Produced by Jeroen Hellingman and Rnald Lvesque L'Illustration, No. 3246, 13 Mai 1905 Supplments de ce Numro: 1 L'ILLUSTRATION THTRALE contenant LE DUEL 2 Un hors texte en couleurs: TTE DE FEMME, par HENNER. LA REVUE COMIQUE, par Henriot. Supplments de ce numro: 1 L'ILLUSTRATION THTRALE avec le texte complet du DUEL; 2 Une reproduction en couleurs d'un tableau de HENNER. [Illustration: L'ILLUSTRATION Prix de ce Numro: Un Franc. SAMEDI 13 MAI 1905. 63e Anne.--N 3246] [Illustration: PENDANT LA BATAILLE DE MOUKDEN (1er-10 MARS 1905) Gnral japonais tudiant sa carte, dans une tranche, l'cart, avant de faire donner sa brigade. _Photographie de notre, nouveau correspondant de guerre pour 1905, J. Wittness._] Courrier de Paris JOURNAL D'UNE TRANGRE Les rois rendent volontiers, depuis quelque temps, visite aux Parisiens. Ils ne s'y sont pas dcids du premier coup. Paris rpublicain leur faisait un peu peur. Ce bloc enfarin ne me dit rien qui vaille... Et puis, petit petit, le bloc leur sembla trs inoffensif. Ils se rassurrent. Une fois rassurs, ils furent sduits. Aujourd'hui, c'est mieux encore; ce bloc, irrsistiblement, les attire. Ce n'est plus par politesse qu'ils consentent nous venir voir: ils en prouvent, dirait-on, le besoin. Ils avouent mme--et rien ne saurait flatter davantage l'amour-propre des Parisiens--que leur grande joie serait de venir souvent chez eux, et sans tre acclams; d'y passer inaperus; de jouir de Paris librement, la faon du premier badaud venu; de pouvoir s'y rencontrer--comme, il y a dix jours, aux; _Capucines_, Edouard VII et Lopold II--sans que la foule y fit attention. Le soir o le roi d'Angleterre vint applaudir, aux _Capucines_, Mme Jeanne Granier, la petite salle tait trs joliment fleurie; des drapeaux anglais pendaient au-dessus de la porte; on avait cru devoir ainsi marquer d'un peu de solennit l'honneur de cette visite. On et augment le plaisir du roi en ne lui infligeant l'hommage ni de ces fleurs ni de ces drapeaux. Le saluer, c'tait le reconnatre. Et je sens quelle exquise volupt ce doit tre, pour un homme condamn ne jamais chapper une minute au supplice de la vnration publique, que de pouvoir penser de temps en temps: On ne me reconnat pas! N'importe! Que Paris les acclame ou fasse semblant de les ignorer,--qu'ils y viennent en triomphateurs ou en touristes, l'essentiel tait pour eux d'y venir; et tous, ou presque tous, en ont pris le chemin l'un aprs l'autre. Presque tous... car il y en a deux que leur grand ge retient la maison; et un troisime, que d'autres raisons empchent d'tre notre hte... Celui-l s'en console comme il peut--en venant tout prs, le plus prs possible de la frontire, de temps en temps, passer une revue, ou saluer des tombes--et se dit (tout bas!) que Gravelotte est bien loin de Longchamps. A qui la faute? Et pour la premire fois de sa vie, sans doute, l'empereur allemand se sent un peu jaloux du roi d'Espagne... Car il y viendra, lui aussi, dans quinze jours, et ce sera son premier grand voyage. Paris l'attend et s'apprte le fter; des comits s'organisent; on ne veut pas laisser M. Loubet tout seul et ses ministres le plaisir de montrer Paris ce roi de dix-huit ans, et de le lui faire aimer. On s'agite mme au quartier des Halles; on y prpare Alphonse XIII une rception dont le pittoresque l'tonnera: ce jeune homme y sera salu au passage par une jeune fille, la muse de l'Alimentation, que quatre demoiselles d'honneur et la foule de ses compagnes, en habits de fte, escorteront. Je serai contente qu'Alphonse XIII ait un sourire pour elles. Elles le mritent. Ces marchandes de poissons, de lgumes, de fruits et de fleurs ont--comme leurs compagnes les blanchisseuses--une immense vertu: elles aiment leur tat. Elles ne l'exercent point en rsignes; elles ont l'orgueil corporatif, qui est le plus noble des orgueils, et le plus utile. Elles rougissent si peu d'tre des dames de la Halle qu'elles lisent parmi elles des reines pour les montrer aux Parisiens, et des muses pour les prsenter des rois. Un peu de musique autour de leur pauvret; un diadme en carton dor dans leurs cheveux, et les voil contentes. Aussi bien leur gentille philosophie les a-t-elle rendues populaires; et je remarque ceci: elles sont, Paris, l'une des rares catgories de personnes que respecte la satire. La reine de carnaval est une personne dont Paris ne se moque point. On y a tant d'occasions meilleures de se moquer; et l'imagination du satiriste y est amuse et excite par une si prodigieuse diversit de sujets... Et il est vrai aussi que ses dessinateurs ont tant d'esprit! Je crois qu'il n'y a pas de ville au monde o, plus aisment, l'homme qui tient un crayon sache dgager de toutes choses des raisons de rire et o fleurisse avec plus de grce et de drlerie l'art de la charge. Quelques-uns mme, en mme temps qu'ils dessinaient, ont rv de peindre. Pourquoi pas? La peinture semblait tre jusqu'ici--en France du moins--un art rserv aux sujets nobles ou gracieux; on ne concevait pas qu'elle pt tre satirique joyeusement, et mme un peu caricaturale. Elle peut l'tre. M. Jean Veber l'a prouv; M. Albert Guillaume aussi. Et pour nous en faire la dmonstration plus son aise, celui-ci a fui les Champs-Elyses qu'encombrent depuis quinze jours ses camarades, et s'est organis, au seuil du Boulevard, son Salon lui. Une quarantaine de petites toiles, pas davantage; la place de la lgende un simple titre; mais qui suffit clairer l'anecdote. Il y a dans tout cela bien de la fantaisie et de l'esprit le meilleur. Albert Guillaume est sans piti pour nos snobismes parisiens, et je lui sais gr de nous en avoir si justement _peint_ les aspects un peu comiques. J'aime infiniment sa _Confrence pour dames seules_ et le _Five o'clock_ o l'on s'ennuie, et le _Bal_ o l'on ne s'amuse pas, et le _Flirt_ o l'on grimace, et certain _Dner acadmique_, qui fut, je m'en souviens, reproduit dans le dernier numro de Nol de _L'Illustration_, o l'on me dit que plusieurs figures sont cruellement reconnaissables... Les dners acadmiques! Il parat qu'il s'en donne beaucoup en ce moment. A l'Acadmie franaise, l'Acadmie des Beaux-Arts, aux Sciences morales, il y a des fauteuils vacants remplir; et l'on se dmne. C'est autour de l'Acadmie franaise, principalement, que semble s'exciter la curiosit publique et s'agiter les passions. Les crivains se moquent beaucoup de l'Acadmie franaise, dans le monde des lettres, un peu comme se moquent du ruban de la Lgion d'honneur ceux qui n'ont que les palmes acadmiques la boutonnire. On me citait un jour lu cas de l'un d'eux qui, s'tant dclar partisan de la suppression des distinctions honorifiques, laissait poser--discrtement--sa candidature au ruban rouge. Quelqu'un s'tonnait. Il rpondit: En demandant que la Lgion d'honneur soit abolie, je ne veux pas tre accus d'avoir obi un sentiment de rancune personnelle. Il est donc convenable,--il est utile la cause dont je suis l'avocat, que le gouvernement me dcore. Je n'en serai que plus fort, et mieux cout, quand j'affirmerai qu'il est absurde qu'il y ait des gens dcors. Serait-ce dans le mme esprit que certains crivains ambitionnent d'entrer l'Acadmie? On les accuserait de jalousie, s'ils disaient du mal d'elle, n'en tant pas. Afin d'tre leur aise pour se moquer de ceux qui en sont, ils sollicitent la faveur d'en tre... Car il leur faut solliciter eux-mmes cette faveur-l. Ce fut nagure un de mes grands tonnements. On m'avait parl, dans mon pays, d'une sorte d'aropage o se trouvaient assembls les quarante personnages reconnus les plus illustres de France, ou les plus notoirement estimables dans l'art de parler ou d'crire. On m'expliquait que l'Acadmie lisait ses membres, et je supposais que ces choix taient librement faits par elle, sans qu'aucune comptition y intervnt. J'imaginais une assemble de grands hommes dlibrant ainsi; Z... est illustre. Il fait de beaux ouvrages. Il a rendu de grands services son pays. Il a hautement honor sa profession. Il est digne de s'asseoir au milieu de nous; nous le nommons acadmicien. Et je me figurais l'immense joie de l'homme qu'allait surprendre en son cabinet de travail un si glorieux hommage. Navet! Je ne supposais pas que cette assemble impost ceux qui rvent d'y siger l'humiliation de se proposer eux-mmes son choix; d'aller frapper trente-neuf portes; de raconter leurs ouvrages et d'en affirmer trente-neuf fois le mrite... Ils doivent pourtant subir cette petite avanie; et c'est la condition de leur succs. Il leur faut affronter de gnantes rencontres, des rebuffades, et, parfois mme, l'aveu poli de l'antipathie qu'ils inspirent. Ils ne connatront la fiert d'tre acadmiciens que s'ils consentent s'abaisser un peu pour le devenir. N'est-ce pas une coutume peu lgante, et dont on devrait pargner l'ennui des hommes si considrables?... D'autant que certains d'entre eux savent tre illustres avec tant de modestie! Tmoin Me Rousse: Demain samedi, il y aura vingt-cinq ans que Me Rousse appartient l'Acadmie franaise. Il y remplaa Jules Favre, et c'est aujourd'hui un vieillard de quatre-vingt-huit ans; un vieillard mlancolique et frileux, que les Parisiens ont presque oubli. L'occasion tait bonne de leur rappeler que M. Rousse existe; et ses collgues avaient form le projet d'organiser, l'occasion de ce demi-jubil acadmique, une petite fte, trs intime, autour de leur doyen. Il les a pris de rester tranquilles. M. Rousse pense probablement qu'il est prudent, quand on a eu la chance d'tre oubli par le bon Dieu jusqu' quatre-vingt-huit ans, de ne point faire de bruit... C'est le geste de Fontenelle, acadmicien nonagnaire, qui faisait signe aux gens de parler tout bas, quand ils le flicitaient de son grand ge. SONIA. UNE OEUVRE DE HENNER Offerte en fac-simil aux lecteurs de _L'Illustration._ [Illustration: Le peintre J.