Produced by Jlio Reis, Bibimbop, Leonor Silva and the Online Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net Note de transcription: Les erreurs clairement introduites par le typographe ont t corriges. L'orthographe d'origine a t conserve et n'a pas t harmonise. Voir la note plus dtaille la fin de ce livre. HISTOIRE DE LA CIVILISATION GYPTIENNE DU MME AUTEUR _Le livre de ce qu'il y a dans l'Hads._ (Bibliothque de l'Ecole des Hautes Etudes, t. XCVII.)--Paris, E. Bouillon, 1894. _Catalogue des Monuments et Inscriptions de l'Egypte antique_, t. I III (en collaboration avec J. de Morgan, U. Bouriant, G. Legrain et A. Barsanti).--Vienne, Holzhausen, 1894-1909. _Mmoire sur les Fouilles de Licht_ (en collaboration avec J.-Et. Gautier). Mmoires de l'Institut franais d'Archologie orientale du Caire, t. VI.--Le Caire, 1902. _Monuments pour servir l'tude du culte d'Atonou en Egypte_ (en collaboration avec U. Bouriant et G. Legrain). Mmoires de l'Institut franais d'Archologie orientale du Caire, t. VIII.--Le Caire, 1903. _Le Papyrus Prisse et ses variantes._--Paris, P. Geuthner, 1911. _Dcoration gyptienne._ Plafonds et frises vgtales du Nouvel Empire Thbain.--Paris, Eggimann, 1911. _Le tissage aux cartons et son utilisation dcorative dans l'Egypte ancienne_ (en collaboration avec A. van Gennep.)--Neuchtel, 1916. _Les frises d'objets des sarcophages du Moyen Empire._ Mmoires de l'Institut franais d'Archologie orientale du Caire, t. XLVII.--Le Caire, 1921. _Matriaux pour servir l'tablissement d'un dictionnaire d'archologie gyptienne._ Bulletin de l'Institut franais d'Archologie orientale du Caire, t. XIX.--Le Caire, 1922. _L'Architecture et la dcoration dans l'Ancienne Egypte_: I. _Les temples memphites et thbains_; II. _Les temples ramessides et sates_; III. _Les temples ptolmaques et romains._--Paris, Moranc, 1921 et 1923. GUSTAVE JEQUIER PROFESSEUR D'GYPTOLOGIE A L'UNIVERSIT DE NEUCHATEL CORRESPONDANT DE L'ACADMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES HISTOIRE DE LA CIVILISATION GYPTIENNE DES ORIGINES A LA CONQUTE D'ALEXANDRE Ouvrage orn de 265 gravures Nouvelle dition revue [Illustration] PAYOT, PARIS 106, BOULEVARD ST-GERMAIN 1925 _Tous droits rservs_ _Premier tirage Juin 1913_ _Deuxime tirage Dcembre 1923_ _Troisime tirage Janvier 1925_ Tous droits de reproduction, de traduction et d'adaptation rservs pour tous pays. Copyright 1913, by Payot & Cie. [Illustration: Le Sheikh-el-Beled (d'aprs MARIETTE. _Album du Muse de Boulaq_, pl. 18).] [Dcoration] _PRFACE_ _Une Egypte immuable, fige dans sa civilisation hiratique depuis l'aube la plus lointaine de l'histoire jusqu'au moment o elle tombe entre les mains des Grecs, une Egypte entirement spare du reste de l'humanit et n'ayant exerc aucune influence sur le dveloppement du monde ancien, telle est la double lgende qui, dans le public lettr d'aujourd'hui, est encore considre presque comme un axiome, comme une de ces vrits lmentaires devant lesquelles on s'incline sans discuter. Et pourtant cette lgende, si l'on en cherche l'origine, repose sur bien peu de chose, sur les impressions de quelques voyageurs qui parcoururent la valle du Nil une poque o l'tat de la science ne permettait pas encore une tude rationnelle et fructueuse des monuments._ _Les Grecs, si fiers de leur supriorit sur les autres peuples, n'ont cependant jamais rang les Egyptiens parmi les barbares; bien plus, ils reconnaissent hautement, l'occasion, la part prdominante de l'Egypte dans la naissance et le dveloppement de leur propre civilisation et ne font aucune difficult pour avouer qu' la base mme de la culture grecque, on trouve des racines gyptiennes. Il et t du reste bien invraisemblable qu'un pays qui comme l'Egypte tait arriv un trs haut degr de civilisation alors que ses voisins en taient encore l'tat primitif, n'exert pas sur eux une influence considrable. En effet, plus nous apprenons connatre l'Egypte et les peuples mditerranens anciens, plus nous retrouvons de traces de cette influence; tous ont puis cette source la force ncessaire pour se dvelopper, et s'ils ont transform ce qu'ils ont emprunt, chacun suivant son gnie naturel, il n'en est pas moins vrai que c'est la civilisation gyptienne qui a le plus contribu faire prosprer toutes les autres, et que par suite nous avons envers elle une lourde dette de reconnaissance._ _Depuis la dcouverte des hiroglyphes, tous les travaux entrepris au sujet des monuments anciens de l'Egypte montrent clairement que la civilisation de ce pays, comme partout ailleurs, eut ses alternatives de croissance, de grandeur et de dcadence, et plus les travaux se spcialisent, plus les diffrences entre les poques s'accusent. Jusqu'ici cependant, la tendance de certains ouvrages d'ensemble a t d'insister sur la ligne gnrale, de chercher prsenter un tout homogne plutt que de diffrencier les priodes, ce qui ne pouvait qu'accrditer toujours davantage dans le public la vieille lgende de l'Egypte immuable._ _Le but de ce petit livre est de ragir contre ces ides errones, d'tudier successivement toutes les grandes tapes de la civilisation gyptienne, de montrer les progrs raliss peu peu malgr les secousses et les changements de rgime, en groupant les rsultats acquis autour d'un rapide aperu de l'histoire elle-mme, comme aussi d'indiquer la naissance des arts, des industries, des diffrentes branches de la civilisation gyptienne, leur expansion progressive dans les pays limitrophes, et la part qui leur revient dans le dveloppement de la culture gnrale._ _G. J._ [Dcoration] [Illustration: _Fig. 1._ Quelques lignes de la Pierre de Rosette (d'aprs LEPSIUS. _Auswahl der wichtigsten Urkunden_, pl. XVII).] CHAPITRE PREMIER LES SOURCES DE L'HISTOIRE D'GYPTE Isole comme est l'Egypte par la mer et les dserts, son dveloppement devait tre original. Ce pays favoris par la nature, avec son climat chaud et son sol d'une fertilit exceptionnelle, toujours renouvel par les inondations du Nil et livrant gnreusement l'homme tout ce qui peut lui tre ncessaire pour vivre, tait destin devenir un des berceaux de la civilisation; ici l'homme n'avait pas besoin, comme ailleurs, d'efforts rpts et incessants pour s'assurer une maigre subsistance et une existence prcaire: il n'avait qu' se laisser vivre et il lui suffisait d'un lger travail pour raliser un srieux progrs de bien-tre. Dfendue naturellement de trois cts, par la Mditerrane et les dserts arabique et lybique, l'Egypte n'avait que peu de chose craindre du ct de ses voisins plus ou moins turbulents et, l'origine tout au moins, elle n'eut pas, semble-t-il, subir de ces bouleversements qui arrtent parfois pour longtemps une civilisation naissante. Ce n'est pas la lutte pour la vie qui est la cause du dveloppement intellectuel et industriel des premiers Egyptiens, mais le besoin instinctif d'augmenter le bien-tre dont la nature avait dj largement pourvu les habitants de ce pays privilgi. Il ne faut pas songer tablir combien de sicles ou de milliers d'annes dura cette priode de travail latent, de dveloppement progressif, laquelle nous appliquons le terme peu prcis de prhistorique. Toujours est-il que vers 4.000 avant J.-C, une poque o la barbarie la plus absolue rgnait sur le reste du monde et o seule la Babylonie, autre berceau de la civilisation, et peut-tre aussi la Chine, pourraient montrer un tat analogue, nous trouvons en Egypte un royaume constitu rgulirement et solidement, une race possdant une langue qui prsente dj certains caractres de dcadence et une criture complique mais parfaite en son genre, un peuple sachant utiliser tous les matriaux pour la construction de monuments importants, et dj trs avanc dans la connaissance et l'exercice des arts, un peuple industriel en possession des mtaux et pour lequel l'agriculture et l'levage du btail n'ont plus de secrets. Une force pareille ne pouvait rester confine dans un petit pays comme l'Egypte et devait ncessairement rayonner au dehors, les dfenses naturelles, mer et dserts, ne pouvant entraver une expansion toute pacifique, et peu peu le commerce s'tablissait, vers le Soudan d'abord, sans doute, puis vers la Palestine et les pays situs plus au nord. Les fouilles rcentes pratiques en Crte montrent l'influence considrable qu'exera l'Egypte sur les civilisations naissantes de la Grce et de l'Archipel et cela ds l'Ancien Empire, donc pendant le quatrime millnaire avant J.-C. aussi bien que pendant la priode mycnienne; ainsi se confirment les lgendes o les Grecs reconnaissaient eux-mmes le rle qu'avait jou vis--vis de leurs anctres directs ce peuple paisible, industrieux, artiste et commerant. _Sources classiques_ Il y a cent ans, tout ce qu'on savait de l'Egypte antique, de son histoire et de sa religion aussi bien que de ses moeurs et coutumes, se rduisait aux donnes fournies par des crivains trangers au pays, en particulier par les auteurs classiques, ct desquels il n'y a gure signaler que les renseignements dissmins dans les livres de l'Ancien Testament. Parmi les Grecs qui crivirent sur l'Egypte, le premier rang, tant par la date que par la valeur de son oeuvre, appartient sans contredit Hrodote, qui nous trace un tableau des plus remarquables de l'tat du pays son poque, tableau plein de dtails piquants saisis sur le vif par un observateur sr et avis, mais mlangs de contes invraisemblables, de racontars de toute sorte, recueillis avec le plus grand srieux et une inlassable confiance dans les drogmans de son temps, qui taient sans doute aussi peu instruits et aussi peu scrupuleux que de nos jours. Quoi qu'il en soit, et bien qu'il soit souvent difficile d'y distinguer le vrai du faux, cet ouvrage, qui forme l'ensemble le plus complet que nous aient donn les auteurs anciens sur l'Egypte, tait et est encore considr juste titre comme la base de tout travail gnral sur les peuples de la valle du Nil, et l'auteur de la phrase fameuse: l'Egypte est un don du Nil mrite de conserver, en ce qui concerne ce pays aussi, son titre de pre de l'histoire. Pour complter les renseignements d'ordres si divers que donne Hrodote, on avait encore ceux que fournissent d'autres auteurs moins anciens--et parfois aussi moins dignes de foi--tels que Diodore de Sicile, Pline le Jeune, Strabon et certains historiens de second ordre dont quelques fragments seulement nous sont parvenus. Pour l'criture sacre, on pouvait consulter les Hiroglyphiques d'Horapollon, et, pour la religion, Herms Trismgiste et surtout le livre de Plutarque sur Isis et Osiris, qui est encore aujourd'hui le document le plus important, le tableau d'ensemble le plus parfait d'un des mythes fameux de l'antiquit orientale. Concernant l'histoire proprement dite enfin, on avait compos, sur la demande des Ptolmes, des ouvrages spciaux donnant la liste des rois, la longueur de leurs rgnes, quelques dtails sur les plus importants d'entre eux, en somme une sorte de classification mthodique de l'histoire, base sur des documents originaux. Telles taient la liste d'Eratosthne dont quelques fragments nous sont parvenus, recueillis par Apollodore, puis d'aprs celui-ci par Georges le Syncelle, et surtout les Aegyptiaca de Manthon. Ce livre, crit au IIIme sicle avant notre re, est aujourd'hui perdu, de mme que son Livre de Sothis, qui traitait du mme sujet, mais surtout au point de vue chronologique: des fragments en ont cependant t recueillis par Josphe, ceux en particulier qui concernaient le sjour des Juifs en Egypte, tandis que certains auteurs, entre autres l'Africain et Eusbe, en avaient tir une sorte de rsum, d'_epitome_, donnant seulement la liste des dynasties, le nombre d'annes pendant lequel elles rgnrent et, pour les plus illustres d'entre elles, les noms des rois et un bref rcit de leur carrire. Au temps o l'on ne connaissait l'Egypte que par les auteurs grecs, cette sche numration de chiffres et de noms barbares, plus ou moins travestis, ne pouvait gure attirer l'attention des savants qui n'avaient aucun point de comparaison; depuis que nous sommes en possession des monuments originaux, ce petit opuscule, tronqu et mutil, qui ne nous est parvenu que par ricochet, est devenu une des sources les plus prcieuses de l'histoire d'Egypte, car on a pu reconnatre qu'il avait t compos d'aprs des documents authentiques, des listes comme celle du papyrus de Turin, et que la division en dynasties est parfaitement justifie. Ce n'est toutefois pas impunment qu'un livre passe entre les mains de tant d'auteurs successifs qui se recopient les uns les autres. C'est par l'entremise de Georges le Syncelle que nous sont parvenus les extraits de l'Africain et d'Eusbe, aussi les fragments de Manthon contiennent-ils bien des incorrections, des transpositions, des erreurs de chiffres, et on ne peut en faire usage qu'avec la plus grande circonspection: ainsi les trente dynasties semblent d'aprs lui se succder rgulirement, tandis que trs probablement il y en eut de collatrales, ce qui peut diminuer, dans des proportions trs importantes, la somme totale des annes que dura la monarchie gyptienne. Cette rapide numration des principaux auteurs grecs et latins qui ont parl de l'Egypte suffira pour qu'on puisse se rendre compte de la valeur trs relle et en mme temps de l'insuffisance de ces documents au point de vue de la connaissance du peuple qui habitait la valle du Nil dans l'antiquit; quant aux nombreuses et trs prcieuses donnes que renferment les livres de l'Ancien Testament sur le sjour des Hbreux en Egypte et les relations des rois de Juda et d'Isral avec les Pharaons, elles sont trop connues pour qu'il soit ncessaire d'y revenir ici. _La description de l'Egypte_ Voil donc quoi se rduisait, il y a un sicle, le bagage scientifique dont on pouvait disposer en ce qui concerne l'Egypte; quelques voyageurs, il est vrai, comme Chardin, Pockoke et d'autres, aprs avoir parcouru le pays, en avaient publi des descriptions, et parfois mme copi les monuments anciens encore visibles, mais les reproductions qu'ils en donnent n'en sont que de grossires caricatures et ne peuvent donner qu'une ide parfaitement fausse de l'art et de l'criture de l'Egypte antique. Quant aux essais d'interprtation d'hiroglyphes, comme ceux du savant jsuite le P. Kircher, ce sont des ouvrages de fantaisie pure, fruit d'une imagination trop mystique, et qui, dnus de toute base scientifique srieuse, ne peuvent plus aujourd'hui qu'attirer la curiosit de quelque bibliophile. En 1809 commena paratre, sous le titre de _Description de l'Egypte_, le rsultat des travaux des savants franais que Bonaparte avait adjoints son expdition de 1798 pour tudier fond les richesses et les moeurs des habitants d'un pays dont il avait l'intention de faire le boulevard de la civilisation europenne. Les circonstances firent, il est vrai, chouer le programme politique du grand conqurant, mais son but scientifique fut rempli au del de toute esprance, grce l'opinitret et la persvrance de ces hommes qui, travaillant dans les conditions les plus dfavorables, russirent mener bien, en deux annes peine, une des oeuvres les plus gigantesques qui aient jamais t entreprises dans le domaine de la science. Il s'agissait de relever tout ce qui concernait l'histoire naturelle du pays, zoologie, botanique, minralogie, les moeurs et coutumes des habitants, les mtiers, le commerce, l'agriculture, et une carte au cent millimes de toute la valle du Nil, d'Assouan la mer, carte dont on se sert actuellement encore; quant aux antiquits, tous les monuments existant cette poque furent relevs avec grand soin, et si on a pu faire aux savants franais de la Commission d'Egypte le reproche d'avoir souvent sacrifi la copie des textes hiroglyphiques l'exactitude de l'architecture, il faut tenir compte de l'tat de la science ce moment-l et de la difficult que devait prsenter, des dessinateurs, mme trs habiles, cette criture absolument inconnue et l'innombrable quantit de ces inscriptions dans lesquelles il aurait fallu pouvoir faire un choix judicieux, inscriptions que les gyptologues modernes sont loin d'avoir encore toutes publies. Cet immense ouvrage, avec ses neuf cents planches et ses nombreux volumes de mmoires, est bien oubli aujourd'hui, et l'on est loin d'avoir pour lui la reconnaissance qu'il mrite, car cette publication devait tre le point de dpart d'tudes toutes spciales; on peut mme dire qu'elle inaugurait pour la science de l'histoire une re nouvelle, par la naissance de l'gyptologie. _Dchiffrement des hiroglyphes_ Parmi les monuments dcouverts et publis par les membres de la Commission d'Egypte se trouvait l'inscription trilingue connue sous le nom de _pierre de Rosette_, avec son texte en hiroglyphes, en dmotique et en grec, qui n'tait autre qu'un dcret de Ptolme Epiphane en faveur des temples d'Egypte. L'importance de ce document et le parti qu'on pouvait en tirer furent bien vite reconnus, et plusieurs savants se mirent l'oeuvre, indpendamment les uns des autres, pour arriver dchiffrer ces deux critures inconnues. Sylvestre de Sacy et le Sudois Akerblad attaqurent le texte dmotique et finirent par en dcouvrir le mcanisme; l'Anglais Young se mit au texte hiroglyphique qui tait bien moins complet et prsentait de beaucoup plus grandes difficults; il eut l'intuition de la mthode suivre, mais ne sut pas la mener jusqu'au bout, tandis qu'un jeune savant franais, J.-Fr. Champollion, travaillant de son ct sur le mme document avec une tnacit et une perspicacit admirables, arrivait saisir la clef du systme hiroglyphique. Il tablit de faon certaine la valeur, la fonction et le sens de chaque signe, reconnut avec l'aide de la langue copte, l'gyptien d'poque chrtienne, les groupes formant des mots, puis dchiffra les phrases. Accueillie avec une certaine mfiance lors de sa publication en 1822, cette dcouverte finit par tre accepte et reconnue du monde savant; l'gyptologie tait ne, et c'tait au mme homme qu'il appartenait de la dvelopper, en tablissant, toujours avec le mme esprit de mthode, les bases de la science nouvelle. Ce jeune gnie, car on ne peut trouver d'autre mot pour qualifier un homme qui n'eut son gal dans aucune autre branche des sciences historiques, mourut quarante ans aprs avoir non seulement ressuscit l'criture et la langue des anciens Egyptiens, mais encore reconstitu, dans les grandes lignes tout au moins, leur histoire, leur religion, leurs institutions, leurs moeurs, et la gographie ancienne de leur pays. Il restait sans doute encore beaucoup dcouvrir, mais la voie tait fraye et elle fut suivie, avec une certaine hsitation d'abord, puis avec toujours plus de sret, par une pleade d'hommes de valeur qui sont arrivs faire de l'gyptologie une science digne de marcher de pair avec ses anes, celles qui concernent l'antiquit classique en particulier. Malgr leur nombre, les documents runis par la Commission d'Egypte taient trs insuffisants, et Champollion, aprs avoir visit quelques collections publiques ou particulires d'objets rapports d'Egypte, reconnut qu'il tait absolument ncessaire d'aller sur place la recherche de matriaux nouveaux, car il se sentait capable de faire un choix judicieux des monuments les plus importants et de les copier avec exactitude. Ses voeux furent exaucs et il put encore diriger lui-mme l'expdition franco-toscane qui, grce aux connaissances nouvelles qu'il avait acquises, devait devenir un vrai voyage de dcouvertes, et lui fournir une ample moisson de matriaux inconnus auparavant. La premire publication srieuse de textes gyptiens originaux ne put tre faite qu'aprs la mort de Champollion. _Progrs de l'Egyptologie_ En 1842, sous les auspices cette fois du gouvernement prussien, une nouvelle expdition, dirige par Lepsius, partait pour l'Egypte la recherche de textes historiques; cette mission fit un sjour de prs de trois ans dans le pays et en rapporta une rcolte encore plus abondante que celle de Champollion. Malgr le format monumental des douze volumes donnant les rsultats de ces travaux, on pourrait appeler cet ouvrage, maintenant encore, le livre de chevet de tout gyptologue. A cette poque, on ne faisait pas encore de recherches srieuses dans le sol mme de la valle du Nil; seuls quelques particuliers, dsireux d'enrichir leurs collections de bibelots gyptiens, pillaient sans merci un certain nombre de tombeaux et de sites antiques, sans profit rel pour la science. Les fouilles mthodiques ne commencrent qu'en 1850 par la dcouverte retentissante que fit un jeune savant franais, Aug. Mariette, d'un des sanctuaires gyptiens les plus connus et les plus vnrs des anciens, le Srapum de Memphis, le tombeau souterrain des boeufs Apis. Encourag par ce succs qui avait fait de lui une clbrit, Mariette se voua aux recherches dans le sol mme de l'Egypte; il obtint du khdive l'autorisation de crer un Service des Antiquits et un muse d'antiquits gyptiennes, et ds lors ses fouilles continurent sans interruption d'une extrmit l'autre de l'ancien royaume des Pharaons, alternant avec le dblaiement des temples enfouis. Des milliers de monuments nouveaux surgirent du sol et celui qui les dcouvrit cherchait en mme temps les mettre le plus vite possible la disposition du monde savant par de grandes publications qui rendirent des services inapprciables. Peu peu, les gouvernements trangers voulurent aussi avoir leur part ces travaux si fructueux et entreprirent eux-mmes des fouilles; des socits scientifiques se crrent dans le mme but, et depuis quarante ans environ l'exploration du sol de l'Egypte est pousse avec une activit fbrile, et presque toujours le succs est venu couronner ces efforts. Pendant ce temps, d'autres savants, comme de Roug et Chabas en France, Lepsius et Brugsch en Allemagne, Birch en Angleterre, pour ne citer que les principaux d'entre les disparus, et leurs lves et mules, compulsaient les matriaux et en extrayaient mthodiquement ce qui pouvait tre utile la science; ainsi toutes les branches de l'gyptologie, avanant de front, faisaient d'anne en anne de srieux progrs: la langue, la religion, l'histoire, livraient peu peu leurs secrets. Pour ce qui est de l'histoire, en particulier, les limites de l'inconnu reculaient insensiblement: faute de documents originaux trs anciens, Champollion, qui avait tabli de faon peu prs dfinitive les rgnes des Pharaons partir du Nouvel Empire thbain, n'avait gure pu jeter au del qu'un coup d'oeil d'ensemble. Lepsius fut l'initiateur en ce qui concerne la XIIme dynastie, une des poques les plus brillantes de l'histoire d'Egypte, et de Roug s'avana le premier dlibrment dans ce qu'on est convenu d'appeler l'Ancien Empire memphite, l'ge des constructeurs de pyramides. Une barrire qui semblait infranchissable s'levait au seuil de cette poque, relguant dans la lgende les deux premires dynasties et tout ce qui pouvait les avoir prcdes; ce n'est qu' la fin du XIXe sicle que subitement, la suite de plusieurs dcouvertes simultanes, la barrire s'croula, ouvrant aux regards un champ nouveau qui reculait presque jusqu' l'infini l'histoire du pass. Les tudes prhistoriques venaient se confondre avec celles des gyptologues et les complter, et les recherches pousses dans ce sens, sur un terrain presque inpuisable, devaient donner des rsultats autrement plus prcis que dans tout autre, pays connu, en ce qui concerne ces priodes du dbut de la civilisation. _Listes royales_ En plus des donnes des historiens anciens sur l'Egypte nous avons donc maintenant des documents qui proviennent du pays lui-mme, documents innombrables mais de valeur trs diverse, pouvant se classer en deux sries qu'on pourrait appeler, faute de meilleurs mots, les documents rtrospectifs et les documents contemporains. Tandis que ces derniers ont une valeur plutt spciale et ne se rapportent qu' l'poque ou mme au rgne d'o ils manent, les premiers, peu nombreux il est vrai, mais d'autant plus prcieux, sont de vrais rsums d'histoire, datant d'poques trs diverses. Ce sont d'abord les listes monumentales, tableaux provenant de temples ou de tombeaux, o l'on voit un roi adresser son hommage toute la srie de ses anctres, reprsents en gnral par leur nom seulement, par leur cartouche royal, et rangs dans l'ordre chronologique; ou bien c'est un prtre donnant la liste des rois au culte funraire desquels il tait commis: telles les deux listes d'Abydos dont l'une est encore en place, l'autre au Muse Britannique, la liste de Saqqarah au Muse du Caire, et la Chambre des Anctres de Karnak la Bibliothque Nationale de Paris. [Illustration: _Fig. 2._ La table royale d'Abydos (d'aprs une photographie).] [Illustration: _Fig. 3._ Fragments du papyrus royal de Turin (d'aprs LEPSIUS. _Auswahl_, pl. III).] Le papyrus royal de Turin, crit au commencement du Nouvel Empire, avait une importance bien plus considrable encore: il donnait non seulement la liste complte de tous les rois ayant rgn sur l'Egypte, y compris les dynasties divines, mais encore le nombre d'annes de chaque rgne et souvent l'ge du roi sa mort; en plusieurs endroits il y avait en outre, en guise de rcapitulation, la somme totale des annes que dura une dynastie. C'est une chronologie complte embrassant deux mille ans d'histoire, et qui devait tre absolument intacte et entire au moment de sa dcouverte, mais dans ce temps l, il y a prs de cent ans, on ne prenait pas les mmes soins qu'aujourd'hui des objets dcouverts au cours des fouilles; l'on dit que Drovetti, grand collectionneur d'antiquits, ayant trouv ce papyrus dans des travaux qu'il faisait excuter dans les tombeaux de Thbes, et ne pouvant naturellement en souponner la valeur, le prit aussitt sorti de terre, le mit dans un flacon large col qui se trouvait dans la sacoche de sa selle, et rentra chez lui au galop. Le manuscrit ne put rsister un traitement aussi violent, et l'arrive il ne restait plus dans le flacon qu'un tas de fragments de papyrus, plus petits les uns que les autres; c'est dans cet tat qu'ils parvinrent, en mme temps que le reste de la collection Drovetti, au muse de Turin, o Champollion, qui les retrouva au fond d'une bote, fut le premier en signaler l'importance. Grce une nfaste ngligence, ce monument de tout premier ordre avait perdu beaucoup de sa valeur; nanmoins les fragments qui ont pu tre rassembls et rtablis dans leur ordre primitif donnent, malgr les immenses lacunes provenant de morceaux disparus, des renseignements si importants que le papyrus royal de Turin peut juste titre tre considr comme la base de toute tude chronologique sur l'Egypte depuis son origine jusqu' l'poque trouble des Hyksos, entre 2.000 et 1.500 avant notre re. [Illustration: _Fig. 4._ Partie suprieure de la Pierre de Palerme (d'aprs NAVILLE. _Recueil de Travaux_, XXV, pl. I).] Il existait quelque part en Egypte, probablement dans le temple d'Hliopolis, la mtropole religieuse qui se trouvait peu de distance du Caire, un monument d'une importance plus considrable encore que le papyrus de Turin, bien qu'il y ft question des cinq premires dynasties seulement. C'tait une grande dalle de pierre sur les deux faces de laquelle taient gravs, dans de petites cases ranges en longues lignes, tous les vnements, importants ou non, qui illustrrent le rgne de chaque roi, depuis la fondation du royaume d'Egypte par Mns; chaque anne tait rserve une case et en regard on avait not la cote maxima de la crue du Nil. Le jour exact de la mort de chaque roi et celui du couronnement de son successeur taient scrupuleusement indiqus. Le destin n'a pas voulu que ces annales, les plus vieilles du monde, parvinssent intactes jusqu' nous; le fragment conserv aujourd'hui au muse de Palerme, et connu sous le nom de _pierre de Palerme_, constitue peut-tre la dixime partie du monument complet. On a retrouv rcemment quelques autres morceaux de plus petites dimensions qui sont entrs dans les collections du muse du Caire, et qui paraissent provenir de duplicatas de ce document; ce fait permet d'esprer qu'une fois ou l'autre on dcouvrira d'autres fragments qui viendront combler les lacunes encore trs considrables de ce texte, le plus important pour l'histoire des premires dynasties. _Documents historiques divers_ Cette catgorie de sources historiques d'une importance capitale, est donc trs peu abondante; ct d'elle on possde la multitude innombrable et disparate des documents que j'ai appels tout l'heure les documents contemporains, et qui forme l'ensemble le plus htroclite qu'on puisse imaginer, depuis les scarabes de faence jusqu'aux colosses de granit et aux bas-reliefs couvrant des surfaces immenses, depuis le tesson de pot ou le morceau de terre glaise dessche jusqu'au bijou de l'art le plus exquis, depuis le fier oblisque jusqu'au plus humble chiffon de toile. Ce n'est parfois qu'un nom de roi ou une date de rgne, parfois une stle commmorant une expdition victorieuse ou un dcret en faveur d'un temple ou bien la reprsentation figure des guerres lointaines, des prisonniers et du butin que le roi vient offrir ses dieux. Plus rarement nous avons l'histoire complte d'un rgne, ainsi le rsum de la vie de Ramss III qui est annex la liste des dons faits par lui aux temples d'Egypte, la fin du grand papyrus Harris, ou le rcit des campagnes de Thoutms III, que ce roi, le plus puissant peut-tre de tous les Pharaons, fit graver sur les murailles du temple de Karnak. Enfin nous possdons certains rcits littraires qui sont souvent de vrais contes fantastiques difis sur une base historique, le conte de Khoufou et des magiciens, celui d'Apopi et de Seqnenra, celui de la prise de Jopp, et surtout celui de Sinouhit, rcits analogues ceux qu'Hrodote nous raconte sur la fille de Khops et sur les voleurs de Rhampsinite. A ct des monuments royaux, ceux des simples particuliers, grands seigneurs ou fonctionnaires, donnent souvent des gnalogies qui permettent de contrler l'histoire; ils fournissent mme parfois, quand il s'agit d'un homme ayant jou un rle important la cour, dans l'administration ou dans l'arme, de vritables biographies qui, comme celles d'Ouna, de Herkhouf, d'Ahms ou d'Anna, sont parmi les documents les plus prcieux que nous ait lgus l'Egypte antique. Enfin, dans un ordre d'ides un peu diffrent, une dcouverte heureuse, celle des tablettes de Tell-el-Amarna, nous a mis en possession d'une partie considrable de la correspondance diplomatique et administrative de deux rois de la fin de la XVIIIme dynastie, Amenophis III et Amenophis IV, avec leurs vassaux de la Syrie et de la Palestine, ainsi qu'avec les souverains indpendants de pays plus loigns, comme l'Assyrie et le royaume de Mitanni. Cette correspondance crite dans la langue de ces pays, en caractres cuniformes, claire d'une lumire trs vive tout l'tat social et politique de l'Orient, treize sicles environ avant notre re. Cette numration, forcment incomplte, permet de se rendre compte du genre de documents que nous avons notre disposition; quelque nombreux qu'ils soient, ces monuments ne nous donnent pas sans doute la possibilit de reconstituer l'histoire d'Egypte comme on l'a fait pour la Grce et pour Rome. Ces peuples sont, il est vrai, plus rapprochs de nous dans le temps, et en outre ils ont l'immense avantage d'avoir eu des historiens. En Egypte rien de semblable, et il ne parat pas que jamais un Egyptien ait song faire la description des vnements qui se passaient de son temps et sous ses yeux, les tudier et les apprcier par lui-mme; comme dans beaucoup de pays d'Orient, l'esprit de l'histoire n'existait pas dans l'Egypte ancienne. En somme, part un certain nombre de rgnes qui sont un peu mieux connus que les autres, ceux de quelques rois de la XIIme dynastie et du commencement du Nouvel Empire thbain, il nous manque presque tous les dtails et un bon nombre de faits gnraux, et nous ne pouvons dans ces circonstances songer reconstituer entirement l'histoire politique, administrative, diplomatique, militaire et commerciale du pays; nous devons nous contenter d'une histoire gnrale o quelques grands vnements sont relis par des noms, un squelette d'histoire, auquel il manque encore bien des lments, mais qui constitue un ensemble des plus remarquables quand on songe qu'il s'tend sur une priode de plus de 4.000 ans, entirement inconnue il y a peu de temps encore. _Chronologie_ Malgr les donnes trs prcises de Manthon et des fragments du papyrus de Turin, la chronologie gyptienne ne peut encore tre tablie de faon certaine, et cela pour deux raisons principales: la premire est le fait que dans les poques de trouble il y eut souvent, non pas un seul souverain gouvernant tout le pays, mais deux ou mme plusieurs rois rgnant chacun sur une partie plus ou moins grande de l'Egypte; les chronographes numrent ces dynasties les unes la suite des autres sans indiquer laquelle aurait d lgitimement occuper le trne des Pharaons, sans mme dire qu'il s'agit de dynasties collatrales. Une cause d'erreurs plus grande encore c'est que les Egyptiens ont toujours vcu au jour le jour, qu'ils n'avaient pas d're ni de division normale du temps: les annes se comptent nouveau pour chaque rgne partir de l'avnement du roi; aucun lien chronologique n'existe donc entre les divers souverains, de sorte que non seulement la longueur des rgnes, mais mme l'ordre de succession reste souvent problmatique. L'anne gyptienne tant de 365 jours, se trouvait tous les quatre ans en retard d'un jour; pour remdier cet inconvnient, on imagina l'institution des priodes sothiaques, priodes de 1.460 annes ordinaires correspondant 1.461 annes relles, au bout desquelles l'ordre rgulier des saisons se trouvait rtabli. Nous ne savons du reste pas de quelle poque date cette rforme purement scientifique qui n'a jamais servi l'tablissement d'une re, ni si elle est, comme beaucoup le prtendent, fort ancienne, car les astronomes gyptiens observrent toujours avec beaucoup d'exactitude le lever hliaque de l'toile Sothis, ou Sirius; pour nous cette rforme prte des calculs fort compliqus sur la correspondance entre l'anne vague et l'anne relle, calculs qui paraissent le plus souvent arbitraires. Il semble plus normal d'admettre, comme certains auteurs modernes, que les Egyptiens, voyant leurs mois et leurs saisons se dplacer peu peu, les rtablissaient de temps autre, artificiellement et sans rgle fixe. Cette question trs complexe est, comme on le voit, loin d'tre lucide: les priodes sothiaques, au lieu de simplifier les calculs chronologiques, n'ont d'autre rsultat pour nous que d'y introduire une nouvelle inconnue et peut-tre une nouvelle chance d'erreur. Ces raisons expliquent de faon suffisante les diffrences parfois considrables qui existent au point de vue des dates entre les divers historiens; les uns allongent dmesurment la dure de l'histoire en ajoutant bout bout toutes les dynasties connues, tandis que d'autres, procdant en sens inverse, la rtrcissent de faon trs exagre. Les premiers placent l'avnement de Mns, le premier roi d'Egypte, en l'an 5.510 avant J.-C, les autres, qui sont les plus en faveur aujourd'hui, en 3.315: il y a donc un cart de plus de deux mille ans entre ces deux apprciations extrmes, et c'est trs vraisemblablement dans cet intervalle que devrait se placer la vraie date de la fondation de la monarchie gyptienne. Sans avoir la prtention de vouloir trancher la question, je pense qu'en la fixant de faon approximative aux environs de l'an 4.000, on ne doit pas s'loigner beaucoup de la vrit. Du reste pour tout ce qui est des priodes les plus recules, il est prudent de s'abstenir de donner des chiffres prcis, et prfrable d'indiquer, et encore sous toutes rserves, les sicles et non les annes. Ce n'est gure que pour le dbut du Nouvel Empire thbain que les gyptologues tombent peu prs d'accord pour le placer au commencement du XVIme sicle avant notre re; la certitude absolue n'existe qu' partir des rois sates, au VIIme sicle. _La civilisation gyptienne_ L'Egypte a pour nous une importance bien plus considrable qu'on ne le suppose d'habitude, car c'est l qu'en somme nous devons chercher le berceau de notre civilisation: c'est en effet de la valle du Nil qu'est sorti le germe qui, dans des contres moins favorises de la nature et sous un climat plus rude, devait se dvelopper de faon inattendue, se transformer entirement et prendre un essor incomparable, tandis que dans son pays d'origine il se modifiait peine, son dveloppement restant toujours normal et progressif, mais trs lent; de l vient cette lgende, bien difficile draciner aujourd'hui, d'une Egypte immuable comme les pyramides, n'ayant subi aucune variation pendant toute la dure du rgne des Pharaons, lgende qui repose sur une apparence seulement. Les besoins de l'homme, dans un pays aussi privilgi que l'Egypte, se rduisent peu de chose; l'habitant des pays chauds est moins actif que celui des contres o le climat est plus rigoureux, et une fois qu'il a trouv, sans grandes difficults, le ncessaire et mme un peu de superflu, il est naturel qu'il se laisse aller son indolence native et qu'il ne tende pas son nergie chercher des perfectionnements de bien-tre dont le besoin absolu ne se fait pas sentir. Il y a progrs nanmoins, et progrs trs apprciable, dans des pays comme l'Egypte surtout, o nous pouvons maintenant comparer entre eux une si grande quantit de monuments d'poques trs diverses. Nous constatons que chez ce peuple la civilisation, une fois sa voie trace, la suit sans jamais s'en carter; les bouleversements politiques n'arrivent mme pas la faire sortir du chemin montant en pente douce sur lequel elle s'est engage. Ces grandes crises historiques nous permettent cependant de marquer dans l'histoire de la civilisation un certain nombre d'tapes et de discerner mieux, en les groupant par poques, les progrs raliss au cours des sicles; nous sommes en effet assez documents maintenant pour pouvoir apprcier de faon certaine et suivre pas pas ces progrs qui ne sont pas apparents premire vue, mais qui sont beaucoup plus sensibles qu'on ne pouvait se l'imaginer il y a trente ans encore. Aprs avoir pass en revue les sources de l'histoire d'Egypte, il reste donner un aperu sommaire des documents que nous possdons sur les moeurs des Egyptiens, leur vie publique et prive, leurs institutions, leur industrie, leur commerce, en un mot leur civilisation. Les crivains classiques nous ont fourni, ici comme pour l'histoire, un bon nombre de renseignements, Hrodote le premier, puis Diodore, Strabon et tous les autres, et ce qu'ils nous disent peut servir, soit diriger nos recherches, soit confirmer les donnes des monuments originaux. De mme les tudes faites par les membres de la Commission d'Egypte et les observations des divers voyageurs du XVIIIme et du commencement du XIXme sicle sur les moeurs et coutumes des Egyptiens avant l'expansion de la civilisation europenne dans la valle du Nil, nous fournissent de prcieux points de comparaison et mme souvent l'explication de bien des dtails relatifs aux habitudes anciennes, sur lesquelles les monuments sont trop peu explicites. Au point de vue de la civilisation gyptienne, le nombre de documents originaux est considrable. En premire ligne doivent tre rangs les tableaux que les particuliers, grands seigneurs et fonctionnaires, faisaient sculpter ou peindre sur les murailles des chambres de leurs tombeaux, o taient reprsentes en dtail les scnes de la vie de tous les jours: ainsi le double du mort, son _moi_ immatriel, qui continuait vivre comme un esprit impalpable au fond du tombeau, auprs de la momie, pouvait encore jouir en une certaine mesure de la vie de ce monde en contemplant ces scnes familires: les figurations de la vie suffisaient au dlassement d'une ombre, de mme que la reprsentation des aliments pouvait assurer ternellement sa subsistance. Des trois grandes poques de l'histoire, l'Ancien Empire memphite, le Moyen et le Nouvel Empire thbain, un grand nombre de ces tombeaux sont parvenus jusqu' nous, plus ou moins intacts, les mastabas d'abord avec leurs bas-reliefs, puis les hypoges avec leurs peintures. On y voit, en premier lieu une population rurale, occupe l'levage des bestiaux aussi bien qu'aux travaux des champs, labourage, semailles, rcolte des crales, vendanges et jardinage; puis de nombreux tableaux de chasse et de pche, et, ct de cela, des reprsentations de gens de mtier, potiers, mtallurgistes, orfvres, chaudronniers, menuisiers, charpentiers, maons sculpteurs, peintres, corroyeurs, cordonniers; un peu plus loin les dlassements, musique, danse et jeux, et certaines poques, des jeux gymniques, des exercices militaires, des scnes de recrutement. Nous possdons de trs nombreux exemples de chacune de ces reprsentations qui souvent sont excutes avec une dlicatesse et un art remarquables et dont les variantes nous permettent de comprendre les scnes dans leurs moindres dtails et de reconstituer l'action avec une certitude presque absolue. Les fouilles ont mis jour une grande quantit d'objets de toute espce qui, pour les priodes trs anciennes, supplent l'absence des reprsentations figures et, pour les autres poques, les compltent. Ce sont des armes de toute sorte, depuis les lames de silex taill jusqu'au poignard enrichi d'orfvrerie, des outils d'agriculteurs, d'ouvriers, de gens de mtier, puis des bijoux, des vtements, des meubles, des vases, des instruments de musique, des ustensiles de mnage, bref tout ce qui tait ncessaire la vie, le tout conserv de la faon la plus merveilleuse dans un sol parfaitement l'abri de l'humidit. Les outils prhistoriques se trouvent le plus souvent la surface mme du sol, la lisire du dsert, tandis que les autres objets, qui appartiennent aux poques historiques, proviennent soit des ruines des villes antiques, soit le plus souvent du fond des tombeaux, o ils avaient t dposs auprs du mort, toujours dans le but de placer autour de celui-ci ce qui pouvait lui tre ncessaire pour sa vie d'outre-tombe. A certaines poques, on se contentait de peindre sur les parois de son sarcophage les divers objets qui devaient faire partie du mobilier funraire, la reprsentation figure pouvant remplacer l'objet lui-mme. Les Egyptiens ont normment crit et toujours, grce au climat de leur pays, beaucoup de leurs manuscrits nous sont parvenus, crits sur des rouleaux de papyrus dans cette criture cursive que nous avons l'habitude d'appeler _hiratique_; ce sont des lettres, des comptes, des contrats, des actes judiciaires, des traits de mdecine ou de gographie, et surtout des compositions littraires qui sont pleines de dtails de toute sorte sur la vie ordinaire. Ainsi pour ne citer qu'un exemple, cette satire des mtiers, o un scribe, afin de mieux faire valoir l'excellence de sa profession, dnigre successivement toutes les autres carrires et fait ressortir avec une ironie souvent mordante la condition pitoyable des gens qui pratiquent les divers mtiers. Toutes ces donnes d'ordre si divers nous permettent de nous rendre un compte assez exact de ce qu'tait la civilisation gyptienne: elles s'enchanent naturellement avec les donnes historiques, et ainsi nous pouvons ds maintenant tracer pour chacune des grandes poques un tableau d'ensemble qui doit correspondre de bien prs la ralit, et reconstituer le dveloppement chronologique de la civilisation gyptienne. [Illustration: _Fig. 5._ Panneau de la Salle des Anctres de Karnak (d'aprs LEPSIUS, _Auswahl_, pl. I).] [Illustration: _Fig. 6._ R dans la barque solaire (d'aprs BUDGE, _Pap. of Ani_, pl. XXII).] CHAPITRE II L'GYPTE LGENDAIRE Avant d'aborder l'tude de ce qui nous est parvenu de l'Egypte archaque, ou prhistorique, nous devons rechercher si, aux poques pharaoniques, les habitants du pays avaient conserv un souvenir de ces temps lointains, du dbut mme de leur race, une lgende parlant de ces priodes fabuleuses. Les textes ordinaires ne racontent rien de semblable et il est mme bien rare qu'on y trouve mentionn le terme de _Shesou-Hor_, les suivants d'Horus, qui dsigne les rois mythiques prdcesseurs des dynasties historiques. Par contre les listes royales les plus dveloppes, comme celles de Manthon et du papyrus de Turin, nous ont conserv des donnes plus prcises sur ces souverains anthistoriques: la nomenclature des premiers d'entre eux, puis un bref aperu des dynasties qui suivirent, avec le total des annes de rgne de chacune d'entre elles: ce sont d'abord des dieux, puis des demi-dieux, et enfin des hommes. A l'origine de l'histoire on a donc, ici comme partout, la lgende, mais une lgende dont le dveloppement est loin d'avoir t aussi brillant que dans tant d'autres pays, une lgende qui est reste la proprit des prtres et des savants, non celle du peuple gyptien lui-mme. N'ayant rien de potique, cette tradition a pu se conserver plus pure et plus prcise, mais on peut se demander si nous devons nous en fliciter, car entre les mains des prtres, elle allait fatalement tomber dans le domaine thologique et symbolique, et le mythe religieux devait finir par absorber presque compltement le mythe historique, au point qu'il est le plus souvent difficile de dlimiter les deux domaines. C'est dans un fatras de rcits trs plats et ennuyeux, souvent d'un mysticisme fantastique, que nous arrivons grand'peine distinguer les traits gnraux de l'histoire primitive de l'Egypte. A. LES DYNASTIES DIVINES _Les dieux cosmiques_ Les premiers rois furent, au dire de la lgende, les grands dieux d'Egypte, suivant le cycle qui avait t tabli dans le sanctuaire d'Hliopolis, une des plus anciennes mtropoles religieuses du pays. Ce cycle se composait d'une ennade, c'est--dire d'un groupe de neuf dieux et desses, et fut adopt ds l'Ancien Empire par tous les autres centres religieux de la valle du Nil, qui se contentrent de mettre sa tte leur dieu local. La liste que nous donne Manthon, et qui doit tre d'origine memphite, place donc au premier rang des rois-dieux Hphaistos, Ptah, le grand dieu de Memphis, le dmiurge, celui qui forma l'homme du limon de la terre, qui le modela la main, de mme qu' l'autre bout de l'Egypte, c'tait Khnoum d'Elphantine qui l'avait faonn sur le tour du potier. Cette mention du dieu crateur comme premier roi d'Egypte est une indication trs prcise du fait que les habitants de la valle du Nil se considraient comme autochtones et croyaient que le premier homme avait t cr dans le pays mme. Au papyrus de Turin, le premier nom royal a disparu. [Illustration: _Fig. 7._ Ptah (d'aprs BUDGE, _Pap. of Ani_, pl. XXVII).] Nous ne savons rien de ce rgne de Ptah, qui probablement, sitt son oeuvre cratrice termine, cda la place son successeur R, le Soleil, le grand dieu d'Hliopolis et de la plupart des villes d'Egypte, charg d'assurer l'existence et le dveloppement de cette humanit primitive. Celui-ci, pendant son long rgne, parcourait journellement ses domaines pour les constituer, les organiser et rpandre sur ses sujets ses dons et ses bienfaits, mais tous ses efforts ne russirent pas lui attirer la reconnaissance de ces tres primitifs, encore plus qu' demi sauvages, ni mme celle de ses descendants directs, les dieux, qui commenaient se multiplier autour de lui. Ce roi-dieu tait en une certaine mesure un homme, son grand ge l'avait considrablement affaibli, et, suivant les expressions pittoresques d'un texte gyptien, ses os taient maintenant en argent, ses chairs en or, ses cheveux en lapis-lazuli; sa bouche tremblait, sa bave ruisselait vers la terre, sa salive dgouttait sur le sol. Profitant de cette dcrpitude snile, Isis, desse de rang infrieur, employa les moyens les plus dloyaux pour lui arracher le talisman le plus prcieux qui lui restt, le secret de son nom magique, grce auquel elle comptait acqurir une puissance suprieure celle des autres dieux. Les hommes eux-mmes s'tant mis conspirer contre leur dbonnaire souverain, R se dcida faire un exemple, et aprs avoir consult le conseil de famille, l'assemble des dieux, il dpcha Sekhet, la desse tte de lionne, avec ordre de les massacrer sans piti, ce dont elle s'acquitta consciencieusement. La nuit seule l'arrta dans sa course meurtrire, et R, contemplant le rsultat obtenu, fut pris de piti et rsolut d'pargner le reste des humains; pour apaiser la desse ivre de carnage, il fit mlanger de la bire et du suc de mandragores au sang des hommes et rpandre terre autour d'elle une quantit considrable de ce liquide. A son rveil, Sekhet aperut ce breuvage, le but, s'adoucit, s'enivra et oublia ses victimes. R avait pardonn aux hommes qui se repentaient, mais, fatigu de rgner, il abdiqua et choisit une retraite inaccessible sur le corps de la vache Nout, desse du ciel, sa fille; depuis lors, chaque jour, la barque qui le porte navigue sur les flancs de l'animal cleste pour se perdre la nuit dans son corps mme et reparatre le lendemain: le roi-dieu est devenu dfinitivement le dieu-soleil. [Illustration: _Fig. 8._ Sekhet (d'ap. DARESSY. _Statues et statuettes de divinits_, pl. LIII).] On discerne sans peine dans cette lgende le souvenir d'un des cataclysmes qui bouleversrent toute une partie du monde, comme ce dluge dont parlent les textes chaldens aussi bien que la Bible, qui dvasta la Msopotamie et les contres avoisinantes tout au moins. Il tait fort naturel que des dsastres de cette nature fussent considrs comme le chtiment d'une humanit mauvaise et que, les dieux une fois apaiss, ils pardonnassent aux survivants et fissent avec eux un nouveau pacte, permettant ces derniers de racheter leurs fautes par des sacrifices au lieu d'avoir les expier par la mort des coupables. De mme que Jahveh avait exig de No un holocauste, R de mme avant de monter au ciel, avait institu la coutume du sacrifice, premire base du culte que les hommes devaient rendre aux dieux. [Illustration: _Fig. 9._ Nout portant la barque solaire; Shou et Queb; Thot (d'aprs CHASSINAT. _La deuxime trouvaille de Deir el Bahari_, I, p. _29_).] Nous ne savons que bien peu de chose du rgne des deux successeurs immdiats de R; il y a d'abord son fils Shou, l'atmosphre, le soutien du ciel, qui finit sa carrire de roi en remontant au sjour des dieux pendant une tempte terrible, puis son petit-fils Qeb, le dieu-terre, sur lequel nous n'avons que des mythes obscurs et d'un intrt des plus mdiocres. Ces deux rois-dieux, dont le rle est trs effac, semblent reprsenter une priode de transition pendant laquelle l'humanit se reconstitue aprs un bouleversement comme celui par lequel elle avait pass. C'tait au troisime successeur de R, mont sur le trne aprs que Qeb fut rentr dans son palais pour devenir dieu son tour, c'tait Osiris que devait appartenir la tche glorieuse de faire passer le genre humain de l'tat barbare et sauvage un tat de stabilit relative, de faire franchir, non seulement l'Egypte, mais mme au monde entier, la premire grande tape de la civilisation. _Osiris et son cycle_ Fils an de Queb, le dieu-terre, et de Nout la desse-ciel Osiris personnifie en mme temps la vgtation, la nature fertile de l'Egypte et l'eau vivificatrice du Nil. De mme que le fleuve rpand continuellement la richesse sur l'Egypte, Osiris, peine sur le trne, met tous ses efforts amliorer la condition des hommes; ces sauvages qui vivaient isols, en lutte perptuelle les uns avec les autres, il les groupe, forme des tribus, des tats, fonde des villes; ces hommes qui trouvaient pniblement une maigre subsistance dans la chasse et les produits naturels du sol, il enseigne l'agriculture, il leur donne les instruments de labour, il leur montre la manire de cultiver les crales et la vigne, bref il les fixe au sol et leur fournit les moyens, non seulement d'y vivre, mais de s'y dvelopper. A ct de lui, sa soeur Isis, qui est en mme temps sa femme, le seconde admirablement dans son oeuvre, et mrite que son nom soit rest insparable de celui de son mari: pendant que celui-ci tablit l'tat et la cit, elle constitue la famille, en instituant les liens du mariage; elle dshabitue les hommes de l'anthropophagie et leur apprend moudre le grain entre deux pierres et en faire du pain; elle leur donne, avec le mtier tisser, les moyens de se vtir, et emploie pour soulager leurs maux la mdecine et la magie. Osiris institua encore le culte des dieux, rgla les crmonies et les liturgies, puis voyant le rsultat obtenu par toutes ses innovations, il rsolut de rpandre ailleurs qu'en Egypte les bienfaits de la civilisation; il remit la rgence Isis et partit la conqute du monde, conqute toute pacifique o il se soumettait les hommes par la persuasion et la douceur, voyage triomphal semblable celui du Dionysos grec, la suite duquel l'ordre et la richesse s'tablissaient dans tous les pays. [Illustration: _Fig. 10._ Osiris et Isis (d'aprs BUDGE. _Pap. of Ani_, pl. XXX).] Le dieu Set, auquel les Grecs ont donn le nom de Typhon, le propre frre d'Osiris, forme avec lui le contraste le plus absolu; on peut mme dire qu'il en est l'exacte contre-partie: il reprsente non plus la terre fertile, mais le dsert aride et brlant, l'esprit barbare et sauvage ct du gnie bienfaisant, la raction brutale cherchant renverser les progrs de la civilisation. Tt ou tard la guerre devait clater entre deux tres aussi dissemblables; en effet Set le rouge, jaloux de la gloire bien mrite que s'tait acquise son frre jumeau, sans se rvolter ouvertement contre lui, combina avec grand soin un pige perfide dans lequel Osiris tomba sans dfiance: il l'enferma dans un coffre de bois et le jeta la mer o il fut dvor par les poissons, morceau par morceau, puis le meurtrier s'assit sur le trne de son frre, sans que personne songet, au premier moment, lui faire opposition. Accompagne de quelques dieux qui lui taient rests fidles, Thot et Anubis en particulier, Isis s'enfuit et se rfugia dans les les marcageuses situes l'extrme nord du Delta, puis elle entreprit de longues et patientes recherches pour retrouver les restes de son mari qu'elle esprait, en magicienne experte, faire revenir la vie. Peu peu elle finit par en rassembler tous les morceaux, sauf un, qui avait t dvor par le poisson oxyrhinque, et russit reconstituer son corps; malgr tous ses efforts, elle ne put le rappeler la vie, mais elle obtint au moins une compensation, celle d'tre fconde par lui et de mettre au monde un fils, qui devait devenir le vengeur de son pre et le continuateur de l'oeuvre interrompue par