Produced by Jeroen Hellingman and Rnald Lvesque L'Illustration, No. 3250, 10 Juin 1905 Avec ce Numro Supplment de quatre pages. LA REVUE COMIQUE, par Henriot. _Ce numro contient un Supplment de quatre pages d'actualits._ L'ILLUSTRATION _Prix du numro: 75 Centimes._ SAMEDI 10 JUIN 1905 _63e Anne.--N 3250_ [Illustration: M. Delcass, qui a donn sa dmission de ministre des Affaires trangres.] [Illustration: Le comte de Blow, chancelier de l'empire allemand, que Guillaume II vient d'lever au rang de prince.] [Illustration: Phot. Paul Boyer. M. Rouvier, prsident du conseil, qui a pris l'intrim des Affaires trangres. LES SUITES DE L'INCIDENT MAROCAIN] Alphonse XIII. ALPHONSE XIII AU CAMP DE CHALONS.--Le jeune roi d'Espagne galopant en tte de son escorte. Le numro de _L'Illustration_ du 3 juin, paru avec un retard de quelques heures--retard dont nous avions eu soin d'informer le public, en temps utile, par des annonces dans les principaux journaux--se trouve avoir t, en fait, en avance d'une semaine sur toutes les autres publications puisqu'il contenait des photographies et des dessins, non seulement de l'arrive Paris du roi Alphonse XIII, mais aussi des trois premires journes de son sjour. Une page tait mme consacre l'attentat qui suivit le gala de l'Opra. Aussi ce numro a-t-il obtenu un succs considrable et les exemplaires non rservs nos abonns taient-ils puiss ds le lendemain de sa mise en vente. Nous l'avons remis sous presse pour en tirer quelques milliers de nouveaux exemplaires. Mais nos machines attendaient le numro du 10 juin et nous n'avons pu continuer rpondre toutes les demandes: nous nous en excusons auprs du public. Le numro de cette semaine, qui contient encore quatre pages supplmentaires, est consacr en partie aux dernires journes de la visite Paris du roi d'Espagne et son dpart de Cherbourg. Mais aucune des autres actualits n'y est omise et l'on y trouvera notamment: d'intressants documents indits rapports par la mission du docteur Charcot, qui vient de rentrer en France; une srie de cartes rsumant les phases de la terrible bataille navale de Tsou-Shima; des photographies des ftes du mariage du kronprinz Berlin, etc., etc. Au sujet de notre concours de jeu de Bridge, ouvert pour l'attribution un de nos abonns du tableau original d'Albert Guillaume reproduit dans notre prcdent numro, nous avons reu un certain nombre de lettres. Toutes les communications relatives ce concours doivent tre adresses notre collaborateur, M. Arnous de Rivire, qui donnera, partir de la semaine prochaine, tous les claircissements et renseignements utiles dans sa rubrique _la Science rcrative_, qu'on trouvera aux pages de garde de chaque numro. COURRIER DE PARIS JOURNAL D'UNE TRANGRE D'une des fentres de son magasin, situ avenue de l'Opra, ma modiste a vu passer, il y a huit jours, Alphonse XIII. Et, depuis huit jours, elle est hante par ce souvenir. Le roi d'Espagne lui a paru un jeune homme dlicieux; elle l'avoue. Elle aime beaucoup l'uniforme bleu dont il tait vtu et la petite casquette blanche qui le coiffait; elle a trouv une grce infinie cette longue figure imberbe, claire de beaux yeux noirs pleins de joie et si curieux de tous les spectacles; cette bouche entr'ouverte--sur de fort jolies dents, il est vrai--et dont la lvre infrieure s'avance en sorte de moue gentille qui accentue l'ingnuit du sourire et ce qu'il y a d'encore enfantin dans l'expression de ce visage d'adolescent. Elle raconte que, de sa fentre, elle a cri: _Vive le roi!