Produced by Laurent Vogel, Christine P. Travers and the Online Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This book was produced from scanned images of public domain material from the Google Print project.) LES SECRETS DE NOS PRES RECUEILLIS PAR LE BIBLIOPHILE JACOB LA CRYPTOGRAPHIE OU L'ART D'CRIRE EN CHIFFRES PARIS ADOLPHE DELAHAYS, LIBRAIRE-DITEUR 4-6, RUE VOLTAIRE, 4-6 1858 PARIS.--IMP. SIMON RAON ET COMP., RUE D'ERFURTH, 1. LA CRYPTOGRAPHIE OU L'ART D'CRIRE EN CHIFFRES. CHAPITRE PREMIER. DFINITION DE LA CRYPTOGRAPHIE; SON ORIGINE; NOTIONS HISTORIQUES. Nous allons essayer de faire connatre quelques-uns des procds mis en usage afin de permettre des personnes spares par des distances souvent considrables, de communiquer entre elles, en recouvrant ces communications du voile du mystre. Ces procds forment une vritable science qui a reu, comme tant d'autres, un nom tir du grec. La Cryptographie ou Stganographie est l'art d'crire de faon drober autrui la connaissance de ce qu'on a trac. On peut s'efforcer de dissimuler l'existence de l'crit. On emploie, en ce but, les encres du sympathie dont nous parlerons plus tard, ou bien l'on tche de cacher soigneusement le papier auquel on a confi son secret. Mais plus habituellement on a recours aux divers procds en usage afin de jeter, sur une dpche qui peut tomber dans des mains indiscrtes, un voile qu'on fait de son mieux pour rendre impntrable. Pour atteindre ce but: On abrge les mots d'aprs un systme convenu (c'est la Brachygraphie ou Stnographie). On fait usage des signes dont le sens est arrt entre les correspondants: des lettres, des chiffres, des signes employs dans les mathmatiques et dans la chimie, des points, des lignes, des figures quelconques ou de fantaisie, des couleurs, etc., sont d'une grande ressource en semblable occasion. On emploie des mots et des phrases, auxquels on convient de donner un sens tout autre que celui qu'on y attache dans le cours ordinaire des choses. Il y a toujours eu, il y aura toujours des secrets, qu'il faudra bien confier au papier afin de les transmettre des correspondants dont on est spar par des distances plus ou moins grandes; mais on est bien aise de drober aux investigations d'une curiosit indiscrte ces communications mystrieuses. Il a donc fallu recourir des moyens destins voiler le sens des avis qu'on voulait transmettre. De l l'origine de l'criture en chiffres. De mme que tous les arts, celui-ci dbute par des essais nafs et incomplets. Les crivains de l'antiquit en ont conserv le souvenir. Ier. De la Cryptographie chez les peuples de l'antiquit. Hrodote nous fait connatre divers procds un peu primitifs auxquels eurent recours, faute de mieux, certains personnages plus ou moins clbres dans les annales de ces temps reculs. C'est d'abord un esclave dont on rase la tte, et sur la peau nue de son crne on trace quelques mots laconiques, mais d'un grand sens. On laisse aux cheveux le temps de repousser, et on expdie cette ptre d'un nouveau genre l'ami qu'il s'agit d'instruire de choses importantes. Les perruques n'avaient point t inventes cette poque; elles auraient t d'une grande utilit en pareille circonstance. Il va sans dire qu'un pareil procd n'est point susceptible d'une application frquente. Un seigneur de la Cour de Perse, ayant transmettre Cyrus un avis essentiel, s'avisa d'une invention qui ne rentre pas prcisment dans l'criture chiffre, mais qu'il est bon de consigner ici; laissons parler Hrodote: Harpage voulut dcouvrir Cyrus son projet, mais, comme ce prince tait en Perse et que les chemins taient gards, il ne put trouver, pour lui en faire part, d'autre expdient que celui-ci: S'tant fait apporter un livre, il ouvrit le ventre de cet animal d'une manire adroite et sans arracher le poil, et, dans l'tat o il tait, il y mit une lettre o il avait crit ce qu'il avait jug propos. L'ayant ensuite recousu, il le remit celui de ses domestiques en qui il avait le plus de confiance, et lui ordonna de le porter Cyrus, et de lui dire, en le lui prsentant, de l'ouvrir lui-mme et sans tmoins. II. La scytale des Lacdmoniens. Le gouvernement de Sparte transmettait ses ordres ses gnraux au moyen d'une espce de _courroie_. Voici de quelle faon Plutarque raconte le fait dans la vie de Lysandre; nous faisons usage de la traduction nave du vieil Amyot: Les phores luy envoyrent incontinent ce qu'ilz appellent la scytale (comme qui diroit la courroye), par laquelle ilz luy mandrent qu'il eust s'en retourner aussitost comme il l'auroit reue. Cette scytale est une telle chose: quand les phores envoient la guerre un gnral ou un admiral, ilz font accoustrer deux petits btons ronds et les font entirement galer en grosseur et en grandeur; desquelz deux bastons ilz en retiennent l'un par devers eulx et donnent l'autre celuy qu'ilz envoyent. Ilz appellent ces deux petits bastons scytales, et, quand ilz veulent faire secrtement entendre quelque chose de consquence leurs capitaines, ilz prennent un bandeau de parchemin long et estroit comme une courroye, qu'ilz entortillent l'entour de leur baston rond, sans laisser rien d'espace vuide entre les bords du bandeau; puis quand ilz sont ainsi bien joints, alors ilz escrivent sur le parchemin ainsi enroll ce qu'ils veulent, et, quand ilz ont achev d'escrire, ilz desveloppent le parchemin et l'envoyent leur capitaine, lequel n'y sauroit aultrement rien lire ny cognoistre, parce que les lettres n'ont point de suitte ny de liaison continue, mais sont escartes l'une a, l'autre l, jusqu' ce que, prenant le petit rouleau de bois qu'on luy a baill son partement, il estend la courroye de parchemin qu'il a reue tout l'entour, tellement que le tour et le ply du parchemin venant se retrouver en la mesme couche qu'il avoit est pli premirement, les lettres aussi viennent se rencontrer en la suitte continue qu'elles doivent estre. Ce petit rouleau de parchemin s'appelle aussi bien scytale comme le rouleau de bois, ne plus ne moins que nous voyons ailleurs ordinairement que la chose mesure s'appelle du mesme nom que fait celle qui mesure. Un pote latin donne une application conforme celle de Plutarque; transcrivons ici les cinq vers qui s'accordent avec le rcit du biographe grec: Vel Lacedemoniano scytalem imitare, libelli Segmina Pergamei, tereti circumdata ligno Perpetuo inscribens versu: qui deinde solutus Non respondentes sparso dedit ordine formas: Donec consimilis ligni replicetur in orbem. Nous ferons remarquer, en passant, que la scytale ne devait pas tre bien difficile deviner. En effet, il tait ais de voir en ttonnant un peu, quelle tait la ligne qui devait se joindre pour le sens la ligne d'en bas du papier; cette seconde ligne connue, tout le reste tait ais trouver: en supposant que cette seconde ligne, suite immdiate de la premire dans le sens, ft, par exemple, la cinquime, il n'y avait qu' aller de l la neuvime, la treizime, la dix-septime, et ainsi de suite jusqu'au bout, et l'on trouvait toute la premire ligne du rouleau. Ensuite on n'avait qu' reprendre la seconde ligne d'en bas, puis la sixime, la dixime, la quatorzime, et ainsi de suite. Tout cela est ais voir, en considrant qu'une ligne crite sur le rouleau devait tre forme par des lignes partielles galement distantes les unes des autres. Un autre Lacdmonien, rfugi auprs du monarque de l'Asie, trouva dans son patriotisme les moyens de transmettre Sparte un avis de la plus haute importance. C'est encore l'historien que nous avons dj nomm qui va nous raconter ce fait. Laissons parler Hrodote: Xerxs s'tant dtermin faire la guerre aux Grecs, Dmocrate, qui tait Suse, et qui fut inform de ses desseins, voulut en faire part aux Lacdmoniens. Mais, comme les moyens lui manquaient, parce qu'il tait craindre qu'on ne le dcouvrit, il imagina cet artifice. Il prit des tablettes doubles, en ratissa la cire, et crivit ensuite sur le bois de ces tablettes les projets du roi. Aprs cela, il couvrit de cire les lettres, afin que, ces tablettes n'tant point crites, il ne pt arriver au porteur rien de fcheux de la part de ceux qui gardaient les passages. L'envoy de Dmocrate les ayant rendues aux Lacdmoniens, ils ne purent d'abord former aucune conjecture; mais Gorgo, femme de Lonidas, imagina, dit-on, ce que ce pouvait tre et leur apprit qu'en enlevant la cire ils trouveraient des caractres sur le bois. On suivit son conseil, et les caractres furent trouvs. Les Lacdmoniens lurent ces lettres et les envoyrent ensuite au reste des Grecs. III. Autres systmes cryptographiques connus des anciens. Blaise de Vigenre, dans son _Trait des chiffres_, livre dont nous aurons parler en dtail, mentionne quelques-uns des procds qu'avaient imagins les anciens et dont nous venons de fournir des exemples: Il y en a qui font une incision dans une verge de saulx, estant en sve dessus l'arbre encore, et la creusent, puis, y ayant insr les lettres, la laissent reprendre et reclorre, et coupent la verge. C'est de l'invention de Thophraste, non des plus spirituelles pour un si subtil philosophe, joint que cela a besoin de temps, et si la cicatrice y demeure empreinte tousjours. Le mesme se peut effectuer et encore plus commodment dans un baston de torche en semblable bois de sapin creus, puis enduire la fente avec de la sciure fort subtile et sasse, de la mesme estoffe destrempe avec de la colle blanche: de quoy il semble qu'usa Brutus en allant Delphes, comme le marque Tite-Live la fin du premier livre. Et en un autre endroit de la quatrime Dcade, Polycrate et Diognte enfermrent un brief de plomb dans une tourte. Il y en a qui enferment leurs lettres dans un caillou artificiel faict de ceste sorte: On prend des cailloux de rivire qu'on faict calciner et rduire en poudre passe par un subtil tamis. Puis on l'incorpore avec sa quarte partie de rsine fondue et une de poix, meslant bien le tout avec un baston, et estant cette composition encore chaulde et par consquent molle, enveloppant la lettre dedans, faonnant le caillou devant le feu -tout les mains trempes en eau tide, de la sorte que bon leur semble; cela faict, on le laisse scher. Les Romains empruntrent la Grce toutes les connaissances qu'elle possdait, mais ils les perfectionnrent. Csar employait pour sa correspondance secrte une mthode que nous aurons occasion de faire connatre plus tard, et qui aujourd'hui n'arrterait pas longtemps le plus novice des dchiffreurs. On a attribu Tullius Tiron, affranchi de Cicron, l'invention de la mthode d'crire en notes tachygraphiques, et on leur a mme donn le nom de _Notes tironiennes_; mais cet art tait dj connu des Grecs. Tiron a seulement le mrite trs-rel d'avoir augment le nombre des signes et de les avoir distribus dans un meilleur ordre. Sa mthode, perfectionne par Snque et d'autres, s'tendit dans tout l'empire. On s'en est servi pour les actes publics, en Allemagne, jusqu' la fin du dixime sicle; la France y avait renonc un peu plus tt. C'est de l que les officiers publics chargs de la transcription des actes ont reu le nom de notaires, qu'ils conservent encore. En cessant de faire usage des notes tironiennes, on en oublia la signification. Quelques savants ont entrepris cet gard des travaux importants; citons surtout l'_Alphabetum tironianum_ du bndictin Dom Carpentier (_Paris_, 1747, in-fol.); on peut recourir galement au _Nouveau Trait de diplomatique_ de D. D. Tassin et Thuilier, ainsi qu'au _Dictionnaire diplomatique_ de Dom de Vaines. Un ouvrage de J. Gruter, _Tyronis ac Senec not_ (1603, in-folio), prsente plusieurs milliers de ces notes; chacune d'elles exprime un mot diffrent; les traits, les lignes, les points dont elles se composent, devaient exposer bien des mprises, moins qu'on n'crivt avec beaucoup de lenteur et d'attention, et nul doute que pareille criture ne ft d'un emploi trs-incommode. Nous copions cinq notes tironiennes prises au hasard; elles sont un chantillon fidle de cette mthode stnographique. [Gl.] Clemens. [Gl.] Mars. [Gl.] Legitimus. [Gl.] Imperator. [Gl.] Patres conscripti. Au neuvime sicle, Raban-Maur, archevque de Mayence, a rapport deux exemples d'un chiffre dont les Bndictins font connatre la clef dans leur grand _Trait de diplomatique_. Dans le premier exemple, on supprime les voyelles et on les remplace par des signes convenus; l'_i_ est dsign par un point, l'_a_ par deux, l'_e_ par trois, l'_o_ par quatre, l'_u_ par cinq, de telle sorte que, pour crire: _Incipit versus Bonifaciia rchi gloriosique martyris._ On mettra .Nc.p.t v[Pt.]rs[Pt.]s B::n.f:c.. :rch. gl::r.::s.q[Pt.][Pt.] m:rt.r.s Dans le second exemple, on substitue chaque voyelle la lettre suivante. Toutefois les consonnes _b_, _f_, _k_, _p_, _x_, qui, dans ce systme, tiennent lieu de voyelles, conservent aussi leur valeur. IV. Le chiffre chez les modernes. Anecdotes. Nous sommes peu dispos ajouter foi l'assertion d'un vieil historien, d'aprs lequel le fondateur plus ou moins fabuleux de la monarchie franaise aurait t vers dans les mystres de la Cryptographie. Pharamond, trs-puissant roy des Franois en Germanie, et quarante-troisime aprs Marcovir, lorsque par grande puissance il marchoit sur les limites des Gaules, afin que secrtement il escrivist de ses affaires, adjousta pour ses secrets des minuties prgrines et estranges. Le moyen ge prsente peu d'exemples de l'criture en chiffres; mais, ds l'poque de la Renaissance, la ncessit de moyens occultes de communication se fait de plus en plus sentir au milieu des intrigues diplomatiques qui se croisent en tous sens. Divers auteurs composent sur pareil sujet de trs-gros livres; des ditions multiplies attestent l'utilit de pareils crits, et chacun s'efforce de dcouvrir les moyens de rendre impuissants tous les efforts des investigateurs. Au dix-septime sicle, les monarques, les ministres, les ambassadeurs, font constamment, du chiffre, un usage qui n'a cess de s'tendre et de se perfectionner jusqu' nos jours. Les dpches chiffres qui se sont amonceles en quantit immense durant cette priode n'ont point t, la chose va sans dire, livres la publicit; elles sont restes ensevelies dans les archives secrtes des chancelleries; on peut toutefois rencontrer, dans des recueils de documents loigns de l'poque contemporaine, divers exemples de l'emploi de la Cryptographie, divulgus par la voie de l'impression. La correspondance imprime d'un rudit clbre qui exera d'importantes fonctions diplomatiques, H. Grotius, prsente divers passages crits en chiffres. Empruntons quelques lignes une dpche adresse au chancelier de Sude, Oxenstiern, dpche qu'on lit dans l'dition d'Amsterdam (1687, in-folio) des _Epistol H. Grotii_. Is de quo scripseram 60, 37, 81, 73, nomen habens, 80, 60, 74, 20, 70, 6, 10, 72, 66, 81, 47, 31, 10, 33, 66, 14, 106, 10, 33, 31, 217, 246, ab Eusebio Vindiceque auditus.... Egit plurimum cum 79, 59, 76, 72, 13, 42. Henri IV faisait parfois usage d'un chiffre qui ne parat pas avoir t fort compliqu; sa _Correspondance indite avec Maurice le Savant, landgrave de Hesse_, publie par M. de Rommel (Paris, 1840, 8), en offre plusieurs exemples, citons quelques lignes: Je vous assure que je fais grand estime de leur amiti 67, 69, 68, 62, 74, 74, 18, [-63], 4["9], 14, 16, 49, 19, 31, 42, 15, 38 en est l'entremetteur. Je suis adverty que 53, 52, 21, 84, 49, 27, 53..... Quelques chiffres sont surmonts d'un trait ou du deux points; des lettres grecques et divers signes employs par les chimistes et les astronomes se mlent aux chiffres. L'diteur a reproduit le tout, sans chercher dcouvrir ce que cachait un voile qu'il aurait d s'efforcer de soulever. Mentionnons, d'aprs la _Biographie universelle_, une anecdote qui se rattache l'poque dont nous parlons: la fin du seizime sicle, les Espagnols voulurent tablir des relations entre les membres pars de leur vaste monarchie, qui embrassait alors une grande partie de l'Italie, les Pays-Bas, les Philippines, et d'immenses contres dans le Nouveau-Monde; car ils avaient le plus grand intrt ce que leurs communications ne pussent tre dcouvertes: ils imaginrent un chiffre qu'ils variaient de temps en temps, afin de dconcerter tous ceux qui avaient tent de percer les mystres de leurs correspondances. Ce chiffre, compos de plus de cinquante signes, leur fut d'une grande utilit pendant les troubles de la Ligue et les guerres qui dsolrent alors l'Europe. Quelques-unes de ces dpches ayant t interceptes, Henri IV les remit un gomtre habile, Viete, en le chargeant d'en trouver la clef. Le mathmaticien y russit, et il parvint mme saisir le chiffre dans toutes ses variations. La France profita pendant deux ans de cette dcouverte. La Cour d'Espagne, dconcerte, accusa le gouvernement franais d'avoir ses ordres des sorciers et de recourir au diable afin d'obtenir la rvlation des secrets cryptographiques. Elle demanda que Viete ft jug comme un ngromant: elle porta ses plaintes Rome. Une prtention aussi ridicule n'excita que le rire; le gomtre aurait pu cependant avoir des tracasseries srieuses, s'il n'et t, en cette affaire, soutenu par un puissant monarque; toute accusation de sorcellerie pouvait, en 1600, avoir des consquences extrmement graves. L'histoire conserve le souvenir de diverses anecdotes dont l'emploi des chiffres a t la cause; nous allons en relater quelques-unes: Dans le cours des longues ngociations qui firent durer pendant tant d'annes le Congrs de Westphalie, les plnipotentiaires de diverses puissances demandrent connatre les propositions que faisait l'Empereur d'Allemagne concernant certains points en litige; son ambassadeur, Isaac Voltmar, s'excusa de ne pouvoir les communiquer, en allguant qu'elles taient crites en chiffres et qu'il lui fallait trois semaines pour en avoir la clef. Cette rponse excita un mcontentement gnral, et l'envoy du duc de Savoie s'cria: N'avons-nous point parmi nous le nonce du Pape, et n'est-il pas certain que le Saint-Pre a dans ses mains la clef qui lie et qui dlie? (_clavem ligandi et solvendi_). Adressons-nous donc lui, afin qu'il nous donne la clef qui est si ncessaire en ce moment. Une autre circonstance originale se montra au commencement du dix-huitime sicle: L'lecteur de Brandebourg, Frdric III, avait form le projet de s'lever au rang des ttes couronnes et de convertir en royaume son duch de Prusse. Il tait presque impossible que ce projet pt s'effectuer sans l'assentiment de l'Empereur d'Allemagne, suzerain du Corps germanique. Des ngociations furent donc ouvertes Vienne: elles s'y tranrent des annes entires; des difficults nombreuses s'opposaient l'accomplissement des voeux de l'lecteur. Son ministre auprs de la cour d'Autriche, le baron de Barthololi, se servait, pour sa correspondance, d'un chiffre dans lequel chaque lettre de l'alphabet tait reprsente par un nombre convenu; d'autres nombres exprimaient des noms de personnes ou de lieux. Cette nomenclature comprenait, entre autres personnages, un jsuite, le pre Wolf, qui avait accompagn Berlin l'ambassadeur d'Autriche, en qualit de chapelain, et qui se livrait avec activit des intrigues politiques. Le nombre 24 signifiait l'lecteur, 110 l'Empereur, 116 le pre Wolf. Barthololi crivit, un jour, de Vienne, que, pour faire avancer l'affaire, il tait indispensable que 24 (l'lecteur) adresst une lettre autographe 110 (l'Empereur). Le 0 de ce dernier nombre, tant trac la hte, fut pris pour un 6, et l'on en conclut Berlin qu'il fallait que l'lecteur crivt de sa main au pre Wolf. Frdric III n'hsita point, et, bien que cette dmarche pt lui paratre trange et qu'elle choqut son orgueil, il adressa de suite au pre Wolf une longue ptre crite en entier de sa main et dans laquelle, expliquant, justifiant ses projets, il s'efforait d'obtenir l'appui du bon pre, auquel il prodiguait les compliments et les promesses. Le jsuite fut aussi surpris que flatt de recevoir une pareille communication: elle le dcida ne rien pargner pour faire russir les vues du prince qui venait ainsi se mettre sous sa protection; il s'adressa au confesseur de l'Empereur; des lettres allrent Rome trouver le gnral de la puissante socit; bientt tous les obstacles qui s'taient jusqu'alors accumuls s'aplanirent, et, grce a cette mprise fortuite dans une dpche chiffre, grce ce 0 qui parut transform en un 6, l'lecteur obtint de la cour de Vienne ce que peut-tre, sans cet incident, elle lui aurait toujours refus. Autre chapitre joindre la piquante histoire des trs-petites causes qui amnent de grands vnements. V. Cartes mystrieuses de M. de Vergennes. Sous le rgne de Louis XV et de Louis XVI, l'criture chiffre devint de plus en plus l'indispensable auxiliaire de la diplomatie; les divers cabinets de l'Europe, engags dans une interminable complication d'intrigues politiques, s'efforaient mutuellement de se drober leurs secrets. On enlevait les courriers, on corrompait force d'or les employs des chancelleries. Afin de rsister aux tentatives d'une curiosit aussi irrite, il fallut inventer des raffinements cryptographiques de plus en plus mystrieux. Le comte de Vergennes, ministre des affaires trangres sous Louis XVI, faisait usage, dans ses relations avec les agents diplomatiques de la France, de procds occultes, dont un Allemand, J. F. Opitz, avait, dit-on, t l'inventeur. Ce chiffre tait employ dans les lettres de recommandation ou dans les passeports qu'on donnait aux trangers qui se rendaient en France; il servait fournir, sur eux et leur insu, des renseignements dont ils taient eux-mmes porteurs sans le souponner le moins du monde. La patrie, l'ge, la religion, la profession, le caractre, les vertus et les vices, le signalement du personnage qu'on dsignait ainsi au ministre, les motifs de son voyage, tous ces dtails et bien d'autres encore se trouvaient indiqus sur une simple carte o rien ne sollicitait l'attention des profanes qui n'taient point initis de pareils mystres. Entrons ce sujet dans quelques particularits: La couleur de la carte dsignait la patrie de l'tranger. Le blanc tait affect au Portugal, le rouge l'Espagne, le jaune l'Angleterre, le vert la Hollande, le blanc et le jaune Venise, rouge et vert la Suisse, rouge et blanc aux tats de l'glise, vert et jaune la Sude, vert et rouge la Turquie, vert et blanc la Russie, etc. L'ge du porteur tait exprim par la forme de la carte. Si elle tait circulaire, c'tait l'indice qu'il avait moins de vingt-cinq ans; de 25 30, ovale; de 30 45, la carte tait octogone; de 45 50, elle tait hexagone; de 55 60, c'tait un carr; au-dessus de 60, un carr long. Deux lignes places au-dessous du nom du porteur de la carte indiquaient sa taille. S'il tait grand et maigre, les lignes taient ondoyantes et parallles; grand et gros, elles se rapprochaient l'une de l'autre; une stature moyenne et petite se trouvait signale par des lignes droites ou courbes places des distances plus ou moins loignes. L'expression de la physionomie tait indique au moyen de la figure d'une fleur place dans la bordure qui entourait la carte. Une rose dsignait une physionomie ouverte et aimable, une tulipe exprimait un air pensif et distingu. Un ruban tait entortill autour de la bordure, et, selon qu'il descendait plus ou moins bas, il faisait savoir si le recommand tait clibataire, mari ou veuf. Des points placs galement dans la bordure rvlaient la position de fortune. La religion du personnage, qu'on signalait de la sorte, tait indique au moyen d'un signe de ponctuation plac aprs son nom. S'il tait catholique, on mettait un point; luthrien, un point et une virgule; calviniste, une virgule; juif, un trait d'union. S'il passait pour athe, on ne mettait aucun signe. Des points placs au-dessus, au-dessous ou ct de quelques mots, de petits signes mis dans les angles de la carte, dans le genre de ceux-ci: [Gl.], [Gl.], [Gl.], [Gl.], et qui pouvaient passer pour de simples ornements sans consquence, indiquaient les qualits, les dfauts, l'instruction du porteur de la carte. En y jetant un coup d'oeil, le ministre apprenait en une minute, aussi bien qu'il l'et fait en lisant une page entire de raisonnements, si l'individu auquel on avait remis pareil billet, tait joueur, vicieux ou duelliste; s'il venait en France pour se marier, pour recueillir une succession ou pour se livrer l'tude; s'il tait mdecin, journaliste, homme de lettres; s'il mritait d'tre soumis une surveillance, ou bien s'il ne devait inspirer aucun soupon. Rien ne pouvait faire souponner qu'il y et autant de secrets dans un simple billet de l'aspect le plus inoffensif, et conu, par exemple en ces termes: ALPHONSE D'ANGEHA recommand monsieur le comte de Vergennes par le marquis de Puysegur, ambassadeur de France la cour de Lisbonne. Mais les lignes places au-dessous du nom du porteur, les signes de ponctuation, les ornemente trs-peu multiplis jets dans les coins de la carte, taient gros de rvlations que nul n'aurait souponnes. Tout ceci est d'ailleurs racont beaucoup plus longuement que nous ne devons le faire, dans une brochure devenue fort rare et imprime en langue allemande vers 1793. Elle a pour titre: Correspondance de la police secrte du comte de Vergennes, ministre de l'infortun roi Louis XVI. VI. La Cryptographie au dix-neuvime sicle. Les grands vnements dont l'Europe a t le thtre depuis une soixantaine d'annes, ont fait sentir de plus en plus l'utilit de l'criture chiffre. Dans le cours des oprations militaires, les ordres, les dpches, sont trs-frquemment intercepts; il peut en rsulter les consquences les plus graves. L'ennemi apprend de la sorte des choses qu'il est d'un intrt immense de lui tenir caches: si le sens des lettres dont il s'empare est cach sous un mystre qu'il ne peut percer, il n'a plus entre les mains qu'un chiffon de papier qui ne lui est d'aucun secours. Quelques lettres de l'empereur Napolon, crites dans le cours de ses campagnes et publies dans divers ouvrages historiques, montrent que deux chiffres, le grand et le petit, taient en usage parmi les gnraux franais pour correspondre entre eux et avec l'tat-major gnral. D'un autre ct, il est certain que beaucoup de dpches importantes n'ont jamais t chiffres. L'_Histoire de la guerre de la Pninsule_, par le colonel anglais Napier, renferme un grand nombre de lettres crites par le roi Joseph, par des marchaux, par des ambassadeurs, par le ministre de la guerre Paris; ces lettres, remplies de dtails importants, furent interceptes par les gurillas et saisies avec les voitures de la cour lors de la bataille de Vitoria. Si on avait eu la prcaution de les mettre l'abri sous un procd cryptographique habilement choisi, elles n'auraient jamais figur la suite des rcits d'un adversaire des armes franaises. Nul doute qu' l'heure actuelle les diplomates n'aient encore, pour leurs communications les plus intimes et les plus secrtes, recours l'art du chiffre. Nous ne saurions dire quels sont maintenant les systmes qui obtiennent la prfrence, mais nous pensons qu'ils ne s'imitent pas de ceux dont nos pres faisaient usage et qu'il nous reste faire connatre. Il est difficile d'imaginer en ce genre quelque chose de mieux que ce qui a dj t dcouvert. Nous avons passer en revue les crivains qui ont successivement expos les mystres de la Cryptographie. CHAPITRE II. AUTEURS QUI ONT CRIT SUR LA CRYPTOGRAPHIE. Ier. L'abb Trithme. Le premier auteur qui ait trait _ex professo_ et en dtail l'art d'crire en chiffres fut le clbre Trithme, mort en 1516, abb de Saint-Jacques Wurtzbourg. Polygraphe actif, historien, biographe, auteur d'un grand nombre de livres asctiques, il ne nous appartient que comme ayant mis au jour deux ouvrages, l'un sur la _Polygraphie_, l'autre sur la _Stganographie_ (_Steganographia, hoc est, ars per occultam scripturam animi sui voluntatem absentibus aperiendi certa_). La Polygraphie fut publie pour la premire fois Oppenheim, en 1518, deux ans aprs la mort de l'auteur; elle a souvent t rimprime durant le sicle qui suivit sa mise au jour. Il en existe une traduction franaise par Gabriel de Collange, sous le titre de _Polygraphie et universelle escriture cabalistique, avec la clavicule_, etc. (_Paris_, 1541. 