faible, il est probable que celle qui existe entre le plomb liquide et le plomb grenu quoique encore chaud, intervient pour une grande part dans l'acte de la sparation. D'aprs ces faits, si un des minraux constitutifs d'une masse rocheuse volcanique liqufie qui repose pendant un certain temps sans subir aucune agitation violente, s'agrge en cristaux ou en grains, ou s'il a t arrach en cet tat quelque roche plus ancienne, nous pouvons nous attendre ce que ces cristaux ou ces grains flotteront des niveaux plus ou moins levs suivant leur poids spcifique relatif. Or, nous avons la preuve vidente que des cristaux ont t empts dans un grand nombre de laves pendant que la pte ou la base demeurait fluide. Il me suffira de rappeler comme exemples les diverses grandes coules pseudo-porphyritiques des les Galapagos, et les coules trachytiques de diverses rgions, dans lesquelles nous trouvons des cristaux de feldspath ploys et briss par le mouvement de la masse semi-liquide environnante. Les laves sont composes, en majeure partie, de trois varits de feldspath, dont la densit oscille entre 2,4 et 2,74; de hornblende et d'augite, allant de 3 3,4, d'olivine variant de 3,3 3,4 et enfin d'oxydes de fer avec un poids spcifique de 4,8 5,2. Il en rsulte que les cristaux de feldspath nageant dans une lave liquide mais peu vsiculaire, tendront s'lever vers la surface, et que les cristaux ou les grains des autres minraux tendront descendre. Nous ne devons pas nous attendre cependant constater une sparation parfaite au sein de substances aussi visqueuses. Le trachyte, qui consiste principalement en feldspath avec un peu de hornblende et d'oxyde de fer, a un poids spcifique d'environ 2,45[5], tandis que le basalte, compos en majeure partie d'augite et de feldspath, auquel s'ajoute souvent une forte proportion de fer et d'olivine, atteint une densit de 3,0. Consquemment nous remarquons que dans les endroits o des coules basaltiques et trachytiques ont t mises d'un mme cratre, les coules de trachyte ont gnralement fait ruption les premires, parce que, comme nous devons le supposer, la lave fondue appartenant cette srie s'tait accumule la partie suprieure du foyer volcanique. Cette succession a t observe par Beudant, Scrope et d'autres auteurs, et j'en ai donn trois exemples dans cet ouvrage. Pourtant, comme les dernires ruptions d'un grand nombre de volcans se sont fait jour au travers des parties infrieures de ces montagnes, par suite de l'accroissement de la hauteur et du poids de la colonne interne de roche fondue, nous voyons pourquoi dans la plupart des cas les flancs infrieurs des masses trachytiques centrales sont seuls envelopps de coules basaltiques. Peut-tre la sparation des lments d'une masse lavique s'opre-t-elle quelquefois dans l'intrieur d'une montagne volcanique, dont la hauteur et les autres dimensions sont suffisamment grandes, au lieu de se faire dans le foyer souterrain. Dans ce cas, des coules de trachyte provenant du sommet de ce volcan, et des coules de basalte manes de sa base peuvent tre jacules presque simultanment ou des intervalles trs rapprochs; c'est ce qui parat s'tre produit Tnrife[6]. Il me suffira de faire remarquer en outre que, naturellement, la sparation des deux sries doit souvent tre entrave par suite de bouleversements violents, mme quand les conditions lui sont favorables, et que, de mme, leur ordre d'ruption ordinaire doit tre interverti. En bien des cas, peut-tre, les laves basaltiques ont seules atteint la surface, cause du haut degr de fluidit de la plupart d'entre elles. Nous avons vu dans l'exemple dcrit par Von Buch que des cristaux de feldspath descendent au sein de l'obsidienne vers la partie infrieure de la masse, parce que leur poids spcifique est plus lev, comme on le sait, que celui de cette roche; nous pouvons donc nous attendre constater dans toute rgion trachytique o l'obsidienne a coul l'tat de lave, qu'elle a t mise par les orifices suprieurs, ou occupant la plus grande altitude. D'aprs Von Buch, ce fait se confirme d'une manire remarquable, tant aux les Lipari qu'au pic de Tnriffe. En ce dernier point l'obsidienne ne s'est jamais coule par des orifices situs moins de 9.200 pieds de hauteur. L'obsidienne parat avoir t jacule aussi par les pics les plus levs de la Cordillre pruvienne. Je me borne faire observer, en outre, que le poids spcifique du quartz varie de 2,6 2,8, et que par consquent, lorsque ce minral existe dans un foyer volcanique, il ne doit pas tendre descendre avec la masse fondamentale basaltique; ceci explique peut-tre la prsence frquente et l'abondance du quartz au sein des laves trachytiques, dj signales plusieurs reprises dans cet ouvrage. Peut-tre objectera-t-on la thorie que je viens d'exposer le fait que les roches plutoniques ne sont pas divises en deux sries nettement distinctes et de pesanteur spcifique diffrente, quoiqu'elles aient pass par l'tat liquide comme les roches volcaniques. Pour rpondre cette objection, il convient de faire remarquer d'abord qu'aucune preuve ne dmontre que les atomes d'un quelconque des minraux constitutifs des roches plutoniques se soient agrgs, tandis que les autres minraux restaient fluides, ce qui est une condition presque indispensable de leur sparation, comme nous nous sommes efforcs de le prouver; au contraire, les cristaux se sont mouls gnralement les uns sur les autres[7]. En second lieu, le calme absolu qui a prsid, selon toute probabilit, au refroidissement des masses plutoniques ensevelies de grandes profondeurs, devait tre trs probablement fort dfavorable la sparation de leurs minraux constitutifs, car, si la force attractive qui rapproche les molcules des divers minraux pendant le refroidissement progressif de la masse est suffisante pour les maintenir runies, le frottement entre ces cristaux demi forms ou ces globules pleux doit empcher les plus lourds d'entre eux de descendre au fond du bain et les plus lgers de monter. D'autre part, les petites perturbations qui doivent probablement se produire dans la plupart des foyers volcaniques, et qui ne suffiraient pas, comme nous l'avons vu, empcher la sparation de grains de plomb dans un mlange de plomb et d'argent en fusion ou de cristaux de feldspath dans une coule de lave, pourraient pourtant amener la rupture et une nouvelle fusion des globules les moins bien forms, permettant aux cristaux les mieux forms, et qui pour cette raison ne se brisent pas, de descendre ou de monter suivant leur pesanteur spcifique. Quoiqu'on ne constate pas dans les roches plutoniques l'existence des deux types distincts correspondant aux sries trachytique et basaltique, j'ai lieu de croire qu'il s'est produit souvent une sparation plus ou moins prononce de leurs parties constitutives. Je souponne qu'il doit en tre ainsi, parce que j'ai observ la grande frquence avec laquelle des dikes de greenstone et de basalte coupent les formations tendues de granit et de roches mtamorphiques qui s'y rattachent. Je n'ai jamais tudi un district d'une rgion granitique tendue sans y dcouvrir des dikes; je puis citer comme exemples les nombreux dikes de trapp que l'on rencontre dans plusieurs provinces du Brsil, du Chili, de l'Australie, et au cap de Bonne-Esprance; de mme, il existe un grand nombre de dikes dans les vastes contres granitiques de l'Inde, du nord de l'Europe et d'autres pays. D'o le greenstone et le basalte qui forment ces dikes sont-ils venus? Devons-nous supposer, avec quelques anciens gologues, qu'une zone de trapp s'tend uniformment sous les roches granitiques qui, suivant l'tat actuel de nos connaissances, constituent la base de l'corce du globe? N'est-il pas plus vraisemblable de croire que ces dikes sont dus des fissures sillonnant des roches granitiques et mtamorphiques imparfaitement refroidies, dont les lments les plus fusibles consistant surtout en hornblende ont t en quelque sorte sollicits monter dans ces fissures? A Bahia, au Brsil, j'ai vu dans une contre de gneiss et de greenstone primitif, de nombreux dikes constitus par une roche augite de couleur fonce (car un cristal que j'ai dtach appartenait incontestablement ce minral), ou par une roche amphibolique forme, comme plusieurs preuves le dmontraient clairement, avant la solidification de la masse environnante, ou ayant subi plus tard un ramollissement complet simultanment avec cette masse[8]. Des deux cts de l'un de ces dikes le gneiss tait pntr, la profondeur de plusieurs yards, par de nombreux fils ou stries curvilignes d'une matire teinte fonce et dont la forme ressemblait celle des nuages dsigns sous le nom de cirrhi-comae; on pouvait suivre quelques-uns de ces filaments jusqu' leur point de jonction avec le dike. Lorsque je les examinai, il me parut douteux que des veines aussi fines et aussi curvilignes aient pu tre injectes, et je crois maintenant, qu'au lieu d'avoir t injectes par le dike, elles ont t, au contraire, comme ses vaisseaux nourriciers. Si on admet comme vraisemblable cette thorie sur l'origine des dikes de trapp dans des rgions granitiques trs tendues, et loin de roches appartenant quelque autre srie, nous pouvons admettre aussi que, quand une grande masse de roche plutonique est pousse par des efforts rpts dans l'axe d'une chane de montagnes, ses lments les plus liquides peuvent s'couler dans des abmes profonds et inconnus, pour tre ultrieurement ramens, peut-tre, la surface sous forme de masses injectes de greenstone, de porphyre augitique[9] ou d'ruptions basaltiques. La plupart des difficults que les gologues ont rencontres en comparant les roches volcaniques et plutoniques au point de vue de leur composition se trouvent rsolues, je pense, si nous pouvons admettre que ces lments relativement lourds et fusibles qui composent les roches basaltiques et trappennes, ont t partiellement limins du plus grand nombre des masses plutoniques. _Distribution des les volcaniques_.--Au cours de mes recherches sur les rcifs coralliens, j'ai eu l'occasion de consulter les crits d'un grand nombre de voyageurs, et j'ai t constamment frapp du fait, qu' peu d'exceptions prs, les les innombrables qui parsment le Pacifique, l'ocan Indien et l'Atlantique sont formes soit de roches volcaniques, soit de roches coralliennes rcentes. Citer une longue liste de toutes les les volcaniques serait fastidieux, mais il est facile d'numrer les exceptions que j'ai rencontres. Dans l'Atlantique nous avons les rochers de Saint-Paul dcrits dans cet ouvrage, et les les Falkland formes de schiste quartzeux et argileux; mais ces dernires les sont fort grandes et ne sont pas trs loignes de la cte de l'Amrique mridionale[10]. Dans l'ocan Indien, les Seychelles (situes sur une ligne qui prolonge Madagascar) consistent en granite et en quartz. Dans l'ocan Pacifique, la Nouvelle-Caldonie, qui est une grande le, appartient (pour autant que sa constitution soit connue) la classe des roches primitives; la Nouvelle-Zlande, qui possde beaucoup de roches volcaniques et quelques volcans en activit, est trop tendue pour que nous puissions la ranger parmi les petites les dont nous nous occupons en ce moment. La prsence de quelques roches non volcaniques, telles que des schistes argileux dans trois des Aores[11], de calcaire tertiaire Madre, de schiste argileux l'le Chatham dans le Pacifique, ou de lignite l'le de Kerguelen, ne doit pas faire exclure ces les ou ces archipels de la classe des les volcaniques, si elles sont formes principalement de matires ruptives. La constitution de ces nombreuses les qui parsment les grands ocans, tant presque toujours volcanique ces rares exceptions prs, se rattache videmment la loi suivant laquelle presque tous les volcans actifs forment des les ou sont situs prs du rivage de la mer; elle est un effet des phnomnes chimiques ou mcaniques qui ont dtermin cette rpartition des volcans. Le fait que les les ocaniques sont si gnralement volcaniques est intressant aussi au point de vue de la nature des chanes de montagnes de nos continents, qui, peu d'exceptions prs, ne sont pas volcaniques, quoique cependant nous ayons des raisons de supposer qu'un ocan s'tendait autrefois sur l'espace occup aujourd'hui par les continents. Nous sommes amens nous demander si les ruptions volcaniques se produisent plus facilement au travers des fissures qui se sont formes pendant les premires phases de la transformation du lit de la mer en une surface terrestre. Quand on examine les cartes des nombreux archipels volcaniques, on voit que les les sont ordinairement disposes en ranges, simples, doubles ou triples, suivant des lignes souvent lgrement courbes[12]. Chacune des les du groupe est arrondie, ou plus ordinairement allonge dans le mme sens que le groupe dont elle fait partie, mais parfois transversalement cette direction. Certains groupes dont l'allongement n'est pas fortement accentu offrent peu de symtrie dans leurs formes; M. Virlet[13] constate que ce cas se prsente pour l'archipel grec; je suis port penser (car je sais combien il est facile de se tromper en ces matires) que les orifices volcaniques sont ordinairement aligns suivant une mme droite ou sur une srie de lignes parallles peu longues, coupant presque angle droit une autre ligne ou une autre srie de lignes. L'archipel des Galapagos offre un exemple de cette structure, car la plupart des les et les principaux cratres situs dans les plus grandes d'entre elles sont groups de manire se disposer sur un systme de lignes orient N.-N.-W. et sur un autre systme dirig W.-S.-W.; nous trouvons une structure du mme genre, mais plus simple, dans l'archipel des Canaries. Dans le groupe du Cap Vert qui parat tre le moins symtrique de tous les archipels ocaniques de nature volcanique, une ligne dessine par plusieurs les et courant N.-W.-S.