_ tant qu'elle a pu, et si fort qu'Alphonse XIII l'a regarde, lui a souri, a secou vers elle, dans un geste de bonjour familier, sa main gante de blanc. Ma modiste parle avec horreur de l'attentat de la rue de Rohan et son mari, qui assiste notre entretien, l'approuve. Il est employ la prfecture de la Seine, socialiste et secrtaire du comit des libres penseurs de son arrondissement. Il a vu, lui aussi, le souverain l'Htel de Ville; il a cri: _Vive le roi!_ et il s'en est fallu de rien qu'Alphonse XIII, vers qui plusieurs mains se tendaient ce moment-l, ne serrt la sienne. Il conte ces choses avec ravissement. Ce radical bon garon se sent, au fond, prodigieusement flatt qu'un roi de dix-neuf ans ait dit bonjour sa femme et donn une poigne de main des gens qui ne sont, comme lui, que les premiers venus. Nous ne rflchissons pas assez que cette faon de sentir, qui est commune la plupart des hommes, expose de terribles dangers les pauvres rois et que cette vnration un peu purile dont nous entourons leurs moindres gestes est l'excuse mme de leurs illusions et de leurs erreurs. D'un enfant trop gt nous faisons, le plus simplement du monde, un homme insupportable et nous nous tonnons qu'un apprenti-roi tire, logiquement, du spectacle de nos enthousiasmes et de l'admiration que chacun de ses actes semble nous inspirer, le sentiment qu'il est un homme trs suprieur nous et qu'il n'y a donc rien de plus lgitime au monde et de plus ncessaire notre flicit que la toute-puissance dont il est investi... Aussi, ce qui me stupfie, ce n'est pas qu'il y ait de mauvais rois, mais qu'en dpit de la dplorable ducation que nous donnons aux rois il s'en rencontre et l d'excellents. Leurs vertus sont infiniment plus mritoires que les ntres, car nous leur demandons de connatre la vie et nous ne faisons rien de ce qu'il faudrait pour la leur enseigner. Loin d'eux, nous nous montrons frondeurs; en face d'eux et leur contact, nous redevenons courtisans et tout petits: tmoin le mari de ma modiste, socialiste et libre penseur, qui ne peut se dfendre de sourire amoureusement au dernier rejeton d'une famille que ses grands-pres ont mene l'chafaud... Les psychologues rpondent cela: C'est que l'tat d'me d'une foule ne traduit point ncessairement les sentiments particuliers des individus qui la composent. Cent personnes, qui pensent ou sentent sur une question donne d'une certaine faon, peuvent former une foule dont l'opinion sera trs diffrente de ces cent opinions-l. C'est ce qui explique pourquoi, dans Paris, ville avance entre toutes, Alphonse XIII a pu voir tant de jacobins lui faire risette... Et puis, est-on jamais bien sr d'tre jacobin? Il me semble que l'instinctive fidlit que garde cette ville-ci aux gloires, aux lgances de son histoire, se trahit chaque instant dans ses gestes,--dans sa badauderie mme. Paris adore les vieilleries o s'voque le prestige des matres dont il ne veut plus. Il reste trs orgueilleux de son muse de l'Arme. Il s'est rjoui que la Malmaison ft restaure et que la Rpublique y prpart un trsor de reliques napoloniennes; il ira, cet t, admirer les rtrospectives d'art de Bagatelle et revivre son pass dans la frquentation des vieux peintres; il visiterait bien plus assidment Cluny, si Cluny n'tait point l'Odon des muses... perdu dans un recoin de cette dlicieuse rive gauche que j'adore, mais o il faut bien constater que la foule n'afflue pas. Le pavillon de Marsan est plus central. Tant mieux; et c'est une ide gniale qu'eut M. Georges