Produced by Jeroen Hellingman and Rnald Lvesque L'Illustration, No. 3235, 25 Fvrier 1905 LA REVUE COMIQUE, par Henriot. Supplments de ce numro: 1 Huit pages de documents sur le RETOUR DU GNRAL STOESSEL et la FIN DE PORT-ARTHUR. 2 L'Illustration thtrale avec le texte complet de LA RETRAITE. L'ILLUSTRATION Prix de ce Numro: Un Franc. SAMEDI 25 FVRIER 1905 63e Anne.--N 3235. LE GRAND-DUC SERGE ALEXANDROVITCH en costume de seigneur russe du temps du tsar Boris Godounof (fin du seizime sicle). Phot. Bergamasco. L'ILLUSTRATION THTRALE _Nous sommes heureux d'annoncer nos lecteurs que l_'Illustration _publiera, aussitt aprs leur premire reprsentation: LE RVEIL, pice en trois actes de_ M. PAUL HERVIEU, _en prparation la Comdie-Franaise; LE DERNIER AMOUR_ (titre provisoire), _pice en quatre actes de_ M. PIERRE WOLFF, _qui sera joue au thtre du Gymnase et dans laquelle Mme Rjane fera sa rentre. Nous avons annonc dj la publication prochaine de LA MASSIRE, de_ M. JULES LEMATRE; _LES VENTRES DORS, de_ M. EMILE FABRE; _L'ARMATURE, tire par_ M. BRIEUX _du roman de_ M. PAUL HERVIEU; _LE DUEL_ et _LE GOUT DU VICE_, de M. HENRI LAVEDAN; _MONSIEUR PIGOIS, de_ M. ALFRED CAPUS. COURRIER DE PARIS JOURNAL D'UNE TRANGRE J'coute avec curiosit ce qui se dit, Paris, des gens et des choses de mon pays et, parmi tant d'opinions contradictoires, mon esprit s'embrouille un peu. Que dois-je penser du malheureux prince dont la bombe d'un rvolutionnaire fit, il y a huit jours, sauter le corps en morceaux? C'tait, crivent les uns, le plus dangereusement ractionnaire des chefs... ennemi du peuple, oppos aux plus ncessaires rformes, il a subi le sort terrible auquel l'exposait depuis longtemps son imprudente politique; suivant la formule orientale, il a trouv ce qu'il cherchait. A quoi d'autres rpondent: Vous vous trompez. Ce hautain n'tait qu'un timide et que ceux qui le condamnent n'ont pas compris. Ce ractionnaire ne mprisait point la libert; mais il avait d'autres ides que nous sur la faon dont il convient d'en faire usage. Il mritait de vivre... Et Stoessel, mritait-il de vaincre? L-dessus non plus je ne sais plus trop que penser. Pendant six mois, les journaux ont vant l'hrosme des combattants de Port-Arthur et le gnie de leur chef. Un clbre pote franais, aux applaudissements de l'Acadmie, a chant ce soldat; un journal a consacr le produit d'une souscription publique, ouverte tout exprs, faire ciseler pour lui une pe d'honneur. Aujourd'hui, ce n'est plus qu'un vaincu qu'on discute. Sur les bateaux qui ramenaient Stoessel et sa fortune du Japon Port-Sad et de Port-Sad Odessa, maints reporters ont interrog le gnral ou bien ont incit ceux qui l'entouraient des confidences; et le bruit commence courir que le vrai hros de ce sige fabuleux, ce ne fut pas lui; que Stoessel eut des dfaillances, et que sa science militaire, notamment, fut pleine de lacunes. Qui croire? Qui a tort ou raison? Je ne sais pas. Mais nos arrire-neveux sauront. Nous, nous ne pouvons pas savoir, parce que nous sommes trop presss de savoir. Nous vivons trop vite; nous btissons nos convictions sur des tlgrammes; nous demandons des leons d'histoire--et de philosophie-- des journaux o se rdigent et s'impriment en deux heures des choses penses en dix minutes. Ce n'est pas notre, faute; c'est la faute du progrs qui nous pousse, nous donne le got, le besoin de l'existence au grand galop. Tout se tient. Malheureusement, l'histoire ne se fait que tout doucement et, si la vapeur, le ptrole et l'lectricit aident les hommes faire voyager leurs penses beaucoup plus rapidement qu'autrefois, la science de la raison instantane n'est pas dcouverte encore. Il nous faut autant de temps pour apercevoir une vrit qu'il en fallait aux contemporains de Montaigne et de Pascal; et c'est cela justement que ne peuvent se rsigner nos mes d'lectriciens et d'automobilistes... Un _gala_ place d'Italie, six cents mtres des fortifications. Mon vieil ami Bizeneuille, ex-professeur, ancien pensionnaire de l'Odon, prsentement ml diverses entreprises thtrales, a voulu que je connusse l'oeuvre des Trente Ans de thtre et ses galas. La bonne soire et la jolie ide! Au profit de braves gens que trente annes de vie thtrale ont uss sans les enrichir, un homme de coeur, entour d'amis que son projet sduisait, s'est avis de promener autour de Paris les chefs-d'oeuvre de la scne franaise et leurs interprtes ordinaires. Il y a, loin du centre de cette ville dont nous ne voulons, nous autres trangers, connatre et frquenter que les boulevards, une population de braves gens qui vivent retirs dans leurs quartiers comme en de petites provinces et que les grands thtres attirent peu, parce qu'ils cotent trop cher et que, de si loin on perd bien du temps les atteindre. On a donc entrepris de leur porter, bon march, de la bonne littrature et de la bonne musique domicile. Le domicile, c'est le minuscule thtre du quartier, qu'on loue pour ce soir-l; ou bien, c'est une salle publique, meuble d'un piano et o, sur une estrade, un dcor sommaire s'improvise, devant la chaise d'un souffleur de bonne volont Montmartre, Batignolles, Mnilmontant, Belleville, Grenelle, la Villette, ont reu la visite de ces prcheurs de bonnes paroles; hier, c'tait le tour des Gobelins. La mairie nous ouvrait sa salle, des ftes; huit heures du soir, on n'y trouvait plus une chaise, occuper. Public familial de petits fonctionnaires, de petits marchands, d'ouvriers aiss; public honnte, avide de s'amuser proprement. Au programme: _Tartuffe_, des fragments d'_Aida_, quelques chansons; non pas de ces chansons rosses ou d'effarante obscnit, que le boulevard et les cabarets de Montmartre ont mises la mode; mais de vraies chansons, telles qu'on les aimait en France il y a un demi-sicle et dont les auteurs semblent aujourd'hui trs vieux jeu; des chansons o la satire s'enveloppe de bonhomie, o la grivoiserie reste pudique... Et cela parut charmant. Les Franais mettent une coquetterie singulire se diffamer: ils ne parlent qu'avec mpris de ces romances o se complaisait l'ingnue gaiet de leurs grands-pres; ils se proclament trop corrompus pour s'y amuser; on les leur chante: les voil pris; ils trpignent de joie! Mais Molire, Racine, Corneille, restent les dieux de ces auditoires populaires. Sans interruption, les cinq actes de _Tartuffe_ furent jous devant une assemble dont ces deux heures de rcitation ne lassrent point l'attention une minute. Et je pensais, en coutant Molire, que ces vieux matres furent des gnies deux fois bienfaisants: ils firent des comdies admirables o n'interviennent ni machinistes ni tapissiers; ils crrent le chef-d'oeuvre conomique et portatif; et nous devons leur mpris du dcor cette chose dlicieuse: la pice _sans entr'actes ncessaires_... c'est--dire l'ouvrage reposant, devant lequel il est permis de, se recueillir, de rver, et que n'interrompent point, toutes les demi-heures, le dsarroi d'une salle en fuite, les bousculades de petits bancs, l'invasion des courants d'air travers cinquante portes ouvertes, et puis les rentres bruyantes de spectateurs retardataires qui gagnent leurs places en me marchant sur les pieds, pendant que se disent sur la scne des choses qu' cause d'eux je n'entends pas! Rien que cela devrait suffire rendre les classiques chers aux femmes... Paisible sance de lecture, _at home_. Le _Temps_ m'apporte, sur deux pages (et quelles pages!) le texte des deux discours qu'changrent tout l'heure, sous la coupole du palais Mazarin, deux immortels. Je vais les lire doucement, sous la lampe, en buvant du th rose,--du th de chez moi; j'en goterai les finesses et les rosseries gentiment dissimules sous la plus jolie des langues; je m'instruirai et je m'amuserai. Et je n'envierai pas les femmes qui, pour bien jouir de ce rgal ont cru ncessaire de l'aller savourer sur place. Car elles y mettent un empressement furieux; et, de toutes les ftes de Paris, une rception acadmique est celle, peut-tre, qu'une Parisienne, vraiment soucieuse de son prestige