-E. couperait presque angle droit, si on la prolongeait, une courbe jalonne par les autres les. Von Buch[14] a class tous les volcans en deux catgories: les _volcans centraux_ autour desquels des ruptions se sont produites en grand nombre, de tous cts, d'une manire presque rgulire, et les _chanes volcaniques_. Dans les exemples que l'auteur donne pour les volcans de la premire catgorie je ne puis dcouvrir, au point de vue de leur situation, aucune raison qui justifie la qualification de centraux, et il n'existe, mon avis, aucune diffrence essentielle de constitution minralogique entre les volcans centraux et les chanes volcaniques. Sans doute, dans la plupart des petits archipels volcaniques l'une des les peut tre beaucoup plus leve que les autres; de mme que dans une le donne un des orifices est gnralement plus haut que tous les autres, quelle que puisse tre la cause de ce fait. Von Buch ne range pas dans sa classe des chanes volcaniques, de petits archipels dont il admet que les les sont alignes, comme il le fait pour les Aores, mais il est difficile de croire qu'il existe quelque diffrence essentielle entre les chanes volcaniques plus ou moins allonges. Si l'on jette un coup d'oeil sur une mappemonde, on constate combien sont parfaites les transitions qui unissent de petits groupes d'les volcaniques alignes aux sries presque ininterrompues d'archipels se suivant en ligne droite, et finalement une grande muraille comme la Cordillre amricaine. Von Buch soutient[15] que des chanes volcaniques couronnent des chanes de montagnes de formation primitive, ou sont en rapport intime avec elles; mais si, dans le cours des temps, des archipels allongs sont transforms en chanes de montagnes sous l'action prolonge des forces de soulvement et ruptives, il en rsultera naturellement que les roches primitives infrieures seront souvent souleves et deviendront visibles. Quelques auteurs ont fait remarquer que les les volcaniques sont rpandues, quoiqu' des distances trs ingales, le long des rivages des grands continents, comme si elles taient, jusqu' un certain point, en rapport avec eux. Pour l'le de Juan Fernandez, situe 330 milles de la cte du Chili, il existait indubitablement un rapport entre les forces volcaniques agissant sous cette le et celles qui agissaient sous le continent, comme cela a t montr par le tremblement de terre de 1835. En outre, les les de quelques-uns des petits groupes volcaniques bordant des continents, comme nous venons de le dire, sont situes sur des lignes qui prsentent une relation avec la direction que suivent les rivages voisins. Je citerai comme exemples les lignes d'intersection aux archipels des Galapagos et du Cap Vert, et la ligne la mieux dfinie des les Canaries. Si ces faits ne sont pas purement fortuits, nous voyons qu'un grand nombre d'les volcaniques parpilles et de petits groupes sont mis en rapport avec les continents voisins, non seulement par leur proximit, mais encore par la direction des fentes d'ruption, relation que Von Buch considre comme caractristique pour ses grandes chanes volcaniques. Dans les archipels volcaniques il est rare que les cratres soient en activit la fois dans plus d'une le, et les grandes ruptions ne se produisent d'habitude qu' de longs intervalles. En considrant le grand nombre de cratres que chaque le d'un groupe porte habituellement et la quantit norme de matires qu'ils ont mises, on est port attribuer une trs grande anciennet ces groupes, mme ceux dont l'origine parat relativement rcente, comme l'archipel des Galapagos. Cette conclusion concorde avec l'rosion prodigieuse que l'action lente de la mer doit avoir fait subir leurs ctes, primitivement inclines en pente douce et qui ont d, si souvent, reculer en se transformant en hautes falaises. Nous ne devons pas croire, cependant, que la masse entire des matires qui forment une le volcanique ait t toujours mise au niveau qu'elle occupe actuellement; le grand nombre de dikes qui semblent invariablement sillonner l'intrieur de tout volcan prouve, d'aprs les principes exposs par M. lie de Beaumont, que la masse entire a t souleve et fissure. En outre, je crois avoir dmontr dans mon travail sur les rcifs coralliens, qu'il existe un rapport entre les ruptions volcaniques et les soulvements contemporains s'oprant en masse[16] et qui est attest tant par la prsence frquente de dbris organiques soulevs que par la structure des rcifs coralliens tablis sur les roches volcaniques. Je dois faire observer enfin que des ruptions se sont produites dans un mme archipel, depuis le commencement des temps historiques, sur plus d'une des lignes de fissure parallles; ainsi dans l'archipel des Galapagos on a signal les ruptions d'un cratre de l'le Narborough et d'un cratre de l'le Albemarle, qui ne se trouvent pas sur la mme ligne; aux les Canaries des ruptions se sont produites Tnriffe et Lanzarote; et aux Aores sur les trois lignes parallles de Pico, de Saint-Georges et de Terceira. Ce fait me parat intressant si nous admettons qu'il n'existe d'autre diffrence essentielle entre une chane de montagnes et un volcan que celle qui distingue une injection de roches plutoniques d'une jaculation de matires volcaniques, car il nous permet d'admettre comme probable que lors du soulvement des chanes de montagnes deux ou plusieurs des lignes parallles d'une chane puissent avoir t souleves et injectes pendant une mme priode gologique. Notes: [1] _Description des les Canaries_, pp. 190 et 191. [2] On a trouv que dans une masse de fer en fusion (_Edinburgh New Philosophical Journal_, vol. XXIV, p. 66) les substances dont l'affinit pour l'oxygne est plus grande que celle du fer pour ce mme gaz s'lvent de l'intrieur de la masse vers la surface. Mais il est difficile d'attribuer une cause analogue la sparation des cristaux de ces coules de lave. Le refroidissement parait avoir modifi dans certains cas la composition de la surface des laves, car Dufrenoy (_Mm. pour servir_, etc., t. IV, p. 271) a constat que les parties internes d'une coule situe aux environs de Naples taient formes pour les deux tiers par un minral attaquable aux acides, tandis que la surface tait compose principalement d'un minral inattaquable par ces ractifs. [3] J'ai donn les poids spcifiques des minraux d'aprs Von Kobell, une des autorits les plus rcentes et les meilleures, et celui des roches d'aprs divers auteurs. Suivant Phillips, le poids spcifique de l'obsidienne est 2.35, et Jameson affirme qu'il ne dpasse jamais 2.4; mais j'ai reconnu qu'il tait de 2.42 pour un spcimen de l'Ascension. [4] Une notice dtaille et intressante sur cette dcouverte, par M. Pattinson, a t lue devant l'Association britannique en septembre 1838. Suivant Turner (_Chemistry_, p. 210), le mtal le plus lourd de certains alliages descend au fond du creuset, et il parat que ce phnomne se produit lorsque les mtaux sont tous deux l'tat liquide. Lorsque la diffrence de densit est considrable, comme celle qui existe entre le fer et le laitier qui se forme pendant la fusion du minerai, il n'est pas tonnant que les atomes se sparent sans qu'aucune des deux substances soit l'tat grenu. [5] Von Buch a trouv 2,47 pour le trachyte de Java; De la Bche 2,42 pour celui d'Auvergne, et moi-mme 2,42 pour celui de l'Ascension. Jameson et d'autres auteurs attribuent au basalte un poids spcifique de 3,0, mais De la Bche a trouv qu'elle n'tait que de 2,78 pour certains spcimens d'Auvergne, et de 2.91 pour des spcimens de la Chausse des Gants. [6] Consulter l'admirable _Description physique_ si connue de cette le par Von Buch, qui peut tre considre comme un modle de gologie descriptive. [7] La pte cristalline de la phonolite est souvent traverse de longues aiguilles de hornblende, ce qui prouve que ce minral, quoique l'lment le plus fusible de la phonolite, a cristallis avant ou en mme temps qu'une substance plus rfractaire. Si mes observations sont exactes, la phonolite se prsente toujours l'tat de roche injecte comme celles de la srie plutonique; elle s'est donc probablement solidifie comme ces dernires sans subir de drangements violents ni rpts. Les gologues qui ont dout que le granite ait pu se former par liqufaction igne parce que des minraux de fusibilit diffrente s'y moulent les uns sur les autres, doivent avoir ignor le fait que la hornblende cristallise pntre la phonolite, roche dont l'origine igne est incontestable. L'tat visqueux que le quartz et le feldspath conservent tous deux une temprature bien infrieure leur point de fusion, comme on le sait aujourd'hui, explique facilement leur moulage mutuel. Voir ce sujet le travail de M. Horner sur Bonn. _Geolog. Transact_., vol. IV, p. 439; et pour le quartz, l'_Institut_, 1839, p. 161. [8] Des fragments de ces dikes ont t briss et sont entours maintenant par les roches primitives dont les feuillets les environnent en restant parallles eux-mmes. Le Dr Hubbard a dcrit aussi (_Silliman's Journal_, vol. XXXIV, p. 119) un entrecroisement de veines de trapp dans le granite des White Mountains, qui doit avoir t form, selon lui, lorsque les deux roches taient l'tat pteux. [9] M. Phillips (_Lardner's Encyclop_., vol. II, p. 115) cite l'opinion de Von Buch suivant laquelle le porphyre augitique s'tend paralllement aux grandes chanes de montagnes et se rencontre toujours leur base. De Humboldt a constat galement l'existence frquente de roches trappennes dans une position gologique analogue; et moi-mme j'ai observ plusieurs exemples de ce fait au pied de la Cordillre chilienne. L'existence du granite dans l'axe des grandes chanes de montagnes est toujours probable, et je suis tent de croire que les masses de porphyre augitique et de trapp injectes latralement ont peu prs la mme relation avec l'axe granitique que les laves basaltiques avec les masses trachytiques centrales, autour des flancs desquelles elles ont si souvent fait ruption. [10] A en juger d'aprs les recherches incompltes de Forster, il est possible que l'le Saint-Georges ne soit pas volcanique. En ce qui concerne les Seychelles je me base sur les affirmations du Dr Allan. J'ignore de quel genre de roches est forme l'le Rodriguez dans l'ocan Indien. [11] Ceci s'appuie sur l'autorit du comte V. de Bedemar pour Flores et Graciosa (_Charlsworth Magazine of Nat. Hist_., vol. I, p. 557). Suivant le capitaine Boyd, l'le Sainte-Marie n'a pas de roches volcaniques (_Description de Von Buch_, p. 365). L'le Chatham a t dcrite par le Dr Dieffenbach dans le _Geographical Journal_, anne 1841, p. 201. Jusqu' prsent l'expdition antarctique ne nous a fourni que des renseignements incomplets sur l'le Kerguelen. [12] Dans un mmoire prsent rcemment l'_American Association_, les professeurs William et Henry Darwin Rogers ont insist d'une manire spciale sur les directions de soulvement qui affectent une courbe rgulire dans certaines parties de la chane des Appalaches. [13] _Bulletin de la Socit Gologique_, t. III, p. 110. [14] _Description des Isles Canaries_, p. 324. [15] _Description des Iles Canaries_, p. 393. [16] Cette conclusion s'impose la suite des phnomnes qui ont accompagn le tremblement de terre de 1835 Conception, et qui sont dcrits en dtail dans la notice que j'ai publie dans les _Geological Transactions_ (vol. V, p. 601). CHAPITRE VII NOUVELLE-GALLES DU SUD, TERRE VAN DIEMEN, KING GEORGE'S SOUND, CAP DE BONNE-ESPRANCE Nouvelle-Galles du Sud.--Formation de grs.--Pseudo-fragments de schiste empts.--Stratification.--Stratification entrecroise.--Grandes valles.--Terre Van Diemen.--Formation palozoque.--Formations plus rcentes avec roches volcaniques.--Travertin avec feuilles de vgtaux teints.--Soulvement de la contre.--Nouvelle-Zlande.--King George's Sound.--Bancs ferrugineux superficiels.--Dpts calcaires superficiels avec moules de branches.--Leur origine due des particules de coquilles et de coraux amonceles par le vent.--Leur extension.--Cap de Bonne- Esprance.--Contact du granite et du phyllade argileux.--Formation de grs. Durant la seconde partie de son voyage, le _Beagle_ toucha la Nouvelle-Zlande, en Australie, la Terre Van Diemen, et au cap de Bonne-Esprance. Dsireux de consacrer la troisime partie de ces Observations Gologiques l'Amrique mridionale seule, je dcrirai brivement ici tous les faits dignes de fixer l'attention des gologues, que j'ai observs dans les contres que je viens de citer. _Nouvelle-Galles du Sud_.--Mon champ d'observations se bornait au trajet de 90 milles gographiques que j'ai fait pour me rendre Bathurst, l'W.-N.-W. de Sidney. A partir de la cte, les trente premiers milles traversent une rgion de grs, coupe en plusieurs endroits par des rochers de trapp, et spare du grand plateau de grs des Blue Mountains par un escarpement trs lev qui surplombe la rivire Nepean. Ce plateau suprieur mesure 1.000 pieds d'altitude au bord de l'escarpement, et une distance de 26 milles de ce bord il s'lve jusqu' 3.000 4.000 pieds au-dessus du niveau de la mer. De ce point la route descend vers une contre moins leve, et principalement forme de roches primitives. On y rencontre beaucoup de granite qui passe en un endroit du porphyre rouge avec cristaux octogonaux de quartz, et qui est coup ailleurs par des dikes de trapp. Prs des Downs de Bathurst je traversai une grande tendue de pays constitue par des phyllades argileux luisants et d'un brun ple, dont les feuillets altrs couraient du nord au sud. Je mentionne ce fait parce que le capitaine King m'a rapport qu'aux environs du lac Georges, une centaine de milles au sud, les micaschistes s'tendent du nord au sud d'une manire si constante que les habitants utilisent cette particularit pour se guider dans les forts. Le grs des Blue Mountains offre une puissance d'au moins 1.200 pieds, qui semble plus forte encore en certains endroits; il est form de petits grains de quartz ciments par une matire terreuse blanche, et travers d'un grand nombre de veines ferrugineuses. Les couches infrieures alternent quelquefois avec des schistes et de la houille; Wolgan j'ai trouv dans le schiste des feuilles de _Glossopteris Brownii_, fougre qui est trs abondante dans la houille d'Australie. Le grs contient des cailloux de quartz dont le nombre et la dimension s'accroissent gnralement dans les couches suprieures (ils ont rarement, cependant, plus d'un ou deux pouces de diamtre); j'ai observ un fait semblable dans la grande formation de grs du Cap de Bonne-Esprance. Sur la cte de l'Amrique du Sud o des couches tertiaires ont t souleves sur une grande tendue, j'ai remarqu plusieurs reprises que les couches suprieures taient formes d'lments plus grossiers que les couches infrieures; cela semble indiquer que la puissance des vagues ou des courants augmentait mesure que la mer devenait moins profonde. Pourtant, sur la plate-forme infrieure, entre les Blue Mountains et la cte, j'ai observ que les couches suprieures de grs passaient souvent au schiste, ce qui provient probablement de ce que cette rgion moins leve a t protge contre les forts courants pendant son soulvement. Le grs de Blue Mountains tant videmment d'origine lastique et n'ayant subi aucune action mtamorphique, j'ai observ avec surprise que dans certains spcimens presque tous les grains de quartz offraient des facettes brillantes et qu'ils taient cristalliss d'une manire si parfaite qu'ils n'avaient certainement pu tre empts sous leur forme _prsente_ dans une roche prexistante[1]. Il est difficile d'imaginer comment ces cristaux ont pu se former; on peut peine croire qu'ils aient cristallis isolment au fond de la mer dans leur tat actuel de cristallisation. Est-il possible que des grains de quartz arrondis aient pu tre attaqus par un liquide qui a corrod leur surface et y a dpos de la silice frache? Je dois faire observer que pour le grs du cap de Bonne-Esprance il est vident que de la silice a t dpose en abondance d'une solution aqueuse. En plusieurs points du grs j'ai observ des enclaves de schiste qu'on aurait pu prendre, premire vue, pour des fragments trangers; cependant leurs feuillets horizontaux parallles ceux du grs montraient que ces enclaves taient les restes de lits minces continus. L'un de ces fragments (constitu probablement par la coupe transversale d'une bande longue et troite) et qui se montrait sur la paroi d'un rocher, prsentait une paisseur verticale plus grande que sa largeur, ce qui prouve que ce lit de schiste doit s'tre lgrement consolid aprs son dpt et avant d'avoir t entam par les courants. Chaque enclave de schiste montre ainsi avec quelle lenteur un grand nombre des couches de grs se sont dposes. Ces pseudo-fragments de schiste expliqueront peut-tre, dans certains cas, l'origine de fragments trangers en apparence, empts dans des roches cristallines mtamorphiques. Je mentionne ce fait parce que j'ai trouv prs de Rio-de-Janeiro un fragment anguleux nettement termin, long de 7 yards et large de 2, constitu par du gneiss contenant des grenats et du mica disposs en couches, et empt dans le gneiss porphyrique stratifi commun dans cette contre. Les feuillets de ce fragment et ceux de la masse englobante suivaient exactement la mme direction, mais ils plongeaient sous des angles diffrents. Je ne veux pas affirmer que ce fragment (constituant un cas isol, ma connaissance au moins) ait t originairement dpos l'tat de couche, comme le schiste des Blue Mountains, entre les strates du gneiss porphyrique, avant qu'elles aient subi le mtamorphisme; mais il existe entre les deux cas une analogie suffisante pour rendre cette explication plausible. _Stratification de l'escarpement_.--Les couches des Blue Mountains paraissent horizontales premire vue, mais elles ont probablement un plongement semblable celui de la surface du plateau qui s'incline de l'ouest vers l'escarpement bordant la rivire Nepean, sous un angle de 1 ou de 100 pieds par mille[2]. Les strates de l'escarpement plongent presque exactement comme sa surface incline en pente rapide, et avec tant de rgularit qu'elles semblent n'avoir jamais eu d'autre position; mais on voit, un examen plus attentif, qu'elles s'paississent d'un ct, et s'amincissent de l'autre au point de disparatre, et qu' leur partie suprieure elles sont surmontes et pour ainsi dire coiffes par des bancs horizontaux. Il est probable, d'aprs cela, que nous sommes ici en prsence d'un escarpement original qui n'est pas form par l'rosion marine, mais par le fait qu' l'origine les strates ne se sont pas tendues au-del de ce point. Ceux qui ont l'habitude de consulter des cartes dtailles de ctes sur lesquelles s'accumulent des sdiments sauront que la surface des bancs ainsi forms s'incline, en gnral, fort lentement de la cte vers une certaine ligne du large au-del de laquelle la profondeur devient brusquement trs grande dans la plupart des cas. Je puis citer comme exemple les grands bancs de sdiments de l'archipel des Antilles[3] qui se terminent en pentes sous-marines inclines de 30 40 et parfois mme de plus de 40; chacun sait combien une pente semblable paratrait escarpe sur terre. Si des bancs de ce genre taient soulevs, ils auraient probablement la mme forme extrieure, peu prs, que le plateau des Blue Mountains l'endroit o il se termine brusquement au bord de la rivire Nepean. _Stratification entrecroise_.