Berger d'y installer ce muse des Arts dcoratifs o tant de reliques prcieuses, ct des chefs-d'oeuvre de l'art d'aujourd'hui, s'offrent, depuis une semaine, aux curiosits du passant. Meubles historiques, armes de rois, bijoux, missels et dentelles de reines... avidement, la bonne foule contemple ces choses; et ces dbris d'un ge qu'elle ne regrette point communiquent pourtant son me un sentiment trs doux de dfrence, de curiosit amie... Mais les muses auront perdu bientt leur clientle d'hiver,--que deux mois de printemps glacial leur avaient conserve. On ferme! On ne ferme pas que les muses. Voici le temps o les directeurs de thtres expdient leurs dernires pices--les pauvres pices sur lesquelles on ne compte pas--et prparent leur clture d't. Et cette clture sera la preuve que Paris a cess d'tre habitable pour les gens du monde et qu'il est dcent d'en sortir le plus rapidement possible... Les auteurs dramatiques que j'entends se plaindre des misres de leur tat sont bien injustes, en vrit. Ils semblent ne pas apercevoir quelle place considrable ils occupent dans la vie contemporaine et quel point leur fcondit est devenue ncessaire la joie de nos esprits! Ils se plaignent... Mais ne voient-ils pas que, pendant dix mois, nos gazettes n'ont peu prs consacr qu' leurs ouvrages, aux interprtes de leurs ouvrages, leurs personnes, leurs projets, leurs attitudes et leurs mots, toute la place que n'occupent point chez elles les affaires et la politique? Certains crivains (qui ne sont point auteurs dramatiques) reprochent aux journaux cet excs de complaisance, souhaiteraient de les voir un peu moins proccups du sort de la pice de demain et un peu plus attentifs aux mrites du livre d'hier... Ils disent: Rien de ce qui se passe au thtre n'est nglig par les journalistes et il ne se joue pas un acte Paris--sur quelque scne que ce soit et si pauvre qu'apparaisse l'ouvrage--qu'ils ne se considrent comme tenus d'en raconter l'histoire et, au besoin, d'en railler les faiblesses; mais ce commentaire-l, c'est encore une rclame, et qui vaut mieux que l'affreux silence sous lequel moisissent nos livres... Ceux-l ont plutt sujet de se plaindre, en effet; et les auteurs dramatiques sont nos enfants gts. Que Z..., l'diteur, ait dcid de chmer pendant six mois; qu'Y..., illustre romancier, songe retarder d'un an ou deux l'impression du volume, qu'il vient d'crire, ce sont l de menus incidents qui nous indiffrent... Mais qu'on annonce: Coquelin va chercher Cambo le manuscrit de M. Rostand, voil une nouvelle qui nous passionne. Pourquoi? Je n'en sais rien. Je constate simplement que la nouvelle nous passionne et que nos badauderies font de cette ville-ci le paradis des gens de thtre. [Illustration: Le roi et le prsident sortant de la gare de Mourmelon.] [Illustration: AU CAMP DE CHALONS.--Le "pylne" du haut duquel le roi, le prsident et les personnages officiels ont assist au tir d'artillerie.] En attendant qu'ils partent en vacances, on se dispose, sur d'autres scnes, faire ses malles aussi. On ne s'en va pas encore; on liquide sa saison, si je puis dire. C'est le mois un peu fivreux o les matresses de maison font leurs dernires politesses, donnent dner, chanter, danser pour la dernire fois; o s'ouvrent, ct des Salons, les dernires expositions d'art; o se prparent les preuves suprmes du turf, parmi l'affolement des couturiers. Hier, Auteuil; Longchamps tout l'heure; et, de l, sortiront nos modes d't, les formes dfinitives du corsage, de la jupe et du