le crime de Set. Le petit Horus grandit, soigneusement cach par Isis dans ses marais impntrables, et son premier soin, ds qu'il eut dpass l'ge de l'enfance, fut de rendre son pre les derniers devoirs; aid d'Anubis, il embauma le corps dont il fit la premire momie, et institua les rites funraires qui devaient assurer au mort la vie d'outre-tombe. Osiris tait le premier roi qui et t atteint par la mort, tandis que ses prdcesseurs taient devenus dieux, de rois qu'ils taient, sans cette brutale transition; grce la momification et surtout aux crmonies qu'Horus lui consacra, il put enfin tre difi son tour et jouir d'une vie nouvelle dans le sjour des morts o il tait descendu; comme il avait t roi sur la terre il devint roi dans les enfers qu'il russit transformer, de mme qu'il avait transform le monde des vivants; son domaine particulier, les champs d'Ialou et les champs d'Hotpou, devint par ses soins un pays fertile et bien arros, au lieu d'tre une sombre caverne, o le soleil de nuit vient peine jeter pendant de fugitifs instants quelques rayons de lumire; c'est dans ce quartier privilgi de l'autre monde qu'Osiris reoit ses faux, les morts, qui viennent se prsenter devant son tribunal, prmunis contre la damnation ternelle par les rites institus par Horus, et qui peuvent ds lors jouir d'une vie nouvelle, peu prs semblable celle de la terre. [Illustration: _Fig. 11._ Anubis embaumeur (d'aprs BUDGE. _Pap. of Ani_, pl. XXXIV).] Tandis qu'il grandissait dans sa retraite, Horus se prparait la lutte outrance contre l'usurpateur: ds qu'il se sentit en force, il fondit sur lui avec imptuosit, escort de ses fidles, et fut tout de suite favoris par le succs. Set, battu plusieurs reprises, eut beau chercher se sauver en se transformant, ainsi que ses compagnons, en monstres de toute sorte, tels qu'hippopotames ou crocodiles, il allait tre ananti dfinitivement, quand l'attitude quivoque d'Isis vint lui apporter un secours inespr. La desse, prise de piti au dernier moment pour son ennemi et se souvenant qu'il tait son frre, s'opposa son crasement, si bien qu'Horus, furieux contre sa mre, lui trancha la tte, ce quoi, du reste, Thot remdia immdiatement en la remplaant par une tte de vache. Tout et t recommencer entre les deux rivaux si Thot, s'instituant arbitre de la question, n'et partag le royaume en deux moitis, dont il donna l'une Horus, l'autre Set. [Illustration: _Fig. 12._ Set et Horus runissant les deux parties du pays sous l'autorit du roi (d'ap. GAUTIER-JQUIER. _Fouilles de Licht_, p. _37_).] J'ai cru devoir ne donner qu'un rapide rsum de cette partie de la lgende qui en ralit, est beaucoup plus complique, tant le rsultat d'une combinaison plus ou moins heureuse de deux mythes trs diffrents l'un de l'autre et qui sont sans doute originaires, l'un de la Haute Egypte, l'autre du Delta. Le fils d'Isis et d'Osiris n'est en effet pas le seul porter le nom d'Horus, et on trouve dans le panthon gyptien une vingtaine d'Horus, sinon plus, d'origines trs diverses. Il s'tait form autour d'un des plus importants d'entre eux, l'Horus d'Edfou, Hor Behoudit, divinit solaire, un mythe spcial qui raconte les pripties d'une lutte analogue engage avec un dieu du nord, nomm galement Set. Nous avons donc, ct du rcit presque mythologique de la lutte perptuelle du fleuve fcondant l'Egypte contre les empitements de l'lment dsertique qui peut tre vaincu, mais non dsarm, une tradition toute diffrente qui a pour base les combats entre le sud et le nord, entre la population indigne et une tribu d'origine trangre, mais de mme race, qui cherchait se fixer dans le pays, ces combats qui durrent jusqu'au moment o Mns runit sous son sceptre toute la valle du Nil. La conclusion mme de l'histoire montre bien cette divergence d'origine, car si selon la lgende osirienne, Thot donna Horus le royaume du nord et Set celui du sud, c'est justement le contraire que dit celle d'Edfou, o Horus devient roi de la Haute-Egypte, et Set roi du Delta. Cela explique aussi que le dieu Set, rsultat d'une combinaison trs ancienne de deux divinits absolument diffrentes d'origine, ait t, aux temps historiques, soit considr comme un des grands dieux, plac ct d'Horus et vnr en consquence, soit excr comme un gnie du mal, suivant qu'on le rattachait l'un ou l'autre des deux mythes. Horus, le dieu tte de faucon ou d'pervier, est devenu aux poques historiques le protecteur tout spcial de la royaut gyptienne; le Pharaon se considre comme son descendant direct, comme son remplaant sur la terre, et pour mieux affirmer cette relation intime avec le dieu, le roi fait toujours prcder le premier de ses noms, dans son protocole officiel, par le nom mme du dieu, devenu un titre. Pour s'expliquer cette conception du roi comme nouvel Horus, il faut se reporter l'organisation primitive de l'Egypte l'poque prhistorique, sa division en tribus, qui sera tudie plus loin; pour le moment, il suffira de rappeler que le plus important de ces groupes ethniques, celui qui assura peu peu sa prpondrance sur les autres, celui d'o sortirent les premiers rois d'Egypte, tait prcisment celui qui avait pour emblme le faucon, emblme qui finit par se transformer en dieu Horus. Nous aurions alors simplement dans le mythe de l'Horus d'Edfou le rcit lgendaire de l'expansion progressive du clan du faucon, mythe qui plus tard se serait greff, par suite de la similitude des noms, sur l'pilogue de la lgende osirienne. Les compagnons de l'Horus d'Edfou, ses principaux auxiliaires dans ses luttes contre Set, sont nomms les _Masniti_,--d'un mot qui signifie modeleur, ouvrier en mtaux, aussi bien que piquier--qui sont artisans autant que guerriers; le dieu lui-mme est arm d'une lance invincible, d'un pieu suprieur aux armes de ses adversaires, et qui lui assure la victoire. Ces donnes me paraissent tre un souvenir de la dcouverte des mtaux ou tout au moins de leur introduction en Egypte; c'est la tribu horienne qui les aurait connus la premire et qui, par leur possession, se serait assur la suprmatie sur tout le pays. Dans le mythe parallle d'Horus fils d'Isis, on ne trouve aucune donne sur ce sujet. La liste que donne Manthon des rois-dieux, s'arrte Horus fils d'Isis; il se borne ajouter que la dynastie continua jusqu' Bidis, personnage qui nous est entirement inconnu, pendant une somme totale de 13.900 ans. Le papyrus de Turin tait plus explicite, il indiquait pour chaque roi les annes de son rgne, et nous pouvons encore reconnatre, sur les fragments conservs, que Set occupa le trne pendant 200 ans, et Horus pendant 300 ans; puis venait Thot, qui rgna 3.126 ans, et auquel succdait la desse Mat, puis un nouvel Horus, dont la fin du nom est perdue. Avec Thot, le dieu des sciences et des lettres, on ne sort pas du mythe osirien, puisque nous le connaissons comme un des plus fermes soutiens d'Osiris lui-mme pendant son rgne, comme son assesseur au tribunal des enfers et comme l'arbitre entre Horus et Set, la fin de la lutte. Ce rgne de Thot n'a laiss aucune trace, mais il est prsumer, tant donn le caractre mme de ce dieu, qu'il eut continuer l'oeuvre de civilisation et surtout d'organisation et d'administration commence par Osiris, interrompue par Set et rtablie par Horus. Le nom seul de Mat, desse de la justice, pardre de Thot, qui lui succde en qualit de roi d'Egypte, montre clairement qu'il s'agissait toujours de cette oeuvre de perfectionnement, moral autant que matriel, de l'humanit. B. LES DYNASTIES DES DEMI-DIEUX ET DES MANES Aprs cette priode divine, qui est celle de la constitution du pays, il en vient une autre qui parat n'avoir pas t moins longue, mais qui a un caractre diffrent: ici on ne trouve plus une srie bien nette de rois-dieux ayant chacun sa personnalit marque, mais des groupes d'tres dont le rle nous chappe aussi bien que le nom, et dont les Egyptiens eux-mmes n'avaient gard qu'un souvenir vague, des demi-dieux d'abord, puis de simples hommes, qui peuvent se rpartir en cinq dynasties, au dire de Manthon; les fragments de Turin confirment en une certaine mesure son tmoignage. La premire de ces dynasties mythiques, qui suivit immdiatement celle des dieux, se composait de demi-dieux qui rgnrent 1.255 ans en tout; les Egyptiens avaient conserv de ces souverains une liste qui tait inscrite au papyrus de Turin, mais qui, part un ou deux signes, a disparu entirement aujourd'hui; cette liste devait se trouver aussi dans le livre original de Manthon, mais les copistes ne nous l'ont pas transmise de faon trs claire; les _Excerpta Barbari_ en ont conserv le premier nom, celui d'Anubis, et par l nous voyons que cette dynastie de demi-dieux se rattachait directement au cycle osirien, Anubis tant un fils d'Osiris et de Nephthys, son autre soeur, bien que celle-ci ft en ralit la femme de Set. La liste de neuf dieux, telle que nous la trouvons dans la copie de Georges le Syncelle, parat trs corrompue, et elle contient des rptitions de noms de divinits figurant dj dans la premire dynastie et qui sont extrmement douteux: on peut reconnatre en effet, travers les formes grecques de ces noms, Horus fils d'Isis, Anhour, Anubis, Khonsou, Horus d'Edfou, Ammon, Thot, Shou et Ammon-R, ce dernier revenant donc deux fois dans la mme srie. Ce chiffre de neuf dieux nous montre tout au moins que cette dynastie formait, comme la premire, une ennade, calque sans doute sur la deuxime ennade des dieux hliopolitains, que nous connaissons trs peu. Ici je crois devoir intervertir l'ordre donn par Manthon d'aprs la copie d'Eusbe, qui place, aprs trois dynasties de rois-hommes, un groupe de mnes et de demi-dieux ayant rgn ensemble pendant 5.813 ans; outre qu'il serait peu naturel de voir des tres divins ou tout au moins semi-divins succder des hommes, nous voyons trs clairement dans les fragments de Turin que ce sont ces derniers qui prcdrent immdiatement Mns. La place normale de ces mnes semble donc tre aprs la premire dynastie des demi-dieux. On a reconnu dans ces _Nekyes_ ou mnes les _Khouou_ des textes religieux gyptiens, divinits secondaires qui constituent la troisime ennade hliopolitaine, d'abord les quatre gnies funraires, les Enfants d'Horus, Amset, Hapi, Douamoutef et Kebhsenouf, puis un autre Horus, Khent-Khiti, et ses quatre fils. Aprs les dynasties divines et semi-divines, calques sur le modle des trois cycles de dieux hliopolitains, et qui servent en quelque sorte de cadre aux souvenirs relatifs ces poques trs anciennes, Manthon en numre trois autres qui sont composes de rois d'une essence plus rapproche de la ntre, et considrs sans doute comme de simples hommes: d'abord ce sont des rois dont il n'indique ni l'origine ni le nombre et qui rgnrent en tout 1.817 ans, puis trente rois memphites, pendant 1.790 ans et enfin dix rois thinites, dont les rgnes successifs durrent 350 ans. Au papyrus de Turin, la division de cette priode tait un peu diffrente, et dans le fragment qui s'y rapporte, on peut reconnatre qu'il avait parl de six dynasties au moins; les noms des rois n'taient pas donns, mais seulement la mention qu'ils s'taient succd de pre en fils et que parmi eux se trouvaient sept femmes ayant rgn; les chiffres, donnant la somme des annes de chaque dynastie, sont trop mutils pour que nous puissions en tenir compte. C. LA CHRONIQUE LGENDAIRE En rsum, toute cette priode fabuleuse se divisait en plusieurs poques, celle des dieux cosmogoniques et organisateurs de l'humanit, celle des demi-dieux dont le rle trs effac a plutt un caractre transitoire, et enfin celle des hommes-rois; pour les Egyptiens eux-mmes, les souverains partir de la IIme dynastie, donc les demi-dieux, les mnes et les hommes formaient un seul grand groupe, celui des _Shesou-Hor_, ou suivants d'Horus, auxquels Manthon attribue une dure totale de rgne de 11.000 ans, tandis que les dieux eux-mmes auraient occup le trne pendant 13.900 ans. Cela donnerait pour tous les rois antrieurs Mns une somme de 24.900 ans, chiffre qui paraissait trs exagr Eusbe, aussi prfrait-il adopter l'explication de Panodore, que ces annes n'taient autres que des annes lunaires de 30 jours, des mois, ce qui rduisait donc la dure des rois mythiques 2.206 ans. Cette interprtation fantaisiste est du reste dnue de tout fondement, et l'on voit qu'au papyrus de Turin il s'agit bien d'annes ordinaires, d'annes solaires; si les chiffres ne sont pas ici exactement les mmes que ceux de Manthon, ils leur correspondent dans les grandes lignes. La somme totale des rgnes est en effet ici de 23.200 ans au lieu de 24.900, et sur des chiffres pareils l'cart n'est pas trs considrable; pour la priode des Shesou-Hor, le papyrus compte 13.420 ans, chiffre quivalant peu prs celui que donne Manthon pour les dieux, et il est possible qu'il y ait eu une interversion dans un des documents qu'il avait entre les mains. La question a du reste peu d'importance pour nous, puisqu'il s'agit de chiffres absolument fantaisistes. Les Egyptiens avaient donc au sujet de leurs origines une tradition qui nous parat simple et pleine de renseignements prcis, si nous la comparons celles des autres peuples, souvent remplie de dtails charmants et inutiles, de digressions qui nuisent la clart de l'ensemble, et font perdre facilement le fil conducteur. Ici c'est une lgende pour ainsi dire quintessencie, prenant le monde ses dbuts, l'humanit sa cration mme, la suivant travers les grandes commotions gologiques qui bouleversrent la valle du Nil avant le dbut de l'histoire. Nous pouvons, en coordonnant ces traditions, suivre les progrs, le travail lent, mais sr, de la civilisation que les ractions brutales ne peuvent anantir. Au commencement, ce sont les dieux qui dirigent le mouvement progressif de l'humanit qu'ils ont eux-mmes mis en branle, puis peu peu ils s'effacent, passant la main des tres moins sublimes, moins loigns par leur nature mme de la race qu'ils ont gouverner, et enfin de vrais hommes, arrachs dfinitivement la sauvagerie primitive et capables en une certaine mesure, aprs des milliers d'annes d'efforts, de s'affranchir de la tutelle directe des dieux. Ces dbuts des hommes furent obscurs et sans doute difficiles, et il fallut encore de longs sicles avant que l'un d'entre eux pt saisir d'une main ferme les rnes du pouvoir et donner l'Egypte cette puissante organisation qui devait durer plus longtemps que celle d'aucun autre pays. Les rois locaux antrieurs Mns n'ont pas laiss de traces dans l'histoire, mais il est possible qu'un certain nombre de leurs noms aient t conservs: en effet, au premier registre de la pierre de Palerme, on voit reprsents toute une srie de personnages portant la couronne rouge, l'insigne des rois de la Basse Egypte, au-dessus desquels sont gravs quelques signes qui peuvent fort bien tre des noms, mais des noms bizarres qui ne ressemblent gure aux noms gyptiens ordinaires. Seka, Khaaou, Taou, Tesh, Neheb, Ouazand, Mekha. Ce serait le seul document prcis relatif la fin de la priode lgendaire, ces rois memphites dont parle Manthon. Quant aux rois de la Haute Egypte, leurs comptiteurs, peut-tre devons-nous en reconnatre quelques-uns parmi les monuments d'Abydos qu'on attribue gnralement la Ire dynastie: il s'y trouve en effet quelques noms de rois difficiles lire et identifier et qui peuvent appartenir certains des prdcesseurs immdiats de Mns. [Illustration: _Fig. 13._ Les enfants d'Horus (d'aprs BUDGE. _Pap. of Ani_, pl. VIII).] [Illustration: _Fig. 14._ Poignard en silex (d'aprs J. de MORGAN. _Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _174_).] CHAPITRE III L'GYPTE ARCHAQUE Les grands travaux excuts dans la valle du Nil au cours du sicle dernier avaient amen la dcouverte d'un tel nombre de monuments datant des poques historiques, difices, sculptures, peintures, objets d'art, inscriptions, instruments de toute sorte, que l'attention des gyptologues devait ncessairement se concentrer sur ces restes pharaoniques et ne pas aller chercher plus loin des documents dont, malgr leur abondance considrable, on connaissait peine l'existence et dont surtout on ne pouvait encore souponner la valeur. On se contentait de relever les grands monuments apparents, temples ou tombeaux, de fouiller des ncropoles riches et le plus souvent bien connues, on ne se livrait pas encore une exploration mthodique du pays et l'on n'accordait aucune attention des objets sans grande apparence, les silex taills, que dans d'autres contres on recueille avec tant de soin et qu'ici on ne se donnait mme pas la peine de ramasser. Il est vrai cependant que des archologues, comme Arcelin et le Dr Hamy, au cours d'un voyage dans la valle du Nil, en avaient runi un certain nombre et avaient cru pouvoir parler du prhistorique gyptien et d'un ge de la pierre, d'aprs ces documents qui taient du reste trop insuffisants pour qu'on pt en tirer des conclusions srieuses; les gyptologues n'eurent donc pas de peine leur prouver de la faon la plus premptoire que ces instruments n'avaient rien de prhistorique: n'avait-on pas, en effet, trouv des silex taills dans des tombes de la XIIme dynastie? La question semblait donc juge et, si invraisemblable que cela paraisse maintenant, on croyait qu'il n'existait en Egypte aucun monument, aucun objet datant d'une poque antrieure celle du fabuleux Mns: les deux premires dynasties humaines n'ayant laiss aucune trace autrement que dans la tradition, plus forte raison la priode qui les prcdait devait-elle rester jamais inconnue. On devait cependant admettre que dans un pays o tout se conserve, comme l'Egypte, il et t naturel qu'on retrouvt quelque chose au moins des dbuts d'une civilisation aussi originale, et on en tait venu, pour expliquer en une certaine mesure cette lacune apparente, mettre l'hypothse que les anctres directs des Egyptiens avaient pu se dvelopper ailleurs, dans le Bahr-bela-m, par exemple, le fleuve sans eau, une valle du dsert libyque, ou bien dans le pays des Somlis ou plus loin encore. Par consquent, et malgr les affirmations catgoriques des Egyptiens d'poque historique, la civilisation gyptienne ne pouvait tre autochtone: une lacune insondable devait prcder l'histoire, il ne pouvait tre question de palolithique ni de nolithique, l'Egypte n'avait jamais connu l'ge de la pierre, et tout au plus pouvait-on considrer les premires dynasties comme appartenant la priode du bronze. On en tait l quand, vers 1896, cette thorie simpliste reut de plusieurs cts la fois un choc qui devait non seulement l'branler, mais l'enterrer tout jamais. A ce moment, des fouilles entreprises dans des endroits encore inexplors vinrent rvler MM. Petrie et Amlineau l'existence de civilisations trs diffrentes de celles qu'on connaissait, tandis que les recherches plus mthodiques de M. de Morgan l'amenaient la certitude qu'il s'agissait l d'une rvlation inattendue, celle du prhistorique gyptien auquel personne ne voulait croire. Du mme coup l'on voyait rapparatre les premiers habitants du pays avec leurs armes de silex, leur cramique trs particulire, leurs tombeaux et mme leurs villages, et les rois des deux dynasties encore inconnues, avec le mtal et les premiers monuments de l'criture hiroglyphique. Les preuves taient si videntes qu'en peu de temps tous les gyptologues se rallirent aux nouvelles thories tablies par M. de Morgan, les confirmrent et les compltrent par d'autres recherches, si bien que maintenant on peut se rendre compte de faon peu prs certaine de ce qu'taient les plus anciens occupants de la valle du Nil. L'poque prhistorique ne se prsente pas en Egypte, comme dans nos pays europens, avec des divisions nettement marques qui sont caractrises par les procds employs dans la fabrication des armes et des outils et par la forme mme de ces derniers. A peine peut-on faire un groupe distinct pour les instruments les plus anciens et les plus rudimentaires, qui correspondent peu prs comme type et comme taille notre Chellen, mais partir de cette poque trs recule, tous les silex prsentent peu de chose prs le mme caractre: si nous les comparons aux silex europens, ils pourraient se ranger aussi bien dans les sries palolithiques que dans le nolithique. Les noms de Moustrien, Solutren, Magdalnien, qui s'appliquent chez nous des priodes bien dfinies, trs diffrentes les unes des autres, ne correspondent rien en Egypte, et leur emploi n'aurait aucune raison d'tre pour tout ce qui concerne les origines de ce pays. Si donc nous mettons part une premire priode, celle du palolithique proprement dit, une civilisation qui a d tre interrompue brusquement par un cataclysme quelconque, nous trouvons ensuite des sries de monuments prhistoriques qui, malgr leur grande varit, prsentent une parfaite homognit. Les seules diffrences que nous pouvons remarquer dans la fabrication des outils de pierre sont de nature purement locale, ainsi les silex du Fayoum ne sont pas les mmes que ceux de Negadah, pas plus que ceux d'Hlouan ne ressemblent ceux d'Abydos ou d'autres endroits, mais il n'y a pas lieu de tirer de ce fait des conclusions au point de vue chronologique, car rien ne peut faire croire que les uns soient antrieurs aux autres. Les ateliers employaient des procds lgrement diffrents, et surtout des modles qui variaient d'un endroit l'autre; les uns, dans les lieux o les habitants se livraient principalement la chasse ou la pche, faisaient surtout des armes, couteaux, pointes de lances, de javelots ou de flches, tandis que les autres, dans les centres agricoles, fabriquaient plutt des outils, mais ces diffrences sont de nature gographique et non historique, et on ne peut en tenir compte pour scinder la priode quaternaire en un plus ou moins grand nombre d'poques distinctes. L'volution de la cramique, chez les peuples primitifs, suit toujours une marche parallle celle des instruments de pierre, et l'on peut, par ce moyen, contrler les conclusions fournies au point de vue historique par l'tude de la forme et des procds de fabrication des silex. Il en est de mme en Egypte, c'est--dire que dans le domaine de la cramique archaque, on remarque bien un dveloppement, un progrs, mais cette transformation est lente, graduelle, sans secousses. Les anciens modles cdent la place de nouveaux, mais pas de faon brusque; ils coexistent pendant longtemps et se retrouvent les uns ct des autres dans les mmes tombes. On peut arriver constater que tel type est plus ancien que tel autre, on ne peut dire qu'il caractrise une poque ou une phase de la civilisation prhistorique. La cramique gyptienne est du reste tout fait spciale et trs diffrente de toutes celles qu'on rencontre en Europe aux poques primitives, aussi n'y retrouve-t-on aucun des caractres spcifiques qui permettent aux prhistoriens de classer ces dernires: les potiers gyptiens avaient pouss cet art un haut degr de perfection ds les plus anciens temps, et nous leur devons des sries trs varies, tant au point de vue de la technique que de la forme et de la dcoration. La cramique, qui est un des lments les plus importants pour la classification des restes prhistoriques, ne donne donc lieu ici aucun rapprochement, et nous devons nous en tenir aux donnes que nous fournissent les armes et les outils de pierre; or nous avons vu que tous ces objets sont en pierre taille et qu'ils se rattachent, pour les formes comme pour les procds de taille nos instruments palolithiques et nolithiques en silex, tout spcialement aux types du Solutren et du Moustrien. Ce qui caractrise chez nous la priode nolithique, l'ge de la pierre polie, manque absolument en Egypte: on a rcolt dans ce pays, pendant ces dernires annes, des centaines de mille et peut-tre des millions de silex, et dans cette masse norme on aurait peine trouver cent haches polies, ou autres outils pouvant rentrer dans la mme catgorie. Nous ne constatons cependant aucune solution de continuit entre la priode dite prhistorique et celle des dbuts de l'histoire, aussi pouvons-nous dire avec certitude que non seulement il n'y a pas de divisions spciales tablir dans l'poque palolithique, mais qu'il n'y a mme pas lieu de distinguer celle-ci de l'ge nolithique. Si donc nous devions conserver ces deux noms qui ont une certaine valeur pratique pour la classification, il faudrait leur donner, pour tout ce qui concerne l'Egypte, un sens un peu diffrent de celui qu'ils ont pour l'Europe, rserver le mot palolithique aux objets les plus anciens, ceux qui pour la forme et la facture se rapprochent du chellen, et ranger tout le reste dans l'ge nolithique ou mme plutt nolithique qui prcde immdiatement l'ge historique. Dans nos pays septentrionaux, o le dveloppement des peuples suivit une marche toute diffrente, on range encore dans le prhistorique la priode des mtaux et l'on fait succder l'ge du cuivre, l'ge du bronze, puis l'ge du fer, celui de la pierre. Ici il n'y a aucune distinction semblable tablir puisque les dynasties thinites suivent immdiatement l'ge de la pierre, sans aucune transition apparente: les Egyptiens prdynastiques sont dj en possession des mtaux, ou tout au moins du cuivre qu'ils emploient presque sans alliage et qu'ils arrivent peu peu travailler avec la plus grande habilet, en mme temps qu'ils poussent l'industrie du silex un degr de perfection qui ne fut atteint en aucun endroit du monde. C'est donc au cours de l'poque prcdant immdiatement l'histoire que les Egyptiens apprirent connatre le cuivre, dont l'usage ne remplaa que trs lentement celui de la pierre taille; c'est aussi tout fait graduellement que les mtallurgistes arrivrent doser les alliages grce auxquels ils devaient obtenir le bronze, trs suprieur au cuivre pur. Quant au fer, nous n'avons aucun document qui nous permette de fixer l'poque laquelle il fut introduit dans la valle du Nil. Il n'y a donc en Egypte ni ge du cuivre, ni ge du bronze, ni ge du fer, proprement parler: la premire de ces trois divisions se confond avec la priode prdynastique, et les deux autres, qui ne sont pas nettement caractrises, appartiennent l'poque historique. Mns, le fondateur de la monarchie pharaonique, symbolise pour nous le dbut d'une civilisation nouvelle, l'organisation dfinitive du pays, et les premiers documents crits qui paraissent ce moment-l, montrent bien qu'une re nouvelle commence. La transformation ne s'opra cependant pas d'une faon subite dans tous les domaines, elle se fit graduellement, lentement, comme dans les priodes prcdentes, car l'Egypte a toujours t et sera sans doute toujours le pays le moins rvolutionnaire qu'il y ait au monde. Dans la vie civile surtout, que nous connaissons fort bien, puisque une grande quantit d'objets de toute sorte nous sont parvenus, le progrs est presque insensible, la cramique est peu prs la mme qu'auparavant, peine un peu dtrne par l'usage toujours plus rpandu des vases de pierre, et l'on devait continuer pendant de longs sicles encore fabriquer des armes et des outils en silex, bien qu'on connt dj fort bien les instruments de mtal, dont la supriorit tait vidente. Enfin, si les rois et les grands personnages commencent se faire construire des tombeaux monumentaux et adoptent des coutumes funraires plus compliques, les populations rurales continuent creuser la limite des sables du dsert de petites fosses pour leurs morts, qu'ils ensevelissent accroupis et couchs sur le ct, ou dmembrs compltement, avec le mme mobilier funraire que par le pass. J'ai employ jusqu'ici, pour dsigner les ges primitifs de l'Egypte, le mot de prhistorique, mais, en ce qui concerne ce pays, ce mot a une signification trop prcise et indique une scission trop nette avec le temps o commence l'histoire proprement dite; or, comme nous l'avons vu, cette scission n'existe pas en Egypte. Le terme d'ge de pierre ne convient pas non plus, puisque l'emploi des instruments de silex est encore constant sous les premires dynasties et se perptue jusqu'au Moyen Empire. J'adopterai donc dornavant un terme plus lastique et dont le sens est nanmoins trs clair, celui de _priode archaque_, qu'on emploie maintenant de prfrence, et je diviserai cette priode en deux groupes comprenant, l'un, les ges les plus anciens, l'_olithique_ et le _palolithique_, l'autre, l'poque beaucoup plus connue, prcdant immdiatement les dynasties, et qu'on peut appeler _prdynastique_. _I. PALOLITHIQUE_ Les vestiges des tout premiers habitants de l'Egypte sont rares et incertains. La tendance actuelle est de rechercher partout la trace de l'homme tertiaire; dfaut de preuves absolument convaincantes de son existence, comme le serait la dcouverte d'un squelette dans une couche gologique appartenant cette priode, on voudrait retrouver des indices de son activit sur la terre, aussi a-t-on cr la classe des _olithes_, les instruments de l'homme antrieur l'ge palolithique. Ces olithes sont de simples galets de silex ou des clats accidentels sur lesquels on remarque ou croit remarquer des traces d'usage, et qui auraient t les premiers instruments de l'homme alors qu'il ne savait pas encore tailler la pierre et devait se contenter des clats naturels, plus ou moins appropris ses besoins, qu'il trouvait sur le sol. Ce n'est pas ici le lieu de discuter cette thorie toute gnrale, qui est encore trs sujette controverse; nous nous bornerons constater qu'elle a aussi t applique l'Egypte et qu'on a recueilli dans ce pays un certain nombre d'chantillons de ces olithes qui ont videmment pu tre employs par des hommes encore l'tat de sauvagerie, comme marteaux, grattoirs ou couteaux, bien que rien ne le prouve de faon absolue. [Illustration: _Fig. 15-18._ Instruments palolithiques (d'aprs J. de MORGAN. _Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _17_, _24_, _20_, _31_).] Les silex taills du type chellen se retrouvent non seulement en Europe, mais un peu partout, en Palestine, aux Indes, chez les Touaregs; on en rencontre aussi en Egypte, sinon en grande abondance, du moins assez frquemment. L'objet le plus caractristique de cette poque est, ici comme dans les autres gisements, le coup-de-poing, un grand galet de silex amygdalode, sur lequel on a enlev par percussion de gros clats, de manire qu'une des extrmits forme une pointe plus ou moins prononce, tandis que l'autre reste arrondie et paisse, et sert de poigne. A ct de cet instrument qui en mme temps est une arme dangereuse, on trouve encore des outils plus petits, ayant pu servir de hachettes ou de racloirs; et surtout des pointes ou poinons, parfois trs aigus, du mme travail un peu rudimentaire, sans retouches fines. Ces silex se trouvent soit la surface du sol, sur les plateaux couronnant les premiers contreforts du dsert et au sommet des petits monticules qui sont situs un peu au-dessous, soit dans les alluvions entranes par les pluies jusque dans la valle, trs rarement dans la zone sablonneuse qui spare les terres cultivables de la montagne. On en a dcouvert depuis les environs de la 1re cataracte jusque prs du Caire, ainsi que sur les routes qui conduisent travers le dsert vers les oasis, et enfin, ce qui est plus important au point de vue de la date, dans les alluvions trs anciennes, contemporaines du commencement de l'poque quaternaire, qui est en effet le moment o l'on place l'ge chellen. D'aprs la position o ont t trouvs ces silex, on pourrait conclure que les Egyptiens primitifs habitaient de prfrence, non pas dans la valle mme, mais sur les monticules avoisinants et sur la crte des montagnes peu leves qui bordent le dsert. Nulle part on ne voit de traces d'habitations construites; ils devaient donc vivre soit en plein air, soit sous de lgers abris en branchages. C'est sur ces plateaux, o les indignes trouvaient en abondance les rognons de silex qui servaient la fabrication de leurs outils, qu'ils tablissaient leurs ateliers de taille: ainsi le plateau qui spare la Valle des Rois du cirque de Deir-el-Bahari, en face de Louxor, o l'on trouve encore en quantit des clats n'ayant sans doute jamais servi et qui doivent tre considrs comme des dchets de fabrication. La ralit est sans doute un peu diffrente, et si nous ne sommes pas mieux renseigns sur cette population primitive, sur son habitat et ses coutumes funraires, c'est pour la raison qu'elle est antrieure un de ces bouleversements gologiques qui dvastrent et dpeuplrent une partie du monde et qui sont rests clbres dans la tradition sous le nom de Dluge. L'Egypte en particulier fut atteinte, la valle fut entirement submerge pendant une priode dont nous ne pouvons valuer la dure et toute trace d'occupation humaine fut efface; les hauts plateaux striles et le dsert mergeaient encore, mais nous ne savons si quelques restes de la population purent s'y maintenir pour former le noyau de la race gyptienne prdynastique, ou si celle-ci vint d'ailleurs quand la rgion redevint habitable. _II. PRDYNASTIQUE_ A. MONUMENTS Autant cette premire priode est encore obscure, autant les documents abondent pour celle qui la suit, et qui, prcdant immdiatement l'poque historique, est souvent dsigne par le nom de _prdynastique_. Ces documents peuvent se classer en trois catgories, dont les donnes combines nous fournissent des renseignements d'ensemble et mme de dtail sur l'tat de la valle du Nil avant les Pharaons. Ce sont d'abord les objets pars la surface du sol, les silex, puis les vestiges des tablissements humains, monticules de dbris o l'on reconnat la trace des villages primitifs, et enfin les tombeaux qui nous donnent, en plus des renseignements anthropologiques, des lots trs considrables de cramique, l'lment le plus important pour la classification gnrale. Nous prendrons l'un aprs l'autre chacun de ces points avant d'aborder l'ethnographie proprement dite, l'tude de la race prdynastique et de sa civilisation. [Illustrations: _Fig. 19-21._ Haches et herminettes en silex (d'aprs J. de MORGAN. _Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _91_, _60_, _73_).] _Silex_ Les couches sdimentaires qui bordent la valle du Nil sont extrmement riches en rognons de silex, qui atteignent parfois de trs grandes dimensions; sur les plateaux, le sol est couvert de galets de silex, d'agate et de cornaline. Naturellement la qualit de la pierre varie suivant les endroits, mais partout elle se prte la taille et les premiers habitants du pays avaient sous la main, d'un bout l'autre du pays, la matire premire de laquelle ils pouvaient tirer leurs armes et leurs outils. C'est vers le nord de l'Egypte, au Fayoum en particulier, que le silex est le moins abondant, mais les cailloux du diluvium peuvent le remplacer, et les indignes en ont tir un trs bon parti. [Illustrations: _Fig. 22-25._ Couteaux et grattoirs en silex (d'aprs J. de MORGAN. _Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _106_, _123_, _98_, _153_).] Quelle que soit la matire employe, qu'il s'agisse du beau silex blond translucide d'Abydos, du silex brun de Louxor ou du grossier galet du Fayoum, le procd de taille est toujours le mme, et ne diffre pas de celui qui a t en usage dans le monde entier. Le _nucleus_, ou noyau prpar pour l'enlvement des clats, s'obtenait d'une faon trs simple: on brisait une partie d'un rognon de silex ou d'un galet, de manire dterminer une surface unie servant de plan de frappe, puis on enlevait des clats normalement cette surface, en se servant d'un percuteur, boule de pierre dure employe comme marteau; les premiers clats, portant une partie de la gangue, taient mis au rebut, et les suivants employs pour divers usages selon leur forme et leur dimension; ceux qui taient longs et minces devenaient des couteaux, ceux qui taient pais et larges, des haches ou des herminettes, les petits donnaient des ciseaux, des poinons, des pointes de flches; tous devaient subir de longues et soigneuses retouches. On travaillait ces clats soit par percussion, soit par pression le long des artes au moyen d'un autre silex, et les Egyptiens taient arrivs trs loin dans cet art et modelaient pour ainsi dire leurs silex au moyen de ces petites retouches, de manire leur donner exactement la forme voulue. A ct de ces instruments, certains clats, trs minces et naturellement tranchants, pouvaient tre utiliss, presque sans retouches, comme outils, grattoirs ou couteaux. [Illustrations: _Fig. 26-29._ Pointes de flches en silex (d'ap. J. de MORGAN. _Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _176_, _190_, _181_, _185_).] On trouve de tout cela dans les gisements de silex gyptiens, sur la bande sablonneuse qui s'tend d'un bout l'autre du pays, entre les terres arroses et cultives et les premiers contreforts de la montagne: d'abord les percuteurs, boules qui ont en gnral la grosseur d'une pomme et qui portent des traces trs videntes d'usage, puis les nuclei tous les tats, depuis celui qui a t mis au rebut aprs qu'on en eut dtach quelques clats seulement, jusqu' celui qui, compltement puis, n'est plus qu'un petit noyau conique facettes; ensuite les clats eux-mmes, les uns, informes ou mal venus, rejets comme inutilisables, les autres, trs tranchants et sans retouches ou retravaills seulement une extrmit; enfin les outils briss au cours de la fabrication par suite d'un accident, et ceux qui portent la trace d'un long emploi ou qui, trs uss, ont t retaills pour pouvoir tre employs de nouveau. Chaque localit, chaque gisement a pour ainsi dire son propre type, ou ses types de silex taills, et l'on ne peut en tirer des conclusions au point de vue de la classification chronologique; il est possible, probable mme, que dans beaucoup de ces endroits, la fabrication se soit continue sans grande modification, pendant des sicles ou des milliers d'annes, comprenant non seulement toute la priode archaque, mais empitant aussi sur les poques historiques. Nous aurons l'occasion de revenir plus loin sur les diffrents modles d'outils et d'armes, sur leurs formes et leur emploi. _Villages_ Dans les mmes rgions, en bordure de la valle, la lisire du dsert, on remarque en certains endroits de lgres surlvations qui se distinguent peine du sable environnant par une teinte un peu plus fonce. Quelques coups de pioche suffisent pour constater qu'il y a l quelque chose de tout fait analogue ce que dans nos stations prhistoriques europennes, celles du Danemark en particulier, on appelle des _Kjoekkenmoeddings_, ou dbris de cuisine; ce sont en effet des vestiges d'tablissements humains, datant d'une poque o les populations taient dj plus ou moins sdentaires, mais o elles ne savaient pas encore construire de vraies maisons: ces restes sont beaucoup trop importants pour tre ceux de simples campements provisoires et passagers, et contiennent des quantits de dtritus qui ont d mettre fort longtemps s'amonceler. D'un autre ct on ne rencontre pas dans ces monticules de dcombres la moindre trace de mur, ni en pierre, ni en briques crues, ni mme en terre pile: les constructions devaient donc tre trs lgres, en bois ou mme en branchages, de simples huttes du modle le plus primitif, suffisantes du reste dans un climat aussi chaud. Ces amas de dtritus ne renferment gure d'objets en bon tat, part quelques outils de silex, mais ils nous livrent des renseignements trs importants sur la vie mme de ces peuplades de l'Egypte prdynastique; os d'animaux d'aprs lesquels on peut, en partie, reconstituer la faune de l'Egypte cette poque, excrments de bestiaux montrant qu'on s'occupait d'levage, traces de crales grce auxquelles nous apprenons qu'on connaissait dj l'agriculture. Ces documents qui ont si peu d'apparence et paraissent ngligeables sont donc extrmement prcieux, puisqu'ils font connatre les occupations ordinaires, la nourriture, la vie prive des premiers Egyptiens. _Tombeaux_ Si nous ne connaissons qu'un petit nombre de ces restes de villages, dont la plupart ont d entirement disparatre ou bien sont trop peu apparents pour qu'on puisse les distinguer, nous avons en revanche une quantit considrable de spultures appartenant la mme poque. Ces tombes ne sont jamais isoles, mais forment des ncropoles plus ou moins vastes, situes elles aussi au bord du dsert, prs des terrains cultivs, donc proximit immdiate des habitations des vivants: en effet, chaque fois que nous reconnaissons l'emplacement d'un kjoekkenmoedding, nous sommes srs de trouver peu de distance, quelques centaines de mtres peine, un cimetire qui est vraisemblablement celui des habitants du village. [Illustration: _Fig. 30._ Tombeau prdynastique (d'aprs AYRTON. _El-Mahasna_, pl. VI, fig. _26_).] Ces ncropoles d'un type tout spcial ont trs longtemps pass inaperues et elles semblent en effet, au premier abord, fort difficiles reconnatre. C'est avec le jour frisant du soir ou du matin qu'on peut le mieux distinguer ces groupes de dpressions trs lgres, peine perceptibles en plein soleil, qui sont la surface plus ou moins ingale du terrain le seul indice extrieur des tombeaux archaques. Les spultures sont de simples fosses creuses dans les bancs de cailloux rouls qui s'tendent au pied de la montagne et qui forment un terrain suffisamment consistant pour qu'il ne ft pas ncessaire de soutenir, au moyen d'un mur ou d'un enduit, les bords de l'excavation: leur forme gnrale est irrgulire, peu prs ovale ou mme presque ronde, et leur profondeur d'un mtre deux au plus, tandis que l'ouverture dpasse peine un mtre cinquante dans sa plus grande dimension. A ct de celles-l il en existait de plus grandes, peu prs rectangulaires et atteignant jusqu' quatre mtres sur deux, sans que la profondeur en soit augmente. Aprs l'ensevelissement, les grandes comme les petites fosses taient simplement combles avec du sable et des galets et se confondaient avec le terrain environnant; il n'y a jamais la moindre superstructure, pas mme une pierre tombale. [Illustration: _Fig. 31._ Tombeau prdynastique (d'ap. J. de MORGAN. _Recherches sur les origines de l'Egypte_, II, fig. _464_).] Les dimensions des petites tombes, qui sont de beaucoup les plus nombreuses, ne permettaient pas d'y dposer le mort tendu tout de son long, comme on le fit plus tard pour les momies aux poques historiques; les coutumes funraires taient en effet trs diffrentes et nous pouvons distinguer deux stages, deux modes d'ensevelissement qui semblent correspondre deux priodes. Dans les plus anciennes spultures, le mort est couch sur le ct gauche, dans la position dite embryonnaire ou assise, c'est--dire avec les membres replis de manire que les mains se trouvent devant la figure, les genoux la hauteur de la poitrine et les pieds prs du bassin. Etant donne l'orientation des tombeaux, qui du reste n'est pas partout rigoureusement exacte, la tte est gnralement au sud la face tourne vers l'ouest. [Illustration: _Fig. 32._ Tombeau prdynastique (d'aprs J. de MORGAN. _Recherches sur les origines de l'Egypte_, II, fig. _468_).] Le deuxime mode d'inhumation, qui parat tre un peu plus rcent, quoique appartenant toujours la priode prdynastique, est beaucoup plus curieux: ici, et la chose a t constate dans de trs nombreuses tombes, le corps tait entirement dmembr avant d'tre dpos dans la fosse; les os ne sont ni casss ni coups, mais ils sont placs ple-mle, et souvent il en manque un certain nombre. Il ne s'agit pas d'un dpcement du mort au moment du dcs, ni de cannibalisme, comme on pourrait le croire, mais d'une coutume qui se retrouve ailleurs qu'en Egypte, dans tout le bassin de la Mditerrane, en Crte, dans les les de l'Archipel, au sud de l'Italie, celle de l'inhumation secondaire: on enterrait provisoirement le mort, puis au bout de deux ou trois ans, quand les chairs s'taient putrfies et dsagrges, on l'exhumait et on rassemblait les os pour les dposer dans le tombeau dfinitif. La transition entre ces deux coutumes funraires, qui paraissent si diffrentes, est marque par certaines tombes o le corps est repli et couch sur le ct, mais o la tte est spare du tronc et pose n'importe o, ct du bassin, par exemple. Les vertbres tant intactes, il ne peut tre question de dcapitation brutale, mais il s'agit sans doute simplement d'inhumations secondaires o l'on n'avait pas pratiqu la dsarticulation complte. Avant de les dposer dans le tombeau, on cousait les corps dans des peaux de gazelle ou bien on les enveloppait dans des nattes de jonc; sur quelques os, on a mme relev des traces de bitume, et nous pouvons sans doute reconnatre dans ce fait la premire tentative de momification. Dans les tombes inhumation secondaire, les cadavres dmembrs taient parfois enferms dans de trs grands vases larges du bas, avec une petite ouverture seulement la partie suprieure, ou dans de vraies cistes rectangulaires en argile crue. Ailleurs un vase d'une forme toute diffrente, sorte d'immense coupe trs profonde, est pos l'envers sur le corps repli et le recouvre compltement. Enfin, quelques-unes des grandes tombes renfermaient non pas un seul, mais deux et mme trois cadavres, simplement poss les uns sur les autres, et dans les spultures inhumation secondaire on rencontre quelquefois deux crnes et un nombre d'os trs insuffisant pour former deux corps, ou le contraire. Si, dans la plupart des ncropoles, les tombes corps repli sont nettement spares de celles corps dmembr, il en est d'autres o les divers types de spulture sont mlangs, aussi ne pouvons-nous savoir avec une certitude absolue si ces deux modes d'inhumation appartiennent deux races ou deux poques diffrentes. Il semble cependant que nous devions adopter la deuxime hypothse plutt que la premire, bien que les anthropologistes ne soient pas encore arrivs des rsultats trs concluants au sujet de la question des races. Les os sont presque toujours bien conservs, et on a recueilli une trs grande quantit de crnes en bon tat, dont beaucoup mme portent encore leurs cheveux, et qui peuvent tre l'objet de mensurations trs exactes, aussi pouvons-nous avoir l'espoir d'tre une fois au clair sur cette question si importante. _Mobilier funraire_ Le mobilier funraire est plus ou moins riche suivant les tombes, et comporte des objets de plusieurs espces disposs au fond de la fosse, autour du mort. Le choix mme de ces objets montre clairement que ces Egyptiens d'avant l'histoire se faisaient dj des ides trs prcises sur la vie d'outre-tombe et croyaient la survivance, sinon de l'me, du moins de la personnalit des dfunts: pour leur assurer la subsistance matrielle, la nourriture, on mettait ct d'eux des vases contenant des vivres, des grains, des viandes, et sans doute aussi de l'eau ou d'autres liquides dont nous ne retrouvons naturellement plus trace; des armes leur permettaient de lutter contre les ennemis qu'ils pouvaient rencontrer dans l'autre monde, et des ornements de corps, de se parer comme ils le faisaient sur la terre. Les vivres que le mort emportait avec lui dans la tombe taient surtout des viandes, et spcialement des ttes et des gigots de gazelle, dont on retrouve frquemment les os ct du squelette du dfunt; les vgtaux sont moins bien conservs, mais on reconnat encore au fond des vases, et surtout des vases en terre grossire, des traces non quivoques de crales, d'orge en particulier. Ces renseignements ne font du reste que confirmer ceux que nous donnent les kjoekkenmoeddings. On ne trouve pas des armes dans tous les tombeaux, et dans ceux qui en contiennent, elles ne sont jamais qu'en petit nombre; gnralement mme il n'y en a qu'une seule, place porte de la main du mort, devant sa figure. Ces armes sont par contre d'une grande beaut et d'une excution trs suprieure celle des silex qu'on trouve la surface du sol: ce sont le plus souvent de longues lances droites finement retouches qui pouvaient servir de poignards, des couteaux lgrement recourbs, au tranchant trs affil, des pointes de lances ou de javelots double pointe et tranchant, ou de forme lancole, et parfois des pointes de flches. Les outils tels que racloirs, grattoirs, poinons, sont trs rares dans les tombes, mais, par contre, on trouve des instruments de pche, comme des harpons, et ce fait permet de supposer que les armes donnes au mort taient destines, non seulement le mettre mme de rduire par la force les ennemis qui pouvaient se trouver sur son chemin, mais surtout lui permettre de chasser et de pcher dans l'autre monde, tant pour assurer sa subsistance que comme dlassement. [Illustration: _Fig. 33._ Couteau en silex (d'aprs J. DE MORGAN. _Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _128_).] Les objets d'ornement sont abondants, mais presque toujours trs simples, excuts de faon sommaire dans des matires qui n'ont rien de prcieux: ainsi les colliers plusieurs rangs qui tombaient sur la poitrine taient composs de perles irrgulires de forme et de grosseur. Ces perles, en terre cuite, en calcaire, en pierres dures, telles que la cornaline, l'agate, le silex, taient presque toujours travailles de faon grossire et malhabile; on en trouve aussi qui sont faites de morceaux de coquilles ou de petits oursins fossiles, percs d'un trou. Les bracelets sont plus soigns, ils sont soit en nacre, soit en ivoire, et on les obtenait en sciant la partie infrieure d'une dent d'lphant l'endroit o elle est creuse, ou le bas d'une grande coquille univalve de la famille des trochids; d'autres enfin sont en silex, vids avec une dextrit qui montre jusqu' quel point ces populations avaient pouss l'industrie de la pierre taille. Les femmes portaient des peignes hauts et troits en ivoire ou en os, dont la partie apparente, au-dessus de la chevelure, tait gnralement surmonte d'une figure ornementale. Enfin un certain nombre de pendeloques, perces d'un trou, galement en os ou en ivoire, parfois en pierre, servaient en mme temps d'ornements et d'amulettes. [Illustrations: _Fig. 34-36._--Plaques de schiste (d'aprs PETRIE. _Diospolis parva_, pl. XI et XII).] Dans beaucoup de spultures on voit ct de la tte du mort une plaque en schiste vert qui affecte les formes les plus diverses; les unes sont tailles en losange, en rectangle ou en carr, les autres dcoupes de manire imiter le profil d'un animal, hippopotame, tortue, poisson, oiseau. La signification de ces objets est encore trs incertaine, bien que d'habitude on les considre comme des palettes broyer le fard vert qu'hommes et femmes se mettaient autour des yeux, cause d'une petite dpression qui existe en effet sur certaines des plaques en losange et qui contient parfois des traces de couleur verte; la forme trange donne beaucoup de ces plaques, le fait qu'elles sont perces d'un trou de suspension, les dcorations animales graves la pointe, qui les ornent quelquefois, et surtout l'analogie avec les grandes plaques de schiste d'poque thinite, qui taient couvertes de sculptures et se trouvaient dposes dans les sanctuaires et non dans les tombes, m'engagent y voir des talismans ou des sortes de ftiches plutt que des objets usuels. C'est sans doute aussi titre de talisman qu'on dposait parfois dans les tombes des figurines d'hippopotame en argile: le monstre mis ainsi au service du mort pouvait lui rendre bien des services et le protger de bien des dangers. _Cramique_ C'est galement des tombeaux que sont sorties ces sries extraordinairement compltes de vases qui nous permettent d'tablir une certaine classification dans la priode prdynastique, ou tout au moins de suivre en quelque mesure le dveloppement de la civilisation. Toute cette cramique, qui est particulire l'Egypte et qu'on ne peut comparer celle d'aucun autre pays, dnote, ds l'apparition des plus anciens exemplaires, une habilet remarquable et une longue pratique du mtier chez les potiers gyptiens: les vases sont absolument rguliers de forme et d'paisseur et il faut un examen minutieux pour arriver reconnatre qu'aucun n'a t fait au tour et que tous sont models la main. [Illustrations: _Fig. 37-41._ Vases rouges bord noir (d'aprs AYRTON. _El-Mahasna_, pl. XXVIII et XXX).] Le plus ancien type est celui de la poterie rouge bord noir, qui est extrmement frquent et comprend des vases de plusieurs formes: la coupe profonde, le gobelet, le vase ovode fond plat ou pointu, large ouverture. Ces vases sont faits en une sorte d'argile trs fine mlange de sable, enduits l'extrieur d'une lgre couche d'hmatite et lisss au polissoir, puis cuits dans un feu doux, poss l'ouverture en bas sur les cendres du fourneau; la cuisson faite de cette manire donne une pte lgre et friable; la couverte expose une chaleur plus forte prs de l'orifice se dsoxyde en cet endroit et devient d'un beau noir trs brillant, tandis que le reste du vase garde la teinte rouge fonc. [Illustrations: _Fig. 42-46._ Poterie rouge (d'aprs AYRTON. _El-Mahasna_, pl. XXXI et XXXII, et PETRIE. _Diospolis parva_, pl. XIV).] La poterie rouge uniforme est exactement semblable l'autre comme matire, mais le procd de cuisson, un peu diffrent, empche la formation du bord noir; tout le vase reste alors extrieurement d'une couleur absolument rgulire, d'un beau rouge lustr. Ce type de poterie qui est, peu de chose prs, contemporain du type rouge bords noirs, prsente des formes un peu diffrentes: ct de l'cuelle creuse et du vase ovode, on trouve la bouteille ventrue fond plat et col troit et le petit vase globulaire. A un certain moment, on employa ce genre de cramique pour faire des vases de formes bizarres, les uns aplatis, les autres jumels, d'autres encore en forme de poisson ou d'oiseau; ce ne fut du reste l qu'une mode qui ne se prolongea que sur une priode assez brve. [Illustrations: _Fig. 47-49._ Vases rouges dcor blanc (d'aprs J. DE MORGAN. _Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, pl. II et III).] Un autre driv de cette cramique rouge, qui est presque aussi ancien qu'elle mais ne dura pas aussi longtemps, est la cramique rouge dcor blanc. Le fond est toujours d'un beau rouge lustr sur lequel se dtache, en lignes blanches mates, une ornementation emprunte au travail de la vannerie, chevrons, lignes pointilles et entre-croises, et parfois mme quelques reprsentations animales trs sommaires. Les formes employes de prfrence pour ce genre de poterie sont les coupes profondes, arrondies ou fond plat, et les vases allongs, renfls la partie infrieure, parfois trs troits du haut. [Illustration: _Fig. 50_ et _51_. Vases cordon (d'aprs AYRTON. _El-Mahasna_, pl. XXXIII).] La poterie blanche, qui est en ralit plutt d'un jaune ros est