4). Ce mot de _Polygraphie_ ne doit point s'appliquer, comme d'usage, des mlanges d'crits de diffrents genres ou sur divers sujets: Trithme veut seulement enseigner crire un mme mot, de plusieurs manires. Il donne des alphabets nouveaux, composs, soit de lettres trangres les unes aux autres, soit de caractres de convention. Quant la _Stganographie_, les expressions bizarres qui y abondent firent prendre ce trait pour un livre de magie, et telles furent les clameurs de quelques individus faciles pouvanter, que le comte palatin Frdric II, surnomm pourtant le Sage, livra aux flammes le manuscrit autographe qui se conservait dans sa bibliothque. Il est impossible de ne pas convenir que, surchargs de dtails inutiles, accabls d'une foule de rflexions mystiques, de considrations allgoriques, et se tranant sous le poids d'une immense rudition cabalistique qui tale hors de tout propos les rveries creuses et les imaginations folles des vieux rabbins[1], les ouvrages de Trithme sont des lectures les plus indigestes et les plus pnibles auxquelles on puisse se condamner. Il faut du courage et de l'attention, pour dmler au milieu de toutes ces digressions et de toutes ces rveries les procds de Cryptographie qu'indique l'abb de Saint-Jacques. [Note 1: Parmi les nombreux crits qui montrent quel point Trithme tait infatu de pareilles ides, il faut citer sa _Chronologia mystica de septem secundeis sive intelligentiis orbes post Deum moventibus_. Une ancienne doctrine platonique ou cabalistique plaait dans chaque sphre cleste une intelligence charge de la gouverner. Trithme s'efforce de rattacher, ce systme, des notions historiques et d'en tablir la ralit. Un pareil livre n'eut pas moins de six ou sept ditions. Il n'est pas surprenant que ces rapsodies inintelligibles aient trouv de nombreux lecteurs, et il est extrmement probable que le docte abb ne se comprenait pas toujours lui-mme, lorsqu'il dveloppait ses tranges imaginations.] Essayons de donner une analyse succincte des quatre livres dont se compose la _Stganographie_. Le premier livre comprend trois cent soixante-seize rptitions de l'alphabet form de vingt-quatre lettres; chaque lettre correspond un mot de la langue; le tout forme un total de neuf mille vingt-quatre mots. Afin de faire bien comprendre ce systme, il convient de transcrire quelques-uns de ces alphabets; nous reproduirons le premier, et nous y joindrons trois autres pris au hasard (les 23e, 216e et 319e). a Jsus, l'amour. b le Dieu, la dilection. c le Sauveur, la charit. d le modrateur, la rvrence. e le pasteur, l'obissance. f l'auteur, le service. g le rdempteur, le zle. h le prince, la mmoire. i le fabricateur, le souvenir. k le conservateur, la souvenance. l le gouverneur, la faveur. m l'empereur, l'affection. n le roi, la loi. o le recteur, la foi. p le juge, l'esprance. q l'illustrateur, le commandement. r l'illuminateur, la recordation. s le consolateur, la parole. t le Seigneur, la connaissance. u le dominateur, le saint. x le crateur, l'amiti. y le psalmateur, la promesse. z le souverain, l'ordonnance. & le protecteur, la bienveillance. a fragiles, Europe. b misrables, Candie. c ingrats, Hongrie. d ignorants, Panonie. e iniques, Pologne. f injustes, Germanie. g malheureux, Saxe. h malicieux, Helvtie. i obstins, Sude. k perdus, Italie. l pcheurs, Romanie. m criminels, Lombardie. n volontaires, Espagne. o vains, Andalousie. p mauvais, Castille. q dtestables, Gaule. r abominables, Bretagne. s damnables, Normandie. t immondes, Aquitaine. u indigents, Guyenne. x pauvres, Gascogne. y pusillanimes, Auvergne. z pervers, Bourgogne. & abjects, France. Vous pouvez, au moyen de ces alphabets, exprimer votre pense d'une faon inintelligible pour les non initis, et voici comment: crivez d'abord sur un morceau de papier, que vous dtruirez ensuite, ce que vous voulez faire savoir, et traduisez, en posant pour la premire lettre le mot qui lui correspond dans le _premier alphabet_; pour la seconde lettre, cherchez dans le second alphabet le mot ct duquel elle est place; ainsi de suite. On a de la sorte une suite de mots qui ne prsente qu'une srie de non-sens, mais, si notre correspondant est muni (comme il doit l'tre) de la copie exacte des alphabets dont vous avez fait usage, il n'aura nulle peine dcouvrir le sens qui se cache sous cette enfilade de mots, tonns de s'y trouver placs dans une srie bizarre. Trithme rend ceci fort clair au moyen d'un exemple; nous allons le reproduire exactement: Un mchant vous demande une lettre d'introduction auprs d'un de vos amis avec lequel il veut se lier. Vous avez des motifs pour ne pas repousser cette prire; d'un autre ct, vous voulez transmettre des renseignements exacts sur votre recommand. Vous le chargez alors de remettre celui qu'il va trouver, un crit qui prsente les phrases suivantes: Le Roi universel exornant les corps manifeste aux languissants sret immortelle avec ses sanctifis en batitude Amen. La charit incomprhensible vangliquement dnonce aux hommes, reluctante d'exhortation, rduit les injustes bannis aux choses profanes, faisant de vilipender la recordation du Rdempteur des cieux et aussi la compagnie de la volupt ineffable que poursuivre. Parquoy, immondes, soutenez puret et serez recueillis aux rgnes des difis et l perptuellement prdestins. Abolissez donc les dissimulations de cette charnalit, puisqu'estes heureusement compris aux exaltations du modrateur tout voyant. Cherchez quelle lettre du premier alphabet correspond le premier mot de cette oraison _polygraphique_, et vous trouvez la lettre _n_ ct du mot _le roi_. Passant au second alphabet, vous verrez que le mot _universel_ signifie _e_. Au troisime alphabet, vous remarquerez la lettre _v_ ct du mot _exornant_. Au quatrime alphabet vous noterez la lettre _o_ comme tant en regard de _les corps_: et le cinquime montrera un _v_ dans la mme ligne que le mot _manifeste_. En continuant de la sorte, vous trouverez que la phrase ci-dessus se traduit exactement par: Ne vous servez de ce porteur, car il est menteur et larron. Trithme explique qu'avec ce systme on peut s'exprimer trs-facilement dans quelque langue que ce soit, il en fournit des exemples pour l'italien et le latin; la phrase suivante: Imaginez, terriens immondes, trs-vite se ruinent terriennes, ardemment fraudes avez; glace faillirez, prsumerez, malheureux, etc. Signifie tout simplement: _Te moneo, amice, ne in hoc negocio immisceas_. L'auteur fait remarquer: Qu'il ne faut jamais qu'en aucun ordre et rang alphabtique une diction soit double, rpte, ritre, ni mise en crit par deux fois. Qu'il ne faut pas qu'il y en ait d'oublies ni d'omises. On ne doit prendre qu'un seul mot dans chaque alphabet, et il est essentiel de ne pas laisser passer un seul alphabet sans y prendre une expression. Les mots qu'on traduit en langage polygraphique doivent tre crits tout au long, sans abrviation, distinctement et dment spars. Il va sans dire que l'individu avec lequel vous correspondez de la sorte doit possder un recueil d'alphabets exactement et de tout point semblable celui dont vous faites usage. Chacun peut composer en ce genre un livre analogue celui de Trithme, et il est bon que les rois et princes en possdent un certain nombre, afin de s'entendre avec leurs ambassadeurs et leurs gnraux, d'une manire qui ne soit pas uniforme. On peut aussi convenir qu'on changera ou transportera l'ordre des mots contenus dans chaque alphabet, et ces transpositions, qu'il y a moyen de varier l'infini, augmentent beaucoup la difficult qu'offre le dchiffrement d'une lettre crite selon la mthode polygraphique. Il serait possible qu'on trouvt des inconvnients recourir, soit la langue franaise, soit tout autre idiome, pour la formation des alphabets. Trithme a prvu cette difficult; il s'est efforc de la rsoudre, en composant des alphabets qui offrent des mots qui, n'appartenant aucun dialecte, peuvent servir de langue universelle. C'est dans un jargon cabalistique ayant avec l'hbreu un certain air de famille, qu'il est all puiser ses matriaux. Un exemple devient ncessaire. _Cabalit mossu abru massu basin sophus strabil caffulun_, etc. Un travail analogue celui que nous avons dj indiqu fera connatre que ces mots prgrins, ce langage barbare et trange signifie: Ne venez en cour, car le roi est fort offens contre vous. Le troisime livre de la _Polygraphie_ est consacr des sries d'alphabets de mots cabalistiques, mais il y a ici un raffinement: la seconde lettre de chaque mot doit tre extraite et crite la suite l'une de l'autre; ces lettres runies donnent le sens qu'on veut couvrir d'un voile. _Anna mesar dvain rosas dumera asion afang lisamar neparo uzafun amar achiet benadas epalam ronis orrifer olrimech mesarym lucyphus arosan_. Un travail dans le genre de celui dont nous avons donn l'ide, montrera que ceci veut dire: Ne vous fiez ce porteur. Il va sans dire qu'on peut convenir que la lettre significative sera la troisime, la quatrime, n'importe enfin laquelle de chaque mot. L'abb de Saint-Jacques convient, d'ailleurs, que ce procd n'est pas trop sr et secret, car tout homme d'esprit et de savoir, par cas fortuits, tant par sa curiosit que par son labeur et industrie, pourroit trouver le secret et occulte mystre cach sous cette criture. Le quatrime livre expose la mthode bien connue de la transposition des lettres alphabtiques; on peut faire et composer autant d'alphabets diffrents et dissemblables, qu'il y a d'toiles au ciel. Les vingt-quatre lettres rptes de manire former un carr de la faon suivante (nous nous bornons en donner l'esquisse): ABCDEFG YZ Bcdefgh 6A Cdefghi B De C Ef G Fg : Gh : : : : : : : Y : ZABCD XY peuvent former un grand nombre d'alphabets; on peut choisir celui qu'on veut, et, une fois qu'on s'est mis d'accord, en faire usage pour la correspondance secrte. Trithme passe ensuite un alphabet numral, qui ne sera trouv moins sur et secret qu'il est nouveau et moderne. a a 1 g f 7 n ic 13 t ih 19 b b 2 h g 8 o id 14 u k 20 c c 3 i h 9 p ie 15 x ka 21 d d 4 k i 10 q if 16 y kb 22 c e 5 l ia 11 r if 17 z kc 23 f f 6 m ib 12 t ig 18 & kd 24 Avec ce systme, les mots _tratre_ et _mchant_ s'noncent sous la forme suivante: ih. if. a. h. ig. ih. if. e. kd. ib. e. ig. c. ic. a. i. ih. Cette faon de cacher sa pense est fort difficile pntrer; car, suivant la remarque de l'auteur, tous ceux qui verront l'criture faicte en ceste sorte et par cest alphabet, penseront et croyront que ce sera transposition de lettres et travailleront pour nant la supputation et recherche d'icelles. Il va sans dire que Trithme n'oublie pas un alphabet form des lettres ordinaires distribues par ordre confus, irrgulier et sans ordre ni rgle. Il est ais d'en composer une foule de ce genre. En voici un exemple: a _o_ g _t_ n _c_ t _e_ b _p_ h _b_ o _x_ u _k_ c _q_ i _x_ p _h_ x _n_ d _r_ k _&_ q _y_ y _m_ e _i_ l _x_ r _d_ z _l_ f _s_ m _z_ s _g_ & _f_ La lettre place dans la seconde colonne doit surtout tre substitue celle qui se trouve dans la premire et qui entre dans l'avis chiffrer; vous crirez: _Ildicg todri iki xiusizm ci....._ Si vous voulez dire: Prends garde que l'ennemy ne... C'est d'un procd de ce genre qu'usait Csar pour correspondre avec Cicron et autres personnages de l'poque, selon le tmoignage de Sutone, procd que l'abb Trithme expose en ces termes: Pour l'intelligence de ce secret, il falloit changer et prendre la quatrime lettre de l'alphabet, qui est D, pour la premire lettre, qui est A; E, pour B; F, pour C, et ainsi consquemment transposer et changer lesdites lettres alphabtiques. II. J. B. Porta. La diplomatie italienne avait, au seizime sicle, grand besoin d'invoquer les ressources de la Cryptographie, afin de couvrir d'un voile impntrable des secrets souvent terribles et les plus sinistres combinaisons. Le Conseil des Dix devait tenir ce que ces dpches fussent constamment lettre close, dans toute la rigueur du mot; les Borgia, les Visconti, les Farnse, avaient frquemment transmettre des communications qu'il fallait soustraire tous les yeux. L'art de l'criture chiffre devint une tude des plus importantes Milan, Florence, Rome. Un Napolitain, dont l'intelligence chercheuse et l'active curiosit s'exeraient sur toutes sortes de sujets[2], J. B. Porta, runit et discuta, en s'efforant de les perfectionner, les diverses mthodes cryptographiques connues alors au del des Alpes. L'esprit net et pratique de cet crivain le prserva compltement des aberrations tout fait trangres pareil sujet, auxquelles Trithme s'tait abandonn; il s'effora d'tre utile, mais il pcha par excs d'imagination. force de vouloir multiplier les procds d'criture secrte, il prit la peine d'en montrer et d'en dcrire un grand nombre qui seraient d'un usage trs-incommode et dont il est bien certain que jamais personne n'a eu l'ide de faire usage. [Note 2: L'agriculture, l'optique, la mcanique, la mnmonique, la mtorologie, la physique, furent tour tour l'objet des mditations de Porta. Il fut du nombre de ces hommes hardis, conqurants, qui ne peuvent chapper l'influence des prjugs de leur poque, mais qui dcouvrent ou pressentent de hautes vrits. Son trait _de la Physiognomonie humaine_, 1586, a fourni beaucoup d'ides Lavater. Son livre _de la Magie humaine_, trs-souvent rimprim au seizime sicle, renferme, parmi beaucoup de faits purils compils avec peu de jugement, une foule d'observations importantes sur les miroirs, la lumire, la statique, etc. Les divers ouvrages de cet crivain remarquable sont analyss avec tendue dans la _Notice historique_ de H. G. Duchesne, _sur la vie et les travaux de Porta_ Paris, 1801, 8, 383 pages.] L'ouvrage dans lequel Porta a dvelopp ses ides, est intitul: _De furtivis litterarum notis, vulgo de ziferis._ On en compte des ditions assez nombreuses; nous signalerons celles de Naples, 1563, 4, et 1602, f; de Montbelliard, 1592, 8; de Strasbourg, 1606, 8, etc. Cet crit est divis en trois livres. Le premier, aprs avoir consacr quelques pages aux hiroglyphes et la stnographie en usage parmi les anciens Romains, passe en revue les diverses manires de se faire comprendre en drobant toutefois sa pense au vulgaire; le langage allgorique, mtaphorique ou nigmatique, les mots amphibologiques ou entrelacs, coups ou renverss, les syllabes insignifiantes ajoutes dans le discours, sont utiles en pareille circonstance. On peut aussi communiquer distance, sans se parler, et par le simple son, qui, rpt, indique le rang que tient dans l'alphabet chaque lettre des mots qu'on veut porter une oreille amie; deux corps frapps l'un contre l'autre, des coups donns sur une muraille d'aprs une manire convenue, servent galement d'interprte. Les signes muets, tels que les gestes, l'emploi des emblmes, celui des signaux au moyen des flambeaux, occupent tour tour Porta. Le douzime et dernier chapitre de son premier livre roule sur une manire ancienne de dsigner les nombres par les doigts, d'aprs Bde. On n'ignorait point, dans l'antiquit le moyen de converser secrtement au moyen des doigts, soit en montrant un nombre de doigts pareil au rang numrique que les lettres qu'on veut dsigner tient dans l'alphabet, soit en indiquant du doigt celles des parties du corps dont la premire lettre indique la lettre qu'il s'agit d'exprimer. Notre auteur arrive la bandelette ou scytale lacdmonienne, et il juge avec raison que ce procd tait facile dcouvrir; il signale un moyen trs-peu usit, l'emploi du fil, qui, aprs avoir reu l'criture, peut tre roul en peloton ou tre employ coudre les bords d'un vtement. Il observe qu'on peut crire sur la tranche d'un livre obliquement incline ou sur un jeu de cartes dispos en biseau ou sur les plumes des ailes dployes d'un pigeon ou d'un autre oiseau plumage blanc. Il aborde enfin plus nettement la Cryptographie proprement dite. Ce qu'il ne dit point, peut s'analyser facilement. Les diverses manires de dsigner l'criture peuvent se rduire trois: la transposition des lettres, qui comprend le renversement des mots, le changement des figures des lettres, et le changement de valeur des lettres. La transposition des lettres dans un avis que l'on veut donner, peut s'effectuer d'une foule de faons diffrentes; la premire de toutes est aussi la plus simple: elle consiste crire sur deux lignes, en mettant alternativement la 1re lettre sur la 1re ligne; la 2e lettre sur la 2e ligne; la 3e sur la 1re, et la 4e sur la 2e et ainsi de suite. La difficult augmente si l'on crit sur quatre lignes: la 1re lettre sur la 1re ligne; la 2e sur la 4e; la 3e au bout de la 1re, la 1re au bout de la 4e; la 5e sur la 2e ligne; la 6e sur la 3e; la 7e au bout de la 2e; la 8e au bout de la 3e, en suivant ainsi le mme ordre pour le reste. Veut-on crire d'une manire encore plus complique? On transporte toutes les lettres de l'avis qu'on veut donner, sur des cadres de diverses formes, soit carrs, soit triangulaires, soit paralllpipdes, soit sinueux, soit en losange, soit en quinconce, soit en demi-cercle, tous diviss par des rayons qui forment autant de lignes perpendiculaires sur des lignes droites ou courbes; et, quand l'avis a t crit de manire imiter symtriquement la figure gomtrique convenue, on produit la transposition des lettres en prenant les rayons de lettres, de bas en haut et de haut en bas, de droite gauche ou de gauche droite, de manire que ces lettres, ainsi rassembles, ne prsentent aucun sens. Vous convient-il d'avoir recours une autre manire de transposer les lettres, plus indchiffrable encore? Transcrivez part ce que vous voulez mander secrtement; puis crivez en interligne, les lettres au-dessous des lettres, une devise quelconque convenue; celle-ci, par exemple: _L'amour est un malin enfant_, devise, qu'il faut recommencer une fois, deux fois, trois fois, jusqu' ce que les interlignes soient entirement remplis. Ensuite on a recopi sa missive secrte, et, au lieu de transcrire par interligne la devise convenue, on met au-dessous de chaque lettre de la missive le chiffre qui dsigne le rang que chaque lettre de cette devise tient dans l'alphabet. Ainsi, au-dessous de la premire lettre de la missive, au lieu d'un _l_ on crit 10; sous la seconde, au lieu d'un _a_, on crit 1; sous la 3e, au lieu d'un _m_, on pose 11. Ces deux oprations faites, on prpare de la manire suivante la missive qui doit tre adresse: chaque ligne est trace par des points, entre lesquels est un intervalle suffisant pour y poser les lettres dans le rang que les chiffres de la devise indiqueront. On part toujours de la dernire lettre pose, pour compter le nombre des points passer, avant d'arriver l'intervalle o doit tre pose la lettre suivante de la missive; et, quand on est parvenu en comptant jusqu'au dernier point, on recommence compter par les premiers points, jusqu' ce qu'enfin toutes les lettres de la missive soient places dans leur rang, de sorte que la devise sert, comme l'on voit, de clef pour connatre de quelle manire on doit trouver, dans cette suite de lettres transposes, celles qui forment un sens pour les remettre leur place. Porta s'occupe ensuite de la faon de dcouvrir et d'interprter les lettres transposes; il ne s'agit que d'essayer de rassembler les 1re, 3e, 5e, 7e, 9e lettres, ou de 11 en 11, ou autrement, jusqu' ce qu'on trouve an mot qui forme un sens; lorsqu'on en aura trouv un, il deviendra plus facile d'en trouver un autre, en observant l'ordre que tient chaque lettre du mot trouv. On comprend qu' cet gard il n'est pas possible de donner aucune rgle prcise; la varit arbitraire des combinaisons s'oppose toute rgle. Notre auteur ne saurait oublier la substitution de nouveaux caractres de l'alphabet, de manire que les lettres ne ressemblent aucune de celles connues. Pour rendre l'criture plus indchiffrable, on peut, entre ces caractres, en insrer d'autres qui n'ont aucune signification: on les place, soit au commencement, soit au milieu, soit la fin des mots, pour mieux tromper les curieux. Il est certaines lettres qui peuvent tre remplaces par d'autres, _q_ par _cuu_; _x_ par _cs_; _z_ par _ss_; _y_ par _i_. On peut encore viter les mots o se trouvent les lettres _h_, _b_, _d_, _p_, _g_, _f_, _u_. Il est propos de ne pas se conformer strictement l'orthographe. On peut aussi changer une lettre dans un mot, un _o_ pour un _i_, un _e_ pour _c_; un _r_ pour un _l_; _par_ pour _pr_. Les monosyllabes, les voyelles seules, doivent tre vites avec soin; elles prsentent moins de difficults un dchiffreur exerc, et elles peuvent le mettre sur la voie. On peut aussi crire par abrviation. Aprs avoir expos toutes ces rgles, Porta envisage son sujet sous un autre point de vue: le dchiffrement des dpches dont on veut pntrer le sens. Il recommande de compter d'abord le nombre de caractres diffrents employs dans la missive, lesquels ne peuvent excder 21 ou 22; s'il s'en trouve davantage, le dchiffrement est plus difficile, puisqu'il y aurait alors des caractres superflus ou inutiles. Lorsque les caractres diffrents sont au-dessous du nombre 21 ou 22, il faut savoir quelles sont les lettres qui manquent, tche dlicate laquelle on ne peut procder que par conjectures. Porta s'occupe des moyens de distinguer des voyelles les consonnes. D'abord, toute les fois qu'on rencontre dans le cours de la missive cinq caractres diffrents et frquemment rpts, on peut tre assur que ce sont des voyelles. En second lieu, on peut observer quelles sont les lettres qui sont rptes le moins frquemment, ce sont les consonnes _q_, _x_, _y_ et quelquefois l'_h_; en troisime lieu, les lettres isoles qui ne tiennent aucun mot sont assurment des voyelles. En quatrime lieu, lorsque les mmes formes de caractres commencent ou achvent un mot, on doit prsumer qu'il y a des voyelles, car il n'arrive jamais qu'un mot commence ou finisse par deux consonnes (n'oublions pas que Porta crit en latin, et que c'est cette langue que s'appliquent tous ses raisonnements). Cinquimement, il faut faire attention que, lorsqu'au milieu d'un mot il se trouve deux consonnes, la lettre qui prcde et celle qui suit sont certainement des voyelles. Cependant les lettres _h_, _l_ et _r_ font quelquefois exception cette rgle, puisqu'on les trouve places en troisime consonne dans le mot. Il faut savoir aussi que deux voyelles peuvent tre ct