Produced by Daniel Fromont [Transcriber's note: MIRABEAU (Honor Gabriel Riquetti, comte de Mirabeau) (1749-1791), Hic et Hec (1798), dition de 1921 A French erotic novel of the 18th Century] LES MAITRES DE L'AMOUR L'oeuvre du Comte de Mirabeau (...) Hic et Hec, ou l'art de varier les plaisirs de l'amour (...) PARIS BIBLIOTHEQUE DES CURIEUX 4, RUE DE FURSTENBERG, A MCMXXI Hic et Hec Je dois le jour une distraction d'un R. P. jsuite d'Avignon, qui, se promenant avec ma mre, blanchisseuse de la maison, quitta dans l'obscurit le sentier troit qu'il parcourait d'ordinaire en faveur de la grande route qui lui tait peu familire. A peine avais-je six ans que sa tendresse paternelle me fit admettre par charit dans les basses classes; j'y rendais tous les services qu'on pouvait attendre de mon ge, et grce aux heureuses dispositions dont la nature m'avait dou, je profitai; douze ans, je pus balayer la troisime et faire les commissions du pre Natophile, qui en tait rgent. J'tais prcoce en tout, ma taille tait lance et svelte, mon visage rond et vermeil, mes cheveux chtain-brun et mes yeux noirs, grands et perants me faisaient paratre plus g que je n'tais: on me prenait pour un enfant de quatorze ans. La bassesse de mon origine, la pauvret de ma parure, m'avaient loign de toute intimit avec mes camarades de classe, et par consquent de la corruption, et je donnais tout mon temps l'tude. Le rgent, satisfait de mes progrs, me prit en affection, me chargea du soin d'arranger sa chambre, de faire son lit et de lui porter tout ce dont il avait besoin; et pour ma rcompense, il me donnait des leons particulires aprs la classe, et me faisait lire dans sa chambre des auteurs qu'on n'explique pas en public. Un jour, j'avais plus de treize ans alors, il me tenait entre ses jambes pour me suivre des yeux dans l'explication de la satire de Ptrone; son visage s'enflammait, ses yeux tincelaient, sa respiration tait prcipite et syncope; je l'observais avec une inquite curiosit qui, divisant mon attention, me fit faire une mprise. -- Comment, petit drle! me dit-il d'un ton qui me fit trembler, un sixime ne ferait pas une pareille faute; vous allez avoir le fouet. J'eus beau vouloir m'excuser et demander grce, l'arrt tait prononc; il fallut bien me soumettre. Il s'arme d'une poigne de verges, me fait mettre culotte bas, je me jette sur son lit, et de peur que je ne me drobe au chtiment, il passe son bras gauche autour de mes reins, de faon que sa main empoigne un bijou dont j'ignorais encore l'usage, quoique sa duret momentane, depuis plus d'un an, m'eut donn penser. -- Allons, petit coquin, je vais vous apprendre faire des solcismes. Et il agite lgrement les verges sur mes jumelles, de manire les chatouiller plutt qu' les blesser. La peur ou le doux frottement de sa main fit grossir ce qu'il tenait. -- Ah! petit libertin, qu'est-ce que je sens l? Ah! vous en aurez d'importance. Et il continuait la douce flagellation et ses attouchements, jusqu' ce que, enivr de volupt, un jet de nectar brlant couronnt ses efforts et comblt ma flicit. Alors, jetant les verges: -- Ferez-vous plus attention une autre fois? -- Ah! je ne le crois pas, mon pre, il y a trop de plaisir tre corrig de votre main. -- Tu me pardonnes ma colre; eh bien, applique-toi, quand tu feras bien, je te rcompenserai comme je t'ai puni. Je lui baisai la main avec transport, il m'embrassa, et passant ses mains sur mes jumelles, il me couvrit de baisers. -- Puisque tu es content de la correction, mon cher enfant, poursuivit-il, tu devrais bien rcompenser mes soins de mme. -- Je n'oserais jamais!... fouetter mon rgent! -- Ose, il t'en prie, et, s'il le faut, il te l'ordonne. J'allai, en rougissant, prendre les verges, il dcouvrit son post-face; peine osais-je toucher, il s'enrouait me crier: -- Fort, plus fort; on doit punir plus rigoureusement les fautes des matres que celles des coliers. Enfin je m'enhardis, et, empoignant son sceptre comme il avait fait du mien, je le fustigeai si vertement qu'il versa des larmes de plaisir. Ds ce moment la confiance s'tablit; il prtexta un rhume qui le mettait dans la ncessit d'avoir quelqu'un auprs de lui, et il fit mettre mon lit dans un petit cabinet qui touchait au sien; mais ce n'tait que pour la forme, et, ds qu'il tait couch, il m'appelait et j'allais dormir ou veiller dans ses bras. Il fut mon Socrate et je fus son Alcibiade. Tour tour agent et patient, il mit sa gloire perfectionner mon ducation. Ma quatorzime anne finie, je possdais le grec, le latin, un commencement de logique et de philosophie, je connaissais les premiers lments de la thologie. Mais pour approfondir cette science qui tant de fois aiguisa les poignards du fanatisme, il fallait passer dans d'autres mains, le pre Natophile tant livr presque exclusivement la belle littrature, et je fus oblig d'aller tudier sous le professeur Aconite. Je gardai nanmoins mon lit chez Natophile, qui, sentant que pour faire mon chemin dans cette nouvelle carrire je serais oblig d'avoir les mmes complaisances pour Aconite, le prvint en ma faveur, et dressa lui-mme les articles du trait de partage; il fallait le consentement du suprieur pour mon admission au cours de thologie. Natophile me prsenta chez lui, ma figure lui plut, et il fallut bien lui payer son droit. Pendant l'anne qui suivit, je passai les jours l'tude et les nuits mriter les faveurs de mes professeurs. Mes progrs m'avaient fait un nom qui me promettait les plus brillants succs, quand arriva la catastrophe qui anantit la socit. Accabls par ces revers, Natophile et Aconite prirent le parti de se retirer en Italie, et le premier, pour ne pas me laisser sans ressources me recommanda Mme Valbouillant, pour me charger de l'ducation de son fils, g de sept ans et dont le professeur venait de mourir; ma rputation, le tmoignage de mes professeurs, me firent accepter malgr mon excessive jeunesse. Mme Valbouillant pouvait avoir vingt-quatre ans, les dents blanches, l'oeil noir, le nez en l'air, les cheveux bruns et fournis, la peau superbe, la gorge et la croupe rebondies, et la main d'une beaut ravissante; elle n'avait d'enfant que mon lve, et son mari, depuis six ans, tait en Italie, la suite d'une succession qui lui tait chue. Natophile me conduisit chez elle, y fit porter mon attirail d'abb et le petit trousseau que son amiti l'avait engag me faire. Cette dame me reut avec une bienveillance attrayante et promit Natophile de me traiter de faon tablir entre elle et moi la confiance rciproque qui devait assurer le succs de mes soins auprs de mon lve. Quand mon introducteur fut sorti, la dame me regardant d'un oeil fixe et anim, je baissai les yeux et je rougis; j'avais bien la force de soutenir les regards lascifs de mes instituteurs, mais ceux d'une femme riche et d'un rang distingu, dont ma fortune allait dpendre, m'en imposaient un point que je ne puis exprimer. -- Que vois-je, dit-elle, vous rougissez? Le pre Natophile m'aurait-il trompe? Vous avez bien les traits d'une jeune fille, vous en montrez la timidit, n'en auriez-vous pas le sexe! Je rougis encore plus fort. -- Ah! continua-t-elle en riant, je placerais l un joli gouverneur auprs de mon fils; je veux m'en assurer. Et passant la main dans le jabot de ma chemise, elle eut l'air de chercher par mon sein si je n'tais pas une fille; le sien, que je voyais presque en entier, me mettait dans un tat dtruire tous ses doutes; je perdis ma timidit, et, prenant son autre main, je l'appuyai sur la preuve palpable de sa mprise. -- Ah! dit-elle, que je m'tais trompe! Pourquoi avoir une aussi jolie mine? Ma mprise est bien excusable, mais si jeune... quelle grosseur! d'honneur, l'abb, vous tes un monstre! -- Bien facile apprivoiser, dis-je en me jetant ses pieds, et je donnerais ma vie pour le bonheur de vous plaire. -- Ah! que je m'en veux de mon erreur, sans elle il ne serait pas mes pieds; levez-vous donc, quelle audace! -- Non, madame, je n'en puis sortir que je n'aie obtenu mon pardon, et je l'obtiendrai si vous considrez l'empire de vos charmes et l'effet qu'ils font sur moi. -- J'en conviens, il est presque incroyable!... Et ses yeux se fixaient sur l'insolent dont l'orgueil augmentait vue d'oeil; il y a peu d'avocats aussi loquents aux yeux d'une femme: je vis le succs du plaidoyer muet, et reprenant sa main, je la pressai contre l'orateur. -- Ah! fripon, s'cria-t-elle en passant son autre bras autour de mon cou, et serrant ma tte contre son sein. Je sentis l'nergie de cet "Ah! fripon!" et, profitant de la circonstance et de l'heureuse attitude, je fis tant des genoux et des mains qu'en quatre secondes tous les obstacles furent carts, et l'union la plus intime couronna mes efforts; ses yeux humides et demi ferms, son sein haletant, sa bouche, colle contre la mienne, force au silence par la volupt; nos langues trop occupes pour peindre nos plaisirs; nous restmes plusieurs moments dans cette ivresse qu'on sent trop pour pouvoir l'exprimer. Sa dernire priode combla mes voeux sans affaiblir nos dsirs, et le front orn de myrtes, je ne me reposai point pour courir une nouvelle victoire. Mon athlte, charme de sa dfaite et de ma valeur obstine, se livra avec transport la nouvelle lutte, qui, moins rapide et plus vivement sentie, nous plongea dans une mer de dlices. Remis de notre trouble, nous couvrmes rciproquement de baisers enflamms tous les charmes dont nous avions joui, et nous convnmes de la rserve la plus svre devant le monde et les domestiques, et de l'abandon le plus parfait dans les tte--tte. Chaque jour me dcouvrait de nouveaux charmes dans ma conqute, qui, s'attachant de plus en plus par la jouissance, m'aimait avec la tendresse d'une amante. L'appartement de mon lve communiquait au sien par sa garde-robe; et le soir, quand tout le monde tait endormi, je passais dans son alcve chercher le dlire dans ses bras, et je rentrais chez moi avant le point du jour. Nous jouissions sans trouble de cette flicit, quand Valbouillant revint de son voyage, aprs avoir termin ses affaires. Je lui fus prsent; je lui parus bien jeune pour un instituteur. Connaissant le temprament de son pouse, il se douta bien qu'elle ne me laissait pas donner exclusivement tous mes soins mon lve; mais il n'tait pas jaloux, et le sjour qu'il avait fait Florence l'ayant accoutum aux plaisirs socratiques, et ma figure le sduisant, il crut faire servir la faiblesse de sa femme pour moi s'assurer de mes complaisances. Il feignit le soir un mal de tte, s'excusa de coucher seul dans son appartement, lui disant en l'embrassant tendrement qu'il esprait s'en ddommager quand cette indisposition imprvue ne le contrarierait plus. Elle me fit alors un signe, que je compris merveille. Quand je le crus retir, je m'introduisis dans le lit de ma belle, et nous nous htmes de profiter d'une occasion que nous craignions ne pas retrouver de sitt. A peine tions-nous l'oeuvre, que nous vmes paratre Valbouillant en chemise, un poignard la main, qui, jetant la couverture et me saisissant de la main gauche, me dit: -- On ne m'outrage point impunment; mais je suis humain, choisissez entre ces poignards. Et brandissant celui qu'il tenait, il me montrait celui dont Jupiter frappait Ganymde. L'amour de la vie ne rendit pas mon choix douteux; je cdai l'imprieuse circonstance, et Mme Valbouillant, trop heureuse d'en tre quitte si bon march, me retint assujetti dans la position o je me trouvais; son mari devint le mien, et dans le fort de ses transports, il prodiguait mille baisers sa femme, bnissant une infidlit qui lui procurait de si douces jouissances. -- Tu me pardonnes donc, lui dit-elle en l'embrassant. -- Comment rester fch contre de si chers coupables? Ce sein, dit-il en le baisant (elle l'avait superbe), et ces jumelles, ajouta-t-il en frottant de la main l'autel o il venait de sacrifier, attendriraient un tigre; de plus, je n'ai pas compt que tu pusses rester fidle pendant une si longue absence. J'ai gagn dans mon voyage une bonne succession et des cornes. La premire me fait plus de bien que les autres ne me feront de mal. Ne prtons point rire, soyons discrets et jouissons sans scrupule de tous les plaisirs que notre ge et notre fortune nous offrent; vitons le scandale et moquons-nous du reste. Mme Valbouillant, enchante de la manire dont il avalait la pilule, le comblait de caresses. -- Ah! mon ami, que de bont! Non, plus jamais tu n'auras de reproche me faire! Je renonce... -- Tais-toi, point de serment, je n'y crois point. J'exige ta confiance et non ta fidlit; ce serait demander l'impossible. Tiens, regarde notre abb, comme il est radieux; j'ai retard ses plaisirs et les tiens, mais je ne veux pas vous en priver; allons, Hic et Hec, reprenez votre besogne. -- La plaisanterie est trop amre, mon ami, quand tu vois mon repentir. -- Je ne plaisante point, j'ai donn l'abb ce que je te destinais, il est juste qu'il t'en ddommage; les plaisirs que tu prendras devant moi ne peuvent m'offenser, puisque c'est de mon aveu, et que mes yeux jouiront par ce tableau. Et tenant sa femme dans l'attitude la plus commode, il me pressa de me jeter dans ses bras. La singularit de tout ce qui venait de se passer me fit hsiter: il insista; je cdai, et j'avoue que j'en mourais d'envie. Alors, nous serrant tous deux dans ses bras, il nous couvrit de caresses; sa femme, d'abord embarrasse, se rassura et lui serrant la main, se livra sans rserve mes transports, et parvint au but dsir en mme temps que moi. -- Eh bien! mes amis, dit-il, ne suis-je pas un complaisant? Des caresses furent notre rponse. Regarde, dit-il sa femme, l'effet du spectacle que vous venez de me donner. Et il lui dcouvrit son sceptre dans l'tat le plus respectable. -- Qu'il est menaant, s'cria-t-elle; allons, mon pauvre Hic et Hec, vous allez tre poignard. -- Non, madame, c'est sur vous cette fois que ma fureur va tomber; si, par hasard, dans neuf mois vous me rendez pre, je ne veux pas avoir de certitude que l'enfant n'est pas de moi. En disant ces mots, il use de tous ses droits et s'empare de la place dont je venais de sortir. Valbouillant tait bien fait, il avait peine trente ans, son corps frais et rebondi tait d'une blancheur blouissante; la vue de son post-face me rendit ma vigueur, je me prcipitai sur lui, je m'introduisis sans peine, et mes mouvements secondant ses efforts, le faisaient pntrer plus avant dans la grotte de son pouse. -- Ah! cher abb, s'cria-t-il, quel plaisir! Tu doubles ma jouissance. Je continuai avec ardeur, et bientt une triple mission couronna notre flicit. Alors, plus calme, il me baisa avec une tendre fureur, pour me payer des dlices que je lui avais fait prouver. -- Vous m'tonnez, dit sa femme, je pensais bien qu'en socratisant, l'agent gotait un plaisir vif par la pression qu'il prouve dans la voie troite; mais je ne puis concevoir que le patient en puisse ressentir; au contraire, la grosseur de ce qu'il admet doit lui causer une sorte de douleur qui doit mousser toute volupt. -- Ah! ma chre, que vous tes dans l'erreur, le rle de patient est au moins aussi doux jouer que celui d'agent, le chatouillement intrieur est ravissant, et j'ai vu des femmes qui prfraient recevoir leur ami de ce ct-l. -- C'est singulier, et pourquoi ne me l'avoir point fait essayer? -- Je n'osais te le proposer, et sans les vnements d'aujourd'hui, je ne t'en aurais peut-tre jamais parl. -- Je serais bien tente d'en faire l'preuve, si je ne craignais pas que cela me ft beaucoup de mal. -- Nous l'avons bien support votre mari et moi presque ds l'enfance; avec un peu de pommade les obstacles disparaissent. -- Vous m'encouragez; cependant comment est-il possible que ceci (touchant le sceptre de son mari) puisse entrer dans un si petit rduit? -- Mon coeur, il faut choisir, pour commencer le dfrichement, la charrue dont le soc sera le plus aigu. A l'examen, les proportions du mien parurent plus propres pour entamer l'ouvrage, et aprs quelques moments de repos, mes forces s'tant ranimes, Valbouillant resta dans le lit, nous nous levmes sa femme et moi; je lui fis courber le corps sur le lit, son mari la retint, unissant sa bouche la sienne et l'animant par des baisers la florentine. Cependant sa croupe se levant, me prsentait un double chemin au bonheur; je choisis celui convenu; aprs avoir prpar la voie par un liniment suffisant, la grosseur du soc lui fit d'abord jeter un cri, je m'arrtai et poussant avec mnagement quelques secondes aprs, j'ouvris le sillon assez pour y cacher la moiti du fer de la charrue; je m'arrtai encore: -- Souffrez-vous? lui dis-je. -- Encore un peu, mais moins. Alors, appuyant sur les manchons, je fis le dfrichement aussi profond qu'il devait l'tre, allant et venant, comme l'exige ce genre d'agriculture. -- Ah! dieux! s'cria-t-elle; je ne sais o je suis, la tte me tourne, je brle; ah! quelle volupt, je fonds! Ah!... ah!... je succombe... je pars encore... Quartier! mon cher ami... je ne puis plus... Me sentant aussi tout hors de moi, je retirai mon soc du sillon o il tait, je l'enfonai profondment dans le voisin que je trouvai inond d'un dluge de larmes de volupt; les miennes s'y mlrent et nous nous rejetmes sur le lit dans un abattement dlicieux qui succde aux plaisirs satisfaits. -- Ah! mes amis, s'criait Mme Valbouillant, se peut-il que j'aie vcu jusqu' prsent dans l'ignorance d'un bonheur aussi grand; bon Dieu, quelle flicit, quelle douceur