-J. Henner. _Phot. Braun, Clment et Cie._] Combien, parmi les visiteurs du Salon, en qute des envois de leurs matres favoris, ont cherch bien vite au catalogue le nom de M. Henner et, ne l'y ayant point trouv, sont partis, leur promenade acheve, dus, et pensant, part eux, qu' cette exposition de 1905 il manquait quelque chose pour que leur joie ft tout fait complte. Car il est peu d'artistes de ce temps dont les oeuvres exercent sur les foules, comme sur le petit choeur des purs amateurs d'art, une sduction comparable celle que dgagent les toiles du peintre de l'_Orpheline_, de _Biblis_ et de _Fabiola_. Le critique le plus exigeant ne saurait, quoi qu'il en ait, demeurer insensible ce mtier savoureux, conquis au prix, sans doute, de combien de recherches pres et persvrantes, et dont l'aisance, prsent, la tranquille sret merveillent et dconcertent. Ceux-l mme qui furent le plus svres M. Henner ne pouvaient se dfendre d'admirer la fluidit, le coulant--puisque c'est le mot consacr--de sa pte, sa science prodigieuse. On lui ferait tort en limitant ce point l'admiration due son trs beau talent, et ceux que laissent indiffrents les habilets du pinceau, les tours de force de facture, lui rendent plus de justice quand ils vont d'instinct au fervent idaliste, au pote qui a voqu, pour sa joie et pour la ntre, un monde meilleur, plus calme, plus beau que la ralit, et a peupl de reposants paysages d'glogue de belles et ples nudits occupes seulement de vivre un doux songe, ou de savourer de tendres regrets. Aux devantures des grands marchands de tableaux, au milieu d'une exposition, dans une salle de muse, on reconnat un Henner entre vingt, entre cent autres toiles, et personne, sans doute, dans l'histoire de l'art, n'a jamais imprim ses productions une empreinte plus personnelle que n'a fait M. Henner. Toute signature, ici, est superflue et c'est, en vrit, une sorte de coquetterie de la part de l'artiste que de l'crire, en capitales hsitantes, sur le fond sombre des tableaux sortis de ses mains. Ces chairs nacres, roses peine, parfois laisses volontairement d'une blancheur transparente d'albtre, ces lourdes toisons fauves ou brunes, ces yeux profonds qui ne refltent nulle lumire du dehors, mais qu'claire ardemment la flamme intrieure, ces yeux meurtris, tout baigns de mlancolie, tout chargs de rves sans fin, et laissant errer sur le monde des regards dsenchants ou repentants, ces yeux qui font parfois songer au Vinci et ses anges nigmatiques, tout cela n'est qu' M. Henner. On a voulu lui faire grief de ses qualits mmes, lui reprocher ce qu'on a appel la monotonie de sa manire. En fait, s'il lui est quelquefois arriv de s'vertuer rpondre--et avec bonheur-- ces reproches en s'aventurant de plus grandes compositions, il a surtout affectionn deux notes, pas plus. Mais avec quelle perfection il les a chantes! L'une, c'est le paysage d'aube ou de crpuscule, prairie de sombre velours, baigne de vapeurs lgres, ferme, au fond, de noirs cyprs, ciel d'un bleu dfaillant, d'un bleu de turquoise morte,--le bleu Henner!--se refltant parfois dans une flaque limpide, et, dans ce dcor de Champs-Elyses ou d'Arcadie, une femme demi drape, ou sans autres voiles que sa mouvante chevelure, rvant ou lisant. L'autre, c'est la figure mi-corps, dont le _Fabiola_ du Salon de 1885 fut le type dfinitif, et dont la _Tte de femme_, de la collection A. Cassot[1], que nous publions en _fac-simil_ est un admirable et trs significatif exemplaire, avec son regard vague et triste, sa ple carnation aux ombres chaudes, ses opulents cheveux roux et la draperie, d'un rouge vibrant, jete sur la poitrine comme pour en accentuer la blancheur dlicate. [Note 1: 30, rue Laffitte.] A reproduire fidlement cette oeuvre de grande valeur, cette toile magistrale, des artisans habiles se sont appliqus avec un respect, une conscience de vrais artistes, s'attachant traduire et les dextrits de la brosse, et la qualit de la pte gnreuse. Ils y sont parvenus avec un rare bonheur, et ce nous est un rel plaisir que d'offrir nos lecteurs cette planche o le talent, o la pense d'un matre aim ont t traduits avec cette perfection, sans dfaillance, sans trahison. G. B. [Illustration: Phot. Cavilla. Le comte Tattenbach. Le comte Tattenbach, sa famille et les membres de sa mission]. [Illustration: La mission quitte la lgation allemande de Tanger.] LA MISSION ALLEMANDE AUPRES DU SULTAN DU MAROC LE DPART POUR FEZ DE LA MISSION ALLEMANDE Les affaires marocaines occupent une place importante dans les soucis de notre politique extrieure, surtout en raison de l'intervention personnelle de l'empereur d'Allemagne et de la campagne mene depuis quelque temps par la presse d'outre-Rhin. A la suite de son voyage sensationnel Tanger, Guillaume II a, on le sait, dcid d'envoyer son reprsentant au Maroc, le comte Tattenbach, en ambassade extraordinaire auprs de la cour chrifienne. La mission diplomatique allemande a quitt Tanger le 2 mai, escorte d'une trentaine de cavaliers indignes, sous la conduite d'un cad, pour se rendre Fez, effectuant compltement le trajet par terre. Le comte Tattenbach, porteur d'une lettre autographe de l'empereur Guillaume pour le sultan, est accompagn de la comtesse, du gnral Schenk, rcemment promu, du commandant Sender et du capitaine Kleist. [Illustration: M. Goluchowski. M. Tittoni L'entrevue de Venise: le comte Goluchowski et M. Tittoni l'Exposition internationale d'Art. _Phot. A. Tivoli._] L'ENTREVUE DE VENISE M. Tittoni, ministre des affaires trangres italien, et le comte Goluchowski, ministre des affaires trangres autrichien, se sont rencontrs Venise, le 29 avril. Ils y passrent une journe ensemble, visitrent l'Exposition internationale d'Art, eurent des entretiens cordiaux, en prsence du duc d'Avara, ambassadeur d'Italie Vienne et du comte Ltzow, ambassadeur d'Autriche-Hongrie Rome; enfin M. Tittoni offrit, en l'honneur du comte Goluchowski, un dner de vingt-deux couverts, o des toasts non moins cordiaux furent changs. Le ministre de Victor-Emmanuel avait fait, en avril 1904, Abbazia, une visite au ministre de Franois Joseph; son minent collgue la lui rendait: rien de plus naturel. Mais peut-on jamais considrer l'entrevue de deux hommes d'tat, de deux hauts diplomates, comme un simple acte de courtoisie? Le but rel de celle-ci, assurent les gens bien informs, tait de dissiper des malentendus entre les deux puissances. [BALLES ET CLATS D'OBUS EXTRAITS DU CORPS DES BLESSS A L'HOPITAL JAPONAIS DE MATSUYAMA. _Photographie de notre correspondant J.-C. Balet._] Notre correspondant, qui a pu visiter les hpitaux japonais o sont soigns les blesss des deux armes, vacus de Mandchourie, a photographi de nombreuses vitrines semblables. Nous n'en reproduisons qu'une: elle contient pourtant elle seule une varit dj grande des projectiles que les chirurgiens nippons ont retirs des membres confis leurs soins. Ces informes morceaux de mtal, soigneusement tiquets, ne sont pas trs effrayants premire vue: mais que l'on songe aux affreuses blessures que chacun d'eux a faites, la somme de souffrances qu'ils reprsentent, et l'on ne pourra plus les regarder sans un frisson d'horreur. [Illustration: RETOUR DE MANDCHOURIE.