l'une de l'autre, et que, par consquent, les lettres places avant et aprs sont des consonnes. Notre auteur dirige ensuite sa perception sur les moyens qu'on peut employer pour dcouvrir les places qu'occupent les consonnes. Il peut s'en trouver quatre de suite dans un mme mot, comme _phthisie, diphthongue_: alors l'_h_ aspire se trouve place la seconde et la quatrime; lorsqu'il y a trois consonnes de suite, comme dans _phrase_, _thrne_, la lettre _h_ est la seconde; et il n'y a que trois consonnes qui admettent l'_h_, savoir _c_, _p_, _t_. Il y a quatre consonnes qu'on appelle liquides ou mouilles, savoir _l_, _m_, _n_, _r_. La consonne _b_ admet les lettres _l_ et _r_; exemple: _blanc_, _bras_. La consonne _c_ les admet pareillement; par exemple: _clair_, _scribe_. L'_r_ n'admet que l'_h_. Il est rare de trouver ensemble l'_m_ et l'_n_, comme dans _Mnemosyne_; le _g_ et l'_n_ comme dans _ignare_. Porta dveloppe ainsi de longues et minutieuses observations sur le retour plus ou moins frquent des voyelles, sur leur combinaison avec les consonnes, mais ces dtails se rattachent la langue latine et ne sont pas susceptibles d'une application exacte d'autres idiomes. Dans le quatrime livre de son trait, Porta tudie la mutation de la valeur des lettres, de faon qu'un mme caractre puisse reprsenter tantt un _a_, tantt un _p_, tantt un _m_. Il faut d'abord se faire des caractres inconnus qui reprsentent vingt lettres de l'alphabet (le _k_, l'_x_, le _j_ et le _v_ tant exclus); on a un triple cadran, dont celui du centre est mobile; tous trois diviss en 20, 24 ou 28 parties gales, de manire que les espaces de chacun se correspondent trs-exactement. Le grand cadran contiendra la suite des nombres depuis 1 jusqu' 20, 24 ou 28. Le second cadran moyen contiendra la srie des vingt lettres de l'alphabet et quatre ou huit cases en blanc, et le petit cadran concentrique mobile portera les vingt signes en caractres reprsentatifs des lettres de l'alphabet, immdiatement placs au-dessus d'elles. Il faut d'abord crire en criture courante l'avis secret qu'on veut envoyer; puis, cet crit est mis en caractres reprsentatifs des lettres de l'alphabet; mais, pour rendre cette criture trs-difficile dcouvrir, on fait, chaque lettre, avancer d'un cran le cadran mobile, de sorte que le caractre qui reprsentait un _d_ reprsente un _e_; pour la lettre suivante, ce mme caractre reprsente un _f_; et ainsi des autres. De cette manire, le mme caractre ayant diverses reprsentations, il est ais de sentir tout ce qu'un pareil moyen jette d'obscurit dans une correspondance secrte; mais il faut que les correspondants aient chacun un instrument pareil et concertent d'avance entre eux la manire de s'entendre. On comprend que nous ne pouvons entrer ici dans la description dtaille des combinaisons dont ce procd est susceptible; on le trouve, dans l'ouvrage de Porta, accompagn d'exemples et de figures compliques. Pour suppler aux cadrans ci-dessus, il donne une table de permutation trs-propre changer volont les signes reprsentatifs. Les alphabets, fabriqus plaisir et n'offrant ainsi aucun trait de lumire aux investigations des curieux, tiennent une grande place dans le trait du savant napolitain. Voici un des modles de ces alphabets qu'indique Porta et qu'il regarde comme indchiffrables. On partage les lettres en trois groupes de trois lettres et en six groupes de deux, de la faon suivante: +-------+-------+-------+ | a l u | b m x | c n z | +-------+-------+-------+ | d o | e p | f q | +-------+-------+-------+ | g r | h s | i t | +-------+-------+-------+ Pour rpondre ces neuf groupes, on forme neuf caractres de la forme que voici: [Forme] [Forme] [Forme] [Forme] [Forme] [Forme] [Forme] [Forme] [Forme] et on ajoute chacun d'eux un, deux ou trois points, afin d'exprimer la place qu'occupe dans le tableau la lettre de l'alphabet qu'on veut reprsenter; ainsi l'_n_ sera reprsent par [Forme et point], le _g_ par [Forme et point], l'_u_ par [Forme et point] et le mot _Rome_ s'crira: [Forme et point] [Forme et point] [Forme et point] [Forme et point] On donnera aux neuf caractres telle forme qu'on voudra, et il est de fait que des signes pareils offriront, quiconque n'en possde pas la clef, une nigme absolument indchiffrable. Parmi les divers procds sur lesquels il s'tend avec une complaisante prolixit, Porta n'oublie pas la mthode dont Trithme avait dj formul le principe; il propose un alphabet o chaque lettre est accompagne d'un mot. a Deus. b creator. c salvator. d servator. e judex. f Domine. g redemptor. h liberator. i sapiens. k bone. l benigne. m terne. n juste. o clemens. p sancte. q caste. r adjuva. s tuere. t libera. u conserva. w sustenta. x protege. y defende. z ignosce. Au lieu de chaque lettre, il s'agit d'crire le mot qui correspond cette mme lettre dans le tableau ci-dessus. Ainsi, pour exprimer le nom de _Roma_, on mettra: _Adjuva clemens terne Deus_; et la traduction du mot _hostis_ (l'ennemi) sera _liberator clemens tuere, libera sapiens tuere_. On comprend, d'ailleurs, que ce procd n'offrirait pas de bien grandes difficults un dchiffreur un peu sagace et au fait des ressources de son art. III. Blaise de Vigenre. Profitant des recherches de Trithme et de Porta, un crivain franais du seizime sicle, plus fcond que judicieux, Blaise de Vigenre[3], mit au jour un gros volume in-4, lequel ne renferme pas moins de 600 pages consacres la Cryptographie. L'auteur n'a point su se prserver de l'cueil contre lequel ses prdcesseurs taient venus chouer. Au lieu de poser clairement et nettement des rgles prcises, au lieu d'indiquer des procds faciles comprendre, il se plonge dans l'ocan des rveries cabalistiques. Il reproduit, en gnral, les inventions cryptographiques de Porta. [Note 3: Mort en 1596; il remplit d'importantes fonctions diplomatiques, et il traduisit un grand nombre d'auteurs grecs et latins; ses traductions sont aujourd'hui voues l'oubli le plus profond, de mme que son _Trait des Comtes_ et son _Trait du feu et du sel_, quoique ce dernier crit (c'est un livre d'alchimie) ait obtenu trois ou quatre ditions en France, et qu'il ait mme rencontr des traducteurs qui l'ont fait passer en latin et en anglais.] Parmi les diverses mthodes qu'indique Vigenre, nous allons essayer de faire comprendre la suivante: Dressez un tableau compos de huit colonnes et dispos de la manire qui suit: +---+----+----+----+----+----+----+----+ | | AA | BB | CC | AB | AC | BC | CB | +---+----+----+----+----+----+----+----+ | A | a | d | g | l | o | r | u | | B | b | e | h | m | p | s | x | | C | c | f | i | n | q | t | z | +---+----+----+----+----+----+----+----+ On cherche, parmi les petites lettres, celle que l'on veut crire, et, sa place, on pose les deux capitales qui sont dans la case suprieure correspondante cette lettre; on y joint la capitale de la ligne horizontale place gauche, et on transcrit ces capitales ou petites lettres; ainsi, pour crire _le roi_, on voit que la lettre _l_ correspond par en haut AB, et gauche la lettre A: on pose _aba_; l'_e_ sera _bbb_; le mot _roi_ s'exprimera par: _bca_, _aca_, _ccc_. Vigenre n'oublie pas l'usage qu'on peut faire de deux exemplaires d'un mme livre: on convient de recourir une page, la premire venue; on se met d'accord sur une ou deux lignes de cette page, et on indique les diverses lettres de l'alphabet par des chiffres correspondant l'ordre dans lequel ces lettres se prsentent. En prenant pour exemple la troisime ligne du feuillet 3 de l'ouvrage de Vigenre lui-mme, on oprera sur la phrase suivante: Partie de son me dont elle constitue la diffrence. et on dressera le tableau suivant: p a r t i e d s o n m l .... 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 .... On aura soin de ngliger les lettres rptes et de continuer ce travail sur la ligne suivante si toutes les lettres de l'alphabet ne se trouvent pas dans la ligne choisie. De cette manire, ces deux mots, _le pape_, seraient reprsents par les chiffres suivants: 12.6. 1.2.1.6. Le _roi_ s'exprimerait en crivant: 12. 6. 3. 9. 5. Vigenre remarque que ce chiffre est inexpugnable, sans la communication du secret, car que serait-il possible de conjecturer l-dessus? Les vingt-quatre caractres de l'alphabet usuel lui paraissant trop simples et trop susceptibles d'tre devins, Vigenre invente des chiffres de 72, de 64, de 48 caractres; chaque lettre est reprsente par deux, trois ou quatre signes imagins plaisir et qu'on peut varier l'infini. Une autre combinaison consiste indiquer chaque lettre de l'alphabet, sur un chiffre; mais, afin de drouter les curieux, on entremle les lettres, car les crire rebours de la faon suivante: Z Y X ... B A 1 2 3 ... 23 24, serait trop naf. On peut les diviser en deux sries, dont voici un modle: H I L M A B C D E, ou bien les placer de cette manire: L A M B N C 1 2 3 4 5 6, ou bien, enfin (car ces arrangements sont susceptibles de modifications presque infinies), assigner chaque lettre un chiffre de convention. a 15 b 9 c 11 d 20 e 3 f 18 g 24 h 19 i 16 k 7 l 9 m 13 n 1 o 23 p 5 q 12 r 8 s 22 t 4 u 10 v 2 x 14 y 17 z 6 De cette manire, _Lyon est pris_, s'exprimerait par: 917 231, 3224, 581622. Et certes, quelqu'un qui n'aurait pas le secret du chiffre attribu arbitrairement chaque lettre, se trouverait dans l'impossibilit presque absolue de deviner le sens de ces nombres mystrieux. Vigenre n'oublie point un bel artifice de se rserver un second sens cach parmy le premier, si l'on estoit surpris et contraint d'exhiber son chiffre; mais les explications qu'il donne cet gard sont confuses et d'une longueur telles, que, si nous avions la patience de les transcrire, peu de personnes sans doute auraient celle de les lire. Le dfaut de la plupart des procds qu'indique le _Trait des chiffres_, c'est une extrme complication: l'auteur fait un usage immodr de lettres de diverses couleurs, et il expose, d'une faon souvent trs-peu claire, des systmes de chiffres tellement mystrieux, que celui qui voudrait en faire usage se trouverait peut-tre lui-mme dans un embarras inextricable pour dchiffrer ce qu'il aurait crit. Vigenre fait observer que la Cryptographie se retrouve dans la plupart des professions: Les hommes de tout temps ont est curieux de se tracer chacun pour soy quelques notes secrtes pour se receler de la cognoissance des autres, comme les marchands en leurs marques et papiers de compte; les mdecins, en leurs pieds de mouche; les jurisconsultes, en leurs paragraphes. Il expose avec complaisance un moyen de transmettre un avis, sans avoir recours l'criture, mais en employant des grains de diverses matires, accoupls deux a deux et arrangs comme des chapelets. grains d'or, d'argent, d'bne, d'ivoire. d'or A B C D d'argent E H I L d'bne M N O P d'ivoire R S T V De sorte que le mot _deus_, par exemple, aurait pour expression, en suivant les lignes horizontales: deux grains d'or et d'ivoire, deux d'argent et d'or, deux grains d'ivoire, deux d'ivoire et d'argent. Aprs avoir expliqu ce procd, Vigenre consigne, en son livre, la rflexion que voici: Au rang des chiffres ou occulte criture, on peut bien relguer aussi les minutes des greffiers, notaires, sergens et semblables manires de gens de pratique, et encore l'criture de beaucoup de personnes, qu' peine autres qu'eux sauroient lire, quoiqu'elle ne soit que des lettres ordinaires, mais difformes de telle sorte, qu'on n'y sauroit presque rien discerner. Or, laissant part ces vicieux chaffourements qui procdent d'insuffisance, il y en a d'autres qui consistent en perspective, car, en y regardant de front, on n'y sauroit rien discerner de lisible, mais l'accommodant obliquement en l'assiette qui luy est propre, ce qui estoit imperceptible apparoist. Il y en a d'autres qui dpendent de la seule acuit de la vue, la lettre estant si dlie que l'oeil peine la peut comprendre: telle que s'est vue de nostre temps celle d'un gentilhomme siennois, appel _Spanocchio_, qui crivoit sur un velin, sans aucune abrviation, tout l'_In principio_ de Saint-Jean, en autant ou moins d'espace que ne contient le petit ongle, d'une lettre si exquise et si bien forme, qu'il ne seroit pas possible de mieux faire. Pline, d'aprs Cicron, allgue que toute l'_Iliade_ d'Homre, qui contient de quatorze quinze mille vers, avoit est escrite de si menue lettre en velin, qu'elle pouvoit toute entrer en une coquille de noix. Le clbre chancelier Bacon a, dans son trait _De dignitate et augmentis scientiarum_ (livre VI, ch. 1), fait connatre un chiffre, dont il est l'inventeur, et qui est bas sur les permutations de deux lettres seules, _a_ et _b_, combines par groupes de cinq. Ces deux lettres sont susceptibles de 32 combinaisons de ce genre; il y en a donc plus qu'il n'en faut pour exprimer l'alphabet tout entier, et cet _alphabetum liluterarium_ (c'est ainsi que le nomme Bacon) pourra s'crire de la faon suivante: a aaaaa b aaaab c aaaba d aaabb e aabaa f aabab g aabba h aabbb i abaaa k abaab l ababa m ababb n abbaa o abbab p abbba q abbbb r baaaa s baaab t baaba u baabb w babaa x babab y babba z babbb On comprend, du reste, qu'au lieu des lettres _a_ et _b_ on peut prendre toute autre dont on aura envie, ou bien les remplacer par quelque signe algbrique, ou par une marque quelconque a laquelle on voudra s'attacher. L'inconvnient de cet alphabet, c'est que tout mot ordinaire se trouve reprsent par cinq fois plus de lettres. _Paris_, par exemple, se traduira par _abbba aaaaa baaaa abaaa baaab_. Lorsqu'on voudra crire _Espagne_, il faudra prendre la peine de tracer _aabaa baaab abbba aaaaa aabba abbaa aabaa_. Une phrase un peu longue se trouvera ainsi exiger beaucoup de temps et une attention fort soutenue, pour tre crite sans que quelque erreur ne vienne s'y glisser. Bacon a prvu que le mystre de son alphabet ne serait pas trs-difficile dcouvrir, et il a d chercher quelques moyens, afin de mettre sa pense l'abri des curieux: il a donc imagin ce qu'il appelle l'_alphabetum biforme_. Aprs avoir dchiffr la dpche crite d'aprs la mthode que nous venons d'exposer, on n'arrive point encore au vritable sens: il est envelopp dans les lettres qui sont mises en majuscules dans l'alphabet _biforme_, lettres qu'indique ceux qui ont la clef de ce procd les groupes de lettres auxquels elles correspondent. Pour faire comprendre ceci, il est indispensable de transcrire d'abord ce nouvel alphabet, tel qu'il se montre dans l'ouvrage de Bacon. ab ab ab ab ab ab ab ab AA aa BB bb CC cc DD dd ab ab ab ab ab ab ab ab EE ee FF ff GG gg HH hh ab ab ab ab ab ab ab ab II ii KK kk LL ll MM mm ab ab ab ab ab ab ab ab NN nn OO oo PP pp QQ qq ab ab ab ab ab ab ab ab RR rr SS ss TT tt VV vv ab ab ab ab ab ab ab ab uu WW ww XX xx YY ab ZZ zz Suppos maintenant qu'on veuille donner avis quelqu'un de s'enfuir, en lui faisant passer le mot latin _fuge_, on crira d'abord la phrase suivante, qui prsente un sens tout oppos: _Manere te volo donec venero._ En prenant dans l'alphabet ci-dessus les lettres _a_ et _b_ qui correspondent aux lettres dont est forme cette phrase, on mettra: aabab baabb aabba aabaa Maner etevo lodon ecvenero Ces quatre groupes d'_a_ et de _b_ runis par cinq, indiquent, d'aprs les combinaisons de l'Alphabet Biforme, les quatre lettres qui forment le mot FUGE. Il faut reconnatre que les explications trop succinctes et trs-peu claires que donne Bacon l'gard de ses procds de chiffres, laissent beaucoup dsirer. L'ide d'employer les combinaisons des lettres n'est cependant point indigne d'une attention srieuse: il y a le germe de tout un systme de chiffres qui n'a pas de limites. Remarquons, en effet, que des mathmaticiens ont cherch le nombre des combinaisons que peuvent offrir les 25 lettres de l'alphabet groupes ensemble de toutes les manires imaginables: ils ont trouv le chiffre formidable de 42 quadrillons, 163,840 trillions, 398,198 billions, 058,854 millions, 693,625. Pour saisir toute l'normit de ce nombre, il faut se souvenir qu'on a dmontr que, pour crire toutes les combinaisons qu'il nonce, il serait indispensable de se procurer une feuille de papier qui aurait 421,300 fois l'tendue de la superficie de la Terre. IV. Jrme Cardan. Cet Italien clbre, qui toucha toutes les questions[4] et qu'une vaste rudition, jointe des talents trs-distingus, n'a point prserv d'une accusation de folie, a dit quelques mots de la Cryptographie dans son ouvrage _de la Subtilit_; les voici d'aprs la vieille traduction franaise: Prenez deux peaux de parchemin de mesme grandeur et semblablement rgles et lignes; vous y ferez sparment des trous assez petits, mais toutefois de la grandeur et hauteur du corps que vous avez accoutum faire vostre lettre: l'un de ces pertuis pourra tenir sept lettres, l'autre trois, l'autre huit ou dix, de sorte que tous les trous ou pertuis qu'aurez faits pourront tenir ensemble cent vingt caractres ou lettres. De ces deux peaux, vous donnerez l'une celuy auquel vous dsirez escrire, et vous retiendrez l'autre vous; et, lorsque voudrez escrire le plus brief et succinct que vous pourrez, de sorte que vostre escriture n'excde pas ledit nombre de cent vingt caractres ou lettres: qui est tout ce que les espaces et pertuis susdits pourront comprendre. Et aprs, sur les pertuis, faits comme je l'ay dit, vous escrivez, au feuillet de papier qui est dessous, le sujet et sentence que voudrez; et, aprs, un autre feuillet, et consquemment au troisime. Cela estant fait, vous remplacez les espaces et distances qui demeureront vides, ainsi augmentant ou effaant jusques tant que vostre sentence et sujet apparoissent et se montrent. Vous accomplirez la seconde sentence au second feuillet de papier, faisant extrait en telle sorte, sur la premire, qu'il semblera et apparoistra que les mots et paroles soient suivants et conscutifs l'un aprs l'autre. La troisime adapterez aussi telle sorte et manire, que, sans aucune interruption ni intermission des premires lettres, l'ordre, la sentence, le nombre des paroles avec la grandeur se trouveront et apparoistront, retenant mesure, sujet et intelligence. Et aprs appliquerez, sur ce papier escrit en cette manire, le parchemin que pour cette cause vous aurez taill et perc, faisant en tout et partout, aux extrmitez des trous ou perures, de petits et subtils points, jusques tant que le sujet et intelligence des lettres parviennent en la sorte que vous dsirez les escrire. Et aprs, celuy qui vous les enverrez, mettant sur elles son exemplaire perc (comme il est dit), entendra subitement et facilement la conception de vostre volont. [Note 4: L'dition de ses _Opera omnia_ (Lyon, 1663, 10 vol. in-folio) ne renferme pas moins de 222 traits en ouvrages divers. On peut consulter, l'gard de cet trange crivain, Buhle, _Histoire de la Philosophie_, tom. IV, p. 730-739 de la traduction franaise; la _Rtrospective Review_, tom. I, p. 94-112; un article de M. Mercey, _Revue de Paris_, juin 1841; un mmoire de M. Franck, lu en 1841 l'Acadmie des sciences morales et politiques. Quant au mrite de ses travaux scientifiques, on peut consulter l'_Histoire des Sciences mathmatiques en Italie_, par M. Libri, tom. III, p. 107, et l'_Histoire de la Chimie_, par M. Hoefer, tom. Il, p. 99. Cardan a trouv deux biographes, l'un en Italie (Mantovani, _Vita di Cardano_, Milano, 1821, 8), l'autre en Angleterre (G. I., _the life and times of G. Cardan_, London, 1836, 2 vol. 8).] V. Le duc de Brunswick. Au commencement du seizime sicle, un duc de Brunswick-Lunebourg, Auguste le Jeune, se livrait avec ardeur l'tude; il publia divers crits sous le pseudonyme de Gustave Selenus. _Selenus_, du grec _Selne_ (la lune), tait une espce de traduction du mot _Lunebourg_; _Gustave_ est l'anagramme d'_Auguste_. Le jeu des checs, l'horticulture, l'art d'crire en chiffres, occuprent tour tour l'attention de ce prince; son livre sur le sujet que nous traitons ici a pour titre: _Systema integrum Chryptographi_; c'est un in folio de prs de 500 pages. Trithme a fourni la majeure partie des procds dcrits dans ce gros volume, o il se trouve malheureusement beaucoup d'ides cabalistiques; les exemples tant pour la plupart emprunts la langue allemande, il n'y a pas moyen de les reproduire textuellement. Parmi les mthodes que dcrit le duc Auguste, en voici une dont nous n'avons pas encore fait mention: Formez trois colonnes, en inscrivant, ct des cinq voyelles rptes trois fois, les consonnes de l'alphabet: a _b_ a _h_ a _p_ e _c_ e _k_ e _q_ i _d_ i _l_ i _r_ o _f_ o _m_ o _s_ u _g_ u _n_ u _t_ Au lieu d'crire les lettres qui emportent les mots que vous voulez chiffrer, vous inscrivez celles qui leur correspondent. Vous mettez par exemple un _i_ en place d'un _r_, _et vice versa_, un _o_ en place d'un _f_, ainsi de suite. Pour crire _l'empereur d'Autriche_, vous mettrez _icoakitk iaguieak_. Rien n'empche d'employer rebours un alphabet ainsi dress ou de substituer quelques lettres d'autres, en suivant une marche dont on sera convenu: cela augmentera beaucoup les difficults du dchiffrement. Au moyen de mthodes semblables, le prince allemand montre comment les mots suivante: _Cras expectabis adventum meum_, peuvent se traduire par _zfxubzmsbeugpgeurmiothrha_. Les alphabets imaginaires et forgs plaisir, que fait connatre le prince, sont, pour la plupart, la reproduction ou l'imitation de ceux qu'on trouvait dj dans le livre de Porta; il a pris la peine de faire graver (page 282) l'alphabet qu'une tradition trs-peu authentique attribue Salomon, et il n'a point oubli celui dont les habitants du pays d'Utopie font usage, ce qu'affirme Thomas Morus. Il a lui-mme invent un moyen d'exprimer les lettres, au moyen d'un systme de lignes brises, obliques, parallles, etc., ou bien grce des groupes de points disposs de diverses manires. Nous pensons qu'il serait superflu de donner la reproduction de ces alphabets fantastiques, car le champ des inventions de ce genre est sans bornes. CHAPITRE III. RGLES ET PROCDS DE CRYPTOGRAPHIE. Ier. Prceptes gnraux. Maintenant laissons de ct les mthodes aujourd'hui abandonnes qu'exposent les crivains du seizime sicle, et cherchons faire comprendre quelques-unes des rgles auxquelles se conformaient, dans leurs dpches chiffres, les diplomates du sicle dernier, rgles qui servent encore habituellement de guide leurs successeurs. Les signes de ponctuation sont supprims, ou bien, lorsqu'il est ncessaire d'en faire usage, afin de donner plus de clart au texte chiffr, on les indique par une marque particulire. Les accents et le trait d'union sont abolis. On emploie ce qu'on nomme des non-valeurs (_otiosi characteres_), afin de drouter les curieux. Par exemple, on peut convenir que tous les nombres composs entre 200 et 400, entre 825 et 950 ne signifient rien et qu'il ne faut point en tenir compte dans le dchiffrement. Le dchiffreur non initi perdra beaucoup de temps vouloir trouver un sens l o il n'y en a pas et sera compltement fourvoy. Parfois, on a recours un chiffre de contre-sens; on convient que les phrases chiffres, comprises entre deux marques convenues, telles que des croix, des parenthses, des chiffres dtermins l'avance, etc., doivent tre entendues dans un sens diamtralement oppos celui qu'elles prsentent. Par exemple, la phrase chiffre: Le roi est malade, mais il va mieux et sa gurison est certaine, doit tre interprte ainsi tout autrement: Sa mort est certaine. Il n'est pas mal d'employer dans une dpche chiffre des mots de diverses langues; le mystre sera encore plus difficile percer; en voici un exemple: _L'arme de l'Empereur se runit aux troupes du roi_; crivez, en faisant usage du latin, de l'allemand, du franais, de l'espagnol, de l'anglais; _exercitus der Kayser se runit las tropas of the king_. Chiffrez ensuite, et il sera presque impossible de dcouvrir ce que vous avez confi au papier. Les mots crits avec des abrviations convenues l'avance, prsentent une ressource avantageuse; il est bon de les indiquer au moyen d'un signe convenu. On a vu des hommes d'tat employer la mthode d'criture hbraque, c'est--dire ranger les chiffres de droite gauche. Un procd qui n'est pas trs-compliqu consiste dresser le tableau suivant: abcd efgh iklm nopq rstu xyz 1 2 3 4 5 6 et l'on exprime chaque lettre du mot qu'on veut dguiser par un double chiffre, dont le premier reprsente le groupe de lettres et le second, le rang qu'occupe dans ce groupe la lettre qu'on a en vue. Ainsi, l'_r_ s'exprime par 51, le _g_ par 23; pour crire _festina lente_, on mettra: 22 21 52 53 31 41 11 33 21 41 53 21 Il n'est pas sans exemple qu'on joigne au chiffre convenu pour reprsenter telle ou telle lettre, un nombre invariable qui, joint ce chiffre, en donne un autre, sur lequel les efforts les plus opinitres n'ont gure de prise, lorsqu'on ne connat pas le secret. Supposons qu'on soit convenu que le chiffre 8 reprsente l'_l_, 74 l'__, 31 l'_r_, 26 l'_o_, 59 l'_i_; pour crire le _roi_, on mettrait 8 74 31 26 59; mais, si on ajoute 6 chacun de ces nombres, on aura 14 80 37 32 65. Il va sans dire qu'au lieu d'ajouter, on est parfaitement matre de retrancher, de multiplier, de diviser: l'essentiel est que les deux correspondants se mettent bien