--Dans la rgion ctire basse et dans les Blue Mountains, les couches de grs sont souvent coupes par de petits lits obliques leur direction, qui s'inclinent en divers sens souvent sous un angle de 45. La plupart des auteurs ont attribu ces couches entrecroises de petites accumulations successives sur une surface incline; mais la suite d'un examen minutieux que j'ai fait de quelques points du nouveau grs rouge d'Angleterre, je crois que les couches de ce genre font gnralement partie d'une srie de courbes, semblables des vagues gigantesques, dont les sommets ont t arass ultrieurement et remplacs, soit par des couches peu prs horizontales, soit par une autre srie de grandes rides dont les plis ne concident pas exactement avec ceux des premires. Il est bien connu de ceux qui s'occupent du service hydrographique que, pendant les temptes, la vase et le sable sont bouleverss, au fond de la mer, des profondeurs considrables, atteignant au moins 300 450 pieds[4], de sorte que la nature du sol y est mme modifie temporairement; on a observ aussi qu' une profondeur de 60 70 pieds le fond de la mer est couvert de larges rides[5]. D'aprs les observations que j'ai faites relativement la structure du nouveau grs rouge, et que je viens de mentionner, il est donc permis de croire qu' des profondeurs plus considrables le fond de l'ocan se recouvre pendant les temptes de crtes et de dpressions semblables de grandes rides, qui sont niveles ensuite par les courants pendant les priodes plus tranquilles, et qui se reforment pendant les temptes. _Valles dans les plateaux de grs_.--Les grandes valles qui coupent les Blue Mountains et les autres plateaux de grs de cette partie de l'Australie, et qui ont offert longtemps un obstacle insurmontable aux tentatives des colons les plus hardis pour atteindre l'intrieur de la contre, constituent le trait principal de la gologie de la Nouvelle-Galles du Sud. Ces valles sont trs vastes et bordes par des lignes ininterrompues de hautes falaises. Il est difficile d'imaginer un spectacle plus majestueux que celui qui s'offre aux regards lorsqu'en s'avanant sur le plateau on arrive tout coup au bord d'une de ces falaises dont la verticalit est telle qu'on peut atteindre d'un coup de pierre les arbres croissant 1.000 et 1.500 pieds au-dessous de soi, comme j'en ai fait l'exprience. A droite et gauche on aperoit des promontoires se succdant perte de vue sur la ligne fuyante de la falaise; et sur le versant oppos de la valle, souvent loign de plusieurs milles, on voit une autre ligne s'levant la mme hauteur que celle sur laquelle on se trouve, et forme des mmes couches horizontales de grs ple. Le fond de ces valles est peu inclin, et, d'aprs sir T. Mitchell, la pente des rivires qui les parcourent est faible. Souvent les valles principales envoient vers l'intrieur du plateau de grandes ramifications en forme de golfes, qui s'largissent leur extrmit suprieure; et, d'autre part, le plateau projette souvent des promontoires dans la valle et y abandonne mme de grandes masses presque entirement dtaches. Les lignes de falaises qui bordent les valles sont si parfaitement continues que, pour descendre dans certaines d'entre elles, il est ncessaire de faire des dtours de 20 milles, et ce n'est mme que dernirement que les officiers du service topographique ont pntr dans quelques-unes de ces valles, o les colons ne sont pas encore parvenus faire entrer leur btail. Mais le trait le plus remarquable de la structure de ces valles, c'est que, malgr la largeur de plusieurs milles qu'elles prsentent dans leur rgion suprieure, elles se rtrcissent ordinairement vers leur extrmit infrieure, tel point qu'elles deviennent impraticables. Le _Surveyor-general_, Sir T. Mitchell[6], a tent vainement de remonter la gorge par laquelle la rivire Grose rejoint le Nepean, en marchant d'abord, et en rampant ensuite entre les grands blocs de grs crouls; la valle de la Grose forme cependant vers sa partie suprieure, ainsi que je l'ai constat _de visu_, un bassin magnifique large de plusieurs milles, et elle est entoure de tous cts par des falaises dont les sommets atteignent, ce que l'on croit, une altitude qui n'est pas infrieure 3.000 pieds au-dessus du niveau de la mer. Lorsqu'on conduit des bestiaux dans la valle de la Wolgan, par un sentier que j'ai descendu et qui a t, en partie, entaill dans le roc par les colons, ils ne peuvent pas s'chapper, car cette valle est entoure compltement par des falaises verticales, et 8 milles plus bas elle se resserre au point que sa largeur, qui est d'un demi-mille en moyenne, se rduit celle d'une simple fente dans laquelle ni homme ni bte ne saurait passer. Sir T. Mitchell[7] rapporte que la grande valle o coule la rivire Cox avec toutes ses ramifications se resserre son confluent avec le Nepean en une gorge large de 2.200 yards et profonde de 1.000 pieds environ. On pourrait citer encore d'autres exemples semblables. La premire impression qu'on prouve en constatant la correspondance des couches horizontales sur les deux cts de ces valles et de ces grandes dpressions en amphithtre, c'est qu'elles ont t creuses principalement, comme les autres valles, par l'action rosive des eaux; mais, quand on songe la quantit norme de roches qui, dans cette thorie, devraient avoir t transportes au travers de simples gorges, ou mme de fentes, lors du creusement de la plupart des valles dont nous venons de parler, on est port se demander si ces dpressions n'ont pas t formes par affaissement; pourtant, si nous considrons la forme des valles avec leurs ramifications irrgulires et celle des promontoires troits qui, partant des plateaux, s'avancent dans les valles, nous sommes obligs d'abandonner cette manire de voir. Il serait absurde d'attribuer la formation de ces dpressions l'action alluviale, et les eaux qui ruissellent du plateau ne descendent pas toujours dans la valle au niveau le plus lev, mais sur un des cts de ses flancs en forme de golfe, comme je l'ai observ prs de Weatherboard. Des habitants m'ont dit qu'ils ne voient jamais une de ces falaises dont l'allure rappelle celle d'une baie, avec leurs promontoires fuyant droite et gauche, sans tre frapps de leur ressemblance avec une cte marine leve. Il en est incontestablement ainsi; en outre, les beaux et nombreux ports de la cte actuelle de la Nouvelle-Galles du Sud avec leurs bras largement ramifis, et qui sont ordinairement relis la mer par un troit goulet large de 1 mille un quart de mille traversant des falaises de grs, ressemblent aux grandes valles de l'intrieur, en miniature il est vrai. Mais alors se prsente immdiatement une grave difficult: pourquoi la mer a-t-elle creus ces dpressions si tendues quoique circonscrites, dans un vaste plateau et a-t-elle laiss intactes de simples gorges au travers desquelles l'norme masse des matriaux broys doit avoir t transporte tout entire? La seule lumire que je puisse apporter la solution de cette nigme, c'est de faire observer que dans certaines mers il s'difie des bancs affectant les formes les plus irrgulires, et que leurs bords sont si escarps (comme nous l'avons vu plus haut) qu'il suffirait d'une rosion relativement faible pour les transformer en falaises. J'ai observ en plusieurs points de l'Amrique mridionale que les vagues peuvent former des falaises pic, mme dans les ports entours de tous cts par les terres. Dans la mer Rouge des bancs d'un contour extrmement irrgulier, et forms de sdiments sont coups par des criques aux formes les plus singulires et embouchure troite; le mme cas se prsente, mais sur une plus grande chelle, pour les bancs de Bahama. J'ai t amen croire[8] que ces bancs ont t forms par des courants qui accumulaient des sdiments sur un fond de mer ingal. Quand on a tudi les cartes marines des Antilles, on est forc de reconnatre que la mer accumule parfois des sdiments autour de rochers sous-marins et de certaines les, au lieu de les tendre en une nappe uniforme. Appliquant ces thories aux plateaux de grs de la Nouvelle-Galles du Sud, je suppose que les strates peuvent avoir t accumules sur un fond marin ingal par l'action de courants puissants et des vagues d'une mer largement ouverte, et que les flancs escarps des espaces en forme de valles demeurs vides peuvent avoir t transformes en falaises par l'rosion produite durant le soulvement lent de la contre; le grs enlev par les flots a t emport, soit au moment o la mer a creus les gorges troites en se retirant, soit plus tard par action alluviale. Notes: [1] J'ai lu dernirement dans un travail de Smith (le pre des gologues anglais), publi dans le _Magazine of Natural History_, que les grains de quartz du _mill-stone grit_ d'Angleterre sont souvent cristalliss. Dans une notice prsente en 1840 la _British Association_, Sir David Brewster affirme que, dans le verre ancien en voie de dcomposition, la silice et les mtaux se sparent et se disposent en anneaux concentriques, et que la silice reprend la structure cristalline, comme le prouvent ses proprits optiques. [2] Cette assertion est base sur l'autorit de Sir T. Mitchell, dans ses _Voyages_, vol. II, p. 357. [3] J'ai dcrit ces bancs trs curieux dans l'appendice (p. 196) mon ouvrage sur la structure des rcifs coralliens. J'ai dtermin l'inclinaison des parois des bancs d'aprs les renseignements que m'a donns le capitaine B. Allen, l'un des hydrographes, et en mesurant soigneusement les distances horizontales comprises entre le dernier sondage situ sur le banc et le premier qui se trouve en eau profonde. Des bancs trs tendus offrent la mme forme gnrale de surface dans tout l'archipel des Antilles. [4] Voir Martin White, _Soundings in the British Channel_, pp. 4 et 166. [5] M. Siau, _On the Action of Waves. Edin. New Phil. Journ_., vol. XXXI, p. 245. [6] _Travels in Australia_, vol. I, p. 154.--Je dois exprimer ma reconnaissance envers sir T. Mitchell pour plusieurs communications fort interessantes qu'il m'a faites personnellement au sujet de ces valles de la Nouvelle-Galles du Sud. [7] _Travels in Australia_, vol. II, p. 358. [8] Voir l'appendice au travail sur les rcifs coralliens (pp. 192 et 196). L'accumulation de vase, par l'action des flots, autour d'un noyau submerg est un fait digne d'attirer l'attention des gologues, car il se forme ainsi des couches extrieures au noyau offrant la mme composition que les bancs qui constituent la cte, et si ces couches viennent plus tard tre souleves et que les flots les transforment en falaises, on les considrera naturellement comme primitivement runies aux couches de la cte elle-mme. TERRE VAN DIEMEN La partie mridionale de cette le est constitue principalement par des montagnes de _greenstone_, qui prend un caractre synitique et contient beaucoup d'hypersthne. Ces montagnes sont gnralement enchsses jusqu' la moiti de leur hauteur dans des couches qui renferment une grande quantit de petits coraux et quelques coquilles. Ces coquilles ont t tudies par M. G.-B. Sowerby et sont dcrites dans l'appendice; elles consistent en deux espces de productus et six de spirifres. Pour autant que l'tat imparfait de leur conservation permette de les comparer, deux de ces coquilles, notamment _P. Rugata_ et _S. Rotundata_, ressemblent des coquilles du _calcaire carbonifre_ d'Angleterre. M. Lonsdale a bien voulu tudier les coraux, ils consistent en six espces non dcrites appartenant trois genres. Des espces se rapportant ces genres se trouvent dans les couches siluriennes, dvoniennes et carbonifres d'Europe. M. Lonsdale fait observer que tous ces fossiles ont incontestablement un caractre palozoque, et qu'ils correspondent, sous le rapport de l'ge, une division du systme, suprieure aux formations siluriennes. Les couches qui renferment ces fossiles sont intressantes par l'extrme variabilit de leur composition minralogique. On y rencontre toutes les varits intermdiaires entre le schiste siliceux, le schiste ardoisier passant la grauwacke, le calcaire pur, le grs et une roche porcellanique; et l'on ne saurait dcrire certains bancs qu'en disant qu'ils sont forms d'un schiste argileux calcaro-siliceux. Pour autant que j'aie pu en juger, la puissance de cette formation est de 1.000 pieds au moins; la partie suprieure consiste ordinairement, sur une paisseur de quelques centaines de pieds, en grs siliceux contenant des cailloux et sans fossiles. Les couches infrieures sont les plus variables; elles sont formes gnralement d'un schiste siliceux de couleur ple, et ce sont elles qui renferment le plus grand nombre de fossiles. Prs de Newtown on exploite une couche d'une masse calcareuse blanche et tendre, qui se trouve comprise entre deux bancs de calcaire cristallin dur, et qu'on utilise pour badigeonner les maisons. Suivant les renseignements qui m'ont t donns par le _Surveyor General_, M. Frankland, on rencontre cette formation palozoque en divers endroits dans l'le entire; je puis ajouter suivant la mme autorit qu'il existe des dpts primaires fort tendus sur la cte nord-est et dans le dtroit de Bass. Les rivages de Storm Bay sont bords, jusqu' la hauteur de quelques centaines de pieds, par des couches de grs contenant des galets appartenant la formation que je viens de dcrire, avec ses fossiles caractristiques, et qui sont pour cette raison plus rcentes que cette formation. Ces couches de grs passent souvent au schiste et alternent avec des couches de houille impure; elles ont t nergiquement bouleverses en certains endroits. J'ai observ prs de Hobart-Town un dike large d'environ 100 yards, sur l'un des cts duquel les couches taient redresses sous un angle de 60, tandis que de l'autre ct elles taient verticales en certains endroits et modifies par l'action de la chaleur. Sur la cte ouest de Storm Bay j'ai constat que ces strates taient surmontes par des coules de lave basaltique contenant de l'olivine; et tout prs de l on voyait une masse de scories brchiformes renfermant des galets de lave, et indiquant probablement la place d'un ancien cratre sous-marin. Deux de ces coules de basalte taient spares l'une de l'autre par une couche de wacke argileuse, dont on pouvait suivre le passage des scories partiellement altres. La wacke contenait un grand nombre de grains arrondis d'un minral tendre, vert d'herbe, clat cireux et translucide sur les bords. Au chalumeau ce minral devenait immdiatement noir, et ses artes aigus se fondaient en un mail noir fortement magntique; il ressemble par ces caractres aux masses d'olivine dcompose que j'ai dcrites San Thiago dans l'archipel du Cap Vert, et j'aurais cru qu'il avait la mme origine, si je n'avais pas trouv dans les vacuoles du basalte une substance[1] semblable en filaments cylindriques, tat sous lequel l'olivine ne se prsente jamais; je crois que cette substance serait range avec le bol par les minralogistes. _Travertin avec plantes fossiles_.