Produced by Carlo Traverso, Mireille Harmelin and the Online Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This file was produced from images generously made available by the Bibliothque nationale de France (BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr) HOKOUSA L'art japonais au XVIIIe sicle par EDMOND DE GONCOURT POSTFACE DE M. LON HENNIQUE de l'Acadmie Goncourt dition dfinitive publie sous la direction de l'Acadmie Goncourt ERNEST FLAMMARION, DITEUR, 26, Rue Racine, 26 EUGNE FASQUELLE, DITEUR, 11, Rue de Grenelle, PARIS Tous droits de traduction, d'adaptation et de reproduction rservs pour tous les pays PRFACE _L'cho de Paris_ publiait, sous ma signature, le 7 juin 1892, cet article. La vie littraire, en ses durets, a parfois d'aimables surprises, mais au bout de bien des annes. Cet hiver, je recevais cette lettre du Japon: Yokohama (Hpital gnral). Monsieur, Voulez-vous permettre un jeune Franais de vous exprimer tout le plaisir que lui a caus _Outamaro_, mieux plac que tout autre pour le comprendre puisque je suis au milieu des Japonais... J'avais quinze ans quand j'ai lu Soeur Philomne et j'ai voulu tre interne, et je suis mdecin... _La Maison d'un Artiste_ m'a fait venir au Japon. En un mot, comme cette toile qui guide le marin, ignorante elle-mme des destins qu'elle mne, vous avez eu une influence dominatrice sur toute ma vie. Je vous le dis, pourquoi ne vous l'ai-je pas dit plus tt,--cette timidit bte qui fait qu'on est muet devant la femme qu'on aime, fait aussi qu'on renferme en soi ses amours littraires;--c'est peut-tre la raison qui fait que je n'ai jamais os aller vous rendre une seule visite quand j'tais Paris. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Permettez-moi de me mettre votre disposition. Je suis au Japon, j'aime le Japon, je parle le japonais et, comme on dit dans les vieux drames: Profitez, usez de moi... Docteur MICHAUT. Cette lettre me faisait demander au docteur, sans grand espoir de russite, la traduction de la biographie d'Hokousa tire du livre manuscrit: Oukiyoy Rouik, par Kidn, complt successivement par Samba, Moumei, Guekkin, Kisan, Tanhiko, traduction que je n'avais pu obtenir des Japonais habitant Paris, et je la reois aujourd'hui, cette traduction, de l'aimable docteur, en collaboration avec le Japonais Ourakami. Cette traduction, j'ai le projet de la faire entrer dans l'tude annonce en un volume sur Hokousa, mais, mon ge, on n'est jamais sr du lendemain, et je veux que cette tude biographique des Vasari japonais sur le grand artiste qui proccupe si vivement le monde de l'art europen,--et qui n'a encore t ni imprime, ni traduite en franais, paraisse dans l'_cho de Paris_ pour la premire fois. HOKOUSA. N Ydo, Hokousa est, dit-on, le fils d'un fabricant de miroirs de la cour de Tokougawa. Son nom d'enfance est Tokitaro; plus tard, il le changea contre celui de Ttsoujiro. Il entre d'abord comme lve chez Katsoukawa Shunsh et, pour nom d'artiste, il prend le nom de Katsoukawa Shunr. L, il peint des acteurs et des scnes de thtre dans le style de Tsoutzoumi T-rin et produit beaucoup de dessins sur des feuilles volantes, appels _Kika Sourimono_. Chass de la maison de son matre pour des raisons restes inconnues, il va prendre la succession du peintre Tawaraya-Sri, et se fait reconnatre pour le successeur de ce peintre. Depuis, il change son style, en cre un tout nouveau, qui lui est personnel. Alors il repasse son nom de Sri son lve Sji, et rend la famille Tawaraya la signature qu'il avait reue d'elle. C'est seulement la dixime anne de l're Kwanse (1789) que le public, pour la premire fois, lit, au bas des impressions du matre, le nom d'Hokousa (Hokousa, Tokimasa Tato) nom qu'il prit, dit-on, cause de sa profonde vnration pour le dieu Hokoushin-Mikn. Quant au nom de Tato, il l'abandonna plus tard son gendre Shighnobou. Le style appel _Hokousa-riou_ est le style de la vraie peinture Oukiyoy, la peinture _naturiste_, et Hokousa est le vrai et le seul fondateur d'une peinture qui, prenant ses assises dans la peinture chinoise, est la peinture de l'cole japonaise moderne. Et son oeuvre, lorsqu'il a paru, a eu la bonne fortune, non seulement d'exciter l'admiration de ses confrres les peintres, mais encore de sduire le gros public, tant il tait une nouveaut particulire. Durant les annes de l're Kwanse (1789-1800) Hokousa crit de nombreux contes et romans pour la lecture des femmes et des enfants: romans dans lesquels il fit lui-mme des illustrations, romans o il signe comme crivain Tokitaro-Kak, et comme peintre Gwakijin-Hokousa. Et ce fut grce ses pinceaux spirituels et prcis que les contes populaires et les romans commencrent se rpandre dans le public. Il fut aussi un excellent pote dans la posie Ha-Kai (posie populaire). Dans ce temps, il habita Asakousa o de nombreux lves-peintres de Kito et d'Ohsaka vinrent le trouver et entrrent dans son atelier, et, dans ce temps o il y avait bien des peintres dans les villes de Nagoya, de Kito, d'Ohsaka, aucun ne put le surpasser. C'est alors que sortent, de dessous ses pinceaux, des livres ou modles de gravures, et des impressions, et des dessins innombrables. Bientt (c'est l'habitude l-bas, pour les peintres, de changer perptuellement de noms), le matre lguait sa signature d'Hokousa un de ses lves qui tenait un restaurant dans le Yoshiwara, le quartier des maisons publiques, et qui peignait dans son tablissement des peintures de 16 ken (32 mtres) chaque fois que Hokousa faisait l'ouverture de runions d'artistes pour l'adoption de nouvelles signatures. partir de ce temps, il signa ses impressions Sakino Hokousa, Tato (ancien Hokousa Tato). Il changea encore une fois son nom propre et s'appela Tam Kazou ou I-itsou. N'ayant pas eu assez de temps pour donner les modles de la peinture ses lves, il en fit graver des volumes qui, plus tard, obtinrent beaucoup de succs. Il fut encore trs habile dans la peinture dite Kiokou y, peinture de fantaisie, faite avec des objets ou des services de table tremps dans l'encre de Chine, tels qu'une bote servant de mesure de capacit, des oeufs, des bouteilles[1]. [Note 1: Hokousa affirmait par l que l'excution d'un beau dessin ne tient pas aux instruments de la peinture, d'excellente pinceaux, mais est tout entire dans l'art de dessiner du peintre.] Il peignait encore admirablement bien avec sa main gauche, ou bien de bas en haut. Et sa peinture faite au moyen des ongles de ses doigts tait tout fait tonnante et, quant ce fait particulier, il fallait tre tmoin soi-mme du travail de l'artiste, sans quoi on et pris ses peintures l'ongle pour des peintures faites avec des pinceaux. Aprs avoir tudi, dit-il quelque part, pendant de longues annes, la peinture des diverses coles, j'ai pntr leurs secrets et j'en ai recueilli tout ce qu'il y a de meilleur. Rien n'est inconnu pour moi en peinture. J'ai essay mon pinceau sur tout, et je suis parvenu russir tout. En effet, Hokousa a peint depuis les images les plus vulgaires, nommes _Kamban_[2], c'est--dire les images-rclames pour les thtres ambulants, jusqu'aux compositions les plus leves. [Note 2: _Kamban_, me dit Hayashi, n'est que l'enseigne ou l'affiche d'un marchand quelconque.] Ses productions furent mme trs recherches par les trangers, et il y eut une anne o l'on exporta ses dessins et ses gravures par centaines, mais presque aussitt cette exportation fut dfendue par le gouvernement de Tokougawa. Durant les annes de l're Tmp (1830-1843), Hokousa publia, en nombre immense, des nishikiy, impressions en couleur, et des _dessins d'amour_ ou images obscnes, dites _shungwa_, d'une coloration admirable, qu'il signait toujours du pseudonyme de Goummatei. Le plus grand honneur que cet artiste obtint, durant sa vie, fut que sa clbrit parvint jusqu' la cour de Tokougawa, et qu'il put taler son talent sans rival devant le grand prince. Une fois, pendant que le shgoun faisait sa promenade dans la ville de Ydo, Hokousa fut invit par le prince peindre devant lui. Et, sur une immense feuille de papier, avec une brosse colle, il commena d'abord tracer des pattes de coq, puis, transformant soudainement le dessin par une couleur d'indigo mis sur les pattes, il en faisait un paysage du fleuve Tatsouta qu'il prsentait au prince tonn[3]. [Note 3: Hayashi s'indigne de la mauvaise traduction de ce passage, et me communique la note suivante: la suite d'un retour de chasse aux faucons, le Shgoun sur sa route prit plaisir voir dessiner deux grands artistes du temps, Tani Bountch et Hokousa. Bountch commena et Hokousa lui succda. Tout d'abord il dessina des fleurs, des oiseaux, des paysages, puis, dsireux d'amuser le Shgoun, il couvrit le bas d'une immense bande de papier d'une teinte d'indigo, se fit apporter par ses lves des coqs, dont il plongea les pattes dans la couleur pourpre, les fit courir sur la teinte bleue, et le prince eut l'illusion de voir la rivire Tatsouta avec ses rapides, charriant des feuilles de _momiji_. L'anecdote tait raconte par Bountch Tanhiko.] Hokousa avait la manie de changer perptuellement d'habitation et ne demeura jamais plus d'un ou de deux mois dans le mme endroit. Hokousa mourut le 13 avril de la deuxime anne de Kayei (1849)[4], l'ge de 90 ans. Il fut enterr au cimetire du Temple Seikiji, dans le quartier de Hatchikendera-matchi Asakousa, o se lit encore son pitaphe. [Note 4: Erreur. Hokousa mourut le 10 mai 1849.] La posie de la dernire heure, qu'il laissa en mourant, fut celle-ci, presque intraduisible en franais: Oh! la libert, la belle libert, quand on va aux champs d't pour y laisser son corps prissable[5]! [Note 5: Je donne une traduction plus littrale d'Hayashi de cette posie de la dernire heure au chapitre de la mort d'Hokousa.] Hokousa eut trois filles, dont la plus jeune devint un peintre trs habile. Elle pousa Minamisawa, mais divora. Des nombreux lves qu'eut Hokousa, ceux dont les noms furent inscrits dans les chronologies, et connus du public, montent seize ou dix-sept. En 1860, j'ai dcouvert, et publi d'aprs le manuscrit des _Sances de l'Acadmie Royale de Peinture_, provenant de la bibliothque d'un portier, ramasse sur les quais, la biographie indite de Watteau par le comte de Caylus: biographie qu'on croyait perdue et qui manque aux MMOIRES INDITS SUR LES MEMBRES DE CETTE ACADMIE, dite en 1854. Aujourd'hui je donne pour la premire fois, dans une langue de l'Europe, la biographie inconnue d'Hokousa, le plus grand artiste de l'Extrme-Orient. Pour la biographie de ce grand peintre de l'Extrme-Orient, compltement inconnue en Europe, cette brve notice tait quelque chose, mais ce n'tait vraiment pas assez. C'est alors que, dans la patrie d'Hokousa, se publiait par le Japonais I-ijima Hanjr: _Katsoushika Hokousa dn_, une biographie du peintre, illustre de dessins et de portraits, contenant des renseignements du plus haut et du plus intime intrt. Or, la traduction de cette biographie japonaise, tait-ce suffisant encore pour faire connatre l'Homme et son OEuvre? Non! Il fallait tenir entre ses mains cette oeuvre presque complte,--et, soit au Japon soit en Europe, il n'existe cette oeuvre, je crois, que chez Hayashi qui, depuis nombre d'annes, collectionne son peintre favori. C'est donc sur cette oeuvre, contenant les impressions les plus belles, les petits livres les plus rarissimes, les illustrations des romans, en 90 volumes, les plus compltes, les dessins les plus authentiques, que j'ai pu crire cette biographie, aid de l'rudition de ce compagnon de travail qui s'est mis obligeamment ma disposition et qui, dans de longues et laborieuses sances o j'ai eu l'ide de lui faire traduire les prfaces que Hokousa a jetes en tte de ses albums, m'a fourni toute la documentation ne se trouvant pas dans le _Katsoushika Hokousa dn_, ou dans le _Oukiyy Rouik_[6] de Kidn. Auteuil, 20 dcembre 1895. EDMOND DE GONCOURT. [Note 6: Voici la dcomposition des cinq mots _Oukiyoy Rouik: Ouki_ qui flotte, qui est en mouvement--_yo_ monde--_y_ dessin --_roui_ mme espce--_k_ recherche. Et _rouik_, devenu un seul mot, signifie: tude d'ensemble d'une mme espce de choses.] HOKOUSA I Dans les deux hmisphres, c'est donc la mme injustice pour tout talent indpendant du pass! Voici le peintre qui a victorieusement enlev la peinture de son pays aux influences persanes et chinoises et qui, par une tude pour ainsi dire religieuse de la nature, l'a rajeunie, l'a renouvele, l'a faite vraiment toute japonaise; voici le peintre universel qui, avec le dessin le plus vivant, a reproduit l'homme, la femme, l'oiseau, le poisson, l'arbre, la fleur, le brin d'herbe; voici le peintre qui aurait excut 30 000 dessins ou peintures[7]; voici le peintre qui est le vrai crateur de l'_Oukiy y_[8], le fondateur de l'COLE VULGAIRE, c'est--dire l'homme qui ne se contentant pas, l'imitation des peintres acadmiques de l'cole de Tosa, de reprsenter, dans une convention prcieuse, les fastes de la cour, la vie officielle des hauts dignitaires, l'artificiel pompeux des existences aristocratiques, a fait entrer, en son oeuvre, l'humanit entire de son pays, dans une ralit chappant aux exigences nobles de la peinture de l-bas; voici enfin le passionn, l'affol de son art, qui signe ses productions: _fou de dessin_... Eh! bien, ce peintre--en dehors du culte que lui avaient vou ses lves,--a t considr par ses contemporains comme un amuseur de la canaille, un bas artiste aux productions indignes d'tre regardes par les srieux hommes de got de l'Empire du Lever du Soleil. Et ce mpris, dont m'entretenait encore hier le peintre amricain La Farge, la suite des conversations qu'il avait eues autrefois au Japon avec les peintres idalistes du pays, a continu jusqu' ces derniers jours o, nous les Europens, mais les Franais en premire ligne[9], nous avons rvl la patrie d'Hokousa le grand artiste qu'elle a perdu il y a un demi-sicle. [Note 7: _L'Art Japonais_, par GONSE. Paris, Quantin, 1883.] [Note 8: Hokousa a pour prcurseur Matahei au XVIIe sicle.] [Note 9: Voir les articles de Burty et de Duret.] Oui, ce qui fait d'Hokousa l'un des artistes les plus originaux de la terre: c'est cela qui l'a empch de jouir de la gloire mrite pendant sa vie, et le DICTIONNAIRE DES HOMMES ILLUSTRES DU JAPON constate que Hokousa n'a pas rencontr prs du public la vnration accorde aux grands peintres du Japon, parce qu'il s'est consacr la reprsentation de la _Vie vulgaire_[10], mais que, s'il avait pris la succession de Kano et de Tosa, il aurait certainement dpass les Okiyo et les Bountch. [Note 10: Je me conforme la traduction consacre, mais _Oukiy y_ serait plutt traduisible par: _la vie courante, la vie telle qu'elle se prsente rigoureusement aux yeux du peintre_.] II Hokousa[11] est n le dix-huitime jour du premier mois de la dixime anne de Hrki, le 5 mars 1760. [Note 11: Les Japonais mangent le _ou_ du nom et le prononcent _Hok'sa_. Maintenant encore, les Japonais aspirent trs fort l'_H_ du commencement du nom du peintre, et il faudrait peut-tre, pour conserver au nom l'aspiration de l-bas, redoubler l'_H_, mais ce serait changer trop compltement l'orthographe laquelle le public franais est habitu.] Il est n Ydo, dans le quartier Honj, quartier de l'autre ct de la Soumida, touchant la campagne, quartier affectionn par le peintre et qui lui a fait un temps signer ses dessins: _le paysan de Katsoushika_, --Katsoushika tant le district de la province o se trouve le quartier Honj. D'aprs le testament de sa petite fille Shira Tati, il serait le troisime fils de Kawamoura Itiroymon qui, sous le nom de Bounsei, aurait t un artiste la profession inconnue. Mais, vers l'ge de quatre ans, Hokousa, dont le premier nom tait Tokitaro, tait adopt par Nakajima Iss, fabricant de miroirs de la famille princire de Tokougawa: adoption qui lui faisait faussement donner pour pre ce Nakajima Iss. Hokousa, encore garonnet, entrait comme commis de librairie chez un grand libraire de Ydo o, tout la contemplation des livres illustrs, il remplissait si paresseusement et si ddaigneusement son mtier de commis qu'il tait mis la porte. Ce feuilletage des livres illustrs du libraire, cette vie dans l'image, pendant de longs mois, avait fait natre chez le jeune homme le got, la passion du dessin, et nous le trouvons vers les annes 1773, 1774, travaillant chez un graveur sur bois, et en 1775, sous le nouveau nom de Ttsouz, gravant les six dernires feuilles d'un roman de Santch. Et le voil graveur jusqu' l'ge de dix-huit ans. III En 1778, Hokousa, alors dit Ttsouz, abandonne son mtier de graveur, ne consent plus tre l'interprte, le traducteur du talent d'un autre, est pris du dsir d'inventer, de composer, de donner une forme personnelle ses imaginations, a l'ambition de devenir un peintre. Et il entre l'ge de dix-huit ans dans l'atelier de Shunsh o son talent naissant lui mrite un nom: le nom de Katsoukawo Shunr sous lequel le matre l'autorise signer ses compositions reprsentant une srie d'acteurs, dans le format en hauteur des dessins de comdiens de Shunsh son matre, et o commence apparatre chez le jeune Shunr un rien du dessinateur qui sera plus tard le grand Hokousa. Et, avec la persvrance d'un travail entt, il continue dessiner et jeter dans le public, jusqu'en 1786, des compositions portant la signature de Katsoukawo Shunr ou simplement Shunr. Les compositions de ces annes d'Hokousa, ainsi que les premires compositions d'Outamaro, taient graves dans des petits livres cinq sous, ces livres populaires, au tirage en noir, la couverture jaune, d'o ils tirent leur nom: _Kibishi_, LIVRES JAUNES. Le premier livre jaune qu'il illustrait, en 1781, l'ge de vingt et un ans, tait un petit roman en trois volumes, intitul: _Arigata tsouno itiji_, GRCE UN MOT GALANT, TOUT EST PERMIS, roman que ni Hayashi, ni les biographes du peintre japonais n'ont rencontr, et dont le texte, l'poque de la publication, a t attribu Kitao Masanobou, plus tard le clbre romancier Kidn, tandis que le texte et les dessins sont d'Hokousa qui avait publi cette plaquette sous le pseudonyme de Korwasa, sobriquet signifiant: Est-ce cela? le refrain d'une chansonnette du temps. L'anne suivante, en 1782, Hokousa publie les COURRIERS DE KAMAKOURA, deux fascicules dont il fait le texte et les dessins et qu'il prsente au public sous le nom de Guioboutsou pour le texte, et de Shunr pour les dessins. C'est le rcit d'un fait historique, d'une tentative au XVIIe sicle du renversement du troisime shgoun par Shstsou. Et l'on voit, dans la succession des planches, le jeune ambitieux complotant presque enfant, se livrant aux exercices militaires, apprenant d'un tacticien mystrieux l'art de la guerre,--et le moyen magique d'tre vu par le regard des hommes, sous son apparence sept fois rpte. Et il organise la conspiration, qui fait gorger les courriers, et il rve la protection d'un dieu favorable ses desseins, et a l'illusion de se voir dans un miroir, en shgoun, et un de ses affids en premier ministre, et il tient conseil avec ses partisans, et il bataille bravement avec les soldats envoys pour le prendre, et enfin, fait prisonnier, il s'ouvre le ventre, tandis qu'au milieu de ses complices enchans, sa mre, sa femme et ses enfants sont soumis la torture,--sa mre la torture de l'_enfumage_. Il publie encore, la mme anne, un roman en deux volumes: _Shitnn Datsou jitat_, LES QUATRE ROIS CLESTES DES POINTS CARDINAUX, HABILLS LA DERNIRE MODE, avec l'annonce d'un texte de Korwasa qui est bien de lui, ainsi que les dessins signs: Shunr. Cette anne ou la suivante, il publie un autre livre jaune qu'il signe exceptionnellement Katsoukawa Shunr, et qui est l'histoire de Nitirn, prtre bouddhique, le crateur d'une nouvelle secte. C'est le baptme, le commencement des tudes, la contemplation de la nature, la vie d'ascte dans une grotte de la montagne, l'expulsion de partout du prtre rvolutionnaire pour la nouveaut de ses opinions, sa retraite dans un temple, l'apparition d'une comte annonant de tragiques vnements, sa dfense avec un chapelet contre un guerrier qui veut le tuer, le pouvoir de son influence mystrieuse amenant le naufrage de la flotte mongole, sa condamnation mort o le sabre du bourreau est bris par un clair, son exil dans une le loigne, ses prdications, ses plerinages, sa mort au milieu de ses disciples en pleurs. En 1784 Hokousa illustre deux ouvrages: 1 _Ka-oun Aughino Hanaka_, LE PARFUM DES FLEURS D'VENTAIL (2 volumes); 2 _Nozoki Karakouri Yoshitsoun Yama iri_. EXPDITION DE YOSHITSOUN LA MONTAGNE VUE DANS LA BOITE SPECTACLE (2 volumes). Texte de Ikoujimona (propre rien) et illustration de Shunr. Cet Ikoujimona pourrait bien tre Hokousa. En 1785 Hokousa publie deux livres jaunes o il n'est pas parl du texte, et o seulement est annonc que l'illustration est de Shunr. Ce sont: 1 _Onnn Oujino Hotaroubi_, TRANSFORMATION DE LA HAINE EN FEU DES LUCIOLES DE OUJI (3 volumes).--2 _Oya Yuzouri Hanano Kmi_ L'HRITAGE DU PARENT, LA GLOIRE DU NEZ (3 volumes). Dans ce dernier ouvrage Shunr devient Goummatei. Oui, en ces premiers temps, souvent Hokousa est la fois l'illustrateur et l'crivain du roman qu'il publie, et sa littrature est gote, grce des observations intimes de la vie japonaise, est mme parfois attribue, comme on l'a vu pour son premier roman, des romanciers de la rputation de Kidn. Selon Hayashi, la littrature du peintre a un autre mrite: l'esprit railleur de l'artiste en aurait fait un parodiste de la littrature de ses contemporains, de leur style, de leurs procds, et surtout de l'entassement des aventures, et du mli-mlo des bonshommes modernes en contact avec des personnages du XIIe et du XIVe sicle, et ce serait trs sensible dans LES COURRIERS DE KAMAKOURA, o il aurait employ, sur une lgende du XIIe sicle, tous les faits fabuleux et invraisemblables de l'histoire du vieux Japon. Ce double rle d'crivain et de dessinateur ne dure gure que jusqu'en 1804, o il n'est plus que peintre. IV En cette anne 1789, o le jeune peintre a vingt-six ans, une circonstance particulire le fait quitter l'atelier de Katsoukawa. Il avait peint une affiche d'un marchand d'estampes, et le marchand en avait t si satisfait et si glorieux qu'il l'avait fait richement encadrer et placer devant sa boutique, lorsqu'un jour passe devant la boutique un camarade d'atelier, d'une rception plus ancienne que lui, et qui trouve l'affiche mauvaise, et la dchire pour sauver l'honneur de l'atelier Shunsh. De l une dispute entre l'ancien et le nouvel lve, la suite de laquelle il quitte l'atelier avec la rsolution de ne plus s'inspirer que de lui-mme, de devenir un peintre indpendant des coles qui l'ont prcd et, en ce pays o les artistes semblent changer de noms presque autant que d'habits, il abandonne la signature de Katsoukawa pour prendre la signature de Mougoura, qui signifie _buisson_, et disait au public que le peintre portant ce nouveau nom n'appartenait aucun atelier. Et, secouant compltement le joug du style de Katsoukawa, les dessins signs Mougoura sont plus libres, plus vus sous une optique personnelle. V En 1786 Hokousa publie le _Znzn Takeiki_, un fragment de l'histoire de Minamoto, o commencent apparatre chez le jeune dessinateur les chevauches terribles, les corps corps homicides de son oeuvre future. En 1792 Hokousa, toujours sous le nom de Shunr, illustre un CONTE POUR LES ENFANTS de Kidn, se rapportant la lgende de Momotaro o ses dessins, mettant de la vie humaine sous des figurations d'animaux, ont quelque chose des SCNES DE LA VIE PRIVE DES ANIMAUX de Grandville. Une mchante vieille femme, au visage _aigre comme du vinaigre_, surprenant un moineau qui mangeait l'empois prpar pour empeser du linge, lui coupe la langue, et c'est une envole comique des moineaux fuyant tire-d'aile dans une bousculade de peur. Mais, ct de la mchante femme, il y a un bon mnage qui aimait ce moineau, et le mari et la femme s'en vont criant dans les champs et les bois: Qui a vu le moineau la langue coupe? Cher petit moineau, qu'es-tu devenu? Enfin ils trouvrent le pauvre petit bless dans la maison des moineaux o la mre avait dj pans la langue de son enfant et o il tait soign avec amour par ses frres et soeurs. Oh! l'aimable accueil fait ces bons vieux: le pre leur dansa la _Souzoum odori_, la vraie danse des moineaux et, quand ils partirent, on leur apporta une bote dans laquelle ils trouvrent, leur rentre la maison, un marteau, un marteau dont chaque coup miraculeux faisait tomber une pice d'or. Or, la mchante voisine avait vu cela par la fentre. Elle obtient d'tre invite par les moineaux, se fait donner par eux une bote dont sort, lorsqu'elle soulve le couvercle, une collection de monstres cornus qui la mettent en pices. Par contre, la bonne femme trouve encore la pche d'o sort Momotaro, le conqurant du royaume des monstres. En 1793 Hokousa illustre _Himpoukou rid dtchki_, LA ROUTE DE LA RICHESSE ET DE LA PAUVRET, un curieux livre dont le texte est de Kidn, et qui est, cte cte, l'exposition de deux vies comme aimait les reprsenter le peintre Hogarth. La premire planche reprsente le lavage de l'enfant pauvre par le pre, prs du lit de la femme couche, tandis que la planche, en contre-partie, nous montre le lavage de l'enfant riche sous les yeux du mdecin, de la sage-femme, des servantes. Arrive pour le jeune riche et le jeune pauvre, quinze ans, le _gun boukou_, la majorit, l'entre dans la vie de l'homme, indique l-bas par le rasement du front et qui, chez le riche, est fait par un grand personnage, chez le pauvre par sa mre. Et ici commencent vraiment les deux routes: la route du riche dans son norimon au milieu de ses serviteurs, la route du pauvre o il est tout seul et mal vtu sous la pluie; la route du riche dans des paysages d'arbres fleurs, tenant sa pense dans les beauts de la peinture, la route du pauvre dans des paysages dsols, au milieu des montagnes, comme cette montagne prs de Kito o les excavations forment comme le mot pre, prs de rochers comme ceux d'Is, semblables aux mamelles dessches de la mre du pauvre, peuplant sa pense du souvenir de leurs privations. Et les allgories continuent. C'est pour le riche la rception dans une auberge par de charmantes _mousms_ avec, dans le lointain, des lignes de paysages formant ainsi que des armoiries des femmes du Yoshiwara, tandis que le pauvre, qui est entr dans le commerce, passe sur un pont qui est un _soroban_ (une machine compter), se trouve sous des temples aux tours faites de pices de monnaie, prs d'une pagode au toit couvert d'un livre de caisse, et fait la rude route de sa vie _en allumant le bout de ses ongles_, ce qui veut dire en japonais: en supportant d'atroces souffrances. Et, la fin des deux routes, le pauvre devenu riche, mont sur un cheval tran par un singe,--la volont mene par l'intelligence,--rencontre tout dpenaill le riche honteux de se trouver sur son chemin, tandis que disparaissent dans le lointain, sous des haillons de mendiants, deux de ses familiers au temps de sa richesse. Et, comme apothose du pauvre, la dernire planche le montre adoss des caisses d'or surmontes de bouteilles de sak. En 1794 Hokousa, sous le nom de Tokitar Kak, illustre _Mousoum no Tomo zouna_, LE CORDON D'UNE FILLE, petit livre dont le texte est de Kiorori. Une histoire assez obscure, o se voit une jeune fille achetant un journal dont la lecture lui fait quitter la maison qu'elle habite, aprs avoir laiss une lettre qui met en larmes l'homme et la femme de la maison. En route, elle est attaque par de mauvais samouras, et dlivre par un passant qui lui donne l'hospitalit. Elle serait partie dans l'ide de venger son pre qui aurait t assassin. Puis, au moment o elle va tuer l'assassin, elle apprend qu'il est le pre de son sauveur, amoureux d'elle. Et Hokousa la reprsente lchant sa chevelure qu'elle tient dans sa main, prte le tuer, et se contentant de lui faire perdre sa qualit de guerrier. Peut-tre cette anne, ou les annes qui suivent, parat _Seir niwaka znse asobi_, FTE IMPROVISE AU QUARTIER DES MAISONS VERTES, une srie d'estampes en couleur, runies en un album, montrant le Carnaval des rues du Yoshiwara o l'on voit des femmes thtralement costumes et couronnes de chapeaux de fleurs, excutant des danses, jouant de petites scnes dramatiques, reprsentant des revues de l'anne. En 1795 Hokousa, alors dit Shunr, change encore une fois de nom, prend la succession de l'atelier de Tawaraya Sri de l'cole de Stat-sou, et signe Sri. C'est l'poque o il met au jour ces innombrables sries de merveilleux sourimonos. VI Les sourimonos, les impressions moelleuses o la couleur et le dessin semblent tendrement bus par la soie du papier japonais, et qui sont ces images la tonalit si joliment adoucie, si artistement perdue, si dlave, de colorations pareilles aux nuages peine teints que fait le barbotage d'un pinceau charg de couleur dans l'eau d'un verre, ces images qui, par le soyeux du papier, la qualit des couleurs, le soin du tirage et des rehauts d'or et d'argent, et encore par ce complment du _gaufrage_--obtenu, le croirait-on, par l'appuiement du coude nu de l'ouvrier sur le papier,--ces images n'ayant rien de similaire dans la gravure d'aucun peuple de la terre, font une grande partie de l'oeuvre d'Hokousa. Ces impressions, dont le nom vient de _souri_ (empreinte prise au moyen d'un frottement), et _mono_ (chose), ne sont point faites pour le commerce. C'est une carte du Jour de l'An qu'on offrait un petit nombre d'amis, c'est un programme de concert, c'est la commmoration d'une fte en l'honneur d'un lettr, d'un artiste mort ou vivant. 1793 Le premier sourimono qu'on connat d'Hokousa est la date de 1793, avec la signature de _Mougoura Shunr_. Il reprsente un jeune marchand d'eau frache, assis sur le bton qui lui sert porter ses deux barillets, ct d'un petit dressoir o sont des pots de sucre, des bols de porcelaine, des bols de mtal. Ce sourimono porte, au dos, le programme d'un concert organis au mois de juillet pour faire connatre le changement de nom d'un musicien, avec les noms des excutants et avec l'invitation suivante qu'il est peut-tre bon de donner: Malgr la grande chaleur, j'espre que vous tes en bonne sant, et je viens vous informer que mon nom est chang, grce mon succs prs du public, et que, pour clbrer l'inauguration de mon nouveau nom, le quatrime jour du mois prochain, j'organise un concert chez Kiya de Rigokou, avec le concours de tous mes lves, un concert de dix heures du matin jusqu' quatre heures du soir, et qu'il fasse beau ou pluie, je compte sur l'honneur de votre visite. TOKIWAZOU MOZITAYU. 1794 En 1794, on connat de Hokousa quelques petites feuilles pour le Jour de l'An, de la grandeur de nos cartes jouer. 1795 En 1795, des sourimonos de femmes mls des sourimonos d'objets intimes, comme celui-ci, o se voient accrochs une grille une serviette brode, un sac de son, un parapluie, objets indiquant, que la matresse de la maison vient de prendre un bain. Ces sourimonos sont signs Hishikawa Sri, ou simplement Sri. 1796 En 1796, un assez grand nombre de sourimonos dont les plus remarquables, deux longues bandes, sont une runion d'hommes et de femmes sur ces tables-lits aux pieds plongeant dans la rivire, et sur lesquelles on prend le frais, le soir. 1797 En 1797, des sourimonos tirs de la reproduction d'objets de la vie familire, comme des enveloppes de paquets de parfums avec une branche fleurie de prunier; des sourimonos o il y a une femme riant du kami Fokorokou auquel elle a mis une cocotte en papier sur le crne; ce sourimono o se voit un bateau dans lequel il y a un montreur de singe; et toute une srie de sourimonos d'ironies contre les dieux de l-bas, sur papier jaune, avec coloration des sujets en violet et en vert. En cette anne qui, dans l'almanach japonais, est une anne sous le signe du serpent, un joli petit sourimono reprsentant une femme que la vue d'un serpent a fait tomber sur le dos, une jambe en l'air. Puis des bandes de grands sourimonos o se voient des promenades de femmes dans la campagne. 1798 En 1798, de nombreux sourimonos o, particularit curieuse, le cheval revenant avec l'lment de la terre dans le calendrier japonais, beaucoup des sourimonos reprsentent un cheval, et cette reprsentation du cheval va dans les sourimonos jusqu' la figuration d'une tte de cheval faite par les doigts d'un enfant travers un chssis. Ce sont: un vendeur d'un joujou marchant sur une natte et que regardent des Japonais; deux enfants dont l'un fait danser, par-dessus un paravent, un pantin que l'autre accroupi terre contemple, les deux mains sous le menton; un marchand de th devant le temple d'Ouyno Ydo, avec un groupe de femmes et d'enfants; des hommes et des femmes se dguisant en dieux et en desses de l'Olympe japonais; une course de chevaux; un grand paysage au bord de la Soumida, avec de tous petits personnages. Puis des sourimonos de femmes: la crmonie du th _Tchanoyu_ entre femmes; deux femmes lisant couches terre, l'une la tte penche sur le papier, l'autre lisant avec un joli mouvement de tte de ct, deux femmes roules l'une sur l'autre sur le plancher, s'arrachant une lettre. Et, dans ces grands sourimonos de femmes de cette anne et des annes qui vont suivre, Hokousa chappe la grce mignarde, poupine, conventionnelle de ses premires annes; il arrive dans des cratures plus amples, plus en vraie chair, la vritable grce fminine donne par l'tude d'aprs la nature. 1799 En 1798 est apparu pour la premire fois le nom d'_Hokousa_ joint celui de Sri. Mais ce n'est qu'au jour de l'an 1799 qu'il annonce officiellement son changement de nom, _Sri, chang de nom en Hokousa_. Il a cd son nom de Sri son lve Sji et, avec le nom d'Hokousa, il prend le prnom de _Tokimasa_. Et l'anne suivante, en 1800, il signe dans les premiers mois _Hokousa prcdemment Sri_ et, dans les derniers mois, _Hokousa fou de dessin_, en japonais, GWA-KIOJIN HOKOUSA. L'anne 1799 est une anne o le mouton du zodiaque est revenu dans le calendrier japonais et o nombre de sourimonos ont, dans quelque coin de la composition, cet animal. Un de ces sourimonos mme reprsente un Japonais tenant en ses bras un mouton, et c'est peut-tre une allusion ceci. Le Japonais d'autrefois, me disait le docteur Michaut, tonn de voir les Hollandais faire la traverse du Japon sans femmes, s'tait persuad que les moutons qu'ils avaient bord les remplaaient, et se l'tait si bien persuad qu' l'heure prsente les Japonaises qui ont commerce avec les trangers sont appeles par leurs compatriotes _moutons_. Des sourimonos curieux d'industries: la marchande de poudre dentifrice en train de faonner un bout de bois de camphrier noir pour en faire une brosse dents; la fabricante de perruques et de nattes; la rouleuse de la soie et sa fabrication la campagne. Une srie de femmes en buste. Une srie de petites femmes, la grce tortillarde: une femme qui balaie la neige; une femme qui debout plie une toffe de sa hauteur avec une retraite du corps du plus joli contournement. Un sourimono reprsentant le plus pustuleux de tous les crapauds. Un grand sourimono d'une facture surprenante: un store moiti relev sur une branche en fleur dont une partie se voit obombre travers le tissage du store. 1800 Une srie de quinze sourimonos: L'ENFANCE DES PERSONNAGES HISTORIQUES. Une srie de sept sourimonos: LES SAGES DES BAMBOUS, de vieux sages reprsents par des femmes modernes. Une srie de vingt-quatre sourimonos intitule: PIT FILIALE, parmi lesquels un charmant dessin d'une femme lavant, le haut du corps nu, et dont le torse est tout toil des ptales d'un prunier en fleurs secou par le vent au-dessus de la laveuse. Une srie des douze mois de l'anne, reprsents par des femmes, o est un gracieux dessin de fillette japonaise frottant un plancher et que regarde paresseusement sa matresse. Trois musiques reprsentes par trois musiciennes. Une srie intitule: HUIT CHAMBRES, qui sont huit figurations de petites femmes dont l'une, le torse nu, fait sa toilette devant un singe sur lequel elle a jet sa robe; le singe tant cette anne le dnominateur de l'anne et revenant dans un certain nombre de planches. Une jolie petite impression reprsentant un miroitier repassant sur une pierre un miroir de mtal, ct d'une femme dont le visage est reflt dans le miroir qu'elle tient la main. Une srie un peu caricaturale de sourimonos, dans le genre des _Otsouy_: cette imagerie industrielle d'pinal du Japon se fabriquant Otsou prs de Kito. Parmi les grandes pices, qui sont en gnral des bandes ayant une hauteur de 19 centimtres sur une largeur de 51: Tortues en marche avec leurs petits sur la carapace. Une enceinte de lutteurs, forme de sacs de sable dans des enveloppes histories, avec, au milieu, sur une petite table, deux bouteilles de sak destines tre offertes aux gnies du Japon, aux Kami, dans une crmonie religieuse prcdant la lutte. L'entre du temple Hatiman Foukagawa. La rcolte du th dans un jardin. La visite chez un horticulteur. Des femmes regardant du pont Yeita, l'le Tsoukouda. Trois femmes dont l'une, l'occasion du Jour de l'An, crit sur un paravent une pense, dont l'autre peint un ventail, dont une troisime illustre une posie. Trois femmes en train de plier et de repasser une robe en plumes de paon, avec le fer japonais qui ressemble une petite bassinoire dans laquelle est un charbon incandescent. 1801 Une srie de douze petites pices en hauteur intitule: UNE PAIRE DE PARAVENTS. Une srie de petites femmes modernes ayant leurs pieds des vieillards historiques d'autres sicles. Quelques planches reprsentant des femmes faisant jouer des marionnettes sur un petit thtre. Parmi les pices spares, des acteurs et des scnes thtrales, dont l'une reprsente Dakokou faisant pleuvoir des pices d'or sur une femme puisant de l'eau. Cette anne, commencent paratre des sourimonos de natures mortes qui vont fournir Hokousa de si originales compositions et de si admirables impressions. Ce sont, dans les petites pices, un canard mort et un bol de porcelaine sur un plateau de laque; une cage o est un oiseau et un vase de fleurs. Dans les grandes planches: L'arrive des _manza_ dans un palais o clate la joie d'un groupe d'enfants qui les acclament et o, derrire des stores, s'aperoivent les ombres chinoises des princesses prises de curiosit mais ne se montrant pas. Des femmes dans un jardin, l'une s'ventant avec un cran, l'autre poursuivant des papillons avec un filet. Des femmes donnant la libert des grues, le jour de l'anniversaire d'une mort qui leur a t coeur. Et, parmi ces grandes pices, deux trs beaux sourimonos: Une norme et noueuse branche d'un de ces vieux pruniers appels l-bas: _dragon couch_, toute fleurie de rose et de blanc. Un chapeau de femme en paille, au fond de crpe rouge, laiss au milieu d'une alle de jardin et dans lequel sont tombes de feuilles d'arbres. 1802 Une petite srie de trois planches reprsentant un jeu japonais par gestes, o il y a un juge, un chasseur, un renard et o, dans une des planches, la femme fait le renard avec ses mains rapproches de sa figure et recourbes devant elle. Une srie de douze planches donnant un simulacre des scnes des rnins par des femmes et des enfants. Une srie en l'honneur de la Lune reprsente par des femmes, et dans laquelle rien de plus gracieux que cette petite femme, la tte renverse en arrire et d'une main retenant sur sa gorge un fichu-fanchon de crpe noir, un _bshi_, tout envol autour d'elle et, de l'autre main, tenant contre son ct un parasol ferm. Une srie sur Ydo, reprsente par des industries et de petits paysages. Une srie intitule: LES DOUZE ANIMAUX DU ZODIAQUE, qui y figurent en gnral sous la forme de jouets entre des mains d'lgantes petites femmes. Parmi les grandes planches: Une promenade de femmes prs d'un cours d'eau o sont entrs des enfants dont l'un lve en l'air une petite tortue qu'il vient de prendre. Une grande langouste la teinte rougetre, du savant dessin d'un naturaliste, un sourimono fait pour le Jour de l'An aux frais d'une socit de vingt personnes. Des passants dans la brume: des hommes porteurs d'instruments de travail, des femmes, des enfants. 1803 Une srie de trente-six planches: LES TRENTE-SIX OCCUPATIONS DE LA VIE. Parmi ces compositions, une charmante impression: un petit Japonais qui apprend crire et dont la mre guide la main arme du pinceau. Une autre srie de cinq planches: LES CINQ FORCES, figures par des femmes. Une autre srie de dix planches: LES CINQ CHEVALIERS LGANTS: les cinq chevaliers lgants toujours reprsents par des femmes. Une srie de sept planches: LES SEPT KOMATI, les sept priodes de la vie de la potesse. Cette potesse la vie accidente et si populaire au Japon, eut un moment l'ambition de devenir la matresse de l'Empereur, en mme temps qu'un sentiment tendre pour un seigneur lettr de la cour, nomm Foukakousa-no-Shsh, avec lequel on raconte qu'elle fit le pacte suivant: Il viendrait causer avec elle amour et posie quatre-vingt-dix-neuf nuits, et, la centime nuit, elle lui appartiendrait. L'amoureux remplit les conditions imposes par la potesse mais, sa sortie de chez elle, la quatre-vingt-dix-neuvime nuit,--c'tait par un hiver trs froid,--il fut gel. Au Japon une femme et un homme ont la rputation d'tre morts vierges: la femme c'est Komati, l'homme c'est Bnki. Parmi les grandes planches: La danse d'une jeune fille avec un double parasol dans un palais o, derrire un store, est l'orchestre et derrire un autre store sont les princesses. Des scnes de thtre, entre autres Kintoki et sa mre. Quelques sourimonos dans la facture un peu brutale des sourimonos de Kito, parmi lesquels une cantine en laque sur son tapis rouge, surmonte d'une branche de cerisier en fleurs. 1804 Une srie intitule: LES DOUZE MOIS DE L'ANNE. Rappelons une fois pour toutes que, sous tous ces titres, ce sont toujours de petits dessins de femmes. Une srie sans titre, et sans doute de dix, reprsentant les femmes de diffrentes classes: la femme de la noblesse, la grande courtisane, la _yotaka_, l'oiseau de nuit, raccrochant autour des chantiers et des entrepts. Une srie d'une dizaine de planches: CONTEMPLATION DES BELLES VUES DE YDO. Une srie de dix planches ayant pour titre: LES DIX LMENTS. Dans les planches parues sparment, un jeu de jeune fille o l'on prononce des noms d'animaux et o l'on pince le dessus de la main de celle qui se trompe,--et des branches d'arbustes fleuris sur un papier ressemblant notre basin,--et une curieuse nature morte rappelant un peu la simplicit des sujets traits par Chardin: sur des feuilles de bambou une tranche de saumon et une tranche de katsou, un autre poisson trs estim des Japonais. Parmi les grandes planches: La cour du temple Ohji, avec son concours de monde. La maison de th d't, provisoirement tablie sur une route, o la mousm remplit la tasse de th d'un voyageur sur un banc; la porte, une femme cheval et un garonnet se rafrachissant. La coulisse d'une reprsentation dans un palais: l'ouverture du manuscrit de la pice, les apprts de la toilette des acteurs, les essais des instruments. Cette anne, tant sous le signe zodiacal du rat, un sourimono du Jour de l'An reprsente un norme rat en neige, auquel un peintre peint l'oeil dans un attroupement d'hommes et de femmes. L'anne 1804 est l'anne o Hokousa a publi un nombre de sourimonos tel que Hayashi dit que personne ne pourrait en publier le catalogue complet. ce catalogue de sourimonos, qui me sont presque entirement fournis par la collection de Hayashi, et un rien par la mienne, je voudrais joindre quelques-uns des plus beaux, des plus originaux parmi les grands, parmi ceux qui mesurent comme largeur 50 centimtres sur 18 de hauteur, et qui se trouvent dans les autres collections. Et, tout d'abord, je citerai parmi ceux de la collection Manzi, qui sont en grandissime nombre, et tous hors ligne, comme beaut d'preuves: Un vol de sept grues sur le rouge d'un soleil couchant. Un prunier en fleurs, au pied duquel sont deux faisans, et dont les rameaux s'tendant sur une rivire laissent voir sous la verdure fleurie la perspective de deux bateaux. Trois femmes agenouilles au bord d'une baie, le regard la mer, pendant qu'une servante souffle avec le vent d'un cran le feu d'un rchaud sur lequel chauffe le sak. Au-dessus de la neige d'un cerisier tout fleuri, le vol de deux hirondelles au col rouge. Rien ne peut donner une ide de la douceur de cette planche et, dans le nuage de l'impression, le charme effac de ces fleurs, o presque un imperceptible gaufrage dtache les pistils. Je citerai parmi les sourimonos de la collection de M. Gonse: Un bouquet d'arbres sur une rivire, et la devanture d'un intrieur de maison o deux hommes travaillent la fabrication de poupes. Ce serait l'habitation de Toyokouni, le voisin d'Hokousa, dans le Katsoushika, en le temps o Toyokouni n'tait pas encore peintre, mais fabricateur de poupes. Un paysage tout blanc, tout rose, qui par la floraison des arbres fruitiers est comme le jaillissement du printemps dans un paysage d'hiver. Je citerai parmi les sourimonos de M. Vever: La promenade, dans un temple, de Japonais et de Japonaises examinant les tableaux accrochs au mur, et o est reprsent un groupe de deux Japonais arrts devant un kakmono, dont l'un regarde la peinture et l'autre regarde les femmes. Un Japonais dans une Maison Verte en train de fumer. Sa matresse, ct de lui, fait essayer, pour l'amusement de son amant, un pas de danse sa _kamouro_, sa fillette de service, dont un matre de danse, agenouill devant elle, guide les mouvements. Je citerai, dans le format moyen, parmi les sourimonos de M. Haviland: Un dieu du tonnerre se prcipitant au milieu des clairs dans le bain d'une femme moiti dshabille; un lutteur ou un kami, dont une femme remplit de sak la coupe, une coupe grande comme un plat, tandis que deux autres femmes accroupies ses pieds rient de sa grosse bedaine poilue, prenant l'air. Dans les grandes bandes: Une vue de la Soumida couverte de bateaux. Des tisseuses de soie, au mtier tabli en pleine campagne, et dont l'une se voit travers les fils d'un compartiment du mtier. De petits Japonais jouant auprs d'un pont. Impression signe: _Gwakijin Hokousa, en tat d'ivresse_. Citons en dernier lieu, dans la collection de M. Chialiva: Un sourimono unique, le plus grand sourimono qu'on connaisse (L. 100) et qui reprsente un pont dans le genre du grand pont de la Soumida d'Outamaro et o, dans un personnage de profil, au petit bonnet noir, la robe bleutre, on croit reconnatre Hokousa. C'est, sur ce pont, des promeneurs et des promeneuses dans une halte de repos et de contemplation. Il y a un groupe de trois femmes dont la tte penche de l'une en dehors de la balustrade, regarde dans la rivire; un autre groupe d'hommes est en train de disserter; un Japonais, qui a accroch une traverse une branche d'arbuste fleuri, est demi couch sur la barrire tandis qu'au bout du pont une femme cause avec une amie, les deux mains appuyes contre la rampe dans une attitude charmante de vrit. Ce sourimono qui est la runion de deux grands sourimonos est sign: _Hokousa Sri_. VII Mais revenons en arrire; revenons ces annes o, en mme temps que Hokousa publie de nombreux sourimonos, il illustre un certain nombre d'ouvrages. En 1797, parat _Hatsou Wakana_, LES PRIMEURS DES LGUMES VERTS. Un volume rarissime, illustr en tout d'une seule planche d'Hokousa, qui signe: _Hokousa Sori chang de nom._ Une paysanne en train de cueillir des herbes, laquelle un enfant indique que le soleil se couche, et qui se retourne une main devant les yeux. La mme anne parat: _Yanaghi-no-ito_, CORDELETTES DU SAULE PLEUREUR, un volume de posies, dont l'illustration tait due Yeshi, Kitao Shighmasa, et Hokousa, qui reprsente la rive de la mer, Ynoshima, o dferle une grosse vague, une planche qui a le doux coloriage et le joli gaufrage d'un sourimono. La mme anne parat _Shunki-j_, DISTRACTIONS DU PRINTEMPS, un volume de posies dont Hayashi n'a jamais rencontr qu'un seul exemplaire, un volume aux nuances douces, amorties des planches, annonant une publication faite par une socit d'amateurs. Une impression charmante est la planche en couleur o Hokousa a reprsent une collation dans la campagne, et o des femmes s'amusent faire flotter sur un cours d'eau des coupes sak, et l'homme auquel le courant l'apporte est oblig d'improviser une phrase potique, sous peine, s'il ne peut l'improviser, de boire trois coupes. La mme anne parat encore _Sandara Kasoumi_, LA BRUME DE LA CAMPAGNE, un volume fait en collaboration avec Shighmasa et Tsoukan. La planche qu'Hokousa signe _Hokousa Sri_ nous fait voir une habitation de la campagne dont sort une paysanne, un enfant la main, un autre enfant li sur son dos par sa ceinture, tandis que dans le fond arrivent des femmes de la ville suivies d'un porteur. Des roses, des gris, des jaunes, qui sont comme l'aube de ces couleurs, et au milieu desquelles clate le rouge de la robe de l'enfant que la paysanne tient par la main. VIII En 1798, parat _Dan tka_, CHANSONS DE DANSE POUR HOMMES[12]. [Note 12: Le titre est trompeur, car le volume ne contient que des posies qui ne peuvent pas se chanter.] Un volume de posies o collaborent les dessinateurs Ykighi Trin, Yeishi, Shighmasa, Outamaro, Hokousa: chaque artiste apportant le dessin d'une planche. Une impression trs soigne ressemblant de la vraie aquarelle, avec le marron comme couleur dominante dans les robes des femmes. La mme anne Hokousa publie, sous la signature _Kak_, l'HISTOIRE NATURELLE DES MONSTRES, _Wakmono Yamato Honz_, dont le texte tait donn par Kidn. Un livre aux allusions ironiques, sans doute propos de la publication d'un srieux ouvrage sur l'histoire naturelle, et o l'imagination du dessinateur se donne toute libert dans la cration de ses monstres, les faisant, tour tour, ridicules ou terribles. C'est dans l'effroi de femmes se cachant la figure, d'hommes couchs terre, un monstre aux ailes de toile d'araigne, la queue forme par le droulement d'une lettre japonaise, la tte faite par des besicles jouant l'appareil visuel de la libellule; c'est une tte de femme flottant sur l'eau, dont les pingles de la chevelure lui donnent l'aspect d'un crabe; c'est un arbre dont les feuilles sont des pices d'or; c'est un oiseau deux ttes, un dessin faisant revivre la lgende des deux oiseaux si amoureux l'un de l'autre qu'ils semblaient ne faire qu'un oiseau. IX En ces annes, en cette fin du XVIIIe sicle, le talent d'Hokousa n'a pas seulement fait sa popularit chez ses compatriotes, ce talent commenait tre apprci par les Hollandais faisant leur visite d'office, tous les cinq ans, Ydo, et l'un d'eux, que l'on croit tre le capitaine Isbert Hemmel, avait eu l'intelligente ide de rapporter en Europe deux rouleaux dus au pinceau de l'illustre matre, reprsentant, le premier, tous les pisodes de l'existence d'un Japonais depuis sa naissance jusqu' sa mort, le second, tous les pisodes de l'existence d'une Japonaise, galement depuis sa naissance jusqu' sa mort. Le prix convenu de ce curieux historique de la vie japonaise tait de 150 rios d'or (le rio d'or vaut une livre sterling). Et Hokousa recevait du mdecin hollandais attach l'expdition une commande d'un double des deux rouleaux. Hokousa apporta tous ses soins et sa science la confection des quatre rouleaux, termins au moment du dpart des Hollandais. Et, quand Hokousa livra ces rouleaux, le capitaine, trs enchant, lui remit l'argent convenu, mais le mdecin, sous prtexte qu'il avait un traitement infrieur celui du capitaine, ne voulut payer que la moiti du prix. quoi Hokousa se refusa, aussi bien qu' lui laisser un rouleau 75 rios. Mais la somme que le peintre devait toucher tait dj escompte pour payer des dettes, et la femme d'Hokousa lui reprochant de n'avoir pas cd un rouleau au mdecin, dont les 75 rios auraient sauv le mnage de la grande misre, Hokousa laissant parler sa femme, aprs un long silence, lui disait qu'il ne se faisait aucune illusion sur la misre qui les attendait, mais qu'il ne pouvait supporter le manque de parole d'un tranger les traitant avec si peu d'gards, ajoutant: J'ai prfr la misre un _pitinement_ (humiliation). Le capitaine, mis au fait du procd du mdecin, envoyait son interprte avec l'argent et faisait prendre les deux rouleaux commands par le mdecin. Maintenant, sont-ils arrivs en Europe ces quatre rouleaux? Le capitaine Isbert Hemmel mourait en 1798, dans la traverse de Ydo Nagasaki. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'ils ne sont pas au muse de la Haye, dont M. Gonse a fait une tude. Hokousa continua de vendre un certain nombre de dessins aux Hollandais, jusqu'au jour, o il lui fut interdit de livrer aux trangers les dtails de la vie intime des Japonais. X Si vraiment il a t vers 300 rios d'or Hokousa par le capitaine hollandais, Isbert Hemmel, pour les quatre makimonos sur la vie japonaise, je crois bien que c'est la seule fois o sa peinture a t richement paye, car ses dessins pour l'illustration des livres--le revenu le plus clair de l'artiste,--sont misrablement rtribus par les diteurs, et au moment o l'artiste jouit de toute sa clbrit. Je donnerai, comme preuve, ce fragment d'une lettre, adresse en 1836, d'Ouraga, l'diteur Kobayashi. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . _Je vous envoie trois feuilles et demie des Posies de l'poque des Thang. Sur 42 momms_ (le momm vaut 10 sous), _que j'ai toucher, retranchez un momm et demi que je vous dois; et veuillez remettre le reste, 40 momms et demi, au porteur de la lettre_. D'aprs cette lettre, a mettrait le payement des dessins d'Hokousa de six huit francs. Et il se conserverait au Japon des billets o Hokousa empruntait de misrables sommes pour le payement des choses de la vie journalire, prs des fruitiers, des marchands de poissons, et c'est ainsi que j'entendais conter M. Bing que, parmi les documents qu'il avait runis sur Hokousa, il existait la demande par le peintre un diteur d'un emprunt d'un ri (25 francs), le priant de lui payer ces 25 francs dans la plus petite monnaie possible, afin de solder ses infimes dettes criardes prs des fournisseurs de son quartier. Oui, ainsi que le tmoigne une autre lettre, o Hokousa se plaint de n'avoir qu'une robe pour dfendre son vieux corps de 76 ans contre le froid d'un hiver rigoureux, l'artiste a vcu, toute sa vie, dans une misre noire, par suite des bas prix pays au Japon par les diteurs aux artistes, et l'effet d'une indpendance d'esprit qui lui faisait accepter seulement le travail qui lui plaisait, et aussi l'occasion des dettes qu'il eut payer pour son fils Tominosouk et son petit-fils, n de sa fille Omiyo,--du reste tirant une espce de vanit de cette pauvret. XI En 1799 Hokousa publie _Azouma Asobi_, PROMENADE DE L'EST (Promenade de la capitale de l'Est, qui est Ydo), un volume en noir, republi en trois volumes en couleur, l'anne 1802. Des intrieurs de ville et des paysages vilainement coups de langues de nuages rouges, couleur de soleil couchant, dissimulant tout ce que l'artiste ne trouve pas d'intrt dessiner, procd qu'abandonna plus tard Hokousa. Dans le premier volume: la vue intressante du temple sinthoste Shimmi avec sa sobre architecture, et le pont de Nihon-bashi avec la foule grouillante qui l'emplit tout le jour. Dans le second volume: une boutique de _nori_, la plante marine comestible dont il se fait au Japon une grande consommation; une maison de th o se tient sur la porte une _gusha_; une rue du quartier marchand de Sourouga-teb; une boutique de poupes Jikkendana, avant la fte des filles, avec les pyramides des caisses, le petit monde de ses vendeuses, la queue interminable des acheteurs allant jusqu'au bout de la rue; une teinturerie la porte de laquelle un teinturier tend ses toffes; une tuilerie; l'htel des Hollandais, Nagasakiya, devant lequel un rassemblement de curieux regarde trois habitants de l'htel une fentre; la boutique du libraire Tsoutaya, l'diteur d'Outamaro, avec sa marque faite d'une feuille de vigne vierge surmonte du pic de Fouzi-yama, sur une lanterne, et ses piles d'images, et ses commis en train de faire des rangements, et l'annonce de ses albums nouveaux sur les planches de bois de la devanture. Dans le troisime volume: la cour du temple Asakousa emplie de la presse des acheteurs et des acheteuses devant les petites boutiques de la cour; un atelier d'armurier o un ouvrier martle une pice et o sont suspendus une selle, des triers, des gants pour l'escrime du sabre. XII Avec les livres et les sourimonos mis au jour par Hokousa depuis 1778 jusqu' la fin du sicle, il est de toute ncessit de cataloguer les planches publies sparment par l'artiste pendant ces vingt annes. D'abord, dans ces planches publies sparment,--quoique souvent runies en albums,--ce sont vers 1778, avons-nous dj dit, des impressions d'acteurs ressemblant tout fait des Shunsh, et tires dans des tons jaunes avec un rien de coloration rostre, d'une harmonie un peu triste. Et parmi les rarissimes estampes de ces annes, il y a un Kintoki entre un singe et un chien portant son coffre; un petit Japonnais riant d'un pcheur auquel une pieuvre s'est attache; des ttes caricaturales destines tre dcoupes pour l'amusement des enfants; des promenades de Japonaises dans des campagnes dsagrablement coupes par ces nuages rouges qui sont des imitations malheureuses des bandes de poudre dore des anciens rouleaux. Au fond, des reproductions assez grossires de dessins que ne recommande pas encore aux diteurs un nom connu. Vers 1793, une belle planche reprsentant le corps corps de deux lutteurs aux anatomies lphantines. Dans les annes suivantes, un _bateau de bonheur_ sur lequel l'Olympe japonais pche la ligne; deux diptyques, l'un reprsentant une procession d'enfants, l'autre, une runion d'enfants dessinant d'aprs des images; un triptyque de l'attaque du chteau de Kzouk par les ronins. Parmi ces compositions, un dessin tout fait capital, sign _Shunr_, et o s'annonce la matrise future de l'artiste. Un dessin, o Kintoki est reprsent une main autour du cou d'un ours, un aigle sur l'paule, et o le corps couleur de brique de l'enfant herculen, entre le noir de l'aigle et le fauve de l'ours, fait de la coloration toute-puissante. Une autre impression d'un grand caractre, reprsentant l'impratrice Dakki qui, d'aprs une lgende japonaise, serait un _renard neuf queues_: cette impratrice ayant le got du sang, faisant ouvrir le ventre des femmes enceintes, et que l'on voit une fentre, regardant un enfant qu'un bourreau tient suspendu en l'air par le collet de sa robe, prt lui couper la tte avec son sabre. Une autre impression vous montre la desse du Soleil, ne du mariage de Isanagui et de Izanami, les premires divinits mles et femelles cratrices du Japon, retire dans la grotte ferme par un immense rocher, et laissant le ciel et la terre plongs dans les tnbres au moment o le dieu Tatikara, _aux bras puissants_, va la tirer, charme qu'elle est par le chant d'Ousoum, va la tirer hors de sa grotte. En 1796 Hokousa apprend la perspective de Shiba Kkan, qui la tenait des Hollandais, et cette tude amne, cette anne, la publication d'une suite de douze paysages qui ont, sous le pinceau du matre japonais, comme un sentiment hollandais, et o Hokousa signe son nom horizontalement, ainsi que dans l'criture de l'Europe. De cette srie qui renferme la premire ide de la Vague, M. Mauzi possde un tirage extraordinaire qui a l'air d'une suite d'aquarelles tire sur un papier torchon. Vers cette poque Hokousa publie encore une srie de huit feuilles reprsentant huit vues du lac Biwa, dans une teinte de grisaille violace o bien certainement existe une influence europenne. Ici il faut numrer les sries de Tkad, la route principale reliant Ydo Kito, et qui traverse les villes servant de stations. De l le nom des 53 _stations_ qui, ajoutant celles de Ydo et Kito, forme une suite de 55 planches. On compte cinq sries, car cette route de Tkad a t un des sujets prfrs par le pinceau d'Hokousa qui, d'aprs Hayashi, en aurait dessin quatre avant 1800. Une premire srie est du format in-4 en largeur avec un mdaillon: De petits croquetons spirituels. Une deuxime srie galement du format in-4 en largeur, tire sur le papier des sourimonos, et o, comme ton, domine le bistre. Une jolie impression: un enfant faisant du trapze la branche d'une ancre. Une troisime srie d'un petit format carr et o Ydo et Kito font des diptyques. Coloriage d'une publication bon march. Une quatrime srie in-12 en hauteur. De beaux dessins anatomiques. Une cinquime srie de format in-12, tire en sourimono, et qui a paru seulement en 1801. Dans cette srie il y a sept planches en format double et en largeur. Srie d'une grande finesse dans le trait et d'une remarquable douceur de couleur. Deux planches charmantes: une femme se coiffant accroupie terre et tenant d'une main derrire elle sa natte qu'elle peigne de l'autre, tout en se regardant dans un miroir; et une femme faisant du filet, qui se retourne dans sa marche vers un petit enfant se tranant derrire elle, attach par une corde sa robe. Il y a encore des sries de paysages. La srie des SIX TAMAGAWA, srie de six paysages d'un faire un peu brutal. Une seconde srie des SIX TAMAGAWA, avec le mdaillon. Une srie des TROIS SOIRES, srie de trois petits paysages anims par des promenades de femmes. Une grande vue panoramique des deux rives de la Soumida (H. 25, L. 65), aux maisons et aux arbres minuscules, commenant la fin d'un pont qui runit les deux rives, et o se voit dans le haut du ciel un imperceptible cerf-volant. Et sans doute il existe d'autres, bien d'autres de ces feuilles de passages spares, que peut-tre la publicit donne au nom d'Hokousa fera retrouver au Japon ou ailleurs. Pour ma part je possde seize de ces paysages en largeur, runis en un album qui porte sur la couverture le titre crit la main: _Tto Meisho sh_, COLLECTION DES ENDROITS CLBRES DE YDO, ILLUSTRS PAR DES POSIES: seize feuilles au tirage le plus rapproch des sourimonos et qui ont d tre publis la fin du dernier sicle, ou au commencement de celui-ci. 1. Le coucher du soleil sur la mer l'embouchure de la Soumida. 2. Dans la campagne, un grand cercle en paille entre deux bambous, un cercle sacr o un prtre fait passer les enfants d'aprs la croyance que ce passage vite aux enfants les pidmies. 3. Un coup de vent forant deux femmes ramener sur elles leurs robes enroules dans un enveloppement plein de grce. 4. Admiration de Japonais et de Japonaises devant les pruniers en fleurs de l'autre ct de la Soumida. 5. Terrasse de Ouyno o un enfant laisse tomber des feuilles de papier en bas. 6. Japonais flambant le fond d'un bateau qu'il vient de construire. 7. Promenade de trois femmes de la socit suivies d'un serviteur au bord de la Soumida. 8. Le grand sapin sacr du temple de Mikn Yanaghishima, entour de paille. 9. Terrasse du temple d'Inari Mimgouri, o un Japonais porte sur ses paules son petit garon. 10. Maison de paysan Skiya, un endroit renomm pour la quantit de ses lucioles que les Japonais s'amusent enfermer dans une petite cage de soie. 11. Deux femmes, suivies d'un serviteur porteur d'une plante et de deux bouteilles de sak, se promenant au bord de la Soumida, en vue d'un grand bateau d'o un homme puise de l'eau avec un seau. 12. Jardinier arrosant des lgumes Ayas, prs d'un petit pont sur lequel schent des bottes de paille de riz. 13. Une femme apportant une tasse de th un Japonais, jouissant l'endroit, appel autrefois Mattiyama, de la belle vue de la rivire. 14. Une barque o sont embarques deux Japonaises. 15. Effet de neige Moumwaka. 16. Et la promenade se termine, comme pas mal de promenades de Hokousa, par la descente de deux Japonais dans une Maison Verte du Yoshiwara. Parmi d'autres impressions de collections parisiennes. Une promenade dans le Yoshiwara. Une vue de l'entre d'un thtre, avec les ttes de la foule d'hommes et de femmes rassembls pour entendre le boniment des acteurs sur l'estrade. Des teinturires, cette composition de deux femmes coupes par une bande d'toffe, qui a tent successivement Outamaro, Toyokouni. Des bcheronnes, la tte charge de fagots. Une srie de caricatures amusantes par le changement de place du nez, de la bouche, des yeux. Une srie de SIX POTES, srie de six feuilles, avec le portrait du pote accompagn d'un paysage ou d'une fleur. Imagerie un peu vulgaire. Une reprsentation d'un thtre chantant o les acteurs ne font que les gestes et o les paroles sont dites par des rcitateurs aux bouches immenses. Une planche de trois musiciennes, l'une jouant du _koto_, l'autre du _schamisn_, la dernire du _kok_ (espce de violon). Une planche d'une femme passant en barque sous un pont. Une planche d'une femme se promenant sur un boeuf, dans la province de Ynoshima. Deux planches d'hommes et de femmes, la mare retire, pchant avec des paniers le poisson rest dans les anfractuosits de la plage. Une planche reprsentant la runion des six potes sur une terrasse. La plantation du riz. La cueillette du th. Une charmante impression est une impression o un amoureux joue de la flte la porte d'une habitation, et o l'on voit une servante, envoye par sa matresse qui l'entend de son balcon, traverser le jardin et lui ouvrir la porte. XIII En 1800 Hokousa publie encore un petit livre jaune, avec son titre bien japonais, _Kamado Shgoun_, LA TACTIQUE DU GNRAL FOURNEAU, un petit livre dont les dessins et le texte sont fournis par le peintre. Il est curieux, ce petit livre, par la figuration de l'auteur prsentant son livre l'diteur, agenouill, les deux mains poses terre dans une attitude de supplication, curieux par la modestie de la prface de l'crivain-dessinateur. Voici peu prs la prface de ce volume, qui va tre un des derniers volumes dont Hokousa crira le texte: Je viens de faire un travail maladroit, si cependant, aprs examen, a faisait votre affaire? Et comme je ne suis pas habitu crire, pour les passages non russis, faites-les retoucher par le matre Bakin. Or, si j'ai la chance d'avoir le moindre succs cette anne, je travaillerai mieux l'anne prochaine. Maintenant si l'on veut avoir une ide de la littrature du peintre, voici un bout de traduction du livre jaune: Dans une lointaine province de l'Ouest, il y avait un grand seigneur, nomm le grand coeur, ayant un revenu d'un million de tonnes de riz. On le surnomma Dadara Dajin, le Seigneur Dsordonn, comme grand amateur de volupts et fort buveur de sak. Et, non content du plaisir de la chasse dans les montagnes, de la pche dans la mer, il s'amusait faire nager les gens avec de lourdes pierres attaches leurs corps, ou les faire courir, pieds nus, sur la glace; et le monde de son entourage, il voulait qu'il ft habill de chaude ouate, en t, et de toile claire, en hiver. Enfin il aurait fallu, pour la distraction de ce seigneur, que les poules chantassent et les roues tournassent de ct. C'est dire que l'argent et l'or taient entre ses mains, comme l'eau de la rivire. Or, il se trouvait dans la province voisine un autre seigneur appel l'Eau de riz, habitant le chteau des Cranciers... Mais ici, le traducteur s'est arrt, dclarant que le texte, se composant, d'un bout l'autre, de jeux de mots et d'allusions seulement comprhensibles pour des Japonais, est intraduisible en franais. XIV La mme anne, en 1800, Hokousa illustre les trois volumes de _Soumida gawa Rigan itiran_, COUP D'OEIL SUR LES DEUX RIVES DE LA SOUMIDA, un panorama des deux rives pouvant se dplier. Dans le premier volume, c'est Takanava la vue de la baie o l'on voit contre le vieux mur des fortifications de Ydo, la porte d'une maison de th improvise sous des nattes attaches des bambous, une _mousm_ invitant les passants se rafrachir. Puis, en remontant la rivire, en face de l'le de Tsoukoudajima, ce sont des enfants enlevant un cerf-volant prs d'un porteur de ballots de ouate, de cette ouate dont la marie se voile le visage dans les crmonies du mariage. A Ohhashi, une femme, demi couche sur un grand banc, prend le frais avec ses enfants. Dans le second volume, voici le pont de Rigokou, qui joint les deux rives de la Soumida, et que traverse une foule compacte au-dessus de laquelle s'lvent les lances de l'escorte d'un damio. Plus loin, Shubino Matzou, d'lgantes femmes en bateau pchent la ligne, avec des hameons en forme de tridents. A Ohkavabashi, un saltimbanque fait des tours de force devant des enfants. Dans le troisime volume, c'est la toiture lance du temple d'Asakousa dans une nue volante de corbeaux. Plus loin, toujours en remontant la rivire, nous sommes sur la colline Mattiyama d'o l'on dcouvre la campagne paysanne et marachre de Katsoushika. Enfin nous voil Invinado, le quartier de la tuile et de la cramique. L, nous abandonnons la Soumida, et Hokousa nous mne l'entre du Yoshiwara et nous promne devant les maisons aux grilles de bois, et dans les rues tout gayes de la musique des fltes et des tambourins, la veille du Jour de l'An. Car ce spectacle des deux rives de la Soumida, Hokousa le commence au printemps d'une anne et l'achve la fin de cette anne. XV En 1801 Hokousa, qui quitte la signature Shunr pour prendre la signature Goummate, publie: UN TNGOU TOMB DU HAUT DE SON NEZ DANS LE MONDE BTE D'ICI-BAS, un petit livre fantaisiste dont le texte est de Jakouse. C'est l'histoire d'un de ces esprits ariens, de ces gnies bons ou mauvais l'interminable nez pointu, aux ailes de chauve-souris, si souvent reprsents dans les albums japonais. Du haut du ciel, un Tngou aperoit une Japonaise, en devient amoureux, descend sur la terre et, tant bien que mal dissimulant son nez sous l'envole d'un cache-nez, file le parfait amour avec elle, est rduit vendre ses ailes un marchand de plumes pour subvenir aux caprices de la femme, enfin tout fait ruin devient un vendeur de _sarasins_ (de ptes en forme de macaronis et de nouilles), tombe malade, a la vision, en un rve, d'un acteur reprsent dans un kakmono, qui a un nez comme les Tngou, obtient qu'il le soigne, le mdicamente, lui fasse revenir le pouvoir mystrieux qu'il avait autrefois comme Tngou et qu'il a perdu dans le commerce de la courtisane, retourne enfin chez les Tngous, inquiets de sa disparition et qui lui ont dpch un messager pour le ramener. Et la dernire planche le reprsente crivant les Mmoires de sa vie sur la terre. La mme anne parat le _Onna Sanj rokkasn_, LES TRENTE-SIX POTESSES, illustr par Yeishi: un album renfermant peut-tre les plus originales impressions en couleur existant dans les livres japonais, et au milieu d'une calligraphie jete sur des espces de nuages teints des nuances du ciel, de l'aube au coucher du soleil. Et Hokousa peint, en tte de l'album, une promenade de personnages de la cour dans la campagne. La mme anne parat encore _Hitori Hokkou_, CHACUN UNE PENSE, deux volumes contenant, en leurs cent pages et leurs cinquante dessins, de la littrature et des croquis de presque tous les lettrs et les artistes du temps. Hokousa n'a qu'un croquis, mais un croquis merveilleux: une oie sauvage, volant la tte en bas, une aile replie, une aile ploye, les pattes rebrousses sur le ventre. C'est, pour ainsi dire, un instantan dont le clich a t gard au fond d'une mmoire. XVI Hokousa publie, en 1802, _Isosouzou-gawa Kika-Gourouma_. CINQUANTE POTES MODERNES, album en couleur sign _Hokousa Tokimasa_, o l'artiste a donn ces potes modernes un caractre ancien, les a comme travestis dans un carnaval archaque. Une jolie planche est la premire o les danseuses vierges d'un temple sinthoste tournent autour d'un petit simulacre de tor-i, avec leurs couronnes en mtal dor aux boules de cristal, et ayant en main des grelots, des branches de pin, de petits btons blancs traverss de papier portant des prires. La mme anne Hokousa publie le _Yhon Tchshin goura_, MAGASIN DES FIDLES VASSAUX, une suite de scnes de l'histoire des 47 ronins, tires de la pice joue un an aprs l'vnement. Ce sont deux petits volumes en couleur, d'une excution assez peu soigne, signs _Hokousa Tokimasa_, ajoutant des pisodes peu connus aux pisodes connus. Ainsi la premire planche vous donne la raison de la haine secrte entre le damio Takoumi no Kami et Kzouk le matre de l'tiquette prs du shgoun. Takoumi no Kami avait la garde d'un casque port par l'aeul du shgoun vivant, et une planche montre la femme du damio le montrant dans une caisse Kzouk, envoy pour l'inspecter. Dans cette entrevue Kzouk devenait amoureux de la femme, crivait une dclaration qu'elle traitait avec le mpris d'une honnte femme. De l sans doute la raison qui faisait mettre le sabre la main Takoumi no Kami contre Kzouk, dans le palais du shgoun. Le bruit a couru au Japon que Hokousa n'aimait pas dessiner les pisodes de l'histoire des 47 ronins parce qu'il tait un descendant d'un vassal de Kzouk, mais il n'en est rien: Hokousa ayant dessin un grand nombre de scnes de cette dramatique histoire[13]. [Note 13: En effet nous avons une srie en largeur, publie, vers 1798, signe Kak, puis deux sries en hauteur chacune de 12 feuilles en couleur, portant toutes deux le mme titre _Tchshin-goura_, LE MAGASIN DES VASSAUX FIDLES, une srie de 11 feuilles en largeur.] La mme anne, sous le titre de _Itakoboushi_, le nom d'une chanson la mode dans ce temps, Hokousa illustre deux volumes consacrs la femme japonaise et la montrant saisie sur le vif, dans tous les abandonnements de ses poses et les coquets accroupissements de son tre quand une pense amoureuse l'occupe. La srie commence par une planche vous donnant voir une jeune femme penche sur un papier qu'elle droule et sur lequel elle va crire une lettre avec le pinceau dont elle tient le bout dans sa bouche. Suivent d'autres femmes, l'une arrangeant sa chevelure avec ce gracieux mouvement o la tte est de face et o les deux bras disposent la coiffure sur le ct; une autre, tendue terre, une main sous le menton, lit un roman d'amour pendant qu'un enfant lui grimpe sur le dos; une dernire, dans un affaissement dsol, pleure sur le retard d'un amoureux qu'on aperoit au bas de l'escalier. Et des attitudes de recueillement amoureux, et des causeries sur l'amour, entre deux femmes penches en dehors d'un balcon sur des arbustes en fleurs, et encore des confidences d'amie amie o, tendues tout de leur long terre, l'une contre l'autre, deux autres femmes rflchissent, un moment silencieuses: l'une d'elles, dans sa proccupation, jouant avec un bout de fil. Mais l'une des compositions les plus intimement charmantes est celle-ci: prs d'une lanterne encore allume, qui a d servir la reconduite de quelqu'un, c'est le ramassement la fois heureux et accabl de la femme que vient de quitter son amant. La mme anne parat encore un volume de posies, sans titre, illustr par Hokousa d'une seule planche, mais d'une planche qui est une petite merveille et qui n'est qu'une branche de prunier fleuri passant sur l'argent oxyd d'une pleine lune. XVII En 1803, au commencement de l'anne, c'est encore un petit livre jaune que publie Hokousa, et qui a pour titre: _Boutchh Sokouski-riori_, LA CUISINE IMPROVISE, une histoire de mnage dite en 3 volumes dont le peintre fournit encore une fois et l'illustration et le texte et la prface, que voici: Cette anne, vous avez bien voulu me commander un livre, mais vous savez bien que je ne suis pas habile, et a n'a pas march, d'autant plus que vous m'avez press. J'ai commenc par le dessin et, seulement aprs, j'ai crit le texte, ce qui pourrait bien avoir amen du dcousu dans certaines parties du livre. Toutefois, si vous trouvez l'ouvrage prsentable au public, je vous serais oblig de le faire graver. Le volume est curieux, parce qu'il traite d'une manire fantaisiste des choses de la cuisine: Du riz.--Des soupes.--Des saks.--Du th et des gteaux.--Des lgumes frais.--Des lgumes secs.--Des crustacs.--Des oeufs.--Des plats au vinaigre.--Des rtis.--Des bouillis.--Des poissons grills.--Des sarasin, macaroni, vermicelle. Il est aussi question de choses qu'on ne mange pas en France, de pommes de caladium, de ssame brl, d'aubergine sale, d'ignames, de pieuvre, de bche de mer, d'algues, de pousses de bambou, de racines de lotus. Et voil le morceau humoristique jet par Hokousa en tte du chapitre du sak: S'il y a le moraliste qui dit qu' la premire coupe c'est l'homme qui boit le sak, qu' la seconde coupe c'est le sak qui boit le sak, qu' la troisime coupe c'est le sak qui boit l'homme, il en est d'autres moins svres qui dclarent qu'il n'y a pas de limite pour boire du sak tant que a n'amne pas du dsordre. C'est ainsi que nous avons les gens qui avalent une grande quantit de sak pour se vanter de leur capacit, aussi bien que nous avons les gens qui se retiennent, pour vanter leur modration et proclamer qu'une petite quantit de sak est le meilleur des mdicaments. Et nous avons les gens qui succombent tout de suite, et les gens qui se grisent indfiniment. Au fond, la limite est le mal de coeur, aussi bien pour les grands buveurs que pour les aptres de la modration. L'quilibre du buveur qui tient debout, le ventre vide de sak n'est-ce pas l'inverse de l'quilibre de la bouteille toute droite quand elle est pleine, et qui chute terre quand elle est vide? Puis Hokousa dcrit les diffrentes qualits des boissons fermentes, depuis l'esprit d'alcool qui brle, jusqu'au _mirin_ qui est doux comme du muscat. La mme anne Hokousa publie sous la signature de _Tokitar Kak_ L'INVENTAIRE DES MENSONGES, _Mouna-zany Ousono Tana-oroshi_, un livre ironique o le texte et l'illustration, qui sont tous deux encore du peintre, semblent se moquer des affirmations mathmatiques et qui pourraient bien tre exagres et aller au del de la vrit, dans l'arpentage d'un champ, le mesurage d'un arbre, le pesage d'un lphant. Et cela sous une forme blagueuse dont voici un chantillon, propos d'une planche toute noire de rats: Il est tabli qu'un mnage de rats met au monde douze rats dans un mois, et au bout du douzime mois, chaque couple produisant 12 rats, il en existe 908, et la naissance continuant dans la mme proportion, on arrive la fin de la seconde anne, au chiffre colossal de 27.682.574.402. Enfin, la mme anne, Hokousa illustre encore _Ada-dhon Tsoushin-mouda_, ALLUSION LA PICE DES 47 RONINS. Deux volumes contenant de petits bois sans importance. XVIII En 1804 parat une publication importante d'Hokousa, trois volumes aux images en couleur portant le titre de _Yama mata yama_, MONTAGNES ET MONTAGNES (paysages), qui sont une suite de vues prises autour de la baie de Ydo et qu'annonce ainsi la prface: Ceux qui ont rendu la beaut de ces paysages en peinture ou en posie sont le dessinateur Hokousa et le pote Taguntei. La premire planche du premier volume reprsente la colline du temple Hatiman d'Ityaga, et l'on y voit deux femmes avec un enfant porteur d'un cerf-volant sur son dos, au moment de passer sous un tori-: une de ces portes jour l'entre d'un temple sinthoste. La seconde planche est une vue du quartier Horino-outi, que traverse une femme porte dans un kago sur le toit duquel est une branche d'arbuste en fleurs; puis c'est Ohji, devant une maison de th, des hommes en train de laver des plateaux une fontaine; puis Asouka, c'est un porteur d'un barillet de sak en compagnie d'un camarade, dont la titubation d'ivrognes fait sourire deux femmes; puis Hongo, c'est un balayeur grotesque balayant le chemin que prennent deux promeneuses. Et c'est sur la colline de Takata, d'o l'on voit le Fouzi-yama, trois femmes de la socit, reconnaissables au rouleau de soie qui entoure leur chevelure, faisant collation auprs d'un arbre dans l'entre-deux des branches duquel est pos un tlescope dirig vers la montagne; et c'est dans la chute d'eau de Dondo, nomm ainsi cause du bruit, des gens pchant avec des charpagnes. Et c'est Ydogawa, endroit clbre par sa fracheur et d'o vient dans un conduit l'eau excellente baptise _eau pour le th_, des pcheurs dans leurs barques. Le second volume nous montre dans une planche des hommes et des femmes que surprend une pluie d'orage Ohkido, contre l'enceinte de la fortification du shgoun, et leurs attitudes comiques ou gracieuses pour s'en dfendre; dans une autre planche, des jeunes femmes sur une terrasse d'Atago, en contemplation du vert paysage qu'elles ont sous leurs pieds; dans une autre planche Shinjikou, un homme, le jour de la fte des toiles, attachant des lanternes et des papiers de couleur un bambou; dans une autre planche Foukagawa, une femme qui achte, un marchand d'oiseaux et de poissons vivants, un oiseau qu'elle emporte dans une cage. Nous trouvons dans le troisime volume une vue de la statue en pierre de Ni et l'entre du temple Zshigaya; une vue de la terrasse du temple Akasaka o sont des femmes et des enfants; une vue d'un paysage o un homme souffle devant des promeneurs des caramels pour les enfants, en forme d'oiseaux, de thires; une vue en pleine neige de Koudan, o une Japonaise est si joliment encapuchonne de noir; une vue d'Asouka, o un Japonais est en train de tirer, sur une feuille de papier tendue sur l'inscription d'un monument commmoratif d'un artiste ou d'un lettr (skihi), une preuve de cette inscription dont une autre preuve est tenue, schant devant elle, par une femme. La femme qui peuple les promenades de ces trois livres, c'est la femme trs reconnaissable que dessine l'artiste vers ses quarante ans, la gracieuse petite femme longuette, au haut chafaudage de la chevelure traverse d'pingles, aux traits mignons rendus par trois points pour les yeux et la bouche et trois petites lignes pour le nez et les sourcils, l'ampleur des manches et de la ceinture, au placage contre le ventre et les cuisses de la jupe troite, s'vasant et se rpandant en vagues ses pieds: un type de femme lgant, fluet, gentillet, mais un peu mivre. La mme anne Hokousa illustre encore _Misoka Tsouzoura_, LE PANIER PAPIER, un petit album de la plus grande raret, contenant des penses, des rflexions de Hokousa. Une jolie planche, dans ces colorations dlaves des impressions de ce temps, est une planche o se voient deux jeunes Japonaises jouant avec une souris blanche. XIX Fantasque comme tous les grands artistes, Hokousa avait parfois l'humeur pas commode et trouvait un malin plaisir se montrer dsagrable aux gens qui ne lui tmoignaient pas la dfrence qui lui semblait due ou dont l'aspect lui tait tout bonnement antipathique. Onoy Bak, un grand acteur des premires annes du sicle, reconnaissant le talent tout particulier de Hokousa pour inventer des revenants, avait l'ide de s'adresser l'imagination du peintre pour qu'il lui dessint un tre de l'autre monde devant servir la figuration d'une scne dans son thtre. Et l'acteur invitait le peintre venir le voir, ce que se gardait bien de faire Hokousa. Alors l'acteur se dcidait lui faire visite mais, trouvant l'atelier d'une salet telle qu'il n'osait s'asseoir terre, il faisait apporter sa couverture de voyage sur laquelle il saluait Hokousa. Mais le peintre froiss ne se retournait pas, continuait dessiner, et l'illustre Bak, tout fait mcontent, se retirait. Toutefois il tenait tant son dessin qu'il avait, un jour, la faiblesse de faire des excuses Hokousa pour l'obtenir. Vers la mme poque Hokousa recevait la visite d'un fournisseur du Shgoun qui venait lui demander un dessin. On ne sait ce qui dplut du visiteur Hokousa, mais on sait que, dans ce moment, le peintre tait prendre, en plein soleil, des poux sur sa robe, et qu'il jeta brutalement au visiteur qu'il tait trs occup et qu'il ne pouvait tre lui. Le visiteur se rsignant attendre la fin de la chasse d'Hokousa, il obtenait le dessin qu'il dsirait. Mais le visiteur avait peine pass la porte que Hokousa, courant aprs lui, lui criait d'une voix railleuse: _Ne manquez pas, si l'on vous demande comment est mon atelier, de dire qu'il est trs beau! trs propre_[14]! [Note 14: Biographie d'Hokousa Katsoushika Hokousa dn. par I-ijima Hanjur.] XX Le roman japonais est toujours un roman d'aventures,--d'aventures tragiques, le plus souvent amenes par la vengeance ou la jalousie, les deux mobiles du roman de l'Empire du Lever du Soleil. De l, presque chaque page, des batteries, des assassinats, des scnes de torture, des suicides, des _hara-kiri_ (ouvertures de ventre), des expositions de ttes coupes: pisodes mls, dans le roman historique, aux tueries universelles de la lutte des Tara et de Minamoto, prtant un dessinateur de la vie en action la bonne fortune de faire, dans une illustration, de beaux dessins mouvements de la Guerre et du Crime. C'est dire, n'est-ce pas, que l'illustration de tels romans devait tenter Hokousa, qui s'y absorbe presque tout entier, en 1805, 1806, 1807, etc., et lui donne, pendant prs de vingt ans, les plus longues heures de son travail quotidien. Puis, pour Hokousa, il y avait encore une autre sduction dans cette illustration. Le Japon est amoureux du surnaturel, et ses romans sont pleins d'apparitions. Or l'artiste appel l-bas _le peintre des fantmes_, le peintre qui a dessin ces ttes des CENT CONTES qui vous laissent dans la mmoire un souvenir d'pouvante, le peintre auquel les directeurs de thtres venaient demander des maquettes de visions d'effroi, le peintre prs duquel les confrenciers macabres sollicitaient des figures de mortes, devait aimer traduire, avec les imaginations de son art, les rveuses imaginations dans le noir des lettrs de son pays, et c'est ce qui explique les longues annes o une partie de son talent appartint l'illustration des romans. En 1805 Hokousa illustre _Yhon azouma foutaba nishiki_, LE BROCARD (l'clat) DES DEUX POUSSES DE LA PLANTE DE L'EST, roman en cinq volumes dont le texte est de Kohda Sighrou et dont l'illustration est, par volume, de six planches doubles. Ce sont deux enfants d'un riche paysan des environs de Ydo, dont l'an est assassin et que le cadet venge avec l'aide de sa femme et de la veuve de son frre. Un dessin plein de mouvement: le dessin de l'assassin passant, dans sa fuite prcipite, sur le corps d'une femme couche qui le reconnatra. Une foule de pripties et un tas de comparses prenant part la fabulation, au bout de laquelle le cadet, la recherche de l'assassin de son frre, arrive une habitation mystrieuse o il retrouve la femme de son an, qui n'a pas cd l'assassin, toute supplicie, tout attache qu'elle est au milieu de cadavres, jets la tte en bas sur le revers d'une colline et dont les ctes traversent les chairs pourries de la poitrine, et dont les figures ont les orbites vides des ttes de mort. Une horrifique planche! Et le roman se termine par un jugement de Dieu, devant un tribunal o, en champ clos, les deux femmes, soutenues par le cadet, combattent et tuent l'assassin, la suite de quoi le valeureux frre est fait samoura par un damio. L'anne suivante, en 1806, Hokousa illustre un autre roman dont le texte est galement de Kohda Shighrou, roman publi en dix volumes, dont les cinq premiers paraissent en 1806 et les cinq autres en 1808. Ce roman, qui a pour titre: _Yhon Tamano Otiho_, L'PI DE PERLES TOMB TERRE, est l'histoire de Tokou-jumarou, le jeune prince de Nitta, un moment dpossd de ses tats. Un roman illustr par nombre de dessins d'un grand intrt pour l'histoire des moeurs du Japon, dessins de la ralit la plus absolue, entremls de dessins fantastiques, comme l'apparition d'un esprit une marie, la nuit de ses noces, apparition la faisant accoucher d'un monstre que le mari trangle; comme l'trange vision, en un paysage, la nuit, de milliers de renards dans la lumire d'un clair de lune: roman dont le dnouement montre, au milieu d'un noir ciel sillonn d'clairs, le prince agenouill devant la tombe de son pre, la tte de son assassin pose sur un prsentoir. En 1807 Hokousa illustre _Shin Kasan gudatsou monogatari_, LA CONVERSION DE L'ESPRIT DE KASAN, un roman en cinq volumes, du clbre et populaire romancier Bakin. Bakin, un romancier dont tous les romans ont, comme point de dpart, une lgende ou un fait historique et qui, dans son ambition de donner prs du lecteur un caractre de vrit ses rcits, s'est fait un descripteur trs fidle, un gographe merveilleux, selon les Japonais, des paysages o se passe l'action de ses romans;--et la premire planche d'Hokousa offre la vue du village qu'habite Kasan. Kasan est une femme laide et mauvaise, tue par son mari et dont l'esprit hante la seconde femme de l'assassin: tel est le sujet du roman. Et, dans les images, c'est tout d'abord la femme du pass, la femme jalouse devenue une religieuse, dont la lgende a servi la fabrication du roman, et qui est reprsente prs d'un plateau assailli par des voles d'oisillons! un symbole de l-bas pour exprimer le payement des pchs. Le mari assassin, lui, est figur montrant, au-dessus de sa tte, un crit japonais qui se contourne et se termine en un serpent, tandis que sa vilaine femme la tte pareille une calebasse brandit un cran o se voit un crapaud. Un dessin des plus spirituels: le pre de Kasan, un marchand de marionnettes, qui en a de suspendues tout autour d'un parasol ouvert au-dessus de sa tte, et tient une espce de pelle o les mouvements de sa main font danser un pantin aux articulations attaches cinq ou six ficelles. Une planche d'un grand effet est l'assassinat o la femme, jete l'eau, et se cramponnant des deux mains la barque, se voit assomme par son mari coups de rame. Une autre planche curieuse montre la seconde femme se tuant par la souffrance qu'elle prouve de la hantise de la femme assassine: et, au moment o elle meurt, sort d'elle l'esprit qui la hante, sous la forme d'une fume surmonte de la tte de la laide femme. Et la dernire planche tale, dans une grisaille, une vision de l'enfer bouddhique avec un luxe de supplices inimaginable. Dans cette anne 1807 Hokousa illustre _Sou mida gawa Bari Shinsho_, NOUVEAU LIVRE SUR LE PRUNIER ET LE SAULE DE LA SOUMIDA, un roman en six volumes dont le texte est de Bakin. C'est le roman de deux jeunes frres de la noblesse, Matsouwaka et Oumwaka, deux enfants que la mre, aprs la mort du prince son mari tu la guerre, a fait cacher et, suivant une lgende du XIIe sicle, la recherche desquels elle se met quand il n'y a plus craindre pour leur vie, et ne trouve que leur tombeau: un roman sentimental qui a eu un grand succs au Japon. En tte de la table des matires est reprsent, ainsi que c'est l'habitude dans les romans quasi historiques de Bakin, le paysage sur la rive de la Soumida o se trouvait le tombeau des deux frres. Et, dans une planche d'Hokousa, l'on voit cette mre, en la recherche de ses enfants, sous la robe d'une mendiante jouant la folie, entoure d'une troupe d'enfants se moquant de la princesse Hanako devenue mconnaissable, et portant une branche d'arbuste o est pendu un ventail sur lequel est crite une phrase qui doit seulement la faire reconnatre par ses enfants. Puis, dans une autre planche, on voit la pauvre mre arrive l'endroit o est mort son plus jeune fils, avoir la vision, travers les branches d'un saule, du cher mort, dans une robe lumineuse clairant le paysage. Dans cette mme anne 1807 Hokousa illustre _Kataki-outi Ourami Kouzou-no-ha_, LA VENGEANCE DE KOUZOU-NO-HA, un roman en cinq volumes dont le texte est de Bakin. Dans ce roman fabuleux qui se passe au temps de la guerre de Minamoto et des Tara, le guerrier Tadanobou, parti en campagne, a laiss la maison une femme et un tout jeune enfant. Pendant la guerre, au moment o un vieux renard allait tre tu d'un coup de flche par un de ses compagnons d'armes, Tadanobou l'a sauv et le renard est rest reconnaissant au guerrier. Dans ce temps meurt assassine la femme de Tadanobou. Or, le vieux renard qui a vcu mille ans et qui, d'aprs les croyances de l-bas, a le pouvoir de se changer en ce qu'il veut, se mtamorphose en femme et va lever l'enfant de Tadanobou. Et une planche ingnieuse d'Hokousa montre la femme qu'est devenu le renard se regardant dans la rivire et se voyant reflte en renard. Puis, au retour du mari, qui trouve son enfant tout lev, la femme-renard disparat, mais le pre et le fils vont sa recherche, et la femme-renard leur apparat dans une de ces visions, semblables aux visions de Rembrandt, en un coin d'eau-forte peine mordue, et apprend l'enfant l'homme qui a assassin sa mre--et que l'enfant tue. Dans cette mme anne 1807 Hokousa illustre: _Sono-no-Yuki_, LA NEIGE DU JARDIN: un roman de Bakin en six volumes, qui est l'histoire du guerrier Sonob Yoritsoun et de la princesse Ousouyuki. Cette illustration, suprieure l'illustration des autres romans publis cette anne, pourrait faire supposer que les dessins d'Hokousa, qui ont t gravs en 1807, sont, quelques-uns, de plusieurs annes antrieurs cette anne et que ces dessins attendaient un diteur. L'illustration d'Hokousa dbute par la reprsentation d'animaux fantastiques et d'animaux rels, mais d'une grandeur, d'une puissance, d'une force qui les fait un rien surnaturels. C'est une araigne gigantesque, une araigne la tte d'une pieuvre, au corps pustuleux d'un crapaud, ayant un chapelet de crnes d'hommes autour d'elle, une araigne montre la lueur de la torche de Yoritsoun qui a pntr dans sa caverne; c'est une carpe du format d'un cachalot, souleve au-dessus des flots; c'est un tigre chevelu, aux poils en forme de flamme, enchevtr dans les replis d'un dragon interminable; c'est un ours aux griffes terribles dans des emmanchements de mastodonte; c'est un aigle, en le vigoureux et tressautant dploiement de ses ailes, avant de monter dans les airs:--des animaux qui ont des solidits de sculptures de bronze. ct de ces btes sorties d'une ralit imaginative, des dessins de femmes, tantt d'une dlicatesse de rve, comme cette longue femme dans sa robe blanche, avec le flottement autour d'elle de sa noire chevelure, tantt d'une originalit gracieuse, comme ces deux femmes dans un coup de vent qui les courbe presque terre, avec l'envole derrire elles de leurs cheveux et de leurs robes. Une planche curieuse est un cimetire japonais avec ses tombes en pierre et ses longues et hautes planchettes portant crites des prires: cimetire o la princesse et sa suivante sont caches sous une tente de papier et qu'envahit une troupe d'hommes arms. Et la dernire planche reprsente le tratre cartel par des boeufs, auxquels sont attaches ses deux jambes. Hokousa publie encore, en 1807, l'illustration de _Thinstsou Yumihari Zouki_, LE CROISSANT DE LA LUNE OU LE CONTE DU CAMLIA, roman de Bakin, en six parties, dont la premire et la seconde partie paraissent en 1807, la troisime vers 1808, la quatrime, la cinquime et la sixime en 1811: ces six sries forment vingt-huit volumes. Ce roman est l'histoire de Tamtomo, un hros du XIe sicle, prenant parti pour un empereur dpossd la suite d'une rvolte, et qui tente de reprendre le pouvoir. Au fond, ce roman est, comme une srie de contes des Mille et une Nuits, une suite de voyages fabuleux dans l'le de Lieou-Khieou, Formose, les Pescadores, et autres les de la mer du Japon, par ce Tamtomo, l'arc irrsistible et o la topographie des endroits est entremle de toutes les croyances des localits et de toutes les lgendes merveilleuses de ces les dont quelques-unes passaient pour tre habites seulement par des femmes, et dont l'imagination de l'artiste a peut-tre donn une habitante dans cette voluptueuse femme monte sur un boeuf, jouant d'une flte o est pos un oiseau. Et Tamtomo terrorise et dompte ces populations sauvages,--reprsentes par Hokousa assez semblables aux Anos couverts de poils,--par la puissance de son arc, avec lequel il coule un navire, fait sauter un quartier de rocher, et qu'aucun des hommes des contres qu'il traverse ne peut tendre. Le roman n'a peur d'aucune invraisemblance: le fils de Tamtomo tombe malade, le pre fait fabriquer un immense cerf-volant pour le transporter au Japon, tandis que l'empereur dpossd, devenu dans un coup de foudre un Tngou,--un de ces gnies du bien et du mal, si accrdits au Japon, un de ces gnies au nez en vrille,--et qu'on voit tenir un conseil de guerre avec des gnraux qui sont tous des Tngous, sauve par leur entremise Tamtomo d'un naufrage; et l'on voit la fin Tamtomo dans une apothose, entour de flammes sur son cheval qui prend feu. Et ce roman fabuleux, o se trouve un mli-mlo de gographie exacte et de rcits impossibles, et de planches dignes d'une icthyologie srieuse ct de sirnes, finit par une interminable gnalogie de Tamtomo dont les rois de l'le de Lieou-Khieou seraient des descendants. Toujours en cette anne 1807, Hokousa publie l'illustration des cinq premires sries du _Shimpn Souikuo Gwadn_, NOUVEAU COMMENTAIRE ILLUSTR DE SOUIKO: un roman historique chinois, crit sous la dynastie des Song par Sta-an, et prsent au public japonais dans une traduction arrange par Bakin et Ranzan, publie en neuf suites de dix volumes, dont la sixime, la septime, la huitime n'ont vu le jour, aprs un intervalle de trente ans, qu'en 1838 et annes suivantes;--ces neuf sries composant un roman de quatre-vingt-dix volumes dont Ranzan a crit quatre-vingts volumes. L'illustration de ce roman clbrant les exploits guerriers de cent huit hros chinois, qui meurent tous l'un aprs l'autre, et qui n'est qu'une suite de duels mortels, de combats, de batailles, dbute par la portraiture effrayante de neuf de ces hros, portraiture suivie du renversement d'un monument sacr d'o sortent, comme d'une ruption de volcan, toutes les dissensions et les guerres de ces annes. En mme temps que le roman est une glorification de ces cent huit hros, c'est dj un pamphlet contre la corruption gouvernementale de la Chine de ce temps, et un prtre, qui revient dans toutes les pages, une barre de fer la main comme bton, apparat comme le grand justicier de cette pope. Une des planches de l'illustration qui a une rputation au Japon, et dont les artistes s'entretiennent comme d'un tour de force, est la composition o l'artiste reprsente ce prtre poursuivant un fonctionnaire prvaricateur qui s'est jet sur un cheval que, dans sa terreur de la barre de fer, il n'a pas vu attach, et dont l'effort impuissant pour prendre le galop a fourni le Gricault le plus mouvement qui soit. C'est aussi, dans cette pile de livres, un tonnement, mme pour les Chinois de trouver une Chine si exactement rendue avec ses costumes, ses types, ses habitations, ses paysages, chez un artiste qui ne l'a pas vue et qui a eu sa disposition d'assez pauvres lments de reconstitution du pays. Et tout le temps, dans ces trois premires sries de puissants dessins, comme le dessin du guerrier Boush tranglant un tigre, d'une grandeur telle qu'on le voit port par plus de vingt hommes dans une autre planche; le dessin du mme guerrier jetant par-dessus sa tte un colosse terre, dont la chute forme la courbe d'un corps bris, dj mort; le dessin du mme guerrier, deux ttes coupes ct de lui, et crivant sur un mur, avec le sang de ces ttes, que c'est lui qui a tu ces malfaiteurs. Un dessin, d'un caractre indicible, montre un assassin, vu de dos, une main tenant son sabre prt frapper derrire lui, son autre main serrant la gorge sa victime, un dessin o il n'y a d'ombr que ses cheveux et o le reste de l'assassin est dans la lumire d'un croquis esquiss seulement avec des traits. Un autre dessin, d'une grce douloureuse, est une scne de torture reprsentant une femme suspendue en l'air, les bras attachs derrire le dos, sa tte tombe de ct contre une de ses hanches, ses pieds dans le vide cherchant la terre. Dans ces sries, Hokousa tente--et je crois l seulement,--de tirer un parti pittoresque, dans ces compositions, de l'escalier, de l'escalier extrieur des habitations chinoises et japonaises, tente de reprsenter des scnes d'intrieur coupes par la monte ou la descente au premier plan d'un homme ou d'une femme dans un de ces escaliers ariens,--et c'est vraiment d'un trs joli effet. Dans la quatrime srie, aprs un dessin reprsentant un mdecin pansant la blessure faite dans le corps du guerrier Li par une flche qu'il vient de retirer et qu'il tient dans sa bouche, c'est une suite de violents, de colres, d'homicides dessins. Ici c'est un guerrier qui tombe avec son cheval dans un prcipice, le cheval cabr dans le vide du trou noir sans fond, un dessin o il y a la _furia_ d'un croquis de Dor russi; l c'est l'herculenne cavalire Itijsei faisant un prisonnier qu'elle immobilise emprisonn dans son _lasso_; plus loin, un homme qu'un guerrier dcapite d'un coup de sabre, et dont le tronc s'affaisse, pendant que sa tte, projete en l'air, retombe d'un ct, son chapeau de l'autre. L'amusant, chez Hokousa, c'est la varit des sujets. Au milieu de ces froces pisodes de la guerre, voici tout coup, dans la sixime srie, un palais ferique au haut d'un rocher auquel on arrive par des ponts, des escaliers, une monte d'un pittoresque charmant: palais n dans l'imagination du peintre au fond de son atelier. Et, ct de cette architecture potique, des dessins d'un naturel, comme cet homme qui dort la tte sur une table, visit par un rve paradisiaque; comme cette socit sur un pic de montagne, saluant le lever du soleil, les robes et les cheveux flottants et soulevs derrire eux par l'air du matin. Et, jusqu'au bout, jusqu' la fin de la neuvime srie, toujours des images diffrentes ne se rptant pas. C'est la danse d'une femme au moment o, aprs s'tre incline, elle se relve avec cette flexibilit des reins qu'Hokousa sait si bien rendre, les bras tendus, la tte amoureusement renverse en arrire; c'est la vue d'un vaisseau de guerre japonais avec son architecture de pagode; c'est l'incendie d'un convoi militaire de vivres; c'est enfin une des dernires planches o, dans une nuit claire par une lune qui rend les vagues toutes blanchissantes, sur une barque que fait avancer un marinier, pench sur un long bambou, Roshn, un des cent huit victorieux, boit une coupe de sak que lui verse une lgante femme, et la lgende de la gravure est celle-ci: _Roshn buvant sous la belle lune dans la rivire de Wa_. L'illustration de ce roman en quatre-vingt-dix volumes est en gnral de trois images doubles par volume, ce qui fait avec les frontispices, pour l'ouvrage entier, prs de trois cents estampes. Une autre publication a t faite d'estampes se rapportant l'illustration de Souiko par Hokousa, mais d'estampes diffrentes de celles du roman, dites en 1829 sous le titre: _Yhon Souikodn_, ILLUSTRATION DES PERSONNAGES DE SOUIKODN. Nous y retrouvons le prtre la barre de fer, Rotishin, le tueur de tigre, Boush, et Itijsei la femme forte, ct de Kiumonir Shishin, l'homme au corps entirement tatou de dragons, et de Rosnsho, ce mortel qui avait le pouvoir de produire des orages pour terrifier l'ennemi;--tous deux faisant partie des cent huit hros de l'pope chinoise. En 1808, Hokousa illustre _Yriakou Onna Kikoun_, L'DUCATION D'UNE FEMME HROQUE, un roman crit par Ikkou sur une lgende du XVe sicle, racontant ce qui s'est pass, dans le temps, au chteau du dami Kitabatak, o l'une des planches vous montre une femme s'exerant au maniement du sabre. La mme anne 1808 Hokousa illustre _Kataki-onti Miyorino Mig_, LA GLOIRE D'UNE