d'accord sur la marche qu'ils adoptent. II. Chiffre imagin par Mirabeau. L'imagination active de Mirabeau touchait tout; il inventa, dans un moment de loisir, une mthode de chiffre qui n'est pas sans mrite. Divisez l'alphabet en cinq parties gales, dsignez d'abord chacune des cinq divisions par un numro, indiquez ensuite par des numros chacune des lettres que vous aurez groupes arbitrairement: 1 c f g u z 1 2 3 4 5 2 x n m o k 1 2 3 4 5 3 s e h b g 1 2 3 4 5 4 d l y q w 1 2 3 4 5 5 n i r t v 1 2 3 4 5 Les chiffres 6 9 et 0 sont regards comme non-valeurs. On range sur deux lignes les chiffres qui expriment la lettre qu'on veut reprsenter; la premire de ces lignes dsigne le groupe; la deuxime la place qu'occupe dans ce groupe la lettre en question. On indiquera donc l'_h_ par 3/3, le _t_ par 5/4, le _d_ par 4/1; ct de ces chiffres, tantt droite et tantt a gauche, on mettra des non-valeurs afin de drouter; en consquence, ces mots _le Danube_ s'exprimeront, si l'on veut, par: 74 3948 27 50 16 3639 82 2019 26 18 47 4827 On comprend de reste, que ceci peut tre susceptible d'une multitude de combinaisons diverses. III. Dictionnaire de convention. Un procd, trs-souvent mis en usage, consiste former une espce de dictionnaire dans lequel des mots sont remplacs par d'autres; en voici un exemple: Allies, lui. Amiral, quand. Arriver, tre. Armistice, car. Attraper, pourquoi. Attendre, amie. Avenir, 2 Balance, oui. Baron, 3 Bavarois, amen. Bois, et. Camp, 7 Canon, doit. Cavalerie, bon. Conseil, w. Dfinitif, mais. Deux, voir. Demander, vnement. Descendre, loi. Division, non. Dix, art. Empereur, est. Entre, tt. vnement, demande. Faux, 8 Favori, jamais. Fureur, demain. Gnral, 6 Gloire, 104 Gouverneur, selon. Hommes, tard. Honneur, gagn. Ici, il. Inventeur, hier. Lev, eux. Lignes, nous. Marchal, cerf. Manoeuvres, fin. Mille, ne. Naples, crue. Nouvelles, quart. Opration, sot. Ordre, ni. Ostracisme, x. Partis, et ctera. Peur, z. Question, ami. Querelle, troc. Quand, bleu. Ravin, grand. Renfort, son. Risquer, bas. Ruiner, loup. Sottise, vert. Surseoir, or. Suisse, froid. Terrain, fier. Trois, corde. Tuer, rond. Union, Vienne. Vivres, choix. Volontaires, lois. Voyage, Gand. Mots perdus qu'on intercale dans les phrases: _Assez_, _aprs_, _beaucoup_, _beaut_, _carr_, _dner_, _honneur_, _loterie_, _mer_, _noire_, _port_, etc. En se servant de cette table, voici comment on pourra rendre le passage suivant: Le Conseil n'a rien statu de dfinitif. Il parat cependant qu'on ne balance qu'entre deux partis, celui de risquer la leve du camp et celui de demander un armistice. Le _w_ n'a encore rien, _or_ de _mais_. Il parat cependant qu'on ne _oui_ que _tt voir etc._, celui de _bas_ la _eux_ du 7 et celui de _vnement_ un _car_. IV. Lettres et mots exprims par des chiffres. Une des mthodes les plus gnralement arrtes consiste reprsenter chaque lettre et un certain nombre de mots, de syllabes et de noms propres, par des chiffres; afin de mieux drouter les investigations, on exprime la mme lettre ou le mme objet par divers chiffres; les noms de nombre eux-mmes se traduisent par des chiffres. On forme ainsi des tableaux qui portent le nom de _chiffre chiffrant_; en voici un modle. a 6 19 500 46 b 8 50 250 20 c 4 2 125 18 d 11 41 65 87 e 31 47 201 900 f 49 96 113 6998 g 23 43 68 100 h 39 93 200 8446 i 57 89 98 105 k 64 86 244 9797 l 51 69 83 111 m 13 63 92 536 n 54 102 107 5886 o 58 79 129 7654 p 21 95 140 999 q 35 84 110 1220 r 59 81 108 548 s 52 74 103 1370 t 56 82 104 925 u 53 97 112 1000 v 32 94 203 1266 x 34 114 300 966 y 67 78 201 6740 z 42 91 106 120 MOTS ET SYLLABES. au, 72 99 1150 40 de, 45 77 66 1777 en, 1 15 12 1401 est, 76 1944 30 85 et, 7 101 1186 90 t, 27 128 1650 171 ici, 130 270 29 2224 le, 9 88 109 1444 mais, 234 71 489 2991 non, 127 28 1849 55 on, 88 887 75 649 ou, 70 2471 666 48 pour, 63 b 72 b 740 830 que, 80 3 25 400 le roi, 812 699 778 816 la reine, 770 817 644 555 le ministre N, 60 44 776 670 le prince N, 779 61 825 819 l'arme, 700 790 970 1200 il est parti, 576 1620 1718 600 il est de retour, 62 33 892 697 il est malade, 5699 733 834 690 il est mort, 671 863 540 4559 , 2 b 96 b 86 c 88 d . 9 b 90 b 92 c 98 d ; 5 x 6 x 11 x 50 x 1 14 26 20 b 24 2 16 73 18 22 3 9 188 37 38 4 1 10 15 56 5 115 132 650 663 6 119 138 192 290 7 116 134 195 274 8 118 189 194 271 9 117 136 189 289 0 190 280 651 661 Non-valeurs, 3000 4500 Contre-sens, [Signe] et : [Pt.] Supposons qu'on veuille chiffrer les lignes que voici: Le roi est parti le 12 du courant pour l'arme, avec le prince N. et le ministre N. [Signe] il a de bonnes intentions pour votre Majest [Signe]; l'arme, forte de 150,000 hommes, doit passer le Danube. On fera prcder cet avis de quelques mots qui lui donneront l'apparence d'une missive relative quelque opration de commerce ou de banque, et on crira: Je n'ai pu encore russir effectuer l'emprunt que vous dsirez contracter et au sujet duquel vous m'avez crit. 3000 4499 812 576 9 14 16 11 53 courant 21 58 53 81 69 6 108 13 31 47 19 32 201 4 3017 779 7 3778 66 14 b [Signe] 98 83 46 45 20 129 54 102 900 103 105 107 104 201 5886 925 98 7654 102 52 63b 1266 96 536 90 b [Signe] 700 66 24 18 190 280 651 661 39 58 13 63 47 74 11 129 98 82 21 6 52 74 201 81 88 65 500 102 112 5 31. Cette affaire pourrait avoir Hambourg des chances de russite. Les mots, _bonnes intentions_, tant affects du chiffre de contre-sens, il faut comprendre: _mauvaises intentions_ ou _peu favorables_. V. Thorie des chiffres chiffrants et dchiffrants. Les auteurs de l'_Encyclopdie mthodique_ ne pouvaient oublier, dans leur vaste rpertoire de _omni re scibili_, l'art de l'criture en chiffre; voici le rsum des notions qu'ils exposent cet gard: Lorsqu'un agent diplomatique part pour une ambassade ou une lgation, le ministre des affaires trangres lui remet ordinairement trois _chiffres_, le chiffre chiffrant, le chiffre dchiffrant, et le chiffre banal. Le chiffre chiffrant, partag en colonnes, marque dans la premire non-seulement les lettres de l'alphabet, mais aussi les syllabes, les mots et les phrases dont cet agent aura probablement besoin dans le cours de sa ngociation, les noms des souverains ou rpublique, de leurs principaux ministres, etc. Cette colonne est quelquefois imprime, mais la seconde colonne, remplie en criture par le dpartement des affaires trangres, renferme les nombres, chiffres ou caractres par lesquels on juge propos de dsigner la lettre, le mot ou la phrase, comme dans le modle suivant: _Chiffre chiffrant._ a 45. 260. 311. 1020. 805 b 9. 506. 33. 1110. 21 c 15. 36 444 20 1006 l'empereur, 44 31 1117 le roi d'Espagne, 35. 88. 301. 1144 l'arme des allis, 80. 95 1022 888 le pape, 50 302 467 19 avantage, 18. 75. 63 brouiller, 22. 79 103 On a soin de ranger par ordre alphabtique les noms substantifs, les verbes et les phrases, selon leurs lettres initiales, pour la commodit du chiffreur, et l'on emploie divers nombres dont il peut se servir son choix, afin de dsigner le mme mot; grce cette prcaution, en cas d'incident, il devient plus difficile de dchiffrer la dpche. Les articles d'une dpche qui mrite le secret se chiffrent tout au long; on n'y met point de mots crits en caractres ordinaires, parce que ces mots, quelque indiffrents qu'ils puissent paratre, se trouvant dans le chiffre, peuvent faire deviner une partie du sens ou du moins dcouvrir la matire qu'on traite. Il ne faut pas ngliger de distinguer tous les mots par un point, qu'on met derrire chaque nombre, puisque, sans cette prcaution, une dpche serait indchiffrable pour le correspondant, qui ne pourrait se servir de sa clef et qui verrait les nombres confondus. Le chiffre dchiffrant marque, dans la premire colonne gauche, tous les nombres dont le chiffre chiffrant est compos, depuis le plus bas jusqu'au plus haut dans leur ordre naturel, et la colonne droite contient le mot, la phrase ou la lettre que chaque nombre dsigne. Lorsqu'on veut chiffrer quelque dpche, on cherche dans ce chiffre dchiffrant la signification de chaque mot qui se prsente, et on l'crit au-dessus entre les lignes, qui doivent tre espaces convenablement, de mme que les nombres loigns les uns des autres une juste distance. En voici un exemple: Le ministre d'ici est tout dvou aux intrts 102 23 44 9 1204 76 336 de l'Angleterre; c'est le fruit de dix mille 888 54 21 68 9 guines semes propos. 519 1106 718 VI. Autres systmes de chiffres. Lorsqu'on souponne que les chiffres ont t vendus par des commis ou des serviteurs infidles, on tche de tromper les gens qui ont fait acquisition du chiffre. Alors la Cour crit son ministre ou bien le ministre mande sa Cour le contraire de ses vritables intentions. On exprime en chiffre la contre-partie des nouvelles qu'on veut transmettre; on met ensuite, dans la dpche, un signe, une marque, un caractre, un mot ou une phrase, dont on est convenu avant le dpart du ngociateur, indice qui annule non-seulement tout ce qui vient d'tre dit, mais qui dsigne aussi qu'on doit l'entendre dans le sens oppos; c'est ce qu'on appelle le _chiffre annulant_. Lorsqu'on dcouvre qu'une puissance rivale essaye de corrompre nos employs, on lui fait parvenir adroitement un faux chiffre, et on l'induit en erreur en crivant des contre-vrits. La Cour donne quelquefois un chiffre diffrent chacun de ses ministres dans les pays trangers; mais, comme il importe souvent au bien des affaires gnrales, que ces ministres lient entre eux des correspondances, on leur remet un chiffre banal qui leur est commun tous et dont ils peuvent se servir. Le chiffre simple clef est celui o l'on se sert toujours d'une mme figure pour dsigner une mme lettre. Le chiffre double clef est celui dans lequel on change d'alphabet chaque mot ou dans lequel on emploie des mots inutiles. Une manire plus simple est de convenir d'un mme livre peu connu, ou d'une dition ancienne, imprime au loin, presque ignore: on forme une clef de trois chiffres; le premier marque la page du livre qu'on a choisi; le second dsigne la ligne de cette page; le troisime marque le mot dont on doit se servir. Cette manire d'crire ne peut tre devine que de ceux qui devineront d'abord quel livre on a recours; elle prsente d'autant plus de difficults, que, le mme mot se trouvant en diverses pages du livre, il est presque toujours dsign par diffrents chiffres; le mme chiffre revient rarement dsigner le mme terme. Nous allons maintenant passer en revue quelques-uns des systmes de Cryptographie que dveloppent les auteurs du dix-huitime sicle, systmes dont le fond se trouve dj chez Vigenre et chez Porta, et qui ne sont pas indignes d'attention, quoique, n'ayant gure t mis en usage, ils soient demeurs dans des livres condamns trouver peu de lecteurs. VII. Chiffre par excellence. Tel est le nom que Dlandol, dans son _Contre-espion_, donne un chiffre, qui runit, d'aprs lui, le plus grand nombre d'avantages que l'on puisse dsirer pour une correspondance secrte et qui les runirait tous sans exception, s'il n'tait pas d'une excution assez lente. Cet inconvnient est compens par l'immense difficult, par l'impossibilit mme, on peut le dire, de dcouvrir, lorsqu'on ne possde pas le mot de clef convenu entre les correspondants, le sens d'une dpche crite de la sorte. Pour faire emploi de ce chiffre, il faut d'abord que les deux correspondants se munissent d'un carr, qui prsente pour les lettres ce que le carr arithmtique prsente pour les chiffres, c'est--dire que dans l'un on multiplie des lettres, comme des chiffres dans l'autre, en cherchant le carr correspondant aux deux termes qui se servent rciproquement de multiplicande et de multiplicateur. Voulez-vous savoir, par exemple, combien font six fois quatre ou quatre fois six? Cherchez, sur la premire ligne horizontale de votre carr, l'un de ces deux nombres; cherchez ensuite l'autre sur la premire ligne verticale, c'est--dire sur la premire colonne. Voyez ensuite quelle est la case qui correspond en mme temps chacune de celles o sont ces deux nombres. Vous trouvez 24, qui est effectivement le produit de six ou de quatre multiplis l'un par l'autre. De mme dans le carr de lettres, si vous voulez multiplier F par M, vous trouverez S la case qui rpond l'F de la premire ligne et l'M de la premire colonne. Vous trouvez galement S la case qui correspond l'M de la premire ligne et l'F de la premire colonne. Ceci pos, n'oublions pas qu'il y a un mot de clef dont les correspondants conviennent entre eux. Supposons que ce mot de clef soit _blanc-bec_ (et si nous prenons ce mot pour exemple, c'est qu'il y a avantage choisir des expressions peu usuelles et qui djouent tous les efforts d'imagination de ceux qui s'efforceraient de les deviner). Il faut que vous multipliiez constamment, par les lettres du mot choisi, toutes les lettres de la missive que vous voulez chiffrer; puis, cela fait, vous placez chacune des lettres de _blanc-bec_ sous chacune des vritables lettres que vous aurez crire, en rptant sans cesse le mot convenu et en recommenant l'inscrire aussitt que vous l'avez termin. Supposons que vous veuillez, vous, gnral d'arme, transmettre cet avis: Nous devons dcamper cette nuit: Vous le disposerez de la faon suivante: Nous devons dcamper cette nuit. Blan cbecbl ancblabl ancbe cblan. Dans cet arrangement, vous regardez chacune des lettres _vraies_ de la missive, comme des chiffres d'un multiplicande et chacune des lettres du mot de clef, comme un multiplicateur. Vous oprez ensuite de la faon suivante: En multipliant N, premire lettre _vraie_ de la dpche, par B, premire lettre du mot de clef, vous trouvez sur votre carr la lettre P, la case qui correspond d'un ct l'N, de l'autre au B. Vous placez P pour premire lettre de la missive chiffre. La seconde vraie lettre est un O, la seconde lettre de la clef est L. La case qui correspond O et L est un A, que vous posez comme second caractre. La troisime vraie lettre est un U, la troisime lettre du mot de clef un A. La case qui correspond l'une et l'autre lettre, vous donne V, et la case qui correspond ensuite S (quatrime lettre vraie) et N (quatrime lettre du mot de clef), est G. Vous mettez pour troisime et quatrime caractre de votre dpche chiffre: V G. Continuant cette opration sur chaque mot de la dpche vraie, vous arrivez la phrase chiffre que voici: pavgggerpcesfcrsgddsxvjqxuu Tant qu'on ne possdera pas le mot de clef, il sera impossible de deviner le sens d'un pareil billet. Votre correspondant dchiffrera sans peine cette missive, en faisant une opration inverse celle que vous avez accomplie. Au-dessous du billet chiffr, il crira chacune des lettres du mot de clef. Il cherchera ensuite successivement dans la premire colonne du carr chaque lettre du mot de clef, et, chaque lettre, il cherchera sur la mme ligne la lettre correspondante du billet chiffr. Alors la lettre qui commence la colonne o se trouve cette lettre de chiffre est la vraie; c'est celle qu'il faut crire pour avoir la vritable missive. On remarquera que chaque fois qu'une lettre se prsente dans la dpche _vraie_, elle donne dans la dpche chiffre un rsultat diffrent; aussi toute investigation demeure-t-elle strile, lorsqu'on ne possde pas les mots qui forment la clef d'un pareil chiffre. Cette mthode est, au fond, sauf quelques lgres diffrences, la mme que celle qu'expose le pre Kircher, qu'il met en oeuvre au moyen d'un tableau de chiffres (_abacus numeralis_), form de lettres de l'alphabet disposes horizontalement d'abord, verticalement ensuite, et donnant ainsi un carr compos de 576 cases, dans chacune desquelles est plac un chiffre. Le procd qu'indique Neyron (_Principes du droit des gens_, Brunswick, 1783, 8, p. 170), rentre dans une catgorie toute semblable. VIII. Grille en chssis. La manire d'crire en chiffres au moyen d'une grille en chssis est bien simple et d'un usage facile. Elle rclame peu de temps. Il s'agit d'avoir un chssis dcoup sur la longueur des lignes, comme le dsigne la figure; celui auquel on crit possde un instrument tout semblable. Chacun des coins du chssis doit porter une marque diffrente, parce que ce chssis peut se placer dans divers sens. Aprs l'avoir pos sur une feuille de papier de mme grandeur, en faisant attention aux marques des quatre coins, on transcrit, dans les ouvertures, l'avis qu'on veut transmettre. La lettre une fois trace d'aprs cette mthode, on lve le chssis, et, dans les intervalles qui se rencontrent entre chacun des mots, on en crit d'autres, afin de remplir les vides; on doit autant que possible les choisir de manire qu'ils puissent former un sens avec ceux qui ont t crits dans les ouvertures du chssis. Le correspondant qui reoit cette ptre applique, par-dessus chaque page, un chssis semblable; alors tous les mots inutiles se trouvent masqus, et il n'a sous les yeux que les mots qui composent l'avis qu'on s'est propos de faire passer. La lecture d'une des oeuvres les plus remarquables de M. de Balzac (_Histoire des Treize_) a rvl l'existence de la _grille_ bien des personnes fort peu au fait des procds de la Cryptographie. Il s'agit, dans le passage ci-dessous, d'un agent de change, qui, ayant en main une lettre adresse sa femme, lettre qui prsente un non-sens continuel, vient consulter un de ses amis, employ au ministre des affaires trangres: --C'est une lettre grille.. Attends. Il laissa Jules seul dans le cabinet, et revint assez promptement. --Niaiserie, mon ami! C'est crit avec une vieille grille dont se servait l'ambassadeur de Portugal sous M. de Choiseul, lors du renvoi des jsuites... Tiens, voici! Jacques superposa un papier jour, rgulirement dcoup comme une de ces dentelles que les confiseurs mettent sur leurs drages, et Jules put alors facilement lire les phrases qui restrent dcouvert. Donnons un exemple de ce procd. Supposons qu'on veuille mander ceci: Vous me trouverez trs-dispos vous rendre. On crit ces mots dans l'ordre et la place que leur assigne la grille dont on fait usage, et on remplit les intervalles, par d'autres mots, de faon que le tout prsente un sens assez raisonnable. Je [=vous=] prie de [=me=] mander si vous [=trouverez=] bon, mon [=trs-=] cher, que je [=dispos=] ds [==] prsent des effets que [=vous=] avez offert de me [=rendre=], etc. Voici maintenant le vrai sens rtabli au moyen de la grille: [=vous=] [=me=] [=trouverez=] [=trs-=] [=dispos=] [==] [=vous=] [=rendre=] IX. Chiffre au moyen d'un cadran. Ce procd est un peu compliqu. Il exige du temps et de l'attention, mais il prsente les plus grandes garanties d'un mystre impntrable. Vous tracez sur un carton un cadran, que vous divisez exactement en vingt-quatre parties gales et sur chacune desquelles vous transcrivez une des vingt-quatre lettres de l'alphabet. Vous avez un autre cercle de carton mobile ayant un centre commun avec le premier et pouvant tourner librement sur ce centre. Vous le divisez en un mme nombre de parties, et vous y transcrivez galement les diverses lettres de l'alphabet. Si les lettres sont ranges dans l'ordre ordinaire sur les deux cadrans, l'emploi de ce moyen de correspondance devient plus commode. Le cadran mobile doit tre plac de manire que ses divisions correspondent exactement celles du premier cadran. On le dispose de la manire que l'on veut; et, si la lettre H, par exemple, du cadran intrieur correspond la lettre A du cadran extrieur, on place en tte de la premire ligne qu'on crit les deux lettres H et A: elles indiquent, celui avec lequel on correspond, de quelle manire il doit de son ct placer la machine parfaitement semblable dont il est muni; sans une pareille indication prliminaire, il serait impossible de parvenir s'entendre. Une fois les cadrans disposs, on prend la lettre que l'on veut chiffrer et que l'on a d'avance crite en caractres ordinaires; au lieu de chacune des lettres dont les mots sont composs, on place, sur la dpche que l'on expdie, les lettres qui y correspondent sur le cadran intrieur. Si le mot que vous voulez chiffrer est celui de _roi_, par exemple, vous mettrez, au lieu de l'_r_, la lettre _x_ qui y correspond sur le cadran intrieur, et ensuite, au lieu des lettres _o_ et _i_, les lettres _v_ et _n_; vous aurez ainsi _xvn_, et le dchiffrement de ce que vous crirez de la sorte sera presque impossible celui qui ne saura pas que vous vous servez des cadrans, et qui, le st-il, ne connatra pas quelle disposition vous leur donnez. Vous continuez de mme pour toutes les lettres dont se composent tous les mots de la dpche qu'il s'agit de dguiser. Votre correspondant met profit l'indication H A, dont il vient d'tre question: il donne ses cadrans une disposition identique celle que vous avez adopte; il cherche successivement sur le cadran extrieur toutes les lettres qui rpondent sur le cadran intrieur chacune de celles qu'il trouve dans votre missive, et il arrive ainsi sans difficult traduire la dpche qu'il a reue. X. De l'emploi des signes astronomiques. Les signes astronomiques, c'est--dire ceux dont on fait usage pour dsigner les plantes et les diverses parties du zodiaque ont t plusieurs fois mis en usage comme dans la Cryptographie. Suppos que chaque lettre soit reprsente par un de ces signes, il faudra beaucoup de temps et de peine, pour crire une dpche en suivant une pareille mthode, et le secret ne sera pas mieux cach. Un chiffre de ce genre ne prsente pas plus de difficult que celui dans lequel chaque lettre de l'alphabet est reprsente par une autre lettre, _a_, par exemple, tant remplac par _d_, _b_ par _e_, _c_ par _f_, ainsi de suite. On prouve moins d'embarras faire usage d'un chiffre, dans lequel les signes astronomiques sont mls des lettres empruntes aux alphabets hbraque, grec ou latin, ou bien des chiffres numriques, des figures de mathmatiques. Chacun de ces signes exprime une lettre, une syllabe ou un mot. Cette mthode tait du got des anciens auteurs; mais aujourd'hui elle ne trouve gure de partisans. Vigenre se plat en fournir des exemples qu'il dveloppe avec sa prolixit habituelle. Voici, parmi les procds de ce genre, le meilleur et le plus simple. On partage l'alphabet en cinq parties ou plus; on place chacune de ces sections dans un carr particulier, et on dsigne chaque carr par un signe astronomique convenu. Donnons-en un exemple. [=abcd [Gl.]=] [=efgh [Gl.]=] [=iklm [Gl.]=] [=nopq [Gl.]=] [=rstuz [Gl.]