plus rcente et se perptue jusqu' l'poque thinite. La pte en est plus fine, en argile moins mlange de sable, la cuisson meilleure; quant aux formes elles sont peu varies. Il n'y a en somme gure qu'un type, qui va en se transformant progressivement: les vases les plus anciens sont presque globulaires avec une ouverture trs troite et deux petites saillies serpentant sur la panse et formant anses. Peu peu, la panse se rtrcit, l'ouverture s'agrandit, les saillies s'allongent et se rejoignent pour former un cordon circulaire en relief et finalement le vase devient cylindrique. Parfois il est dcor de traits rouges entre-croiss. [Illustrations: _Fig. 52-54._ Vases peints (d'aprs J. DE MORGAN. _Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, pl. V et VII).] [Illustration: _Fig. 55._ Vase peint (d'ap. PETRIE. _Naqada and Ballas_, pl. XXXIV, no _45_).] La classe la plus intressante de la cramique archaque est certainement celle des vases dcors de peintures rouges, qui sont semblables comme pte et comme cuisson ceux de la catgorie prcdente, mais dont la facture est plus soigne et les formes diffrentes. Ces vases sont globulaires, souvent presque aussi larges que hauts, avec un fond plat, une ouverture assez large et de toutes petites anses perces d'un trou servant les suspendre; d'autres sont sphrodes, un peu aplatis, et munis des mmes petites anses. Ces derniers, dcors de cercles concentriques ou de points rouges, imitent les vases en pierre dure que nous voyons rarement cette poque mais que nous retrouverons la priode thinite en grande abondance, tandis que les autres, qui portent de petits traits horizontaux ou des lignes droites ou sinueuses, rappellent plutt les ouvrages en vannerie. Enfin sur les plus grands de ces vases, on trouve une dcoration d'un caractre tout diffrent, mais toujours trace en rouge au pinceau, avec une assez grande sret de main: ce sont soit des vgtaux, des alos plants dans des vases, soit des thories d'animaux, autruches ou chvres sauvages, soit encore des reprsentations qui paraissent figurer de grands bateaux avec leurs rames, leurs enseignes, leurs superstructures, plutt que, comme on l'a cru, des villages ou des fermes. [Illustrations: _Fig. 56 et 57._ Poterie grossire (d'ap. J. DE MORGAN. _Recherches sur les orig. de l'Egypte_, I, fig. _425_ et _433_).] Il faut encore citer deux autres classes de poteries, et d'abord celle des vases en terre bruntre grossire, faonns sans grand soin pour les usages de la vie courante, et qui affectent diverses formes; on ne voit gure ces pots et ces cruches que dans les derniers temps de la priode archaque. Quant aux vases en terre noire ou brun fonc, dcor incis et rempli d'une pte blanchtre, dont on ne trouve que de rares exemplaires en Egypte, cette poque aussi bien que sous l'Ancien et le Nouvel Empire, ils n'ont rien d'gyptien, mais appartiennent un type connu, rpandu surtout dans les pays au nord de la Mditerrane. Il s'agit donc d'objets d'importation dont ni la matire, ni la facture, ni la dcoration en lignes droites irrgulires et en points, n'ont de rapport avec quoi que ce soit qui provienne de la valle du Nil. Nous avons vu des vases en terre, de forme globulaire ou sphrode dont la dcoration prtendait imiter la matire de ces vases en pierre dure que nous trouverons en grande abondance sous les deux premires dynasties. Ces vases de pierre devaient donc ncessairement exister la priode prdynastique, mais ceux qui nous sont parvenus sont en nombre extrmement restreint. C'taient sans doute des ustensiles trs prcieux, et cette raison suffit pour expliquer les imitations peintes. Par contre, les matires moins dures que le porphyre ou le basalte et qui se laissent plus facilement travailler, comme le calcaire et l'albtre, sont dj d'un emploi trs frquent, et les indignes y ont taill avec habilet des vases cylindriques et des coupes de toutes formes et de toutes dimensions. B. CIVILISATION Aprs avoir ainsi pass en revue les nombreux documents que nous possdons maintenant sur la priode archaque, il nous reste voir quels sont les renseignements utiles que nous pouvons en tirer pour la connaissance des Egyptiens prdynastiques et de l'tat de leur civilisation. _Le pays_ Aujourd'hui la valle du Nil forme une longue et troite plaine de terres cultivables, borde des deux cts par le dsert ou la montagne; tout le terrain irrigable est utilis et uniformis. Cet tat est d non seulement au Nil fertilisateur, mais encore et surtout la main des hommes qui, aprs des sicles de travail, sont arrivs rendre productif jusque dans ses moindres recoins leur fertile petit pays. Il n'en tait pas ainsi aux poques primitives, et l'aspect de la contre devait tre, quoique dans le mme cadre, absolument diffrent. Le Nil avait commenc par serpenter au fond de la valle, sans cours fixe, coulant alternativement sur un bord ou sur l'autre; ce n'est que peu peu qu'il se fraya une voie plus rgulire au milieu des alluvions qu'il avait lui-mme apportes. Le limon qu'il amenait avec lui chaque anne se rpandait bien sur toute la surface des terres inondes, mais grce au sable et aux galets qu'il charriait en mme temps et qui se dposaient dans le courant mme du fleuve, son lit s'levait graduellement, laissant ainsi en bordure de la valle des terrains en contre-bas o se formaient de vritables marais remplis nouveau chaque anne par l'inondation; l se dveloppait une vgtation luxuriante de plantes d'eau, roseaux, papyrus, lotus, et, sur les bords, de vraies forts d'arbres de toute espce. Toute cette zone lacustre entretenait dans le pays, aujourd'hui si sec, une humidit permanente qui devait lui donner un caractre tout diffrent et le faire ressembler ce qu'est maintenant le Haut Nil, le Nil des rgions tropicales. Le climat du reste n'tait pas non plus exactement le mme qu'aujourd'hui, il devait tre sensiblement plus chaud, car ct des animaux qui vivent encore en Egypte et de ceux qui s'en sont retirs depuis peu, comme l'hippopotame et le crocodile, on y trouvait encore, ces poques recules, l'lphant, la girafe et l'autruche. Pour la faune et la flore, l'Egypte, qui n'a plus maintenant que ses cultures et son dsert, est un des pays les plus pauvres du monde, mais il n'en tait certainement pas de mme autrefois, grce ces rgions fertiles et sauvages en mme temps, que l'homme primitif ne pouvait encore utiliser autrement que pour la chasse et la pche, et o se dveloppaient librement les plantes et les animaux les plus varis. _La race_ Comme je l'ai dit plus haut, les anthropologistes sont encore loin d'avoir tabli de faon certaine la race laquelle appartenaient les plus anciens habitants de l'Egypte. Nous pouvons cependant nous en faire une ide approximative: c'tait une population brachycphale et orthognathe au teint clair, aux cheveux lisses, bruns ou chtains, la taille moyenne, se rapprochant par consquent beaucoup de la race qui occupait aux poques les plus anciennes tout le bassin de la Mditerrane, et apparente tout spcialement aux Libyens et aux Berbres. Ainsi on retrouve les mmes coutumes funraires, les mmes modes de spulture dans l'Egypte primitive et dans les les grecques, en Grce et jusqu'en Italie, ce qui peut faire supposer une parent de race avec les hommes qui habitaient ces contres avant l'invasion aryenne. On a constat aussi certains lments d'origine soudanaise ou plutt nubienne, mme quelques statuettes statopyges rappellent le type hottentot, mais ce ne sont l que des exceptions. Il n'y a rien non plus ici des races aryennes ni surtout des Smites. Ces populations taient paisibles et on n'a retrouv que sur un trs petit nombre des crnes tudis des lsions comme on en verrait certainement beaucoup chez un peuple belliqueux. On a pu constater par contre sur les os des traces de deux maladies, la tuberculose et la syphilis. _Habitations_ Dans les montagnes et les falaises souvent assez leves qui bordent la valle du Nil, il n'y a ni cavernes ni abris sous roche o les hommes primitifs aient pu s'tablir demeure. Le climat leur permettait de vivre en plein air et nous avons vu que ceux de l'poque chellenne semblent s'tre tenus de prfrence sur les hauteurs, tandis que les hommes de la priode dont nous nous occupons avaient des tablissements durables la lisire du dsert. Dans ces villages, il n'y a pas trace d'enceinte construite, ce qui fait ressortir le caractre paisible de ces peuplades, ni de maisons en brique ou en pierre, et si nous voulons nous faire une ide de ce qu'taient les habitations des indignes, nous pouvons nous reporter des modles de petits difices trs anciens qui ont survcu par tradition religieuse dans les sanctuaires de diffrents dieux: c'taient soit des huttes en branchages, coniques ou arrondies, comme en ont encore les ngres de l'Afrique centrale, soit des constructions lgres en bois, avec un pilier chaque angle et un toit plat ou lgrement bomb. [Illustration: _Fig. 58._ Sanctuaire primitif (d'aprs PETRIE. _Royal Tombs_, II, pl. X).] Dans les villages, qui s'tendent en gnral sur une superficie assez peu considrable, les habitants serraient leurs rcoltes et gardaient ct d'eux leurs bestiaux; en juger par la place occupe, quelques familles seulement devaient constituer la population d'un de ces tablissements. _Costume et parure_ Dans l'antiquit, le costume des Egyptiens a toujours t trs sommaire, plus forte raison a-t-il d en tre de mme une poque si recule. D'aprs des reprsentations un peu plus rcentes, datant des dynasties thinites, on voit que les indignes hommes devaient avoir pour tout vtement l'objet bizarre qui devint plus tard l'insigne national des Libyens, l'tui phallique, sorte de longue gaine tombant de la ceinture jusque prs des genoux. Des peintures de vases nous montrent des femmes vtues de robes courtes, collantes, descendant peine aux chevilles; le buste tait nu, semble-t-il. Enfin, dans certaines statuettes d'ivoire, on reconnat des hommes envelopps d'un grand manteau qui les couvre des paules aux pieds. Ces vtements taient sans doute, l'origine, en peau, et peut-tre, une poque moins recule, en toffe. [Illustration: _Fig. 59._ Figurines d'ivoire d'poque archaque (QUIBELL. _Hieraconpolis_, pl. IX et XI).] Comme parure, on portait, ainsi que nous l'avons vu, des bijoux grossiers, tels que des bracelets en ivoire, en nacre, en silex, des colliers plusieurs rangs, en perles de pierre ou en coquilles, des pendeloques et des peignes orns de dcoupures. Il faut signaler encore les tatouages, ou peintures corporelles dont certaines femmes, peut-tre des danseuses, se couvraient tout le corps, et qui figuraient des lignes brises ou des animaux. [Illustrations: _Fig. 60_ et _61_. Bracelet en silex et peigne en os (d'aprs J. DE MORGAN. _Recherches sur les orig. de l'Egypte_, I, fig. _334_ et _337_).] _Chasse et pche_ Nous avons vu les tout premiers habitants de l'Egypte dj en possession d'une arme qui pouvait tre redoutable, le coup-de-poing chellen. Des besoins imprieux contraignent l'homme que la terre non cultive ne peut nourrir, faire usage de la force, tant pour se procurer sa subsistance aux dpens des autres tres vivant ct de lui, que pour se dfendre contre ceux qui, physiquement plus forts, sont pour lui une menace permanente. Des Egyptiens prdynastiques, beaucoup d'armes nous sont galement parvenues, armes de plusieurs catgories qui peuvent tre employes indiffremment pour la chasse et pour la guerre. Parmi celles qu'on a coutume d'appeler armes de choc, il faut citer en premire ligne celles qui n'ont pu se conserver, vu la matire dont elles sont faites, mais qui ont laiss un souvenir persistant jusqu'aux plus basses poques, les armes de bois, d'abord le long bton, renfl dans le bas et pouvant servir de massue, puis le vrai casse-tte court et pesant; aux poques historiques ce sont encore ces armes traditionnelles mais hors d'usage, qu'on donne volontiers aux morts dans leurs tombeaux. A ct de ces btons on trouve les massues dont la tte de pierre dure, conique ou ovode, s'emmanchait sur un bton court, et enfin les haches, dont nous avons de nombreuses sries, de forme plate, longue, paisse ou mince, un seul tranchant, l'autre extrmit tant destine se fixer dans une emmanchure de bois dont nous ne connaissons plus la forme. Quant aux haches polies et celles qui, munies d'un tranglement servant faciliter l'emmanchure, semblent plutt une copie des haches de bronze, elles appartiennent probablement l'poque suivante. [Illustration: _Fig. 62 et 63._ Massues (d'aprs J. DE MORGAN, _Rech. sur les orig. de l'Egypte_, I, fig. _320_, et PETRIE. _Diospolis parva_, pl. V).] Comme arme de main, nous avons le poignard long et mince, trs finement retaill, qui est parfois une pice de toute beaut, et enfin comme armes de jet, les innombrables pointes qui, suivant leurs dimensions, appartenaient des flches ou des javelines. Travailles avec grand soin, ces pointes sont le plus souvent encore remarquablement aigus et prsentent toutes les formes usuelles, pointes ailerons, encoches au pdoncule, lancoles, triangulaires, en croissant; un type cependant qui est particulier l'Egypte et qui se perptue assez tard est celui de la flche tranchant, destine faire une blessure plus large que profonde; ce modle est aussi employ pour des javelots. Certaines pointes de plus grandes dimensions peuvent avoir appartenu des lances (v. p. 62-65). [Illustration: _Fig. 64._ Harpon en os.] Les indignes avaient certainement encore, comme leurs successeurs, d'autres moyens de se procurer du gibier, les piges, les lacets, les filets et peut-tre le lasso, instruments qui naturellement n'ont pas laiss de traces. En ce qui concerne la pche, nous n'avons pas non plus les filets, les nasses et les lignes qui devaient tre dj en usage cette poque, mais certains silex en forme de croissant peuvent avoir servi d'hameons pour les gros poissons, qu'on attaquait galement avec des harpons en os munis d'une pointe barbele. Les poissons sont extrmement nombreux dans le Nil et devaient pulluler dans les marais avoisinants; ils formaient sans doute la base mme de la nourriture des premiers Egyptiens, qui mangeaient aussi certains mollusques fluviatiles tels que les unios et les anodontes. Quant au gibier, nous avons vu qu'il y avait en Egypte non seulement les espces qui y sont aujourd'hui, mais encore celles de l'Afrique tropicale; ainsi l'homme pouvait chasser l'antilope, le boeuf sauvage et la girafe aussi bien que la gazelle et le bouquetin, l'autruche comme l'oie, le canard et la perdrix, mais ses armes primitives devaient lui tre de bien peu de secours vis--vis de l'lphant, du rhinocros, de l'hippopotame et du crocodile, ou contre le lion et la panthre qui infestaient encore la contre. _Elevage. Agriculture_ Les animaux sauvages pris vivants la chasse, conservs d'abord comme en-cas pour le moment o le gibier viendrait manquer, furent vite domestiqus; l'homme reconnut trs tt les services que ces btes pouvaient lui rendre, et non seulement il les nourrit, mais encore les dressa et les utilisa, recueillit leurs oeufs ou leur lait. Nous avons dans les kjoekkenmoeddings de la Haute Egypte des traces non quivoques d'levage, les animaux domestiqus vivant cte cte avec l'homme dans ces villages primitifs. Comme quadrupdes, il devait y avoir le boeuf, l'antilope, la gazelle, la chvre, sans doute l'ne; comme volatiles, l'oie, le canard, la grue, le pigeon, et bien d'autres varits sans doute. L'agriculture est partout moins ancienne que l'levage, et pour l'Egypte nous ne pouvons savoir quelle poque on commena travailler le sol, si ce fut la fin seulement de la priode prdynastique ou longtemps avant: les grains trouvs dans les kjoekkenmoeddings ne sont pas dats de faon exacte, et ceux des tombeaux sont difficilement identifiables. Quant aux outils, le sol fertile de l'Egypte, dtremp et ameubli par l'inondation, n'en ncessite pas de trs puissants, aussi les houes et les charrues de bois furent-elles en usage pendant toute la priode pharaonique; on n'en retrouve naturellement pas trace aux ges plus anciens, mais par contre certains silex plats, sortes d'herminettes de grande dimension, montrent des traces d'usure ne pouvant provenir que du travail de la terre, et ne sont sans doute pas autre chose que des houes. Enfin on retrouve de petits silex plats, dentels et semblant tre des fragments de scies qui, s'emmanchant les uns ct des autres sur un bois recourb, formaient des faucilles; cet outil, en usage encore au Moyen Empire, est sans doute d'origine prhistorique, mais nous ne pouvons dire avec certitude si certains des lments retrouvs datent vraiment de l'poque dont nous nous occupons en ce moment. Il faut encore citer les moulins, pierres plates surface incurve o l'on crasait le grain. _Navigation_ Le moyen de communication qui est de beaucoup le plus pratique dans une valle longue et troite comme l'Egypte est sans contredit la voie fluviale, et jusqu' nos jours c'est le Nil seul qui a t utilis cet effet, sauf pour de trs courts trajets. Pour les populations primitives surtout, ce mode de locomotion devait avoir de trs grands avantages, puisqu'il leur permettait de se transporter d'un point un autre sans avoir courir les multiples dangers qui les menaaient dans un pays encore moiti sauvage, infest d'animaux contre lesquels ils n'avaient que des moyens de dfense insuffisants. Les premiers bateaux furent trs simples: on cueillait des roseaux ou des papyrus qu'on runissait en bottes et qu'on liait ensemble de manire former un esquif fond arrondi, aux extrmits releves en pointe, et qui, rendu impermable au moyen d'un enduit quelconque, formait une nacelle lgre, insubmersible, rsistante et lastique. Ce modle continua tre employ aux poques historiques, surtout pour la chasse dans les marais. [Illustration: _Fig. 65._ Modle de nacelle en terre cuite (d'aprs DE MORGAN. _Rech. sur les orig. de l'Egypte_, II, fig. _235_).] A ct de cela, les gens du pays possdaient des bateaux de beaucoup plus grandes dimensions, peu profonds et relevs aux deux extrmits, munis de rames et mme de voiles carres. _Commerce extrieur_ Les indignes avaient des rapports certains avec les ctes de la mer Rouge, puisque dans leurs spultures on trouve des bracelets et des colliers faits en coquilles marines dont l'habitat est prcisment dans cette mer. La poterie noire dcor incis, dont il a t parl plus haut, montre qu'ils avaient galement des relations avec les autres peuples mditerranens, surtout avec ceux des les grecques, et que, par consquent, il y avait dj cette poque des hommes osant s'aventurer avec leurs bateaux en pleine mer. Une petite dcouverte faite en Crte confirme l'existence de ces relations intercontinentales: on a trouv Phaestos, sur la cte sud de la Crte, dans les couches les plus profondes d'un gisement nolithique, un gros fragment de dfense d'lphant; or sur le littoral nord de l'Afrique, il n'y a gure que l'Egypte o l'lphant ait pu vivre et nous avons vu qu'il y vivait en effet. C'est donc d'Egypte, selon toute probabilit, que cet objet fut transport en Crte, une poque antrieure l'histoire. [Illustration: _Fig. 66._ Barque prhistorique (Graffito--d'aprs DE MORGAN. _Rech. sur les orig. de l'Egypte_, I, fig. _492_).] _Arts et mtiers_ L'architecture de bois tant seule en usage chez les indignes de l'poque archaque, il ne nous en est naturellement rien parvenu; il est cependant probable que ce fut vers la fin de cette priode qu'on commena employer la brique crue, dont l'usage est si rpandu sous la Ire dynastie, mais les monuments ne nous permettent pas d'affirmer la chose de manire absolue. La sculpture ne s'attaque pas encore autre chose qu'aux petits objets, peignes, pendeloques, ornements, auxquels on cherche donner une forme humaine ou animale, plaques de schiste qu'on dcoupe en silhouettes, figurines de danseuses ou d'hippopotames qu'on modle dans de l'argile et qu'on fait cuire ensuite. Pendant ce temps, des chasseurs l'afft gravaient des images d'animaux sur les rochers qui les abritaient, d'un trait encore malhabile, mais qui ne manque pas d'un certain caractre pittoresque. Il en est de mme pour la peinture sur vases: on remarque dans ces figurations d'animaux, de vgtaux, de bateaux, des qualits ornementales qui contrastent avec la navet et souvent la barbarie de l'excution: les dessinateurs savent dj reconnatre le trait caractristique de chaque tre et de chaque objet, et dans ces croquis enfantins on distingue le germe de ce qui fera plus tard l'originalit de l'art gyptien, la fois synthtique et dcoratif. Nous avons dj vu, en fait de gens de mtier, les fabricants de silex taills, les potiers et les tourneurs de vases de pierre, les seuls artisans qui nous aient laiss des traces abondantes de leur activit et dont nous puissions arriver reconnatre les procds. Les autres ouvriers se devinent plus qu'ils ne s'affirment, ainsi les charpentiers, que signale la prsence de nombreuses herminettes en silex, sorte de haches plates ne pouvant servir qu'au travail du bois; quelques fusaoles nous rvlent aussi l'origine du travail des matires textiles. Le cuivre fait son apparition au cours de la priode prdynastique, peut-tre mme son dbut, mais les rares outils de mtal trouvs dans les spultures sont encore rudimentaires et montrent que les mtallurgistes, qui deviendront si habiles aux ges suivants, en taient encore aux ttonnements du dbut. _Organisation sociale et politique_ Les indignes de l'Egypte prdynastique ne vivaient plus isols, mais en socit, et si nous ne savons rien de l'institution de la famille, nous connaissons au moins leurs villages o plusieurs familles pouvaient vivre cte cte, et les ncropoles o ces populations sdentaires runissaient leurs morts. Certains indices montrent qu'il existait des groupements plus importants, des tribus ayant chacune son insigne, sorte de totem, reprsentant sans doute la divinit locale. Ces enseignes qui devaient plus tard devenir l'emblme des nomes ou provinces de l'Egypte, servaient de signe de ralliement des tribus sans doute apparentes l'origine, mais qui devaient ncessairement entrer en comptition les unes avec les autres, au fur et mesure qu'elles se dveloppaient; de l des luttes sur lesquelles nous ne sommes renseigns que par la lgende, et qui aboutirent l'tablissement de la suprmatie du clan d'Horus sur toute la Haute Egypte, et du clan de Set sur le Delta. Ces deux tribus, celle du faucon et celle du quadrupde au museau recourb et aux longues oreilles droites, taient-elles autochtones ou trangres, c'est ce que nous ne saurons sans doute jamais avec certitude, mais il est prsumer qu'elles durent leur supriorit la connaissance des mtaux qui leur donnaient un immense avantage sur des populations n'ayant que des armes de pierre. Quoi qu'il en soit, nous pouvons croire que la priode archaque, trs paisible ses dbuts, se termina par de longues luttes qui aboutirent la fondation des royaumes du Midi et du Nord, royaumes qui rivalisrent longtemps, jusqu'au moment o l'un d'eux finit par absorber l'autre. [Illustration: _Fig. 67._ Hippopotame en terre cuite (d'aprs DE MORGAN. _Recherches sur les origines de l'Egypte_, II, fig. _413_).] [Illustration: _Fig. 68._ Vue perspective du tombeau de Negadah (d'aprs J. DE MORGAN. _Rech. sur les orig. de l'Egypte_, II, fig. _521_).] CHAPITRE IV POQUE THINITE (De 4000 3400 av. J.-C. environ.) Entre le moment o les indignes que nous avons appris connatre habitaient paisiblement la Thbade, occups de chasse et de pche, d'agriculture et d'levage, et celui o Mns constitue son royaume, il n'y a pas de transition marque, ni dans les monuments de la rgion d'Abydos, berceau de la nouvelle monarchie, ni dans le reste de la Haute Egypte. Ces deux poques se touchent, semble-t-il, et pourtant il s'est accompli pendant le laps de temps qui les spare et dont nous ignorons la dure, une transformation profonde qui touche tous les domaines: une mthode nouvelle de gouvernement est inaugure, l'criture est invente, les constructions de briques remplacent l'architecture de bois, le cuivre et mme le bronze deviennent d'un usage courant, tandis que la taille du silex et la fabrication des vases de pierre ont atteint la perfection. Une transformation pareille demande de longs sicles ou bien une intervention trangre, aussi a-t-on tent de l'expliquer de diverses manires, sans avoir encore pu sortir du domaine des hypothses. En raison de certaines ressemblances trs apparentes entre ce qui nous est parvenu de l'Egypte thinite et ce que nous connaissons de la Chalde primitive, l'criture hiroglyphique, l'architecture en briques crues, l'emploi du cylindre comme cachet, la forme de certains vases de pierre, quelques savants ont voulu tablir une communaut d'origine. Ils supposent qu' un moment donn, une tribu puissante venant de Chalde ou d'un autre pays qui serait aussi le berceau des Chaldens, aurait pntr en Egypte par le Sud aprs avoir travers la mer Rouge et le dsert, aurait soumis la valle du Nil et rpandu dans tout le pays les bienfaits d'une civilisation suprieure celle qui s'y tait dveloppe naturellement. La tribu conqurante, le clan Horien, serait alors une peuplade d'origine smitique et Horus un dieu smite, ce qui est bien difficile admettre, d'autant que, plus on tudie cette poque, plus on constate le caractre vraiment original et purement africain de la civilisation gyptienne. D'un autre ct, la lgende parle de l'expdition d'Horus comme venant du Sud; un texte trs ancien donne mme le nom de la tribu de laquelle sortait la race royale, la race horienne, et cette tribu est une tribu nubienne. Nous devons donc admettre qu' un moment donn, peut-tre peu avant Mns, peut-tre bien des sicles plus tt, une tribu mridionale, mais d'une race apparente celle qui occupait le pays, vint s'installer dans la valle du Nil, qu'elle subjugua aprs un temps plus ou moins long et dont nous ne pouvons valuer la dure. Ce qui assura la supriorit ces conqurants, c'est le fait qu'ils connaissaient les mtaux, tandis que les indignes en taient encore l'ge de la pierre, mais il est bien peu probable qu'il faille attribuer aux envahisseurs tous les progrs faits par la civilisation gyptienne aux dbuts de la priode historique, entre autres l'invention de l'criture. Presque tout ce qui nous est parvenu jusqu'ici de l'poque prdynastique provient de la Haute Egypte, et nous n'avons pour ainsi dire aucun document sur ce qu'tait le Delta pendant cette priode. Cette rgion est cependant incomparablement plus riche que la Haute Egypte, et ses habitants durent ncessairement prcder leurs frres du Sud dans la voie de la civilisation; c'est dans les terres du Delta, plus fertiles et mieux arroses que toutes les autres, que l'agriculture devait natre et se dvelopper en premier lieu, et la lgende nous en a conserv un souvenir trs prcis: Osiris est un dieu du Delta, dont le centre est Mends; Isis est galement une desse de la mme rgion, ainsi que Set, le dieu de la tribu la plus puissante de cette partie du pays. Le Delta tait donc considr par les Egyptiens eux-mmes comme le berceau de leur civilisation, bon droit, semble-t-il. C'est la nature mme du sol, entirement cultivable, que nous devons de n'en avoir pas retrouv la moindre trace, car si dans la Haute Egypte les habitations et les ncropoles taient situes la lisire du dsert, elles ne pouvaient tre ici que sur des monticules artificiels aujourd'hui recouverts par les alluvions et cultivs comme le reste du pays. Il existe encore une autre preuve de l'avance que les indignes du Nord avaient sur ceux du Sud, preuve relative l'organisation sociale du pays: dans les listes de rois mythiques antrieurs Mns, on ne voit que dix rois thinites pendant 350 ans, tandis que les trois dynasties de rois du Nord avaient occup le trne pendant des milliers d'annes. Il est difficile de se rendre compte comment les rois du Sud russirent dtrner leurs voisins plus civiliss du Nord et runir tout le pays sous leur sceptre, mais dans l'histoire les exemples sont frquents d'un peuple riche subjugu par un autre qui lui est trs infrieur, et toujours dans ces cas-l nous voyons que le vaincu finit par s'assimiler le vainqueur et par l'absorber: la civilisation, un moment crase par la force, reprend au bout de peu de temps son essor, activ par l'infusion d'un sang nouveau. Il en fut de mme ici, et comme dans le mythe, Horus ne put achever sa conqute et dut faire un compromis avec ses ennemis. Le Delta se vengeait gnreusement d'avoir perdu son autonomie en imposant son vainqueur une civilisation trs suprieure, jusqu'au moment o il pourrait lui-mme reprendre les rnes du pouvoir. A. HISTOIRE ET TRADITION Originaires d'un des points les plus mridionaux du territoire gyptien, les chefs de la tribu du faucon, qui avaient tendu leur pouvoir sur les autres tribus de la Haute Egypte, choisirent comme lieu de rsidence un endroit plus central, situ plus au nord, en une rgion o la valle s'largit et devient en mme temps plus fertile. C'est l que s'leva la ville de Thinis, qui comme capitale politique de l'Egypte devait tre vite supplante par les villes mieux situes, tandis que sa voisine, Abydos, o les premiers rois creusrent leurs tombeaux, devenait rapidement la mtropole religieuse de la Haute Egypte, le centre du culte funraire, la ville du dieu des morts. C'est leur premire capitale que les deux premires dynasties doivent le nom sous lequel on les dsigne couramment, celui de dynasties thinites. Pour arriver connatre leur histoire, nous pouvons maintenant combiner les donnes des crivains classiques et celles que fournissent les listes ou les monuments gyptiens postrieurs, avec les renseignements contemporains qui nous ont t livrs par les fouilles rcentes; nous avons la liste des rois, les chiffres indiquant la longueur de leurs rgnes, mais l'histoire proprement dite, l'enchanement des vnements, nous fait encore dfaut. Le relev officiel, anne par anne, de la pierre de Palerme, ne nous est pas d'une grande utilit, car par le fait des cassures, nous ne savons auxquels des rois attribuer les vnements signals, qui du reste ne se rapportent le plus souvent qu' des ftes religieuses ou des fondations de temples. De plus, pour des raisons que nous examinerons plus loin, il est souvent difficile d'tablir la corrlation entre les noms royaux tels que nous les donnent les listes et ceux qui se trouvent sur les monuments contemporains. La premire dynastie, au dire de Manthon, compta huit rois et dura 263 ans, la seconde, neuf rois qui occuprent le trne pendant 302 ans. On peut les placer, approximativement, entre 4.000 et 3.400 avant notre re. Dans ces deux groupes de souverains, la seule figure qui se dtache sur l'ensemble est celle du premier d'entre eux, Mns, en gyptien Mena ou Mini, le vritable fondateur de la royaut gyptienne. Nous ignorons comment il s'y prit pour runir sous son sceptre les deux parties du pays, mais nous savons qu'aussitt la chose faite, il s'empressa de transporter le sige de son gouvernement la frontire des deux royaumes, fonda une ville nouvelle, laquelle il donna son nom, Memphis, Mennofer, et qui par sa position mme devait rester bien longtemps la capitale de l'Egypte. Aprs cela il s'occupa activement de l'organisation de ses nouveaux tats: il promulgua des lois, fonda des temples, dirigea des expditions contre les Libyens qui habitaient aux confins de la valle du Nil et qui cherchrent toujours s'y rinstaller en matres. Son long rgne, qui dura plus de soixante ans, se termina par une fin tragique sur laquelle nous ne sommes que trs vaguement renseigns. Les successeurs immdiats de Mns, ceux dont les noms, grciss par Manthon, sont Athothis, Kenkens, Ouenphs, Ousaphas, Mibis, Semempss et Bienekhs, continurent son oeuvre, sans qu'aucun d'eux se distingut de faon particulire: ils s'occuprent de lgislation, d'administration intrieure, et rglrent dfinitivement le culte des dieux et le rituel des crmonies; ils construisirent des temples, des palais et d'autres difices, ils guerroyrent contre les Libyens et l'un d'eux envoya au Sina la premire expdition minire dont l'histoire ait gard le souvenir. Quelques-uns s'occuprent mme de science et composrent non seulement des ouvrages thologiques, mais aussi des livres de mdecine et d'anatomie. Sous les uns, diverses calamits s'abattirent sur le pays, tandis que les autres jouirent d'annes prospres et tranquilles. Les rois de la IIme dynastie, Boethos, Kaiekhos, Binothris et les autres ont une personnalit plus efface encore, et il est difficile de les identifier avec ceux que les monuments nous font connatre et qui ne peuvent se ranger que dans cette priode de l'histoire, Kha-Sekhemou, Neb-ra, Nenouter, Hotep-Sekhemou et plusieurs autres encore. Aucun vnement important n'est relat, mme sur la pierre de Palerme, o les mentions annuelles se rapportent toutes des ftes royales ou religieuses, au dnombrement des bestiaux, la construction de divers difices. On s'aperoit nanmoins, en tudiant les courtes inscriptions laisses par ces rois et en les comparant celles de la dynastie prcdente, qu'il y a quelque chose de chang dans la titulature royale, auparavant trs simple. Il s'y introduit plusieurs reprises un lment nouveau, l'emblme du dieu Set, et ce simple fait montre que le sceptre n'est plus aussi ferme entre les mains des souverains thinites, qu'ils se rapprochent insensiblement, soit par des mariages, soit autrement, des descendants des anciens rois du Nord; si quelques rois se font ensevelir Abydos, comme leurs anctres, les autres commencent creuser leurs tombeaux Memphis mme, o les traces de leur activit deviennent de plus en plus frquentes. Cette dynastie, encore nettement thinite, tant par l'origine de ses rois que par le caractre de sa civilisation, reprsente donc pour nous le commencement de la priode de transition pendant laquelle se prpare l'avnement de l'empire memphite; cette priode est assez longue, puisqu'elle embrasse encore la IIIme dynastie qui, bien que memphite, se rattache troitement celle qui la prcde. [Illustration: _Fig. 69._ Tte de Kha-Sekhemou (d'apr. QUIBELL. _Hieraconpolis_, I, p. XXXIX).] B. MONUMENTS Presque tous les monuments, petits ou grands, que nous possdons maintenant, proviennent de la Haute Egypte, en particulier d'Abydos, de Negadah et, un peu plus au sud, d'Hieraconpolis, la ville o tait probablement le centre le plus ancien en Egypte du clan d'Horus le Faucon, avant son extension vers le nord. Enfin un certain nombre d'inscriptions et de petits objets ont t trouvs dans les environs de Memphis, mais, comme nous venons de le voir, ceux-ci datent seulement de la fin de l'poque thinite. Nous devons passer en revue tous ces documents avant d'aborder le tableau d'ensemble de la civilisation pendant cette priode. _Tombeaux_ Les princes de Thinis avaient choisi pour y creuser leurs spultures une large plaine sablonneuse domine par les montagnes o commence le dsert proprement dit, aux environs immdiats de leur premire capitale, au lieu qui deviendra plus tard la ville sacre d'Abydos. Les plus anciennes de ces tombes, celles qui appartiennent aux premiers rois de la Ire dynastie, et mme peut-tre quelques-uns de leurs prdcesseurs immdiats, sont de grandes fosses rectangulaires creuses dans le sol du dsert, qui ne dpassent gure cinq mtres sur sept de ct, et trois de profondeur environ; des murs en briques crues taient levs contre les parois naturelles de la fosse et le tout tait recouvert, au niveau du sol sans doute, par un plancher de bois support par des piliers, galement en bois; une couche de sable devait rendre la tombe invisible. [Illustration: _Fig. 70._ Plan d'un tombeau royal Abydos (d'aprs PETRIE. _Royal Tombs_, I, pl. LX).] Avec un plan aussi simple, le tombeau du roi se distinguait peine de ceux de ses sujets, et nous voyons peu peu les souverains chercher donner leur dernire demeure un caractre plus grandiose. A partir du milieu de la Ire dynastie, les proportions de ces tombeaux augmentent sensiblement, en profondeur autant qu'en longueur et en largeur: on ne se contente plus de murs en briques et d'un plafond de bois, on tend un plancher sur le sol, on lambrisse les parois, et on finit mme par dessiner le long des murailles, au moyen de murs de refend, des sries de niches profondes qui ont presque la dimension de petites chambres. Enfin de grands escaliers en briques crues descendent jusqu'au fond de la salle, et autour de celle-ci, dans un foss moins profond, sont construites des sries de petites chambres servant de magasins pour les provisions funraires et de spulture aux gens de l'entourage immdiat du roi. Un petit monticule de sable et de galets recouvrait autrefois le trou, et au sommet une stle portant en grands caractres le nom du roi signalait de loin l'emplacement de son tombeau. [Illustration: _Fig. 71._ Stle royale d'Abydos (d'aprs DE MORGAN. _Rech. sur les origines de l'Egypte_, II, fig. _797_).] Deux tombes seulement de rois de la IIme dynastie ont t retrouves Abydos, toujours dans la mme rgion, mais ces monuments se distinguent trs nettement des autres, par le fait surtout que la chambre funraire et toutes ses dpendances sont construites dans une seule et mme excavation, celle-ci pouvant atteindre des dimensions considrables. Ainsi le tombeau de Kha-Sekhemou, qui doit tre un des derniers rois de la dynastie, est construit sur un plan trs allong et n'a pas moins de 83 mtres de long, avec 58 pices, parmi lesquelles la chambre funraire, place au centre, est peine plus importante que les autres. Le monument le plus remarquable de toute la priode thinite est situ Ngadah, entre Abydos et Louxor; c'est encore un tombeau, non plus un tombeau souterrain, mais une construction entirement apparente. En voyant pour la premire fois cet difice qui est encore dans un tat de conservation relativement bon, nous crmes tre en prsence d'un mastaba de l'Ancien Empire et il fallut les fouilles mthodiques qu'entreprit immdiatement M. de Morgan pour nous prouver que nous avions sous les yeux un monument datant d'un des plus anciens rois de la Ire dynastie; certains savants ont voulu identifier ce souverain Mns lui-mme, mais la dcouverte rcente d'un fragment des annales de l'Ancien Empire montre qu'il s'agit sans doute de son deuxime successeur, le roi Atet-Kenkens. Entirement construit en briques crues, ce monument, dont la forme gnrale est rectangulaire, a une longueur totale de 54 mtres, exactement le double de sa largeur; un socle bas l'isole du terrain environnant, et au-dessus de ce soubassement les murs s'lvent, prsentant tout le long des quatre faades une srie de petites niches avec les retraits et les saillies que nous retrouverons plus tard dans les stles de l'Ancien Empire et qui ne font que reproduire les dtails dcoratifs de l'architecture civile en briques et en bois. Aucune porte ne permet de pntrer dans l'intrieur, qui se compose d'un noyau central contenant cinq pices, dont la chambre funraire, au milieu; aprs l'ensevelissement, on avait mur les portes de ces chambres, puis on avait difi tout autour une srie de pices plus petites destines servir de magasin, et enfin le mur extrieur avec ses niches, qui devait clore dfinitivement le tombeau et le prsenter aux regards sous la forme d'un immense bloc architectural sans la moindre ouverture: au lieu d'tre enterr, comme d'habitude, le mort tait emmur. Enfin, dans les substructions du temple plus rcent d'Hieraconpolis, on a retrouv un long mur circulaire, en pierres grossirement assembles, qui reprsente sans doute l'enceinte du premier temple bti en cet endroit sous les dynasties thinites, ainsi que semblent le prouver un montant de porte sculpt au nom du roi Kha-Sekhemou et d'autres objets de la mme poque. On n'a jusqu'ici signal aucun autre difice royal, temple ou tombeau de cette priode. [Illustration: _Fig. 72._ Tombe d'poque thinite (d'aprs REISNER. _Predynastic cemeteries_, I, pl. IV).] Quant aux tombeaux des particuliers, ils sont toujours d'une grande simplicit: la fosse, un peu plus grande qu'autrefois, est rectangulaire ou carre, ses parois sont en gnral revtues de briques crues, et un plafond de bois ou de dalles de pierre recouvre le tout; elle comprend parfois plusieurs chambres. Le mort y est le plus souvent couch sur le ct gauche, la tte au sud, dans la position dite embryonnaire ou assise; on ne rencontre que rarement des exemples de dmembrement complet, comme c'est le cas vers la fin de la priode prcdente, mais on retrouve par contre souvent la petite tombe ovale et la tombe-ciste. _Mobilier funraire_ Les tombeaux royaux ne nous sont point parvenus intacts; ils n'taient pas suffisamment protgs, et les violateurs de spultures y pntrrent; puis des incendies clatrent dans ces constructions o le bois entrait pour une grande part, et le mobilier funraire en souffrit considrablement. D'aprs ce qui en reste, nous pouvons nanmoins nous faire une ide exacte de ce que ce mobilier devait tre l'origine, de la varit et de la richesse des objets qui le composaient. [Illustration: _Fig. 73._ Jarre en terre (d'ap. PETRIE. _Abydos_, I, pl. XXXII No _100_).] Les vases en terre sont de toutes formes et d'une grande abondance; tous servaient serrer des provisions, grains ou liquides, dont on a encore retrouv des traces, et taient amoncels dans les petites salles annexes du tombeau, qui servaient de magasins; d'immenses jarres, soigneusement fermes au moyen d'une cuelle et d'un bouchon d'argile, et alignes les unes ct des autres, contenaient du vin, peut-tre aussi de l'huile; dans d'autres pices, des cruches plus petites ou de grandes cuelles renfermaient du bl, de l'orge, des fruits, des viandes. Tous ces vases taient des objets d'un usage courant, vulgaire mme, et non des ustensiles de luxe; ils ne manquent pas d'un certain galbe, d'une lgance de lignes qui se retrouve dans tout objet provenant de l'ancienne Egypte, mais leur facture est sommaire, l'argile employe est grossire, la cuisson souvent dfectueuse. [Illustration: _Fig. 74 et 75._ Vases cylindriques en terre (d'ap. AYRTON. _El-Mahasna_, pl. XXXIII).] Si la cramique, ravale des usages infrieurs, est moins soigne que celle de la priode prdynastique, nous remarquons par contre un progrs immense ralis dans l'industrie des vases de pierre: toute la vaisselle des rois et des gens de qualit se composait en effet d'ustensiles taills avec une habilet incroyable, qui n'a jamais t gale plus tard, en aucun endroit et aucune poque. Les ouvriers travaillent indiffremment le calcaire, l'albtre et le grs, le granit, la diorite, la diabase et le porphyre, sans que jamais la pierre la plus dure semble constituer pour eux le moindre obstacle. Ils s'attaquent mme l'obsidienne et au cristal de roche et russissent en tirer des petits vases et des coupes d'une perfection inoue. Des instruments dont ils se servaient pour venir bout de ces chefs-d'oeuvre, nous ne connaissons que le plus important, celui qui servait vider l'intrieur du vase, une sorte de vilebrequin lame latrale, garni dans le haut d'un lourd contrepoids servant de volant. [Illustration: _Fig. 76-79._ Coupes en pierre dure (d'aprs PETRIE. _Royal Tombs_, II pl. XLVII, XLVIIB, XLVIII).] Au point de vue de la forme, la varit de ces vases est trs grande. Il y a d'abord la coupe, pour laquelle on employait de prfrence l'albtre, le calcaire, le grs, le quartz, et qui servait en mme temps d'assiette et d'cuelle. Elle est plate ou plus ou moins profonde, souvent mme plus haute que large; son fond est plat ou arrondi, ses parois gnralement droites, mais parfois le rebord se retourne lgrement vers l'intrieur. Puis les grandes jarres d'albtre, imites du modle trs rpandu de la poterie ordinaire, et dont quelques-unes atteignent jusqu' un mtre de hauteur; les vases globulaires fond plat et petites anses, les uns minuscules, les autres de trs grandes dimensions; les vases sphrodes rebord aplati et anses de suspension, en granit, diorite ou porphyre, dont la panse est unie ou ctele et qui sont souvent de pures merveilles; enfin les nombreux vases cylindriques, gnralement en albtre. On pourrait encore mentionner d'autres formes moins courantes, entre autres les vases en forme d'animaux. Tous ces modles se retrouvent en trs grande abondance dans les tombeaux des rois et mme dans ceux des particuliers de l'poque. Etant donne la matire employe, on pourrait encore faire rentrer dans cette catgorie les petites tables d'albtre, sorte de guridons forms d'un disque mont sur un pied trs bas, qui servaient de tables manger, et qui deviennent surtout frquentes partir de l'Ancien Empire. [Illustration: _Fig. 80 et 81._ Vases de pierre (d'aprs PETRIE. _Royal Tombs_, II, pl. XLIX, et l'original).] La faence fait sa premire apparition avec des vases, des plaquettes et divers fragments en terre vernisse, couverte d'un vert parfaitement homogne, mais qui peut-tre tait bleu l'origine; ce genre de faence devait continuer tre employ toutes les poques du royaume pharaonique. [Illustration: _Fig. 82 et 83._ Bracelets de la Ire dynastie (d'aprs VERNIER. _Bijoux et orfvrerie_, I, pl. V).] Vu leur fragilit mme, beaucoup d'objets qui se trouvaient dans les tombes royales ont disparu ou ne nous sont parvenus qu' l'tat de fragments: ainsi tout ce qui tait en bois ou en ivoire, figurines, plaquettes, coffrets incrusts, meubles sculpts souvent orns de pieds de taureau ou de lion, d'un travail exquis. Un hasard heureux a fait retrouver aussi de belles perles en or et des bracelets en or, amthyste et grenat qui sont aussi bien composs qu'excuts, et qui dnotent, chez les bijoutiers de ce temps, une pratique du mtier dj trs grande. [Illustration: _Fig. 84._ Poignard en silex poigne d'or (d'apr. J. DE MORGAN. _Rech. sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _136_).] Les progrs de la taille du silex sont au moins aussi remarquables que ceux de la fabrication des vases en pierre dure. Les grands couteaux recourbs du tombeau de Negadah et les longs clats retaills sur une seule face, avec des retouches d'une rgularit parfaite, ne sauraient trouver leurs gaux en aucun pays du monde; ces derniers servaient de poignards, et l'un d'eux est envelopp sur une partie de sa longueur d'une feuille d'or cisel formant poigne. A ct de ces armes on trouve, toujours dans les tombeaux des rois, un grand nombre de pointes de flches qui ne leur cdent en rien pour la beaut de la forme et du travail. [Illustration: _Fig. 85 et 86._ Pointes de flches, Abydos (d'apr. DE MORGAN. _Rech. sur les orig. de l'Eg._, I, fig. _210_, _219_).] Nous avons dj vu et l, pendant l'poque prcdente, des objets de cuivre; partir des premiers rois thinites, l'usage de ce mtal est trs rpandu. On s'en sert non seulement pour des outils ou des armes, mais aussi pour des vases, grandes coupes creuses, vases globulaires avec anse mobile ou aiguires verseuses bec recourb, qui tmoignent dj d'une grande habilet en matire de chaudronnerie; les ouvriers s'entendaient aussi bien travailler l'embouti qu' souder et river les pices ensemble. [Illustration: _Fig. 87._ Plaque de schiste (d'aprs LEGGE. _Proc. of the Soc. of Bibl. Arch._, XXII pl. II).] Parfois encore les tombeaux des particuliers nous livrent de ces plaques de schiste que nous avons signales dans les spultures prdynastiques, mais on n'en a rencontr que rarement dans les tombes royales; l'usage de ces objets dans le mobilier funraire tendait disparatre, par contre on en employait d'analogues pour le service du culte divin. Ces plaques de schiste d'un nouveau modle, dont quelques-unes de trs grandes dimensions, sont couvertes de sculptures en bas-relief qui ont pour nous non seulement de l'intrt au point de vue artistique, mais nous donnent encore souvent des renseignements historiques importants. On y voit reprsentes, sous forme symbolique, une campagne victorieuse, la destruction de cits ennemies, la soumission des vaincus, tandis que sur d'autres on ne remarque que des animaux de toute sorte, en particulier ces espces de panthres dont le cou d'une longueur trs exagre entoure le godet central qui parat tre la partie la plus importante de la plaque, mais dont nous ne connaissons pas encore le but exact. Quoi qu'il en soit, ces plaques de schiste sculptes, qui sont de vritables oeuvres d'art, paraissent tre des objets votifs, comme les normes masses d'armes votives en pierre, couvertes de bas reliefs, qui taient dposes dans le temple d'Hieraconpolis. [Illustration: _Fig. 88._ Statue archaque, Turin (d'ap. PETRIE. _Photographs_, No _2_).] Ces monuments sont en somme les premiers bas-reliefs gyptiens; c'est de la mme poque que datent les premires oeuvres de la statuaire, qui, bien que souvent un peu lourdes de forme, possdent dj la plupart des qualits des statues de l'Ancien Empire. Ces objets sont du reste assez rares: quelques statues de petites dimensions, de rois ou de particuliers, des statuettes d'hommes ou de femmes en ivoire, et des figurines en diverses matires, reprsentant des animaux. _Inscriptions_ Parmi tous ces monuments, les plus importants pour nous, et de beaucoup, sont ceux qui portent des inscriptions. Les plus anciens documents crits appartiennent aux premiers souverains ayant rgn sur les deux parties du pays, et l'invention de l'criture, qui est la caractristique de l'poque thinite, ne semble pas avoir t de beaucoup antrieure ces dbuts de l'histoire gyptienne. Il ne s'agit pas encore de textes, proprement parler, mais d'inscriptions trs courtes donnant des noms, des titres, et la mention sommaire, au moyen de quelques signes seulement, d'vnements importants. En la comparant celle des poques suivantes, on voit que cette criture est encore dans son enfance, mais en mme temps on peut constater qu'elle a non seulement le caractre pictographique propre toutes les critures primitives, mais qu'elle possde dj tous les lments phontiques et alphabtiques qui constituent le systme hiroglyphique. Les signes ne sont pas encore disposs suivant un ordre rigoureux, comme plus tard, mais ils sont dj dessins avec une prcision remarquable, et ceux qui sont en usage ce moment-l se modifieront peine au cours des sicles. L'Egyptien, profondment artiste, avait trouv, presque sans ttonnement, semble-t-il, le type d'criture qui lui convenait et auquel il devait se tenir pendant des milliers d'annes. [Illustration: _Fig. 89._ Tablette en bne (d'ap. PETRIE. _Royal Tombs_, I, pl. XV, no _16_).] Les documents crits de la priode thinite appartiennent pour ainsi dire tous au roi lui-mme ou son entourage immdiat. Parmi les monuments royaux, il faut citer en premire ligne les grandes stles de pierre dresses sur les tombeaux et qui ne contenaient que le nom du roi en grands caractres; il en est de mme des montants de porte de Kha-Sekhemou au temple d'Hieraconpolis et des bas-reliefs du Sina o le nom accompagne seul la figure de Mersekha massacrant ses ennemis. De petites plaquettes en bois ou en ivoire, destines commmorer un vnement, une victoire, une crmonie religieuse ou une inauguration d'difices, portaient, en plus des reprsentations figures et du nom royal, un trs court texte explicatif. Enfin, sur la grande plaque de schiste et les massues votives d'Hieraconpolis, il n'y a, ct des reprsentations, que le nom du roi, qui se retrouve galement, isol, sur beaucoup de petits objets de toute espce. [Illustration: _Fig. 90._ Empreinte de cylindre (d'aprs PETRIE. _Royal_ Amenemhat III).] Chaque employ suprieur de l'administration avait son cachet officiel, cylindre grav en creux, portant son titre et son emploi, ct du nom du roi; ces cylindres servaient entre autres sceller les produits dont les fonctionnaires avaient la surveillance, et ils taient apposs sur les normes bouchons d'argile fermant les grandes jarres o l'on conservait les provisions destines au roi mort. Ces empreintes, qui sont le plus souvent encore trs nettes, forment l'ensemble le plus important et le plus vari des inscriptions de l'poque thinite. C'est aussi, sans aucun doute, des officiers royaux et de grands personnages de la cour qu'appartenaient les nombreuses petites stles portant simplement leur nom et indiquant la place de leur spulture dans les dpendances des tombeaux royaux. [Illustration: _Fig. 91._ Protocole du roi Amenemhat III.] Ce n'est pas sous la forme d'un cartouche ovale, comme on a l'habitude de le voir dans tous les monuments depuis l'Ancien Empire, que se prsente ici le nom du roi: il est renferm dans un rectangle termin dans le bas par un motif architectural et surmont d'un faucon. Il est ncessaire, pour expliquer cette diffrence qui peut paratre trange au premier abord, de jeter un coup d'oeil sur la titulature complte des rois d'Egypte, la bonne poque. A ct d'un nombre trs variable d'pithtes pompeuses o la fantaisie des scribes se donne libre carrire, le protocole royal comporte cinq noms diffrents prcds chacun d'un titre spcial; ainsi la titulature complte d'Amenemhat III, un des derniers rois de la XIIme dynastie (fig. 91), se prsente de la faon suivante: Le premier de ces titres, celui dans lequel le faucon surmonte un difice o est grav le nom, reprsente le nom sacr du roi, son nom d'Horus, celui par lequel il affirme sa descendance divine, sa qualit d'hritier lgitime du dieu fondateur de la monarchie. Les deux suivants ont moins d'importance et paraissent rarement isols en dehors du protocole complet. Quant aux deux derniers, avec les noms renferms dans des cartouches, ce sont, l'poque classique, les vrais titres officiels du roi, les seuls employs couramment pour dsigner le pharaon: l'un, que nous avons l'habitude d'appeler le prnom, est surmont du double titre roi de la Haute et roi de la Basse Egypte; c'tait le nom que se donnait le roi au moment de son couronnement, tandis que son ancien nom de prince royal, son nom de famille en quelque sorte, trouvait place dans le dernier cartouche, avec l'pithte fils du soleil, qui fait ressortir une fois de plus le caractre divin ou semi-divin de la royaut. Tous ces titres n'ont ni la mme origine ni la mme anciennet. Le premier en date est aussi le premier de la srie, le nom d'Horus; jamais, sur leurs monuments, les premiers