VENGEANCE. Un roman du romancier Bakin, un roman en six volumes trs charg d'incidents, o il est question d'une mchante femme reprsente dans un beau dessin, un sabre dans les dents, des malheurs d'un garon de marchand de sak, d'une femme possde par un esprit, d'un papier vol un samoura assassin, d'une fille sauve par le fils de l'assassin des mains de la mchante femme, de tueries nombreuses, de la retrouvaille du papier rapport au prince, et du mariage du jeune homme avec la jeune fille qu'il a dlivre. En 1808 Hokousa publie l'illustration de _Shimoyo-no-Hoshi_, LES TOILES D'UNE NUIT, O IL GLE, un roman de Tanhiko en cinq volumes. La jalousie de la femme est un des sujets le plus souvent traits par le roman japonais, et il s'agit encore--comme dans le roman de la CONVERSION DE L'ESPRIT DE KASAN, de Bakin,--de la jalousie d'une femme contre une rivale et de son assassinat par son mari. La prface de Tanhiko est grave sur un ventail blanc jet sur une page noire: l'imagination de Hokousa trouvant tout un ingnieux motif d'ornementation et, dans un autre roman, mettant la table des matires contre un cadre attach sur un treillage de bambous tout garnis de feuillages et de fleurs. C'est donc, comme premire planche, Osawa, la femme jalouse, qui se regarde dans un miroir, en un mouvement de retraite du corps en arrire, les cheveux envols d'o tombent son peigne et ses pingles, et sa ceinture aux fleurs de glycine se tordant autour d'elle comme la vraie image d'un serpent,--qui se regarde, effraye de la laideur future que la jalousie va apporter sa figure et qu'elle voit d'avance. Puis une autre figuration de la jalousie de cette femme, sous la forme d'un monstre chevel, un enfant attach la tte en bas sur son dos, dont les deux pieds passant dans ses cheveux bouriffs lui font deux cornes de diablesse, tandis que ses paroles de colre, la sortie de sa bouche, se changent en une lgion de rats et de souris qui se jettent la gorge de son mari Itoy. Alors une autre planche, o le mari a mis la torture sa femme qu'on voit battre des pieds dans sa souffrance et qui est aprs jete l'eau. Cet assassinat est l'occasion d'une composition curieuse o l'on voit, dans le courant d'une rivire, une planche arrte sur laquelle est un fourneau allum et un coq, d'aprs une croyance du Japon, qui veut que la planche, ainsi charge, s'immobilise l o il y a un cadavre sous l'eau. Et l'esprit vengeur de la femme assassine pntre sous la forme d'un serpent dans la chambre nuptiale o se trouve Itoy avec sa nouvelle et charmante femme Ohana. Mais bientt, dans un tat de fureur trange, il tirera son sabre, que cherche rabattre Ohana,--elle, n'apercevant pas l'effrayante vision que voit seul son mari. Oh! une terrible vision! une tte de toute la grandeur de la page, o sont les traits reconnaissables de la morte, apparat dans une broussaille de cheveux mls de terre, avec d'inquitants yeux de gnome, un nez qui n'est plus qu'un trou nasal, des dents noires aux gencives ronges par les vers. En 1808 Hokousa publie l'illustration de _Kana-dhon Gonitino Bounsh_, HISTOIRE DES FIDLES VASSAUX APRS LA VENGEANCE, un roman en cinq volumes, dont le texte est d Tanshr Ymba. Un roman dont l'intrt artistique est tout entier dans la premire composition, reprsentant les quarante-sept rnins qui dposent la tte de Kira sur le tombeau d'Asano. Le reste du roman a l'air de se rapporter des incidents de la vie d'Amanoya Rihei, le marchand qui a fourni les armes et les quipements militaires pour l'attaque du chteau fortifi de Kira. Tout au plus, dans l'illustration, une gravure amusante vous donnant, je ne sais quel propos, la vue trs dtaille de la cuisine d'une Maison Verte,--tout comme dans les TOILES D'UNE NUIT O IL GLE se rencontre galement le jardin d'une Maison Verte, dans lequel se profile sur le fond une longue galerie au travers de laquelle les femmes de l'intrieur se voient refltes, sur les chssis de papier, en de caractristiques ombres chinoises. En 1808 Hokousa publie l'illustration d'_Onna-moji Nouy Monogatari_, L'HISTOIRE DE NOUY CRITE EN LETTRES DE FEMMES (en langue vulgaire), roman dont le texte est de Shakou yakoutei et forme cinq volumes. Un roman crit d'aprs une lgende du XIe sicle et o l'empereur Toba prend sur une de ses femmes un petit sabre avec lequel il croit qu'elle va l'assassiner. Alors des scnes de torture et la mort. Mais la femme est innocente et le sabre a t mis dans ses vtements par une rivale, jalouse d'elle. Le juge qui a prononc sa condamnation, on le voit se rveiller d'un cauchemar o il a t visit par l'esprit de la morte dans une peau de tigre. Est-ce avec la morte une rsurrection du _nouy_, cet animal fantastique qui a la tte d'un tigre, le corps d'un taureau, la queue d'un serpent, et qui est tu dans une image par Yozimasa? La mme anne 1808 Hokousa publie _Yuriwaka Nozouy no Taka_, LE FAUCON DE YURIWAKA, un roman en un volume dont le texte est de Mantei-Ssa. Un roman dans lequel le prince Yuriwaka, un prince du XIIe sicle, met mort Beppou, l'ennemi de sa famille, un roman o se trouve un puissant dessin du faucon qui a donn son nom au roman, et un caractristique dessin de Beppou qui, tomb terre, se tient la tte, se bouche les oreilles sous le sifflement d'une flche qui passe au-dessus de lui. Dans ce roman il y a d'lgantes planches d'amour entre le prince Yuriwaka et la belle Nadshiko dans leurs robes fleuries, pour l'homme de fleurs de cerisier, pour la femme de fleurs d'iris, et la gravure, qui traduit dans ce livre les dessins d'Hokousa, diffrente, plus prcieuse que les autres, a sur le bois des fonds ressemblant l'aquatinte obtenue sur le cuivre et l'acier. En 1808 Hokousa publie l'illustration de _Rag Ajari Kwaso Dn_, LE RAT MONSTRE DU PRTRE RAIGO; un roman de Bakin se passant au XIIe sicle, et o il a introduit la lgende des rats du prtre Rag dans l'histoire de la tentative de vengeance du prince Minamoto Yoshitaka contre Yoritomo: un roman dit en huit volumes. Ce sont d'abord deux figurations en pied de ce prtre Rag, qui est reprsent dans l'une levant en l'air un rouleau magique, avec des mains qui ressemblent, ainsi que ses pieds, des pattes griffeuses de rats; dans l'autre, en train d'exercer son pouvoir sur ces animaux destructeurs, entour de millions, de milliards de rats passant et repassant autour de l'estrade o il fait ses invocations, agite une sonnette: une planche extraordinaire par le rendu de l'infinie et grouillante multitude, en sa presque effrayante perspective la cantonade. Et d'autres compositions nous montrent le prince Minamoto Yoshitaka, dans un plerinage, faisant la rencontre de Rag, et le prtre lui communiquant son pouvoir surnaturel, si bien qu'un jour le prince, poursuivi par un ennemi, fait un appel aux rats dont le flot montant entre eux deux empche de l'atteindre. Et une planche vous montre le roi de ces rats, le rat monstre du prtre Rag, un rat qui, compar l'homme mont sur lui, est de la grandeur d'un lphant. Mais il se trouve que l'homme protg par les rats a un adversaire protg par les chats, un homme dans la famille duquel on a trouv, en creusant la terre, un chat en or. Des voleurs ont drob le chat en or, et la recherche de ce chat porte-bonheur par les anciens possesseurs, tombs dans la misre et la dtresse, recherche mle l'action d'une femme mchante nomme Karato, mle l'organisation d'un complot et quelques tueries, met mille incidents, mille complications dans ce roman o apparat, et l l'lgante figure de Masago, la matresse de Yoritomo. Au dnouement, sur l'ouverture d'un panier o se retrouve le chat d'or, tous les rats prennent la fuite, et le prtre Rag, qui s'tait engag tuer Yoritomo, se contente d'un assassinat allgorique, en perant de son sabre le manteau du prince qui l'a graci; et dans ces circonstances l'homme du chat, rduit ne pouvoir mettre mort l'homme des rats, perce galement de son sabre le casque de ce dernier. En 1808 Hokousa publie l'illustration de _Foutatsou Tchtcho Shirato Zshi_, LES DEUX PAPILLONS OU LES DEUX LUTTEURS, roman dont le texte est de Shakouyakoutei, dit en cinq volumes. C'est l'histoire de deux lutteurs, Nourgami et Hanargoma, en une illustration trs coloriste dans le noir. L'une des planches reprsente Hanargoma dracinant des rochers la force de ses bras tirant une corde. Puis l'on voit les deux lutteurs mesurer leurs forces et, quelques planches de l, se constituer volontairement prisonniers et comparatre devant un tribunal qui les dclare innocents d'un crime commis par d'autres. Pourquoi ce titre: LES DEUX PAPILLONS? L'explication n'en est gure donne que par un jardin o l'on voit de nombreux papillons, parmi lesquels est un papillon mort, tomb terre. En 1808 et 1811, Hokousa publie l'illustration de _Sanshiti Zndn Nanka no Yum_, LE RVE DU CAMPHRIER DU SUD, un roman en dix-sept volumes, divis en deux parties, et dont le texte est de Bakin. Un roman contenant l'histoire de trois gnrations, commence avec l'histoire du mnage Sankatou et Hanshiti, et finissant Onono Otzou, la clbre femme de lettres du XVIe sicle, qui a crit au Japon la premire pice de thtre sous une forme moderne. L'illustration du roman commence par l'abatage d'un trs vieux camphrier pouss sur la montagne de Yondani-Yama, l'abatage d'un camphrier sacr, o les bcherons, dans leur oeuvre sacrilge, se blessent en tombant des branches. Et la chute des bcherons amne l'image d'un vendeur de pommade pour les blessures, qu'on voit accroupi sur une peau d'ours, ct d'un grand pot o, aprs s'tre fait une entaille la peau, il puise de la graisse d'ours et montre aux assistants que l'application de cette graisse arrte le sang. Hanshiti, auquel est apparu l'esprit du camphrier, un jour qu'il dormait sous son ombre amie, n'prouve plus que des malheurs depuis l'abatage de l'arbre. Sa femme Sankatsou est oblige de se faire chanteuse de la rue, jouer du _koki_, espce de violon-guitare, sur les places publiques, et ils tombent dans une telle misre, lui, sa femme et sa fille, la femme de lettres future, dj grandelette, que le malheureux est au moment de se suicider, quand l'inspiration lui arrive de fabriquer des chignons pour femmes,--les Japonaises portant de faux cheveux tout comme les Europennes, --et nous voyons le mnage install dans une boutique o commence pour ces pauvres gens la bonne fortune. Mais ils sont accuss de vilaines actions, et obligs de quitter la province o les vrais coupables, aprs leur dpart, avouent leurs mfaits en se suicidant dans un cimetire. Au fond, Hanshiti est d'origine noble, mais descendu l'tat de rnin en sa dtresse; seulement, s'il retrouve un sabre dont il tait le dtenteur, il redeviendra noble, et la seconde partie du roman se passe la recherche de ce sabre, au milieu de toutes sortes d'aventures dans le genre de celle-ci: dans une attaque de malfaiteurs, la jeune fille a perdu une de ses chaussures en bois, un malfaiteur la lui rapporte et, enflamm par sa beaut, veut la violenter:--elle le tue. En ce roman, qui commence par la description du camphrier, qui passe la fabrication des chignons de femmes, se termine par une pice de vers pour arrter la scheresse d'un t caniculaire, et la retrouvaille du sabre de Hanshiti, qui rentre dans la classe des guerriers,--toutes ces pripties diverses du roman amenant la fin, on ne sait trop comment, le salut de la princesse Ynju. En 1810, Hokousa publie l'illustration de _On-y Imosyama_, LES FIANCS ISOLS SUR DEUX MONTAGNES EN FACE, roman dont le texte est de Shinrotei, dit en six volumes. Un roman o deux familles, spares par des dissensions politiques, habitent deux montagnes voisines, et o le fils d'une de ces familles devient amoureux de la fille de l'autre famille et, plus heureux que Romo, arrive se la faire accorder: roman dans lequel l'intrt amoureux est associ l'intrt dramatique d'une conspiration du prince Irouka contre l'empereur rgnant. Des planches reprsentant les palais des deux familles vous apprennent, par des cordes reliant les toitures et sur lesquelles glissent des cerfs-volants, les ingnieux moyens de communication qu'ont trouvs les amoureux. Une autre planche, o Hokousa donne un curieux chantillon de son imagination fantomatique, est la gravure de la salle o a lieu la conspiration, salle ayant la rputation d'tre hante par les mauvais esprits et qu'a choisie exprs Irouka pour n'tre pas drang dans ses conciliabules. Une salle claire par une lampe faite par l'assemblage de fmurs au haut desquels une tte coupe crache de la flamme; une salle qu'escaladent du dehors les branches d'un arbre l'apparence d'ailes de chauve-souris. L, court quatre pattes un squelette d'enfant, au milieu de femmes qui ont des mufles de bouledogues, deux ou trois dents leur saillant hors la bouche, toutes avec les deux petites mouches au front des femmes de la noblesse; et cela sur des fonds de toile d'araigne derrire lesquelles s'entrevoient vaguement des visions d'tres surnaturels. En 1812 Hokousa publie l'illustration de _Matsouw Monogatari_, HISTOIRE DE MATSOUW, roman dont le texte est de Koyda Shigurou, dit en six volumes. Un roman qui est une suite d'apparitions, parmi lesquelles l'apparition de la jeune morte Yokobouy, apparaissant, dans un clair, au pied du lit de son amoureux Tokiyori, est d'un effet saisissant. En 1812, Hokousa publie l'illustration de _Aoto Foujitsouna Mori-an_, LES DESSEINS DU JUGE AOTO (ancien juge clbre du XIIIe sicle), un roman dont le texte est de Bakin, dit en dix volumes. Une des premires planches reprsente le juge sur un pont, assistant la recherche, dans une rivire, de quelques pices de monnaie par des plongeurs. Et, comme on se moque de lui, et qu'on lui dit que cette recherche de l'argent dans l'eau cote beaucoup plus cher que l'argent perdu, il rpond que l'argent dans la rivire ne profite personne, tandis que l'argent donn pour le retrouver profite des gens. Et ce sont de beaux dessins du juge lisant un papier, du juge jugeant dans son tribunal des criminels attachs les mains derrire le dos par une corde que tient un garde, et dont on voit les ttes dans une autre planche fixes sur les cornes des taureaux que ces animaux promnent. Une ide ingnieuse: sur une des planches, ce que lit un homme, c'est la lgende de la gravure. Une planche caractristique reprsente le terrible Shki, le tueur des diables, venant rechercher chez eux un pauvre petit enfant qui pleure au milieu d'un paysage o, dans le fond, les loups mangent des cadavres. Une planche singulire reprsente un chat monstre, en robe, tenant par le cou un mdecin. Une planche curieuse montre gauche une chambre o se passe une scne de roman, et droite une grande galerie vide, dessine d'aprs les lois de la perspective la plus rigoureuse, et qui fait tomber absolument l'allgation que la peinture japonaise n'a pas le sentiment de la perspective. Enfin, comme dnouement de l'histoire du juge Aoto, on voit une place d'excution o un bourreau se dispose trancher la tte un homme attach deux pices de bois croises, lies par le haut, quand apparat providentiellement, dans le fond, le juge auquel une femme parle et innocente le condamn, qui va avoir sa grce. En 1813 Hokousa publie l'illustration de _Ogouri Gwadn_, LA LGENDE SUR LE PRINCE OGOURI, roman de Koyda Shighrou, dont l'action se passe sous Ashikaga Yoshimitsou, au XIVe sicle, roman paru en deux sries de cinq volumes, la premire publie en 1813, la seconde en 1828. Le prince Soukshigh, l'hritier de la famille Ogouri, a pour fiance la princesse Trout. Une intrigue politique fait perdre au pre du hros du roman ses dignits et sa fortune, tandis que la mme aventure arrive la famille de la princesse, et les deux fiancs se perdent de vue. Dans sa ruine le prince Ogouri pouse Hanako, la fille d'un richissime Japonais, o la princesse Trout est servante, charge du service du bain. Les deux anciens fiancs sont repris d'un sentiment amoureux. Et une planche reprsente Hanako se regardant dans un miroir o se reflte la jalousie qui la dvore. Oui, la jalousie au Japon est signifie, chez la femme, par des cornes au front. Trout, battue dans la maison d'Hanako, s'est sauve, et, au moment o elle erre dsole dans une fort, la desse Kwannon lui apparat sous la figure d'un petit flteur mont sur un boeuf, et la console. Alors, Ogouri la rencontre, lui donne un rendez-vous la nuit, mais Hanako avertie la prcde et prend sa place. Sur ces entrefaites, et sans doute sur les ordres d'Hanako, Trout est enleve et vendue une Maison Verte; mais un ancien sujet de sa famille, qui lui est rest fidle, apporte une lettre au prince Ogouri, qui lui enseigne o est Trout qu'il aime, insensible l'amour de Hanako. Et une des dernires planches montre Kotar, le sujet dvou de Trout, prcipitant l'eau le matre de la Maison Verte, tandis que Hanako vient s'y jeter. En 1815 Hokousa illustre _Beibei Kidan_, CONTE VILLAGEOIS DES ASSIETTES, histoire de deux jeunes filles portant des noms d'assiettes, dont le texte est de Bakin, roman publi en huit volumes et auquel l'artiste japonais a donn peut-tre ses dessins les plus rembranesques. La premire composition reprsente un dignitaire japonais tendant une femme qui pleure, et qui a un enfant sous elle, une tige de magnolia, tendant une autre femme qui sourit, et qui a un enfant sous elle, une branche de prunier en fleurs. Ce dignitaire est un Chinois qui, sous la dynastie des Ming, la suite d'une conspiration avorte, s'est sauv au Japon, laissant en Chine, avec un enfant, la femme qui pleure, puis est devenu, grce sa science de lettr, un homme d'tat au Japon, a pous la Japonaise souriante, dont il a eu un fils, s'est laiss envoyer comme ambassadeur en Chine o, dans les recherches de sa premire femme et de son fils, il a t reconnu comme l'ancien conspirateur, et excut. Ceci n'est que le prambule du roman, qui est l'histoire du fils que l'ambassadeur chinois a eu de la femme japonaise,--roman o il y a, chez Bakin, la tentative de montrer que cet enfant, au sang ml de deux races, n'a pas l'nergie du caractre japonais. La femme japonaise est morte la nouvelle de l'excution de son mari en Chine, et l'enfant est rest orphelin et sans ressources; mais un damio du Shgounat des Ashikaga a piti de l'enfant, le prend sous sa protection, et l'enfant, devenu un jeune homme, pouse une Japonaise, en a deux filles, l'ane appele Karakousa (le Rinceau), la cadette appele Bnizara (l'Assiette rose). En ce temps, le damio qui l'avait pris sous sa protection entre en guerre avec un autre damio, est battu et se fait exterminer, lui et tous les siens, ainsi que cela se pratiquait dans les guerres entre les Tara et les Minamoto. Quant au jeune protg, trs lgrement bless, et rappel la vie par un prtre que tue aussitt une flche, il ne songe pas mourir et se met la recherche de sa femme et de ses deux filles, en cette contre pour le moment pleine de combats, du matin au soir et du soir au matin. Traversant toute heure de petits champs de bataille, une nuit il entend un cri d'enfant, va ce cri, aperoit un guerrier bless tenant une petite fille dans ses bras, achve le bless, s'empare de l'enfant, n'a pas le temps de le reconnatre devant le bruit d'une troupe de guerriers qu'il croit sa poursuite, se met se sauver toutes jambes jusqu' l'instant o, puis de fatigue, il se laisse tomber sur un tronc d'arbre. C'est alors que l'officier de la troupe s'approche de lui et le remercie d'avoir sauv la princesse, la fille de son matre. Mais c'est mon enfant! s'crie le fils du Chinois.--Votre enfant? regardez-la bien! Et le pre de l'Assiette rose s'aperoit que, quoique du mme ge et lui ressemblant, ce n'est pas sa fille. L'officier met ses soldats sa disposition pour rechercher sa femme et ses filles, recherche inutile et qui lui donne la croyance qu'elles ont t gorges dans la mle. Et il est amen par l'officier, qui l'a pris en amiti, au pre de la princesse qui en fait son vassal. Quelques annes se passent, au bout desquelles, aprs de nouvelles recherches infructueuses, il se dcide se remarier une seconde femme et a une fille qui sera l'Assiette casse. Alors qu'il vivait tranquillement dans son mnage, il a la mission de dtruire un repaire de diables (brigands) prs d'un temple au milieu d'une fort, mais il est battu, ses soldats tus, et le sabre que lui avait donn le prince pour couper la tte du chef des brigands est pris. Le prince veut le disgracier, mais l'officier qui le protge, devenu premier ministre, fait observer au prince que c'est lui qui l'a choisi, ce qui serait un aveu public qu'il s'est tromp sur sa capacit. Et, sur le conseil du ministre, le voil parti la recherche de sa femme et de ses enfants, recherche qui dure trois ans. Une seconde expdition avait t envoye contre le chef des brigands du temple bouddhique, et avait eu l'insuccs de la premire: ce chef de brigands ayant une force invincible, et voici quoi il la devait. Il avait jou avec Ni, la statue colossale de l'entre du temple, il avait jou une partie par laquelle, s'il perdait, il serait priv de la chance de tout gain au jeu pendant trois ans; mais, si Ni perdait, il lui donnerait sa force physique pendant trois ans. Et Ni a perdu. Et l'image d'Hokousa reprsentant Ni en pierre, ayant quitt son pidestal et accroupi sur la table de _go_, ct de son partner en chair et en os, voque, dans votre souvenir, la scne de don Juan et de la statue du Commandeur. Dans l'espace de ces trois ans, le joueur a rencontr dans ses voyages le fils du Chinois, n'a pas t reconnu par lui, est entr mme en relations intimes avec celui-ci, qui lui a donn une lettre pour annoncer son retour sa femme. Or les trois ans sont expirs, il est au bout du bail de sa force mystrieuse, et pouss cette visite par l'influence occulte de la statue qui veut se venger. Et le jour o il arrive, la femme du Chinois a rv que son mari a t assassin par un malfaiteur et que ce malfaiteur lui apportera une lettre dans la journe. Un serviteur fidle a fait le mme rve. Donc, si un homme vient, un homme semblable l'homme du rve, ce sera bien l'assassin du mari. Le brigand apporte la lettre. Aucun doute. Et la femme et le serviteur se jettent sur lui et le tuent avec l'aide invisible de la statue de Ni, qui lui tord le cou. Au moment mme o le malfaiteur vient d'tre tu, le mari rentre chez lui et s'indigne de ce que sa femme et son serviteur ont gorg un ami qu'il leur avait envoy, et le serviteur et la femme, reconnaissant qu'ils ont t victimes d'un rve, ne trouvent pas autre chose, pour dsarmer l'indignation du mari,--le serviteur que de s'ouvrir le ventre, la femme que de s'ouvrir la gorge. Mais ne voil-t-il pas qu'au milieu de ce carnage entre dans la maison le ministre qui, dans une tourne, vient de faire arrter deux brigands, qui dans le mort reconnaissent leur chef! Alors le ministre, prenant la tte du brigand et le sabre retrouv, rassure le mari en lui disant qu'il racontera au prince que c'est lui qui a tu le brigand, aprs qu'il avait assassin sa femme et son serviteur. peine le ministre a-t-il pass la porte,--les incidents se prcipitent dans le roman japonais,--qu'il rencontre une femme et deux jeunes filles demandant aux allants et venants s'ils connaissent un Japonais dont personne ne sait le nom. Le ministre leur apprend qu'il a chang de nom, leur donne son nouveau nom indiquant de la main une maison o il y a un grand arbre. Ce sont la premire femme et les filles du descendant chinois, renseignes sur l'existence de leur mari et pre par les fiches qu'il a laisses, pendant ses trois ans de plerinage, dans tous les temples bouddhiques, et, de temple en temple, ces femmes ont t amenes au temple de Ni o la fiche dpose dans les autres temples, manquant, elles ont suppos qu'il habitait dans le voisinage. Et la premire parole de la femme au mari, est: Tu es remari, tu as une fille, il faut mettre ta seconde femme la porte. Il lui montre le cadavre de cette seconde femme. Cette vue la radoucit, et elle consent ce qu'il garde prs de lui l'Assiette casse. Mais presque aussitt il se fait chez cette femme, jusque-l trs bonne, trs excellente, une rvolution morale surnaturelle qui la transforme en une trs mchante crature, hante qu'elle est par l'esprit de la femme chinoise du pre de son mari, venant se venger de son abandon, et de sa mort, sur la famille japonaise. Et cette mchancet s'exerce l'endroit de la fille de la seconde femme, qui tait jolie, intelligente, et qui s'appelait Kahd (Feuille d'rable) et qu'elle baptise du nom d'Assiette casse, par opposition au nom de sa fille l'Assiette rose, lui rptant tout moment: Tu n'es que l'Assiette casse! Mal nourrie, mal vtue, relgue dans un btiment de ferme, condamne aux tches les plus fatigantes, occupe, jour et nuit, coudre les robes de soie de ses soeurs, elle a la vie la plus triste, la plus humiliante, une vie de Cendrillon, o jamais elle n'obtient l'assistance de son pre manquant de tout caractre. En ces temps, il venait l'ide la mre de l'Assiette rose de la marier au fils du ministre, mais il se trouvait qu'il tait amoureux de l'Assiette casse et qu'une correspondance existait entre eux sans qu'on le st. A la fin, la mre se doute de cet amour et charge un mauvais prtre d'enlever l'Assiette casse et de la noyer. Et, s'en croyant dbarrasse, elle persiste dans l'ide du mariage de l'Assiette rose avec le fils du ministre, et cherche mettre dans ses intrts un ami du jeune homme et qui passait pour avoir une grande influence sur son esprit. Malheureusement pour elle, cet ami tait amoureux d'une jeune fille qui vivait avec l'Assiette casse, et tait tout dvou l'amie de son amoureuse. Que fait-il? Il reprsente la mre que le fils du ministre est d'une grande famille, que son mari n'est rien, que le mariage est bien disproportionn, qu'il n'y a qu'un moyen de russir: c'est que sa fille ait une entrevue qui permette de croire des rapports secrets entre eux, et que, dans ces conditions, le pre ne voudra pas s'opposer au mariage. Il est donc convenu que la mre laissera la porte du jardin ouverte, la nuit; et, dans l'ambition de ce puissant mariage, elle arrive dcider sa fille, qui n'aime pas du tout ce jeune homme, le recevoir. Mais l'homme reu, la nuit, par l'Assiette rose, n'est pas le fils du ministre. C'est, dans le dessin d'Hokousa, le plus laid des hommes, le plus camus des Japonais. Et quand la mre a vu l'homme la lueur de sa lanterne, et qu'elle s'tonne, c'est l'homme qui lui fait une scne, affirmant qu'on lui a assur que sa fille tait amoureuse de lui, qu'on lui a tendu un pige, qu'il va tre ridiculis s'il n'obtient la main de la jeune fille. quelques mois de l la nouvelle court le pays que le fils du ministre se marie, et le pre et la mre de l'Assiette rose sont invits aux ftes du mariage. Dsespre, la mre se rend sur la route pour savoir quelle est cette marie et la voit arriver en _norimon_, mais elle est tellement trouble que, voulant la saluer, elle fait un faux pas, la couvre de boue et se sauve sans la connatre. Le lendemain elle est en retard avec sa fille pour le service religieux qui a lieu exceptionnellement, pour ce mariage, dans un temple bouddhique, et ce n'est que le service fini qu'elle se trouve en prsence de la marie, qui est l'Assiette casse. Et l'Assiette casse pardonne la premire femme de son pre ses mauvais traitements, sa mchancet attribue la hantise de la mre chinoise. Or le service religieux n'a t command que pour dbarrasser la famille de cette hantise, la cause de toutes les vicissitudes de la famille, par une bndiction sur tous les dfunts de cette histoire,--dont Hokousa montre les ttes fantmatiques au bas de cette dernire gravure;--mariage qui condamne l'Assiette rose se marier avec le Japonais camus. En 1845, aprs des annes d'interruption dans l'illustration des livres, Hokousa publie l'illustration de _Kan-So-Goundan_, LA GUERRE DES DEUX ROYAUMES DE KAN ET DE SO, roman historique en trente volumes formant trois sries, dont la premire et la deuxime ont paru en 1815, et la troisime une poque inconnue. Ce roman chinois, traduit en japonais par Shri Sadakata, est l'histoire de la chute de l'empereur Shik, l'empereur qui fit construire la grande muraille de la Chine, et de l'avnement de l'empereur Kso, de la dynastie des Hang, 202 ans avant Jsus-Christ. C'est, tout d'abord, la planche o se voit ce sujet si souvent reprsent sur les gardes de sabre, ce vieillard mystrieux rencontr sur un pont, qui, pour prouver la patience d'un jeune homme, se fait trois fois repcher sa sandale,--au bout de quoi il lui donne un rouleau dont les instructions lui servent faire le nouvel empereur de Chine. Et, dans ce roman racontant la lutte pour l'Empire, de Kso et de K-ou qui se perdit par ses cruauts, une terrible planche est celle o il a command la mort de cinq mille paysans fidles l'ancien empereur, et o dfilent des gens pliant sous des filets remplis de ttes humaines. Enfin, en 1846, trois ans avant sa mort, Hokousa publie _Gunji Ittshi_, LA POSSESSION DU POUVOIR PAR LA FAMILLE DE MINAMOTO, roman historique dont le texte est de Shtei Kinsoui et dont on ne connat qu'une partie, dite en cinq volumes. La planche capitale est celle o l'on voit Minamoto dormant en l'tat d'inquitude o il est chaque nuit par le _kokori_, la hantise dans son sommeil de cette terrible araigne, grande comme une pieuvre, filant une toile qui tient tout le fond de la chambre, et que son sabre de chevet, sortant de sa gaine,--un sabre miraculeux,--va tuer. XXI Parmi tous les romans illustrs par Hokousa de 1805 1808, l'illustration du RVE DU CAMPHRIER DU SUD eut un immense succs, succs dont se montra jaloux le romancier, et un refroidissement se fit entre Bakin et Hokousa et, avec ce refroidissement, la volont chez chacun d'eux de ne plus travailler ensemble. Toutefois les diteurs furent si habiles mnager les amours-propres des deux hommes qu'ils obtinrent d'eux de collaborer encore pour la fin de l'ouvrage qui parut en 1811. Mais quand les dessins furent termins et communiqus Bakin, il trouva que les dessins ne correspondaient pas avec le texte, demanda qu'ils fussent modifis, et Hokousa, auquel on fit part de cette prtention de l'crivain, rpondit que c'tait le texte qui avait besoin d'tre modifi. Et les diteurs ayant fait graver le texte et les dessins tels qu'ils leur avaient t livrs, une brouille clata entre les deux hommes. Du jour de ce dissentiment entre Hokousa et Bakin, il entra dans la pense du peintre de publier des dessins se passant du texte d'un littrateur, et d'une vente gale un volume o avait associ son nom le nom de Bakin. C'est dans cette disposition d'esprit qu' quelques annes de l, prit naissance la MANGWA, dans des circonstances jusqu'ici tout fait inconnues, et que nous rvle la prface de Hansh en tte du premier volume, et que j'ai eu l'ide de faire traduire par Hayashi: Hokousa, le peintre d'un talent si extraordinaire, dit Hansh, aprs avoir voyag dans l'Ouest, s'est arrt dans notre ville ( Nagoya), et l il a fait connaissance avec notre ami Bokousn, s'est amus s'entretenir du dessin avec lui et, dans ces conversations, a dessin plus de trois cents compositions. Or, nous avons voulu que ces leons profitassent tous ceux qui apprennent le dessin et il a t dcid d'imprimer ces dessins en un volume, et quand nous avons demand Hokousa quel titre il fallait donner au volume, il a dit tout simplement: _Mangwa_, que nous avons couronn de son nom, HOKOUSA MANGWA, dont la traduction littrale est _Man_: au gr de l'ide; _gwa_, dessin, et la traduction serait peut-tre: _le dessin tel qu'il vient spontanment_. La _Mangwa_, cette profusion d'images, cette avalanche de dessins, cette dbauche de crayonnages, ces quinze cahiers o les croquis se pressent sur les feuillets, comme les oeufs de la ponte des vers soie sur une feuille de papier, une oeuvre qui n'a pas de pareille chez aucun peintre de l'Occident! La _Mangwa_, ces milliers de reproductions fivreuses de ce qui est sur la terre, dans le ciel, sous l'eau, ces magiques instantans de l'action, du mouvement, de la vie remuante de l'humanit et de l'animalit, enfin, cette espce de dlire sur le papier du grand _fou de dessin_ de l-bas! Alors tout de suite, le premier volume entr'ouvert, dans ces libres croquis o un peu de rose fait la chair, un peu de gris les demi-teintes sur le papier crme, des enfants, des enfants, des enfants, dans tous leurs jeux, leurs amusements, leurs poses, leurs gamineries, leurs gaiets; puis les dieux, les gnies, les prtres bouddhistes et sinthostes, moqus en mille petites caricatures rieuses; puis tous les mtiers, toutes les professions dans le travail, et l'exercice de la profession; puis le monde des faiseurs de tours de force en l'effort de l'adresse et de la force; et encore des Japonaises dans les gracieux accroupissements de leur vie quatre pattes, dans les coquetteries de leur toilette, dans les anatomies de leurs sveltes personnes aux bains; et encore le Japonais dormant, rflchissant, priant, lisant, jouant, prorant, s'ventant, cuisinant, se grisant, se promenant, cavalcadant, pchant la ligne, se battant, en un rendu de tous ces actes de la vie, spirituel, joliment ironique; et encore tous les animaux, mme ceux que ne possde pas le Japon, comme l'lphant et le tigre, et tous les oiseaux, et tous les poissons, et tous les insectes, et toutes les plantes: voici ce qui remplit les cinquante feuilles de ce premier volume dont la premire planche reprsente le couple Takasago, le type du vieux mnage parfait au Japon, la femme portant un balai pour balayer les aiguilles des pins, l'homme une fourche pour les ramasser. la fin de ce premier volume paru en 1812, Hokoutei Bokousn (l'artiste la conversation qui a fait natre la _Mangwa_) et Hokou-oun (qui deviendra le professeur d'architecture du Matre), dont la collaboration a consist tout simplement fac-similer les dessins rduits d'Hokousa, se dclarent les lves du Matre. Le second volume de la _Mangwa_ parat seulement en 1814, deux ans aprs la publication du premier volume, avec une prface de Rokoujuyn, et la collaboration pour le fac-simil des dessins de Toyenr Bokousn et de Todoya Hokke, qui deviendra le meilleur lve et approchera le plus du talent de Hokousa. Dans la multiplicit des motifs, c'est toujours la mme varit, une page de mtiers ct de supplices de l'Enfer bouddhique; une page entire d'attitudes de femmes en face d'une page d'attitudes d'hommes; une page de masques en face d'une page d'ustensiles de mnage; enfin une page de morceaux de rochers pour dcors du jardinage, en ce pays de jardins pittoresques o les morceaux de rochers se payent plus cher qu'en aucun lieu de la terre, en face d'une page d'animaux fantastiques qui mangent les mauvais rves. Le troisime volume parat l'anne suivante, en 1815, avec une prface de Shokousan qui jette carrment l'eau la vieille cole et dclare que les anciens artistes, qui ont illustr les manuscrits de Qunji, doivent cder la place aux artistes des _images rouges_ (les dessins de l'cole vulgaire). Plusieurs planches de ce volume reprsentent les durs et laborieux travaux de l'industrie minire. Viennent aprs deux amusantes doubles planches: l'une consacre la lutte, vous faisant assister ces empoignements colres, ces musculeux corps corps, ces broiements de torses, ces brusques dracinements du sol, ces culs sur tte d'un vaincu jet bas; l'autre vous montrant des danseurs dans toute l'pilepsie d'entrechats d'une danse endiable. Suivent les portraits prhistoriques des deux premiers rois de la Chine, une bande de ngres drlatiques, l'aspect d'ombres chinoises, trouvs dans l'imagination d'Hokousa; et en face l'un de l'autre, la figuration du dieu du Tonnerre figur dans un nimbe form de tambourins, et du dieu du Vent, tenant fermes de ses deux mains, sous son menton, les deux ouvertures de l'outre des vents qu'il a sur le dos. Le titre de ce volume, toujours grav en ces belles grosses lettres ornementales de la Chine qui ont l'air de morceaux de jade sculpt, et dans un cadre que soutiennent sur leurs cous deux petits Japonais la figure rieuse sous les houppes de leur front et de leurs tempes, et c'est un charmant frontispice. Le quatrime volume parat l'anne suivante, en 1816, avec une prface d'Hzan. Ce volume est tout plein de sujets de l'histoire mythologique et prhistorique. On y voit Kintoki chassant un diable; on y voit le dragon neuf ttes venant boire aux neuf coupes o il trouvera la mort; on y voit un sennin chevauchant une carpe monstrueuse, etc., et au milieu de cela des planches de lgumes, des planches d'herbes, des planches de branches d'arbustes en leurs tons roses et gris, d'une douceur d'impression inexprimable. Deux feuilles curieuses sont deux feuilles d'hommes et de femmes barbotant joyeusement, se soutenant dans l'eau avec des appareils natatoires, nageant, plongeant, dtachant des plantes marines, prenant des poissons la main. La dernire planche reprsente un homme et une femme, gras lard, aux bajoues tombantes, au ventre redondant, qui ont sur la figure le gaudissement canaille de ce qu'ils vont trouver manger dans une marmite dont le mari soulve le couvercle; c'est le bon mnage aux joies crapuleuses de la basse classe, le bon mnage _Wagjin_, le mnage en opposition avec le mnage Takasago, le mnage de l'homme la fourche, de la femme au balai. Le cinquime volume parat, l't de cette mme anne 1816, avec une prface de Rokoujuyn. Un volume qui est presque un cours d'architecture, et qui dbute par les portraits en costume officiel, et la planchette de leur nomination la main, de Tatihoo-no-mikoto et de Amano-hikosati-no-mikoto, les deux premiers architectes qui ont appris aux Japonais l'art de construire des temples, des chteaux, des habitations, et c'est suivi de _tori-i_, d'une tour la grosse cloche, de la bibliothque hexagonale et tournante invente par le prtre Fouda, de l'entre du btiment o sont enferms les livres bouddhiques, de toits ornements de bonzeries. Parmi ces planches, une composition curieuse est une demande faite au ciel par un homme tout au haut du pic d'une montagne, les deux mains runies dans un geste de prire autour d'un bton au bout duquel est sa demande sur une bande de papier que le vent soulve dans l'air. Et le volume se termine par la reprsentation de personnages mythiques et historiques, comme la desse Ousoum, comme Saroudashiko, le dieu qui a rendu la lumire la terre, comme le guerrier chinois Kwan-on qui est en adoration en Chine et dont l'image se rencontre dans les plus pauvres intrieurs. En la mme anne 1816 parat encore le sixime volume qui a pour frontispice un arc symbolique sur lequel la flche est tendue par deux dragons. Ici les exercices du corps, dans un prestigieux rendu du dploiement de la force et de l'adresse. Ce sont d'abord les tireurs d'arc, et le tirage de l'arc la hauteur de l'oreille au-dessus de la tte, en bas de la ceinture, avec une dernire planche donnant les dtails de l'arc, du gant de cuir, du canard en bois servant de cible. Aprs les lutteurs, les cavaliers, et le trot, et l'amble, et le galop, et le mors aux dents de ces petits chevaux chevelus, l'aspect de larves, sous le cavalier en selle, et toujours avec une dernire planche donnant la selle orne, les guides, les lourds triers. Mais la merveille de ce volume, comme figuration d'un corps humain en mouvement, c'est l'tude de l'escrime pour la lance ou le sabre, o soixante-douze petits croquis d'homuncules, et une vingtaine de plus grands vous mettent, comme sous les yeux, les avances, les retraites, les torsions de corps, la volte des pieds, les parades, les ripostes de ce simulacre de la guerre. Une planche, tout entire de bras et de mains, indique la manire de s'empoigner dans une lutte main plate. Enfin, des planches reproduisent le maniement des lourds mousquets introduits par les Hollandais, et mme Hokousa, dans une note, prcise la date de leur introduction au Japon, qui est de l'anne 1542. En 1816, parat encore le septime volume de la _Mangwa_. Un volume pour ainsi dire entirement rempli de paysages, par le soleil, le brouillard, l'orage. Toujours en 1816 parat le huitime volume, avec un titre fait l'imitation d'un morceau d'toffe brode. En tte, la figuration de Waka-mousoubi-no-Kami, la femme qui a invent les tissus faits avec les fibres du bois, et prs d'elle la princesse Seiri, la femme du roi, qui a eu l'ide de l'levage de vers soie, 2614 ans avant l're chrtienne et, sa suite, des mtiers tisser, qui ont tout l'air d'tre dessins par un ingnieur. Et soudain l'album saute des gymnastes faisant du trapze autour d'un bambou, des acrobates jonglant avec un sabre, portant sur le front, au bout d'un long bton, un vase plein d'eau en quilibre, tant debout leur chapeau avec un pied, buvant la renverse une tasse de th place terre derrire eux. Deux planches de ttes d'aveugles sont de la plus frappante vrit. Et en dernier lieu, des tudes sur les _gras_ et les _maigres_ d'une fantaisie et d'un drlatique mourir de rire. Il faut voir ces massives Japonaises en leurs lourdes promenades, les voir en l'avachissement de leurs charmes, dans le sommeil ou dans le bain, il faut voir leurs plthoriques compatriotes dans l'essoufflement de la marche, dans l'pongement de la sueur, dans l'effondrement et l'anantissement de leur repos sur leurs pesantes fesses. Et, la page des _gras_ retourne, vous tes en prsence de ces torses que percent les ctes, de ces dos o se comptent les noeuds de la colonne vertbrale, de ces cous dcharns, de ces bras tiques, de ces jambes de phtisiques, de ces anatomies ridicules qui vous rappellent la fois les macabres et comiques coles de natation de Daumier. Il y a un intervalle de trois ans entre la publication du huitime et du neuvime volume, qui parat seulement en 1819. Ce volume est plein d'anecdotes relatives la vie intime de Kiyomori. Cette voyageuse qui marche rapide travers la campagne, se dirigeant vers deux femmes la porte d'une habitation, au loin, au loin, c'est Hotok, la matresse de Kiyomori, la plus belle et la meilleure danseuse de son temps. Deux soeurs ont sollicit de danser devant Kiyomori et, par bienveillance pour leur jeunesse et leur grce, elle a fait accueillir leur demande par son amant. Mais le prince s'est pris d'elles et a voulu en faire ses matresses. Elles ont refus et, pour se soustraire sa toute-puissance, elles se sont faites religieuses, et Hotok, reconnaissante de cette dlicate conduite son gard, va les rejoindre dans leur couvent. Plus loin encore, c'est le sensuel Kiyomori, en prsence de la femme de Minamoto, une main sous la joue, tristement rflchissante dans une pose d'accablement. Kiyomori a vaincu Minamoto et veut exterminer sa famille dont il s'est empar dans sa fuite et qui est compose de sa femme et de ses trois enfants. Mais, au moment d'ordonner leur mort, il a la curiosit de voir la femme de Minamoto et, soudainement sduit par sa beaut, il lui demande de lui appartenir, ce quoi elle se rsigne sur la promesse qui lui est faite que ses enfants seront pargns. C'est ce march qui fait le sujet de l'estampe. Or, un jour, ces trois enfants vengeront leur pre, anantiront la famille Tara, et l'an des trois enfants sera Yoritomo, le premier shgoun de Kamakoura. Une autre composition: c'est Okan, femme, la rputation d'une force herculenne, qu'un musculeux guerrier a cru pouvoir arrter dans sa marche et qui, d'un bras tenant un barillet sur sa tte, continue s'avancer tranquillement, entranant, de l'autre bras, l'homme aux deux sabres. Et ce sont encore des reprsentations de musiciennes japonaises; d'une anne de bonne rcolte, avec la joie et l'engraissement subit des paysans; et, on ne sait pourquoi, le portrait d'un astronome hollandais. La mme anne 1819 parat le dixime volume avec une prface vantant la persvrance dpense par Hokousa pour arriver la publication de ces dix volumes. Des saltimbanques, des faiseurs de tours, des prestidigitateurs, des quilibristes, des avaleurs de sabres, des vomisseurs d'essaims d'abeilles, des thaumaturges se rendant la tte invisible. Mais je ne veux dcrire dans ce volume que deux compositions, deux compositions d'un fantastique macabre dpassant tout ce que l'Europe a imagin en ce genre, et mritant bien Hokousa l'appellation de _matre dessinateur des fantmes_. Ce sont deux apparitions de femmes mortes. L'une, c'est Kasan, la femme laide, assassine par son mari, qu'il reprsente avec son front de foetus hydrocphale, sous la broussaille de ses cheveux, un oeil ferm et l'autre grand ouvert, o est une prunelle de poisson cuit, le cartilage dnud de son nez, ses mchoires sans gencives, entr'ouvertes dans un hiatus allant jusqu'aux oreilles, ses deux mains de squelette rapproches de sa tte dans le tressautement de la danse idiote d'un naturel de la Terre-de-Feu. Une apparition faire peur, regarde le soir la lueur d'une lampe. L'autre apparition a l'apparence, dans le ciel tnbreux, d'une longue et courbe et molle larve blanche enveloppe d'une chevelure; c'est l'me de la petite servante Okikou. Elle tait dans une maison o il y avait dix prcieuses assiettes, et elle eut le malheur d'en casser une. Et le propritaire des assiettes adressa des reproches si durs la fillette qu'elle se jeta dans un puits. Or, depuis ce jour, elle revient toutes les nuits au-dessus du puits et, de la maison o est le puits et des maisons voisines, on l'entend dire, l'une aprs l'autre, les lgendes des assiettes, puis, arrive la dixime, celle qu'elle a casse, on l'entend, cette fois, pousser un sanglot si dchirant, si dchirant que le voisinage a d charger un prtre de la faire monter au ciel par ses prires. La _Mangwa_ semble termine en 1819 avec le dixime volume, et quinze ans se passent sans qu'il y soit donn une suite, quand, en 1834, il parat un onzime volume avec une prface dans laquelle Tanehiko dit: que la _Mangwa_ a t termine au dixime volume, mais que les diteurs avides ont tellement press notre vieillard qu'il a consenti reprendre son pinceau, qu'il vient de dessiner ce volume qu'il se propose un jour d'arriver au vingtime volume. Dans ce onzime volume, toujours la varit des premiers. Des poses, des attitudes de la vie intime, des croquetons de gens assis ou en marche, de gens dans la flne ou l'effort du travail, de gens dans le calme des passions ou les fivres de la colre, des planches, des planches de gras lutteurs, et des petits coins de paysages, et des modles de canons et de pistolets, et deux peintres peignant la jambe d'un Ni sculpt, d'une dimension telle qu'elle semble le tronc d'un vieux chne, et une Japonaise disant la bonne aventure un guerrier en laissant, selon la mthode de l-bas, tomber son peigne terre. En la mme anne 1834 parat le douzime volume. Un volume trs pouss la caricature, o l'Olympe japonais est ridiculis outrance, un volume de chutes ridicules, de nez interminables de Tngous, sur lesquels se fait de la prestidigitation; de silhouettes, en ombres chinoises, d'pouvantables vieilles; de figures de femmes devenues monstrueuses, travers une loupe pose sur leurs visages; d'allongements de cous pendant le sommeil, qui, selon une superstition du Japon et des les Philippines, permettent aux ttes de ces possesseurs de cous d'aller visiter des contres et des plantes trangres; de corps de naturels d'un pays o les hommes ne sont possesseurs que d'un bras et d'une jambe, et o ils sont accots deux par deux. Et mme, pour aider l'antithse des sujets qu'il offre au public, il arrive Hokousa de recourir parfois la scatologie. Ainsi, dans le onzime volume, nous voyons une Japonaise, retrousse jusqu' la ceinture, jeter terre un de ses compatriotes par la violence d'un pet, et dans ce douzime volume apparat par la lucarne d'un troit _priv_, le profil pniblement contract d'un _samoura_ entre ses deux sabres remonts au-dessus de sa tte, et au dehors trois Japonais se bouchant le nez avec leurs doigts et leurs robes. Le treizime volume parat seulement en automne 1849, aprs la mort d'Hokousa, arrive au printemps de cette anne. Dans le treizime volume: deux beaux dessins, la divinit Kwannon sur une de ces carpes monumentales comme seul Hokousa sait les dessiner, et un tigre traversant une cascade au milieu de dessins reprsentant, dans la montagneuse province de Hida, _la passe au panier_: un pont fait d'une corde, le long de laquelle on se fait glisser la force des bras; de dessins reprsentant des modles d'habitations rustiques; de dessins reprsentant la prparation de ce melon qu'on dessche et dont on fait des soupes; de dessins reprsentant le dcorticage du riz. Le quatorzime volume, tout moderne, parat seulement en 1875, et est fabriqu avec des dessins laisss par Hokousa aprs sa mort. En dehors de quelques dessins divers, il ne contient pour ainsi dire que des animaux, des animaux rels et des animaux fantastiques; c'est un chat mangeant une souris, un chien aboyant la lune, un renard dans la pluie, des lions de mer, des chvres, un cureuil mtin de chauve-souris, un sanglier traversant une rivire, un ours dans la neige, des nes, des chevaux, un lion de Core, un conciliabule de rats. Le quinzime et dernier volume parat en 1878 avec un avertissement o l'diteur dit que propritaire de tous les bois de la _Mangwa_, il a t convenu avec Hokousa, avant sa mort, qu'on poursuivrait jusqu'au quinzime volume, et qu'il a fait graver les dessins destins la publication, qui ne l'taient pas. Mais l'diteur ment, car la plupart des dessins qui ont une valeur sont repris au volume intitul: _Hokousa Gwaki_, MIROIR DES DESSINS D'HOKOUSA. Les dix premiers volumes, en leurs tirages primitifs, et lorsque les bois sont Ydo, ont pour diteurs trois diteurs de cette ville et un diteur de Nagoya; partir du dixime volume les bois sont cds l'diteur Yeirakouya de Nagoya. Un seul volume, le douzime, porte le nom du graveur, et ce graveur est Ygawa Tomkiti. XXII En 1806, la suite du bruit qu'avait fait l'improvisation en public d'une grande peinture d'un Darma par Hokousa, deux ans auparavant, il venait au shgoun de Tokougawa la curiosit de le voir travailler. Donc un jour d'automne, au retour d'une chasse au faucon, le shgoun le faisait appeler devant lui et s'amusait lui voir excuter des dessins. Puis, tout coup, Hokousa couvrant la moiti d'une immense bande de papier d'une teinte d'indigo, faisait courir dessus des coqs aux pattes plonges dans de la couleur pourpre, et le prince tonn avait l'illusion de voir la rivire Tatsouta, avec ses rapides charriant dans leurs eaux des feuilles pourpres de momiji. L'intrt de cette entrevue: c'est que sous les Tokougawa, jusqu' ce jour, un homme du peuple ne pouvait se prsenter devant le shgoun. XXIII En 1811 Hokousa publie, en collaboration avec Hokousou qui dessine le premier volume, _Jdan Foutsouka Yehi_, IVRESSE DE DEUX JOURS, une srie de dessins comiques. Dans l'illustration du second volume, dont il s'est charg, il nous montre des porteurs ivres que regardent des enfants, et vraiment il est impossible de rendre mieux l'hilarit bte de ces visages, avec la demi-fermeture des yeux et l'gueulement de la bouche entr'ouverte de ct. Une autre planche trs amusante de ces scnes, qui se passent la veille et le jour mme du Jour de l'An: c'est l'entre dans un intrieur, d'un vieux prtre pochard, la tte impossible, travesti en manza, escort d'une espce d'enfant de choeur faisant du tapage avec un instrument pour appeler au service divin et, devant ces deux ivresses de la vieillesse et de l'enfance, le rire du bourgeois japonais, l'attention