=] Il vaut mieux de ne pas laisser les lettres de l'alphabet ranges dans l'ordre habituel. Lorsqu'on veut faire usage des tableaux ci-dessus, il faut, pour exprimer chaque lettre, crire le signe qui dnote le carr, et indiquer la lettre qu'on a en vue par un numro qui correspond la place qu'elle occupe. L'_e_ se trouvera donc reprsent par [Gl.]1, l'_m_ par [Gl.]4, l'_o_ par [Gl.]2, etc. Si l'on veut transmettre l'avis que l'arme a pass le Danube, on mettra: [Gl.]3 [Gl.]1 [Gl.]1 [Gl.]4 [Gl.]e [Gl.]e [Gl.]1 [Gl.]3 [Gl.]1 [Gl.]2 [Gl.]2 [Gl.]1 [Gl.]3 [Gl.]1 [Gl.]4 [Gl.]1 [Gl.]n [Gl.]4 [Gl.]2 [Gl.]1. Ce procd est un peu long, puisque chaque lettre rclame remploi d'un signe et d'un numro; il ne prsenterait pas de trs-grandes difficults un dchiffreur habile, s'il tait mis en usage de la manire que nous indiquons, mais il est ais d'y ajouter des complications qui en dguisent mieux le mystre. XI. Signes de la mnmonique. L'ide d'appliquer la Cryptographie les signes imagins pour la mnmonique ou l'art de la mmoire, s'est naturellement prsente quelques imaginations. Jean-Henri Dobel, dans son _Collegium mnemonicum ou Rvolutions d'un nouveau secret de l'art de la pense_ (en allemand, Hambourg, 1707, 4), a travaill en ce sens. Il dsigne par les numros 1 23 chacune des lettres de l'alphabet; il traduit ainsi en chiffres chaque phrase contenue dans la dpche qu'on veut rendre secrte. Enfin, il transforme ces chiffres en mots que donne sa mnmonique chiffre. Il crit ces mots tout au long. Il arrive ainsi des sries de mots latins qui n'offrent aucun sens en apparence. Dobel reprsente, dans ses procds de mnmonique, les chiffres, par des consonnes; ainsi 1--b, p, w; 2--c, k, q, x; 3--f ou v; 4--g ou j; 5--l; 6--m; 7--n; 8--r; 9--s; 0--d ou t. Veut-il exprimer mnmoniquement ces chiffres, il prend des mots latins dans lesquels se rencontrent les consonnes qui correspondent aux chiffres en question. C'est ainsi que le nombre 567 aura pour expression les lettres _l_ _m_ _n_ et pour reprsenter ces lettres, il a recours aux mots: _limen_, _lumen_, _lamina_, _columen_. Ce procd exige beaucoup de temps, de peine et de papier. Une page entire d'criture chiffre est ncessaire pour exprimer quelques lignes de la dpche qu'il s'agit de transmettre. Ces inconvnients sont cause qu'on n'a peut-tre jamais fait usage de cette mthode mnmonique, qui est, d'ailleurs, il faut en convenir, une de celles dont l'interprtation prsenterait le plus de difficults. XII. Correspondance au moyen d'un jeu de cartes. Il faut avoir un jeu de cartes et disposer toutes les figures dans un ordre quelconque dont on sera convenu avec son correspondant. On doit galement dterminer l'ordre du mlange qui doit se faire de ces cartes. Ces deux choses ayant t rgles, vous crivez, comme d'ordinaire, votre lettre sur une feuille de papier, et, arrangeant ensuite le jeu de cartes dans l'ordre dont vous tes convenu, vous les mlez et vous tracez sur chacune d'elles, en commenant par la premire qui se trouve alors dessus le jeu, successivement toutes les lettres qui composent ce qui a t crit sur le papier; lorsque vous avez plac une lettre sur chacune de ces cartes, vous les mlez de nouveau, toujours dans le mme ordre et sans y rien changer, et vous continuez de placer de mme toutes les lettres qui suivent; vous ritrez cette opration jusqu' ce que vous ayez transcrit toutes les lettres qui composent ce que vous voulez mander. Ayez l'attention de mettre un point aprs chacune des lettres qui terminent un mot, afin d'indiquer la sparation de tous les mots. Supposons qu'on soit convenu de se servir d'un jeu de piquet de trente-deux cartes, dispos dans l'ordre qui suit, et de mler ce jeu, en mettant alternativement chaque mlange trois cartes au-dessus des trois premires et trois au-dessous. Le jeu tant remis dans son premier tat, chaque carte sera charge des lettres ci-aprs. On suppose que la lettre chiffre contient la phrase suivante: Je connais trop, monsieur, l'intrt que vous prenez tout ce qui peut augmenter ma flicit, pour retarder plus longtemps vous confier le dessein que j'ai form de m'unir par les liens les plus sacrs la famille de... ORDRE DES CARTES LETTRES DE LA PHRASE convenu ci-dessus, entre ceux qui s'crivent. dans l'ordre o elles doivent se trouver sur chacune des cartes. _Mlange_, 1 2 3 4 5 6 as de pique, n r t j l e dix de carreau, s e a n u r huit de coeur, i n r q s e roi de pique, p p a n n neuf de trfle, m e f f s s sept de carreau, o u e i l a neuf de carreau, e t s t t l as de trfle, u a l e e a valet de coeur, r u v m s f sept de pique, t e i s n a dix de trfle, r s t c l m dix de coeur, o a. e. o r. i dame de pique, l u p s m. l huit de carreau, i s. o s e. l huit de trfle, n p u o d e. sept de coeur, v q p a f d dame de trfle, t u l e. o e. neuf de pique, s. i. u j r. etc. roi de coeur, t g e e e. dame de carreau, e m r. r. m huit de pique, r e m l u valet de trfle, o t d p. p sept de trfle, n o e s. a as de coeur, n a r. a. r. neuf de coeur, c e. r. v l as de carreau, s o r o j valet de pique, t. o e u e dix de pique, J. t. l e. e roi de carreau, e c i d s dame de coeur, c e. c e p roi de trfle, q n n a s valet de carreau, n t g y. a Toutes les lettres qui composent les mots de la dpche qu'on veut chiffrer ayant t sparment transcrites sur ces trente-deux cartes, comme il vient d'tre indiqu, vous mlerez indistinctement ce jeu de cartes, et vous l'enverrez votre correspondant. Manire de lire. Celui qui reoit ce jeu de cartes le dispose d'abord (eu gard la figure des cartes) dans l'ordre qui a t convenu; il en fait un premier mlange, et transcrit successivement et de suite toutes les lettres qui se trouvent les premires en tte de chacune de ces trente-deux cartes, en ayant bien attention de ne pas les dranger de leur ordre; aprs quoi, il les mle de nouveau et recommence cette mme opration jusqu' ce que toutes les lettres soient transcrites: ces lettres forment naturellement le discours contenu dans la dpche en chiffres. Une prcaution qui n'est pas ddaigner consiste crire en encre sympathique les caractres tracs sur ces cartes: si elles viennent tomber entre des mains indiscrtes, rien n'indique l'existence du secret qui leur a t confi. XIII. De l'emploi des lettres nulles, afin de cacher le sens d'une dpche. On crit _en clair_ la dpche qu'on veut transmettre, mais on y mle des mots et des syllabes de faon obtenir une suite de mots trangers n'appartenant aucune langue et qui ne prsentent aucun sens. On partage les mots composs de plusieurs syllabes, et d'un mot on en fait plusieurs, en ajoutant des lettres que le dchiffreur regarde comme _nulles_. Voici un passage emprunt la _Germanie_ de Tacite et crit d'aprs un pareil systme. Dans la premire ligne, les trois premiers mots: _Lampsi deso saleu_, et le dernier: _nous_, sont nuls. Dans chacune des lignes suivantes, le premier et le dernier mot le sont galement. Dans chacun des autres mots placs dans ces diverses lignes, la premire et la dernire lettre sont nulles. Il va sans dire que le choix des syllabes et des lettres affectes de nullit est parfaitement indiffrent. Ceci pos, on peut crire la phrase suivante. Nous mettons en italique, pour plus de clart, les lettres qu'il faut conserver; mais, dans la dpche chiffre, rien ne doit distinguer ce qui est valable et ce qui est ajout. Lampsi deso saleu e_rege_su s_ex_a a_nobi_o nous futher c_litate_s u_duces_n t_ex_t s_uirtute_y ai ma t_sumunt_a. o_nec_t g_regi_o a_bus_o s_infini_e et yes a_ta_s s_aut_a a_libe_i st_ra_t s_potes_o e_tas_i, par la s_et_a s_duce_si sexema oplos s_potius_i sind mio s_quam_e s_impe_t st_rio_p a_si_o o_promptui_m que to e_si_t e_conspi_l a_cui_z. o_si_m s_ante_r s_asi_s do le s_em_o s_agunt_u s_admi_o e_ratio_x a_ne_s s_prae_t y allos o_sunt_y dorche. Le passage de Tacite se trouve ainsi trs-clairement nonc: _Reges ex nobilitate, duces ex virtute sumunt. Nec regibus infinita aut libera potestas, et duces potius quam imperio si promptui, si conspicui, si ante aciem agunt, admiratione prsunt._ Comme il serait fort long d'crire en tte et la fin de chaque ligne un grand nombre de mots _nuls_, on simplifie de diverses manires le systme que nous venons d'indiquer. On entremle, aux mots de l'avis qu'on veut transmettre, des lettres prises au hasard, de faon, par exemple, que chaque lettre vraie est prcde de deux lettres fausses. Pour crire _nemo est domi_ (personne n'est la maison), vous mettrez: ex_n_pt_e_rk_m_bd_o_ vn_e_cs_s_mj_t_ lb_d_ku_o_ph_m_cu_i_. Ou bien on mle aux mots certaines syllabes qui n'ont aucun sens. Pour dire: _Pater meus non est domi_, vous mettrez: _Pa_ba_t_eb_er_ _me_beub_us_ _no_bo_n_ eb_est_ _do_lo_mi_bi. _Fababribicabatober_ voudra dire: _Fabricator_. Un procd du mme genre consiste renverser les mots de l'avis transmettre, c'est--dire les inscrire de droite gauche, en mettant au commencement et la fin de chacun deux lettres qui ne signifient rien; d'aprs cette mthode, pour crire: l'arme est battue, on pourra mettre: nb_eemral_xd ve_tse_jb iq_euttab_kf. Tout ceci, on le comprend de reste, est susceptible de modifications trs-nombreuses; mais il faut reconnatre galement qu'un dchiffreur, ayant de l'exprience et bien vers dans les mystres de la Cryptographie, n'aurait pas beaucoup de peine pour dcouvrir les secrets cachs sous un pareil voile. XIV. De la stganomtrographie. Ce procd est dcrit en dtail dans un ouvrage publi par Mathias Uken, en 1751. Donnons une ide de ce chiffre, qu'on peut regarder juste titre comme un de ceux dont il serait le plus difficile de trouver la clef. Vous crivez en caractres ordinaires l'avis que vous voulez transmettre en secret, et vous placez sous chaque lettre un chiffre, en ayant soin de faire suivre les numros dans l'ordre habituel. Supposons que vous voulez mander la nouvelle de la mort de l'empereur d'Allemagne, nouvelle que vous exprimez en latin. HERI OBIIT 1234 56789 C A R O L U S A U G U S T U S 10. 11. 12. 13. 14. 15. 16. 17. 18. 19. 20. 21. 22. 23. 24. I M P E R A T O R 25. 26. 27. 28. 29. 30. 31. 32. 33 Vous vous tes muni d'un certain nombre de tableaux numrots; chacun d'eux porte les vingt-quatre lettres de l'alphabet, de A Z, et, ct de chaque lettre se trouve inscrit la moiti d'un vers pentamtre ou hexamtre. Les tableaux pairs contiennent les premiers hmistiches, les tableaux impairs les seconds; de sorte qu'en runissant les tableaux 1 et 2, 3 et 4, 5 et 6, on obtient les vers entiers. En voici un exemple: _Tableau_ 1. a Ne mora te teneat b Ne cunctare precor h Ne dedigneris _Tableau_ 2. a chart perfringere gemmam. b sua vincula demere chart. e peregrinam evolvere hartam. _Tableau_ 3. r A tibi dilectis _Tableau_ 4. i credi venere plagis. _Tableau_ 5. o Non tibi damniferos _Tableau_ 6. b depinget epistola casus. _Tableau_ 7. i Ltitias mentis _Tableau_ 8. i demat ut illa. Cherchez dans le premier tableau l'hmistiche qui correspond la lettre H et dans le second celui qui est plac ct de la lettre E; voyez dans le troisime tableau quelle moiti de vers correspond la lettre R, et, dans le quatrime, examinez ce que vous donne I. En crivant la place de chaque lettre l'hmistiche qui lui correspond, vous exprimerez le mot _Heri_ de la manire suivante: Ne dedigneris peregrinam evolvere chartam, A tibi dilectis, credi venire plagis. En suivant ce mme procd, vous complterez facilement votre dpche. Il convient de se servir d'un assez grand nombre de tableaux, afin de ne pas se trouver dans le cas de rpter les mmes vers, si la dpche est un peu longue. Uken a pris la peine de dresser quarante-quatre tableaux qui contiennent 656 hmistiches et qui offrent ainsi le moyen de chiffrer un avis compos de ce nombre de lettres. Le dchiffrement est facile pour votre correspondant. Il prend ses tableaux, lesquels doivent, cela va sans dire, prsenter la reproduction textuelle des vtres; il cherche quelle est la lettre qui correspond chaque hmistiche, et, en crivant successivement ces lettres, il est promptement au fait de ce que vous lui demandez. On voit que la stganomtrographie est pour les non initis une nigme dont le mot est introuvable; mais elle a l'inconvnient de prendre beaucoup de temps et d'exiger des critures considrables, puisque chaque lettre de l'avis transmettre se trouve, dans la dpche chiffre, exprime par plusieurs mots. XV. Chiffre form par un systme de lettres et de points. J. H. Sunde, dans sa _Steganologia_, indique un chiffre assez ingnieux, qui consiste dans l'emploi combin des lettres et des points. Les lettres sont runies deux deux, et, au-dessous de chaque groupe, on place un systme variable de points. La chose se dispose de la sorte: ae io ub cd fg hk lm np qr st vy xz [Pt.] [Pt.] [Pt.] [Pt.] [Pt.] [Pt.] [Pt.] [Pt.] [Pt.] [Pt.] [Pt.] [Pt.] Au lieu de la lettre _a_ dans la dpche chiffrer, on place _e_ avec un point devant; au lieu de l'_e_ on crit _a_, en plaant cette fois le point aprs; au lieu du _d_ on crit un _c_, que prcdent quatre points disposs en carr; ainsi de suite. De cette faon, le mot _amen_ se trouve exprim par les lettres et les points qui suivent: el [Pt.] a. [Pt.] p et le mot _Rhin_ se chiffre de la sorte: q [Pts.] [Pt.] h. o [Pt.] p XVI. De la substitution des lettres les unes aux autres, d'aprs un systme compliqu. Il est un systme de cryptographie qui consiste simplement remplacer les lettres de la dpche par d'autres lettres ranges d'aprs un ordre convenu. L'opration est longue, mais on obtient ainsi la presque certitude d'chapper aux investigations, car le grand nombre de combinaisons dont un pareil procd est susceptible rend la dcouverte de ce secret extrmement difficile. Supposons qu'on se soit mis d'accord pour ranger les chiffres 1 10 dans l'ordre suivant: 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 4. 7. 2. 9. 1. 10. 5. 3. 6. 8. il faut alors que la premire lettre de la vraie dpche soit, dans l'crit chiffr, remplace par la quatrime lettre de cette mme dpche; la seconde, par la septime; la troisime, par la seconde; la quatrime, par la neuvime; ainsi de suite. On range par dcade ou dizaine les mots de la dpche chiffrer. Supposons qu'on veuille mander: Le roi de Hanovre est trs-malade, et il ne peut vivre longtemps. On raisonnera de la sorte: La premire lettre de la dpche, _l_, correspond la quatrime, _o_; la seconde, _e_, la septime, _h_; la troisime, _r_, la seconde, _e_; la quatrime, _o_, la neuvime, _n_, etc. On crira en consquence les lettres qui forment successivement la dpche chiffre. la seconde dizaine, on procde de mme; la correspondance des lettres se trouve toute nouvelle. Voici comment les vingt premires lettres de la phrase prise pour exemple se trouveraient chiffres: ohenloirdaetrevsstre Il importe de ne placer aucun point, aucun signe, qui indique la sparation des mots ou la fin des dizaines; on peut trs-bien, d'ailleurs, au lieu de se borner oprer sur dix lettres, tendre vingt ou trente lettres ce systme de remplacement. On peut aussi, chaque division nouvelle, employer pour les chiffres un ordre diffrent, sur lequel on se sera mis d'accord. De cette manire, on rendra le problme plus que jamais insoluble pour les non initis; mais il faut reconnatre que cette mthode prend du temps, et qu' moins d'une attention fort soutenue on est expos, en chiffrant de la sorte, commettre bien des erreurs. XVII. Chiffre invent par Hermann. Un professeur allemand, Hermann, se vanta, en 1752, d'avoir invent un chiffre absolument indchiffrable; il mit tous les mathmaticiens de l'Europe et toutes les socits savantes au dfi d'en dcouvrir la clef. Un rfugi franais, Beguelin, fut assez habile ou assez bien inspir pour la trouver dans l'espace de huit jours, et il publia les dtails de sa dcouverte dans les _Mmoires de l'Acadmie de Berlin_, 1758. Le chiffre d'Hermann se compose de 25 caractres diffrents et des neuf chiffres de l'arithmtique, de 1 9. chacun de ces caractres rpond immdiatement au-dessous une lettre de l'alphabet, et chaque mot est spar du suivant par un point. Plusieurs de ces caractres en ont un autre immdiatement au-dessus d'eux, et ces caractres suprieurs sont en partie les mmes que les infrieurs; quelques autres signes, qui ne consistent qu'en points ou en simples lignes, paraissent affects la range suprieure et ne se rencontrent nulle part dans l'infrieure. Aprs bien des ttonnements et des vrifications, Beguelin reconnut que le chiffre sur lequel il oprait tait soumis trois lois particulires: 1 Tout caractre initial infrieur dont la valeur est au-dessus de 9 conserve sa valeur constante; 2 Tout caractre initial infrieur dont la valeur affirmative est au-dessous de 10 vaut, dans cette place, le double de sa valeur ordinaire. 3 Tout caractre initial infrieur dont la valeur ngative est au-dessous de 10 vaut, dans cette place, le double de sa valeur ordinaire; plus une unit. Diverses lois particulires dcoulaient de ces lois gnrales: 4 Le caractre suprieur initial conserve toujours sa valeur ordinaire; 5 Le caractre suprieur ne sert qu' dterminer par sa valeur la lettre place immdiatement au-dessous et nullement celle qui suivra droite, moins que le caractre infrieur ne soit zro; 6 Lorsqu'au milieu d'un mot il y a un signe ou un caractre suprieur, ne ft-ce qu'un point, comme on a alors dj deux valeurs requises pour dterminer la lettre, on ne joint pas celle du caractre qui prcde gauche; 7 Un point plac sur un caractre qui n'est pas un chiffre arithmtique augmente toujours sa valeur d'une unit; 8 Un point plac dans la figure d'un tel caractre le rend simplement ngatif, sans rien ajouter ni diminuer sa valeur; 9 Une valeur ngative ou soustractive n'est telle que relativement au caractre qui prcde; toute valeur est affirmative ou additive par rapport au caractre suivant. De l vient que l'initiale infrieure est toujours affirmative, quoique le caractre soit ngatif; 10 Comme les lettres rpondent des nombres affirmatifs, la diffrence entre deux caractres, dont l'un est ngatif, est toujours cense affirmative, quoique la valeur du caractre ngatif soit la plus grande; 11 Lorsque le caractre gauche est zro, il faut ajouter la valeur du caractre qui prcde le zro. Tout cela tait assez ingnieux, mais l'accumulation de ces lois rend un pareil chiffre d'un usage bien peu commode. Il y a de la bizarrerie dans la dtermination de la valeur des lettres alphabtiques; et la multiplicit des rgles, jointe aux divers usages d'un mme signe, donnerait certainement lieu dans la pratique bien des fautes d'inadvertance. Hermann eut tort d'annoncer son invention d'une manire emphatique; il n'est gure de chiffre dont on ne puisse venir bout, ds que l'on en connat la langue et que les mots sont distingus; plus forte raison laissent-ils chapper leur secret lorsqu'on n'a pas eu le soin d'viter le retour des mmes signes pour exprimer la mme lettre. Le chiffre du professeur allemand roulait sur des valeurs numraires; il ne devait donc y entrer aucun chiffre arabe, ou du moins ceux-ci ne devaient pas y conserver leur valeur connue. Donnons maintenant un exemple de la faon dont se prsentait le chiffre en question; la phrase en langue allemande qu'Hermann avait dguise au moyen de sa mthode signifie dans une traduction mot mot et interlinaire: La orientale science, au lieu des lettres, avec nombres et caractres, d'crire. _Die orientalische Wissenschaft, anstatt der Buchstaben, mit Zahl und Caractern zu schreiben._ [Illustration: Planche de signes.] [Note 5: Voir la planche IX, la fin du volume de l'Histoire de l'Acadmie des sciences et belles-lettres de Berlin en 1758.] Il n'a jamais t fait usage de ce chiffre, et il est demeur dans le domaine des thories imagines plaisir. En le perfectionnant, en vitant les erreurs qu'avait commises Hermann et qui mirent l'interprte sur la voie de sa dcouverte, on pourrait encore obtenir, sinon un chiffre radicalement inexpugnable (le mot _impossible_ ne doit pas tre admis en cryptographie), du moins on en aurait un qui prsenterait les difficults les plus formidables; mais une pareille mthode resterait toujours un simple objet de curiosit, car elle serait trop complique pour que la diplomatie en ft usage. XVIII. De l'emploi des notes de musique. Ce systme de cryptographie repose sur le mme principe que celui dont la description se trouve dans la IXe section de ce chapitre. Vous dcrivez sur un carr de carton un cadran divis en vingt-quatre parties gales, et dans chacune d'elles vous transcrivez une des lettres de l'alphabet. Un autre cadran mobile, sur un point central et concentrique au premier, est divis de mme en un pareil nombre de parties gales. Il est rgl circulairement, comme un papier de musique. Vous marquez, dans chacune de ces divisions, des notes du musique diffrentes les unes des autres. Vous n'oublierez pas de tracer les trois clefs de la musique dans l'intrieur du cadran, et autour de ses divisions les divers chiffres dont les compositeurs font usage pour exprimer les divers temps ou mesures. Vous fixez une des divisions quelconques du cadran extrieur, de manire qu'elle se trouve vis--vis de celle du cadran intrieur: chaque lettre du premier cadran rpond une note place sur le second. Prenez ensuite une feuille de papier rgl tel que celui dont on fait usage pour noter la musique; et, aprs avoir dispos vos deux cadrans, placez, en tte de la premire ligne de votre dpche, celle des trois clefs qui correspond aux mesures indiques; ceci sert de rgle votre correspondant, afin qu'il dispose de la mme faon, avant d'entreprendre le dchiffrement, le cadran qu'il a devant lui. Transcrivez sur le papier rgl la note qui, sur le cadran intrieur, rpond aux lettres dont sont composs les mots de l'avis qu'il s'agit de transmettre. Votre correspondant, instruit, par la clef de la musique et par le chiffre qui dsigne la mesure, de l'arrangement qu'il doit donner ses cadrans, substituera, en place de chaque note, la consonne ou voyelle qui lui correspond. En changeant de clef plusieurs reprises, on rend le dchiffrement plus difficile pour les personnes qui n'ont pas le cadran cryptographique. Changer de clef, c'est disposer le cadran de faon qu'une des trois clefs de la musique rponde un temps ou mouvement diffrent; ce qui peut s'effectuer plusieurs reprises dans la mme lettre et ce qu'on indique de la manire ci-dessus signale. CHAPITRE IV. DES DIVERSES SORTES D'CRITURE ET DES DIFFRENTS LANGAGES DE CONVENTION QUI SE RATTACHENT LA CORRESPONDANCE OCCULTE. Ier. Okygraphie. M. H. Blanc, sous-chef du bureau de l'instruction publique la prfecture de la Seine, a propos une criture chiffre de son invention, dans un livre intitul: _Okygraphie, ou l'art de fixer par crit tous les sons de la parole avec autant de facilit, de promptitude et de clart que la bouche les exprime. Nouvelle mthode applicable tous les idiomes, prsentant des moyens aussi vastes, aussi srs que nouveaux d'entretenir une correspondance secrte dont les chiffres seront absolument indchiffrables._ Paris, 1802, _in_-12. Les signes qu'emploie cette mthode sont beaucoup plus simples que ceux de l'alphabet ordinaire. Ils se rduisent trois: _i_, _c_, [Signe]. On les crit sur du papier rgl dans le genre de celui qui sert la musique, mais avec la diffrence que les lignes ranges ct les unes des autres sont au nombre de quatre seulement. Les trois signes indiquent leur signification, de mme que les notes de musique, d'aprs la position qui leur est assigne sur les lignes, et, pour chaque signe, cette position peut se combiner de huit manires diffrentes. On obtient ainsi les vingt-quatre lettres de l'alphabet, qu'on simplifie d'ailleurs en crivant les mots tels qu'ils se prononcent. En combinant les signes de l'Okygraphie, en se mettant d'accord l'avance sur le sens qu'il faut attacher chacun d'eux plac de telle ou telle manire, en ayant recours aux non-valeurs et aux divers stratagmes bien connus des cryptographes, on peut arriver sans peine former un chiffre dont le mystre restera compltement impntrable. M. Blanc donne, par exemple, huit alphabets divers qu'il a forms selon sa mthode, laquelle est susceptible d'en fournir une quantit infinie. L'attention de M. de Talleyrand, alors ministre des affaires trangres, fut appele sur l'avantage qu'offrirait l'Okygraphie pour la correspondance secrte des ambassades; M. Blanc nous fait savoir qu'il reut une lettre trs-flatteuse signe de Son Excellence; cette lettre rendait justice au mrite de l'Okygraphie, mais elle ajoutait que, dans les bureaux et dans les lgations, on tait habitu, de longue date, des mthodes qui paraissaient satisfaisantes, et qu'il n'y avait gure moyen d'y introduire l'emploi de procds tout nouveaux. II. Pasigraphie. Ce mot se compose de deux mots grecs, [Grec: pasi], _ tous_, [Grec: graph], _j'cris_. crire mme ceux dont on ignore la langue, au moyen d'une criture qui soit l'image de la pense que chacun rend par diffrentes syllabes, c'est ce qu'on nomme _Pasigraphie_. Deux personnes, appartenant deux pays diffrents et deux langues diffrentes, ne savent chacune que leur idiome; elles apprennent le pasigraphier; ds lors, ce que l'une crit dans sa langue, l'autre l'entend dans la sienne. Adaptez cette mthode plusieurs langues, le mme crit, le mme imprim sera lu en autant de langues, comme les chiffres de l'arithmtique, les signes de la chimie et les notes de la musique sont galement intelligibles pour tout le monde, de Cadix Stockholm, de Boston Calcutta. M. de Maimieux est un des auteurs qui se sont le plus occups de Pasigraphie; dans le procd qu'il emploie, il fait usage de douze caractres; nous les reproduisons ici: [Gl.][Gl.][Gl.][Gl.][Gl.][Gl.][Gl.][Gl.][Gl.][Gl.][Gl.][Gl.]