--A la gare de Moscou: transport d'un bless l'hpital militaire. _Photographie Smirnof._] LA PROCHAINE BATAILLE NAVALE: FORCE COMPARE DES DEUX FLOTTES Le moyen le plus pratique pour comparer deux flottes de guerre, de composition aussi htrogne que le sont les escadres de Rodjestvensky et de Togo, consiste examiner tous les navires qui en font partie, et dcomposer chacun d'eux en chacun des quatre principaux lments de force qu'il contient: 1 le tonnage, autrement dit les dimensions du navire qui permettent l'endurance la mer et l'embarquement de plus ou moins grandes quantits de charbon; 2 la puissance des machines qui permet les grandes vitesses et le rayon d'action tendu; 3 l'armement offensif, c'est--dire la puissance des canons; 4 l'armement dfensif ou cuirasse. Si l'on totalise sparment ces diverses donnes, on obtient les chiffres suivants: FLOTTE JAPONAISE (86 navires, y compris 40 torpilleurs et 20 contre-torpilleurs.) I. Tonnage de la flotte japonaise: 204.000 tonnes. II. Vitesse de la flotte japonaise en puissance des machines au tirage forc: 500.000 chevaux-vapeur. III. Armement offensif de la flotte japonaise: IV. Armement dfensif de la flotte japonaise: Chaque millimtre de hauteur de l'hlice reprsente 10,000 chevaux-vapeur. Chaque cube reprsente une tonne. Une masse d'acier longue de 90 mtres, large de 10 mtres, paisse de 5 mtres, figurerait la quantit de blindage que porte la flotte japonaise. Evaluation de ce cuirassement: 4.495 mtres cubes. FLOTTE RUSSE (46 navires, dont 11 contre-torpilleurs et 11 croiseurs auxiliaires.) I. Tonnage de la flotte russe: 183.300 tonnes. (Y compris la division de Vladivostok, mais non compris les croiseurs auxiliaires.) III. Armement offensif de la flotte russe: La Vitesse de la flotte russe en puissance des machines au tirage forc: 540.000 chevaux-vapeur. Chaque cube reprsente une tonne. Y compris les navires de la flotte volontaire et les anciens paquebots allemands convertis en croiseurs. IV. Armement dfensif de la flotte russe: Une masse d'acier de mmes largeur et paisseur, mais longue de 81 mtres seulement, figurerait la quantit de blindage que porte la flotte russe. Evaluation de ce cuirassement: 4.071 mtres cubes. V. Carte des bases navales VI. Equipages.--Les experts navals sont d'accord pour donner au marin japonais une valeur un peu suprieure au marin russe. Dans notre compte total, nous valuerons cette supriorit _un cinquime._ Si nous rcapitulons et si nous attribuons chacune des quatre qualits essentielles _(tonnage, vitesse, canons et cuirasse)_ une cote quivalente: 20. Si nous admettons de plus que les bases navales et l'quipage, runis, constituent un cinquime lment de mme valeur, nous aurons la comparaison suivante: La flotte La flotte japonaise vaut: russe vaut: Tonnage 20 18 Puissance de la machinerie. 18 20 Canons 20 18,5 Cuirassement 20 18 Bases navales 10 ) 6.5) ) 20 ) 14,5 Commandement et quipages. 10 ) 8 ) 98 89 D'aprs ces donnes, la flotte japonaise serait la flotte russe comme 98 est 89, et la supriorit des forces de Togo sur celles de Rodjestvensky serait d'environ _un neuvime_. J. DELAPORTE. [Illustration: Ports neutres, stations de charbon ou les dont l'entre est favorable aux flottes belligrantes: aux Japonais:---------- aux Russes: =======.] [Illustration: La rue des Marchaux, Varsovie, le 1er mai.] [Illustration double: Chantier o trente-cinq manifestants ont t tus.] LES TROUBLES EN RUSSIE L'effervescence laquelle, depuis de longs mois, la Russie est en proie ne semble pas prs de se calmer. Troubles agraires, rvoltes soudaines de paysans, pillages, incendies de proprits, d'une part; grves, rbellions, attentats par les bombes, attaques diriges contre les usines, d'autre part, se renouvellent de place en place des intervalles assez frquents, et le dsarroi certain o la guerre a jet les autorits, leur impuissance ou mme leur indiffrence conjurer le pril quand cela, parfois, serait possible laissent le champ assez libre toutes ces manifestations de la violence. C'est la rgion sud-ouest de l'empire, celle qui avoisine la Pologne, et la Pologne elle-mme, qui ont subi les effets les plus terribles de la rancune populaire. Les troubles agraires les plus inquitants qu'on ait signals ont eu pour thtre les gouvernements de Vitebsk, d'Orel, de Koursk et de Tchernigof. La capitale du premier n'est gure qu' 500 kilomtres de Saint-Ptersbourg; Orel est 400 kilomtres de Moscou. Quand on lit les dtails qu'ont pu recueillir sur place les correspondants, on a l'impression de se trouver en prsence d'une vritable jacquerie, avec tous ses excs, toutes ses fureurs. Dans quelques cas on y mettait, si l'on peut dire, des formes: on adressait aux victimes dsignes une sorte d'ultimatum; une dizaine de dlgus passaient dans une mtairie et signifiaient au personnel que, quelques heures plus tard, on viendrait chercher le bl, le seigle, l'orge et l'avoine amoncels dans les greniers; puis ils repartaient. Et, avec les ombres du soir, on voyait arriver en caravane des centaines de traneaux accourus des villages des alentours et monts par une foule nombreuse de paysans qui se mettaient aussitt la besogne, dmnageaient les sacs de grains et, aussi vite que possible, de peur d'tre drangs, les entassaient sur leurs vhicules, puis repartaient au galop. Le plus souvent, c'est aux crales seulement qu'on s'en prenait. Mais dans nombre de cas, quand se prsentrent des usines, des sucreries, par exemple, on les pilla aussi; parfois on emportait les meubles des maisons un peu aises ou des chteaux, le btail des fermes; et toujours, l o se trouvait de l'alcool, on se livrait d'abominables orgies. Enfin, sur quelques points, le pillage termin, on a mis plus d'une fois le feu aux maisons ou aux fabriques qu'on venait de vider de tout ce qu'elles contenaient de transportable ou seulement de buvable. [Illustration: LE 1er MAI A VARSOVIE.--Emplacement o a clat la bombe, devant la gare de Vienne.] [Illustration: LA JACQUERIE EN RUSSIE,--Maisons pilles par les paysans dans le gouvernement de Vitebsk. _Photographies des correspondants de_ L'Illustration.] Nulle part on ne rsista srieusement ces tentatives. La plupart du temps, les propritaires, dment avertis, ou sentant venir l'orage des signes prcurseurs, abandonnaient leurs proprits et reprenaient le chemin de la ville. Les intendants, abandonns eux-mmes, sans dfense, suivaient gnralement cet exemple de prudence, et c'est sans doute cette seule circonstance que l'on doit de n'avoir pas eu dplorer des meurtres. Dans les villes, il n'en fut malheureusement pas ainsi, et le sang a coul diverses reprises. La journe du 1er mai, Varsovie, comptera parmi les plus tragiques qu'on ait eu enregistrer depuis longtemps. Dans la matine, toute vie semblait suspendue dans la ville. Les affaires taient arrtes. La police avait coup le service tlphonique et, dans les rues dsertes, o ne circulaient plus ni voitures, ni tramways, seul le passage de patrouilles, de temps autre, mettait quelque animation. Vers une heure, seulement, la manifestation commena. Un cortge de 5.000 ouvriers avec leurs femmes, leurs enfants, s'tait form, promenant des drapeaux rouges et chantant des chants rvolutionnaires. Ils ne tardrent pas entrer en collision avec les troupes. Rue des Marchaux, o dj, au mois de janvier, s'taient produites de violentes bagarres, les cosaques, arms de leurs terribles fouets, les _nagakas_, chargrent la foule; puis l'infanterie commena te feu et tira des salves sur les rangs presss des ouvriers qui fuyaient en dsordre. Rue de Jrusalem, l'pouvantable drame se renouvela. Rue Zolotaa, une patrouille, attaque coups de fusil par un homme cach derrire un mur, riposta, tira sur les manifestants. Enfin, 8 h. 1/2 du soir, une bombe, lance au milieu d'un dtachement de cosaques qui passait rue des Marchaux, devant la gare de Vienne, ayant tu sept cosaques et un agent de police, donna lieu une nouvelle intervention des fusils. Les correspondances socialistes ont racont qu'avant cet attentat, des camarades des meutiers qui allaient le commettre, posts au coin des rues adjacentes, prvenaient les passants d'avoir rebrousser chemin, le passage tant dangereux. Ils n'en voulaient qu' la troupe. Il n'y eut pas moins deux dames, qui sortaient de la gare au moment de l'explosion, qui furent effroyablement blesses encore qu'elles n'eussent rien voir avec la rpression, non plus qu'avec la rvolution. Le nombre des morts et blesss, pour cette journe, a t valu plus de cent. Dans un seul chantier, clos de mur, qui fut le lendemain comme un lieu de funbre plerinage, o les parents des disparus se rendaient pour y chercher leurs proches, ou pleurer l'endroit o ils taient tombs, on ne releva pas moins de trente-cinq cadavres! [Illustration: Le torpilleur. Le canot. Canot automobile escort par un torpilleur.] [Illustration: LA COUPE DE LA MDITERRANE.--"L'industrie automobile rapproche l'Algrie de la Mtropole".] Cette oeuvre du statuaire Ren Rozet, excute en argent patin d'ors de couleur par la maison d'orfvrerie Christofle, et qui a t choisie (entre 70 concurrents) pour tre donne en prix au vainqueur d'Alger-Toulon Automobile, donne bien l'impression de la rapidit de la course. Sur la mer, un canot automobile fend la vague qui se soulve sur son passage. Il se dirige vers le gnie de la France, qui, planant au-dessus des flots, abrite sous ses ailes la colonie algrienne et attend le vainqueur en lui montrant la rcompense promise. Mercure, symbolisant les industries intresses, suit, sur un nuage lger, les champions de la lutte engage dans la course d'auto-canots, et rpand les richesses cres par les progrs de l'industrie nouvelle. [Illustration: Le yacht "Vellda", au duc Decazes, et son canot automobile, le "Quand-Mme".] [Illustration: La flottille des torpilleurs ayant servi d'escorte aux canots.] [Illustration: Mercds-Mercds. Hracls. Fiat. Mercds C.