rois de la premire dynastie ne sont dsigns par un autre nom que celui qui, enferm dans le rectangle qui figure le palais royal, est surmont du faucon, image du dieu Horus. Le souverain n'est donc pas appel l'origine le roi d'Egypte un tel mais l'Horus un tel; plus tard, sous la IIme dynastie, certains rois qui taient sans doute originaires de la Basse Egypte tentrent, comme le fit Perabsen, de remplacer le faucon par l'animal typhonien Set, et se nommrent alors le Set un tel (fig. 93); d'autres enfin runirent les deux emblmes divins, comme Kha-Sekhemou qui se donne le titre de: Horus-Set-Kha-Sekhemou (fig. 94). [Illustration: _Fig. 92._ Noms de rois de la Ire dynastie.] [Illustrations: _Fig. 93._ Nom du roi Perabsen. _Fig. 94._ Nom du roi Kha-Sekhemou. _Fig. 95._ Nom du roi Den-Setou.] Ds l'origine, cependant, les rois prirent le titre de matre des diadmes du Sud et du Nord, titre qui vient se placer ct du premier, mais n'est pas accompagn d'un nom nouveau. Enfin, partir du milieu de la Ire dynastie, nous voyons apparatre un second nom tout fait diffrent de l'autre, avec le titre de roi de la Haute et de la Basse Egypte (fig. 95). Ce nom n'est pas encore enferm dans un cartouche, comme cela aura lieu plus tard. Quant aux deux autres titres, celui de Horus d'or, ou de Horus vainqueur, et celui de fils du soleil, ils ne paraissent que beaucoup plus tard, dans le courant de l'Ancien Empire. Dans les listes royales d'poque postrieure, les pharaons, mme les plus anciens, sont toujours dsigns par leurs noms de rois de la Haute et de la Basse Egypte, jamais par leurs noms d'Horus. Or les monuments de l'poque ne nous donnent la concordance entre les deux noms que pour trois rois de la Ire dynastie: Den-Setou (Ousaphas), Azab-Merbapa (Miebis) et Mersekha-Semempss. Pour tous les autres rois thinites, nous n'avons que le nom d'Horus, ce qui rend leur assimilation assez difficile; nanmoins, on est arriv les grouper de faon assez satisfaisante. C. CIVILISATION L'organisation de la royaut, l'invention de l'criture, les dbuts de l'architecture, le dveloppement des arts et de l'industrie marquent un progrs immense de l'poque thinite sur la priode prcdente, une transformation radicale dans l'tat gnral du pays. Aprs avoir tudi les monuments, il nous reste passer aux conclusions que nous pouvons en tirer quant ce nouveau stage de la civilisation. _Royaut_ Le roi est un Horus, donc non seulement un monarque de droit divin ou un reprsentant du dieu sur la terre, mais un roi-dieu, planant en quelque sorte au-dessus de l'humanit. Tout lui appartient ici-bas, tout gravite autour de lui. Dtenteur du pouvoir spirituel aussi bien que du pouvoir temporel, il organise le culte des dieux, ses pres et ses frres, il commence leur faire construire de vrais temples au lieu des petits dicules en bois entours d'une enceinte ou des huttes en branchages qui sont encore presque partout les sanctuaires des diverses divinits. Quant lui-mme, il habite des palais dont le cadre qui entoure son nom nous a conserv une image sommaire et, aprs sa mort, il repose dans un tombeau somptueux, entour d'un monceau de provisions pour l'ternit. Les membres de sa famille paraissent peine ct de lui. _Tribus_ La prsence, ct du roi, dans les grandes crmonies, des enseignes symboliques du faucon, du chacal, de l'ibis, semble indiquer que les anciennes tribus subsistent toujours, non plus indpendantes, mais devenues vassales de la couronne. Cependant ces emblmes pourraient aussi tre de nature purement religieuse et s'appliquer des divinits plutt qu' des groupements de la population. _Fonctionnaires_ Autour du roi se trouvaient une quantit de fonctionnaires, depuis ceux qui taient attachs la personne mme du souverain, le porte-sandales et le porte-ventail, jusqu'aux chefs artisans qui semblent avoir eu une position privilgie. Puis venaient tous ceux qui taient prposs aux domaines royaux, qui surveillaient l'emmagasinage des rcoltes et dont les sceaux taient apposs sur les bouchons des jarres provisions. Tous ces personnages forment l'entourage immdiat du roi et se font enterrer ct de lui, parfois mme dans les dpendances de la spulture royale. Comme leur souverain, ils perptuent le souvenir de leur tombeau par une stle place au-dessus, en vidence, stle o leur nom seul est sommairement grav sur une pierre peine dgrossie. _Peuple_ C'est dans les centres, et particulirement autour du roi, que nous pouvons suivre le dveloppement de cette civilisation nouvelle: jusqu' quel point put-elle pntrer dans la masse mme de la population, chez les habitants des campagnes? Les tombeaux de ceux-ci, dissmins le long des coteaux de sable qui bordent la valle, comme ceux de leurs prdcesseurs, nous montrent quoi nous en tenir ce sujet et, somme toute, nous voyons qu' part quelques modifications de dtails, la situation du peuple n'a gure chang. Si les habitants du pays revtent maintenant leurs tombeaux de briques, ils les creusent toujours aux mmes endroits et leur donnent peu prs les mmes dimensions qu'auparavant. Le mobilier funraire est le mme, peine un peu modernis quant la forme des vases; les outils et les armes ne sont pas modifis et ce n'est encore que rarement qu'on voit paratre des objets de cuivre ct des silex taills toujours en usage. Comme jadis, les habitants des campagnes ne se proccupaient gure des progrs de l'criture ou de l'architecture, et vivaient de chasse et de pche, d'levage et d'agriculture. Le cuivre fournissait aux pcheurs un nouvel engin, le petit hameon, mais il changeait peine l'armement des chasseurs. L'agriculture tait en progrs, sans doute grce aux efforts de l'administration royale. Le roi possdait-il lui-mme des champs de bl et d'orge d'o il tirait ses approvisionnements ou les abandonnait-il aux cultivateurs moyennant une forte redevance en nature, c'est ce dont nous ne pouvons nous rendre compte; peut-tre y avait-il des terres de la couronne et des terres prives, comme ce devait tre le cas plus tard. En tous cas le roi possdait des jardins spciaux, enclos de murs, qui taient l'objet d'une surveillance particulire, et o l'on cultivait entre autres la vigne. Les employs du gouvernement apportaient aussi un soin particulier aux irrigations, notaient avec soin la cote exacte de chaque crue du Nil, et faisaient creuser les premiers canaux. Les artisans, les gens de mtier, vivaient surtout dans les centres, mais les habitants des campagnes fabriquaient eux-mmes les objets dont ils avaient besoin, en particulier ce qui concernait le vtement. Pendant que les hommes s'occupaient de chasse, de pche et des travaux des champs, les femmes se chargeaient de filer et de tisser la toile. _Commerce extrieur_ La plupart des matires premires qu'employaient les Egyptiens provenaient du pays mme, mais d'autres devaient tre cherches plus loin, souvent de grandes distances. Ainsi certaines pierres dures, employes pour fabriquer des vases ou des objets d'ornement, ne se trouvent que dans des montagnes situes en plein dsert; il en est de mme de l'or. Le roi envoyait-il des expditions pour recueillir ces matires prcieuses, ou bien les nomades les apportaient-ils jusqu'en Egypte, il nous est impossible de le savoir. Le cuivre venait de plus loin vers le sud, et des gisements de turquoises, comme ceux du Sina, taient dj exploits par les Egyptiens; peut-tre aussi le commerce extrieur en amenait-il dans le pays des quantits plus ou moins considrables. L'obsidienne employe en Egypte provient de l'le de Milo, dans l'Archipel, et ce fait montre qu'il continuait y avoir entre les deux peuples, malgr l'obstacle que leur opposait la mer, des relations suivies; la prsence de poterie genne dans les tombeaux royaux d'Abydos est une preuve de plus du commerce qui se faisait cette poque sur la Mditerrane. La similitude trs marque qui existe entre certains objets de la Chalde primitive et les monuments de l'Egypte thinite a fait envisager par certains savants la possibilit d'une origine commune des deux races. Cette hypothse, comme je l'ai dit plus haut, doit sans doute tre abandonne, car la civilisation gyptienne est certainement originale et africaine. Les infiltrations smites qui ont pu se produire dans la valle du Nil sont beaucoup moins importantes qu'il ne le paraissait d'abord et il se peut fort bien qu'elles soient dues uniquement des relations commerciales entre l'Egypte et les pays de l'est et du sud-est, par la mer Rouge. Ainsi des voyageurs, des commerants peuvent avoir apport d'Egypte en Chalde ou de Chalde en Egypte, des cylindres servant de sceaux, et cette nouveaut ayant t apprcie, la mode s'en sera rpandue facilement; rien du reste ne prouve que l'usage du cylindre ait t invent en Msopotamie plutt que dans la valle du Nil. Il en est de mme de certains petits vases parfums, spcialement de ceux formes animales. Quant la question de l'criture, qui a t invoque comme preuve de l'origine commune des deux plus anciennes civilisations de l'Orient, elle n'est pas suffisamment concluante. La premire criture d'un peuple sortant de la barbarie est ncessairement pictographique, aussi peut-elle avoir dbut indpendamment dans les deux pays; en effet les signes hiroglyphiques qui en Babylonie et en Egypte se ressemblent, n'ont pas la mme valeur phontique, et appartiennent deux langues trs diffrentes. L l'criture primitive se transforme rapidement, devient linaire, puis cuniforme, tandis qu'en Egypte elle reste pendant des milliers d'annes une criture hiroglyphique. [Illustration: _Fig. 96._ Chien en ivoire (d'ap. DE MORGAN. _Rech. sur les orig. de l'Egypte_, II, fig. _698_).] [Illustration: _Fig. 97._ La Pyramide degrs de Saqqarah.] CHAPITRE V ANCIEN EMPIRE (De 3400 2200 av. J.-C. environ.) Ce nom d'Ancien Empire, adopt dans un temps o l'on considrait comme lgendaires les deux dynasties thinites, s'applique toute la priode o l'Egypte fut gouverne par des rois du nord, Memphites ou Hliopolitains, priode de paix et de prosprit pour le pays qui atteint peu peu un trs haut degr de dveloppement dans tous les domaines. C'est une succession de rois sages et puissants, dont l'autorit n'est pas discute et dont la politique consiste, non chercher au dehors des conqutes et des aventures, mais augmenter la richesse du pays par ses propres moyens, en utilisant et en dveloppant toutes ses forces naturelles, autant celles du sol que celles de ses habitants. A. HISTOIRE L'Ancien Empire occupe dans l'histoire un laps de temps de 1200 ans environ, et se place approximativement, puisque nous ne pouvons donner de date exacte et que nous sommes obligs, dans le domaine chronologique, de nous en tenir des peu prs, entre 3400 et 2200 avant notre re; quatre dynasties se succdent, puis vient une chute brusque, une priode de luttes intrieures, l'poque fodale, pendant laquelle se prpare l'avnement du Moyen Empire thbain. _IIIe dynastie_ Nous avons vu se produire, au cours de la IIme dynastie un certain flottement; le royaume du nord, absorb par Mns et ses successeurs, se ressaisit peu peu et cherche reprendre les rnes du pouvoir. Aprs de longs efforts, les princes memphites arrivent supplanter leurs suzerains et coiffer eux-mmes la double couronne; il ne semble pas y avoir eu de rvolution ni de luttes sanglantes, la transition est trop lente pour avoir t brutale et c'est sans doute en suite d'une srie d'alliances qu'une des familles finit par supplanter l'autre. Les rois memphites se considrent comme les hritiers directs et lgitimes des rois thinites. Loin de renier leurs prdcesseurs, ils continuent leur oeuvre et prennent leurs titres sans aucune modification; ils deviennent des Horus et non, comme on pourrait le croire, des Set, et se donnent galement les titres de matre des diadmes du Sud et du Nord et de roi de la Haute et de la Basse Egypte. Ce dernier titre est suivi d'un nom spcial, qui n'est pas encore enferm dans un cartouche. Rien n'est chang, ni dans l'organisation du pays, ni dans les moeurs; c'est encore la priode de transition dans laquelle rentrent galement les rois thinites de la IIme dynastie et les rois memphites de la IIIme, si intimement lis malgr la diffrence de leur origine qu'il est souvent difficile de distinguer sur les monuments contemporains ce qui appartient aux uns plutt qu'aux autres. Manthon donne pour la IIIme dynastie neuf rois avec 214 ans de rgne, mais ses transcriptions de noms sont trs fantaisistes et il est difficile de les identifier avec les noms des neuf ou dix souverains que nous connaissons d'aprs les monuments, et qui appartiennent certainement cette poque. Aucun vnement saillant ne marqua le rgne de la plupart de ces rois, sauf une invasion libyenne sous le premier de ceux-ci, le Nekherphs des Grecs, le Baba des listes, invasion qui se termina, dit-on, par l'apparition d'un phnomne cleste devant lequel les Libyens reculrent pouvants, sans combat. Les Egyptiens des poques postrieures avaient cependant conserv trs vivant le souvenir de certains de ces souverains, Nebka, Djeser-Teta, Houni, mais surtout du plus important d'entre eux qui est, n'en pas douter, le vrai fondateur de l'Empire memphite, Tosorthros, celui de Djeser qui porte le nom d'Horus Nouterkha; auteur de livres scientifiques, il s'appliqua surtout dvelopper l'criture et l'architecture, et nous pouvons constater le bien-fond de cette lgende car nous avons en effet de lui des constructions trs importantes, comme la pyramide degrs de Saqqarah, le plus ancien de ces immenses monuments funraires, et, immdiatement aprs son rgne, les premires grandes stles tombales couvertes de textes. En outre la tradition lui attribuait certaines fondations pieuses, comme l'organisation du culte d'Isis Philae, que relate tout au long une stle de basse poque dans l'le de Sehel. Cette figure bien relle du roi Djeser domine et claire toute la IIIme dynastie qui sans elle serait une des plus inconsistantes et des moins connues de toute l'histoire d'Egypte. _IVe dynastie_ Le passage d'une dynastie l'autre s'opra sans secousse, naturellement; comme le dit un texte littraire trs ancien: En ce temps-l, la Majest du roi Houni arriva au port (c'est--dire mourut) et la Majest du roi Snefrou s'leva en roi bienfaisant, sur la terre entire; c'est une famille nouvelle recueillant l'hritage d'une famille parente qui s'teint. Les huit rois de cette dynastie, qui, toujours d'aprs Manthon, occuprent le trne pendant 284 ans, nous ont laiss des tmoins indestructibles de leur puissance, les pyramides, l'effort architectural le plus gigantesque qui ait jamais t tent. [Illustration: _Fig. 98._ Bas-relief de Snefrou au Sina (d'aprs J. DE MORGAN. _Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, fig. 594).] Avec le premier de ces rois, Snefrou, commence une priode de grande prosprit pour l'Egypte; les tombeaux des simples particuliers deviennent de vritables monuments, et lui-mme se fait construire deux pyramides. La richesse est trs grande dans le pays, consquence d'une administration sage et prvoyante, et les arts ne ttonnent plus, ayant atteint l'expression parfaite dont ils ne s'carteront plus gure. De son oeuvre personnelle, nous savons peu de chose, sinon qu'il organisa de faon dfinitive l'exploitation des mines du Sina, fortifiant ainsi la marche orientale de l'Egypte contre les incursions des bandes smites de la Syrie mridionale. [Illustration: _Fig. 99._ Khops (d'aprs PETRIE. _Abydos_, II, pl. XIV).] Son successeur, Khops ou Khoufou, continua son oeuvre et fut plus puissant encore. Le travail colossal ncessit par la construction de sa pyramide avait rendu son nom lgendaire, et les Grecs voyaient en lui un tyran qui avait cras son peuple de corves, tandis que les Egyptiens vnraient son souvenir, que son culte funraire se perptuait et qu'il fut toujours considr comme un des plus grands rois d'Egypte. Il fonda des temples et continua d'encourager les travaux miniers au Sina. [Illustration: _Fig. 100._ Dadefra--Fouilles d'Abou-Roash--Louvre (photographie de M. E. Chassinat).] [Illustration: _Fig. 101._ Khfren (photogr. de E. Brugsch-Pacha).] Aprs la mort de Khops des comptitions s'levrent dans sa famille, et son premier successeur, Dadefra (Ratoses), fut renvers aprs un rgne plus ou moins long, sa pyramide fut rase, ses statues mises en miettes, sa mmoire efface presque compltement. Le frre de ce dernier, Khefren ou Khafra, monta alors sur le trne, et si nous ne savons rien de son oeuvre pendant son long rgne, nous avons du moins de lui des monuments extrmement remarquables, sa pyramide, le grand sphinx de Giseh et des statues qui sont de pures merveilles. La lgende transmise par Hrodote dit que lui aussi fut considr comme un tyran odieux et que, comme son pre Khops, sa dpouille mortelle fut arrache de son tombeau et mise en pices par le peuple rvolt, mais cette lgende ne repose sur aucune base srieuse. [Illustration: _Fig. 102._ La grande pyramide et le sphinx de Gizeh.] [Illustration: _Fig. 103._ Mycrinus (d'aprs MASPERO. _Muse Egyptien_ I, pl. IX).] Puis vint Menkaoura, le Mycrinus des Grecs, dont la rputation de justice et de pit se perptua jusqu' la fin de l'empire pharaonique; lui aussi se fit construire une pyramide et sculpter des statues splendides, et continua l'exploitation des mines du Sina. Il fut le dernier grand roi de sa race, ses successeurs nous sont peine connus, et la IVme dynastie finit sans que nous puissions nous rendre compte de quelle manire; sans doute des rois incapables se virent peu peu supplanter par des personnages plus nergiques, plus populaires et disposant d'un parti puissant. Un oracle avait prdit Khops que sa famille allait disparatre et qu'aprs quelques gnrations une race nouvelle, race d'origine divine, issue de R lui-mme, le dieu-soleil, monterait sur le trne sa place. S'inclinant devant la volont divine, Khops n'avait mme pas song dtruire pendant qu'ils taient faibles encore, les premiers reprsentants de cette famille qui devait dpossder la sienne. _Ve dynastie_ Avec l'avnement de ces nouveaux rois, originaires d'Hliopolis--et non d'Elphantine, comme le dit Manthon,--qui se considrent comme engendrs par le dieu-soleil lui-mme et adoptent dfinitivement dans leur protocole le titre jusqu'alors peu employ de fils de R, le caractre thocratique de la royaut s'accuse de plus en plus. C'est le triomphe des prtres d'Hliopolis, mtropole religieuse de la Basse Egypte, les vrais fondateurs de la religion gyptienne, qui en arrivent grouper autour de leur dieu-soleil tous les dogmes locaux d'origine si disparate, et constituer un ensemble homogne, acceptable pour tous les Egyptiens. Non contents de cette centralisation religieuse, ils russissent mettre la main sur le pouvoir temporel, avec les neuf rois de la Vme dynastie qui, au dire de Manthon, rgnrent pendant 218 ans, et mme aprs ce temps, ces prtres du soleil surent garder pendant de longs sicles une influence prpondrante sur le pouvoir civil. [Illustration: _Fig. 104._ Neouserra (d'aprs MASPERO. _Muse Egyptien_, I, pl. X).] Ouserkaf fut le premier de sa race; sans doute il dut rorganiser l'administration sur de nouvelles bases, et si nous savons peu de choses de lui, nous connaissons mieux ses successeurs qui continurent son oeuvre. Sahoura d'abord, puis Neferarkara et Shepseskara, plus tard Neouserra-An, Menkaouhor et Dadkara-Assa. Tous sont des monarques puissants et d'une activit qui s'tend d'un bout l'autre du royaume et mme au del de ses frontires: ils contiennent les hordes libyennes et soudanaises qui cherchent s'introduire dans le pays, ils envoient dans le sud de la Palestine des expditions devant leur assurer la suprmatie effective sur des voisins instables qui pouvaient devenir menaants, ils reprennent de faon suivie les exploitations minires du Sina, ils entretiennent sur la mer une flotte imposante qui doit servir en mme temps dvelopper le commerce gyptien et imposer le respect des pharaons dans les pays avoisinants. A l'intrieur, ils construisent des pyramides qui, pour tre moins colossales que celles de leurs devanciers, leur sont suprieures au point de vue de la dcoration, et des temples monumentaux comme ceux qu'ils ddirent au soleil dans les environs de leur capitale. D'une manire gnrale, leur administration, dont nous ne connaissons pas les dtails ni mme le programme particulier, fut bienfaisante pour le pays dont la prosprit augmente de plus en plus; la paix et l'ordre rgnent dans toute la valle du Nil. Les prtres exercent une influence considrable et tous les hauts fonctionnaires se rattachent de prs ou de loin au sacerdoce; ils semblent du reste avoir travaill non pas dans un but d'accaparement, mais pour le bien gnral du pays. Le dernier roi de la dynastie, Ounas, n'est pas l'un des moins importants et des moins puissants, et il termine dignement la srie des princes de sa famille; c'est sans doute parce qu'il n'eut pas de descendants directs que le pouvoir passa aprs lui en d'autres mains, et non ensuite d'un bouleversement politique. _VIe dynastie_ Les rois memphites qui succdent directement aux hliopolitains continuent leur oeuvre, mais moins brillamment pour commencer, semble-t-il, car nous ne savons presque rien de Teti et d'Ouserkara, les deux premiers souverains d'une famille qui, d'aprs Manthon, compta six rois et 203 ans de rgne. Aprs eux vient une courte priode de gloire sur laquelle nous sommes admirablement renseigns par de nombreux monuments, et surtout par les biographies de certains hauts fonctionnaires comme Ouna et Herkhouf, priode que domine le roi Pepi I, un des plus clbres parmi les pharaons: son activit est intense, il fait construire et travailler sur tous les points de l'Egypte et son nom se retrouve Tanis, l'extrme nord du Delta, aussi bien que sur les rochers de granit de la Ire cataracte, dans les mines du Sina comme dans les carrires du Ouadi-Hammamat. Il s'occupe lui-mme de l'administration de la justice et des missions spciales donner aux plus capables de ses sujets; il multiplie les dcrets tablissant les droits des grands sanctuaires et instituant des fondations pieuses; il rassemble une arme et des vaisseaux pour craser les nomades asiatiques redevenus menaants et envoie des expditions en Nubie pour assurer la suprmatie de l'Egypte sur le Haut Nil. [Illustration: _Fig. 105._ Pepi I (d'ap. QUIBELL. _Hieraconpolis_, II, pl. LI).] [Illustration: _Fig. 106._ Merenra (d'ap. QUIBELL. _Hieraconpolis_, II, pl. LV).] Ses successeurs voulurent continuer son oeuvre, mais son fils an Merenra mourut jeune, et son autre fils Pepi II, qui eut un rgne de 95 ans, ne se montra pas la hauteur de la situation, et la dchance du pouvoir central s'accusa rapidement. Deux ou trois rois russirent pendant quelque temps encore maintenir le sceptre entre leurs mains, puis disparurent aprs des rgnes sans gloire, et avec eux prit fin cette suite de familles puissantes et nergiques qui avait amen l'Egypte un si haut point de civilisation. _La fin de l'empire memphite_ Ici commence une priode trs obscure, pour laquelle Manthon continue sa classification mthodique: C'est d'abord la VIIme dynastie, qui reprsente sans doute un court interrgne, avec ses 70 rois ayant rgn pendant 70 jours, puis la VIIIme avec 27 rois memphites qui rgnrent 146 ans, rois dont l'histoire nous a peine conserv quelques noms. Le dclin, ou plutt la chute du pouvoir royal est donc extraordinairement brusque, surtout si l'on songe que cette chute n'a pas t dtermine par une invasion, une conqute ou une rvolution brutale; la cause en est simplement dans le fait que les rois memphites exercrent un pouvoir tout pacifique et n'eurent jamais s'appuyer sur une force militaire. Quelques troupes peu nombreuses de mercenaires nubiens suffisaient pour maintenir l'ordre, et quand il s'agissait d'une expdition au dehors, les grands seigneurs amenaient chacun son petit contingent et l'on en formait la hte une arme htroclite bien suffisante contre les barbares plus mal organiss encore. Nous avons peine comprendre que des rois aient pu pendant plus de mille ans, sans arme, faire brillante figure et accomplir une oeuvre aussi importante que les pharaons de l'Ancien Empire; c'est une preuve remarquable de l'excellence d'un gouvernement sage et droit, et de la puissance morale de tous ces souverains. Ce systme constituait cependant un danger permanent, et il tait prvoir qu' la premire occasion favorable les grands seigneurs locaux qui devaient fournir leurs contingents la couronne, dans certaines occasions, chercheraient profiter de cette force qu'ils avaient toujours sous la main, pour se rendre indpendants et pour s'emparer eux-mmes du pouvoir. La fodalit s'tait constitue ainsi peu peu, guettant le moment o elle pourrait secouer cette autorit morale qui pesait sur les princes des nomes et les runissait, et c'est probablement dj la fin du rgne de Pepi II que ceux-ci commencrent s'affranchir. Les plus puissants, apparents sans doute la famille royale, se proclamrent rois, groupant autour d'eux des seigneurs de moindre importance, et ainsi les Memphites, les souverains lgitimes, ne conservrent plus que le Delta, tandis qu' ct d'eux s'levaient deux nouvelles dynasties, la IXme d'Hraclopolis, comprenant toute la Moyenne Egypte, et la Xme qui est thbaine plutt qu'hraclopolitaine, comme le voudrait Manthon, et qui absorba la Haute Egypte. De l des luttes qui durrent deux sicles au moins, donnant l'avantage tantt aux uns, tantt aux autres. Puissamment seconds par les princes de Siout, les rois hraclopolitains, les Khiti, les Kamerira l'emportrent le plus souvent, mais durent aussi s'effacer parfois devant une campagne heureuse d'une des maisons rivales, comme celle qui permit au memphite Neferkara de s'installer pour un temps Koptos. Enfin les Thbains, les Antef et les Mentouhotep, finissent par craser leurs comptiteurs et ralisent nouveau l'unit politique du pays; c'est une re nouvelle qui commence, le Moyen Empire qui remplace l'Ancien. B. MONUMENTS Les restes qui nous sont parvenus de l'Ancien Empire sont autrement importants en nombre, en grandeur et en beaut, que ceux de la priode prcdente. Les inscriptions sont nombreuses, souvent trs dveloppes, et, places ct des innombrables reprsentations figures, elles nous permettent de pntrer plus profondment dans la connaissance de la vie des Egyptiens; nous n'en sommes plus rduits des suppositions, nous les voyons agir, nous les entendons parler, et une rapide revue des monuments dcouverts nous permettra de nous faire une ide d'ensemble de ce qu'tait leur civilisation. _Architecture_ Les progrs de l'architecture furent extrmement rapides, surtout aux dbuts de l'empire memphite; nous avons vu, la fin de la priode prcdente, le systme de construction en briques et bois, avec couverture en bois; au commencement de la IIIme dynastie, les architectes connaissent la vote et l'emploient avec succs, puis ils se mettent la recherche de matriaux plus solides et plus durables que la brique crue, et adoptent la pierre, au moins pour celles de leurs constructions qui avaient pour eux le plus d'importance, les tombeaux et les temples. Tout de suite ils se montrent passs matres dans cette technique nouvelle et semblent se jouer des difficults avec une hardiesse et une aisance incroyables: ds la IVme dynastie, on ne trouve dj pour ainsi dire plus un difice religieux ou funraire en briques. La dimension des matriaux permettant aux architectes de revenir l'ancien systme de couverture plate, ils inventent le pilier et l'architrave qui leur donnent la facilit de couvrir des espaces trs considrables; enfin sous la Vme dynastie parat la colonne proprement dite, avec toutes ses varits. Les constructeurs ne se bornent pas assembler leurs matriaux avec une prcision et une exactitude remarquables, ils en calculent aussi en une certaine mesure la rsistance et s'entendent trs bien rpartir galement la pression des masses. [Illustrations: _Fig. 107 et 108._ Colonnes palmiforme et papyriforme (d'apr. BORCHARDT. _Sahur_, p. _44_; _Ne-user-R_, p. _64_). _Fig. 109._ Colonne lotiforme--Abousir (photogr. de E. Brugsch-Pacha).] Les constructions civiles, palais, maisons, magasins, taient des difices lgers, en briques, en bois, ou mme en terre pile, qui tous ont disparu sans laisser de traces. En fait d'architecture militaire, nous n'avons gure que des forteresses comme celles d'Elkab et d'Abydos, vastes quadrilatres forms par d'paisses murailles de briques crues, qui du reste ne sont pas dates de faon certaine. _Temples_ Quant aux difices religieux, les rois de l'Ancien Empire en avaient construit un peu partout, et avaient remplac les petits sanctuaires primitifs par des constructions en pierre dj trs dveloppes comme plan; ces temples furent constamment remanis, agrandis et embellis au cours des ges, souvent mme dmolis pour tre entirement reconstruits, aussi ne trouvons-nous plus gure que les arasements ou les fondations des constructions originales, comme c'est le cas Hieraconpolis, Abydos et Memphis, ou encore des dbris de murailles couverts de bas-reliefs, comme les fragments de la chapelle de Djeser Hliopolis. Ce qui reste de ces temples suffit nanmoins pour nous montrer que chacun avait son caractre spcial, appropri aux besoins du culte local, et qu'on n'avait pas encore adopt, comme cela eut lieu plus tard, un type uniforme pour tous les difices cultuels. [Illustration: _Fig. 110._ Le temple du soleil Abousir (d'apr. BORCHARDT. _Das Re-Heiligtum des Kgs. Ne-Woser-Re_, pl. I).] Parmi tous ces modles divers de temples, le plus original tait celui qui tait consacr R, le dieu-soleil d'Hliopolis: il consistait en un norme oblisque, lourd et trapu, mont sur la plateforme d'un grand massif rectangulaire, tous deux en maonnerie; un escalier mnag dans l'paisseur du socle permettait d'atteindre la plateforme. Sur le devant se trouvait un grand autel pour les offrandes, des cours avec bassins destins des ablutions, et, dans un coin, une petite chapelle prcde de deux stles. Autour de tout cet ensemble, un mur de pierre formait une enceinte rectangulaire, et un chemin couvert descendait directement la valle, reliant le temple lui-mme un portique monumental. Ici le dieu n'est pas dissimul au fond d'un sanctuaire accessible quelques initis seulement, comme c'est gnralement le cas en Egypte; il domine tout le temple de sa masse imposante, car c'est l'oblisque lui-mme qui est le symbole du dieu-soleil. Tous les rois de la Vme dynastie, les fils de R, tinrent honneur de consacrer leur divin pre un sanctuaire semblable, prs de leur capitale, deux pas de leurs pyramides. Nous en connaissons au moins cinq de nom; un seul nous est conserv, en ruines il est vrai, mais en ruines encore trs lisibles; c'est celui de Neouserra, mis au jour par une mission allemande, prs d'Abousir. Pour donner une ide de ses dimensions, nous dirons que l'enceinte mesure plus de 100 mtres de long. En outre cet trange sanctuaire tait accompagn d'une reproduction monumentale, en briques crues, de la barque solaire, qui n'a pas moins de 28 mtres de long, bateau fantastique qui semble naviguer sur les sables du dsert. Les fouilles excutes Abydos par une socit anglaise, sous la direction de M. Ed. Naville, ont rvl un temple tout diffrent et sans doute plus ancien, le sanctuaire souterrain d'Osiris: ici la pice principale, couverte de dalles de granit supportes par des piliers normes, sans aucune dcoration, consistait en une vaste plateforme isole du reste du monument par un foss plein d'eau. Cette disposition si particulire correspondait bien aux ncessits des mystres du grand dieu des morts, avec leurs processions nautiques et leurs illuminations. Je ne sais trop si c'est parmi les difices du culte qu'il faut ranger un difice plus trange encore, unique en son genre, qui date probablement de la IIIme dynastie et a t dcouvert par une mission italienne, Hliopolis mme: c'est une construction circulaire embrassant un espace dont le rayon est de 300 mtres, une sorte de gigantesque anneau de 40 mtres d'paisseur, en briques crues, perc l'intrieur de cinq nefs longitudinales supportes par des piliers et des pidroits. L'usage de ce monument nous est absolument inconnu. _Mastabas_ Pour l'architecture funraire nous sommes mieux renseigns, tant en possession d'une quantit considrable de tombeaux qui sont le plus souvent dans un tat de conservation remarquable, et nous pouvons suivre pas pas les amliorations, les modifications apportes dans ce genre de constructions faites en vue de l'ternit. Le but des Egyptiens tait de s'assurer aprs la mort un lieu de repos qui ft pour eux le gage et la condition de la vie ternelle, et ils sacrifiaient volontiers le bien-tre de leur existence terrestre, tape provisoire, la perptuation de leur me et de leur double; ce but, ils l'obtenaient en partie par la connaissance des formules magiques qui faisaient d'eux les gaux des dieux, en partie aussi en prservant des atteintes du temps et des hommes leur corps physique, qui restait le support de leur tre immatriel. Plus le tombeau tait profond, plus son entre tait dissimule et obstrue, plus grandes aussi taient les chances de conservation pour la momie. L'ombre du mort, son double, son _ka_, comme disaient les Egyptiens, pouvait alors continuer vivre dans la tombe, mais il lui fallait l'image des aliments rels pour se nourrir, la reprsentation des scnes de la vie usuelle pour se dlasser ou tout au moins pour s'occuper; cet effet on prit un certain moment le parti de sculpter sur certaines parties des monuments funraires ces figurations si varies qui sont pour nous ce qu'elles taient sans doute pour les morts, une image fidle de la vie des anciens Egyptiens. Les rois sont d'essence divine, par consquent trs au-dessus des hommes, et il est naturel que leurs tombes ne soient pas disposes de la mme manire que celles de leurs sujets; nous avons donc dans l'architecture deux groupes, celui des tombes prives et celui des tombes royales, issus de conceptions un peu diffrentes du sort de l'me aprs la mort et qui se dveloppent paralllement, mais indpendamment l'un de l'autre. [Illustration: _Fig. 111._ Plan d'un mastaba de la IVe dynastie (d'apr. MARIETTE. _Monuments divers_, pl. XVI).] Pour les tombeaux des particuliers, nous avons vu la fin de l'poque thinite la fosse primitive tapisse de briques et flanque d'un escalier d'accs. Sous la IIIme dynastie, ce plan se dveloppe encore; on ajoute volontiers quelques petites chambres souterraines pour servir de magasins, et au lieu de ne faire qu'amonceler un tas de terre ou de sable sur la couverture du caveau, on commence construire un massif de maonnerie. Ds lors la chambre funraire s'enfonce plus profondment sous terre, la descenderie en escalier est peu peu remplace par un puits vertical. Ces massives constructions extrieures qui sont la caractristique des tombes prives de l'Ancien Empire, sont de forme allonge, rectangulaire, d'une hauteur moyenne, et les Arabes, les comparant aux bancs de briques sur lesquels ils s'installent, la porte de leurs maisons, les ont appels _mastabas_ (bancs), mot qui a pass dans le vocabulaire archologique. [Illustration: _Fig. 112._ Fausse-porte de Nefer-Seshem-Ptah (d'apr. une photogr.; cf. CAPART. _Une rue de tombeaux_, pl. XCIV).] Les plus anciens de ces mastabas sont en briques crues, et peine plus grands que les chambres funraires qu'ils abritent, mais leurs dimensions augmentent rapidement. Sur la face est--car ces tombeaux sont orients peu prs exactement--se creusent une ou deux niches qui sont censes tre les portes de la tombe, par lesquelles l'me peut rester en quelque sorte en communication avec les vivants et revenir de temps autre se promener sur terre; c'est l que se font les crmonies du culte funraire, l qu'on apporte au dfunt les offrandes alimentaires. Nue l'origine, cette niche s'orne trs anciennement dj de montants et de linteaux en pierre, sur lesquels on grave le nom et les titres du mort avec une courte formule le plaant sous la protection des dieux; ainsi se forme peu peu le type de la fausse-porte, modle courant de la stle funraire sous l'Ancien Empire. Cette niche-stle ou stle fausse-porte constitue donc elle seule une chapelle funraire en miniature; ds la fin de la IIIme dynastie on accentue son caractre, soit en la dissimulant derrire un mur qui court le long de la faade est du mastaba et forme devant elle un long couloir troit, soit en la repoussant un peu plus profondment dans l'intrieur du massif de briques, au fond d'une chambre minuscule, chambre qui affecte plus ou moins la forme d'une croix. [Illustration: _Fig. 113._ Fausse-porte de la Vme dynastie (d'aprs PAGET-PIRIE, _Tomb of Ptah-Hetep_, pl. XXXIX).] [Illustration: _Fig. 114 et 115._ Tables d'offrandes de l'Ancien Empire (Muse du Caire; d'aprs des croquis de l'auteur).] A ce moment, c'est--dire sous Snefrou, au dbut de la IVme dynastie, on voit apparatre dans le tombeau deux lments nouveaux, la table d'offrandes,--dalle de pierre d'une forme particulire place terre devant la fausse-porte, sur laquelle on dposait des aliments ou des reprsentations d'aliments et qui servait au mort de table manger,--et la cachette aux statues, le _serdab_, suivant le nom qui lui a t donn par les Arabes et qui est maintenant consacr par l'usage. Ce serdab est une petite pice aveugle mnage dans la maonnerie du mastaba ct de la chambre la stle, mais sans aucune communication avec elle sauf, parfois, une petite fente o l'on peut peine passer la main; c'est l qu'on entassait, en plus ou moins grand nombre, les statues faites l'image du dfunt, statues qui pouvaient servir de support son double au cas o la momie elle-mme viendrait tre dtruite, et permettre ce corps spirituel de continuer vivre son existence monotone d'outre-tombe. Pour que ce double pt subsister, il lui fallait en effet un support, un corps matriel sur lequel il pt se poser: une statue, moins fragile que la dpouille mortelle, lui offrait une plus grande garantie de survivance; une fois la momie et les statues dtruites, le double s'vanouissait et disparaissait dfinitivement. [Illustration: _Fig. 116._ Mastabas prs de la grande pyramide (d'aprs LEPSIUS. _Denkmaler_, I, pl. XV).] [Illustration: _Fig. 117._ Sarcophage de Khoufou-Ankh (d'apr. le _Muse Egyptien_, I, pl. XXI).] Les spultures des particuliers, tout au moins celles des grands personnages, se groupent en gnral autour de celle de leur souverain; ainsi, auprs des grandes pyramides, nous voyons de vraies villes de tombeaux o les mastabas sont aligns rgulirement, spars par de grandes rues droites. A ce moment-l, sous la IVme dynastie, la prosprit tait grande dans le pays; les tombeaux aussi deviennent plus riches et sont mieux amnags: les mastabas sont maintenant construits en pierre et non plus en briques, les dimensions des chambres augmentent et souvent aussi leur nombre. Les parois de ces chambres offrent une surface assez considrable pour qu'on songe les utiliser, et l'on commence les dcorer pour que le mort puisse en tirer profit; on y sculpte des listes d'offrandes, des images d'aliments qui peuvent servir la nourriture du dfunt, puis des scnes de la vie courante, grce auxquelles il pourra, non seulement se dlasser, mais se procurer par lui-mme les aliments ncessaires. C'est dans ce double but qu'on y reprsente les semailles, les moissons, les vendanges, l'levage, la pche, la chasse, ainsi que les divers mtiers qui devaient lui fournir au fur et mesure tous les objets pouvant lui tre ncessaires ou seulement utiles dans l'autre monde, les vtements, les ustensiles, les meubles, les parfums. Chacune de ces scnes est domine par la figure du mort surveillant les travailleurs, dont il se distingue par sa taille, souvent triple de la leur, ou mme davantage; ct de lui paraissent sa femme et ses enfants. Sous terre, dans un caveau grossirement taill dans le rocher, la momie tait tendue tout de son long dans un cercueil de bois, enferm lui-mme, chez les plus riches, dans un grand sarcophage rectangulaire en pierre dont la dcoration tout architecturale lui donne l'aspect d'une maison; le mobilier funraire est des plus sommaires. [Illustration: _Fig. 118._ Plan du tombeau de Ti (d'aprs MARIETTE. _Mastabas_, p. _333_).] Pendant la Vme dynastie, le luxe des mastabas augmente encore; les chambres deviennent plus nombreuses, parfois mme une cour dcouverte s'ouvre au milieu du monument, les salles les plus grandes sont pourvues de piliers ou de colonnes, les bas-reliefs qui parfois sont de la plus parfaite beaut couvrent les murailles, rptant avec beaucoup plus de dtails les scnes agricoles et industrielles dont j'ai parl plus haut, ct desquelles on en voit d'autres qui reprsentent des jeux, des danses, des ftes de famille, voire des oprations chirurgicales; ailleurs, ce sont des files de serviteurs apportant leur matre les produits du sol, des bateaux prts mettre la voile et mille autres dtails pleins de vie et de varit. Jamais dans ces tombeaux on ne voit une reprsentation d'ordre religieux, ni la figure d'un dieu, ni une scne d'adoration; trs rarement un tableau se rapporte aux funrailles: on ne parle pas de la mort, et le propritaire du tombeau est toujours cens vivant, soit qu'il vaque ses diverses occupations, soit qu'il soit assis devant une table garnie, entoure d'un monceau de victuailles. Sous la VIme dynastie, il n'y a aucun changement notable dans les tombeaux des particuliers; la partie accessible du mastaba, celle o les descendants du mort pouvaient venir priodiquement accomplir les crmonies funraires et peut-tre festoyer auprs de son ombre, comme les Arabes modernes dans les cimetires, cette partie comporte toujours la mme dcoration, mais certains grands personnages commencent rserver une portion des parois pour y graver l'histoire de leur vie, leurs hauts faits et l'expression de la satisfaction du roi pour les services rendus. Ces biographies sont pour nous un des plus prcieux legs de l'Ancien Empire memphite. Le mastaba est la tombe-type de l'Ancien Empire, mais dans certaines rgions, par suite de la nature mme du sol, on commence employer un autre systme de spulture: pas de construction, les chambres sont creuses dans la montagne et la dcoration usuelle s'excute sur la roche elle-mme; une porte communique avec l'extrieur, o la pente du rocher a t plus ou moins ravale de manire mnager une petite plateforme, et dans un coin de la dernire chambre, un puits descend verticalement jusqu'au caveau o l'on dposait la momie. C'est la premire apparition de la tombe rupestre, de l'hypoge, type qui sera presque seul employ aux poques suivantes. _Pyramides_ Les tombeaux royaux diffrent de ceux des simples particuliers par la forme, par les dimensions et par la disposition intrieure et extrieure. Ici aussi, une volution s'accomplit, une transformation trs marque pendant le cours de la priode memphite. Les plus anciens de ces tombeaux, ceux de la IIIme dynastie, sont trs diffrents de ceux de la priode thinite, presque uniquement souterrains: ils comportent un immense mastaba rectangulaire en briques crues sur la plateforme duquel s'ouvre une descenderie ou un escalier trs rapide aboutissant aux chambres funraires; aucune dcoration, ni l'intrieur ni l'extrieur, pas mme une stle, semble-t-il. La fameuse pyramide degrs de Saqqarah, construite par Djeser, un des derniers rois de cette dynastie, n'est pas encore proprement parler une pyramide, c'est un gigantesque mastaba en pierres, bti sur un plan rectangulaire et surmont de toute une srie de mastabas plus petits formant comme des tages (fig. 97). Les chambres souterraines sont malheureusement trs bouleverses, mais nous voyons d'aprs un autre monument de l'poque comment on devait procder leur construction: une immense fosse rectangulaire tait creuse dans le rocher, et une large descenderie y aboutissait du ct nord; au fond de cette excavation on installait le sarcophage de granit, on btissait les chambres, puis on la comblait, et alors seulement on pouvait commencer difier le mastaba ou la pyramide. [Illustration: _Fig. 119._ Pyramide de Medoum (d'aprs SPIEGELBERG. _Gesch. der Aeg. Kunst_, p. _17_).] Sous la IVme dynastie, le premier tombeau que se fit construire Snefrou, celui de Medoum, tient plus encore du mastaba que de la pyramide, mais ce fut le mme roi qui adopta peu aprs le type dfinitif de la pyramide base carre et faces triangulaires, avec le monument qu'il difia dans le dsert de Dahchour; les chambres, trs petites, sont peu prs au niveau du sol, ensevelies sous l'norme masse de maonnerie, et on y accde par un couloir en pente dbouchant mi-hauteur de la face nord du monument. [Illustration: _Fig. 120._ Coupe de la pyramide de Khops (d'aprs PETRIE, _Pyramids of Giseh_, pl. IV).] Les successeurs de Snefrou reprirent ce modle de monument funraire et l'adoptrent pour eux-mmes sans en modifier les grandes lignes, mais en y apportant des perfectionnements notables; les problmes techniques les plus difficiles furent rsolus avec une prcision merveilleuse dans les pyramides de Khops, Khefren et Mycerinus, qui constituent chacune un chef-d'oeuvre de construction, dont les dimensions colossales--la plus grande mesurait plus de 146 m. de hauteur sur 227 m. de ct--ne nuisent pas la perfection des dtails. Un revtement de calcaire fin et de granit bien poli recouvre la maonnerie dispose en assises rgulires de blocs normes; au-dessus des chambres, des chambrettes de dcharge sont destines soulager leur toiture du poids considrable qui aurait pu les craser; des conduits d'aration traversent le massif tout entier. Chambres et couloirs sont tapisss de blocs gigantesques, soigneusement polis et si admirablement appareills qu'on ne peut encore maintenant introduire une pointe de couteau dans les joints; en plusieurs points, des herses de granit, places dans un logement spcial, retombaient aprs l'inhumation pour obstruer dfinitivement le couloir dont l'issue l'extrieur tait ferme par un bloc de revtement semblable aux autres. Au milieu de la face est s'levait la chapelle, centre du culte funraire, avec son sanctuaire, sa cour-pristyle, ses vestibules, ses magasins, et au del, de petites pyramides recouvraient la dpouille mortelle des membres de la famille royale. Un grand mur de pierre, formant une vaste enceinte carre, entourait cet ensemble et l'isolait du terrain environnant; une alle couverte descendait de la porte de la chambre funraire vers la valle, jusqu' un monument qui servait de portique d'entre et qui atteignait parfois des dimensions imposantes, comme celui de la pyramide de Khefren, mieux connu sous le nom de temple du Sphinx, avec ses normes piliers de granit rose et ses murailles d'albtre. [Illustration: _Fig. 121._ Chapelle funraire de Sahoura (d'aprs BORCHARDT. _Grabdenkmal des Knigs Sa-hu-re_).] Les pyramides de la Vme dynastie deviennent progressivement plus petites, et la partie de la construction qui devait rester invisible, l'appareillage de la masse mme du monument, est moins soigne, aussi s'est-il produit des tassements qui ont le plus souvent cras les appartements funraires. Par contre la chapelle funraire, toujours situe sur la face est, prend plus d'importance, et son ornementation est l'objet de soins tout particuliers: les lourds piliers carrs sont remplacs par d'lgantes colonnes chapiteaux palmiformes ou papyriformes; dans les principales pices, le sol et les soubassements sont faits de grandes dalles de basalte, et, au-dessus, les murailles en beau calcaire fin sont couvertes de bas-reliefs d'une facture trs dlicate. Ces tableaux reprsentent les hauts faits du souverain, ses expditions, l'hommage que lui rendent ses ennemis; on y voit aussi le roi la pche ou la chasse, et l'image des dieux sous la protection spciale desquels il se place. Quant la disposition gnrale, elle est toujours la mme; le portique situ au bord de la valle donne accs l'alle couverte qui monte directement la grande cour entoure d'une colonnade, la partie publique du temple funraire; plus loin les salles des statues, les magasins, et une srie de petites chambres conduisent, aprs plusieurs dtours, au sanctuaire o se dresse, contre la pyramide elle-mme, la grande stle fausse-porte par laquelle le double du roi tait cens pouvoir sortir de son tombeau et venir bnficier des offrandes qu'on lui apportait. Une innovation trs importante date du rgne d'Ounas, le dernier roi de la Vme dynastie; sans rien modifier la disposition et la construction de la pyramide ou de la chapelle funraire, Ounas, le premier, songea faire graver sur les parois absolument nues des caveaux souterrains o devait tre enferme sa momie les textes religieux qui pouvaient lui tre utiles dans l'autre monde. Ce qui devait survivre un homme aprs sa mort, ce n'tait gure, croyait-on cette poque, que son double, son corps spirituel, mais le roi, tant d'une essence suprieure, a en lui quelque chose des dieux dont il descend et qu'il doit aller retrouver quand il quittera la terre; il possde donc une me divine, mais pour que cette me puisse s'identifier aux dieux et devenir dieu son tour, il faut qu'elle soit instruite de sa nature divine et qu'elle soit mme d'en profiter et de se prsenter dignement devant ses pairs. Certains textes sacrs peuvent lui rendre ce service: ces textes se trouvent dans les recueils o les prtres hliopolitains ont rassembl toutes les vieilles formules magiques ou religieuses du pays, recueil prcieux qui nous laisse entrevoir le fond de la pense gyptienne sur la nature des dieux et sur le monde dans lequel ils vivent, en mme temps qu'ils nous renseignent sur les origines de la langue. Ounas puisa donc largement dans ces textes dont il couvrit les parois de la salle qui contenait son sarcophage, et les chambres attenantes; ses successeurs, les rois de la VIme dynastie, y firent des emprunts plus abondants encore et les gravrent jusque dans les couloirs d'accs. C'est peu prs tout ce qui reste de leurs pyramides qui ne forment plus que d'immenses tas de dcombres; les chapelles funraires ont disparu. Quant aux tombeaux des rois qui les suivirent, ceux de l'poque fodale, ils ne sont pas parvenus jusqu' nous. _Sculpture_ L'ide de la mort, vraie obsession pour les Egyptiens, les avait ports de trs bonne heure rechercher tous les moyens d'viter un anantissement complet de leurs personnes; de l le dveloppement incroyable de l'architecture funraire qui prend ds ses dbuts une importance beaucoup plus considrable que l'architecture civile ou mme religieuse. De l aussi la naissance de la statuaire qui, son origine, est absolument indpendante de l'architecture et se dveloppe paralllement ce dernier art et avec non moins de succs. [Illustration: _Fig. 122._ Statue de Ra-Nofer (Le Caire--photographie de M. Pieron).] Le Ka ou double, comme il a t dit plus haut, tait une sorte de corps spirituel, exactement semblable comme forme au corps matriel de l'homme et capable de survivre celui-ci pendant un temps illimit, condition toutefois d'avoir un support qui pt fixer son essence impondrable et lui conserver une certaine consistance. Le support naturel du double tait le corps embaum avec plus ou moins de soin et prserv ainsi de la pourriture; mais cette momie restait nanmoins bien fragile, aussi imagina-t-on de bonne heure de lui donner un remplaant plus solide pour le cas o elle viendrait tre dtruite. On prit donc l'habitude de dposer dans le tombeau, que ce ft celui d'un roi ou celui d'un simple particulier, une image du mort, en bois ou en pierre, faite autant que possible sa ressemblance, parfois de grandeur naturelle, mais souvent de dimensions plus modestes. Le personnage qu'elle reprsente est debout, une jambe en avant, agenouill ou accroupi la manire des scribes, ou encore assis sur une chaise massive, les pieds joints, les mains sur les genoux. Souvent il est accompagn de sa femme, assise ou debout ct de lui et mme parfois d'un ou deux de ses enfants; ces groupes sont de vraies scnes de famille, d'une intimit charmante. [Illustration: _Fig. 123._ Scribe agenouill (Le Caire. Photo de E. Brugsch-Pacha).] Les statues memphites, part les plus anciennes qui sont d'une facture encore un peu malhabile, sont l'oeuvre de praticiens parfaitement srs de leur mtier et capables de donner l'expression voulue leurs figures, quelle que soit la matire qu'ils ont travailler, bois, albtre, calcaire, granit ou diorite. Ce qu'ils cherchent, c'est rendre fidlement la nature et donner en mme temps l'impression de vie, de calme et de srnit; ils ne fixent pas un aspect passager de leur modle, ils en font en quelque sorte une synthse; ils ne l'idalisent pas, ils l'ternisent pour ainsi dire, et avec raison, car leur oeuvre ne doit pas tre un objet d'admiration pour le monde, mais le support mme d'un tre vivant enseveli jamais dans le tombeau, loin des regards des hommes. [Illustration: _Fig. 124._ Groupe de l'Ancien Empire (Muse du Caire, No _128_; photographie de l'auteur).] Pour donner plus de naturel ces statues, on les peignait, celles du moins qui ne sont pas tailles dans des matires de grand luxe. Parfois le travail est galement soign de la tte aux pieds, mais il arrive souvent que les membres infrieurs sont un peu ngligs au profit du haut du corps sur lequel se reporte toute l'attention du spectateur. La tte est toujours plus pousse que le reste et acquiert une importance toute particulire; les deux yeux, le plus souvent rapports et forms d'une pierre blanche avec pupille en mtal sous une corne de quartz, dans un sertissage de bronze, donnent la figure une vie, une expression, un clat inimitables; ainsi, pour ne citer que les plus remarquables de ces statues, le Sheikh-el-Beled, le groupe de Rahotep et de Nofrit, le scribe du Muse du Caire, celui du Louvre, sont des chefs-d'oeuvre qui peuvent rivaliser avec les plus belles productions de l'art de tous les temps et de tous les pays. [Illustration: _Fig. 125._ Tte du Sheikh-el-Beled (Muse du Caire--photo. de E. Brugsch-Pacha).] [Illustration: _Fig. 126._ Tte du scribe accroupi du Muse du Caire (photo. de E. Brugsch-Pacha).] C'est l'expression mme de la vie qui se dgage des statues des