chapeau que je commanderai demain. Car on ne porte point les robes et les chapeaux qu'on aime, mais les robes et les chapeaux qu'il faut porter. C'est un ordre qui vient on ne sait d'o et que rend sacr le mystre mme qui l'enveloppe. Or, le bruit court qu'on va remettre la mode la crinoline! En verrons-nous Longchamps dimanche? J'ai peur. En vrit, il n'y a personne au monde qui ait le droit de m'obliger porter une crinoline; cependant, je sens bien que le jour o ma couturire m'aura dclar qu'on la reporte, mon nergie s'effondrera... Et nous serons, ce moment, quelques millions de femmes que cette consigne exasprera et qui, sans savoir pourquoi, la mort dans l'me, achterons des crinolines. SONIA. [Illustration: Colonel Reidell. Colonel Echage. Gnral Debatisse. Alphonse XIII Gnral Dalstein Clich Chusseau-Flaviens. ALPHONSE XIII AU CAMP DE CHALONS.--Attentif la manoeuvre.] ALPHONSE XIII A SAINT-CYR (2 juin).--Le carrousel dans la "petite carrire". Les sous-lieutenants lves de l'cole de Saumur excutent une charge toute allure devant la tribune officielle. [Illustration: LE ROI D'ESPAGNE A VERSAILLES (2 juin). Alphonse XIII rpond aux saluts de la foule contenue dans les alles latrales et admire les perspectives lointaines du parc.] [Illustration: En gnral d'infanterie, Versailles, passant la revue du piquet d'honneur.] [Illustration: En gnral de lanciers, la revue de Vincennes.] [Illustration: En civil, devant la chapelle espagnole de l'avenue de Friedland.] [Illustration: A Versailles, entre M. Berteaux et M. Loubet.] [Illustration: Au tir aux pigeons du bois de Boulogne.] [Illustration: Au Grand Steeple-Chase d'Auteuil.] ATTITUDES ET COSTUMES DU ROI ALPHONSE XIII. [Illustration: M. Fallires. M. Berteaux. Gn. Bascaran. Mgr Lanusse. Alphonse XIII. Gn. Debatisse. M. Loubet. Duc de Santo-Mauro. M. de Villaurutia. A SAINT-CYR.--Aprs le djeuner: le caf du roi dans la salle d'escrime.--_Phot. Servant._] [Illustration: L'arrive du cortge royal et prsidentiel dans la cour de Marbre.] [Illustration: Devant le bassin d'Apollon.] [Illustration: Dans les bosquets.] [Illustration: Dans le hameau de Trianon. LE ROI D'ESPAGNE A VERSAILLES] [Illustration: Phot. Dufayel. ALPHONSE XIII A SAINT-CYR--La tribune officielle pendant le carrousel.] [Illustration: Phot. Tresca. ALPHONSE XIII AU GRAND STEEPLE-CHASE D'AUTEUIL.--L'arrive au pesage.] [Illustration: Pour voir le roi.] [Illustration: Le roi fait son entre au pesage.] A AUTEUIL (4 juin). [Illustration: Le kronprinz Frdric-Guillaume.] [Illustration: Le cortge nuptial dans l'alle Unter den Linden.] [Illustration: LE MARIAGE DU PRINCE HERITIER D'ALLEMAGNE.--Jeunes filles berlinoises sur le passage du cortge nuptial.] UN NOUVEL IMMORTEL Jeudi, l'Acadmie franaise appelait elle, pour remplacer M. Eugne Guillaume, M. tienne Lamy, lu au premier tour de scrutin par 21 voix contre 12 M. Maurice Barrs. [Illustration: Phot. H. Manuel. M. tienne Lamy.] Le nouvel acadmicien est peu connu du grand public, moins, par exemple, que M. Maurice Barrs, qui fut son concurrent le plus redoutable dans cette lutte. Leurs carrires, pourtant, offrent quelque analogie. Tous deux firent un temps de la politique et la quittrent un jour pour la littrature. M. tienne Lamy, en effet, de 1871 1881, a reprsent l'Assemble nationale, puis la Chambre des dputs, le Jura, son dpartement d'origine. Mais ses ouvrages, graves tudes historiques ou traite politiques, avec les hauts problmes qu'ils soulvent, sont peu faits pour sduire les