-P. LES CONCURRENTS D'ALGER-TOULON AU SPORT NAUTIQUE D'ALGER. _Photographies Geiser, Alger._] [Illustration: Mme Camille du Gast bord de son canot le "Camille"]. Au moment o nous paraissons, la premire tape de la Coupe de la Mditerrane a seule t courue: les canots sont arrivs Manon. C'est le plus petit de tous, l'italien _Fiat-X_, un bateau de 9 mtres avec moteur de 35 chevaux, non pont, qui a triomph, peut-tre platoniquement, car on assure qu'il ne remplirait pas exactement les conditions de la course. Et, parmi les canots franais, c'est celui que barrait l'intrpide sportswoman, Mme du Gast, qui s'est montr le plus rgulier et le plus rapide. [Illustration: Le "Camille", arriv Manon premier des canots franais, en 16 heures]. [Illustration: Le "Fiat-X", canot italien, le plus petit des concurrents, arriv le premier Manon, en 12 heures.] [Illustration: 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 1. M. Rouselire (Opra). 2. M. Garry (Comdie-Franaise), 3. M. Nott (Opra), 4. M. Jules Claretie, 5. M. Henry Mayer (Comdie-Franaise), 6. Mlle Leconte (Comdie-Franaise), 7. Mlle Marie de l'Isle (Opra-Comique), 8. Mme Segond-Weber (Comdie Franaise), 9. Mme: Ccile Sorel (Comdie-Franaise), 10. M. Alexandre Duval, 11. M. Georges Claretie, 12. M. J. Laffitte. LES FTES D'ALGER-TOULON.--Invits de marque quittant Toulon, par le train spcial du "Matin", avant l'arrive des canots.] [Illustration: La maison, et l'usine de M. Beaulieu, vues du dehors.] [Illustration: La gendarmerie et la troupe gardant l'usine.] [Illustration: Le portail barricad par les grvistes.] [Illustration: Porte de l'usine.] UNE USINE ASSIGE A LIMOGES PAR LES OUVRIERS EN GRVE. _Phot. Th. Boureau._ Dans deux dpartements limitrophes, la Haute-Vienne et la Vienne, il s'est pass simultanment des faits dont le rapprochement est d'autant plus frappant que, sans tre absolument identiques, ils offrent entre eux une certaine similitude; ici et l, en effet, il s'agit d'une maison assige. A Limoges, c'est l'usine de matires premires pour chapellerie appartenant M. Beaulieu et habite par son propritaire. Les ouvriers, en grve depuis prs de deux mois, en taient venus organiser un vritable blocus autour des btiments: aprs avoir barricad le portail, ils avaient tabli un cordon de sentinelles qui, montant la garde jour et nuit, tenaient onze personnes prisonnires, empchaient toute communication avec le dehors, s'opposaient mme, l'entre des provisions ncessaires l'alimentation de ces personnes, parmi lesquelles on comptait quatre enfants. Autorits, agents de police et gendarmes ont t, pendant plusieurs jours, impuissants imposer ces grvistes obstins le respect de la libert individuelle. A Usseau, village voisin de Chtellerault, c'est l'habitation d'un nomm Roy, braconnier, ancien garde particulier, qui subit un sige en rgle. Mais l, on ne se trouve plus en prsence d'un assig malgr lui, et les assigeants sont des gendarmes et des soldats. Ayant gratifi d'un coup de fusil au visage un propritaire du pays dont il croyait avoir se venger, il s'est ensuite rfugi dans sa maison, convertie en un Fort Chabrol, d'o seul, depuis une semaine, en dpit de ses soixante-dix ans, il nargue la justice, tient tte la force arme et canarde quiconque tente d'approcher. Dj ce forcen a bless un greffier, deux gendarmes et un sergent du 12e. [Illustration: La maison du garde-chasse. UN NOUVEAU "FORT CHABROL"--Fantassins guettant le garde-chasse Roy, qui se dfend coups de fusil. _Clichs Arambourou, communiqus par le_ Journal.] LA MAISON DES ENFANTS Francisque Sarcey a racont les dboires d'un de ses amis, professeur et pre de sept enfants, gais, bien portants, qui lui faisaient donner son cong des appartements successifs occups par lui et sa famille. Il en tait arriv, ce malheureux universitaire, n'avouer que trois fillettes l'engagement de location. Des amis recueillaient provisoirement ses garons. Il les reprenait quelques jours aprs l'emmnagement et les introduisait en contrebande. Pour plus de prcaution, il n'emmenait d'abord promener que trois enfants ensemble. Mais un jour, le concierge s'criait: --Ah! par exemple! je croyais que vous n'aviez que des filles? Et la petite malice tait dcouverte. D'autres parents entraient par surprise leurs bbs entre deux matelas; ils les tenaient la chambre une quinzaine de jours et ne les descendaient ensuite que sur le bras. Et, si M. Cordon se fchait, la mre, ingnument, lui rpondait: Eh bien, oui, nous n'en avons dclar que quatre! Les autres ne marchent pas. Nous les portons. C'est comme en omnibus! Ils ne comptent pas. Puis, lorsque les enfants grandissaient ou que de nouveaux bbs venaient accrotre la famille, le propritaire renvoyait le clan trop nombreux. [Groupe d'Illustrations: 1. L'architecte a pens aux petits: l'escalier double rampe.--2. Croissez et multipliez! 1. La faade sur la rue du Tlgraphe. 2. Ce qu'on voit des terrasses: la causette aux balcons.] M. Piot a-t-il song l'ironie de son: Croissez et multipliez dans une ville comme Paris o les usages, les moeurs et la volont des propritaires se dressent en menaant les existences des petits enfants pauvres--c'est la gnralit des familles nombreuses--et les obligent exister, crotre, grandir ou mourir dans les taudis, ou dans cette Cit aux gosses qu'a si vigoureusement dcrite M. Lon Frapi?... Des gens de bonne volont se sont heureusement trouvs, qui ont voulu donner une leon l'gosme, et montrer, ds maintenant, une ralisation du Paris futur, du Paris assaini et dlivr des cloaques, des pidmies, des misres physiologiques insparables des logis pourris d' prsent. Sous l'inspiration fconde du docteur Broca, de M. Gompel, prsident de l'Abri, cette oeuvre qui offre un toit aux expulss et aux vagabonds, de MM. Bloch, industriel. Vert, maire du XXe arrondissement, de Mme Chavarne et M. Poulet, d'autres personnes encore, gnreuses et bienfaisantes, la Socit des logements pour familles nombreuses fut cre. Bientt, en faade de la rue du Tlgraphe, s'rigea, blanche, joyeuse, norme avec ses trois corps de btiments, une nouvelle Cit des gosses, mais une cit heureuse, ensoleille, balaye d'air pur, l-haut, sur la butte de Mnilmontant. Cette maison modle, difie par M. Debrie, architecte, comprend soixante-douze logements, d'un loyer de 200 400 francs maximum, desservis par trois escaliers double, rampe, car on a song aux petites mains qui ont besoin d'appui, et, ds le seuil, la maison se montre accueillante, prvenante aux enfants, faite pour eux, enfin. Invariablement, chacun des appartements se compose d'une cuisine-salle manger o le fourneau est plac dans un angle dall, le reste de la pice tant parquet; d'une chambre pour les parents et de deux chambres coucher, une pour les garons et une pour les filles. [Illustrations: 1. Sur les terrasses.--2. Les rondes dans la cour.] Au moyen d'une bouche ouverte dans le mur, le pole de la cuisine rpand sa chaleur dans les chambres. Tous les logements, largement clairs de baies, doubles des fentres ordinaires, possdent chacun un balcon profond o s'accrochent une bote linge et un garde-manger. L'oeuvre de M. le docteur Broca et de M. Debrie sera parfaite le jour o leur socit pourra acqurir les terrains intermdiaires entre la rue du Tlgraphe et la rue Pelleport, sur laquelle une seconde maison sera construite, tandis qu'au centre on rservera un jardin spacieux. Telle qu'elle se prsente, elle mrite dj des loges sans restriction. Nous l'avons visite un dimanche. Aussitt dans la cour, la prsence de notre photographe attire autour de nous la vole d'une centaine de gamins de toutes tailles et de toutes couleurs: des blonds, des bruns, des chtains, des rouges, coiffs de polos, de brets, de bonnets et mme de casquettes d'coliers filets d'or et petits insignes! Dans un coin, des fillettes forment une double ronde. Une impression de prosprit, d'ordre, de vie heureuse se dgage de l'apparent dsordre de cette foule enfantine. Nous montons les sept tages qui conduisent la terrasse de cette maison. De l nous plongeons dans la cour centrale. Accrochs tous les tages, les balcons regorgent d'un petit monde en cage derrire les barreaux, ppiant comme un peuple de moineaux. Aux larges fentres, des papas et des mamans entours de cinq, six, sept, huit enfants, se chauffent au bon soleil et les conversations changes tmoignent de la bonne entente qui rgne entre ces braves gens. Une heure. On djeune seulement. Nous pntrons chez M. S...: c'est un intrieur modle dans une maison modle. Le pre et la mre prsident au repas de leurs sept enfants. Le pre gagne trois cents francs par mois, et cependant on ne peut boire de vin, on doit se priver de toute douceur. Dix francs par jour pour neuf personnes, Paris, c'est peu! Pourtant nous avons l, sous les veux, un des meilleurs exemples de gaiet courageuse, car l'on sait rire encore dans cet appartement au mobilier coquet. Et la plupart des logements de cette cit curieuse offrent le mme rconfortant spectacle... Charles