ineffable! Valbouillant, qu'elle caressait en tenant ce discours, lui proposa de lui faire rpter l'exprience dont elle s'tait si bien trouve. -- De bon coeur, quand j'aurai pris quelques moments de repos; mais laissez-moi respirer quelques instants, et me recueillir sur une jouissance aussi parfaite et aussi nouvelle pour moi. Elle s'assoupit un moment la tte appuye sur mon sein, je m'endormis aussi une main sur ses reins, et l'autre enveloppant un ct de son sein. Valbouillant suivit notre exemple, nous dormmes prs de deux heures; un songe intressant occupait notre belle, elle agitait ses reins et m'embrassait avec un transport qui m'veilla tout coup. Valbouillant ouvrit aussi les yeux. -- C'est, dit-il, mon tour de lui faire la seconde exprience socratique. -- D'accord, rpondis-je, mais si vous m'en croyez, nous pouvons doubler pour elle la volupt. -- Comment? -- Je vais me coucher sur le dos et l'tablir sur moi tout physiquement, et vous vous installerez ensuite dans la voie troite. Tous deux applaudirent mon ide, et nous nous mmes sans dlai la raliser. Je mis un coussin sous mes reins pour les lever davantage, mon hrone se mit cheval sur moi, enfonant mon poignard dans sa blessure et collant sa poitrine sur la mienne, de faon qu'elle offrait dans la position la plus avantageuse le revers son second athlte. Il ne tarda pas battre la muraille avec son blier, qui bientt s'y fit jour. Enivre de plaisir, elle me mordait, me pinait, me baisait, m'inondait et par-dessus m'touffait: quelque volupt que j'prouvasse, je commenais me repentir de mon invention, quand par bonheur Valbouillant, dont le frottement de nos chevilles ouvrires sur la mince membrane qui nous sparait acclrait le triomphe, arrosa l'intrieur de l'arrire-temple, et me dbarrassa de son poids; alors je redoublai mes mouvements, et, dardant le nectar dans le plus profond de l'antre de la volupt, l'me de ma belle et la mienne se confondirent quelques moments. Elle avoua que de sa vie elle n'avait conu l'ide d'un plaisir aussi ravissant: elle nous pressait sur son sein son mari et moi, et gmissait de ce que la nature humaine accordait si peu de force pour savourer et prolonger la volupt. Ce dernier combat ayant puis nos ressources, nous nous retirmes pour la laisser chercher, dans les bras du sommeil, le repos que nous allmes prendre, chacun de notre ct, dans nos lits. Le lendemain, je fus rveill onze heures par la jeune Babet, filleule de Mme Valbouillant, qui vint me dire qu'elle m'attendait pour djeuner avec du chocolat, et que je vinsse dans l'tat o je serais. Comme j'aurai occasion de parler de Babet, et, pendant qu'elle est dans ma chambre, j'en vais crayonner le portrait. Elle avait peine quatorze ans; sa taille, haute et lgre, aurait pu servir de modle l'Albane pour peindre la plus jeune des Grces; un sein petit et dur commenait s'arrondir autour de deux boutons vermeils et frais comme la rose, et qui paraissaient l'oeil comme deux fraises apptissantes que le soleil n'a fait encore que rougir lgrement; son front brillait du coloris de l'innocence; dans ses yeux on commenait entrevoir le plaisir d'aimer encore mconnu, et la gat nave, entr'ouvrant sa bouche de corail, allait creuser dans ses joues deux fossettes charmantes. Je l'avais peu remarque jusqu'alors; malgr les fatigues de la nuit, le dmon du matin ne me laissa pas matre de voir sans motion tant de charmes. Je me fis rpter trois fois le sujet de sa commission, quoique je l'eusse entendu ds la premire. -- Est-ce vous, charmante Babet, lui dis-je, en jetant ma couverture pour me lever et me rendre aux ordres de sa matresse, est-ce vous qui prparez cet excellent chocolat? -- Oui, monsieur, c'est moi. -- Que je voudrais bien tre sa place, comme je mousserais bien sous vos mains. -- Un abb, mousser, cela serait plaisant. -- Et trs naturel. -- Vous moquez-vous? comment cela se peut-il? -- Tu vas le voir, lui dis-je en l'attirant sur mon lit; suppose que ceci est le manche du moussoir. -- Ah! comme c'est fait; mais non, je veux m'en aller, et feignant de vouloir sortir et de dtourner la tte, je l'aperus cependant qui glissait un regard de ct pour mieux dtailler cet objet nouveau pour elle. -- On ne me quitte pas ainsi, repris-je en la retenant avec un tel effort qu'elle perdit l'quilibre et tomba de ct sur mon lit, de telle sorte que voulant se retenir, ce fut directement au manche du moussoir qu'elle s'accrocha. Me trouvant bien du hasard de la chute, je la maintins dans cette attitude. -- Ah! mon Dieu, que cela est dur! dit-elle, en s'accoutumant le considrer, et le touchant avec complaisance; quoi cela peut-il servir? -- A faire ton bonheur et le mien. -- Cela serait drle, et comment cela? -- En le plaant dans l'ouverture de la chocolatire. -- Elle est chez madame, au coin du feu, je vais vous la chercher. -- Ne te donne pas tant de peines, tu portes toujours avec toi celle qu'il me faut. Je lui fis sentir par l'attouchement d'un doigt caressant quel tait le meuble qu'il me fallait. -- Comme vous me chatouillez!... -- Comment? Quoi donc?... Ils sont faits l'un pour l'autre, et c'est de leur union que natra pour nous le plus grand des plaisirs. -- Ah! comme votre doigt seulement m'en donne, ah! que cela est drle! Et vous dites que ce que je tiens l m'en donnerait davantage. -- Je t'en rponds, cela ne se ressemble pas. -- Que je le baise donc? Et la pauvre ingnue se mit me le couvrir de baisers pendant que mon doigt, continuant son office obligeant, la conduisit la dernire priode de la volupt. -- Ah!... ah!... quelle ivresse, s'criait-elle, en roulant les yeux et agitant les reins. Je n'en puis plus... Je meurs, ah!... ah!... je suis toute mouille. Je contemplais avec dlices les effets du plaisir sur sa mine innocente et candide; j'allais essayer de lui donner des plaisirs plus solides, quand du bruit que j'entendis dans le corridor me fit lcher prise et remettre un autre temps la leon de cette charmante colire. -- A ce soir, lui dis-je, quand tout le monde sera couch, j'irai achever de t'instruire. Tu le veux bien? -- Si je le veux? Je vous en prie. -- Ne dis rien personne de ce que nous avons fait, et laisse ta porte entr'ouverte. -- Je n'y manquerai pas. A peine tait-elle sortie que Valbouillant entra. -- Comment, pas encore debout, paresseux!... Voil ce que c'est que de vous envoyer de si jeunes missaires, monsieur songe moins au message qu' la messagre. -- Je dormais profondment, Babet a eu de la peine m'veiller. -- Elle vous tenait pourtant par l'endroit sensible. -- Que dites-vous? -- Mais vous n'tiez pas ingrat. -- Quoi! vous pourriez penser? -- J'ai vu, fripon, mais je me suis retir pour ne pas tre un trouble-fte, et j'ai fait ensuite assez de bruit en revenant pour que vous ne fussiez pas surpris de ma venue. La petite Babet est charmante, j'en raffole depuis mon retour, et je ne vous laisserai pousser tranquillement votre pointe qu' condition que quand vous l'aurez initie, elle sera associe nos plaisirs. -- Soit, repris-je, laissez-moi huit jours pour la disposer et je vous la donne aprs pour l'effet de la socit la plus aimable. -- Huit jours, ah! monsieur l'abb, du train dont vous y allez, le terme est trop long, la nuit prochaine passe, celle d'aprs, il vous plaira que tout soit commun entre nous. Il fallut bien y consentir. Pendant ce colloque, j'avais pass des bas, un caleon et une robe de chambre, et il m'emmena chez sa femme, o nous trouvmes le chocolat tout prpar, qui nous fut vers par les mains de Babet, qui, sans savoir pourquoi, rougissait en emplissant ma tasse. Valbouillant lui donna quelque ordre qui la fit sortir pour un quart d'heure, et profitant de son absence, il conta sa femme ce qu'il avait surpris de mes arrangements avec sa filleule. -- Comment, libertin, dit-elle, dj une infidlit!... Mais je ne serai pas si douce que mon mari, ou je drange vos projets, ou je repatrai mes yeux de vos succs. -- Comment voulez-vous qu'une premire fois cette jeune personne consente? -- Laissez-moi faire, dit-elle, elle est parfaitement innocente, a pleine confiance en moi, et si les exploits de cette nuit n'ont pas mis l'abb hors de combat... -- Hors de combat, repris-je en lui faisant voir que j'tais dans toute ma gloire. -- Ah! ma foi, l'abb est un hros. Eh bien, j'entends que le pucelage de Babet n'ait pas plus d'une heure vivre et que nous assistions ses obsques; j'en fais mon affaire. -- Comment prtendez-vous?... -- Ne vous embarrassez pas, laissez-moi conduire la chose et je rponds de la russite. Quelques moments aprs, Babet rentra. -- Qu'on dise l-bas que nous sommes sortis et qu'on ne laisse monter personne, dit la marquise d'un ton srieux mais sans duret; revenez aussitt, Babet, j'ai des choses importantes vous apprendre. La filleule obit et rentra. -- Asseyez-vous, Babet, continua Mme Valbouillant. L'innocente balanait. -- Obissez. Elle cda. -- Je suis votre marraine, et trop instruite dans ma religion pour ignorer qu'en vous tenant sur les fonts, j'ai pris l'engagement de vous clairer, de vous protger et de pourvoir tant que je pourrai vos besoins. -- Vous l'avez toujours fait, madame, et ma reconnaissance... -- Je veux continuer, l'ge en amne de nouveaux. Depuis un temps, j'ai cru remarquer que votre sein s'arrondit. -- Madame, ce n'est pas ma faute. -- Je ne vous en fais pas un reproche, mais il faut que je voie en quel tat il est. La pauvrette rougit. -- L'abb, continua Mme Valbouillant, dlacez son corset: comme vous serez son directeur, il est bon que vous jugiez par vous-mme des secours dont elle peut avoir besoin. Je me mis en devoir d'obir; la petite, embarrasse, interdite, ne savait s'il fallait rsister ou cder. -- Vous n'tes plus une enfant, poursuivit la marraine, je vais prsent vous parler comme une grande fille, et vous devez vous conduire de mme; vous n'imaginez pas, je crois, que je veuille faire, ni vous faire faire quelque chose qui ne soit pas convenable. D'ailleurs la prsence de mon mari devrait vous rassurer; mais pour dtruire votre timidit, je veux bien vous montrer l'exemple. En disant cela, elle dtacha son fichu elle-mme et dcouvrit cette gorge que nous avions tant fte la nuit. Babet fit moins de rsistance et me laissa tirer de son corset deux petits globes naissants, blancs et fermes comme l'albtre; je fus bloui de leur clat. -- Bon, dit la dame en les touchant lgrement, ceci annonce quelque chose, voyez si le reste le confirme; vous tiez chauve, il y a quelques annes, au-dessous de votre buste, l'tes-vous encore? -- Madame... -- Eh bien? -- C'est que je n'ose. -- Dites, dites, ne craignez rien... -- Depuis six mois... -- Aprs? -- Il m'est venu... -- Voyons? -- Il est peut-tre malhonnte. -- Bon, ce qui est naturel peut-il l'tre, regardez-y, l'abb. Babet, au mouvement que je fis, parut bien plus confuse et rsista machinalement. -- Quelle enfant, continua la matresse, faut-il encore que je vous donne l'exemple? J'y consens. Et elle leva ses jupes et nous fit voir la toison la plus brune, la mieux frise qu'on pt voir. Alors, imitateur fidle, j'exposai la vue le duvet naissant qui ombrageait le portique du plus joli temple que l'amour et jamais form; Mme Valbouillant y porta le doigt, et son chatouillement y eut bientt caus les douces oscillations qui conduisent la volupt. -- Le moment du besoin est arriv, et pour y pourvoir, c'est, ma chre enfant, de l'abb que j'ai fait choix. Allons, Hic et Hec, conduisez-la sur ma chaise longue et donnez-lui tous les secours qui dpendront de vous. Valbouillant et moi brlions de dsirs la vue de tant de charmes; la petite n'tait pas plus calme, mais la prsence de sa marraine et de Valbouillant la couvrait de confusion. Mme Valbouillant, pour tirer parti de la circonstance, prenant son mari par ce qui se rvoltait en lui: -- Montrons cette enfant, dit-elle, comment il faut qu'elle fasse. Et, par cet exemple, elle dtermina bientt l'innocente, que je plaai dans l'attitude convenable au sacrifice. -- Ah! mon cher abb, me dit-elle en se plaant comme je voulais sur la chaise longue, qui m'et dit ce matin que, sans risquer d'tre gronde, je pourrais vous abandonner ce que vous chatouillez si joliment et toucher ce qui, dites-vous, doit me donner tant de plaisirs! Ce que c'est que d'avoir une bonne marraine! Pendant qu'elle disait tout cela, je m'tablissais, et la pointe de mon dard s'efforait de pntrer dans le rduit jusqu'alors insensible, dont la pudeur dfend l'accs la volupt. Le spectacle de Mme Valbouillant qui, dans ce moment, se pmait sous les efforts de son mari, irritant ses dsirs, l'empchait de s'opposer aux miens, quelque douleur que lui causassent mes efforts. Je profitai de ce moment d'ivresse, et passant mes mains autour de ses reins, j'appuyai si vertement que, franchissant tous les obstacles, j'tablis la tte de ma colonne dans le retranchement de l'ennemi, qui cda mon effort. -- Ah! je suis morte, dit-elle, cruel! Sont-ce l les plaisirs que vous me promettiez? Je ne lchai pas prise. -- Le plus fort en est fait, rpondis-je, encore un peu de patience, ma chre Babet, et tu verras que je ne t'ai point trompe. Elle pleurait, gmissait, et moi je gagnais toujours du terrain; cependant Valbouillant et sa femme ayant fini leur besogne vinrent notre secours; l'officieuse marraine, glissant sa main dans le champ de bataille, chatouilla cette voluptueuse excroissance qui, par sa duret, annonce l'arrive de la volupt, et les lvres de Valbouillant, serrant amoureusement une des fraises de son sein, portrent son ivresse au comble; elle oublia sa douleur que le frottement affaiblissait. -- Ah! dieux! s'cria-t-elle, qu'est-ce que je sens?... qu'est-ce que j'prouve?... ah!... ah! je me meurs... serre-moi... j'expire... ah!... A ce mot elle ferma les yeux, se raidit, et, par la plus copieuse jaculation, me prouva le plaisir qu'elle prenait, je ne fus pas longtemps m'acquitter, et l'abondante injection que je fis en elle du baume de la vie complta sa flicit. -- Ah! cher abb, divin abb, quel dlice, quel nectar!... Et elle perdit de nouveau la voix en mme temps que je perdais mes forces. Je me retirai couronn de myrtes ensanglants. -- Eh bien, dit la marraine, comment t'en trouves-tu, Babet?... -- Il m'a fait bien du mal; mais bien du plaisir. -- Va, le mal est pass et le plaisir se renouvelle souvent; la friponne! avec quelle abondance elle a vers les larmes de la volupt! Et, sous prtexte de rparer le dsordre de sa toilette, elle la dshabilla totalement et nous fit voir un corps dont Hb aurait t jalouse. Aux caresses que Mme Valbouillant prodiguait chacun des charmes de sa filleule, mesure qu'elle les dcouvrait, je reconnus aisment que, quelque got qu'elle et pour le solide, elle pouvait, voluptueuse mule de Sapho, savourer avec une jolie nymphe les agrables ddommagements dont la Lesbienne usait en l'absence de Phaon. Je vis son front s'animer, sa gorge se gonfler et ses yeux ptiller mesure que ses mains parcouraient les charmants contours de ce corps ptri par les Grces. -- Qu'elle est jolie, quelle taille divine, quelle fracheur! s'cria-t-elle en la serrant contre son sein; je brle... Ah! ma mignonne, prte-moi ta main. Et l'entranant sur la duchesse, elle ranima en elle tous les dsirs pendant que Babet, d'une main peu exerce, fourrageait le bosquet de Vnus. -- Suspendez ces transports, leur dis-je, vos vtements sont un obstacle aux plaisirs que vous cherchez et ceux de nos yeux; dpouillez ces cruelles draperies qui contrarient vos attouchements et nos regards. Elle y consentit, et, avec mon aide, elle parut en deux secondes comme Diane sortant du bain; et, se prcipitant de nouveau sur sa jeune proie, elle passa une jambe entre les siennes, de faon que les temples des deux athltes frottaient voluptueusement sur la cuisse de leur adversaire, leurs bras taient entrelacs, leurs seins se touchaient, leurs bouches colles l'une sur l'autre s'entr'ouvraient pour laisser passage l'organe de la parole qui devenait celui de la volupt, leurs reins s'agitaient, leurs cheveux flottaient et l sur leurs corps dont le mouvement animait le coloris; des soupirs enflamms se faisaient entendre; on et dit Vnus se consolant dans les bras d'Euphrosyne de l'absence de Mars. Tout coup elles s'arrtrent, et cinq ou six mouvements convulsifs et prcipits nous annoncrent qu'elles touchaient au but, et bientt nous vmes les perles du plaisir couler sur le champ de bataille. -- Ah! ma chre marraine, ah! mon cher abb, quel bonheur de ne plus tre enfant. Aprs cette exclamation et quelques caresses que la fatigue rendait plus modres, nos belles allaient reprendre leurs habits, quand Valbouillant, que cette scne avait rendu plus brillant que jamais: -- Quoi! dit-il, serais-je le seul qui n'aurait procur aucun plaisir cette charmante enfant; non pas, s'il vous plat, et, la serrant dans ses bras, il la renversa de nouveau sur le thtre qu'elle allait quitter. -- Je ne puis le blmer, reprit sa femme, jamais objet ne fut plus sduisant, mais nous, resterons-nous spectateurs oisifs? -- Non, ma reine, non, permettez d'abord que ma bouche recueille le nectar que vous venez de rpandre, pour faire place celui que je veux y verser. Elle y consentit, et ma langue amoureuse, furetant les recoins du parvis du temple, et savourant cette liqueur divine, ralluma ses dsirs et les miens; alors, l'entranant sur moi l'instant qu'elle introduisait le vritable dans la route ordinaire, j'insinuai mon doigt