--Il existe en arrire de Hobart-Town une petite carrire o l'on exploite un travertin dur, dont les bancs infrieurs offrent de nombreuses empreintes de feuilles bien nettes. M. Robert Brown a bien voulu tudier les chantillons que j'y ai recueillis; et il m'informe qu'il y a parmi eux quatre ou cinq varits dont il n'en reconnat aucune comme appartenant des espces actuelles. La feuille la plus remarquable est palme comme celle d'un palmier-ventail, et jusqu' prsent on n'a dcouvert sur la Terre Van Diemen aucune plante dont les feuilles prsentent cette structure. Les autres feuilles ne ressemblent ni la forme la plus ordinaire de l'Eucalyptus (dont le genre compose, pour la plus grande partie, les forts qui existent dans l'le), ni aux espces faisant exception la forme commune des feuilles de l'Eucalyptus et qui se rencontrent dans cette le. Le travertin contenant ces restes d'une flore teinte est d'une couleur jaune ple, dur, et mme cristallin en certaines parties; mais il n'est pas compact, et il est pntr dans toutes ses parties par des vacuoles troites, cylindriques et tortueuses. Il contient quelques rares cailloux de quartz, et accidentellement des couches de nodules de calcdoine, comme les nodules de chert dans notre _greensand_. On a recherch cette roche calcaire en d'autres endroits, cause de sa puret, mais on ne l'a jamais trouve. D'aprs ce fait et d'aprs la nature du dpt, il est probable qu'il a t form par une source calcareuse se rpandant dans un petit tang ou dans une crique troite. Plus tard les couches ont t redresses et fissures, et la surface a t recouverte d'une masse de nature singulire qui a combl aussi une grande crevasse voisine, et qui est forme de boules de trapp emptes dans un mlange de wacke et d'une substance alumino-calcaire blanche et terreuse. Ceci ferait supposer que sur les bords de l'tang o se dposait la matire calcaire, il s'est produit une ruption volcanique qui l'a boulevers et drain. _Soulvement de la contre_.--Aux environs de Hobart-Town les rives orientale et occidentale de la baie sont recouvertes toutes deux, en grande partie, de coquilles brises mlanges de cailloux qui s'lvent jusqu' la hauteur de 30 pieds au-dessus de la laisse de haute mer. Les colons croient que ces coquilles ont t apportes l par les aborignes pour s'en nourrir; il est incontestable que plusieurs grands monticules ont t forms de cette manire, comme M. Frankland me l'a fait remarquer; mais, d'aprs le nombre des coquilles, d'aprs l'abondance des espces de petite taille, d'aprs la manire dont elles sont clairsemes, et d'aprs certains traits de la forme du pays, je crois que nous devons attribuer la prsence du plus grand nombre de ces monticules un lger soulvement de la contre. Sur le rivage de Ralph Bay (qui dbouche dans Storm Bay) j'ai observ un banc continu, s'tendant 15 pieds environ au-dessus de la laisse de haute mer, et qui tait recouvert de vgtation; en y fouillant, je trouvai des cailloux incrusts de serpules; j'ai trouv aussi le long des bords de la rivire Derwent un lit de coquilles brises au-dessus du niveau de la rivire, et un endroit o l'eau est aujourd'hui beaucoup trop peu sale pour que des mollusques marins puissent y vivre; mais dans ces deux cas il est possible qu'avant la formation de certaines pointes de sable et de certains bancs de vase qui existent actuellement dans Storm Bay, les mares se soient leves la hauteur o nous trouvons les coquilles aujourd'hui[2]. On a dcouvert des preuves plus ou moins nettes d'un changement respectif de niveau entre les continents et la mer dans presque tous les pays situs dans cet hmisphre. Le capitaine Gray et d'autres voyageurs ont trouv dans l'Australie mridionale des amas de coquilles soulevs appartenant une poque gologique rcente, ou une des dernires priodes de l're tertiaire. Les naturalistes franais de l'expdition de Baudin ont observ le mme fait sur la cte sud-ouest de l'Australie. Le Rv. W.B. Clarke[3] trouve au cap de Bonne-Esprance des preuves du soulvement de la rgion une hauteur de 400 pieds. Dans les environs de Bay of Islands la Nouvelle-Zlande[4] j'ai observ que, comme la Terre Van Diemen, les rivages taient parsems, jusqu' une certaine hauteur, de coquilles marines dont les colons attribuent la prsence aux indignes. Quelle que puisse tre l'origine de ces coquilles, je ne puis douter, aprs avoir vu une coupe de la valle de la Thames (37 S) dessine par le Rv. W. Williams, que la contre ait t souleve en cet endroit. Trois terrasses disposes en gradins et formes d'une accumulation norme de cailloux arrondis, se correspondent exactement sur les versants opposs de cette grande valle; chaque terrasse a environ 50 pieds de hauteur. Quand on a tudi les terrasses que prsentent les valles des ctes occidentales de l'Amrique du Sud, parsemes de coquilles marines et formes pendant les intervalles de repos qu'a prsents le soulvement lent de la contre, on ne saurait douter que les terrasses de la Nouvelle-Zlande aient t formes de la mme manire. J'ajoute que le Dr Diffenbach rapporte dans sa description des les Chatham[5] (au sud-ouest de la Nouvelle-Zlande) qu'il est manifeste que la mer a laiss dcouvert bien des contres, autrefois submerges. Notes: [1] La chlorophaete dcrite par le Dr Mac Culloch (_Western Islands_, vol. 1, p. 504) comme se prsentant dans une roche basaltique amygdalode, se distingue de cette substance parce qu'elle est inaltrable au chalumeau, et parce qu'elle noircit par l'exposition l'air. Pouvons-nous supposer que l'olivine passe par diffrentes phases en subissant la transformation remarquable que nous avons dcrite San Thiago? [2] Il semble que certains changements s'oprent actuellement Ralph Bay, car un fermier des environs, homme fort intelligent, m'a affirm que les hutres y abondaient autrefois, mais qu'elles ont disparu vers l'anne 1884 sans cause apparente. Dans les _Transactions of the Maryland Academic_ (vol. I, 1re part., p. 28) se trouve une note de M. Ducatel sur la destruction de vastes bancs d'hutres et de cames par le comblement graduel des lagunes faible profondeur et des canaux sur les ctes des tats-Unis mridionaux. A Chiloe, dans l'Amrique du Sud, j'ai entendu parler d'une perte semblable subie par les habitants par la disparition d'une espce comestible d'ascidie sur une partie de la cte. [3] _Proceedings of the Geological Society_, vol. III, p. 420. [4] Voici la liste des roches que j'ai rencontres dans la Bay of Islands la Nouvelle-Zlande: 1. Une grande quantit de lave basaltique et de roches scoriaces, formant des cratres distincts;--2. une colline crnele forme de couches horizontales de calcaire couleur de chair, offrant dans la cassure des facettes cristallines nettes; la pluie a exerc une action remarquable sur cette roche, et a ravin sa surface de manire la transformer en un modle rduit d'une rgion alpestre. J'ai observ en cet endroit des bancs de chert et de limonite argileuse, et dans le lit d'un ruisseau des galets de phyllade argileux;--3. les rivages de Bay of Islands sont forms d'une roche feldspathique gris bleutre, souvent fort altre, cassure anguleuse, et sillonne de nombreuses veines ferrugineuses, mais sans stratification ou clivage distincts. Certaines varits sont trs cristallines et pourraient tre rapportes sans hsitation au trapp; d'autres varits ressemblent d'une manire frappante un schiste ardoisier faiblement modifi par la chaleur, je n'ai pu m'arrter une opinion dfinitive sur cette formation. [5] _Geographical Journal_, vol. XI, pp. 202, 205. KING GEORGE'S SOUND Cet tablissement colonial est situ l'angle sud-ouest du continent australien: la contre entire est granitique et les minraux constitutifs de la roche sont parfois irrgulirement disposs en zones droites ou courbes. De Humboldt aurait donn le nom de granite gneissique la roche prsentant cette particularit. Il est intressant de constater que les collines dnudes et coniques, qui paraissent tre formes par des couches grands plis, ressemblent en petit d'une manire frappante aux collines de granite gneissique de Rio-de-Janeiro, et celles du Venezuela qui ont t dcrites par de Humboldt. Ces roches plutoniques sont coupes, en un grand nombre d'endroits, par des dikes de trapp, j'ai trouv en un mme point dix dikes parallles s'tendant de l'est l'ouest, et non loin de l un systme de huit dikes, forms d'une autre varit de trapp et disposs dans une direction perpendiculaire celle des premiers. J'ai observ en plusieurs rgions formes de roches primaires des systmes de dikes parallles et rapprochs les uns des autres. _Bancs ferrugineux superficiels_.--Les parties basses de la contre sont uniformment recouvertes d'un banc de grs qui suit les ingalits de la surface, structure cloisonne comme un rayon de miel, et o abondent les oxydes de fer. Je crois que des bancs d'une composition peu prs semblable se rencontrent communment le long de toute la cte ouest de l'Australie et dans plusieurs des les des Indes Orientales. Au cap de Bonne-Esprance, la base des montagnes de granite surmontes de grs, le sol est recouvert partout soit d'une masse ocreuse forme de petits fragments grain fin comme celle de King George's Sound, soit d'un grs plus grossier avec fragments de quartz, qu'une forte proportion d'hydrate de fer rend dur et lourd, et dont la cassure frache prsente un clat mtallique. Dans ces deux varits la roche possde une texture fort irrgulire et renferme des cavits arrondies ou anguleuses remplies de sable, de sorte que la surface est toujours cloisonne. L'oxyde de fer est surtout abondant sur les parois des cavits, et c'est l seulement qu'il offre une cassure mtallique. Il est vident que dans cette formation, comme dans un grand nombre de dpts sdimentaires vritables le fer tend se concrtionner, soit en affectant une structure godique, soit en prenant une disposition rtiforme. Bien qu'elle soit fort obscure, l'origine de ces bancs superficiels parat due une action alluviale s'exerant sur des dtritus riches en fer. _Dpt calcareux superficiel_.--Un dpt calcaire qui se trouve au sommet de Bald-Head et qui contient des corps ramifis considrs par certains auteurs comme des coraux, est devenu clbre par les descriptions de plusieurs explorateurs distingus[1]. Ce dpt entoure et recouvre de petites minences irrgulires de granite, l'altitude de 600 pieds au-dessus du niveau de la mer. Son paisseur est fort variable; l o il est stratifi, les bancs sont souvent fortement inclins, et leur angle atteint parfois 30; ils plongent dans toutes les directions. Ces bancs sont coups quelquefois par des feuillets obliques faces planes. Le dpt consiste soit en une poudre calcareuse blanche et fine o l'on ne discerne aucune trace de structure, soit en grains arrondis excessivement petits, de couleur brune, jauntre ou pourpre; les deux varits sont gnralement, sinon toujours, mles de petites particules de quartz, et cimentes de manire constituer une pierre plus ou moins compacte. Les grains calcareux arrondis perdent instantanment leurs couleurs quand on les chauffe lgrement; sous ce rapport comme sous tous les autres ils ressemblent beaucoup aux petits fragments rguliers de coquilles et de coraux qui ont t transports sur les flancs des montagnes Sainte-Hlne, et ont t ainsi dbarrasss par vannage de tout fragment plus grossier. Je ne doute pas que les particules calcaires colores aient eu ici une origine semblable. La poussire impalpable provient probablement de la destruction des particules arrondies, et cette interprtation est plausible, car sur la cte du Prou j'ai suivi le passage graduel de _grandes_ coquilles _non brises_ une substance aussi fine que de la craie rduite en poudre. Les deux varits de grs calcareux mentionnes plus haut alternent frquemment avec des couches minces d'une roche substalagmitique[2] et se fondent avec elle; cette substance est entirement dpourvue de quartz, mme lorsque la roche qui se trouve en contact avec chacune de ses faces contient des particules de ce minral; nous devons en conclure que ces couches, comme certaines masses en forme de veines, sont dues l'action de la pluie qui a dissous la matire calcaire et l'a dpose ensuite, ainsi que cela s'est produit Sainte-Hlne. Chaque couche marque probablement une surface frachement mise nu l'poque o les particules aujourd'hui solidement cimentes taient l'tat de sable incohrent. La roche de ces couches est parfois brchiforme avec fragments reciments, comme si elle avait t brise par suite de la disparition du sable un moment o elle tait encore tendre. Je n'ai pas trouv un seul fragment de coquille marine, mais les coquilles blanchies d'_Hlix mlo_, espce terrestre vivante, abondent dans toutes les couches, et j'ai trouv aussi un autre Hlix et un Oniscus. La forme des branches est absolument semblable celle des tiges brises et droites d'un buisson; leurs racines sont souvent dcouvert et l'on voit qu'elles divergent dans tous les sens; a et l une branche gt abattue. Les branches sont gnralement formes de grs plus dur que la matire environnante, et leur partie centrale est remplie de matire calcaire friable ou d'une varit substalagmitique de cette roche; cette partie centrale est souvent aussi pntre de crevasses linaires contenant parfois, mais rarement, une trace de matire ligneuse. Ces corps calcareux ramifis paraissent avoir t forms par une matire calcaire fine entrane par l'eau dans les moules ou cavits produits par la destruction de branches et de racines de buissons qui ont t ensevelis sous le sable accumul par le vent. La surface entire de la colline se dsagrge aujourd'hui, et il en rsulte que les moules, qui sont durs et compacts, rsistent mieux et font saillie au dehors. Au cap de Bonne-Esprance j'ai trouv dans le sable calcareux les moules dcrits par Abel entirement semblables ceux de Bald-Head; mais leur partie centrale est souvent remplie d'une matire charbonneuse noire non encore limine. Il n'est pas tonnant que la matire ligneuse ait t presque entirement limine des moules de Bald-Head, car plusieurs sicles doivent certainement s'tre couls depuis l'poque o les buissons ont t ensevelis. Par suite de la forme et de la hauteur de cet troit promontoire il ne s'y accumule pas de sable actuellement, et la surface entire subit une rosion active comme je l'ai fait observer. Nous devons donc rapporter une poque o l'altitude de la contre tait plus faible, l'amoncellement des sables calcareux et quartzeux au sommet de Bald-Head et l'ensevelissement des dbris vgtaux qui en a t la suite. Les naturalistes franais[3] ont tabli la ralit de ce fait par des coquilles souleves appartenant des espces rcentes. Une seule circonstance m'avait d'abord inspir des doutes sur l'origine des moules, c'est que les racines les plus fines appartenant des souches diffrentes s'unissaient parfois pour former des feuillets ou des veines verticales; mais cette circonstance ne constitue pas une objection srieuse, si l'on se rappelle la manire dont ces radicelles remplissent souvent les crevasses formes dans une terre dure, et si l'on considre que ces racines se dtruiront et laisseront des cavits aux endroits qu'elles occupaient, tout comme les souches. Outre les branches calcareuses du cap de Bonne-Esprance, j'ai vu des moules prsentant des formes identiques et provenant de Madre[4] et des Bermudes; dans ces dernires les, en juger d'aprs les spcimens rassembls par le lieutenant Nelson, les roches calcaires environnantes sont analogues celles du Cap et d'origine subarienne. Si l'on tient compte de la stratification des dpts de Bald-Head,--des couches de roche substalagmitique qui alternent irrgulirement,--des particules arrondies et de dimension uniforme provenant probablement de coquilles marines et de coraux,--de l'abondance des coquilles terrestres dans toute la masse,--et enfin de la ressemblance absolue des moules calcaires avec les souches, les racines et les branches des vgtaux qui peuvent crotre sur des collines de sable, je crois, malgr l'opinion diffrente de certains auteurs, que l'on ne peut mettre raisonnablement en doute la vrit de la thorie que je viens d'exposer sur leur origine. Des dpts calcaires semblables ceux de King George's Sound occupent une vaste surface sur les ctes de l'Australie. Le Dr Fitton fait remarquer que pendant le voyage de Baudin on a trouv une brche calcaire rcente (terme par lequel il dsigne tous ces dpts) sur un espace qui ne mesure pas moins de 25 en latitude et une largeur gale en longitude, sur les ctes sud, ouest et nord-ouest[5]. Suivant M. Pron, dont les observations et les opinions sur l'origine de la matire calcaire et des moules ramifis concordent parfaitement avec les miennes, il parat que le dpt est gnralement beaucoup plus continu qu'aux environs de King George's Sound. L'archidiacre Scott[6] rapporte