foules, malgr leur forme impeccable, chtie. Seuls, des sociologues, des historiens ont pu apprcier la svre tenue du _Tiers Parti_, de _l'Assemble nationale et la Dissolution_, des _tudes sur le second Empire_, de la _France du Levant_; et, sans doute, celui de ses ouvrages qui eut le succs le plus tendu, ce furent ces savoureux _Mmoires d'Aime de Coigny_, la jeune captive de Chnier, qu'il dita plus rcemment et qui avaient tout l'attrait d'un attachant roman. LA SCISSION SUDO-NORVGIENNE [Illustration: Copyright Underwood and Underwood. Le roi Oscar II, dont le Storthing norvgien a vot la dchance, le 7 juin, comme roi de Norvge. _L'ancien cabinet norvgien s'est constitu en gouvernement provisoire; mais le roi Oscar a t pri de dsigner un prince de sa famille pour monter sur le trne de Norvge._] [Illustration: Le roi Alphonse XIII, passant avenue de l'Opra au retour de la revue de Vincennes, salue la loggia de l'cole Berlitz.] _De toutes les dcorations de Paris, celle-ci fut la plus russie et la plus remarque: elle a d'ailleurs obtenu le premier prix au concours ouvert par notre confrre quotidien_ l'cho de Paris. _L'Ecole Berlitz, dont les professeurs ont perfectionn le jeune souverain dans l'usage des langues franaise, allemande et anglaise, avait voulu fter tout spcialement son royal lve; un ingnieux et brillant architecte, M. Timbdenstoch, en composant cette loggia lgante et riche, sut donner un aspect dcoratif la plus ingrate des faades: celle d'une maison moderne six tages._ [Illustration: Une fontaine du Thtre-Franais. LES DCORATIONS LUMINEUSES DE PARIS _Photographies Gimpel._] [Illustration: Dcoration de la rue Royale (effet de nuit).] [Illustration: Dcoration de la rue Royale (effet de jour).] [Illustration: Gnral Bascaran. Marquis del Muni. Marquise del Muni. Alphonse XIII. Mme Riano. Marquise de Viana. Duc de Sotomayor. Aprs le djeuner l'ambassade d'Espagne.--_Phot. Munoz de Baena._] PARIS PENDANT LES FTES EN L'HONNEUR DU ROI D'ESPAGNE. LE RETOUR EN FRANCE DU Dr JEAN CHARCOT Nous avons annonc rcemment (n du 11 mars 1905) le retour prochain de l'expdition conduite par te docteur Jean Charcot vers le ple sud, bord du _Franais_, et, brivement, rendu compte des rsultats de son exploration. Depuis mardi, le docteur Charcot et ses compagnons foulent la terre natale. Le 25 mai, comme ils arrivaient aux les Canaries, bord de _l'Algrie_, qui les avait pris le 8 Buenos-Ayres, le chef de l'expdition y trouvait une dpche lui annonant que, dsireux de lui tmoigner tout l'intrt qu'il avait pris leur entreprise, le gouvernement franais priait les explorateurs de dbarquer Tanger, o un navire de la marine nationale viendrait les prendre pour les ramener en France. Et, en effet, M. Jean Charcot, ses collaborateurs, son quipage, s'arrtrent Tanger, y prcdant de peu de jours le croiseur _Linois_, qui les amenait mardi Toulon. Le lendemain, ils taient Paris, chaudement accueillis ici comme l. Les fragments du journal de bord de M. Jean Charcot qui ont t publis, les renseignements qu'on a recueillis de sa bouche l'escale de Tanger, donnent d'intressants dtails sur les travaux de la mission. Elle avait, on se le rappelle, quitt la France le 15 aot 1903. Elle a donc pass quinze mois dans les rgions antarctiques. C'est la premire expdition franaise qui ait vcu un hiver entier dans les glaces polaires. Le soir du 3 mars 1904, le _Franais_ arrivait l'le Wandel et, le lendemain, le commandant Charcot commenait prendre ses dispositions pour