suffisamment mouill dans le rduit voisin, et doublant ainsi ses sensations, nous arrivmes ensemble au but dsir, l'instant que Valbouillant perdait ses forces ct de nous sur le sein de la jeune Babet. Nos soupirs se confondirent, nous restmes quelques moments immobiles et considrant d'un oeil calme et satisfait la beaut des corps qui nous touchaient; la dame rompit le silence qui succda la jouissance par ces mots: -- Ah! Valbouillant, qu'est-ce que le mariage auprs des dlices que nous gotons. -- Ah! ma chre, reprit-il en embrassant Babet, elle, moi successivement, je ne puis trop remercier l'abb de m'avoir fait cocu. Nous aidmes nos belles se rhabiller; la toilette fut plus gaie que dcente, et nous nous sparmes aprs avoir bien recommand le secret le plus profond Babet sur tout ce qui venait de se passer. La pauvre petite avait pris tant de plaisir que sans cette recommandation et la menace de n'en plus goter de pareil, elle aurait indubitablement t en faire le rcit ses jeunes compagnes, mais la crainte de la privation contint sa langue. Quand j'eus donn ma leon mon lve, je le ramenai dner avec ses parents; il y avait plusieurs trangers qui parurent surpris, ma jeunesse, qu'on m'et choisi pour instituteur. -- Il a reu une parfaite ducation, dit Valbouillant, il est extrmement instruit et nous nous trouvons trs bien, madame et moi, de la confiance que nous avons mise en lui: sa jeunesse ne nous fait point de peine. Cette rponse fit cesser les observations; j'eus occasion de dployer un peu d'rudition et de dvelopper des connaissances en littrature et, avant la fin du repas, les convives, charms de mon got, de la modestie et du ton de vertu qui rgnait dans tous mes propos, devinrent mes partisans aussi zls qu'ils avaient d'abord t prvenus contre moi. Quand tout le monde se fut retir, nous fmes un tour de promenade; nous soupmes, et, notre lve tant couch, nous entrmes chez Mme Valbouillant avec la jeune Babet, qui, depuis la scne du matin, devait se trouver dornavant de tous nos plaisirs. Les travaux de la nuit et de la matine prcdente nous avaient rendus un peu plus modrs sur l'article des dsirs. Valbouillant me demanda comment, si jeune, je pouvais avoir si bien approfondi les diverses ressources de la volupt. Je lui rpondis par le rcit de ce qui s'tait pass entre le pre Natophile et moi. -- Comment, s'crirent la fois mes trois auditeurs, des coups de verges ont allum vos premiers dsirs? -- Oui, certes, et tel point que je ne pouvais plus rsister leur vivacit. -- C'est un phnomne. -- Phnomne qui ne manque jamais d'arriver, et dans l'tat o nous sommes tous prsent, il ne manquerait srement pas son effet. -- Vous plaisantez, l'abb? -- Non, madame. Vous voyez mon humiliation. -- Fi donc, Hic et Hec, cachez cette misre. -- Eh bien, madame, le secours d'un balai de bouleau, en moins de deux minutes, lui rendrait toute sa gloire. -- Croyez-vous que cela fasse le mme effet sur mon mari? -- J'en suis certain. -- Si nous en faisions l'preuve? -- Volontiers, dmes-nous ensemble Valbouillant et moi. Et Babet en alla chercher un qu'on avait apport tout frais dans la soire; je le partageai en plusieurs poignes; j'armai de la plus menaante la main de Mme Valbouillant, et dcouvrant mon post-face: -- Je me livre vos coups, lui dis-je; commencez demi-force et frappez aussi fort que vous voudrez, et vous verrez. Elle se mit la besogne, mais la crainte de me blesser amortissait ses coups, au point qu' peine en sentais-je l'atteinte. -- Plus fort, m'criai-je, mais elle n'osait. L'espigle Babet lui tant le sceptre des mains: Laissez-moi faire, dit-elle, il me dira bientt assez. Et d'un bras vigoureux, m'appliquant plusieurs coups prcipits, les esprits se portrent dans les pays-bas, et je parus bientt dans l'tat le plus superbe. Mme Valbouillant sauta sur ma gloire, la pressa entre ses lvres caressantes, et d'une langue amoureuse, en chatouillant le contour, me causa un plaisir si vif, que m'loignant de la correctrice qui s'attacha alors Valbouillant, je conduisis la dame sur la chaise longue, et, mettant mes pieds sous sa tte et ma bouche sur son temple, je pompai avec ma langue le nectar du plaisir, pendant que sa bouche me sollicitait la volupt. Nous savourmes quelques minutes les dlices de cette attitude, qui nous procura bientt une mission rciproque du baume prcieux, sans lequel la Providence trahie cesserait de voir les espces se reproduire; nous le bmes l'un et l'autre avec une ivresse qu'on ne peut exprimer. Revenus de notre trouble, nous vmes Valbouillant, sur qui la fustigation avait fait l'effet dsir, soutenant sur ses mains les jumelles de la jeune Babet, qui, les bras autour de son cou, les jambes croises sur ses reins, perfore par sa vigoureuse allumelle, touchait au moment du bonheur dont nous sortions. Valbouillant sentant le moment o il allait perdre ses forces, la porta dans la mme attitude sur le pied du lit, l'y renversa, et presque aussitt nous jugemes par leurs soupirs de la fin de leur sacrifice. Je m'approchai de Babet et lui demandai comment elle se trouvait des lumires que nous lui avions procures. -- Je vgtais, j'existe, me rpondit-elle. Adieu tous autres soins, tous autres plaisirs; je voudrais pouvoir doubler chaque jour la dure du temps et employer chaque minute aux leons que j'ai reues. -- Parle-nous franc, lui dit sa marraine, n'avais-tu jamais rien souponn qui en approcht? -- J'avais, depuis un an, senti quelques dmangeaisons l; je le dis ma tante, pour savoir si me gratter, comme j'avais fait, ne me ferait pas de mal. -- C'est, me rpondit-elle, ton me que cela en ferait; si tu continues, tu te damnes sans ressource. Et comme nous approchions de Nol, elle en avertit le pre Catonet, qui me confessait. Quand j'allai lui dire ma rtele, il m'ordonna d'attendre, qu'il me confesserait la dernire, et que ce serait dans une petite chapelle, derrire la sacristie, dont il avait la clef. En effet, il m'y conduisit, quand il fut quitte de ses autres pnitentes. Je commenai par les misres, comme cela se pratique; puis, comme il voyait que j'hsitais, il me questionna sur le sixime commandement. C'est cet examen que je dois le peu de lumires que j'avais au moment o vous m'avez instruite. Quand je lui eus avou l'article des dmangeaisons et du grattement: -- A quel endroit est-ce prcisment? demanda-t-il avec des yeux qui semblaient vouloir me dvorer. -- Hlas! lui rpondis-je, c'est l, un peu plus bas que mon buste. -- C'est srement, dit-il, un tour de l'esprit malin; mais je vais lui en jouer un autre. J'ai de l'eau lustrale dans ce bnitier; il y mouilla son doigt, et, me faisant asseoir sur son genou, sous prtexte de me purifier, il me chatouilla pendant que, par son ordre, je rcitais mon chapelet. Je n'tais pas au milieu de la seconde dizaine que la voix me manqua; je pris le plaisir que je ressentis pour une bndiction attache l'eau bnite: il me dit de me mettre genoux et d'achever ma confession. J'aperus sous sa robe quelque chose qui poussait, et auquel il donnait avec sa main de frquentes secousses; et l'instant d'aprs, retirant cette main pour me donner l'absolution, je la vis couverte d'une cume blanche et visqueuse dont une goutte tomba sur ma main. Je n'osai lui demander ce que c'tait. Il me dfendit de jamais mettre ma main l, m'ordonna de me donner tous les jours, pendant la neuvaine, la discipline avec un meuble de ce nom, en corde noue, qu'il me remit, de rciter pendant que je me fesserais cinq _Pater_ et cinq _Ave_, et de revenir confesse au bout de ce temps, qu'il commencerait l'exorcisme. Vous savez quel point va le zle de la religion quand on est jeune; je doublai la pnitence qu'il m'avait impose et je me fouettai aussi fort que je pouvais le supporter; la douleur, mesure que je m'y accoutumais, se changeait en plaisir, et je sentais mes feux souterrains augmenter chaque coup de discipline, mais je n'osais plus y porter le doigt. La neuvaine finie, je retournai chez mon cafard qui, aprs ma confession entendue, toujours dans la chapelle solitaire, me dit: -- Le dmon est plus tenace que je n'aurais cru; ce n'est pas assez du doigt pour le chasser, je vois qu'il faut le goupillon; et, me faisant mettre genoux en baisant la terre, et m'ordonnant de rciter le psaume _Miserere_, sans changer de position, il voulut y introduire son norme goupillon; mais la douleur fut si vive, que, poussant un cri aigu, je me jetai de ct, et mon cafard, ayant perdu son point d'appui, alla mesurer le pav avec son nez. Entendant du bruit dans la sacristie, il se releva, me disant que puisque je ne pouvais souffrir un petit mal pour l'amour de Dieu, il perdait l'esprance de me soustraire au dmon, que je revinsse cependant dans l'octave et qu'il me confesserait dans sa cellule. Ma tante, surprise de mes frquentes confessions, me questionna; je lui confessai navement tout ce qui s'tait pass; elle me dfendit de retourner chez mon carme, et mon ignorance durerait encore sans les soins que vous avez pris de mon instruction. Le rcit de Babet nous fournit des rflexions sur la papelardise des moines et des directeurs. -- Comment se peut-il, dit sa marraine, que la discipline ne te blesst point; il me semble que cela doit faire un mal affreux. -- Oui, madame, les premiers coups, mais en les donnant doucement d'abord, rien ne cause un feu plus vif, et les derniers, quelque forts qu'ils puissent tre, causent un plaisir si grand qu'il m'est arriv quelquefois de rpandre en me flagellant des larmes aussi abondantes par l, que madame vient de m'en faire verser. -- As-tu la discipline? -- Elle est dans ma chambre, vous allez la voir tout de suite. Elle sortit, et pendant son absence nous ne tarmes pas sur son loge; jamais personne n'avait montr de plus heureuses dispositions pour tout genre de volupt. Elle rentra tenant en main le dvot instrument. -- Comment fait-on? dit la marraine. La petite, ces mots, se dshabille entirement et se met se discipliner d'importance; ses fesses rougies excitrent la piti de la dame qui la priait de cesser, quand Babet lui dit: -- Touchez, madame, o vous savez; vous verrez si je souffre. Elle le fit, et l'instant une copieuse libation se rpandit sur sa main. -- Ah! dit-elle, quel dluge, si jeune!... Je veux essayer de ta recette. Elle se dpouilla aussitt, et prenant la discipline, les premiers coups, quoique lgers, lui faisaient faire la grimace. -- Laissez-moi faire, dit Babet; quand, avec les verges, j'aurai doucement chauff ce beau derrire, vous verrez que tout de suite vous ne souffrirez plus. Elle y consentit, et bientt elle disait elle-mme sa filleule de frapper plus fort, et un instant aprs: -- Je n'en puis plus, s'cria-t-elle, je brle; ah! quel dlire... frappe toujours, frappe... Ce spectacle nous avait rendu notre vigueur Valbouillant et moi; il y avait dans la chambre deux lits jumeaux, spars par un espace d'environ trois pieds. Mme Valbouillant, le ventre et la poitrine couchs sur un des lits, prsentait la croupe la fustigation de Babet; le mari, prenant la place de la correctrice sans faire changer de position la pnitente, enfonce son aiguillon le plus avant qu'il peut dans le sentier physique, et j'en fis autant la jeune enfant, l'ayant place sur l'autre lit dans la mme position, de sorte que nos postrieurs, chaque secousse, se rencontraient, et par ce choc tant repousss plus vigoureusement, allaient porter la volupt plus profondment dans les sanctuaires de nos belles. Mme Valbouillant, dont la fustigation avait rassembl tous les esprits dans la partie sensible, arriva trois fois au but pendant que son athlte fournissait une seule carrire; pour moi, je perdis mes forces en mme temps que la chre Babet, dont avec un doigt curieux je sondais cependant la voie troite. Elle me parut avoir le degr de sensibilit dsirable pour les plaisirs que j'en attendais dans un autre moment. La pauvre petite, surprise cette double intromission, s'criait: -- Bon Dieu! qu'est-ce donc que cela? que cela est drle! Aye, aye, cela ne me rpond pas du tout; je n'y puis plus tenir, je me meurs... Ce fut son dernier cri en finissant le sacrifice. Nous nous tions si bien trouvs de cette rjouissance en quadrille, que nous rsolmes bien d'en faire usage. Mme Valbouillant ne cessait de faire l'loge des verges et jurait n'avoir jamais trouv son mari si voluptueux. Pour Babet et pour moi, qui avions de longue main contract cette habitude, nous tions charms de les y voir prendre got; le rsultat de cette apologie fut de nous armer tous d'une bonne poigne de bouleau et de nous flageller rciproquement, de telle force que le post-face de nos belles avait pris la couleur de la cerise, et les ntres, profondment sillonns, laissaient chapper le sang par quelques endroits; mais nous tions dans un tat de fureur rotique qui nous ddommageait pleinement de cette petite souffrance. -- Tchons, leur dis-je, de profiter de cet tat heureux et d'en prolonger la dure; lorsque nous nous sentirons sur le point de terminer le sacrifice, suspendons et retirons-nous tout doucement, nous rentrerons bientt en lice quand les esprits seront un peu plus calmes. Nos belles s'assirent l'une ct de l'autre sur le bord d'un des lits, et nous, restant debout, nous nous tablmes entre elles; leurs jambes se croisrent sur nos reins; dans cette heureuse attitude, nous dominions leurs charmes, nos mains pouvaient, sans se gner, parcourir le sein de l'une et de l'autre, et mme nos bouches y pouvaient prodiguer des baisers, en sucer les trsors, sans que les parties essentielles fussent dplaces. Je m'arrtais lorsque je sentais le moment approcher, j'en faisais autant Valbouillant, que je tenais immobile, quand la frquence de ses soupirs m'annonait qu'il touchait au terme. Aprs avoir ainsi pelot avec le plaisir pendant un gros quart d'heure: -- Troquons, lui dis-je. Et il passa des bras de Babet dans ceux de sa femme, que je quittai pour le remplacer dans ceux de sa filleule. Nos belles, cependant, moins conomes ou plus en fonds que nous, versaient frquemment des larmes de volupt; enfin, comme il faut que tout se termine, j'insinuai le gros doigt de ma main gauche dans le post-face de Valbouillant, qui de sa droite me rendit le mme office; ce surcrot de chatouillement nous conduisit bientt au but dsir, mais comme elle avait t suspendue, jamais jaculation ne fut plus abondante; peine nous restait-il assez de force pour nous traner chacun dans notre lit, o nous allmes chercher le repos dont nous avions grand besoin. Le lendemain, les restaurants, les cordiaux ne nous furent pas pargns; cependant le soir, au grand regret de nos belles, accabls de sommeil, nous allmes chercher le repos que nous dsirions, aprs n'avoir mis en jeu que de froids baisers et quelques mouvements de doigts officieux qui leur paraissaient de bien faibles ddommagements des services plus solides auxquels nous les avions accoutumes. Le troisime jour, deux courriers arrivant de Rome nos belles semblaient devoir prolonger le temps de notre repos; mais Mme Valbouillant, que nous avions initie aux plaisirs d'arrire-main, nous observa qu' dfaut de la porte cochre on pouvait entrer par le guichet; nous instruismes Babet dans le mme art et nous la formmes ce prcieux genre de volupt; mais la tante de Babet la voyant plus alerte, plus spirituelle, moins embarrasse, n'en recevant plus de confidences comme celle des dmangeaisons, souponna en partie la vrit, et comme elle avait l'entre libre dans la maison, elle se cacha prs du lieu de nos orgies. L, ses yeux et ses oreilles ne lui laissrent aucun doute. Elle tait ne Italienne, partant superstitieuse, poltronne et vindicative. Elle n'osait clater contre Valbouillant, dont elle connaissait les richesses et craignait le crdit; elle crut qu'elle parviendrait se venger en s'appuyant du prlat de la ville, auquel elle demanda une audience particulire et qu'elle instruisit de la communaut de nos plaisirs, s'offrant de le rendre tmoin oculaire de notre dbauche. Son rcit mit en rut le papelard et piqua sa curiosit; elle l'introduisit dans un cabinet prs de la chambre de Valbouillant, dont une porte vitre laissait libre passage ses regards avides. C'tait peu de jours aprs le rtablissement de la sant de nos belles. Pour mieux clbrer la fte, nous nous tions dpouills de tous ornements superflus; il faisait chaud, nous tions dans l'tat de nos premiers pres dans l'Eden: nos serpents orgueilleux levaient une tte altire, et l'aspect des pommes que nous prsentaient nos Eves nous faisait frmir de dsir; nous essaymes mille attitudes diverses, et suspendant le dernier terme de la jouissance, nous fixions les dsirs: Babet, renverse sur un lit les jambes croises sur mes reins, se pmait voluptueusement en serrant dans son antre brlant le joyeux bourdon que je poussais et retirais avec une agilit qui htait pour elle le moment dcisif, tandis que Valbouillant faisait avec sa femme, couche sur le mme lit, une preuve antiphysique dont il redoublait les dlices par le chatouillement d'un doigt obligeant l'orifice du vritable sanctuaire. Le prlat crevait dans ses panneaux et la jalouse tante de Babet, le tirant par la manche, lui dit: -- Monseigneur, que d'horreurs! -- Que de volupt! rpondit-il. Nous entendmes ces exclamations, et la circonstance nous inspirant, nous prmes de concert, sans nous tre consults, le sage parti de rendre nos tmoins nos complices; nos belles saisirent la vieille tante, la renversrent sur le lit de repos; je me jetai sur elle; aussi brave que Curtius je me prcipitai dans ce gouffre pour le salut de la patrie. Le prlat tait italien: mon attitude, les deux globes que j'offrais sa vue, ne lui permirent pas d'hsiter; il se crut Jupiter et je fus Ganymde; et Valbouillant, pour complter le tableau, lui rendit ce qu'il me prtait; cependant Babet, voyant sa tante assujettie par le poids de trois corps, de manire ne pouvoir se refuser la bonne fortune imprvue qui lui arrivait, se saisit d'une des poignes de verges dont nous tions toujours pourvus, et en chatouilla le post-face de Valbouillant, pendant que sa femme, renverse sur la partie vide du lit, nous dcouvrant les trsors de sa gorge d'albtre et l'ivoire de ses cuisses, se prtait l'intromission d'un doigt caressant que je glissai travers l'bne de son taillis, sans cependant que je quittasse la brche de l'antique citadelle o j'tais log. La vieille qui, tout d'abord, voulait me mordre, me dvisager, prit enfin son mal en patience. -- Bont divine! s'cria-t-elle en remuant la charnire, ah! chien... mon doux Jsus... quel dommage que ce soit un pch... -- Dis plutt quel bonheur! criait le prlat, me rendant les mouvements de Valbouillant; va, rien ne vaut le fruit dfendu... -- Je me damne! reprit la vieille toujours tordant le croupion.