mondain, se consolerait le moins d'avoir manque. Pourquoi? Je me rappelle une de ces rceptions o j'accompagnai, il y a deux ans, une trs lgante amie--cliente ordinaire de ces spectacles. Il lui avait fallu faire auprs de je ne sais quel homme puissant, pour obtenir les deux cartes qu'elle dsirait, une dmarche dont je vis bien que sa fiert souffrait un peu; nous dmes, en outre, l'heure venue, faire queue trs longtemps devant une porte qui ne s'ouvrait pas, et mon amie y prit une migraine. Nos places taient mdiocres et, du fond de l'espce d'amphithtre plafond bas o nous tions blotties, on ne voyait qu'une partie de l'assemble qui s'entassait l. Les siges taient durs et l'atmosphre tait devenue, au bout d'une heure, irrespirable. Au-dessous de nous; un troit parterre, une tribune encadre de siges en hmicycle, et partout l'crasement... l'crasement silencieux, avec des bonjours distance, des sourires des appels discrets de la main. Mon amie se plaignait de ne pas trouver dans cette foule les grands hommes dont elle cherchait les figures, et quand, debout devant son petit pupitre et flanqu de ses parrains en habit vert, le rcipiendaire (qui tait-ce? je l'ai oubli) commena de lire son discours, mon amie me confia qu'elle s'amusait peu; que, du reste, elle entendait mal et qu'elle avait trs chaud. N'importe, il fallait bien qu'elle ft l, qu'elle pt dire le lendemain: Comme on s'est ennuy hier l'Acadmie! Elle y tait donc tout l'heure... voil quinze jours qu'elle m'avouait son impatience d'y retourner. Mon amie est une vraie Parisienne. SONIA. _Les Faits de la Semaine_ FRANCE 14 fvrier.--La Chambre complte son bureau par l'lection, la vice-prsidence, de M. Doumergue, ministre des colonies dans le prcdent cabinet. 16.--Au Snat, adoption, par 239 voix contre 37, de l'ensemble du projet de loi instituant et organisant le service militaire de deux ans. Les principales divergences entre le texte adopt et celui de la Chambre portent sur le service des lves des grandes coles de l'tat, les priodes d'instruction des rservistes et des territoriaux, la dure du service du contingent algrien et la date de l'application de la loi, le Snat admettant un dlai d'un an partir de la promulgation et la Chambre s'tant prononce pour la mise en vigueur immdiate. 18.--Explosion d'une bombe Paris, rue Lamennais, prs de l'avenue de Friedland, blessant seulement l'homme qui l'a lance, un Espagnol du nom de Garcia. TRANGER 12 fvrier.--En Portugal, lections gnrales la Chambre des dputs: la grande majorit des lus est ministrielle.--Nouvel ukase du tsar, ordonnant la formation d'une commission charge de rechercher et d'tablir sans retard les causes du mcontentement des classes ouvrires de Saint-Ptersbourg et des environs et de proposer les mesures propres empcher le retour d'un semblable mcontentement. 13.--La reprise du travail, en Westphalie, est presque gnrale; dans les usines du bassin de la Ruhr, 188.000 ouvriers, sur 215.000, sont descendus dans les puits.--A Riga (Russie), la grve reprend avec intensit; 4.000 ouvriers ont abandonn les ateliers.--Le baron Komura, ministre des affaires trangres du Japon, donne un banquet pour clbrer l'anniversaire de la conclusion de l'alliance anglo-japonaise. 14.--L'universit de Moscou rouvre ses portes.--Le roi et la reine d'Angleterre assistent l'ouverture solennelle de la cinquime session du 27e Parlement du Royaume-Uni. 17--Assassinat, Moscou, du grand-duc Serge Alexandrovitch, oncle paternel du tsar Nicolas II.--A Varsovie, nouvelle collision sanglante entre la troupe et les ouvriers. LA GUERRE RUSSO-JAPONAISE Les cavaleries russe et japonaise font preuve d'une nouvelle activit l'ouest des positions occupes par les deux armes, sur l'extrme flanc droit russe et l'extrme flanc gauche japonais; elles se livrent des tentatives d'enveloppement. Le 12, deux bataillons japonais (1.000 hommes) taient signals prs de Fan-Tsia-Toun, mi-chemin entre Kharbine et Ti-Ling; ils attaquaient un pont et endommageaient la voie ferre. Par contre, on annonait, le 17, de l'arme du gnral Oku, que 15.000 cavaliers russes, avec 500 fantassins et 20 canons, s'taient avancs au sud, sur les deux rives du Liao-Ho, vers Siaopao. Le grand-duc Alexis a inspect, le 15, Liban, avant leur dpart, les navires de la troisime escadre du Pacifique. M. EMILE GEBHART Le nouvel acadmicien dont, au nom de ses collgues, M. Paul Hervieu saluait hier officiellement rentre sous la coupole est un Nancien de soixante-six ans, qui l'on chanterait volontiers le refrain de Nadaud: Vous n'tes pas vieux, grand-pre, car M. Emile Gebhart est rest jeune en dpit des annes. Il appartient cette lite heureuse de laborieux bien portants, qui savent enseigner avec bonne humeur, la franaise, des choses graves, et les enseignent fort bien. Il est le type de l'rudit souriant; quelqu'un disait un jour de M. Gebhart: Il serait illustre, si Renan n'avait pas exist. Et, sous cette restriction, il y a un loge dont beaucoup se contenteraient. Il s'en contente aussi, probablement, car ce savant est un modeste, qui n'a jamais cherch, hors de son mtier, les succs bruyants o se complaisent les ambitions de certains matres. Il avait grandi dans l'Universit; il a voulu mrir et vieillir l o il avait grandi; c'est un professeur, dont l'unique souci est de bien professer. Ancien lve de l'cole normale, M. Emile Gebhart a pass par l'cole d'Athnes et, bien qu'un proverbe (faux comme la plupart des proverbes) affirme que nul n'est prophte en son pays, il a t un peu prophte dans le sien: on l'avait install de bonne heure en l'une des principales chaires de l'universit de sa ville natale, et c'est l--comme professeur de littrature trangre la Facult des lettres de Nancy--que M. Emile Gebhart commena d'attirer sur ses travaux l'attention du monde savant. L'agrment de sa parole, l'originalit de son enseignement, la haute valeur de ses premiers ouvrages, le dsignaient pour un poste encore plus haut: quarante ans, il tait appel, pour y occuper la chaire de littrature mridionale, la Facult des lettres de Paris. Voil juste un quart de sicle qu'il occupe cette chaire et qu'un public d'anne en anne plus nombreux vient l'y applaudir. M. Emile Gebhart entretient ses auditeurs, cette anne, de Dante et de Machiavel: deux leons par semaine sur des sujets qui n'ont rien de trs actuel et qu'aucune mode ne dsigne nos prfrences. Les habitus de la Sorbonne savent cependant que, si l'on veut trouver, ces deux jours-l, un peu de place sur les banquettes de l'amphithtre Turgot, il faut y venir de bonne heure... [Illustration: M. Gebhart en habit d'acadmicien.] [M. Gebhart faisant son cours la Sorbonne.--_Croquis d'aprs nature de Malteste._] Assis derrire le gros livre qu'il commente, le professeur parle lentement, d'une voix profonde, la fois rauque et douce. Sa leon a l'attrait d'une conversation familire; et l'homme lui-mme a, si l'on peut dire, la figure de sa conversation: sous un crne rond tout chauve, une face large et ronde aussi, barre d'une moustache grise de vieux soldat et plante sur de robustes paules; et sous l'arcade sourcilire un peu forte, la petite flamme d'un oeil rieur et bon. Supprimez cette moustache et voil la tte de soldat devenue tte de moine, d'un moine charmant qui aurait sur les choses et les hommes des temps passs toutes sortes d'histoires dlicieuses raconter. Il parle de Dante et de Machiavel. Mais, de ces vieux textes, il excelle dgager des ides gnrales qui n'ont point d'ge et des leons de sagesse trs modernes... Il est surtout charmant dans l'anecdote. Personne n'en sait plus que lui et ne les conte mieux. Et c'est pour cela qu'il y a toujours tant d'auditeurs aux soutenances de thse de doctorat quand M. Emile Gebhart est du jury. M. Gebhart n'a point, en effet, comme certains membres de ces aropages, la coquetterie d'en remontrer au candidat docteur qu'il coute; il se dit qu'il y a bien des chances pour qu'un homme trs instruit, qui a consacr plusieurs annes de sa vie faire un livre, en sache