qu' Swan River le dpt s'tend, en un point, 10 milles dans l'intrieur des terres. En outre, le capitaine Winckham m'a racont que, pendant sa dernire inspection de la cte occidentale, il a observ qu'en tous les points o le navire jetait l'ancre le fond de la mer tait form d'une matire calcaire blanche, ainsi qu'il s'en est assur en faisant descendre au fond des pinces en fer. Il semble donc que le long de cette cte, comme aux Bermudes et l'Atoll Keeling, il se forme simultanment des dpts sous-marins et subariens qui se produisent par la dsintgration d'organismes marins. L'tendue de ces dpts est trs remarquable en gard leur origine, et on ne peut les comparer sous ce rapport qu'aux grands rcifs coralliens de l'ocan Indien et du Pacifique. Dans d'autres parties du monde, dans l'Amrique du Sud par exemple, il existe des dpts calcareux _superficiels_ d'une grande tendue, dans lesquels on ne peut dcouvrir aucune trace de structure organique. Ces observations stimuleront peut-tre les recherches quant savoir si les dpts de cette nature ne pourraient pas tre forms aussi par des dbris de coquilles et de coraux. Notes: [1] J'ai visit cette colline avec le capitaine Fitz-Roy, et nous sommes arrivs tous les deux la mme conclusion au sujet de ces corps ramifis. [2] J'adopte ce terme d'aprs l'excellent travail du lieutenant Nelson sur les les Bermudes (_Geolog. Transactions_, vol. V, p. 106) pour la pierre dure, compacte, de couleur crme ou brune, sans aucune structure cristalline, qui accompagne si souvent les accumulations calcaires superficielles. J'ai observ des bancs superficiels semblables recouverts de roche substalagmitique au cap de Bonne-Esprance, dans plusieurs parties du Chili et sur de grandes tendues la Plata et en Patagonie. Quelques-uns de ces bancs ont t forms par la destruction de coquilles, mais l'origine du plus grand nombre d'entre eux est fort obscure. Je pense que l'on ne connat pas les causes pour lesquelles l'eau dissout du calcaire et le redpose peu aprs. La surface des couches substalagmitiques parait tre toujours rode par l'eau des pluies. Comme toutes les contres mentionnes plus haut jouissent d'une saison sche fort longue en comparaison de la saison pluvieuse, j'aurais cru que la prsence des calcaires substalagmitiques tait en rapport avec le climat si le lieutenant Nelson n'avait pas dcouvert cette substance en voie de formation sous la mer. Les coquilles dcomposes paraissent extrmement solubles; j'en ai trouv une excellente preuve en observant une roche curieuse de Coquimbo au Chili qui tait forme de petites carapaces vides et translucides cimentes. L'examen d'une srie d'chantillons montrait clairement que ces carapaces avaient contenu primitivement de petits fragments arrondis de coquilles, ciments et envelopps par une matire calcaire (comme cela se produit frquemment sur le rivage de la mer) et ensuite dcomposs et dissous dans l'eau qui doit avoir travers les enveloppes calcaires sans les attaquer.--On pouvait observer toutes les phases de ce phnomne. [3] Voir Pron, _Voyage_, t. I, p. 204. [4] Le Dr J. Macaulay a donn une description complte des moules de Madre (_Edinb. New Phil. Jour._, vol. XXIX, p. 350). Il considre ces corps comme des coraux (s'cartant ainsi de l'opinion de M. Smith de Jordan Hill) et le dpt calcaire comme d'origine sous-marine. Les remarques qu'il fait relativement la structure de ces corps sont peu prcises. Ses arguments s'appuient principalement sur l'abondance de la matire calcareuse et sur le fait que les moules renferment une matire d'origine animale dont la prsence est dmontre par l'ammoniaque qu'ils dgagent. Si le Dr Macaulay avait vu les masses normes de fragments de coquilles rouls qui se trouvent sur le rivage de l'le de l'Ascension et surtout sur les rcifs coralliens, et s'il avait song aux effets que l'action longtemps prolonge de vents modrs peut produire par l'amoncellement de particules fines, il aurait hsit produire l'argument relatif la quantit de matire, qui est rarement admissible en gologie. Si la matire calcaire provient de la dcomposition de coquilles et de coraux, il fallait s'attendre la prsence de matire organique. M. Anderson a analys un fragment de moule pour le Dr Macaulay et il a trouv qu'il tait compos comme suit: Carbonate de chaux 73,15 Silice 11,90 Phosphate de chaux 8,81 Matire organique 4,25 Sulfate de chaux trace. ------- 98,11 [5] Pour des dtails plus complets sur cette formation, voir _Appendix to the Voyage of capitain King_ par le Dr Fitton. Le Dr Fitton est port attribuer une origine concrtionnaire aux corps ramifis; je ferai observer que j'ai vu la Plata, dans des lits de sable, des tiges cylindriques qui avaient incontestablement cette origine, mais elles diffraient beaucoup par leur aspect des tiges de Bald-Head et des autres localits cites plus haut. [6] Proceedings of the Geological Society, vol. I, p. 320. CAP DE BONNE-ESPRANCE Aprs les descriptions gologiques de cette rgion donnes par Barrow, Carmichael, Basile Hall et W.-B. Clarke, je puis me borner quelques observations sur le contact des trois formations principales. La roche fondamentale est le granite[1]; il est surmont de phyllade argileux, gnralement dur et luisant par suite de la prsence de petites paillettes de mica; le phyllade alterne avec des couches d'une roche feldspathique structure phylladeuse, faiblement cristalline, et passe cette roche. Ce phyllade argileux est remarquable parce qu' certains endroits (comme Lion's Rump) il est dcompos jusqu' une profondeur de vingt pieds, et transform en une roche grsiforme de couleur ple, que certains observateurs ont prise erronment, je crois, pour une formation distincte. Le Dr Andrew Smith m'a conduit Green-Point o l'on voit un beau contact entre le granite et le phyllade argileux; ce dernier devient un peu plus dur et plus cristallin un quart de mille du point o le granite apparat sur la plage (mais le granite est probablement beaucoup plus rapproch en sous-sol). A une distance plus faible quelques-uns des bancs de phyllade argileux prsentent une texture homogne et sont stris de zones peu distinctes de couleurs diffrentes, tandis que d'autres bancs offrent des taches mal dfinies. A 100 yards environ de la premire veine de granite, le phyllade argileux commence prsenter diffrentes varits, les unes sont compactes et d'une teinte pourpre, d'autres brillantes avec de nombreuses petites paillettes de mica et du feldspath imparfaitement cristallis; quelques-unes sont vaguement grenues, d'autres porphyriques avec de petites taches allonges d'un minral blanc, tendre et facilement attaquable, ce qui donne cette varit un aspect vsiculaire. Tout prs du granite le phyllade argileux est transform en une roche feuillete de couleur sombre dont la cassure est rendue grenue par la prsence de cristaux imparfaits de feldspath recouverts de petites paillettes brillantes de mica. La ligne de contact actuelle entre la rgion granitique et la rgion du phyllade argileux s'tend sur une longueur d'environ 200 yards, et consiste en masses irrgulires et en nombreux dikes de granite enchevtrs dans le phyllade argileux et entours par cette dernire roche; la plupart des dikes sont dirigs du N.-W. au S.-E. suivant une ligne parallle la schistosit des phyllades. Lorsqu'on s'loigne du point de contact, on ne voit plus que de minces lits et plus loin que de simples pellicules de phyllade argileux altr, entirement isoles, comme si elles flottaient dans le granite grossirement cristallis; mais, quoique compltement isoles, elles conservent toutes des traces de la schistosit dirige N.-W.-S.-E. Ce fait a t observ dans d'autres cas du mme genre et a t cit par des gologues minents[2], comme constituant une grave objection la thorie, gnralement admise, suivant laquelle le granite a t inject l'tat liquide; mais, si nous songeons l'tat que doit vraisemblablement prsenter la surface infrieure d'une masse feuillete comme le phyllade argileux, aprs qu'elle a t violemment ploye en arche par un amas de granite fondu, nous pouvons admettre qu'elle doit tre pleine de fissures parallles aux plans de la schistosit, et que ces fissures doivent s'tre remplies de granite, de sorte que, partout o les fissures taient rapproches les unes des autres, de simples couches en forme de cloison ou des coins de phyllade resteront comme suspendus dans le granite. Par consquent, si, plus tard, la masse rocheuse entire se dsagrge et est enleve par dnudation, les extrmits infrieures de ces masses subordonnes ou de ces coins de phyllade demeureront entirement isoles dans le granite, elles conserveront cependant leurs plans de schistosit propres parce qu'elles ont fait partie d'un revtement continu de phyllade argileux l'poque o le granite tait liquide. En suivant avec le Dr A. Smith la ligne de contact entre le granite et le phyllade qui s'tend vers l'intrieur du pays dans la direction du S.-E., nous arrivmes un endroit o le phyllade tait transform en un gneiss grain fin parfaitement caractris, compos de feldspath grenu brun jauntre, d'une grande quantit de mica noir brillant, et de quelques couches minces de quartz. Nous devons conclure de l'abondance du mica dans ce gneiss compare la faible proportion qui s'en trouve dans le phyllade luisant, et de l'extrme petitesse de ses paillettes, qu'il a t form ici par action mtamorphique,--fait qui a t mis en doute par certains auteurs, dans des circonstances peu prs identiques. Les feuillets du phyllade argileux sont droits, et il tait intressant d'observer que, quand ils prenaient le caractre gneissique, ils devenaient onduleux et quelques-uns des plus petits plis taient anguleux, comme c'est le cas pour les feuillets d'un grand nombre de schistes mtamorphiques. _Formation de grs_.--Cette formation constitue le trait le plus saillant de la gologie de l'Afrique australe. Les couches sont horizontales en un grand nombre de localits, et atteignent une puissance de 2.000 pieds environ. Le caractre du grs varie; la roche contient peu de matire terreuse, mais elle est souvent tachete par du fer; certains bancs ont le grain trs fin et sont tout fait blancs; d'autres sont aussi compacts et aussi homognes que du quartzite. En certains endroits j'ai observ une brche de quartz dont les fragments taient presque entirement fondus dans une pte siliceuse. Il existe des veines de quartz larges et trs nombreuses qui renferment souvent de grands cristaux parfaitement dvelopps, et il est vident que dans presque toutes les couches une quantit importante de silice s'est dpose par solution. Parmi ces varits de quartzite, la plupart offrent exactement l'aspect de roches mtamorphiques; mais, comme les couches suprieures sont aussi siliceuses que celles de la base et que les contacts avec le granite sont tout fait normaux dans tous les points que j'ai pu observer, il me semble difficile de croire que ces couches de grs aient t exposes l'action de la chaleur[3]. J'ai constat en plusieurs points, sur les lignes de contact entre ces deux grandes formations, que le granite tait dcompos la profondeur de quelques pouces et qu'il tait remplac soit par une mince couche d'un schiste ferrugineux, soit par une couche, paisse de 4 ou 5 pouces, constitue par les cristaux du granite reciments et sur laquelle reposait immdiatement la grande masse de grs. M. Schomburgh a dcrit[4] une grande formation de grs du Brsil septentrional qui repose sur le granite et ressemble d'une manire remarquable, sous le rapport de la composition et sous celui de la forme extrieure de la contre, cette formation du cap de Bonne-Esprance. Les grs des grands plateaux de l'Australie orientale, qui reposent aussi sur le granite, diffrent de ceux dont nous venons de parler parce qu'ils sont moins siliceux. On n'a pas dcouvert de fossiles dans ces trois vastes dpts. J'ajoute enfin que je n'ai vu aucun caillou roul provenant de roches amenes d'une grande distance au cap de Bonne-Esprance, sur les ctes orientales et occidentales de l'Australie, ni la Terre Van Diemen. Dans l'ile septentrionale de la Nouvelle-Zlande j'ai observ de grands blocs de _greenstone_, mais je n'ai pas eu l'occasion de dterminer si la roche dont ils avaient t dtachs se trouvait une grande distance de ce point. Notes: [1] En plusieurs endroits j'ai observ dans le granite de petites sphres couleur sombre composes de minuscules paillettes de mica noir, dans une pte trs rsistante. En un autre point j'ai rencontr des cristaux de tourmaline noire rayonnant autour d'un centre commun. Le Dr Andrew Smith a dcouvert dans l'intrieur du pays de beaux spcimens de granite, avec du mica blanc d'argent rayonnant ou plutt ramifi comme de la mousse autour de points centraux. Il existe dans les collections de la Socit Gologique des chantillons de granite avec du feldspath cristallis et radi de la mme manire. [2] Voir le travail de M. Keilhau _Theory on Granite_, dans l'_Edinburgh New Philosophical Journal_, vol. XXIV, p. 402. [3] Le Rv. W.-B. Clarke affirme cependant, ma grande surprise (_Geological Proceedings_, vol. III, p. 422), qu'en certains endroits le grs est travers par des dikes granitiques; ces dikes doivent appartenir une priode bien postrieure celle o le granite fondu ragissait sur le phyllade argileux. [4] _Geographical Journal_, vol. X, p. 246. APPENDICE DESCRIPTION DE COQUILLES FOSSILES Par G.-B. SOWERBY, Esq. F.L.S. _Coquilles_ provenant d'un dpt tertiaire situ au-dessous d'une grande coule basaltique San Thiago dans l'archipel du Cap Vert, et mentionn la page 5 de ce volume. 1.--Littorina Planaxis, G. Sowerby. _Test subovat, crass, loevigat, anfractibus quatuor, spiraliter strialis; apertur subovat; labio columellari infimque parte anfracts ultimi planatis: long._ 0,6. _lat._ 0,45, _poll_. Cette coquille a la taille et peu prs la forme d'un petit bigorneau; elle en diffre essentiellement cependant, parce que la partie infrieure de la dernire spire et la lvre columellaire sont coupes et aplaties, comme dans les _Purpures_. Parmi les coquilles rcentes de la mme localit il y en a une qui ressemble beaucoup celle-ci, et qui lui est peut-tre identique, mais c'est une coquille trs jeune, de sorte qu'elle ne se prte pas une comparaison minutieuse. 2.--Cerithium Aemulum, G. Sowerby. _Test oblongo-turrit, subventricos, apice subulato, anfractibus decem leviter spiraliter striatis, primis serie unic tuberculorum instructis, intermediis irregulariter obsolete tuberculiferis, ultimo longe majori absque tuberculis, sulcis duobus fere basalibus instructo: labii externi margine interno ints crenulato: long. 1,8; lat. 0,7, poll_. Cette espce ressemble tellement l'une des coquilles runies par Lamarck sous le nom de Cerithium Vertagus, qu' premire vue je croyais pouvoir l'identifier avec cette dernire coquille, mais elle s'en distingue facilement parce qu'elle n'offre pas, au centre de la columelle, le pli qui est si remarquable dans l'espce de Lamarck. Il n'y en avait qu'un seul exemplaire, et la partie infrieure de la lvre externe lui manquait, de sorte qu'il est impossible de dcrire la forme de la bouche. 3.--Venus Simulans, G. Sowerby. _Test rotundat, ventricos, lviuscul, crass; costis obtusis, latiusculis, concentricis, antice posticeque tuberculatim solulis; are cardinali postic altrae valvae latiuscul; impressione subumbonali postic circulari: long. 1,8, lat. 1,5, poll_. Coquille caractres intermdiaires, se plaant entre la _Venus verrucosa_ de la Manche et la _V. rosalina Rang_. de la cte occidentale d'Afrique, mais qui se distingue suffisamment de ces deux espces par ses ctes concentriques larges et obtuses, divises en tubercules tant en avant qu'en arrire. Sa forme est aussi plus arrondie que celle de ces deux espces. Les coquilles suivantes, provenant de la mme couche, sont connues comme espces rcentes, pour autant qu'on puisse les dterminer. 4.--Purpura Fucus. 5.--Amphidesma australe, Sowerby. 6.--Conus venulatus, Lam. 7.--Fissurella coarctata, King. 8.--Perna. Deux valves dpareilles, en si mauvais tat qu'on ne saurait les dterminer. 9.--Ostrea cornucopiae, Lam. 10.--Arca ovata, Lam. 11.--Patella nigrita, Budgin. 12.--Turritella bicingulata? Lam. 13.