-- Va toujours, j'ai les cas rservs. Sur la parole du saint prlat, la vieille se rsigne, me serre, s'agite et m'arrache une libation, qu'elle me rend avec usure. L'vque et Valbouillant arrivent au mme instant au comble du plaisir. Mme Valbouillant, qui nous avait prcds, se lve alors, et va avec la jeune Babet fliciter la vieille tante de la bonne fortune inattendue qu'elle venait d'avoir; il y avait trop de tmoins du plaisir qu'elle venait de prendre pour qu'elle en pt disconvenir. Elle se prta donc au baiser que lui donna sa nice, et borna ses remontrances lui dire: -- Tche du moins que personne ne s'en doute. -- Ne craignez rien, rpartis-je, vous voyez comme nous traitons les curieux. -- Je ne crois pas, dit le prlat, la mthode sre pour les corriger. Ds ce moment la confiance s'tant tablie entre nous, la contrainte fut bannie; le prlat fut l'me de nos orgies: le long sjour qu'il avait fait en Italie lui avait donn une profonde thorie de tous les genres de volupt, et joignant la pratique ses rares lumires, il nous fit essayer avec succs trente attitudes dignes d'exciter le pinceau des Clinchet et modernes. Valbouillant tait dans l'ivresse et sa femme proposa au saint homme de le rconcilier avec les plaisirs naturels. La politesse l'empcha de refuser; pour le rcompenser de sa complaisance, je le socratisai pendant sa besogne, et Babet, couche sur Valbouillant qui s'tait jet la renverse sur le lit sa porte, offrait son oeil lubrique deux jumelles dont Ganymde aurait t jaloux. La tante, pour ne pas rester oisive, d'une main chatouillait les tmoins de Monseigneur, et de l'autre s'escrimait coups prcipits d'une poigne de verges, qui sillonnant le bas de mes reins redoublaient ma vigueur. -- Eh bien, dit Valbouillant, l'instant qu'il touchait la dernire priode de la volupt, que dites-vous de ma femme? -- Que dans le Paradis elle enlverait Madeleine toutes ses pratiques. La soire s'avanait, le prlat se rhabilla et nous ayant combls de caresses, il retourna son palais, remerciant la tante de Babet des plaisirs que lui avaient procurs son inquitude et ses scrupules, et avant de nous quitter, il lui fit prsent d'un supplant qu'une abbesse qu'il protgeait lui avait envoy pour modle, le priant d'en faire faire une douzaine pour le service de sa communaut. La bonne tante, aprs quelques crmonies, l'accepta et nous lmes dans ses yeux qu'elle en ferait plus d'usage que de son chapelet. Nous fmes un lger repas et nous allmes nous coucher aprs avoir bien ri de la fortune de la vieille. Le lendemain, peine tais-je veill, qu'on me remit une lettre du prlat. La voici: "Sur le compte avantageux qui nous a t rendu, monsieur, de l'application que vous avez montre pendant vos tudes, des progrs que vous avez faits dans la philosophie, la physique et la morale, des dispositions que vous avez devenir profond dans la thologie, nous croyons qu'il est de notre devoir pastoral de retirer de dessous le boisseau une lumire naissante telle que vous, et de la placer sur le chandelier. Pour vous mettre mme de dvelopper et d'accrotre vos talents, je vous offre auprs de moi la place de lecteur; je me charge de votre sort jusqu' ce que quelque bnfice honnte venant vaquer soit votre rcompense. L'ducation du fils de M. Valbouillant peut tre confie d'autres mains, et ce serait un larcin fait l'Eglise que de lui drober un sujet qui doit faire sa gloire, je ne vous renfermerai pas dans le seul emploi de lecteur; j'ai fort coeur un ouvrage auquel je me livre avec un zle ardent; vous serez mon collaborateur. Je crois l'offre trop avantageuse pour que vous la refusiez; vous pourrez toujours continuer vos bons offices M. et Mme Valbouillant: ce sont des gens estimables dont je chris les moeurs, et je vous seconderai de tous mes efforts." L'offre, en effet, m'tait avantageuse; mais je regrettais de quitter la bonne Valbouillant, la petite Babet, le pre de famille mme; ils m'aimaient tant, ils m'avaient procur des plaisirs si vifs, si varis... J'allai donc leur montrer la lettre, m'en remettant leur dcision pour accepter ou refuser le parti; ils furent aussi affligs que moi; mais refuser l'vque dans un pays o les prtres peuvent tout, tait trop dangereux; il fut donc arrt que je me rendrais auprs de Sa Grandeur et que je ferais mes efforts pour m'chapper souvent et jouir avec eux des plaisirs que je leur avais fait connatre. Je ne rpondis donc point la lettre du prlat; je m'habillai avec soin, et les yeux baisss, le front modeste, je me rendis chez le saint homme. Ds qu'il me vit, d'un air grave il me dit de passer dans son cabinet intrieur; et se htant de se dbarrasser du promoteur et de l'official qui l'entretenaient de quelques affaires de diocse, il vint me rejoindre, ayant dfendu qu'on l'interrompt avant qu'il sonnt. Ds que nous fmes seuls, son visage perdit toute sa gravit piscopale, il m'embrassa avec transport: -- Eh bien, mon ami! mon cher Hic et Hec, me dit-il, nous vivrons donc ensemble, n'y consentez-vous pas? -- Les dsirs de Monseigneur sont des ordres pour moi. -- Bon, entrez donc en exercice de vos fonctions de lecteur. Il me remet la satire de Ptrone, ouverte l'endroit qui a fourni la jolie scne des amours d't, me fait prosterner sur une pile de carreaux, et pendant que je lis, ralise avec moi la scne dont il entend le rcit; il la pousse jusqu'au dnouement, et prenant ensuite le livre, il se met ma place et je lui dis que je sais aussi bien attaquer que soutenir l'assaut; nous nous rajustons et nous approchant d'un bureau, sur lequel taient amoncels plusieurs casuistes, il me fait asseoir, sonne, et dit au valet de chambre qui arrive, qu'il peut laisser entrer, et pendant que plusieurs personnes, grands vicaires et autres, sont introduites: -- Je suis content, me dit-il, comme en continuant une conversation. Vos principes sont les vrais, vous avez approfondi la matire et quelques annes de travail encore vous vaudrez Sanchez. Messieurs, poursuivit-il, en s'adressant aux arrivants, voil un jeune homme qui me donne de grandes esprances, depuis une heure que je l'examine pour m'assurer de ses talents, je ne l'ai pas trouv un instant en dfaut! il pousse un argument avec force, le soutient avec fermet, et je crois qu'il fera un grand honneur l'Eglise. Je l'ai pris pour mon lecteur, et, aprs notre dner, je lui donnerai les quatre mineurs; quand on trouve des sujets il ne faut pas les faire languir. Tout le monde me combla d'loges pour plaire mon patron; je me couvris du manteau de cette modestie hypocrite qu'on aime trouver dans un jeune homme, mais dont les gens instruits sont rarement les dupes. En sortant de table, l'vque me tint parole, je me trouvai sous-diacre, sans avoir fait d'autre sminaire que sur les coussins de Monseigneur et dans le boudoir de Mme Valbouillant. Le prlat me permit d'aller lui faire part de mon avancement, et me rappelant, il me dit tout bas: -- J'irai chez eux quand je serai dbarrass de nos importuns, prvenez-les pour que nous puissions n'tre qu'entre nous. Je m'inclinai avec respect et je sortis. Je fus reu avec transport par mes amis; Valbouillant et sa femme m'accablaient de questions; j'y rpondis de mon mieux et je leur dis par quelle voie j'tais entr dans les ordres, ajoutant que l'vque viendrait leur dire, ds qu'il serait libre, ce qu'il avait fait pour leur protg. Babet qui survint me couvrit de baisers et si je m'en tais cru, je n'aurais pas diffr leur marquer ma reconnaissance de la part qu'ils prenaient mon avancement; mais l'incertitude du moment de l'arrive du prlat, le dsir de lui faire faire une orgie complte, nous firent suspendre nos plaisirs. Il ne se fit pas attendre; alors la porte fut ferme pour tout le monde; on lui fit des remerciements et des reproches (ce qu'il faisait pour moi ne ddommageait pas de ce qu'on perdait mon absence). Le saint homme promit que je pourrais les voir souvent et qu'il joindrait ses efforts aux miens pour gayer leurs moments. Aprs ces premiers propos, on fit venir Babet, qui d'abord s'tait retire par respect, et, profitant de la chaleur du climat, sur l'avis du prlat, nous quittmes les pompes du luxe, et nous nous mmes dans l'tat o taient nos premiers parents dans l'Eden avant que la pomme fatale leur et appris qu'ils taient sans vtements. On et dit, en regardant Mme Valbouillant, que c'tait la Volupt sous la livre de la Fracheur; ce qui manquait la lgret de sa taille tait bien compens par la finesse de sa peau, la fermet des chairs, l'apptissant des formes arrondies et le temprament que ses yeux ptillants et l'humidit de ses lvres vermeilles annonaient; pour Babet, l'Albane ou le Boucher l'auraient prise pour la plus jeune des Grces, sa taille svelte et dlie n'avait pas encore la perfection des formes, mais on voyait que deux ans encore leur donneraient cette rondeur qu'on ne trouve point dans l'extrme jeunesse; des cheveux d'un noir de jais, et tombant par grosses boucles au-dessus de ses mollets, formaient autour d'elle un voile transparent qui rendait encore plus touchants les charmes dont ils couvraient une partie. Le prlat ne put tenir contre ce charmant objet; elle fut la premire recevoir son hommage. -- Tchons, dit alors l'vque, de remplir par quelque rcit amusant l'intervalle que la nature exige entre le plaisir et la renaissance des dsirs; je vais vous raconter une aventure qui m'est arrive quand j'tais au sminaire. -- Ecoutons. Et l'on s'assit autour du prlat. J'avais, dit-il, seize ans; j'tais assez joli, et ma tante, chez qui je passais communment les vacances sa terre, s'amusait souvent m'habiller en fille, et faisait prendre mes habits Faustine, sa fille; elle tait de mon ge, avait la taille lance, et, pour la tournure et les grces, ressemblait beaucoup la gentille Babet. Ces travestissements avaient tabli entre nous une libert dont nous ne manqumes pas de profiter. Faustine avait du temprament comme Babet; j'tais ardent comme Hic et Hec. Ma tante n'tait pas ombrageuse; son directeur la consolait de l'ennui de son veuvage, et quand il venait passer quelques jours au chteau, nous tions encore plus libres, ma tante dsirant jouir dans la retraite des pieuses exhortations du saint homme. Nous allions souvent nous promener en cabriolet, ma cousine et moi, dans les maisons du voisinage: il nous tait mme permis de dcoucher quelquefois, le voisinage tant habit par des amis de ma tante. Un jour que le pre en Dieu tait la maison, il nous prit fantaisie d'aller nous promener, ma soeur et moi (c'est ainsi que je nommais Faustine); la fontaine de Vaucluse tait l'objet de notre curiosit, et nous dmes ma tante que nous reviendrions coucher moiti chemin, chez une vieille parente qu'elle aimait beaucoup. Nous nous arrtmes dans un cabaret, deux lieues de la route, pour djeuner. Pendant qu'on le prparait, l'ide me prit de troquer d'habits avec Faustine, qui m'avait paru la veille charmante en abb. -- Volontiers, si cela t'amuse, mon frre, me dit-elle; mais je n'ai point ici ma femme de chambre, comment ferons-nous? -- Bel embarras, je t'en servirai. -- Oui, mais la dcence! -- Qui est-ce qui le saura? tu ne te mfies pas de moi? -- Non, sans doute; mais cependant je ne voudrais pas que tu visses tout fait... -- Comme tu es faite, n'est-ce pas? va, je m'en doute. -- Je le crois bien; mais... -- Tu te doutes bien comme je suis. -- J'en ai quelques ides, mais point de certitude. -- Et qui nous empche de satisfaire notre curiosit? -- Mais maman... -- Crois-tu qu'elle se gne avec le rvrend pre Cazzoni! -- Oh! je ne veux pas pntrer ses secrets. -- Nous ne l'instruirons pas non plus des ntres; allons, quitte tes jupes et ton corset. -- Au moins tu seras sage. -- Oui, mais je veux tout voir. -- Soit, mais tu satisferas aussi ma curiosit? -- De toute mon me; mais tu n'en diras rien? -- Non, jamais, ni toi non plus. -- Je te le jure! Et nous voil nous dshabiller avec empressement; mon habit tait bas, son fichu et son corset taient enlevs, nous commenmes par comparer nos seins. -- Ah! Faustine, les deux charmants hmisphres, que ces boutons qui reprsentent les ples sont frais et vermeils, que ces veines bleues relvent l'clat de cet albtre sur lequel elles sont traces, et je serrais ces charmantes fraises entre mes lvres caressantes. -- Finis donc, mon frre; tu me jettes dans un trouble... je ne pourrais pas finir de me dshabiller. J'obis en la dvorant des yeux. -- Mais travaille donc aussi, dit-elle, d'un ton impatient: tu ne fais que me regarder, et je serai dj toute nue que tu auras encore ta culotte. Je fis ce qu'elle ordonnait, et j'avais t mon caleon qu' l'instant ayant enlev ses jupes, elle se dpouillait de sa chemise; nos yeux se portrent simultanment vers le point central. -- Ah! que c'est joli, m'criai-je en portant une main avide sur la mousse naissante qui commenait couvrir le portique du plus joli temple de l'amour! -- Ah! que c'est beau, dit-elle en serrant dans sa main l'image brillante du serpent qui tenta notre premire mre; comme cela est dur! cela se dcouvre, et ce qui est au-dessous, quoi cela sert-il? Ses attouchements me mettaient dans un tat qui ne me permettait pas de lui rpondre. Et de mon ct j'examinai l'objet intressant qu'elle offrait ma vue; j'avais commenc par fermer la porte au verrou et je la dcidai sans peine se placer sur le lit pour que nous puissions rciproquement continuer notre examen. -- Cela, lui dis-je, est destin par la nature s'ajuster dans la partie o je tiens mon doigt. -- Ah! comme ce doigt me chatouille! regarde. -- En effet, veux-tu que j'essaie?... -- Dam... je le voudrais bien, mais si maman le savait! -- Et qui le lui dira? ce ne sera pas moi, srement. -- Eh bien! eh bien! essayons. -- Soit, essayons! Alors, avec toute la gaucherie de l'ignorance et toute l'ardeur de l'amour, nous cherchons nous mettre en besogne; la crainte de blesser Faustine arrtait mes efforts ds qu'elle tmoignait de la douleur; elle me rappelait, mais toujours la mme difficult se prsentait. Enfin, je me souvins qu'au collge mon rgent de seconde, voulant badiner avec moi, s'tait mis en frais de satire et m'avait appris ce proverbe: _Col patenzia et la supa si chiavarebbe una mosca_. Je pris un morceau de beurre frais qu'on nous avait apport avec des radis, et grce ce secours, je renouvelai mes efforts. Faustine s'arme de courage, rsiste sans fuir; la tte de ma colonne force la barrire; je redouble, le blier pntre, la muraille s'entr'ouvre, les dsirs escaladent la brche et s'y logent en arborant le drapeau des plaisirs. Nous trouvions ce jeu si doux que nous avions de la peine le quitter; mais la crainte que la fille de l'auberge ne nous surprt en apportant ce qu'on nous prparait pour djeuner, nous fora de nous rhabiller. Je pris la chemise de Faustine, qui s'affubla de la mienne; elle se chargea de ma coiffure, moi de la sienne, et quand on vint nous servir, elle offrait aux yeux un petit abb, et je paraissais une assez jolie fille. Faustine, pour se conformer son nouveau costume, prit l'air d'un jeune tourdi, et y russit mieux que moi quand je voulus prendre l'air de rserve convenable mon habit. La servante qui porta notre djeuner avait la gorge ferme, la jambe fine, le bas bien tir et la jupe courte, comme l'ont d'ordinaire nos jolies Venaissines. Faustine la lutina; Javotte paya d'une tape l'agilit de ses mains. Le nouvel abb ne se rebuta pas, et levant sa jupe par-derrire, toucha l'endroit sensible. -- Qu'est-ce donc? petit fripon, sans le respect que j'ai pour mademoiselle votre soeur, je vous corrigerais de la bonne faon; voyez un peu le beau morveux! -- Ah! ne vous gnez pas, repris-je en riant, c'est un petit libertin, je ne prendrai pas sa dfense. Alors Javotte vous l'empoigne d'un bras vigoureux, et en un clin d'oeil dboutonne sa culotte, l'abat et lui donne deux bonnes claques, et cherchant ce qui le rendait si insolent, elle jette un cri de surprise en ne trouvant qu'une jolie grotte o elle croyait trouver un rocher sourcilleux. -- Ah! pardon, mademoiselle, si j'avais su ce que vous tiez, je n'aurais pas fait la bgueule, et si cela vous amuse, vous tes la matresse. Faustine, pour