beaucoup plus, sur le sujet qu'il a trait, que les matres qui l'examinent. Alors, au lieu de prsenter des objections, il raconte des histoires, et c'est un rgal pour tout le monde. Car M. Emile Gebhart raconte comme pas un ces histoires-l. Il les a gnreusement semes travers une dizaine de volumes dont quelques-uns sont des chefs-d'oeuvre: dans ses _Essais sur l'art antique_, dans son _Rabelais_, dans ses _Origines de la Renaissance en Italie_, dans son _Italie mystique_, un livre admirable; dans _Moines et Papes_, dans ses _Conteurs florentins du moyen ge_... je ne cite que les plus connus. Cette riche et obscure priode de la Renaissance en Italie, en France, en Espagne, a eu en M. Gebhart un historien dont on ne surpassera point l'rudition, la clairvoyance et la verve. Il l'a tudie en savant, il la _sent_ en artiste, et c'est en moraliste qu'il la raconte. Il y a dix ans, l'Acadmie des sciences morales et politiques lui offrait un de ses siges; le voil donc deux fois de l'Institut. On se souvient de la faon brillante dont sa seconde victoire y fut remporte. Le fauteuil d'Octave Grard tait vacant: il se prsenta pour l'occuper et toutes les candidatures, aussitt, s'effacrent devant la sienne. L'lection de M. Emile Gebhart l'Acadmie franaise fut donc la plus heureuse des candidatures: elle n'a pas d'histoire. Personne ne s'en plaindra, pas mme M. Gebhart, historien. EMILE BERR. NOTES ET IMPRESSIONS Les vnements et les questions du jour prennent dans nos discussions une importance sans rapport avec la vrit des choses et les intrts du pays. GUIZOT. * * * Aujourd'hui il faut tre Grec ou Turc pour oser se dclarer la guerre. GNRAL Lambert. * * * L'honneur, c'est la pudeur virile. ALF. DE VIGNY. * * * A voyager seul en pays inconnu, sans but prcis, toutes les penses petites s'effacent. H. TAIRE. * * * Paris est le meilleur lieu du monde pour y passer et le pire pour y vivre. O. FEUILLET. * * * Que fait un Franais? Il dit du mal d'un autre Franais. RUDYARD KYPLING. * * * Les actifs ne parlent gure. JEAN AICARD. * * * Quand nous commettons un petit mal dans l'espoir d'un grand bien qui en peut sortir, nous ne sommes certains que du mal que nous aurons fait. J.-P. HEUZEY. * * * La guerre n'est pas plus une cole de vices que la paix une cole de vertus; l'une ou l'autre vaut ce que valent le peuple et ses chefs. * * * Les faits et les dates sont le squelette de l'histoire; les moeurs, les ides, les intrts en sont la chair et la vie. G.-M. VALTOUR. [Illustration: Le Petit Palais qu'habitait, au Kremlin, le grand-duc Serge, depuis qu'il avait abandonn le gouvernement gnral de Moscou.] [Illustration: La place du Snat, o a eu lieu le meurtre. Au fond, la porte Nikolsky: au premier plan, le tsar des canons.--Phot. Eastman Kodak.] [Illustration: La grande-duchesse Elisabeth, ne le 20 octobre 1864, veuve du grand-duc Serge, soeur de l'impratrice de Russie.] [Illustration: Le grand-duc Serge Alexandrovitch, n le 29 avril 1857, assassin au Kremlin le 17 fvrier 1905.] [Illustration: Le monastre de Tchoudov ou des Miracles, au Kremlin, o ont t transports les restes du grand-duc Serge, et o ils doivent tre inhums.] [Illustration: LE MEURTRE DU GRAND-DUC SERGE SUR LA PLACE DU SNAT, DANS L'ENCEINTE DU KREMLIN DE MOSCOU D'aprs un croquis pris d'un point situ prs du tsar des canons (Voir le plan, page 120). A gauche, l'arsenal; droite, le Snat.--Au fond, la porte Nikolsky prs de laquelle on arrte le meurtrier.] _Il aurait fallu un hasard bien extraordinaire pour qu'un photographe se trouvt sur la place du Snat au moment prcis de l'explosion de la bombe qui a tu le grand-duc Serge. La scne tragique a eu pourtant de nombreux tmoins. L'un d'eux, dont le journal anglais le_ Daily Telegraph _a publi le rcit, a pu fournir notre dessinateur-correspondant Moscou deux croquis que celui-ci n'a eu qu' mettre au net et que nous reproduisons ici tels que nous les avons reus._ [Illustration: LES RESTES DU GRAND-DUC SERGE TRANSPORTS SUR UNE CIVIRE AU MONASTRE DE TCHOUDOV (Voir l'article, page 120.)] [Illustration sur deux pages Grand Palais, porte Talnitsky. Cathdrales. Tour d'Ivan Vliky. LE KREMLIN DE MOSCOU VU DE LA......] [Illustration: suite.... Monastre de Tchoudov et Petit palais. Monastre de l'Ascension. Tour de Spassky. glise du vnrable Basile. DE LA RIVE DROITE DE LA MOSKVA] LE MEURTRE DU GRAND-DUC SERGE AU KREMLIN DE MOSCOU Depuis les vnements du 22 janvier Saint-Ptersbourg, suivis d'autres journes non moins tragiques Moscou et Varsovie, on pouvait s'attendre, dans cette Russie o les terroristes guettent, toutes les occasions d'agir, aux pires attentats politiques. Que la famille impriale ft directement menace, ce n'tait douteux pour personne. C'est le grand-duc Serge, oncle de l'empereur, qui a t frapp dans l'enceinte mme de l'antique Kremlin, sanctuaire et forteresse de l'autocratie russe. Nous donnons du Kremlin, prodigieuse acropole de 2 kilomtres de tour, assemblage norme de palais, de cathdrales et de casernes, de tours, de flches et de coupoles surmontes d'aigles ou de croix, une vue d'ensemble particulirement suggestive, prise du quai de la rive droite de la Moskva, prs du pont de Moskvoretski. La neige du long hiver russe estompe un peu les silhouettes infiniment varies, teint l'or toujours neuf des coupoles bulbeuses. Vers le ciel bas et nuageux pointe plus haut que tous les autres clochers celui d'Ivan Vliky, qu'leva en 1600, le tsar Boris Godounof. C'est aussi le tsar Boris Godounof et cette poque de luxe et de splendeur, de meurtres et de rvoltes, qu'voque le trs rare portrait du malheureux grand-duc Serge dont nous donnons une belle reproduction en premire page. On connaissait dj les somptueux costumes anciens que le tsar Nicolas II et l'impratrice se plaisaient, il y a deux ans (avant la guerre et avant les meutes), revtir pour certaines ftes de la cour. C'est dans les mmes circonstances que l'oncle de l'empereur porta ces riches vtements de soie blanche et d'hermine qui donnaient ce prince, de stature lgante, mais dont la physionomie tait si naturellement triste et songeuse, l'aspect d'un Hamlet du Nord. Les portes du Kremlin sont continuellement ouvertes et la circulation y est toujours libre, mais ce n'est pas un lieu de passage et la place du Snat, notamment, est presque toujours dserte, sauf du ct de la caserne, o se trouve le tsar des canons, fondu en 1586, et qui pse 39.000 kilos. C'est ce point qu'arrivait, quand l'explosion de la bombe se produisit, le tmoin oculaire qui nous devons les deux croquis reproduits page 117 et dont voici le rcit: La place du Snat tait dserte et offrait un aspect mlancolique au moment o j'y entrais, c'est--dire un peu avant 3 heures. La neige tait sale, le temps sombre; quelques hommes taient occups racler les trottoirs pour en ter la glace. Je n'avais rien remarqu d'anormal et n'avais mme pas fait attention la voiture du grand-duc qui pourtant devait avoir pass ct de moi. Tout coup, comme j'arrivais prs de la caserne, je fus comme assourdi et ahuri par une formidable explosion. Le trouble que me causa la commotion ne dura qu'une fraction de seconde. Ds que j'eus retrouv ma prsence d'esprit, j'aperus une sorte de colonne jauntre s'levant du sol, tandis qu' mon oreille arrivait un bruit de verre cass du ct de l'arsenal. A ce moment quelques personnes parurent sur la place. Je les voyais regarder, puis courir vers quelque chose dans la neige. Je htai le pas et aperus le devant de voiture tran par un cheval mourant. L'impression tait affreuse comme celle d'un cauchemar. Quelques autres personnes firent leur apparition au bout de la place et accoururent vers nous: Qu'y a-t-il?--Le grand-duc a t tu par une bombe!--Qui l'a tu?--Les tudiants.