--Strombus. Trop us et trop mutil pour tre dterminable. 14.--Hipponyx radiata, Gray. 15.--Natica uber, Valenciennes. 16.--Pecten. Ressemble par sa forme _P. opercularis_, mais s'en distingue par divers caractres. Il n'y en a qu'une seule valve, de sorte que je n'ai pas les garanties ncessaires pour pouvoir le dcrire. 17.--Pupa subdiaphana, King. 18.--Trochus. Indterminable. COQUILLES TERRESTRES FOSSILES DE SAINTE-HLNE Les six espces suivantes ont t trouves ensemble la partie infrieure d'un lit pais de terre vgtale; les deux dernires espces, c'est--dire le _Cochlogena fossilis_ et l'_Hlix biplicata_, ont t trouves dans un grs calcareux trs rcent, avec une espce du genre _Succinea_ vivant actuellement dans l'le. Ces coquilles sont mentionnes la page 108 de ce volume. 1.--Cochlogena Auris-Vulpina, De Fer. Cette espce est bien dcrite et figure fort exactement dans le onzime volume de l'ouvrage de Martini et Chemnitz. Chemnitz exprime des doutes quant au genre auquel il convient de la rapporter, et l'avis fortement motiv que cette coquille ne doit pas tre considre comme terrestre. Les spcimens dont il disposait avaient t achets dans une vente publique Hambourg, o ils avaient t envoys par feu G. Humphrey, qui parat avoir fort bien connu leur vritable provenance, et qui les a vendues pour des coquilles terrestres. Chemnitz cite cependant un spcimen de la collection de Spengler qui tait en meilleur tat que les siens, et passait pour provenir de Chine. La figure qu'il a donne est prise d'aprs cet individu, qui me semble tre simplement un spcimen nettoy de la coquille de Sainte-Hlne. On comprend facilement qu'aprs avoir pass par deux ou trois mains une coquille originaire de Sainte-Hlne puisse avoir t vendue comme provenant de Chine, soit fortuitement, soit dans un but intress. Je crois qu'il est impossible qu'une coquille appartenant cette espce puisse avoir t rellement trouve en Chine; et je n'en ai jamais vu une seule parmi la quantit immense de coquilles qui nous arrivent du Cleste-Empire. Chemnitz n'a pu se dcider tablir un nouveau genre pour cette remarquable coquille, quoiqu'il ne pt videmment l'assimiler aucun des genres connus cette poque; et bien qu'il ne la considrt pas comme terrestre, il lui donna le nom d'_Auris Vulpina_. Lamarck en a fait la seconde espce de son genre _Struthiolaria_, sous le nom de _Crenulata_. Elle ne prsente cependant aucune affinit avec ce genre; et on ne saurait concevoir de doutes sur l'exactitude des ides de De Ferussac, qui place cette coquille dans la quatrime division de son genre _Cochlogena_; Lamarck se serait montr consquent avec ses propres principes s'il l'avait place parmi ses _Auriculae_. Cette espce prsente une varit qui peut tre caractrise comme suit: Cochlogena auris-vulpina, Var. _Test subpyramidali, apertur breviori, labio tenuiori: long. 1,68, aperturae 0,77, lat. 0,86, poll_. OBSERVATIONS.--Les proportions diffrent ici de celles de la varit ordinaire, qui sont: longueur 1,65, longueur de la bouche 1, largeur 0,96 pouces. Faisons observer que toutes les coquilles de cette varit provenaient d'une autre partie de l'le que les spcimens cits en premier lieu. 2.--Cochlogena fossilis, G. Sowerby. _Test oblong, crassiuscul, spir subacuminat, obtus, anfractibus senis, subventricosis, leviter striatis, sutur profunde impress; apertur subovat; peritremate continuo, subincrassato; umbilico parvo: long. 0,8, lat. 0,37, poll_. Cette espce a la taille de _C. Guadaloupensis_, mais s'en distingue facilement par la forme des spires et parce que la suture est profondment marque. Les proportions varient un peu pour les divers spcimens. Cette espce n'a pas t trouve par M. Darwin, mais provient de la collection de la Socit gologique. 1.--Cochlicopa subplicata, G. Sowerby. _Test oblong, subacuminato-pyramidali, apice obtuso, anfractibus novem loevibus, postice subplicatis, sutur crenulat; apertur ovat, postice acut, labio externo tenui; columell obsolete subtruncat; umbilico minimo: long. 0,93, lat. 0,28, poll_. Cette espce et la suivante sont ranges dans le sous-genre Cochlicopa de De Ferussac, parce qu'elles se rapprochent beaucoup de sa _Cochlicopa Folliculus_. Elles en sont cependant toutes les deux parfaitement distinctes au point de vue spcifique, car elles sont beaucoup plus grandes que _C. Folliculus_ et ne sont pas brillantes et lisses comme cette dernire coquille que l'on trouve dans le Midi de l'Europe et Madre. On a trouv quelques coquilles trs jeunes et un oeuf qui appartiennent, je pense, cette espce. 2.--Cochlicopa terebellum, G. Sowerby. _Test oblong, cylindrceo-pyramidali, apice obtusiusculo, anfractibus septenis, loevibus; sutur postice crenulat; apertur ovali, postice acut, labio externo tenui; antice declivi; columell obsolete truncat, umbilico minimo: long. 0,77, lat. 0,29, poll_. Cette espce diffre de la prcdente parce que sa forme est plus cylindrique, et qu' l'tat de dveloppement complet elle est presque entirement dbarrasse des plis obtus des spires postrieures; elle s'en distingue aussi par la forme de la bouche. Dans cette espce les jeunes coquilles sont stries longitudinalement et elles prsentent quelques plis longitudinaux fortement uss. 1.--Hlix Bilamellata, G. Sowerby. _Test orbiculato-depress, spir plan, anfractibus senis, ultimo subtus ventricoso, superne angulari; umbilico parvo; apertur semilunari, superne extus angulat, labio externo tenui; interno plicis duabus spiralibus, postic majori: long, 0,15, lat. 0,33, poll_. Les jeunes coquilles de cette espce ont des proportions trs diffrentes de celles dont nous avons parl plus haut, car leur axe est presque gal leur longueur. Le plus grand spcimen est blanc avec des raies irrgulires couleur de rouille. Cette espce s'carte beaucoup de toutes les espces rcentes que nous connaissions, quoiqu'elle semble avoir quelque analogie avec plusieurs d'entre elles, telles que _Hlix epistylium_ ou _Cookiana_, et _H. gularis_; pourtant, dans ces deux espces, les plis spiraux internes sont placs sur la face interne de la paroi externe de la coquille, et non sur la lame interne comme chez l'_Helix bilamellata_. Il existe une autre espce rcente assez analogue celle-ci; elle n'a pas encore t dcrite et diffre de _Bilamellata_ et de _Cookiana_ parce qu'elle possde quatre plis spiraux internes dont deux sont placs sur la face interne de la paroi extrieure, et deux sur la paroi interne de la coquille; elle a t rapporte de Tahiti par le _Beagle_. 2.--Hlix polyodon, G. Sowerby. _Testa orbiculato-subdepress, anfractibus sex, rotundatis, striatis; apertur semilunari, labio interno, plicis tribus spiralibus, posticis gradatim majoribus, externo inlus dentibus quinque instructo; umbilico mediocri, long. 0,07, lat. 0,10, poll_. Cette espce se rapproche plus ou moins de _Hlix contorta_ de De Ferussac, Moll. terr. et fluv. Pl. 51. A, fig. 2; mais en diffre par plusieurs dtails. 3.--Hlix spurca, G. Sowerby. _Test suborbiculari, spir subconode, obtus; anfractibus quatuor turnidis, substriatis; apertur magn, peritremate tenui; umbilico parvo, profundo; long. 0,1, lat. 0,13, poll_. Se distingue facilement de l'_Helix polyodon_ par sa bouche large et dpourvue de dents. 4.--Hlix biplicata, G. Sowerby. _Test orbiculato-depress, anfractibus quinque rotundatis, striatis; apertur semilunari, labio interno, plicis duobus spiralibus, postic majori; umbilico magno; long. 0,04, lat. 0,1, poll_. Cette espce doit tre considre cause de sa forme, comme parfaitement distincte de _Hlix bilamellata_; l'ombilic est beaucoup plus grand, le sommet n'est pas aplati, et le bord postrieur de chaque spire n'est pas; anguleux. Il convient de rapporter cette espce des spcimens qu'on a trouvs associs aux espces prcdentes, et _Coclogena fossilis_ qui est, son tour, associe une Succine actuellement vivante, dans le grs calcarifre moderne. COQUILLES PALOZOIQUES DE LA TERRE VAN DIEMEN (Voire chapitre VII: TERRE VAN DIEMEN). 1.--Producta rugata. C'est probablement la mme espce que celle laquelle Phillips a donn le nom de _Producta rugata_ (Geology of Yorkshire, part. 2, pl. VII, fig. 16); mais la coquille est en trop mauvais tat pour que je puisse me prononcer dfinitivement ce sujet. 2.--Producta brachythaerus_, G. Sowerby. _Producta, test subtrapeziformi, compress, parte antic latior, sub-bilob, postic angustiori, line cardinali brevi_. Les caractres les plus remarquables de cette espce sont le peu de longueur de la ligne cardinale et la largeur relativement grande de la partie antrieure de la coquille; sa face externe est orne de petits tubercules mousss, disposs irrgulirement; l'exemplaire est empt dans un calcaire offrant la couleur grise habituelle au calcaire carbonifre. Un autre spcimen, que je suppose tre une empreinte de la face interne de la valve aplatie, est empt dans une pierre de couleur brun de rouille clair. Un troisime spcimen, probablement une empreinte de la face interne de la valve la plus profonde, se trouve dans une roche presque semblable, associe d'autres coquilles. 1.--Spirifera subradiata, G. Sowerby. _Spirifera, test loecissim, parte median lat, radiis lateralibus utriusque lateris paucis, inconspicuis._ La largeur de cette coquille est, peut-on dire, plus grande que sa longueur. Les raies des surfaces latrales sont en trs petit nombre et peu distinctes, et le lobe mdian est d'une grandeur et d'une largeur peu communes. 2.--Spirifera rotundata? Phillips: _Geology of Yorkshire_, pl. IX, fig. 17. Quoique cette coquille ne soit pas exactement semblable la figure cite, il serait peut-tre impossible de dcouvrir des caractres qui l'en distinguent nettement. Notre spcimen est fortement tordu; c'est d'ailleurs un exemple de ce genre de variations accidentelles qui montre quelle faible importance il convient d'attribuer, en certains cas, aux caractres particuliers, car les ctes radies sont beaucoup plus nombreuses et plus serres sur l'un des cts d'une des valves que sur l'autre ct de cette mme valve. 3.--Spirifera trapezodalis, G. Sowerby. _Spirifera, test subtetragon, median parte profund, radiis nonnullis, subinconspicuis; radiis lateralibus utriusque lateris seplem ad octo distinctis: long. 1,5, lat. 2, poll_. Il y a deux spcimens de cette espce empts dans un calcaire couleur de rouille fonce gristre, probablement bitumineux. Spirifera trapezodalis, _var.? G. Sowerby. Spirifera, test radiis lateralibus tripartitum divisis, lineis incrmenti antiquatis, cleroquin omnino ad spiriferam trapezodalem simillima_. J'ai t port d'abord assimiler cette coquille _Spirifera trapezodalis_, mais, en considrant que les ctes radies sont simples leur origine, et sachant qu'elles sont sujettes des variations, j'ai cru qu'il valait mieux faire de ce spcimen une varit distincte. Il y a plusieurs autres spcimens de Spirifres appartenant probablement des espces distinctes, mais ils consistent en de simples moules, de sorte qu'il est videmment impossible de donner les caractres externes de ces espces. Cependant, comme elles sont trs remarquables, j'ai cru convenable de leur donner chacune un nom et d'en faire une courte description. 4.--Spirifera pauccostata, G. Sowerby. Longueur gale aux deux tiers environ de la largeur; ctes peu nombreuses et variables. 5.--Spirifera Vespertilio, G. Sowerby. Largeur dpassant le double de la longueur, ctes radies assez larges, distinctes et peu nombreuses: surface interne postrieure couverte, dans les deux valves, de ponctuations bien distinctes. 6.--Spirifera avicula, G. Sowerby. Les proportions de cette espce sont fort remarquables, car la coquille parat tre trois fois plus large que longue; les ctes rayonnes ne sont pas trs nombreuses, et la surface interne postrieure de l'une des valves seulement (la grande valve) a t ponctue. L'espce ressemble par ses proportions la _Spirifera convoluta_[1] de Phillips, mais comme notre _Spirifera avicula_ n'est reprsente que par un moule interne, ses proportions ne sont pas aussi anormales que celles de la _Spirifera convoluta_. Un spcimen dont la forme naturelle a t fortement altre par la compression, mais qui semble cependant un peu diffrent par ses proportions, prsente non seulement le moule interne de la coquille, mais aussi l'empreinte de sa surface externe; ses ctes rayonnes sont fort irrgulires et trs nombreuses, mais il est possible que certaines d'entre elles seulement soient des ctes principales, les autres n'tant qu'interstitielles; leur irrgularit rend cette question insoluble. Note: [1] _Geology of Yorkshire_, part. 2, p. IX, fig. 7. DESCRIPTION DE SIX ESPCES DE CORAUX PROVENANT D'UN DPT PALOZOIQUE DE LA TERRE VAN DIEMEN Par W. LONSDALE, Esq. F. G. S. 1.--Stenopora Tasmaniensis, Sp. n.[1] Note: [1] Quoique les caractres de ce genre soient indits, il a paru convenable de ne pas les donner avec tous leurs dtails dans cette notice, parce qu'un fort petit nombre d'espces seulement ont t tudies. Le corail est essentiellement compos de simples tubes agrgs de diverses manires et rayonnant vers l'extrieur. La bouche est ronde ou oblongue, et entoure de bourrelets en relief, portant le long de la crte une range de tubercules. La bouche d'abord ovale est rlrcie (Greek: stenos) graduellement par une bande qui s'lve sur la paroi interne du tube et finit par la fermer. _Ramifi, branches cylindriques, inclines ou contournes de diverses manires; tubes plus ou moins divergents, bouches ovales, crtes de subdivision portant de forts tubercules; 1 2 marques du rtrcissement progressif dans chaque tube_. Ce corail ressemble par son mode gnral de croissance _Calamopora_ (_Stenopora?_) _tumida_ (Phillips, _Geology of Yorkshire_, part. 2, pl. 1, fig. 62), mais la forme de la bouche et d'autres dtails de structure prsentent de trs grandes diffrences avec cette dernire espce. _Stenopora Tasmaniensis_ atteint des dimensions considrbles, car un des spcimens mesure 4 pouces et demi de long et un demi-pouce de diamtre. Les branches considres individuellement offrent une circonfrence trs uniforme, mais elles diffrent l'une de l'autre dans un mme spcimen, et il n'y a pas de mode dfini de subdivision, ni de direction d'accroissement dtermine. Les extrmits sont quelquefois creuses, et un spcimen, long de 1 pouce et demi peu prs et large d'un demi-pouce, est cras de manire devenir compltement plat. Dans les spcimens o ils sont le mieux visibles, les tubes offrent une longueur considrable, ils naissent presque toujours isolment sur l'axe de la branche et divergent sous un angle trs faible, jusqu' ce qu'ils parviennent tout prs de la circonfrence, ils se recourbent alors vers l'extrieur. Dans l'intrieur de la branche les tubes ont une section polygonale due des pressions latrales, mais en approchant de la surface externe elle devient ovale parce que les tubes, en divergeant de plus en plus, laissent entre eux des espaces libres. Leur diamtre est toujours trs uniforme, l'exception des rtrcissements qui existent prs de l'extrmit des tubes parvenus leur dveloppement complet. Dans l'intrieur des branches les parois taient vraisemblablement fort minces, mais la priphrie la matire prsente une paisseur relativement considrable. On n'a pas trouv de traces de diaphragmes transversaux dans l'intrieur des tubes. On rencontre rarement des exemples bien dmonstratifs des modifications successives que subit l'extrmit ovale des tubes jusqu'au complet dveloppement et l'oblitration finale, mais on a observ les cas suivants: Quand la bouche devient libre et prend la forme ovale, les parois sont minces et tranchantes, et sont disposes perpendiculairement dans l'intrieur du tube. Elles se touchent parfois, mais d'autres fois elles sont spares par des sillons de dimensions variables, o l'on peut dcouvrir de trs petites ouvertures ou pores. Lorsque la bouche approche de son complet dveloppement, les sillons sont plus ou moins compltement combls, et les parois s'paississent, car on peut voir le long de la crte une range de trs petits tubercules. A cette poque la face interne du tube cesse d'tre verticale, elle est tapisse intrieurement d'une bande oblique trs troite. Les bouches arrives leur dveloppement complet sont spares par une crte trs prononce, gnralement simple, mais assez souvent subdivise par un sillon; la crte, double ou simple, est surmonte d'une range de tubercules saillants qui sont presque en contact les uns avec les autres. On n'a observ qu'un seul exemple d'occlusion des bouches, mais il offre une preuve suffisante de l'expansion graduelle de la bande interne, avec soudure finale au centre, dont j'ai parl plus haut. A cette phase extrme on constate une oblitration gnrale des dtails, mais la plupart des tubercules restent distincts. Chez cette espce on n'observe pas, l'intrieur des longues branches cylindriques rectilignes, de marques bien nettes d'un rtrcissement de la bouche, antrieur la formation du tube parfait et la contraction finale, mais prs du point o les tubes se recourbent vers l'extrieur il existe une indentation annulaire qu'on peut suivre successivement d'un moule l'autre suivant une ligne parallle la surface; et entre l'tranglement saillant et la surface parfaite les parois des tubes taient lgrement rugueuses. Dans une autre branche courte que l'on croyait appartenir cette espce, mais dont les tubes divergeaient trs rapidement vers l'extrieur, le rtrcissement est fortement marqu, quoiqu' des degrs variables, dans les divers tubes de ce spcimen. La roche dans laquelle le fossile est engag est un schiste argilo-calcarifre grossier ou un calcaire gris; on y rencontre aussi _Fenestella internata_, etc. 2.