. Il serait trs-long et d'un faible intrt d'expliquer ici comment, grce l'emploi de ces signes, il y aurait moyen de crer une criture universelle qui serait entendue de tous les peuples. M. de Maimieux exprime lui-mme en ces termes l'ide qui sert de base sa mthode. Le principal fondement de l'art pasigraphique est dans le moyen de substituer le signe de la place des mots aux syllabes dont toutes les langues composent leurs mots. Ces syllabes diffrent d'un idiome l'autre, par l'effet de conventions locales qu'un tranger ne peut connatre qu'aprs beaucoup d'tudes et un long usage. Chaque mot prsente des particularits qu'il faut savoir pour bien possder une langue, soumise, d'ailleurs, des rgles trs-nombreuses, peu fixes, souvent contradictoires et noyes dans un ocan d'exceptions. La place du mot pasigraphi demeurant la mme pour tous les peuples, ceux-ci s'entendent facilement, puisque les signes de la place du mot, devenus le corps du mot, restent les mmes, de quelques lettres que soit form le mot plac dans la ligne, si d'ailleurs la mthode est rduite douze signes qui n'prouvent aucune exception. Les signes de la Pasigraphie peuvent tre employs dans l'criture en chiffres. Parmi les crivains qui se sont occups du problme de la langue universelle, les uns, comme M. de Maimieux, ne font usage que d'un petit nombre de caractres; d'autres (Becker, notamment, dans sa _Notitia lingu universalis_) ont recours une foule de signes qui rappellent un peu les notes tironiennes et qui se composent de lignes droites ou courbes, combines de diverses manires et de faon que chaque signe exprime un mot et une ide. L'emploi d'un pareil systme serait videmment entour de difficults multiplies; l'application la Cryptographie de signes aussi peu connus n'offrirait que de bien minces avantages; aussi, dans la pratique, n'a-t-on jamais song y recourir. III. Hiroglyphes. Nous ne saurions oublier ici divers symboles, dont l'antiquit fit usage, afin d'noncer des prceptes, des leons, des faits qui demeuraient lettre close pour le vulgaire et dont l'rudition moderne s'efforce de retrouver la clef perdue depuis bien des sicles. Parmi les diffrents systmes d'criture mis en usage dans le but d'exprimer ces ides qui restaient un mystre pour les non initis, les fameux hiroglyphes de l'ancienne gypte tiennent le premier rang. Diodore de Sicile, au livre III de sa _Bibliothque historique_, parle des caractres hiroglyphiques employs par les gyptiens. Aprs avoir dit que ces caractres offrent nos yeux des animaux de tout genre, des parties du corps humain, des ustensiles, des instruments, principalement ceux dont font usage les artisans, il expose dans les termes suivants les motifs qui leur ont fait donner ces formes: Ce n'est point, en effet, par l'assemblage des syllabes que chez eux l'criture exprime le discours, mais c'est au moyen de la figure des objets retracs et par une interprtation mtaphorique base sur l'exercice de la mmoire. Le tmoignage de cet historien grec est confirm par celui d'un historien latin: Ammien Marcellin constate que, chez les anciens gyptiens, chaque lettre reprsentait un mot et quelquefois mme une phrase entire. Vers la fin du second sicle, saint Clment d'Alexandrie, parlant des voiles mystrieux dont on s'est plu souvent entourer la science pour n'en permettre l'abord qu'aux initis, observe qu'on ne pouvait atteindre que par des degrs successifs le terme le plus lev de l'instruction, qui tait la science des hiroglyphes. Trois sortes d'critures ont t connues des anciens gyptiens. Les hiroglyphes, qui reprsentent fidlement des objets de la nature et des produits de l'art, ont t regards comme symboliques; Champollion a fini par ne plus voir, dans ces signes, que des caractres idographiques; et, sans entrer ici dans une discussion qui aurait le double tort d'tre trs-longue et de nous loigner beaucoup du sujet que nous avons en vue, nous ferons remarquer que, quel que soit l'clat des ingnieuses dcouvertes du savant illustre que nous venons de nommer, les thories qu'il a formules soulvent encore, hors de la France surtout, de vives objections de la part d'rudits fort distingus. L'criture _hiratique_ ou sacerdotale est regarde comme une tachygraphie des hiroglyphes, et les signes vulgaires ou _dmotiques_, comme une abrviation des hiratiques. La fameuse inscription de Thbes, la seule dont l'explication soit parvenue jusqu' nous, exprimait, par les hiroglyphes d'un enfant, d'un vieillard, d'un vautour, d'un poisson, d'un hippopotame, la sentence suivante: Vous qui naissez et qui devez mourir, sachez que l'ternel dteste l'impuret. Voici en quels termes M. Champollion Figeac, le frre du clbre crateur des tudes gyptiennes, rsume les notions les plus gnralement reues au sujet des hiroglyphes: L'criture hiroglyphique, proprement dite, se compose de signes reprsentant des objets du monde physique, animaux, plantes, arbres, figures de gomtrie, etc.; le trac est parfois simplement linaire; quelquefois il est entirement termin et mme colori. Le nombre de ces signes est d'environ huit cents. L'criture hiratique est une vritable _tachygraphie_ de la prcdente. Comme les signes hiroglyphiques ne pouvaient tre convenablement tracs que par des personnes exerces dans l'art du dessin, on cra un systme d'criture abrge dont les signes taient d'une excution facile, systme qui n'eut d'ailleurs rien d'arbitraire. Chaque signe hiratique fut un abrg du signe hiroglyphique; au lieu de la figure entire du lion couch, par exemple, on traa l'esquisse d'une partie de son corps, et cet abrg du lion conserva, dans l'criture, la mme valeur que la figure entire. Dans des pays trs-loigns des rives du Nil, on trouve une criture hiroglyphique, qui offre, certains gards, des analogies remarquables avec les procds des gyptiens. Les Mexicains, avant la conqute des Espagnols, avaient galement recours des figures d'hommes, d'animaux, etc., pour noncer leurs ides. Les noms des villes de Meacuilxochitl, Quauhtinchan et Tchuilojocan signifient _cinq fleurs_, _maison de l'aigle_ et _lieu des miroirs_. Pour indiquer ces trois villes, on peignait une fleur place sur cinq points, une maison de laquelle sortait la tte d'un aigle, et un miroir d'obsidienne. Divers manuscrits hiroglyphiques mexicains ont chapp la destruction, et ils figurent parmi les objets les plus prcieux que possdent les grandes bibliothques de l'Europe. M. de Humboldt en a copi quelques pages dans son bel ouvrage intitul: _Vue des Cordillres_ (Paris, 1819, 2 vol. in-8). Une magnifique publication spciale, faite aux frais d'un riche Anglais, a reproduit tout ce qui subsiste en ce genre. Voir les _Antiquities of Mexico comprising fac-similes of ancient mexican paintings and hieroglyphics, by lord Kingsborough_ (London, 1831, 9 vol. in-fol.). Cet ouvrage a cot son auteur plus de 25,000 livres sterling (un million). Il en est rendu compte dans le _Bulletin des Sciences historiques_, publi par M. de Frussac, t. XVII, p. 63, et dans la _Revue encyclopdique_, t. XLIX, p. 148. Ce n'tait pas, d'ailleurs, au Mexique seulement, qu'on avait recours pareilles images. Les indignes de la Virginie avaient des peintures appeles _Sagkokok_, qui reprsentaient, par des caractres symboliques, les vnements qui s'taient accomplis dans l'espace de soixante ans; c'taient de grandes roues divises en soixante rayons ou en autant de parties gales. Lederer (_Journal des Savants_, 1681, p. 75) rapporte avoir vu dans le village de Pommacomck un de ces cycles hiroglyphiques, dans lequel l'poque de l'arrive des blancs sur les ctes de la Virginie tait marque par la figure d'un cygne vomissant du feu, pour indiquer la fois la valeur des Europens, leur arrive par eau et le mal que leurs armes feu avaient fait aux hommes rouges. IV. Langage au moyen des gestes. Le langage au moyen des gestes peut tre regard comme formant l'une des branches de la Cryptographie; il permet celui qui l'emploie de faire connatre ses ides d'une manire qui chappe aux personnes qui ne sont pas au fait de pareils secrets. Les anciens connaissaient cet art. Un crivain grec, Nicolas de Smyrne, a laiss un petit trait, intitul: _De numerorum notatione per gestum digitorum_ (Paris, 1614, in-8); cet opuscule est devenu trs-rare, mais il a t rimprim dans des recueils publis par Possin et par Fabricius, et plus rcemment dans les _Eclog physic_ de Schneider. Les Romains portrent au plus haut degr les ressources de la pantomime, et l'on trouve, chez Ptrone, l'expression de _manus loquaces_. Au huitime sicle, Bde le Vnrable, clbre religieux anglais que l'estime publique a plac presque au rang des Pres de l'glise, crivit un trait _De loquela per gestum digitorum_, trait qui est compris dans le volumineux recueil de ses oeuvres[6]. [Note 6: Tome 1er de l'dition de Cologne, 1688, 8 vol. in-folio. Bde s'appuie sur l'autorit de Plutarque, de Pline, d'Apule, de Juvnal, pour prouver que l'art dont il s'occupe d'noncer les rgles tait connu des anciens.] Tous les lecteurs de Rabelais se rappellent de quelle faon Panurge fit _quinault l'Angloys qui arguoyt par signes_. D'aprs un mmoire d'H. Dunbar, insr dans les Actes de la _Socit philosophique de l'Amrique du Nord_, il se rencontre, parmi les nombreuses tribus indiennes rpandues le long du Mississipi, des individus qui savent tirer un parti admirable des ressources de la pantomime pour exprimer leurs ides. Malgr la diversit des langues en usage chez ces peuplades belliqueuses, ils n'ont jamais besoin d'interprtes, et ils russissent toujours se faire comprendre sans avoir prononcer un seul mot, tant leurs gestes, excuts d'aprs un systme universellement adopt, sont pleins d'nergie, de nettet et d'-propos. Nous sortirions des limites de notre sujet, si nous parlions ici du langage manuel en usage parmi les sourds-muets. Nous nous contenterons de mentionner un alphabet qu'on peut appeler _alphabet facial_. M. Bertin, dans son _Systme universel et complet de stnographie_ (Paris, an XII), fait connatre un alphabet de son invention, d'aprs lequel la position des doigts sur le visage sert transmettre tout ce qu'on veut faire savoir. Il laisse de ct les voyelles isoles _o_ et _u_, et il exprime par un mme signe les lettres telles que _g_ et _j_, _q_ et _k_, qui donnent des sons peu prs identiques. _Lettres_. _Traits physionomiques_. b Doigt plac diagonalement sous l'oeil droit et en regard du nez. d sur le coin droit de la bouche. FV sur le coin gauche. GJ sur la joue gauche. h au sommet de la tte. KQ sur la lvre suprieure. l plac diagonalement sur l'oeil gauche. m sur la bouche. n sur la lvre infrieure. p sur la fossette du menton. r Bouche ouverte. s Doigt couch horizontalement sur l'intervalle des lvres. t sur le nez. x au cou. y l'intervalle des sourcils. on au front. ou perpendiculairement sous l'oreille droite. oui Doigt horizontalement prs de l'oreille gauche. au l'aile droite du nez. eu au sourcil droit. ai l'aile gauche du nez. a au sourcil gauche. i la tempe droite. e la tempe gauche. le, la, les, plac verticalement devant la figure. _nom d'homme_, main ouverte. _fin de mot_, doigt ferm. _fin de phrase_, main ferme. _numration stnographique_, emploi du pouce au lieu du doigt. On emploie deux doigts la fois pour exprimer une lettre qui se rpte. Si l'on veut aller plus vite, on emploie encore deux doigts la fois, en ayant soin de convenir que le pouce est la premire, et l'index la seconde. Vigenre a fait trs-succinctement mention de cette mthode, lorsqu'il dit un mot en passant de l'entreparler tacitement par les doigts en les levant ou les plaquant sur la bouche ou sur l'un des yeux. V. Langage des fleurs. C'est dans les srails que l'art ingnieux de correspondre avec des fleurs a pris naissance; il fait partie des moeurs orientales. Les Chinois, dit un crivain ingnieux, ont un alphabet compos entirement avec des plantes et des racines; on lit encore sur les rochers de l'gypte les anciennes conqutes de ces peuples exprimes avec des vgtaux trangers. Ce langage est donc aussi vieux que le monde, mais il ne saurait vieillir, car chaque printemps en renouvelle les caractres, et cependant la libert de nos moeurs l'a relgu parmi les amusements des harems. Les belles odalisques s'en servent souvent pour se venger du tyran qui outrage et mprise leurs charmes; une simple tige de muguet, jete comme par hasard, va apprendre un jeune icoglan que la sultane favorite, fatigue d'un amour tyrannique, veut inspirer, veut partager un sentiment vif et sincre. Si on lui renvoie une rose, c'est comme si on lui disait que la raison s'oppose ses projets, mais une tulipe au coeur noir et aux ptales enflamms lui donne l'assurance que ses dsirs sont compris et partags; cette ingnieuse correspondance, qui ne peut jamais ni trahir ni dvoiler un secret, rpand tout coup la vie, le mouvement et l'intrt dans ces tristes lieux qu'habitent ordinairement l'indolence et l'ennui. Dans un pareil langage, la rose signifie une jeune fille: blanche, elle indique la constance en amour; jaune, elle exprime l'infidlit. Un oeillet veut dire un homme, et les couleurs diverses, les varits d'espce de la fleur, caractrisent cet homme au physique comme au moral. L'toile exprime l'ide de pre ou de mre; si la fleur est rouge, les parents sont indulgents et bons; si elle est violette, ils sont rigoureux et svres. L'hyacinthe veut dire: ami ou amie. Indiquons le sens attach d'autres fleurs: oreille-d'ours, soeur ou frre. pense, veuf ou veuve. renoncule, soldat. camomille, mdecin. tubreuse, suprieur. fleur d'oranger, richesse. violette, patrie. amarante, jour. pavot, nuit. cresson, promenade. jasmin d'Espagne, visite. marguerite, demande. pied-d'alouette, voyage. jasmin, jardin. myrte, pouser. romarin, pleurer, s'affliger. anmone, se rjouir. basilic, pleurer, s'affliger. menthe, craindre. muguet, innocent, bon. lierre, ternel. girofle rouge, aujourd'hui. blanche, demain, l'avenir. violette, hier, jadis, le pass. narcisse, je, moi. ortie, fidle. granium, navire, voyage par mer. primevre, la mort. D'aprs les rgles de cette langue ingnieuse, lorsqu'un jeune habitant de Constantinople ou de Smyrne veut faire parvenir ce message: J'irai te rendre visite, chre amie, demain matin de bonne heure dans le jardin, avec mon frre, homme de bien et distingu, qui t'aime, belle jeune fille, et qui veut t'pouser. Il envoie les fleurs suivantes avec des numros d'ordre: Narcisse, jasmin d'Espagne, rsda, hyacinthe bleue, girofle blanche, tournesol, jasmin, marjolaine, oreille-d'ours, oeillet d'un brun sombre, chvre-feuille, rose rouge, deux myosotis, myrte. Le moyen ge n'ignora point la signification symbolique donne aux diverses fleurs; parmi diffrents exemples que nous pourrions citer, nous nous bornerons mentionner un petit vocabulaire que renferme un manuscrit conserv la bibliothque royale de Bruxelles; nous en reproduisons fidlement le style surann: girofle rouge, beault. girofle blanche, amour chaste. marjolaine grosse, mensonge. marjolaine menue, bont. thym, persvrance. thym coup, vous parviendrez. fleur de thym, vous me donne. laitue, bonnes nouvelles. lys, foi. rose blanche, j'ay bon vouloir. bouton de rose blanche, je vous ayme. rose rouge, largesse. bouton de rose rouge, angoisse. rose musquette, je vous refuse. rose de province, soyez secret. rose double de rose occasion. musquette, rosmarin, cong. rosmarin copp au boult, amour sans fin. violette jaune, contentement. violette de mars blanche, bon espoir. violette de mars bleue, douleur. violette d'oultremer, patience. violette d'hiver, temps perdu. ortie, trahison. chanvre, dfiance. gent, adresse. fleur de gent, pour amour j'endure. buglosse, lgret. bourache, reproche. lavandre, travers. saulge grosse, entreprise. saulge menue, chastet. ysope, amertume. liere, ingratitude. piment, douleur. pavost, prison. Un crivain moderne, se basant sur les considrations de la botanique ou sur les rcits de la mythologie, a compos un dictionnaire du langage des fleurs, pour crire un billet; transcrivons-en une partie, en faisant remarquer toutefois que plusieurs de ces significations sont trs-contestables. abandon, anmone. absence, absinthe. agitation, sainfoin-oscillant. aigreur, pine-vinette. amabilit, jasmin blanc. amertume, douleur, alos. amiti, lierre. amour, myrte. amour conjugal, tilleul. amour maternel, mousse. audace, mlze. austrit, chardon. beaut capricieuse, rose musque. bienfaisance, pomme de terre. bienveillance, jacinthe. consolation, perce-neige. constance, pyramidale bleue. courage, peuplier noir. cruaut, ortie. ddain, oeillet jaune. dlicatesse, bluet. dsespoir, soucis et cyprs. dsir, jonquille. docilit, jonc des champs. lgance, acacia rose. fcondit, rose trmire. flicit, centaure. fiert, amaryllis. franchise, osier. frugalit, chicore. gnrosit, oranger. gentillesse, rose pompon. haine, basilic. honte, pivoine. immortalit, amarante. indpendance, prunier sauvage. injustice, houblon. jeunesse, lilas blanc. navet, argentine. noirceur, bnier. prosprit, htre. prudence, cormier. puissance, impriale. puret, pi de la Vierge. reconnaissance, agrimoine. sagesse, mrier blanc. silence, rose blanche. simplicit, fougre. sommeil du coeur, pavot blanc. temps, peuplier blanc. tranquillit, alysse des rochers. vrit, morelle douce-amre. vice, ivraie. volupt, tubreuse. VI. Des alphabets factices. Vigenre, dans son _Trait des chiffres_, Duret, dans son _Trsor des langues_, et divers autres anciens auteurs ont donn des modles d'alphabets attribus divers personnages clbres de l'antiquit la plus recule; M. Nodier s'exprime cet gard de la faon suivante: Les alphabets factices de Salomon, d'Apollonius et mme d'Adam ne sont pas si mprisables qu'on se l'imagine, et je n'entends pas par l qu'ils annoncent une grande puissance d'invention, mais seulement qu'ils remontent une haute antiquit et qu'ils rvlent en partie le secret d'une des oprations les plus curieuses de l'esprit humain. Ce qui donne du prix aux recueils rares o ces alphabets se rencontrent, c'est qu'on ne les a jamais reproduits depuis que l'on a fait de la grammaire positive, parce qu'ils n'appartiennent aucune langue dont il soit rest des traditions. Comme dbris d'une langue de convention qui a exist, dont nous avons perdu la clef et qui ne le cdait peut-tre en rien aux langues caractristiques de Dalgarno, de Wilkins et de Leibnitz, ces traits grossiers parlent notre intelligence avec un tout autre pouvoir que les pierres de Denderah. Forms de signes aux contours bizarres et aux formes singulires, ces caractres, qui sont, en gnral, des transformations de l'alphabet hbreu, n'ont, d'ailleurs, on le comprend de reste, aucune authenticit. L'alphabet d'noch, celui de Mose et celui de Salomon sont de pure invention, tout comme celui dont un magicien clbre, Honorius le Thbain, se servit, dit-on, pour crire ses livres de sorcellerie. Vigenre a conserv les lettres sous lesquelles cet insigne sorcier (qui n'a jamais exist) dissimulait les arcanes les plus profonds de la ncromancie. Nous croyons inutile de reproduire ces signes tranges, auxquels quelques anciens auteurs conseillent de recourir pour chiffrer, mais dont personne ne fait usage depuis bien longtemps. On peut assimiler aux alphabets factices les figures bizarres dont les recueils de secrets magiques sont remplis, et les mots invents plaisir et qu'on donnait comme possdant des proprits surnaturelles et comme renfermant un sens ignor du vulgaire. Nous ne nous tendrons pas sur ce sujet, qui demeure tranger aux ides scientifiques; nous transcrirons seulement comme chantillon une phrase prise dans un livre de sortilges et qui restera sans doute toujours inintelligible: Magabusta Berenada Surmistaras. Gorisgatpa Helotim Latintas aciton aragiaton Amka jaribai untus gilgar Selingarasch. CHAPITRE V. DU RLE DE LA CRYPTOGRAPHIE DANS LA LITTRATURE. Ier. Artifices imagins pour dguiser des dates. Il est juste de rapporter la Cryptographie les artifices qu'ont employs quelques scribes du moyen ge afin de dissimuler, sous une forme nigmatique plus ou moins ingnieuse, la date des manuscrits qu'ils transcrivaient. En voici un exemple que fournit un des manuscrits franais de la Bibliothque impriale de Paris. Ce livre fut tout parfait Eu jueillet, comme trouverez: Pour le savoir dimynuerez Ces diverses lignes par trait. Vous prandrez la teste d'un moyne, De deux cordeliers, d'un chanoyne; Et puis un () party en dux. Vous lairrez la teste Jhesus, Sainct Jehan, sainct Jacques et Jacob, Et prendrez un X cop. Puis adjoustez en ceste ryme Ung [Gl.] prince en algorithme: Si congnoistrez qu'il fut parfait Le XXIIIe jueillet. On voit que l'auteur indique, par les initiales de plusieurs mots, des lettres ayant une valeur numrique en chiffres romains, pour former par leur runion l'anne de l'achvement de sa transcription. Il s'est plu prsenter cette indication d'une manire nigmatique par un jeu assez got de son temps. La tte d'un _Moyne_, (M) mille. Y ajouter celles de deux _Cordeliers_ et d'un _Chanoine_, (CCC) trois cents. Puis, un O partag en deux, (CC) deux cents. Laisser de ct les ttes de Jhesus, de sainct Jehan, de sainct Jacques et de Jacob (4 soustraire). Prendre ensuite un X (10). La difficult consiste savoir ce que signifie _ung N prise en algorithme_. Ce dernier mot, videmment altr pour les besoins de la rime, est _algorisme_, _algorismus_, que le dictionnaire de Du Cange explique par _arithmetica_, _numerandi ars_. La lettre qu'il s'agit de considrer numriquement est un N, lettre qui ne joue point en latin le rle d'un chiffre. D'aprs la forme que lui donne le manuscrit, on voit qu'elle joue, peut se dcomposer en un V et un I, ce qui donne en chiffres: VI (six). Maintenant, en additionnant ces diffrents nombres, 1000, 300, 200, 10 et 6, puis en retranchant 4, on trouve 1512. Une date semblable, compose par le chanoine Charles de Bovelle, est cite dans la Notice de M. du Sommerard _sur l'htel de Cluny_. D'un mouton et de cinq chevaux M. CCCCC Toutes les ttes prendrez, Et icelles sans nuls travaux La queue d'un veau vous joindrez, V Et au bout adjouterez Tous les quatre pieds d'une chatte: IIII Rassemblez, et vous apprendrez L'an de ma faon et ma date. ----------------- M. CCCCC. V. IIII (1509) Pareilles inventions ne furent pas, d'ailleurs, la proprit exclusive des copistes antrieurs l'invention de la typographie; quelques volumes imprims au quinzime sicle offrent des particularits du mme genre; mentionnons-en deux exemples: Le _Doctrinal du temps prsent_, de Pierre Michault, imprim Bruges, par Colard Mansion, s'adresse ainsi au lecteur: Un treppier et quatre croissans Par six croix auec sy nains faire. Vous feront estre congnoissans, Sans faillir, de mon miliaire. Ce quatrain indique l'anne 1466: M. CCCC. XXXXXX. III III. Un petit volume trs-rare, le _Passe-temps et le Songe du triste_, publi Lyon, s'annonce comme ayant t mis au jour: L'an de trois croix, cinq croissans, ung trpier. Ce qui signifie 1530, les figures tant ranges de droite gauche: XXX. CCCCC. M. II. Des artifices employs par quelques auteurs pour dguiser leurs noms. Il a t de mode parmi certains auteurs du seizime sicle de dguiser leurs noms sous une devise qui les couvrait du manteau d'une anagramme plus ou moins ingnieuse, plus ou moins exacte. Le _Formulaire fort rcratif de tous contratz_... fait par Bredin, Lyon, 1594. Les mots _Bont ny soit_, sont en guise de signature la fin de l'avis au lecteur; on croit y reconnatre le nom anagrammatis de l'auteur: _Benoist (du) Troncy_. Nol du Fail, auteur de deux crits dont les anciennes ditions sont vivement recherches des bibliophiles (les _Propos rustiques_ et les _Baliverneries d'Eutrapel_), cacha son nom sous l'anagramme de _Lon Ladulfi_; Nicolas Denisot, conteur et pote contemporain d'Henri II, donna ses crits sous la signature du _comte d'Alsinois_. Le chevalier de Cailly, dont les spirituelles pigrammes ont reparu dans la jolie _Collection des petits classiques franois_ (1825, 9 vol. in-16), n'eut gure l'intention de se drober srieusement aux regards du public lorsqu'il se prsenta sous le nom d'_Aceilly_. Il serait facile de multiplier pareils exemples; nous signalerons Ancillon, signant du nom de _Ollincan_ son _Trait des eunuques_; nous mentionnerons Amelot de La Houssaye, d'Orlans, qui ne dguise gure la paternit de ses pesants commentaires sur Tacite, en les donnant comme l'oeuvre du sieur _de La Mothes Josseval d'Aronsel_; nous retrouverions dans Philippe Alcripe, sieur de Neri, auteur d'un recueil factieux devenu rare (la _Nouvelle Fabrique des excellens traits de vrit_), le nom de Philippe Le Picar, sieur de Rien; nous ne saurions surtout oublier l'immortel auteur du _Gargantua_ et du _Pantagruel_, matre Franois Rabelais, qui a chang son nom en celui d'_Alcofribas Nasier_. Les plus impntrables de ces pseudonymes sont peut-tre ceux que des membres d'acadmies italiennes se dcernrent, obissant ainsi une mode qui dura un instant pendant le sicle dernier. On ne se douterait qu'_Euforbo Melesigenio_ dsigne Calazo; c'est sous le nom d'_Eritisco Pilenejo_ que Pagnini livra aux presses lgantes de Bodoni sa traduction d'Anacron. Un pauvre comdien qui termina ses jours par une mort volontaire, Caron, auteur et diteur de livrets factieux, recherchs des bibliomanes, s'amusait avoir recours l'artifice peu mystrieux de la disposition rtrograde des mots. Il donna un de ses crits comme l'oeuvre du bonze _Esiab-luc_ et comme ayant t imprim _Emeluogna_. Un moine italien, Franois Columna, auteur d'un roman bizarre et obscur dont les anciennes ditions sont vivement recherches cause des figures sur bois qui les embellissent, a cach son nom et le secret de son coeur dans une phrase qu'on retrouve, en crivant, la suite les unes des autres, les lettres initiales de chacun des chapitres de cet ouvrage: POLIAM FRATER FRANCISCUS ADAMAVIT. L'auteur d'un de ces romans de chevalerie qui firent tourner la tte Don Quichotte, l'historien de Palmerin d'Angleterre, s'est galement servi d'un acrostiche du mme genre; il l'a consign dans des stances places au commencement du premier volume et dont voici l'interprtation: _Luis Hurtado, autor, al lector da salud._ Un petit pome de la fin du quinzime sicle, le _Messagier damours_, rvle par un acrostiche plac dans les huit derniers vers le nom de l'auteur, Pilvelin. III. De l'emploi que divers littrateurs ont fait de la Cryptographie. Quelques crivains ont eu recours aux procds de la Cryptographie, afin de drober aux profanes le sens de certains passages de leurs crits qu'il leur convenait de couvrir des ombres du mystre; nous pouvons en citer plusieurs exemples. Un pote du seizime sicle, rimeur peu connu, mais plein d'une verve qui rappelle parfois celle de Regnier, Marc Papillon, sieur de Lasphrise, a plac, dans ses _Oeuvres potiques_ (Paris, 1599), une tirade assez libre qu'il ne nous convient pas de transcrire en entier et dont voici le dbut: _Sel semad ed al ruoc te seuqleuq sertua erocne_ _Tois enud elliv gruob uo egalliv._ Il est facile de reconnatre que l'artifice consiste ici en ce que chaque mot doit tre lu de droite gauche. Les dames de la cour et quelques autres encore, etc. Nous trouvons, dans le mme volume, un sonnet en langue inconnue; il commence ainsi: Cerdis zerom deronty toulpini Pareis hurlin linor orifieux. Nous laissons le soin de chercher le sens de ces lignes nigmatiques aux heureux dsoeuvrs qui ont assez de temps pour donner des heures l'tude des crits du sieur de Lasphrise et assez de