ne pas la dsobliger, consentit recevoir de bon gr ce qu'elle avait d'abord voulu ravir, et d'un doigt obligeant lui rendit le mme bon office qu'elle en recevait. Pendant qu'elles s'occupaient, je pris la parole et je dis Javotte que nous tions soeurs et que nous allions voir une de nos parentes dans l'intention de la divertir par ce travestissement, et je lui donnai un cu pour nous garder le secret. -- Ah! de bon coeur, dit-elle; mais vous tes trop jolie pour n'tre que spectatrice, et elle voulait passer sa main sous ma jupe. -- Non, Javotte, je vous remercie, il y a des empchements. -- Des nouvelles de Rome peut-tre? -- Prcisment. -- Qu'importe, j'ai l de l'eau, les mains sont bientt laves. -- Oh! non, jamais dans cet tat... -- Vous ne me ressemblez gure, c'est le temps o je suis la plus ardente. Voyant qu'il n'y avait rien faire avec moi, elle nous servit. Nous mangemes la hte et nous partmes. Nous rmes fort dans la voiture du succs de la tmrit et de l'embarras o m'avaient jet les offres de Javotte; nous interrompions nos rires par le tendre souvenir des caresses que nous nous tions prodigues, et des lumires que nous avions acquises. Ces ides m'occupaient trop pour songer au chemin, et une malheureuse ornire o la roue tomba pendant que j'embrassais Faustine, donna une telle secousse qu'une de nos soupentes se rompit. Force nous fut de nous arrter, un baiser ne pouvait pas rtablir la fracture. Nous ne savions quel saint nous vouer, et le plus petit sellier du village nous aurait t plus utile que l'intercession de tous les bienheureux des litanies. Nous grommelions entre nos dents, quand nous vmes se promener, sur la gauche, un chtelain du canton, en perruque ronde, chapeau et souliers gris, une grande canne la main, surmonte d'un chenilloir; sa mine annonait prs de cinquante ans. Sa moiti, la tte enfouie dans une norme calche garnie de ruban coquelicot, s'avanait majestueusement soutenue sur un bambou. Cette dame, majeure depuis dix ans, s'efforait depuis trois lustres de donner un hritier l'illustre famille Cornucio, dont son poux tait le chef. Mais la Providence se refusant leurs dsirs, n'avait point touff dans son me l'espoir de russir en s'attachant un collaborateur, quand l'occasion s'en prsenterait. Ce digne couple ayant aperu notre accident, s'avana pour nous offrir les secours qui dpendaient de lui: nous nous trouvmes heureux de leur zle obligeant; leur domestique conduisit au chteau notre cabriolet dlabr, et nous, nous nous joignmes au couple Cornucio dans leur promenade: la dame s'empara du bras du feint abb et le mari saisit le mien; mesure que nous approchions du chteau, leurs yeux s'animaient, leurs coudes pressaient nos bras sur leurs coeurs; leurs voix devenaient agites et leurs discours flatteurs. Arrivs au castel on s'occupa de nous loger; ils n'avaient que deux petites chambres nous donner, l'une attenant la chambre de madame, l'autre celle de monsieur; il paraissait tout naturel de loger l'abb prs de celle du mari et la prtendue demoiselle prs de la dame, mais d'un commun accord ils en dcidrent autrement, comptant chacun tirer parti du voisinage. J'aurais pu, en changeant le soir de chambre avec Faustine, contenter tout le monde et cacher le mystre de mon travestissement; mais l'ide qu'elle serait dans les bras de ce vieux satyre me rvoltait trop; j'aimai mieux attendre l'vnement et prendre conseil des circonstances. Cornucio et sa femme nous accablrent de prvenances toute la soire, et aprs le souper qui fut arros de trs bon vin, ils nous menrent dans nos chambres. -- Soyez bien sage, mon cher petit abb, dit la dame en embrassant Faustine, il n'y a qu'une mince cloison entre votre lit et le mien, j'entendrai tout; et puis, lui dit-elle l'oreille, la porte qui nous spare ne ferme pas. Le mari me fit les mmes confidences, et m'ajouta qu'il tait somnambule, en me serrant fortement la main, puis il se retira. Je ris de sa mprise et je me couchai. Faustine en fit autant dans sa chambre avec laquelle j'tais bien fch de n'avoir pas communication, car nos chambres taient aux deux bouts de la maison, il fallait traverser un corridor le long de l'appartement, de la salle manger et de celui du matre. A peine avais-je ferm l'oeil que j'entendis marcher dans ma chambre, et s'avancer prs de mon lit; je sentis que j'allais avoir combattre; je saisis le pot de chambre, dont j'avais fait usage en me couchant, et quand Cornucio voulut ouvrir mon lit pour s'y placer, j'avanai le bras et le coiffai du vase, et, traversant toutes jambes le corridor, j'arrivai la porte de Faustine, que j'enfonai d'un coup de genou; je la trouvai se dbattant comme le chaste Joseph avec la femme de Putiphar; elle tait si bien enveloppe dans ses couvertures que notre lascive htesse n'avait pas dcouvert son sexe. La dame, mon abord, parut mduse; je me plaignis amrement de la violence que son mari avait voulu me faire prouver, et je grondai mon soi-disant frre de l'impudeur avec laquelle il osait abuser des bonts de notre respectable htesse. -- Moi, ma soeur, s'cria le faux abb, le ciel m'est tmoin que c'est madame qui voulait. -- J'ai cru vous entendre gmir; craignant que vous ne fussiez incommod, je suis vite accourue pour vous donner les secours qui dpendaient de moi. -- Votre mari, madame, ne vous le cde pas en charit; mais je ne dsempare pas de la chambre de mon frre, lui seul peut me protger contre l'impudicit de votre mari. -- Couche-toi, ma soeur, me dit Faustine, je me mettrai dans un fauteuil prs de ton lit pour te dfendre; j'espre que madame y voudra bien consentir, et souffrir que nous reposions jusqu'au point du jour. Alors nous quitterons une maison o l'innocence est si peu respecte. La dame, aprs quelques excuses maladroites, sortit et ayant barricad nos portes, nous nous jetmes dans les bras l'un de l'autre, et nous savourmes loisir l'ivresse des plaisirs dont nous avions pris un chantillon dans l'auberge. Le lendemain, la pointe du jour, ayant repris les habits de notre sexe, nous partmes sans prendre cong de nos htes libidineux, et notre soupente raccommode nous ramena chez ma tante, o j'achevai de passer voluptueusement la fin des vacances, aprs avoir assist aux noces de mon aimable cousine, dont le mari, nerveusement conform, ne s'aperut point que j'avais fray le sentier qu'il parcourut encore avec peine. Nous avions repris nos forces pendant l'histoire du prlat, et tour tour pendant la soire nous nous enivrmes de tous les plaisirs qu'offrent la nature et la dbauche des gens qui, pleins de vigueur et vides de prjugs, loin de rien refuser leurs dsirs, les irritent par la recherche de toutes les possibilits voluptueuses. A quelques jours de l, mon prlat, prs duquel je remplissais avec zle les fonctions dont il m'avait charg, m'avertit que j'avais me prparer le suivre Bdarrides, sa maison de plaisance, trois lieues d'Avignon, o il allait se reposer pendant une quinzaine des travaux de l'piscopat; que j'y trouverais sa soeur, femme de qualit de Bnvent, et sa fille, chanoinesse des plus hautaines, mais ayant toutes les grces de son tat. Il me confia que sa soeur, femme de trente-cinq ans, encore belle et frache, suivant toutes les apparences, me trouverait son gr, et qu'il esprait que je l'aiderais lui faire les honneurs de sa maison; que pour la fille, elle avait la fracheur de ses dix-sept ans, le sourcil noir, l'oeil vif, les lvres humides et les plus heureuses dispositions pour marcher sur les traces de sa mre, mais que la fiert de ses soixante-quatre quartiers l'avait jusqu'alors empche de cder, parce qu'elle avait toujours trouv quelque lacune dans l'arbre gnalogique de ses soupirants; quoique l'tat de chanoinesse qu'elle avait embrass, vu son peu de fortune, l'et fait renoncer au mariage, et que le manuel des solitaires, ou les simulaires usits dans les couvents dussent tre son unique consolation. Je la plaignis d'un prjug si contraire au voeu de la nature, l'humilit chrtienne. -- Je compte sur vous, mon cher Hic et Hec, pour l'en gurir, me dit-il; votre tournure, votre mine sduisante, vos profondes connaissances dans l'art de la volupt, peuvent seules ramener au bercail cette brebis gare. -- Et comment y pourrai-je parvenir? moi, sans nom, sans titres, sans aeux, le mpris sera le premier sentiment qu'elle prouvera pour moi. -- J'en fais mon affaire, j'ai mon roman tout prt: c'est un jsuite, missionnaire dans l'Inde, qui, revenant du royaume de Pgu, vous aura ramen de ce pays par l'ordre d'un prince dont vous tes le fils naturel, pour tre lev dans la religion chrtienne, que son loquence lui a fait embrasser. -- Si cette mystification amuse Monseigneur, je ne saurais qu'obir. -- On t'en devra de reste pour ta complaisance: Laure est faite au tour et n'a contre elle que l'excs de l'orgueil; je te mets mme de l'initier, mais c'est la mme condition que Valbouillant a mise l'ducation de Babet et que tout sera commun entre nous quand tu l'auras gurie de ses prjugs. Cela me parut plaisant, et je promis au prlat tout ce qu'il voulut. -- Il me vient une ide originale, dit mon vque; si pour tayer notre ruse, je glissais dans la conversation que tous les princes de sang de Pgu ont sur le corps un signe qui prouve leur origine. -- Un signe, et lequel, s'il vous plat, Monseigneur? -- Parbleu! une tte d'lphant blanc sur le bas-ventre, au-dessous du nombril; le peintre qui vient de faire mon portrait t'en dessinerait bien une l. -- Quelle folie! -- Je lui ferai natre le dsir de voir ce phnomne, et je ne doute pas que la trompe menaante de l'animal, faisant remarquer sa force et son lasticit, ne parvienne l'intresser. Ainsi dit, ainsi fait. Le peintre, ds le lendemain, se mit l'ouvrage, et deux jours aprs, mon ventre offrit la plus belle tte d'lphant qu'on pt voir, et monseigneur examinant le chef-d'oeuvre du peintre et badinant avec la trompe de l'animal, elle prit sous ses doigts sacrs une consistance qui le ravit. Nous fmes le soir une visite Mme Valbouillant; on admira la nouvelle peinture; heureusement elle tait l'huile, sans cela, l'usage rpt que je fis de la trompe, le tableau aurait disparu. La petite Babet, qui n'avait jamais vu de pareils animaux, ne se lassait pas de l'examiner, et trouvait qu'on en pouvait tirer aussi bon parti que du manche du moussoir. La pauvre enfant, peu verse dans les arts, ramenait tout la nature. Le couple voluptueux, que le prlat instruisit du motif de cette peinture et de la mystification projete, promit de la seconder et de nous suivre cet effet la maison de campagne de Sa Grandeur, qui, depuis son admission nos orgies, ne pouvait se passer des plaisirs que le libertinage de notre imagination variait sans cesse. Il fut aussi dcid que la gentille Babet serait du voyage; chaque jour dveloppait en elle de nouveaux charmes, ses formes s'arrondissaient, sa gorge se remplissait, et l'usage de la volupt avait donn de la finesse et de l'nergie ses regards, d'abord incertains et timides. Ses mains, qu'on n'employait plus aux travaux grossiers de sa premire jeunesse, avaient gagn de la blancheur; et la finesse de sa peau, l'agilit de ses doigts dlicats, lui donnaient plus de grce manier le sceptre de l'amour que n'en montrait Hb toucher la massue d'Hercule. Le lendemain, nous partmes, le saint prlat et moi: sa soeur et sa nice taient arrives deux heures avant nous, nous les trouvmes dans le salon; la mre couche sur une ottomane, lisait d'une main un petit in-16 qu'en nous apercevant elle mit dans sa poche, et l'autre main reparut. La jeune chanoinesse, courbe sur un mtier, brodait sur un sac ouvrage le blason de ses armes, avec toutes les alliances carteles. L'vque, les ayant embrasses, me prsenta comme un prince pguan, que le roi, mon pre, nouveau converti, faisait passer en Europe, pour s'instruire dans la foi et dans les arts, qui font la gloire de notre heureuse patrie. Ce titre de prince du bout du monde et cousin de l'lphant blanc, prvint en ma faveur l'auguste chanoinesse; mes yeux vifs et ptillants, mes cheveux bruns et fournis firent aussi leur effet sur la mre; l'une me demanda des lumires sur les armoiries de Siam et du Pgu, l'autre sur le costume des Bayadres et sur la forme des chaises longues de l'Inde. J'y satisfis de mon mieux, d'aprs ce que j'avais lu dans les _Voyageurs_. Aprs le repas, pendant lequel on admira tout ce que je disais, s'tonnant qu'un jeune homme n aux Indes pt s'exprimer avec bon sens et facilit, on put se promener dans un bosquet dlicieux prs du salon; la commission Magdalani me choisit pour cuyer, et l'vque prit le bras de la chanoinesse, et lui parla de manire la prvenir en ma faveur. La mre, cependant, me questionna sur les moeurs de Pgu, sur la tournure des belles, sur les procds qu'on y suivait en amour; je l'assurai que les femmes grosses y taient le plus recherches (elle l'tait); que les hommes ne se permettaient aucune avance vis--vis d'elles, de crainte d'tre importuns; mais qu'ils rpondaient avec transport celles que les belles leur faisaient. -- Comment, si j'tais pguane, si vous me trouviez aimable, vous ne me le diriez pas? -- J'aurais trop peur de vous offenser. -- Comment donc faut-il que la femme se conduise pour enhardir l'homme pour lequel elle se sent du got? -- Elle le regarde en baisant le bout du doigt de sa main gauche, et le cavalier s'approche avec timidit. -- Et la dame alors? -- Elle porte la main droite sur son coeur. -- Comme cela? -- Prcisment. -- Je fais donc bien? -- A ravir. -- Et le cavalier? -- S'il est seul avec la belle, il se jette ses genoux, obit ses ordres sans oser les prvenir; mais s'il est devant tmoins, il feint de ne rien entendre, et gmit les yeux baisss. -- Vous les avez prsent? -- Exactement de mme. -- Fort bien. Mon frre, dit-elle l'vque qui nous suivait avec sa fille, que je ne vous empche pas de vous promener, je me sens un peu fatigue, je vais me reposer sur ce gazon; le prince Hic et Hec achvera de m'instruire des coutumes de l'Inde, vous nous retrouverez ici ou au salon. -- Soit, dit l'homme de Dieu s'loignant, en souriant, avec sa nice. -- Reprenons notre leon indienne, dit la signora. N'est-ce pas comme cela? dit-elle en baisant son doigt gauche. -- Oui, si j'ai le bonheur de vous plaire. -- Ne faut-il pas mettre la main sur mon coeur? -- Oui, si vous voulez que j'ose beaucoup. -- Voyons. Et elle fait le signe encourageant, en se couchant sur le gazon: je m'y prcipite avec elle, mes mains actives loignent tous les obstacles, et bientt nous ne faisons qu'un. -- Vive la mthode indienne, comme elle abrge les formalits! Et me serrant, me pinant, me mordant, elle arrive la priode dsire, et se pme en bnissant Brahm, Vishnou et tous les dieux de l'Inde; bientt revenue elle: -- L'abb, me dit-elle en me serrant contre son sein, cher abb! comment les femmes dans l'Inde prouvent-elles qu'elles sont satisfaites? -- En recevant avec transport un nouvel hommage. -- Presque sans se reposer!... Ah! je retourne avec vous au Pgu, dit-elle en s'arrangeant pour me tmoigner sa reconnaissance. Elle se trouvait bien des moeurs de l'Inde, et je lui parus mieux valoir que le livre qui l'occupait lors de notre arrive; puis se relevant et rajustant le dsordre de sa toilette, elle s'appuya sur mon bras pour retourner au salon. Elle avait t trop occupe des choses solides pour s'tre distraite au point d'observer la peinture lphantine. Elle m'entretint d'un ton plus calme des diverses religions de l'Asie. Je lui parlai de la secte des multiplicantes et de la communaut des plaisirs qu'on voit tablie dans les familles de cette caste. -- Comment, dit-elle, la mre dans les bras du fils, la fille dans ceux du pre!... -- Eh! madame, rappelez-vous d'avoir lu quelque part: "Qui doit goter des fruits d'un arbre, si ce n'est celui qui l'a plant?" -- Il est vrai; mais le prjug! -- Tient-il contre la loi du crateur? -- En est-il qui permette un pre, une fille, un frre, une soeur?... Fi donc; cela rpugne.