simples particuliers; quant celles des rois il n'en est pas tout fait de mme. Ici les sculpteurs devaient donner l'impression d'un tre supra-terrestre; dans ce but ils suppriment tout mouvement et placent le pharaon sur un trne, assis dans une pose immobile qui a quelque chose d'hiratique, tout en restant parfaitement naturelle. Ils n'ont plus recours aux yeux artificiels et impriment sur les lvres de leurs modles ce sourire nigmatique qui les aurole de mystre. Leurs rois, les Khefren et les Mycrinus du Caire, le Dadefra du Louvre, sont empreints de la majest calme et sereine qui convient un monarque fils des dieux presque dieu lui-mme. En ce qui concerne ces statues et celles des particuliers, la IVme dynastie marque un effort et un progrs incomparables. C'est une des plus belles poques de la statuaire gyptienne, au point de vue de l'art aussi bien que du mtier; des statues comme le grand Khefren de diorite au Muse du Caire, montrent qu'on savait triompher des matires les plus dures et les modeler dans les moindres dtails avec une dlicatesse inoue, sans jamais nuire la beaut et la grandeur de l'ensemble, qui reste une pure merveille, tous les points de vue. [Illustration: _Fig. 127._ Statue de Khefren (d'aprs MASPERO. _Muse Egyptien_, I, pl. VIII).] Un peu plus tard, sous la VIme dynastie sans doute, on commena employer pour les statues royales le type de l'homme debout. Le premier et le plus bel exemple en est la statue de Pepi Ier accompagn de son fils Merenra, qui est aussi la plus ancienne statue de bronze, o tout au moins revtement de bronze que l'on possde (fig. 105 et 106); au lieu d'une fonte pleine ou creuse, procd employ des poques moins anciennes pour des monuments de plus petites dimensions, nous avons ici d'paisses feuilles de mtal ajustes et marteles sur une me de bois; cette statue, actuellement au muse du Caire, est sensiblement plus grande que nature. Si la sculpture en ronde-bosse est toujours, sous l'Ancien Empire, absolument indpendante de l'architecture, il n'en est pas de mme du bas-relief, intimement li la construction, et dont le rle primitif est de constituer la partie dcorative d'un monument. L'usage qu'on en faisait, trs modr au dbut, ne tarda pas se dvelopper au fur et mesure que les tombeaux devenaient plus grands; c'est sous la Vme dynastie, poque o non seulement on couvre de bas-reliefs des centaines de mtres carrs de parois dans des tombeaux de dimensions moyennes, mais o on commence aussi en revtir les murs intrieurs des temples, que ce mode de sculpture arrive son apoge, tant au point de vue technique qu'au point de vue artistique. Pour les Egyptiens, le but du bas-relief est de reproduire avec autant de clart que d'exactitude, non seulement des figures d'individus isols, mais des scnes compltes avec de nombreux personnages en pleine action, des animaux et des objets; il s'agit de ne pas sacrifier l'ensemble au dtail ni le dtail l'ensemble, et pour cela il faut tudier sparment chacune des figures, les grouper et les quilibrer de faon rgulire afin d'obtenir une composition homogne et dcorative. [Illustration: _Fig. 128._ Bas-relief du mastaba de Ptahhotep Saqqarah (photographie de M. Pieron).] Pour arriver comprendre le bas-relief gyptien et l'apprcier comme il le mrite, il faut en pntrer les procds de composition et faire abstraction de certaines choses qui nous choquent ou tout au moins nous gnent au premier abord parce qu'elles sont contraires notre conception moderne de l'art. Dans l'art gyptien, il n'y a pour ainsi dire pas trace de perspective, et ce dfaut se fait sentir de plusieurs manires: tous les personnages d'une scne sont sur le mme plan et ont exactement la mme grandeur; les tableaux se dveloppent uniquement en longueur, jamais en profondeur, formant ainsi de longues bandes qui se superposent sans tre ncessairement en rapport direct les unes avec les autres. Ce manque de perspective se fait encore mieux sentir dans le dessin mme du corps humain: vus toujours de profil, les personnages ont l'oeil et la poitrine qui se prsentent de face, le ventre de trois quarts, dans une stylisation un peu outrancire mais laquelle on s'habitue rapidement et qui pour les Egyptiens eux-mmes avait l'avantage de prsenter chaque partie du corps sous son aspect le plus caractristique. Si ce dfaut apparent est d, l'origine tout au moins, une certaine maladresse, il n'en est pas de mme du manque d'unit dans les proportions, qui est voulu. Pour indiquer la supriorit du roi sur ses sujets, on le reprsente d'une taille trs suprieure la leur, et de mme, dans les tombes, la figure du mort est toujours trois ou quatre fois plus grande que celles des hommes qui vaquent sous ses yeux leur office habituel. Au point de vue technique, les sculpteurs de bas-reliefs sont pour le moins aussi habiles que ceux qui taillent les statues; leur dessin est ferme et net, donnant des contours d'une prcision remarquable, quelle que soit la position du sujet. Les animaux qu'ils reprsentent ont des silhouettes exquises de puret et de ressemblance. Leur coup de ciseau est parfaitement franc, sans repentirs, sans retouches, et ils modlent les corps en un relief imperceptible qui leur donne une trs grande distinction et beaucoup de dlicatesse. La composition est toujours claire et bien ordonne, quilibre de manire donner l'ensemble un caractre dcoratif; les vides qui se prsentent naturellement entre les figures et au-dessus d'elles sont remplis au moyen de courtes inscriptions hiroglyphiques qui expliquent la scne, en mme temps qu'elles ajoutent l'homognit du monument. Les sculpteurs de bas-reliefs n'taient pas des artistes crateurs, mais de simples artisans bien au courant de leur mtier et dous souvent d'une relle originalit. Ils avaient leur disposition un certain nombre de modles pour toutes les scnes qu'ils pouvaient avoir reprsenter et n'avaient plus qu' les adapter la place dont ils disposaient, les augmenter ou les diminuer en supprimant ou en ajoutant des personnages; ils pouvaient ainsi, sans sortir du cadre traditionnel, donner libre cours leur imagination et enrichir leurs tableaux de figures originales et nouvelles. Pour une scne donne, le motif est toujours le mme, l'interprtation toujours diffrente, et c'est ce qui donne un charme tout particulier ces successions de tableaux qui couvrent les parois des tombeaux comme une gigantesque tapisserie, harmonieuse dans l'ensemble et dans le dtail. _Peinture_ La polychromie tait de rgle pour la statuaire; il en tait de mme pour les bas-reliefs qui devaient tous tre peints de couleurs vives. Dans les tombeaux trs anciens, comme ceux de l'poque de Snefrou, qui sont encore construits en briques, des peintures sur enduit remplacent les bas-reliefs, reproduisant en teintes plates les mmes scnes que nous avons l'habitude de voir sculptes et enlumines dans les autres tombes de l'Ancien Empire. La manire primitive de dcorer ces monuments tait donc, n'en pas douter, la peinture, et le bas-relief color n'est que le dveloppement normal de celle-ci, rsultant du besoin de la rendre plus durable en la reportant sur pierre et en dgageant du fond chaque figure, chaque objet reprsent; le bas-relief, avant de devenir un art en soi, n'tait que le support de la peinture. Rien de plus naturel ds lors que de retrouver dans les scnes peintes les mmes compositions que dans les reliefs, avec les mmes variantes d'interprtation. Les procds sont trs simples: les couleurs minrales dlayes dans de l'eau, additionne d'une sorte de gomme, sont tendues en teintes plates sur un enduit sec, au moyen d'un pinceau; un trait plus fonc sertit les figures; les dtails taient ajouts aprs coup quand ils taient plus foncs, rservs quand ils taient blancs. Les peintures de Dahchour et de Medoum, qui datent du commencement de la IVme dynastie, nous montrent les artistes gyptiens dj en pleine possession de leur mtier, et il est certains de leurs panneaux qui sont pleins de vie, de mouvement et de dlicatesse. Pendant un certain temps on ngligea compltement la peinture pour la sculpture, et nous ne trouvons des tombeaux peints sur enduit qu'en province, presque jamais dans la capitale; ce n'est que plus tard, sous le Moyen et le Nouvel Empire, que cet art reprendra un nouvel essor et accaparera de nouveau la dcoration intrieure des spultures. [Illustration: _Fig. 129._ Peinture d'un tombeau de Medoum (d'aprs une photographie de E. Brugsch-Pacha).] _Objets usuels_ Depuis quatre ou cinq mille ans, les tombeaux de l'Ancien Empire rsistent victorieusement aux atteintes du temps et ils sont arrivs jusqu' nous avec leur dcoration peinte ou sculpte, dans un tat de conservation trs satisfaisant. Les violateurs de spultures ne les ont cependant point pargns; dans l'antiquit dj ils les ont visits, ils sont descendus dans tous les caveaux funraires, dans ceux des rois comme dans ceux des simples particuliers, franchissant les obstacles les plus srieux, et ont pill consciencieusement tout le mobilier funraire. Seules les statues de serdab qui ne pouvaient avoir aucune valeur pour eux furent laisses dans leur cachette, ainsi que les tables d'offrandes, grandes dalles sculptes devant la stle fausse-porte. Les meubles, les armes, les outils, les vtements, les bijoux, tous les objets usuels, en un mot, ont disparu et nous ne les connaissons que par les reprsentations des reliefs et des peintures, reprsentations qui du reste sont souvent trs suffisantes. Les seuls objets qui nous soient parvenus sont des vases en pierre ou en terre qui ne prsentent pas avec ceux de la priode prcdente des divergences trs marques. _Inscriptions_ Depuis les dynasties thinites, poque o on ne l'employait qu'avec parcimonie, l'criture a fait d'immenses progrs; elle est dfinitivement constitue, rgularise et ordonne. C'est un instrument parfait en son genre, bien qu'un peu compliqu, capable d'exprimer toutes les nuances de la pense, dans tous les domaines, et qui a en mme temps un caractre dcoratif trs marqu permettant de l'employer l'ornementation des monuments, soit isolment, soit ct des reprsentations figures, pour les complter, les quilibrer et les expliquer. Quelques lignes d'hiroglyphes, sur un objet quelconque, suffisent faire de lui un objet d'art, tant cette criture est belle par elle-mme. [Illustration: _Fig. 130._ Panneau de Hosi (d'ap. MARIETTE. _Album du Muse de Boulaq_, pl. XII).] L'criture hiroglyphique, en mme temps utilitaire et ornementale, avec ses combinaisons de caractres alphabtiques, syllabiques et idographiques, parat peu prs sur tous les monuments de l'Ancien Empire, dans les tombeaux en particulier o nous l'avons vue se mler aux bas-reliefs, s'incorporer eux. Ce sont en gnral de courtes phrases, mises dans la bouche des personnages reprsents dans la scne; ainsi il n'est pas rare de voir un ouvrier dire son voisin: tche de te dpcher ou: fais attention ce que tu fais; un moissonneur boit mme une cruche de bire en s'criant: ah! que c'est bon! ailleurs c'est la chanson des laboureurs qui travaillent dans le terrain encore inond: Le piocheur est dans l'eau, parmi les poissons; il cause avec le silure, il change des saluts avec l'oxyrhinque. En d'autres parties de la tombe, l'entre, et surtout sur la stle fausse-porte, on trouve le nom du mort, avec ses titres et de courtes formules adresses divers dieux comme Osiris et Anubis, et plus loin la grande liste d'offrandes dispose en tableau. Dans les souterrains des tombes royales on voit, partir d'un certain moment, les longs textes religieux se drouler en colonnes serres, et couvrir d'immenses surfaces de parois. J'ai dj parl des inscriptions historiques ou plutt biographiques o un haut fonctionnaire raconte les pripties de sa carrire et qui sont si prcieuses pour nous; il faut encore signaler certains textes officiels, gravs sur pierre, des dcrets du roi en faveur de certains temples, instituant des privilges spciaux, et nous aurons une ide gnrale de ce qu'il y avait sous l'Ancien Empire en fait d'inscriptions monumentales. Pour des compositions de longue haleine, des ouvrages scientifiques, mdicaux, thologiques ou littraires et sans doute aussi dj pour la correspondance, on employait une autre matire que la pierre et une autre criture que les hiroglyphes. Les tiges de papyrus dcortiques, dveloppes et crases, fournissaient des feuilles qui taient pour les Egyptiens ce qu'est pour nous le papier, feuilles qu'on runissait bout bout pour en faire de longs rouleaux; au moyen d'un roseau taill en pointe ou en pinceau, on y crivait l'encre en caractres cursifs qui sont une abrviation des hiroglyphes et auxquels nous donnons le nom d'criture hiratique. Cette criture est dispose soit en colonnes verticales, soit en lignes horizontales crites de droite gauche. Vu la fragilit de la matire employe, il ne nous est parvenu que bien peu de manuscrits de l'Ancien Empire, assez toutefois pour que nous puissions juger que la mthode employe ne diffrait en rien de celle des poques postrieures. C. CIVILISATION _Royaut et Gouvernement_ Bien que fils des dieux et dieu lui-mme, le roi d'Egypte n'est pas, comme dans beaucoup de monarchies orientales, un despote paresseux et cruel, invisible au fond de son palais; il ne se borne pas non plus donner tous ses soins ce qui doit tre la grande oeuvre monumentale de son rgne, la construction de son tombeau. Il s'occupe activement et personnellement de son pays et de son peuple, il dirige lui-mme toute l'administration, choisit les fonctionnaires, rcompense les plus mritants, rend la justice. Il exerce sur ses sujets une activit bienveillante et semble tre vraiment, pour l'Ancien Empire tout au moins, le dieu bon, selon une des pithtes qu'on lui dcerne le plus frquemment. A ct de cela il trouve encore le temps de s'occuper de science et de composer lui-mme des ouvrages de mdecine ou de thologie. A l'exemple de leur pre, les princes ne restent pas inactifs, ils font l'apprentissage du pouvoir en occupant ds leur jeune ge des postes importants dans l'administration. La maison du roi se compose d'une foule d'officiers de toute sorte, prposs les uns la toilette, aux vtements, aux parfums, les autres la nourriture ou la boisson, et de prtres spciaux attachs la personne royale, ainsi que d'une garde du corps. Le roi n'est pas seul assumer le pouvoir, il a sous ses ordres une administration complique et d'origine trs ancienne; les fonctionnaires sont nombreux et se prsentent nous chacun avec une srie de titres dont nous ne parvenons pas dcouvrir l'exacte signification, mais qui montrent qu'un individu pouvait cumuler des charges de natures trs diverses, religieuses, militaires, civiles et judiciaires. Ceux de ces personnages que nous connaissons le mieux sont naturellement ceux qui entouraient le roi de plus prs et dont les tombeaux sont voisins du sien, les vizirs, les grands juges, les grands prtres, les fonctionnaires de l'administration centrale. A ct et au-dessous d'eux il y avait la foule des fonctionnaires provinciaux. L'ancienne division politique du pays en clans ou tribus avait donn naissance, une fois l'oeuvre d'unification accomplie, un certain nombre de provinces ou _nomes_ qui eurent chacun son administration propre, sous le contrle du pouvoir central. Sous des rois dont l'autorit s'exerce sans contestation, cette organisation intrieure doit avoir ses avantages, mais si le sceptre tombe en des mains plus faibles elle ne peut que favoriser le dmembrement du pays; nous avons vu que c'est en effet ce qui arriva: la naissance et le dveloppement progressif de la fodalit, puis les rivalits des familles les plus puissantes et les luttes intestines, amenrent la fin de l'Ancien Empire. Le haut gouvernement des nomes tait donc un pouvoir fodal, trs probablement entre les mains des descendants directs des anciens chefs de tribus. Quant l'administration proprement dite, elle n'tait pas le privilge d'une caste spciale, mais tait ouverte tous; il suffisait d'avoir une bonne instruction, d'tre scribe, de se montrer intelligent et habile, pour pouvoir atteindre n'importe quelle fonction. Nous avons l'exemple de personnages d'humble extraction commenant par les charges les plus modestes pour monter progressivement aux plus hautes positions du royaume. Les prtres pouvaient cumuler des fonctions civiles et des charges sacerdotales; ils pouvaient aussi, semble-t-il, se recruter parmi toutes les classes de la population et ne formaient pas une caste part. Le roi tait de droit souverain pontife de tout le pays et les grands seigneurs hrditaires taient en mme temps les grands prtres des sacerdoces de leurs nomes. Nous avons donc, dans l'Egypte de l'Ancien Empire, un mlange extrmement curieux de tous les modes de gouvernement: en haut, une monarchie absolue et thocratique, au-dessous une aristocratie hrditaire, fodale et terrienne, et enfin, tant pour les provinces que pour l'ensemble du pays, une administration accessible tous, tenant en mme temps de la dmocratie et du mandarinat et ayant un caractre sacerdotal trs marqu. Comment fonctionnaient tous ces rouages qui nous paraissent si peu compatibles les uns avec les autres? Nous ne pouvons nous en rendre compte d'une manire trs prcise, mais les rsultats montrent que ce systme de gouvernement n'tait pas mauvais puisque non seulement il subsista pendant les longs sicles que dura l'empire memphite, mais encore fut repris au Moyen et au Nouvel Empire avec certaines modifications. _Relations extrieures_ Les objets remontant l'Ancien Empire sont si peu nombreux qu'il ne faut pas s'tonner si l'on n'en retrouve pas qui portent la marque d'une importation trangre. Les relations commerciales avec les pays environnants, par terre comme par mer, ne s'taient cependant pas interrompues, bien au contraire; on consommait beaucoup d'encens en Egypte, surtout pour les besoins du culte; or l'encens ne pouvant provenir que du sud de l'Arabie, de la cte des Somalis, du pays de Pount, comme on appelait ces rgions, il devait donc arriver en Egypte par la Mer Rouge. Les mines du Sina ne sont pas assez riches en cuivre pour avoir pu fournir tout celui qu'on employait sous l'Ancien Empire, aussi est-il des plus probable que dj ce moment-l on le faisait venir de Chypre, comme aux poques suivantes. Le commerce, plus facile encore avec la Syrie, tait sans doute plus dvelopp de ce ct-l. Les pharaons avaient du reste sur cette contre, ou du moins sur sa partie mridionale, certaines prtentions de suzerainet, et nous les avons vus y envoyer diverses reprises des expditions armes. Le plus souvent ces expditions remportaient des succs sur les indignes et ramenaient un riche butin, pris par la force ou acquis par voie d'change, mais parfois aussi elles chouaient piteusement, et se faisaient massacrer dans un guet-apens. Le Soudan et la Nubie n'taient pas encore soumis, mais le gouvernement gyptien, qui recrutait des mercenaires parmi les tribus de ces rgions, les considrait un peu comme des vassales et leur envoyait souvent de petites expditions demi militaires, demi commerciales, charges de recueillir l'allgeance des chefs et si possible un tribut, d'assurer la scurit des routes et le respect du nom de l'Egypte, et de faire aboutir des oprations fructueuses par voie d'change. Ces expditions taient le plus souvent diriges par les gouverneurs du sud, les rsidents gyptiens Elphantine, qui avaient la garde de la frontire: ces hauts fonctionnaires s'appliqurent laisser la postrit le rcit plus ou moins dtaill de leurs diverses missions. Ainsi nous voyons Herkhouf s'acqurir la faveur du roi pour lui avoir ramen du centre de l'Afrique un nain qui devait le divertir par ses danses bizarres: ce roi tait Pepi II, alors encore un tout petit enfant. _Famille_ Du haut en bas de l'chelle sociale, l'organisation de la famille a un caractre tout patriarcal, empreint de libert, de bienveillance et d'intimit. Il suffit de jeter les yeux sur les nombreux groupes familiaux, bas-reliefs ou statues, pour juger des relations tendres qu'avaient entre eux poux, parents et enfants: on voit souvent la femme assise sur le mme sige que son mari, ou debout ct de lui, passant le bras autour de son cou tandis qu'il l'enlace troitement et que les enfants se pressent autour d'eux. L'homme est le chef incontest de la famille, il la dirige, la protge, la groupe autour de lui, sa vie durant; quant la femme, elle jouit d'une position trs privilgie, en regard des autres femmes d'Orient: elle n'est pas enferme dans un harem, elle est absolument libre de ses mouvements et de ses actions, elle accompagne partout son mari comme une gale, non comme une infrieure, elle exerce une autorit morale toute spciale sur les enfants. Parmi ceux-ci, les filles ont les mmes droits que les fils l'hritage paternel. Ds l'Ancien Empire, l'Egyptien est certainement monogame; peine trouve-t-on un ou deux grands personnages ayant ct de leur femme lgitime une concubine, dont les enfants ont du reste peu prs les mmes droits que leurs frres. Seul le roi a en gnral plusieurs femmes dont l'une, la grande pouse royale a le pas sur les autres, tant sans doute de plus haute naissance, parfois mme de race royale. Pour conserver aussi pur que possible le sang divin qui coule dans ses veines, le roi doit de prfrence prendre une femme du mme sang que lui, donc une proche parente. Sous le Nouvel Empire nous voyons le plus souvent le pharaon pouser sa soeur, parfois mme sa fille; il en tait sans doute de mme pour les rois memphites. Ces unions qui nous paraissent monstrueuses n'avaient rien que de trs naturel pour les Egyptiens, pour qui la puret de la race avait une importance capitale. _Vtement_ Vu le climat de l'Egypte, les habitants de ce pays n'ont jamais prouv le besoin de s'habiller chaudement; le costume en usage sous l'Ancien Empire est particulirement sommaire. Les hommes portent tous le pagne, plus ou moins grand suivant leur condition: pour les gens de bas tage, les mariniers par exemple, il se rduit une ceinture garnie par devant de quelques petites lanires formant tablier, pour d'autres ouvriers c'est un morceau d'toffe passant entre les jambes et fix galement une ceinture. Le modle ordinaire est compos d'une longue pice de toile blanche enroule troitement autour de la partie moyenne du corps, soutenue par une ceinture et descendant presque jusqu'aux genoux. Chez les grands personnages ce vtement prend plus d'importance: il n'est pas plus long, mais beaucoup plus ample, et la partie de devant, gaufre petits plis et empese, forme une sorte de grand tablier triangulaire. En outre, les notables ont le plus souvent aux pieds des sandales, simples semelles plates, et autour du cou un large collier descendant sur la poitrine et compos gnralement de perles en verroterie, parfois aussi de perles d'or. La tte est entirement rase, cheveux, barbe et moustaches, et, pour sortir, les grands personnages se coiffent d'une perruque plus ou moins volumineuse suivant la mode du jour, tandis que chez les gens du peuple cette perruque parat n'tre plus qu'une simple calotte feutre, pousant les formes du crne. Souvent une petite barbe postiche se fixe sous le menton des notables. Jamais on ne voit de manteau sur les paules des particuliers; seul le roi, dans certaines crmonies, porte un vtement de forme particulire, trs ample, sans manches, descendant du cou jusqu'aux genoux. [Illustration: _Fig. 131._ Costumes de l'Ancien Empire (d'apr. LEPSIUS. _Denkmler_, II, pl. LXXIII).] Les femmes sont vtues d'une robe absolument collante descendant de la naissance des seins jusqu'au bas des mollets; des bretelles la retiennent aux paules. La gorge est couverte d'un large collier, et des anneaux de diffrentes formes ornent les bras et les chevilles. La chevelure, trs abondante, retombe sur les paules en une multitude de petites tresses; parfois un riche bandeau enserre cette coiffure au-dessus du front. [Illustration: _Fig. 132._ Ptahhetep sa toilette (d'apr. PAGET-PIRIE. _Ptahhetep_, pl. XXII).] La toilette tait chose importante pour les Egyptiens; ils se lavaient soigneusement, se faisaient oindre le corps d'huiles et de parfums. Les gens riches avaient des serviteurs qui les massaient et leur servaient de manicures, de pdicures, et sans doute aussi de coiffeurs. Avant et aprs le repas, on se lavait les mains et la bouche, comme cela se fait encore aujourd'hui en Orient. _Mobilier et Habitation_ Les Egyptiens avaient l'habitude de s'accroupir terre, sur des nattes, pour toutes les occupations sdentaires; c'tait la position ordinaire des artisans leur travail et des scribes en train d'crire. Par contre, pour manger, ils s'asseyaient sur des chaises, des fauteuils ou mme des divans deux places, devant de petits guridons ronds, hauts sur pied, o s'empilaient les victuailles. Ils couchaient dans des lits garnis de plusieurs matelas, de couvertures et de chevets en guise d'oreiller, lits quatre pieds, assez levs pour qu'on dt y monter l'aide d'un petit escabeau. Le mobilier comportait encore un certain nombre de coffres de diverses dimensions, o l'on serrait le linge et les ustensiles de toute sorte. En ce qui concerne les habitations, nous n'avons gure de renseignements pour l'Ancien Empire; ce devaient tre des constructions lgres, en partie en briques crues ou en terre pile, en partie en bois, avec des jours qu'on pouvait fermer, au moyen de tentures multicolores ou de nattes; comme plafond, des solives de bois de palmier, se touchant, supportaient une terrasse en terre battue. _Chasse et Pche_ Les grands marais remplis de poissons et d'oiseaux de toute sorte qui bordaient la valle du Nil, fournissaient aux seigneurs gyptiens, grands amateurs de chasse et de pche, un terrain incomparable. Ils s'y rendaient avec leurs gens qui sur place prparaient des nacelles lgres en faisceaux de tiges de papyrus, dans lesquelles tout ce monde s'embarquait, pntrant dans les fourrs marcageux. Le matre tenait d'une main des oiseaux captifs dont les cris servaient d'appeaux, tandis que de l'autre il brandissait son boumerang et le lanait adroitement sur le gibier, abattant l'un aprs l'autre le hron, l'oie, le canard, la grue, que ses gens allaient chercher dans les roseaux; puis il saisissait un harpon double lame barbele avec lequel il transperait d'une main sre les gros poissons passant sa porte, qu'il relevait tout ruisselants d'eau. Cette arme puissante lui servait aussi se dfendre contre l'hippopotame qui aurait pu venir troubler sa promenade. [Illustration: _Fig. 133._ Chasse et pche au marais (d'aprs DE MORGAN. _Catal. des Monum._, I, Assouan, p. _146_).] [Illustration: _Fig. 134._ Chasse au lasso (d'ap. DAVIES. _Ptahhetep_, I, pl. XXII).] Aux confins du dsert, la chasse tait plus fructueuse, mais plus difficile et plus dangereuse aussi; on y rencontrait la gazelle, l'antilope, le boeuf sauvage ainsi que le lion et la panthre. Le seigneur gyptien s'y aventurait rarement, mais il y envoyait certains de ses hommes, chasseurs de profession qui, accompagns de leurs grands chiens, poursuivaient le gibier et l'attaquaient avec leurs flches ou au lasso. [Illustration: _Fig. 135._ Chasse au filet (d'aprs CAPAET. _Une rue de tombeaux_, pl. XXXVI-XXXIX).] Il ne suffisait pas d'approvisionner le garde-manger, il fallait se constituer une rserve vivante d'aliments et remplir la basse-cour. A cette fin, au moment du passage des oiseaux migrateurs, on disposait sur des tangs de grands filets tendus sur des cadres en bois et on attirait le gibier au moyen d'appts ou d'appeaux; une fois que le vol s'tait pos sur l'tang, un surveillant cach tout prs de l donnait un signal, d'autres hommes tiraient vivement sur une corde, le filet se refermait sur les volatiles qu'on sortait avec prcaution et qu'on enfermait dans des cages pour les porter dans de grandes volires grilles et munies de bassins d'eau, o on pouvait les conserver et les engraisser. [Illustration: _Fig. 136._ Scnes de pche (d'aprs DE MORGAN. _Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _518_).] Le Nil et ses drivs fourmillent de poissons, dont la chair a t de tous temps une grande ressource pour les habitants du pays; ceux-ci employaient pour les prendre des moyens qui sont de tous les temps et de tous les pays, des engins qu'ils avaient perfectionns et dont ils savaient tirer parti: d'abord la ligne, une ligne main hrisse d'hameons son extrmit, mais sans canne ni flotteur, puis le petit filet manche, le troubleau, puis les nasses, les grandes bouteilles en osier qu'on dposait au fond de l'eau et qu'on relevait de temps en temps. La pche la plus productive tait fournie par la seine, le grand filet droit muni de plombs et de flotteurs, qu'on tranait grand renfort de bras dans des cours d'eau ou des tangs, de manire ramasser tout le poisson. Sitt sortis de l'eau, les poissons taient ouverts, vids, sals et tendus ou suspendus au soleil pour tre schs. [Illustration: _Fig. 137._ Basse-cour (d'ap. VON BISSING. _Mast. des Gem-ni-kai_, I, pl. IX).] Le nombre des animaux ainsi domestiqus s'accroissait sans cesse tant par la reproduction naturelle que par l'apport de nouveaux individus pris la chasse. Nous venons de voir les oiseaux levs en basse-cour, nourris de grains ou engraisss au moyen de boulettes qu'on leur introduisait de force dans le bec. On employait le mme procd pour certains bestiaux de choix levs part des autres dans des fermes, boeufs ou antilopes qu'on emptait ainsi avec des aliments fabriqus au fur et mesure, parfois mme des hynes qu'on tait oblig d'attacher par les pattes et de renverser sur le dos pour leur faire avaler des oies rties; il semble en effet, quelque bizarre que cela puisse nous paratre, que sous l'Ancien Empire les Egyptiens, pour varier leurs menus, mangeaient parfois de la chair d'hyne. _Elevage_ La grande masse du btail vivait presque en libert sous la garde de bergers dans les terrains situs au del des cultures, qui n'avaient pas encore, comme aujourd'hui, absorb tout le sol de la valle; ces animaux taient presque sauvages, il fallait lier les jambes des vaches pour les traire, et quant aux boeufs et taureaux, lorsqu'il s'agissait de les capturer, on devait employer le lasso. De temps autres, les propritaires allaient sur place inspecter leurs bestiaux ou se les faisaient amener par troupes, pour en faire le compte. Le gouvernement faisait de son ct procder tous les deux ans au dnombrement gnral des bestiaux, sur lesquels le roi prlevait sans doute une forte dme; cette opration tait mme considre comme des plus importantes, car elle servait de base aux calculs chronologiques: on ne disait pas, cette poque, l'an 6 de tel roi, mais l'anne qui suit le 3e compte de bestiaux de tel rgne. A ct des boeufs et des vaches, il y avait encore dans ces domaines ruraux du petit btail, des chvres et des moutons; quant aux nes, qu'on runissait aussi en troupeaux, comme on les employait frquemment toutes sortes de travaux, il est probable qu'on les gardait proximit des habitations plutt que dans les pturages. [Illustration: _Fig. 138._ Engraissage des boeufs (d'aprs DE MORGAN. _Rech. sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _521_).] [Illustration: _Fig. 139._ Antilopes. Engraissage des hynes (d'aprs DE MORGAN. _Rech. sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _513_).] A ct de l'levage, l'agriculture tait en plein dveloppement, et les tableaux qui reprsentent des scnes de la vie des champs sont nombreux dans les bas-reliefs des mastabas. La crue du Nil tait soigneusement observe et enregistre dans les documents officiels; c'est donc qu'on avait reconnu l'importance des irrigations, desquelles dpend la fertilit du pays. Il est trs probable que c'est de cette priode que datent les premiers de ces canaux qui apportent l'eau sur tous les points de la valle, et les digues qui la retiennent pour laisser dposer le limon. [Illustration: _Fig. 140._ Labourage et semailles (d'aprs DAVIES. _Sheikh Sad_, pl. XVI).] [Illustration: _Fig. 141._ Scne de moisson (d'ap. LEPSIUS. _Denkmler_, II, pl. CVI).] [Illustration: _Fig. 142._ Dpiquage du grain (d'aprs MURRAY. _Saqqara Mastabas_, I, pl. XI).] La principale culture est celle des crales. Nous voyons les laboureurs retourner le sol l'aide de charrues trs simples, soc de bois, atteles de deux boeufs, car il n'est pas ncessaire de travailler trs profondment cette terre meuble et grasse. Derrire eux viennent les semeurs, jetant le grain la vole, et immdiatement aprs, on amne des troupeaux de chvres et de moutons qui, presss par des ouvriers munis de courbaches, pitinent le champ ensemenc pour faire pntrer le grain. La moisson se fait au moyen de faucilles de bronze ou de bois armes de lames de silex, avec lesquelles on scie la tige mi-hauteur; on lie les javelles en gerbe pour les charger sur des nes qui bon gr mal gr les transportent prs de l'aire o on les empile en hautes meules. Plus tard, quand la rcolte est sche, vient le dpiquage: les gerbes sont dlies, tendues sur l'aire et foules aux pieds par des boeufs ou des nes, et ce procd a le double avantage de faire sortir le grain et de hacher la paille qui, comme partout en Orient, sert de fourrage. Les vanneuses ensuite jettent en l'air le grain et le passent au crible, et enfin on mesure la rcolte au boisseau et on l'enferme dans les greniers. [Illustration: _Fig. 143._ Foulage et pressurage du raisin (d'aprs PAGET-PIRIE. _Tomb of Ptahhetep_, pl. XXXIII).] La vigne se cultive en berceaux, dans des jardins; au moment de la vendange, des hommes cueillent le raisin mr, le mettent dans de grands paniers et le portent tout ct, sur le pressoir, sorte de grande auge surleve o la rcolte est foule aux pieds par d'autres ouvriers. Le rsidu est ensuite mis dans de grands sacs de forte toile, chaque extrmit desquels est pass un bton, et on arrive encore extraire une bonne quantit de jus en tordant nergiquement ce pressoir rudimentaire, opration qui ncessite une pittoresque gymnastique de la part des cinq pressureurs. Enfin le mot est port au cellier, dans de grandes jarres qu'on ferme et qu'on scelle soigneusement. [Illustration: _Fig. 144._ Rcolte du lin (d'aprs LEPSIUS. _Denkmler_, II, pl. CVII).] Les autres genres de culture, comme la rcolte des figues que des hommes ou parfois des singes vont cueillir dans les arbres, ou celle du lin, qui se pratique par arrachage de la tige et non plus la faucille, sont plus rarement reprsentes. Enfin quelques scnes de jardinage montrent des ouvriers arrosant soigneusement des carrs de lgumes. [Illustration: _Fig. 145._ Tressage des nattes (d'aprs PERROT et CHIPIEZ. _Histoire de l'Art_, I, p. _36_).] Les Egyptiens n'employaient pour leurs vtements que de la toile de lin, et dj au dbut de la IVme dynastie ils taient passs matres dans l'art de filer et de tisser. Parmi les rares chantillons d'toffes de l'Ancien Empire qui nous sont parvenus, il y a surtout des toiles fines, trs fines mme; certaines bandelettes de momies royales sont faites au moyen de fil incomparablement plus fin que celui de n'importe quel tissu moderne (un kilo de ce fil reprsenterait 12 18.000 mtres de longueur, selon les calculs des spcialistes). Pour d'autres usages, en particulier pour la fabrication de portires et tentures, on employait des toffes multicolores plus paisses, o le tisserand, prcurseur des fabricants de tapis orientaux, obtenait par la disposition de ses fils de couleur des compositions ornementales simples, mais du meilleur got. Les vanniers faisaient dj de ces paniers de toute forme qui sont aujourd'hui une spcialit du Soudan gyptien, ouvrages de sparterie trs soigns et trs fins, aux brins de couleurs heureusement alterns et qui sont en mme temps d'une solidit toute preuve. Les gens du peuple taient trs habiles ces sortes de travaux, ainsi les ptres, tout en surveillant leurs troupeaux, tressaient avec des joncs et d'autres herbes les nattes dont ils faisaient usage, nattes si souples qu'elles se roulaient comme des couvertures et se portaient aisment en bandoulire. [Illustration: _Fig. 146._ Menuisiers. Tombeau de Mera (d'ap. un dessin de l'auteur).] Dans d'autres tableaux nous voyons des cordiers tordant ou tournant leurs cordes, des cordonniers assouplissant le cuir, le taillant et le cousant, des menuisiers travaillant des meubles de toute sorte avec la scie, le maillet, le ciseau, l'herminette et le peroir archet. Plus loin ce sont des sculpteurs et des peintres, des fabricants de vases de pierre et des chaudronniers dont nous avons dj pass en revue les oeuvres, et enfin des bijoutiers pesant, fondant et coulant l'or, calibrant et assemblant les pierres fines. [Illustration: _Fig. 147._ Orfvres et joailliers (d'ap. DE MORGAN. _Recherches sur les orig. de l'Egypte_, I, fig. _527_).] _Navigation_ On peut dire que les transports, sous l'Ancien Empire, se faisaient uniquement par la voie fluviale. Sur terre, le seul moyen de locomotion tait la marche; les nes servaient seulement de btes de somme, et il est extrmement rare que les hommes aient song monter sur leur dos. Quant la litire ou chaise porteurs, c'tait l un luxe que seuls les grands seigneurs pouvaient s'offrir, quand ils allaient inspecter leurs domaines. Sur l'eau, nous avons dj vu les petites nacelles en papyrus employes pour la chasse et la pche; les autres bateaux construits en bois taient trs varis de forme, qu'il s'agt des lourds et solides bachots, munis de rames et de gouvernails, destins faire de petits trajets et transporter des marchandises ou des bestiaux, ou bien des bateaux rames et voiles, qui dnotent dj une grande habitude de la navigation. Ds le dbut de la IVe dynastie, on employait de faon constante, pour remonter le Nil, de longs bateaux aux extrmits lgrement releves, portant un gros mt form de deux madriers qui s'assujettissent dans les deux bordages et ne se runissent qu' leur partie suprieure; une vergue se hisse au sommet de ce mt, supportant une voile trapzode d'un modle spcial commande par deux bras, gros cordages dont un homme assis la poupe tient les extrmits. Des gouvernails en forme de rames, en plus ou moins grand nombre suivant les dimensions du bateau, servent donner la direction. Un toit lger, courant au-dessus du pont, fournit aux passagers un abri suffisant. Pour descendre le fleuve, on pliait la voile, on abattait le mt et le bateau suivait le fil du courant, actionn en outre par les rames. Plus tard, vers la fin de l'Ancien Empire, on voit paratre un nouveau modle de barque, la grande nef ponte, au mt simple portant une voile carre soutenue par deux vergues; le mode de navigation ne change du reste pas pour cela, et on continue, comme de nos jours encore, remonter le fleuve la voile, le redescendre la rame. [Illustration: _Fig. 148._ Litire (d'aprs DAVIES. _Deir et Gebrawi_, I, pl. VIII).] [Illustration: _Fig. 149._ Fabrication de nacelles (d'ap. DAVIES. _Sheikh Sad_, pl. XII).] [Illustration: _Fig. 150._ Barque. IVe dyn. (d'ap. JQUIER. _Bull. de l'Inst. fr. du Caire_, t. IX, pl. III).] Les vaisseaux de mer, plus grands et plus forts sans doute que ceux du Nil, en diffrent peine quant la forme gnrale; les mts, les voiles, les gouvernails, les rames sont les mmes, mais il n'y a aucune superstructure, et un norme cble, allant de la proue la poupe, assure la solidit de la charpente. [Illustration: _Fig. 151._ Scne du march (d'apr. LEPSIUS. _Denkmler_, II, pl. XCVI).] Pour avoir un tableau complet de l'tat de l'Egypte cette poque, il faudrait approfondir encore bien des points sur lesquels nous sommes peu documents, ainsi la question trs importante du commerce qui, faute de numraire, se faisait de gr gr, par change, suivant entente entre les contractants, sans que nous sachions s'il y avait des boutiques ou seulement des marchs priodiques dans les centres. Nous sommes aussi assez mal renseigns sur l'exploitation des mines et des carrires et sur le transport des gros matriaux, qui se faisait bras d'hommes, sur traneaux, de la montagne au fleuve. Cette esquisse sommaire, suffisante pour le moment, nous permettra de nous rendre compte de ce qu'tait, dans ses grandes lignes tout au moins, la civilisation de l'Egypte sous les rois memphites et hliopolitains, priode qui est la base mme de toute la civilisation pharaonique. Pour les poques suivantes nous pourrons nous contenter de signaler les transformations, les perfectionnements apports au cours des sicles cet tat de choses, par suite du travail intrieur ou des importations trangres. [Illustration: _Fig. 152._ Forage de vases de pierre (d'ap. DE MORGAN. _Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _497_).] [Illustration: _Fig. 153._ Sphinx du Moyen Empire (d'aprs LEGRAIN. _Statues et statuettes_, I, pl. XX).] CHAPITRE VI MOYEN EMPIRE (2200 1500 avant J.-C. environ.) A. HISTOIRE _XIe dynastie_ Une priode de troubles intrieurs comme celle qui termina l'Ancien Empire ne pouvait se prolonger indfiniment et devait aboutir une restauration de la monarchie sur des bases un peu diffrentes. Nous avons vu les derniers rois memphites, qui ne disposaient pas d'une force militaire srieuse et qui sans doute n'avaient plus l'autorit morale de leurs prdcesseurs, s'effacer peu peu devant leurs comptiteurs, les princes hraclopolitains; ceux-ci n'avaient cependant pas russi, malgr l'nergique appui de leurs vassaux, les dynastes de Siout, s'installer dfinitivement sur le trne d'Egypte, ni mme laisser un nom durable. Pendant ce temps s'levait dans le sud, dans une province qui jusqu'alors n'avait jou aucun rle, celle de Thbes, une famille nouvelle, au sang moins pur, mlang d'lments soudanais, famille nergique poursuivant de pre en fils, avec opinitret, un seul but, la restauration, son profit, de l'unit du royaume gyptien. Ces seigneurs qui portent tous le nom d'Antef ou de Mentouhotep, commencrent petitement: les plus anciens n'ont que leur titre de monarque puis peu peu ils s'arrogent le droit d'inscrire leur nom dans un cartouche, ils se qualifient de rois de la Haute Egypte et finissent par prendre la titulature complte des rois lgitimes. Les premiers n'tendaient leur domination que sur la moiti mridionale de la Haute Egypte, mais en mme temps ils avaient soumis la Nubie jusqu' la deuxime cataracte au moins; les derniers rgnrent sur toute la valle du Nil et poussrent mme plus loin, puisqu'ils entreprirent des expditions du ct du Sina et de la Syrie mridionale. [Illustration: _Fig. 154._ Mentouhotep IV (?) (d'apr. un bas-relief provenant de Deir-el-Bahari).] L'ordre de succession de ces rois, qui forment la XIme dynastie, n'est pas trs clair; leur chronologie l'est encore moins: le papyrus de Turin donne six rois ayant rgn pendant plus de 160 ans, tandis que d'aprs Manthon il y aurait eu 16 rois et 43 ans de rgne; il y a dans ces chiffres des erreurs videntes, puisque nous savons d'autre part que certains de ces rois rgnrent au moins 50 ans; on peut donc supposer que le papyrus ne nomme que les derniers rois de la srie, ceux qui pouvaient tre considrs comme souverains lgitimes, tandis que Manthon indique le nombre total des princes de la famille, et la somme des annes de rgne des deux derniers seulement, ceux qui gouvernrent sans aucun doute tout le pays. Comme date, nous pouvons placer cette XIme dynastie thbaine, de faon tout fait approximative du reste, aux environs de l'an 2.200 avant J.-C. _XIIe dynastie_ Nous ne savons dans quelles conditions le dernier roi de cette dynastie, Mentouhotep V Seankhkara, cda la place de gr ou de force un homme du nom d'Amenemhat, qui avait t grand-vizir sous un rgne prcdent et qui tait sans doute apparent de prs ou de loin la famille royale. Usurpateur ou non, le nouveau roi trouva devant lui de nombreux adversaires qu'il finit par rduire, comme il sut plus tard djouer un complot des gens du palais qui en voulaient sa vie. Amenemhat I tait non seulement un homme d'action, il tait aussi un organisateur de premier ordre, en juger par l'oeuvre accomplie pendant les 30 ans que dura son rgne. Il supprime dfinitivement le rgime fodal, l'autonomie des petits princes locaux sur lesquels ses prdcesseurs avaient d s'appuyer pour gouverner, il reconstitue l'unit de l'Egypte sous un seul sceptre, fait rgner l'ordre et la paix dans tout le pays, recule ses frontires grce des expditions heureuses, et fonde une dynastie qui devait rgner 213 ans en tout, et tre une des plus brillantes qui aient occup le trne de l'Egypte. [Illustration: _Fig. 155._ Senousrit I (photo. de E. Brugsch-Pacha).] La XIIme dynastie est donc d'origine thbaine, mais son centre politique fut toujours celui qu'avait choisi le fondateur de la monarchie gyptienne, Memphis, abandonne depuis quelques sicles. C'est dans les environs immdiats de l'antique capitale que les nouveaux rois tablirent leur rsidence et qu'ils construisirent leurs tombeaux. Les sept rois qui se succdent de pre en fils portent tous, soit le nom d'Amenemhat, qui est celui du fondateur de la dynastie, soit celui de Senousrit, qu'on lisait autrefois Ousertesen et qui est en ralit l'origine du nom grec de Sesostris, ce hros plus lgendaire que rel sur la personne duquel se grouprent aux basses poques tous les hauts faits des rois du temps pass dont on avait conserv le souvenir. [Illustration: _Fig. 156._ Senousrit III (d'aprs LEGRAIN. _Statues et statuettes_, I, pl. VI).] Les vrais Ssostris, ceux de l'histoire, sont du reste aussi des guerriers et des conqurants, mais leur activit est surtout dirige vers le sud. Les plus clbres d'entre eux, Senousrit I et Senousrit III parachevrent l'oeuvre entreprise par Amenemhat I, la conqute de la Nubie: ils tendent l'autorit effective de l'Egypte jusqu' la 2e cataracte, c'est--dire reculent d'au moins 400 kilomtres les frontires de leur royaume. La Nubie est devenue une province gyptienne, administre par des fonctionnaires spciaux, avec de petites garnisons cantonnes dans les points faibles du pays, o s'lvent d'importantes forteresses, celles de Semneh et de Koummeh en particulier, qui gardent les deux rives de la cataracte, frontire extrme de la nouvelle province. Les Pharaons de la XIIme dynastie, bien que trs occups du ct du Soudan, ne ngligent pas pour cela les autres contres limitrophes; les Libyens aussi bien que les Syriens habitant les confins de l'Egypte sont refouls ou assujettis, et la domination effective du roi s'tend sur les Oasis, le Sina et les contres dsertiques o les travaux dans les carrires et dans les mines peuvent s'effectuer en toute tranquillit. [Illustration: _Fig. 157._ Amenemhat III (d'aprs _Muse Egyptien_, II, pl. XV).] Le dernier grand roi de la dynastie, Amenemhat III, attacha son nom une oeuvre gigantesque, la cration dans le Fayoum,--petit territoire en contre-bas de la valle du Nil, du ct ouest,--d'un immense rservoir destin rgulariser les irrigations des environs de Memphis et de la Basse Egypte. C'est le fameux lac Moeris mentionn par Hrodote et les autres auteurs classiques, qui parlent en mme temps avec admiration du Labyrinthe, le palais construit sur ses bords. Quelle est dans ces rcits la proportion exacte de fable et de ralit, c'est ce qui n'a pu tre encore tabli; toujours est-il que maintenant on ne voit plus, de ce qui devait tre jadis le lac Moeris, qu'un lac naturel sans coulement, le Birket-Karoun, et au lieu du Labyrinthe, des ruines de villes, trs tendues, mais qui n'ont rien de monumental, deux pyramides, des colosses, un oblisque; ces restes de constructions montrent bien l'importance des travaux entrepris par Amenemhat III dans ce coin de pays, travaux qui furent, sinon aussi merveilleux que se l'imaginaient les Grecs, du moins considrables. _XIIIe et XIVe dynasties_ Deux rgnes trs courts et sans clat, ceux d'Amenemhat IV et de la reine Sebeknefrou clturent cette priode si glorieuse et si brillante pendant laquelle l'Egypte avait atteint un degr de puissance trs suprieur celui auquel elle tait arrive sous les plus grands rois de l'Ancien Empire. Nous ne savons quelles sont les circonstances qui amenrent la chute de la XIIme dynastie, soit que la race se soit teinte naturellement, soit que ces deux derniers souverains aient fait preuve d'incapacit et se soient laisss supplanter par des comptiteurs puissants. Avec eux cesse, pour un temps du moins, l'unit de l'Egypte, et nous nous trouvons en prsence de deux familles rivales, l'une de Thbes, l'autre de Xos dans le Delta, qui forment la XIIIme et la XIVme dynastie; il semble qu' un moment donn cette dernire dynastie ait t considre comme seule lgitime, mais d'un autre ct la puissance des rois thbains de la XIIIme a certainement t plus grande. Du reste ces deux sries de rois sont si enchevtres qu'on a peine les distinguer l'une de l'autre: les monuments de cette poque donnent bien des noms de rois, rarement des dates, et jamais aucun dtail sur le rgne des divers souverains ni sur l'ordre de succession; le papyrus de Turin donnait une longue liste, malheureusement trs fragmente aujourd'hui, et ne parat pas avoir tabli de distinction entre ces deux dynasties; les autres listes royales ne mentionnent que trs peu de noms de cette poque. Enfin Manthon ne cite pas un seul nom, mais donne la XIIIme dynastie 60 rois et 453 ans de rgne, et la XIVme, 76 rois et 184 ans, chiffres qui sont peut-tre exagrs quant au nombre d'annes, mais qui paraissent correspondre la ralit, en ce qui concerne le nombre de rois qui occuprent le trne. [Illustration: _Fig. 158._ Neferhotep. Bologne (d'ap. PETRIE. _Photographs_, No _38_).] Nous sommes donc peu renseigns sur cette priode, et c'est peine s'il convient de rappeler le souvenir des Neferhotep et des Sebekhotep, les quelques souverains qui nous paraissent tre les figures les plus marquantes de la srie et dont les rgnes sont plus longs que ceux des autres et les monuments que nous avons d'eux plus abondants et plus importants. L'examen des noms mmes de tous ces rois montre clairement que ces deux dynasties ne se composent pas seulement de deux familles homognes, mais de groupes trs diffrents d'origine ou d'individus isols qui se succdent sans lien apparent, et ne sont mme sans doute pas tous de vrais Egyptiens; ainsi l'un d'eux s'appelle Nehasi, le ngre, et d'autres, comme Khendi et Khenzer, en juger par leurs noms, pourraient tre d'origine babylonienne. _Les Hyksos_ C'est prcisment cette poque, o l'Egypte n'tait plus suffisamment puissante pour rsister aux ennemis du dehors, que surgirent les Hyksos ou rois pasteurs, chefs de bandes ou de tribus smites, originaires sans doute de Palestine ou de Syrie, qui pntrrent dans la valle du Nil par la frontire nord-est, entre Pluse et Suez, s'tablirent et se fortifirent dans le Delta, rayonnrent de l dans tout le pays, y tablirent une autorit durable et s'arrogrent mme le titre officiel de rois d'Egypte. Cette invasion est en somme le rsultat d'une de ces pousses des peuples d'Orient vers l'Occident qui sont si frquentes dans l'histoire et qui chaque fois amenrent des perturbations considrables; celle-ci fut dtermine par la descente des Elamites en Msopotamie, qui provoqua galement le dpart d'Abraham pour la Palestine. [Illustration: _Fig. 159._ Tte d'un roi hyksos (d'apr. NAVILLE. _Bubastis_, pl. XI).] La domination des rois pasteurs dura longtemps et s'exera, suivant les monuments, plus ou moins loin vers le sud, contrebalance seulement par un petit noyau qu'on pourrait qualifier de nationaliste et qui se groupait dans la Thbade, autour des derniers rois de la XIIIme dynastie, puis des princes qui fondent la XVIIme et prparent la revanche qui doit inaugurer le Nouvel Empire. Ces trangers s'taient rapidement gyptianiss; ils avaient adopt les coutumes de leurs sujets plus civiliss qu'eux et cherchrent gouverner comme les anciens rois autochtones, mais ils ne russirent pas laisser une trace vraiment durable de leur passage au pouvoir. Nous ne connaissons aucun difice important qui puisse avoir t construit par eux, part peut-tre les murs d'enceinte en briques de leur capitale, la ville fortifie d'Avaris, l'est du Delta, et leurs noms ne nous sont parvenus que sur quelques petits objets ou sur des statues antrieures qu'ils s'taient appropries. Ils encouragrent les sciences et la littrature, ainsi que nous l'apprennent certains papyrus, mais d'un autre ct, il est bien probable que c'est aux premiers de ces rois qu'il faut attribuer le pillage systmatique des tombeaux royaux antrieurs. _XVIIe dynastie_ Enfin il s'leva une nouvelle race de princes thbains qui, d'abord vassaux des rois Hyksos, prirent en main la tche de dlivrer leur pays de la domination trangre. Leurs talents militaires, leur valeur personnelle et sans doute surtout un mouvement intense du pays entier, rvolt contre ses oppresseurs, amenrent rapidement la chute du royaume des pasteurs. Refouls de la Haute Egypte d'abord, puis du Delta mme, il ne resta bientt plus aux pharaons smites qu'un petit canton aux confins du dsert et leur retraite fortifie d'Avaris, o ils tinrent bon pendant un sicle encore. Cette priode de lutte outrance qui cota la vie certains rois thbains, morts en pleine bataille, et qui termine ce que nous avons coutume d'appeler le Moyen Empire, est une priode hroque et glorieuse et les noms de ces rois qui affranchirent leur pays du joug tranger, les Seknenra, les Kams, les Ahms, mriteraient une place d'honneur dans l'histoire, si par malheur nous n'tions si peu renseigns sur leur vie et leur oeuvre dont nous ne faisons gure qu'entrevoir les rsultats. [Illustration: _Fig. 160._ Poignard d'Apepi (Photographie Brugsch-Pacha).] Telle est, dans ses grandes lignes, l'histoire du Moyen Empire thbain, joint la domination des Hyksos; sa chronologie est difficile tablir et donne lieu encore aujourd'hui des opinions trs divergentes, car si nous connaissons presque un jour prs la dure de la XIIme dynastie, il n'en est pas de mme pour les suivantes, qui rgnrent sans doute collatralement sur diverses parties du pays. Nous avons dj vu que Manthon donne la XIIIme dynastie thbaine 453 ans et la XIVme dynastie xote, 184 ans; il range les rois Hyksos dans deux dynasties distinctes, la XVme et la XVIme, qui auraient rgn, la premire 284 