--Attrapez les assassins! A mort les assassins! Arrtez les tudiants! [Illustration: La comtesse de Hohenfelsen, qu'a pouse en 1902, Livourne, le grand duc Paul, exil pour ce fait par Nicolas II. _Phot. Boissonnas et Taponnier, Paris._] [Illustration: Plan du Kremlin de Moscou. C'est sur la place du Snat qu'a eu lieu le meurtre du grand-duc Serge.] Peu aprs arrivrent les agents de police accompagns de plusieurs agents secrets chargs spcialement de veiller la sret du grand-duc Serge. Ils se baissrent; quelques-uns firent le signe de la croix. Entre temps, prs de la porte Nikolsky, des groupes de personnes, composs surtout d'agents de police, faisaient circuler les gens grand'peine et non sans un certain tumulte. Au centre se trouvait un jeune homme habill de noir, dont je ne pus voir le visage. Il faisait de grands gestes. Autour de lui on disait que c'tait un tudiant, qu'il venait de lancer une bombe. On disait encore l'avoir vu, accompagn de deux autres tudiants; mais une partie de tout ce qu'on disait tait de pure invention. La police avait form un cordon autour des dbris de la voiture et fit ranger le public, afin de frayer un passage la grande duchesse, accourue sans chapeau, un manteau de fourrure jet sur les paules. La voici agenouille sur la neige sale devant les restes de son poux. On l'aperoit peine travers le cordon de police. Bientt arrivent des officiers et des prtres, pour faire transporter sur une civire, au monastre de Tchoudov, contigu au Petit Palais et plus proche, les restes du grand-duc rassembls grand'peine, tant le corps avait t dchiquet. Le cocher avait t bless au dos et la tte, mais il tait rest sur son sige et tenait encore les rnes quand on le descendit pour le porter l'hpital... Quoique la police entourt l'endroit o avait eu lieu l'explosion, beaucoup de fragments de la voiture et d'objets ayant appartenu au grand-duc ont t ramasss un peu partout et remis aux autorits. La montre en or et la bague de diamant du grand-duc furent trouves tout prs du cadavre. A quelque distance, on trouva une autre bague dont les pierres prcieuses avaient t desserties par le choc. La poigne de la porte de la voiture avait t lance une distance de deux cents pas. Le lendemain, on retrouva dans la neige l'tui cigares. [Illustration: Le grand-duc Paul Alexandrovitch, n en 1860, frre cadet du grand-duc Serge, qui vient d'tre rappel en Russie et rintgr dans ses titres et grades. _Phot. Boissonnas et Eggler, Saint-Ptersbourg._] [Illustration: DPART DE LA TROISIME ESCADRE DU PACIFIQUE POUR L'EXTRME-ORIENT _La troisime escadre du Pacifique, le croiseur_ Vladimir-Monomach _en tte, a quitt le port de Libau, le 15 fvrier, aprs qu'un navire brise-glace lui eut creus un large chenal jusqu' la haute mer, libre de glaces. Cette escadre, compose de quatre cuirasss:_ l'Amiral-Apraxine, l'Amiral-Seniavin, l'Amiral-Ouchakov, le Nicolas-Ier, _du croiseur-cuirass_ Vladimir-Monomach, _de trois transports et d'un remorqueur, va rejoindre et renforcer la deuxime escadre actuellement stationne dans les eaux de Madagascar. Elle a mouill dans la baie de Skagen (Danemark)_ le 24 fvrier, pour faire du charbon.] [Illustrations: (2) Mille kilos d'ivoire avant le dpart pour la vente aux enchres Brazzaville. Trois mille kilos de caoutchouc en route pour Brazzaville. La perception de l'impt indigne Fort-Crampel (1er semestre 1904)]. [Illustrations:(2) Le jeu du baquet. Le mt de cocagne. Les divertissements officiels du 14 Juillet Gribingui (Fort-Crampel).] AU CONGO FRANAIS.--_Photographies prises par M. Gaud._ UNE GRAVE AFFAIRE COLONIALE Rcemment, M. Toqu, administrateur au Congo franais, se trouvant Paris, en cong rgulier, tait arrt en vertu d'un mandat dcern par le juge de paix comptence tendue de Brazzaville. Ainsi que la nouvelle s'en rpandit bientt, on l'accusait des pires svices, commis sur des indignes relevant de son autorit, de complicit avec un autre agent colonial, M. Gaud, contre lequel pareil mandat avait t excut auparavant au Congo mme. [Illustration: M. Gaud (en haut de la photographie) entre deux officiers d'infanterie coloniale.] Le jour de la fte du 14 Juillet, raconte-t-on, Gribingui (Fort-Crampel), les inculps, qui taient ivres, auraient fait sauter, littralement, au moyen d'une cartouche de dynamite, un malheureux ngre, pris au hasard dans la foule inoffensive. Quelques jours plus tard, ils auraient dcapit un autre indigne, fait bouillir sa tte et servi le bouillon ses parents et amis, non prvenus, afin de se procurer le spectacle de leur stupeur quand cette tte leur serait exhibe aprs le repas. Et l ne se bornerait pas la srie de leurs criminels mfaits! [Illustration: M. Toqu.--_Phot. Rives._] M. Toqu est g de vingt-cinq ans; au sortir de l'cole coloniale, il fut envoy, comme administrateur stagiaire, au Dahomey, o il resta un an et demi environ, sans qu'aucun incident marqut sa gestion; il y a deux ans qu'il occupe, au Congo, le poste de Gribingui. M. Gaud, commis de seconde classe des affaires indignes, est un ancien lve en pharmacie. Ainsi que sa correspondance en fait foi, il s'occupait beaucoup d'observations scientifiques, notamment sur les causes de la maladie africaine dite maladie du sommeil. Les actes de cruaut imputs ces fonctionnaires coloniaux sont tellement abominables qu'on hsite les tenir pour exacts, malgr le caractre affirmatif de divers tmoignages. C'est d'ailleurs la justice locale, devant laquelle les accuss vont comparatre (M. Toqu s'est embarqu Bordeaux destination du Congo), qu'il appartient de faire la lumire et, le cas chant, de dpartir les responsabilits. Aux portraits des agents mis en cause, nous joignons la reproduction de quelques documents assez curieux: ce sont des photographies excutes par M. Gaud, pendant son sjour au Congo. Deux d'entre elles reprsentent: 1 les noirs payant, Fort-Crampel, leur impt en ivoire du premier semestre de 1904, que l'administrateur tait charg de percevoir et d'expdier Brazzaville, o la matire devait tre vendue aux enchres; 2 un convoi de ngres portant cette destination l'impt en caoutchouc. Deux autres photographies montrent des indignes se livrant aux jeux habituels, celui-ci grimpant au mt de cocagne, celui-l essayant de renverser le baquet; inoffensives rjouissances de cette fte du 14 Juillet que des reprsentants de la France et de la civilisation auraient, d'autre part, clbre d'une faon si barbare. LES OBSEQUES D'ADOLF MENZEL Les obsques du clbre peintre allemand ont eu lieu, le 13 fvrier, Berlin, avec une grande solennit. Suivant le programme rgl par l'empereur lui-mme, on avait transport d'avance au Vieux-Muse le cercueil de Menzel, auprs duquel une compagnie des grenadiers de Potsdam montaient une garde d'honneur. C'est de l que le cortge funbre est parti pour se diriger, par les principales rues de la ville, vers le cimetire de la Trinit, aprs une crmonie laquelle assistait le souverain, entour des grands corps de l'tat, des membres de l'Acadmie des beaux-arts et des dlgations de toutes les socits artistiques. Guillaume II a suivi pied le char jusqu' son passage devant le chteau royal, o il a pris cong, la tte dcouverte, du peintre national de Frdric et de la vieille arme prussienne. [Illustration: Guillaume II Les funrailles du peintre Menzel Berlin.] Documents et Informations. La production d'or dans le monde. En 1904, s'il faut en croire un journal amricain toujours trs bien inform, la production de l'or dans le monde a atteint la somme de 1.769 millions de francs: soit environ 120 millions de plus que l'anne dernire. C'est mme un peu plus que l'anne 1899, qui dtenait jusqu' ce jour le record de la production. Les tats-Unis, dans ce total, entrent environ pour le quart de la production, ainsi que la Transvaal et l'Australasie. Le quatrime quart revient au Canada, au Mexique, la Russie et quelques autres pays petits producteurs. Tandis que la production du Klondyke canadien, sur lequel on avait fond tant d'esprance, va baissant de plus en plus, la production du Transvaal se relve rapidement et laisse prvoir un considrable accroissement. Vraisemblablement, l'anne prochaine atteindra le beau chiffre d'une production de 2 milliards. Pour combien de temps reste-t-il de la houille en Angleterre? La commission royale nomme en 