-- A qui donc a-t-il dit: "Croisez et multipliez?" N'est-ce pas Adam, Eve, ses fils, ses filles? il ne regardait donc pas l'inceste comme un crime, puisqu'alors il le commandait. -- Comment? mais en effet. -- La volont du ciel peut-elle tre versatile? Ce qui fut un prcepte dans un temps, peut-il tre forfait dans un autre? Disons plutt, puisque la nature nous a donn du penchant pour les tres d'un autre sexe, sans gard la parent, que c'est la politique seule, qui, pour faire communiquer entre eux les hommes disposs par la nature prendre les plaisirs qu'ils avaient sous la main, et qu'ils trouvaient au sein de leur famille, a interdit ces unions rapproches, pour runir par le besoin du plaisir des tres qui sans ce besoin ne se seraient jamais rapprochs; que les lgislateurs ont prohib, par des vues humaines, des unions qui tenaient les familles isoles les unes des autres et que l'intrt des gouvernants, et non le voeu du crateur et de la nature, ont transform en crimes des penchants naturels et par consquent innocents. Observez encore que suivant la loi du peuple juif, il tait ordonn au frre d'pouser la veuve de son frre, et qu'ainsi la mme femme devait passer de frre en frre, tant qu'elle survivrait son poux, et vous osez faire un crime prsent un cousin d'amuser sa cousine, si le vicaire du Rdempteur ne lui accorde la dispense prix d'argent; mais ce Rdempteur n'a-t-il pas dit selon les livres saints: "Je ne suis point venu pour changer la loi, mais pour l'accomplir." J'tais lanc; et dans l'habitude de disputer sur les bancs, j'aurais pass d'arguments en arguments, si le prlat n'tait rentr avec sa nice, vis--vis de laquelle il avait je crois soutenu la mme thse, si j'en juge par le feu de leurs yeux et la rougeur de leur teint plus anim que de coutume. La signora Magdalani s'en aperut, et n'en osa rien tmoigner, la richesse et le crdit de son frre, les secours qu'elle en recevait, la rendaient rserve, et elle savait que l'exemple qu'elle donnait sa progniture ne l'autorisait pas marquer beaucoup de svrit. -- Eh bien! dit le prlat, comment vous trouvez-vous, ma soeur, de l'entretien du prince Hic et Hec? Etes-vous bien instruite des coutumes et des moeurs de l'Inde? -- Je suis trs satisfaite de ses lumires, il est lucide, prcis et d'une philosophie... -- C'est un puits d'rudition, et sa morale? -- Bizarre, fonde en principes: savez-vous bien qu'il m'affranchit de bien des prjugs. -- C'est son fort; mais, voyons lesquels? -- Je ne puis, devant ma fille... -- Quel enfantillage! elle est d'ge tout savoir, et je dis plus, il peut tre dangereux de ne pas l'clairer; que de fautes l'ignorance ne fait-elle pas commettre? Une jeune fille qui on ne cache rien est plus en tat de repousser la sduction, et, si elle y cde, du moins elle vite le scandale, qui, je le dis entre nous, est le plus grand mal moral. Qu'importe la socit que je satisfasse mes besoins physiques ou que je m'en prive, pourvu que je ne nuise pas au bonheur d'autrui, que je ne lui enlve pas sa proprit, que je n'altre pas ses jouissances et que je ne lui cause ni chagrin ni douleur? -- Mon frre, dit-elle en souriant, diriez-vous cela dans vos homlies? -- Oui, quand je parlerais des gens que je voudrais clairer; mais en chaire, non, le peuple en masse veut tre tromp, l'ignorance aime les prodiges; une religion sans miracles trouverait peu de sanctuaires, et les mystres qui rpugnent la raison entranent la crdulit du grand nombre; je continuerai jeter de la poudre aux yeux du peuple; mais je serai loyal et sans scrupule avec mes amis. Laure a dix-sept ans et n'ignore pas srement la diffrence de son sexe et du ntre; mais les dtails lui sont peut-tre inconnus, nous nous gnons pour elle, nous affligeons sa curiosit, et peut-tre en nous quittant fera-t-elle des questions sa femme de chambre, qui, moins discrte et moins claire, en lui faisant le tableau des plaisirs, ne lui en dpeindra pas les dangers. -- Ah! dit Laure, que mon oncle est aimable! -- Quand elle voit que nous ne lui cachons rien, elle sera sans dissimulation, nous lirons dans son me et nous pourrons carter d'elle les dangers sans en loigner les plaisirs. Votre dsir, je le sais, n'est pas de la marier, elle se soumet vos vues; mais quand elle renonce l'hymen, soyez sre qu'elle ne renonce pas aux ddommagements que se procurent tant de jolies prbendires. Plus de gne devant elle, tant que nous n'aurons pas d'trangers; quand il en viendra de suspects, remettons vite le masque de la rserve. La signora Magdalani, regardant sa fille d'un oeil caressant: -- Allons, je me rends, puisque mon frre le veut; mais, mon coeur, dit-elle en la baisant au front, ne perds pas l'usage de rougir. Rien ne fait plus d'honneur aux filles et surtout aux mres. -- Allons, ma soeur, c'est convenu; mais voyons sur quoi roulait la conversation avec Hic et Hec. La signora lui rpta ce que je lui avais dit sur la secte des multiplicantes et sur l'inceste. -- Eh bien! ma soeur, n'est-ce pas prcisment ce que je vous disais quand vous tiez si fche pour quelques espigleries, qui pourtant vous avaient fait grand plaisir. -- Oh! mon frre, devriez-vous dire cela devant ma fille encore. -- Ah! maman, je m'en doutais, quoique sans oser vous en parler. Je ne pus me retenir cette navet, et saisissant sa main, je la baisai avec transport. La petite rougit. La maman me jeta un regard svre, qui ne m'en imposa pas. L'vque, d'un ton tranchant, termina la dispute en disant:-- Fi donc, ma soeur, allez-vous y mettre de l'humeur, il est temps que la petite gote sa part de nos plaisirs; l'abb est approchant de son ge. -- Mais, mon frre... Songez-vous? -- Je sais qu'il prendra toutes les prcautions ncessaires pour prvenir l'arrive des petits indiscrets. -- Mais, mon oncle... -- Vas-tu me montrer quelques doutes sur l'anciennet de sa gnalogie?... Rassure-toi, tes soixante-quatre quartiers doivent se trouver honors de se joindre au cousin de l'lphant blanc. -- Si du moins je voyais son blason. -- Rien n'est plus facile; les princes de la maison royale de Pgu le portent toujours sur eux. -- Ah! voyons-le donc. -- Allons, Hic et Hec, faites vos preuves. Le baiser que j'avais coll sur la jolie main de la chanoinesse m'avait mis en tat de paratre avec gloire. Au mouvement que ma main fit pour mettre en libert la trompe d'lphant: -- Quelle indcence! s'cria la mre. -- Regardez son cachet, rpondit l'vque, c'est une tte d'lphant. J'exhibais cependant mes armoiries. -- Comment, dit la signora, je ne m'en tais pas aperue. -- Ah! ma soeur, vous avez dj fourrag dans ce canton? Elle rougit en marmottant: -- Que je suis tourdie. -- Eh bien! considrez plus votre aise, et vous, ma nice, vtes-vous jamais de plus belles armoiries? La mre, surprise, convint que cela tait merveilleux, et la jeune Laure interdite et d'une voix syncope par le dsir: -- Cela est beau... le superbe cusson... -- Allons, prince, initiez cette vierge; pendant que vous lui ferez chanter son premier hymne l'amour, nous battrons la mesure sa mre et moi. Je renversai ma chanoinesse sur le sofa; l'vque dnoua les cordons de son corset et dcouvrit mes yeux blouis deux hmisphres d'albtre o des veines azures traaient le cours de mille rivires serpentantes; ma bouche en suivit les contours, et en peu de temps parcourut bien du pays. Cependant, de peur de faire fausse route, je mouillai l'ancre dans une mer de dlices; et le saint prlat ayant jet sa soeur sur l'ottomane voisine, s'aperut de la double libation que j'avais faite. -- Ah! ah! dit-il, ce temple a t souill par quelque profane; mais avec ce goupillon, je vais le purifier; et rentrant dans le parvis aprs quelques alles et venues dans la nef, il pntra dans le sanctuaire, qu'il purifia par une ample aspersion de son eau lustrale. La petite, en ce moment, tourna la prunelle et se raidissant, s'cria: -- Ah! roi de Pgu, que tu as bien fait de te convertir! Quel que ft le dlire que me causa son ivresse, la prudence l'emporta sur mes transports, et, docile aux prceptes du vnrable prlat, je rpandis ma libation sur l'architrave du portique du temple. La mre et l'oncle me flicitrent de ma sage retraite; mais Laure m'en paraissant moins satisfaite, je me htai de la consoler en me replongeant de nouveau dans l'antre brlant, qui ne m'avait vu sortir qu' regret, et je lui procurai une nouvelle mission sans dpense de ma part. L'vque et sa soeur s'taient cependant rapprochs de nous, et la dame, baisant le front de sa fille, approchait de mes lvres une fraise de son sein, que je m'empressai de sucer, pendant que le prlat, d'une main caressante, pressait mon post-face, qu'il socratisait du doigt majeur. Nous nous remmes aprs en tat dcent, et les ablutions ncessaires finies et les toilettes rpares, nous attendmes l'arrive de Valbouillant, de sa femme et de Babet, qui ne se firent pas longtemps dsirer; les premiers moments de l'entrevue se passrent en compliments. -- Prince, me dit la gentille Laure, pourquoi mon oncle a-t-il invit ces gens-l? Cela va nous forcer une gne que je savais supporter avant l'intimit de notre liaison, mais dont la connaissance des plaisirs va me rendre incapable. -- Rassurez-vous, repris-je, loin de contraindre notre lan vers la volupt, leur prsence en variera les formes. -- Mais un homme mari!... la prsence du mari doit bien en imposer la femme. -- Bon, la prsence d'une mre doit bien gner une jeune chanoinesse; cependant... -- Ah! toutes les mres ne sont pas bonnes comme la mienne. -- Oh! tous les maris ne sont pas bons comme Valbouillant. On s'tait assis, on s'observait; tous avaient envie de voir la confiance et la libert s'tablir, mais personne n'osait rompre la glace. L'vque sourit de l'embarras gnral, et, prenant Laure par la main, la mena Mme Valbouillant. -- Souffrez, dit-il, que je vous offre une jeune initie; elle a d'heureuses dispositions, et, docile vos conseils, elle saura respecter les prjugs en public et s'en dpouiller en particulier. Je demande votre amiti pour elle; bannissant entre nous tout respect humain, soyons dans ma retraite comme nous tions dans votre retraite d'Avignon. -- Vous ne pouvez, rpondit Mme Valbouillant, me faire un plus grand plaisir: vous n'attendez personne, je crois? -- Non, et jamais aucun domestique n'entre dans ce corps de logis, si je ne lui en donne l'ordre exprs. -- Bon, en ce cas, et pour cimenter notre union et rendre notre connaissance plus intime et plus prompte, que ne prenons-nous tout de suite l'habit de la vrit? il sera trs avantageux madame et cette belle enfant. La signora Magdalani feignit un instant d'hsiter; l'vque la dcida en enlevant lui-mme son fichu et dnouant son corset; Mme Valbouillant en fit autant la chanoinesse, dont elle couvrit de baisers la gorge et les bras qu'elle avait d'une rondeur et d'une forme ravissantes, et Monseigneur ouvrant une petite armoire cache dans le lambris, en tira quatre peignoirs d'une gaze trs claire, agrablement ajusts, dont il couvrit nos nymphes, sans drober leurs charmes nos regards avides. La signora Magdalani tait grande, avait les formes superbes, et semblait entoure des Grces; on et pris l'vque pour l'Apollon du Vatican: Valbouillant ressemblait au dieu des jardins, et nos belles trouvrent que j'avais assez l'encolure de Ganymde. Le prlat ne put voir sa charmante nice sans dsirer de s'garer dans le sentier que je venais de frayer; elle baissa les yeux, regarda timidement sa mre dont le sourire la dcida se rsigner, et qui la suivit sur le canap voisin, o elle l'encouragea par son exemple, en se livrant aux transports de Valbouillant qui, passant les jambes de la belle sur ses paules, s'introduisit trs avant dans ses bonnes grces. Je m'insinuai dans celles de Mme Valbouillant qui, caressant d'un doigt officieux le centre des volupts de Babet, jouissait du double plaisir qu'elle nous procurait. Six glaces avantageusement places la hauteur des ottomanes, rptaient les trois groupes voluptueux qu'elles multipliaient l'infini, et les sens irrits par ce spectacle enivrant redoublaient l'ardeur de chaque combattant, qui aurait rougi d'tre vaincu dans cette rotique. Magdalani, par l'agilit de ses reins, prouvait Valbouillant que ses trente-cinq ans n'avaient rien diminu de son ardeur, et que sa fille, malgr sa jeunesse, ne la surpassait pas pour la prestesse et le moelleux des mouvements. Le saint homme applaudissait au zle de la chanoinesse suivre l'exemple de sa mre. Mme Valbouillant, Babet et moi n'avions pas besoin d'tre encourags, mais ce spectacle nouveau nous rendait encore plus acharns fter le dieu de Lampsaque. Les trois groupes ayant consomm leur sacrifice, nous nous runmes en rapprochant les trois sofas; on voyait sur tous les sofas la gat succder la jouissance; point d'air d'puisement ni d'ennui; le fin sourire et le regard malin promettaient le prochain retour des dsirs. On flicita la jeune Laure sur le courage qu'elle avait montr dans les premiers combats; sa mre reut nos loges pour la philosophie avec laquelle, s'levant au-dessus des prjugs, elle avait acclr par son exemple la flicit de sa fille. La petite se jeta dans les bras de sa mre qui la couvrit de baisers, et d'un doigt curieux tcha de reconnatre les dgts que mes efforts et ceux de l'vque avaient faits. Cet attouchement rveilla les sens de la chanoinesse qui versa presque aussitt des larmes de volupt sur la main de la signora qui reut d'elle le mme service. Mme Valbouillant, pour nous faire attendre sans impatience le retour des plaisirs, nous proposa de nous lire une anecdote qu'elle avait reue de Paris; tout le monde y consentit, et elle nous la lut. On applaudit fort cette anecdote, et l'vque proposa du sirop, du punch pour dsaltrer la lectrice et rafrachir ses auditeurs. -- Volontiers, dit la signora Magdalani; mais ne vaudrait-il pas mieux prendre auparavant le rafrachissement du bain, mon frre en a de charmants, la chaleur est si vive que l'eau doit tre assez chauffe par le soleil; nous n'avons point de toilette faire, nos peignoirs ne tiennent qu' un ruban. -- L'ide est charmante, dit Mme Valbouillant; mais personne ne pourrait-il nous voir? -- Non, dit l'vque, le bassin touche ce boudoir et personne n'y peut pntrer; j'en ai la clef, et nous porterons sur le bord le punch que nous prendrons en nous baignant. Tout le monde fut d'accord, et nous passmes dans ce dlicieux bassin revtu de stuc; il tait ombrag par un grand platane, deux sycomores et deux grands saules pleureurs; le jasmin et le chvrefeuille s'levaient autour de leurs tiges, et, s'tendant d'un arbre l'autre, formaient des festons parfums; quelques pas de l, des touffes de seringa sortaient d'une haie de rosiers de diverses espces auxquelles se mlaient l'aubpine, l'acacia rose et l'pinevinette; la violette, la pense, l'anmone et l'odorante jonquille couvraient le gazon qui sparait la haie du canal; et les pois de senteur se ramaient autour de la tige leve de la tubreuse; plus loin, des bancs de mousse travers laquelle percent la pquerette et l'armoise, offrent un sige doux et frais la nymphe qui, sortant de l'onde, veut se scher et s'essuyer avant de reprendre ses habits. C'est l que nous allmes chercher nous dlasser de nos agrables fatigues; l'Albane et Boucher se seraient trouvs contents, s'ils avaient t admis; quel travail pour leur ingnieux pinceau! chacune de nos belles leur aurait fourni vingt acadmies; ils auraient cru voir Thtis au milieu de ses naades recevant Phoebus, tandis que les heures dtellent son char. Valbouillant avait l'air de Comus charg de prparer le festin, pendant qu'en foltrant prs des belles nageuses, je ressemblais au dieu dont les ailes aux talons annoncent l'emploi sur les pas du prlat. Nous nous htmes de nous plonger dans l'onde limpide, qui ne faisait que rafrachir les charmes de nos nymphes sans les voiler; les peignoirs qu'elles avaient quitts taient remplacs par les boucles parses de leurs cheveux qui formaient un vtement transparent aux contours arrondis de leurs tailles lgantes; l'eau ne s'levait qu' la hauteur de leur sein; elles se baissaient parfois pour en avoir jusqu'au menton, et quand elles se relevaient, l'humidit qui restait sur l'ivoire de leur gorge apptissante ressemblait ce frais duvet qu'on aperoit sur la prune dans la maturit et qu'on appelle la fleur. Avec quel empressement nos lvres enflammes couraient la recueillir; que de bonds, que de folies nous fmes dans ce dlicieux bassin. Nos quatre naades taient belles, mais toutes d'un genre de beaut diffrent; la signora Magdalani, d'une taille au-dessus de la moyenne, avait approchant les formes que nous fait admirer Raucourt dans le rle de Didon, et ses longs cheveux chtains relevaient l'clat d'une peau d'un blanc de lait, sillonne de veines d'azur; son embonpoint lui rendait la fracheur que le grand usage des plaisirs lui aurait fait perdre si elle avait conserv la taille svelte qu'elle avait vingt ans. Laure, plus petite, mais agrablement coupe, voyait flotter sur sa gorge naissante une fort de cheveux blond cendr: ses yeux taient bleus, ses longues paupires et ses sourcils bien arqus taient de la couleur de l'bne; et d'ailleurs elle mritait, mieux que jadis l'Athrenin, le beau nom d'as de pique. Je ne rpterai point ici le tableau de Mme Valbouillant, ni de la gentille Babet; la premire, on le sait, a des jumelles qu'on ne peut pincer, des dents de perles et le regard humide de la volupt prte toucher le but, et Babet, avec ses yeux noirs, ses cheveux chtains, avait l'air d'Hb rveillant le dieu de la force. Aprs mille agaceries rciproques, Mme Valbouillant, poursuivant la jeune Laure en foltrant comme Sapho le faisait d'ordinaire avec ses compagnes, la renversa sur une touffe de roseaux, et nous fit apercevoir le carmin et la rose au milieu de son spadille. Pendant ce temps Valbouillant accourt, et tournant la chanoinesse de ct, se coulant sur le dos, s'insinue dans le losange vermeil, dont sa femme continuait de chatouiller le sommet; l'vque, son tour, tend Babet ct des combattants, de manire que l'officieuse main de Babet rendait sa matresse tout ce que celle-ci prtait Laure; et pour complter le groupe, la signora Magdalani, se courbant sur les reins de son frre, m'offrit une double route aux plaisirs. Je commenai le sacrifice dans l'arrire-temple, et j'achevai ma libation dans le vrai sanctuaire. La fracheur de l'eau, l'ardeur de nos dsirs, par leur contraste heureux, aiguisrent la volupt, et nous convnmes, d'une voix unanime que jamais on ne pouvait prouver d'ivresse plus dlicieuse. Nous sortmes du bain aussi frais qu'en y entrant; nous vidmes sur le rivage le bol de punch qui s'y trouvait prpar. Je fus l'chanson et l'on trouva que j'avais autant de grce remplir mes fonctions que le prince phrygien qui servait le nectar Jupiter. Nos belles reprirent leurs peignoirs et nous de lgres robes de taffetas. Rentrs au salon, nous changemes les plus douces