ans avec ses six rois qu'on retrouve sans peine sur les monuments contemporains, les Salatis, les Bnn, les Jannias et les Apophis, et l'autre 511 ans avec 32 rois parfaitement inconnus. Enfin, toujours pour Manthon, la XVIIme dynastie, celle de la revanche, aurait eu deux sries de rois, les uns hyksos, les autres thbains, ayant occup les trnes d'Egypte pendant 151 ans jusqu' l'expulsion dfinitive des Smites. Si l'on met bout bout tous ces chiffres, on obtient pour l'intervalle qui spare la XIIme dynastie du Nouvel Empire la somme fantastique de 1.583 ans, qui parat absolument inadmissible, surtout si l'on songe que dans un pays comme l'Egypte, o presque tout se conserve, une priode aussi longue, mme trouble, nous aurait transmis des sries de documents autrement plus importantes que celles qui nous sont parvenues. D'un autre ct, une thorie rcente, trs en vogue aujourd'hui, et base sur deux dates astronomiques qu'on voudrait attribuer, l'une un roi de la XIIme dynastie, l'autre au premier souverain de la XVIIIme, rduit cet intervalle 200 ans environ. Cette thorie me parat encore plus insoutenable que la prcdente, car je ne vois pas le moyen de faire tenir dans un espace de deux sicles un nombre de 150 ou 200 rois au minimum, dont certains rgnrent, nous le savons pertinemment, 40 et mme 50 ans. La vrit est trs probablement entre ces deux thories extrmes, et je suis tent de me rattacher, au moins dans ses grandes lignes, au systme propos par un gyptologue norvgien, M. Lieblein, systme qui peut se rsumer somme suit: l'invasion hyksos a lieu la fin de la XIIme dynastie et entrane sa chute, aprs quoi une nouvelle famille thbaine, la XIIIme, prend possession du trne; pendant ce temps les chefs pasteurs, matres de la plus grande partie du pays, mais se sentant infrieurs comme civilisation et n'osant encore se mettre personnellement la tte du gouvernement, intronisent d'abord des princes autochtones qui ne sont autres que leurs cratures et leurs vassaux et qui constituent la XIVme dynastie xote. Aprs ce laps de temps, se sentant suffisamment gyptianiss, ils prennent eux-mmes les rnes du pouvoir: c'est la XVme dynastie; quant la XVIme elle n'existe pas en ralit, c'est une dynastie purement fictive, qui reprsente seulement la somme de la domination des Hyksos jusqu'au moment o ces rois furent refouls dans Avaris. La XVIIme dynastie, avec sa double srie de rois, caractrise le sicle de l'expulsion. Ainsi, puisque la XIVme et la XVme dynasties sont contemporaines de la XIIIme, et que la XVIme doit tre supprime, comme faisant double emploi, nous n'avons plus qu' additionner les chiffres que donne Manthon pour la XIVme, la XVme et la XVIIme, ce qui donne, pour toute la priode hyksos, 619 ans en tout. Il faudrait donc placer la XIIme dynastie entre 2.300 et 2.100 environ, et l'poque des rois pasteurs et de leurs comptiteurs gyptiens irait de 2100 1500 avant notre re. Je me contente de signaler ce rsultat, non comme absolument certain, mais comme assez satisfaisant. [Illustration: _Fig. 161._ Tte de la momie de Seqnenr (d'aprs ELLIOT SMITH. _Royal Mummies_, pl. II).] B. MONUMENTS Si nous voulons nous faire une ide de ce qu'tait la civilisation gyptienne sous le Moyen Empire et des progrs qu'elle avait pu raliser depuis la priode prcdente, nous nous trouvons tout d'abord, de mme qu'en ce qui concerne l'histoire proprement dite, en prsence de documents extrmement abondants appartenant la fin de la XIme et toute la XIIme dynastie, puis d'une poque singulirement silencieuse, celle des luttes intestines suscites par la prsence des Hyksos. Ce fait n'a rien que de trs naturel et nous obligera, par consquent, ne tenir compte dans ce tableau d'ensemble, que des monuments appartenant la priode de gloire du premier empire thbain, de ceux qui se rattachent aux rgnes des Amenemhat et des Senousrit, ainsi que de leurs prdcesseurs immdiats. _Architecture_ Il ne reste pour ainsi dire rien des constructions religieuses difies par les rois de la XIIme dynastie; les unes ont pu tre dtruites par les Hyksos, tandis que les autres, les plus nombreuses, ont t reprises par les rois de la XVIIIme dynastie, agrandies et si bien remanies, que dans les temples colossaux du Nouvel Empire on ne retrouve qu' grand'peine les traces du petit sanctuaire plus ancien qui en formait le noyau; seules, avec quelques bas-reliefs, les colonnes ont survcu, de belles colonnes monolithes en granit qui prsentent, peu de chose prs, les mmes caractres artistiques que celles de l'Ancien Empire, quelque ordre qu'elles appartiennent, lotiforme, palmiforme ou papyriforme. Des statues souvent colossales et des sphinx ornaient aussi ces temples; on les trouve remploys dans les constructions ultrieures et portant bien souvent non pas le nom du roi qui les fit sculpter, mais les cartouches de celui qui se les appropria aprs coup, suivant un procd qui paraissait tout naturel aux Egyptiens et que nous n'hsitons pas qualifier d'usurpation. [Illustration: _Fig. 162._ Reconstitution du monument de Mentouhotep II (d'ap. NAVILLE. _The XIe dyn. Temple at Deir el Bahari_, II, pl. XXIII).] Le grand monument qu'un des Mentouhotep de la XIme dynastie fit construire au fond du cirque de Deir-el-Bahari et qui a t dcouvert et dblay ces dernires annes par M. Naville, est un temple funraire qui n'tait pas vou au culte des dieux, aussi ne fut-il gure remani aux poques ultrieures. C'est un difice en terrasses avec rampe d'accs, adoss la montagne; des colonnades de piliers carrs entourent un massif central qui tait peut-tre surmont d'une pyramide, et derrire lequel se trouvaient les naos consacrs aux princesses royales; au fond du sanctuaire aujourd'hui dtruit, un long couloir s'enfonait dans le rocher et aboutissait une petite chambre qui contenait un grand naos d'albtre, destin probablement recevoir une statue de roi. [Illustration: _Fig. 163._ Pyramide de Senousrit III Dahchour (d'aprs J. DE MORGAN. _Fouilles Dahchour_, I, pl. XII).] Les autres souverains de la XIme dynastie n'avaient que des tombeaux de petites dimensions, assez semblables ceux des simples particuliers; les grands rois de la XIIme adoptrent le mode de spulture de leurs prdcesseurs de l'Ancien Empire, la pyramide, sans toutefois chercher difier des monuments aussi colossaux. A Licht et Dahchour, de mme qu' Hawara et Illahoun, un revtement trs soign, en calcaire et mme par places en granit, recouvre, ou plutt recouvrait, puisqu'il a en partie disparu, une maonnerie plutt dfectueuse en pierre ou en briques; les chambres funraires sont non plus dans la pyramide mme, mais une grande profondeur au-dessous de celle-ci, et les couloirs habilement dissimuls n'ont pas empch ces tombeaux d'tre entirement pills. A ct du monument royal, des caveaux taient rservs aux reines et aux princesses, caveaux d'o sont sortis les trsors inestimables qui ont t trouvs il y a quelques annes par le Service des Antiquits de l'Egypte. Du ct est s'levait la chapelle funraire, du type dj connu, avec ses vestibules, sa cour centrale, son sanctuaire et ses magasins; un grand mur encerclait le tout. Les fonctionnaires continuent se faire ensevelir ct de leur souverain, mais leurs mastabas ne sont plus comparables ceux de la priode prcdente. Ce sont de simples massifs de maonnerie de petites dimensions, orns d'une stle sur la face est; la chambre funraire se trouve immdiatement au-dessous, et on y accde par un puits for au nord du monument extrieur. [Illustration: _Fig. 164._ Faade de tombeau Beni-Hassan.] Les tombeaux des seigneurs provinciaux et des princes des nomes de la Haute Egypte sont autrement plus originaux et plus intressants pour nous, puisque certains d'entre eux, ceux de Bersheh et surtout ceux de Beni Hassan nous fournissent la plus merveilleuse srie de documents figurs concernant la vie publique et prive de l'poque. Ces monuments appartiennent la classe des hypoges ou tombeaux rupestres, comme nous en avons dj vu quelques-uns sous l'Ancien Empire; ils sont entirement creuss dans le rocher, flanc de coteau, et les colonnes qui soutiennent le plafond ne sont pas rapportes, mais mnages dans la masse mme, au cours du travail d'excavation. Ces hypoges sont prcds d'un portique largement ouvert du ct de la plaine du Nil, soutenu par deux de ces piliers droits, sans chapiteau, aux artes abattues, qu'on a pris longtemps, cause de leur ft cannel et de leur petit abaque plat, pour la forme la plus ancienne de la colonne dorique; de l le nom de colonnes protodoriques qui leur est rest. Une porte s'ouvre sur une salle carre de grandes dimensions, au plafond soutenu par quatre colonnes ou davantage, et au fond de laquelle s'ouvre une niche profonde, servant en quelque sorte de sanctuaire; un puits descend au caveau funraire. Les parois sont entirement couvertes de peintures sur enduit, plus compltes encore que les tableaux sculpts dans les mastabas. Elles retracent avec une vie et un naturel souvent admirables, les scnes les plus diverses de la vie des champs comme de celle des gens de mtier. [Illustration: _Fig. 165._ Tombeau de Beni-Hassan (d'aprs NEWBERRY. _Beni Hassan_, I, pl. IV).] [Illustration: _Fig. 166._ Masque de momie (d'aprs CHASSINAT. _Fouilles d'Assiout_, pl. XXVI).] Les personnages de moindre importance, qui ne pouvaient avoir une spulture aussi complte, se contentaient d'un simple caveau souterrain, au fond d'un puits, et arrivaient entasser dans cet troit espace tout ce qui pouvait leur tre utile pour la vie de l'au-del. L'art de la momification en tait encore peu prs au mme point qu' la priode memphite, et l'on se contentait sans doute de desscher les corps au moyen d'alun ou de natron, car de tous ceux qui nous sont parvenus, il ne reste gure que les os. Le mort ainsi prpar, on l'enveloppait d'un pais maillot de linges, de linceuls et de bandelettes; on plaait parfois sur le haut du corps un masque en cartonnage peint, et on le couchait sur le ct, la tte appuye sur un chevet, au fond d'un sarcophage rectangulaire en bois, aux parois paisses, couvertes de peintures au dehors comme au dedans, et muni d'un couvercle plat ou bomb. La dcoration extrieure consiste le plus souvent en bandes de grands hiroglyphes entre lesquelles on peignait parfois toute une ornementation architecturale montrant que le sarcophage tait considr comme une maison, donc comme l'habitation mme du mort, une maison d'un modle archaque, construite en bois avec des stores en nattes de couleur pour fermer les baies. A l'intrieur, on inscrivait de longs textes funraires analogues ceux des pyramides et destins assurer au dfunt la scurit dans le monde des enfers; au-dessus de ces textes court une large frise o sont peints les objets qui devraient en ralit figurer dans le mobilier funraire: pices de costume, coiffures, bijoux, armes, sceptres, outils, vases, meubles, toujours suivant le principe que la figuration d'un objet suffit pour remplacer l'objet lui-mme quand il s'agit d'une ombre, du double immatriel d'un homme. Il arrive aussi qu'on voie dj paratre, l'intrieur du grand sarcophage, le cercueil anthropode qui renferme la momie elle-mme et qui devient le modle courant du sarcophage au Nouvel Empire; ce type de cercueil n'est que le dveloppement normal du masque funraire habituel. [Illustration: _Fig. 167._ Momie du Moyen Empire (d'aprs CHASSINAT-PALANQUE. _Fouilles d'Assiout_, pl. XXI).] [Illustration: _Fig. 168._ Sarcophage du Moyen Empire (d'aprs PETRIE. _Gizeh and Rifeh_, pl. X.A).] [Illustration: _Fig. 169._ Intrieur d'un sarcophage (d'aprs LACAU. _Sarcoph. ant. au Nouv. Emp._, pl. XXIV).] [Illustration: _Fig. 170._ Sarcophage anthropode (d'ap. PETRIE. _Gizeh and Rifeh_, pl. X.B).] Quant au mobilier funraire proprement dit, il est en gnral modeste. Dans les tombeaux des princesses de la famille royale, on ne trouve gure que la srie des vases onguents et parfums, des sceptres et une certaine quantit de bijoux, merveilles d'art et de got, qui sont parmi les plus belles choses que l'antiquit gyptienne nous ait livres. Chez les particuliers il y a d'abord la caisse carre, absolument indispensable du sarcophage, faite sur le mme modle que lui, et contenant les quatre vases canopes, o l'on enfermait les viscres du mort, puis quelques vases grossiers ayant contenu des victuailles, enfin des imitations d'armes et des groupes de bois stuqu et peint, reprsentant des scnes de la vie familire. Ces scnes sont les mmes qu'on voit figurer ailleurs, en bas-relief ou en peinture, sur les parois des mastabas et des tombeaux rupestres, mais traites avec plus de naturel et de navet: nous y voyons reprsents des cuisiniers, des porteurs et des porteuses d'offrandes, la fabrication du pain et de la bire, et surtout des bateaux, reproduction des grandes barques de l'poque avec leur grement complet et leur quipage. Malgr leur facture souvent un peu grossire, ces petits monuments sont peut-tre l'image la plus parfaite, en tous cas la plus expressive, de la vie des anciens Egyptiens. [Illustration: _Fig. 171._ Canope du Moyen Empire (d'ap. GAUTIER-JQUIER. _Fouilles de Licht_, p. _68_).] [Illustration: _Fig. 172._ Statuette de serviteur (d'ap. le _Muse Egyptien_, I, pl. XXXVIII).] La cachette aux statues, le _serdab_, n'existe plus dans la tombe du Moyen Empire, et s'il se trouve encore dans le tombeau une statue du mort, celle-ci n'est plus que trs rarement en pierre, mais presque toujours en bois et souvent de trs petite dimension. Il y a ici videmment une volution dans les ides funraires: la notion du _ka_, du double qui pour subsister a besoin d'un support dfaut du corps lui-mme, existe toujours, mais tend se transformer; il semble qu'elle se spiritualise en quelque sorte et qu'une petite image du mort, image souvent informe, lui suffise, et cela plutt par tradition que par besoin rel. C'est ce moment qu'on voit apparatre les premires statuettes mummiformes reprsentant le dfunt, prototypes des innombrables statuettes funraires ou _oushabtis_ du Nouvel Empire. [Illustration: _Fig. 173._ Modle de barque (photographie de E. Brugsch-Pacha).] [Illustration: _Fig. 174._ Statuette en bois (d'aprs GAUTIER-JQUIER. _Fouilles de Licht_, p. _80_).] Pour les morts d'une classe moins leve, ceux qu'on ensevelissait mme le sol, on avait en certaines rgions la coutume de poser au-dessus de la tombe une petite maison en terre cuite, reproduction en miniature de l'habitation des vivants, et qui devait servir de domicile l'me: prive de ce pied--terre si sommaire, cette me et risqu d'errer sans trve l'aventure et de disparatre misrablement. [Illustration: _Fig. 175._ _Statuette funraire_ du Moyen Empire (d'apr. PETRIE. _The Labyrinth_, pl. XXX).] Les constructions civiles, palais, maisons, magasins, faites en briques et en bois, et n'ayant aucune prtention la dure, ont disparu presque partout en Egypte; nous sommes un peu plus favoriss cependant pour le Moyen Empire que pour les autres poques, puisqu'on a retrouv au Fayoum des restes importants d'agglomrations de maisons, vraies villes composes de petites habitations en briques, serres les unes contre les autres et spares par de longues rues droites; c'est l sans doute qu'habitaient des ouvriers et des employs dont les papiers, rests cachs dans le coin des chambres, sont parvenus jusqu' nous: ces prcieux documents sur papyrus contenaient des crits de toute sorte, mais surtout des lettres et des comptes. [Illustration: _Fig. 176._ Modle de maison en terre cuite (d'ap. PETRIE. _Gizeh and Rifeh_, pl. XV).] Pour ce qui est de l'architecture militaire, de hautes et massives forteresses en briques crues remplacent les simples enceintes formes d'une paisse muraille, en usage sous l'Ancien Empire. Nous avons, la frontire mridionale de la Nubie, deux bons exemples de ces constructions, qui dominent de trs haut le terrain environnant et qui devaient opposer une trs grande rsistance l'escalade et la sape. Le progrs ralis dans ce domaine est trs naturel et cela n'a rien d'tonnant, puisque la monarchie gyptienne, cette poque, a un caractre militaire trs prononc et se distingue en cela trs nettement de celle de la priode prcdente. [Illustration: _Fig. 177._ Attaque d'une forteresse (d'aprs NEWBERRY. _Beni Hasan_, II, pl. XV).] _Sculpture_ La statuaire du Moyen Empire continue suivre, presque sans s'en carter, les traditions des dynasties memphites; ses procds sont identiques, et c'est peine si nous pouvons signaler un peu plus de fini dans les parties qui taient autrefois laisses le plus souvent l'tat d'bauches, les jambes et les pieds. Ce sont toujours les mmes formes, les mmes attitudes, avec plus de dlicatesse peut-tre, mais moins de puissance; on recherche moins la ressemblance exacte, raliste, de la figure reproduire, qu'une sorte de portrait idalis qui n'a plus sans doute que les caractres gnraux de l'original: ainsi dans les dix statues de Senousrit I dcouvertes Licht, statues identiques de dimension et de matire, sorties ensemble d'un mme atelier, toutes les ttes, qui premire vue paraissent semblables, sont dans le dtail trs diffrentes les unes des autres et cependant les traits d'ensemble restent les mmes et se retrouvent aussi dans les autres statues du mme souverain. [Illustration: _Fig. 178._ Statues de Senousrit I.--Licht. (photographie de M. Pieron).] [Illustration: _Fig. 179._ Statue du roi Hor (photographie de E. Brugsch-Pacha).] Sous le Moyen Empire les statues sont beaucoup moins abondantes que sous l'Ancien, car les particuliers, quelle que ft leur position, n'en dposaient plus gure dans leur tombeau. Encore ces statues sont-elles presque uniquement en bois, les unes de grandeur naturelle, d'autres trs petites. Seuls les trs hauts personnages avaient le droit de placer dans les temples une image faite leur ressemblance; les rois par contre y dressaient souvent des statues colossales en granit, dont plusieurs sont parvenues jusqu' nous, ainsi que les sphinx, galement en granit, qui bordaient les avenues de ces temples, sphinx dont la tte tait toujours un portrait plus ou moins fidle du roi rgnant. D'autres statues, moins grandes, ornaient les parties apparentes des tombeaux royaux et parfois mme on dposait une statue du _ka_ ou du double dans le caveau funraire, prs du sarcophage, comme dans les tombeaux des simples particuliers. Telle la statue de bois du jeune roi Hor Aouabra, qui fut probablement co-rgent de son pre Amenemhat III, monument dlicieux de travail, d'expression et de sentiment, qui restera un des joyaux de l'art gyptien. Il n'y a pas non plus de grandes modifications signaler dans la manire de traiter le bas-relief; un dessin ferme et pur, un relief peu marqu, un model trs dlicat, souvent peine perceptible, sont les caractres gnraux de cette branche de la sculpture qui, comme la statuaire, est toujours empreinte d'une grande distinction et d'une remarquable noblesse d'allure. _Peinture_ Nous avons vu, en parlant de l'Ancien Empire, que toute sculpture devait tre peinte, au moins en principe. La simple peinture sur enduit, qui ne se distinguait pas premire vue du bas-relief polychrome, tait soumise aux mmes lois que ce dernier quant la disposition gnrale et la composition, mais constituait un moyen d'expression singulirement plus rapide et conomique. Pour les peintres du Moyen Empire, le souci de la perfection artistique ne passe qu'en seconde ligne: ils donnent libre cours leur fantaisie, toujours maintenue, il est vrai, par une certaine routine, dans le mme procd d'excution, et ils s'appliquent avant tout rendre aussi vivant que possible le sujet qu'ils ont traiter. [Illustration: _Fig. 180._ Bas-relief de Koptos (d'aprs PETRIE. _Koptos_, pl. IX).] _Arts industriels_ La cramique ne prsente aucun caractre spcial; de plus en plus les vases en terre sont rservs aux usages vulgaires, et leur facture est gnralement peu soigne. Par contre les nombreux petits vases en pierre dure qu'on continue fabriquer et qui sont destins contenir des parfums ou des onguents sont d'un travail extrmement remarquable. Les matires les plus prcieuses sont employes pour cela: l'obsidienne, le lapis-lazuli et la cornaline, aussi bien que l'albtre, qui continue tre d'un usage courant. L'usage des vases de bronze persiste aussi, comme par le pass. [Illustration: _Fig. 181 et 182._ Vases en cornaline et lapis-lazuli (d'ap. DE MORGAN. _Fouilles Dahchour_, I, pl. XXV).] [Illustration: _Fig. 183._ Pectoral de Senousrit II (d'aprs DE MORGAN. _Fouilles Dahchour_, I, pl. XVI).] Dans la bijouterie et la joaillerie, les orfvres de la XIIme dynastie sont arrivs un degr de perfection qui ne sera plus dpass et qui fait encore l'admiration de tous les spcialistes; ils taillent et calibrent les pierres avec la plus grande prcision, fondent et cislent les mtaux, emploient le filigrane. Mais leur triomphe incontestable est le bijou cisel, ajour et champlev, avec incrustations de pierres telles que le lapis, la turquoise et la cornaline. La composition du bijou est toujours digne de son excution, qu'il s'agisse d'un minuscule hiroglyphe servant d'lment de collier, d'un pectoral pouvant tre considr comme un vrai bas-relief historique en miniature, d'une garde de poignard ou d'un diadme reprsentant une couronne de fleurs naturelles. [Illustration: _Fig. 184._ Couronne en or (d'apr. DE MORGAN. _Dahchour_, II, pl. IX).] C. CIVILISATION _Royaut_ La premire monarchie thbaine a un caractre trs diffrent de celui des dynasties memphites, qui tait, comme nous l'avons vu, essentiellement pacifique; de simples nomarques qu'ils taient, les princes de Thbes avaient acquis le pouvoir suprme au prix de longues luttes. Il tait donc bien naturel qu'ils continuassent faire de l'arme leur principal soutien et que, pour ne pas la laisser inactive, ils l'employassent pacifier les contres avoisinantes et tendre les frontires de l'Egypte. Les rois de la XIIme dynastie ne sont pas, proprement parler, des conqurants, mais des souverains dont le but est d'assurer le tranquille dveloppement de leur pays en tenant en respect leurs voisins, nomades plus ou moins sauvages et toujours disposs faire des incursions dans la riche valle du Nil, et en crant sur le point le plus facilement accessible, le sud, une marche bien fortifie. Sitt que cette activit militaire se ralentit, comme cela semble avoir t le cas sous Amenemhat III et ses successeurs, les barbares, qui sont ici les Hyksos, fondent sur le pays et le soumettent, en partie du moins. Il faudra de longs sicles aux vrais Egyptiens pour les chasser et reprendre le pouvoir, et ce nouvel apprentissage de la guerre sera cause de l'avnement des grands conqurants de la XVIIIme dynastie. [Illustration: _Fig. 185._ Groupes de soldats d'un prince de Siout (d'aprs MASPERO. _Muse Egyptien_, I, pl. XXXIII).] Pour assurer la transmission rgulire des pouvoirs royaux de pre en fils et viter les comptitions possibles, Amenemhat I, dans les dernires annes de son rgne, associa au trne son fils Senousrit I qui fut charg de diriger l'arme et les expditions en dehors de l'Egypte, tandis que le vieux souverain continuait s'occuper de la politique intrieure. Tous les rois de la XIIme dynastie suivirent cet exemple et prirent un moment donn leur hritier prsomptif comme co-rgent. _Gouvernement_ Le systme fodal ne disparut pas ds l'avnement de la XIIme dynastie; les princes des nomes, reconnaissant l'autorit suprieure et la suzerainet du roi, continurent administrer comme auparavant leur province, sur laquelle ils avaient des droits trs tendus: le peuple des campagnes, fellahs ou paysans, fournissait les soldats et pouvait tre rquisitionn pour toutes sortes de corves, spcialement pour les gros transports et les constructions; de lourdes redevances pesaient sur eux, aussi bien sur les paysans soi-disant libres, que sur les serfs et les tenanciers des domaines princiers. Les habitants des villes jouissaient d'une plus grande libert, tout en tant aussi sous l'autorit directe du nomarque; dans ces cits se groupaient les artisans, les scribes et les fonctionnaires de toute sorte, tous gens d'une classe trs suprieure au menu peuple des campagnes. Une lgion d'employs, inspecteurs, percepteurs, chacun ayant sa charge nettement dlimite, veillait au bon fonctionnement de ces petits tats, dont le prince payait au roi une redevance rgulire et lui fournissait des troupes exerces, sur une simple rquisition; il avait sans doute ses cts un reprsentant du souverain. Quant au pouvoir judiciaire, il tait presque entirement entre les mains du pouvoir central. Cependant cet ordre de choses ne devait pas durer et la centralisation s'oprait peu peu. Vers la fin de la dynastie, les nomarques disparaissent ou tout au moins leur rle est si effac qu'on ne les voit plus paratre. Par contre le nombre des fonctionnaires royaux augmente considrablement; ce sont eux maintenant qui sont chargs non seulement de la justice, mais de toute l'administration civile et militaire, qui peroivent les redevances, tiennent constamment jour les registres de la population, du btail et du cadastre, institution ncessaire dans un pays comme l'Egypte, soumis aux empitements d'un fleuve dont le cours n'est pas encore dfinitivement fix. _Relations extrieures_ Nous avons vu la conqute de la Nubie, l'occupation des Oasis, la pacification des contres dsertiques bordant l'Egypte et les campagnes en Syrie; toutes ces oprations, qui furent la proccupation constante des rois de la XIIme dynastie, avaient eu pour rsultat le dveloppement du commerce, favoris par la tranquillit et la scurit rgnant aux abords de l'Egypte. Les produits du Soudan et de la Syrie arrivent donc dans la valle du Nil, par caravanes, plus facilement que jamais; de plus, les expditions au pays de Pount, au pays des Somalis, d'o l'on tirait l'encens, l'ivoire et d'autres objets prcieux, paraissent tre devenues plus frquentes, tant par eau, le long des ctes de la Mer Rouge, que par la voie de terre, par le Soudan et l'Abyssinie. Il en est de mme pour les relations avec les les grecques: la poterie dite de Kamars, qui provient certainement de ces rgions se retrouve parfois dans des tombes de la XIIme dynastie, et rciproquement on rencontre souvent en Crte, en Grce et jusqu'en Etrurie des objets appartenant au premier empire thbain. [Illustration: _Fig. 186._ Nomades smites (d'aprs NEWBERRY, _Beni Hasan_, I, pl. XXXI).] Les marchandises importes en Egypte taient surtout des matires premires, et tout particulirement les mtaux, comme par le pass; en change, les Egyptiens livraient leurs voisins toute sorte d'objets ouvrs, et aussi du grain. Nous savons par les rcits bibliques que la valle du Nil tait un peu le grenier du monde oriental, et que dans les annes de disette ce n'tait gure que l qu'on pouvait aller s'approvisionner. C'est en effet sous le Moyen Empire que durent vivre les patriarches qui, aprs avoir men la vie des nomades en Palestine, finirent par se fixer dans un petit district du Delta. Abraham dut venir en Egypte pendant le rgne de la XIIme dynastie, et c'est presque un tableau de son arrive avec sa famille et ses serviteurs, que cette peinture clbre de Beni Hassan, o l'on voit des fonctionnaires gyptiens amener leur prince une tribu de nomades smites, avec leurs lourds costumes bariols, leurs bestiaux, leurs armes et leurs bagages et apportant avec eux de l'antimoine et d'autres produits qu'ils cherchent sans doute changer. L'arrive de Joseph en Egypte, son lvation aux plus hautes dignits et l'installation de sa famille au pays de Goshen ou Kesem, dans les environs de la ville fortifie d'Avaris, doivent se placer sous un des rois hyksos, nous ne pouvons savoir au juste lequel. Les noms gyptiens que donne le texte hbreu peuvent tre rapprochs de certains noms qui taient en effet employs sous le Moyen Empire et ne sont pas sans doute, comme on l'a cru pendant longtemps, la transcription de noms sates, ce qui forcerait reporter la composition mme du rcit biblique une trs basse poque. Toute cette srie de rcits constitue pour nous un prcieux document pour la connaissance des relations entre les Egyptiens et leurs voisins. _Vie prive_ Il n'y a pas lieu de revenir sur l'organisation de la famille, pas plus que sur les conditions de la vie prive qui continuent tre les mmes, peu de chose prs, que sous l'Ancien Empire. La nourriture aussi est la mme, ainsi que la manire de manger, et on attache toujours autant d'importance aux soins de propret. Une petite diffrence se remarque dans le costume des hommes, car si les gens du peuple continuent porter le petit pagne court, celui des personnages de qualit s'allonge et forme une sorte de jupon plus ou moins ample, descendant jusqu'aux mollets ou mme jusqu'aux chevilles; le grand manteau est d'un usage frquent, comme si le climat s'tait refroidi, ce qui est du reste peu probable. Nous connaissons les villes o habitaient les ouvriers et qui ont t retrouves au Fayoum, avec leurs petites maisons serres les unes contre les autres, avec leurs troites rues droites; nous avons aussi des modles en terre cuite des maisons o vivaient les gens d'une classe un peu suprieure: une cour entoure d'un mur, au milieu de laquelle se trouvait un tang, prcdait l'habitation, qui tait elle-mme de dimensions assez restreintes; un pristyle colonnes s'ouvrait largement sur la cour, et les chambres se trouvaient au fond, derrire cette galerie. L'escalier extrieur montait la terrasse o aboutissaient les grandes bouches air destines la ventilation des appartements et sur laquelle parfois de petites chambres taient construites (fig. 176). Il ne nous est rest aucune trace des palais royaux ni de ceux des grands seigneurs. _Chasse et pche_ Les procds de pche et de chasse, de mme que les engins employs, sont les mmes que sous l'Ancien Empire: le filet, la ligne et le harpon pour la pche, le lasso, l'arc, le boumerang, le filet et le pige simple pour la chasse. Il faut cependant signaler le fait que les grands seigneurs se constituaient des rserves de gros gibier, de vrais parcs de chasse enclos de palissades et de treillages, o ils pouvaient leur gr et sans avoir la difficult d'aller les chercher au loin dans le dsert, abattre coups de flches les boeufs sauvages, les lions, les antilopes ou les autruches. [Illustration: _Fig. 187._ Parc de chasse (d'apr. NEWBERRY. _El Bersheh_, I, pl. VII).] _Agriculture et levage_ L'agriculture tant une des principales ressources du pays, est toujours l'objet d'une attention spciale de la part du gouvernement; la quantit des terrains cultivables augmente aux dpens des pturages, grce une mthode d'irrigation toujours en voie de dveloppement. Nous ne savons pas quels canaux furent creuss cette poque, mais nous voyons des rois comme Amenemhat III entreprendre des travaux considrables tels que le lac Moeris qui tait trs vraisemblablement destin, ainsi que l'affirment les Grecs, rgulariser les irrigations dans la partie la plus fertile du pays. Le mme souverain fit tablir un nilomtre sur les rochers de la deuxime cataracte, l'extrme frontire de ses tats, pour surveiller l'inondation et en prvoir d'avance les consquences pour l'Egypte. Grce tous ces efforts et bien que l'outillage ne se ft gure amlior, le rendement des terres augmentait dans de grandes proportions et l'Egypte devenait le plus grand magasin de grain de l'Orient. L'levage tend diminuer, et l'on ne trouve plus gure que dans certains cantons o le sol est moins fertile qu'ailleurs et moins apte la culture, les immenses troupeaux de btail demi sauvage. Il tait rserv aux Hyksos d'introduire dans la faune domestique du pays un nouvel animal, le cheval, innovation qui devait, comme nous le verrons, avoir les consquences les plus importantes pour l'Egypte. [Illustration: _Fig. 188._ Barque voile carre (VIe dyn.) (d'aprs JQUIER. _Bull. de l'Institut fran. du Caire_, IX, pl. III).] _Navigation_ L'augmentation des produits du sol devait ncessairement amener le dveloppement du commerce intrieur et, partant, de la navigation fluviale, qui tait aussi l'objet de la sollicitude du gouvernement, puisque nous voyons un des rois faire excuter de grands travaux pour rendre navigable la premire cataracte en y creusant un chenal suffisamment profond. Les bateaux employs d'ordinaire sont les grandes barques pontes voile carre, dont le modle date de la fin de l'Ancien Empire. Quant la navigation sur la Mditerrane et la mer Rouge, les documents que nous possdons sont insuffisants pour pouvoir en faire une tude srieuse, au moins en ce qui concerne le Moyen Empire. Il est cependant probable qu'on employait pour cela des bateaux plus grands et plus forts, mais du mme modle que ceux du Nil. _Industrie_ Les scnes figures, en bois stuqu, dposes au fond des caveaux funraires, de mme que les tableaux peints dans les tombes, nous montrent que, comme sous l'Ancien Empire, la population de l'Egypte ne s'adonnait pas exclusivement l'agriculture, mais que l'industrie y tait aussi en honneur. Les procds employs sont toujours peu prs les mmes procds simples tels qu'on les retrouve chez tous les peuples jeunes, o l'on ne se livre pas la grande industrie et o l'on ne fabrique les objets qu'au fur et mesure des besoins. [Illustration: _Fig. 189._ Menuisiers (d'ap. QUIBELL. _Excavations at Saqqarah_, II, pl. XVII).] On remarque entre autres de nombreuses reprsentations de la fabrication des toffes: dans le gynce mme des grands seigneurs, des femmes sont occupes filer le lin tandis que d'autres se livrent au tissage; les mtiers employs par ces femmes sont de formes diverses, suivant le genre d'toffes qu'elles doivent faire, et ces mtiers, d'un mcanisme simple et pratique, leur permettaient de tisser des toiles d'une finesse et d'une rgularit remarquables, qu'on a retrouves en grande quantit dans les tombeaux. [Illustration: _Fig. 190._ Femmes filant et tissant (d'aprs NEWBERRY. _Beni Hasan_, II, pl. IX).] _Littrature_ De l'Ancien Empire, il ne nous est parvenu aucune oeuvre qu'on puisse qualifier de littraire: les textes des pyramides sont de nature purement religieuse et magique, et les inscriptions tombales comme les biographies sont des rcits trs simples qui ne tmoignent d'aucune recherche de style ou de composition. L'poque suivante nous a, par contre, fourni une longue srie d'ouvrages qui, s'ils ne sont pas trs tendus, ont du moins un caractre littraire trs marqu. Ces crits sont de toute sorte, de vrais pomes comme le chant du harpiste ou le dialogue d'un dsespr avec son me, des contes comme l'histoire de Sinouhit et celle du roi Khops et des magiciens, des morceaux d'loquence comme la plaidoirie du paysan, des traits de morale comme les prceptes de Kaqemna et de Ptahhotep. A ct de cela on trouve encore de nombreux livres religieux ou magiques, des livres de mdecine et des traits scientifiques. Tous ces ouvrages sont composs dans une langue trs belle et trs pure, encore exempte de tout lment tranger, avec une recherche de style marque, des phrases simples et claires dans lesquelles on voit que les scribes gyptiens affectionnaient l'allitration et le jeu de mots, tout en employant toujours le mot propre. Ces papyrus, qui nous sont parvenus en trs bon tat de conservation, ne constituent pas un des moindres titres de gloire du Moyen Empire et c'est avec raison qu'on a pu dire de cette priode qu'elle est l'poque classique de la littrature gyptienne. [Illustration: _Fig. 191._ Une page du papyrus Prisse (d'aprs JQUIER. _Le papyrus Prisse et ses variantes_, pl. V).] [Illustration: _Fig. 192._ Bijou de la XIIe dyn. (d'ap. DE MORGAN. _Fouilles Dahchour_, I, pl. XX).] [Illustration: _Fig. 193._ Panneau du char triomphal de Thoutms IV (d'aprs CARTER-NEWBERRY. _Tomb of Thoutmosis IV_, pl. X).] CHAPITRE VII NOUVEL EMPIRE (1500 332 avant J.-C.) A. HISTOIRE La prise de la forteresse d'Avaris, le dernier retranchement des rois hyksos dans le Delta, et l'expulsion dfinitive des souverains smites marque la date la plus importante peut-tre de toute l'histoire d'Egypte. Le grand mouvement national, aprs des sicles de luttes striles, avait enfin trouv dans les princes de la XVIIme dynastie des chefs capables de le mener bien; leur triomphe inaugure une re de gloire et de puissance telle que l'Egypte n'en avait jamais connu auparavant, et qui est l'apoge de l'empire pharaonique. Cette date, plusieurs historiens l'indiquent avec prcision, mais leurs donnes sont loin de s'accorder, aussi me parat-il plus prudent de donner ici encore des chiffres approximatifs et de placer l'expulsion des Hyksos et le dbut de la XVIIIme dynastie aux environs de l'an 1500. _XIIIe dynastie_ Il n'y a aucune solution de continuit, pas mme un changement de famille rgnante, entre la XVIIme et la XVIIIme dynastie; seule l'expulsion des Hyksos en marque la sparation, et le roi qui russit parachever la libration du sol gyptien, Ahms, est en mme temps le dernier souverain de la XVIIme et le premier de la XVIIIme. Les fragments de Manthon qui indiquent comme composant cette dernire dynastie 15 rois ayant rgn 259 ans en tout, non compris Ahms, considr ici comme appartenant au groupe prcdent, contiennent diverses confusions dans les noms de rois; plusieurs de ces souverains sont ddoubls tandis que d'autres sont runis sous un seul nom, mais les chiffres que donne Manthon correspondent assez bien aux indications des monuments et leur total peut tre considr comme conforme la ralit. La XVIIIme dynastie se placerait donc, approximativement, et avec un cart possible de 50 ans au plus, entre 1500 et 1200 avant J.-C. Ahms ne se borna pas chasser les Hyksos d'Egypte; il les poursuivit jusque dans la Syrie mridionale et leur infligea une nouvelle dfaite en s'emparant de la ville dans laquelle ils s'taient rfugis, et sans doute les extermina dfinitivement, car ils ne reparaissent plus dans l'histoire. [Illustration: _Fig. 194._ Amnophis I.--Turin (d'ap. PETRIE. _Photographs_, No _75_).] L'empire une fois reconquis, il s'agissait de le rorganiser, car les proccupations militaires avaient sans doute absorb, pendant le sicle qui venait de s'couler, toute l'activit des rois nationaux. Ce fut la tche du fils et successeur d'Ahms, Amnophis I, qui s'en acquitta, pendant son court rgne de 13 ans, la satisfaction universelle, puisque aprs sa mort il fut divinis non seulement de faon officielle, comme tous les rois, mais par le peuple mme de sa capitale: lui et sa femme Ahms Nofritari sont considrs comme les patrons de la ncropole thbaine pendant tout le dbut du Nouvel Empire. Autant que nous pouvons en juger, ses successeurs continurent son oeuvre et mirent tous leurs soins augmenter le bien-tre du pays. Pendant ces longues luttes, l'Egypte tait devenue une vraie puissance militaire; elle possdait une arme bien exerce qu'on ne pouvait laisser dans l'inaction. Cette arme n'tait plus tout fait la mme que jadis, elle possdait un lment nouveau, la charrerie, et les Egyptiens avaient rapidement perfectionn cette arme, dont ils devaient la connaissance aux rois hyksos, et qui tait dj depuis longtemps en usage chez les Syriens. Les soldats qui montaient ces chars attels de deux chevaux combattaient de loin avec leurs flches et leurs javelines, et le choc de leurs escadrons compacts pouvait dcider du sort des batailles. L'infanterie tait aussi mieux arme, le mtal ayant partout remplac le silex des anciens temps, et beaucoup de soldats n'taient plus moiti nus comme autrefois, mais vtus de cottes capitonnes et de bonnets rembourrs qui les prservaient dans une certaine mesure. [Illustration: _Fig. 195._ Tte de la momie de Thoutms I (d'ap. ELLIOT-SMITH. _Royal Mummies_, pl. XXII).] Amnophis I avait dj employ son arme pour de petites expditions de frontires contre les Libyens et les ngres, mais ce fut son fils Thoutms I qui inaugura l're des grandes conqutes; il envahit la Syrie et la soumit en grande partie, jusqu' l'Euphrate, o il posa des stles-frontires, puis il poussa avec ses armes trs loin dans le Soudan, sans ngliger pour cela d'entreprendre dans l'Egypte mme des travaux importants. A sa mort, aprs une vingtaine d'annes de rgne, il ne laissait pour lui succder qu'un fils n d'une femme qui n'tait pas de souche royale, Thoutms II, qui pour lgitimer en quelque sorte son accession au trne, dut pouser sa demi-soeur Hatshepsou, en qui coulait un sang plus pur. Il continua l'oeuvre de son pre, mais n'eut qu'un rgne trs court. Aprs lui la couronne revenait son trs jeune fils Thoutms III, n aussi d'une femme de race non royale; sa tante Hatshepsou profita de sa minorit pour s'emparer de la rgence, rgna d'abord en son nom et ct de lui, puis le relgua dans l'ombre et s'arrogea le titre de roi d'Egypte. Sauf une grande expdition maritime au pays de Pount, expdition qui a du reste un caractre nettement commercial et politique et aucunement militaire, Hatshepsou concentra toute son activit sur l'Egypte elle-mme, qu'elle administra sagement, avec le concours de ministres d'une relle valeur, s'appliquant faire disparatre les dernires traces du nfaste passage des rois hyksos. Elle restaura des temples et en construisit d'autres, comme celui de Deir el Bahari, qui tait consacr son culte funraire et qui, tant une des oeuvres artistiques les plus remarquables de la dynastie, perptue, aussi bien que le grand oblisque de Karnak, le souvenir de cette reine qui sut mener bien l'oeuvre intrieure des rois ses prdcesseurs, la rorganisation du pays. [Illustration: _Fig. 196._ Thoutms III (d'apr. LEGRAIN. _Statues et statuettes_, I, pl. XXX).] Thoutms III tant arriv l'ge de raison, la rgente, le roi Hatshepsou, comme elle s'appelait elle-mme, lui fit pouser sa propre fille, mais sans lui laisser pour cela la place laquelle il aurait eu droit; il tait donc assez naturel qu'il conut envers elle des sentiments de rancune et que plus tard, quand il fut enfin matre du pouvoir, il chercht diminuer ou mme faire disparatre le souvenir de son illustre tante. Ce fait trs simple a fait natre de longues contestations parmi les gyptologues au sujet de l'ordre de succession des premiers rois de la XVIIIme dynastie, et aujourd'hui les discussions sur ce point n'ont pas encore cess. Aprs 22 ans pendant lesquels Hatshepsou avait assum les charges et les bnfices du pouvoir, Thoutms III devait encore rgner seul pendant 48 ans; c'est non seulement un des plus longs rgnes qu'enregistre l'histoire d'Egypte, c'est encore le plus glorieux. Profitant de quelques annes o le joug gyptien avait pes sur eux avec moins de force, les princes syriens avaient sans doute reconquis en partie leur indpendance; aussitt sur le trne, Thoutms prit en personne le commandement de son arme, envahit la Palestine et la Syrie et commena par une srie de victoires cette suite de campagnes qui durent recommencer chaque printemps, pendant prs de vingt ans, jusqu'au moment o l'autorit du pharaon fut tablie de faon absolument effective sur l'Asie antrieure jusqu' l'Euphrate tout au moins. Les fils des princes, emmens comme otages, taient une garantie de la fidlit de leurs pres et de la rentre rgulire des tributs; du ct de la Nubie il ne parat pas y avoir eu de difficults et les peuplades ngres payaient rgulirement leurs redevances; Chypre, les les grecques et le pays de Pount envoyaient aussi leurs produits, peut-tre pour faire acte de vassalit, comme le disent les Egyptiens, mais plus probablement pour en faire le commerce et obtenir des changes. Jamais l'Egypte n'avait t si puissante et si florissante; Thoutms III puisa largement ce trsor qui se renouvelait sans cesse et s'en servit pour entreprendre des constructions importantes sur tous les points de ses tats, depuis le fond du Soudan et les Oasis jusqu'aux confins de la Syrie, mais surtout dans sa capitale, Thbes, qu'il tint honneur d'embellir et de dvelopper. C'est dans le temple d'Amon Karnak, entre autres, considrablement agrandi par lui, qu'il grava le rcit de toutes ses campagnes, cette source si prcieuse pour l'histoire, en mme temps que l'image de la plupart de ses anctres. Toute la fin de son rgne fut consacre l'accomplissement de ces travaux pacifiques. [Illustration: _Fig. 197._ Tte de la momie de Thoutms IV (d'aprs ELLIOT-SMITH. _Royal Mummies_, pl. XXIX).] Amnophis II, son fils, puis Thoutms IV, son petit-fils, lui succdrent sans galer sa gloire; leurs rgnes, de peu de dure, n'offrent aucun vnement mmorable: quelques expditions en Syrie pour rprimer des rvoltes locales et introniser de nouveaux vassaux, ainsi que des constructions de peu d'importance, compares celles de leur illustre pre et aeul. [Illustration: _Fig. 198._ Sphinx d'Amnophis III (d'aprs LEGRAIN. _Statues et statuettes_, I, pl. LIII).] C'est encore une grande figure que celle d'Amnophis III, fils de Thoutms IV, qui rgna 37 ans, fut un habile diplomate, un politique et un organisateur de grand talent, en mme temps qu'un constructeur infatigable, un guerrier et un chasseur ne redoutant aucun danger. Il n'tendit pas les conqutes de ses anctres, mais sut maintenir ses vassaux dans l'obissance et il ne semble pas qu'il y ait eu de son temps la moindre tentative de rvolte. Les gouverneurs locaux, qui sont en gnral des indignes, envoient la cour leurs rapports rguliers, et les rois voisins de l'Assyrie, de Babylone et de Mitanni cherchent entrer en faveur auprs du puissant pharaon, ainsi qu'en tmoignent les fameuses tablettes de Tell el Amarna, les archives de la politique trangre cette poque. Les constructions monumentales deviennent de plus en plus nombreuses, et les plus beaux temples d'Egypte datent presque tous de ce rgne, qui, au point de vue artistique, a une importance capitale. Dans son oeuvre si complexe, Amnophis III tait admirablement second par son ministre, un homme qui mrita d'tre plus tard divinis, Amenophis fils de Paapis. _Les rois hrtiques_ Le personnage le plus nigmatique de toute l'histoire d'Egypte est le fils et successeur de ce grand roi, celui qui commena par porter le nom d'Amnophis IV; sa mre, la reine Thii, une Egyptienne de basse ou tout au moins de moyenne naissance, avait dj russi prendre la cour de son mari une place trs importante et tout fait inaccoutume, et nous devons sans doute attribuer son influence la rforme religieuse qui caractrise ce rgne et qui devait amener une perturbation profonde dans toute l'Egypte et le dclin rapide de cette glorieuse dynastie. La principale cause de cette rvolution profonde bien qu'phmre, tait la raison politique: le clerg d'Amon, dieu de Thbes, bien plus favoris par les grands conqurants que ceux des autres sanctuaires du pays, tait devenu singulirement fort, et sa puissance pouvait contre-balancer celle des rois, ce qui arriva du reste quelques sicles plus tard. Dsireux de se dbarrasser du pouvoir de plus en plus menaant des grands prtres d'Amon, et obissant peut-tre aussi une certaine tendance mystique de son caractre, Amnophis IV imagina un moyen radical: il supprima purement et simplement le dieu de ses pres, devenu gnant. Dtruire les immenses sanctuaires construits par ses anctres et t au-dessus de ses forces, aussi se contenta-t-il de les fermer, d'en chasser les prtres, et de faire marteler le nom d'Amon dans toutes les inscriptions, ft-ce mme dans le cartouche de son pre ou dans le sien propre. Puis il abandonna Thbes avec toute sa cour, et fonda dans la Moyenne Egypte une ville nouvelle, sous les auspices du nouveau dieu qu'il venait d'inventer et qui devait remplacer tous les dieux d'Egypte, Aten, le disque solaire, ou plutt le dieu tout-puissant qui se manifeste par l'intermdiaire du soleil. Ce monothisme en mme temps teint mysticisme et de matrialisme correspondait trop peu aux ides gyptiennes du temps pour pouvoir durer, mais il offre un intrt tout particulier, puisque nous n'avons dans toute l'antiquit classique et orientale, aucun autre exemple d'une rforme religieuse analogue. L'ide premire de ce culte n'est cependant pas absolument originale mais drive du culte d'un des plus anciens dieux gyptiens, R d'Hliopolis, le Soleil; il y a donc probablement aussi dans la rforme d'Amnophis IV, une raction des anciens dieux, ou tout au moins de leur sacerdoce, contre le nouveau venu qui les avait supplants tous, Amon le dieu de Thbes et des dynasties thbaines. [Illustration: _Fig. 199._ Buste de Khounaten (d'aprs BNDITE. _Monum. Piot_, XIII, pl. I).] [Illustration: _Fig. 200._ Adoration d'Aten. Tell el Amarna (d'apr. une photographie de l'auteur).] En mme temps qu'il changeait de religion, le roi prenait un nouveau nom, Khounaten, la splendeur du disque solaire. Sa nouvelle capitale de Khout-aten, l'horizon du disque, avec ses grands palais, son temple d'Aten, ses villas dont on a retrouv les ruines, devait avoir un aspect tout particulier, grce la nouvelle tendance artistique qui se manifestait chez les sculpteurs et les peintres et qui tait due sans doute l'inspiration du roi lui-mme, ragissant jusque dans ce domaine contre les habitudes et la routine. Les artistes gyptiens de l'poque cherchent faire disparatre de leurs oeuvres cette sorte de raideur et de solennit qui de nos jours inspire encore premire vue, ceux qui ne sont pas initis l'art gyptien, un sentiment d'tonnement et mme de rpulsion; ils serrent de plus prs la nature dans la ligne comme dans le mouvement, et dans leur inexprience de ce nouveau mode d'expression, ils en arrivent parfois des exagrations qui produisent une impression trange. Ainsi la figure mme du roi est reprsente avec le crne dmesurment long, le nez et le menton prominents, le cou mince, la poitrine troite, le ventre et les cuisses normes; les membres de sa famille, les courtisans eux-mmes imitent dans leurs portraits ces formes tranges et on pourrait croire, voir ce type nouveau si rpandu, que toute la population de l'Egypte s'est modifie d'un jour l'autre. Il y a ct de cela des scnes si parfaites de sentiment et d'intimit, des dcorations peintes d'une varit si merveilleuse, que nous sommes obligs de reconnatre dans ces reprsentants d'un art nouveau des artistes qui sont au moins gaux, peut-tre mme suprieurs leurs devanciers. [Illustration: _Fig. 201._ Peinture de Tell el Amarna (d'ap. PETRIE. _Tell-el-Amarna_, pl. I).] [Illustration: _Fig. 202._ Tablette de Tell el Amarna (d'apr. SCHEIL. _Bulletin de l'Inst. franais du Caire_, II, pl. VIII).] L'intimit, ou tout au moins l'apparence d'intimit qui rgne entre les membres de la famille royale est une des choses qui contribuent peut-tre le plus nous donner de la sympathie pour cet trange souverain qui prenait en tout le contre-pied de ses devanciers. Qu'il sorte en voiture, la reine et les six princesses l'escortent; qu'il reoive des ambassadeurs trangers, qu'il distribue des rcompenses ses sujets, qu'il officie dans le temple d'Aten, toujours sa femme et ses filles se tiennent ct de lui, le caressant ou l'enlaant tendrement. [Illustration: _Fig. 203._ Toutankhamon (d'ap. LEGRAIN. _Statues et statuettes_, I, pl. LVII).] Trs occup par cette transformation radicale du pays, suivant ses doctrines et ses thories nouvelles, Khounaten n'eut pas le loisir de surveiller activement ses possessions asiatiques; il et fallu y envoyer frquemment des expditions armes pour contenir les lments toujours plus ou moins en effervescence de ces populations auxquelles on avait laiss une autonomie presque complte, et c'est justement ce qui ne fut pas fait. Dans les lettres des gouverneurs de ces pays, qui se trouvent parmi les tablettes de Tell el Amarna, nous voyons sans cesse des demandes de secours contre les insurgs qui deviennent de jour en jour plus forts, et les rois trangers parlent Khounaten sur un ton moins humble et moins respectueux que dix ans plus tt, son pre. Le lien se relchait peu peu, l'empire si puissamment organis commenait s'effriter, par suite du caprice d'un homme qui se croyait sans doute un gnie, mais qui n'avait pas compris qu'une transformation intgrale comme la sienne serait fatalement prjudiciable au pays. [Illustration: _Fig. 204._ Horemheb (d'apr. LEGRAIN. _Statues et statuettes_, I, pl. LX).] Nous ne savons pas exactement combien de temps rgna Khounaten, mais sa rforme ne lui survcut que peu d'annes; ses deux successeurs immdiats, qui taient ses gendres, commencrent par suivre la mme voie que lui, puis le second d'entre eux, auquel une dcouverte retentissante vient de donner une renomme mondiale, fut forc d'en revenir la tradition sculaire de l'Egypte, rouvrit les sanctuaires de Thbes et changea son nom de Toutankhaten en celui de Toutankhamon. Aucun fait saillant n'illustra ces rgnes, pas plus que celui d'A qui vint ensuite. La grande tche de la rorganisation devait incomber un autre, un homme qui occupait depuis longtemps une haute position dans le pays, qui devait appartenir de prs ou de loin la famille royale, et qui monta sur le trne sous le nom d'Horemheb. Il fit des expditions en Nubie pour rtablir dans les pays du sud le prestige de l'Egypte, fit des constructions en maints endroits et embellit les sanctuaires dserts pendant un temps, mais surtout il rtablit en tous points l'ancien ordre de choses et promulgua une srie de lois pour rprimer la violence et l'arbitraire, et assurer la protection des faibles. C'est avec cette noble figure que se termine la XVIIIme dynastie. _XIXe dynastie_ Le successeur d'Horemheb, Ramss I, un ancien grand vizir qui n'tait sans doute pas apparent la famille royale, ne fit qu'une trs courte apparition sur le trne, vers 1250 probablement. Son fils Sti I est tous les points de vue un des plus grands parmi les pharaons. Il consacra toutes les premires annes d'un rgne dont nous ignorons la longueur, et qui dura peut-tre un demi-sicle, reprendre les colonies asiatiques que possdait l'Egypte avant la crise des rois hrtiques. Horemheb avait dj rtabli son autorit sur la Nubie, et il lui suffit d'une trs brve campagne dans ce pays pour bien marquer sa puissance, puis il se jeta avec toutes ses forces sur la Syrie, qu'il traversa triomphalement du sud au nord, crasant plusieurs reprises les indignes qui avaient repris leur indpendance, et il atteignit les confins du pays des Hittites en Asie Mineure et des royaumes de Babylonie et d'Assyrie, sur le Haut