1901 pour enquter sur les rserves de houille existant encore en Angleterre vient de dposer un rapport d'o il rsulterait que le sol britannique renferme encore 100.914 millions de tonnes de houille. Cette provision pourra durer trs longtemps, surtout si l'on dveloppe l'emploi des mthodes conomiques et si l'on rduit les gaspillages qui, actuellement, sont normes. On perd beaucoup de force avec les gaz inutiliss qui s'chappent des hauts fourneaux, par exemple; et l'on en perd beaucoup employer la houille dans la machine vapeur au lieu d'en extraire le gaz et d'utiliser celui-ci dans le moteur gaz. Si l'on dveloppe les moteurs gaz et si on les perfectionne encore, on tirera un parti plus avantageux de ce qui reste de houille. La consommation de houille ayant t de 167 millions de tonnes en 1903, l'Angleterre renfermerait encore de quoi subvenir celle-ci, au taux actuel, pendant plus de six cents ans: une dure qui donne le temps de se retourner, assurment. Le monopole de l'alcool en Suisse. Les partisans du monopole de l'alcool par l'tat prsentent ce systme comme tant en mme temps une bonne affaire et une mesure d'hygine. Ce qui se passe en Suisse, o le monopole est tabli depuis bientt vingt ans, peut nous montrer ce qu'il faut penser de ces affirmations. Sur le premier point, il n'y a gure discuter, et il est manifeste que le monopole de l'alcool n'a pas t pour la Suisse une mauvaise affaire. De 1887 1903, l'excdent des recettes sur les dpenses a t de 98 millions et demi environ; ce qui donnait, en 1887-1888, prs de 5 millions, et en 1903, 6.352.000 francs de bnfices. Mais le second point apparat comme fort discutable. Jusqu'en 1901, il sembla que la consommation de l'alcool baissait de plus en plus: de 6 litres 27 par tte en 1890, elle tombait progressivement 3 litres 80 en 1901. Le rsultat tait admirable. Voici toutefois que la consommation se met remonter: en 1902, elle est de 3 litres 87, et en 1908, de 4 litres 20. Provisoirement gns par la faon du monopole, les buveurs semblent maintenant s'y tre adapts. Il ne faut donc pas se hter de conclure sur le rle bienfaisant du monopole au point de vue de l'hygine. Le chne porte-gui de Versailles. Un mot encore--le dernier sans doute--sur la question des chnes porte-gui. Nos lecteurs parisiens nous sauront gr de leur signaler un chne de cette espce qui se trouve trs porte de leur vue. Ce chne nous est indiqu par M. E. Lefebvre, de Versailles, et se trouve Versailles, dans le parc mme. C'est un arbre de belle taille, qui se trouve presque en bordure de l'alle circulaire qui entoure le bassin de l'Encelade, du ct nord par rapport au groupe central du bassin. Ce chne porte du gui depuis plus de vingt-cinq ans, et un de ses voisins, plus jeune, se met imiter son exemple. MORTALIT ET MORBIDIT COMPARES DES ISRALITES. Un mdecin d'Amsterdam, M. B.-H. Stephan, vient de se livrer une comparaison fort intressante de la frquence des maladies et de la mortalit chez les isralites et chez les populations qui les entourent. D'une faon gnrale, le fait curieux que cette tude met en vidence, c'est que la mortalit des isralites est faible. A Amsterdam, elle n'est que de 12 0/00 au lieu de 17 chez le reste de la population; New-York, la mortalit des migrants russes ou polonais, isralites pour la plupart et fort misrables, est moiti moindre de celle des autres nationalits. Et cependant ces migrants habitent les quartiers les plus malsains. Les mort-ns sont galement, chez les isralites, moins nombreux que chez les chrtiens. A Amsterdam, on en trouve chez les premiers 33,4 pour 1.000 naissances, alors que la proportion, pour la ville entire, est de 47. Relativement la morbidit, la faon dont les isralites rsistent la tuberculose est trs remarquable. A New-York, les Slaves ont une mortalit 3 ou 4 fois moindre que les autres nationalits. En Algrie et en Tunisie, on a observ que la tuberculose tait trs rare chez les isralites, et l'on a expliqu ce phnomne par les habitudes de rigoureuse propret observes dans les intrieurs. Par contre, et cette particularit a t note bien souvent, les isralites paraissent trs prdisposs aux affections nerveuses proprement dites, la surdi-mutit et la ccit congnitale: ce que l'on a essay d'expliquer par la frquence des mariages consanguins. Ajoutons--ce qui peut jeter une certaine lumire sur ce qui prcde--que le divorce est beaucoup plus rare chez les isralites que chez les catholiques et les protestants, et que la femme juive est surtout rfractaire au divorce. Sur 100 jugements, 15 avaient t prononcs la requte d'une femme chrtienne, et 3,5 seulement la requte d'une femme juive. _Un concours de poules._ Un concours de poules a eu rcemment lieu en Australie: il a dur une anne entire, ce qui est un dlai plus long que celui qu'on accorde--ou impose--aux candidats aux coles les plus difficiles qui puissent offrir aux humains un mirage qui d'ailleurs, comme les autres mirages, est souvent trompeur. Le but du concours, c'tait simplement d'tablir quelle race de poules est la meilleure pondeuse. Et si l'on a fait durer ce concours si longtemps, c'tait pour que les btes puissent faire leurs preuves durant la mauvaise saison aussi bien que durant la bonne et pour exclure la possibilit de l'emploi de stimulants artificiels, ayant une action temporaire. Les poules concurrentes taient toutes loges dans les mmes conditions exactement: toutes taient nourries de la mme manire. On tenait compte toutefois des diffrences dans la quantit de nourriture absorbe, certaines races tant plus voraces que d'autres. Enfin, toutes les concurrentes taient places dans les conditions les plus favorables et les coqs taient soigneusement exclus. Pendant une anne entire, par consquent, les poules vcurent dans le clibat. Le rsultat du concours, le voici: Premier prix: un groupe de poules Wyandotte argentes. Ce groupe donna une moyenne de 218 oeufs par poule pour l'anne complte. Les poules en question taient les filles d'un groupe qui, l'anne prcdente, avait, donn 214 oeufs en moyenne. Elles taient de petite taille plutt et peu voraces. Des six poules de ce groupe, un amateur a offert 1.250 francs, mais en vain. Un groupe de poules a reu une forte rcompense: c'est un groupe de leghorn brunes. Elles ont fourni 200 oeufs chacune et cette espce est fort avantageuse en ce qu'elle mange la moiti de ce qu'il faut aux autres. Les rsultats principaux du concours sont les suivants, d'aprs un expert qui a suivi les oprations. C'est, d'abord, que le mas est un excellent aliment pour les poules. Puis, que l'absence des coqs est trs recommande: les coqs gnent la ponte, au lieu de la stimuler. En troisime lieu, les poules pondent plus quand elles sont runies en petits groupes, que lorsqu'on les accumule en grandes troupes. Enfin, dit l'expert, les races asiatiques se sont montres des couveuses tout fait suprieures. Notons que si la dpense en nourriture a t de 122 livres et le prix de vente des oeufs de 373 livres, il ne faudrait pas conclure que le bnfice a t de 251 livres. Il faut tenir compte du prix d'achat des poules, de la valeur de la terre, de la dpense en enclos, poulaillers, etc. Mais ceci est une autre affaire. Ce qu'il faut retenir, c'est la valeur de la wyandotte argente comme pondeuse et celle de la leghorn. _Mouvement littraire._ _Le Pch de la Morte_, par Maxime Formont (Lemerre, 3 fr. 50). _La Maison de Danses,_ par Paul Reboux (Calmann-Lvy, 3 fr. 50).--_Les Amants du Pass_, par Jean Morgan (Plon, 3 fr. 50).--_Emancipes_, par Alphonse Georget (Lemerre, 3 fr. 50).