Gniaux. [Illustrations: Deux familles modles: le repas d'une heure.] UNE MUTINERIE D'TUDIANTS ALLEMANDS Partout, la jeunesse scolaire est sujette des accs plus ou moins aigus d'une fivre spciale qu'on pourrait appeler la fivre de l'indpendance; l'Allemagne elle-mme, ce pays de discipline, ne jouit point cet gard d'un privilge d'exception. C'est ainsi que, dernirement, une mutinerie clatait l'cole polytechnique de Charlottenbourg, l'importante cit industrielle qui confine Berlin comme un vaste faubourg. Depuis quelque temps, les rapports taient tendus entre la direction de l'cole et le comit de l'Association des tudiants auquel on concdait, pour ses runions, l'usage d'une certaine salle de l'tablissement. Le retrait de cette faveur fut dcid; mais, le comit n'ayant tenu aucun compte des avertissements du proviseur, la salle dut tre ferme par ordre suprieur: d'o grande irritation et protestations tumultueuses des tudiants. Ceux-ci, au nombre de plusieurs centaines, se formrent en colonne, puis parcoururent la ville, arborant les divers attributs de leurs tudes, chantant tue-tte et conspuant avec vhmence les autorits responsables. En somme, une de ces manifestations bruyantes o l'indignation des protestataires ne va pas sans une gaiet toute juvnile. [Illustration: Cortge des lves mutins de l'cole polytechnique de Charlottenbourg. _Phot. Berliner Ill. Ges._] [Illustration: INAUGURATION A ROME DU MONUMENT DE VICTOR HUGO.-_Phot. Le Lieure_.] LE MONUMENT DE VICTOR HUGO, A ROME On a inaugur, samedi dernier, Rome, la statue de Victor Hugo, oeuvre de Lucien Pallez, offerte la Ville Eternelle par la Ligue franco-italienne et rige dans les jardins de la villa Umberto (ancienne villa Borghse). La crmonie, dans un cadre admirable de verdure printanire, au milieu d'une foule considrable qui, malgr les carabiniers et les cordons de troupe, avait envahi les jardins Umberto, a t d'un pittoresque charmant. Elle a emprunt, surtout, un clat tout particulier la prsence du roi d'Italie, qui avait tenu donner la Ligue franco-italienne cette marque de haute bienveillance de venir prsider la manifestation organise par elle. Au pied du monument, des discours ont t prononcs par M. Barrre, M. Bianchi, ministre de l'instruction publique en Italie, M. Rivet, qui a fait remise du monument la ville de Rome. Enfin, M. Frdric Febvre a dit une tort belle allocution de M. Jules Claretie. [Illustration: Le Kronprinz photographiant UN MATCH ANGLO-ALLEMAND DE FOOTBALL, A BERLIN, EN PRSENCE DU KRONPRINZ. _Comme la plupart des jeunes gens de sa gnration, le prince imprial d'Allemagne a un got trs prononc pour tous les sports; quand il n'y participe pas activement, il assiste volontiers en spectateur passionn quelque intressante runion. Rcemment, un match international de football tait engag entre les clubs Civil-Service, de Londres, et Germania, de Berlin: il eut lieu au Berlin-Tempelhof, et le prince Frdric-Guillaume tint tre tmoin de ce gros vnement sportif. Ce fut donc sous ses yeux que se livra le combat opinitre o les concurrents, dont la prsence d'un tel personnage stimulait l'ardeur, se disputrent la victoire. Sans doute regrettait-il sa grandeur qui l'attachait au rivage, c'est--dire le retenait derrire la barrire du champs clos: en revanche, l'tiquette ne lui dfendait pas l'usage de l'appareil photographique, bagage dsormais consacr de tout pratiquant de la vie en plein air, quels que soient sa condition et son rang._] [Illustration: Le temple de l'Erechthion, avant la remise en tat.] FAUT-IL RESTAURER LE PARTHNON? La question qui a fait assurment le plus de bruit parmi celles que le congrs archologique d'Athnes a discutes le mois dernier est celle de la restauration du Parthnon. Doit-on restaurer le Parthnon? Et jusqu' quel point? Ce n'est pas ici le lieu d'tudier _ex professo_ ce problme la fois artistique et archologique, mais nous voudrions au moins faire comprendre par un exemple comment il se pose. Personne ne songe reconstruire le Parthnon, mais les uns voudraient en laisser les ruines dans la majest de l'abandon tandis que d'autres sont d'avis de veiller activement leur conservation. Sans mconnatre la posie des ruines, chre Chateaubriand et Lamartine, on peut admettre--et l'on admet en gnral--qu'il n'y a aucune impit entourer de soins protecteurs ce qui nous reste du pass. Mais dans quelle mesure? Faut-il rparer du temps l'irrparable outrage ou simplement retarder la marche fatale de l'irrsistible oeuvre de destruction? A Athnes, on est pour l'intervention. On travaille aux monuments de l'Acropole et, tout en se dfendant de vouloir les restaurer au sens littral du mot, on a l'ambition de relever toutes les ruines croules dont les dbris sont rests sur le sol et possibles reconstituer. Le principe adopt est celui-ci: il faut remettre en place et restituer tout ce qui a t dtruit par accident. C'est ainsi qu'on a reconstitu, il y a dj quelques annes, le petit temple de la Victoire Aptre, situ en avant des Propyles, que les Turcs avaient dmoli pour installer une batterie sur ses dblais. [Illustration: L'Erechthion aprs les travaux de restauration.] Le dernier travail de restauration, qui est peine termin, est celui que je veux mettre sous les yeux des lecteurs de _L'Illustration_. Il concerne le temple de l'Erechthion, situ au nord du Parthnon, dont les faades ouest et nord sont ds maintenant remises en tat, autant que le permet le mode de travail adopt. Il s'agit de reconnatre d'abord et d'inventorier tous les dbris gisant terre, d'en dterminer le rle et la place, et de les remettre ensuite cette place, sauf combler les vides et les manques par des matriaux modernes. Les gravures ci-jointes reprsentent la faade ouest du monument, avant et aprs les derniers travaux. C'est grce l'inpuisable obligeance de M. Balanos, le savant ingnieur-architecte charg des travaux de reconstruction des monuments de l'Acropole, que je puis publier la seconde de ces deux photographies qui n'est pas encore en vente. On voit que le vide bant qui trouait le milieu de la faade a t combl. Quatre colonnes, dont une seule tait partiellement debout, ont t releves. Elles l'avaient t une premire fois en 1840, mais une tempte les avait renverses en 1852. Pice par pice on les a recomposes. On remarquera qu'il n'y a presque plus rien par terre. C'tait un vrai jeu de patience, comme on en peut juger. L'architrave a t de mme releve, ainsi que l'angle du fronton, tout cela, sauf quelques rares fragments modernes, tant absolument authentique et d'un heureux effet. Mais on a t plus loin. On a reconstitu le mur dans lequel les colonnes taient encastres et mme les fentres pratiques dans ce mur. Il s'agit, non pas du mur primitif et des fentres de l'poque grecque, mais du mur et des fentres tels qu'ils taient l'poque romaine. Ici, il a fallu un peu plus intervenir. Les encadrements des fentres sont authentiques, mais il y a dans le mur des matriaux modernes. Ils ne sautent pas aux yeux, parce qu'on leur a donn l'extrieur une patine antique, mais on les distingue de l'intrieur. Chacun pourra, d'aprs ces documents, se faire une opinion. Comme la restauration du Parthnon est conue dans le mme esprit, on peut prvoir ce qui va se passer. Les colonnes dont les tambours existent seront releves, ce qui est lgitime, car il n'y a pas, aprs tout, considrer comme sacres et irrparables les consquences d'un accident tel que l'explosion de la poudrire turque qui a ventr le Parthnon. Mais on sera oblig de remplacer un certain nombre de tambours manquants. Aprs quoi, on replacera l'architrave, les triglyphes et les mtopes qu'on a recueillis, avec les bouche-trous indispensables. Il faut bien avouer que la ncessit de ces bouche-trous n'est pas sans nous troubler. On peut aller loin dans cette voie. Pour utiliser un fragment de chapiteau, on arrive vite refaire une colonne. Certes, les hommes de got et de science qui dirigent prsentement ce travail dlicat mritent confiance; mais, quand ils auront fini leur oeuvre et atteint le terme qu'ils dclarent ne pas vouloir franchir, qui nous garantit que leurs successeurs auront la mme rserve et la mme conscience? A. Albert-Petit. Documents et Informations. Le trpas d'une grenouille historique. Une clbrit du monde des grenouilles vient de disparatre, qui mrite une petite notice ncrologique. C'est la grenouille dcrbre de l'universit Cornell. M. Wilder, physiologiste cette universit, tant d'avis que, chez la grenouille, c'est le cerveau qui est le sige de la conscience et de la volition, entreprit, en 1899, de dmontrer la chose en privant une grenouille de son cerveau. Il enleva donc celle-ci ses deux hmisphres crbraux. Elle supporta bien cette rude opration et gurit rapidement; on la conserva dans un grand vase ouvert o elle resta pendant cinq ans, jusqu' sa mort. Ce qui frappa, dans son attitude, durant cette priode, ce fut son absolu manque d'initiative. Elle ne faisait que de petits mouvements involontaires du genre de