--Stenopora ovata, Sp. n. _Ramifie, branches ovales; tubes relativement courts, trs divergents, bouches rondes; nombreux rtrcissements ou irrgularits de dveloppement_. Les caractres de cette espce ont t dtermins fort imparfaitement. Les branches ne sont pas uniformment ovales, mme dans un fragment unique. Les tubes divergeaient trs rapidement le long de la ligne du grand axe, leur croissance dans le sens vertical tait fort limite. Leurs moules montrent une succession rapide d'irrgularits de dveloppement. Les bouches, pour autant qu'on puisse dterminer leur forme, taient rondes ou lgrement ovales, et les crtes de division, garnies de tubercules, taient aigus; mais, comme la surface externe n'est pas visible, on n'a pu dterminer leurs caractres exacts et les modifications subies pendant la croissance. Le corail est empt dans un calcaire gris-sombre. 1.--Fenestella ampla, Sp. n. _Cupuliforme; surface cellulifre interne; branches dichotomes, larges, aplaties, minces; mailles ovales; ranges de cellules nombreuses, rarement limites deux, alternantes; connexions transversales quelquefois celluleuses; couche interne de la surface non celluleuse trs fibreuse; couche externe trs grenue, non fibreuse; vsicule gemmulifre? petite_. Quelques-uns des moules de ce corail offrent une ressemblance gnrale avec _Fenestella polypora_ telle qu'elle est reprsente dans Captain Portlock's _Report on the Geology of Londonderry_, pl. XXII, A, fig. 1 _a_, 1 _d_; mais il n'y a pas de similitude de structure entre le fossile de la Terre Van Diemen et l'espce en question telle que la donnent la planche XXII, fig. 3, du mme ouvrage ou les figures originales de M. Phillips, _Geology of Yorkshire_, part. 2, pl. 1, fig. 19, 20. Il existe aussi une ressemblance gnrale entre _Fenestella ampla_ et un corail trouv par M. Murchison dans le calcaire carbonifre de Kossalchi-Datchi sur le versant oriental de la chane de l'Oural, mais il y a, ici encore, une diffrence marque dans les dtails de structure. _Fenestella ampla_ atteignait des dimensions considrables; des fragments paraissant appartenir un spcimen unique couvraient une surface de 4 pouces et demi sur 3 pouces; cette espce offrait des contours trs massifs, les branches avaient souvent plus d'un dixime de pouce de largeur aux points o elles se divisaient. Une grande uniformit domine dans l'aspect gnral du corail, mais la largeur des branches varie parce qu'elles s'largissent fortement au voisinage des points de bifurcation; cependant il n'y a pas de diffrence marque entre les caractres de la base et ceux de la partie suprieure de la coupe, mme quant au nombre des ranges de cellules. Dans les spcimens o la surface cellulaire est le mieux conserve, les ouvertures des cellules sont relativement grandes, rondes ou ovales, et elles sont limites par un bord lgrement surlev; une crte filiforme et onduleuse serpente entre elles et divise les espaces intermdiaires en losanges. Le nombre des ranges de cellules situes immdiatement en avant des bifurcations s'lve parfois jusqu' dix, et dpasse ordinairement deux aprs la sparation. Les ouvertures des cellules des ranges latrales font saillie dans l'intrieur des mailles, et les connexions transversales sont quelquefois celluleuses. Les intervalles compris entre les ouvertures, ainsi que les crtes ondules, sont granuleuses ou portent de trs petits tubercules. Dans l'intrieur les cellules prsentent la disposition oblique habituelle, elles se recouvrent les unes les autres et s'arrtent brusquement la partie dorsale de la branche. Les empreintes parfaites de la surface cellulaire offrent l'inverse des caractres qui viennent d'tre dcrits; mais le plus habituellement les empreintes ne prsentent gure d'autre trace de structure que des ranges longitudinales d'ouvertures circulaires. Sur la couche interne de la surface non celluleuse on peut dcouvrir quelquefois vingt fibres parallles bien nettes, spares par des sillons troits ou par les moules qui leur correspondent; et leur nombre est toujours considrable. L'tat de conservation de ces fossiles ne permettait pas de dcouvrir la vritable nature des fibres, mais on dduit d'observations faites sur d'autres espces qu'elles sont tubulaires. Leur taille est considrable, mais dans le spcimen qui montre leur structure de la manire la plus complte elles sont frquemment coupes par des ouvertures circulaires. Leur surface arrive l'tat parfait est finement granuleuse. La couche externe ou partie postrieure des branches est forme d'une crote uniforme sans aucune trace de fibres, mais couverte de nombreuses papilles microscopiques avec des pores correspondants qui pntrent la substance de cette couche. Les seules traces de vsicules gemmulifres sont de petites cavits accidentellement situes au-dessus de la bouche et dont la position correspond celle que les vsicules considres comme gemmulifres occupent dans d'autres genres celluleux. Des moules de cavits semblables sont rpandus fort uniformment entre les empreintes des bouches, sur le spcimen russe dont on a parl plus haut. On n'a pas observ le corail son tat le plus jeune, et on n'a constat aucun changement notable provenant de l'ge de l'organisme, l'exception de l'paississement graduel de la surface non celluleuse, la suite de son recouvrement par la couche fibreuse. Les spcimens sont empts dans un calcaire gris-sombre cailleux ou terreux. 2.--Fenestella internata, Sp. n. _Cupuliforme; surface cellulifre interne; branches dichotomes, comprimes, de largeur variable; mailles oblongues, troites; 2 5 ranges de cellules spares par des crtes longitudinales; connexions transversales courtes, sans cellules; surface non celluleuse; couche interne fortement fibreuse, couche externe finement granuleuse_. Cette espce se distingue facilement de _Fen. ampla_ par la dlicatesse de sa structure; il y a en outre des diffrences trs nettes dans le nombre des ranges de cellules qui varie de deux cinq, et dans leur mode de dveloppement. Elle parat avoir atteint des dimensions considrables, car on a observ des fragments longs de 1 pouce et demi et large de 1 pouce. Les branches ont une largeur variable, elles s'largissent graduellement dans la direction des bifurcations, mais sans aucune altration de la forme ou de la dimension des mailles, et, pour autant que l'tat des spcimens permette d'en juger, il ne survenait aucun changement notable pendant le dveloppement de la coupe, sauf celui que nous allons exposer. A la surface cellulifre des branches il se produit des modifications importantes mais uniformes entre les bifurcations successives. Sur une faible longueur au-dessus du point de sparation la branche est troite et anguleuse, elle porte une crte longitudinale parallle son axe, et il n'y a qu'une seule range d'ouvertures sur chaque face. A mesure que la branche se dveloppait, la crte s'largissait et devenait finalement cellulifre; une ligne d'ouvertures naissait la place qu'elle occupait (_internata_). Les trois ranges d'ouvertures cellulaires taient alors spares sur la branche par deux crtes, et le dveloppement continuant, celles-ci s'largissaient leur tour et devenaient celluleuses, les cinq ranges tant spares par quatre crtes. Cette phase semble reprsenter la dernire priode de l'accroissement, car elle tait suivie immdiatement d'une nouvelle bifurcation. La partie la plus ancienne de la coupe ne porte d'ordinaire que deux ou trois ranges de bouches; et, lorsqu'il en existe un plus grand nombre, on peut observer une certaine irrgularit dans leur disposition linaire rsultant de l'expansion latrale de la branche. Dans les spcimens les mieux conservs les bouches sont relativement grandes, rondes ou ovales, et leurs bords sont faiblement relevs. Celles des ranges mdianes sont parallles ou presque parallles, et disposes dans la direction de l'axe de la branche; mais dans les ranges latrales elles sont souvent places obliquement et s'inclinent vers les mailles. Sur ces spcimens presque intacts les crtes de subdivision sont filiformes et lgrement ondules, mais il n'existe pas de traces des compartiments en losanges, qui se montrent si distinctement chez _Fenestella ampla_. Les espaces intermdiaires entre les bouches sont planes ou lgrement convexes. Dans des spcimens moins bien conservs ou privs de leur surface primitive, les bouches n'offrent pas une figure uniforme et n'ont pas de bord en saillie. Les crtes de subdivision sont aussi relativement plus larges; et la surface entire, y compris les connexions latrales, est granuleuse ou finement tubercule. La couche interne de la surface non celluleuse est trs fibreuse, et l'on peut dcouvrir la mme structure, plus ou moins nettement accuse dans les connexions latrales. Le nombre des fibres ne parat pas dpasser douze par branche, et elles sont en gnral moins nombreuses. Leur longueur est considrable, car des fibres additionnelles s'intercalent lorsque la branche s'largit; et leur surface est garnie de trs petits tubercules. On n'a pas observ d'ouvertures circulaires isoles. La couche extrieure est uniformment granuleuse quand elle est compltement dveloppe, mais on peut suivre sur un mme spcimen toutes les phases intermdiaires depuis l'tat fibreux fortement accus jusqu' l'tat granuleux. On n'a pas observ de traces distinctes de vsicules gemmulifres, mais sur un spcimen qui porte, ce que l'on croit, des empreintes de cette espce, on peut observer accidentellement, prs des bouches, des moules hmisphriques surface parfaitement arrondie, qui ne sont videmment pas relis directement avec l'intrieur des cellules, et que l'on considre comme reprsentant peut-tre ces vsicules. _Fenestella internata_ semble tre un fossile abondant; une pierre plate mesurant environ 8 pouces de longueur et 6 de largeur est couverte, sur les deux faces, de fragments de ce corail, et il existe dans la collection un grand nombre de fragments plus petits. La roche encaissante est constitue ordinairement par un schiste argilo-calcareux gris, mais elle consiste parfois en un calcaire cailleux ou en une pierre argileuse dure et ferrugineuse ou faiblement colore. 3.--Fenestella fossula, Sp. n. _Capuliforme, surface cellulifre interne; branches dichotomes, dlies; mailles ovales; deux ranges de cellules; connexions transversales non celluleuses; couche interne de la surface non cellulifre finement fibreuse; couche externe polie ou granuleuse_. Par son aspect gnral et les dtails de sa structure cette espce offre une grande ressemblance avec _Fenestella flustracea_ de la dolomie d'Angleterre (_Retepora flustracea, Geological Transactions_, 2e srie, vol. VII, pl. XII, fig. 8), mais elle en diffre par le caractre particulier que prsente le moule de la surface cellulifre dont nous indiquerons la nature en dcrivant cette surface. Le spcimen principal est une coupe presque intacte haute de 1 pouce et demi et mesurant environ 2 pouces de diamtre dans la partie comprime la plus large. On n'observe pas de variations notables des caractres, mais quelquefois des irrgularits de croissance, dues probablement des accidents survenus pendant le dveloppement progressif de l'organisme. Les caractres que nous indiquons ici ont t observs sur des moules, car on n'a pas rencontr de surface parfaite. Les dimensions des branches sont fort uniformes, elles ne s'largissent que trs lgrement aux points de bifurcation qui sont loigns les uns des autres, et leur paisseur tait vraisemblablement presque gal leur largeur. Le moule de la surface cellulaire est travers dans le sens de son axe par une rigole troite bords aigus (_fossula_), parois presque verticales, caractre distinctif entre cette espce et _Fen. flustracea_. Les moules cylindriques des ouvertures ou de l'intrieur des cellules sont disposs sur un seul rang de chaque ct de la rigole, et on ne peut pas observer nettement une augmentation de leur nombre aux bifurcations. Le long de l'axe de la rigole il y a une range d'indentations ou de petites cavits coniques, caractre que l'on constate dans d'autres espces, particulirement dans _Fen. flustracea_. Ce ne sont videmment pas les moules d'ouvertures de cellules, mais de papilles relativement grandes. On a observ des traces de saillies de ce genre dans plusieurs autres cas. Sur le petit fragment garni d'ouvertures que l'on a trouv, ces ouvertures sontgrandes, rondes, et font une faible saillie, elles ne sont pas fort loignes les unes des autres, et le mme petit fragment porte une crte imparfaitement dveloppe. Les restes de la surface non celluleuse ne prsentent pas de caractres qui mritent d'tre signals, mais on a observ des traces d'une couche strie unie. Les deux spcimens qui ont fourni ces dtails de structure sont engags dans un calcaire dur de couleur sombre. Hemitrypa sexangula, Sp. n. _Rseau fin, hexagonal; mailles rondes en ranges doubles_. Le corail auquel s'appliquent ces caractres incomplets est empt dans la surface schistode d'un calcaire dur de couleur sombre. Il a environ 1 pouce de largeur et un demi-pouce de hauteur, et consiste en deux rseaux superposs, l'un mailles quadrangulaires et l'autre mailles hexagonales, avec une aire intrieure arrondie; le rseau quadrangulaire a t enlev sur une partie considrable du spcimen, de sorte que le contact des deux structures est bien visible. On admet que les caractres gnriques essentiels de ce fossile s'accordent entirement avec ceux d'_Hemitrypa_ (Pal. Foss. Cornwall, p. 27), mais son bon tat de conservation et certaines facilits qui en rsultaient pour la dtermination des dtails de structure ont fait prvaloir, au sujet de sa nature, une opinion un peu diffrente de celle qui est expose dans l'ouvrage que je viens de citer. La surface interne d'_Hemitrypa oculata_ (_loc. cit_.) est dcrite comme portant des crtes radies, et possdant des dpressions intermdiaires ovales qui ne pntrent qu' la moiti de l'paisseur de la substance du corail, et n'atteignent nulle part la surface externe. La partie quivalente du spcimen de la Terre Van Diemen correspond parfaitement cette description, sauf quant la forme des mailles ou dpressions; pourtant il n'est pas simplement semblable quelques Fenestellae, mais il prsente tous les caractres essentiels de ce genre, et l'on croit que c'est un fragment de _Fen. fossula_. On est arriv cette conclusion par l'tude d'un petit fragment dtach mcaniquement, et qui portait une range de grandes ouvertures rondes faisant saillie. La surface externe d'_Hem. oculata_ est dcrite comme compltement couverte de nombreux pores ou cellules ronds--disposs en ranges doubles, et l'on a constat que la partie correspondante d'_Hem. sexangula_ consiste aussi en une surface semblable forme de doubles ranges de mailles rondes ou pores mais contours hexagonaux, et l'on voit sur le spcimen engag dans sa gangue qu'ils pntrent jusqu' la surface de la Fenestella ou rseau quadrangulaire. Ces dtails de structure ont paru suffisants pour tablir un rapport gnrique entre le corail de la Terre Van Diemen et _Hemitrypa oculata_; et l'examen d'un spcimen de ce genre provenant d'Irlande a confirm pleinement les dtails de structure que montre la surface interne du spcimen auquel on donne provisoirement le nom d'_Hemitrypa sexangula_. Aucune opinion n'a t formule sur la vritable nature du rseau externe. Il est form presque en totalit d'une matire calcaire gris sombre qui parat remplir les vides d'un organisme structure originairement celluleuse; mais on a observ aussi quelques petites plages de la couverture externe qui consistent en une crote blanche opaque, sur la surface primitivement en contact avec le rseau externe. Il ne parat pas douteux que ce soit un parasite, et la similitude intressante qui existe entre l'espace occup par la double range de mailles et par les branches parallles de la Fenestella, provient probablement de ce que ce dernier corail a prsent des lignes de base favorables pour la fixation de l'Hemitrypa. Dans le spcimen de la Terre Van Diemen le rapport est dcel par un accroissement de la largeur du rseau et par une range de points saillants. Il existe aussi une concordance remarquable entre la disposition des ouvertures de la Fenestella et les mailles du rseau interne. Des concordances de ce genre sont admirablement reprsentes dans les excellentes figures de M. Phillips (_Pal. Fos_, pl. XIII, fig. 38). Les parties solides de l'organisme tant excessivement fines, au point de ressembler au fil de la dentelle la plus dlicate, les essais que l'on a tents pour dcouvrir des caractres intrieurs satisfaisants ont chou, except en un endroit o l'on a cru reconnatre une vritable disposition cellulaire[1]. Rien non plus n'a t dtermin au sujet de la crote de revtement. Quoique l'on puisse faire des objections l'application du nom d'Hemitrypa ces coraux, on a cru devoir conserver le mot, jusqu' ce que les caractres du genre aient t dtermins d'une manire complte. Note: [1] On a constamment fait usage d'une loupe Codrington d'un demi-pouce de diamtre, pour l'tude des coraux dcrits dans cette notice. FIN TABLE Abel (M.).