ddaigneuse de la femme, l'ahurissement d'un ami. Enfin la dernire planche: dans une chambre dcore de feuilles de fougre et de branches de sapin, le dcor des intrieurs de Jour de l'An, a lieu une terrible bataille coups de balais, entre deux hommes que trois autres ne peuvent sparer. La mme anne Hokousa publie l'illustration de _Hokou-ytsou Kidan_, LES LGENDES FANTASTIQUES DE LA PROVINCE DE YTIGO, dit en 6 volumes, avec un texte par Tanhiko. Un ouvrage dans lequel se trouve reproduite par Hokousa une carte de cette province o il neige beaucoup, au milieu d'un mli-mlo d'hommes-btes, de coraux, de plantes marines, de monnaies, d'objets usuels, de serpents d'une grandeur fabuleuse, enfin de choses relles et de choses surnaturelles. La mme anne Hokousa publie encore l'illustration de _Tawara-Tda Rko dn_, CONTE D'UN VIEUX RENARD ET DU GUERRIER TAWARA TODA, pice de thtre par Tanhiko, dite en trois volumes et grave avec une criture plus grande, plus facile lire que l'criture du roman, de l'histoire. Cette pice de thtre a pour principal personnage Hidsato, le guerrier qui, trouvant une femme pleurant aux bords du lac Biwa, lui demandait la cause de son chagrin. La femme qui tait la reine du lac Biwa lui rpondait que, depuis des annes ses enfants taient mangs par un scolopendre gant. Hidsato de s'informer o se trouvait ce monstre. Elle lui indiquait la montagne Ishiyama o son corps, lui disait-elle, faisait sept fois et demie le tour de la montagne et lui montrait, dans le moment, une masse brillante qui luisait au soleil comme un bloc de diamant: c'tait l'oeil de l'insecte colossal dans lequel Hidsato mettait une flche mortelle. L'illustration de cette pice par Hokousa est intressante. Dans le dessin de la reine de Biwa, de la femme d'Hidsato, de la fille d'Hidsato, l'amoureuse de Sadamori, le dessinateur a abandonn la mignonnesse un peu petite, un peu miniature de ses premires annes; et, tout en leur laissant leur premire grce, il arrive leur donner de l'ampleur, de la grandeur, les varier et ne plus toujours faire la mme longuette petite femme de ses dbuts. Dans l'oeuvre d'Hokousa, les femmes de ces annes ont une parent avec les femmes de Hokouba. En 1812, il n'illustre aucun livre. En 1813, dans le _Katsoushika Zoushi_, PLAN ET TRADITIONS DE KATSOUSHIKA, dans ce volume contenant un plan de cette partie de la ville de Ydo, de l'autre ct de la Soumida, de ce quartier maracher et plein de salines aim par le peintre, Hokousa dessine, prs de deux pcheurs au jupon de roseaux, une femme puisant dans un petit tonnelet, emmanch un grand bton, l'eau d'une source clbre. XXIV En 1814 parat une illustration d'Hokousa qui mrite d'tre signale part et dcrite pice par pice. C'est le _Shashin gwafou_, TUDES D'APRS NATURE[15], publi en 1814, avec une prface de Hirata, sans nom d'diteur, ce qui ferait supposer qu'il a t dessin et grav en couleur pour une socit d'amateurs. Un livre compos de quinze planches o Hokousa donne quinze chantillons divers de son talent multiple, au moment de sa plus grande puissance, dans les lgres et dlicates colorations des sourimonos: un livre dont les beaux exemplaires complets sont de la plus grande raret et se vendraient en vente de douze cents deux mille francs. [Note 15: _Sha:_--copier; _shiu:_--vrit; _gwa:_--dessin; _fou:_--album.] I. Hotei fumant. Le dessin caricatural du dieu de l'enfance, au triple menton, au ventre bedonnant, ramass terre, la tte renverse dans la jubilation de la fumerie d'une longue pipe. II. Contemplation de deux papillons par un Japonais. Un disciple du philosophe chinois Ssh, son ventail tomb terre, prs d'un bol de sak vide, les deux coudes sur un escabeau et les deux mains croises sous le menton, suit des yeux le vol de deux papillons dans une rverie qui lui fait regarder la vie humaine comme la vie phmre de ces insectes d'un jour. III. Un peintre de _tori-i_. Un homme, la tte en bas, une brosse dans une main, une cuelle pleine de noir dans l'autre, enduit de couleur la base d'un pilastre, le corps pli en deux, les reins casss dans une dislocation toute-puissante. Ces deux dessins, le philosophe et le peintre de _tori-i_, ont une parent extraordinaire avec le beau _faire_ brutal de Daumier et avec ses indications la fois vigoureuses et comiques du muscle dans ses anatomies. IV. La desse Kwannon sur un dragon. Cette desse, dont les prires ont pour but de faire arriver la rive des bienheureux, les mes pcheresses retenues de l'autre ct du fleuve, est reprsente dans une glorieuse image avec la srnit bouddhique de son visage se dtachant d'un nimbe d'or ple, et toute volante dans sa robe d'un rose mourant parpille sur la nuit du fond. V. Paysage couvert de neige, avec une montagne dans le fond, et au premier plan un sapin s'levant au-dessus des habitations rustiques de Tsoukouba dans la baie de Ydo[16]. [Note 16: M. Bing possde des preuves, tires part de cette planche et de la suivante, tout fait extraordinaires.] VI. Une branche de prunier rose sur une pleine lune indique seulement par un gaufrage presque invisible. VII. Une branche de cerisier double au coeur de la fleur jaune; une espce o les feuilles viennent en mme temps que les fleurs et qui est appele au Japon _Shiogama_. VIII. Une tige de navet l'lgant dchiquetage lyr de la feuille, employe souvent au Japon comme motif dcoratif et vers laquelle vole une gupe qui est un vrai trompe-l'oeil. IX. Deux pivoines dans un panier, dessines avec ce style que les Japonais mettent la fleur; un style parent du style que nos vieilles coles de peinture de l'Europe mettaient la reprsentation de l'humanit. X. Des tiges d'iris violacs, ces fleurs la dcoupure hraldique. XI. Un faucon sur une branche de chne, une patte rebrousse contre lui dans un mouvement de prise de vol, avec le regard d'un oeil qui semble percevoir une proie dans le ciel. XII. Un faisan qui s'pouille au milieu des traces que ses pattes ont laisses sur une terre rouge. XIII. Deux canards mandarins, dans des mouvements de nage o le dessin cartilagineux de leurs pattes semble excut par un dessinateur spcialiste du canard. XIV. Un renard fuyant dans une fuite o est exprim le dtalement sournois de la bte avec l'inquitude du regard. XV. Deux lapins, un lapin jaune l'oeil noir, un lapin blanc l'oeil rouge. Une tude amusante de ces animaux affectionns par les Japonais qui, par des croisements, cherchent en faire des animaux phnomnes, comme longueur des oreilles, comme couleur des yeux, si bien que le gouvernement a frapp ces animaux, il y a une dizaine d'annes, de l'imposition d'un dollar. La peinture les reprsente d'habitude, sous un rayon de lune, comme dans le rayonnement d'une lumire natale: les taches qu'on y aperoit tant formes, dans l'imagination japonaise, par deux lapins, et encore aujourd'hui les gens du peuple croient que deux lapins, exposs la nuit dans une cage aux rayons de la lune, on ne les retrouve pas le lendemain, dlivrs qu'ils sont par l'intervention de leurs confrres de l-haut. Citons du _Shashin Gwafou_ un exemplaire d'un tirage extraordinaire rapport en Europe par Siebold, et peut-tre achet Hokousa en personne. Siebold avait rapport six exemplaires, dont quatre ont t donns aux bibliothques de Paris, de Vienne, et deux taient conservs La Haye. M. Gonse a t assez heureux de pouvoir en obtenir un, par suite d'un change. XXV En 1815 Hokousa publie, avec la collaboration de Hokoutei Bokousn, le _Jrouri Zekkou_, MORCEAUX DE DRAMES: une suite de scnes tires des pices les plus clbres du XVIIe et du XVIIIe sicle, en cinquante-six impressions en noir, avec de trs dlicates demi-teintes, comme laves. Cette femme, la tte renverse, les deux mains s'treignant au bout de ses bras tendus dans un geste de dsespoir: cette femme est la matresse d'un Japonais mari que vient trouver le pre de son amant et qu'il dcide le quitter, en lui exposant qu'elle est la ruine de son mnage: pauvre femme qui bientt, ayant subir les scnes de l'homme qui se croit quitt pour un autre, se tue. Une autre planche curieuse est la reprsentation de la scne d'une pice du XVIIIe sicle intitule OHANA-HANSHITI, o deux femmes, deux apparentes amies, sont sommeillant l'une contre l'autre; l'une la femme d'un prince, l'autre sa matresse; et il se trouve que l'ombre porte par les cheveux de la matresse dessine sur le chssis de papier comme l'enlacement de deux serpents qui se battent. Et le prince, la vue qu'il a de ces serpents travers le chssis, pensant aux scnes que cette rivalit sourde a dj amenes dans son intrieur, et des scnes qui suivront, abandonne son palais et se fait prtre. Une pice qui serait, au dire des Japonais, une tude psychologique de la femme trs intressante. Une autre planche est la reprsentation d'une femme de la campagne parlant une courtisane qui pleure chaudes larmes. Or, voici le sujet. Une jeune fille dont le pre a t tu par un malfaiteur, a t vendue au Yoshiwara, est devenue une grande courtisane, sans connaissance de son pass. Or, sa soeur cadette venue d'une province lointaine, apprend l'ane son histoire, et les deux soeurs se mettent la recherche du malfaiteur et, comme autre fois existait au Japon le _droit la vengeance_, le duel devant Dieu de l'ancienne Europe, les deux soeurs arrivent tuer l'assassin de leur pre. Une autre planche vous montre un prtre bouddhique devant un kakmono reprsentant une femme, et sa tte aux cheveux rebrousss et semblable celle d'un diable, appuye rflchissante sur une main, est toute pleine d'une pense fixe, soucieuse. Oui, ce prtre de Bouddha, ce vertueux, ce savant, est devenu amoureux de l'image qui est devant lui et, indiffrent au culte et ne remplissant plus ses devoirs religieux, est renvoy de l'glise et rencontre dans sa nouvelle vie une femme ressemblant la femme du kakmono, qui ddaigne son amour et le rend le plus malheureux des hommes. Cet album est vraiment l'album o les tristesses, les pleurs, les dsolations, les crispations nerveuses, les affaissements, les dsespoirs de la femme sont merveilleusement rendus avec toutes les grces, les charmes, les coquetteries de la douleur fminine thtrale. La mme anne parat _Odori hitori keiko_, LEONS DE DANSE PAR SOI-MME, un album reprsentant le dessinateur Hokousa s'tirant les bras au rveil d'un rve qui s'loigne derrire lui et laisse entrevoir, dans l'effacement de sa vision, deux danseurs et une danseuse. Et c'est, aprs l'impression de chants pour accompagner les danses, une srie de planches reprsentant chacune quatre ou cinq petites figurines de danseurs avec, la droite ou la gauche de leur bras ou de leur pied, une ligne droite ou courbe indiquant le dveloppement complet du geste commenc par ce bras ou ce pied. L'album dbute par la _Danse du Batelier_, qui a 43 figures. Suit une danse comique, trs gymnastiquement mouvemente. Puis une danse intitule: la _Danse du marchand d'eau frache_. Mais la danse la plus originale, c'est la _Danse du mauvais esprit_, une danse diabolique avec des mouvements d'un disloquage anti-humain, et des expressions de ttes mphistophliques, un moment sous des masques carrs aux caractres mystrieux, dsignant les gnies du mal, danse qui a 67 figures. A la dernire page de l'album, Hokousa, avec son ironie habituelle, dit: _Si dans l'excution des mouvements et des mesures il y a des erreurs, veuillez m'excuser. J'ai dessin ainsi que j'ai rv, et comme le rve d'un spectateur ne peut pas exactement tout donner, si vous voulez bien danser, apprenez-le prs d'un matre. Or, si mon rve ne peut pas faire un vrai danseur, a fait tout de mme un album. Mais, au fond, ce que je vous recommande quand vous voudrez danser, c'est de mettre en sret le tabako-bon (fumoir) et les bols th, car, mme en les sauvant, vous aurez toujours dans vos nattes un dgt bien suffisant_. Et Hokousa signe: _Katsoushika Oyaji_ (papa Hokousa). En 1817, dans un album dit par Yeirakouya Tshiro d'Owari et intitul _Yhon Rishitzu_, ALBUM DE DESSINS PAR DEUX PINCEAUX, Hokousa collabore avec Rikkosa de Osaka,--lui se chargeant des personnages, animaux, oiseaux, et Rikkosa dessinant les paysages et les arbres. Un album o les personnages disparaissent dans le paysage, mais o peut-tre Hokousa s'est reprsent lchant son pinceau dans la dernire planche. XXVI En 1817, pendant un voyage d'Hokousa Nagoya, le peintre recevait la commande de nombreuses illustrations de livres et, comme ses lves vantaient l'exactitude de la reprsentation des tres et des choses dans les dessins du matre, dessins d'un format relativement trs petit, les adversaires de la _peinture vulgaire_ dclaraient que les petites choses que produisait le pinceau d'Hokousa taient du mtier, n'appartenaient pas l'art. Propos qui blessaient Hokousa et qui lui faisaient dire que, si le talent du peintre consistait dans la grande dimension et les grosses touches d'une oeuvre, il tait prt tonner ses adversaires. Et c'est alors que son lve Bokousen et ses amis lui vinrent en aide pour excuter en public une formidable peinture,--un Darma d'une bien autre proportion que celui dj peint en 1804. Ce fut le cinquime jour du dixime mois de l'anne que cette peinture eut lieu devant le temple de Nishighakjo, et la biographie japonaise d'Hokousa en donne la relation illustre d'aprs un rcit avec dessins de Ynko-an, un ami du peintre. Au milieu de la cour du nord du temple, dfendue par une palissade, avait t dvelopp un papier fait exprs et ayant plusieurs fois l'paisseur du papier servant couvrir les manteaux au Japon. Et ce morceau de papier sur lequel Hokousa devait peindre avait la superficie de 120 nattes. Or la natte japonaise mesure 90 centimtres de largeur sur 180 de hauteur, ce qui faisait l'artiste un champ de peinture de 194 mtres. Et, pour que le papier pt rester tendu, il avait t fait dessous un lit de paille de riz d'une grande paisseur et, de distance en distance, des morceaux de bois, servant de presse, empchaient le vent de soulever le papier. Un chafaudage avait t mont contre la salle du conseil et faisant face au public: chafaudage au haut duquel des poulies taient attaches des cordes pour soulever l'immense dessin dont la tte tait fixe un madrier de bois gigantesque. Des pinceaux de grande dimension se voyaient tout prts, des pinceaux dont le plus petit tait de la grosseur d'un balai, et l'encre de Chine tait prpare dans des cubes normes et transvase dans un tonneau. Ces prparatifs occupaient toute la matine o, ds les premires lueurs du jour, se pressaient dans la cour du temple, pour voir excuter le dessin, une foule de nobles, de manants, de femmes de toutes sortes, de vieillards, d'enfants. Dans l'aprs-midi Hokousa et ses lves, dans une tenue demi-crmonieuse, les jambes et les bras nus, se mettaient l'oeuvre, les lves puisant l'encre dans le tonneau et la mettant dans un bassin de bronze avec lequel ils accompagnaient, l o il allait, le peintre peignant. Tout d'abord Hokousa prit un pinceau de la grosseur d'une botte de foin et, aprs l'avoir tremp dans l'encre, dessina le nez, puis l'oeil gauche du Darma: alors il fit plusieurs enjambes et dessina la bouche et l'oreille. Aprs il courut tracer la ligne de la configuration du crne. Cela fait, il excuta les cheveux et la barbe, prenant pour les dgrader un autre pinceau fait de filaments de coco et qu'il trempa dans une encre de Chine plus claire. A ce moment ses lves apportrent, sur un immense plateau, un pinceau fait de sacs de riz, tout imbib d'encre. A ce pinceau tait attache une corde et, le pinceau pos l'endroit que Hokousa indiqua, il attacha la corde son cou, et on le vit traner le pinceau attach la corde, le traner petits pas et faire ainsi les gros traits de la robe du Darma. Quand les traits furent achevs et qu'il fallut mettre le rouge la robe, les lves prirent dans des seaux la couleur, la jetrent avec des pelles, tandis que quelques-uns d'eux pompaient avec des linges mouills les endroits o il y avait trop de couleur. Ce ne fut qu' la tombe de la nuit que l'excution complte du Darma fut termine et qu'on put soulever, au moyen des poulies, la grande machine peinte, et il y eut encore une partie du papier tranant au milieu de la foule qui, selon l'expression japonaise, semblait une _arme de fourmis autour d'un morceau de gteau_. Et ce ne fut que le lendemain qu'on put surlever l'chafaudage et accrocher compltement en l'air la peinture. Cette sance fit clater le nom d'Hokousa comme _un coup de tonnerre_, et pendant quelque temps, dans toute la ville, on ne vit dessin sur les chssis, sur les paravents, sur les murs, et mme sur le sable par des enfants, rien que des Darma, rien que l'image de ce saint qui s'tait impos la privation du sommeil et dont la lgende raconte qu'indign de s'tre endormi une nuit il se coupa les paupires, les jeta loin de lui comme de misrables pcheresses et que, par suite d'un miracle, ces paupires prirent racine o elles taient tombes, et qu'un arbrisseau, qui est le th, poussa donnant la boisson parfume qui chasse le sommeil. Ce ne fut pas la seule grandissime peinture que peignit Hokousa. Plus tard il peignit, Honj, un cheval colossal, et plus tard encore Rigokou un Hte gant, Hote qu'il signa _Kintasga Hokousa_, ce qui veut dire Hokousa de la maison au sac de brocart, par allusion au sac de toile qui est toujours l'accessoire de ce dieu. Le jour o il peignit le cheval de la grandeur d'un lphant, on raconte qu'il posa son pinceau sur un grain de riz et, quand on examina ce grain de riz la loupe, on eut l'illusion de voir dans la tache microscopique du pinceau l'envole de deux moineaux. XXVII En 1818 Hokousa illustre _Hokousa Gwaki_, LE MIROIR DES DESSINS D'HOKOUSA ou _Dnshin Gwaki_, MIROIR DES DESSINS QUI VIENNENT DE L'ME. Ce livre qui contient cinquante pages de dessins est avec le _Shashin gwafou_ l'album o Katsoushika Hokousa se montre le plus magistral, le plus en possession de tout son talent. La prface dit: Les anciens ont dit que pour faire un grand peintre, il fallait trois conditions: L'lvation de l'esprit; La libert du pinceau (l'excution); La conception des choses. Et gnralement il est difficile de trouver un artiste qui possde une de ces conditions. Eh! bien, il y a un homme de Ydo, appel Hokousa, adonn depuis de longues annes la peinture, et qui remplit ces trois conditions. Et la prface n'exagre pas. D'abord le titre dans un bel encadrement michelangesque, reprsentant des _oni_, des mauvais gnies:--un encadrement qui a l'air de la premire page d'un de nos beaux livres du XVIe sicle. Alors une srie d'images du plus puissant dessin anatomique, o tous les muscles sont indiqus dans la chair comme par une calligraphie savante o se voit, dans le carr de leur forme, le rondissement des mollets, o dans les pieds, dans les mains, transperce l'ossature du squelette: du nu qui a quelque chose d'un Mantegna anim par une fivre de la vie. Et dfilent, sous vos yeux, ces anatomies bossues et ressautantes de Bnki, le reprsentant de la force, montant une cloche au haut de la montagne Ishiyama; tuant coups de hache un ours; de Momotaro crasant sous lui un diable; de ces deux aveugles se battant coups de bton, etc., etc. Et le mouvement et la trpidation des muscles chez Hokousa s'tend aux vtements, ainsi que dans cette arienne apparition d'un Darma au haut d'un rouleau de papier et chez lequel, de la courbe de son corps sous sa tte rejete en arrire, sous ses pieds en retraite, l'envole derrire lui de sa robe ressemble des lanires de fouet. Et ct de ces reprsentations de la force, en sa tourmente musculaire, les jolies images de la grce des enfants, de la gentillesse veille de ces petits Japonais aux figures rondelettes, aux trois houppes de cheveux sur le front et les tempes. Il y a une charmante planche d'enfants faisant de la musique, une autre dlicieuse planche d'enfants jouant une espce de jeu de dames; mais la planche qui est tout fait un chef-d'oeuvre est la runion de quatre gamins japonais faisant du trapze aprs les traverses d'une barrire et dont l'un, la tte en bas, a son petit derrire l'air: un dessin qui est le vrai dessin de la grce gymnastique. Une autre composition intressante est un gras Hte renvers sur le dos et riant aux larmes, et qui fait danser au haut de ses pieds levs, ainsi que dans la _Gimblette_ de Fragonard, un petit Japonais. Au milieu de ces dessins de l'humanit petite ou grande, des croquis d'animaux, comme ces deux grues penches sur l'eau, comme ce groupe d'une poule et d'un coq, o le croquis n'a jamais t plus loin, par cette connaissance qu'a maintenant Hokousa de ce qu'on doit mettre et de ce qu'on doit omettre dans un dessin, pour que ce dessin ait tout son effet. Et encore des planches de poissons de toutes les formes, au milieu desquels un cuisinier est renvers, cul sur tte, par la dcharge d'un poisson lectrique. Et la grandeur et la puissance du dessin du matre, conserves dans des riens, comme une tige d'iris. XXVIII Hokousa publie en 1819, avec la collaboration de ses lves d'Osaka, Senkwkoutei, Hokouy, Sekkwatei Hokoujo, Shungtei, Hokkei (un autre que le Hokkei connu), publie _Hokousa Gwashiki_, MTHODE DE DESSIN PAR HOKOUSA, un volume aux dessins en noir teints d'une coloration rose et bleutre. ct du gros et gras Ybis ou pchant la ligne, c'est une assemble de Rakans, de prtres bouddhiques, dont l'un fait sortir de sa coupe une vapeur qui se change en un gigantesque dragon; c'est le malheureux prince Oht en sa noire prison, dans une anfractuosit de rocher; c'est l'hallucination de Yorimitso devant cette gigantesque araigne dont la toile ferme la sortie d'une pice; c'est la lutte corps corps de Kawazou-no-Sabouro et de Matano-no-Gor, ces deux formidables guerriers du XIIe sicle, c'est Bishamon tuant un diable. Et ce sont des pcheurs de crabes, des laveurs d'ignames, des bcherons, des portefaix, des humains, si vivants, si parlants, si gesticulants, qu'il y a chez eux comme une ivresse de la vie et une joie gaudriolante, non seulement des physionomies aux bouches fendues en tirelire, mais encore des torses, des bras, de toute la musculature qui semble remue, agite, secoue par un rire comique[17]. [Note 17: En 1849, a paru un recueil en trois volumes de _Hokousa Gwashiki_, avec les planches rduites et teintes grossirement de rose et de bleu: chaque volume prcd d'un prtre du culte Kami.] Et de cette mimique du dessin, parfois un peu caricaturale mais qui n'est pas absolument particulire Hokousa, mais presque gnrale chez tous les peintres japonais, il est une explication. Le Japon est le pays o le masque d'Okam, la desse de la grosse joie, figure dans le vestibule de toutes les habitations: o le proverbe: Le sourire est la source du bonheur et de la fortune est l'tat d'axiome; o l'on n'entend jamais pleurer un enfant; o la femme est la seule femme de l'Orient qui ait une nature rieuse; o la bataille de la vie n'est pas pre; o, dans ce pays de gais paysages et de ciel bleu, la mlancolie ne semble pas exister; enfin o les atteintes prolonges de chagrins chez les peuples septentrionaux ne sont que momentanes. XXIX En 1822 paraissent _Kika Moumazoukouski_, POSIES SUR LES CHEVAUX, posies o une seule planche double signe _Hokousa, fou de la Lune_, reprsente trois de ces chevaux chevelus, la crinire hirsute, dont l'un, les fers en l'air, se roule terre en dtachant de terribles ruades. En 1826, dans _Hankon Shirio_, LES VIEUX PAPIERS JETS, deux volumes de Tanhiko, il existe un curieux fac-simil d'Hokousa d'aprs Tori-i Kiyonobou, peintre du XVIIe sicle, reprsentant un fameux marchand de _caramels de longvit_ pour les enfants, si populaire que sa personnalit fut mise au thtre par le fameux acteur Nakamoura Kitibei. XXX De 1800 1826, les feuilles spares, publies par Hokousa, sont nombreuses et de toute nature. Un jour c'est une estampe industrielle, un autre jour une estampe de l'art le plus pur. Dans les annes qui suivent 1800, ce sont deux sries de petites bandes, au nombre d'une vingtaine, contenant des sujets varis. Vers le mme temps, une suite d'impressions caricaturales, parmi lesquelles une assez drlatique: un garon d'un marchand de sak remettant la facture une bonne qui, prenant la facture pour une lettre d'amour, se sauve et que le garon est oblig de rattraper par ses jupes: une srie d'une dizaine de planches presque entirement consacre, avec la srie des CENT PROVERBES COMIQUES, aux aventures amoureuses des bonnes et leur engrossement. Dans cette srie existe une autre planche o un Japonais, dans un saut prilleux, passant par-dessus une femme lavant du linge, la trousse. Les yeux merillonns, le nez en as de trfle, la bouche entr'ouverte de poisson cuit de la laveuse, a ne peut se dire! Vers 1802, voici des images composer pour enfants, faites de deux planches au moyen de la dcoupure desquelles les enfants doivent constituer une maison avec les personnages du dedans et de l'extrieur. Et cette maison qu'ils doivent composer, est une Maison Verte. Une constitution plus complique est un tablissement de bains qui se fabrique avec la dcoupure de cinq planches et o vous avez tout le dtail de l'tablissement, avec les hommes et les femmes l'tat de nudit dans les deux bains. Cette Maison Verte et ce bain sont publis, en mme temps que deux suites sur les rnins, une petite srie l'imitation des sourimonos, et une grande srie date de 1806; puis une belle suite de paysages, donnant dans une planche, pour ainsi dire, la gat d'une habitation de femme noble, en ces lgres constructions jour toutes remplies de branches de cerisier en fleurs dans de grandes potiches, et avec ces galeries courant sur un petit lac. Vers 1810, c'est dans un grand format, les six impressions des six potes qui sont: Onono Komati (une femme de la cour); Ariwara-no Narihira (un seigneur); Sj Hnj (un grand prtre); Kisn Hosshi (un prtre); Ohtomo-no Kouronoushi (un lettr noble); Boun-ya-no Yasouhid (un pote de la bourgeoisie). Et les contours du corps des six potes, par une chinoiserie fort la mode dans ce pays, sont faits avec les lettres de leurs noms, et parmi ces potes se trouve une Komati d'une trs belle couleur au milieu d'espces de crtes de vagues violettes et vertes courant si joliment dans une de ses posies. Vers ce temps c'est une srie de personnages, de paysages, d'oiseaux, de poissons tirs en bleu, contenant une dizaine de planches. Dans les mmes annes, parat la reprsentation d'une Maison Verte avec tous ses dtails en cinq planches. Sous l'escalier, l'emmagasinement des barillets de sak; gauche, le petit btiment contre l'incendie, vers lequel il y a une alle et une venue incessante de porteuses de choses. Dans la premire pice, le patron et la patronne assis devant un chibatchi et une thire de th, et entours d'un cercle de femmes accroupies. Derrire eux, une petite pagode, avec ses lions de Core, ses petits Darma, et ses deux bouteilles de sak en laque, comme offrande aux dieux,--et aussi, comme offrande, sur les marches du petit escalier, un moment dpos, l'argent reu par les femmes, mais qu'elles reprennent bientt aprs. Une galerie o, travers le jardin, on entrevoit des femmes faisant leur toilette. Une pice o les femmes nettoient des plateaux de laque et enferment dans des coffres des bols et des assiettes. Puis la cuisine o un homme souffle le feu d'un grand fourneau, prs d'une colossale marmite de riz, surmont de quatre petites pyramides de riz et de deux petites bouteilles de sak, toujours comme offrande Bouddha. Maintenant un jeu de cartes, le jeu de cartes des posies de Gunji, se composant de 110 cartes minuscules dcores d'un ventail, d'une bouteille de sak, d'un vol de deux papillons, d'une critoire, d'une branchette d'arbre, d'un chapeau de paille, d'un panier de lgumes, etc. Et encore un cran o sont reprsents deux esprits du sak, ces petits tres fantastiques aux cheveux rouges, dont l'on porte sur l'paule le gobelet queue avec lequel on puise le sak dans la terrine, et l'autre qui joue de la flte. Trois curieuses impressions d'crans en camaeu bleu, avec les figures et le nu des corps, rservs en blanc, et dans le ciel le rouge d'un soleil couchant, signes: _Manji_ (vers 1834), font partie de la collection de M. Vever. L'un reprsente un tablissement thermal dans la province de Kahi; l'autre, un lac sur la route de Kiso; le dernier un rocher pittoresque dans la province de Jsh. Deux autres impressions d'crans faisant partie de la mme suite, sont tires en couleur: l'une, c'est la reprsentation de pcheurs tirant leurs filets, l'autre, un parcours de voyageurs le long de la mer par un temps de neige. Des dessins d'crans, M. Bing en possde aussi une intressante suite. Un faisan et un serpent; une runion de sept coqs, impression trs originale; une femme apportant une tasse de th,--le tirage en noir de l'impression primitive; des teinturires; des pcheuses de sel au bord de la mer qui moutonne et se brise autour d'elles. Un aigle volant au-dessus d'un nuage est dans la collection Manzi. On connat aussi, publies vers ce temps, un certain nombre d'impressions d'ventails dont je ne veux citer que le plus remarquable, qui est dans la collection de M. Bing. C'est la tte d'un aigle tenant dans ses serres un petit ourson, dont les ailes tendues remplissent, de la manire la plus heureuse, l'hmicycle de l'ventail. Enfin, en l'anne 1823, l'anne o Hokousa va publier ses plus belles feuilles spares, va faire paratre ses premires planches des TRENTE-SIX VUES DE FOUGAKOU (Fouzi-yama), il met au jour une curieuse impression. C'est une trs grande planche, du format de nos plans de ville: un paysage imaginaire contenant cent ponts dans une seule vue, un paysage d'un pittoresque indescriptible. Et voil ce que Hokousa a crit, comme lgende de l'estampe: _Pendant l'automne dernier, j'tais tristement rveur, et soudain j'ai imagin de me promener dans un paysage pittoresque, en passant un nombre innombrable de ponts, et je me suis trouv tellement heureux de ma longue promenade dans ce paysage que j'ai pris de suite mon pinceau et l'ai dessin, ce paysage, avant qu'il ne se perdt dans mon imagination_. XXXI Cette note sur le _Paysage cent ponts_ est un tmoignage du temprament potique du peintre, et la biographie de Kidn affirme en effet que Hokousa fut un excellent pote dans la posie Ha-kai (la posie populaire). A propos du got d'Hokousa pour la posie, on raconte qu'il tait membre d'une socit de potes, nomms les _socitaires de Katsoushika_ et, en raison de sa supriorit sur ses confrres, y exerant une sorte de prsidence. Or dans cette socit il y avait des gens de service, ignorant que le peintre et le pote taient le mme homme, et il arriva qu'un soir on lui apporta une lanterne dont le papier tait blanc, sans aucune ornementation; Hokousa demanda un pinceau et dessina des tiges de fougres, d'un trompe-l'oeil si extraordinaire que le domestique qui avait apport la lanterne ne put s'empcher de crier: Oh! vraiment, monsieur Hokousa, quelle disposition vous avez pour le dessin! On entend l'clat de rire des _socitaires de Katsoushika_ en train de regarder Hokousa peindre. XXXII De 1823 1829 parat, sous le titre de: LES TRENTE-SIX VUES DE FOUGAKOU (Fouzi-yama), une srie d'impressions clbres, qui dans le principe ne devait compter que 36 planches, et dont le nombre a t port 46 planches. Cette srie en largeur, aux couleurs un peu crues, mais ambitieuses de se rapprocher des colorations de la nature sous tous les aspects de la lumire, est l'album inspirateur du paysage des impressionnistes de l'heure prsente. 1. _Yjiri_ (de la province de Sourouga). Un coup de vent. 2. _Ohno-shindn_ (de la province de Sourouga). Transport de fagots par des boeufs. 3. _Champs de th de Katakoura_ (de la province de Sourouga). Un homme ferrant un cheval. 4. _Foujimi-no-hara_ (de la province d'Owari). Un Japonais agenouill dans le cercle d'une immense cuve qu'il assemble et o l'on voit dans le fond le Fouzi-yama. 5. _Un matin de neige Ko-ishikawa_ ( Ydo). Femme indiquant, d'un kiosque, le Fouzi-yama. 6. _Todo-no-Oura_. Des tori-i dans l'eau, au bas desquels sont des pcheurs de coquillages. 7. _L'autre ct du Fouji, vu de Minobougawa_ (nom de rivire). Chevaux au bord de la rivire. 8. _Beau temps par un vent du Sud_ (dat 1825). Le Fouzi-yama, en la coloration rouge d'une brique, avec quelques lzardes de neige l'extrmit de son pic, et se dtachant sur un ciel d'un bleu intense tout ray de nuages blancs stratifis qui donnent au ciel le caractre d'une plage dont la mer vient de se retirer. Une impression de la plus grande originalit et o l'artiste japonais eu la bravoure de rendre l'effet qu'il a vu, dans toute sa vrit invraisemblable. 9. _Orage au pied de la montagne_. Le Fouzi-yama vu tout pourpre la clart d'un clair. 10. _Ascension des hommes_. Monte de Japonais, par des chelles, la caverne de Fouzi-yama dj toute pleine de plerins. 11. _Naroumi de la province de Kazousa_. Grand bateau couvert de nattes. 12. _Oushibori de la province de Hitati_. Amnagement d'un grand bateau japonais dont on ne voit que la moiti. 13. _Le lac de Souwa, de la province de Shimano_. Une hutte sous un arbre. 14. _Dans la montagne de la province de Ttmi_. Des scieurs de bois dbitant une norme solive s'levant dans le ciel porte sur quatre poutres. Une des planches les plus harmoniques aux colorations simplement vertes et bleues sur le jaune du papier, avec quelques rehauts d'encre de Chine. 15. _La roue hydraulique de Ondn_. Une femme, un baquet sous le bras, une autre en train de laver, dans la chute d'eau un panier rempli d'herbages. 16. _Inoum-tgh de la province de Kahi_. Le Fouzi-yama, d'un rouge brun la base, d'un bleu d'outremer au milieu, puis blanc de neige au sommet. 17. _La surface de l'eau de Sansaka de la province de Kahi_. Le Fouzi-yama jaune d'ocre, reflt dans le bleu de la rivire. 18. _La passe de Mishima de la province de Kahi_. Un gigantesque cdre dont trois hommes sont en train de mesurer le tronc de leurs bras tendus. Encore une de ces harmonieuses planches faites de colorations bleues et vertes sur papier jaune: au fond les colorations de nos grisailles amoureuses du XVIIIe sicle. 19. _L'Aube de Isawa de la province de Kahi_. Au-dessus de toits de chaume d'habitations de paysans, le Fouzi-yama tout noir, sauf l'extrmit du pic. 20. _L'intrieur du flot en face de Kanagawa_ ( Tkad). Planche qui devrait s'appeler _la Vague_ et qui en est comme le dessin un peu divinis par un peintre sous la terreur religieuse de la mer redoutable entourant de toute part sa patrie: dessin qui vous donne le colreux de sa monte dans le ciel, l'azur profond de l'intrieur transparent de sa courbe, le dchirement de sa crte qui s'parpille en une pluie de gouttelettes ayant la forme de griffes d'animaux. 21. _Hodogaya sur le Tkad_. Le passage d'un pont de bateaux par des pitons et un Japonais cheval par un temps de neige. 22. _Yoshida sur le Tkad_. Maison de th o hommes et femmes prennent du th, fument, se reposent sur le banc intrieur de la maison d'o par une grande baie on aperoit le Fouzi-yama. Dans un coin un voyageur ramollit sa chaussure coups de maillet. 23. _Kanaya sur le Tkad_. Norimon port dans l'eau. 24. _Plage de Tago prs de Yjiri sur le Tkad_. Une barque, au-dessus le Fouzi-yama, tout bleu. 25. _Ynoshima de la province de Sagami_. Maison rustique dans une le. 26. _Nakabara de la province de Sagami_. Porteurs prs d'un petit monument bouddhique. 27. _Shitiri-ga-hama de la province de Sagami_. Un bouquet d'arbres bleutres. 28. _Le lac de Hakon de la province de Sagami_. Paysages montant au-dessus de sommets d'arbres au bas de la planche. 29. _Menesawa de la province de Sagami_. Assembles de grues. 30. _Tatkawa de Honj_ ( Ydo). Le quartier des chantiers de bois Ydo, avec d'un ct ses piles de bois et de l'autre ses assemblages de planches debout. 31. _Le pont Mannn-bashi de Foukagawa_ ( Ydo). Un bateau l'avant. 32. _La pagode des 500 Rakan_ ( Ydo). Sur la terrasse de la pagode. 33. _Le pin de Aoyama_ ( Ydo). Pin l'tendue des branches couvrant un terrain immense, branches que soutient une fort de tuteurs. 34. _Kajika-sawa de la province de Kahi_. Homme retirant, du haut d'un rocher, un filet jet dans un lac. 35. _Mgouro infrieur_ ( Ydo). Faubourg de Ydo o se fabriquent les meules pour craser le riz. 36. _Snj_ (un faubourg de Ydo). Homme prparant pour un cheval la sandale de paille employe avant l'adoption du ferrage. 37. _Vue du Fouji travers la ville des fleurs_ (Yoshiwara) _du ct de Snj_. Une marche de porteurs de fusils dans des gaines rouges. 38. _Tsoukouda-zima_ (une le l'embouchure de la Soumida). Barque charge de ballots de coton. 39. _Tamagawa_ (nom de rivire) de la province de Mousashi. Petite barque sur cette belle et claire rivire alimentant Ydo d'eau potable. 40. _Fouzi vu de Shinagawa travers Gotnyama_ ( Ydo). Monte de gens dans le paysage; droite collation sur un tapis. 41. _Le pont Nihonbashi de Ydo_. La perspective des entrepts. 42. _Les magasins de Mitsui de Ydo_. Magasins d'objets de luxe. 43. _Sourougada de Ydo_. Colline au centre de Ydo, porteurs gravissant un chemin. 44. _Le temple bouddhique Hongwanji d'Asakousa de Ydo_. Le fronton de la toiture d'un des plus grands temples bouddhiques. 45. _Le soir du pont Rigokou, vu du quai des curies_. Une barque o un homme laisse flotter un linge dans l'eau. 46. _Le village de Skiya, au bord de la Soumida_ Trois cavaliers galopant sur la route. cette srie des TRENTE-SIX VUES DU FOUZI se joignent, comme impressions de la mme facture, la srie des CASCADES et la srie des PONTS. La premire srie intitule: _Shokokou Takimgouri_, VOYAGE AUTOUR DES CASCADES, publie vers 1827, se compose de huit planches en hauteur. C'est sans doute, vu le nombre des cascades clbres qui existent au Japon, une srie qui devait tre continue. 1. _Cascade Kirifouri_ (de la rose tombante) _dans la montagne kourokami-yama_ (montagne de cheveux noirs) _de la province de Shimozouk_. Trois Japonais en contemplation devant la cascade. 2. _Cascade de Ono sur la route de Kiso_. Cinq porteurs sur un pont. 3. _Kiyotaki_ (cascade pure) _de Kwannon de Sakanoshita, sur la route de Tkad_. Monte de gens vers un temple de Kwannon. 4. _Mouma aronotaki, cascade Yoshino, dans la province d'Izoumi_. Cascade o le guerrier Yoshitsoun a lav son cheval et o, par une allusion ce souvenir historique, il est reprsent dans cette impression un cheval rouge qu'un homme est en train de laver. 5. _Amida-ga-taki_ (cascade de Bouddha) _au fond de la montagne de Kiso_. Trois Japonais en train de faire une collation, au bas de cette cascade dans la chute de laquelle le Japon voit une ressemblance avec la tte d'un Bouddha. 6. _Cascade de la colline des mauves_ (Aoygaoka) _ Ydo_. Un homme s'pongeant le front, appuy sur le bton de ses paniers. 7. _Cascade de Rbn_ (nom d'un ancien prtre), _dans la montagne Ohyama, province de Sagami_. Gens se baignant dans la cascade. 8. _Yr-no-taki_ (cascade de Yr) _dans la province de Mino_. Un groupe de Japonais assis, se reposant au bas de la cascade. La srie des PONTS intitule: _Shokokou Meiki Kiran_, vues pittoresques des ponts de diverses provinces, et publie de 1827 1830, se compose de onze planches en largeur. 1. _Le pont de la Lune crache_ (reflte) _dans la montagne Arashiyama de la province de Yamashiro_. Pont sur pilotis de bois. 2. _Pont de bateaux de Sano, de la province de Kzouk_. Pont sur un cours d'eau trs variable reli avec des cordages sur lesquels sont jetes des planches. 3. _Koump-no-kakhashi_ (le pont du nuage) _dans la montagne Guidsan Ashikaga_. Pont reliant les deux pics d'une montagne. 4. _Tsouribashi_ (pont suspendu) _sur la frontire des deux provinces de Hida et de Yettch_. Un pont de cordage avec un filet dessous: un vrai pont d'acrobates. 5. _Kintabashi dans la province de Sou-w_. Pont avec des piles en pierre et un tablier de bois. 6. _Yahaghi-no-hashi de Okazaki, sur la route de Tkad_. Pont courbe en bois sur piliers trs levs, forme ncessite par la fonte des neiges au printemps. 7. _Tako bashi_ (pont de tambour) _du temple de Tnjin de Kamedo Ydo_. Pont la forme surleve de terre et rondissante d'une moiti de tambour. 8. _Les ponts de Tempzan sur la rivire Kazikawa dans la province de Settsou_. Deux ponts, prs de Ohsaka, reliant une petite le pittoresque la terre ferme. 9. _Temma bashi_ ( Ohsaka) _province de Settsou_. Reprsentation sur ce pont de la fte des Lanternes. 10. _Le pont de Foukou de la province de Ytizn_. Un pont moiti en pierre d'un ct, moiti en bois de l'autre, sparant deux districts de la mme province dont l'un tait rgi par un damio riche, l'autre par un damio pauvre. 11. _Yatsou-hashi_ (le pont en 8 parties) _de la province de Mikawa_. Un pont aux compartiments zigzaguant sur un vaste marais, de la forme de ces chssis mobiles sur lesquels les enfants font avancer des soldats, un pont lev pour aller voir dessus la floraison des iris du marais. XXXIII Tout peintre japonais, disais-je, dans mon tude sur Outamaro, a une oeuvre rotique, a ses _shungwa_, ses peintures de printemps. Et je parlais alors de la peinture rotique de l'Extrme-Orient, de ces copulations comme encolres, du culbutis de ces ruts renversant les paravents d'une chambre, de ces emmlements des corps fondus ensemble, de ces nervosits jouisseuses des bras, la fois attirant et repoussant le cot, de ces bouillonnements de ventres fminins, de l'pilepsie de ces pieds aux doigts tordus battant l'air, de ces baisers bouche--bouche dvorateurs, de ces pmoisons de femmes, la tte renverse terre, la _petite mort_ sur leur visage, aux yeux clos, sous leurs paupires fardes, enfin de cette force, de cette nergie de la linature qui fait du dessin d'une verge un dessin gal la main du Muse du Louvre, attribue Michel-Ange. Ces lignes, je les crivais d'aprs trois albums d'impressions merveilleuses dont j'ignorais encore l'auteur, et que je sais maintenant tre Hokousa, et avoir pour titre: _Kinoy no Komatsou_, LES JEUNES PINS, dont la publication est de 1820 1830. C'est dans ces albums qu'existe cette terrible planche: sur les rochers verdis par des herbes marines, un corps nu de femme, vanoui dans le plaisir, _sicut cadaver_, tel point qu'on ne sait pas si c'est une noye ou une vivante, et dont une immense pieuvre, avec ses effrayantes prunelles, en forme de noirs quartiers de lune, aspire le bas du corps, tandis qu'une petite pieuvre lui mange goulment la bouche. C'est dans ces albums que se trouve cette planche d'un voluptueux indescriptible: sur les ondulations d'une toffe de pourpre, le bas d'un ventre de femme, o s'est introduit un doigt de sa main, d'une main au poignet nerveusement cass, aux longs doigts contourns, l'attouchement doucement titillant, d'une main qui, dans sa courbe, a l'lgance volante d'une main du Primatice. Je laisse l la description des autres albums, je veux seulement signaler une srie de petits sourimonos, dont quelques-uns sont _ cache_, et ont t sans doute publis vers les dernires annes du XVIIIe sicle, et dans lesquels, au milieu des frnsies animales, on trouve des affaissements bats, des brisements de cous de nos primitifs, des attitudes mystiques, des mouvements d'amour presque religieux. XXXIV En 1828 parat le _Yhon Teikinwra_, CORRESPONDANCE TRAITANT DU JARDIN DE FAMILLE, un des plus parfaits livres illustrs par Hokousa et gravs par Ygawa Tomkiti: trois volumes o les compositions d'Hokousa, prenant tantt le milieu, tantt le haut de la page, sont encastres dans une ancienne criture d'une grasse calligraphie admirablement rendue par le graveur calligraphe Bountid. C'est l'ancienne ducation intellectuelle du Japon faite dans la maison paternelle et pas dans les coles. Et ce livre, o le mot _tei_ veut dire jardin, et le mot _kin_ ducation, nous fait connatre un trait dont le texte crit en langage courant, usit dans les correspondances journalires, a pour but de donner une ducation morale aux enfants dans la famille, mme pendant qu'ils jouent au jardin. L'intrt de ces volumes, o une illustration, toute moderne, et sans rapport avec le texte, est intercale au milieu de cette criture du XIVe sicle, c'est surtout la reprsentation des industries et des mtiers du pays. Voici une cuisine: la cuisine officielle du souverain o les cuisiniers ne peuvent toucher rien qu'avec des baguettes; voici l'atelier d'un sculpteur sculptant une chimre colossale; voici deux planches de forgerons, dans l'une desquelles un vieux ciseleur, aux lourdes besicles, est en train d'entailler une garde de sabre; voici une teinturerie avec le teinturier aux bras teints jusqu' la saigne; voici des brodeurs brodant la soie tendue sur un chssis; voici les mtiers tisser de la ville et de la campagne; voici la faiseuse de chapeaux de paille, et la faiseuse de papier l'usage domestique; voici le fabricant de parapluies, voici le faiseur de petites botes en lames de bois roules; voici le peintre de kakmonos; voici le sculpteur spcialiste des statues et statuettes de Bouddha, voici le diseur de bonne aventure offrant de la rue des femmes dans leur intrieur son petit faisceau de cinquante baguettes rvlatrices de bonne ou mauvaise chance de leur vie; voici enfin la boutique du libraire avec l'annonce des derniers livres. Et, dans cette reprsentation des industries et des mtiers, une merveille que le _d'aprs nature_ des attitudes, la vrit des mouvements, l'attentionnement des hommes et des femmes la chose qu'ils font, et la tranquillit calme de l'application pour les besognes dlicates, et la violence des anatomies pour l'effort des gros ouvrages. Dans le second volume c'est le fabricant de nattes, _tatami_; c'est le modeleur de thires en mtal; c'est le chandelier, la main enduisant de cire une tige de bambou, qu'on retire; c'est le vendeur d'huile; c'est un entrept de sak; c'est un marchand de lgumes frais; c'est un marchand de lgumes secs; c'est un prparateur de plantes marines comme l'_aonori_, le _kombou_, et qu'on mange bouilli, grill ou sch; c'est une faiseuse de filets; c'est un schoir de pieuvres dont la chair sche sert faire des soupes trs dlicates. Le troisime volume contient un trs petit nombre de planches d'industries. Il n'y a gure qu'un tourneur de meules avec lesquelles on blanchit le riz; un broyeur de th en poudre, pour le genre de crmonie dite Tcha-noyu, et se divisant en Kotcha et Mattcha; un faiseur de macaronis de sarrasin, reprsent ct des figures comiques de deux avaleurs de macaroni, tout la joie gloutonne de leur occupation. Et, parmi ces industries, un industriel particulier, un conteur d'histoires, jouant un peu les personnages qu'il met en scne et toujours entour d'un nombreux public de gens qui ne savent pas lire et, ainsi que dans nos feuilletons, arrtant son rcit au moment le plus intressant et faisant revenir les gens avec la _suite demain_. Plusieurs planches sont consacres la clbration de lgumes phnomnaux de certaines provinces du Japon. Ici une rave de la province d'Ohmi qu'il faut deux hommes pour porter, l une pousse de bambou de la province de _Iyo_ qui a l'air d'un mt de navire, plus loin encore, deux navets gigantesques de la province Owari, enfin un petasite d'Akita, cette petite plante grande comme une laitue qui sert dans l'image qui la reprsente de parasol un homme et une femme. Et dans les trois volumes, mles aux planches reprsentant des mtiers et des industries, des planches de toutes sortes: l'audience d'un damio; une rue de Ydo; un intrieur d'un temple bouddhique; une salle de tribunal avec les trois juges sur une estrade, et le public assis terre; le frappement sur un ta en bois pour annoncer un service religieux; la rcolte des _kaki_; la pche au cormoran; et encore des planches, comme les quatre classes de la socit japonaise: le guerrier, le paysan, l'ouvrier, le marchand, la dernire classe dans cette socit aristocratique. Mais, de toutes ces images, les plus charmantes sont des sortes de culs-de-lampe, reprsentant celle-ci, une femme vue de dos sa toilette qui se met une pingle dans les cheveux devant un miroir refltant sa figure, abaisse avec le plus gracieux mouvement du cou, et l'abandon derrire elle d'une main tenant un cran; et celle-l, forme tout simplement du groupement d'une chimre, de deux peignes, d'une coupe sak, d'une pipe, d'une fleur. Le premier volume est publi en 1828, le second en 1848, le troisime est sans date, mais tous les dessins sont de 1828. Le baron de Hubner, dans sa PROMENADE AUTOUR DU MONDE, raconte qu' Odawara, aprs le repas dans la grande maison de th de la ville, un homme s'est prsent, porteur d'une bote divise en quatre compartiments contenant du sable rouge, bleu, noir, blanc, et qui, en le jetant sur le plancher comme un cultivateur jette la semence, dessinait et peignait la fois des fleurs des oiseaux, et la fin,--au milieu des rires bruyants des hommes et des femmes, des sujets rotiques dignes de la _Chambre secrte_ de Pompi. En 1828, un livre qui est, pour ainsi dire, le manuel de cet art, mais pour les femmes, et sans aucun modle obscne, paraissait sous ce titre: _Bongwa hitori keiko_, TUDE PAR SOI-MME DU DESSIN SUR PLATEAU, par Mme Tsu-kihana Yei, avec une illustration due pour la plus grande part Hokousa. La premire planche reprsente, ct de botes de sables de diffrentes couleurs, deux jeunes femmes accroupies par terre devant un plateau: l'une, une cuiller la main, l'autre, une planchette, toutes deux en train de composer un tableau. Et l'album contient, reprsents en deux couleurs,--une couleur gristre, une couleur rougetre,--d'abord des motifs lmentaires comme une tige de bambou, une fleur d'iris, des lapins clairs par la lune, puis des motifs plus compliqus, comme une tortue, un faisan dor, un paon. Et dans le texte de petits croquetons donnent la figuration de la planchette, de la cuiller, et la manire dont la main doit les tenir et laisser tomber le sable. XXXV En 1830, paraissent en planches spares: _Hiakou monogatari_, LES CENT CONTES: une srie d'estampes fantmatiques, d'un caractre terrifique tout fait extraordinaire et dont il n'a paru que cinq planches, peut-tre cause de l'effroi qu'elles causaient. La plus effrayante, c'est une lanterne fabrique sur le modle d'une tte de mort, avec les cheveux hrisss sur le haut de la tte, et flasques et pendants sur les tempes, avec les fibrilles de sang du blanc des yeux, avivs par la lueur intrieure de la lanterne, avec la couture ou le collage du papier, imitant d'une manire invraisemblable les sutures d'un crne; et cette tte de mort, produit d'une imagination ingnieusement macabre, se dtachant sur le bleu noir de la nuit. Une autre estampe: une femme ogresse, aux cheveux ressemblant une crinire, aux yeux demi-ferms remplis d'une noire prunelle, au nez busqu d'un bouc, aux crocs bleutres saillant des deux cts d'une bouche tache de sang, la main de squelette avec laquelle elle tient, derrire son dos, une tte d'enfant qu'elle a commenc dvorer. Une autre estampe: une femme fantme soulevant une moustiquaire o dort un sommeil tranquille une femme, moiti l'tat de squelette, moiti l'tat anatomique dnud de la peau, et dont les osselets de la main sont verts dans l'ombre et couleur de chair dans la lumire. Une autre estampe: une ple tte de morte chevelue, la bouche ouverte d'o un soupir se dessine sur le ciel noir comme le dessin d'un souffle sur de l'air glac, et le haut du corps sortant d'un puits form comme des anneaux d'un serpent et qui sont un enchanement d'assiettes vertes. C'est l'apparition de la petite servante Okikou dont j'ai racont l'histoire dans la MANGWA. Une autre estampe simplement allgorique reprsentant la fiche d'un mort, la feuille o sont inscrites la date de sa naissance, la date de sa mort, avec au milieu son nom et, ct, les bonbons apports pour l'anniversaire de son dcs, une feuille d'un bouquet tombe dans un bol, un prsentoir autour duquel s'enroule un serpent. XXXVI En cette mme anne 1830, ou dans des annes qui la touchent de trs prs, parat _Shika Shashinki_, IMAGES DES POTES, une srie de dix grandes impressions en couleur (H. 50, L. 22 centimtres) qui, selon moi, est la srie rvlatrice du grand dessinateur et du puissant coloriste qu'est Hokousa. Dans ces dix compositions, du plus fier dessin, de la plus savante assurance dans le trait, la coloration de l'aquarelle qui les recouvre a une solidit, pour ainsi dire, un _gras_ qui vous enlve toute impression d'un coloriage sur du papier, mais vous fait regarder ces images ainsi que vous regarderiez des panneaux recouverts de la plus srieuse peinture l'huile. Non, rien ne peut donner une ide de la grandeur, du pittoresque, de la couleur la fois relle et potique des paysages en hauteur o se passent ces scnes lyriques. Les titres de cette srie de la plus grande raret tantt portent le nom d'un pote, tantt le titre d'une posie. I. Dans un paysage montagneux, au bord de la mer, un pote chinois, une branche de saule lui servant de cravache, chevauche sur un cheval blanc la selle toute garnie de houppes carlates: un cheval dont la blancheur se dtache merveilleusement sur le bleu intense du lointain de la mer. II. Le pote chinois Lihakou, appuy sur un long bambou, avec deux enfants dans les plis de sa robe, est en contemplation devant une cascade qui a l'air de tomber perpendiculairement du haut du ciel, une cascade aux bleus transparents, aux violets transparents de l'eau dans sa chute. Une planche d'une coloration sourde et comme patine, d'un effet admirable. III. Dans une anse de la mer, o est remis un bateau, en face d'un rocher rose moiti perdu dans les nuages et la forme d'une architecture ferique, entour de ses disciples, le pote chinois Hakou-rakou-tn, qui l'on doit des posies descriptives clbres, est pench vers un batelier qui d'en bas, semble le renseigner sur le site. IV. Un Japonais qui traverse un pont, portant sur l'paule une perche aux bouts de laquelle sont attachs deux bouquets de la plante qui remplace au Japon le papier de verre. Les grands arbres du haut du paysage, clairs par la lune, dans une fin de jour crpusculaire, sont d'une tonalit verte indicible, d'un vert tendrement assoupi sur les hachures ombres des roseaux de la rivire. V. Sous un immense pin, au bord de la mer, au-dessus de rochers rouges ayant la forme accidente de conglations, adoss la balustrade d'une haute terrasse, dans un lgant mouvement de retournement de la tte en arrire, un homme contemple le ciel o brille la lune. C'est le pote japonais Nakamaro, devenu ministre en Chine, qui a fait, en sa nouvelle patrie, un pome o il dit que, lorsque son me se promne dans le ciel et qu'il voit cette lune qu'il a vue aux flancs de la montagne de Mikasa, prs de Kasouga, cette lune le console, lui fait oublier les misres de l'existence, lui rappelle son Japon,--une pice qui fut cause de sa disgrce, par le tmoignage qu'elle apportait de son attachement pour son ancienne patrie. VI. Un pisode de l'histoire de la Chine: un homme mont sur un arbre, une porte que deux soldats chinois sont en train d'ouvrir, prs d'un coq qui chante sur un toit. Voici l'explication de l'estampe. Un prince, aprs une dfaite, au moment d'tre fait prisonnier dans un pays tranger, a pu arriver, poursuivi de trs prs, la porte de la frontire. Mais il fait encore nuit et la barrire ne s'ouvre qu' l'heure o les coqs chantent, lorsqu'un fidle du prince a l'ide de monter sur un arbre, d'imiter le chant du coq, que reprennent tous les coqs de l'endroit, et la porte s'ouvre. VII. Un pote japonais se dirigeant dans la campagne vers une montagne la cime d'un fauve volcanique. VIII. Un pote japonais des vieux sicles, dans sa robe jaune, tenant sur son paule l'ventail aux palettes de bois en usage avant l'invention du papier, sous le bleu limpide d'un ciel o se voit le premier croissant de la lune au-dessus d'une bonzerie. Au-dessous du pote, des branches d'arbres toutes remplies d'oiseaux roses. IX. Un bord de rivire o une femme la clart de la lune blanchit avec son garonnet de la toile, grands coups de battoir. C'est l'illustration d'une posie de Narihira sur le dsespoir d'une femme quitte par son mari, et dont le battement dsol, sous cette lune, que contemplait la mme heure, dans un autre pays, son mari, lui tait apport comme un cri du coeur de sa femme. X. Un paysage couvert de neige o un pote chinois, mont sur un cheval rouge, se dtache sur le blanc de la terre, sur le bleu ple du ciel. XXXVII Ces annes, c'est le temps des plus belles, des plus colores impressions paraissant en feuilles spares. Signalons, en premire ligne, la suite de ces cinq planches (H. 37, L. 17), la signature d'_Hokousa I-itsou_. Un faucon sur son perchoir au milieu de la floraison de pruniers: une impression la belle tourmente du trait, au fier contournement de la tte de l'oiseau de proie. Trois tortues, dont l'une nage en pleine lumire et se voit comme dans la clart cristalline d'un aquarium. Deux carpes: l'une remontant le rapide d'une cascade, l'autre en sortant. Deux grues dans la neige o le pourpre de la tte et le rose des ailes se dtachent du triste neutralteinte d'un ciel neigeux. Une merveilleuse impression dont il n'y a Paris que trois ou quatre preuves, parmi lesquelles une preuve admirable est dans la collection Manzi: une preuve qui vient de la collection Waka et qui, hlas! comme toutes les preuves qui viennent de cette collection, font mpriser les autres; une preuve o le vert des bouquets d'aiguilles des sapins, le brumeux du ciel, le blanc de la neige, le doux rose et le doux bleu des ailes des grues sont rendus dans une harmonie que nulle impression d'aucun pays au monde n'a jamais pu attraper,--et n'a jamais pu, la fois, en donner le dtachement et la fonte. De cette srie ferait encore partie l'impression de deux chevaux et d'un poulain, d'une furie, d'un emportement, d'un mors aux dents du dessin si extraordinaire, et la plus rare des cinq impressions faisant partie de la collection de M. Vever. Une autre suite, dont on ne connatrait que deux planches (H. 50, L. 28), et qui semble une srie des Mois de l'anne, deux planches, que j'ai rencontres seulement dans la collection Hayashi. Le premier mois. Deux femmes passant devant un temple suivies d'un serviteur portant un enfant. Le dixime mois. Un balayeur tendant un gteau un singe que regarde un enfant. Une autre suite de dix grandes planches (H. 20, L. 38), reprsentant des fleurs signes: _Hokousai I-itsou_. Des fleurs violettes.