ceux que fait une personne endormie. Jamais l'ide de fuir ou de se dplacer seulement ne lui venait. Pas mme celle de se nourrir, qui est pourtant une des plus naturelles et lmentaires. On mettait devant elle les mets les plus attrayants--pour son espce--sans qu'elle y prit garde: elle voyait, sans doute, mais ne comprenait plus la signification de ce qu'elle voyait. Il fallut la nourrir de force. Chaque jour on la prenait, on lui ouvrait la bouche et on lui poussait, au fond de la bouche, de manire exciter le mcanisme rflexe de la dglutition, une bouche de viande frache ou de poisson. De cette manire, on put l'entretenir en vie; autrement, elle serait morte d'inanition, faute de conscience et de volition. Ds qu'on la touchait, on provoquait des mouvements: elle faisait quelques pas ou un saut; dans l'eau, elle nageait jusqu' ce que quelque obstacle l'arrtt et, mise sur le dos, elle se retournait vivement, mais c'tait tout. Si elle ragissait aux excitations extrieures, elle tait incapable de se mouvoir de son propre gr; elle manquait absolument d'initiative et de volont. Elle prouvait nettement, par son attitude, que l'existence des hmisphres crbraux est la condition de la possession de la conscience et de la volition. Il faut ajouter qu'on savait ceci depuis longtemps, par Flourens et d'autres exprimentateurs. Pendant cinq ans, la pauvre bte a servi l'instruction des physiologistes; elle a t montre cinq gnrations d'tudiants, elle a mme figur un congrs de physiologie. Aprs quoi, elle a trpass. Il est permis de croire qu'elle n'a eu aucune conscience de sa mort: elle tait morte intellectuellement du jour o son cerveau lui fut enlev. Baisse gnrale de la natalit en Europe. En prsence de la baisse de la natalit franaise, deux coles de dmographes s'taient formes: les uns considraient le mal comme nous tant spcial et s'efforaient d'y appliquer des remdes; les autres, plus calmes et plus optimistes, soutenaient qu'il s'agissait d'un phnomne caractristique de toutes les civilisations avances, phnomne plus accentu chez nous, simplement parce que la France tait la tte de la civilisation, mais qui se produisait aussi chez tous les autres peuples, dans tous les pays civiliss, o il ne tarderait pas s'accentuer. En ralit, cette dernire cole parat tre la bonne, car il est certain que la natalit va baissant chez tous les peuples europens. Ainsi, dans l'empire allemand, la marche dcroissante de la natalit est de plus en plus frappante: de 35,7 0/00 en 1901, et de 35.1 en 1902, elle n'tait plus que de 33,9 en 1903. En Italie, la natalit a pass de 36,5 33,3; en Grande-Bretagne, elle a pass de 30.7 en 1893 27,6 en 1904; en Danemark, de 1893 1902, elle est tombe de 30,8 29,3; et en Norvge, de 30,6 28,9. Seulement, tous les pays, en dpit de cette baisse, ont encore une fort belle natalit compare celle de la France, qui atteint peine 22 0/00. La fte Jacques Callot. Le groupe des dessinateurs humoristes, auquel on doit la russite de la fte Gavarni et de la fte Henry Monnier, prpare pour le 17 mai, au Casino de Paris, une fte nouvelle en l'honneur de _Jacques Callot_, le bon Lorrain qui croquait de verve, de si magistrale faon, les grands seigneurs, les soldats, les bohmiens, les gueux et les comdiens de son temps (1592-1635). Les imaginations de nos jeunes satiristes sont fort chauffes sur ce thme ancien: on parle de merveilleuses reconstitutions. La fte Callot est une _fte d'artistes_, o l'humour de bon aloi s'alliera, pour l'amusement des spectateurs, la curiosit des baraques, cortges et costumes fidlement reconstitus. Avis important: les habits noirs et les toilettes de soire sont admis ce bal. _Mouvement littraire_ _Le Crime de Clodomir Busiquet_, par Edmond Frank (Fontemoing, 3 fr. 50). _Brichanteau clbre_, par Jules Claretie (Fasquelle, 3 fr. 50). --_Le Roman d'un M'as-tu vu?_, par Frdric Febvre (Combel, 3 fr. 50).--_Demi-Mre_, par Mme Resclauze de Bermon (Plon, 3 fr. 50). Le Crime de Clodomir Busiquet. Un sonnet vaut souvent tout un long pome. Il y faut une ingniosit, une perfection infinies. Compare au roman, la nouvelle lgre, spirituelle, sensible, demande un art tout particulier; c'est un peu comme le sonnet en posie. Si le court rcit en prose n'a pas jusqu'ici obtenu une grande faveur parmi le public, si les diteurs le redoutent et prsentent un visage du celui qui leur apporte un recueil de petites histoires, c'est qu'il n'y a pas l ordinairement toute la sentimentalit exquise, tout le vif esprit qu'exige le genre. M. Edmond Frank nous offre en revanche une srie de nouvelles qui ne laissent rien dsirer aux lettrs dlicats. Ce sont de petits bijoux admirablement cisels, jetant une lueur vive et charmante. Impossible de montrer dans des lignes rapides toutes les petites choses, quelques-unes menues et frles, de M. Frank. La premire, la plus tendue, le _Crime de Clodomir Busiquet_, a donn son nom au volume entier. Gauche comme Diafoirus, le jeune Clodomir a eu maille partir, ds le lyce, avec un beau garon, riche, avantageux, qui se moquait de sa mine et de sa laideur. Il s'est rsign plus tard prendre la succession de son pre, le pharmacien, et passer sa vie parmi les drogues et la lueur des bocaux multicolores. Mais, pour tre apothicaire, on n'en a pas moins un coeur sensible; Clodomir adore en secret une cousine plus fortune que lui. Quel est son dsespoir quand il apprend qu'elle va se marier! Mais, ce qui redouble son chagrin, c'est que le fianc est prcisment son ancien ennemi du lyce, qui n'a pas dsarm et profite de la circonstance pour abreuver d'humiliations le malheureux Busiquet, lequel cherche une vengeance adquate la situation. Avec quoi peut bien s'assouvir l'ire d'un pharmacien? N'a-t-il pas dans son officine de quoi mettre mal le genre humain tout entier? Clodomir jure que la cousine n'appartiendra pas son rival dtest. Aussi glisse-t-il, dans une fiole, un peu de poison au lieu d'un mdicament ordonn la belle. Mais quel remords, le crime accompli. Il se jette la mer, mais, au milieu du saut, est retenu par sa vieille et fidle bonne, attentive tout et qui avait mis dans la fiole meurtrire de l'eau innocente au lieu du liquide meurtrier. Voil comment Busiquet, aprs les avoir frls, a vit l'assassinat et le suicide. Tout cela est joliment narr, avec une sret de mots toute classique, avec une bonne humeur attendrie. Rien de plus amusant pareillement que le _Saint-Honor_, et toute cette srie de jolies nouvelles dans lesquelles s'est jou le talent fin et souple de M. Frank! Brichanteau clbre. Jules Claretie a cr un nom et un type. Brichanteau restera; on se souviendra toujours de Brichanteau; on le nommera dans les gnrations futures. Qu'est ce donc que cet illustre, que cet immortel? Nous le connaissions dj par un livre de M. Claretie; mais ici, il nous apparat mieux encore, non plus dans son clat, mais sous un jour doux, attendri. Retir du thtre, pensionn par l'Association des artistes dramatiques, clbre puisqu'on l'interviewe et qu'on recueille ses souvenirs, Brichanteau aime se raconter lui-mme et surtout raconter ce qu'il a aperu au thtre. Ce n'est pas seulement un _M'as-tu vu?_, c'est encore et surtout un artiste qui a su voir les autres et les admirer. A l'exposition de portraits d'artistes o il se promne, il narre, en passant devant chaque peinture ou devant chaque buste, les impressions poignantes ou tendres qu'il a ressenties au thtre. Il a entendu les deux grands romantiques: Bocage et Frederick Lematre; Mme Doche, _la Dame aux camlias_, l'a enthousiasm; il se rappelle combien exquise tait Lonide Leblanc sous la perruque poudre de la _Frileuse_ ou le petit chapeau de _Patrie_. En passant devant le Conservatoire, Brichanteau sent toute sa jeunesse refleurir et se permet aussi de judicieuses observations. Pourquoi est-il question l de dclamer? Est-ce qu'un comdien doit jamais dclamer? Pourquoi admettre, dans cette maison, des gens mal btis? Sur le thtre ne doivent figurer que des Apollons ou bien des Vnus et des Minerves. Avec un art exquis, avec une connaissance parfaite de son sujet, M. Claretie nous a rendu, en le faisant clbre, ce Brichanteau, moiti de Paris et, par ses tournes, moiti de la province. Je recommande en particulier les pages humoristiques o l'auteur nous peint les scrupules de son hros, attabl, aux frais du prince, chez une ancienne camarade, encore jolie et aime. Le Roman d'un M'as-tu vu? Dans sa retraite, M. Frdric Febvre a compos ces douces pages. Son pauvre _M'as-tu vu?