--Sur des moules calcaires au cap de Bonne-Esprance Abingdon (Ile) Abrolhos (Incrustations aux les) Aores Affaisse (Rgion) l'Ascension Albatros; leur disparition de Sainte-Hlne Albemarle (Ile) Albite aux les Galapagos Amygdalodales (Origine calcaire des roches) Amygdalodes (Vacuoles) moiti remplies Ascension --Absence de dikes, absence actuelle d'action volcanique et tat des coules de lave l'Ascension --Incrustations arborescentes sur des roches de l'Ascension Ascidies (Extinction des) Atlantique. Nouveau foyer volcanique dans l'ocan Atlantique Augite fondue Australie Bahia au Brsil (Dikes ) Bailly (M.).--Sur les montagnes de l'le Maurice Baldhead Bank's Cove Barn (Le), Sainte-Hlne Basalte colonnaire --(Poids spcifique du) Basaltiques (Montagnes) ctires l'le Maurice -- Sainte-Hlne -- San Thiago Beaumont (M. lie de).--Sur des cirques d'boulement dans la lave --Sur des dikes dmontrant le soulvement --Sur des dikes lamellaires --Sur l'inclinaison des coules laviques Beudant (M.).--Sur les bombes volcaniques --Sur le jaspe --Sur l'obsidienne de Hongrie --Sur la prsence de la silice dans le trachyte --Sur le trachyte lamellaire Bermudes (Roches calcareuses des) Bol Bombes volcaniques Bonne-Esprance (Cap de) Bory de Saint-Vincent.--Sur les bombes volcaniques Boue (Torrents de) l'archipel des Galapagos Brattle (Ile) Brewster (Sir D.).--Sur une substance calcareuse d'origine animale --Sur le verre dcompos Brown (M.R.).--Sur des corps sphruliliques dans le bois silicifi --Sur des vglaux fossiles de la Terre Van Diemen Buch (Von).--Sur des couches calcareuses superficielles aux les Canaries --Sur des coules d'obsidienne --Sur la lave caverneuse --Sur la lave lamellaire --Sur la descente des cristaux dans l'obsidienne --Sur la prsence de l'olivine dans le basalte --Sur les volcans centraux Cailloux (Absence des) en Australie et au cap de Bonne-Esprance --de greenstone la Nouvelle-Zlande Calcaires (Dpts) San Thiago modifis par la chaleur --(grs) Sainte-Hlne --(Incrustations) l'Ascension --(Lits) superficiels King George's Sound --(Matire), fibreuse entrane et empte dans des scories --(Roche), l'Ascension Calcdoine dans le basalte et dans le bois silicifi Calcdoine (Nodules de) Cap de Bonne-Esprance Carbonique (Acide), son expulsion par la chaleur Carmichael (Le capitaine).--Sur les revtements vitreux de certains dikes _Cerithium_ (fossile) Chaleur (Action de la) sur une matire calcaire Chatham (Ile) Chaux (Sulfate de), l'Ascension Chlorophaete Clarke (Le Rev. W.).--Sur le cap de Bonne-Esprance _Cochlicopa_ (fossile) _Cochlogena auris Vulpina_ Comptes rendus. Rapport sur les phnomnes volcaniques de l'Atlantique Conception (Tremblement de terre de) Concrtions, leur comparaison dans les roches aqueuses et ignes --dans le tuf --d'obsidienne Conglomrat rcent San Thiago Coquilles (Colloration des), modifie par la lumire --fossiles de Sainte-Hlne, de San Thiago, de la Terre Van Diemen --(Fragments de), transports par le vent Sainte-Hlne --(Matire calcaire provenant des), dpose par les vagues --terrestres fossiles Sainte-Hlne Coquimbo (Roche curieuse de) Coraux fossiles de la Terre Van Diemen Ctes (Dnudation des), Sainte-Hlne Coules d'obsidienne Cratre (Corniche intreure et parapet entourant un) --(Grand) central Sainte-Hlne --(Segment de) aux Galapagos Cratres basaltiques l'Ascension --(tat ruin des) --(Forme des), modifie par le vent aliz --(Petits) basaltiques l'archipel des Galapagos -- San Thiago --de soulvement --de tuf l'archipel des Galapagos -- Terceira Cristallisation, favorise par l'espace Dartigue (M.).--Sur les sphrulites Daubeny (Le Dr).--Sur des fragments empts dans le trachyte --Sur une le en forme de bassin D'Aubuisson.--Sur des collines de phonolite --Sur la composition de l'obsidienne --Sur la structure fissile du phyllade argileux De la Bche (Sir H.).--Sur le poids spcifique du calcaire --Sur la prsence de la magnsie dans le calcaire ruptif Dnudation de la cte Ste-Hlne Diana's Peak Sainte-Hlne Dieffenbach (Le Dr).--Sur les les Chatham Dikes Sainte-Hlne; leur nombre; tapisss d'un couche luisante, uniformit de leur paisseur --de trapp dans les roches plutoniques Dikes de tuf Dikes (Grands) parallles, Sainte-Hlne --N'ont pas t rencontrs l'Ascension Dikes (Reste de) s'tendant une grande distance au large, autour de Sainte-Hlne --tronqus, sur la crte centrale cratriforme de Sainte-Hlne Dislocation l'Ascension -- Ste-Hlne Distribution des les volcaniques Dolomieu.--Sur la lave lamellaire --Sur l'obsidienne --Sur le trachyte dcompos Dre (M.).--Sur la descente des cristaux dans la lave Dufrnoy (M.).--Sur la composition de la surface de certaines coules de lave --Sur l'inclinaison des couches de tuf Ejaculs (Fragments) l'Ascension --(Fragments) l'archipel des Galapagos Ellis (Le Rv. W.).--Sur des corniches l'intrieur du grand cratre d'Hawa --Sur des fossiles marins Tahiti Eruption (Fissures d') Explosion de masses gazeuses Extinction de coquilles terrestres Sainte-Hlne Faraday (M.).--Sur le dgagement de l'acide carbonique Feldspath (Fusibilit du) --en cristaux rayonns --labradorite jacul Feldspathiques (Lamellation des roches) et causes de ce phnomne Feldspathiques (Laves) -- Ste-Hlne --(Roches) alternant avec l'obsidienne _Fenestella_ (fossile) Fernando Noronha (Ile) Ferrugineux (Bancs) superficiels Feuilletage du phyllade argileux en Australie Fibreuse (Matire calcaire) San Thiago Fissures d'ruption Fitton (Le Dr).--Sur une brche calcaire Flagstaff Hill Sainte-Hlne Fleuriau de Bellevue (M.).--Sur les sphrulites Fluidit des laves Forbes (Le Professeur).--Sur la structure des glaciers Fragments jaculs l'archipel des Galapagos -- l'Ascension Fresh-water Bay Fuerteventura (Bancs calcaires de) Galapagos (Archipel des) --(Parapets autour des cratres aux) Gay-Lussac.--Sur le dgagement de l'acide carbonique Glaciers, leur structure _Glossopteris Brownii_ Gneiss, avec grand fragment empt --provenant du phyllade argileux Gorges troites Sainte-Hlne Granite (Contact du) avec le phyllade argileux au cap de Bonne-Esprance Granite gneissique (forme des collines de) Granitiques (Fragments) jaculs Grs du Brsil --du cap de Bonne-Esprance --(Plateaux de) la Nouvelle Galles du Sud Gypse l'Ascension Gypse la surface du sol Sainte-Hlne --dans des couches volcaniques Sainte-Hlne Hall (Sir J.).--Sur le dgagement de l'acide carbonique Hlne (Ile de Sainte-) _Hlix_ (fossile) _Hlix mlo_ _Hemitrypa_ (fossile) Hennah (M.).--Sur des cendres l'Ascension Henslow (Le Professeur).--Sur la calcdoine Hoffmann.--Sur le trachyte dcompos Holland (Le D').--Sur l'Islande Horner (M.).--Sur une substance calcareuse d'origine animale --Sur la fusibilit du feldspath Hubbard (Le Dr).--Sur les dikes Hutres (Extinction des) Humboldt (Alex. de).--Sur les formations d'obsidienne --Sur les fragments jaculs --Sur les parapets des cratres --Sur les sphrulites Hutton.--Sur les roches amygdalodales Hyalite dans le trachyte dcompos Iles volcaniques (Distribution des) --(Soulvement des) Incrustation sur les rochers de Saint-Paul Incrustations calcareuses l'Ascension Islande (Stratification des collines ctires de l') James (Ile) Jaspe (Origine du) Jonns (M. Moreau de).--Sur les cratres transforms par le vent Juan Fernandez (Ile de) Keilhau (M.).--Sur le granite Kicker Rock King George's Sound Labrador. Feldspath jacul Lacs la base de volcans Lamellation des roches volcaniques Lanzarote (Lits calcaires de) Lave, son adhrence aux parois d'une gorge --feldspathique --semi-amygdalodale avec vacuoles Laves avec monticules irrguliers l'Ascension --(Composition de la surface des) --(Coules de) se confondant San Thiago --des Galapagos --(diffrences d'tat de la surface des) --(Fluidit des) --(Minceur extrme des coules de) --(Poids spcifique des) Lesson (M.).--Sur les cratres de l'Ascension Leucite _Littorina_ (fossile) Lonsdale (M.).--Sur des coraux fossiles de la Terre Van Diemen Lot, Sainte-Hlne Lyell (M.).--Sur les cratres de soulvement --Sur des oeufs de tortues empts dans une roche --Sur un revtement luisant des dikes Macaulay (Le Dr).--Sur des moules calcaires Madre Mac Tullock (Le Dr).--Sur une roche amygdalodale --Sur la chlorophaete --Sur une rtinite lamellaire Mackensie (Sir G.).--Sur des coules de lave caverneuses --Sur des coules d'obsidienne --Sur un revtement luisant des dikes --Sur la stratification de l'Islande Madre (Moules calcaires ) Magazine (Nautical): rapport sur des phnomnes volcaniques ayant leur sige dans l'Atlantique Marekanite Maurice (Ile) --(Cratre de soulvement de) Mica en nodules arrondis --(Disposition rayonne du) --(Origine du) dans des phyllades mtamorphiques Miller (Le Professeur).--Sur des cristaux de quartz dans des lits d'obsidienne --Sur du feldspath labradorique jacul Mitchell (Sir T.).--Sur des bombes volcaniques --Sur les valles australiennes Moules calcareux de branches Narborough (Ile) Nelson (Le Lieutenant).--Sur les les Bermudes Nouveau grs rouge (Stratification entrecroise du) Nouvelle-Caldonie Nouvelle-Galles du Sud Nouvelle-Zlande Nullipores (fossiles) ressemblant des concrtions Obsidienne (Absence de l') l'archipel des Galapagos --(Bombes d') --(Composition et origine de l') --(Coules d') --(Descente des cristaux de feldspath au sein de l') --(Emission de l') par des cratrestrs levs --(Passage de bancs l') --(Poids spcifique de l') Oeufs d'oiseaux empts dans une roche Sainte-Hlne --de tortues empts dans une roche l'Ascension Olivine la Terre Van Diemen --dans les laves l'archipel des Galapagos --dcompose San Thiago Oolitique(Structure) de bancs calcaires rcents Sainte-Hlne Otaheite Pattinson (M.).--Sur la sparation du plomb et de l'argent Paul (Rochers de Saint-) Pprino Perlite Pron (M.).--Sur des roches calcaires d'Australie Phonolite avec hornblende plus fusible que la pte --(Collines de) --fissile Phyllade argileux, sa dcomposition et son contact avec le granit au cap de Bonne-Esprance Plantes fossiles Plomb (Sparation du) et de l'argent Plutoniennes (Roches), rpartition de leurs lments par ordre de densit Poids spcifique des laves --de roches calcareuses rcentes et du calcaire Ponce lamellaire. --manque l'archipel des Galapagos Ponza (Iles). (Trachyte lamellaire des) Porto-Praya Prvost (M.C.).--Sur la raret des grandes dislocations dans les les volcaniques _Producta_ Prosperous Hill, Sainte-Hlne Puy-de-Dme (Trachyte du) Quail-island, San Thiago Quartz cristallis dans le grs --(Cristaux de) dans des couches alternant avec de l'obsidienne --(Fusibilit du) Quartzite tachet d'une matire terreuse la suite d'une action mtamorphique. Red Hill Rsineux (Aspect) de scories altres Rtinite --(Dikes de) Rio de Janeiro (Gneiss de) Robert (M).--Sur des couches observes en Islande Rogers (Les Professeurs) --Sur des lignes de soulvement courbes. Sainte-Hlne (Ile de) --(Cratres soulvement de) Saint-Paul (Rochers de) Salses (Comparaison des), et des cratres de tuf San Thiago (Ile de) --(Cratre de soulvement de) --(Effets produits par une matire calcaire sur la lave ) Scrope (M.P.).--Sur l'obsidienne. --Sur la prsence de la silice dans le trachyte --Sur la sparation du trachyte et du basalte --Sur les sphrulites --Sur le trachyte lamellaire Seale (M.).--Gognosie de Sainte-Hlne. --Sur des coquilles fossiles de Sainte-Hlne. --Sur les dikes --Sur des ossements d'oiseaux empts dans une roche Sedgwick (Le Professeur).--Sur les concrtions Sel dans des couches volcaniques --dpos par la mer --(Lacs riches en) dans des cratres Septaria en concrtions dans le tuf Serpules dans des roches souleves Seychelles Siau (M.).--Sur le ridement au fond de la mer par l'action des vagues Signal--Post Hill Silice dpose par la vapeur --(Forte proportion de la) dans l'obsidienne --(Poids spcifique de la) Siliceux (Dpt) Smith (Le Dr A.).--Sur le contact du granite et du phyllade argileux Soulvement de l'archipel des Galapagos --d'les volcaniques --de Sainte-Hlne --de la Terre Van Diemen, du cap de Bonne-Esprance, de la Nouvelle-Zlande, de l'Australie et de l'le Chatham Spallanzani.--Sur le trachyte dcompos Sphrulites dans le verre et dans le bois silicifi --dans l'obsidienne _Spirifera_ Sowerby (M.G.B.).--Description de coquilles fossiles ( l'Appendice) --Sur des coquilles fossiles de San Thiago --Sur des coquilles fossiles de la Terre Van Diemen --Sur des coquilles fossiles terrestres de Sainte-Hlne _Stenopora_ (fossile) Stokes (M.)--Collection de sphrulites et d'obsidienne de Stony-top (Great) --(Little) Stratification du grs la Nouvelle-Galles du Sud Stutchbury (M).--Sur des fossiles marins Otaheite Tahiti Talus stratifies dans l'intrieur de cratres de tuf Terceira Tertiaire (Dpt) San Thiago Thiago (Ile de San) Tourmaline rayonne Trachyte (Absence du) l'archipel des Galapagos --(Dcomposition du) par la vapeur --de l'Ascension --de Terceira --devenu tendre l'Ascension --(Lamellation du) --(Poids spcifique du) --(Sparation du) et du basalte --(Veines singulires dans le) Trapp (Dikes de) King George's Sound. --dans des roches plutoniques Travertin la Terre Van Diemen Tropiques (Oiseau des) devenu rare Sainte-Hlne Tuf (Cratres de) --(Espce particulire de) --(Etat ruin des cratres de) Turner (M.).--Sur la sparation de mtaux fondus Tyerman et Bennet.--Sur des fossiles marins Huaheine Valles en forme de gorges la Nouvelle-Galles du Sud -- San Thiago -- Sainte-Hlne Van Diemen (Terre) Veines dans le trachyte --de jaspe Vent (Effets du) sur la forme des cratres _Venus_ (fossile) Vincent (Bory de Saint-).--Sur les bombes volcaniques Vitreuse (Origine de la structure) Volcaniques (Iles) en voie de formation dans l'Atlantique --(Iles), leur distribution Wacke (Passage de la) la lave Wackes argileuses Webster (Le Dr).--Sur le gypse de l'Ascension --Sur une le en forme de bassin White (Martin).--Sur des sondages End of the Project Gutenberg EBook of Observations Geologiques sur les Iles Volcaniques, by Charles Darwin License: Share Alike