solidit de jugement pour apprcier tout ce que renferme d'utile et d'intressant un pareil emploi des facults intellectuelles. Un pote latin du seizime sicle, Jean de Cysinge, plus connu sous le nom de Janus Pannonius, offre des particularits semblables. En feuilletant l'dition de ses _Poemata_ (Utrecht, 1784, 2 vol. in-8), nous avons remarqu que l'pigramme 276 du Ier livre (tom. I, p. 577), _in meretricem lascivam_, est en partie chiffre; Le second vers est exprim sous cette forme: Conserui et dxoop nfouxmb delituit. et le dernier: Expecta nondum, Lucia, efgxuxk. La _Biographie universelle_, dans l'article consacr au trop clbre marquis de Sade, rapporte que, parmi les manuscrits laisss par cet crivain qui poussa l'immoralit jusqu' la dmence, il se trouvait un volumineux journal de sa captivit la Bastille, crit, en grande partie, en chiffres dont il avait seul la clef. Nous rencontrons deux ou trois pages _chiffres_ dans une composition spirituelle et piquante sortie de la plume d'un des romanciers les plus fconds et les plus en vogue du dix-neuvime sicle. Ouvrez la _Physiologie du mariage_, par M. de Balzac; cherchez dans la Mditation XXV le paragraphe intitul: _des Religions et de la Confession considres dans leur rapport avec le mariage_, vous y lirez ce qui suit: La Bruyre a dit trs-spirituellement: C'est trop contre un mari, que la dvotion et la galanterie; une femme devrait opter. L'auteur pense que La Bruyre s'est tromp. En effet: Lsuotru e-ne_d_tnim dbreaus jive_c_ udnt let_t_ em_r_nu eaCmetss esosi ost pfsaoiylao tt demon sleuiod pne nr unsmneuj eeus_g_ ienqseuedro_t_e_a_pt... Nous nous garderons bien d'insrer ici en entier cette longue citation, et nous convenons franchement que nous n'avons pas cherch trouver la clef du systme cryptographique invent par le joyeux physiologiste. Quelques-uns des nombreux lecteurs de la _Physiologie du mariage_ ont sans doute t plus intrpides et plus heureux que nous. Terminons en mentionnant une autre particularit dans le genre de celles que nous signalons ici. Les _Oeuvres potiques_ du sieur de La Charnais, gentilhomme nivernois, renferment 118 nigmes, dont une table, en deux pages, donne la clef. Cette table est grave l'envers, en sorte que, pour la lire, il faut avoir recours un miroir. L'auteur a, d'ailleurs, eu le soin de donner dans sa prface cette explication ses lecteurs. C'est une singularit dont il serait sans doute difficile de trouver d'autres exemples. Un crivain amricain, Edgar Po, auteur de contes pleins de talent et d'originalit[7], a, dans un de ses rcits, le _Scarabe d'or_ (_the Gold-Bug_), racont comment un homme, dou d'une intelligence pntrante et chercheuse, sut parvenir la dcouverte d'un trsor considrable enfoui par des pirates dans un coin recul de la Louisiane, trsor dont le gte tait indiqu par une srie de chiffres sur un vieux morceau de parchemin que le hasard plaa sous ses yeux habitus voir juste et loin. Voici quelle tait la premire ligne de cet crit: 53 +++ 305) 6*; 4826) 4 +); 808*; 48 + 8 60 [Gl.] 85; 1 + (;1. + * 8) [Note 7: Consultez une notice intressante insre dans la _Revue des Deux-Mondes_, octobre 1846. Autant de rcits, autant d'nigmes sous diverses formes et avec des costumes divers. Posie, invention, effets de style, enchanement du drame, tout est subordonn une bizarre proccupation qui semble ne connatre qu'une facult inspiratoire, celle du raisonnement; qu'une muse, la logique. L'auteur s'occupe de juger, de classer les probabilits; et il emploie pour ceci cet instinct, cette sagacit particulire l'homme, plus ou moins sre chez l'un que chez l'autre, et qui varie de puissance comme de but, suivant les aptitudes et le mtier de chacun.] En examinant quels taient les signes qui revenaient le plus souvent et quels taient ceux qui taient les plus rares; en constatant que le caractre 8 se prsentait 33 fois, ; 26 fois, 4 19 fois, +) 16 fois; en observant quelles sont les lettres qui, en anglais, entrent le plus dans la composition des mots; en tenant compte des combinaisons et des juxtapositions qu'amnent les lois de l'orthographe, le mystre fut pntr. Mais laissons les lecteurs chercher eux-mmes dans les pages de M. Po comment s'accomplit ce tour de force. CHAPITRE VI. DES LIVRES CLEF. Ils font encore partie du domaine de la Cryptographie, ces livres dans lesquels on a voulu, au moyen de l'anagramme des noms ou de tout autre artifice, dpayser le lecteur et lui donner, presque toujours peu srieusement, le change sur le vritable sens des pages qu'on mettait sous ses yeux. Les compositions satiriques, les crits qui ne mnagent nullement la religion et la dcence, forment presque toujours la catgorie o rentrent les livres clef. Nous allons en citer quelques-uns. Les _Princesses malabares_: ce livre irrligieux, attribu Lenglet-Dufresnoy et imprim Rouen, en 1724, sous la fausse indication d'Andrinople, est parfois accompagn d'une clef, dont voici une partie: _Mison_ (Simon), saint Pierre; _Tuotalic_, catholique; _Rasoni_, raison; _Roligine_, Religion; _Ema_, me; _Chterine_, chrtienne; _Glise_, glise; _Vaddi_, David, etc. On voit que l'auteur a eu recours au plus vulgaire et au plus facile de tous les moyens de dguisement, l'anagramme, procd bien candide et bien naf, puisque les lments du mot se prsentent d'eux-mmes qui prend la peine de les chercher. ct du livre que nous venons d'indiquer, plaons: Les _Aventures de Pomponius_ (par Labadie), _Rome_ (Hollande), 1725. Ce rcit allgorique, dirig contre le rgent (Philippe d'Orlans) et ses favoris, prsente aussi des noms cachs sous le voile de l'anagramme: _Relosan_, Orlans; _Lauges_, Gaules; _Cilopang_, Polignac; _Judosb_, Dubois; _Nedoc_, Cond; _Xeamu_, Meaux. Dans les _Veilles du Marais ou Histoire du grand prince Oribeau et de la vertueuse princesse Oribelle_, par Rtif de la Bretonne, tous les noms sont travestis: Rousseau devient _Assuero_, et Voltaire _Iratlove_. N'oublions pas les _Soupers de Daphn et les Dortoirs de Lacdmone_ (par de Querlon), 1740. Une clef imprime se trouve dans un trs-petit nombre d'exemplaires de cette satire lance contre la cour de Louis XV; M. Nodier l'a reproduite dans ses _Mlanges extraits d'une petite bibliothque_, o il a galement plac la clef d'une _nouvelle_ de Brmond qui met en scne, sous des noms dguiss, le roi d'Angleterre Charles II et ses favorites: _Hattig, ou les Amours du roi de Tamaran_, Cologne, 1676. Les _Amours de Zokinizul, roi des Korfirans_, prsentent un mystre qu'il est facile de percer; l'anagramme complaisante nomme d'elle-mme: Louis XV, roi des Franais. Indiquons encore: Les _Visites_, par mademoiselle de Kralio, Paris, 1792, in-8. _Voyage du Vallon tranquille_ (par Charpentier), rimprim en 1796 avec des notes servant de clef, par Mercier de Saint-Lger et Adry. _Histoire de la princesse de Paphlagonie_, par mademoiselle de Montpensier. _Paris, Histoire vridique, anecdotique, morale et potique_, avec la clef, par Chevrier, La Haye, 1767. _Galerie des tats gnraux_ (par Mirabeau, de Luchet, etc.). Ne laissons pas chapper, dans cette numration rapide et ncessairement fort incomplte, un ouvrage clbre, le _Cymbalum mundi_, de Bonaventure Des Periers. M. Nodier s'est fort occup de cet crit, qu'il qualifie de production bizarre et hardie, petit chef-d'oeuvre d'esprit et de raillerie, modle presque inimitable de style dans le genre familier et badin, et l'un des plus prcieux monuments de la charmante littrature du seizime sicle. Le _Grand Dictionnaire historique des Prcieuses_, par Somaize, 1661, n'offre qu'une nigme perptuelle, lorsque la clef n'y est pas jointe. Vogt, dans son _Catalogus librorum rariorum_, mentionne un recueil de posies, d'une bizarre mysticit, imprim en 1738 et qui fut dfendu. Les noms y sont anagrammatiss; _Madaavemania_ est l'me (_anima_) d'Adam et d've qui dlivre Sirchtus (_Christus_); _Rifeluc_ est Lucifer; _Moscos_ dsigne _Cosmos_, le Monde, etc. Nous nous garderons bien de tout citer en ce genre; aussi laisserons-nous de ct un fastidieux roman du chevalier de Mouhy, intitul les _Mille et une Faveurs_, 1740, 5 vol. in-18. Dans cette longue narration, les noms des personnages sont dguiss sous le voile de l'anagramme, se prsentant sous un aspect fort bizarre, tels que Croselivesgol, Tofmenie, Onveexpic, Lodeorbarli, Coufartoc, Senacso, Sanistinva, Netosniss, Fonternouesa, Tanitbadan, Veoldafitular; en les dcomposant on y trouve des mots trs-propres inspirer le plus juste effroi au chaste lecteur. CHAPITRE VII. DU DCHIFFREMENT. Il faut de la patience et de la sagacit pour arriver la lecture d'une dpche chiffre qui a t intercepte. Cette tche peut offrir les plus graves difficults, lorsqu'on ignore dans quelle langue est crite la dpche saisie; ou bien lorsque, pour l'crire, il a t form un mlange de divers idiomes; lorsqu'on a fait emploi de plusieurs alphabets; lorsque les non-valeurs sont nombreuses et rparties avec intelligence; lorsque les mmes syllabes, les mmes mots, les mmes noms, se trouvent exprims par des signes diffrents; lorsque les mots sont crits la suite les uns des autres sans sparation, ou lorsqu'ils sont spars, non comme ils devaient l'tre selon les rgles grammaticales, mais d'une faon arbitraire qui droute l'observateur. Le dchiffreur doit tre trs-vers dans tous les procds de la Cryptographie; s'il n'a lui-mme souvent chiffr des dpches, s'il ne connat fond toutes les ruses de l'art, s'il ne s'est amus vouloir inventer des procds nouveaux, s'il n'a fait de toutes les combinaisons cryptographiques une tude srieuse et patiente, il chouera dans toutes ses tentatives, quand il se verra en prsence d'un chiffre difficile. La premire chose faire est de dresser le catalogue des caractres qui composent le chiffre et de noter combien chacun est rpt de fois. Ceci fait, on examine leurs combinaisons; on tourne, on retourne, on dispose de toute faon ces caractres, jusqu' ce que des conjectures se prsentent avec vraisemblance sur l'attribution de tel ou tel caractre telle ou telle lettre. Pour arriver ce but, il faut que la plupart des caractres se trouvent plus d'une fois dans le chiffre; si l'crit est fort court, si une mme lettre est dsigne par des caractres diffrents, les difficults deviennent de plus en plus srieuses: Nous allons emprunter un crivain hollandais judicieux, S'Gravesand, un exemple relatif un chiffre crit en latin. A B C ----- --- ---- abcdefghikf:lmkgnekdgeihekf: D E F ----- ----- ---- bceeficlah fcgfg inebh fbhic eikf: G H I K -------- ----- ------ fmfpimfhiabc qilcb eieacgbfbe bg L M ----- --- pigbgrbkdghikf: smkhitefm. Les barres, les lettres majuscules A, B, les signes de ponctuation ne font pas partie du chiffre; nous les avons ajouts afin de faciliter l'explication: Ce chiffre donne: 14 f 3 d 14 i 2 b 12 b 2 n 11 e 2 p 10 g 1 o 9 c 1 q 8 h 1 r 8 k 1 s 5 m 1 t 4 a Enfin, il y a en tout dix-neuf caractres, dont cinq seulement une fois. Je vois d'abord que _h i k f_ se trouvent en deux endroits (B, M); que _i k f_ se trouvent en un seul (F); enfin, que _h e k f_ (C) et _h i k f_ (B, M) ont du rapport entre eux. D'o l'on peut conclure qu'il est probable que ce sont des fins de mots, ce qu'on indique par les deux points: Dans le latin, il est ordinaire de trouver des mots o des quatre dernires lettres les seules antpnultimes diffrent; lesquelles, en ce cas, sont habituellement des voyelles, comme dans _amant_, _legunt_, _docent_, etc.; donc _i_, _e_ sont probablement des voyelles. Puisque _f m f_ (voyez G) est le commencement d'un mot, on peut raisonnablement conjecturer que _m_ ou _f_ est voyelle, car un mot n'a jamais trois consonnes de suite, dont deux soient les mmes, et il est probable que c'est _f_ puisque _f_ se trouve quatorze fois et _m_ seulement cinq; donc _m_ est consonne. De l allant K ou _g b f b c b g_, on voit que, puisque _f_ est voyelle, _b_ sera consonne dans le _b f b_, par les mmes raisons que ci-dessus; donc _c_ sera voyelle, cause de _b c h_. Dans L ou _g b g r b_, _b_ est consonne; _r_ sera consonne, parce qu'il n'y a qu'un _r_ dans tout l'crit; donc _g_ est voyelle. Dans D ou _f c g f g_, il y aurait donc un mot ou une partie de mots en cinq voyelles, mais la chose est impossible. Il n'y a point de mot latin qui prsente cette particularit; on se tromperait donc en prenant _f c g_, pour voyelles; donc ce n'est pas _f_, mais _m_ qui est voyelle, et _f_ consonne; donc _b_ est voyelle (voyez K). Dans cet endroit K, on a la voyelle _b_ trois fois, spare seulement par une lettre; or on trouve dans le latin des mots o pareille circonstance se rencontre, tels que _edere_, _legere_, _munere_, _si tibi_, etc., et comme c'est la voyelle _e_ qui est le plus frquemment dans ce cas, il faut en conclure que _b_ correspond probablement l'_e_, et _i_ _r_. En oprant successivement de semblable manire sur toute la phrase chiffre, on finit par en dcouvrir le sens, et on trouve que le chiffre que nous avons reproduit, doit se traduire de la manire suivante: _Perdita sunt bona; Mindarus interiit: urbs strata humi est. Esuriunt tot quot superfuere vivi; prterea qu agenda sunt consulito._ Les mots composs d'un trs-petit nombre de syllabes doivent tre les premiers dont on s'occupe dans les oprations du dchiffrement. Ils laissent sans trop de peine les voyelles se rvler, et cette dcouverte conduit celle des consonnes. La connaissance exacte des principes gnraux qui rgissent l'orthographe des diverses langues est le fil qu'il faut suivre dans ces oprations minutieuses. Indiquons quelques-uns des principes qui servent de guide pour oprer le dchiffrement d'un crit en langue franaise. Le signe qui revient le plus souvent, surtout la fin des mots, dsigne la voyelle _e_. Cette lettre est la seule qui, la fin d'un mot, se rpte deux fois, comme dans _dsire_, _fuse_, etc. Ainsi, lorsqu'on trouve le mme signe plac deux fois la fin d'un mot, il y a toute probabilit que ce signe reprsente l'_e_. La voyelle _e_, dans un mot de deux lettres, est toujours prcde des consonnes _c d j l m n s t_ ou suivie de celles _n t_. Indpendamment de l'interjection _o_, qui n'est gure employe dans une dpche secrte, il n'y a en franais que deux lettres qui, seules, forment un mot complet. Ces lettres sont _a_ et _y_. Si l'on trouve un signe isol dans le texte chiffr, il est croire qu'il correspond une de ces deux lettres. Dans les mots forms de deux lettres o se trouve la voyelle _a_, elle prcde d'ordinaire les lettres _h_, _i_, _u_, comme dans _ah ai au_, ou bien elle est aprs les lettres _l_, _m_, _n_, _s_, _t_, comme dans _la_, _ma_, _sa_, _ta_. Des diphthongues, _ai_, _au_, _eu_, _oi_, _ou_, la dernire est celle qui revient le plus souvent, surtout dans les mots de quatre syllabes. Lorsque la lettre _e_ est l'avant-dernire d'un mot, ce mot se termine d'ordinaire par l'une de ces deux consonnes, _r_ ou _s_. Lorsque la voyelle est suivie d'une autre voyelle, c'est habituellement d'un _e_. Il est rare qu'un mot finisse par les consonnes _b_, _f_, _g_, _h_, _p_, _q_. Les mots forms de trois lettres sont ceux qui donnent le plus de peine au dchiffreur, lorsque la mme lettre s'y trouve deux fois comme dans _t_, _ici_, _non_, _ses_. Supposons que vous avez dcouvert le monosyllabe _le_ et que vous ayez un autre mot de trois lettres dont les premires sont _l_ et _e_, vous jugerez que la troisime est un _s_, attendu qu'elle est la seule qui, dans un mot de trois lettres, puisse aller aprs le monosyllabe _le_ et former le mot _les_. Ds que vous serez parvenu connatre ce mot _les_, si vous trouvez un mot dont les deux premiers signes soient un _e_ et un _s_, vous en conclurez que le troisime, qui vous est encore inconnu, doit tre la lettre _t_, et que ces trois signes expriment le mot: _est_. Ayant dcouvert la lettre _s_, vous examinerez si elle ne se trouve pas prcder un mot de deux lettres, dont la seconde ne soit pas la lettre _e_, que vous connaissez dj. Alors ce sera ncessairement un _a_ ou un _i_. Pour vous en assurer, voyez si, dans d'autres endroits, ce dernier signe ne prcde pas, dans un autre mot de deux lettres, la lettre _l_; en ce cas, vous serez certain que c'est un _i_. Si, au contraire, dans un autre mot de deux lettres, ce signe suit la lettre _l_, vous en conclurez qu'il dsigne l'_a_. Lorsque ces premires recherches vous auront rvl six signes ou lettres, savoir les trois voyelles _a e i_, et les trois consonnes _l s t_, elles vous conduiront dcouvrir des mots composs d'un plus grand nombre de lettres, tels, par exemple, que le mot _lettre_, o tout se trouvera connu, except la lettre _r_, lettre que ds ce moment vous pourrez ajouter celles que vous connaissez dj. Le mot _cette_, o tout sera connu except la lettre _c_, le mot _ville_ o la lettre _v_ seule tait encore un mystre, se rvleront d'une faon analogue. Quand vous serez ainsi parvenu connatre sept ou huit mots, vous trouverez sans trop de peine les autres, en recherchant quelles sont les lettres qu'il convient de mettre entre celles qui sont dj connues pour en former des mots. En peu de temps, vous obtiendrez, par ce procd, une clef qui servira dchiffrer aisment toute la dpche. Disons encore quelques mots l'gard des principes qu'il s'agit d'avoir en vue pour divers idiomes europens. En anglais, l'_e_ est la voyelle qui revient le plus frquemment; elle est assez souvent suivie d'un _a_ comme dans _earl_ (comte), _great_, _reason_. L'_o_ est commun dans les mots forms de deux lettres; il est maintes fois accompagn du _w_, comme dans _grow_, _know_, _narrowly_. L'_y_ se rencontre souvent la fin des mots et presque jamais au milieu. L'article indclinable _the_ (le, la, les) reparat frquemment. Les consonnes doubles que l'on trouve la fin des mots, sont _ll_ et _ss_. En italien, les mots se terminent le plus souvent par une des quatre voyelles, _a_, _e_, _i_, _o_; l'_u_ est rare en pareil cas. _Che_ est le plus frquent des mots composs de trois lettres, et aucun d'eux, si ce n'est _gli_, n'offre un _l_ pour lettre du milieu. La langue espagnole prsente des mots d'une grande tendue, tels que _arrepentimiento_, _verdaderamente_. La voyelle _o_ est celle qui est la plus frquente; la fin des mots, elle est souvent accompagne de l'_s_, comme dans _nosotros_, _votos_. Au milieu des mots, _u_ est frquemment suivi d'un _e_; _vuestro_, _ruego_. Passons l'allemand. L'_e_ est la voyelle la plus usite; elle se prsente frquemment l'extrmit des mots de plusieurs syllabes; ils finissent en _er_, _es_, _en_ ou _et_. L'_n_ est la consonne qui revient le plus souvent; l'_a_ n'est jamais la fin d'un mot compos de trois lettres; la consonne _c_ est toujours lie au _h_ ou au _k_. Il n'y a qu'un seul mot form d'une seule lettre, c'est l'exclamation _o!_ On ne compte que deux mots de quatre lettres qui se terminent en _enn_, _wenn_ et _denn_. Presque tous les mots de quatre lettres commencent par une consonne qu'accompagne une voyelle, exemples: _bald_, _dein_, _doch_, _etwn_, _Hand_. C. A. Kortum, dans ses _Principes_ (en allemand) _de la science du dchiffrement des crits chiffrs en langue allemande_, donne ce sujet de trs-longs dtails qu'il serait trs-superflu de placer ici, et il soumet aux rgles qu'il expose deux dpches chiffres. La premire ne prsente que des lettres: Efs ekftfo Tabwc efs fsef hkfcu Fs xbs hftffhopu woe hfmkfcwu.... La seconde est plus complique; les lettres sont entremles de chiffres et les mots ne sont pas spars: 64mf4km134kc4o4kng43e4p m24o4kq25293edk6n4kmm3b13...... En tudiant le retour des signes et leur arrangement, on arrive dcouvrir successivement quelques lettres, et, une fois qu'elles sont connues, elles sont d'un secours pour arriver connatre les autres. Les rgles pour le dchiffrement, telles qu'elles ont t exposes par divers auteurs, reposent, on le voit, sur le plus ou moins d'abondance de certaines lettres dans les mots, et sur leur rapprochement. Afin de drouter les conjectures, il faut, lorsqu'on chiffre des dpches, crire les mots sans aucune sparation, entremler des mots pris dans une langue avec d'autres mots emprunts un idiome diffrent et ne point se conformer scrupuleusement aux rgles de l'orthographe. En abrgeant les mots ou en les modifiant, il convient toutefois d'avoir soin de ne pas les dnaturer au point de laisser du doute sur leur signification; les caractres nuls, intercals propos et dont la non-valeur est inconnue au dchiffreur, peuvent achever de rendre tous ses efforts infructueux. C'est pour avoir nglig pareilles prcautions, et pour s'tre bornes l'emploi de caractres mystrieux et de chiffres rangs dans l'ordre habituel et orthographique des mots, que des personnes qui croyaient avoir parfaitement dguis leur pense ont t tout tonnes de voir que leur secret n'en tait pas un. Voici un fait de ce genre. M. Decremps, auteur de la _Magie blanche dvoile_, se vantait de parvenir promptement percer les mystres les plus difficiles. Afin de l'prouver, un de ses amis lui adressa un jour quelques lignes qu'il avait crites en caractres dont il avait fait choix. M. Decremps, en tudiant le retour plus ou moins frquent de ces caractres, en cherchant de quelle faon ils se montraient groups entre eux, reconnut qu'ils reprsentaient les diverses lettres de l'alphabet; il trouva successivement qu'un oiseau exprimait la lettre _a_; que l'_e_ tait rendu par une tte vue de profil, et l'_i_ par la figure d'un verre patte. Muni de cette clef, il dcouvrit bien vite qu'on lui avait adress copie de quelques vers d'une traduction d'une des odes d'Anacron, et il causa son ami l'tonnement le plus vif, en prouvant que ce que ce dernier avait cru parfaitement cach tait dvoil. CHAPITRE VIII. DES CRITURES OCCULTES. On donne le nom d'_encre de sympathie_ aux substances dont on fait usage, qui ne laissent point de traces sur le papier et qui apparaissent derechef, lorsqu'elles sont soumises l'action de divers procds. Lorsqu'on veut avoir recours un pareil moyen, il faut faire attention ce que la dpche ostensible ne mentionne rien qui puisse donner lieu quelque soupon. Le papier doit conserver sa couleur et son clat habituels. Les phrases traces l'encre ordinaire doivent tre conues de manire que le lecteur, sous les yeux de qui elles tomberaient, n'ait aucune raison de croire qu'elles n'expriment pas rellement la pense de l'crivain et qu'elles n'appartiennent pas une correspondance srieuse. On tracera sur les marges, entre les lignes ou sur le ct du feuillet demeur blanc, ce que l'on veut communiquer en secret. Il importe que les passages crits en encre sympathique demeurent invisibles jusqu' l'accomplissement des procds qui doivent les rendre au jour; il faut qu'aprs l'application de ces procds ils puissent tre lus nettement et sans difficult. On convient d'un signe quelconque qui, plac soit sur l'adresse, soit dans le corps de la lettre, indique, celui qui la reoit, qu'il y a des passages tracs en encre de sympathie. Nous n'avons pas besoin d'ajouter que ce signe doit tre mis de manire chapper aisment aux regards des curieux et n'offrir aucune importance apparente. Il est des caractres qui reparaissent, lorsqu'on rpand sur eux quelque poudre. On peut tracer sur le papier une criture invisible de ce genre, avec tous les sucs glutineux et non colors des plantes ou des fruits, ou bien avec de la bire, du lait, des liqueurs grasses ou aqueuses. On laisse scher ce qu'on a crit. Pour le rendre visible, on frotte la feuille de papier avec une poudre trs-fine et de couleur fonce; du charbon pil extrmement menu, du cinabre, du bleu de Prusse, peuvent servir cet usage. La poudre s'attache aux lettres qui ont t traces et elle la fait revivre. Diverses critures deviennent visibles, lorsqu'on les expose au grand jour. L'extrait de saturne, tendu d'eau, donne une criture invisible qui apparat et devient noirtre, lorsqu'elle est livre l'action de l'air. On obtient un rsultat semblable avec de l'argent dissous dans de l'acide nitrique; les caractres tracs avec pareil liquide deviennent verdtres, lorsqu'ils sont exposs l'air; placs de manire recevoir les rayons du soleil, ils se montrent d'un noir rougetre. On peut aussi se servir de substances qui reparaissent, lorsque le papier est fortement chauff. Ce qui est crit avec du lait devient rougetre; Avec du jus de cerise, verdtre; Avec du jus d'oignon, noirtre; Avec du jus de citron, brun; Le vinaigre donne une couleur rouge ple; Le lait, une couleur rousse, ainsi que l'acide vitriolique affaibli dans une certaine quantit d'eau. Le cobalt, le vitriol, et d'autres agents chimiques, ont t employs avec plus ou moins de succs dans la composition d'encre de sympathie de diffrents genres. On a dcouvert des substances bonnes pour former des caractres qui ressuscitent, pour ainsi dire, lorsque le papier auquel on les a confis est lgrement mouill ou lorsqu'il est plong dans l'eau. crivez avec de l'alun dissous dans l'eau, mouillez le papier dont vous vous tes servi et prsentez-le au jour: vous distinguerez trs-bien ce qui tait invisiblement crit; les caractres seront beaucoup plus obscurs que le reste du papier, et il leur faudra bien plus de temps pour s'imbiber. En crivant avec un liquide form d'une portion