--_Le Droit au Bonheur_, par Camille Lemonnier (Ollendorff, 3 fr. 50). Le Pch de la Morte. M. Maxime Formont expose, dans son roman, un curieux cas de conscience. Savinien de Mrglisse est plong en un profond dsespoir, parce qu'il a perdu sa femme adore, la petite comtesse Franoise. Malgr sa mre qui le veut ramener chez les vivants, il persiste vivre avec la morte. De quelle faon le tirer du lac noir o il est tomb? Dans son chteau, une douce jeune fille, Mlle de Fleuriel, fait son apparition. Une invincible sympathie les rapproche, mais comment l'pouserait-il? Peut-il violer le serment fait la petite dfunte? Lvera-t-on son scrupule? La comtesse Franoise, en son dlire, avant d'expirer, avait prononc le nom de Pierre Anfrey, un ami de Savinien. Et ledit Pierre avait t surpris, par Mme de Mrglisse, la mre, baiser dvotement le front de la morte. Hlas! un jour, dans un moment de solitude et d'abandon, la comtesse Franoise s'tait donne pour quelques minutes seulement l'ami de son mari. Mlle de Fleuriel dprit d'amour; Savinien, sous le poids de son serment, marche la folie. L'aveu de Pierre peut seul les sauver. Mais doit-il avouer? Aprs de longues hsitations et en toute conscience, il le fait. En avait-il le droit? Oui, dit M. Formont, puisque cette solution est celle de son roman. Non, rpondons-nous, car le secret n'tait pas seulement le sien. Rien ne l'autorisait souiller le tombeau et le souvenir de l'amie. De plus, il nous est impossible d'admettre la faon dont il claire, sur une faute aussi passagre, Savinien de Mrglisse. C'est lui-mme qui fait son ami la terrible rvlation. N'et-il pas t prfrable qu'il ust d'un intermdiaire? Et en quels termes le complice de la comtesse Franoise s'exprime devant Savinien! C'est une femme qui en tait indigne, indigne, entends-tu (de ton serment). Maintenant, le roman est passionnant, crit par une plume des plus expertes. M. Formont a dnou le cas de conscience comme quelques autres peut-tre l'auraient fait: c'est, en casuistique surtout qu'il y a autant d'avis que de ttes. La Maison de Danses. La danse, l'amour et la jalousie: voil trois choses fort espagnoles et qui remplissent le volume de M. Reboux. Ramon tient un cabaret de Sville, o des ballerines se livrent avec art leurs exercices aims. L'une d'elles, la plus jeune, les dpasse toutes, par la souplesse et par l'enchantement de ses mouvements; Ramon l'pouse. Mais l'enfer du soupon entre dans son coeur et y tablit ses feux. Un beau jour, n'en pouvant plus, craignant tout, jusqu'au vol d'une mouche, il quitte Sville pour Cadix. Toute sa fortune repose sur sa femme, fort belle et divinement habile sur les planches. Mais il prfre la misre l'exhibition de la dlicieuse Estrellita. Cependant un pcheur de la cte en tombe amoureux; et, sous le soleil de l-bas, l'amour est violent. Ce pcheur, Benito, surprend un jour Estrellita en conversation avec son jeune frre, lui, Luisito. Dans sa rage, il les tue tous les deux coups de couteau. Peu s'en faut qu'il n'envoie les rejoindre dans la mort le mari, Ramon. Peut-tre la fin du roman choit-elle un peu trop dans le drame. N'oublions pas cependant que nous sommes en Espagne, o le couteau, en amour, fraternise avec la guitare et la mandoline. Toutes les inquitudes de la jalousie sont parfaitement dtailles dans Ramon, et toutes ses fureurs dans Benito. Ce qui sduit dans la _Maison de Danses_ c'est l'ample posie; nous avons l une oeuvre de pote autant que de romancier. M. Paul Reboux, avant d'crire des histoires, a publi des vers; c'tait une excellente prparation. Au fond il n'y a de bons romanciers, d'excellents historiens et mme des critiques que ceux-l qui, en leur jeunesse, ont rythm leurs phrases et se sont exercs au jeu des rimes harmonieuses. Les Amants du Pass. Jean Morgan est une femme; n'en doutons pas. Pourquoi n'arbore-t-elle pas franchement les dentelles fminines et se cache-t-elle sous un dguisement masculin? Ce qu'on peut reprocher son roman, c'est le dbut un peu long. Mais une fois ses deux personnages principaux bien poss, tout marche souhait. Mme de Nangis, marie un austre magistrat, fort peu aimable et qui l'a pouse par ambition, pour sa fortune et ses relations de famille, se rappelle un ami d'enfance et de premire jeunesse, avec lequel elle a jou au jeu innocent du petit mari et de la petite femme. Dans une villgiature, elle le rencontre; celui-ci, mu par ses charmes, se rappelle le doux pass et lui tend des piges o elle finit par tomber. Du reste, dans leurs entours, tout les pousse l'amour. Ce ne sont partout que flirts et compromis avec la loi morale; chacun et chacune suivent sans vergogne le principe du droit au bonheur. Comment ne pas se laisser influencer par un tel milieu? Mais, au sein du plaisir, une mlancolie finit par les envelopper, et par mettre de l'amertume dans leur bonheur. Ne sont-ils pas obligs au mensonge, l'hypocrisie? Est-ce qu'un monde implacable n'est pas l pour les surveiller et souvent pour les sparer. Au dclin des jours, au dclin de l'anne surtout, une immense tristesse s'empare d'eux aprs les premiers enchantements. Peut-tre goteraient-ils une joie sans mlange s'ils s'en allaient loin des foules, dans le petit coin de Bretagne o ils ont pass leur adolescence et se sont tout d'abord adors. Ne redeviendront-ils pas enfants, sans souci, sans ombre dans leur lumire, parmi les objets d'autrefois? Emports comme par la folie, ils partent pour retrouver leur Ploet et la vieille maison. Mais quelle dsillusion! Rien ne peut leur rendre ce qu'ils taient quinze ans auparavant. Ils aperoivent nettement leur erreur. Ce qu'ils avaient idoltr, ce n'tait pas leur prsent, leurs tres actuels, mais leur pass et leurs personnes d'enfance et de jeunesse. Or, rien ne pouvait les faire revivre, pas mme l'habitation dans les lieux familiers. Aussi se sparent-ils dsenchants. Cette thse de Mme Morgan, dont j'aime le talent, est peut-tre un peu subtile et s'accommode peu de la bonne nature. Ce qui fait le charme de son volume, c'est qu'il nous livre l'me de la femme, sans aucune retraite inaperue. De nombreux personnages accessoires, fort bien observs, se meuvent autour des deux principaux. Une posie merveilleuse enveloppe tout. Rien de dlicieux comme la fort de Marly en t, quand l'air est lumineux, la pousse intense et exubrante, et en automne lorsque les routes sont ensevelies sous la tombe des feuilles. Aussi bien que les hommes et les femmes, Mme Jean Morgan a observ minutieusement les bois et les grandes plaines avant de les peindre. Emancipes. On me dit que le volume de M. Georget est fort got. D'une plume honnte et vive, l'auteur y flagelle certains types d'arrivistes comme son Philomathe, un jeune mdecin sans pudeur, et dont la seule pense est de parvenir, mme en brisant ceux qui l'aiment et qui l'ont aid, l'argent et la notorit. Mais o sont les mancipes? J'aperois deux charmantes jeunes filles, leves dans la maison paternelle, attendant, sans aucune coquetterie, l'poux possible. Je sais bien que, remplissant presque tout le livre, Irma ne leur ressemble gure. Aprs une jeunesse orageuse, elle s'est unie lgitimement un peintre naf, dont elle fait sa victime. Rien de moins rare que les Irma. Qui se lie elles par le mariage risque tous les accidents. Si elles s'occupent de la vente des tableaux, elles gardent, dans leur cassette, la moiti du prix; elles forcent le malheureux un labeur acharn qui ne l'empche nullement de recevoir, son domicile, la visite rpte de MM. les huissiers. M. Georget nous a fort bien reprsent, dans toute son horreur, le classique mnage d'artiste, ou plutt de bohme artiste. Fort heureusement, quand elle voit le peintre dans la misre, Irma se retire et lui permet de divorcer Mais cette femme est-elle une mancipe? Est-ce qu'une mancipe n'est pas celle qui se contente de certains airs lgers, qui a une certaine faon de relever la tte et de sourire sceptiquement? Ce mot qui garde encore quelque grce convient-il l'horrible dmon, sans intelligence, sans morale, sans l'ombre de dlicatesse fminine, et qui change en enfer la maison qu'elle habite? Le Droit au Bonheur. Cette ide du droit au bonheur qui pointe dans le volume de M. Formont, s'panouit dans celui de Mme Morgan et se retrouve, plus ou moins, dans tous les romans, clate tout particulirement dans l'histoire que nous raconte, avec son habilet et sa puissante et sre imagination, M. Camille Lemonnier. Ici point de muscadins, aucun salon, mais la nature toute simple. Une femme du peuple place entre deux hommes, l'un veule, affaibli par la gourmandise et la paresse, l'autre intelligent, robuste et laborieux, abandonne le premier pour suivre le second. Ce n'est point toutefois sans remords que cela s'accomplit, car rien n'a fauss la droiture de ces gens auxquels est tranger l'art des sophismes. E. LEDRAIN. ONT PARU: Romans.