_, enfant gt, vaniteux, incapable de se gouverner, vivant de phrases qui ne lui appartiennent pas, transportant dans l'existence ordinaire ses gestes de comdien, regardant tout travers un prisme ou des verres grossissants, a remport sur la scne du Havre toutes les couronnes. Il tait la vedette de chaque soir; les femmes l'adoraient; est-ce qu'une toute jeune fille ne s'tait pas noye pour lui? Il acceptait tout cela comme un hommage d son talent et son galbe. Mais combien prcaire la fortune du pauvre comdien Marinval! Les ans viennent; il roule d'engagements en engagements, mange le pain de l'tranger, accourt Paris o il savoure toutes les dceptions amres des agences dramatiques. En vain frappe-t-il sa poitrine et secoue-t-il sa chevelure chaque frison de laquelle tait pendue autrefois une jolie provinciale, il ne peut que constater jusqu' quel point, dans ce Paris imbcile, on mconnat le gnie. Grce M. Frdric Febvre, il obtient un bout de rle la Gat. Un bout de rle, lui, l'illustre Marinval! Aprs avoir repris sa vie errante en compagnie d'une douce choriste, Marie-Anne, dont il a fait sa femme, l'ancien premier du Havre se retire avec une petite pension au bord de la mer bretonne. Il pche, il fume, il se promne en bon bourgeois, ne se souvenant plus qu' de rares moments de ses rles clatants. Voil le principal personnage, le type qu'a dpeint avec une vracit saisissante et d'une faon spirituelle et sensible M. Febvre. D'autres personnages secondaires apparaissent auprs de l'enfantin, vaniteux et bon Marinval. Rien de plus piquant et de meilleur lire que le Roman lamentable d'un _M'as lu vu?_ C'est l'oeuvre d'un lettr et d'un homme fort dlicat et fort humain. Demi-Mre. Ce qui fait la beaut du roman, plus que les aventures, c'est la posie. Or, les pages de Mme Resclauze de Bermon en surabondent, sans toutefois en tre surcharges. Les jolis dtails, les apprts de la phrase, loin de couvrir les personnages les font valoir et les mettent en relief. Mme Valbert a pous un avocat, veuf, qui avait eu une fille d'un premier mariage. Dans cette enfant se retrouve toute l'me crole de sa mre, et ici, la psychologie de Mme de Bermon apparat avec autant de grce que de prcision. Nonchalante ses heures, elle se rveillait d'une brusque secousse, qui semblait l'agiter d'un vent de folie...; le regard se perdait dans la langueur d'un songe lointain pour se rveiller brusquement, tout brillant d'tincelles. Nous aurons tout le long du volume ces portraits la fois potiques et fins. La demi-mre de Juliette--c'est le nom de l'enfant--n'a jamais rvl celle-ci qu'elle n'tait pas sa vraie mre. Ne l'aime-t-elle pas avec la dernire tendresse? Elle est, elle-mme, au commencement de sa maturit, plus belle et plus touchante qu' son printemps. Un tout jeune homme, Olivier, l'adore, le lui dit, l'enveloppe de sductions. Quelles rsistances chez cette honnte femme! Quel travail opinitre chez Olivier qui la veut conqurir! Malgr tout elle se laisse peu peu aller l'amour qui essaye de l'emporter. Sans faillir compltement, elle accorde quelques menues faveurs. Une nuit, Biarritz, en l'absence de son mari, elle tolre qu'Olivier lui vienne faire ses adieux, bien dcide lui octroyer seulement quelques paroles de sympathie. Mais, tout coup, le mari revient, aperoit, cette heure, la dmarche hsitante et trouble du jeune homme. O va celui-ci? En mme temps, la jeune Juliette--elle a dix-huit ans--qui a surpris les assiduits d'Olivier, qui souffre de tout ce mange et qui comprend ce qui va se passer entre les deux hommes et la ruine certaine de sa famille, se prcipite en criant son pre: C'est pour moi qu'il vient! De l le mariage, l'inluctable mariage exig par M Valbert. C'est poignant, plein de dtails mondains, et d'une psychologie amoureuse trs intense. Mme Valbert admire sa fille, l'adore plus passionnment, et cependant, comment viterait-elle les tortures de la jalousie? Sduits et emports par ces passions vives, par cette tragdie domestique, nous hsitons nous ressaisir et critiquer. Qu'on me permette cependant une objection: est-ce que le mariage tait invitable comme le prtend l'auteur? Ne pouvait-on l'carter en dclarant M. Valbert que c'tait une simple amourette passagre, que le jeune homme imprudent s'tait hasard, sans permission, solliciter la nuit une entrevue? Mme Resclauze de Bermon a, dans tous les cas, crit un roman trs passionn et trs chaste, nous dcouvrant bien des coins cachs de l'me fminine. E. Ledrain. LES THTRES A l'Opra-Comique, on a accueilli avec une faveur marque la _Cabrera_, drame lyrique en deux parties, fort adroitement tabli par M. H. Cain et mis en musique par un jeune compositeur, M. G. Dupont, dont la verve mlodique et le savoir sont de bon augure pour l'avenir. Nous avons donn, il y a quelques mois, un fragment de cet intressant ouvrage, qui a t couronn au concours international ouvert par M. Sonzogno, en Italie. Les reprsentations de l'Opra-Italien, au thtre Sarah-Bernhardt, captivent de plus en plus le public--j'entends cette partie du public, la plus nombreuse certainement, qui ne voyait pas sans regret le ddain tmoign par la plupart de nos compositeurs aux sductions pures de la mlodie interprte par des voix humaines. L, se rencontrent les chanteurs les plus rputs de l'Italie: Bassi, F. de Lucia, Titta Ruffo, Garbin, Mmes Pinto, Stehle, etc., etc., et les ouvrages qu'interprtent ces artistes sont traits, dans leur fougue, avec une conscience de travail harmonique et orchestral qui commande le respect de la critique. Ce n'est pas assez dire pour _Siberia_, le magnifique drame lyrique de M. Giordano, dont nous avons constat le triomphal succs la semaine dernire. _Adriana Lecouvreur_, de M. Cilea et, un degr infrieur, _Amico Fritz_, de M. Mascagni, mritent galement la faveur dont ces ouvrages jouissent en Italie. _Coeur-de-moineau_, la nouvelle pice de l'Athne, va certainement faire reprendre cet heureux thtre la srie peine interrompue de ses succs. Nous le constatons avec d'autant plus de plaisir que la comdie de M. Artus, hardiment gauloise quant au sujet, reste littraire dans la forme et que les mots d'esprit y jaillissent rellement des situations, c'est--dire de leur source naturelle. Le moineau, on le devine, c'est un Don Juan en jaquette, amoureux de toutes les femmes et les trompant toutes avec une belle Inconscience jusqu'au moment o l'amour le prend srieusement au coeur. M. Brl joue avec beaucoup de bonne grce et de tact ce rle difficile, entour de charmantes moinelles, Mmes Diterle, Duluc, Bignon, etc., et d'un excellent compre mondain, M. Bullier. LE SABRE D'HONNEUR DE STOESSEL Nous avons entretenu dj nos lecteurs de la souscription ouverte par notre confrre l'_Echo de Paris_ afin d'offrir, au nom des Franais, au gnral Stoessel, un sabre d'honneur, et, aux dfenseurs de Port-Arthur, un souvenir. Le sabre du gnral Stoessel, par Falize, figure en ce moment au Salon des Artistes franais, o, comme on peut le penser, il est fort admir. La poigne en est forme d'une fuse d'ivoire avec rsille d'or et de rubis. Au centre, dans un mdaillon oblong, se dtache un _Saint Georges_ d'or et d'mail, auquel fait pendant, au revers, le monogramme du gnral, excut en maux translucides sur or. Au sommet, l'aigle ploy des armoiries russes. Ces trois appliques sent bordes de brillants. Sur les flancs de la poigne, on lit: _Dieu protge les braves_ et _Hommage des Franais._ Le pommeau est form d'une aigue-marine, pierre qui symbolise la mer, entoure de vingt-six brillants correspondant aux vingt-six forts de Port-Arthur. Dans la gorge, un dcor de seize rubis cabochons. Sur la garde s'enlacent les palmes et le laurier, lis par un ruban o s'inscrit la devise _Honneur et Patrie_. La bague, au-dessous, porte ce mot: _Port-Arthur_, en lettres d'maux champlevs translucides, parmi lesquelles court, sur le fond d'or, une brindille de laurier. Enfin, sur la lame d'acier tremp, on a inscrit la ddicace: _Au gnral Stoessel, dfenseur de Port-Arthur, 1904 1905. Souscription de l'Echo de Paris_. Et la croix de Saint-Georges pend la dragonne. [Illustration: Sabre d'honneur, par Falize, offert au gnral Stoessel. (Souscription de _l'cho de Paris._)] Telle est l'arme qui va tre bientt prsente l'nergique commandant de Port-Arthur, et dont les mrites artistiques, plus encore que les matires prcieuses qui sont entres dans son excution, font une oeuvre de grande valeur. [Illustration: Capitaine Tamburini, Capitaine Volpert, M. Meyer. M. Vrinat. M. Hansen.] LE COMPLOT DES CAPOTES Un four judiciaire, ce procs du complot. Un tour si noir qu'on n'est point all jusqu'au bout du deuxime acte. Avant la fin de la deuxime audience, sur un incident de procdure, on a renvoy les dbats quinze jours. Ils recommenceront dans six semaines, ou trois mois, ou davantage. Le plus tard sera le mieux. Elle tait vraiment trop ennuyeuse, cette histoire de complot. On nous parlait d'une conspiration, sans nous dire pour qui l'on conspirait: duc d'Orlans, gnral de Ngrier, M. Doumer, prince Victor? on ne savait; on lanait des noms au hasard. Sauf les capotes et les kpis dcouverts, un beau soir, dans une villa de Courbevoie, on n'avait rien trouv. Sur le banc des prvenus deux officiers: l'un en non-activit, M. Tamburini; l'autre en cong, M. Volpert. Ces deux inconnus, instruments de plus grands et de plus ambitieux, dit-on, avaient fait d'anciens camarades de vagues propositions de marcher sur l'Elyse. Les camarades avaient hauss les