caresses. La signora Magdalani observa que la socit, toute charmante qu'elle ft, pchait en ce qu'il y avait plus de consommatrices que d'objets de consommation, et que d'aprs toutes les proportions physico-mathmatiques, tout serait plus dans l'ordre s'il se trouvait six hommes et quatre femmes, et qu'il fallait, pour le bien de la paix, doubler le nombre des collaborateurs. L'vque, tout en reconnaissant l'vidence du principe, opposa la difficult de faire cette opration sans compromettre sa rputation, qui tait la base de l'aisance de sa famille. La signora, confuse, ne savait que rpondre, quand Laure levant la voix rappela son oncle les bijoux qu'il avait eu la complaisance de lui faire passer de la part de sa tante la Visitandine. Le bon prlat sourit, la socit le pressa, et il dit sa nice de produire ces bijoux si elle les avait encore. -- Si je les ai! ils ont t ma consolation depuis que vous me les avez donns. Et elle tire de sa poche les deux plus beaux simulacres que l'art ait produits pour suppler la faiblesse humaine. Des tubes d'tain, rivaux de la nature, recouverts d'un velours incarnat, garnis d'un piston pour lancer volont du lait chaud. La pieuse abbesse des Visitandines, empresse de fournir leurs besoins, avait pri le prlat, son cousin, de lui en procurer de diffrents calibres pour les postulantes, les novices et les professes, et pour tre assure que sa communaut ne chmerait point, elle en avait mis un nombre en rserve, qui, le fanatisme religieux se ralentissant, et chaque nonne en tant fournie, lui restait en magasin. Le prlat, voyant les besoins de sa nice chrie, en avait demand deux, et la bonne religieuse, pleine de zle pour le salut de sa parente, avait garni les ceintures auxquelles ils taient attachs, d'_agnus dei_, de bois bnit et de bois pourri, qu'elle avait honor du nom de bois de la vraie croix, pour lever vers Dieu ses ides quand elle ferait usage de ce consolateur des recluses. La lubrique assemble admira le gnie de l'inventeur et le talent suprieur de l'ouvrier dans l'excution. L'espigle Babet voulait l'instant entourer ses reins de la sacre ceinture; mais sur la reprsentation de la chanoinesse, elle en diffra l'usage jusqu' ce que le lait ncessaire ft prpar et parvenu la chaleur convenable. Pour attendre patiemment que tout ft prt, on proposa que nos belles fissent le rcit fidle de leurs aventures. La proposition fut gnralement accepte, et la signora Magdalani, comme la doyenne, commena en ces termes: "Ma mre perdit la vie en me donnant le jour; mon pre m'envoya prs de ma tante, dans son petit castel aux environs de Nice. Ma tante, n'ayant rien de mieux faire, s'tait jete dans la dvotion et passait la journe l'office ou mdire avec ses voisines. On m'avait appris les litanies de la Vierge, et je prononais avec toute l'emphase convenable: 'Tour d'ivoire, priez pour nous; rose mystique, priez pour nous.' Mais, de bonne foi, je n'attachais aucune ide ces vocatifs dcousus. Ma tante cependant s'applaudissait de ses talents pour enseigner, et de mes dispositions m'instruire, parce qu' douze ans je savais par coeur les sept psaumes en latin, le _Salve Regina_ et l'_Angelus_. Quand ma tante tait sortie, ds que j'avais fini l'ourlet qu'elle m'avait donn faire, -- car j'apprenais aussi la couture, -- je courais dans le jardin pour m'amuser avec les enfants du jardinier. Marcel, l'an, tait un petit polisson d'environ quinze ans, au teint anim, aux yeux vifs, aux reins souples et l'paule large. La gouvernante du cur, veuve du sonneur, femme entre quarante et cinquante ans, avait pris soin de l'instruire et s'tait fait payer ses leons. Mais je parus, et mes appas naissants piqurent sa curiosit plus que les charmes suranns de son institutrice; il cherchait impatiemment l'occasion de me faire part des connaissances qu'il avait acquises et je volais au-devant de l'instruction. Un soir que je me promenais dans le jardin o il plantait une planche d'escarole, je l'observais fourrant dans les trous qu'il avait faits avec le plantoir les racines des lgumes qu'il venait d'arracher. Je lui fis quelques questions, il y satisfit avec la simplicit de son ge et de son ducation; puis me regardant avec feu, quoique les yeux demi baisss: -- J'ai, dit-il, un autre plantoir, qui vaut bien mieux. -- Eh bien, voyons, comment t'en sers-tu? -- Oh! ce n'est pas en pleine terre, c'est dans les serres chaudes qu'on en fait usage. -- Eh bien! nous sommes tout auprs, voyons. -- Volontiers, dit-il, suivez-moi. L'ardeur de m'instruire m'y fit consentir. Y tant entre: -- Voyons ton plantoir? -- Soit. Il me renversa sur une couche, et d'une main dcouvrant le terrain qu'il voulait cultiver, de l'autre il dcouvrit ce merveilleux plantoir. Surprise, j'y portai la main: -- Qu'il est ferme, lui dis-je, il doit entrer bien avant. Mais o est le plant? -- Tout, dit-il, est renferm dans ce plantoir, il perce, il plante, il arrose. -- Eh bien! voyons comment tu t'y prends. "Je croyais qu'il allait l'enfoncer dans le terreau de la couche; mais le fripon, profitant de ma position, se prcipite dans mes bras, passe mes pieds sous les siens, m'attire lui, et, rassemblant tous ses efforts, pntre, en renversant les obstacles, dans le rduit o dormait encore la volupt; il la rveille, prcde par la douleur. Je fais des efforts pour m'chapper, mais ses bras nerveux les rendent vains. Je reste cloue sur la couche, me rsignant souffrir quoique impatiemment; mais bientt la douleur s'affaiblit et disparut par degrs. Cet hte qui m'avait paru si terrible ds l'abord, devint mes yeux un commensal dans la socit duquel on pouvait se plaire, et je dsirais moins sa retraite. Petit petit, je pris mon mal en patience et je craignis qu'il ne quittt le brlant sjour dont il faisait alors mes plus chres dlices; mon ivresse s'accrut et ne se calma que par la voluptueuse mission d'un baume qui, soulageant mes blessures, me fit aussi rpandre intrieurement les larmes les plus douces. Sa fureur tant calme, le plantoir sortit dans un tat moins menaant; je fus surprise de la souplesse qu'il avait acquise, je le touchai avec tonnement et je vis avec effroi qu'il tait teint de mon sang; mais je lui pardonnai sa barbarie, et j'tais afflige de l'tat d'abattement dans lequel il se trouvait. "Marcel examina le ravage qu'il avait caus chez moi; cet examen et la chaleur de ma main qui n'avait pas quitt prise, ranimrent son orgueil, et je l'aurais abattu de nouveau sans du bruit que nous entendmes auprs de la serre. C'tait ma tante qui rentrait du salut, et qui tait passe par la petite porte du jardin: ma jupe fripe et salie par le terreau de la couche, ma rougeur et mon embarras lui donnrent des soupons. Une vieille dvote qui l'accompagnait les aggrava par ses pieuses remarques: on visita mon linge, et le rsultat de cette enqute fut un prompt dpart pour un couvent, o je demeurai jusqu' quinze ans, poque o je fus marie et prise pour vierge par mon poux." -- Comment, maman, il ne s'aperut pas... -- Non, mon coeur. Le petit Marcel, quoiqu'il m'et blesse, tait trop jeune pour tre bien terrible, et ton pre crut qu'tant reste trois ans au couvent, j'avais us des ressources d'usage dans les clotres; et je confirmai son opinion par un adroit aveu, pour dtourner les ides plus dsavantageuses qu'il aurait pu se former. La belle Italienne achevait peine son rcit, quand Babet nous annona que le lait avait acquis la chaleur convenable, et, apportant la cafetire, remplit les deux supplments, se mit la ceinture du plus gros, et proposa la belle Laure d'en subir l'preuve. La chanoinesse le dsirait, mais l'ide que la gentille Babet tait simple et roturire la faisait hsiter. -- Belle dlicatesse, dit le prlat; si Babet n'est pas d'une naissance illustre, elle est anoblie par ses alliances, elle peut embellir son blason de mes armoiries, de celles du prince Hic et Hec, et de Valbouillant. Laure se rsigna. Me collant sur le dos de Babet, je lui rendis le mme office naturellement; ma bouche faisait un suon sur l'paule de Babet, pendant que ma main gauche prenait les reins de la belle Laure, et que ma main droite, glisse entre les deux nymphes, en palpait voluptueusement les contours lastiques. Cependant la signora s'insinua le second supplment pendant que Valbouillant s'avanait dans ses bonnes grces par la route dtourne; pour l'vque, d'une langue caressante, il cherchait le nectar de la volupt dans la grotte troite et complaisante de Mme Valbouillant, qui de son ct couvrait de baisers le bton augural du pontife. Les belles firent tour tour l'preuve des bienfaisants simulacres, et l'immense cafetire tait presque puise, quand notre ingnieux prlat voulut faire un nouvel essai; il prit le plus gros des supplments et s'en ceignit rebours, de sorte qu'il avait l'air de sortir du bas des reins, comme la queue d'un cheval, coupe l'anglaise, puis il se plaa debout entre deux lits d'une hauteur suffisante, spars par une ruelle troite, et plaant sa nice sur l'un et sa soeur sur l'autre, et de manire que leurs jambes portaient sur un lit et leur corps sur l'autre, il tablit le naturel dans le temple de sa nice et l'artificiel dans celui de sa soeur, et par ses mouvements rapides il occupait utilement l'une et l'autre, et lchant le piston mcanique en mme temps qu'il faisait physiquement sa libation, toutes les deux jouirent simultanment d'un dluge de volupts. Cet essai fut le dernier de la soire; quelques fruits dlicieux et d'agrables liqueurs les rafrachirent et les restaurrent, et l'on alla se coucher sparment, pour qu'on pt se livrer sans trouble au repos que la rptition des plaisirs nous rendait si ncessaire. D'ailleurs, le prlat tait un homme d'ordre dans ses plaisirs; il avait des statuts qu'on observait religieusement dans ses orgies. La communaut des jouissances tait tablie entre tous les membres de la socit, on n'en pouvait drober aucune aux regards lascifs des autres, et c'tait une faute digne d'exclusion d'en frustrer la voluptueuse curiosit; il tait galement dfendu aux femmes de faire des pensionnaires en leur particulier, parce que c'tait priver d'autant la communaut des plaisirs qui devaient tre partags; mais tout tait permis, en prvenant la socit de ce qu'on allait faire, pour que les membres en fussent les tmoins, s'ils en taient tents. Le lendemain matin, aprs neuf heures d'un sommeil tranquille, nos belles quittrent le lit. Alors belles sans art, dans le simple appareil De beauts que l'on vient d'arracher au sommeil. (Racine, _Britannicus_.) Elles courent de chambre en chambre; Laure, leve la premire, tait dj dans la chambre de sa mre, qu'elle serrait dans ses bras, pour lui peindre sa joie de la libert qu'elle lui avait accorde la veille, et lui drobant quelques caresses: -- Ah! maman, que tu es belle, ce n'est que d'hier que je connais tes charmes; le respect, jusqu' prsent, m'inspirait plus de crainte que d'amour; depuis que tu m'as associe tes plaisirs, mon me nage dans l'ivresse, et je sens qu'il me serait plus doux de t'en procurer que d'en recevoir, mme de l'homme le plus sduisant; tiens, regarde l'effet du baiser que je viens de prendre sur ton beau sein. -- J'en prouve un pareil, ma chre enfant, mais... -- Quoi, mais?... qui nous empche de profiter de nos dsirs mutuels? -- Et nos rglements? Elle instruisit Laure de la ncessit de ne drober aucun plaisir la vue de la socit... -- Eh bien! maman, descendons, nous leur dirons ce que nous allons faire, qu'ils soient les tmoins s'ils veulent; mais je jure que je ne recevrai de caresses et n'en ferai personne avant de t'avoir fait partager mes transports. Valbouillant et l'vque arrivrent alors. Laure leur dclara ses intentions, et comme je survenais avec Mme Valbouillant et Babet, je me htai de presser la maman de cder aux transports de sa fille, pour se rendre ensuite aux voeux de la socit. -- Eh bien! maman, que tardons-nous? Viens sur ce sofa. Comme elle hsitait: -- Retirons-nous, dit Valbouillant, ce sont des affaires de famille, ne les troublons point; allons au salon, nos belles amies nous rejoindront quand elles voudront de nous. -- Y consentez-vous? nous dit alors l'vque. -- Assurment, dmes-nous l'unisson; mais comme c'est une assemble de parents, Monseigneur en devrait tre. -- Non, dit Laure vivement, nous vous rejoindrons tout de suite. -- A votre aise, reprit l'vque en souriant, nous avons de quoi nous occuper sans vous, et allons faire prparer le djeuner. Nous descendmes, la mre et la fille restrent dans leur appartement, et l'ardente Laure menant la maman sur le lit qu'elle venait de quitter, s'y prcipita dans ses bras. Rien, ni jupes ni corset, ne s'opposa leur fureur rotique. -- Quelles superbes formes, s'criait la chanoinesse, en couvrant sa mre de baisers enflamms. -- Quelle fracheur, quelle fermet, disait la maman caressant les charmes les plus secrets de Laure; et leurs jambes de s'enlacer, leurs seins de se presser, leurs lvres de s'entr'ouvrir et leurs langues de s'unir; leurs yeux se ferment, leurs mains s'garent, leurs sens s'allument, leurs lvres humides exhalent de tendres soupirs, leurs reins s'agitent convulsivement, leurs cons agits sont inonds de volupt. -- Ah! ma Vnus, ah! mon Hb, s'crirent-elles ensemble, en se serrant amoureusement. Ah! dieux!... Et la parole leur manque... O Sapho! Raucourt! prouvtes-vous des transports aussi vifs? Les sentiments de mre et de fille semblaient ajouter au dlire de leurs sens que la plus abondante effusion du nectar du plaisir ne pouvait calmer. L'vque, qui tait mont sur la pointe du pied avec Valbouillant et moi, aprs avoir joui de leur ivresse en silence, le rompit en chantant ce fragment de _Lucile_: O peut-on tre mieux qu'au sein de sa famille? -- Eh bien! dit la mre sans se dconcerter, vous voyez, mortels prsomptueux, qu'on peut se passer de vous, et que ma Laure et moi savons nous suffire nous-mmes. -- D'accord, belle dame, lui dis-je, mais puisque la source du vrai bonheur est en vous, convenez que vous seriez barbares, si vous nous refusiez de nous y dsaltrer. -- Nous ne refusons rien, dit Laure, pourvu que vous ne nous forciez pas nous dsunir. Alors elles se serrrent de nouveau, couches de ct sur le lit; l'vque et Valbouillant, lestes comme des lvriers, s'lancent sur la couche et, l'instar de ces animaux, se mettent fter nos belles. Je fus un instant spectateur; mais bientt, lass de ce rle, je pris mon vque revers, ses mouvements m'apprirent qu'il m'excusait de le prendre en tratre, et bientt les soupirs entrecoups, les doux gmissements prolongs de la mre et de la fille, et de lgres convulsions nous annoncrent qu'elles continuaient de rpandre des larmes de volupt. Nous redoublmes d'ardeur et les retnmes dans leur ivresse jusqu' ce que nous eussions nous-mmes consomm le sacrifice. Mme Valbouillant et Babet, qui taient survenues pendant le combat, pour ne pas rester oisives, s'taient armes des supplments, dont elles s'obligeaient rciproquement, en se rglant sur les mouvements du groupe principal. Le sacrifice termin, on se relve, on se flicite, et l'on redescend dans la salle manger; de bons consomms, d'excellentes truffes l'huile vierge, et des canaps d'anchois rtablirent les forces de nos belles et aimables athltes; les vins les plus doux et les plus fins y furent joints; quelques chansons folles gayrent le djeuner; et l'vque proposa d'aller foltrer dans quelques bosquets de l'Averne, son jardin dlicieux: tout le monde applaudit, et tous, d'un pied lger et d'un front riant, suivirent le saint prlat et sa superbe soeur. Rien n'gale le got et la varit de ces jardins enchanteurs; l'acacia rose, le mlze fleuri unissent leurs rameaux au cdre du Liban; plus loin le catalpa, le platane dpouill de son corce, ombragent de leur cime leve le limpide ruisseau qui serpente travers le gazon fleuri, tandis que le saule pleureur courbe vers l'onde fugitive ses rameaux minces et pendants; la violette, la rose, l'oeillet, le thym, l'iris maillant la prairie, fournissent un riche butin l'abeille laborieuse qui vient cueillir le baume vivifiant dont elle compose son miel; les arbustes odorants, le jasmin parfum, le rampant chvrefeuille, s'levant le long de la tige du citronnier, et se liant aux branches de l'oranger, charment la vue par leurs guirlandes naturelles et l'odorat par leur douce saveur. Un sentier serpentant travers un fort de noisetiers et de mriers sauvages, conduit la plus charmante des grottes; les rocailles les plus artistement poses, les coraux, les madrpores, l'clatant burgau, la nacre brillante en tapissent les parois; l'onde frache et limpide, filtrant travers le rocher, se rassemble dans des conques superbes, d'o elle tombe par cascades dans des bassins de granit, qu'on croirait creuss par les mains de la nature; l'art partout est cach, et n'en a que plus de succs; sur l'entre on lit: ICI L'ON S'EGARE. Au fond de la grotte, claire par une ouverture pratique pittoresquement dans la vote, une mousse paisse et fleurie offre des lits commodes au promeneur fatigu; au-dessus on lit: ICI L'ON SE RETROUVE. La signora Magdalani s'y couchant, dit en souriant: -- Qui veut se retrouver avec moi? Je me prsentai le premier. -- J'admire son zle pour la famille, il vient de rendre service mon frre, il veut m'obliger et je parie qu'avant de rentrer au chteau il voudra se rendre utile ma fille: le charmant enfant! Mais je ne veux pas qu'il s'puise; jouons avec la volupt, mais rendons-nous-en