--_Les Trois Danoise, les_, par G. de Peyrebrune. In-18, Juven, 3 fr. 50.--_La Beaut d'Alcias_, par Jean Bertheroy. In-18, illustr, Flammarion, 3 fr. 50.--_Le Prisme_, par Paul et Victor Margueritte. In-18, Plon, 3 fr. 50.--_La Bayadre_, par Henry Gauthier-Villars. In-18, illustr, Flammarion, 3 fr. 00.--_Complications d'amour_, par Paul Junka. In-18, Tallandier, 3 fr. 50.--_Dans la paix des campagnes_, par Maurice Montgut. In-18, Ollendorff, 3 fr. 50;--_Le Serpent noir_, par Paul Adam. In-18, d, 3 fr. 50.--_Les Beoenanis,_ par Andr Theuriet. In-18, Lemerre, 3 fr. 50;--_Contre l'impossible_, par Marie-Anne de Bovel. In-18, d, 3 fr. 50.--_Le Prteur d'amour_, par John-Antoine Nau. In-18, Fasquelle, 3 fr. 50;--_Amants et Voleurs_, par Tristan Bernard. In-18, d, 3 fr. 50.--_L'Ecole des vieilles femmes_, par Jean Lorrain. In-18, Ollendorff, 3 fr. 00.--_La Petite Mademoiselle_, par Henry Bordeaux. In-18, Fontemoing, 3 fr. 50.--_Prisonniers marocains_, par Hugues Le Roux. In-18, Calmann-Lvy, 3 fr. 50. POSIES.--_Le Banc de pierre_, par Georges Boutelleau. In-18, Lemerre, 3 fr.;--_Posies_ (1892-1904), par Franois Fabi. In-18, d, 16 fr. --_Horizons_, par Mme Lucie Delarue-Mardrus. In-18, Fasquelle, 3 fr. 50.--_Les Voix du Coeur_, par Gaston Tournier. In-18, A. d'Espi, 3 fr. 50.--_Partances_, par Auguste Dupouy. In-18, Lemerre, 3 fr.--_Pomes de France et d'Italie_, par P. de Nolhac. In-18, Calmann-Lvy, 3 fr. 60. --_Archiloque_, sa vie et ses pomes, par Amde Hauvette. In-8, Fontemoing, 7 fr. 50.--_Le Sang de la Mduse_, par Sbastien-Charles Lecomte. In-18, Mercure de France, 3 fr. 50;--Les Rves unis, par Marie et Jacques Nervat. In-18, d, 3 fr. 50. DIVERS.--_Les Grands Ecrivains scientifiques_ (de Copernic Berthelot), extraits, introduction, biographies et notes, par Gaston Laurent. In-18, Colin, 3 fr.--_Le Vingtime sicle politique_ (1904), par Ren Wallier. In-18, Fasquelle, 3 fr. 50;--_La Vraie Religion selon Pascal,_ par Sully Prudhomme. In-8, d, 7 fr. 50;--_Associations et Socits secrtes sous la deuxime Rpublique_ (1848-1851), d'aprs des documents indits, par J. Tchernoff. In-8, d, 7 fr.--_gypte et Palestine_, notes de voyages, par A. Andr. In-18, illustr, Fontemoing, 5 fr.--_Hector Berlioz_, sa vie et ses oeuvres, par J.-G. Prudhomme. In-8 Delagrave, 5 fr. [Illustration: Phot. Paul Boyer. LA SAISON SUR LA COTE D'AZUR.--M. Massenet et le prince Albert dans le parc du palais ducal de Monaco.] M. Jules Massenet, on le sait, est all Monte-Carlo pour les reprsentations de _Chrubin_. Son sjour dans la principaut n'a pas t celui d'un oisif; cependant, si les soins qu'il a voulu donner lui-mme l'interprtation de sa nouvelle oeuvre musicale lui ont pris une bonne partie de son temps, ils lui ont laiss quelques loisirs. C'est ainsi qu'il a pu profiter de l'accueillante hospitalit du prince Albert, qui, en une promenade tout intime, a pris plaisir lui faire visiter les clbres jardins du palais ducal de Monaco. Une vritable merveille, ces jardins tageant, sous un ciel d'une puret idale, jusqu' la mer d'un bleu intense, leur vgtation luxuriante, o les arbres de toutes essences, la flore exotique mle la flore europenne, mettent toute la gamme des verts, o parfois l'paisseur des frondaisons offre des aspects de fort vierge. Certes, le matre avait apprci les pittoresques dcors de Visconti destins encadrer _Chrubin_, et que nous reproduisions la semaine dernire: mais combien plus encore il a d goter la magnificence de ce dcor naturel, dont le prince, aimable Mcne, faisait les honneurs l'minent artiste! L'ILLUSTRATION Supplment au Numro du 25 fvrier 1905. LE RETOUR DES DFENSEURS DE PORT-ARTHUR _Dessins et photographies rapports par L. Sabattier, notre envoy spcial au-devant de Stoessel._ [Illustration: Mme Stoessel. LE GNRAL STOESSEL SUR LE PONT DE L'AUSTRALIEN _Croquis de L. Sabattier, sur lequel le gnral Stoessel a appos sa signature.)_] [Illustration: Mme Stoessel Gnral Stoessel. Aide de camp du gnral. Groupe des passagers de l'Australien.] Notre collaborateur L. Sabattier, parti il y a plus d'un mois au-devant des dfenseurs de Port-Arthur rentrant en Europe par l'_Australien_, a fait route jusqu' Port-Sad avec le gnral Stoessel et ses glorieux compagnons d'armes. Nous publierons la semaine prochaine l'intressant rcit qu'il a rapport et qu'il illustrera de nombreux croquis et de curieux instantans. Mais nous avons voulu auparavant consacrer, ds cette semaine, un important supplment reproduire intgralement une srie unique de photographies prises pour l'_Illustration_ pendant les dernires semaines du sige. Ces photographies n'avaient pu nous tre adresses avant la reddition de la place troitement bloque Emportes par un des officiers russes passagers de _l'Australien_, elles ont t remises par lui notre envoy. [Illustration: Le dbarquement du gnral Stoessel et de Mme Stoessel Port-Sad.] Les pisodes glorieux et sanglants des grands siges dont parle l'histoire ont t reprsents par les peintres militaires dans des tableaux mouvements. Ici, ce n'est pas l'oeuvre d'un artiste; rien n'est apprt, rien ne vise l'effet: c'est l'aspect lamentable et morne de la destruction et de la mort. Mais quelle composition savante ou fougueuse galerait en motion ces simples clichs photographiques, dont la sincrit fait toute la beaut, et qui resteront comme des tmoignages jamais irrcusables des horreurs de l'agonie de Port-Arthur? [Illustration: LES DERNIRES SEMAINES DE LA RSISTANCE DE PORT-ARTHUR _Photographies de notre correspondant Port-Arthur, K.-D. Linzpaitner_, qui n'ont pu nous parvenir qu'aprs la reddition de la place. Le dpt du gnie (magasins d'huile, de ptrole, de peinture), incendis par les obus japonais la fin d'octobre.] [Illustration: LA DFENSE DE LA MONTAGNE HAUTE (COLLINE DE 203 MTRES).--Les rserves allant prendre position. Les rserves (tirailleurs sibriens) s'engagent dans une tranche.--On distingue sur le flanc de la colline les travaux de dfense et d'abri des Russes.--A gauche du sommet clate un shrapnell japonais.] [Illustration: Wagons atteints par les obus, dans la gare.--Au fond, la colline aux Cailles. _Photographies de notre correspondant Port-Arthur, K.-D. Linzpaitner._] [Illustration: ASPECT DE PORT-ARTHUR QUELQUES JOURS AVANT LA REDDITION (DCEMBRE 1904). Toits des maisons trous par les obus.--Dans la rade intrieure, navires atteints par les projectiles japonais aprs la prise de la Montagne Haute.--Au centre, la rue Pouchkine. _Photographie de notre correspondant Port-Arthur, K.-D. Linzpaitner._] [Illustration: AU PIED DE LA MONTAGNE HAUTE (COLLINE DE 203 MTRES), LE MATIN MME DU JOUR OU LES JAPONAIS SE SONT EMPARS DE LA POSITION (30 novembre 1904). A gauche, tombes des morts des journes prcdentes.--A droite, un soldat recueille les cartouches des morts de la nuit, avant qu'on les enterre dans la fosse que d'autres soldats creusent un peu plus loin.--Le flanc de la colline est sem d'excavations dont les unes sont des tranches ou abris russes, les autres des trous creuss par l'explosion des gros obus japonais. _Photographie de notre correspondant Port-Arthur, K.-D. Linzpaitner._] [Illustration: Le Poltava. Le Gilliak Le Peresviet.] [Illustration: Le Pallada. Le Pobieda.] [Illustration: Le Retvisan.] CE QUI RESTE DE LA PREMIRE ESCADRE RUSSE DU PACIFIQUE _Photographies de notre correspondant Port-Arthur, K.