--Des camlias rouges.--Des volubilis.--Des pivoines.--Des chrysanthmes.--Des fleurs toiles.--Des iris.--Des hortensias.--Des datura.--Des pavots. Les Chrysanthmes, les Iris et les Pivoines, sous un coup de vent dans lequel vole un papillon, les ailes retournes: des planches admirables par le style apport la fleur par les Japonais seuls! Il existe encore une srie de dix autres planches de fleurs, d'un format plus petit. Parmi les planches isoles, citons encore: Une srie de petits paysages, dont il y a neuf planches dans la collection de M. Vever, signes _I-itsou, prcdemment Hokousa_, d'une perfection d'excution merveilleuse, et parmi lesquelles la reprsentation d'une pche, par une nuit toile, est un petit chef-d'oeuvre. Une desse Kwannon monte sur un lphant blanc, avec dans des cartouches un sanglier, un coq, des petits chiens; une impression qui pourrait bien faire partie d'une suite encore inconnue. Le lac Souwa pendant l'hiver et que des pitons et des gens cheval traversent sur la glace. Matsoushima, une baie seme de rochers couverts de pins, un des sites les plus pittoresques du Japon. Une carpe dresse toute droite, traversant dans l'eau des courants de lumire. Un roseau avec des fleurettes. Des pivoines rouges au milieu desquelles est une pivoine blanche, joliment gaufre. Enfin, dans une impression en couleur de la collection Bing (H. 45, L. 60), la plus grande impression en couleur que l'on connaisse et que le propritaire regarde comme unique, une poule, ses poussins, et le plus ornemental des coqs la queue en faucille. Citons encore six pices capitales faisant partie de la collection Vever. La premire, un diptyque reproduisant un pisode de mtamorphose du renard neuf queues en Impratrice du Japon, signe: _Hokousa_ (vers 1800). La seconde, une trs grande pice d'un format tout fait extraordinaire (H. 40, L. 51), dans la facture large et libre des sourimonos de Kito, reprsentant la danse de _n_ o figurent deux hommes et une femme qui joue du tambourin. Sign: _Hokousa, fou de dessin_. Enfin, une troisime impression, une merveille. Une des planches les plus mouvementes du matre, dans le coloriage le plus dlicatement harmonique, une planche en forme de kakmono (H. 64, L. 14). C'est un groupe de danseurs de la rue, prsent d'une faon pyramidale, et que surplombe en haut un danseur faisant de la musique avec son ventail contre le manche de son parasol ouvert, se continuant dans la gesticulation forcene de quatre hommes vus de dos et de face, et se terminant en bas par deux femmes dont l'une, les deux bras jets derrire elle, avec un retournement de la tte en arrire, offre la plus belle attitude mimodramatique. Sign: _Hokousa, fou de dessin_. XXXVIII Tout en publiant ces planches spares, Hokousa a continu, depuis 1804, publier de nombreux sourimonos, dont nous donnons un catalogue bien incomplet, mais en signalant les plus beaux, les plus importants, les plus originaux. 1805. Une srie des Potesses de six planches. Une srie des CINQ LMENTS. Une srie appele _Tjin_, du nom d'un Kami, o une mre levant, avec des bras de tendresse, un enfant au-dessus de sa tte, lui fait cueillir des fleurs de prunier. Une srie: LES DISTRACTIONS AU PRINTEMPS, srie d'un format un peu plus grand que le format ordinaire des sries de femmes, et du _faire_ le plus raffin. Cette anne tant l'anne du boeuf, des reprsentations de toute sorte de cet animal, comme un rocher qui en a la forme. Parmi les grandes planches: L'entre d'un temple o, la porte, un homme offre de l'eau aux fidles pour faire leurs ablutions. Un marchand forain prsentant, sur le seuil d'une habitation, des objets de toilette des femmes. La fte des poupes, avec une nombreuse exposition sur un dressoir de ces figurines en carton, et au milieu desquelles est dress un _ta_ pour la collation. 1806. Une srie de sept courtisanes, parmi lesquelles l'une d'elles, jouant du schamisn, est du plus heureux mouvement. Une srie intitule: LES DIFFRENTS PAYS, pays imaginaires, dont une estampe vous montre: _le Royaume des Femmes_, o un certain jour de l'anne, sous l'influence d'un vent d'Ouest, les femmes deviennent enceintes,--et toutes sont tournes vers le souffle de ce vent. Et, comme cette anne 1806 est l'anne du tigre, il y a des femmes qui portent des robes brodes de tigres. Parmi les grandes planches: Les sept dieux de l'Olympe japonais, sous la peau d'un immense lion de Core dont ils font les mouvements. Le paysage de l'autre cot de la Soumida, et o se voit le temple d'Asakousa. Un bateau charg de barriques de sak. 1807. Deux enfants qui luttent. Deux amoureux tendus l'un ct de l'autre, la femme fumant une pipette. Des natures mortes: deux poissons attachs une tige de bambou; un masque en carton, la face et le revers. 1808. Un trs petit nombre de sourimonos, parmi lesquels une grande planche reprsentant un cran, un bol, une pingle cheveux sur un plateau de laque. 1809. De petits sourimonos o sont des poissons, des coquilles, des plumes de faucon pour pousseter les choses dlicates. Parmi les grandes planches: La confection d'un tendard dont la devise est en blanc sur fond bleu, et laquelle travaillent six femmes, dans de jolies poses: un tendard qui va tre offert Ynoshima, au temple de la desse Bnten. 1810. Quelques petites natures mortes, entre autres un sourimono reprsentant des btons d'encre de Chine et une bote cachet. 1812[18]. Une nature morte reprsentant une coupe et un prsentoir en laque. [Note 18: Les annes non inscrites, sont des annes o l'on ne connat pas de sourimonos.] 1813. Okam lisant une lettre. 1816. Kintoki jouant avec des animaux. 1817. Des femmes habilles d'toffes damier le damier tant la mode cette anne. Une dame de la noblesse, accompagne d'une suivante, passant devant une grille o sont affichs des programmes de concert. 1818. Deux planches d'un format carr qui va devenir le format habituel des sourimonos. 1819. Dakokou se promenant au bord d'une rivire peuple de lzards fantastiques. 1820. Rapparition de nombreux sourimonos dont la production tait devenue assez rare dans les annes prcdentes, et sourimonos o, chose curieuse, apparat l'influence de Gakoutei et de Hokkei, les deux lves suprieurs de Hokousa. Une srie de monuments roulants de ftes qu'on trane dans les rues. Une srie de cinq potesses. Une srie intitule: COMPARAISON DE LA FORCE DES HROS DE LA CHINE ET DU JAPON. Parmi les planches dtaches: une jeune fille en train de tirer une preuve prs d'un graveur entaillant une planche; un Japonais tenant contre lui, pose sur une table de _go_, une lgante poupe japonaise aux colorations merveilleuses se dtachant d'un fond d'or harmonieusement vert-de-grise. Et nombre de natures mortes, comme un bol de laque noire et une bote de baguettes manger; comme une grande planche o sont groups un barillet de sak, une jonche d'iris et de chrysanthmes, un panier d'oranges,--un sourimono excut pour un banquet donn un lettr. 1821. Une srie intitule: LES FRRES DES SUJETS GUERRIERS DE LA CHINE ET DU JAPON; une srie rappelant les ressemblances entre les faits hroques de l'un et de l'autre pays. Une grande srie de mtiers dont on ne sait pas le nombre. Une srie d'industries des bords de la mer. Des natures mortes, parmi lesquelles une srie de coquilles. Une feuille isole reprsentant un grand serpent blanc, ce serpent porte-bonheur qu'on dit tre l'annonce d'un vnement heureux pour celui qui a la chance de l'apercevoir. 1822. Une impression curieuse. Deux normes perles jetant comme des rayons, deux perles apportes la reine Jing par la desse de l'Ocan sortie de son palais du Dragon: des perles qui avaient le pouvoir de faire baisser la mare et qui lui ont permis de s'emparer de la Core. Une srie de quatre planches intitule: QUATRE NATURES, parmi lesquelles un dessin de corbeau d'un grand caractre. Et comme cette anne o au bout de dix ans est revenu le cheval dans le calendrier japonais, ce retour a incit Hokousa faire une de ses sries les plus parfaites. Cette srie en l'honneur du cheval, o dans l'association des bibelots les plus divers, un objet comme un mors, une selle, rappelle le cheval, porte la marque d'une petite gourde imprime en rouge. Et ce rappel du cheval va jusqu' faire reprsenter Hokousa la rue des triers o l'on vend des images, le quai des curies o, sauf le nom, le cheval n'a rien faire. 1823. Une srie d'acteurs de cinq planches, d'acteurs l'imitation de Toyokouni, et qu'Hokousa signe: _I-itsou, le vieillard de Katsoushika faisant la singerie d'imiter les autres_. 1825. Deux grues au bord de la mer. 1826. La princesse Tamamo-no-mah, le renard neuf queues mtamorphos en femme et dont les neuf queues sont figures par le gaufrage de l'impression dans la trane de sa robe. 1829. Une femme cheval sur un boeuf. 1835. Un pcheur au bord de la mer, la pipette la bouche, une ligne entre ses jambes croises l'une sur l'autre. Hayashi, dans ce vieillard chauve, au nez retrouss, la bouche railleuse, la physionomie d'un Kalmouck ironique, serait dispos voir un portrait d'Hokousa. Et il serait amen cette hypothse par la lgende de la planche, qui est celle-ci: _Quelle nouvelle chose que de voir pousser la jeune marie_ (le nom d'une espce de salade de l-bas) _dans le sable de la plage!_ Or, cette impression en couleur est faite pour le Jour de l'An de l'anne qui a suivi celle o l'on verra que Hokousa est parvenu arrter les fredaines de son petit-fils et le marier, et dans ce mot double sens il exprimerait la joie que lui a cause l'entre dans la maison de la jeune marie de son petit-fils. XXXIX propos de ce portrait hypothtique d'Hokousa, avouons l'incertitude o l'on se trouve relativement un portrait bien authentique du Matre. Le portrait d'Hokousa, en compagnie du romancier Bakin, donn dans le catalogue Burty, d'aprs une estampe de Kouniyoshi, n'est pas plus un portrait que le croquis le reprsentant agenouill, offrant l'diteur son petit livre jaune de LA TACTIQUE DU GNRAL FOURNEAU OU DE LA CUISINE AU HASARD. On n'aurait du grand artiste ni un portrait de sa jeunesse, ni un portrait de son ge mr; il n'existerait que le portrait donn par la biographie japonaise de I-ijima Hanjr, un portrait de sa vieillesse conserv dans la famille et qui aurait t peint par sa fille Oyi, qui signe Ohi. C'est un front sillonn de rides profondes; des yeux la patte d'oie, aux poches de dessous tumfies et o il y a, en leur demi-fermeture, comme un peu de cette bue que les sculpteurs de ntzks mettent dans le regard de leurs asctes; c'est un grand nez dcharn; c'est une bouche dmeuble la rentre sous le pli de la joue; c'est le menton carr d'une volont rsolue, attach au cou par des fanons. Et, travers la coloration de l'image qui imite assez bien le ton d'une vieille chair, ce sont les blancheurs anmies des poches des yeux, de l'entour de la bouche, des lobes de l'oreille. Ce qui vous frappe dans cette tte d'homme de gnie, c'est la longueur du visage, des sourcils au menton, et le peu d'lvation et la fuite cabosse du crne,--un crne qui n'est pas du tout europen, avec sur les tempes de rares petits cheveux ressemblant aux herbettes de ses paysages. Un autre portrait d'Hokousa, dont un fac-simil a t galement publi dans le _Katsoushika dn_, nous le reprsente vers l'ge de 80 ans, prs d'un pot pisser, accroupi sous une couverture, laissant voir un bout de profil d'une vieille tte branlante et que dpassent des jambes ayant la maigreur de jambes de phtisique. Et voici quelle serait l'origine de ce portrait. L'diteur Souzamb ayant command Hokousa l'illustration des CENT POTES, l'artiste, avant de commencer son travail, envoyait un spcimen, l'effet de dterminer le format de la publication et, sur ce spcimen, son pinceau jetait ce _portrait-charge_. XL En 1833 Hokousa publie _Tshisn Yhon_, LES POSIES (de la dynastie) DES THANG. La premire srie, dite en cinq volumes, comprend les posies chinoises, en cinq caractres chinois par ligne, littralement cinq mots. La seconde srie, dite galement en cinq volumes, et parue en 1836, contient le recueil des posies en sept mots par ligne. Un sujet d'tonnement pour les Chinois, c'est l'exactitude avec laquelle Hokousa, qui n'a jamais t en Chine, s'est assimil le costume, le port du corps, le caractre de la tte des habitants du Cleste Empire. Ces dix volumes contiennent des dessins du meilleur temps d'Hokousa: ainsi la femme chinoise dans le somptueux luxe de ses robes; ainsi une carpe panache monumentale, qui a la puissance et la solidit d'un dessin fait d'aprs une sculpture; ainsi un amusant croquis de trois ivresses: l'ivresse de l'ivrogne qui rit, l'ivresse de l'ivrogne qui se fche, l'ivresse de l'ivrogne qui pleure. Mais peut-tre, parmi ces dessins, les plus russis, ce sont des croquis rendant, d'une manire fidle, l'admiration de la nature chez ces peuples de l'Orient: des renversements, la tte en arrire, d'hommes couchs, appuys sur leurs coudes; des rveries en face de paysages, d'hommes debout, les mains dans les manches de leurs bras, derrire le dos. Parmi ces planches admiratives, il est une vue de dos d'un homme, appuy sur la traverse d'une baie qui donne sur un lac, disant toute la jouissance intrieure de cet amoureux de la nature. XLI En 1834[19] Hokousa illustre le _Yhon Tchki_, DEVOIRS ENVERS LE MATRE, texte chinois avec commentaires de Ranzan. [Note 19: la date prsume de cette anne, auraient paru en feuilles spares: Une srie d'crans, avec le titre dans un mdaillon. Une srie intitule _Skkei-Kiran_, VUES PITTORESQUES DES PAYSAGES DISTINGUS, srie tire en bleu clair, o se rencontre une curieuse vue d'un bain public sur une route. Une srie intitule _Shkei Stsou guekkura_, VUES DISTINGUES DE LA NEIGE, DE LA LUNE, DES FLEURS. Srie probablement de 9 feuilles en largeur, dont 3 pour la Neige, 3 pour la Lune, 3 pour les Fleurs. Jolie coloration. Srie, qui aurait t prcde deux ans avant, en 1832, de Ruiki Hakkei, runion de huit paysages, d'une facture un peu maigriote.] Un volume de morale, tout rempli d'exemples d'hrosme et d'abngation, et o une planche reprsentant des courtisans saluant un roi donne une ide du respect des fronts et des chines courbs, en cette patrie de la vnration. Les gravures, l'incision la fois trs douce et trs nette, sont de Souguita Kisouk. En 1834 Hokousa illustre le _Yhon Kki_, LA PIT FILIALE, un ancien trait de morale chinoise entr dans l'ducation japonaise: un trait publi en deux volumes, avec texte chinois et japonais. La premire planche portraiture Confucius, la seconde son disciple bien-aim Sshi. Une planche curieuse, c'est la figuration des quatre classes du Japon reprsentes par un membre de la premire classe, un guerrier en train de lire un livre pos sur un pupitre;--un membre de la seconde classe, un paysan, en train de lire un livre attach sa bche;--un membre de la troisime classe, un ouvrier, un graveur, faisant sauter coups de maillet des morceaux de bois d'une planche qu'il entaille;--un membre de la quatrime classe, un marchand, un libraire faisant ses comptes. Puis, un peu la diable travers l'illustration, ce sont des tireurs, des jongleurs, des danseuses, au milieu desquelles se trouve, comme dernire planche, une composition tout fait amusante: une grande lettre ayant l'air d'un monument de pierre et en forme d'une croix double branche sur laquelle sont monts, grimps, accrochs, un tas de petits bonshommes qui, dans toutes les attitudes, la nettoient, la grattent, la brossent, l'inondent de l'eau d'une pompe. Cette grande lettre, c'est le caractre signifiant la pit, et ce nettoyage veut dire qu'on doit _nettoyer sa pit_, ainsi que nous disons chez nous qu'il faut garder sa conscience pure. XLII En 1834 parat le premier livre des CENT VUES DU FOUZI-YAMA, _Fougakou Hiakkei_, un premier livre suivi d'un second, d'un troisime volume et o Hokousa a apport dans ses dessins une science, un art, une observation humoristique tout fait suprieure, et dont les gravures, excutes par Ygawa, le graveur prfr par Hokousa, sont de petits chefs-d'oeuvre. Cette clbration par l'illustration du grand artiste de la montagne vnre du Japon, de la montagne aux 12 450 pieds, n'est pas tant une reprsentation des ascensions qui ont lieu, chaque anne, pendant les grandes chaleurs, que cent fois la montre de la montagne, vue de Ydo, et des campagnes au nord, au sud, l'est, l'ouest du Fouzi-yama. La premire planche est la figuration de la desse du Japon, Konohana-Sakouya-him (_princesse de la fleur panouie_), la divinit du Fouzi-yama: dessine sa noire chevelure pandue dans le dos et tenant d'une main un miroir, de l'autre une branche d'arbuste, dans une ample robe dont les cassures font ses pieds comme des vagues. La seconde planche nous fait voir des groupes de Japonais accroupis ou agenouills, se montrant dans la stupfaction la grande montagne, l o il n'y en avait pas: planche faisant allusion au jaillissement de la montagne sous l'empereur Krei (285 ans avant Jsus-Christ), au moment o, cent lieues de l, se creusait le lac Biwa. Dans la troisime planche, c'est le premier ascensionniste de la montagne, le prtre bouddhique Yennoguija, tenant contre un bras le bton la poigne noire, ayant l'autre enlac dans un chapelet, et reprsent dans les nuages du sommet de la montagne. Et commencent les planches de la premire srie. Dans celle-ci, la monte en une gorge troite d'une arme de plerins dont on ne voit que les grands chapeaux de jonc, portant deux caractres signifiant Fouzi et, dans celle-l, leur descente vertigineuse sur les grands btons en une dgringolade mouvemente. C'est suivi d'une planche reprsentant, avec une furia extraordinaire, une ruption de 1707 semblable l'explosion d'une mine, et jetant dans le noir du ciel des poutres, des tonneaux, des cadavres briss. Cette ruption qui a fait pousser sur la droite du Fouzi-yama un petit mamelon, amne une planche caricaturale o un Japonais explique un Japonais, afflig d'une norme loupe la joue, qu'il est arriv la montagne ce qui est arriv sa joue. Et cela est dit dans un groupe de Japonais qui se tordent de rire. Puis des planches o commence la reprsentation de vues actuelles: la vue du Fouzi-yama vu dans le brouillard, une planche merveilleuse d'effet, comparable la planche du brouillard de Gakoutei. Et c'est la vue du Fouzi-yama travers le grle feuillage de saules pleureurs,--la vue du Fouzi-yama, entrevue une fois du petit balcon existant sur le toit de toutes les habitations de Ydo pour observer les incendies, entrevue au milieu d'un ciel coup par les banderoles de la fte des toiles; entrevue, une autre fois, d'une rue de Ydo, emplie de la promenade joyeuse des Manza, un premier Jour de l'An;--la vue du Fouzi-yama, d'Ohmori, de la baie de Ydo, au-dessus des roseaux de la Soumida;--la vue du Fouzi-yama, d'une hutte de la campagne pour surveiller et loigner les oiseaux;--la vue du Fouzi-yama, avec le coucher d'un soleil, au rayonnement remplissant le ciel;--la vue du Fouzi-yama, parmi la floraison des cerisiers du printemps sous lesquels, la porte d'une maison de th, une Japonaise fait de la musique au milieu d'une collation en plein air;--la vue du Fouzi-yama, travers les champs de riz de l'automne. Dans le second volume, il est des compositions o des noirs rembranesques, admirablement rendus par le graveur, en font des planches du plus grand caractre. Ainsi, la navigation dans un de ces curieux bateaux primitifs sur un lac de la province de Shinano, ainsi, l'ascension du dragon montant au ciel pendant l'orage, ainsi la Vague avec, pour ainsi dire, les griffes de sa crte, ainsi le faucon tripant un faisan, ainsi l'averse avec un clair mettant son zigzag dans la nue qui va crever, ainsi le Fouzi-yama dans la nuit, au-dessus d'un chien hurlant la lune. Et, opposes ces planches de nuit et de pnombre, les jolies planches de clart lumineuse, comme celle qui a pour titre: _Les trois blancs_; le blanc du Fouzi-yama, le blanc d'une grue, le blanc de la neige sur les sapins. Et encore le paysage du dessous des grands bambous, le paysage des sept ponts, le paysage maritime de Shimada-ga-hana aux pilotis pittoresques si spirituellement croqus; enfin la planche curieuse o bien certainement Hokousa s'est reprsent en train de peindre le Fouzi-yama, accroupi sur un carton pendant que deux de ses compagnons ouvrent des caisses et qu'un troisime fait chauffer du sak dans un chaudron accroch trois bambous nous dans le haut. Et au milieu de ces paysages, de savantes tudes d'hommes et de femmes; l'tude des bcherons attachs par le milieu du corps des branches d'arbres qu'ils coupent au-dessus de leurs ttes; l'tude de ces deux Japonais dont l'un montre l'autre par un chssis relev une vue du Fouzi-yama, tude qui a pour titre: _La premire ide d'un kakmono_; l'tude des plerins dans une des grottes du haut du Fouzi-yama servant d'endroit coucher pour l'ascension; l'tude du pote antique s'inspirant devant la clbre montagne et assis sur un terrain la vgtation de fantaisie toute diffrente du rel paysage du fond; l'tude puissante de Nitta tuant le sanglier monstre; enfin l'tude charmante de ce Japonais fatigu de la lecture, regardant, la tte renverse entre l'tirement de ses deux bras, la reposante montagne. Et toutes ces reprsentations vous donnant voir, dans chaque planche, le Fouzi-yama de tous les cts, et travers des filets, des grillages, une toile d'araigne, et non seulement dans son altitude droite, mais encore dans le renversement de cette altitude. Ainsi, dans le premier volume, une planche le montre, la tte en bas dans les eaux d'un lac o une troupe d'oies sauvages est en train de prendre son vol. Dans ce second volume, ce renversement a fourni l'imagination du peintre un motif tout fait joli. Un Japonais qui va boire une coupe d'eau s'arrte un moment tonn et charm devant le microscopique cne de la montagne reflt dans l'eau qu'il porte ses lvres. La premire planche du troisime volume, c'est la lutte corps corps, au IIe sicle, des deux guerriers, Kawazou et Matano, en vue du Fouzi-yama. Et tout le volume continue tre la reprsentation de la montagne, l'aube, par la pluie, par la brume, par la tombe de la neige, et vue de la grande cascade, et vue d'un monument sinthoste o jaillit du creux d'un arbre l'eau pour la purification de la prire, et vue de l'observatoire de Ydo, et vue enfin, de la Core. Et dans ces planches: le beau dessin d'un cerf bramant; le dessin mouvement de la cavalcade de l'ambassade corenne apportant son tribut; le dessin curieux de ces deux gigantesques sapins de la province Yashi se rejoignant dans le ciel, et sur la tte desquels, par la neige, se fait un chemin parcouru par des voyageurs trouvant au milieu de la route une auberge; et la dernire planche, comme le dit l'inscription en tte: c'est le _Fouzi-yama fait d'un seul coup de pinceau_. Le premier volume de la premire dition appele l'dition _la plume de faucon_, par suite de la reprsentation d'une plume de cet oiseau sur la couverture, dition rare, a paru en 1834, le second volume en 1835. De cette dition on ne connat pas le troisime volume. Cette premire dition tait tire en noir, mais peu de temps aprs paraissait une dition alors compose des trois volumes o le tirage en noir tait teint d'une teinte bleutre dont le lger azurement sur le papier crme du Japon fait le passage le plus harmonique des blancs aux noirs des gravures. Les deux ditions sont signes: _la Vieillard fou de dessin, prcdemment Hokousa-I-itsou g de 75 ans_. XLIII Vers la fin de 1834 de graves ennuis tombrent dans la vie du vieux peintre. Hokousa avait mari sa fille Omiyo, qu'il avait eue de sa premire femme, avec le peintre Yanagawa Shighnobou. Du mariage naquit un vrai vaurien dont les escroqueries toujours payes par Hokousa furent une des causes de sa misre pendant ses dernires annes. Mme peut-tre, par suite d'engagements pris par le grand-pre pour empcher son petit-fils d'aller en prison, engagements qu'il ne put tenir, il se trouva oblig de quitter Ydo en cachette, de se rfugier plus de trente lieues de l en la province Sagami, dans la ville d'Ouraga, cachant son nom d'artiste sous le nom vulgaire de _Miouraya Hatiymon_, et mme de retour Ydo, n'osant, dans les premiers temps, donner son adresse et se faisant demander sous la dnomination du prtre-peintre emmnag dans la cour du temple Mei--in, au milieu d'un petit bois. Cet exil, qui dura de 1834 1839, nous a valu la publication de quelques lettres intressantes du peintre ses diteurs. Ces quelques lettres nous font entrer dans les tribulations causes au vieil homme par les coquineries de son petit-fils, nous peignent le dnuement de ce grand artiste se plaignant, par un rude hiver de n'avoir qu'une seule robe pour tenir chaud son corps de septuagnaire, nous dvoilent ses tentatives d'attendrissement des diteurs par la mlancolique exposition de ses misres illustre de gentils croquetons, dvoilent quelques-unes de ses ides sur la traduction de ses dessins par la gravure, nous initient la langue trivialement image avec laquelle il arrivait faire comprendre aux ouvriers chargs du tirage de ses impressions, le moyen d'obtenir des tirages artistiques. En 1834 Hokousa adresse cette lettre ses trois diteurs, Kobayashi, Hanabousa et Kakoumarouya: _tant en voyage, je n'ai pas le temps de vous crire sparment, et vous adresse vous trois cette seule lettre que je vous prierai de lire tour tour. Je ne doute pas que vous voudrez bien accorder au vieillard les demandes qu'il vous adresse, et j'espre que dans vos familles vous vous portez tous bien. Quant votre vieillard, il est toujours le mme, la force de son pinceau continue augmenter et faire, plus que jamais, diligence. Quand il aura cent ans, il entrera dans le nombre des vrais dessinateurs_. Alors le vieux peintre signe longuement: _l'ancien Hokousa_, _le vieillard fou de dessin_, _le prtre mendiant_, et sa lettre est pour ainsi dire tout entire dans ce post-scriptum: Pour le livre des GUERRIERS (sans doute le _Yhon Sakigak_, imprim et grav par Ygawa), je vous prie, vous trois, de le donner Ygawa Tomkiti. Quant au prix, vous vous arrangerez directement avec lui. La raison pour laquelle je tiens absolument que la gravure soit de Ygawa, c'est que, soit la Mangwa, soit les Posies, certes les deux ouvrages sont bien gravs, mais ils sont loin d'avoir la perfection des trois volumes du Fouzi-Yama, gravs par lui. Or, si mon dessin est grav par un bon graveur, a m'encourage travailler et, si le livre est russi, c'est aussi votre avantage, parce qu'il vous rapporte plus de bnfices. De ce que je vous recommande si chaudement Ygawa, n'allez pas croire que c'est pour toucher une commission: ce que je recherche, c'est la nettet de l'excution, et ce serait une satisfaction que vous donneriez au pauvre vieillard qui n'a plus bien loin aller. (_Ici le peintre se dessine, sous l'aspect d'un vieillard marchant appuy sur deux pinceaux au lieu de bquilles_.) Quant l'HISTOIRE DE AKYAMOUNI (publie en 1839), Souzanb m'a promis de la faire graver par Yyawa, et j'ai dessin en me basant sur ce choix: le tournant des cheveux chez les Indiens tant trs difficile graver, et mme la forme des corps, et il n'y a absolument que Ygawa qui puisse excuter ce travail. Hanabousa, lors de sa visite, il y a dj quelque temps, m'a dit, en me commandant les GUERRIERS, qu'il ne me laisserait plus dans l'inoccupation, et je lui rappelle sa bonne parole. Vous avez command ma fille une illustration des CENT POTES, mais j'aime mieux dessiner ce livre, que j'entreprendrai moi-mme aprs avoir fini les GUERRIERS. Pour le prix, nous nous entendrons, tant par pote, mais n'est-ce pas? il est convenu d'avance que ce sera Yegawa qui gravera le livre. Et la lettre se termine par un croqueton o il salue ses diteurs. Une autre lettre d'Hokousa, adresse l'diteur Kobayashi, et qui serait date du dixime mois de l'anne 1835: Je suis rest sans vous demander de vos nouvelles, mais je suis heureux de savoir que vous tes en bonne sant. Quant moi, j'ai vu le dlinquant, l'incorrigible qui va retomber sur moi. Et depuis il m'a fallu runir des conseils d'amis et de famille; enfin j'ai trouv un rpondant (_quelqu'un qui a pris la responsabilit de le surveiller_). Nous allons lui faire tenir une boutique de poissons, et nous lui avons aussi trouv une femme qui va arriver ici dans deux ou trois jours. Mais tout cela est toujours mes frais. C'est par ces empchements que je suis en retard, pour dessiner le SOUKODN et TSHISN (les posies des Thang), dont j'ai commenc seulement les esquisses; je vous enverrai cependant, quelques dessins, et dans ce cas-l je compte sur... _Ici, le peintre dessine une main tenant une pice d'argent_. Une autre lettre sans date, adresse l'diteur Kobayashi: Dans les tons clairs de l'encre de Chine, je supprime toutes les dgradations. Car, si a va tout seul au bout du pinceau, pour le peintre, l'ouvrier tireur des planches peut peine faire deux cents exemplaires dgrads: au del de ce nombre c'est impossible sur le mme bois. Et pour ce ton de l'encre claire, faites-le le plus clair possible: la tendance au fonc rendant le tirage dsagrable l'oeil. Dites l'ouvrier que le ton de l'encre claire doit tre de mme que la soupe aux coquilles c'est--dire claire comme tout. Maintenant, pour le ton de l'encre demi-fonce, si on tire trop clair, a te de la puissance la teinte et c'est le cas de dire l'ouvrier tireur que la teinte demi-fonce doit avoir une tendance paisse, un peu semblable la soupe aux haricots. En tout cas, j'examinerai les essais mais, ds prsent je recommande ces dtails parce que je veux arriver avoir une bonne cuisine de mes dessins. Une dernire lettre d'Hokousa, crite au commencement de l'anne 1836, et adresse l'diteur Kobayashi d'Ouraga. Cette lettre, crite propos du Jour de l'An, a en tte un croqueton o le peintre en costume officiel, entre deux branches de sapin, fait une grande rvrence. Il y a plusieurs portes o je dois exprimer mes souhaits du Jour de l'An, donc je reviendrai un autre jour, et au revoir, au revoir... Mais, en attendant, pour ce qui regarde les dessins graver, adressez-vous pour les dtails Ygawa, toutefois vous trouverez plus loin une recommandation pour les autres graveurs. Je vous remercie de vos prts frquents. Je pense qu'au commencement du second mois de l'anne je serai puis de papier, de couleurs, de pinceaux, et que je serai forc d'aller Ydo, en personne, alors je vous rendrai visite en cachette et je vous donnerai, de vive voix, tous les dtails dont vous pouvez avoir besoin. Par cette rude saison, surtout dans mes voyages, que de choses dures, et entre autres, passer ce grand froid avec une seule robe, mon ge de 76 ans. Je vous prie donc de songer aux tristes conditions dans lesquelles je me trouve; mais mon bras (_ici un croqueton de ce bras_) n'a nullement faibli, et je travaille avec acharnement. Mon seul plaisir c'est de devenir un habile artiste. Ici, sa lettre finie, il la date du dix-septime mois, et se reprsente, dans un croquis microscopique, saluant humblement entre son chapeau et son dessin poss terre. Mais Hokousa aime les _post-scriptum_, et la lettre continue: Je recommande au graveur de ne pas ajouter la paupire en dessous quand je ne la dessine pas; pour les nez, ces deux nez sont miens (_ici le dessin d'un nez de profil et de face_) et ceux qu'on a l'habitude de graver sont des nez d'Outagawa que je n'aime pas du tout, et qui sont contraires aux rgles du dessin. Il est aussi de mode de dessiner les yeux ainsi (_et ce sont des dessins d'yeux avec un point noir au milieu_), mais je n'aime pas plus ces yeux que les nez. Hokousa termine sa lettre par cette phrase: _Comme ma vie, dans ce moment, n'est pas au grand jour, je ne vous cris pas ici mon adresse_. Enfin une lettre de 1842, adresse aux diteurs Hanabousa Heikiti et Hanabouza Bounz, aprs son retour Ydo o il continue se tenir cach: Je vous remercie mille fois de votre dernire visite amicale, et aussi de ne pas abandonner le vieillard, et encore de vos bonnes trennes. Depuis le printemps dernier, mon dbauch de petit-fils a eu une conduite dplorable, et j'ai d, tous les jours, m'occuper nettoyer les suites de sa sale vie, et j'tais au moment de le mettre la porte. Mais il s'est trouv, comme toujours, des personnages bien trop indulgents qui m'ont fait patienter jusqu'au jour d'une dernire et plus grosse faute. Toutefois, au commencement de cette anne, j'ai d le faire prendre par son pre Yanagawa Shighenobou et conduire dans la province de Montzou (_une province du Nord_) mais il est bien capable de s'tre chapp en route. En attendant, a me donne respirer un peu. Voici les raisons qui m'ont empch d'aller vous remercier du livre de SOGA MONOGATARI (_livre ancien prt_). Ce nouvel an, je n'ai ni sou ni vtement, et j'arrive seulement me nourrir tant bien que mal, ne voyant mon vrai nouvel an de cette anne qu'au milieu de son second mois. Au deuxime mois de l'anne dernire, quand Yeiboun est venu me voir, j'avais dj deux volumes termins du SOUIKO (_roman en 90 volumes commenc en 1807_), mais je n'ai pu avancer davantage. En somme, j'ai perdu une anne tout entire grce mon coquin de petit-fils, et je regrette cette prcieuse anne perdue. Je garde longtemps votre SOGA MONOGATARI, mais je vous prierai de me laisser jusqu'au second mois, o je vous rendrai visite. Autre recommandation. Envoyez-moi, le plus tt possible, la soie pour peindre la desse Daghinitn (_la desse reprsente monte sur un renard_) car le temps passe rapide comme la flche, et vous m'avez demand que cette peinture vous soit livre dans le second mois. Si le texte de GWADN est prt, envoyez-le-moi, et quand vous m'enverrez la soie, joignez-y le prix de l'illustration des deux volumes de GWADN. Quand vous viendrez, ne demandez pas Hokousa, on ne saurait pas vous rpondre, demandez le prtre qui dessine et qui est emmnag rcemment dans le btiment au propritaire Gorobei, dans la cour du Temple Mei--in, au milieu du buisson (_petit bois d'Asakousa_). XLIV Tant de reprsentations de combats, de luttes corps corps, de duels hroques parpills dans tout l'oeuvre d'Hokousa, racontant le pass militaire du Japon, ne satisfaisaient pas le matre. Sur la fin de sa vie, il voulut des albums particuliers consacrs tout entiers ces hommes de guerre la fois terribles et doux, dont les ANNALES DU JAPON nous dcrivent le type dans ce portrait de Tamoura-maro: C'tait un homme trs bien fait; il avait 5 pieds 8 pouces de haut, sa poitrine tait large de 1 pied 2 pouces. Il avait les yeux comme un faucon et la barbe couleur d'or. Quand il tait en colre, il effrayait les oiseaux et les animaux par ses regards; mais, lorsqu'il badinait, les enfants et les femmes riaient avec lui. Oui, Hokousa voulut dessiner des albums montrant uniquement ces guerriers arms de sabres au dire des lgendes coupant des boeufs en deux, sous des masques de mtal, dans des cuirasses, des paulires, des brassards, des gantelets, des jambires, comme fabriqus sur le moulage du corps et que l'acier le plus souple uni la soie la plus rsistante--et plus tard les pices articules, sortant de l'atelier de la famille Mitchin, --enfermaient dans un vtement de fer laissant aux membres toute la libert des mouvements que jamais ne donna l'armure moyenageuse de l'Europe. Donc en 1835 Hokousa publia un premier album, bientt suivi de deux autres, o la mythologie guerrire se mle l'histoire batailleuse des premires dynasties de la Chine et du Japon. Ce premier album a pour titre: _Wakan Homar_, LES GLOIRES DE LA CHINE ET DU JAPON, et devrait avoir en tte la curieuse prface que Hokousa a crite pour l'ILLUSTRATION DES PERSONNAGES DE SOUIKODN, et que voici: Je trouve que dans toutes les reprsentations japonaises ou chinoises de la guerre, il manque la force, le mouvement, qui sont les caractres essentiels de ces reprsentations. Attrist de cette imperfection je me suis brl y remdier et y apporter ce qui manquait... Il y a indubitablement dans mes dessins des dfauts, des excs, mais tout de mme mes lves veulent s'en servir comme modles. Sur la premire page des GLOIRES DE LA CHINE ET DU JAPON est un Mars bouddhique, aux cheveux droits sur la tte, aux sourcils et aux moustaches colreusement retrousss, se dtachant d'un grand nimbe dans son armure ornementale. Puis se succdent les gravures d'Isanaghi, le premier homme de la terre du Japon tuant Kagoutsouti, le mauvais gnie de la contre; de Foumeitchja, mettant en fuite le renard neuf queues; du soldat Sadayo, tout perc de flches et mourant en enfonant des deux mains son sabre dans le corps d'un ennemi tendu sous lui; du Dieu du tonnerre s'humiliant devant la hache monstrueuse de Kintoki; de Yorimitsou, qui vient de trancher la tte du gant de la montagne de Ohyyama: tte qui est en train de retomber et d'aller se ficher sur les cornes du casque du jeune guerrier; de l'intrpide explorateur qui entra le premier dans la grotte du Fouzi-yama et que l'on voit la parcourir la torche la main; du cavalier Ogouri Hangwan, faisant assembler les quatre pieds de son cheval sur la tablette d'un troit jeu de _go_; du gnral Yoshisada demandant au gnie de l'Ocan, dans la logette faite par la courbe d'une vague, demandant de retirer la mare pour laisser passer son arme. Sur la dernire page se voit un peintre qui lve en l'air, d'une seule main, une masse ficele de rouleaux de sapques au bout desquels est fich son pinceau--une allusion d'Hokousa, je crois bien, la force qu'il dpense dans ses dessins. L'anne suivante, en 1836, un jour de printemps... mais coutez Hokousa lui-mme: _Pendant que je profitais d'un beau jour de printemps, dans cette anne de tranquillit, pour me chauffer au soleil, j'eus la visite de Souzambo_ (son diteur), _qui venait me demander de faire quelque chose pour lui. Alors j'ai pens qu'il ne fallait pas oublier la gloire des armes, surtout quand on vivait en paix et, malgr mon ge qui a dpass soixante-dix ans, j'ai ramass du courage pour dessiner les anciens hros qui ont t des modles de gloire_. Le livre pour lequel Hokousa ramasse sa vieille nergie s'appelle _Yhon Sakigak_, LES HROS. Et tour tour dfilent l'Hercule mythologique Tatikarao-no-mikoto, portant un rocher sur sa tte; le premier Empereur du Japon regardant son hritier dormant entour d'un norme dragon; le ministre Moriya, battant un prtre bouddhique, aprs avoir jet terre la table et les crits religieux qu'elle portait; le guerrier Hira-no-Hsh tuant l'araigne monstre ressemblant une norme pieuvre; le guerrier Shki en train d'trangler un diable; le mangeur d'enfants Mashukoub, tenant par les pieds un enfant dont il ouvre le ventre au-dessus d'une marmite qui recueille le sang; le guerrier Bnkei portant une cloche au haut de la montagne Ishiyama; la divinit bouddhique Foud, symbolisant la fermet de la conviction que ne peuvent branler ni le feu ni l'eau o son corps est la fois plong; la guerrire Hangakou qui crase un guerrier sous un tronc d'arbre. Une suite des HROS parat, la mme anne, 1836, sous le titre de: _Yhon Mousashi Aboumi_; LES TRIERS DU SOLDAT, une suite o l'effort d'Hokousa est d'tudier l'armure sur le corps du guerrier et de montrer la vie, le mouvement, communiqus cet habit de fer par l'attaque et la dfense de la vie: conqute que se vantait d'avoir faite Hokousa dans le dessin. Et rien, dans les TRIERS DU SOLDAT, que des hommes et des femmes sous l'armure. C'est l'impratrice Jing, une tte coupe ses pieds, en train de tendre son formidable arc; c'est le prince Yamatodak qui vient de tuer le chef ennemi sous un dguisement de femme; c'est un gnral japonais bless par une flche qui est ses pieds, et qui envoie dans le camp ennemi, celui qui l'a bless, un colossal _ta_ et une cruche monumentale de sak: un acte de courtoisie militaire trs commune en ces temps; et ce sont des combats o, sous le harnachement de fer des cavaliers, se cabrent des chevaux hirsutes et chevels, aux yeux de feu, la robe toute noire, pareils des coursiers de l'rbe. ces planches consacres la guerre il faudrait encore ajouter cinq feuilles de guerrier sur fond bleu, avec des verts, des rouges, des jaunes un peu criards, sur les armures. Kamakoura Gongoro tuant Torino-oumi Yasabr. Watanab-no-Tsouna tuant Ynokouma ayemon. Kousounoki Tamomarou se battant avec Yaono Bett. Ohtomono Soukoun arrtant Ohtomono Mahtori. Onikojima Yatar disputant une cloche avec Sah-in. XLV En 1835 Hokousa illustrait le _Yhon Snjimon_, MILLE LETTRES ILLUSTRES, un ancien ouvrage chinois entr dans l'ducation japonaise et dont la traduction japonaise est donne en regard du texte chinois. Deux espces de jolis culs-de-lampe: des enfants, dont l'un est sur le dos de sa mre, en contemplation devant les ombres chinoises d'une lanterne, et deux enfants entrevus sur une barque moiti cache par les nnuphars d'un tang. A ct de ces culs-de-lampe, un beau dessin reprsente la veuve de Kousounoki Masashigh, levant en l'air le rouleau o est le testament de son mari et arrtant son fils au moment o il va se tuer. En 1837, dans le _Nikk sanshi_, GUIDE DE NIKK, la montagne o sont enterrs les premiers shgouns de Tokougawa, un recueil de 5 volumes dont l'illustration est due la collaboration de plusieurs artistes, Hokousa publie deux paysages d'aprs la cascade de Ridzou (tte de dragon): deux grandes planches, o la fuse blanche de l'armature des arbres se dtache, d'une manire remarquable, sur le noir de la feuille. XLVI Tous les arts descendant du dessin, Hokousa veut que son imagination aille ces arts, que son pinceau y touche, que sa main en donne des modles. C'est ainsi qu'en 1836, le vieux peintre qui signe: _le vieillard fou de dessin_, publie le _Shin-Hinagata_, NOUVEAUX MODLES DE DESSINS D'ARCHITECTURE, et crit en tte cette prface: Depuis l'antiquit, l'homme a copi la forme des choses: ainsi dans le ciel il a pris le soleil, la lune et les toiles, et sur la terre les montagnes, les arbres, les poissons, et puis les maisons, les champs; et ces images simplifies, modifies, dnatures, sont devenues les caractres de l'criture. Mais celui qui se fait appeler un dessinateur doit respecter la forme originale des choses, et, ce dessinateur, quand il dessine les maisons, les palais, les temples, il est de toute ncessit qu'il sache comment les charpentes sont agences. Il existait un ouvrage fait par un architecte, sous ce titre: LES MODLES DE L'ARCHITECTURE, mon diteur m'a demand de dessiner le second volume. Le premier a t fait par un homme du mtier, avec des donnes techniques. Moi, ce que j'ai fait dans ce volume est plutt du domaine de l'art; toutefois si, grce mon enseignement, les jeunes dessinateurs arrivent ne pas faire un chat la place d'un tigre, un tombi la place d'un faucon, quoique mon travail ne soit qu'un caillou ct d'une montagne, je serai glorieux de ce rsultat devant la postrit. Et, l'appui de la prface, aprs la reprsentation du fil plomb, ce sont des modles de constructions en bois la lgre et lgante menuiserie; ce sont des terrasses aux balcons compltement ajours, aux escaliers ariens; ce sont des toits aux souplesses courbes d'une toile de tente, avec de jolis auvents de bambous; ce sont des modles de cloches pour bonzeries, au bronze sillonn de dragons fantastiques de la mer; ce sont de riches frontons forms de deux normes _ta_ et affronts; ce sont des ponts de cordage passant au-dessus des arbres; ce sont des lanternes de jardin faites de la pyramide de trois enfants japonais monts l'un sur l'autre; ce sont les dveloppements d'un temple bouddhique dans toute sa hauteur:--dessins prcds de la figuration, en son riche et nobiliaire costume, de l'architecte officiel du palais imprial et des charpentiers travaillant sous ses ordres. Le volume grav par Ygawa, l'habile graveur des CENT VUES DU FOUZI-YAMA, eut une seconde dition, faite postrieurement et teinte de rose. A la fin de l'dition en noir l'diteur annonait la publication de trois volumes qui devaient suivre et qui n'ont pas paru. Dtail curieux, le professeur d'architecture d'Hokousa fut un des lves de son atelier, nomm Hokou-oun, qui s'assimila tellement la manire de son matre qu'il publia une MANGWA o des pages de croquis seraient donnes par les plus fins connaisseurs Hokousa. Mais ce n'a pas t seulement de la forme et du contour de l'habitation qu'a t proccupe la pense artistique d'Hokousa, il a donn des heures de son pinceau la dcoration des objets de la vie intime de son temps, cherchant faire, ainsi que cela a t dans notre socit du moyen ge, un objet d'art de tout objet servant la vie usuelle, et sur la pipe et le peigne, ces deux choses o les Japonais ont dpens les plus jolies imaginations et associ leur ornementation les plus belles et dlicates matires, il a laiss deux merveilleux petits livres sous le titre: _Imay Koushi Kisrou Hinagata_, MODLES DES PEIGNES ET DES PIPES LA MODE D'AUJOURD'HUI. Trois volumes, dont deux consacrs aux peignes, avaient paru en 1822, et dont le troisime, consacr aux pipes, paraissait en 1823. Le volume des peignes, qui a pour frontispice une Japonaise en train de polir des peignes sur une meule, contient les plus varis et les plus divers motifs d'ornementation de ce joli objet de toilette o la laque, l'ivoire, la nacre, l'caille, les pierres dures, se mlent et se marient pour le dcor. Et le got dpens sur ces peignes! Ici, ce semis de ptales de fleurs, l, cette jonche d'iris, l, cet enguirlandement par un volubilis, l, ce couronnement par une fleur de nnuphar. Et des envoles tire d'aile de grues, et des nages de canards mandarins, et des batailles de moineaux. Et encore, en leur petitesse minuscule, des coins de village, des plages, des aspects du Fouzi-yama, des vues panoramiques aux grands horizons. Et enfin des choses qu'aucun peuple n'a fait servir la dcoration des objets usuels et familiers, comme les cassures du charbon de terre, le treillis d'une vannerie, le fouillis enchevtr de clous, les crtes des vagues, les rayures de la pluie. la suite de la prface, Hokousa crit ces quelques lignes. La fabrication des objets change selon le temps. Des objets qui taient carrs, on les fait ronds et le monde trouve cela plus beau: a s'appelle la mode. Tous les objets sont soumis cette modification, plus forte raison les peignes et autres objets de toilette servant aux femmes dont les caprices se plaisent au changement. Si je ne dessinais que pour la mode prsente, mes dessins ne seraient d'aucune utilit pour les fabricants de l'avenir; donc les dessins de ce petit volume ont t faits avec l'ide de crer un dcor pouvant s'appliquer des formes variables. Ainsi, si la mode exige que les peignes soient pais, les artistes devront augmenter le dessin pour couvrir l'paisseur. Dans le cas contraire, ils n'ont, ce qui leur sera plus facile, qu' simplifier le dessin. Donc j'ai tch de prvoir, autant que possible, ces variations. Et il signe: _Prcdemment Hokousa Katsoushika I-itsou_. Le volume des pipes a, pour frontispice, un Coren qui fume une pipe interminable; et commence une suite de petits carrs o se trouve le motif dessin de la ciselure entre un fourneau et un tuyau de pipe: motif en gnral excut sur une pipe toute en argent, ou sur une pipe en bambou avec des revtements partiels en argent, ou sur une pipe en bronze avec des parties en ivoire. Et les motifs reprsentent tout un monde: un tigre, un ascte, une cascade, un enfant enlevant un cerf-volant, un Hotei, des chauves-souris, le porteur du bton aux morceaux de bambous pour battre le th, une biche, une branche de sapin, un acrobate, un Darma, une assemble de renards au clair de la lune, une grenouille, une mouche, des flammes, des bulles de savon. De ces volumes sur l'architecture, sur les peignes et les pipes, on pourrait rapprocher le _Shingata Komon-tch_, ALBUM DE PETITS DESSINS POUR NOUVEAUTS, publi en 1824. Une srie de planches o l'ingnieuse combinaison de l'enlacement, de l'entre-croisement, de l'enchevtrement de carrs, de ronds, de losanges, fait le dcor de robes, et qui devait tre suivi d'un autre volume consacr aux broderies qui n'a pas paru. En tte de ce volume, la prface de Tanhiko dit: Les artistes qui dessinent librement sont d'ordinaire maladroits avec le compas et la rgle, et ceux qui font des dessins gomtriques ne savent pas dessiner librement. Hokousa, lui, fait tout bien, et il arrive faire avec sa rgle et son compas, non pas seulement des dessins artistiques, mais encore des dessins d'une invention infinie. XLVII la suite de trois mauvaises rcoltes du riz, pendant les annes 1836, 1837, 1838, l'anne 1839 fut une anne de disette pendant laquelle les Japonais restreignant leurs dpenses n'achetaient plus d'images, et o les diteurs se refusaient faire les frais de publication d'un livre, d'une planche spare. En cette grve des diteurs, Hokousa comptant sur la popularit de son nom, eut l'ide de composer des albums _au bout de son pinceau_, et il trouva vivre peu prs cette anne de la vente de ces dessins originaux vendus sans doute trs bon march. Un de ces albums, compos de douze dessins, existe dans la collection de M. Hayashi. Un demi-quarteron de lavis rapides, au coloriage brutal, lavis o, sous le barbouillage htif, se sent le matre, dans la silhouette des tres et des choses. C'est Foukorokou droulant un makimono sur lequel une tortue vient se promener, c'est le diable dguis en prtre faisant sa prire. Et ce sont aussi bon nombre de motifs dj publis par lui, et qu'il rpte sans pudeur: ainsi le hoche-queue sur un rocher, qui revient si souvent dans ses dessins, ainsi le Japonais regardant s'envoler des papillons, du _Shas-hin gwafou_. L'album est sign: _Gwaki rjin manji_ (vieillard fou de dessin l'ge de 80 ans). XLVIII En cette mauvaise anne pour l'art, Hokousa a cependant la chance de trouver un diteur pour une grande srie de planches spares, et cette date de 1839 est non seulement appuye par la signature _Manji, prcdemment Hokousa_, mais certifie par une lettre d'Hokousa, date de cette anne, o il est question de la commande de cette srie faite par l'diteur Yeijud, lettre que Hayashi aurait eue entre les mains, au Japon. Cette srie renfermant une suite de paysages en largeur, tirs en couleur, de la mme facture que les TRENTE-SIX VUES DU FOUGAKOU est intitule: _Hiakounin isshu Ouwaga Ytoki_, LES CENT POSIES EXPLIQUES PAR LA NOURRICE. Des 100 planches, qui devaient former la collection, 27 seulement ont paru. 1. _Posie de l'empereur Tenti_. La rcolte du riz. 2. _Posie de l'impratrice Jit_. Un bord de rivire l't, avec lavage de linge. 