matres, et sachons reculer l'instant de la conclusion. Mme Valbouillant et Babet n'ont point got de plaisirs solides aujourd'hui, que mon frre et Valbouillant les occupent; ma fille et moi, nous nous contenterons de Hic et Hec; il a de l'esprit jusqu'au bout des doigts, j'en veux faire plus d'usage que de la trompe de son lphant. Viens, ma Laure, mets-toi mes cts, ouvre ton peignoir comme j'ai fait du mien; que ses mains caressent nos deux portiques, que sa bouche se colle alternativement sur les ntres, se promne sur ton sein et sur le mien, et soyons conomes du baume prcieux qu'il voudrait nous prodiguer. Je consentis au joujou qu'elle proposait, et quand la volupt se faisait sentir trop vivement, elle me faisait suspendre, pour reprendre, aprs une courte trve. Laure fit une si jolie mine, en arrivant au but dsir, que je ne pus rsister au dsir de porter la bouche sur la fontaine dont mon doigt venait de faire jaillir les eaux enflammes; le mouvement que je fis ayant dcouvert la trompe dans l'tat le plus brillant, la signora la saisit entre ses lvres ardentes, et par la succion la plus voluptueuse, me fit faire une libation plus abondante que celle que je recevais de sa fille, et ma main gauche, qui n'avait pas quitt son poste, reut des preuves liquides de l'attendrissement de la mre. Cependant Mme Valbouillant et Babet s'tant adosses l'une l'autre recevaient debout l'vque, et Valbouillant, dont les coups repousss par l'athlte oppos, causait une raction vive et singulire. L'acte fini, aprs quelques moments de repos et quelques verres de punch, on demanda quelque anecdote Valbouillant. -- Je n'en sais point, dit-il, si ce n'est le dsespoir de la vieille Sara. -- Je ne la connais point, dit l'vque. -- Oh! que si, Monseigneur, elle a la pratique de presque tout votre chapitre, c'est la grosse marchande de plaisir! -- Elle vend du croquet? -- Non, mais c'est la plus adroite pourvoyeuse du Comtat; peu de femmes ont une famille aussi tendue, elle a toujours deux ou trois nices qui l'accompagnent aux promenades, au spectacle, et quand elles sont un peu trop connues, elles se retirent vers Orange ou Carpentras, o elles portent l'instruction qu'elles ont reue chez Sara, qui les remplace par de nouvelles parentes, qui lui viennent des villages d'alentour, et qu'elle forme avec le mme soin. -- Oh! oui, je me rappelle, dit l'vque, elle est grosse, courte, elle a le front troit, l'oeil en dessous, le crin roux et le nez un peu bourgeonn. -- Prcisment, et srement vous avez t plus d'une fois son neveu. -- Je n'en disconviens pas; que lui est-il donc arriv? -- Hier, se promenant sur le rempart avec Justine, la nice du moment, un ngociant de Ble est venu l'accoster: on a li conversation, elle a d'abord t galante, puis elle s'est anime et le bon Blois a propos de lui donner souper. Sara, toujours prte quand il s'agit d'un repas, s'accorde tout, et l'on convient que le ngociant partagerait ensuite le lit de Justine en dposant dix louis sur la table de nuit, dont il aurait droit d'en reprendre un chaque politesse qu'il ferait la gentille nice. Sara, qui n'avait gure vcu qu'avec d'lgants Franais ou de bons citadins, croyait que les Suisses ne pouvaient l'emporter en civilit sur ses compatriotes, et se hta d'accepter le march. On a soup gament, le bourgogne et le montrachet n'ont pas t mnags, la vieille s'est bien repue, bien gaye, puis a prsid au coucher; on a vu poser l'or sur la table de nuit et le Suisse a prtendu qu'elle lui devait deux louis. Justine, interroge sur le fait des articles, a confirm par son aveu les prtentions du Blois; Sara a redoubl ses cris, et l'Helvtien, pour l'apaiser, l'a renverse sur le lit et lui a fait cadeau du treizime; elle a pris son mal en patience, mais en jurant ses grands dieux qu'elle ne ferait plus de pareil march qu'avec des Franais. -- La nice, observa l'vque, avait moins d'humeur que la tante. Mme Valbouillant remarqua que le bon Blois s'tait sans doute ainsi comport pour honorer les saints aptres, et avait rserv le Judas pour Sara. -- Quoi qu'il en soit, dis-je alors, je voudrais me faire naturaliser suisse, si j'tais sr que le droit de bourgeoisie chez eux me procurt d'aussi rares talents. -- Ce n'est pas quand on vous ressemble, l'abb, qu'on doit former de pareils voeux, et vous prouvez que l'tat thocratique fournit les plus prcieux sujets pour la volupt. Ce propos valait bien un remerciement, j'embrassai la belle Valbouillant, sa main chercha si j'tais digne de l'loge qu'elle venait de me prodiguer; l'tat o elle me trouva la fit soupirer; les rflexions sur l'aventure de Sara termines, on avisa aux amusements qu'on pourrait se procurer jusqu' l'heure du dner. -- L'abb, dit Mme Valbouillant, devrait nous indiquer quelques-uns des jeux qui l'occupaient au collge. Je lui dis que les plus usits taient le cheval fondu, la main chaude et le pet-en-gueule. -- J'ai, dit Laure, jou quelquefois la main chaude au couvent, j'tais quelquefois un demi-quart d'heure sans dsemparer, cela m'ennuyait fort, et j'en avais la main toute engourdie. -- N'y aurait-il pas, dit l'vque, un moyen de rendre ce jeu plus piquant? -- En dcidant que celle qui devinerait disposerait son gr pour ses plaisirs de la personne devine. Sans doute, dit la signora Magdalani, mais cependant nous y gagnerons peu de chose, nos volonts ne sont-elles pas la rgle des dsirs des hommes de la socit? On disserta ensuite sur le cheval fondu, et l'on trouva du danger pour les reins de celui qui portait le principal fardeau, et on le rejeta; quand on dtailla le pet-en-gueule, il trouva plus de partisans; mais il n'y avait que trois hommes pour quatre femmes; c'tait un inconvnient, mais la signora Magdalani, s'excusant avec grandeur d'me, s'offrit juger des coups. -- Soit, dit l'vque; vous recevrez pour pices les caresses du couple qui aura le mieux russi. Les choses ainsi convenues, tous les peignoirs et lvites furent quitts; le prlat prit la frache Valbouillant, dont le mari choisit la jeune Laure, et j'eus en partage ma gentille Babet, tantt sur mes mains, tantt sur mes pieds; j'avais toujours les yeux fixs sur les contours arrondis de ses jumelles apptissantes, et sur le joli bosquet qui couvrait les bords de la fontaine de Jouvence; quelquefois, en faisant la roue, j'y collais des baisers brlants; le prlat tait aussi enchant des charmes antrieurs et postrieurs de la frache Valbouillant, qui tour tour sur les mains, sur les pieds, chaque repos, appuyait ses lvres caressantes sur le _lubinis angularis_ du saint pasteur. Valbouillant et la chanoinesse faisaient la double roue avec la mme ardeur; nous fmes trois fois le tour de la grotte en dedans, et nous nous arrtmes en trois couples aux pieds de la signora Magdalani, soit dessus, soit dessous nos belles, et profitant de l'attitude, nous rptions la scne voluptueuse du jeune Saturnin avec madame d'Inville. Ce fut Babet et moi que la belle Magdalani reut dans ses bras, couche sur le ct, et Babet ceignant un supplment le glissa l'endroit que fait admirer Vnus Callipyga. Les autres, se groupant autour de nous, cherchrent le plaisir dans des attitudes varies au gr de leurs caprices; pour moi, cueillant avec ma langue amoureuse le miel de la volupt entre les dents entrouvertes de la belle Magdalani, de ma main passe sur sa cuisse, j'atteignis le sommet du joli buisson de l'espigle Babet au-dessous du simulacre qu'elle avait introduit dans le sentier troit et dtourn de la desse que nous servions, les caresses de mon doigt ranimrent son zle, elle mit plus d'activit dans ses mouvements. -- Ah! Dieu, s'cria la signora, quelle volupt, quelle ivresse... je fonds! Et elle m'inonda; je ne ralentis pas mes efforts. -- Ciel! s'cria-t-elle, je brle, mon ardeur ne fait que s'accrotre par la jouissance, ah! que ne puis-je aussi baiser cette adorable Babet qui me donne tant de plaisirs. -- Si vous voulez, nous allons troquer de poste, elle et moi? -- Volontiers, mon divin ami. En un instant l'change fut fait, ce fut le supplment qui remplit l'change fray, et je me plongeai dans le sentier. Que son dos tait blanc, uni et potel, que la chute de ses reins tait arrondie, quelle fermet, quelle fracheur, les paules les plus fines, les bras de la plus belle forme, les mains les mieux effiles; mes lvres brlantes parcouraient ces charmants contours, pendant que mes mains pressaient amoureusement son beau sein et se trouvaient presses par l'ivoire de celui de Babet, qui recevait des attouchements lascifs de la belle Magdalani une ivresse gale celle qu'elle procurait. Nos transports devinrent trop vifs pour pouvoir les prolonger, notre bonheur fut au comble, nous perdmes en mme temps nos forces et nous restmes quelques instants sans mouvement jouir de notre abandon voluptueux. L'vque et Valbouillant nous versrent chacun un verre de vieux vin d'Alicante, qui rpara nos forces, et nous tant rhabills, nous engagemes Valbouillant nous raconter quelqu'une de ses aventures, en attendant que l'heure du dner nous rappelt au chteau. "J'avais vingt ans, dit-il; j'tais capitaine de dragons, et mon rgiment, cantonn dans la Lorraine, y gotait toutes les douceurs dont ce charmant pays abonde; dans la petite ville o ma troupe tait en quartier habitait la jeune pouse d'un vieil officier gnral qui tait en tourne pour une inspection dont le gouvernement l'avait charg; elle tait musicienne, chantait bien, jouait agrablement la comdie, dansait avec grce et lgret; cette conformit de talents la disposait en ma faveur et me faisait dsirer de me lier avec elle; je l'accompagnai avec mon violon dans une ariette italienne, et mes applaudissements parurent la flatter; je demandai et j'obtins la permission de lui faire ma cour chez elle, mais la prsence d'une vieille belle-soeur, qui restait toujours au salon, me gnait dans l'aveu que je voulais lui faire de ma tendresse; elle s'en aperut, sourit malicieusement, mais elle n'loignait pas le tmoin importun. Je lui donnai des billets, des vers passionns, elle les recevait, en paraissant satisfaite, mais elle n'y rpondait jamais. Vous savez que je suis ardent, et mme impatient, et j'avais peine supporter cet tat; je m'ennuyais de rester toujours au mme point. Pour en sortir et pouvoir m'expliquer librement sans la compromettre, je supposai un voyage que je devais faire Nancy, o elle avait des parents; je m'offris de me charger de ses dpches et je demandai qu'elle me permt de venir le lendemain les prendre son lever. -- Vous tes bien obligeant, me dit-elle, mais je ne sais si j'y dois consentir, je suis extrmement paresseuse et je fais ma toilette tard, et vous me verriez trop mon dsavantage. -- Ah! madame, quand on doit tout la nature, c'est l'art seul qui peut nuire, et je ne vous trouverai que trop charmante dans l'heureux dsordre du matin. -- Vous croyez?... Moi j'en doute et j'exige pour prix de ma complaisance que vous me disiez, sans dguisement, si je perds beaucoup me laisser sans parure: venez sur les dix heures, mes lettres seront prtes. Un coup d'oeil d'intelligence dont elle accompagna ce propos remplit mon coeur de l'espoir le plus doux. Le lendemain, ponctuel au rendez-vous, j'arrive, je m'adresse Marton, sa suivante, pour tre introduit. -- Madame, me dit-elle, n'a pas dormi de la nuit, elle a eu une migraine affreuse, elle est encore couche. -- Dieux! m'criai-je, encore couche, une migraine, quel contretemps, je m'tais flatt du bonheur de la voir. -- Elle s'en flattait aussi. -- Et il faut que je me retire... -- Je ne dis pas cela; si vous voulez monter, vous tes le matre, mais ne faites pas de bruit, parlez bas de peur d'branler sa tte. Alors elle sort, je la suis et je monte sur la pointe du pied; elle ouvre la chambre de sa matresse, m'introduit, se retire et emporte la clef. A la faible clart que laissaient pntrer les persiennes aux trois quarts fermes, j'aperus la belle Adle, mollement tendue sur un lit lgant; un corset ngligemment nou par une chelle de rubans gris de lin renfermait demi la neige lastique de son sein, son mouchoir transparent, drang par les mouvements de la nuit, laissait voir une fraise vermeille; des cheveux s'chappant de dessous un bonnet en dentelle tombaient en boucles flottantes sur son cou d'ivoire, avec lequel leur couleur d'bne contrastait merveilleusement; une lgre couverture de soie avec draps de Frise, se collant sur son beau corps, en dessinait les agrables contours. Je m'approchai d'elle avec tout l'empressement de l'amour et de la timidit qu'inspire le respect (j'tais novice encore). -- Ah! c'est vous, monsieur, me dit-elle d'une voix qu'elle s'efforait de rendre faible; convenez que j'ai bien peu de coquetterie de vous recevoir dans l'tat d'abattement o je me trouve. -- Ah! madame, il ajoute le plus vif intrt l'ivresse que vos charmes sont srs d'inspirer. -- Vous me flattez, voyez comme j'ai les yeux battus. Je saisis sa main que je couvris de baisers, et fixant ses yeux soi-disant battus: -- Ce n'est pas le cas, lui dis-je, o les battus payent l'amende, mon coeur qu'ils ravissent en est la preuve. Et je drobai un baiser. -- Finissez donc, monsieur, n'abusez pas de la confiance que j'ai dans votre sagesse. Et elle se dbattit avec une charmante maladresse qui me dcouvrit de nouveaux charmes. -- Si quelqu'un entrait, qu'est-ce qu'on penserait. Marton! Marton! Comment, elle n'est pas l?... elle est redescendue! l'imprudente... mais si quelque autre... elle a emport la clef. Ah! comme je la gronderai!... quelle ide lui a pris! en vrit, elle me met dans une position bien trange. -- Elle vous met mme de me rendre le plus heureux des hommes, si vous tes sensible l'amour le plus tendre. Et je voulus prendre quelques liberts. -- Ah! monsieur, il serait atroce d'abuser de la faiblesse o me jette ma migraine; je suis presque mourante, et vous... laissez-moi donc, je sens bien votre main. -- Oh! l'heureuse migraine! qu'elle vous sied bien! elle ajoute encore votre fracheur. -- Ah! quelle audace! je suis presque toute dcouverte... Non, monsieur, arrtez... je ne suis pas femme souffrir... Je n'coutais plus rien et mes mains actives parcouraient les plus rares trsors; j'avais dj un genou dans le lit et j'allais m'lancer pour le partager avec elle, quand me repoussant et se retournant vivement, elle saisit le cordon de la sonnette; effray et craignant de l'offenser, je fis un saut du lit la chemine pour rparer le dsordre de ma toilette, en cas que ses gens arrivassent et je profrai selon l'usage, les mots: d'ingrate, de cruelle, etc., quand, partant d'un clat de rire, elle dit: -- Bon, je suis sauve, il ne sait pas que ma sonnette est rompue. Je ne fis qu'un saut pour aller reprendre ma place dans le lit; elle ne fit plus de rsistance que pour la forme, j'usai d'autorit, elle se soumit l'imprieuse ncessit, et bientt nos soupirs confondus exprimrent la vivacit de nos plaisirs. peine eus-je atteint le but, que je fournis une nouvelle carrire, et avant de nous sparer je la rendis six fois heureuse et je l'avais t cinq. J'obtins le nom de son aimable dragon, et elle me remit une clef de son appartement dont je faisais usage toutes les nuits jusqu' ce que de nouveaux ordres nous firent quitter ces dlicieuses contres. Nous applaudmes au rcit de Valbouillant, et ils exaltrent sa valeur; la signora Magdalani lui demanda quelles limites il croyait qu'on devait fixer aux exploits amoureux. -- Je ne puis les assigner avec prcision, et des traits comme les vtres sont bien faits pour les reculer. -- Cela est bien honnte, mais quel est le plus grand effort que vous ayez fait? -- C'est Bruxelles, dit-il, je revenais de l'arme, j'avais fait une longue abstinence, et je m'adressai un honnte domestique de louage, qui m'avait servi de bonneau, lors de mon dernier voyage; il me fit connatre une danseuse, nomme Aurore, qui ne pouvait pas me recevoir chez elle, tant entretenue par un vieil officier autrichien fort jaloux, mais qui vint souper avec moi chez un traiteur. Nous n'avions pour meuble qu'un grand fauteuil crmaillre, comme il s'en trouve quelquefois dans le corps de garde; je convins de deux louis pour la soire: nous fmes un assez bon repas, on nous servit plat plat et nous faisions un entr'acte sur le fauteuil chaque mets qu'on nous enlevait, et en quatre heures et demie nous avions mang neuf plats et aucun entr'acte n'avait manqu; aussi la gnreuse fille voulait-elle me rendre mon argent. L'vque s'cria: -- Voil le dsintressement le plus marqu, ou le triomphe du temprament sur l'avarice; il contraste merveilleusement avec le dsespoir de la vieille Sara. -- La grosse marchande de plaisir? dit Valbouillant. -- Prcisment. L'approche de sa main allait me rendre ma gloire, quand la cloche du dner nous rappela dans la salle manger. Le repas fut gai, l'vque y tablit une table mcanique comme celle que Louis XV, de lubrique mmoire, avait fait faire Choisy, pour loigner des yeux des domestiques le cynisme de ses orgies; au dessert, sur l'avis de l'vque, renonant aux pompes humaines, nous quittmes tous les ornements de luxe, et nous achevmes le repas en peau, de la manire que Ravennes nous dit qu'il s'en faisait chez le rgent. Ici se trouve une lacune trs longue dans le manuscrit de cette difiante et vridique histoire; si nous pouvons la combler, nous nous hterons d'en faire part au public. End of the Project Gutenberg EBook of Hic et Hec, by Comte de Mirabeau License: Share Alike