d'eau-forte et de trois portions d'eau, on obtient des caractres qui ne paraissent pas, lorsque le papier est plong dans l'eau; mesure qu'il sche, ils disparaissent. Ils pourront devenir visibles une seconde et mme une troisime fois. Il est aussi des critures occultes qui reparaissent, lorsqu'on les humecte avec un liquide appropri. C'est ainsi qu'une dissolution de vitriol ou de couperose donne des caractres qui se montrent l'oeil, lorsqu'on frotte le papier avec une ponge imbibe d'un liquide, dont voici la composition: noix de galle concasses et mises dans de l'eau ou du vin blanc. On obtient le mme rsultat, en plaant cette criture invisible entre deux papiers lgrement imbibs de cette dernire dissolution; il faut que le tout soit enferm et serr dans un livre pendant quelques moments. Un procd assez ingnieux consiste masquer l'criture invisible au moyen d'autres caractres que l'on trace dessus en se servant d'une encre forme de paille d'avoine brle et dlaye dans de l'eau. Quant on passe l'ponge, cette criture disparat et laisse voir la place celle qui tait invisible. L'extrait de saturne donne un marc, avec lequel on trace une criture, qui, une fois sche, ne parat plus; afin de la rendre visible, il suffit d'imbiber le papier de jus de citron ou de verjus, et alors elle paratra d'un blanc de lait qui ressortira sur la blancheur du papier. Des caractres tracs avec du bleu de Prusse paratront d'un bleu clatant, si on les imbibe avec la dissolution acide du vitriol vert. Une dissolution d'or fin dans de l'eau vgtale, coupe avec de l'eau pure, fournit une encre sympathique qui disparat en schant, lorsqu'on veille tenir le papier renferm et le soustraire l'influence du grand air. Ces mmes caractres, exposs au soleil, reparatront au bout d'une heure ou deux. Disons, une fois pour toutes, que, dans l'criture occulte, il faut employer des plumes neuves et affectes cet usage spcial. Les anciens auteurs qui ont crit sur la Cryptographie n'ont point oubli les procds que nous indiquons. Vigenre explique longuement qu'il faut escrire avec de l'alun brl, ou du sel ammoniac, ou du camphre, destrempez en eau, ce qu'estant sec blanchist pair du papier, qu'il faut tremper puis aprs dans de l'eau qui le rend noir et l'escriture demeure blanche, ou le chauffer devant le feu, tant que le papier roussisse et l'encre s'offusque; le mesme faict le jus d'oignon et l'eau encore toute simple. Si l'on trasse quelque chose sur le bras, un autre endroit du corps, avec du laict ou de l'urine, en jectant de la cendre dessus, elle y adhre et monstre ce qui y aura t desseign. Le sel ammoniac, resouls part soy la cave ou autre lieu humide, si on escrit de ceste liqueur, tout demeure blanc; frottez le papier avec du coton tremp en eau distille de vitriol ou de couperose: l'escriture apparoistra noire. Il y a un autre artifice de faire une petite incision un oeuf, avec la pointe d'un tranche-plume bien affil, par laquelle on fourre dedans de petits billets de papier escris des deux costez, de la largeur de l'ouverture, non plus grande que de petit doigt et y en peult assez tenir. Puis, on la replastre avec de la craye ou ceruse, et de la chaulx vive empastes avec de la glaise. Si qu'il seroit bien malais d'y rien remarquer ne connoistre, quand bien mesme on les aurait fait durcir et peller, car cela demeure enclos en leur substance, sans que rien paroisse dehors. Il y a un autre malin artifice qui se faict avec de l'alun brusl, destremp en eau dont on escrit sur du papier: estant sec, tout deviendra blanc. On brusle d'autre part de la paille de froment qu'on estend en un linge, sur quoy on passe de l'eau tiedde par tant de fois qu'elle ait emport toute la noirceur de la paille: puis, on escrit de cette encre, sur l'escriture blanche dessusdite, ce qu'on ne veut pas tenir secret: et pour lire ce qui est cach, s'effaant ce qui apparoit manifeste, il fault avoir de l'eau-de-vie o l'on aye fait tremper des noix de galle concasses grossirement, tant que l'eau-de-vie en ait attir et embeu la teinture avec du coton mouill dedans; l'escriture apparente s'esvanouira et l'occulte viendra se descouvrir, noire comme est la commune. En quoy il y a certain secret qu'il ne m'a pas sembl devoir divulguer, non plus que d'une autre manire d'encre qui s'efface d'elle-mesme en quinze jours ou trois sepmaines, compose de pierre de touche, sablon d'Estampes, sang de pigeon, noix de galle et autres ingrediens, mesme de l'huille de tartre avec laquelle il fault destremper le tout, y adjoustant un peu d'encre affoiblie avecques de l'eau. De son ct, Porta indique ce qu'il appelle une manire trs-simple d'crire sur la peau en caractres ineffaables: c'est avec de l'eau-forte imprgne de cantharides; ou, si l'on veut que l'criture ne soit visible que pendant quelques jours, il faut employer, pour crire sur la peau, une dissolution d'argent ou de cuivre dans de l'eau-forte, et cette opration peut se faire sur un homme endormi, sans qu'il le sache. Rsumons les autres dtails dans lesquels cet auteur et ses mules entrent l'gard du sujet qui nous occupe. L'criture faite avec une eau de vitriol ne devient visible, qu'en passant par-dessus de la dcoction de noix de galle. Le sel ammoniac, avec la chaux ou le savon, donne l'criture une couleur blanche. Aprs avoir critiqu l'antique secret des tablettes enduites de cire, Porta indique les procds suivants: crivez avec de la graisse de bouc sur du marbre; les lettres, en schant, deviennent invisibles; plongez le marbre dans le vinaigre, elles reparaissent sur-le-champ. Imprimez sur un bois tendre, tel que celui de tilleul, de peuplier ou autre, des caractres, la profondeur d'un demi-doigt; aplatissez ce bois la presse jusqu' ce que le creux ait entirement disparu et qu'on ne voie plus de traces de lettres; celui qui vous enverrez ce morceau de bois lira l'criture en le plongeant dans l'eau. Enduisez un oeuf de cire; crivez dessus, de manire pntrer jusqu' la coquille sans l'endommager; tenez l'oeuf pendant une nuit dans une dissolution d'argent par l'acide nitreux; ensuite, enlevez la cire, caillez l'oeuf et mettez la coquille entre votre oeil et la lumire, les lettres paraissent plus transparentes et trs-lisibles. La mme chose a lieu en crivant avec du jus de citron, qui amollit la coquille de l'oeuf: faites durcir un oeuf, enduisez-le de cire, gravez sur la cire des lettres qui laissent la coquille dcouvert; mettez l'oeuf dans une liqueur faite avec des noix de galle et de l'alun broys ensemble; ensuite passez-le dans de fort vinaigre: les caractres pntreront plus avant; tez la coquille, et vous verrez sur le blanc de l'oeuf de belles lettres couleur de safran. critures que l'eau rend visibles: Qu'on crive avec du jus de citron, ou de coing, ou d'oignon, ou tout autre suc acide; quand ces lettres sont sches, on n'aperoit rien; crivez, entre les lignes, avec de l'encre, des choses indiffrentes, afin de drouter tout soupon. En approchant la lettre du feu, l'criture cache devient lisible. Broyez du sel ammoniac, mlez-le dans l'eau, crivez avec cette liqueur: l'criture paratra de la mme couleur que le papier; approchez-le du feu, les lettres paratront noires. Si l'on crit avec du jus de cerises, l'criture paratra verte au feu. Il est aussi des critures qu'on peut rendre visibles par l'emploi de l'eau seule. Ce que l'on crit avec une dissolution d'alun devient invisible, en schant; il ne faut que plonger le papier dans l'eau pour faire revivre l'criture. Une lettre crite sur du papier avec une eau de vitriol distille ne devient visible qu'en plongeant le papier dans une infusion de noix de galle avec du verjus ou du vin, On broie aussi de la litharge que l'on met dans du vinaigre ml d'eau; on passe la dcoction la chausse, et on la met part; on trace ensuite, sur la pierre, sur quelque partie du corps ou sur toute autre matire, avec du jus de citron, des caractres, qui, tant secs, n'ont aucune apparence d'criture; en passant par-dessus de l'eau de litharge, les caractres paraissent blancs comme du lait. Rabelais dont l'rudition encyclopdique touchait toutes sortes de sujets, n'a point oubli les divers procds de l'criture occulte; il fait mention d'une lettre qu'une dame de Paris envoie Pantagruel, lettre qui renfermait un anneau d'or, mais dans laquelle il ne se trouvait rien d'crit. Panurge s'efforce de dcouvrir le sens de cette missive, disant que la feuille de papier estoyt escripte, mais l'estoyt par telle subtilit que l'on n'y voyoit point d'escripture. Il la mist auprs du feu pour veoir si l'escripture estoyt faicte avec du sel ammoniac dtremp en eaue. Puys, la mist dedans l'eaue pour savoir si la lettre estoyt escripte du suc de tithymale. Puys, la monstra la chandelle, si elle estoyt point escripte du jus d'oignons blancz. Puys, en frotta une partie d'huylle de noix, pour veoir si elle estoyt point escripte de lexif de figuier. Puys, en frotta une part de laict de femme alaictant sa fille premire ne, pour veoir si elle estoyt poinct escripte de sang de rabettes. Puys, en frotta un coing de cendres d'ung nid d'arondelles, pour veoir si elle estoyt escripte de rose qu'on trouve dans les pommes d'alicacahut. Puys, en frotta ung aultre bout de la sanie des aureilles, pour veoir si elle estoyt escripte du fiel de corbeau. Puys, la trempa en vinaigre, pour veoir si elle estoit escripte de laict d'espurge. Puys, la graissa d'axunge de souris chaulves, pour veoir si elle estoit escripte avec sperme de baleine, qu'on appelle ambre gris. Puys, la myst tout doulcement dans un bassin d'eau fraische et soubdain la tira, pour veoir si elle estoyt escripte avec alun de plume. Rabelais cite, l'occasion de ces tentatives infructueuses, trois auteurs auxquels la Cryptographie serait redevable d'importants travaux: Messere Francesco di Nianse, le Thuscan, qui ha escript la manire de lire les lettres non apparentes; Zoroaster, dans son trait _peri grammaton acriton_, et Calphurnius Bassus, _de litteris illegibilibus_. Cet auteur Thuscan et ces livres grecs et latins sont tout fait inconnus; il faut donc assigner l'imagination de matre Franois le mrite de les avoir crs. BIBLIOGRAPHIE Il nous reste signaler les principaux ouvrages qui se rapportent aux diverses branches de l'Art d'crire par chiffres; nous ne prtendons pas offrir une liste absolument complte; c'est un but qu'on ne saurait jamais se flatter d'atteindre, mais nous esprons du moins ne pas avoir oubli d'crits d'une importance relle. Nous avons adopt l'ordre alphabtique comme tant celui qui facilite le mieux les recherches. _Anweisung zum Dechiffriren, oder die Kunst verborgene Schriften aufzuloesen_, Helmstadt, 1755, in-8. BACO (Franc. de Verulamio). _De dignitate et augmentis scientiarum_, lib. VI, c. I. Voir ses _Opera omnia_. Francof., 1665, folio, pag. 147-151. BECHERUS (J. J.). _Character pro notitia linguarum universali, invenium steganographicum hactenus inauditum_, etc. Francofurti, 1661, in-8. 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COLLETET. _Traittez des langues estrangres, de leurs alphabets et des chiffres_, Paris, Prom, 1660, in-4.--C'est un abrg imparfait du _Trait des chiffres_ de Vigenre, et il aurait tous les caractres du plagiat si Colletet lui-mme n'avait pas prvenu cette accusation avec une franchise peu commune. COLORNI (Abr.). _Scotografia italica_, Praga, 1593, in-4. COMIER (d'Ambrun). _Trait de la parole, langues et critures, contenant la stnographie impntrable, ou l'Art d'crire et de parler occultement de loin et sans soupon_. Bruxelles, 1691, in-12. CONRADI (Dav. Arn.). _Cryptographia denudata, sive ars deciferandi qu occulte scripta sunt in quocunque linguarum genere_, Lugd. Bat., 1739, in-8, 73 pag. COSPI. _L'Interprtation des chiffres, ou Reigle_ (sic) _pour bien entendre et expliquer facilement toutes sortes de chiffres simples_, tir de l'italien du sieur A. M. Cospi, secrtaire du grand-duc de Toscane. Augment et accommod particulirement l'usage des langues franaise et espagnole, par F. J. F. N. P. M. Paris, 1641, in-8, 90 pag. CRELLII (L. C.) _Diss. de scytala laconica_, Lipsi, 1697, in 4. DALGARNO (George). _Ars signorum, vulgo character universalis et lingua philosophica_, Londini, 1667, in-8. Cet crit a paru M. Nodier extrmement remarquable (voir les _Mlanges extraits d'une petite bibliothque_, pag. 268, et les _Notions de linguistique_, 1834, pag. 31). Les ouvrages de Dalgarno ont t rimprims Edimbourg en 1834; la _Revue d'Edimbourg_, n 124, juillet 1835, leur a consacr un article. DLANDOL. Le _Contr'espion ou les clefs de toutes les correspondances secrtes_, Paris, 1794, 66 pag. in-8. FIRMAS-PERIS (Le comte). _Pasitlgraphie_, Stuttgard, 1811, in-8. FORELIUS (H.). _Dissertatio de modis occulte scribendi et prcipue de scytala laconica_, Holmi, 1697, in-8. FRIDERICI (J. B.). _Cryptographia, oder geheimer Schriftmund und wirkliche Correspondenz_, Hamburg, 1684, in-4. FUNKS (Chr. B.). _Natrliche Magie_, Berlin, 1783, in-8. (Il s'y trouve quelques dtails sur l'art de dchiffrer.) GERRAR (DI). _Siglarium romanum sive explicatio notarum ac litterarum_, Londres, 1793, in-4. GODEVIN (Franois), vque d'Hereford, _Nuncius inanimatus Utopi_, 1629. L'auteur expose mystrieusement les avantages d'une mthode secrte de correspondance au moyen de signes convenus. S'GRAVESAND, _Introductio in philosophiam_ (Lugd. Bat., 1737). Il y est question, ch. XXXV, de l'criture en chiffres. GRISCHOW (Aug.). _Introductio in philologiam generalem_, Jen, 1704, in-8. Le chap. IV roule sur l'art d'crire en chiffres avec rapidit, et sur les moyens de dcouvrir pareils secrets. HANEDI, _Steganologia et Steganographia nova. Geheime, magische, natrliche Red- und Schreibekunst_, Nuremberg (sans date), in-8, 299 pag. Le vritable nom de l'auteur est Daniel Schwenter, professeur de mathmatiques Altorf, mort en 1636. HILLERI (L. H.) _Mysterium artis steganographic novissimum_, Ulm, 1682, in-8, 478 pag. Un errata de 6 pag. termine le volume. Cette multitude de fautes contribua sans doute au peu de succs de ce trait plus ample que celui de Breithaupt, mais moins mthodique. Il ne s'adapte spcialement qu'au latin, l'italien, l'allemand et au franais, et seulement aux chiffres clef simple ou dont l'alphabet n'est pas variable. L'auteur avait donn un aperu de son travail dans son _Opusculum steganographicum_, publi Tubingue en 1675. HINDENBURG (C. F.). _Archiv der reinen und angewandten Mathematik_. (Les cahiers 3 et 5 roulent sur l'art de chiffrer.) HOTTINGA (Domin. de). _Polygraphie ou mthode universelle de l'criture cache et cabalistique_, Groningue, 1620, in-4. C'est la reproduction textuelle de la traduction de la _Polygraphie_ de Trithme, publie en 1541 par Gabriel de Collange. Hottinga n'a point hsit donner ce travail comme tant entirement son oeuvre, et il dclare, dans sa prface, qu'il lui a consacr de longues et pnibles veilles. Il existe peu d'exemples d'un plagiat aussi effront. JONES. _Hieroglyphic or a grammatical introduction to an universal hieroglyphic language_, London, 1768. KALMAR (Georgius). _Prcepta grammatica atque Specimina lingu philosophic sive universalis ad omne vit genus adcommodat_. Berolini, 1772, in-4, 56 pag. KIRCHERI (Athan.) _Artificium cryptographicum, seu abacus numeralis_, dans la _Magia universalis_ de Schott, part. IV, lib. I. --_Polygraphia seu artificium linguarum, quocum omnibus totius mundi populis poterit quis correspondere_, Rome, 1663, in-folio, Amsterd., 1680. Cet ouvrage curieux est divis en trois parties; la premire offre une pasigraphie en criture universelle que chacun peut lire dans sa langue. Le principe d'o il part est un dictionnaire numrot tel que Becher l'avait propos sans l'excuter; Kircher l'excuta en petit sur cinq langues (le latin, le franais, l'allemand, l'italien, l'espagnol). Son vocabulaire a environ 1,600 mots; les formes variables des noms et des verbes sont exprimes par des signes de convention. La seconde partie donne une stnographie plus ingnieuse que celle de Trithme. La troisime partie concerne l'invention d'une bote ou bureau stganographique pour crire ou lire trs-promptement en chiffre quelconque. KLBER (Lud.). _Kryptographik, Lehrbuch der Geheimschreibekunst_, Tubingue, 1809, in-8, 470 p. KORTUM (C. A.). _Anfangsgrnde der Entzifferungskunst deutscher Zifferschriften_, Duisburg, 1782, in-8, 144 pag. _Langage_ (Le) _muet, ou l'Art de faire l'amour sans se parler, sans crire et sans se voir_, Middelbourg, 1688, in-12. LATOUR (Charlotte de). Le _Langage des fleurs_, Paris, 1820; 6e d., 1845, in-12, 328 p. (L'auteur de cet ouvrage, en prose et en vers, est M. Aim Martin.) LEIBNITZ. _Historia et commendatio lingu characteristic universalis_, dans ses _Oeuvres posthumes_, dites par Rashe, 144 pag. (LEMANG). _Die Kunst der Geheimschreiberei_,... im. G. L. Leipzig, 1797, in-4, 40 pag. LENNEP (D. J. de). _Dissert. de M. Tullio Tirone_, Amsterdam, 1804. LINDNER (Sam.). _Elementa artis decifratori_, Regiomontani, 1770, in-8. _Mysterienbuch alter und neuer Zeit, oder Anleitung geheimer Schriften zu lesen_, Leipzig, 1797, in-8, 115 pag. NEYRIN (J. P.). _Principes du droit des gens_. (Brunswick, 1783, in-8), pag. 160 et suiv. _Nouveau Trait de diplomatique_, par deux religieux bndictins (D. Toussaint et D. Tassin). Paris, 1750-65. 6 vol. in-4. _Voy._ tom. III, p. 499-622. NIETHAMMER (J. M.). _Ueber Pasigraphie und Ideographie_, Nurnberg, 1808, in-8. _Nouvelle Dcouverte d'une langue universelle pour les ngociants_, Paris, 1687, in-12. _Opus novum, prfectis arcium, imperatoribus exercituum, exploratoribus, peregrinis, inventoribus, militibus ac omnis industri et litteratur studiosis, principibus maxime utilissimum pro cipharis lingua latina, grca, italica et quavis alia multiformiter describentibus interpretandisque._ (En latin et en italien, in-8, 44 feuillets.) la fin on lit: Impressum Rom, anno MDXXVI. Au second feuillet, l'auteur se donne le nom de Jacques Silvestre, citoyen de Florence. OZANAM (Jacques). _Rcrations mathmatiques et physiques_, 1778, 4 vol. in-8. On y trouve diverses mthodes de Stnographie. PANCIROLLI (Guidonis). _Rerum memorabilium sive deperditarum commentarius_, 1660, in-4. Il parle des chiffres, pag. 262 et suiv. _Polizeischrift, geheime, des Grafen von Vergennes_, 1793, in-8, 46 pag. PORTA (J. B.). _De furtivis litterarum notis vulgo de ziferis libri quinque_, Neapoli, 1563, in-4. Autres ditions: Londres, 1591, in-4.--Montbelliard, 1593, in-8.--Naples, 1602, in-folio.--Strasbourg, 1603, in-8. --_Magia naturalis_, Naples, 1558.--Anvers, 1561.--Naples, 1589.--Leyde, 1644 et 1651. Il est question, dans le livre XVI, de l'art de chiffrer. PRASSE (M. de). _De reticulis cryptographicis_, Lipsi, 1799, in-4, 14 pag. RAMSAY (C. A.). _Art d'crire aussi vite qu'on parle_, Paris, 1783, in-12. L'original est en latin; il parut ds 1678 et fut rimprim avec une version franaise (par A. D. G.). Paris, 1681. Depuis cette dernire date, ce livre a t souvent rimprim en France et l'tranger, dans la fin du dix-septime sicle. Les anciennes ditions portaient pour titre: _Tacheographie ou l'Art d'crire_, etc. On en connat une traduction allemande, Leipzig, 1745, in-8. SARPE, _Prolegomena ad tachygraphiam romanam_, Rostock, 1829, in-4. SCHMIDT (J. M.). _Vollstndiges wissenschaftliches Gedankenverzeichniss zum Behuf einer allgemeinen Schriftsprache_, Dillingen, 1807, in-8. --_Grundstze fr eine allgemeine Schriftlehre_, 1816-1818, 2 vol. in-8. SCHOTT (Gaspard). _Schola steganographica in classes octo distributa_, Nuremberg, 1665, in-4. D'autres ditions de 1666 et de 1680 sont indiques par les bibliographes. --_Thaumaturgus physicus seu magia universalis natur et artis_, 1657-1659, 4 vol. in-4; 1677. On trouve, dans le quatrime volume de cet ouvrage curieux, des notions dtailles sur les divers moyens imagins par les anciens et les modernes, pour se communiquer leurs penses l'aide de l'criture secrte. SELENI, Gustavi (id est, Augusti, ducis Brunsvicensis), _Cryptomenyticis et Cryptographi libri IX, in quibus et planissima Steganographi J. Trithemii enodatio traditur, inspersis ubique auctoris et aliorum non contemnendis inventis_, Luneburgi, 1624, in-folio. SOLBRIT (Dav.). _Ratio scribendi per zifras_, 1726, in-8. --_Allgemeine Schrift oder Art durch Ziffern zu schreiben_, Coburg, 1736, in-8. C'est la traduction de l'ouvrage latin prcdent. _Steganographia recens detecta_, Ulm, 1764, in-8, 97 p. Malgr son titre latin, cet ouvrage est en allemand (semblable circonstance n'est pas rare pour d'anciens crits publis au del du Rhin). L'auteur a gard l'anonyme, mais il a sign la prface des lettres C. W. P. STEIN (A.). _Ueber Schriftsprache und Pasigraphie_, Mnchen, 1809, in-8. STIELER (C. von). _Deutsche Secretariatskunst_. Nuremberg, 1678, in-4. Voir tom. I, pag. 547-555. STUBENRAUCH. _Histoire abrge de la Cryptographie_. Il s'en trouve un extrait dans les Mmoires de l'Acadmie de Berlin, t. I, 1745, p. 105 et suiv. TOD (Al.). _The olive-leafe or an universal A. B. C._, London, 1603, in-8. TRITHEMII (J.). _Polygraphi libri VI_, Oppenheim, 1518, in-folio.--Francof., 1550.--Colon., 1564.--Argent., 1600 et 1613.--Colon., 1671. --_Steganographia_, Francof., 1606.--Darmst., 1606,--Francof., 1608.--Darmst., 1621--Colon., 1635. --_La Polygraphie et universelle criture de Trithme_, traduit du latin par Gabriel de Collange[8], Paris, 1561, 1621, 1625, in-8. [Note 8: La triste destine de Collange mrite qu'on en fasse mention. Il tait valet de chambre du Charles IX, et, quoique catholique zl, il fut une des victimes de la Saint-Barthlemi, succombant sans doute quelques inimitis personnelles.] Voici les titres de deux ouvrages composs dans le but de dfendre la mmoire de Trithme contre l'accusation de magie dirige contre lui: _Stenographi nec non clavicul Salomonis germani, J. Trithemii, genuina declaratio, auctore_ J. Caramuele, Colon., 1634, in-4. J. TRITHEMII _Stenographia vindicata et illustrata_, auctore W. E. Heidel, Mayence, 1676, in-4. Une dition de Nuremberg, 1721, in-4, est cite. UKEN (M.). _Steganometrographia, sive artificium novum et inauditum_, Francof., 1751, in-8, 328 p. Il en existe une traduction allemande, Ulm, 1759. URQUHART (Thomas). _Logopandecteision, or an introduction to the universal language_, London, 1653, in-4. VATER (J. S.). _Pasigraphie und Antipasigraphie... ou sur la dcouverte rcente d'une langue universelle pouvant servir tous les peuples_, Leipzig, 1799, in-12, 268 pag. WALLIS (J.). _Opera miscellanea_, Oxoni, 1699, in-folio. Dans son trait _De combinationibus et alternationibus_, ce clbre mathmaticien donne des exemples de dchiffrement, sans expliquer toutefois les mthodes dont il fait usage. WILDVOGEL (Ch.). _Diss. de scripturis terribilibus_, Francof., 1719, in-4. WILKINS (vque de Chester). _Mercure ou le Messager secret et prompt o l'on montre comment on peut communiquer vite et srement ses penses un ami loign_, Londres, 1641, in-4. (L'ouvrage est en anglais.) --_Essay towards a real charater and a philosophical language_, Londres, 1668, in-folio. Un extrait de cet ouvrage, devenu fort rare, se trouve dans les _Transactions philosophiques_, n 35. WOLKE (C. H.). _Erklrung wie wechselseitige Gedankenmittheilunen aller cultivirten Voelker des Erdkreises, oder die Paxiphrasie mglich und ausblich sey, ohne Erlernung irgend einer neuen besondern, oder einer allgemeinen Wortschrift oder Zeichensprache_, Dessau, 1797. FIN. TABLE DES CHAPITRES. CHAPITRE Ier. Dfinition de la Cryptographie, son origine; notions historiques. 1 CHAP. II. Auteurs qui ont crit sur la Cryptographie. 35 CHAP. III. Rgles et procds de Cryptographie. 91 CHAP. IV. Des diverses sortes d'critures et des diffrents langages de convention qui se rattachent la correspondance occulte. 156 CHAP. V. Du rle de la Cryptographie dans la littrature. 186 CHAP. VI. Des livres clef. 202 CHAP. VII. Du dchiffrement. 208 CHAP. VIII. Des critures occultes. 225 Bibliographie. 242 [Notes au lecteur de ce fichier numrique: --De nombreuses erreurs ont t imprimes dans cet ouvrage; peu d'entre elles ont t corriges lors de la cration de ce fichier. --page 41: "Un mchant vous demande une lettre d'introduction auprs d'un de ses amis", "ses amis" a t remplac par "vos amis". --page 144: "La premire lettre de la dpche, l, correspond la quatrime, o; la seconde, e, la quatrime,", "la seconde, e, la quatrime," a t remplac par "la seconde, e, la septime,". --page 197: "Conserui et dxoop nfouxnb delituit", "nfouxnb" a t remplac par "nfouxmb". --page 220: "la consonne c est toujours lie au c", "lie au c" a t remplac par "lie au h". --Page 151: La note 5 n'a pas de rfrence dans le texte. --Les mots contenus dans [] sont imprims dans des cases (ex: page 120). --Cet ouvrage contient de nombreux signes qui ne peuvent tre reproduit dans ce fichier; ils ont t remplacs par [Gl.] pour Glyphe, [Pt.] pour Point, etc. --Les signes enclos dans [= =] sont encadrs dans l'ouvrage. --Chiffres prcds par [- sont surmonts d'un trait; ceux prcds par [" de deux points.] End of the Project Gutenberg EBook of La Cryptographie, by Bibliophile Jacob License: Share Alike