3. _Posie de Kakinomoto-no-Histomaro_. La nuit auprs d'un feu allum, des pcheurs tirant un filet. 4. _Posie de Yamab-no Akahito_. Le n 4 manque. 5. _Posie de Saroumarou Duy_. l'automne, retour de paysans de la cueillette, leurs pelles fourchues sur l'paule. Au haut d'une montagne, un cerf bramant, qui fait songer aux paysans l'attente de leurs femmes. 6. _Yakamoti_. Un bateau la forme de gondole, sur une rivire baignant une ville btie sur un rocher. 7. _Abno Nakamaro_. La lune rappelant en Chine au pote japonais son pays. 9. _Onono Komati_. Paysanne en train de nettoyer une toffe sur une porte dtache de ses gonds. 11. _Sanghi Takamoura_. Pcheuses de coquilles, appeles _awabi_. 12. _Sj Henj_. Danseuse de temple, dansant la nuit, en grand costume, les cheveux pars, un ventail la main. Le pote dans la posie, en tte de la planche, dit au vent d'empcher les nuages de couvrir la lune. 17. _Ariwarano Narihira_ (aux environs de Kit). Gens traversant un pont sur une rivire dont les eaux roulent la pourpre de nombreuses feuilles de momiji. 18. _Foujiwara Toshiyuki_. Btiment de commerce japonais. 19. _Iss_ (une potesse). Sur l'avance d'une petite terrasse, deux femmes regardant la campagne. 20. _Motoyoshino Shinn_. Un boeuf charg de roseaux, au milieu de promeneurs autour d'une baie. 24. _Kwank_. Voiture aux roues normes, ayant l'air d'un temple portatif et laquelle est attel un boeuf: voiture dans laquelle, seul, le souverain peut monter. 26. _Teijink_. Noble visitant le temple d'Ogouroyama, clbre pour ses momiji. 28. _Minamoto-no-Mounyuki_. Chasseurs faisant du feu dans la neige. 32. _Haroumiti-no-Tsouraki_. Scieurs de bois au bord d'une rivire. 36. _Kiyowarano Foukayabou_. Bateaux de promenades Ydo, au milieu desquels un bateau-restaurant va de l'un l'autre. 37. _Boun-yano Asayasou_. Sur un bateau, de jeunes garons de la noblesse cueillant des pousses de lotus: un mets dont les Japonais sont trs friands. 36. _Sanghi Hitoshi_. Un damio, accompagn de serviteurs, parcourant la campagne. 46. _Ohnakatomi Norinobou_. Serviteurs japonais attendant leur matre la porte d'un jardin imprial. 50. _Foujiwarano Yoshitaka_. tablissement de bains o l'on voit des femmes en peignoir sur une terrasse d'o sort un jet de vapeur d'eau chaude. 52. _Foujiwarano Mitinobou_. Porteurs de cago descendant une route. 68. _Sanj-no-in_. L'intrieur d'un temple sinthoste. 71. _Dainagon Tsounnobou_. Fontaine o des femmes remplissent des baquets. 97. _Gontnagon Sada-iy_. Au bord de la mer, un four sel. Enfin, cette srie il y aurait encore rattacher la srie ayant pour titre: _Stsouguekkwa_, NEIGE, LUNE ET FLEURS, compose de trois planches. 1. _La neige de la Soumida Ydo_. 2. _La lune de Yodogawa_ (nom de rivire) _ Ohsaka_. 3. _Les Fleurs de Yoshino_ (nom d'une montagne toute rose de ses arbres en fleurs) _aux environs de Kito_. XLIX Oui, cette anne 1839 o Hokousa au bout de ces quatre ans d'exil passs Ouraga revient Ydo, est une anne vraiment malheureuse: une anne fatale pour l'artiste. A peine s'est-il log, tabli nouveau dans le quartier Honj, le quartier campagnard, affectionn par le peintre, qu'un incendie brle sa maison, dtruit un grand nombre de ses dessins, et les esquisses et les croquis qu'il a pris tous les jours de sa vie,--et de la maison o brle son oeuvre le peintre n'emporte que son pinceau. L De 1840 1849, l'anne de sa mort, Hokousa illustre _Wakan Inshitsoudn_, TRADITIONS CHINOISES ET JAPONAISES SUR LES CONSQUENCES DE LA CONDUITE INVISIBLE (sur les bonnes ou mauvaises actions secrtes, non connues), et o le bien et le mal se trouvent rcompenss dans la personne des gens bons ou mauvais ou dans leurs descendants. Dans ce petit livre, chaque personnage, dont on rapporte un acte de la vie, a son nom imprim prs de la reprsentation de cette action. Peut-tre cette anne ou une des annes suivantes, Hokousa illustre le _Yhon Onna Imagawa_, le LIVRE ILLUSTR DE L'DUCATION DES FEMMES. Dans les environs de l'anne 1840, Hokousa publie encore quatre estampes en hauteur reprsentant le travail en paille expos dans la cour du temple d'Asakousa. Ces planches reprsentent les douze signes du zodiaque, les deux guerriers Kmi et Schs, une femme sur un lphant blanc, une cage de grues, une arme d'une longueur de 23 mtres. Vers le mme moment parat encore _Shimpan Dad Zoui_, NOUVELLES PLANCHES DES DESSINS SUR LA VOIE PUBLIQUE, une srie de douze feuilles en largeur. Une srie d'un mouvement diabolique: un dfil de plerins sous des masques de Tngous, de garons de marchands de sak ayant trop got leurs marchandises, de marchands de savon faisant des bulles au bout d'un chalumeau, de forgerons d'ancres, d'aveugles masseurs, de mendiants criant, chantant, dansant en brandissant des crans, menant une bacchanale folle, pileptique, bras et jambes en l'air, et qui serait la fin des tudiants paresseux de l-bas. Sous la mme date, on classe aussi _Tiynooumi_, L'OCAN D'IDES, une srie rarissime. En 1843 Hokousa publie le _Shoshin gwakan_, ALBUM DE DESSINS POUR LES COMMENANTS, un album qui a une certaine parent par le faire avec le _Shashin gwafou_. Des dessins de premier coup, de la brutalit la plus savante, faisant mpriser le joli et le fini du petit art. D'abord un dessin comique d'Hotei, le dieu des enfants, s'ouvrant de ses deux mains la bouche jusqu'aux oreilles, avec devant lui un petit Japonais qui lui tire la langue. Puis des riens du tout, comme des champignons, comme un morceau de bambou, etc., etc., des merveilles d'un rendu comme produit par la fivre du dessin. Et, au milieu de ces croquis, le dessin du dialogue d'un ministre retir des affaires et d'un pcheur o, dans l'pine dorsale et la gesticulation gouailleuse des mains de ce pcheur, est donn comme l'accent de la phrase qu'il jette au ministre dmissionnaire, disant qu'il a quitt le ministre parce que le monde a l'esprit l'envers: N'est-ce pas vous qui tes l'envers? Moi, quand la rivire est trouble, je me lave les pieds dedans et, quand elle est claire, je la bois! Les gravures de cette publication ont t republies plus tard en couleur, en mauvaise couleur, sous le titre de _Hokousa Gwayn_, LE JARDIN DES DESSINS d'HOKOUSA. En 1847, deux ans avant la mort de l'artiste, parat _Rtsoujo Hiakouninsh_, CENT PENSES DE CENT FIDLES FEMMES, dont les cent figures sont de Toyokouni, mais dont les dix premires pages sont d'Hokousa. Il semble qu'alors l'artiste, qui a 87 ans, redoute la responsabilit de l'illustration d'un livre tout entier, et il se contente d'une espce d'introduction dessine, faite par de petits croquis jets dans un trait, mais des plus spirituels. En 1848, c'est _Shga hiakounin sh_, LES CENT POTES, publication due la collaboration de Kouniyoshi, Shighnobou, Yeisn, mais dont les dix premires pages sont d'Hokousa. Une planche d'un beau sentiment: un Empereur exil, regardant mlancoliquement du bord de la mer une vole d'oiseaux se dirigeant vers son pays. Cette mme anne 1848, Hokousa donne une grande planche en largeur, reprsentant une opration topographique faite avec nos instruments d'arpentage et qui a presque le caractre d'un dessin europen. Elle est signe: _Manji rjin l'ge de 89 ans_. Au printemps de 1849, l'anne de la mort d Hokousa, c'est _Yokou yeiy hiakounin sh_, CENT POSIES DE HROS, illustration due plusieurs artistes, et o Hokousa a encore dix feuilles de dessins dont la premire est une planche de dtails d'armures. LI En 1848, un an avant sa mort, Hokousa publie _Yhon Sashiki-tsou_, LE TRAIT DU COLORIS, sur la couverture duquel on voit Dakokou droulant un kakmono o sont gravs le titre du volume et le nom de l'auteur, et o la premire planche reprsente, au-dessus d'un petit rapin japonais prparant l'encre de Chine, le peintre dans une espce de danse de Saint-Guy picturale, peignant un pinceau dans la bouche, un pinceau dans chaque main, un pinceau dans chaque pied. Le trait qui est rdig par Hokousa, sous le nom d'Hatiymon, mrite d'tre traduit dans quelques-unes de ses parties. Il commence ainsi: L'ignorant Hatiymon dit: J'ai fait ce petit volume pour apprendre aux enfants qui aiment dessiner la manire facile de colorier... publiant ce petit volume bon march, dans l'espoir que tout le monde pourra l'acheter et donner la jeunesse l'exprience de mes quatre-vingt-huit ans. Ds l'ge de six ans, j'ai commenc dessiner, et pendant quatre-vingt-quatre ans j'ai travaill dans l'indpendance des coles, ma pense, tout le temps, tourne vers le dessin. Or donc, comme il m'est impossible de tout exprimer en un si petit espace, je voudrais seulement apprendre que le vermillon n'est pas la laque carmine, que l'indigo n'est pas le vert, et aussi apprendre, d'une faon gnrale, le maniement du rond, du carr, et des lignes droites ou courbes; et si j'arrive, un jour, donner une suite ce volume, je mettrai les enfants en tat de rendre la violence de l'Ocan, la fuite des rapides, la tranquillit des tangs, et chez les vivants de la terre, leur tat de faiblesse ou de force. En effet, il y a des oiseaux qui ne volent pas trs haut, des arbres fleurs qui ne produisent pas de fruits, et toutes ces conditions de la vie autour de nous mritent d'tre tudies fond, et si j'arrive persuader les artistes de cette vrit, j'aurai le premier _tran ma canne_ sur le chemin[20]. [Note 20: J'aurai le premier indiqu le chemin.] Puis, c'est un tableau d'une cinquantaine de couleurs employes par le matre, et la page suivante, au-dessus de deux mains qui tiennent un pinceau pench, dlayant de la couleur dans une soucoupe, ces recommandations: Les couleurs ne doivent tre ni trop paisses, ni trop claires, et le pinceau doit se tenir couch; autrement il produit des malproprets; --l'eau du coloriage plutt claire que fonce, parce qu'elle durcirait le ton;--le contour jamais trop net, mais trs dgrad;--n'employer la couleur que lorsqu'elle a repos et qu'on a rejet la poussire monte la surface;--la couleur fondue avec le doigt, et jamais avec le pinceau; ne passer la couleur que sur les lignes noires de l'ombre, o seulement la couleur peut se superposer. Et ce sont les couleurs spciales qu'il faut employer pour colorier les animaux et les plantes, reprsents en noir dans les planches qui se succdent,--pour colorier le hoho, le coq, l'aigle, les canards, les poissons. Le noir lui fait dire: Il y a le noir antique et le noir frais, le noir brillant et le noir mat, le noir la lumire et le noir dans l'ombre. Pour le noir antique, il faut y mler du rouge; pour le noir frais, c'est du bleu; pour le noir mat, c'est du blanc; pour le noir brillant, c'est une adjonction de colle; pour le noir dans la lumire, il faut le reflter de gris. propos de fleurs, Hokousa nous rvle un curieux ton de l'aquarelle de l-bas: c'est le _ton du sourire_. Mais coutez le vieux matre: Ce ton appel le ton du sourire, Wara-gouma, est employ sur la figure des femmes pour leur donner l'incarnat de la vie, et aussi employ pour le coloriage des fleurs. Pour le fabriquer ce ton, voici le moyen: il faut prendre du rouge minral, _shyn-ji_, fondre ce rouge dans de l'eau bouillante, et laisser reposer la dissolution: c'est un secret que les peintres ne communiquent pas. Hokousa ajoute: Pour les fleurs, on mle gnralement de l'alun cette dissolution: mais ce mlange brunit le ton. Moi, j'emploie bien aussi l'alun, mais d'une manire diffrente, due mon exprience. Je le bats longtemps dans un godet et le tourne sur un feu trs doux jusqu' ce que le liquide soit dessch compltement. Cette matire ainsi obtenue, on la conserve sec, pour s'en servir, en la mlangeant avec du blanc. Et pour obtenir ce blanc teint d'un soupon de rouge, j'tends le blanc d'abord, et ensuite en dlayant le _shyn-ji_ dans beaucoup d'eau, et le laissant prcipiter au fond de cette eau peine teinte, passe sur la gouache, j'obtiens la coloration voulue. Ce qu'il y a de curieux dans le professorat d'art d'Hokousa, c'est l'indpendance que prche ses lves le matre indpendant, leur dclarant _qu'ils n'aient pas croire qu'il faut se soumettre servilement aux rgles indiques, et que chacun, dans son travail, doit s'en tirer selon son inspiration_. La mme anne, il publie un second volume portant le mme titre, o il dit: _Dans le premier volume, j'ai indiqu les couleurs l'tat gnral, dans celui-ci, je m'occupe des couleurs l'tat liquide_; et ce sont des procds, comme dans l'autre volume, pour peindre un lion de Core, un sanglier, des lapins. Dans le premier volume, un moment, il nous entretient du procd hollandais de la peinture l'huile de l'Europe, disant: Dans la peinture japonaise, _on rend la forme et la couleur, sans chercher le relief, mais dans le procd europen on recherche le relief et le trompe-l'oeil_, et Hokousa conclut, sans parti-pris, qu'on peut admettre les deux procds. Dans ce second volume, faisant sans doute allusion des planches de Rembrandt qu'un critique amricain l'accusera d'avoir transportes dans le vieux sacro-saint dessin japonais, Hokousa parle du procd hollandais de l'eau-forte, du procd qui consiste dessiner sur le cuivre recouvert d'un vernis, et annonce qu'il dvoilera ce procd dans le volume suivant. Mais ce second volume du TRAIT DU COLORIS devait tre la dernire publication du peintre. Un second livre, o Hokousa professe longuement, est le _Riakougwa-haya shinan_, LEON RAPIDE DE DESSIN ABRG, ouvrage paru en trois volumes, le premier en 1812, le second en 1814, le troisime sans date. Dans le premier volume, aux croquis assez brutaux, il y a une chose curieuse: que chaque dessin soit un Darma, soit un scolopendre, il est reproduit dans les contours de sa forme par les lignes courbes de moitis de circonfrences, de quarts de circonfrences, et de temps en temps par un carr. Dans la prface[21], Hokousa blaguant les anciens, s'exprime ainsi: [Note 21: La prface est de Kirian, mais elle est rpte dans le _Shoshin Ydhon_, MODLES DE DESSINS POUR LES COMMENANTS, sous le nom d'Hokousa.] Les anciens ont dclar que la montagne se fait avec la hauteur de dix pieds, les arbres avec la hauteur d'un pied, le cheval avec la hauteur d'un pouce, l'homme avec la grosseur d'un haricot, et ils ont proclam que c'est la loi de la proportion dans le dessin. Non, les lignes du dessin, a consiste en des ronds et des carrs... Maintenant notre vieil Hokousa, lui, a pris une rgle et un compas, et c'est avec cela qu'il a dessin toutes les choses pour en bien dterminer la forme: un procd qui ressemble un peu ce vieux moyen de ttonner avec le pinceau-charbon (_morceau de bois brl, du fusain_). Or, celui qui apprendra bien manoeuvrer la rgle et le compas, il pourra arriver excuter les dessins les plus fins et les plus dlicats. Et la fin du volume, ces lignes sont encore d'Hokousa: Ce livre apprend la manire de dessiner au moyen du compas et de la rgle, et celui qui travaillera l'aide de ce moyen apprendra par lui-mme la proportion des choses. Dans le second volume, Hokousa se reprsente peignant avec la bouche, les mains, les pieds, dessin que nous trouvons rpt en 1848 dans le TRAIT DU COLORIS, et c'est une srie de dessins assez semblables aux dessins gomtriques du premier volume, mais qui seraient inspirs par la contexture des mots de la langue japonaise. Dans ce volume en une langue impossible, aux localits invraisemblables, et sous des noms imaginaires, moquant le style de rivaux et de concurrents, Hokousa plaisante ainsi: En aimant le style prtentieux de H-ma-mousho-Nid, le peintre Yama mizou Tngou, de Noshi-Koshi yama, s'est appropri l'art incomprhensible de ses dessins. Or, moi qui ai tudi ce style prs de cent ans, sans y rien comprendre plus que lui, il m'est cependant arriv ceci de curieux, c'est que je m'aperois que mes personnages, mes animaux, mes insectes, mes poissons ont l'air de se sauver du papier. Cela n'est-il pas vraiment extraordinaire? Et un diteur, qui a t inform de ce fait, a demand ces dessins de telle faon que je n'ai pu lui refuser. Heureusement que le graveur Koizoumi, trs habile coupeur de bois, s'est charg, avec son couteau si bien aiguis, de couper les veines et les nerfs des tres que j'ai dessins et a pu les priver de la libert de se sauver. Ce petit volume, je l'affirme, sera un bijoux prcieux pour la postrit, et les personnes entre les mains desquelles il se trouvera, doivent l'tudier avec toute confiance. Et il signe: _Yamamizou Tngou Tngoudo Netttsou_ (fer chaud). Dans le troisime volume, qui est toujours une suite de dessins cherchs d'aprs la forme des mots, et o en haut des pages il y a la figuration de ces mots au-dessus des sujets dessins, la premire image reprsente le peintre qui a sign la prface du second volume Tngou Tngoudo, prsentant un dessin un Tngou, un de ces gnies aux cheveux en poils de bte, au nez en vrille[22], et Hokousa met en tte de ce volume: Ce livre apprend le dessin sans matre. On a emprunt les lettres, les caractres de la calligraphie pour faire l'tude plus facile l'lve. Dans chaque dessin, la marche du pinceau est indique par le numrotage, afin que les enfants puissent retenir l'ordre de la marche. Mais ce livre n'est pas pour l'enfant seulement; les grandes personnes, les potes par exemple, qui veulent excuter un dessin rapide dans une socit, seront aides par ce livre. C'est donc les prliminaires du dessin cursif. [Note 22: La tte de Tngou est forme par les mots Yama (montagne) et Mizou (eau), et la tte du peintre par une runion de caractres faisant h-ma-mou-sho.] la fin du volume, Hokousa ajoute: L'ide qui m'a fait faire ce volume vient de ce que, un soir, chez moi, Y-y Kiwan _nom fantaisiste_ m'a demand: Comment peut-on apprendre faire un dessin d'une manire rapide et facile? Je lui ai rpondu que le meilleur moyen tait un jeu qui consistait de chercher former les dessins d'aprs les lettres, et j'ai pris mon pinceau, et lui ai montr comment on peut facilement dessiner. Quand j'ai eu excut deux ou trois dessins l'diteur Kshod, qui tait l, n'a pas voulu laisser perdre ces dessins, et il m'a fait dessiner tout un volume, qu'on doit regarder, au fond, comme une distraction, comme un amusement pour rire. Autour de ces deux traits techniques crits par Hokousa, il n'est peut-tre pas sans intrt de grouper les albums d'Hokousa traitant spcialement du dessin et du coloris, dont les prfaciers ont t sans doute inspirs dans leurs prfaces par les thories, les ides, les ironies d'Hokousa. Ainsi dans l'album intitul _Hokousa Sogwa_, DESSINS GROSSIERS D'HOKOUSA, publi en 1806, et dont la premire planche reprsente le gnie fantastique de l'encre de Chine, le prfacier Sakaud, se faisant l'interprte des conversations du peintre, s'exprime dans ces termes: Il n'est pas difficile de dessiner des monstres, des revenants, mais, ce qu'il y a de difficile, c'est de dessiner un chien, un cheval, car ce n'est qu' force d'observer, d'tudier les choses et les tres qui vous entourent, qu'un peintre reprsente un oiseau qui a l'air de voler, un homme qui a l'air de parler. Or, le talent extraordinaire du vieillard Tat (Hokousa) n'est que le rsultat de ce travail, de cette observation dans laquelle il a apport cette attention infatigable que j'ai toujours admire et qui a fait de lui le grand artiste indpendant et le matre unique. Ainsi l'album _Shosin Ydhon_, MODLES DE DESSIN POUR LES COMMENANTS, sans date (deux volumes dont le second est en couleur), o la succession des coups de pinceau donner est indique par un numrotage venant d'Hokousa, et o, pour une tude de tte de profil, la marche du pinceau est ainsi indique: 1, le front; 2, la ligne du nez; 3, la narine; 4, le dessus de la bouche en partie cache par la robe; 5, l'oeil; 6, le sourcil; 7, l'intrieur de l'oreille; 8, le contour, et les cheveux de 9 16. Ainsi le RPERTOIRE RAPIDE DE DESSIN, sous le titre de _Yhon hayabiki_, qui a suivi la LEON RAPIDE DE DESSIN ABRG, et qui a paru en deux volumes publis en 1817 et 1819. Ces albums, qui contiennent par page 50 ou 60 silhouettes humaines de la grosseur d'un insecte, sont une sorte d'inventaire et de catalogue de tous les motifs de dessin classs sous la premire lettre de leurs noms: le premier volume commenant la lettre i et le second finissant la lettre _sou_, la quarante-septime et dernire lettre de l'alphabet japonais. Dans ce recueil, la tte est presque toujours indique seulement par le contour de l'ovale. Et ce mode de dessin, adopt par Hokousa, vient la suite d'une discussion avec un ami du peintre, qui soutenait que la physionomie d'un tre humain ne pouvait tre reproduite qu'avec le dessin de ses yeux et de sa bouche: discussion dans laquelle Hokousa se fit fort de rendre l'expression, la vie d'un visage, en ne les y dessinant pas[23]. [Note 23: Le _Mousha Bouri_, RPERTOIRE DES GUERRIERS, est un recueil dans le mme genre que le RPERTOIRE RAPIDE DE DESSIN, et qui donne la nomenclature des guerriers clbres. A la fin de ce volume, publi en 1841, Hokousa annonce qu'il prpare un volume sur les potes et les artistes clbres, mais ce volume n'a pas paru.] Ainsi, dans l'album d'_Ippitzou gwafou_, LE DESSIN A UN COUP DE PINCEAU, album publi en 1823, et o un seul coup de pinceau donne si curieusement la silhouette d'oiseaux qui volent, de tortues qui nagent, de lapins qui digrent, et de Japonais et de Japonaises dans toutes les actions de leur vie. Ici, le prfacier avoue que ce mode de dessin n'a pas t invent par Hokousa, qu'il est de l'invention de Foukouznsa de Nagoya, et que, dans un sjour dans cette ville, Hokousa a t intress par ce procd de dessin et, craignant qu'il ne se perdt, il a dessin diffrents sujets de la mme faon, pour que, plus rpandu, il soit connu par la postrit[24]. [Note 24: Un autre album, intitul _Shitsou gwafou_, ALBUM DE DESSIN CURSIF, publi par Hokousa en 1843, est fabriqu un peu dans le mme esprit de coloriage.] Ainsi l'album intitul _Santa gwafou_, ALBUM DE TROIS DIFFRENTES SORTES DE DESSINS, imprim en 1815, o Hokousa signe Tato, et dans lequel le prfacier Shokousan-jn, traduisant la pense du peintre, dit: Dans la calligraphie il y a trois formes, et ce n'est pas seulement dans la calligraphie que ces trois formes existent, c'est dans tout ce que l'oeil de l'homme observe. Ainsi, lorsqu'une fleur commence s'panouir, sa forme est, pour ainsi dire, une forme rigide; lorsqu'elle est dfleurie, sa forme est comme nglige; lorsqu'elle tombe terre, sa forme est comme abandonne, dsordonne. Et au milieu de diffrentes images, une planche d'orchide, trois fois rpte, est comme la confirmation de l'ide un peu paradoxale du peintre. Ainsi l'album _Hokousa Gwashiki_, MTHODE DE DESSIN D'HOKOUSA, publi avec la collaboration de ses lves, d'Ohsaka, Snkwakou-te, Hokouy, Sekkwatei, Hokouj, Shunyti, Hokkei, et o le prfacier fait ainsi l'loge d'Hokousa: La peinture est un monde part et celui qui veut y russir doit connatre par coeur les diversits des quatre saisons et avoir au bout des doigts l'habilet du crateur. Le Katsoushika Hokousa de Ydo aima cet art ds l'enfance, eut pour unique matre la nature, et il a pntr le mystre de l'art; enfin c'est l'unique grand peintre de la peinture ancienne et de la peinture moderne. Depuis des annes il a donn des albums pour servir aux lves, mais des albums insuffisants aux demandes. Et aujourd'hui l'diteur Syeid a demand au matre un nouvel et plus complet album qui servira de mthode pour la jeunesse. Et la fin de toutes ces rvlations sur l'art du matre, qu'elles manent de ses amis ou de lui-mme, donnons la plus curieuse de toutes, que Hokousa, en 1835, jeta en tte des CENT VUES DU FOUZI-YAMA: Depuis l'ge de six ans, j'avais la manie de dessiner la forme des objets. Vers l'ge de cinquante ans, j'avais publi une infinit de dessins, mais tout ce que j'ai produit avant l'ge de soixante-dix ans ne vaut pas la peine d'tre compt. C'est l'ge de soixante-treize ans que j'ai compris peu prs la structure de la nature vraie, des animaux, des herbes, des arbres, des oiseaux, des poissons et des insectes. Par consquent, l'ge de quatre-vingts ans, j'aurai fait encore plus de progrs; quatre-vingt-dix ans je pntrerai le mystre des choses; cent ans je serai dcidment parvenu un degr de merveille, et quand j'aurai cent dix ans, chez moi, soit un point, soit une ligne, tout sera vivant; Je demande ceux qui vivront autant que moi de voir si je tiens ma parole. crit l'ge de soixante-quinze ans par moi, autrefois Hokousa, aujourd'hui Gwaki Rjin, le vieillard fou de dessin[25]. [Note 25: _L'Art Japonais_, par Gonse. Quantin. 1883, t. I.] LII l'ge de 68 ou 69 ans, Hokousa avait eu une attaque d'apoplexie, dont il s'tait tir en se traitant par la _pte de citron_, un remde de la mdecine japonaise et dont la composition tait laisse par le peintre l'ami Tosaki, avec, dans la marge de l'ordonnance, des croquetons de la main du peintre reprsentant le citron, le couteau couper le citron, la marmite o on le fait cuire. Voici la composition de cette _pte de citron_: Avant que vingt-quatre heures japonaises (48 heures) se soient coules depuis l'attaque, prenez un citron, dcoupez-le en petits morceaux, avec un couteau de bambou et non pas de fer ou de cuivre. Mettez le citron, ainsi dcoup, dans une marmite de terre. Ajoutez-y un _go_ (un quart de litre) de sak extra bon, et laissez cuire au petit feu jusqu' ce que le mlange devienne pais. Alors il faut avaler, en deux fois, la pte de citron dont on a retir les ppins, dans de l'eau chaude; et l'effet mdical se produit au bout de vingt-quatre ou trente heures. Ce remde avait compltement guri Hokousa et semble l'avoir men bien portant jusqu'en 1849 o il tombait malade de ses 90 ans, dans une maison d'Asakousa, le _quatre-vingt-treizime_ logis de cette existence vagabondante d'une habitation l'autre. C'est alors, sans doute, qu'il crivit son vieil ami Takaghi cette lettre ironiquement allusive: Le roi Yemma[26] est bien vieux et s'apprte se retirer des affaires. Il s'est fait construire, dans ce but, une jolie maison la campagne et il me demande d'aller lui peindre un kakmono. Je suis donc oblig de partir et, quand je partirai, je prendrai mes dessins avec moi. J'irai louer un appartement au coin de la rue d'Enfer, o je serai heureux de vous recevoir, quand vous aurez occasion de passer par l. HOKOUSA. [Note 26: Yemma, roi des Enfers, le Pluton japonais. Cette lettre a t publie par M. Morse, dans l'Art Review, et reproduite, par Gonse, dans l'_Art Japonais_.] En cette dernire maladie o Hokousa eut les soins de sa fille Oyei, qui avait divorc avec son mari et habitait avec son pre, et o il fut entour de l'affection filiale de ses lves, la pense du mourant _fou de dessin_, toujours toute l'ajournement que le peintre sollicitait de la Mort pour le perfectionnement de son talent, lui faisait rpter d'une voix qui n'tait plus qu'un soupir: _Si le ciel me donnait encore dix ans_... L, Hokousa s'interrompait, et aprs un silence: _Si le ciel me donnait seulement encore cinq ans de vie... je pourrais devenir un vrai grand peintre_[27]. [Note 27: D'aprs la biographie de _Oukiyo y Ronik_, par Kidn, qui le fait mourir le 13 avril 1849, la posie de la dernire heure, que Hokousa aurait formule en mourant, est celle-ci: Oh! la libert, la belle libert, quand on va se promener aux champs d't, en me seule, dgage de son corps.] Hokousa mourait l'ge de 90 ans, le dix-huitime jour du quatrime mois de la deuxime anne de Kay (le 10 mai 1849). Un tombeau lui a t lev, par sa fille Shira Tati dans le jardin du Temple Seikiji d'Asakousa, ct de la pierre tombale de son pre, Kawamoura Itiroymon. On lit sur la face de la grande pierre tombale: _Gwakijin Manjino Haka_ (Tombeau de Manji, vieillard fou de dessin). Sur la base: _Kawamoura Ouji_ (Famille Kawamoura). Sur le ct gauche de la pierre tombale, en hauteur, trois noms religieux: 1 _Nans-in kiyo Hokousa shinji_ (Le chevalier de la foi, Hokousa la gloire pittoresque), _Nans_ (religieux du sud de S)[28]; 2 _Seizen-in H-okou Miju shin-nio_, un nom de femme morte en 1828, qui pourrait tre sa seconde femme; 3 _J-oun Mishin Shin-nio_, un autre nom de femme morte en 1821, qui serait celui d'une de ses filles. [Note 28: Le mot S est l'abrviation du mot Shimofousa, o se trouve Katsoushika.] LIII Hokousa s'est mari deux fois, mais on ignore les noms de ses deux femmes; on ne sait pas mme si la sparation avec chacune d'elles a t amene par la mort ou le divorce; seulement on a la certitude que le peintre vivait seul partir de 52 ou 53 ans. De sa premire femme Hokousa avait eu un fils et deux filles. Le fils, c'est Tominosouk qui prit la succession de la maison du miroitier Nakajima Iss, et qui mena une vie de dsordres, causant mille ennuis son pre. Les filles, ce sont: Omiyo qui devint la femme de Yanagawa Shighnobou, le peintre, morte quelque temps aprs son divorce, et qui avait mis au monde ce petit-fils qui fut une source de tribulations pour son grand-pre; et Ottsou, doue d'un vrai talent de peintre, qui mourut toute jeune. De sa seconde femme Hokousa eut galement un fils et deux filles. Le fils, c'est Takitiro, un petit fonctionnaire de Tokougawa, un peu pote, devenu le fils adoptif de Kas Sakijiur, qui leva le tombeau d'Hokousa et dont il prit le nom. Le petit-fils de Takitiro qui s'appelait Kas Tchjir a t le camarade d'cole de Hayashi, en l'tude de la langue franaise, dans la classe de M. Fontaine, actuellement maire d'Asnires. Les filles, ce sont: Onao, qui mourut dans son enfance, et Oyei, qui se maria avec un peintre nomm Tmei, mais divora et vcut, comme nous l'avons dit, la fin de la vie d'Hokousa, avec son pre. C'tait un artiste, qui fit l'illustration de _Onna tchhki_: un livre d'ducation pour la femme, qui traite de la civilit. Hokousa avait deux frres ans et une soeur cadette, tous morts dans leur jeunesse. LIV En l'anne 1850, l'anne qui suit la mort d'Hokousa, parat _Guirtsou hiakoninshu_, CENT EXEMPLES DE COURAGE, une illustration due plusieurs artistes, mais o une planche d'Hokousa reprsentant une terrible tempte nous montre Tatiwana-him, la femme du prince Yamatodak, se jetant dans la mer pour apaiser les flots par le sacrifice de sa vie. Trente ans aprs la mort d'Hokousa, en 1879, on a publi en deux volumes d'aprs ses dessins, le _Yhon Tshisn Gogon-zekkou_, ILLUSTRATION DES POSIES DES THANG, COMPOSES DE QUATRE VERS DE CINQ MOTS. Les deux premires pages vous montrent: l'une, le pote crivant main leve, au pinceau, tandis qu'un enfant lui prpare l'encre de Chine; l'autre, le peintre peignant l'encre de Chine sur un kakmono des oies sauvages, dans l'tonnement de ses disciples. Aprs ces deux planches, les compositions les plus diverses: un homme qui nettoie un miroir de bronze; une abandonne qui se dsole dans son lit; une collation la fin de laquelle l'amphitryon donne son sabre son ami qui part pour une expdition militaire; des cygnes nageant l'ombre de grands camlias. Enfin, comme pendants aux deux premires planches, les deux dernires reprsentant la fabrication de l'encre de Chine: le ramassement de la suie dont elle est faite, et le moulage de cette suie en btons. LV KAKMONOS--MAKIMONOS--PANNEAUX Ici, sous ce titre qui comprend tout ce qui touche l'encre de Chine ou l'aquarelle, la peinture japonaise de son pinceau, je vais essayer de signaler, bien incompltement, les prcieux morceaux de papier ou de soie, signs du glorieux matre, existant l'heure prsente en Europe, en Amrique, en Asie. KAKMONOS Une carpe dont le milieu du corps est travers dans l'eau, o elle nage, par un rayon lumineux. Sign: _Hokousa I-itsou manji_. (Hokousa 75 ans). H. 29.--L. 34. Collection Hayashi. Shishin, l'un des 108 hros du roman de Souik. De profil, tourn droite, la tte leve en l'air, tenant un bton d'une main rejete derrire le dos, Shishin est habill d'une robe de dessous bleue, sa robe de dessus tombe autour des reins; il a, aux pieds, des espces de bottes de cuir lui montant jusqu'aux genoux, et ses bras nus sont tatous de neuf dragons. Un dessin l'aquarellage noy, mettant autour des contours et des plis des teintes dlaves, semblables celles des bords de mers et d'ocans dans nos atlas. Sign: _Manji, vieillard fou de dessin 80 ans_. H. 120.--L. 52. Riki, un autre hros des 108, surnomm le _Tourbillon noir_, cause de la rapidit avec laquelle il faisait tourner sa hache. De face, debout, les traits farouches, le menton appuy sur sa main gauche, sa main droite tenant sa hache homicide. Une anatomie rocheuse, comme inspire par les statues de pierre des Ni la porte des temples, avec des chairs couleur brique, et quelques touches de bleu dans le noir de l'encre de Chine des vtements. Mme signature et mme grandeur que le premier. Les deux pendants font partie de la collection Hayashi. Un faisan, la tte retourne prs d'une tige de pissenlit. Sign: _Hokousa_ (de 1800 1806). H. 31.--L. 54. Un faisan. Sign: _Manji, vieillard fou de dessin 80 ans_. H. 29.--L. 57. Ces deux dessins font partie de la collection de M. Hayashi. Kwakou Shighi, le ministre populaire de la Chine, le ministre a la plus nombreuse famille de tous les ministres de la terre, reprsent assis sur une chaise tournante, la tte penche vers sa femme, et entour de plus de vingt-quatre enfants. Un kakmono d'une facture dure, mais avec un effort chez Hokousa de faire plus portrait qu'il ne fait d'ordinaire, dans ces ttes d'enfants, au ton rose de la pche, et avec des rehauts de blanc sur le nez et les paupires. Sign: _Manji, vieillard fou de dessin, autrefois Hokousa chang de nom, vulgairement Nakashima Tetzouz Fouji-wa-no Tamkazou, l'ge de 88 ans_. H. 100.--L. 43. Le mme sujet vers 1807, plus ancien de 40 ans. H. 61.--L. 55. Ces deux compositions font partie de la collection Hayashi. Le Lever. Femme habille d'une robe grise seme de fleurettes blanches, tenant en main un _yut_, une cafetire en laque seme de ptales de fleurs d'oranger, servant au transport de l'eau chaude, qu'elle s'apprte verser dans un bol de porcelaine dcor de paysages bleus, pos sur un plateau pied, prs d'une brosse dents en bois. Sign: _Hokousa_. H. 114.--L. 44. Le Coucher. Femme qui va se coucher, en train de changer le papier de son oreiller, sa tte sortant du rose de sa robe de dessous, et son corps flottant dans les plis d'une robe de dessus d'un gris mauve, sillonn de petits oiseaux de mer appels au Japon _miyakodori_. Mme signature et mme dimension que le _Lever_. Ces deux kakmonos font partie de la collection de M. Hayashi. Un troisime kakmono: la moustiquaire de cette srie, est chez M. Gonse. Tchri, conseiller d'tat, rencontrant sur un pont Koskik, vieillard mystrieux qui lui remet un rouleau avec l'tude duquel il met en tat le prince, son matre, de renverser l'Empereur qui a fait la grande muraille de la Chine. Dessin de premier jet, avec quelques lgres colorations dans le barbotage de l'encre de Chine. Sign: _Sur la demande de Yeisai Sosh; Hokousa Sri a fait ce dessin_. Le dessin n'est pas sign, mais porte un cachet o il y a le nom de _Tokimasa_ (vers 1798). H. 115.--L. 47. Collection Hayashi. Sur un fond bruntre, une grande branche tortillarde de prunier en fleurs, rien qu' l'encre de Chine avec les fleurs gouaches de blanc: un kakmono d'un relief extraordinaire, o le noueux, l'excori, le ligeux d'un vieux bois, sont rendus d'une manire miraculeuse. Sign: _Katsoushika Hokousa_ (1806-1807). H. 126.--L. 52. Trois grandes lanternes poses l'une ct de l'autre. De la peinture dcorative enleve rapidement. Non sign. H. 118.--L. 51. Ces deux kakmonos appartiennent M. Hayashi. Ils faisaient partie d'un paravent de six feuilles, dont deux maintenant sont en possession de M. Vever, et deux en possession de M. Monnet, paysagiste. Femme lisant une pice de thtre, dans un mouvement de tte abaisse, au cou cass. Coloration de la figure avec le blanc d'une face de pierrot, mais une robe aux tons changeants, sems de fleurettes de _lespedze_, sur laquelle tranche le ton d'une ceinture verdtre aux dessins jaune d'or. Un oiseau volant au-dessus de la tte de la liseuse. Sign: _Hokousa_. H. 119.--L. 51. Collection Hayashi. Femme de profil tourne droite, la tte de face surmonte de l'toilement des pingles de sa chevelure, et avec le dlicat ovale de sa figure sortant du rose d'une robe de dessous. Un dessin d'une grce contourne charmante; la robe ayant aux paules comme le renflement d'un dolman et se creusant la rentre des reins sous la ceinture, toute bouffante en avant et se rpandant et s'talant aux pieds en un large ondoiement. Des colorations, comme si le papier _buvard_ sur lequel elles sont poses trempait dans l'eau; et un noir assoupi des cheveux, et un incarnat du visage, pour ainsi dire imperceptible, et un nuageux des plis de la robe qui semble impossible obtenir. Un des plus dsirables kakmonos d'Hokousa. Sign: _Tato_ (1887). H. 107.--L. 29. Collection Hayashi. Handaka, un disciple de Bouddha, levant en l'air un bol d'o sort une fume qui se change en dragon. Dessin d'un dchiquetage personnel Hokousa, et o les toffes ont l'air de lanires volantes, comme si cette animation un peu exagre, que l'artiste met dans les corps, il voulait la porter dans les toffes. Lavis l'encre de Chine sur un ton rostre. Sign: _Hokousa Tato_ (1815). H. 100.--L. 43. Collection Hayashi. Un prtre shintoste tenant un arc auquel sont attaches des posies. Facture tout fait grossire, barbouillage inharmonique. Sign: _Manji, vieillard de 85 ans_ (1844). H. 95.--L. 29. Collection Hayashi. Un aigle, au moment o il se pose sur le rocher d'un cueil. Un des kakmonos d'Hokousa, la coloration la plus puissante, et qui porte en haut cette curieuse note: L'anne dernire, le 28 du 11e mois, l'oiseau tait vu Kazousa et, le 18 du mois suivant, il fut pris Sounamoura, et l'ordre de le dessiner fut donn Hokousa, 6e mois 1848. Sign: _Manji autrefois Hokousa, vieillard fou de dessin, vulgairement Nakashima Ttsouz_ (et en vrit) _Foujivara no Tamkazou, l'ge de 88 ans_. H. 123.--L. 52. Collection Hayashi. Kakmonos des six Potes, panneaux dtachs d'un paravent: Ariwara no Narihira, Ohtomo no Kouronoushi, Boun-ya no Yasouhid, Sj Hnj. Peintures dcoratives enleves d'un pinceau rapide. Sign _Katsoushika Hokousa_ (1806-1812). H. 130.--L. 53. Collection Hayashi. Omono Komati, Kisn Hosshi. Ces deux panneaux compltant les six Potes, et de la mme dimension, et portant la mme signature que les quatre autres, nous les retrouvons dans la collection de M. Vever. Un _Katsouo_ (poisson ressemblant au maquereau), dont une tranche a t enleve, pos sur une tige d'oeillet; un autre avec un navet: ce poisson se mangeant avec du navet rp. Sign: _I-itsou Hokousa_ (vers 1823). H. 92.--L. 27. Collection Hayashi. Un vol de pluviers au-dessus d'un cours d'eau, par un jour de neige. Kakmono d'une excution pousse au fini. Sign: _Hokousa Tokimasa_ (1799-1800). H. 110.--L. 26. Collection Hayashi. Un shj, un petit gnie du sak, la chevelure rouge envole derrire lui, soulevant de ses deux bras en l'air un barillet de sak. Sign: _Hokousa, fou de dessin_ (1801-1805). H. 84.--L. 26. Collection Hayashi. Apparition de monstres. Une tte norme, ct d'une tte de vieille femme, au long cou d'un serpent, sortant d'une bote. Non sign. H. 31.--L. 57. Collection Hayashi. Apparition. Derrire une lanterne de tombeaux, dcore de feuilles de nnuphar (un symbole bouddhique), une femme, d'une main appuye sur un bton, la tte enveloppe d'une chevelure paisse, les yeux creux, le nez dcharn, les dents se dtachant en blanc d'un trou noir, les chairs livides claires par la blafarde lueur de la lanterne. Dessin fait pour une audition de Hayashiya Shz, conteur d'histoires de revenants, au moment o l'on teignait les lumires et o ne restait clair que le dessin d'pouvante. Sign: _Manji, vieillard fou de dessin, l'ge de 80 ans_ (1839). H. 56.--L. 27. Collection Hayashi. Deux ttes coupes, aux traits contracts, au blanc de l'oeil inject de sang, attaches par une cordelette une tige de bambou. Peinture qu'on sent faite d'aprs nature, sur un morceau de soie entirement recouverte de gouache, et qui joue la peinture l'huile. Sign: _Manji, vieillard de 88 ans_ (1847). H. 32.--L. 53. Lanterne de cimetire avec la planchette de prire; un serpent sortant de la lanterne renverse. Non sign. H. 32.--L. 53. Ces deux kakmonos, qui appartiennent Hayashi, faisaient partie d'un paravent de 18 feuilles, que, sauf ces deux sujets, Hayashi a refus d'acheter: les seize autres reprsentant des cadavres en liqufaction. Femme habille d'une robe l'imitation d'une queue de paon et sur laquelle neige un prunier en fleurs. Peinture la gouache, jouant la peinture l'huile, sur une planchette destine tre attache par un clou un pilastre ou une colonne. Non sign. Collection Hayashi. Un homme, un masque de Tngou, sur la figure, dansant et chantant, mne le branle de trois petits Japonais, aux joyeuses gambades. Dessin du faire le plus lger et le plus spirituel. Sign: _Manji, vieillard fou de dessin_ (80 ans). H. 91.--L. 29. Collection Hayashi. Dakokou et Yebisou en voyage. Dessin caricatural en une aquarelle trs poche. Sign: _Hokousa, fou de dessin_. H. 75.--L. 28. Collection Hayashi. Paysage reprsentant, trs modifie, la vue de Tsou-kouba du _Shashin_. Non sign, mais portant le cachet d'Hokousa. H. 29.--L. 45. Collection Hayashi. Shki en marche, un chapeau-parasol sur son sombre visage, les mains croises sous ses larges manches. Un dessin l'encre de Chine sur un fond bruntre, qui a quelque chose de farouche dans sa noire tonalit. Sign: _Manji, vieillard de 88 ans_. H. 67.--L. 26. Collection Hayashi. La potesse Seishnagon, la premire romancire du roman d'amour au Japon, et qui a crit, au VIIIe sicle, LE CAHIER DE L'OREILLER. Elle est reprsente, ainsi que toutes les femmes de la noblesse dont sont sorties les potesses, avec les deux mouches l'encre de Chine sur le front, appeles, je crois, _hshi_ et les cheveux pars sur le dos, lisant un rouleau sur une petite table devant laquelle elle est accroupie. Sign: _Hokousa Tato_ (1817). H. 99.--L. 39. Collection Hayashi. Ybisou rapportant un _ta_ dans un panier accroch derrire son dos. Dessin l'encre de Chine avec quelques colorations rouges et bleues: gai dessin aux traits spirituels et au lavage lger. Sign: _Sri_ (1795-1798). H. 91.--L. 25. Shki, en train de lire, derrire le dos d'une femme, la lettre qu'elle vient de recevoir. Mme facture que le kakmono prcdent. H. 85.--L. 27. Ces deux kakmonos font partie de la collection Hayashi. Cascade de Nounobiki (de la Toile accroche), chute d'eau dont les ondes ont les ondulations horizontales d'une toile mollement suspendue en l'air, et qui sont dans le dessin rehausses de gouache, avec la poussire de l'eau sur les rochers rendue dans une imitation parfaite par une poussire de blanc d'argent. Sign: _Hokousa_ (1800). H. 102.--L. 27. Collection Hayashi. Une _gusha_ en promenade, de profil, tourne gauche, une lanterne derrire elle. Elle est habille d'une robe noire ocelle de plumes de paon. Sign: _Gwakijin Hokousa_. H. 82.--L. 28. Collection Bing. Une vieille blanchisseuse, son panier sous le bras. Lavis l'encre de Chine. H. 86.--L. 27. Collection Bing. Un bord de rivire. Encre de Chine. Sign: _Hokousa_ H. 34.--L. 56. Collection Bing. Diable la figure verte, accroupi devant une pipe et une tasse de sak. Aquarelle. Sign: _Manji 88 ans_. H. 18.--L. 15. Collection Bing. Une femme versant du sak un vieillard. Kakmono la finesse d'un sourimono. Sign: _Gwakijin_. H. 38.--L. 38. Collection Bing. Un Shski en pied, tout peint l'encre rouge, sauf les yeux, et le trait serpentant de la bouche. Ces peintures sont, je crois, considres au Japon comme des prservatifs des maladies. Sign: _I-itsou 75 ans_. H. 64.--L. 27. Collection Bing. Ouvrier nettoyant la neige sur un tonneau, se dtachant d'un ciel d'hiver, tout _ouateux_ de neige[29]. [Note 29: Kakmono qui a t reproduit dans une petite impression en couleur.] Sign: _Hokousa Tato_. H. 98.--L. 30. Collection Bing. Runion d'une tortue de longvit, de la perle sacre, d'une lettre de bonheur: dessin d'un groupement plein de style. Sign: _Manji_. H. 95.--L. 33. Collection Bing. Le plerin Saghi, ayant quitt la cour, assis sur un tertre, et contemplant la campagne avec des yeux contemplatifs d'ascte. Sign: _Hokousa_. H. 64.--L. 27. Collection Bing. Un prunier en fleurs, sous le clair de lune. Encre de Chine qui a l'admirable papillotage de la lumire sur ces arbres, en leur floraison. H. 136.--L. 21. Collection Bing. Une langouste dessine avec la science ichthyologique du Matre. Sign: _Hokousa_. H. 85.--L. 29. Collection Bing. Un vieillard, fait avec le lavage brutal des vieilles annes du peintre. Sign: _Hokousa_,--bien certainement une signature fausse sur un dessin vrai, mais du temps o Hokousa signe _Manji_. H. 74.--L. 20. Collection Bing. _Gusha_, habille d'une robe noire, aux transparences de la plus grande habilet, et marchant de profil tourne gauche, ainsi que presque toutes ses tudes de courtisanes. H. 119.--L. 29. Collection Bing. Un kakmono, divis en trois compartiments. Entre une posie chinoise et une posie japonaise, dans la bande troite du milieu, un paon, la tte souleve pour attraper une araigne, pendant au bout d'un fil. Une aquarelle extraordinaire, o le matre a rendu la vie remuante de la plume: l'un des plus merveilleux kakmonos d'Hokousa que j'aie vus. Sign: _Gwakijin Hokousa_. Collection Bing. Diables s'abritant sous le chapeau de Shki. Peinture aux anatomies fragmentes, et aux colorations brutales non fondues, et ressemblant des morceaux de mosaque: peinture typique du _faire_ des dernires annes d'Hokousa. Sign: _Manji_. H. 80.--L. 55. Collection Gonse. Un faucon sur une branche de sapin. Aquarelle. Sign: _Manji_. Mais je crois le dessin antrieur cette signature, qui y aurait t postrieurement appose. H. 68.