-D. Linzpaitner._ [Illustration: L'hpital n 9 avec les trous d'obus japonais dans le mur la hauteur du premier tage.] LES HOPITAUX DE PORT-ARTHUR Quand les Japonais se furent empars de positions assez rapproches de Port-Arthur pour que leurs projectiles pussent atteindre la ville, le gnral Stoessel fit parvenir au gnral Nogi un plan exact indiquant l'emplacement des hpitaux. Le gnral nippon promit alors que son artillerie les pargnerait autant que possible. Les photographies reproduites ici montrent qu'il ne put tenir sa promesse. Sans accuser les Japonais d'avoir volontairement vis les btiments o taient soigns les blesss, on doit constater que ces btiments ont t parmi les plus maltraits de la place. [Illustration: Deux vues de l'hpital n 6 montrant les effets du tir des Japonais.] [Illustration: UNE PICERIE DANS LA VIEILLE VILLE A LA FIN DU SIEGE Photographies de notre correspondant Port-Arthur, K.-D. Linzpaitner.] [Illustrations: (2) Un tube lance-torpilles mont sur un afft. Exprience de lancement de torpille terre. Comment les torpilles Whitehead des cuirasss et torpilleurs de la flotte de Port-Arthur ont t utilises par le gnral Kondratenko pour la dfense terrestre.] Le gnral Stoessel fut l'me de la dfense; le gnral Kondratenko en fut l'Archimde. La formule est de notre confrre, M. Emile Danthesse, de _l'cho de Paris_, qui s'est livr, bord de _l'Australien_, une minutieuse enqute sur le rle respectif des chefs russes pendant le sige de Port-Arthur. L'esprit ingnieux de Kondratenko ne cessa, pendant ces longs mois de lutte, de faire des trouvailles tonnantes. La flotte ne pouvant se dcider sortir, il avait rclam ses canons, ses torpilles, ses munitions de guerre, tout ce qui pouvait tre utilis sur terre. Il n'avait pas seulement construit tous les forts qui n'existaient que sur le papier la date du 8 fvrier; il les avait arms, semant leurs approches de chausse-trapes, de fougasses, o les torpilles, o les mines flottantes, devenues mines terrestres, dtruisaient, en quelques secondes, les plus beaux rgiments de Nogi. En novembre, alors qu'on commenait manquer d'obus, il imagina mme de lancer du haut des forts des torpilles Whitehead, l'aide des tubes mmes des torpilleurs installs sur des affts de fortune et transforms ainsi en des sortes de mortiers. La torpille, munie sa base d'un bloc de bois faisant l'office de culot et s'adaptant peu prs exactement l'me du tube, n'a jamais d tre un projectile bien perfectionn. Sa trajectoire peu tendue, sa faible vitesse initiale, sa petite porte (environ 60 mtres), ne le rendaient dangereux que pour des assaillants parvenus en masses serres au pied mme des retranchements. Mais, quand cet engin arrivait sans encombre et clatait au milieu d'une colonne japonaise, il la rduisait, parat-il, littralement en bouillie. Les photographies ci-dessus ont t prises pendant des expriences prparatoires, et c'est prcisment la vitesse modre de la torpille qui a permis l'objectif de la saisir ainsi au passage. Nous reproduisons en mme temps un autre document, que nous envoyait rcemment M. Balet, notre correspondant au Japon, et qui prouve bien que Kondratenko ne s'en tint pas des essais. C'est un dessin, publi par une revue illustre de Tokio, et qui reprsente une torpille Whitehead traversant les rangs japonais pendant un assaut. [Illustration: Fac-simil d'un dessin publi par un journal de Tokio et reprsentant une torpille marine traversant les rangs japonais pendant un assaut. Kondratenko. Nomaenko. LA MORT DE DEUX HEROS.--Le gnral Kondratenko et le colonel Nomaenko morts cte cte au fort de Kikouan n 2: exposition des corps dans une chapelle ardente, avant les funrailles. _Photographies de notre correspondant Port-Arthur, K.-D. Linzpaitner._] [Illustration: LES GROUPES, par Henriot.] _NOUVELLES INVENTIONS_ _(Tous les articles publis sous cette rubrique sont entirement gratuits.)_ NOUVEAU PISTOLET D'ABATTOIR Il s'en faut de beaucoup que nous soyons tous vgtariens et les hcatombes d'animaux indispensables notre alimentation ne seront pas de sitt supprimes. Du moins est-il indiqu d'viter ces victimes ncessaires les angoisses et les tortures de l'agonie et de la mort. De nombreux appareils d'abatage ont t crs dans ce but et nous devons dire que les solutions sont peu prs satisfaisantes. La plupart de ces instruments produisent un choc violent sur le crne, choc capable de tuer net ou tout au moins d'tourdir la bte abattre. Il est en effet bien connu qu'une forte commotion sur la tte enlve instantanment toute connaissance l'tre qui la subit et ce mode d'abatage est le moins pnible et le plus susceptible de retenir notre attention. Dans cet ordre d'ides nous devons dcrire un type rcent de pistolet d'abattoir qui a fait ses preuves et dont l'application a t approuve par la Socit protectrice des animaux. [Illustration:] Ce pistolet, que reprsente notre gravure, diffre entirement des pistolets ordinaires en ce qu'il ne projette pas de balles; il chasse simplement une forte tige de percussion destine perforer le cerveau de l'animal abattre; cette tige de percussion ne quitte d'ailleurs pas le pistolet et se remet d'elle-mme sa position de dpart grce un ingnieux artifice. On peut voir sur la figure que cette tige comporte l'arrire une sorte de piston projet par l'explosion de la cartouche; la partie antrieure et rtrcie du canon dans laquelle coulisse la tige se trouvant close par cette lige mme, la partie la plus forte du piston comprime l'air dans le canon lorsqu'elle est projete en avant par la force explosive; lorsque cette force explosive a termin son effet, presque instantan d'ailleurs, cet air comprim ramne la tige-piston tout entire sa position de dpart. Le mode d'emploi du pistolet est des plus simples: il suffit d'appuyer d'une main contre la partie frontale du crne et de presser sur la dtente comme s'il s'agissait d'une arme ordinaire. L'animal tombe foudroy sans pousser un cri; la tige de percussion a pntr dans le cerveau avec une partie des gaz de l'explosion qui suivent un canal perfor dans l'me de la tige et qui contribuent pour une bonne part assurer l'instantanit de la mort. L'inventeur attribue son appareil les avantages suivants: La tige de pntration tant renforce au bout postrieur, tout danger est exclu pour le personnel de l'abattoir. Les cartouches dtonent sans bruit. Ces cartouches, par leur fabrication toute spciale, sont prserves contre l'humidit, rgnant constamment dans les abattoirs. A la chute de l'animal la tige est compltement dgage. Donc, toute cassure de celle-ci est vite. L'emploi de l'appareil se fait d'une main, ce qui est d'une grande importance, surtout en ce qui concerne les porcs, vu que la fixation devient superflue. L'appareil, par sa facilit de maniement et sa lgret, ne fatigue aucunement l'homme. La manipulation pour la charge, le tir et la recharge se faisant avec une grande rapidit, l'appareil est trs avantageux pour l'abatage en gros. Pendant le tir il faut essuyer et regraisser la tige, mais l'appareil n'exige pas de nettoyage. Aucune trace d'chauffement de l'appareil ne se fait sentir pendant un tir prolong de plusieurs heures. Le pistolet ne possde aucun mcanisme pouvant nuire au bon fonctionnement; son nettoyage s'opre avec grande facilit et rapidit. Ce nettoyage ne s'impose d'ailleurs que le tir termin et il n'exige que quelques minutes. L'inventeur recommande simplement de graisser soigneusement la tige et, pour viter des coups rats, de s'assurer avant le tir qu'elle se trouve refoule compltement sur la cartouche. La qualit de la viande n'est nullement altre par ce systme d'abatage et la cervelle ne subit pas de dtrioration nuisible. Cet ingnieux appareil, dont les avantages paraissent srieux, se fabrique en deux modles: le modle n 1 pour grands et petits bestiaux, cartouches 9mm, charge 25 30 centigrammes, le modle n 2, pour petits bestiaux, cartouches calibre 8mm charge 15 18 centigrammes. Pour tous renseignements, s'adresser _M. Buttler, 11, rue du Gnral-Blaise, Paris._ _Pour toutes insertions concernant les nouvelles inventions, crire au service des Nouvelles Inventions, l'_Illustration, _13, rue Saint-Georges, Paris._ End of the Project Gutenberg EBook of L'Illustration, No. 3235, 25 Fvrier 1905, by Various License: Share Alike