Euphrate. Une expdition contre les tribus libyennes du dsert enleva celles-ci toute vellit de faire des incursions dans la valle du Nil. L'Egypte avait en apparence, et pour un temps du moins, reconquis toute sa puissance, et Sti pouvait s'occuper en paix de travaux intrieurs; il nous est parvenu des tmoins trs remarquables de cette activit parmi lesquels figurent son tombeau, le temple d'Abydos et surtout la grande salle hypostyle de Karnak, sur les parois extrieures de laquelle il fit sculpter en tableaux immenses les pripties de ses campagnes. [Illustration: _Fig. 205._ Tte de la momie de Sti I (d'aprs ELLIOT-SMITH. _Royal Mummies_, frontispice).] [Illustration: _Fig. 206._ Campagnes de Sti I (Temple de Karnak).] [Illustration: _Fig. 207._ Tte de la momie de Ramss II (d'ap. ELLIOT-SMITH. _Royal Mummies_, pl. XLIV).] De tous les anciens rois d'Egypte, le seul dont l'humanit ait conserv un souvenir vivant est Ramss II, fils de Sti I, qu'on confond volontiers avec le lgendaire Sesostris, et qui jouit en somme d'une rputation trs suprieure son oeuvre. Il eut un trs long rgne, construisit beaucoup, et, en plus de cela, il s'appropria sans le moindre scrupule tous les monuments de ses prdcesseurs, effaant mme parfois leurs cartouches pour y mettre le sien, aussi n'y a-t-il gure de site antique en Egypte o l'on ne trouve son nom. Ds le dbut de son rgne il eut lutter, dans les provinces asiatiques de son empire, contre un royaume devenu progressivement trs puissant et qui occupait une grande partie de l'Asie Mineure, celui des Hittites. Il sut habilement jouer d'un succs qu'il remporta dans sa premire campagne et o sa valeur personnelle avait dcid de la victoire; sur la faade de tous ses temples, il fit sculpter cet pisode accompagn d'un pome dithyrambique, le fameux pome de Pentaour, et acquit ainsi une aurole de gloire qui est, sinon immrite, du moins un peu surfaite. En effet, son succs ne devait pas tre dcisif, et nous voyons Ramss, quelques annes plus tard, conclure avec ces mmes rois hittites un trait dont il fait de nouveau trs grand tat et qui, tout prendre, met sur un pied d'galit les deux parties contractantes au lieu d'assurer la supriorit de l'Egypte. Ramss sut du reste, semble-t-il, maintenir l'intgrit de ses tats, et l'orage qui s'approchait de ses frontires n'clata qu'aprs sa mort. [Illustration: _Fig. 208._ Tte de la momie de Menephtah (d'ap. ELLIOT-SMITH. _Royal Mummies_, pl. XLVIII).] Un grand mouvement se prparait en effet contre l'Egypte; avec l'appui des tribus libyennes cantonnes dans le dsert, dans la Cyrnaque et peut-tre plus loin encore, du ct de la Tunisie, certains peuples du nord, venant des les grecques et de la cte d'Asie Mineure, traversrent la mer, dbarqurent et tentrent d'envahir la valle du Nil, dont le souverain tait en ce moment Menephtah, le soi-disant pharaon de l'Exode. Ce roi tait le trentime fils de Ramss II, auquel il succda tant lui-mme dj presque un vieillard, inhabile conduire des armes. Les gnraux auxquels il dlgua ses pouvoirs se comportrent vaillamment et repoussrent l'invasion; plus tard, ils firent une campagne victorieuse en Syrie, pays galement menac par les ennemis de l'Egypte, et qui n'tait sans doute dj plus vassal des pharaons, en juger par les termes que Menephtah emploie en parlant des habitants de la contre, qu'il ne considre plus comme des sujets ou des rebelles, mais comme des adversaires indpendants. Pendant quelques sicles, la monarchie gyptienne avait fait de brillantes conqutes et les avait dfendues prement, mais elle n'avait pas le caractre d'une puissance expansive et ses colonies asiatiques lui chapprent sans que nous puissions bien nous rendre compte de quelle faon. Dsormais l'Egypte sera rduite son territoire africain, et si quelques rois, d'un esprit plus aventureux, veulent plus tard tenter des expditions lointaines, leurs succs ne seront jamais que momentans et n'auront aucun lendemain. Ces victoires devaient tre les derniers moments de gloire de la XIXme dynastie, et la fin du rgne de Menephtah se perd dans l'oubli; ses successeurs, Seti II, Amenmess, Taousert, Siphtah ne sont gure pour nous que des noms, des tres sans consistance historique. Peu peu, sous eux, l'Egypte tait tombe en pleine anarchie; des hordes syriennes s'taient abattues sur le pays et le ranonnaient sans piti. La dcadence tait complte au XIme sicle avant notre re. _XXe dynastie_ L'Egypte devait secouer cependant encore une fois le joug des barbares, grce la valeur et l'opinitret de Setnekht et de Ramss III, les fondateurs de la XXme dynastie; Setnekht, un parent sans doute des rois de la XIXme, rtablit l'ordre dans le pays mme, mais mourut aprs un trs court rgne, laissant le trne son fils Ramss III. La coalition des peuples de la mer et des Libyens, dissoute par la victoire de Menephtah, s'tait reforme et devenait de nouveau menaante; c'tait une vraie migration de nations entires qui se dirigeaient vers l'Egypte en suivant la cte de la Syrie et de la Palestine; Ramss les attendait prs de la frontire et les dfit une premire fois, mais ils revinrent la charge trois ans aprs et, dans la mme journe, leur flotte fut anantie par celle du roi d'Egypte et leur arme repousse dfinitivement; cette fois-ci, les Libyens s'taient mis aussi en campagne et, Ramss, immdiatement aprs sa victoire dans l'est, se retourna contre eux et leur infligea eux aussi une dfaite retentissante. Il n'avait plus rien craindre du dehors et fut assez sage pour ne pas passer de la dfensive une politique offensive; il se consacra donc exclusivement au bien-tre et au dveloppement de son pays, o la paix et la scurit rgnaient de nouveau. Il difia des monuments splendides, comme ceux de Medinet-Habou, protgea le commerce et l'industrie et combla les temples de richesses. Grce au grand papyrus Harris, qui contient l'numration de ses dons et un rsum historique de son oeuvre, nous sommes admirablement renseigns sur son rgne. Ramss III cherchait en tout imiter son illustre anctre et homonyme Ramss II; si son rgne fut de moiti plus court, trente-trois ans peine, l'oeuvre qu'il accomplit pendant ce temps est suprieure, semble-t-il, celle de son clbre modle, et elle et t vraiment durable s'il avait eu des successeurs dignes de lui; malheureusement ceux-ci se montrrent aussi incapables que les successeurs de Ramss II et la XXme dynastie finit comme la XIXme, tristement et sans gloire. Les neuf rois qui se succdent des intervalles plus ou moins longs et qui portent tous le nom glorieux de Ramss sont comme les rois fainants entre les mains des maires du palais, des fantoches sans valeur personnelle, absolument dpendants des prtres d'Amon; ceux-ci avaient repris la place prpondrante que Khounaten avait cherch leur enlever, cependant les rois reprsentaient encore le lien traditionnel qui assurait l'unit de l'Egypte, menace de tous cts par des ambitieux dsireux de s'arroger une partie du pouvoir suprme. [Illustration: _Fig. 209._ Tte de la momie de Ramss III (d'ap. ELLIOT-SMITH. _Royal Mummies_, pl. LII).] [Illustration: _Fig. 210._ Bataille contre les Philistins (d'aprs CHAMPOLLION. _Monuments_, pl. CCXX).] [Illustration: _Fig. 211._ Bataille navale sous Ramss III (d'aprs CHAMPOLLION. _Monuments_, pl. CCXXII).] La dislocation du pays commena en effet ds la disparition du dernier de ces princes, Ramss XII, dtrn sans doute par le grand prtre Hrihor, qui tenait depuis longtemps les rnes du pouvoir et voulait porter lui-mme la couronne. Une re nouvelle commence, celle du morcellement de l'Egypte, assez semblable en principe la priode fodale qui spare l'Ancien du Moyen Empire, cette diffrence prs que ces roitelets vivent le plus souvent en bonne harmonie les uns avec les autres, s'unissent par des mariages et se repassent sans dispute la prminence, suivant que l'une ou l'autre des familles a plus de puissance sur le moment. Il semble que l'Egypte soit puise par son effort politique et militaire et qu'elle se recueille, attendant des jours meilleurs qui du reste ne pourront tre aussi glorieux que par le pass; pendant le dbut de cette priode qui reste encore confuse, bien qu'elle nous ait transmis une foule de documents, aucun ennemi srieux, venant du dehors, ne menace l'Egypte, mais aucun roi ne domine les autres par ses actes ou par ses capacits. Cette poque est une poque de mdiocrit tous les points de vue, pendant laquelle la civilisation, comme les arts, vgte sans se dvelopper, et qui dura de trois quatre sicles. Il faudrait pouvoir en donner un vaste tableau d'ensemble, chose qui n'est pas encore possible, les lments tant insuffisants, et nous devons nous borner suivre la classification de Manthon en dynasties; chacune de ces dynasties semble d'aprs lui former un tout indpendant, tandis qu'en ralit elle est intimement lie aux autres, dans un enchevtrement bien difficile dbrouiller. _XXIe dynastie_ Avec Hrihor, les grands prtres d'Amon s'taient, comme cela devait fatalement arriver, levs sur le trne d'Egypte, mais peine y furent-ils qu'ils se trouvrent en face de comptiteurs qui n'taient point ngligeables: ceux-ci, moins puissants peut-tre que les rois-prtres qui occupaient Thbes, avaient pour eux leur naissance, tant parents trs rapprochs des souverains dchus. Leur centre tait Tanis, l'extrme nord-est du Delta, une ville laquelle Ramss II avait donn une grande importance comme boulevard de l'Egypte du ct de la Syrie. Ces rois, Smends, Si-Amon, les Psousenns, firent avec ceux de Thbes une sorte de compromis et vcurent en bons termes avec Hrihor comme avec ses descendants, les Pnkhi, les Pinodjem, les Masaherta, dont plusieurs du reste se contentrent de leur titre de grand pontife tandis que d'autres revendiquaient le cartouche royal. La XXIme dynastie est donc double, mi-partie tanite, mi-partie thbaine. _XXIIe dynastie_ La force militaire des grands conqurants, ds la XVIIIme dynastie, rside pour une bonne part dans les troupes mercenaires qu'ils prenaient leur service, ngres, Shardanes et Libyens, races qui toutes taient plus belliqueuses que les Egyptiens. Parmi tous ces trangers dfenseurs de l'Egypte, la tribu libyenne des Mashaouash prit rapidement une place prpondrante, et ses chefs une haute position la cour, puisqu'ils entrrent mme par des mariages dans la famille royale; un descendant de ces chefs, rsidant Bubastis dans la Basse Egypte, Sheshonq, prit lui aussi le titre de roi de la Haute et de la Basse Egypte, peut-tre au moment mme o Hrihor et Smends se proclamaient rois chacun de son ct. Cette dynastie bubastite qui compte dans ses rangs des Sheshonq, des Osorkon, des Takelot, des Nimrod, fut gnralement plus puissante que les autres familles rgnantes et nous a laiss beaucoup plus de monuments, entre autres ceux dont elle dota sa capitale de Bubastis; souvent mme ces rois occuprent Thbes, y installrent des grands prtres pris dans leur famille et firent des travaux importants dans le grand temple d'Amon; cependant nous ne voyons pas qu'il y ait jamais eu de luttes violentes entre eux et les autres dynasties collatrales. Le fondateur de la dynastie, Sheshonq I, manifesta des vellits conqurantes et fit campagne en Jude: c'est le Sisak de la Bible, qui vainquit Roboam et pilla Jrusalem. Certains de ses successeurs, comme Osorkon I, le Zerakh de la Bible, eurent aussi maille partir avec les Juifs, mais part cela leurs rgnes ne renferment aucun vnement vraiment digne de mmoire. [Illustration: _Fig. 212._ Osorkon I (d'ap. GONINO. _Proc. of the Soc. of Bibl. Arch._, VI, p. _205_).] _XXIIIe dynastie_ Quand la premire famille de rois tanites, la XXIme dynastie, s'teignit, une autre famille de mme origine prit possession de son trne, mais ne laissa dans l'histoire qu'une trace insignifiante. Elle rgna donc pendant les derniers temps de la XXIIme dynastie bubastite. A cette poque se place un vnement important, la conqute de l'Egypte entire par le roi thiopien Pinkhi Meri-Amon. Ce prince, qui descendait des anciens rois d'Egypte et qui se considrait comme leur lgitime successeur, rvait d'une restauration du royaume des pharaons tel qu'il tait la grande poque. Il descendit le Nil avec une flotte et une arme, s'empara successivement de toutes les villes et de toutes les places fortes d'Egypte, malgr la rsistance opinitre des derniers rois de la XXIIme et de la XXIIIme dynastie, Nimrod et Osorkon, de Tafnekht, roi de Sas et d'une srie de petits roitelets, qui tous durent finir par se soumettre et le reconnatre comme leur suzerain. Il rendit lui-mme solennellement hommage aux dieux de l'Egypte, mais ne s'attarda pas dans le pays et remonta dans sa patrie, Napata, au fond du Soudan. [Illustration: _Fig. 213._ Rois et princes faisant leur soumission Pinkhi (d'aprs MARIETTE. _Monuments divers_, pl. I).] _XXIVe dynastie_ Le plus opinitre des adversaires de Pinkhi, Tafnekht, roi de Sas, s'arrogeait dj, comme du reste les autres princes ses contemporains, le protocole complet des rois d'Egypte. Son fils et successeur, Bokenranf (Bocchoris), eut un pouvoir plus tendu et rgna mme quelques annes sur le pays entier, constituant lui seul l'phmre XXIVme dynastie sate. C'tait un sage et un lgislateur, sur le compte duquel la postrit racontait mainte anecdote. Comme guerrier, il tenta, en Syrie, de s'opposer la marche victorieuse de Sargon, roi d'Assyrie, mais fut battu et dut s'estimer heureux que son royaume n'et pas subir l'invasion. Peu aprs il fut attaqu, vaincu et mis mort par le roi thiopien qui rgnait encore Thbes, Sabacon. _XXVe dynastie_ Pinkhi en effet, en rentrant en Ethiopie, avait laiss le royaume reconquis par lui aux mains de membres de sa famille qui rsidrent Thbes, mais qui n'eurent qu'une autorit trs limite jusqu'au jour o l'un d'entre eux, Sabacon, se trouva matre de nouveau de tout le pays par sa victoire sur Bocchoris. L'unit des deux royaumes pharaoniques semblait reconstitue, mais elle ne devait pas tre de longue dure. Un ennemi nouveau, plus redoutable que tous ceux qu'avait jusque-l connus l'Egypte, le roi d'Assyrie, qui tait dj matre d'une bonne partie de la Syrie, s'avanait progressivement. La politique que suivirent son gard les rois thiopiens de la XXVme dynastie, et du reste aussi les autres princes gyptiens, ne fut pas trs franche et varia presque d'une anne l'autre. Sabacon commena prudemment par payer tribut ce puissant rival; son fils Shabatoka prit le parti contraire, marcha contre Sennakhrib, fut compltement battu, et l'Egypte n'vita l'invasion que grce au mystrieux vnement relat par la Bible et par Hrodote, cette peste qui anantit en une nuit l'arme assyrienne dans les environs de Jrusalem, Lakish, en l'an 701. Peu aprs, Shabatoka fut dtrn et tu par son suzerain, le nouveau roi d'Ethiopie Taharqa, qui s'installa sa place comme pharaon, et donna l'Egypte quelques annes de prosprit; ayant nou des intrigues avec les peuples syriens, il s'attira la colre d'Asarhaddon, roi d'Assyrie, qui cette fois pntra en Egypte, le vainquit, pilla Memphis et reut l'hommage des princes du Delta, auprs desquels il tablit des gouverneurs, en 670. Taharqa revint la charge un peu plus tard, mais cette fois les armes d'Assourbanipal, qui venait de succder son pre, pntrrent jusqu' Thbes et firent peser un joug plus lourd sur les princes de la Basse Egypte qui avaient profit de l'occasion pour se rvolter de nouveau. Le successeur de Taharqa, Tanoutamon, tenta une fois encore de repousser les Assyriens, reprit le pays jusqu'au Delta, puis finit aussi par tre refoul au del de la cataracte, aprs que Thbes eut t mise sac. Ceci se passait en 662; la domination assyrienne ne devait plus durer que peu de temps, mais aucun roi thiopien ne devait plus porter la double couronne d'Egypte. _XXVIe dynastie_ Parmi tous les princes et roitelets qui se partageaient le Delta et formaient ce que les Grecs appelaient la dodcarchie, ceux de Sas avaient depuis Bocchoris une place dominante et prenaient toujours la tte du mouvement, que ce mouvement ft dirig contre les Ethiopiens ou contre les Assyriens. Nchao, le vritable fondateur de cette nouvelle dynastie sate la XXVIme, avait dj t reconnu par Asarhaddon, mais ce fut son fils Psammtique qui, profitant de la retraite dfinitive de Taharqa et de l'loignement d'Assourbanipal, alors trs occup par sa guerre contre l'Elam, arriva en un temps relativement court affranchir son pays de la domination trangre, en reconstituer l'unit et lui assurer de nouveau de longues annes de prosprit et de gloire, comme dans les beaux temps d'autrefois. [Illustration: _Fig. 214._ Psammtique I (d'aprs SCHFER. _Zeitsch. fr aegypt. Sprache_, XXXIII, p. _116_).] Ainsi que nous l'apprennent les historiens grecs, c'est en s'appuyant sur des mercenaires ioniens et cariens que Psammtique I put obtenir ce rsultat et runir tout le pouvoir dans sa main; certains soldats gyptiens, blesss de cette prfrence non dguise qu'il accordait aux soldats trangers, l'abandonnrent et s'expatrirent, mais les autres furent vite enrgiments de nouveau. La puissance militaire de l'Egypte tait reconstitue, et le nouveau roi chercha d'abord exprimenter sa force en faisant des incursions en Syrie, puis adopta un autre systme, celui de fortifier ses frontires au nord-est et au sud pour pouvoir s'occuper activement de rorganiser son royaume; son long rgne lui permit de mener bien cette besogne. Le royaume d'Assyrie avait disparu, aussi le fils de Psammtique, Nchao II voulut-il reprendre la vieille politique syrienne des pharaons conqurants; son expdition fut d'abord couronne de succs, mais aprs une dfaite terrible qui lui fut inflige Carchemis par le roi de Babylone, Nabuchodonosor, il dut se replier sur l'Egypte o son vainqueur n'osa le poursuivre et il se voua, son tour, au dveloppement intrieur de son royaume. Il s'occupa aussi activement de sa marine, et c'est sur son ordre qu'eut lieu le fameux priple, le voyage d'une flotte gyptienne autour de l'Afrique, partant de la mer Rouge pour revenir par la Mditerrane. [Illustration: _Fig. 215._ Apris (d'ap. PETRIE. _The Palace of Apries_, pl. II).] Psammtique II, puis Apris, continurent l'oeuvre de leurs devanciers jusqu'au moment o ce dernier, aprs une expdition dsastreuse contre les Libyens, eut suscit une vraie rvolution populaire qui le renversa et le remplaa sur le trne par Amasis, un de ses gnraux, sans doute son parent. Nabuchodonosor profita de cette crise pour enlever l'Egypte tout ce qu'elle pouvait encore possder en Syrie, mais n'osa pas tenter de pntrer dans la valle du Nil, et Amasis, s'appuyant de plus en plus sur les Grecs, continua l'oeuvre civilisatrice commence avant lui; c'est grce lui surtout que s'levrent sur le sol gyptien des villes purement grecques comme Naucratis, et que le commerce et l'industrie hellniques y prosprrent, faisant pntrer peu peu un nouvel esprit dans cette vieille civilisation, aussi la figure d'Amasis est-elle reste trs vivante chez les Grecs, et une foule d'histoires sont venues se greffer sur son nom, qu'elles popularisent encore en ce jour. Jamais l'Egypte, parat-il, n'avait t si riche et si prospre que sous son habile gouvernement; il l'avait rendue si forte que Cyrus lui-mme n'osa pas l'attaquer. Ce dernier lui ayant, dit-on, demand sa fille en mariage, Amasis lui aurait envoy la fille du pharaon dtrn Apris; cette tromperie devint plus tard le prtexte des revendications de Cambyse au trne d'Egypte et de l'envahissement de la valle du Nil, ds que le faible Psammtique III eut remplac au pouvoir son pre Amasis. [Illustration: _Fig. 216._ Amasis (d'aprs PETRIE. _Meydum and Memphis_, III, pl. XXIX).] La XXVIme dynastie, ou, comme nous l'appelons aussi pour bien la distinguer du Nouvel Empire thbain avec lequel elle n'a plus aucun rapport, l'poque sate, prsente un caractre tout particulier qu'on peut qualifier d'un seul mot, celui de renaissance. Longtemps contenue, l'Egypte s'panouit de nouveau; dans tous les domaines, elle cherche retrouver ce qui a fait autrefois sa grandeur et sa force. Elle reprend la vieille tradition laquelle elle insuffle un peu de cet esprit nouveau qui commence se manifester grce au contact permanent avec des peuples plus jeunes. Trop tt coup par l'invasion persane, ce grand effort qui se manifeste aussi bien au point de vue politique que dans le domaine de l'art, n'eut pas le temps de donner tout ce qu'on et t en droit d'en attendre. _Epoque perse (dynasties XXVII-XXX)_ L'histoire de la conqute de l'Egypte par Cambyse et des rois ses successeurs, est trop connue pour qu'il y ait lieu d'y revenir ici. La valle du Nil est dsormais englobe dans l'empire perse, et il est remarquer qu'elle ne fut jamais administre comme les autres provinces ou satrapies, mais qu'elle bnficia de certains privilges et conserva, nominalement au moins, son ancienne organisation. Le grand roi se considrait comme le lgitime successeur des pharaons, il enfermait son nom dans un cartouche, se donnait les titres de roi de la Haute et de la Basse Egypte et mme celui d'Horus, adorait officiellement tous les dieux gyptiens et leur dressait des temples, mais toutes ces prvenances ne suffirent pas lui gagner le coeur de ses nouveaux sujets qui aspiraient la libert et cherchrent maintes fois la reconqurir. [Illustration: _Fig. 217._ Nectanbo I (d'apr. AYRTON. _Abydos_, III, pl. XXVIII).] Les premires rvoltes furent rprimes, mais enfin sous Darius II Ochus, en 405, les Egyptiens secourent le joug et substiturent la XXVIIme dynastie perse une srie de dynasties indignes, la XXVIIIme d'abord, qui ne compte qu'un seul roi, Amyrte, d'origine sate, puis la XXIXme, de Mends, qui avec Nepherites et Hakoris acheva la dlivrance. Des luttes intestines marqurent seules les courts rgnes de leurs successeurs qui furent dtrns en 379 par un prince originaire de Sebennytos, Nekhthorheb ou Nectanbo I, le fondateur de la XXXme dynastie. Ce roi, puis ses successeurs Tos et Nectanbo II, tout en travaillant activement au bien-tre intrieur du pays, eurent continuellement lutter contre les Perses qui voulaient reconqurir leur province perdue. Pendant des annes, avec le secours des mercenaires grecs, ils bataillrent avec hrosme, mais ils finirent par tre crass sous le nombre, et en 342, le dernier roi gyptien s'enfuyait en Ethiopie; l'antique monarchie avait jet son dernier clat. Les Perses saccagrent consciencieusement le pays qui, au cours de la XXXme dynastie, s'tait remis prosprer, mais ils ne devaient jouir de leur triomphe que dix ans peine et quand Alexandre parut, il fut salu comme un sauveur. C'tait une Egypte toute nouvelle qui commenait, l'Egypte grecque, dsormais intimement lie l'histoire du monde mditerranen, de ce monde la civilisation duquel elle avait si largement contribu. _L'Exode des Hbreux_ Je dois ajouter encore un mot sur l'vnement de l'histoire d'Egypte qui nous est le plus familier, l'Exode des Hbreux; pour les Egyptiens eux-mmes, le fait n'tait ni glorieux ni important, aussi ne faut-il pas s'tonner qu'ils n'en font pas la moindre mention; dans les livres de Mose, le roi sous lequel eut lieu l'Exode n'est pas nomm, aussi la date ne peut-elle tre fixe de faon certaine. L'opinion traditionnelle, presque universellement accepte aujourd'hui, est que la perscution des Juifs eut lieu partir de Ramss II et la sortie d'Egypte sous Menephtah; cependant dans la stle racontant son triomphe en Syrie, en l'an 5, ce dernier roi parle d'Isral--le mot est crit en toutes lettres--comme tant fix dans ce pays, et fortement atteint par la victoire gyptienne. Il est bien difficile de concilier ce fait prcis avec la tradition. Une solution qui est mon avis plus plausible est celle de M. Lieblein qui reporte l'Exode vers la fin de la XVIIIme dynastie: Thoutms III serait le pharaon de l'oppression et les Juifs auraient quitt l'Egypte sous Amenophis III; deux cents ans plus tard, sous Menephtah, ils devaient donc tre installs en Palestine. Ce systme a l'avantage d'expliquer la prsence sur les frontires de la Palestine, sous Amenophis IV, de tribus belliqueuses et envahissantes que les lettres des gouverneurs appellent les Khabirou. Ces Khabirou seraient simplement les Hbreux qui, sous la conduite de Josu, commenaient la conqute de la terre promise. B. MONUMENTS La masse norme de monuments du Nouvel Empire qui nous sont parvenus appartiennent presque tous la priode thbaine, tandis que celle des rois du Delta est peine reprsente jusqu' la XXVIme dynastie, l'poque sate, qui prsente un caractre un peu diffrent. Ce sera donc surtout d'aprs les documents thbains, de la XVIIIme la XXme dynastie, que nous tudierons maintenant la diffrence qui existe entre le Nouvel Empire et les deux grandes priodes qui le prcdrent. _Architecture_ En Orient, chaque roi nouveau se construit gnralement une rsidence qui n'est pas destine durer beaucoup plus longtemps que lui. En Egypte, les palais taient des constructions lgres en briques et bois, couvrant un vaste espace, avec cours centrales, grandes pices colonnes et chambres plus petites, bien ares, dont la disposition devait varier constamment; l'ornementation, qui se faisait sur stuc, tait souvent trs riche; ainsi, dans les grandes salles d'apparat, le sol, tait couvert d'un enduit entirement peint, reprsentant un tang plein de poissons, entour de touffes de plantes et de buissons couverts de fleurs sur lesquels volent des multitudes d'oiseaux, thme dcoratif trait avec la fantaisie la plus charmante. [Illustration: _Fig. 218._ Fragment d'un dallage peint (d'aprs PETRIE. _Tell-el-Amarna_, pl. II).] De mme que leurs princes, les gens aiss cherchaient avoir des maisons fraches et bien ares, sortes de villas un ou deux tages places au milieu de beaux jardins pleins d'arbres fruitiers et qui, avec leurs pices d'eau et la rgularit de leur disposition, font parfois penser aux jardins la franaise. Les communs, greniers et pressoir, sont ct de la maison. [Illustration: _Fig. 219._ Maison et jardin (d'aprs BOUSSAC. _Le Tombeau d'Anna_).] L'Egypte n'ayant pas d'invasion craindre sous les rois thbains ne fit aucune construction militaire; ce n'est que sous les Sates que nous trouvons la frontire des forteresses comme celle de Daphnae, destine la garnison grecque, norme massif de maonnerie qui rappelle beaucoup les forts du Moyen Empire. Les monuments nous font par contre connatre les fortifications syriennes avec leurs terrasses et leurs crneaux, et Ramss III eut mme la fantaisie de construire en avant de son temple de Medinet-Habou, en souvenir de ses campagnes, un vrai fort syrien qui est aujourd'hui admirablement conserv. _Temples_ Les temples gyptiens du Nouvel Empire sont trs nombreux et le plus souvent de dimensions colossales; les dispositions de dtails varient de l'un l'autre, mais le plan d'ensemble est toujours le mme, et comporte trois parties principales places l'une derrire l'autre et donnant au monument la forme d'un rectangle peu prs deux fois plus long que large. En avant est une cour souvent entoure d'une colonnade et prcde d'un double pylone trs lev, flanquant les deux cts de la porte centrale; puis vient la salle, ou les salles hypostyles o se faisaient les crmonies publiques du culte, et enfin le sanctuaire, isol par un couloir sur lequel s'ouvrent encore une srie de pices secondaires destines servir de magasins ou de trsors. Dans ce sanctuaire on conservait l'image sainte du dieu, enferme dans un riche naos ou place sur une barque qu'on apportait devant la foule pendant les grandes crmonies. Devant le pylone se dressaient deux oblisques, de hauts mts portant des banderoles, et souvent des statues colossales de rois; parfois une avenue borde de sphinx y aboutissait; des statues en plus ou moins grand nombre taient dposes dans toutes les parties du temple. [Illustration: _Fig. 220._ Pavillon de Ramss III, Medinet Habou.] [Illustration: _Fig. 221._ Plan du temple de Khonsou, Karnak (d'apr. LEPSIUS. _Denkmler_, Text III, p. _54_).] Une riche dcoration traite en bas-relief ou en creux, et le plus souvent rehausse de couleur, couvre toutes les parois, tant l'extrieur qu' l'intrieur; l'intrieur, c'est--dire dans les salles hypostyles aussi bien que dans les pices accessibles aux prtres seuls, ce sont des scnes d'adoration, d'offrandes ou de crmonies cultuelles, tandis que dans les cours, sur les pylones et sur les murs extrieurs, les rois faisaient de prfrence reprsenter leurs hauts faits guerriers et l'crasement de leurs ennemis, avec des inscriptions historiques, visibles ainsi pour tout le monde. [Illustration: _Fig. 222._ Pylone du temple de Louxor.] [Illustration: _Fig. 223._ Temple de Khonsou, Karnak.] [Illustration: _Fig. 224._ Cour du temple de Louxor (Amnophis III).] [Illustration: _Fig. 225._ Cour du temple de Medinet-Habou (Ramss III).] [Illustration: _Fig. 226._ Salle hypostyle de Karnak (Sti I).] [Illustration: _Fig. 227._ Salle hypostyle du Ramessoum (Ramss II).] [Illustration: _Fig. 228._ Bas-reliefs du temple de Karnak (Sti I).] [Illustration: _Fig. 229._ Bas-reliefs du temple de Sti I Abydos.] Au point de vue construction, la maonnerie est trs soigne, forme de grands blocs de calcaire ou de grs, parfois mme de granit, poss sur le sol presque sans fondations; les colonnes sont galement en matriaux appareills et non plus monolithes, ce qui permet de leur donner de beaucoup plus grandes dimensions. Les temples des dieux prsentent souvent un tout extrmement complexe, provenant des adjonctions que les rois ont successivement apportes au plan primitif; la chose est surtout vidente pour le grand temple d'Amon Karnak, dont l'ensemble mesure 400 mtres de longueur, et o presque tous les rois du Nouvel Empire ont tenu laisser une trace de leur activit. Par contre les temples funraires, btis par un seul souverain et pour lui seul, qui sont construits suivant le mme principe et sur le mme plan que ceux des dieux, sont beaucoup plus simples. Ces temples funraires situs dans la valle, trs loin des tombeaux eux-mmes, qui sont creuss dans la montagne, remplacent les anciennes chapelles funraires dpendant des pyramides, dont les dimensions taient plus restreintes et le plan trs diffrent; il y a donc dans ce domaine un changement trs important signaler, qui provient d'une volution dans les ides relatives la vie future. Le seul temple funraire qui s'carte du modle ordinaire est le plus ancien, celui de Hatshepsou Deir-el-Bahari, avec ses terrasses, ses colonnades et son sanctuaire creus dans la montagne, sa dcoration est du reste, comme celle des autres temples, compose de scnes religieuses et de reprsentations des vnements saillants du rgne. [Illustration: _Fig. 230._ Barque sacre d'Amon, Abydos.] Le culte ne se pratiquait pas de la mme manire dans tous les temples, mais il consistait toujours en un certain nombre de crmonies analogues; la principale, celle du culte journalier, tait prside en principe par le roi lui-mme, grand prtre de tous les dieux d'Egypte, en ralit par un prtre auquel il dlguait ses pouvoirs. L'officiant commenait par se purifier dans la cour du temple, revtait les ornements sacrs, s'avanait en grande pompe vers le sanctuaire o il ouvrait la chsse divine; il se prosternait devant le dieu, l'adorait, pratiquait les rites qui devaient faire descendre l'me de la divinit dans la statue, l'encensait, l'oignait, lui prsentait des victuailles diverses, en entremlant tous ces gestes rituels d'hymnes et de formules magiques; puis il prenait cong du dieu et refermait le naos. Dans les grandes solennits, le dieu, mont sur sa barque et port sur les paules des prtres, sortait et se prsentait au peuple mass dans les salles hypostyles et les cours, faisait le tour du temple ou allait voguer sur le lac sacr; parfois mme, toujours accompagn d'un cortge solennel, il s'en allait passer quelques jours dans un autre de ses sanctuaires, ou faire une courte visite de crmonie l'un des dieux ses voisins, ses parents ou ses amis. _Tombeaux_ Le changement qui s'tait accompli dans les coutumes funraires est plus sensible encore dans les tombeaux mmes des rois; c'est sans doute ensuite du pillage systmatique des tombes, commis sous les Hyksos, qu'on prouva le besoin de changer le mode de spulture et de rendre la dernire retraite des rois aussi inaccessible et aussi secrte que possible. On choisit dans ce but une valle isole et sauvage dans la montagne de Thbes et on y creusa ces tombeaux qui sont une des choses les plus impressionnantes que l'Egypte nous ait lgues, vastes syringes descendant tout droit dans le flanc de la montagne, recoupes de salles de diverses grandeurs avant d'arriver la chambre funraire, au milieu de laquelle se dresse un norme sarcophage de granit. Les parois sont couvertes d'inscriptions et de scnes en relief peint, d'une fracheur et d'un travail admirables, toutes relatives aux crmonies funraires et la vie de l'autre monde, et reprsentant les tres fantastiques que le mort devait rencontrer dans les enfers. Une fois l'ensevelissement termin, on fermait l'entre du tombeau et on la dissimulait aussi soigneusement que possible avec des boulis de roches, ce qui n'empcha pas les violateurs de spultures d'y pntrer et de faire main basse sur les richesses amonceles autour des rois dfunts; un moment donn, sous la XXIme dynastie, on recueillit pieusement ce qui restait des momies royales et de leur mobilier pour les enfermer ple-mle dans une nouvelle cachette qui les a gardes jusqu' nos jours, et n'a livr son prcieux dpt qu' des savants capables d'en faire le meilleur usage scientifique: c'est ainsi que nous possdons maintenant les corps, admirablement embaums, de presque tous les grands rois de la deuxime poque thbaine. [Illustration: _Fig. 231._ Plan du tombeau de Ramss IV (d'aprs LEFBURE. _Hypoges royaux de Thbes_, II, 3, pl. I).] [Illustration: _Fig. 232._ Tombeau d'un particulier (photogr. de M. H. Pieron).] Les tombeaux des simples particuliers sont presque tous des hypoges creuss dans le flanc de la montagne, et le type mastaba est pour ainsi dire compltement abandonn; les dimensions sont trs variables, suivant la position sociale et la richesse du propritaire. Quant la dcoration, elle est parfois sculpte, mais plus souvent peinte sur enduit, vu la mauvaise qualit de la pierre dans la montagne de Thbes o la plupart de ces tombes sont creuses; cette dcoration comporte, non pas seulement comme autrefois des scnes de la vie usuelle, qui sont places dans la premire chambre et traites avec une libert et une fantaisie plus grande encore que dans les mastabas de l'Ancien Empire, mais aussi, dans la salle du fond, des figurations relatives aux funrailles et aux crmonies accomplies cette occasion. C'est l une innovation trs caractristique, correspondant celle que nous avons dj signale pour les tombes royales. A l'ancienne thorie du Ka, du double vivant au fond du tombeau, tend de plus en plus se substituer celle de l'me divine qui peut, aprs la mort, entrer dans le sjour des dieux; autrefois les rois seuls avaient ce privilge, maintenant les simples mortels veulent le partager avec eux. C'est comme un mouvement de dmocratisation qui se fait jour peu peu dans les domaines les plus abstraits et jusqu'alors les plus rservs de la spculation philosophique au sujet de la vie d'outre-tombe. [Illustration: _Fig. 233._ Momie du roi Siphtah (d'aprs ELLIOT-SMITH. _Royal Mummies_, pl. LXI).] Au fond de l'hypoge s'ouvre un puits vertical qui descend au caveau funraire, grossirement taill dans le rocher, o reposait la momie embaume de faon plus soigne qu'aux priodes antrieures, bien enveloppe dans ses bandelettes et ses linceuls et couche dans le cercueil anthropode plus ou moins richement dcor de scnes funraires ou religieuses. Parfois ce cercueil est plac dans un autre cercueil de mme forme, parfois mme un grand sarcophage rectangulaire, galement en bois peint, les renferme tous deux. La mode du masque en cartonnage a disparu, mais souvent cet accessoire est remplac par une planchette ayant la forme du couvercle du cercueil et pose directement sur la momie. Sur le sarcophage mme, il n'y a plus que peu de textes; par contre les grandes compositions ayant pour but d'assurer aux dfunts la vie d'outre-tombe, comme celles que nous appelons _Livre des Morts_ et _Livre de l'Am-Douat_, sont crites sur des rouleaux de papyrus placs, soit sur la momie elle-mme, soit auprs d'elle, dans une statuette de bois. [Illustration: _Fig. 234._ Sarcophage, cercueils, caisse canopes (d'aprs MARIETTE. _Album du Muse de Boulaq_, pl. XV).] Dans le caveau, on trouve encore le coffret contenant les quatre vases canopes o sont les viscres embaums du mort, puis une caisse o sont empiles en plus ou moins grand nombre les statuettes funraires ou _oushabtis_, statuettes mummiformes en pierre, en bois ou en terre maille destines remplacer les statues de serviteurs de l'poque prcdente et les statues du mort lui-mme. A ct de ces objets vient s'entasser tout le mobilier funraire: lits, chaises, fauteuils, coffrets, vases pleins de parfums, vtements, linges de toute sorte, perruques et ustensiles de toilette, aliments divers, viandes, lgumes et fruits: il y a peu d'annes, on a retrouv une srie complte de ces objets dans une tombe de peu d'apparence, celle de l'ingnieur Kha et de sa femme Merit, le tout dans un tat de conservation si remarquable qu'en se promenant dans la salle du muse de Turin o ces objets sont installs, on est comme transport plus de 3000 ans en arrire et l'on sent vivre encore autour de soi l'esprit de ces deux morts. Il en est de mme pour le mobilier, bien plus luxueux, des beaux-parents d'Amenophis III, Youaa et Toua, et surtout pour celui que contenait encore le tombeau du roi Toutankhamon, et qui dpasse comme richesse et comme splendeur tout ce qu'il tait possible d'imaginer. C'est Thbes mme, sur la rive gauche du fleuve, que se trouvent les plus nombreux tombeaux du Nouvel Empire. Ceux qu'on rencontre ailleurs que dans la capitale ne prsentent pas de divergences bien caractristiques; il faut citer en particulier les tombes de Tell el Amarna, restes de l'poque des rois hrtiques, creuses aussi dans le rocher et dcores de bas-reliefs d'un style si particulier. A l'poque sate on trouve non seulement le tombeau rupestre avec de nombreuses salles, mais un nouveau modle, celui de la chambre funraire unique, vote et dcore exclusivement de textes religieux; cette chambre est construite au fond d'un immense puits de plus de 30 mtres de profondeur, soigneusement combl aprs les travaux, avec puits plus petit situ ct et permettant l'accs du tombeau au moment des funrailles. Nous ne connaissons aucun tombeau royal de cette poque. Pendant cette priode o l'on cherchait dans tous les domaines revenir aux anciennes coutumes, les grands sarcophages de pierre redeviennent la mode, mais ils sont gnralement de forme anthropode et couverts d'inscriptions. Les momies sont, peu de chose prs, semblables celles de l'poque thbaine, mais on recommence les coiffer d'un masque en cartonnage figure humaine; ce n'est que plus tard, sous la domination des Grecs et des Romains, qu'on en vint orner le maillot des momies d'un buste en pltre colori ou d'un panneau de bois peint la cire reprsentant le portrait du mort et fix au moyen des derniers tours de bandelettes. _Sculpture_ Il n'est pas besoin d'une longue exprience pour distinguer les oeuvres de la statuaire du Nouvel Empire de celles des poques antrieures, bien que la pose du modle et les lignes gnrales soient toujours peu prs semblables. En plus des diffrences de costume qui sont trs apprciables, le style lui-mme n'est plus exactement le mme: alors que les sculpteurs de l'Ancien et mme du Moyen Empire s'appliquaient avant tout reproduire avec certitude la physionomie, l'expression mme de leur modle, dans la mesure de leurs moyens, et souvent aux dpens du reste du corps, ceux du Nouvel Empire ont une tendance moins raliste et cherchent surtout la grce et l'lgance; les figures s'uniformisent et n'ont plus un caractre aussi personnel, mais le corps entier est trait avec le mme soin que la tte, avec un souci beaucoup plus marqu du model. Cette tendance est une tendance gnrale, qui n'exclut pas un certain nombre d'oeuvres isoles, manifestations artistiques trs personnelles et de premier ordre. Le ralisme qui se fait jour l'poque des rois hrtiques est un peu un ralisme de convention, puisque c'est la figure du roi qui reste le type dont les figures de ses sujets doivent se rapprocher autant que possible. [Illustration: _Fig. 235._ Statue de Ramss II (Muse de Turin).] [Illustration: _Fig. 236._ Ramss II prsentant une offrande (d'aprs LEGRAIN. _Statues et statuettes_, II, pl. IV).] Nous possdons des statues royales extrmement nombreuses, surtout depuis que la cachette du temple de Karnak nous en a livr plusieurs centaines. Presque toutes taient l'origine dposes dans les temples et contribuaient l'ornementation de ceux-ci; elles reprsentaient alors le double du roi qui pouvait, en assistant rgulirement aux crmonies du culte, prendre sa part des offrandes prsentes au dieu: en change du don de sa statue que le roi faisait au dieu, celui-ci avait la charge de le nourrir dans l'autre monde. D'autres statues taient sans doute dposes dans les tombeaux pour jouer le rle de support du _Ka_, rle que nous avons tudi plus haut. Il y avait des statues de toutes les tailles, depuis la statuette de bronze de quelques centimtres de haut, jusqu'aux colosses placs la porte des temples, devant les pylones, qui peuvent atteindre 20 mtres de hauteur; mais les plus frquentes sont celles qui sont peu prs de grandeur naturelle. La matire aussi est trs diverse: le bois, le mtal, les pierres de toute sorte et jusqu' la brique recouverte d'enduit. La position la plus frquemment employe est la position classique du roi assis sur un trne, les mains sur ses genoux; ct de cela, on trouve le roi debout, marchant ou tenant des enseignes divines, le roi agenouill prsentant des vases d'offrandes, le roi prostern, bref le roi dans toutes les positions qu'il a l'habitude de prendre, soit en prsence de ses sujets, soit quand il clbre le culte divin. [Illustration: _Fig. 237._ Statuette en bois du Muse de Turin (d'aprs PETRIE. _Photographs_, no _278_).] Quelques grands personnages avaient le privilge de dposer, comme les rois, leur propre statue dans un temple. Quant l'usage qui consistait placer dans les tombeaux des statues du mort destines servir de support son double, il tend de plus en plus disparatre; on trouve bien encore des groupes taills mme la roche du tombeau, reprsentant le mari et la femme assis cte cte, ou des statuettes de bois finement sculptes, mais pas de faon constante. Nous avons dj vu, propos des tombeaux eux-mmes, qu'il s'tait produit une volution trs marque dans les doctrines relatives la vie de l'au-del, et cette volution est encore plus sensible ici; la doctrine du _Ka_ ou du double, remplace par celle de l'me, passe graduellement au second plan. Cette me ne vit pas dans le tombeau, elle entre dans le royaume d'Osiris, dans ce canton riant et fertile de l'autre monde qu'on appelle les champs d'Ialou, et les statuettes funraires ou _oushabtis_, dj mentionnes plus haut, sont des espces de serviteurs magiques qui doivent lui assurer la nourriture en cultivant pour elle les champs divins. [Illustration: _Fig. 238._ _Oushabtis_ du Nouvel Empire (d'ap. PETRIE. _Photographs_, No _267_).] Aprs la grande poque thbaine, soit de la XXIme la XXVme dynastie, la statuaire se fait de plus en plus rare, mais les quelques exemples qui nous en sont parvenus, en gnral de petites dimensions, nous montrent un progrs constant dans la recherche patiente qui aboutira ce remarquable panouissement de l'art sous les rois sates, la renaissance du ralisme antique, mais d'un ralisme pur, plein d'lgance et de souplesse, ayant son service une technique des plus perfectionne. [Illustration: _Fig. 239._ Groupe d'poque sate (d'aprs MARIETTE. _Album du Muse de Boulaq_, pl. X).] C'est aussi surtout partir de l'poque sate que se dveloppe une branche nouvelle de la statuaire: jusqu'alors le mtal, et surtout le bronze, tait rarement employ par les sculpteurs; ils en usent maintenant de prfrence toute autre matire, pour modeler des statuettes de divinits qui nous sont parvenues en quantit innombrables, tmoignant ainsi d'une nouvelle transformation dans le domaine religieux. Chacun sans doute voulait avoir dans sa maison l'image de la divinit laquelle il vouait un culte spcial, ce qui n'tait pas le cas aux poques antrieures. On faisait aussi parfois des statuettes de rois ou de particuliers en bronze, mais en bronze incrust d'argent, et cela dj sous les dynasties qui prcdrent les sates. [Illustration: _Fig. 240._ La reine Karomama Bronze incrust (d'aprs CHASSINAT. _Monuments Piot_, IV, pl. III).] Dans les bas-reliefs qui couvrent les parois de certains tombeaux, le haut des stles et divers autres monuments, on retrouve la mme recherche d'lgance et de grce, la mme perfection du model, qualits relles mais qui rendent ces bas-reliefs un peu moins puissants que ceux des priodes antrieures, parfois moins expressifs. Dans les temples, o la surface couvrir tait immense, la dcoration est traite gnralement d'une faon plus large, souvent plus sommaire, en relief l'intrieur du monument, en creux ou en relief dans le creux sur les faades extrieures, en raison de la vive lumire et suivant une mthode exclusivement gyptienne. _Peinture_ De plus en plus la peinture tend redevenir ce qu'elle tait l'origine, un art indpendant, et s'affranchir de la tutelle du bas-relief dont elle est en ralit la soeur ane. Les peintres ont plus souvent l'occasion d'exercer leur talent, maintenant que les tombeaux sont gnralement creuss dans une roche friable, qui ne permet pas l'emploi de la sculpture pour la dcoration; ils ont acquis une sret de main remarquable, et se laissent aller plus librement leur imagination et leur fantaisie. Les scnes prsentent toujours les mmes sujets, mais la manire de les traiter est plus personnelle, la recherche du motif pittoresque plus frquente; on continue nanmoins, pour les principales figures tout au moins, procder par teintes plates, simples, sans ombres, avec un lger sertissage noir ou rouge; les dtails sont faits en surcharge. Les motifs vgtaux abondent, qu'il s'agisse de bouquets ou de guirlandes faisant partie des scnes elles-mmes, de plantes agrmentant le paysage ou de frises courant au haut des parois. Sur les plafonds, des motifs rguliers reproduisent les modles employs pour les toffes ou la vannerie en couleur. [Illustration: _Fig. 241._ Bas-relief du tombeau de Kha-m-ha (photogr. de l'auteur).] [Illustration: _Fig. 242._ Bas-relief d'un tombeau de Tell el Amarna (photographie de l'auteur).] [Illustration: _Fig. 243._ Cueillette des raisins (tombeau de Pehsoukher, Thbes, XVIIIe dyn.).] C'est aussi la peinture qui contribue pour la plus large part la dcoration des difices civils, ainsi ces palais de Tell el Amarna et de Medinet Habou, dont il ne reste que les dallages en stuc, o sont peints avec une verve charmante des tangs entours de buissons o s'battent des animaux de tout genre. (Fig. _218_). Quant aux scnes peintes sur les trs nombreux sarcophages de l'poque, elles n'ont pas proprement parler un caractre artistique. Par contre les enluminures des papyrus funraires, Livre des Morts ou compositions mythologiques, sont souvent d'une relle beaut. _Arts industriels_ Les progrs continuent s'affirmer pour tout ce qui rentre de prs ou de loin dans la catgorie des arts industriels, sauf cependant en ce qui concerne les bijoux et les vases en pierre: le trsor d'Aahhotep et les autres objets de parure du muse du Caire, mme les splendides pices du Serapeum, aujourd'hui au Louvre, ne sont pas comparables, pour la perfection du travail, aux bijoux de Dahchour, de la XIIme dynastie; les procds sont cependant les mmes, sauf que dans l'incrustation, les pierres sont toujours remplaces par des maux et que la ciselure est aussi moins fine et moins dlicate. [Illustration: _Fig. 244._ Bijou de la XIXe dyn. (d'apr. MARIETTE. _Serapeum_, pl. XII).] Les vases de pierre sont beaucoup moins nombreux qu'autrefois, et l'on se contente le plus souvent de dposer dans les tombes de faux vases en bois peint de manire imiter les pierres les plus rares; il ne nous est gure parvenu que des vases d'albtre, trs beaux du reste de forme et de facture. Par contre les vases en mtal sont de plus en plus en faveur, et surtout les vases d'apparat en or et en argent, aux formes les plus varies, importes en Egypte de Syrie, de Phnicie, de Crte et des les grecques; les peintures et les bas-reliefs nous permettent d'apprcier ces merveilles d'orfvrerie. [Illustration: _Fig. 245._ Vases d'albtre. XVIIIe dynastie (d'aprs PETRIE. _Photographs_, No _186_).] L'industrie de l'mail prend au Nouvel Empire un dveloppement inattendu; trs habiles manier cette matire, les ouvriers gyptiens en font des vases de formes diverses, de ce beau bleu profond qui est presque inimitable des statuettes funraires, et plus tard quantit de petites figurines de divinits, sans parler des innombrables perles et autres objets de parure; enfin ils appliquent les maux polychromes la dcoration de certains difices. C'est de cette poque aussi que date l'invention du verre, non pas encore du verre souffl, mais du verre multicolore fondu, dont on faisait de charmants petits vases, dcoration ondule; ces vases taient non seulement employs dans le pays mme, mais servaient surtout d'objets d'exportation et ont t retrouvs un peu partout dans les pays mditerranens. Il est reconnu maintenant que cette importante invention, attribue autrefois tort aux Phniciens, doit tre restitue aux Egyptiens. [Illustration: _Fig. 246._ Fauteuil en bois dor (d'aprs QUIBELL. _Tomb of Yuaa_, pl. XXXII).] Les meubles sont gnralement simples de lignes et de formes, sobres d'ornementation, exactement appropris leur destination. Il en est cependant de plus soigns de travail, qui ont appartenu des rois ou des princes, et qui peuvent tre considrs comme de vritables oeuvres d'art; ce sont des fauteuils, des lits, des coffrets, mme des chariots dans lesquels n'entre pas seulement le travail de l'bniste, mais aussi celui du stuqueur, qui les couvre de dlicats bas-reliefs en gesso, et celui de l'ouvrier en cuir qui les orne de panneaux en cuir repouss ou incrust de diverses couleurs. Enfin les plus charmants peut-tre des objets d'art sont de simples ustensiles de toilette en bois sculpt ou ajour, parfois en ivoire, cuillres parfums, pots fard, oeuvres d'une fantaisie toute personnelle, donnant la mesure de ce quoi pouvaient arriver les ouvriers d'art gyptiens. C. CIVILISATION _Royaut_ Qu'il soit tout-puissant et matre d'un immense empire, ou rduit une seule petite province, le roi est toujours pour ses sujets un tre d'extraction divine dont l'autorit n'est pas contestable. Cette autorit repose sur la puret du sang royal, et nous voyons la plupart des rois du Nouvel Empire attacher plus de prix encore que leurs prdcesseurs cette question, et pouser de prfrence une demi-soeur, ne d'une mre plus noble que la leur, pour diminuer la quantit de sang vulgaire qui s'tait introduit dans leur race; parfois mme un dieu se chargeait d'infuser lui-mme l'enfant royal un sang divin plus pur encore, comme cela eut lieu pour Amnophis III. Quand un usurpateur montait sur le trne, il se htait d'pouser une princesse de ligne royale et lgitimait ainsi en quelque sorte son accession la couronne. Lors du morcellement de l'Empire, les roitelets qui se partagrent le pouvoir se rattachaient tous plus ou moins la vieille race pharaonique et avaient des droits sensiblement gaux, mais il tait curieux de constater que le sang royal le plus pur se conservait non plus chez des Egyptiens, mais chez des ngres, comme Pinkhi l'Ethiopien et sa famille. [Illustration: _Fig. 247._ Cuillre parfums. Louvre (croquis de M. Th. Delachaux).] La reine, ou plutt la favorite, puisque souvent les rois eurent plusieurs femmes, avait ct de son poux une place trs importante et souvent une grosse influence; il arriva mme certaines d'entre elles de monter sur le trne en qualit de roi d'Egypte. _Gouvernement_ Au moment o les rois de la XVIIIme dynastie runissent de nouveau toutes les parties du pays sous leur sceptre, la fodalit a entirement disparu et l'administration est centralise entre les mains d'un grand vizir et d'un nombre considrable de fonctionnaires subalternes; le roi garde du reste la haute main dans le gouvernement et tout se fait en son nom, qu'il s'agisse de travaux publics, de finances, d'affaires trangres ou de commerce. La justice, comme autrefois, est entre les mains d'une magistrature spciale, et les provinces asiatiques sont gouvernes par des indignes sous la surveillance d'officiers gyptiens, tandis que la Nubie est administre par un vice-roi nomm par le pharaon et qui est souvent un de ses fils. Nous avons vu l'influence grandissante du clerg d'Amon, arrte un moment par la rforme de Khounaten, reprendre de plus belle, et les grands prtres se saisir successivement du pouvoir effectif, puis d'une partie du pouvoir nominal. A partir de ce moment le pontificat cesse d'tre entre les mains d'une seule famille et chaque fois qu'une des dynasties rivales prend la prdominance sur les autres, elle installe sur le trne d'Amon un prince de sa race qui est plutt un gouverneur de la Haute Egypte qu'un grand prtre. Enfin les rois thiopiens suppriment cette dignit et installent Thbes une grande prtresse d'Amon, princesse de la famille royale; les rois sates ne font que confirmer cette charge en la confisquant au profit de leurs filles, afin que cet tat dans l'Etat demeure une force pour la couronne et non pas une menace. _Relations extrieures Commerce_ L'extension des frontires de l'Egypte vers le nord et le sud devait ncessairement favoriser le commerce qui prend un dveloppement considrable ds le dbut du Nouvel Empire. Les produits trangers affluent dans la valle du Nil, tant sous la forme de tributs livrs au roi lui-mme, que sous celle de marchandises d'change, et l encore il