--L. 21. Collection Gonse. Un coq et une poule. Aquarelle de la plus grande intensit. Sign: _Gwaki rjin, l'ge de 80 ans_. H. 36.--L. 56. Collection Gonse. Hotei couch terre, enfonant les mains dans son sac. Peinture d'un grand relief, aux dlicats dtails du costume vert et bleu perdus dans la masse, et aux belles lignes du sac. Non sign. H. 29.--L. 46. Collection Gonse. Tige de bambou o vont se poser deux moineaux: la tige de bambou l'encre de Chine, les moineaux pochs de ces rougetres et bruntres taches qui font des moineaux d'Hokousa de petites oeuvres de la plus grande matrise. Ce kakmono, qui vient de la vente de l'atelier de Kisa, et qui est sign: _Katsoushika-tiymon, l'ge de 85 ans_, a, en tte, une lettre d'envoi autographe du peintre, avec un croqueton de salutation semblable ceux qu'il jette en tte de ses lettres ses diteurs, et l'envoi est fait un ami habitant prs du pont de Nakabashi, qu'il appelle dans sa lettre: _Fleur de Nakabashi_. H. 90.--L. 33. Collection Gonse. Femmes ramassant des coquillages et les portant dans un bateau. Amusante scne se dtachant de profonds lointains, mais d'un faire un peu miniatur, un peu petit. Sign: _Hokousa Katsoushika_. H. 42.--L. 45. Collection Gonse. Kiyomasa, en son costume de guerre prcieusement travaill, sous son casque cornes, se voit superbement pit, une main appuye sur le manche de son sabre, dans l'enveloppement turgide de ses paulires. Sign: _Hokousa I-itsou_. H. 70.--L. 27. Collection Gonse. Princesse dans une tempte de neige, au bord de la mer, suivie de deux serviteurs, dont l'un tient un parapluie au-dessus de sa tte. Une magique reprsentation du floconnement de la neige dans l'air avec, dans un coin du ciel, la fonte lumineuse de fleurs roses de pruniers, sous cette tombe de blancheur. Ce serait la mise en scne de la lgende de Komati rclamant du ciel la pluie. Non sign. H. 79.--L. 27. Collection Gonse. Un chasseur qui vient de tuer un sanglier, en train de le lier avec une corde. Aquarelle au doux lavage, amorti, assoupi. H. 33.--L. 42. Collection Gonse Gusha, la tte de trois quarts, baisse dans un penchement gauche, et habille d'une robe de soie noire brode de fleurettes aux transparences rendues par la plus habile aquarelle. Sign: _Hokousa_. H. 105.--L. 27. Collection Gonse. Un prunier en fleurs. Lavis o l'arbuste est trait l'encre de Chine, et les fleurs gouaches de blanc, de la plus parfaite excution artistique. Sign: _Hokousa Sri_. H. 120.--L. 35. Collection Gonse. Yoshitsoun, sous son casque cornes, et revtu d'une armure rouge, que dpassent derrire les flches de son carquois et le manche d'un de ses deux sabres. Spcimen d'une des peintures les plus parfaites et les plus travailles d'Hokousa. Non sign. H. 81.--L. 40. Collection de M. Gonse, qui a donn le pendant au Louvre, faisant partie d'un paravent compos de trois compartiments. Blanchisseuse agenouille, battant le linge, dans un paysage montagneux. Sign: _Hokousa Sri_. H. 105.--L. 42. Collection Gonse. Femme sous une moustiquaire, agenouille, et d'une main tendue en l'air en train de brler, avec une petite mche enflamme, des moustiques, dans un mouvement de grce qui dessine la molle et ressautante ligne de son dos. Trs originale peinture o, dans la pnombre verdtre de la moustiquaire, la femme en sa robe fleurettes apparat, ainsi que dans la coloration glauque d'un aquarium, au jour tombant, tandis que, comme opposition, se voit tout lumineux un petit morceau de sa robe fleurie, sur laquelle est releve la moustiquaire. Sign: _Hokousa Sri_. H. 122.--L. 43. Collection Gonse. Ce kakmono est le complment du Lever et du Coucher, les deux kakmonos en possession de M. Hayashi. Tte de Darma. Lavis d'une beaut tout fait singulire. Une noyade d'encre de Chine o, dans le _flou_ du lavis, les traits du saint apparaissent avec quelque chose de la solidit d'une sculpture qu'on apercevrait au fond de l'eau. Non sign. H. 59.--L. 28. Collection Gonse. La marchande de fagots. Un boeuf sur lequel est un abri en roseaux et que conduit par la bride une femme fumant sa pipette. Une aquarelle o, sur la massivit sombre de l'animal, se dtache l'clatant bariolage de la robe de la conductrice. Sign: _Tato Hokousa, chang de nom_. H. 85.--L. 31. Collection Gillot. Un vieux marchand d'cumoires en bambou pour la poudre de th, appeles en japonais _tchasn_, accroupi terre, au milieu de l'talage des objets de sa vente. Un barbouillage d'encre de Chine, rehauss de blanc, avec un ton de chair sur la figure et les mains; et o les petits yeux carquills, le nez en point d'interrogation, la bouche gueule du marchand, montrent, sous quatre coups de pinceau, toute la narquoiserie d'une physionomie japonaise. Sign: _Katsoushika Mousn hshi, ou le prtre sans le sou de Katsoushika, 65 ans_ (1824). H. 65.--L. 35. Collection Gillot. Sur un mortier du riz, un coq qui n'est pas l'ternel coq de profil d'Hokousa, mais un coq de trois quarts, pit de ct dans une attitude batailleuse; un coq au rouge vineux de sa crte s'enlevant sur le noir de sa queue et de son poitrail: le coq le plus artistique des coqs du matre, et dont la pochade prend, distance, le trompe-l'oeil de l'aquarelle la plus acheve. Sign: _Tato, autrefois Hokousa_. H. 80.--L. 29. Collection Gillot. Un sanglier dtalant dans la neige. Une merveille que ce dboulement galopant, o sont si bien dessines les dlicates pattes en mouvement, du lourd animal. Sign: _Manji, vieillard de 88 ans_ (1847). H. 32.--L. 32. Collection Gillot. Le prtre Saguio, pote voyageur, regardant, sur un pont, une grue volante dans le haut du ciel. L'homme, la main appuye sur un bton, est pench droite, la tte cache par son chapeau. Un dessin aux dessous solides, ressentis, sous des colorations teintes, o se voient une besace au vert joliment pass, une robe jauntre aux cassants des plis relevs de files de gouache. Un des beaux kakmonos que j'aie vus et qui, excut dans les dernires annes de sa vie, a le doux enveloppement du beau temps de son talent. Sign: _Manji, vieux de 85 ans_. H. 95.--L. 28. Collection Gillot. Deux canards mandarins l'aquarelle: l'un, la tte leve, l'autre fouillant la vase. Sign: _Manji_. H. 97.--L. 27. Collection Vever. _Skizoro_. Trois danseurs du Jour de l'An, tenant dans chacune de leurs mains un bton. Un dessin l'habile groupement, et o un danseur de face se voit entre deux danseurs de dos, comme dans une ascension pyramidale. Sign de la signature de ses derniers temps. H. 125.--L. 52. Collection Vever. La potesse Ono Komati, avec ses deux mouches au front des femmes de la noblesse et sa belle chevelure noire dpassant par derrire la trane de sa robe, d'une main tenant un grand ventail qui lui masque la gorge et le bas du visage. Elle est vtue d'une robe de dessous rouge, sur laquelle est jete une robe de dessus fleurettes. Non sign. H. 132.--L. 55. Collection Vever. Le prtre Kisn. Il est vu de dos, avec sa calvitie au milieu de la couronne de ses cheveux, et un bout de profil perdu qui ressemble un profil de gorille. Appuy sur un bton, il est habill d'une robe noire, sur laquelle est jete comme une couverture larges bandes, couleur de rouille. Non sign. H. 132.--L. 55. Collection Vever. Ces deux kakmonos de Komati et du prtre Kisn faisaient partie de la collection des six Potes, dont quatre sont encore dans la collection de M. Hayashi. Une chute de cascade, dans laquelle remontent deux carpes, avec des parties visibles et des parties noyes par la chute d'eau, dont le rejaillissement de l'cume est fait, s'y tromper, au moyen de gouttelettes clates de gouache. Sign: _Gwakijin_. H. 109.--L. 48. Collection Vever. Un pige oiseau. Un baquet appuy sur un bout de bambou que le moindre contact doit faire chuter et sous lequel il y a du grain. Vers le baquet descend une vole de moineaux dont l'un, sur le bord du baquet, est prt s'y glisser. Facture large. Sign: _Gwakijin_. H. 125.--L. 52. Collection Vever. Sur la nuit noire d'un ciel dans lequel un clair fait une claircie, le terrible Yorimasa, le gnral de Minamoto, contorsionn dans un mouvement de force qui dessine toute son anatomie herculenne, tend un gigantesque arc dont la flche va tuer le Nouy, animal fantastique la tte d'un tigre, au corps d'un taureau, la queue d'un serpent. Sign du cachet: _Svastica_[30]. H. 100.--L.42. Collection Vever. [Note 30: Svastica, un mot qui viendrait du sanscrit, et dont le signe est la reprsentation, en forme de tourniquet, du croisement de deux morceaux de bois, l'un sur l'autre, par allusion au feu des temps primitifs. Ce signe exprimerait le nombre dix mille, ou plutt un nombre indfini, que les Japonais prononcent _man_ ou _manji_--et ce signe, Hokousa l'a adopt un temps pour sa signature.] Au-dessus de feuilles de _momiji_, une thire suspendue au bout d'une longue attache de fer passant sur une inscription contenue dans la figuration d'une sorte de tablette appele, au Japon, papier posie (_tansakou_). Voici ce que raconte cette thire sak suspendue un arbre. Sous l'Empereur Takakoura (XIIe sicle), un souverain pote, dans le jardin imprial, un jour de la fin d'automne, trois domestiques balayeurs avaient fait chauffer du sak pour se mettre un peu de chaleur au corps. L'Empereur, sorti de son palais pour admirer le coucher du soleil dans le bois d'rable, alors tout rouge, arriva seul, l o se tenaient les trois balayeurs. Le sans-gne de ces domestiques du palais valait leur renvoi mais, avant que quelqu'un de sa suite pt les punir, l'Empereur s'cria sur un ton de bonne humeur: Quel plaisir de voir ces pauvres gens partager mon inspiration potique! Cela me rappelle la clbre ligne ancienne qui dit: Dans ce bois chauffant le sak, en brlant les rouges feuilles d'rable... Et les balayeurs furent pardonns. Gnralement le sujet est reprsent avec les trois balayeurs habills en blanc et coiffs de chapeaux noirs. Mais ici Hokousa supprime les personnages. Le _tanzakou_, plac au milieu, porte: Le plaisir de la vie est d'admirer les vues des quatre saisons, avec la lune, la neige, les fleurs, la montagne verte, le bois feuilles rouges, dont une partie tapisse la terre. Sign: _Sajimoti_. Le papier en large, plac en tte du kakmono, est une lettre d'Hokousa qui recommande un lve au docteur Sanghino, lettre signe: _Le paysan Hatiymon, habitant en face de la pharmacie Jsa_. Date le 12e jour du 7e mois (probablement de la mme anne 1843). H. 78.--L. 23. Collection Haviland. Oiseaux sur un baquet renvers, prs d'un oeillet et de marguerites: les marguerites gouaches de blanc avec un tel art qu'elles semblent brodes. Sign: _Katsouskika Hokousa_. H. 25.--L. 32. Collection Haviland. demi abrite par un paravent, une femme en train de se coiffer, les deux mains leves au-dessus de sa tte, et soulevant par derrire sa natte l'aide d'une grosse pingle cheveux. Accroupie dans un mouvement plein de grce, son miroir, qu'on ne voit pas, est pos sur le genou d'une jambe remonte; dans ce mouvement, un sein sort de sa robe et, sous la robe, s'entrevoit un rien du dessous de la cuisse et du pied de la jambe qui porte le miroir. En ce kakmono, certainement un des plus soigns, et des plus parfaits du matre, Hokousa a cherch une opposition entre la finesse de la linature, pour ainsi dire graphique, faisant le contour des mains, du visage, du sein, de la cuisse, du pied, et le ton neutre et le lavage un peu brutal de la robe. Sign: _Gwakijin Hokousa_. H. 97.--L. 32. Collection Haviland. Au-dessus d'une cascade, au milieu de fleurs de cerisier, un aigle, le corps ramass, la tte tendue et projete en bas comme s'il s'apprtait fondre sur une proie. Peinture au cruel dessin de la tte, au solide noir et au beau fauve de la plume hrisse, et comme souleve par l'instinct carnassier. C'est la mme tude mais, je crois, plus pousse que celle de l'aigle pris Sounamoura, en 1848, et qui est dans la collection de M. Hayashi. H. 106.--L. 54. Collection Manzi. Sous la pleine lune, une courtisane en marche vers la droite; elle est dans une robe de dessous jauntre toile de fleurs rouges, sur laquelle est rabattue une robe de dessus bleutre dcore de glycines blanches. Sign: _Gwakijin Hokousa_ (1801-1805). H. 115.--L. 30 Collection de Goncourt. Une courtisane, vue de trois-quarts dans une robe dcore de branchettes de sapin laves d'encre de Chine, sur lesquelles se dtachent des grues volantes, gouaches de blanc. En haut est jete cette posie, signe Mjiro Sanjin: Le Bouddha exploita la loi religieuse. Le premier prtre exploita le Bouddha, les prtres de la postrit continuent exploiter leur ancien matre, et toi tu exploites ton corps. Ton commerce consiste calmer la fivre des passions. Au fond la ralit c'est le nant, et le nant c'est la ralit. Le feuillage offre sa verdure et la fleur sa couleur. La lune se baigne dans le lac, mais ce n'est l que son image. Kakmono sign: _Gwakijin Hokousa_ (1801-1805). H. 115.--L. 30. Collection de Goncourt. En Hollande, au muse ethnographique de Leyde, M. Gonse cite trois kakmonos reprsentant des courtisanes, kakmonos non signs mais dignes de lui tre attribus. En Angleterre, au British Museum, venant de la collection Anderson, un kakmono en couleur sur soie (Sise 21-5/8 x 32-3/8) reprsentant: Tamtomo et les diables dans l'le des diables. Le hros est assis sur un rocher, prs de trois diables qui essayent avec de grands efforts son arc. M. Anderson dit dans son catalogue que c'est une peinture d'une grande vigueur et trs expressive dans les figures: peinture excute dans l'anne o Hokousa illustrait la sixime partie du CROISSANT DE L'ARC, roman qui est l'histoire fabuleuse de Tamtomo. Il est sign: _Katsoushika Hokousa_. Ce dessin, en haut duquel est une posie de Bakin, l'auteur du roman, est date: _Une nuit d'hiver de 1811_. La bote du kakmono porte une inscription du petit-fils de Bakin, disant que cette peinture, conserve dans sa famille, avait t excute au moment o Bakin crivait son roman. Dans la collection de M. Ernest Hart, Londres, se trouvent cinq kakmonos: 1 Des oies sauvages: kakmono sign _Manji 88 ans_. 2 Okam lapidant un diable avec des haricots. Aquarelle cursive, lgrement colore en rose et bleu. Ce kakmono, o l'opposition est charmante entre la grce d'Okam et la hideur du diable pouvant, est une des plus remarquables peintures du matre en Angleterre. Il est sign _Manji_, et provient de l'ancienne collection Wakai. 3 Trois chiens jouant. Sign: _I-itsou_. 4 Guerrier chinois. Sign: _Gwaki-rjin Hokousa_. 5 Une Japonaise. Sign: _Hokousa Tat_. Dans la collection de M. S. M. Samuel, un kakmono, que le propritaire considre comme un chef-d'oeuvre. Une femme debout s'habillant et se regardant dans un miroir: Sign: _Hokousa_. En Amrique, dans la collection de M. Morse de Boston, dit M. Gonse dans son ART JAPONAIS, est conserv un kakmono (H. 17 pouces) reprsentant un guerrier japonais au milieu d'un passage montagneux, qui serait d'une harmonie exquise dans les rouges, les verts, les gris. De nombreux kakmonos existeraient encore chez M. Fenellosa. Enfin, voici plusieurs kakmonos d'Hokousa qui font partie de la riche collection du Japonais Homma Ks, Sakata, et dont les reproductions photographiques ont t publies dans le _Magazine of Art Japanese_, paraissant en japonais et en anglais, Tki. Le premier est un grand arbre pench sur les rapides d'une rivire, au milieu duquel est assis un petit berger qui, de l, regarde le Fouzi-yama. Le second est une courtisane entre ses deux petites accompagnatrices, appeles _Kamour_. Les autres, au nombre de douze, et formant les panneaux d'un paravent, ont pour titre: LES PEINTURES DES SIX TAMAGAWA (des six rivires du mme nom, dans six provinces diffrentes). 1 Une cascade. 2 Un bcheron qui se repose sur son fagot. 3 Le pote N-in-hsshi s'inspirant de la nature. 4 Une envole de pluviers au-dessus d'un bord de rivire tout couvert de neige. 5 Un village de la province de Mousashi au bord de l'eau. 6 Des femmes blanchissant du linge. 7 Le cours d'une rivire de la province d'Ohmi, coup par le feuillage des arbres de la rive. 8 Un pote ancien en contemplation devant la lune. 9 Une carpe, traverse dans l'eau de la rivire de la province de Ki-i, par des rayons lumineux. 10 Un coin de jardinet de la province de Settsu, au milieu duquel est du linge laver. 11 [La description n'est pas donne par l'auteur] 12 La princesse-potesse Sagami composant une posie. Au Japon, Wakai possderait encore une dizaine de kakmonos et une collection d'esquisses et d'tudes, parmi lesquelles un fragment d'un dessin moiti brl, peut-tre arrach l'incendie de son atelier en 1839. Ce dessin excut au trait d'encre de Chine, un _seul coup de pinceau_, sur plusieurs morceaux de papier assembls, serait la _premire pense_ du Bain et l'enfant tenu par sa mre aurait presque un tiers de sa grandeur naturelle. Wakai cite dans une lettre, comme collectionneurs d'Hokousa au Japon, MM. Houki, Kaivasaki, Masouda; mais le Japonais n'aime pas la publicit autour de ce qu'il possde, et le catalogue de l'oeuvre d'un peintre est trs difficile tablir en ce pays artistique. MAKIMONOS[31] [Note 31: Rouleau de peinture qui, contrairement au kakmono, se droule dans sa largeur et contient un certain nombre de motifs.] Makimono contenant:--une feuille de lotus et son bouton,--une branche de pin,--un paysage par un jour de neige,--une feuille de _tnabasou_, un potiron du Japon de la grosseur de nos melons,--un sanglier,--une aubergine,--un renard habill en Japonais,--un morceau de saumon sal, --un narcisse,--des poissons,--un rapide o flottent des fleurs de momiji, --un bol,--une racine de lotus,--un chat,--une anguille,--une traverse de renards sur la glace d'un lac: un dessin curieux, parce qu'il nous laisse voir, sous l'aquarelle, les restes d'une esquisse au bois brl, au charbon de polonia, le fusain du Japon, dont Hokousa se servait parfois, et surtout quand il dessinait en prsence de quelqu'un. Ce makimono aux nombreux dessins est sign: _Manji, vieillard fou de dessin, g de 80 ans (hiver de Tempo X)_ (1839). Collection Hayashi. Un autre makimono intressant, c'est un panorama des bords de la Soumida, fait au temps de ses livres illustrs, avec des seconds plans qui son des merveilles de dlicatesse, et o il y a une recherche du refltement des choses dans l'eau, tout fait nouvelle, et o, dans des arbres d'un centimtre, sont des rserves pour les branches. Je n'ai jamais vu d'Hokousa une aquarelle aussi travaille, aussi pousse au fini. Et la dernire aquarelle est une assemble d'hommes et de femmes dans un salon. Ce makimono est sign: _Koukoushin Hokousa_ (1805) et avec la signature se trouve cette note: _En souvenir d'une promenade que Hokousa a faite avec ses amis sur la Soumida; et la demande de Tausir Ymba_ (un lettr qui a fait le rcit de la promenade) _Hokousa a dessin sur place Yoshiwara, ses amis avec les courtisanes d'une Maison Verte: quatrime mois_ (le mois de mai). Et il est croire que le buveur, au crne socratique, au petit nez relev, aux yeux railleurs, habill d'une robe d'un brun fauve, et qui montre sa coupe de sak vide, pour la faire remplir nouveau, est Hokousa. Collection Hayashi. Un autre makimono d'une grande beaut, provenant de la vente de l'atelier de Kisa, et contenant 46 sujets, fait partie de la collection de M. Gonse. C'est une langouste pose sur un morceau de charbon, dessin symbolique des cadeaux du Jour de l'An,--une envole de moineaux,--quatre croquetons de potes, lisant la lumire d'une lampe,--la jete, sur une page, d'une tortue, d'un faisan, d'un crabe l'encre de Chine, au milieu desquels est un pigeon model entirement avec du blanc de gouache et dont le bec et les pattes sont roses,--des processionnaires et des bgonias,--un rat mangeant une tranche de pastque,--des plantes de mer et des coquillages, --deux canards dormant, enlevs d'un coup de pinceau, la faon des dessins de l'album _Ippitzou_,--des fizalis et une pingle cheveux,--une poule d'eau,--un cyprin dans un vase de cristal,--une plieuse d'ventails, --la _danse des moineaux_, avec une amusante et infinie perspective des derniers petits danseurs, etc., etc. PANNEAUX, DESSINS ENCADRS ET FEUILLES DTACHES Dans la collection Hayashi. Un diable, lapid avec des pois, se met l'abri sous le tableau de Shki. Un barbouillage tout fait lch. Non sign. H. 65.--L. 48. Un guerrier tenant la main une tte coupe. Non sign. H. 53--L. 26. Un pigeon perch sur le haut d'un tori-i. Dessin de premier coup, fait avec un nuage d'aquarelle. Non sign, mais portant le cachet d'Hokousa. H. 29.--L. 27. Sous un norme pot de sak, Hokousa et ses lves dguiss en _shj_, en train de boire. Hokousa, au milieu, avec l'aspect d'un homme gris, sa droite Hokouga faisant de la musique avec un balai; et derrire Hokouga, la gauche d'Hokousa, Shinsha, la tte tombe dans ses mains; et, contre le pot de sak, Hiromaro. Chaque peintre dessin et sign par lui. H. 38.--L. 39. Une rptition de la Vague du Fouzi-yama, avec des pluviers volant au-dessus. H. 30.--L. 52. Enfant japonais ramassant des feuilles de pin. Sign: _Manji, vieillard de 85 ans_. H. 30.--L. 52. Un tigre la tte un peu humaine, comme les fait Hokousa, qui n'en avait jamais vu. Une encre de Chine pleine de furie. Sign: _Hokousa_. H. 55.--L. 27. Paysage, au lever du soleil clairant sur le premier plan un rocher dans la mer, au fond de montagnes bleutres. Sign: _Hokousa, fou de dessin_. H. 26.--L. 28. Cuvette de cuisine, dans laquelle est un pilon sur lequel est pos un oiseau et, derrire la cuvette, une tige de cerisier fleuri. La cuvette et le pilon lavs d'un ton rostre, l'oiseau et la tige de l'arbuste l'encre de Chine. Effet original. Non sign. H. 27.--L. 44. Une oie sauvage fendant l'air. Un dessin trs lgrement aquarell. Sign: _Manji, vieillard fou de dessin_. H. 29.--L. 56. Une grenouille sur une feuille de lotus. Non sign. H. 20.--L. 26. Deux enfants de paysans, dont l'un, couch sur le ventre, coute l'autre. Non sign. H. 26.--57. Hotei mettant un petit Japonais dans son sac. Non sign. H. 27.--L. 42. Dans la collection Bing. Une tte coupe de femme, entoure d'un serpent. Une encre de Chine trs dlave, avec dans des parties un ton rougetre, et o le peintre a mis comme de la volupt dans le dessin des yeux demi-ferms, de la bouche entr'ouverte. H. 20.--L. 22. Un pigeon sur un perchoir fait en forme de racine d'arbre. Encre de Chine, releve de blanc, et lave de rose au bec et aux pattes. Sign: _Gwakijin_. Une perspective de sapins d'un lavis aux parties rserves dans les parties lumineuses, d'un art stupfiant. H. 150.--L. 54. Ce grand panneau aurait pour pendant un panneau d'gale grandeur, reprsentant un paysan qui, la tte entre ses jambes, chercherait avoir les feuilles en dessous. Indpendamment de ces panneaux, M. Bing possde un certain nombre de feuilles dtaches, dont je donne les feuilles principales. Hotei, pour amuser les enfants, faisant danser un pantin attach par des fils un cran. Des ttes de femmes publies dans le JAPON ARTISTIQUE. Pcheur, un feu allum au bout d'une gaule pour attirer le poisson. Un serpent s'enroulant autour d'une branche, dessin qui rend, la fois, et l'lasticit et la rigidit du reptile. Une femme de profil, sur laquelle il y a un peu de bleu et de rose, comme bu par un papier buvard, dessin d'une dlicatesse, d'une fluidit sans pareille. Une gusha accroupie, vue de dos, jouant du schamisn, la riche coiffure vue par derrire: dessin la ligne sculpturale. Un guerrier sur un cheval cabr, un de ces dessins o il y a comme l'emportement d'un pinceau. Un groupement de poissons. Une femme surplombant un Tngou auquel elle indique quelque chose de la main, dessin o la tte de la femme a une grce voluptueuse indicible. Une tte de profil d'apparition, qui n'a pas t grave dans les CENT CONTES. Une belette guettant deux oiseaux perchs sur une branche. Quatre femmes couches terre, dans des allongements d'une lgance adorable. Une tude l'aquarelle d'une tige de soleil. Un cerf couch. Une femme, avec, au bout du bras lev, une raquette. Une promenade de femmes et d'enfants prpare pour la gravure, qui n'a pas la scheresse habituelle de ces sortes de dessins. Une femme qui fait sa toilette devant un miroir o se voit sa figure, et dont le bras droit tient, derrire elle, un autre miroir o se reflte le derrire de sa coiffure. Dans la collection Gonse. L'entre de la Soumida. Une double range de rochers mergeant de l'cume des flots. Un des plus beaux et des plus importants paysages l'aquarelle d'Hokousa. H. 30.--L. 130. Une tude de tte coupe de supplici, la bouche et les yeux entr'ouverts, avec un filet de sang qui, semblable un rameau de corail, se rpand de l'oreille sur le ple visage. Sign: _Hokousa I-itsou_. ces deux dessins encadrs, il faut joindre trois feuilles dtaches, trois merveilles provenant de la vente de l'atelier Kisa. Skki jouant de la flte. Une tapageuse encre de Chine, avec coloration en rouge de la tte et des mains. H. 40.--L. 28. Deux canards mandarins, dans le sillage que leur nage met dans l'eau. Aquarelle o la blancheur des deux canards se dtache, de la faon la plus harmonieuse, sur le bleutre de l'eau. H. 40.--L. 39. Un aveugle appuy sur un bton, son chapeau tomb sur le dos, traversant un gu. L'encre de Chine la plus largement traite, et o est une tte du dessin le plus savant. H. 38.--L. 28. Dans la collection Vever. Un grand dessin librement jet dans un trait reprsentant le viol d'une femme, prise entre les jambes d'un homme, le haut du corps retomb de ct, d'une main repoussant la main qui veut s'introduire dans sa gorge, de l'autre main gratignant la figure de l'homme. Ce grand et ce trs beau dessin de la collection Vever (H. 30--L. 30) a t reproduit, ainsi qu' peu prs tous les dessins d'Hokousa, en une rduction de 10 centimtres en hauteur, dans une gravure publie parmi l'illustration de SOUIK. Dans la collection de M. Gillot. La grande tude (H. 54--L. 53) de l'aigle, pris l'anne 1848, et dont il y a un kakmono chez Hayashi, et un autre chez Manzi. Une tude de toute beaut, o se voit la cruelle courbe de ce bec dchireur de chairs palpitantes, et la grandeur morne de cette prunelle qui peut fixer le soleil. Et une tude curieuse, parce qu'elle vous rvle des procds d'aquarelle pareils aux dessous que nous faisons en Europe la peinture l'huile, dessous sur lesquels nous revenons avec des glacis, et nous avons ici, avant que ces colorations soient perdues et peut-tre un peu assombries dans les kakmonos, le bleu du tronc d'arbre, le rougetre des ailes, enfin toute la varit des tonalits qui doivent dormir sous la couverte dernire. Une femme brandissant une branche de fleurs au-dessus d'un guerrier couch terre, sa hache entre les jambes. Un certain nombre de paysages o, tout en haut d'une colline dominant la mer, se voit un homme portant sur l'paule une perche o sont attachs deux paquets d'herbes. Une tte de supplici dans un plat. Un crne o le sommet se termine par une grosse loupe, d'o pendent de longs cheveux mouills de sueur, des paupires fermes, une bouche entr'ouverte dans un rictus sur lequel se dtachent, dans une blancheur effrayante, les dents. La tte et le fond, comme clairs par une lumire lunaire, o il tomberait de la neige. Dans la collection Duret. Deux aquarelles releves de gouache et signes (H. 40.--L. 120) reprsentant des vues de la Soumida. Dans l'une, deux femmes, aux robes souleves par le vent, font des signes au passeur dont le bateau est au milieu de la rivire; dans l'autre, c'est la marche, le long de la rivire, de cinq hommes et de deux femmes avec des enfants en promenade pour une partie de campagne. Dessins trs pousss, trs finis, et ayant le caractre de ses dessins appliqus de la Soumida dans les dernires annes du sicle dernier. Dans la collection Edmond de Goncourt. Deux crevettes l'encre de Chine, trois l'encre carmine. Dessin, dans son jet rapide, d'une science extraordinaire. Sign: _Katsoushika Hokousa_, avec le cachet de _Tokimasa_ (vers 1812). H. 30.--L. 18. La lune, vue au travers de deux branches d'un prunier. Grand effet de cette ple lune sur le bleu nocturne d'o se dtachent les blanches fleurs du prunier. Un dessin de pote. Non sign. H. 39.--L. 38. En Angleterre, au British Museum, cinq croquis: 1. Un renard mtamorphos en prtre. 2. Une grenouille nageant au-dessus de l'eau. 3. Rats et piments. 4. Dcoration symbolique du Jour de l'An: sardine dessche, orange, fougres, papier dcoup. 5. Kousounoki Masashig, le type du courage et de la loyaut, avant sa dernire campagne, remettant son fils le rouleau ancestral. Croquis signs avec le Svastica, la marque adopte par l'artiste en son vieil ge,--et des croquis n'ayant pas la lourdeur des dessins de ce temps, et se rapprochant du _faire_ des dessins de Korin. Le British Museum possde encore un dessin en couleur sur soie, non mont (17 5/8x24) reprsentant un oiseau. Sign: _Tame-ichi autrefois Hokousa_. Chez M. S. M. Samuel. Jeune femme portant une lanterne. Croquis l'encre de Chine. Jardinier fumant sa pipette. Aquarelle. Chez M. Anderson. Un coq, aquarelle lave grande eau de bleu et de rouge, excute vers 1810. Trois esquisses l'encre de Chine. Deux dragons.--Un coq.--Un aigle. Croquis dans le _faire_ du matre, vers 1840. Chez M. Ernest Hart. Deux dessins indits de la srie des CENT POTES RACONTS PAR LA NOURRICE, dessins destins tre gravs; quatorze dessins de la mme illustration, venant de la vente de l'ancienne collection Hart, sont chez M. Samuel, et un certain nombre encore chez M. Tomkinson[32]. [Note 32: M. Anderson me signale encore des dessins d'Hokousa dans les collections de MM. Marcus, B. Hinsh, W.-C. Alexander, J.-M. Suran, du sir Frederic Leigton, de lord de Saumarez.] En Allemagne, le Muse de Berlin, d'aprs M. Gonse, possderait deux feuilles d'albums provenant de la collection Gierke. Ces dessins l'aquarelle reprsenteraient comiquement un moine mendiant volant des pches, puis surpris par le propritaire au moment o il les cache dans ses manches. En outre le Cabinet des estampes de Berlin se serait enrichi de trois ou quatre tudes l'encre de Chine, rapportes par le prince Albert de Prusse de son voyage au Japon. En Amrique la collection de M. Morse de Boston, renfermerait, indpendamment du kakmono dj cit, une feuille de croquis pleins de mouvement, d'aprs la reproduction qu'en a fait L'ART JAPONAIS. LVI VENTAILS, CRANS, PARAVENTS, PEINTURES DE PARDESSUS Un album de douze dessins d'ventails, dont quelques-uns sont des petites merveilles. Je citerai des oiseaux, une sauterelle sur une lanterne aux ombres chinoises, un champignon tomb sur des feuilles de momiji, etc. Ces dessins d'ventails, portant la signature d'_Hokousa_, appartiennent M. Hayashi, qui en possde d'autres, comme: Un marchand d'cumoirs de th en bambou. Sign: _Hokousa Tato_. Un chrysanthme, large dessin, un peu lav de rose sur l'encre de Chine. Sign: _I-itsou! Hokousa chang de nom_. Deux moineaux. Sign: _Hokousa_. Des maigres se grisant de sak. Dessin caricatural. Sign: _Tato_. M. Bing possde galement une srie importante de dessins d'ventails: Un oiseau et une araigne. Une tige de nnuphar. Un Japonais qui lit, couch terre. Des crevettes. Une tortue et un poisson rouge dans un vase de cristal la transparence presque invisible. Sur un papier crpon fait particulirement pour les ventails, un hochequeue sur une pierre o, d'un ct est une fleurette bleue, et de l'autre ct une tige de plante couverte de neige. ventail sign: _Gwaki rjin Manji_ (Manji, vieillard fou de dessin), 1839-1840. Cet ventail fait partie de ma collection. Dans la collection Haviland se trouve un ventail reprsentant un coq qui s'enlve de la manire la plus heureuse sur une poule blanche. La collection Odon de Mussy contiendrait un certain nombre d'ventails. Dans la collection de M. Ernest Hart, Londres, le possesseur me signale un ventail sur lequel est peint la spia un faisan, de la facture la plus artistique. Il est aussi pass, entre les mains de MM. Hayashi et Bing, un certain nombre de dessins d'crans, aujourd'hui disperss et passs dans des collections inconnues. Je citerai cependant chez M. Gillot un cran o se voit le Fouzi-yama derrire un saule pleureur, et coup par les mailles de filets de pche mis scher. Parmi les paravents, je n'en citerai qu'un, qui est de la plus belle qualit, et form de deux panneaux (H. 170.--L. 80). Il reprsente, sur le panneau de droite, la desse Bntn planant au milieu des nuages; un dessin trs lgrement lav d'aquarelle; sur le panneau de gauche, un dragon largement enlev l'encre de Chine. Ce paravent aux panneaux sur papier fait partie de la collection Blasini, qui contiendrait des kakmonos et des makimonos intressants. Enfin, comme destination originale, le dessin d'une courtisane en train d'arracher les cheveux blancs d'un Darma dont la tte fumante est recouverte d'un mouchoir mouill. Kakmono ironique, enlev par les rapides coups d'un pinceau charg d'encre de Chine, avec quelques tons de chair dans la tte du Darma. Sign _Katsoushika Hokousa Tato_ (vers 1817). H. 39.--L. 68. Sait-on d'o vient cette curieuse pochade? De l'entre-deux d'paules, enlev d'un pardessus appel _haori_ au Japon, o l'on aime avoir la peinture d'un homme clbre dans le dos, et qui se voit seulement au moment o on le donne aux servantes pour l'accrocher? Ce dessin, mont en kakmono, est possd par M. Hayashi. LVII ALBUMS DES PREMIRES PENSES D'HOKOUSA Mais, mieux encore que ces kakmonos, que ces makimonos, que ces panneaux, des documents plus rvlateurs pour tudier Hokousa, pour se rendre compte de ses procds, pour pntrer le secret de son art, se trouvent dans trois ou quatre albums appartenant Hayashi, et renfermant les projets, les croquis, les esquisses de ses dessins termins--de tout cela, que le XVIIIe sicle franais appelait les _premires penses_ d'un peintre. Voici, dans un album, des tudes de femmes ressemblant nos _griffonnis_ la plume et, ct d'une petite femme peine formule, sa reprise au carreau en grand, avec des parties laves l'encre de Chine. Quelques croquis, au contour lgrement vermillonn, prennent l'aspect de dessins aux dessous de sanguine. Ici un _repentir_, montrant sur le haut d'un temple de Ydo un petit morceau de papier sur lequel le peintre a ajout des grues. Comme Watteau, comme Gavarni, Hokousa fait de nombreuses tudes de mains, de mains en toute l'nergie de leurs mouvements. Il a aussi des tudes de jambes, o il cherche le carr des muscles l'instar de Bandinelli, ne faisant jamais rond, mais voulant toujours dans son dessin l'accentuation et le ressaut du muscle, ayant mme une tendance mettre dans l'anatomie du corps humain les reliefs plats et les lignes casses de la sculpture. Et toujours des dessins o, dans le premier jet, il saisit la mimique d'un corps qui danse, la gesticulation de bras et de jambes qui bataillent, et jusqu' la gymnastique plongeante d'une pcheuse de coquilles au fond de la mer. Et vraiment, en la verve et la fivre de ce dessin, vous avez de ce cheval, le cabrement, de cet oiseau, l'envole, de ce singe, le prenant et l'agrippement de la patte. Voil un autre album presque tout rempli de projets de titres de livres faits de kakmonos que droulent des femmes, des enfants, Foukorokou et Ybisou. A la suite de ces projets, des dhanchements d'hommes prts donner un coup de sabre, des indications de vtements de Shki, qui sont comme les vagues d'une tempte; et, mls ces croquis de la force et du mouvement, des pivoines doucement laves d'une eau rose, et un dessin rotique reprsentant le dieu du Tonnerre violant une danseuse vierge d'un temple, mais de l'rotisme se passant, comme disent les Japonais, _dans le nuage_. Puis, c'est encore des dessins de grande proportion (H. 39--L. 28), des dessins o, au milieu d'claboussures de l'encre de Chine, quelques contours dlicats sont finement tracs comme avec une encre pourpre. Et beaucoup de dessins, la plus grande partie au trait, avec un morceau termin, ainsi que dans ce coq et cette poule, o seulement la queue du coq est lave. Et des chevaux galopants qui ont l'air de licornes volantes. Un album trs curieux et un album contenant presque toutes les esquisses des impressions en couleur du SHASHIN GWAFOU, comme le faisan dor, les canards mandarins, la tige de navet, l'homme en contemplation devant le vol de deux papillons, et encore les esquisses de la caverne du Fouzi-yama, des pcheuses d'_awabi_ du _Fougakou_, et l'esquisse du grand faucon sur son perchoir. Enfin un album qui est, pour ainsi dire, la reprsentation hroque des guerriers en lutte, en _empoignade_ de corps: dessins au trait avec, par-ci par-l, dans les violences des membres, quelques crasements rageurs de pinceaux. Et des pilepsies d'ivrognes et des dsarticulations d'acrobates: des anatomies admirables de vie vivante. Et des tudes de jambes et de pieds en marche qui donnent l'illusion de leur avancement sur le papier, et des physionomies faites de rien,--comme dessin des yeux, du nez, de la bouche,--et ayant, je ne sais comment, l'expression de la passion humaine, ou gaie, ou triste, ou colre. M. Bing possde, ainsi que Hayashi, quelques albums de croquis, trs rvlateurs des procds du Matre. Un album, form par Isa, renfermant des _premires penses_ de ses illustrations de Bouddha, des romans chinois: dessins au premier coup, tout pleins de repentirs, d'effacements, de raturages: croquis dans lesquels, aux larges traits du pinceau cras, sont opposs des traits d'une finesse, croire qu'ils sont tracs avec une plume de corbeau. Une feuille d'un grand caractre: l'exposition d'une tte coupe, regarde par toute une foule. Un album trs curieux, dont les dessins n'ont pas t gravs, et qui reprsentent huit vues (H. 28--L. 40) de la Soumida, aux rives peuples de diffrents corps d'ouvriers en leur travail du bord de l'eau: de larges et puissants croquis l'encre de Chine, dont un seul est lav d'un rien de teinte bleue. Un album presque entirement consacr des personnages mythologiques, des guerriers, aux lavages grande eau, aux beaux noirs d'encre de Chine, dans lequel est un musicien qui fait danser un crapaud, d'un velout extraordinaire. A la fin de cet album est une lettre d'Hokousa signe: _Gwakijin_. Un album ayant une parent avec la varit des dessins de SHASHIN GWAKIO, et o M. Bing faisait remarquer justement l'art particulier avec lequel le pinceau d'Hokousa reprsentait la matire de l'objet dessin: le duveteux de la plume d'un oiseau, le soyeux d'une toffe, la transparence du verre, le tiquet d'un fruit. Un autre album de croquis, et des plus dsirables, est aujourd'hui en la possession de M. Gillot. C'est une srie de ces tourdissants lavis l'encre de Chine, sabrs de gouache, parmi lesquels est un danseur, la tte baisse que masque son chapeau, aux mains tressautantes au bout de ses bras tendus dans l'espace, un pied lev devant lui la hauteur de la poitrine, dans le plus savant raccourci: le danseur le plus extraordinairement dansant qui se puisse voir. Puis, ct de ces oeuvres l'encre de Chine, des aquarelles de premier coup, grandes ou petites, d'un _faire_ inimitable, comme ce papillon bleu dont les ailes ont l'air d'tre faites avec l'azur qui habille les papillons du Brsil, et une grappe de raisin o le safranement de l'automne est en germe dans l'encre de Chine des feuilles, et o les grains de la grappe semblent des bulles de cristal contenant l'eau bleutre du raisin noir, et des tortues qui ont cette couleur qui leur est propre, la couleur de la patine de vieux bronzes. Et, au milieu de ces petits chefs-d'oeuvre sems sur les feuillets qu'on retourne, une grande grue qui mriterait d'tre encadre, une grue lave de teintes verdtres et bleutres, impossibles dcrire dans leur charme harmonique,--et cet au-del de la couleur qui met un peu du rve dans une reproduction, par la peinture, d'un tre. Londres, chez M. S. M. Samuel, il y aurait un album de croquis d'Hokousa consacrs uniquement la reprsentation du Yoshiwara, du quartier de la prostitution. ct de ces albums de _premires penses_ de l'artiste, donnons l'indication d'un album de dessins termins, de dessins pour la gravure, faisant partie de ma collection. Runion de cinquante dessins l'encre de Chine (H. 14--L. 14), dont la plupart sont rehausss d'une petite teinte rose, pour tre excuts en gravure, comme les impressions de la Mangwa et autres livres gravs. Quelques-uns de ces dessins sont, avec des changements, des reproductions de compositions publies ailleurs. Tous ces dessins auraient t faits au temps o il signe Katsoushika Tato (vers 1816) et sont enferms dans une double circonfrence forme par l'allongement des deux caractres _Hokou_ avec deux cartouches sur les cts, contenant, rpt, le caractre sa. L'OUKIY Y ROUIK, par Kidn, en clbrant le talent d'Hokousa, parle de l'adresse de sa main, s'tend sur le _virtuosisme_ de l'artiste, qualit apprcie au Japon o l'on tient compte du dessin fait sans la reprise d'un trait, sans _repentir_, du dessin fait dans un temps donn. Et Kidn affirme que Hokousa peignait admirablement bien avec sa main gauche, et de bas en haut. Il ajoute: Et sa peinture, au moyen de ses ongles, tait tout fait tonnante et, quant ce faire particulier, il fallait tre tmoin soi-mme du travail de l'artiste, sans quoi on et pris sa peinture l'ongle pour de la peinture avec un pinceau. J'avoue que j'avais une certaine dfiance l'endroit de ces tours de force, et j'avais tort cependant. Je trouve d'abord, dans la collection d'Hayashi, un panneau (H. 44--L. 19) reprsentant un danseur, qui a t dessin de manire que la personne qui regardait le peintre dessiner le vt dans son sens. En effet il est sign: _Dessin dans le sens inverse par Hokousa_.--Et un kakmono (H. 26--L. 25) reprsentant, dans un aquarellage lger et trs large, un pigeon sur une branche de saule pleureur, est sign: _Hokousa a fait ce dessin avec l'ongle_. LVIII LES GRANDES COLLECTIONS DE SOURIMONOS ET D'ESTAMPES EN NOIR ET EN COULEUR DE HOKOUSA Aprs les collections dont j'ai cit des preuves remarquables dans l'numration des sourimonos, des planches spares, des illustrations de livres, il faut citer les trois collections de MM. Camondo, Koechlin, Rouart, comme renfermant des preuves de premier tirage hors ligne. En outre Hayashi me signale comme d'importantes et intressantes collections d'estampes et de livres les collections suivantes: EN FRANCE: Les collections de MM. Blasini, Odon de Mussy, Georges Hugo, Bermond, Jacquin, Blondeau, Raphal Collin, Glis Didot, Gallimard, Grasset, Houdard, Migeon, Isaac, Vian, Paul Schmidt. Et, parmi les collections publiques, la collection Guimet, et la collection commence du Louvre, avec les dons des collectionneurs. L'TRANGER Les collections, en Belgique, de Mmes Michotte, de Pachtre et de M. Van den Brock, de Bruxelles; en Allemagne, de Mme Meyer de Presburg, de M. Oeder de Dusseldorf, du Dr Brinckmann, directeur du Muse de Hambourg; en Espagne, de MM. Mausana de Barcelone, et Aspeztenia de Cuba; en Amrique, de MM. Havemeyer, Dana, Laffin, Baumgarten, Weir, Herter, Wason, Lafarge, tous collectionneurs de New-York et de MM. Nickerson et de Gonkin de Chicago. En outre, le muse de Chicago, indpendamment de peintures originales, renferme une nombreuse runion de livres et d'estampes provenant de la collection faite par M. Gavard au Japon. LIX C'est vraiment curieux, dans la vie d'un peintre japonais, les changements de noms et de signatures, et je crois qu'il est de toute ncessit, pour l'tude de l'oeuvre d'Hokousa, chez lequel ces changements sont plus frquents que chez tout autre peintre du Japon, de les indiquer, de les signaler. De 1778 1785, Hokousa, alors dit Ttzouz, signe ses compositions du nom de _Katsoukawo Shunr_ ou simplement _Shunr_. En 1785, il signe un des deux livres, qu'il publie dans l'anne: _Goummatei_. En 1786, la sortie de l'atelier Shunsh, il abandonne compltement la signature _Katsoukawa Shunr_, pour prendre la signature _Mougoura Shunr_, faisant comprendre par le nom de Mougoura (buisson) qu'il est indpendant de toute cole. Il signe ainsi jusqu'en 1795. En 1795 il signe _Hishikawa Sri_ ou simplement _Sri_. Mais, avant d'adopter le nom de Hokousa pour plusieurs annes, un grand diptyque en couleur reprsentant un dfil d'hommes, de femmes, d'enfants, se promenant devant le temple d'Asakousa: planche qui est un mlange de Kiyonaga et d'Outamaro, nous le montre signant, peut-tre quelques semaines: _Tsh Shunr, chang de nom_. En 1796 il signe: 1 _Hishihawa Sri_; 2 _Sri_ tout court; 3 _Hokousa Sri_; 4 _Hokousa_. C'est donc partir peut-tre des derniers mois de l'anne 1795, mais bien positivement partir du Jour de l'An de 1796, qu'il prend le nom d'Hokousa (l'atelier du Nord) entreml d'autres noms. En 1797 il signe: 1 _Hishikaw Sri_; 2 _Sri_; 3 _Hokousa Sri_. En 1798 il signe: 1 _Sri_; 2 _Hokousa Sri_; 3 _Hokousa_. Cette anne, il donne son nom de _Sri_ son lve _Sji_, et il signe: _Sri chang en Hokousa_. En 1799 il signe: _Sri chang en Hokousa_ et _Hokousa_. En 1800 il signe: _Hokousa, prcdemment Sri_, et _Gwakijin Hokousa_ (_Hokousa fou de dessin_) pour la premire fois. La mme anne il signe le COUP D'OEIL SUR LES DEUX BORDS DE LA SOUMIDA et le COUP D'OEIL SUR LES ENDROITS CLBRES DE YDO, et les POSIES ILLUSTRES SUR LES RLES DES RNINS, publies en 1802: _Hokousa Tokimasa_. En 1801, 1802, 1803, 1804, il signe: _Gwakijin Hokousa_ (_Hokousa fou de dessin_). Il y a vers ce temps des estampes signes de lui _Kak_, signature qu'il a mise au bas de sa prose, signant _Tokitaro Hak_ la TACTIQUE DU GNRAL FOURNEAU et autres livres jaunes. En 1805 il signe: _Koukoushin Hokousa Gwakijin Hokousa_. En 1806 il signe: _Gwakijin Hokousa, Katsoushika Hokousa_. En 1807 il signe: _Katsoushika Hokousa_. Ce nom, il le prend par amour pour ce quartier campagnard qu'il habita une partie de sa vie et qui le faisait se faire annoncer chez ses amis comme le paysan de Katsoushika. En 1808 il signe: _Hokousa_ (tout court). En 1809, 1810, 1811, 1812, 1813, peut-tre 1814 et 1815, il signe: _Katsoushika Hokousa_. En ces annes, quand il peint Rigokou un formidable Hotei, il signe: _Kintasha Hokousa_ (Kintasha voulant dire la maison au sac de brocart, qui est une allusion au sac de toile d'Hotei). En 1816 il change de nom et signe: _Hokousa, chang en Tato_. En 1817, sur la rsistance du public accepter le nom de Tato, il signe: _Hokousa Tato_, dans les premiers mois de l'anne: _Tato, prcdemment Hokousa_. En 1818 et 1819 il continue signer: _Tato, prcdemment Hokousa_. En 1820 il change encore de nom, et signe: _Katsoushika I-itsou, changement du nom de Hokousa Tato_. En 1821 il signe: _Katsoushika I-itsou_ (celui qui ne fait qu'une chose), comme s'il voulait exprimer le regret de n'avoir fait que de la peinture depuis sa jeunesse; il signe encore: _Guetti rjin I-itsou_ (I-itsou vieillard fou de la lune). En 1822 il signe: _Fouznkio I-itsou_ (I-itsou, celui qui ne fait qu'une chose, sans se laisser influencer par les autres). En 1823 il signe: _I-itsou_. Hayashi dit que Hokousa, voulait qu'on pronont ce mot _Tamekazou_ ou _I-itsou_, et que c'est une erreur de prononcer _Tam-itchi_. En 1824 il signe: _I-itsou, le vieillard de Katsoushika_, et le _vieux fou I-itsou_. En 1826 il signe: _le vieillard de Katsoushika I-itsou_. En 1829 il signe: _le vieillard I-itsou_, et cependant comme le public a l'habitude de son ancien nom, il signe cette anne, les HROS DE SOUIKO: _le vieillard I-itsou de Katsoushika, prcdemment Hokousa_. En 1834 il change une dernire fois de nom et signe: _Manji changement de nom de Hokousa_, et _Svastica_ [Symbol: svastika], le signe de _Man_ (dix mille). En 1835 il signe: _Manji_. partir de 1836, jusqu' sa mort, il signe: _Manji vieillard fou de dessin_. Hokousa a us encore d'autres signatures; de 1799 1800 il a sign: _Shinsai_, nom qu'il a quitt pour le donner son lve Hanji, et encore vers 1800 il a sign: _Rato_ et _Rashin_, le mot tonnerre, la suite d'un terrible coup de tonnerre qui l'avait fait tomber de la chausse dans une rivire. Enfin, ainsi que l'annonce l'Oukiyo-y Rouik de Kidn, a-t-il sign des DESSINS D'AMOUR du nom de _Goumma_ ou _Gounmatei_? LX Une tude sur Hokousa serait incomplte sans une brve numration de ses lves, qui sont: TODOYA HOKKEI, vulgairement Iwakoubo Kinymon, et sortant d'une maison qui avait le privilge de fournir le poisson aux damios. De l, le nom de _Todoya_ (marchand de poissons). Il porte aussi les noms Aohiga-oka, Kisa. C'est l'lve au talent le plus inspir par le matre, et qui parfois l'imite si bien, que le _Dtchgwafou_, ALBUM DE DESSINS DE VOYAGE, par Hokousa, lui a t attribu par quelques-uns. Il est l'auteur d'une Mangwa publie vers 1830, o il y a des compositions dignes de son matre. De charmants et spirituels livres d'Hokkei sont: _Foujin gwa zo shou_, PORTRAITS DES FEMMES POTES DU JAPON, ACCOMPAGNES D'UN CHOIX DE LEURS POSIES RUNIES, PAR GWURIUYN, publis en 1806. _Kioka Santo Meish zouy_, LES ENDROITS CLBRES DES TROIS CAPITALES AVEC LES POSIES, publies en 1812; _Tto jnikei Kikash_, POSIES SUR LES DOUZE VUES DE YDO, publies en 1819; _Fs meish, Kioka-sh_, POSIES SUR LES ENDROITS CLBRES DE FUSO (nom potique du Japon), publies en 1824; _Gakoumen Kika Si_, LES POSIES DANS DES CADRES ORNEMENTS, publies en 1826. Un des beaux et rares livres d'Hokkei est le _Shkokou Meish_, LES ENDROITS CLBRES DES CONTRES DU JAPON, et encore _Yoshiwara juninotoki_, LES DOUZE HEURES DU YOSHIWARA, et encore: _Kika Sonikodei_, trois volumes en couleur. Indpendamment des livres, il a publi nombre de sourimonos de la plus belle couleur. Deux cahiers d'esquisses au trait, que Duret a acquis Londres, et un certain nombre de croquis du cabinet d'estampes de Berlin, montrent l'habile dessinateur qu'il tait. On n'a aucun dtail sur la vie de cet artiste qui aurait t un littrateur distingu. La date de sa mort est ignore et, si M. Gonse n'avait eu la bonne fortune de dcouvrir dans l'exemplaire de _Rokoujouyn_, POSIES ET PORTRAITS DE 120 POTES MODERNES, ayant appartenu Hokkei, une note indiquant qu'il avait 31 ans en 1811, nous ne saurions pas qu'il est n en 1780. GAKOUTEI, l'admirable artiste des sourimonos, le dessinateur de la femme de l'aristocratie, de la femme l'aspect sacerdotal, et qui, dans un petit livre intitul: _Itir Gwafou_, ALBUM DES DESSINS D'UN VIEILLARD, a un paysage dans le brouillard, merveilleux de vrit. Indpendamment de la signature Gakoutei Harounobou, il se servait de la signature Sada-oka ou Teik. Gakoutei serait un littrateur qui aurait traduit du chinois les 75 volumes du _Sangokoushi_, HISTOIRE DES TROIS ROYAUMES, un littrateur donnant ses inspirations Hokousa et qui, la fin, fut si charm, si sduit par son talent, qu'il devint peintre, et se fit son lve. TEISAI HOKOUBA. Son nom vulgaire est Arisaka Gorohati. Il signifie quelquefois Shushunsa. Il se reconnat la grce contourne de ses femmes. M. Anderson donne comme son oeuvre principale _Hoshi-zoukiyo Knkwarokou_, OMBRES ET LUEURS DES ASTRES DE LA NUIT, publi en 28 volumes Ydo, en 1809. Hokouba avait la rputation de dessiner aussi bien de la main gauche que de la main droite. SHINSHA. Son nom vulgaire est Hanjiro, propritaire Kanda. Il signe quelquefois Ririki. Il travaillait en 1800 et 1810. KATSOUSHIKA TATO. Ce nom, port par Hokousa pendant cinq ans, de 1815 1819, il le donna un lve nomm Kameya Kisabro, d'une habilet hors ligne. Les biographies disent que ce nom a t cd par Hokousa Kameya en 1816, mais il y a une erreur, car en 1819, le Matre signe encore Tato dans le second volume d'_Hayabiki_, o Ikkou, un ami d'Hokousa, parle dans sa prface du talent du vieux Tato; ce n'est donc qu'en 1819 ou 1820 qu'a eu lieu cette cession, car c'est l'automne de l'anne 1820 que Hokousa signe: _I-itsou autrefois Hokousa_. Le Hokousa Tato a illustr des livres et publi des estampes en un assez grand nombre, mais sa signature est toujours accompagne soit d'un cachet, soit d'un autre nom et, pour viter la confusion avec le matre, voici ses noms: Gunrisai, Beikwa, Kankwan, Foumi Yatikou, Shzan. Son excution ressemble tellement son matre qu'il est de toute ncessit d'tudier la signature si l'on ne veut pas se tromper. C'est ainsi que, parmi ses estampes, on a pris pour des Hokousa les pices suivantes: 1 La carpe dans l'eau; 2 Deux cigognes et deux pins; 3 Femme en promenade, dans le format en hauteur, et dans les autres formats des fleurs et oiseaux, des paysages, des personnages, et un paysage de nuit o il y a un pont clair par la lune. HOKOUSN, qui signe Toynr, et qui collabora la Mangwa. HOKOUSOU, qui signe aussi Souiteisa ou Kankanr, ou Ransa, et qui illustra des romans entre 1804 et 1805. HOKOUJU, signant aussi Shte, et qui publia des paysages dits _de l'cole hollandaise_. HOKOU-OUN, qui signe au-dessus de son nom: Tonas, et passe pour avoir beaucoup aid Hokousa dans la Mangwa. De son premier tat architecte; il apprit l'architecture Hokousa. BOKOUSN portait aussi les noms de Hokoute, Quekkte, Hiakousa, Tokr, etc. C'tait l'artiste de Nagoya chez lequel descendit Hokousa, quand il se rendit dans cette ville, et ce fut chez lui que le premier volume de la Mangwa fut dessin. On a de lui _Hokousn sogwa_, un recueil de planches en couleur publies en 1815. SJ, qui signa successivement Tawarayo, Hishikawa, et en 1799 Sri, le nom qu'avait port un moment son matre, et qu'il lui abandonna. Il est clbre par ses fleurs, ses oiseaux, ses paysages, dessins l'encre de Chine. HOKOUTA, signant Yeisa, Hokouta, et qui illustra quelques romans aux environs de 1805. HTEI HOKOUGA, un illustrateur de livres. KODA, un fabricant de sak de la province de Shinano, en mme temps qu'un artiste. Hukousa resta chez lui plus d'un an. YANAGWA SHIGHNOBOU, n vers 1778 et mort en 1832. Il signa d'abord Rato, nom que lui donna Hokousa dont il devint le gendre, ayant pous sa fille Omiyo qui divora et mourut assez jeune. la suite d'une dispute avec son matre et son beau-pre, il abandonna son _faire_ et imita Toyokouni. Il a collabor avec Sadahid et Keisa Yeisn l'illustration de _Satomi Hakkendn_, et a publi en 1821 deux albums: le _Risn gwa-j_ et le _Risn gwa-fou_. Les autres lves sont: Rashi,--Rasn,--Hokouga (autre que Htei Hokouga),--Hokoumokou, --Hokoushi,--Hokonyn--Hokouguiou,--Katsoushika Hokouriou,--Hokouitsou, --Hokoumei,--Hokoud,--Hkk,--Hokouy (Faucon du Nord),--Hokouyei, Hokouy (Ocan du Nord),--Hokoji,--Hokoushi (Nord distingu), --Hokkei--(Nord respectueux; ne pas le confondre avec celui du mme nom, Todoya Hokkei),--Hokousn,--Hokou-i,--Tagakou,--Ta-itsou,--Shimrei, --Hakouyei,--Raijin,--Tas,--Isa,--Masahisa,--Guessa Outamasa, --Gwasanjin. On remarquera l'appropriation que les lves d'Hokousa ont faite du premier caractre de son nom, le caractre _Hokou_. BIBLIOGRAPHIE M. Hayashi auquel je dois la traduction des prfaces d'Hokousa, et la documentation de ce volume, a bien voulu rdiger la bibliographie des livres et des albums du grand peintre japonais[33]. [Note 33: La difficult de traduire en langue franaise la pense japonaise a parfois amen quelques diffrences entre la traduction des titres des livres et romans, improvise dans le travail du tte--tte et la traduction longtemps rflchie du travail solitaire.] CATALOGUE DES LIVRES ET ALBUMS DE HOKOUSA Livres jaunes. Petits volumes de 17 centimtres de hauteur sur 12 centimtres et demi de largeur, avec texte et dessins. Chaque volume est gnralement de 5 feuilles. On les a ainsi appels cause du ton de la couverture jaune: _Kibishion Aohon_. _Arigata Tsouno Itiji_, GRCE UN MOT GALANT.