paules. Voil tout le crime poursuivi? Non: il y avait encore ceci: Les prvenus, avec un troisime inculp en fuite, avaient tent de recruter des soldats d'occasion pour l'insurrection projete. Quant aux comparses: MM. Hansen et Meyer avaient transport ou reu des cartouches dont il devait tre fait usage quand viendrait le Grand Jour. Un garon de vingt ans, M. Vrinat, avait t le gardien du magasin d'habillement des conjurs. C'est tout ce qu' l'audience on a pu savoir de ce grand complot dont les journaux parlent depuis un mois. MM. Tamburini et Volpert, si diffrents d'aspect--le premier correct, loquent, nergique; l'autre, remuant, bgue et nerveux--se dfendent tous deux de toute ide insurrectionnelle. Et c'est l une originalit en la matire. Les conspirateurs, d'ordinaire, se plaisent braver leurs juges. Ils ont du panache. Ils sont insolents. MM. Volpert et Tamburini s'puisent en dngations. Ils font de la procdure. Ils distinguent. Ils voulaient, disent-ils, changer de ministre, mais pas de gouvernement. Ils sont rpublicains, et libraux, et respectueux des lois... Drles de conspirateurs. De Catilina Blanqui, en passant par Cinq-Mars, Cadoudal et Malet, tous les anctres de la conspiration ont d tressaillir dans leur tombe, aux paroles prudentes de si mdiocres successeurs. HENRI VARENNES. LE MONUMENT DE GRAVELOTTE Dans le programme du voyage que l'empereur d'Allemagne lient d'entreprendre en Alsace-Lorraine figurait, la date du 11 mai, l'inauguration du monument commmoratif de Gravelotte. Ce monument consiste en une sorte de clotre construit de pierres ocreuses, couvert de tuiles rouges, et dont les alles sont dcores l'intrieur de mdaillons en bronze. Le monument de Gravelotte, inaugur le 11 mai par l'empereur Guillaume II, reprsentant l'effigie des gnraux allemands qui ont pris part la bataille des 15-18 aot 1870. Au milieu de l'espace dcouvert est plac un buste en marbre de Guillaume Ier, fondateur de l'empire, et, au fond, dans une niche faisant face l'entre, se dresse une statue symbolique, d'un caractre tout ensemble religieux et guerrier, ange ou gnie, tenant une longue trompette. Bien plus suggestif que cet difice funbre, d'une lourde banalit, est le lieu o il s'lve: le cimetire, avec ses simples croix de bois blanches, alignes derrire les sombres cyprs et portant des pitaphes suffisamment loquentes en la prcision de leurs chiffres, car elles indiquent que tel nombre d'Allemands et tel nombre de Franais, tombs en se combattant, reposent depuis trente-quatre ans cte cte sous le mme tertre verdoyant. L'OMNIBUS AUTOMOBILE Dans son numro du 1er avril, _L'Illustration_ donnait, avec quelques indications sommaires, un dessin schmatique reprsentant le type de voiture automobile que la Compagnie gnrale des Omnibus de Paris s'est dcide construire. Le 6 mai, l'omnibus de M. Lon Serpollet, muni d'un moteur vapeur d'une force nominale de 40 chevaux et capable, au besoin, d'aller jusqu' 100, faisait son premier essai, charg de quelques voyageurs privilgis. Parti, vers deux heures de l'aprs-midi, du dpt de la rue Championnet, le vhicule, sous la conduite de son constructeur, gravi les pentes abruptes de la butte Montmartre, puis suivi travers Paris, un itinraire comprenant la rue d'Amsterdam, l'avenue de l'Opra, la place du Carrousel, le boulevard Saint-Germain, les grands boulevards, depuis la Bastille jusqu' la chausse d'Antin. Aprs un trajet accompli en deux heures quarante minutes, sans la moindre panne, il stoppait son point de dpart. La russite de cette premire exprience permet d'esprer la prochaine mise en circulation des omnibus automobiles. [Illustration: La premire promenade dans Paris du nouvel omnibus automobile, conduit par son constructeur, M. Serpollet.] [Illustration: RAJEUNISSONS LE PALAIS-ROYAL, par Henriot.] _NOUVELLES INVENTIONS_ _(Tous les articles compris sous cette rubrique sont entirement gratuits)_ ANNEAUX POUR STORES ET BRISE-BISE Quelle mnagre n'a pas eu de petits ennuis dans la suspension des stores, brise-bise, rideaux lgers ou dentelles? Ces ennuis tiennent la forme mme et la nature de la suspension adopte jusqu'ici: les anneaux sont cousus l'toffe lgre ou la dentelle, puis enfils gnralement sur une tringle. Qu'arrive-t-il donc dans ces conditions? [Illustration.] 1 L'anneau a une tendance, naturellement, se mettre _de champ_, dans le plan de l'toffe, tandis qu'il en est contrari par la tige sur laquelle il est enfil; de ce fait, il se met en biais, l'toffe tombe mal, fait des coques souvent disgracieuses et ingales... inconvnients difficiles viter. 2 Veut-on nettoyer l'toffe, remettre la dentelle au teinturier pour un nettoyage dlicat? Il faut dcoudre les anneaux un un, travail qui exige la plus grande attention, pour les recoudre ensuite. Trop heureux si un coup de ciseaux un peu rapide ne coupe pas la dentelle! Tous ces inconvnients sont vits par une charmante petite invention figure sur les dessins ci-dessus. Voulez-vous fixer les anneaux? Vous les serrez lgrement: les deux yeux infrieurs s'cartent et vous pincez votre toffe. L'anneau, loin de chercher tourner, tend au contraire laisser l'toffe tomber librement. Rien dcoudre non plus: en pressant vos anneaux l'toffe est dgage. Le motif le plus lger et le plus fragile se trouvera bien d'un tel emploi: les rideaux si nombreux de nos appartements seront mieux, suspendus, ils seront rapidement poss et dposs, sans crainte jamais d'tre dtriors par des ciseaux presss. Les mnagres avises verront l de prcieux avantages, avec l'lgance et l'conomie d'un temps prcieux. Ces anneaux se trouvent en vente, chez _M. Blachon, 61, rue Halle, Partes_, au prix de 1 fr. 25 la douzaine en cuivre verni et 2 francs en cuivre dor. ORGUE-HARMONIUM PLIANT Le transport des instruments de musique volumineux, tels que pianos et orgues-harmoniums, n'est pas sans prsenter des inconvnients assez dsagrables; l'inventeur de l'orgue-harmonium Aeolus a voulu remdier ces difficults de transport en construisant un instrument susceptible de se replier et de se renfermer dans une malle tout en conservant la sonorit et la puissance des harmoniums ordinaires. Nous n'entrerons pas dans les dtails du systme de charnires et d'articulations, d'ailleurs fort simple, qui permet d'obtenir cet intressant rsultat; les figures ci-jointes montrent suffisamment les diffrences de volume, l'instrument tant ouvert ou ferm. Les pices les plus encombrantes, pdales de soufflerie, pieds et barres supportant les pdales, se replient sans la moindre difficult. [Illustration: Appareil ferm.] L'orgue-coffre comporte 1 jeu de 4 octaves. Il est muni de 2 pdales et de 2 registres: _Forte_ et _Melodia_--et se ferme au moyen d'une serrure clef. L'instrument ferm prsente l'aspect d'une petite malle ou coffret, parfaitement clos de toutes parts et mesurant 0m,78 de long sur 0m,30 de haut et 0m,41 de profondeur. Il est donc trs peu encombrant et facilement transportable. Son poids n'est que de 23 kilos, ce qui permet de l'emporter en voyage et de le mettre aux bagages, sans excdent. [Illustration: Appareil ouvert.] Au dire de l'inventeur, malgr ses dimensions restreintes, la sonorit de cet instrument est pleine et ronde, rappelant celle des orgues tuyaux, et sa puissance rivalise avec celle de modles d'un prix plus lev. Le prix de l'orgue-coffret en chne est de 130 francs; avec serrure et garnitures en cuivre poli, 140 francs. Le prix de l'emballage pour la province est de 5 francs. S'adresser _M. Gebhardt, 1, rue Madame, Paris._ LE PORTE-PLUME "BERTILLON" Fort originale a t l'ide de l'inventeur qui a construit ce porte-plume: elle permet d'avoir, par excellence, cet instrument bien en main, puisque son extrmit est modele suivant la position et la forme exactes des doigts qui le maintiennent. Mieux encore, si l'empreinte a t prise par une main crivant d'une faon correcte, les personnes dont la position de main est dfectueuse la verront corrige par cet instrument modle. Rien de plus simple que l'obtention d'un pareil rsultat. Le porte-plume Bertillon (figure) comporte prs de la plume un renflement ovode en gutta-percha: il suffit de tremper cette partie dans l'eau bouillante pendant une demi-minute et d'appliquer dessus les doigts comme pour crire en pressant lgrement, de faon donner l'empreinte des doigts la gutta-percha dont tout le monde connat les remarquables qualits en matire de modelage. On durcit ensuite cette substance en la trempant dans l'eau froide. Au dire de l'inventeur, cet instrument faciliterait une criture rgulire et sre; il empcherait le porte-plume de glisser ou de tourner, supprimerait les durillons aux doigts, la crampe des crivains ou la fatigue de la main. D'autre part, il viterait bien des taches d'encre aux doigts et aux papiers. Le prix de ce porte-plume est de 0 fr. 75; on le trouve chez _M. Victor Schroedler, 59, rue des Petites-curies, Paris._ End of Project Gutenberg's L'Illustration, No. 3246, 13 Mai 1905, by Various License: Share Alike