semble que tout se fasse par l'entremise du gouvernement. Ce ne sont pas seulement les pays soumis la suzerainet de l'Egypte, comme la Syrie, la Phnicie, la Palestine, la Nubie, qui y envoient leurs produits, mais des contres absolument indpendantes, comme Chypre, la Crte, les les grecques, le Soudan, le pays de Pount, grce des expditions maritimes qui avaient toujours un caractre officiel, l'Etat disposant seul de moyens suffisants pour faire marcher le trafic extrieur; ainsi l'on peut dire, presque avec certitude, que le gouvernement s'tait rserv le commerce international, ne laissant aux particuliers que le commerce intrieur. A cet effet, des lois protgeaient les industries locales et il tait interdit aux ouvriers spcialistes de passer l'tranger. L'valuation des marchandises se faisait en or ou en argent, au poids, et on se servait pour les changes d'anneaux de mtal qui, n'tant pas poinonns par l'Etat, devaient tre pess nouveau chaque fois; le plus souvent, du reste, on procdait simplement par change de denres, aprs entente. [Illustration: _Fig. 248._ Syriens apportant des vases, XVIIIe dyn. (photographie de l'auteur).] Quant la nature des marchandises importes, c'taient surtout, comme autrefois, des matires premires, mtaux, bois prcieux, ivoire, peaux et plumes, encens, et aussi des matires ouvres, entre autres ces merveilleux vases d'orfvrerie dont nous avons dj parl. En change, on donnait de la verrerie, des maux, sans doute des bijoux, en un mot tous les produits de l'industrie gyptienne, mais surtout des grains. _Vie civile Vtement_ Il n'y a pas de transformation notable enregistrer dans les conditions de la vie ordinaire, qu'il s'agisse des grands personnages ou des gens du commun; de mme les habitations n'ont gure vari. Par contre le costume subit un changement important: les gens du peuple ont bien toujours le pagne simple enroul autour des hanches, mais tout individu appartenant une classe un peu plus leve porte par-dessus ce pagne une ample robe en toile fine, parfois presque transparente, dont la forme et la coupe sont variables. De mme les femmes ne portent plus volontiers la robe courte et troite des anciens temps, mais un vtement analogue celui des hommes, un peu plus collant nanmoins sur le buste, largi du bas et tombant jusqu' terre; les manches sont parfois trs courtes, parfois longues et larges. L'un et l'autre sexe porte la perruque, des bijoux aux couleurs vives, colliers, bracelets et prisclides, et aux pieds de longues sandales en papyrus ou en cuir. Le costume royal est sensiblement le mme, bien qu'un peu plus riche, que celui des sujets. _Arme_ Les rois hyksos avaient amen de Syrie en Egypte le cheval, et cet animal qui s'tait rapidement acclimat dans le pays, offrait aux Egyptiens du Nouvel Empire un mode de locomotion nouveau; jamais ils ne songrent le monter, semble-t-il, mais ils l'attelaient de lgers chariots deux roues avec lesquels les grands personnages faisaient leurs tournes dans le pays. C'est cependant surtout au point de vue militaire que l'introduction du cheval eut pour les Egyptiens une grande importance, puisque dsormais la charrerie joua dans leurs armes le principal rle et qu'elle fut pour beaucoup dans la conqute de la Syrie. La mthode de combat subit donc une transformation: avant le choc qui devait amener la fin d'une bataille, la charge des escadrons de chars, les soldats qui montaient ces chars combattaient de loin avec leurs grands arcs; c'est mme la raison pour laquelle l'arc tait devenu l'arme favorite des rois. [Illustration: _Fig. 249._ Soldats gyptiens (Tombeau d'Amemheb. Thbes. XVIIIe dynastie).] L'infanterie est toujours compose en partie d'Egyptiens, en partie de mercenaires trangers qui sont sa vritable force, que ce soient, comme sous les Thbains, des Soudanais, des Shardanes ou des Libyens, ou, comme plus tard sous les Sates, des Grecs. Cette arme royale, dj institue sous le Moyen Empire, a t compltement rorganise en corps d'armes bien distincts sous un commandement commun, mieux quipe et mieux arme et surtout bien exerce. Aprs une campagne officiers et soldats recevaient leur part du butin, souvent en captifs qui taient employs la culture de terres mises par le gouvernement la disposition des soldats, et ces captifs, qui n'taient pas de vritables esclaves, se mlaient rapidement la population indigne. Le roi dcernait aussi, pour rcompenser les hauts faits de guerre, de vritables dcorations et autres distinctions honorifiques. _Marine_ Les rois d'Egypte avaient sous le Nouvel Empire une vraie marine de guerre que nous voyons parfois jouer le rle dcisif dans une bataille, mais c'tait surtout la marine marchande qui, avec l'extension du commerce, tendait prendre toujours plus de dveloppement. Les navires destins la mer taient semblables de forme et de grement ceux employs sur le Nil, mais plus grands et plus solidement construits; ils remontaient du reste le fleuve, mme jusqu' Thbes, et ainsi nous voyons sous Hatshepsou les mmes bateaux charger des marchandises dans le pays de Pount, au sud de la mer Rouge, et les dbarquer dans le port de la capitale: un canal souvent ensabl et aujourd'hui disparu, faisait alors communiquer un des bras du Nil, dans le Delta, avec le fond du golfe de Suez. Enfin les marins gyptiens donnent la mesure de leur audace et de leurs capacits quand, sous Nchao, ils s'embarquent pour leur grand voyage de dcouverte autour de l'Afrique, la premire en date de toutes les grandes expditions maritimes. [Illustration: _Fig. 250._ Vaisseaux de l'expdition de Hatshepsou au pays de Pount (d'aprs DUMICHEN. _Die Flotte einer g. Knigin_, pl. III).] _Agriculture. Elevage_ Le travail de la terre continue faire de grands progrs; l'outillage se perfectionne, on emploie maintenant des faucilles en mtal et des charrues plus puissantes; partout autour des villas on voit de beaux jardins, pleins d'arbres fruitiers, de vignes et d'arbres d'agrment. Partout on dfriche pour les livrer la culture les terrains qui n'taient autrefois que des pturages, et cela naturellement aux dpens de l'levage, qui diminue dans de fortes proportions. On ne voit plus que rarement de ces scnes si frquentes sous l'Ancien Empire, qui reprsentent des troupeaux d'animaux demi sauvages sous la garde de quelques ptres, et les grandes inspections du btail sont peine mentionnes; on n'emploie plus pour pitiner le terrain nouvellement ensemenc des troupeaux entiers de chvres ou de moutons, mais seulement quelques porcs qu'on devait lever dans les fermes et non plus en pleine campagne; l'ne n'est plus que rarement employ aux travaux des champs, et ce sont gnralement les hommes eux-mmes qui transportent les rcoltes; le dpiquage du grain pour lequel les quelques boeufs, qui d'autres poques de l'anne tirent la charrue, suffisent parfaitement, se fait d'une faon un peu diffrente. L'Egypte, consciente de son rle commercial dans le monde oriental, qui est de l'approvisionner de grains, consacre toutes ses forces dvelopper la culture au moyen de la main d'oeuvre humaine, quitte rduire au strict ncessaire tout ce qui a rapport l'levage. Seule la race chevaline, nouvellement introduite dans le pays, est l'objet de soins tout spciaux, sous le contrle royal, et prospre si bien qu'on finit mme, certains moments, par venir de Syrie chercher des chevaux en Egypte. Quant la question du chameau, elle n'est pas encore dfinitivement tranche; il semble nanmoins que si les Egyptiens l'ont connu, ils ne l'ont jamais utilis eux-mmes, et que son acclimatation dfinitive dans le pays, o il rend maintenant comme bte de somme des services inapprciables, ne date que de la conqute musulmane. [Illustration: _Fig. 251._ Scnes de labour et de semailles (Tombeau de Nakht. Thbes. XVIIIe dynastie).] _Pche et chasse_ Le dfrichement progressif de la valle du Nil avait fait disparatre non seulement les pturages, mais aussi les fourrs et les marcages qui taient pour les premiers Egyptiens de si beaux terrains de chasse et de pche. Avec les mmes engins qu'autrefois, on ne pouvait plus gure prendre du poisson que dans le fleuve et les canaux, et il ne se trouvait plus que peu de ces tangs o les oiseaux migrateurs venaient se prendre dans les grands filets; mme les parcs de chasse des grands seigneurs avaient presque tous disparu. Quand les rois chercheurs d'aventures voulaient s'offrir les motions d'une chasse mouvemente, ils profitaient de leurs campagnes pour aller au loin, jusque sur les bords de l'Euphrate, o ils trouvaient encore quelques lphants, des lions qu'ils abattaient par centaines et du gros gibier de toute sorte. _Industrie_ A ct de l'agriculture, l'industrie continue se perfectionner et nous avons de nombreux tableaux qui nous montrent les ouvriers occups leurs travaux ordinaires, que ce soient des ouvriers d'art ou des gens de mtier, tels que briquetiers, maons, sculpteurs, peintres, bijoutiers, joailliers, menuisiers, bnistes, corroyeurs, cordonniers, cordiers, chaudronniers, armuriers, forgerons, et d'autres encore. Leur outillage est toujours aussi simple qu'aux priodes prcdentes, presque rudimentaire, sauf que les couteaux, ciseaux et poinons de pierre ont dfinitivement disparu pour faire place des instruments de mtal, gnralement en bronze, parfois en fer. [Illustration: _Fig. 252._ Atelier de chaudronnerie (d'ap. NEWBERRY. _Life of Rekhmara_, pl. XVII et XVIII).] _Langue et Littrature_ La conqute de la Syrie et les relations constantes qui s'taient tablies de ce fait avec l'Asie antrieure, avaient exerc sur l'Egypte mme une influence considrable qui se remarque tout particulirement dans la langue. Un grand nombre de vocables nouveaux, emprunts aux idiomes smitiques, sont introduits dans le langage courant, soit pour exprimer des ides nouvelles ou nommer des objets inconnus auparavant, soit pour remplacer, sans raison apparente, de vieux mots gyptiens. Il est de bon ton, pour un scribe, d'mailler ses lettres ou ses compositions littraires du plus grand nombre possible de mots d'origine trangre. C'est de ces langues smitiques, plus rpandues que l'gyptien, qu'on se servait pour les relations extrieures, et toute la correspondance du roi d'Egypte avec ses vassaux syriens se faisait dans l'idiome mme de ces peuplades, que sans doute beaucoup de gens la cour comprenaient parfaitement. [Illustration: _Fig. 253._ Atelier de Cordonniers (d'aprs NEWBERRY. _Life of Rekhmara_, pl. XVIII).] Les textes du Nouvel Empire qui nous sont parvenus sont donc composs dans une langue moins pure que ceux de l'poque prcdente, mais ils sont aussi, sinon plus varis, et beaucoup plus abondants. Ce sont d'abord les crits historiques ou officiels, les rcits biographiques, les comptes rendus d'une campagne ou d'une conqute, les dcrets et les actes royaux, les odes dithyrambiques la louange d'un souverain, puis les ouvrages plus spcialement littraires, contes, posies, recueils de modles de lettres dans lesquels les jeunes scribes apprenaient leur mtier, livres de morale, hymnes en l'honneur du roi ou des dieux, dont plusieurs ont trouv place dans la grande compilation laquelle nous avons donn le nom de Livre des Morts et qui contient du reste surtout des morceaux plus anciens. Aprs cela vient encore la littrature pistolaire proprement dite, les procs-verbaux judiciaires, les crits scientifiques et mdicaux et les innombrables compositions magiques, religieuses ou mythologiques. [Illustration: _Fig. 254._ Ostracon hiratique (d'aprs DARESSY. _Ostraca_, pl. XLVI).] Certains de ces textes sont gravs ou peints sur les murailles des temples, sur les stles, sur les parois des tombeaux; d'autres, les plus nombreux, sont crits en hiratique, c'est--dire en cursive, sur des rouleaux ou des feuilles de papyrus ou mme parfois sur des tessons de vases ou des morceaux de pierre, auxquels nous donnons le nom d'_ostraca_. Les ouvrages religieux taient dposs dans le tombeau, ct du mort, pour lui servir de viatique dans l'autre monde, et parfois l'on y joignait aussi des textes littraires pouvant lui offrir un dlassement dans sa vie d'outre-tombe, mais la plupart des papyrus ont t retrouvs rouls et cachs dans des vases, au milieu des ruines de maisons anciennes; c'tait la manire de conserver les livres qui taient toujours en petit nombre chez les particuliers. Nous ne savons s'il existait dans le palais du roi ou ailleurs, de vraies bibliothques o l'on conservait les ouvrages de prix, avant l'poque o les Ptolmes runirent dans celle d'Alexandrie tout ce qu'ils purent rcolter de manuscrits anciens, les gyptiens sans doute aussi bien que les grecs. Le geste fanatique du calife Omar nous a privs d'une source inestimable de documents. [Illustration: _Fig. 255._ Fragment d'un contrat dmotique (d'aprs SPIEGELBERG. _Die demotischen Papyrus_, pl. LVI).] Jusqu'au Nouvel Empire, les seuls modes d'criture taient les hiroglyphes, et l'hiratique qui devient de plus en plus cursif; partir de l'poque sate, les scribes, force de chercher simplifier leur calligraphie, en arrivent tracer des signes qui ne rappellent plus que vaguement les hiroglyphes d'o ils sont drivs, ni mme l'lgant hiratique de la bonne poque. Il s'agit d'un nouveau genre d'criture, auquel on a donn le nom de _dmotique_ et qui finit par tre le seul employ partir des rois perses, pour les lettres, les contrats, les manuscrits de toute sorte, bref pour tout ce qui n'est pas destin revtir un caractre monumental. Ce passage de l'hiratique au dmotique correspond exactement la fin de l'autonomie de l'Egypte. C'est ce moment-l, quand des rois trangers viennent dfinitivement remplacer sur le trne des Pharaons les dynasties indignes, que nous pouvons considrer comme la fin de la civilisation gyptienne; celle-ci vgtera bien encore pendant quelques sicles, elle donnera mme dans certains domaines comme l'architecture par exemple, des manifestations originales et vraiment gyptiennes, mais elle ne prosprera plus et dgnrera rapidement. Cette vieille civilisation qui pendant tant de sicles a rayonn sur le monde ancien, lui donnant gnreusement tout ce qu'il y avait de bon en elle, est submerge son tour par les civilisations nouvelles; l'infusion d'un sang jeune se fit sans doute trop haute dose et, loin de la renouveler, ne put qu'acclrer sa ruine. Dsormais l'Egypte ne sera plus qu'une province du monde hellnique, puis du monde romain, au point de vue de la civilisation aussi bien que de la politique. [Illustration: _Fig. 256._ Amnophis, fils de Paapis (d'aprs LEGRAIN. _Statues et statuettes_, I, pl. LXXVI).] [Illustration: _Fig. 257._ Repas et danseuses. Peinture d'un tombeau thbain (XVIIIe dynastie).] INDEX _Les chiffres indiquent les pages: les chiffres entre parenthses les gravures._ A AAHHOTEP, 283. ABOUSIR, 138. ABRAHAM, 221. Abri, 63. ABYDOS, 95, 99, 102, 104, 121, 136, 137, 244, 267, 269. Acte, 295. Administration, 165-168, 219-220, 287. _Aegyptiaca_, 14. Aration, 150. AFRICAIN, 14, 15. Agate, 64, 74. Age du bronze, 58, 59. Age du cuivre, 58, 59. Age du fer, 58, 59. Age de la pierre, 55, 58. Agriculture, 32, 41, 68, 89, 95, 120, 179-182, 224, 292-293. AHMS I, 197, 230, 323. AHMS (amiral), 26. AHMS NOFRITARI, 231. A, 242. Aiguire, 111. Aire, 180. AKERBLAD, 17. Albtre, 81, 108, 109, 155, 202, 216, 283, 284. ALEXANDRE, 258. ALEXANDRIE, 297. Aliment, 143, 175 (v. Nourriture, Offrandes). Alos, 80. Alun, 206. AMASIS, 255, 256 (216). Ambassadeur, 240. _Am-Douat_, 274. Ame, 140, 141, 152, 211, 272, 278. AMLINEAU, 55. AMENEMHAT I, 191, 192, 219. AMENEMHAT III, 115, 193 (157), 194, 214, 218, 224. AMENEMHAT IV, 194. AMENMESES, 246. AMNOPHIS I, 231 (194), 232. AMNOPHIS II, 235. AMNOPHIS III, 26, 235-236 (198), 259, 265, 274, 286. AMNOPHIS IV, 26, 236, 237 (v. KHOUNATEN). AMNOPHIS, fils de PAAPIS, 236, 298. Amthyste, 110. AMON, 48, 235, 237, 238, 248, 250, 251, 268, 269, 287. AMSET, 49. AMYRTE, 257. Amulette, 75. Ancien Empire, 32, 81, 105, 109, 113, 123-187, 189, 194, 204, 212, 214, 215, 222, 225, 227, 249, 276. Ancien Testament, 13, 15. Ane, 89, 179, 180, 181, 184, 293. ANHOUR, 48. ANNA, 26. Anne, 28. ANTEF, 134, 190. Anthropode (cercueil ou sarcophage), 208 (170), 273 (234), 275. Anthropophagie, 41. Antilope, 88, 89, 174, 177, 178 (139), 224. Antimoine, 221. ANUBIS, 42, 43 (11), 48, 164. APEPI, 197 (v. APOPI). APOLLODORE, 14. APOPHIS, 198. APOPI, 26 (v. APEPI, APOPHIS). Appeau, 173, 175. APRIS, 255 (215), 256. ARABE, ARABIE, 140, 143, 147, 168. Arbre fruitier, 292. Arc, 224, 290 (v. Flche). ARCELIN, 54. ARCHIPEL, 12, 71, 121 (v. GRECE). Architecture, 91, 96, 102-106, 120, 125, 135-153, 200-212, 260-275. Architrave, 135. Argent, 279, 284, 288. Arme, 32, 56, 59, 65, 74, 86, 88, 89, 120, 208, 290. Arme, 132, 133, 218, 289-291. Armurier, 294. ARYEN, 84. ASARHADDON, 253, 254. ASIE MINEURE, 243, 244, 245. Assiette, 108. Assise (position), 70, 106. ASSOURBANIPAL, 253, 254. ASSYRIE, 26, 236, 243, 252, 253, 254, 255. ATEN, 237, 238 (200), 240. ATHOTHIS, 100. Autel, 137. Autruche, 80, 83, 88, 224. AVARIS, 196, 197, 199, 222, 229. Avnement, 28. Avenue, 263. AZAB, 117. B BABA, 125. BABYLONE, BABYLONIE, 12, 122, 195, 236, 243, 255. Bachot, 185. BAHR BELA MA, 54. Bandeau, 172. Bandelette, 182, 206, 275. Barbe, 171, 172. Barque, 91 (66), 138, 209, 210 (173), 225 (188) (v. Bateau). Barque sacre, 263, 269 (230). Barque solaire, 35 (6), 38, 39 (9), 138. Basalte, 81, 151. Bas-relief, 25, 32, 146, 158-161 (128), 201, 209, 214-215 (180), 263, 267 (228, 229), 270, 279-280 (241-242). Basse-cour, 175, 177 (137). Bassin, 137. Bateau, 80, 92, 147, 185 (150), 209, 225, 226 (v. Barque, Vaisseau). Bton, 87. BENI-HASSAN, 203, 204, 205 (164, 165), 221. BERBRE, 83. BERSHEH, 203. Btail, Bestiaux, 68, 85, 221, 225, 293. Bible, 251, 253 (v. Ancien Testament). Bibliothque, 296. Bibliothque nationale (Paris), 22. Bidis, 46. BINEKHS, 100. Bijou, 32, 85, 208, 216, 217 (183, 184), 228 (192), 283 (244), 289. Bijoutier, Bijouterie, 184 (147), 217, 294. BINOTHRIS, 100. Biographie, 26, 131, 147, 164, 228, 295. BIRCH, 20. BIRKET-KAROUN, 194. Bl, 107, 120 (v. Grain). BNN, 198. BOCCHORIS, 252, 253. BOTHOS, 100. Boeuf, 88, 89, 174, 177, 178 (138), 179, 180, 181, 224, 293. Bois, 91, 96, 103, 135, 173, 208, 211, 214, 260, 277, 285, 289. Boisseau, 181. Boisson, 166. BOKENRANF, 252. BONAPARTE, 16. Bonnet, 232. Bouchon, 107, 115, 119. Boulette, 177. Boumerang, 173, 224. Bouquet, 282. Bouquetin, 88. Bouteilles, 78. Bracelet, 75, 86 (60), 91, 110 (82, 83), 289. Brique, 92, 96, 102, 103, 104, 105, 135, 136, 138, 140, 143, 173, 196, 203, 211, 260, 277, 294. Bronze, 96, 155, 158, 279, 294. BRUGSCH, 20. BUBASTIS, 250, 251. Buste, 275. C Cachet, 115. Cachette, 276. Cadastre, 220. Cage, 175. CAIRE, 22, 25, 156, 157, 273, 283. Caisse canopes, 209. Calcaire, 81, 108, 150, 151, 155, 203, 268. CAMBYSE, 256, 257. Canal, 120, 179, 224, 292, 293. Canard, 89, 174. Canope, 209 (171), 273 (234), 274. Captif, 291. CARCHEMIS, 255. CARIE, 254. Carrire, 187. Cartonnage, 206, 273, 275. Cartouche, 115, 116, 190, 202, 244. Casse-tte, 86. Caveau funraire, 214, 273, 274 (v. Chambre funraire). Ceinture, 171. Cellier, 182. Cramique, 57, 59, 76-81 (37-57) (v. Vase, Poterie). Cercueil, 146, 208, 273 (234), 274. Crales, 68, 73, 180 (v. Bl, Grain, Orge). CHABAS, 20. Chacal, 118. Chaise, 154, 173, 274. CHALDE, 96, 122. Chambre des anctres, 22, 34 (5). Chambre funraire, 140, 141, 145, 148, 150, 151 (v. Caveau funraire). Chameau, 293. CHAMPOLLION, 18, 19, 20, 23. Champs d'Ialou et de Hotpou, 43, 278. Chapelle, 137, 143, 150, 151, 153, 203, 268. CHARDIN, 16. Char. Chariot, 229 (193), 231, 255, 290. Charrerie, 290. Charpentier, 92. Charrue, 89, 180, 292, 293. Chasse, 32, 41, 56, 74, 83-88, 89, 90, 92, 120, 146, 152, 173-177 (133-135), 223 (187), 224, 263-294. Chsse, 269. Chaudronnier, 111, 183, 294 (252). Chellen, 56, 62, 84, 86. Cheval, 225, 231, 289, 293. Chevet, 173, 206. Cheveux, 83, 171, 172. Chvre, 80, 89, 179, 180, 293. CHINE, 12. Chronologie, 27-29, 49-52, 198-200. CHYPRE, 168, 234, 288. Cire, 275. Ciste funraire, 72, 106. Ciseau, 66, 183. Ciselure, 283. Clan, 93, 166. Coffre, 173. Coffret, 110, 274, 283, 328 (262). Coiffeur, 172. Coiffure, 208 (v. Perruque). Collier, 74, 91, 171, 172, 217, 289. Colonnade, 262, 268. Colonne, 136 (107-109), 146, 151, 201, 204, 205, 260, 268. Colosse, 25, 263, 277. Commission d'Egypte, 16, 17, 18, 31. Commerce, 91, 121, 131, 248, 256, 287, 288, 289. Concubine, 170. Conte, 228, 296. Coquille, 74, 75, 86, 91. Cordage, 185. Cordier, 183. Cordonnier, 183, 294, 295 (253). Co-rgence, 214, 219. Cornaline, 64, 74, 210, 217. Correspondance, 26, 165, 241, 295. Corroyeur, 294. Corve, 219. Costume, 85, 170-172, 208, 222, 289 (v. Vtement). Cotte capitonne, 231. Couleurs, 161. Couloir, 150, 153. Coup-de-poing, 62, 86. Coupe, 76, 78 (v. Ecuelle). Cour, 152, 223, 260, 262, 263, 265 (224, 225). Couronne, 217 (184). Couteau, 56, 61, 65 (22-23), 66, 74 (33). Couverture, 173, 183. Crne, 84. CRTE, 12, 71, 91, 221, 284, 288. Crible, 181. Cristal de roche, 108. Crocodile, 83, 88. Cruche, 80. Cuillre parfums, 285, 286 (247). Cuir, 285, 289. Cuivre, 59, 93, 96, 111, 120, 121, 168. Culte, 41, 118, 125, 262, 268, 276. Cylindre, 96, 114 (90), 115, 122. CYRNAIQUE, 245. CYRUS, 256. D DADEFRA, 127 (100), 157. DADKARA-ASSA, 130. DAHCHOUR, 149, 162, 203, 283. Dallage, 260 (218). Danse, 86, 92, 147, 299 (257). DAPHNAE, 261. DARIUS II, 257. Dcret, 164. Dfrichement, 292, 293. DEIR EL BAHARI, 63, 233, 268. Dluge, 38, 63. Dmembrement, 71, 72, 106. Dmotique, 297 (255). Dnombrement, 178, 179. DEN-SETOUI, 116, 117. Dpiquage, 180 (142), 293. Description de l'Egypte, 16. Destruction des hommes par les dieux, 38. Diabase, 108. Diadme, 217 (184). Digue, 179. DIODORE DE SICILE, 14, 31. DIONYSOS, 41. Diorite, 108, 155. Divan, 173. DJESER, 125, 137. Dodcarchie, 254. Domestication, 89. DOUAMOUTEF, 49. Double, 276, 278 (v. _Ka_). Drogman, 13. DROVETTI, 23. Dynasties, 14, 15, 24, 28. Dyn. divines, 36-47. Dyn. de demi-dieux et mnes, 47-49. Dyn. thinites (I et II), 54, 58, 81, 85, 95-122, 124. Dyn. III, 124-125, 140, 143. Dyn. IV, 125-129, 144, 149, 157, 162, 185. Dyn. V, 129-131, 146, 151-152. Dyn. VI, 131-133, 143, 147, 153, 155. Dyn. VII-X, 133, 134. Dyn. XI, 189-191, 200, 202. Dyn. XII, 27, 191-194, 198-200, 203, 218, 219, 221, 228, 283. Dyn. XIII, 194-195, 198-200. Dyn. XIV, 194-195, 198-200. Dyn. XV, 198-200. Dyn. XVI, 198-200. Dyn. XVII, 196, 198-200, 229, 230. Dyn. XVIII, 219, 230-242, 250, 259, 260, 287. Dyn. XIX, 242-246. Dyn. XX, 246-249, 260. Dyn. XXI, 250, 271, 279. Dyn. XXII, 250-261, 252. Dyn. XXIII, 251-252. Dyn. XXIV, 252. Dyn. XXV, 253-254, 279. Dyn. XXVI, 254-257 (v. SAIS). Dyn. XXVII-XXX, 257-258. E Ebniste, 285, 294. Echange, 186, 289. Ecriture, 95, 96, 97, 113-115, 118, 120, 122, 125, 163-165, 296-297. Ecuelle, 78, 107, 108 (v. Coupe, Assiette). ELAM, 254. Elphant, 83, 88, 91, 294. ELPHANTINE, 36, 169. Elevage, 32, 68, 89, 120, 146, 177-179, 292-293. ELKAB, 136. Email, 283, 284, 289. Emblme, 46. Embryonnaire (position), 71. Enceinte, 150. Encens, 168, 220. Encre, 165. Enolithique, 58. Enfant, 169, 170. Enfants d'Horus, 49, 52 (13). Engraissage, 177. Ennade, 36, 48. Enseigne, 93, 118, 277. Eolithe, 61. ERATOSTHNE, 14. Ere, 28. Escabeau, 173. Escalier, 104, 137, 223. Etang, 260, 293. ETHIOPIE. ETHIOPIEN, 251, 252, 253, 254, 258, 287. Etoffe, 85, 226, 227, 282. ETRURIE, 221. Etui phallique, 85. EUPHRATE, 232, 234, 243, 294. EUSBE, 14, 16, 48, 50. _Excerpta Barbari_, 48. F Famille, 41, 169-170. Fard, 75. Faucille, 89, 180, 292. Faucon, 115, 118. Faune, 83. Fausse-porte, 141, 142 (112, 113), 163. Fauteuil, 173, 274, 285 (246). Fayence, 109-110 (v. Email). FAYOUM, 65, 211. Femme, 169, 170, 289. Fodalit, 134, 167, 219, 287. Fer, 58, 59, 294. Ferme, 177. Figue, 182. Filage, 182, 227 (190). Filet, 88, 175, 176 (135, 136), 177, 224. Filigrane, 217. Flche, 66 (26-29), 87, 175, 231. Flore, 83. Fonctionnaire, 119, 131, 219, 220, 287 (v. Administration). Forgeron, 294. Formule magique, 139, 152. Forteresse, 136, 212 (177), 261, 262. Foulage, 181 (143). Fourrage, 181. Frise, 282, 329 (263). Fruit, 107. Fusaole, 92. G Garde du corps, 166. Garde-manger, 175. Gazelle, 72, 73, 88, 89, 174. Gnies funraires, 49. GEORGES LE SYNCELLE, 14, 15. Gerbe, 180, 181. Girafe, 83, 88. Globulaire (vase), 109, 111. Gobelet, 76. Gomme, 162. GOSHEN, 222. Gouvernail, 185, 186. Grain, 89, 90, 107, 289, 293. Grand prtre, 249, 250, 269, 287. Grand vizir, 287. Granit, 108, 150, 155, 214, 268. Grattoir, 61, 65 (24, 25), 66, 74. GRECE, GREC, ILES GRECQUES, 12, 13, 14, 27, 83, 91, 127, 220, 221, 234, 245, 256, 261, 275, 284, 288, 290. Grenat, 110. Grenier, 181. Grs, 108, 268. Groupe, 154, 155 (124). Grue, 89, 174. Guridon, 173. Guirlande, 282. H Habitation, 63, 68, 84 (v. Maison). Hache, 62, 64 (19, 20), 66, 87, 92, 323 (261). HAKORIS, 258. Hameon, 88, 120, 175. HAMY, 54. HAPI, 49. Harpiste, 228. Harpon, 74, 88 (64), 174, 224. HATSHEPSOU, 232, 233, 268, 291. HAWARA, 203. HBREUX, 15, 259. HLIOPOLIS, 36, 37, 48, 49, 123, 129, 137, 139, 237. Hmatite, 77. HRACLOPOLIS, 134, 189. HERKHOUF, 26, 131, 169. Herminette, 64 (21), 66, 92, 183. HRODOTE, 13, 31, 128, 193, 253. Hron, 173. HIRACONPOLIS, 102, 105, 114, 137. Hiratique, 33, 165, 296, 297. Hiroglyphes, 122, 163-165, 207, 297. Hirophyphiques d'Horapollon, 14. Hippopotame, 76, 83, 88, 92, 94 (67), 174. HITTITES, 243, 244, 245. HOR-AOUABRA, 214 (179). HORAPOLLON, 14. HOREMHEB, 241 (204), 242. HORUS, 42, 43, 44, 43 (12), 46, 47, 48, 93, 96, 98, 102, 124, 257. HOTEP-SEKHEMOUI, 101. Houe, 89. HOUNI, 125, 126. HRIHOR, 249, 250. Huile, 107. Hutte, 68, 84. Hyne, 177, 178 (139). HYKSOS, 24, 195-197, 198, 200, 218, 222, 229, 230, 231, 233, 270, 289. Hymne, 296. Hypoge, 32, 147-148, 204, 271, 273. Hypostyle, 244, 262, 263, 266 (226, 227), 269. I IALOU, 43, 278. IANNIAS, 198. Ibis, 118. ILLAHOUN, 203. Importation, 221. Incrustation, 279, 283, 285. INDES, 62. Industrie, 92, 120, 182-184, 226-227, 248, 256, 294. Inhumation secondaire, 72. Inondation, 82, 224. Inscription, 113-118, 160. Inspecteur, 219. IONIE, 254. Isis, 37, 40 (10), 41, 42, 44, 46, 48, 97, 125. ISRAEL, 15, 259. ITALIE, 71, 83. Ivoire, 75, 86, 122, 220, 285, 289. J JAHVEH, 39. Jardin, Jardinage, 120, 182, 261, 292. Jarre, 107 (73), 115, 119, 182. Javeline, 231. JRUSALEM, 253. Jeu, 32, 147. Jeux gymniques, 32. Joaillerie, 184 (147), 217, 294. JOPP, 26. JOSEPH, 222. JOSPHE, 14. JOSU, 259. JUDE, JUIFS, 14, 15, 251. Juge, 166. Jupon, 222. Justice, 220, 287. K _Ka_, 139, 144, 152, 153, 210, 214, 277, 278. KAIEKHOS, 100. KAMARES, 220. KAMERIRA, 134. KAMS, 197. KAQEMNA, 228. KARNAK, 22, 34, 233, 235, 243, 244, 264 (223), 266 (226), 267 (228), 268, 276. KAROMAMA, 280 (240). KEBHSENOUF, 49. KENKENS, 100. KESEM, 222. KIRCHER, 16. KHA, 274. KHAAOU, 51. KHABIROU, 259. KHAFRA, 128 (v. KHEFREN). KHA-M-HA, 280. KHA-SEKHEMOUI, 101 (69), 104, 106, 114, 116 (94), 117. KHEFREN, 127 (101), 128, 150, 157 (127). KHENDI, 195. KHENT-KHITI, 49. KHENZER, 195. KHOPS, 126 (99), 127, 128, 129, 149, 180, 228 (v. KHOUFOU). KHITI, 134. KHNOUM, 36. KHONSOU, 48, 263 (221), 264 (223). KHOUFOU, 26, 127. KHOUNATEN, 236 (199), 238, 241, 248, 287. KHOUT-ATEN, 238. KHOUOU, 49. _Kjoekkenmoedding_, 68, 69, 73, 89. KOPTOS, 134. KOUMMEH, 193. L Labour, 164, 179 (140), 180, 292 (251). Labyrinthe, 193, 194. LAC MOERIS, 193, 194, 224. Lac sacr, 270. Lacet, 88. Lait, 89. LAKISH, 253. Lambrissage, 103. Langue, 228, 294, 295. Lapis-Lazuli, 216, 217. Lasso, 88, 175, 178, 224. Lgume, 182. LEPSIUS, 19, 20. Lettre, 241, 296. LIBYE, LIBYEN, 83, 85, 100, 125, 130, 193, 232, 243, 245, 247, 250, 255, 290. LICHT, 203, 213. LIEBLEIN, 199, 259. Ligne, 88, 175, 224. Lin, 181 (144). Linceul, 206. Linge, 274. Lion, 88, 174, 224, 294. Liste d'offrandes, 164. Liste royale, 14, 21-25 (2, 3, 5), 117. Lit, 173, 274, 285. Litire, 184 (148). Littrature, 165, 197, 227-228, 294-296. Liturgie, 41. Livre des Morts, 274, 283, 296. Livre de Sothis, 14. Lotiforme (colonne), 136 (109), 201. Louvre (muse), 156, 157, 283. LOUXOR, 63, 264 (222), 265 (224). M Maon, 294. Magasin, 104, 105, 140, 150, 152, 211. Magdalnien, 56. Magie, 41, 228. Maillet, 183. Maillot, 206. Maison, 84, 173, 208, 211, 212 (176), 222, 261 (219). MAT, 47. MANTHON, 14, 15, 27, 35, 36, 46, 47, 48, 49, 50, 99, 100, 125, 126, 129, 130, 131, 133, 134, 190, 191, 195, 198, 200, 230, 249. Manicure, 172. Manteau, 85, 172, 222. Marais, 82, 173. Marche, 186 (151), 187. Mariage, 41, 286. MARIETTE, 19. Marine, 291-292 (250) (v. Navigation). Marteau, 61. MASAHERTA, 250. MASHAOUASH, 250. _Masniti_, 46. Masque, 205 (166), 206, 273, 275. Massue, 87 (62-63). Mastaba, 32, 139-148, 203, 209, 272. Mt, 185, 186, 263. Matelas, 173. Mdecine, 41, 100, 165, 166, 296. MEDINET HABOU, 247, 262 (220), 265 (225), 282. MDITERRANE, 71, 81, 83, 91, 121, 225, 255, 284. MEIDOUM, 148, 162. MEKHA, 51. MEMPHIS, 36, 100, 101, 102, 123, 124, 125, 133, 134, 137, 192, 193, 253. MENDES, 97, 258. MNS, 29, 44, 50, 51, 52, 54, 59, 95, 96, 98, 99, 100, 124. MENEPHTAH, 245-246 (208), 247, 259. MENKAOUHOR, 130. MENKAOURA, 128 (v. MYCRINUS). MENTOUHOTEP, 134, 190 (154), 191, 201, 202. Menuisier, 183 (146), 226 (189), 294. MERBAPA, 117. Mercenaires, 133, 254, 258, 290. MERENRA, 132 (106), 158. MERIT, 274. MER ROUGE, 91, 96, 121, 168, 220, 226, 255, 292. MERSEKHA, 114, 117. MSOPOTAMIE, 122. Mtal, 46, 58, 221, 277, 279, 289, 294. Mtallurgie, 93. Mtier, 32, 182 (v. Industrie). Mtier tisser, 41, 227 (190). Meuble, 32, 110, 146, 183, 285. Meule, 180. MIBIS, 100, 117. MILO, 121. Mine, 187. MITANNI, 26, 236. Mobilier funraire, 33, 73-76, 120, 146, 163, 208, 271, 274. MOERIS (lac), 193, 194, 224. Mose, 259. Moisson, 145, 164, 180 (141), 313 (259). Mollusque, 88. Momie, 42, 139, 144, 146, 154, 206 (167), 272 (233), 273, 275. DE MORGAN, 55, 105. Moulin, 90. Moustaches, 171. Moustrien, 56, 57. Mouton, 179, 180, 293. Moyen Empire, 32, 124, 134, 162, 189, 228, 249, 276, 290. Mur, 196. Muse Britannique, 22. Musique, 32. MYCRINUS, 128, 129 (103), 150. N NABUCHODONOSOR, 255. Nacelle, 90 (65), 173, 185 (149). Nacre, 75, 85. Nain, 169. Naos, 202, 263, 269. NAPATA, 252. Nasse, 88, 177. Natron, 206. Natte, 72, 173, 182 (145), 183, 208. Navigation, 90, 184-186, 225-226 (v. Marine). NAVILLE, 202. Navire, 291. NEBKA, 125. NEB-RA, 101. NCHAO I, 254. NCHAO II, 255, 292. Ncropole, 69, 72, 93. NECTANBO I, 258 (217). NECTANBO II, 258. Nef, 186. NEFERARKARA, 130. NEFERHOTEP, 195 (158). NEFERKARA, 134. NEGADAH, 95, 102, 104-105. Ngre, 195, 232, 234. NEHASI, 195. NEHEB, 51. NEKHROPHS, 125. NEKHTHORHEB, 258 (217). _Nekyes_, 49. NENOUTER, 101. Nolithique, 54, 58. NEOUSERRA-AN, 130 (104), 138. NEPHERITS, 258. NEPHTHYS, 48. Niche, 103, 105, 141. NIL, 82 et _passim_. Nilomtre, 224. NIMROD, 251, 252. No, 39. Nom d'Horus, 116, 118. Nomarque, 218, 219, 220. Nome, 166, 167. NOUIT, 38, 39 (9). Nourriture, 166, 222. NOUTERKHA, 125. Nouvel Empire, 27, 29, 32, 81, 162, 200, 208, 210, 229-298. NUBIE, 132, 169, 190, 192, 193, 212, 234, 242, 243, 287, 288. _Nuclus_, 65, 67. O Oasis, 62, 193. Oblisque, 137, 138, 233, 263. Obsidienne, 108, 121, 216. Ode, 295. OEuf, 89. Offrandes, 141, 145, 276. Oie, 89, 174, 177. Oiseau, 75, 173, 175, 294. OMAR, 297. Opration chirurgicale, 147. Or, 110, 111, 121, 184, 217, 284, 288. Oracle, 129. Orfvrerie, 217, 284 (v. Bijouterie, Joaillerie). Orge, 73, 107, 120. Ornement de corps, 73, 74 (v. Bijou). OSIRIS, 40 (10), 41, 42, 47, 48, 97, 164. OSORKON, 250-251 (212), 252. Ostracon, 296 (254). Otage, 234. OUADI-HAMMAMAT, 132. OUAZAND, 51. OUNPHS, 100. OUNA, 26, 131. OUNAS, 131, 152. Oursin, 75. OUSAPHAIS, 100. OUSERKARA, 131. OUSERKAF, 130. OUSERTESEN, 192 (v. SENOUSRIT). _Oushabti_, 210, 211 (175), 274, 278 (238), 328 (262). Outil, 32, 56, 57, 59, 65, 66, 67, 120. Oxyrhinque, 164. P PAAPIS, 236, 298. Pagne, 170-171, 222, 289. Paille, 181. Palais, 118, 136, 211, 224, 260, 282. Palolithique, 54, 57, 58, 60. PALESTINE, 12, 26, 62, 130, 234, 247, 259, 288. Palette, 75. Palmiforme (colonne), 136 (107), 201. PANKHI, 250. Panodore, 50. Panthre, 88, 112, 174. Papyriforme (colonne), 136 (108), 201. Papyrus, 33, 90, 165, 197, 227 (191), 228, 274, 283, 296. Papyrus Harris, 26, 248. Papyrus royal de Turin, 15, 22-24 (3), 27, 35, 37, 46, 47, 48, 49, 50, 194. Parc de chasse, 223 (187), 224, 294. Parfum, 146, 166, 208, 216. Patriarches, 221. Pturage, 292, 293. Paysan, 219, 228. Peau, 72, 85, 289. Pche, 32, 56, 74, 88, 95, 120, 146, 181, 173-177 (136), 224, 293-294. Pectoral, 216 (183), 217. Pdicure, 172. Peigne, 75, 86 (61), 92. Peintre, 183. Peinture, 32, 161-162, 215-216, 280-283, 294. PLUSE, 196. Pendeloque, 75, 92. PENTAOUR, 244. PPI I, 132 (105), 157. PPI II, 132-133, 134, 169. PERABSEN, 116, 117. Percepteur, 219. Peroir, 183. Percuteur, 66, 67. Perdrix, 88. Priode sothiaque, 28. Priple, 255, 292. Prisclide, 289. Pristyle, 223. Perles, 74, 86, 110, 284. Perruque, 171, 274, 289. PERSE, 257, 258. Perspective, 159, 160. PETRIE, 55. PHNICIE, 284, 288. PHILAE, 125. PHILISTINS, 247. PIANKHI, 251, 252 (213), 253, 286. Pidroit, 139. Pige, 88. Pierre de Palerme, 24-25 (4), 99-101. Pierre de Rosette, 11 (1), 17. Pigeon, 89. Pilier, 135, 139, 146, 151, 202, 204. Pinceau, 162. PINODJEM, 250. Plafond, 282. Plancher, 103. Planchette, 273 (234). Plaque de schiste, 75 (34-36), 76, 111, 112 (87), 114. Plaquette, 110, 114 (89). Plateforme, 137, 147. Pltre, 275. PLINE LE JEUNE, 14. Plume, 289. PLUTARQUE, 14. POCKOKE, 16. Pome, 228, 244. Posie, 296. Poignard, 53 (14), 74, 87, 110 (84), 111, 197 (160), 217. Poinon, 62, 66, 74. Pointe de flche, 56, 66 (26-29), 87, 111 (85-86). Pointe de javelot, 56, 87, 88. Pointe de lance, 56, 88. Poisson, 75, 88, 164, 173, 174, 175, 177, 293. Polissoir, 77. Polychromie, 161. Porc, 293. Porphyre, 81, 108. Porte-ventail, 119. Porte-sandales, 119. Portire, 182. Portique, 138, 150, 152, 204. Poterie genne, 121. Potier, 92. POUNT, 168, 220, 232, 234, 288, 292. Prdynastique, 60, 63-94. Prhistorique, 21, 35, 54. Pressoir, 181 (143). Prtre, 129, 130, 131, 166, 237. Protocole, 115-118. PSAMMTIQUE I, 254 (214), 255. PSAMMTIQUE II, 255. PSAMMTIQUE III, 256. PSOUSENNS, 250. PTAH, 36-37 (7). PTAHHOTEP, 228. PTOLMES, 14, 17, 297. Puits, 205, 275. Pylne, 262, 263, 264 (222, 223), 277. Pyramides, 123 (97), 125, 126, 127, 128 (102), 129, 131, 138, 148-153 (119-120), 202 (163), 203, 268. Q QEB, 39 (9), 40. Quartz, 108. R RA, 35 (6), 37-39, 137, 138, 237. Racloir, 62, 74 (v. Grattoir). Raisin, 181 (143), 282 (243). Rame, 80, 186. RAMESSEUM, 266 (227). RAMSS I, 242. RAMSS II, 244-245 (207), 248, 250, 259, 266, 276 (235), 277 (236). RAMSS III, 25, 246-248 (209), 261. RAMSS IV-XII, 248-249, 270. RATOISS, 127. Rcolte, 85, 180. Recrutement, 32. Rgence, 232. Registre, 220. Rquisition, 219. RHAMPSINITE, 26. Rhinocros, 88. Rites funraires, 42. Robe, 85, 172, 289. ROBOAM, 251. ROME, 27, 275. Roseau, 90. DE ROUG, 20. Royaut, 115, 165-167, 217-219, 285-286. S SABACON, 252, 253. DE SACY, 17. SAHOURA, 130, 151. SAIS, SAITE, 252, 254, 257, 258, 260, 261, 275, 279, 290. SALATIS, 198. Sanctuaire, 84, 262, 263, 268, 269, 270 (v. Temple, Chapelle). Sandale, 171, 289. SAQQARAH, 123, 125. Sarcophage, 33, 145 (117), 146, 149, 153, 206, 207 (168-169), 209, 270, 273 (234), 274, 275 (v. Cercueil, Anthropode). SARGON, 252. Satire des mtiers, 33. Scarabe, 25. Sceau, 119. Sceptre, 208. Scie, 183. Science, 100, 165, 197, 228, 296. Scribe, 33, 154 (123), 156 (126), 167. Sculpture, Sculpteur, 92, 112, 153, 161, 183, 212-215, 275-281, 294. SEANKHKARA, 191. SEBEKHOTEP, 195. SEBEKNEFROU, 194. SEBENNYTOS, 258. SEKA, 51. SEKHET, 38 (8). Semailles, 145, 179, 180, 292 (251). SEMEMPSS, 100, 117. SMITE, 84, 96, 121, 127, 221 (186). Smitisme, 295. SEMNEH, 193. SENOUSRIT I, 191 (155), 192, 213, 219. SENOUSRIT II, 216 (183). SENOUSRIT III, 192 (156). SENNAKHRIB, 253. SEQNENRA, 26, 197, 198 (161). Srapum, 19, 283. _Serdab_, 143, 163, 210. Serf, 219. Sertissage, 282. Service des Antiquits, 20. SSOSTRIS, 192, 244. SET, 41, 42, 43, 44, 45 (12), 46, 47, 48, 93, 97, 101, 117, 124. STI I, 242-244 (205), 266, 267. STI II, 246. SETNEKHT, 246-247. SHABATOKA, 253. SHARDANE, 250, 290. _Sheikh-el-Beled_, 6 (frontispice), 156 (125). SHEPSESKARA, 130. SHESHONQ, 250, 251. _Shesou-Hor_, 35, 50. SHOU, 39 (9), 48. SI-AMON, 250. Silex, 32, 53-67 (14-29), 74, 75, 86 (60), 92, 96, 110 (84), 111 (85-86), 120, 231. Silure, 164. SINAI, 100, 114, 121, 127, 129, 130, 132, 168, 190, 193. Singe, 182. SINOUHIT, 26, 228. SIOUT, 134, 189, 218. SIPHTAH, 246, 272 (233). SISAK, 251. SMENDS, 250. SNEFROU, 126, 143, 149, 161. Soldat, 218 (185), 290 (249). Soleil, 130 (v. Ra). Solutren, 56, 57. SOMALIS, 54, 168, 220. SOTHIS, 28. Soubassement, 105. SOUDAN, 12, 83, 130, 169, 193, 220, 232, 234, 252, 288, 290. Sphrode (vase), 109 (80). Sphinx, 128, 150, 189 (153), 201, 214, 263. Statue, 112, 113, 144, 152, 153-158, 160, 197, 201, 202, 210, 213, 214. Statuette, 210, 211 (174). Statuette funraire, 210, 211 (175), 274, 278 (238), 284. Statopygie, 84. Stle, 104, 105, 114, 115, 119, 125, 138, 141, 143, 203, 280, 296. Store, 208. STRABON, 14, 31. Stuc, 260, 285. SUEZ, 196. Syphilis, 84. SYRIE, SYRIEN, 26, 127, 168, 190, 193, 220, 232, 234, 235, 243, 245, 246, 247, 250, 252, 253, 255, 284, 288, 289, 290, 293, 294. Syringe, 270. T Table d'offrandes, 143 (114, 115), 163. Tablette, 26, 236, 240 (202). TAFNEKHT, 252. TAHARQA, 253, 254. TAKELOT, 251. Talisman, 76. TANIS, 132, 250. TANOUTAMON, 254. TAOUSERT, 246. Tapis, 183. Tatouage, 86. TEKA, 51. TELL EL AMARNA, 26, 236, 237, 238, 239, 240, 241, 275, 281, 282. Temple, 106, 118, 131, 135, 136-138, 200, 201, 214, 233, 236, 262-270, 276, 280. Tenture, 182. TOS, 258. Terrasse, 202, 268. Terre cuite, 74. TESH, 51. TETI, 131. Textes religieux, 164, 208, 227, 228. THEBES, 134, 190, 192, 194, 196, 200, 218, 235, 237, 238, 242, 250, 251, 252, 253, 254, 261, 274, 287, 290, 291. Thologie, 165, 166. THII, 236. THINIS, 49, 98, 102. THOT, 39 (9), 42, 44, 45, 47, 48. THOUTMS I, 232 (195). THOUTMS II, 232. THOUTMS III, 26, 232, 233 (196), 259. THOUTMS IV, 229, 234 (197), 235. Tissage, 92, 182, 227 (190). Titulature, 101, 115-118, 124. Toilette, 166, 172 (132). Toit, 186. Tombeau, 31, 32, 33, 59, 64, 69, 76, 102-106, 119, 126, 135, 139-153, 154, 158, 161, 162, 202-211, 268, 270-275, 277, 278, 280, 296. Tortue, 75. TOSORTHROS, 125. Totem, 93. TOUAA, 274. TOUAREGS, 62. TOUTANKHAMON, 240 (203), 242, 274. Traneau, 187. Trait, 245. Transport, 219. Trsor, 263. Tribu, 41, 46 (v. Clan). Tribunal d'Osiris, 43. Troubleau, 177. Troupeau, 292, 293. Tuberculose, 84. TUNISIE, 245. TURIN, 23, 274. Turquoise, 217. TYPHON, 41. U Ustensile, 32, 146, 274, 285. V Vache, 178. Vaisseau, 186. Vannage, 181, 322 (260). Vannerie, 78, 80, 183, 282. Vase parfum, 274. Vase en bois, 283. Vase en mail et en verre, 284. Vase en mtal, 217, 283-284, 289. Vase en pierre, 59, 81, 92, 107-109, 163, 183, 187, 121, 208, 216-283, 284. Vase en terre, 32, 73, 76-81, 107-108, 163, 209, 216. Vendange, 146, 181. Ventilation, 223. Vergue, 185. Verre, 284. Vtement, 32, 41, 120, 146, 166, 170-171, 222, 274 (v. Costume). Viande, 73, 107. Vigne, 120, 181, 282 (243). Village, 64, 67-68, 80, 84, 93. Vilebrequin, 108. Ville, 41, 211, 219, 222. Vin, 107. Vizir, 166. Voile, 185, 186, 225. X XOIS, 194. Y YOUAA, 274. YOUNG, 17. Z ZERAKH, 251. [Illustration: _Fig. 258._ Tte de femme (XVIIIe dynastie).] [Illustration: _Fig. 259._ Moissonneurs portant la rcolte (Tombeau d'Anna, Thbes, XVIIIe dynastie).] BIBLIOGRAPHIE Liste des principaux ouvrages concernant les divers domaines de l'Egyptologie. Les titres prcds d'un astrique sont ceux des livres qu'on peut se procurer le plus facilement. A. OUVRAGES GNRAUX I. HISTOIRE *FR. W. VON BISSING. _Geschichte Aegyptens im Umriss._ Berlin 1904. *J. H. BREASTED. _A History of Egypt._ New-York 1905. H. BRUGSCH. _Geschichte Aegyptens unter den Pharaonen._ Leipzig 1877. *E. A. WALLIS BUDGE. _A History of Egypt._ 8 vol. (Books on Egypt and Chaldaea IX-XVI.) Londres 1902. FR. LENORMANT. _Histoire Ancienne de l'Orient_. T. II et III. Les Egyptiens (9e dit.). Paris 1887. *J. LIEBLEIN. _Recherches sur l'histoire et la civilisation de l'ancienne Egypte._ Leipzig 1910-11. -- _Recherches sur la chronologie gyptienne._ Christiania 1873. F. J. LAUTH. _Aus Aegyptens Vorzeit._ Berlin 1881. G. MASPERO. _Histoire ancienne des peuples de l'Orient classique._ 3 vol. Paris 1895-99. -- _Histoire ancienne des peuples de l'Orient_. 1 vol. 6e dit. Paris 1904. ED. MEYER. _Geschichte des Altertums_ I et II. (En cours de publication.) Stuttgart 1909. -- _Histoire de l'Antiquit._ I-VIII. (En cours de publ.) Paris 1912. -- _Aegyptische Chronologie._ Berlin 1904. *W. FL. PETRIE. _A History of Egypt_. 3 vol. Londres 1899-1905. G. F. UNGER. _Chronologie des Manetho._ Berlin 1867. A. WIEDMANN. _Aegyptische Geschichte._ Gotha 1884. LISTES ROYALES E. BRUGSCH et U. BOURIANT. _Le Livre des rois._ Le Caire 1887. E. A. WALLIS BUDGE. _The Book of the Kings of Egypt._ 3 vol. Londres 1908. H. GAUTHIER. _Le Livre des rois d'Egypte._ 5 vol. (Mm. de l'Inst. fr. d'Arch. orient. du Caire, t. XVII-XXI.) Le Caire 1907-1918. C. R. LEPSIUS. _Knigsbuch der alten Aegypter._ 2 vol. Berlin 1858. 2. GOGRAPHIE E. AMLINEAU. _La gographie de l'Egypte l'poque copte._ Paris 1893. *K. BDEKER (G. STEINDORFF). _Egypte et Soudan._ (3e dit. fran.) Leipzig 1898. *G. BENEDITE. _Egypte_ (Guide Joanne.) Paris 1900-1905. H. BRUGSCH. _Geographische Inschriften altgyptischer Denkmler._ 3 vol. Leipzig 1857-1860. -- _Dictionnaire gographique de l'ancienne Egypte._ Leipzig 1879. J. F. CHAMPOLLION. _L'Egypte sous les Pharaons._ 2 vol. Paris 1814. J. DUMICHEN. _Geographie des alten Aegyptens_ (dans MEYER. _Gesch. Aeg._ 1re edit.) Berlin 1887. -- _Zur Geographie des alten Aegyptens._ Leipzig 1894. J. DE ROUG. _Gographie ancienne de la Basse Egypte._ Leipzig 1894. _An atlas of ancient Egypt._ (Publ. of the Egypt Exploration Fund.) Londres 1894. E. SCHIAPARELLI. _La Geografia dell'Africa orientale._ Rome 1916. 3. RELATIONS EXTRIEURES F. W. VON BISSING. _Der Anteil der aegyptischen Kunst am Kunstleben der Vlker._ Munich 1912. W. M. MULLER. _Asien und Europa nach aegyptischen Denkmlern._ Leipzig 1893. -- _Egyptological Researches_ (2 vol.). Washington 1906-1910. *W. M. FL. PETRIE. _Egypt and Israel._ Londres 1911. R. WEILL. _Recueil des inscriptions gyptiennes du Sina._ Paris 1904. 4. CIVILISATION H. BRUGSCH. _Die Aegyptologie._ Leipzig 1891. F. CHABAS. _Etudes sur l'Antiquit historique._ (3e dit.) Paris 1873. *AD. ERMAN-RANCKE. _Aegypten und aegyptisches Leben im Altertum_ (2e dit.). Tbingen 1923. *V. 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Ptah 37 8. Sekhet 38 9. Nout portant la barque solaire: Shou et Qeb; Thot 39 10. Osiris et Isis 40 11. Anubis embaumeur 43 12. Set et Horus runissant les deux parties du pays sous l'autorit du roi 45 13. Les Enfants d'Horus 52 14. Poignard en silex 53 15-18. Instruments palolithiques 61 19-21. Haches et herminette en silex 64 22-25. Couteaux et grattoirs en silex 65 26-29. Pointes de flches en silex 66 30. Tombeau prdynastique 69 31. Tombeau prdynastique 70 32. Tombeau prdynastique 71 33. Couteau en silex 74 34-36. Plaques de schiste 75 37-41. Vases rouges bord noir 77 42-46. Poterie rouge 77 47-49. Vases rouges dcor blanc 78 50-51. Vases cordon 79 52-54. Vases peints 79 55. Vase peint 80 56-57. Poterie grossire 81 58. Sanctuaire primitif 84 59. Figurines d'ivoire d'poque archaque 85 60. Bracelet en silex 86 61. Peigne en os 86 62-63. Massues 87 64. Harpon en os 88 65. Modle de nacelle en terre cuite 90 66. Barque prhistorique. Graffito 91 67. Hippopotame en terre cuite 94 68. Vue perspective du tombeau de Negadah 95 69. Tte de Kha-Sekhemou 101 70. Plan d'un tombeau royal Abydos 103 71. Stle royale d'Abydos 104 72. Tombe d'poque thinite 106 73. Jarre en terre 107 74-75. Vases cylindriques en terre 108 76-79. Coupes en pierre dure 108 80-81. Vases de pierre 109 82-83. Bracelets de la Ire dynastie 110 84. Poignard en silex poigne d'or 110 85-86. Pointes de flches 111 87. Plaque de schiste 112 88. Statue archaque, Turin 112 89. Tablette en bne 114 90. Empreinte de cylindre 114 91. Protocole du roi Amenemhat III 115 92. Noms de rois de la Ire dynastie 116 93. Nom du roi Perabsen 116 94. Nom du roi Kha-Sekhemou 116 95. Nom du roi Den-Setou 116 96. Chien en ivoire 122 97. La pyramide degrs de Saqqarah 123 98. Bas-relief de Snefrou au Sina 126 99. Khops 126 100. Dadefra 127 101. Khefren 127 102. La grande pyramide et le sphinx de Gizeh 128 103. Mycrinus 129 104. Neouserra 130 105. Pepi I 132 106. Merenra 132 107. Colonne palmiforme 136 108. Colonne papyriforme 136 109. Colonne lotiforme 136 110. Le temple du Soleil Abousir 137 111. Plan d'un mastaba de la IVme dynastie 140 112. Fausse-porte de Nefer-Seshem-Ptah 141 113. Fausse-porte de la Vme dynastie 142 114-115. Tables d'offrandes de l'Ancien Empire 143 116. Mastabas prs de la grande pyramide 144 117. Sarcophage de Khoufou-Ankh 145 118. Plan du tombeau de Ti 146 119. Pyramide de Modoum 148 120. Coupe de la pyramide de Khops 149 121. Chapelle funraire de Sahoura 151 122. Statue de Ra-Nofer 153 123. Scribe agenouill 154 124. Groupe de l'Ancien Empire 155 125. Tte du Sheikh-el-Beled 156 126. Tte du scribe accroupi (Muse du Caire) 156 127. Statue de Khefren 157 128. Bas relief du Mastaba de Ptahhotep Saqqarah 159 129. Peinture d'un tombeau de Medoum 162 130. Panneau de Hosi 164 131. Costumes de l'Ancien Empire 171 132. Ptahhotep sa toilette 172 133. Chasse et pche au marais 174 134. Chasse au lasso 174 135. Chasse au filet 175 136. Scnes de pche 176 137. Basse-cour 177 138. Engraissage des boeufs 178 139. Antilopes. Engraissage des hynes 178 140. Labourage et semailles 179 141. Scne de moisson 180 142. Dpiquage du grain 180 143. Foulage et pressurage du raisin 181 144. Rcolte du lin 181 145. Tressage de nattes 182 146. Menuisiers 183 147. Orfvres et Joailliers 184 148. Litire 184 149. Fabrication de nacelles 185 150. Barque (IVme dynastie) 185 151. Scne de march 186 152. Forage de vases de pierre 187 153. Sphinx du Moyen Empire 189 154. Mentouhotep IV (?) 190 155. Senousrit I 191 156. Senousrit III 192 157. Amenemhat III 193 158. Neferhotep 195 159. Tte d'un roi hyksos 196 160. Poignard d'Apepi 197 161. Tte de la momie de Seqnenra 198 162. Reconstitution du monument de Mentouhotep II 201 163. Pyramide de Senousrit III Dahchour 202 164. Faade de tombeau Beni Hassan 204 165. Tombeau de Beni Hassan 205 166. Masque de momie 205 167. Momie du Moyen Empire 206 168. Sarcophage du Moyen Empire 206 169. Intrieur d'un sarcophage 207 170. Sarcophage anthropode 208 171. Canope du Moyen Empire 209 172. Statuette de serviteur 209 173. Modle de barque 210 174. Statuette de bois 211 175. _Oushabti_ du Moyen Empire 211 176. Modle de maison en terre cuite 212 177. Attaque d'une forteresse 212 178. Statues de Senousrit I. Licht 213 179. Statue du roi Hor 214 180. Bas-relief de Koptos 215 181. Vase en cornaline 216 182. Vase en lapis-lazuli 216 183. Pectoral de Senousrit II 216 184. Couronne en or 217 185. Groupes de soldats d'un prince de Siout 218 186. Nomades smites 221 187. Parc de chasse 223 188. Barque voile carre 225 189. Menuisiers 226 190. Femmes filant et tissant 227 191. Une page du papyrus Prisse 227 192. Bijou de la XIIme dynastie 228 193. Panneau du char triomphal de Thoutms IV 229 194. Amnophis I, Turin 231 195. Tte de la momie de Thoutms I 232 196. Thoutms III 233 197. Tte de la momie de Thoutms IV 234 198. Sphinx d'Amnophis III 235 199. Buste de Khounaten 236 200. Adoration d'Aten. Tell el Amarna 238 201. Peinture de Tell el Amarna 239 202. Tablette de Tell el Amarna 240 203. Toutankhamon 240 204. Horemheb 241 205. Tte de la momie de Sti I 242 206. Campagnes de Sti I (Temple de Karnak) 243 207. Tte de la momie de Ramss II 244 208. Tte de la momie de Menephtah 245 209. Tte de la momie de Ramss III 246 210. Bataille contre les Philistins 247 211. Bataille navale sous Ramss III 248 212. Osorkon I 251 213. Rois et princes faisant leur soumission Pinkhi 252 214. Psammtique I 254 215. Apris 255 216. Amasis 256 217. Nectanbo I 258 218. Fragment d'un dallage peint 260 219. Maison et jardin 261 220. Pavillon de Ramss III Medinet-Habou 262 221. Plan du temple de Khonsou Karnak 263 222. Pylone du temple de Louxor 264 223. Temple de Khonsou Karnak 264 224. Cour du temple de Louxor (Amnophis III) 265 225. Cour du temple de Medinet-Habou (Ramss III) 265 226. Salle hypostyle de Karnak (Sti I) 266 227. Salle hypostyle du Ramesseum (Ramss II) 266 228. Bas-relief du temple de Karnak (Sti I) 267 229. Bas-relief du temple de Sti I Abydos 267 230. Barque sacre d'Amon Abydos 269 231. Plan du tombeau de Ramss IV 270 232. Tombeau d'un particulier 271 233. Momie de Siphtah 272 234. Sarcophage, cercueils, caisse canopes 273 235. Statue de Ramss II, Turin 276 236. Ramss II prsentant une offrande 277 237. Statuette en bois du muse de Turin 277 238. _Oushabtis_ du Nouvel Empire 278 239. Groupe d'poque sate 279 240. La reine Karomama. Bronze incrust 280 241. Bas-relief du tombeau de Kha-m-ha 280 242. Bas-relief d'un tombeau de Tell el Amarna 281 243. Cueillette des raisins 282 244. Bijou de la XIXme dynastie 283 245. Vases d'albtre. (XVIIIme dynastie) 284 246. Fauteuil en bois dor 285 247. Cuillre parfums 286 248. Syriens apportant des vases 288 249. Soldats gyptiens 290 250. Vaisseaux de l'expdition de Hatshepsou au pays de Pount 291 251. Scnes de labour et de semailles 292 252. Atelier de chaudronnerie 294 253. Atelier de cordonniers 295 254. Ostracon hiratique 296 255. Fragment d'un contrat dmotique 297 256. Amnophis fils de Paapis 298 257. Repas et danseuses 299 258. Tte de femme (XVIIIme dynastie) 312 259. Moissonneurs portant la rcolte 313 260. Vanneurs 322 261. Haches d'Ahms I 323 262. Coffret oushabtis. Turin 328 263. Frise peinte dans un tombeau de la XVIIIme dyn. 329 264. Buste de princesse (XIXme dynastie) 332 La vignette de la couverture reprsente un sphinx de Thoutms III, au Muse du Caire, d'aprs une photographie de E. Brugsch-Pacha. [Illustration: _Fig. 262._ Coffret oushabtis. Turin (d'ap. PETRIE. _Photographs_, No 183).] [Illustration: _Fig. 263._ Frise peinte dans un tombeau de la XVIIIe dynastie (d'aprs JQUIER. _Dcor gypt_., pl. XXXIII).] TABLE DES MATIRES Pages Prface 9 Chap. I. LES SOURCES DE L'HISTOIRE D'GYPTE 11 _Sources classiques_ 13 _La Description de l'Egypte_ 16 _Dchiffrement des hiroglyphes_ 17 _Progrs de l'gyptologie_ 19 _Listes royales_ 21 _Documents historiques divers_ 25 _Chronologie_ 27 _La civilisation gyptienne_ 29 Chap. II. L'GYPTE LGENDAIRE 35 A. LES DYNASTIES DIVINES 36 _Les dieux cosmiques_ 36 _Osiris et son cycle_ 40 B. LES DYNASTIES DES DEMI-DIEUX ET DES MNES 47 C. LA CHRONOLOGIE LGENDAIRE 49 Chap. III. L'GYPTE ARCHAIQUE 53 I. Palolithique 60 II. Prdynastique 63 A. MONUMENTS 63 _Silex_ 64 _Villages_ 67 _Tombeaux_ 68 _Mobilier funraire_ 73 _Cramique_ 76 B. CIVILISATION 81 _Le pays_ 82 _La race_ 83 _Habitations_ 84 _Costume et parure_ 85 _Chasse et pche_ 86 _Elevage. Agriculture_ 89 _Navigation_ 90 _Commerce extrieur_ 91 _Arts et mtiers_ 91 _Organisation sociale et politique_ 93 Chap. IV. POQUE THINITE (De 4000 3400 av. J.-C. env.) 95 A. HISTOIRE ET TRADITION 98 B. MONUMENTS 102 _Tombeaux_ 102 _Mobilier funraire_ 106 _Inscriptions_ 113 C. CIVILISATION 118 _Royaut_ 118 _Tribus_ 118 _Fonctionnaires_ 119 _Peuple_ 119 _Commerce extrieur_ 121 Chap. V. ANCIEN EMPIRE (De 3400 2200 av. J.-C. env.) 123 A. HISTOIRE 123 _IIIme dynastie_ 124 _IVme dynastie_ 125 _Vme dynastie_ 129 _VIme dynastie_ 131 _La fin de l'empire memphite_ 133 B. MONUMENTS 135 _Architecture_ 135 _Temples_ 136 _Mastabas_ 139 _Pyramides_ 148 _Sculpture_ 153 _Peinture_ 161 _Objets usuels_ 162 _Inscriptions_ 163 C. CIVILISATION 165 _Royaut et gouvernement_ 165 _Relations extrieures_ 168 _Famille_ 169 _Vtement_ 170 _Mobilier. Habitation_ 173 _Chasse et pche_ 173 _Elevage_ 177 _Agriculture_ 179 _Mtiers_ 182 _Navigation_ 184 Chap. VI. MOYEN EMPIRE (De 2200 1500 av. J.-C. env.) 189 A. HISTOIRE 189 _XIme dynastie_ 189 _XIIme dynastie_ 191 _XIIIme et XIVme dynasties_ 194 _Les Hyksos_ 195 _XVIIme dynastie_ 197 _Chronologie_ 198 B. MONUMENTS 200 _Architecture_ 200 _Sculpture_ 212 _Peinture_ 215 _Arts industriels_ 216 C. CIVILISATION 217 _Royaut_ 217 _Gouvernement_ 219 _Relations extrieures_ 220 _Vie prive_ 222 _Chasse et pche_ 224 _Agriculture et levage_ 224 _Navigation_ 225 _Industrie_ 226 _Littrature_ 227 Chap. VII. NOUVEL EMPIRE (De 1500 332 av. J.-C.) 229 A. HISTOIRE 229 _XVIIIme dynastie_ 230 _Les rois hrtiques_ 236 _XIXme dynastie_ 242 _XXme dynastie_ 246 _XXIme dynastie_ 250 _XXIIme dynastie_ 250 _XXIIIme dynastie_ 251 _XXIVme dynastie_ 252 _XXVme dynastie_ 253 _XXVIme dynastie_ 254 _Epoque perse_ (dynasties XXVII XXX) 257 _L'Exode des Hbreux_ 259 B. MONUMENTS 259 _Architecture_ 260 _Temples_ 262 _Tombeaux_ 270 _Sculpture_ 275 _Peinture_ 280 _Arts industriels_ 283 C. CIVILISATION 285 _Royaut_ 285 _Gouvernement_ 287 _Relations extrieures. Commerce_ 287 _Vie civile. Vtement_ 289 _Arme_ 289 _Marine_ 291 _Agriculture. Elevage_ 292 _Pche et chasse_ 293 _Industrie_ 294 _Langue et littrature_ 294 INDEX 299 BIBLIOGRAPHIE 313 TABLE DES GRAVURES 323 [Illustration: _Fig. 264._ Buste de princesse (XIXe dyn.) photographie de E. Brugsch-Pacha.] ACHEV D'IMPRIMER LE DIX FVRIER MIL NEUF CENT VINGT-CINQ PAR LA SOCIT D'IMPRIMERIE D'AMBILLY S. A. A ANNEMASSE (HAUTE-SAVOIE) POUR LA LIBRAIRIE PAYOT--PARIS * * * * * Note de transcription dtaille: Les erreurs clairement introduites par le typographe ont t corriges. L'orthographe d'origine a t conserve et n'a pas t harmonise. En particulier: - les annes sont parfois crites avec un sparateur de milliers, parfois sans, - beaucoup de noms propres ont une accentuation et capitalisation variable, comme pour Amenophis / Amnophis, Ne-User-R / Ne-user-R / Ne-user-Re ou encore ka / Ka. En revanche, la ponctuation dans les notes et la bibliographie a t harmonise afin d'en amliorer la prsentation. Les notes en marge, qui denotaient une nouvelle section ont t intgres au texte, en tant que titre de section. End of the Project Gutenberg EBook of Histoire de la civilisation gyptienne, by Gustave Jquier License: Share Alike