--Texte de Korwasa (pseudonyme de Hokousa). 2 vol. 1781. _Kamakoura Tsoushindn_, LES COURRIERS DE KAMAKOURA.--Texte de Guioboutsou (pseudonyme de Hokousa) et dessins de Shunr (ancien nom de Hokousa). 2 vol., 1782. _Shitnn Datsou-jitat_, LES QUATRE HROS ANCIENS (COMPARS AUX ROIS DES POINTS CARDINAUX) HABILLS LA DERNIRE MODE. Texte de Korwasa et dessins de Shunr. 2 vol., 1782. _Nitirn Itidaki_, LA VIE DE NITIREN.--Texte de Mariko et dessins de Katsoukawa Shunr. 2 vol., 1782. _Ka-oun Ohghino Hanaka_, PARFUMS DES FLEURS DE L'VENTAIL.--Dessins de Shunr. 2 vol., 1784. _Nozoki-Karakouri Yoshitsoun Yama-iri_, EXPDITION DANS LA MONTAGNE DE YOSHITSOUN VUE DANS UNE BOTE SPECTACLE.--Texte d'Ikoujimona (pseudonyme probable de Hokousa) et dessin de Katsoukawa Shunr. 2 vol., 1784. _Onnn Oujino Hotaroubi_, LA HAINE TRANSFORME EN FEU LES LUCIOLES D'OUJI.--Dessins de Shunr. 3 vol., 1785. _Oyayuzouri Hanano Kmy_, LA GLOIRE DU NEZ VENANT DE L'HRITAGE D'UN PARENT.--Dessin de Goummatei, Shunr chang de nom. 3 vol., 1785. _Ni-iti tnsakou Nisshinno isshin_, LA DIVISION DE L'ARITHMTIQUE.--Texte de Tsoush et dessins de Shunr. 3 vol., 1786. _Znzn Taheiki_, HISTOIRE ANTRIEURE L'HISTOIRE DE LA PAIX. (La paix qui a suivi la lutte des Taira et Minamoto.)--Texte d'Ounobor-Sanjin et dessins de Shunr. 4 vol., 1786. _Waga-iy rakouno Kamakoura-Yama_, MON INSOUCIANCE MA MAISON DE CAMPAGNE DE KAMAKOURA.--Texte de Goummatei. 2 vol., 1786. _Jiwara-mompino Nakanotch_, LA RUE DU MILIEU AUX JOURS DE GRANDES TOILETTES.--Texte de Hakousek et dessins de Goummatei. 3 vol., 1786. _Jhinkki Nihiki Moutsouzouki_, LES DEUX RATS DANS LE PREMIER MOIS D'APRS L'ARITHMTIQUE POPULAIRE, LE JHINKKI.--Texte de Tsoush et dessins de Goummatei, nombre de volumes inconnu, 1788. _Foukou kitarou War Kadomatson_, LE PIN LA PORTE DU VISAGE SOURIANT O ARRIVE LE BONHEUR.--Texte de Tsoush et dessins de Shunr, 2 vol., 1789. _Kousakimo Nabikou shirikourab_, L'ODEUR ALLCHANTE DU CONCOURS DES FESSES.--Texte de Knt et dessins de Shunr. 2 vol., 1789. _Rekkasn Kiojitson Tnzan_, LE CALCUL DES VRITS ET DES MENSONGES DES SIX POTES.--Dessins de Shunr. 3 vol., 1789. _Rgou sndakou Banashi_, CONTE D'UNE BLANCHISSEUSE DU PALAIS DES DRAGONS. --Dessins de Shunr, 2 vol., 1791. _Mibouri kawaro Nadano Fourisod_, L'IMITATION DE LA VOIX ET DES GESTES D'UN CLBRE ACTEUR EN SA BELLE ROBE.--Texte de Shink et dessins de Shunr. 2 vol., 1791. _Nouy Yorimasa Meikano Shiba_, LA POPULARIT DE LA POSIE SUR LA LGENDE DU GUERRIER YORIMASA ET DU MONSTRE NOUY.--Dessins de Shunr. 3 vol., 1792. _Moukashi-moukashi Momotaro Banashi_, L'ORIGINE DU CONTE DE MOMOTARO. --Texte de Kidn et dessins de Shunr. 3 vol., 1792. _Himpoukou Foutamata Dtch-no Ki_, CONTE DU VOYAGE DES DEUX ROUTES DE LA PAUVRET ET DE LA RICHESSE.--Texte de Kidn et dessins de Shunr, 3 vol., 1793. _Ti-y shida Hakon-zoum_, AVEC L'INTELLIGENCE ON SURMONTE LES DIFFICULTS DE LA PASSE DE HAKON.--Texte de Haroumitino Kousaki et dessins de Shunr. Nombre de volumes inconnu, 1793. _Azouma Daboutsou Momiji Meisho_, LA CLBRIT DE L'RABLE ET DU GRAND BOUDDHA DE YDO.--Texte et dessins de Hakousanjin Kak (pseudonyme et autre nom de Hokousa)... vol., 1793. _Foukouju-Ka Mourino Shinadama_, UNE TOILE DE L'OCAN DU BONHEUR ET DE LA LONGVIT SANS LIMITE.--Texte de Bakin et dessins de Shunr. 3 vol., 1794. _Nozokimi Tatoyno Foushi-ana_, LES PROVERBES VUS TRAVERS UN TROU DE MUR.--Texte de Tsoubohira et dessin de Shunr. 2 vol., 1794. _Mousoumno Tomozouna_, LE CORDON D'UNE FILLE.--Texte de Kiorori et dessins de Tokitar Kak (Tokitar, prnom de jeunesse de Hokousa). 2 vol., 1794. _Asahina Ohighno-tiri_, LA POUSSIRE DE LA BARBE D'AHAHINA.--Texte de Jihinari et dessins de Hokousa... vol., 1796. _Bakmono Yamito Honz_, HISTOIRE NATURELLE DES MONSTRES DU JAPON. --Texte de Kidn et dessins de Kak. 3 vol., 1798. _Kamado Shgoun Kanriakou no-maki_. LA TACTIQUE DU GNRAL FOURNEAU. --Texte et dessins de Tokitar Kak. 3 vol., 1800. _Gukano baka Hanano-ouy Oiti-Tngou_, TNGOU TOMB DU HAUT DE SON NEZ DANS LE MONDE BTE D'ICI-BAS.--Texte de Jakousei et dessins de Goummatei, Shunr chang de nom. 3 vol., 1801. _Tigo Monju Osana-kikoum_, L'DUCATION DES ENFANTS D'APRS L'ENFANCE DE BODHI-SATTAWA MONJU.--Textes et dessins de Kak. 3 vol., 1801. _Mouna zanny Ousono Tana-oroshi_, L'INVENTAIRE DES MENSONGES DRESS PAR LE COEUR.--Texte et dessins de Tokitar Kak. 3 vol., 1803. _Boutchh Sokouski riri_, LA CUISINE AU HASARD.--Texte et dessins de Tokitar Kak. 3 vol., 1803. _Sangokou Wakaran Zatsouwa_, LA CONVERSATION INCOMPRHENSIBLE EN TROIS LANGUES (japonais, chinois et hollandais).--Texte de Onitak et dessins de Kak. 2 vol., 1803. _Ahah Shinkir_, LE PALAIS DU MIRAGE OU LES VICISSITUDES HUMAINES. --Texte et dessins de Kak. 3 vol., 1803. _On-a Sarouno Ada-outi_, LA VENGEANCE D'UN SINGE AFFECTIONN.--2 vol., dont le premier dessin par Toyokouni et le second par Kak; texte de Kiorori, 1804. _Ouwaki-zshi_. LE ROMAN DES CAPRICES AMOUREUX.--Texte de Ran-i et dessins de Hokousa. 3 vol., 1806. _Ykoun misao Rnrino Motibana_, LA FLEUR DE FIDLIT D'UNE COURTISANE ENVERS SON AMANT.--Texte de Bakin et dessins de Hokousa. 2 vol., 1807. _Kataki-outi Migawari Mig_, LA VENGEANCE ACHEVE GRCE UNE PROTECTION MYSTRIEUSE.--Texte de Bakin et dessins de Hokousa. 6 vol., 1808. _Yriakou Onna Kikoun_, L'DUCATION DE LA FEMME DANS L'HROSME.--Texte de Ikkou et dessins de Hokousa. 5 vol., 1808. _Kataki-outi Moukouhino Aoyaghi_, LE SAULE PLEUREUR DANS UNE HISTOIRE DE VENGEANCE.--Auteur inconnu et dessins de Hokousa. 6 vol., 1808. _Shimpn Tsoukino Koumasaka Banashi_, NOUVEAU CONTE SUR KOUMASAKA, BRIGAND DE LA LUNE.--Texte et dessins de Tokitar Kak... vol., 1811. _Tamakoushigh Ishidmarou Monogatari_, CONTE SUR ISHID-MAROU OU LA BOITE AU PEIGNE DE JADE.--Texte de Bakin et dessins de Hokousa. 3 vol., sans date. _Tokoymou_ (nom d'un personnage de ce roman, dont le titre, le nombre de volumes et la date sont inconnus).--Texte de Tsoush et dessins de Shunr. Romans illustrs. Le format de 23 centimtres de hauteur sur 16 centimtres de largeur. Chaque volume contient de 30 40 pages, et de 3 5 dessins en planches doubles, sauf le 1er volume toujours embelli de 4 ou 5 planches extra, tires avec soin sur papier de luxe. _Yhon Azouma foutaba nishiki_, LE BROCART DES DEUX POUSSES D'UNE PLANTE DE L'EST.--Texte de Kobda Shighrou et dessins de Hokousa, fou de dessin, 5 vol., 1805. _Shimpn Souiko Gwadn_, LA NOUVELLE TRADUCTION DE SOUIKO-DN AVEC ILLUSTRATIONS.--Ouvrage en 90 vol., paru dans l'ordre suivant: 1e section, 10 vol. traduits par Kiokoutei Bakin et illustrs par Katsoushika Hokousa, 5 vol. en 1805 et 5 autres en 1807. 2e section, 10 vol. traduits par Taka Ranzan et illustrs par Hokousa, parus seulement en 1829. 3e 9e sections; sections galement traduites par Taka Ranzan et illustres par Hokousa, parues successivement par srie de 10 vol. la section, mais nous n'avons pas les dates. _Tamano Otiho_, L'PI DE PERLES TOMB.--Texte de Hohda Shighrou et dessins de Hokousa. 10 vol. dont 5 parus en 1806, et 5 en 1808. _Kataki-outi Ourami Kouzounoha_, LA VENGEANCE D'UNE RENARDE HAINEUSE OU LA LGENDE DE KOUZOUNOHA.--Texte de Bakin et dessins de Hokousa. 5 vol., 1807. _Sonono Yuki_, LA NEIGE DU JARDIN.--Texte de Bakin et dessins de Hokousa. 5 vol., 1807. _Soumidagawa Bar Shinsho_, LE PRUNIER ET LE SAULE PLEUREUR DE LA RIVIRE SOUMIDA.--Texte de Bakin et dessins de Hokousa. 6 vol., 1807. _Tchinstsou Yamihari Zouki_, LE CROISSANT DE LA LUNE OU LE CONTE DU CAMLIA.--Texte de Bakin et dessins de Hokousa. 28 volumes en 5 sections dont la 1re, 6 vol, en 1807; les 2e et 3e, 6 vol. de chaque, en 1808; les 4e et 5e, 5 vol. de chaque, en 1811. _Shin Kasan Gudatsou Monogatari_, LA CONVERSION DE L'ESPRIT DE KASAN.--Texte de Bakin et dessins de Hokousa. 5 vol., 1807. _Sanshiti Zndn Nankano Yum_, LE RVE DU CAMPHRIER DU SUD OU L'HISTOIRE DE SANKATSOU ET HANSHITI.--Texte de Bakin et dessins de Hokousa. 16 volumes en 3 sections: la 1e, 6 vol., 1808; les 2e et 3e, 10 vol. ont paru en 1811, sous le nouveau titre de _Nanka Kki_, LE CONTE SUPPLMENTAIRE DU RVE DU CAMPHRIER DU SUD. _Rag-Ajari Kwaso-dn_, LE RAT MONSTRE DU PRTRE RAGO.--Texte de Bakin et dessins de Hokousa. 8 vol. en 2 sections. 1808. _Yuriwaka Nozouyno Taka_, LE FAUCON DE YURIWAHA.--Texte de Mantei Sba et dessins de Hokousa. 5 vol., 1808. _Awano Narouto_, LES GOUFFRES D'AWA.--Texte de Rtei Tanhiko et dessins de Hokousa. 5 vol., 1808. _Shimoyono Hoshi_. LES TOILES D'UNE NUIT O IL GLE.--Texte de Tanhiko et dessins de Hokousa. 5 vol., 1808. _Ounamoji Nouy Monogatari_, LE CONTE SUR NOUY, crit en lettres de femme.--Texte de Shakouyakoutei et dessins de Hokousa. 5 vol., 1808. _Kanadhon Gonitino Bounsh_, L'HISTOIRE DES FIDLES VASSAUX APRS LA VENGEANCE.--Texte de Tatkawa Ymba et dessins de Hokousa. 5 vol., 1808. _Hidano Takoumi Monogatari_, L'HISTOIRE DE L'ARCHITECTE DE HIDA.--Texte de Rokoujuyn et dessins de Hokousa. 6 vol., 1808. _Foutatsou Tchtcho Shirato Zshi_, LES DEUX PAPILLONS ET LA SOIE BLANCHE OU LES DEUX LUTTEURS. Texte de Shakouyakoutei et dessins de Hokousa Tokimasa (un des prnoms de Hokousa). 5 vol., 1809. _Nourghinou Zshi_, LE ROMAN D'UNE ROBE MOUILLE. --Texte de Shakou-yakoutei et dessins de Hokousa. --Le nombre de volumes et la date inconnus. _Kohino Oukihashi_, LE PONT IMAGINAIRE DE L'AMOUR.--Texte de Rakou-rakou-an Tyei et dessins de Hokousa, 1re section, 3 vol., 1809. _On-y Imos-yama_, LES FIANCS ISOLS SUR DEUX MONTAGNES EN FACE.--Texte de Shinrotei et dessins de Hokousa. 6 vol., 1810. _Tiyosaki-him Shitihngh Monogatari_, LES SEPT TRANSFIGURATIONS DE LA PRINCESSE TIYOSAKI.--Texte de Shinrotei et dessins de Hokousa. 5 vol., sans date. _Stano-Hashi Rijo Hondji_, LA FEMME-DRAGON DU PONT DE STA ou _Tawara tda Rkoden_, LE VIEUX RENARD DU GUERRIER TAWARA TDA.--Texte de Rtei Tanhiko et dessins de Hokousa. 3 vol., 1811. _Hokou-itsou Kidan_, LES LGENDES FANTASTIQUES DE LA PROVINCE DE YTIGO.--Texte et dessins de Tatibana Shighyo, augment des dessins de Hokousa Rashin (un des noms ports par Hokousa), 6 vol., 1811. _Matsouw Monogatari_, L'HISTOIRE DE MATSOUW.--Texte de Kohda Shigrou et dessins de Hokousa. 6 vol., 1812. _Aoto Foujitsouna Mori-an_, LES DESSINS DU JUGE AOTO.--Texte de Bakin et dessins de Hokousa Rashin. 10 vol., en 2 sections, 1812. _Ogouri Gwadn_, LA LGENDE SUR LE PRINCE OGOURI.--Texte de Kohda Shighrou et dessins de Hokousa. 5 vol., 1814. _Beibei Kidan_, LE CONTE VILLAGROIS DES DEUX ASSIETTES.--Texte de Bakin et dessins de Tato, prcdemment Hokousa. 8 vol., 1815. _Tk Tchrai Foushi_, LA MORALIT DES CHANSONNETTES ITAKO-BOUSHI.--Texte de Ymba et dessins de Hokousa. 5 vol., 1817. _Shakouson Itidaki Zouy_, LA VIE DE AKIAMOUNI.--Texte de Yamada Isa et dessins de Hokousa. 6 vol., 1839. Cet ouvrage est d'un format de 18 centimtres de largeur sur 25 centimtres de hauteur. _Yhon Kan-So Goundan_, LA GUERRE DES DEUX ROYAUMES DE KAN ET DE SO. --Texte de Shri Sadataka et dessins de Katsoushika I-itsou Manjirjin (Le vieillard Manji ou Katsoushika I-itsou noms divers de Hokousa). 20 vol., en 2 sections. 1845. _Gunji Ittshi_, LA POSSESSION DU POUVOIR PAR LA FAMILLE DE MINAMOTO. --Texte de Shtei Kinsoui et dessins du vieillard Hatiymon, Hokousa I-itsou. 5 vol., 1846. Sanshoday, nom du personnage du roman pris pour le titre.--Texte de Oumbori Kokouga et dessins Hokousa.--Le nombre de volumes et la date d'dition sont inconnus. L'auteur a crit autour de 1800. Livres de dessins. Les _Yhon_, littrairement _livres de dessins_, ainsi appels cause de la reliure semblable aux livres ordinaires, et par opposition aux _J_, albums faits avec du beau papier repli dans une couverture de luxe. Il y a 3 formats dans les livres de dessins: 1 Le _grand_ ou _Oh-hon_, 26 centimtres de haut sur 18 de large. 2 Le _moyen_ ou _Tchhon_, 23 centimtres de haut sur 16 de large. 3 Le _petit_ ou _Kohon_, 18 centimtres de haut sur 13 de large. LIVRES DU GRAND FORMAT. _Yhon Rihitsou_, LE LIVRE DE DESSINS AUX DEUX PINCEAUX.--Les paysages et les plantes par Rikkosa de Ohsaka, les personnages et animaux par Hokousa Tato de Ydo. 1 vol., 1817. _Rihitsou Gwafou_, LE RECUEIL DE DESSINS AUX DEUX PINCEAUX.--Le titre donn aux seconds tirages de l'ouvrage ci-dessus. _Hokousa Gwaki_, LE MIROIR DU DESSIN DE HOKOUSA--1 vol., 1818, sign: Katsoushika Tato. _Dnshin Gwaki_. LA TRANSMISSION DE L'ESPRIT DU DESSIN QUI EST LE REFLET DU COEUR.--Sign: Katsoushika Tato, autrefois Hokousa. Titre du second tirage, dans la mme anne, de l'ouvrage ci-dessus. _Shywa Itiran_, UN COUP D'OEIL SUR LES DESSINS REMARQUABLES.--Titre que porte le tirage en couleurs, du Hokousa Gwaki, tirage trs postrieur dans lequel on supprima 4 folios (18 21). _Hokousa Gwashiki_, LA MTHODE DU DESSIN DU HOKOUSA.--Sign: Katsoushika Tato, ci-devant Hokousa. 1 vol., 1819. _Hokousa Sogwa_, LES DESSINS GROSSIERS DE HOKOUSA.--Sign: Katsoushika Tato. 1 vol., 1820. LIVRES DU FORMAT MOYEN. _Hokousa Mangwa_. LES TUDES LIBRALES DE HOKOUSA--15 vol., parus dans l'ordre suivant: 1er vol., 1812; 2e vol., 1814; 3e vol., 1815; 4e vol., 1816; 5e vol., 1816; 6e vol., 1817; 7e vol., 1817; 8e vol., 1818; 9e vol., 1819; 10e vol., 1819; 11e vol., 1834; 12e vol., 1834; 13e vol., 1849; 14e vol., 1875; 15e vol., 1879. _Odori Hitori Keiko_, LA LEON DE DANSE PAR SOI-MME.--Invention et dessins par Katsoushika Hokousa, et revus et corrigs par Foujima Shinzabro, matre de danse. 1 vol., 1815. Il y a le tirage de 1835 en 2 vol. _Santa Gwafou_, LES TROIS FORMES DE DESSIN.--Sign: Tat, Hokousa chang de nom. 1 vol., 1816. _Ippitsou Gwafou_, LE RECUEIL DE DESSINS UN SEUL COUP DE PINCEAU. --Invention de Foukouznsa et l'ide continue par Hokousa Tato, 1 vol., 1823. _T'chgki souikodn Yhon_, LES PERSONNAGES DE SOUIKODEN.--Sign: I-itsou, autrefois Hokousa. 1 vol., 1829. _Dtch Gwafou_, LE RECUEIL DES DESSINS DU VOYAGE (de Ydo Kito). --Sign: I-itsou, autrefois, Hokousa. 1 vol., 1830. _Feugakou Hiakkei_, LES CENT VUES DE FOUZI-YAMA.--Sign: Manji, vieillard fou de dessin. 3 vol., la 1re, 1834; la 2e. 1835, et la 3e, sans date. _Shin Hinagata_, LE NOUVEAU MODLE POUR LES OUVRIERS.--Sign: Manji, vieillard fou de dessin, autrefois Hokousa. 1 vol., 1836. _Yhon Sakigak_, LES HROS DE LA CHINE ET DU JAPON.--Sign: Manji, vieillard fou de dessin, autrefois Hokousa. 1 vol., 1836. _Yhon Mousashi Aboumi_, LES TRIERS DU SOLDAT ou le _2e volume de Sakigak_.--Sign: Manji, vieillard fou de dessin, autrefois Hokousa. 1 vol., 1836. Yhon Wakan Homar, LES GLOIRES DE LA CHINE ET DU JAPON.--Sign: Manji, vieillard fou de dessin, autrefois Hokousa. 1 vol., 1850. _Manjiw Shitson Gwafou_, LE RECUEIL DES DESSINS CURSIFS DU VIEILLARD MANJI.--Sign: Le vieillard Manji, autrefois Hokousa. 1 vol., 1843. Ce volume a t dessin en 1833, et porte une prface de 1834; mais on ne connat que l'dition de 1843. _Shoshin Gwakan_, LES MODLES DE DESSINS POUR LES COMMENANTS.--1 vol. Le titre qui porte le retirage du _Shitsou Gwafou_ ci-dessus avec huit dessins de moins. _Hokousa Mangwa Sohitsouno-bou_, LA PARTIE DIT PINCEAU CURSIF DE LA MANGWA DE HOKOUSA.--Le titre que porte un autre retirage trs postrieur de _Shitsou Gwafou_. Les sept dessins y manquent galement. Le tirage est colori mdiocrement. _Hokousa Gwafou_, LE RECUEIL DES DESSINS DE HOKOUSA.--3 vol., 1849. Cet ouvrage n'est qu'une rimpression, en format rduit, de _Hokousa Gwashiki_ et de _Hokousa Sogwa_, avec un dessin de moins, et quatorze de plus. _Hokousa Gwayn_, LE JARDIN DES DESSINS DE HOKOUSA.--3 vol. Ces 3 volumes ne sont qu'une rimpression tout fait moderne de diverses pages des livres de Hokousa, de Hokkei, de Hokou-oun, de Hiroshigh, de Keisa-Yoisen, etc. LIVRES DU PETIT FORMAT. _Imay Kouishi Kisrou Hinagata_, MODLES DE PEIGNES ET DE PIPES LA MODE.--Sign: Katsoushika, I-itsou, autrefois Hokousa. 3 vol. dont 2 de peignes, 1822 et 1 de pipes, 1823. Ces volumes sont en largeur. _Riakougwa Haya Shinan_, LEON RAPIDE DU DESSIN CURSIF.--Sign: Katsoushika Tato, prcdemment Hokousa. 2 vol., 1812 et 1814. _Gwad Hitori Keiho_, LEON DE DESSIN PAR SOI-MME.--1 vol. 1815. Ce volume fait le 3e du _Haya Shinan_. _Yhon Hayabiki_, RPERTOIRE RAPIDE DE DESSIN.--Sign: Tato, autrefois Hokousa. 2 vol., 1816 et 1819. Ces deux volumes constituent les 4e et 5e vol. de _Hayashinan_. _Nagashira Moushabouroui_, RPERTOIRE DES SUJETS GUERRIERS.--Sign I-itsou autrefois Hokousa. 1 vol., 1841. Ce vol. fait le 3e vol. de _Hayabiki_ et 6e vol. de _Hayashinan_. _Hokousa Mangwa Hayashinan_, LEON RAPIDE DU DESSIN ARBITRAIRE DE HOKOUSA.--Titre que porte un retirage d'un certain nombre de pages des 3 premiers volumes de _Hayashinan_. 1 vol. _Shingata Komantch_, NOUVEAUX DESSINS POUR LES IMPRESSIONS D'TOFFE. --Sign: Hatsoushika I-itsou. 1 vol., 1824. _Hokousa Moy Gwafou_, RECUEIL DES DESSINS D'TOFFE DE HOKOUSA.--Titre port par un retirage moderne de l'ouvrage ci-dessus. _Yhon Sashiki-tsou_, TRAIT DU COLORIS.--Sign: Manji, vieillard fou de dessin. 2 vol., 1848. _Soshin Ydhon_, MODLES DE DESSIN POUR LES TOUT COMMENANTS.--Non sign et sans date. 1 vol. Ce petit volume est en forme d'album, et imprim en couleur. D'aprs le style, il parat avoir t fait en 1812, comme supplment du 1er volume de _Hayashinan_. Ouvrages divers illustrs par Hokousa. _Adadhon Tsoushin Mouda_, ALLUSION L'PISODE DES 47 RNINS.--Texte de Kogan Atsoumarou et dessins de Hokousa. 1 vol. (format petit), 1803. Le second volume de cet ouvrage annonc n'a pas paru. _Jdan Foutsouka Yehi_, IVRESSE DES DEUX SOEURS.--Texte de Jippnsha Ikkou. 2 vol., petit format: le premier illustr par Hokousou et le deuxime par Hokousa, 1811. _Jrouri Zekkou_, PRINCIPAUX SUJETS DES DRAMES.--Auteur inconnu et dessins de Hokousa, avec collaboration de Bokousn. 1 vol., format moyen, 1815. _Yhon Teikin Ohra_, L'DUCATION DANS LA FAMILLE SOUS FORME DE CORRESPONDANCE.--Ouvrage ancien, aux dessins signs: I-itsou, autrefois Hokousa. 3 vol., format moyen, le premier 1828, le deuxime 1848, et le troisime sans date. _Tshisen Yhon_, LES POSIES DES THANG ILLUSTRS.--Commentaire par Taka Ranzan. 10 vol. en deux sections: les premiers 5 vol. signs: I-itsou autrefois Hokousa, format moyen, 1833; les deuximes 5 vol. signs: Man-, le vieillard fou de dessin, 1836. _Yhon Tshisen Gogon-zkkou_, ILLUSTRATION DES POSIES DES THANG, _partie de cinq caractres par ligne_.--2 vol., format moyen, sign: I-itsou, autrefois Hokousa (signature de 1883), publi en 1880. _Yhon Koboun Kki_, LA PITI FILIALE ILLUSTRE.--Texte en chinois ancien et dessins du vieillard Manji, autrefois Hokousa, 2 vol., format moyen, 1835. _Ykon Tchki_, ILLUSTRATION DE LA FIDLIT ENVERS LE MATRE.--Ouvrage chinois, 1 vol., format moyen, 1834. Dessins de Manji, autrefois Hokousa. _Yhon Snjimon_, LE POME EN MILLE CARACTRES DIFFRENTS.--Ouvrage chinois illustr par Katsoushika I-itsou autrefois Hokousa. 1 vol., format moyen, 1834. _Wakan Inshitsoudn_, EXEMPLES CHINOIS ET JAPONAIS DES CONSQUENCES DES BONNES OU MAUVAISES ACTIONS INAPERUES.--Texte de Fouji-i Rasa et dessins de Manji le vieillard fou de dessin. 1 vol., format moyen, 1840. _Yhon Onna Imagawa_, L'ILLUSTRATION DE IMAGAWA POUR L'USAGE DES FEMMES.--Exemplaire o la signature et la date manquent. 1 vol., format moyen (1844?). Ouvrages divers renfermant un ou deux dessins de Hokousa. _Hitori Bokkou_, RECUEIL D'AUTOGRAPHES ET DE DESSINS.--Une planche de Hokousa, fou de dessin dans le second volume. 2 vol., grand format, 1801. _Katsoushika Zoushi Tgouri-boun_, LE PAYS DE KATSOUSHIKA.--Un dessin de Hokousa.--1 vol., format moyen, 1813. _Hwankon Shiri_, PAPIERS JETS.--Texte de Tanhiko avec quelques dessins et fac-simil de I-itsou. 2 vol., grand format, 1826. _Bongwa Hitori Keiko_, LEON DU DESSIN AU SABLE.--Texte de Mme Tsouskihana Yei, avec un dessin de I-itsou. 1 vol., petit format en largeur, 1828. _Nikk Sanshi_, DESCRIPTION DE LA MONTAGNE DE NIKK.--Au quatrime vol. 2 planches de cascades par Manji, vieillard, fou de dessin. 5 vol., grand format, 1837. _Rtsoujo Hiakounin Isshu_, CENT POTESSES.--Portraits par Toyokouni et petits dessins par le vieillard Manji de Katsoushika. 1 vol., petit format, 1847. _Shga Hiakounin Isshu_, CENT POTES ARTISTES.--Les dix premiers folios par Manji le vieillard de 88 ans. 1 vol. petit format, 1848. _Zokou Yeigu Hiakounin Isshu_, CENT POTES GUERRIERS.--Les quinze premiers folios par le vieillard Manji autrefois Hokousa. 1 vol., petit format, 1849. _Guirtsou Hiakounin Isshu_, CENT POTES HROS.--15 dessins du vieillard Manji. 1 vol. petit format, 1850. _Kwatch Fougatsow_, RECUEIL DES POSIES KIKA SUR LES FLEURS, LES OISEAUX, L'AIR ET LA LUNE.--Ouvrage illustr par Hokousn avec quelques dessins de Hokousa. 1 vol., format moyen, 1824. _Ressn Gwazsh_, POTES COMPARS AUX HERMITES.--Recueil des posies Kika, avec dessins de I-itsou, autrefois Hokousa 3 vol., format moyen, 1829. Livres de dessins en couleur. _Tto Meisho Itiran_, COUP D'OEIL SUR LES VUES CLBRES DE YDO, par Hokousa Tokimasa. 2 vol., grand format, 1808. _Tto Shkei Itiran_, COUP D'OEIL SUR LES BELLES VUES DE YDO, titre que portent les seconds tirages de l'ouvrage ci-dessus. 2 vol., grand format, avec la mme date. _Yhon Azouma Asobi_, PROMENADE DE YDO.--Hokousa. 2 vol., grand format, 1802. Cet ouvrage n'est autre que le tirage en couleur des dessins seuls du _Azouma Asobi_, imprim en noir, en 1800, avec beaucoup de posies, et formant un seul volume. _Yama Mata Yama_, MONTAGNES ET MONTAGNES.--Hokousa. 3 vol. grand format, 1804. _Soumidagawa Rigan Itiran_, COUP D'OEIL DES DEUX RIVES DE LA SOUMIDA. --3 vol. grand format, 1806. _Isosouzou-gawa Kika gourouma_, CINQUANTE POTES DE KIKA, par Hokousa Tokimasa.--1 vol. grand format, 1802. _Shgwa Itiran_, COLLECTION DE BEAUX DESSINS, titre que porte le tirage en couleur et postrieur de _Hokousa Gwaki_, avec 8 pages de moins. _Itakouboushi ou Tchra-zekkou_, CHANSONNETTES SUR L'AIR DU BATELIER. --2 vol. petit format, 1801. _Yhon Tchshin goura_, MAGASIN DES VASSAUX FIDLES, par Hokousa Tokimasa.--2 vol. moyen format, 1802. _Misoka Kouzoukago_, PANIER PAPIER, AU 30 DU MOIS.--Recueil de posies et de dessins, dont 4 par Hokousa, fou de dessin. 1 petit vol. mince, 1804. _Kika Mouma Zoukoushi_, POSIES POPULAIRES SUR LES CHEVAUX.--Recueil de Kika, avec un dessin de I-itsou, le vieillard fou de la lune. 1 petit vol. mince, 1822. _Onna Itida Yeigwash_, AGRMENTS DE LA VIE DES FEMMES.--Recueil de posies, avec deux planches de I-itsou, autrefois Hokousa, et g de 72 ans. 1 vol. format moyen, 1831. Albums de posies Kika avec des planches en couleur. Ces albums sont du grand format. _Shunkijo_, DISTRACTIONS DU PRINTEMPS, 2 vol., 1791 et 1798.--Un dessin par volume sign: Sri et Hokousa Sri. _Hatsou Wakana_, LE PREMIER LGUME VERT.--1 vol. Une planche de Hokousa, Sri chang de nom, 1798. _Sandara Kasoumi_, BRUME DE SANDARA.--1 planche de Hokousa Sri. 1 vol., 1797. _Yanaghino Ito_, CORDELETTES DE SAULE PLEUREUR.--1 planche de Hokousa Sri. 1 vol., 1797. _Dantka_, CHANT DE DANSE D'HOMME.--1 planche de Hokousa Sri. 1 vol., 1798. _Haka Shijikou zshi_, CAHIER DES QUATRE SAISONS.--1 planche de Hokousa Tokimasa, Sri chang de nom. 1 vol., 1798. _Hananoy_, L'ANE DES FLEURS.--2 planches signes: Hokousa, Sri chang et Hokousa Tokimasa. 1 vol., 1798. _Onna Sanj Rokkasn_, TRENTE-SIX POTESSES, par Yeishi, et une composition par Hokousa, fou de dessin. 1 vol., 1801. _Harouno Fouji_, FOUZI-YAMA AU PRINTEMPS.--Recueil de Kika, dont le titre est perdu, mais parat, selon le texte, porter ce nom. 2 dessins de Hokousa, fou de dessin. 1 vol. 1803. Albums de dessins. _Hokousa Shashin Gwafou_, ALBUM DES TUDES D'APRS NATURE DE HOKOUSA. --15 planches en largeur. 1 vol. grand format, 1814. Albums de dessins originaux avec titre imprim et vendus chez les libraires. _Nikoushitsou Gwaj_, ALBUM DE DESSINS ORIGINAUX ou _Zn Hokousa Manji- Nikoushitsou Gwaj_ ALBUM DE DESSINS ORIGINAUX DU VIEILLARD MANJI, AUTREFOIS HOKOUSA.--Sign: Manji, le vieillard fou de dessin, g de 80 ans. Format en largeur. 29 centimtres de largeur sur 19 1 2 de hauteur, 1 vol. renfermant 12 dessins cursifs, coloris lger, 1839. Cet ouvrage a t invent, excut et vendu par Hokousa, la suite des annes de famine. Albums et livres de dessins du printemps. _Kinohno Komatsou_, JEUNES POUSSES DE PINS.--Livres en couleur de format moyen, 3 vol. _Tsouma Kasan_, DOUBLE OCCUPATION.--Livres en format moyen, 3 vol. _Foukoutokou Wagjin_, LES DEUX DIEUX D'UNION ET DE BONHEUR.--Livres en couleur du format moyen, 3 vol. SANS TITRE.--Album couverture aux planches de bois laqu noir et dessin or. 12 grandes feuilles en largeur, plies en deux, grands dessins tirs sur un fond micac et coloris la main, 1 vol. NOTA.--Les autres albums ou livres rotiques attribus Hokousa, sont de ses lves. Albums d'amateurs. Il existe nombre d'albums faits par des amateurs, avec des estampes, ou des sourimonos parus par srie, tels que les Potes, les Attributs du Cheval, les Scnes des rnins, les Tkado, les 36 Vues de Fouzi-yama, les Ponts clbres, les 8 Vues de Liou-Kiou, les cent Posies expliques par la nourrice, les Fleurs, les Fleurs et Oiseaux, les Caricatures, etc. Ces dessins n'ayant pas t dits en albums, ils entrent dans la classification des estampes et des sourimonos. Les noms arbitrairement donns ces albums, ne sont pas accepts par nous. Livres parus ou non, mais dont on ne connat que le titre annonc dans des ouvrages. _Gwatstsou_, ESTHTIQUE DU DESSIN, 1 vol. _Hokousa Ringwa_, LE CALQUE, 1 vol. _Hokousa Zank_, LA COMPOSITION ET LE DESSIN, 1 vol. _Hokousa Gwakau_, MODLES DE DESSINS DE HOKOUSA. 3 vol. _I-tsou gwafou_, ALBUM DE DESSINS D'I-ITSOU. _Shnin Kagami_, ENCYCLOPDIE DES COMMENANTS. 3 vol. _Meizan Shokei Shinzou_, PAYSAGES VRAIS DES MONTAGNES CLBRES. 1 vol. _Ydou Hakkei Shinzou_, VRAIS DESSINS DES HUIT VUES DE YDO. 1 vol. _Mitino Shiori_, INDICATEUR DU CHEMIN DES BEAUX PAYSAGES. 1 vol. _Azouma Hiakounin Isshu Tamazousa_, LETTRES DES CENT POTES DE YDO. 1 vol. _Manda Hiakounin Isshu Misao Bounsh_, EXPLICATION DES CENT POSIES. 1 vol. _Tasei Hiakounin Tiykagami_, L'ESPRIT DE CENT PERSONNES. 1 vol. _Risand Itiran_, COUP D'OEIL SUR LES DEUX ROUTES DES MONTAGNES. 3 vol. _Tchshingoura Jnidan_, LES DOUZE TABLEAUX DES SCNES DES RNINS. 1 vol. _Yhon Katsoushika-bouri_, LE FAIRE DES DESSINS DE KATSOUSHIKA. _Kigwa Katsoushika-bouri_, DESSINS COMIQUES A LA MANIRE DE KATSOUSHIKA. _Yhon Nakout Nanakous_, LES SEPT MANIES DE LA PERSONNE QUI N'EN A PAS. _Riakougwa Mousha Kagami_, DESSINS CURSIFS DES GUERRIERS. _Noui-moy Tbikino Ito_, DESSINS DE BRODERIE. _Yhon Tokibano Matsou_, LE PIN TOUJOURS VERT. _Yhon Tiyno Ita_, LE JEU DES PLANCHES GOMTRIQUES. _Yhon Irohagoura_, MAGASIN DE L'ALPHABET. _Yhon Hitori Anna_, GUIDE POUR SOI-MME. _Iitsou Sensei Keirokou Gwafou_, ALBUM DE DESSINS DU MATRE I-TSOU. _Fougakou Hatta_, HUIT TATS DU FOUZI-YAMA. _Gwato Fou-ou Sesshn_, DESSINS DU VENT, DE LA PLUIE, DE LA GELE ET DE LA NEIGE. _Yhon Oyakogousa_, MRES ET ENFANTS. _Katsoushika Gwariba_, LA STRUCTURE DU DESSIN. _Yhon Kounizoukoushi_, GOGRAPHIE DES PROVINCES. _Yhon Hana-shikishi_, FLEURS DES QUATRE SAISONS. _Ys Hiakkwasn_, CENT FLEURS D'HERBES. _Hiakka Hijitsou_, ART PITTORESQUE DES CENT MATRES. _Kigwa Sshitsou Hiakouyan_, DESSINS COMIQUES ET CURSIFS DE CENT YEUX. _Hiakouju Hiakoufoukou_, CENT LONGVITS ET CENT BONHEURS. _Onsn Hiakkei_, CENT VUES THERMALES. _Ippiakou Jinn-zouy_, CENT DESSINS VENUS TOUT SEULS. _Hiakouba Hiakouguiou_, CENT CHEVAUX ET CENT BOEUFS. _Hiakkin Hikouj_, CENT ANIMAUX ET CENT OISEAUX. _Guioka Hiakkei_, CENT VUES DES VILLAGES DE PCHEURS. _Yhon Katsoushika Bounko_, LA MALLE DE PAPIERS DE KATSOUSHIKA. _Yhon Gwadn_, LES TRADITIONS. _Hankomi Ousou-zashiki_, LE COLORIS CLAIR. _Gokou Soshitsou_, DESSIN EXTRMEMENT CURSIF. _Jinboutsou Dompitsou_, DESSIN NGLIG DES PERSONNAGES. Livres et Albums sont illustrs de planches en couleur ou en noir, mais trs souvent les tirages en noir sont harmoniss l'aide d'une teinte grise, d'une teinte rose. POSTFACE Par Lon Hennique Qui remarque une paille dans l'oeil d'autrui n'aperoit pas toujours la poutre qui crve le sien. Nous allons le montrer une fois de plus. J'ai entre les mains (_Feuilles de Momidzi_, page 287) une vieille tude de M. Lon de Rosny: Un mot aux amateurs de Japoniaiseries, tude o, aprs avoir dclar qu'il se refuse crire un article sur _Hokousa_, le nouveau livre d'Edmond de Goncourt, il en crit un, dsagrable, avec tranquillit; tude o il accuse pdantesquement ledit Edmond de Goncourt d'avoir appel un pote chinois Lihacou, lorsqu'il se nomme Li-Ta-peh. Le terrible empereur Tsin-chi Hoang-ti, ajoute M. de Rosny, qui fit construire la grande muraille et brla les livres et les lettrs de son heureux pays, lui aussi est cit par M. de Goncourt sous le nom de Shiko! Il n'y a point barguigner, je suis tenu de dcouvrir la paille dans l'oeil du yamatophile incrimin. Yamatophile signifie, parat-il, amoureux du Japon. Comment Edmond de Goncourt et son habituel conseiller, le Japonais Hayashi, ont-ils pu se tromper de la sorte?... Coupables, oui, plaidons coupables, je ne demande pas mieux... Cependant, pourquoi, en mme temps, vois-je l-bas, au diable, malgr moi, un M. de Rosny coiff d'un bicorne, et, le coupe-chou au poing, veillant sur ce qu'il croyait tre son domaine?... M. de Rosny fut un galant homme et un ethnographe. De son vivant, il dchiffrait assez bien trois langues: la chinoise, la japonaise et la corenne. Elles se ressemblent comme trois soeurs, du reste. Je consulte quelquefois ses livres, quelquefois seulement, parce que les savants tels que lui sont des rocs abrupts, lourds, ennuyeux, et que, pauvre ignorant, j'aime rencontrer droite et gauche, au cours de mes lectures, les simples, les jolies fleurettes d'une rhtorique choisie; mais j'ai consult ses livres, je les consulterai peut-tre derechef, tout est possible... Et cela est un pont de M. de Rosny ma personne; et cela m'autorise le joindre dans l'Empyre, une minute, et lui affirmer, en mon nom et en d'autres noms, que, s'il s'agit de l'art ou d'un artiste, ce n'est, le cas chant, ni lui, qui n'est pas artiste, ni son rudition que nous nous adresserons. Ce sera, de prfrence, Edmond de Goncourt, plus averti, plus affin, ou Philippe Burty, Thodore Duret, Henri Vever, Gustave Geffroy, ou MM. Revon, Focillon Louis Aubert, au groupe serr de nos peintres et de nos dessinateurs. Car, vis--vis de la paille dvolue M. de Goncourt, voici la poutre que je trouve aux yeux de M. de Rosny--va pour les peu prs mdiocres,-- la fin de l'tude Un mot aux amateurs de Japoniaiseries,--poutre devant craser net l'illustre Hokousa et ses thurifraires. Nous en sommes. Je cite, textuellement: Qu'on me permette un mot sur ce fameux Hok'sa, le peintre japonais fou de dessin dont M. de Goncourt est le pangyriste enthousiaste et au char de triomphe duquel il espre atteler le public amateur des grandes cocasseries artistiques. Ouf!... Rcitons: J'aurais sans doute mauvaise grce, moi qui ai dit plus d'une fois, comme saint Franois Xavier, que les Japonais taient les dlices de mon coeur, de mdire sur n'importe lequel de leurs artistes et surtout sur ce brave Hok'sa dont j'ai le premier fait une courte mention dans la biographie gnrale de Firmin Didot, il y a une vingtaine d'annes... Oh! si courte, si incomplte, la mention, M. de Rosny! Poursuivons: Hok'sa est, coup sr, caricaturiste drle par moments, bizarre presque toujours. Ses nombreuses charges outrance amusent un instant. On s'arrte quelques minutes avec plaisir sur les premiers cahiers de la Mangwa, on parcourt les autres un peu plus vite, on examine les derniers avec le pouce... On, c'est M. de Rosny. Poursuivons encore: Je n'ignore pas qu'une telle dclaration est de nature arracher des cris d'horreur certains bibliophiles, et, pour cause, un bon nombre de marchands de curiosits. Aussi bien qu'eux tous, j'apprcie parfois l'ancien art japonais, mais je juge qu'on a beaucoup surfait, chez nous, quelques-uns de ses choryphes... Mais, en feuilletant les oeuvres d'Hok'sa, on a parfois la vellit de dire qu'il a ralis l'idal du grotesque. Hok'sa, d'ailleurs, n'est devenu un artiste hors ligne aux yeux de ses compatriotes que depuis le jour o nous nous sommes aviss _de rire un peu, pas bien longtemps_, de ses croquis fantaisistes et ensuite de les admirer _par genre, sans mesure et tort et travers_. Halte! Brisons-l cette mauvaise humeur, l'pilogue ne nous apprendrait rien de neuf. On a lu et on a dj hauss les paules. De quel ct sont l'ignorance et la niaiserie? Du ct des Japonisants ou du ct de l'ethnographe?... Je me demande, pour ma part, si, lorsqu'il voulut crire son tude, M. de Rosny, traducteur d'un trait sur l'ducation des vers soie, connaissait fond Katsushika Hokousa. Et je me hte de rpondre: non, puisqu'il ne s'occupa que du moindre aspect de ce Prote, _du caricaturiste qui le faisait rire un peu, pas bien longtemps_. Ce _bon_ M. de Rosny n'a donc pas l'air de se douter que le _brave_ Hokousa est l'inventeur d'une oeuvre immense, qu'il a tout essay et tout russi sous des appellations diverses: Shiunr, Tokitaro, Tokimasa, Seshin, Tato, Katsushikano, Iitsou et Manrdjin, le vieillard fou de dessin. Il n'a pas l'air de savoir davantage que nos impressionnistes ont enrichi leur technique de celle que nous apportrent les artistes nippons, commencer par Hokousa. Je n'ai pas l'intention de narrer l'existence de ce grand homme; maints critiques l'ont raconte avec ferveur, avec talent. Edmond de Goncourt les prcda, fut disert et renseign autant qu'il pouvait l'tre en 1896. Mentionnons nanmoins qu'Hokousa, nou un labeur formidable jusqu'au terme de sa trs longue carrire, fut une sorte de nomade archimconnu par les plus titrs, les plus magnifiques de ses contemporains, regard par les autres comme un matre sans doute, mais comme un matre adonn un petit art, l'art _vulgaire_, indigne de l'art noble et de l'Histoire, ce jardin o s'taient panouis les rosiers de Tosa et de Kano. Grave injustice l'gard d'un semblable historien, d'un peintre aussi parfaitement distingu de la femme, de l'oiseau, de la fleur et du paysage! C'est elle qu'avait enfourche M. de Rosny lorqu'il s'avisa de vilipender Hokousa. Au nom de qui, au nom de quoi osa-t-il tre plus Japonais que les Japonais d' prsent? Eux, ont oubli les prventions de nagure, de l'poque o leur archipel tait clos de fils barbels, et ils admirent comme nous Franais, Anglais, Hollandais. Hokousa illustra seul plus de cent vingt ouvrages, dont l'un, le _Souiko-Gwaden_, compte quatre-vingt-dix tomes; il a collabor une trentaine de volumes. Le tas se forme avec les livres jaunes, livres populaires; le tas grossit avec des promenades orientales et occidentales, des coups d'oeil aux lieux clbres, des manuels pratiques pour dcorateurs et artisans, une vie de akiamouni, une conqute de la Core, des contes, des lgendes, des romans, des biographies de hros, d'hrones, des trente-six et des cent potes, avec des recueils de chansons; et le fate se couronne par de multiples albums d'oiseaux, de plantes, de patrons la mode nouvelle, par des livres d'ducation, de morale, d'anecdotes, de croquis fantaisistes ou d'aprs nature, etc... etc... Hokousa a tout abord, tout russi, je le rpte. Il fut abondant, vari, gnial, n'en dplaise M. de Rosny; il accumula dessins sur dessins, estampes sur estampes, nous y enseigna ses compatriotes, leurs travaux et leurs plaisirs, le peuple de la rue, celui des champs et de la mer. Il nous mena des brillantes courtisanes, soies et broderies, large noeud de ceinture tal contre la poitrine et le ventre, au loqueteux sordide, estropi; puis vers des apparitions, des imaginations fantastiques, les plus terribles et les plus mouvantes que je sache. Le meilleur, selon moi, des Tchou-Chin-Goura, srie de planches o l'on assiste la vengeance et au triomphe des quarante-sept fidles Ronins, est de lui. Quel pieux hommage il rendit la montagne sacre du Japon, au Fuji, par le moyen du livre et de la gravure! J'ai vu d'Hokousa quantit de sourimonos charmants, gaufrs, rehausss d'ors et d'argentures, nombre d'ventails fragiles et dlicieux, de kakmonos pleins de grce ou d'une puissance inattaquable. L'un d'eux nous prsentait Yama-Uba, mre de Kentoki, l'enfant rouge, une Yama-Uba chevele, bleue et verte, rayon de soleil, joie du regard et de l'esprit. L'autre, chez Octave Mirbeau, figurait un aigle robuste, fauve, l'oeil implacable. Debout sur un pic, la bte avait mine d'empereur, inspectait l'horizon; elle attendait; elle tait prte jaillir, dchirer et dvorer toute proie. Je me souviens en outre d'avoir vu, du mme Hokousa, encadres d'une toffe rostre, deux ttes frachement coupes. La premire, celle d'un barbon, gisait blafarde, ruisselante de sang, et la deuxime tait celle d'un jeune homme, les paupires fermes, la mchoire peine tache de pourpre, une mchoire sur laquelle un petit lzard avait lu domicile, se complaisait la dernire tideur du mort. Je jure aux mnes de M. de Rosny que ces trois pices ne sentaient point la caricature, le grotesque, ne dilataient aucune rate, pas plus que les prcdentes. Pour comprendre d'ailleurs, l'art d'un peuple lointain, trs particulier, il ne suffit gure d'apprendre plus ou moins bien la langue de ce peuple: il faut avoir pntr son me, son got; il faut s'tre fait l'colier docile de cette me et de ce got. Quelques privilgis, par hasard, don naturel, ont eu la chance d'viter l'cole, mais ils sont rares. Aux gens que hante le Japon et qui le recherchent, je conseillerai, s'ils veulent aller vite, de lire d'abord les oeuvres de Lafcadio Hearn, ce professeur anglais chou, un matin, aux rivages du Soleil Levant, ce vigoureux observateur qui, frapp d'admiration pour la force et le vouloir japonais, devint Japonais, puis pousa une indigne. La lecture termine,--nul ne s'y morfondra une seconde,--on peut frquenter les artistes du prcieux empire, les anciens l'aveuglette et les quasi-modernes avec prudence. On y constatera qu'ils abandonnrent tout coup leurs initiateurs, les Chinois. La raison de cette volte-face?... L'amour, l'extase profonde qu'ils ressentirent exprimer la patrie. Ils l'ont aime passionnment; ils ont chri sa beaut, sa clart, ils se sont ingnis reproduire sa vie par le coeur--l'expression est de Toriyama Sekiyen, au sujet des _Insectes_ d'Outamaro;--ils ont peint leur Japon quand il pleut, quand il vente, quand il neige, lorsqu'il s'veille ds l'aube, ou s'agite ivre de lumire, ou dort gav de nuit noire et au clair de lune. Les cerisiers y dressent perptuellement leurs bouquets radieux, les pins et les bambous y foisonnent sous la brise ou dans la tempte. Affection heureuse, travail incessant! Hokousa est le rsum d'une foule. On me dsignera des peintres plus lgants, plus coloristes: il n'en est pas un de plus mle, ayant mieux accompli ce qu'il jugea utile de nous offrir. Pour quel but, avec, derrire eux, de tels guides, certains Japonais modernes s'acharnent-ils nous imiter, copier notre manire et notre plastique?... Artistes ns au pays de Krin et de Sharakou, gardez-vous ferme de vos cosmopolites: ils en sont fabriquer des portraits de jolies mondaines et de messieurs tout-le-monde; ils suivent d'un pas lger les moindres de nos fabricants habituels. Ne les cultivez point: vous perdriez le contact des anctres, vous ne seriez plus qu'une filiation btarde. Visitez-nous, parbleu! continuez nous visiter! Nonobstant, la visite bcle, dpchez-vous de regagner le Japon; persistez, en vue de l'effet, ne vous servir que du trait ncessaire, ne flanquer d'ombres ni vos personnages, ni vos maisons, ni vos arbres. Ils n'en ont pas plus besoin aujourd'hui qu'hier: absurde est le progrs qui dpouille les tres de leurs origines. Apprciez plutt, apprciez comme se conduisent actuellement beaucoup de vos nationaux, malgr leurs marins, leurs soldats l'europenne, malgr leurs nouveaux riches, leurs automobiles. Le soir tomb, rentrs au logis, en famille, la lueur des douces lanternes de chez vous, des lanternes polychromes, ne reprennent-ils point les traditions, les moeurs et les costumes d'antan?... Demeurer soi, ne demeurer que soi, pas d'idal suprieur cet idal. Artistes japonais, je vous souhaite de rester vous-mmes. Et c'est encore, je pense, la grce que vous souhaiterait Edmond de Goncourt, s'il devait revivre, Edmond de Goncourt, un de vos plus indubitables, de vos plus vieux amis, en France. LON HENNIQUE, de l'Acadmie Goncourt. _Ce livre parut en mars 1896 dans la "Bibliothque Charpentier". Il en fut tir 30 exemplaires sur japon et 25 sur hollande._--N. D. E. TABLE DES PARAGRAPHES I La msestime des Japonais pour le fondateur de _l'cole Vulgaire_. II La naissance d'Hokousa (5 mars 1760).--Son entre comme commis dans une librairie. Son renvoi.--Il prend l'tat de graveur. III Hokousa abandonne la gravure pour la peinture.--Ses premires illustrations, sous le nom de Shunr, des Livres Jaunes, dont le premier est: _Grce un mot galant_.--Puis il illustre les _Courriers de Kamakoura. Les quatre Rois clestes des points cardinaux, habills la dernire mode; Les parfums des fleurs d'ventail; Expdition dans la montagne de Yoshitsoun, vue dans une bote spectacle_, etc. IV Hokousa, la suite d'une affiche, qu'il avait faite pour un marchand d'estampes, dchire par un camarade de l'atelier Shunsh, quitte l'atelier et signe sous le nom de Mougoura des compositions tout fait indpendantes du style des anciennes coles. V De 1786 1794, Hokousa illustre un _Fragment de l'Histoire de Minamoto, un Conte pour les enfants, Conte du voyage des deux routes de la Richesse et de la Pauvret, le Cordon d'une fille, la Fte improvise au quartier des Maisons vertes_. VI Les Sourimonos d'Hokousa de 1793 1804, dans lesquels apparat pour la premire fois seulement en 1798, le nom d'_Hokousa_. VII En 1797 Hokousa publie: les _Primeurs des lgumes verts_, les _Cordelettes du saule pleureur_, la _Distraction du Printemps_, la _Brume de la Campagne_. VIII En 1798 Hokousa publie: _Chansons de danse pour hommes, Histoire naturelle des Monstres du Japon_. IX Vente par Hokousa de deux makimonos au capitaine de vaisseau hollandais, Isbert Hemmel. X Le prix pay au matre pour ses dessins par les diteurs japonais. XI En 1799 Hokousa illustre: _Promenade de la capitale de l'Est_ (Ydo). XII Feuilles spares, publies depuis 1778 jusqu' la fin du sicle. XIII En 1780, publication de la _Tactique du Gnral Fourneau_, avec l'illustration, le texte, et la prface d'Hokousa. XIV _Coup d'oeil sur les deux rives de la Soumida_. XV En 1801, publication du _Tngou, tomb du haut de son nez dans le monde bte d'ici-bas_, les _Trente-six potesses_, _Chacun une pense_. XVI En 1802, publication des: _Cinquante potes modernes_, _Magasin des fidles vassaux_, _Chansonnettes d'Hakoboushi_. XVII En 1803, publication de la _Cuisine au hasard_, de _l'Inventaire des Mensonges_. XVIII En 1804, _Montagnes et Montagnes_, et le _Panier papier_. XIX Le caractre fantasque d'Hokousa. XX L'illustration des romans japonais de Bakin, de Shighrou, de Tanhiko, de Shakougakoudei, Mandei-Ssa, Shtei-Kinsoui, etc., de 1805, 1846. XXI La _Mangwa_. XXII Peinture d'Hokousa excute sous les yeux du Shgoun de Tokougawa. XXIII En 1811, publication de _l'Ivresse de deux jours_, _des Lgendes fantastiques de la province de Ytigo_, etc. XXIV En 1814, le _Shashin Gwafou_. XXV En 1815 Hokousa illustre les _Morceaux de drames_ et les _Leons de danse par soi-mme_. XXVI La peinture du Darma de 194 mtres, excute Nagoya, en prsence de toute la ville, et peinture du cheval colossal Honj, et de l'Hote gant Rigokou. XXVII En 1818: _Le Miroir des dessins qui viennent de l'me_. XXVIII En 1819: _Mthode de dessin_. XXIX En 1822: _Posies sur les chevaux_, et en 1826: les _Vieux papiers jets_. XXX Les feuilles spares d'impressions, publies de 1800 1826. XXXI Hokousa, prsident de la Socit des potes appels les _socitaires de Katsoushika_. XXXII Les _Trente-six vues du Fouzi-yama_, les _Cascades_, les _Ponts_. XXXIII Les Peintures _du printemps_ d'Hokousa. XXXIV En 1828: _Correspondances traitant du Jardin de famille_, et _Leon du dessin au sable_. XXXV En 1830, les cinq apparitions des _Cent Contes_. XXXVI _Image des Potes_. XXXVII Les cinq grandes planches des Grues dans la neige, du Faucon sur son perchoir, des trois Tortues, des deux Carpes dans la Cascade, des deux Chevaux et du poulain et les autres grandes planches des collections particulires. XXXVIII Les sourimonos d'Hokousa de 1805 1835. XXXIX Les portraits d'Hokousa. XL _Posies de la dynastie des Thang_. XLI En 1834: _La Fidlit envers le matre_ et la _Pit filiale illustre_. XLII Les _Cent vues du Fouzi-Yama_. XLIII La retraite d'Hokousa Ouraga. Ses lettres: lettres o il fait ses recommandations aux diteurs pour la gravure de ses dessins, et o il se plaint des coquineries de son petit-fils. XLIV Les albums guerriers: _Les gloires de la Chine et du Japon_, et les _Hros_ et les _triers du Soldat_. XLV En 1835: _Mille lettres illustres_, et en 1837: _Guide de Nikko_. XLVI _Nouveaux modles d'architecture_, _Modles des peignes et des pipes la mode d'aujourd'hui_, _Album de petits dessins pour nouveauts_. XLVII la suite de trois annes de mauvaises rcoltes du riz, en 1839, Hokousa, sans diteurs, oblig de vivre de la vente d'albums de dessins rapidement jets _au bout de son pinceau_. XLVIII Les: _Cent posies expliques par la nourrice_. XLIX Incendie de la maison d'Hokousa et de ses dessins. L De 1840 1849 Hokousa illustre: _Traditions chinoises et japonaises sur les consquences de la conduite invisible_, le _Livre illustr de l'ducation des Femmes_, les _Nouvelles planches de dessins sur la voie publique_, et _l'Ocan d'ides_, et encore: _Cent penses de cent fidles femmes_, etc. LI Les albums de professorat sur le dessin et la peinture: le _Trait du coloris_, _Leon rapide de dessin abrg_, _Dessins grossiers d'Hokousa_, _Modles de dessins pour les commenants_, _Rpertoire de dessins_, _le Dessin un coup de pinceau_, _Album de trois diffrentes sortes de dessins_, _Mthode de dessins d'Hokousa_. LII Attaque d'apoplexie d'Hokousa 68 ans. La _Pte de citron_. Son rtablissement. Nouvelle maladie 90 ans. Sa mort (le 10 mars 1849). Le tombeau lev par sa petite-fille Shira Tati, dans le jardin du temple Seikiji d'Asakousa. LIII Les deux mariages d'Hokousa, et les enfants ns de ces mariages. LIV Livres publis aprs la mort d'Hokousa, et o il y a des planches de lui: _Cent exemples de courage, Illustration des posies des Thang, composes de quatre vers de cinq mots_. LV Kakmonos, Makimonos, et dessins monts ou non monts en France, des collections de MM. Hayashi, Bing, Gonse, Gillot, Vever, Haviland, Manzi, de Goncourt; en Hollande, du Muse de Leyde; en Angleterre, du British Museum, et de MM. Hart, Samuel; en Prusse, du Muse de Berlin; en Amrique, de MM. Morse de Boston et Fenellosa; au Japon, de M. Homma Kos de Sakata, de Wakai. LVI ventails, crans, Paravents, Peintures de pardessus, des collections de MM. Hayashi, Bing, Haviland, de Goncourt, Hart. LVII Albums des _Premires Penses_ d'Hokousa, des collections de MM. Hayashi, Bing, Gillot, de Goncourt. Samuel. Les dessins _faits l'ongle_ par Hokousa. LVIII Les grandes collections de sourimonos, d'estampes en couleur et en noir, et de livres illustrs. LIX Changements de noms et de signatures d'Hokousa, tablissant la date de ses dessins. LX Liste des lves d'Hokousa. BIBLIOGRAPHIE. POSTFACE. VREUX, IMPRIMERIE CH. HRISSEY. 414 5857.--Paris.--Imp. Hemmerl, Petit et Cie. 12-22 End of the Project Gutenberg EBook of Hokousa, by Edmond de Goncourt License: Share Alike