l'hivernage. On dvergua les voiles, on cala les mts de flche, on abaissa la chemine, on amnagea le navire en vue d'un sjour prolong au milieu de la banquise. Dehors, on construisait sur la glace deux maisons d'Esquimaux, deux huttes de neige qui allaient servir de rserve pour la viande frache, viande des phoques et des pingouins qu'on pourrait tuer. Dans la glace mme, on creusait deux grands magasins recouverts de toitures en charpente et en toile voile et, avec le concours des beaux et bons chiens prts par le gouvernement de la Rpublique Argentine qui servirent d'animaux de trait, on y dbarquait les vivres apports de France et mieux en sret l que sur le navire. Deux constructions, enfin, taient difies, l'une en pierre, avec une toiture de toile, l'autre en bois, toutes deux pourvues de piliers de grs ciments et couronns par des plaques de marbre. On y logeait les instruments ncessaires aux observations magntiques. Ce fut la premire tape polaire du _Franais._ De l purent tre faites quelques expditions dans la rgion dsole avoisinante, entre deux temptes de neige. A la mi-dcembre, M. Jean Charcot levait l'ancre, dbloquant son navire coups de hache, de pic et mme de cartouches de dynamite. Il remontait vers l'le Wincke, o il s'tait arrt l'aller. Ce fut l qu'on clbra la Nol, autour d'un arbre apport de France. Puis on gagna la terre Alexandre, o le _Franais_ abordait le 15 janvier dernier. [Illustration: 1. Navigation du "Franais" dans les glaces.--2. Les chiens prts par le gouvernement argentin.--3. Abris de neige pour les provisions.--4. Le "Franais" bloqu par la banquise. _Photographies communiques par le "Matin"._] Ce ne fut pas sans peine qu'on atteignit cette cte, et le journal de bord de M. Jean Charcot donne cet endroit le rcit de l'un des vnements les plus dramatiques de tout le voyage: Nous longions, crit-il, les hautes falaises dchiquetes, cherchant, du bout de nos lorgnettes, quelque baie propice un dbarquement, et nous avions ainsi navigu pendant environ dix milles, proximit d'un grand iceberg de plus de cinquante mtres de haut, lorsque nous ressentmes tout coup une secousse formidable. Un bruit de craquement sinistre s'lve, le bateau monte de l'avant, s'engageant dans les glaces jusqu' la passerelle; par cinq fois, nous talonnons avec violence, les mts plient comme des joncs et, avec une sorte de gmissement, le bateau, comme bless, retombe de l'avant en eau libre, sans que la manoeuvre de mise en marche ait pu produire un effet utile. Une large voie d'eau s'est dclare l'trave, et le roulement continu du flot qui monte et nous envahit augmente d'instant en instant. Dj l'eau s'tend en nappe jusqu'aux chaudires. L'quipage se jette aux pompes, dgage la cale et abat les cloisons pour faciliter l'coulement de l'eau par l'arrire. On calfate tant bien que mal, mais notre situation devient des plus dangereuses, les icebergs se rapprochant de plus en plus. Ce serait folie de vouloir risquer d'atteindre le large avec des embarcations, et la cte est inabordable. [Illustration: M. Jean Charcot. L'escale de la mission du "Franais" Tanger: le Dr Jean Charcot sur la place du March.] Nous ne pouvons songer, d'autre part, hiverner sur un bateau aussi gravement endommag. Une seule porte de salut nous est offerte: il faut, par tous les moyens possibles, nous dgager au plus vite, dussions-nous, dans ce dernier effort, crever nos machines. Ah! ces pauvres machines disloques, fausses, qui, chaque coup de piston, geignent et frmissent comme un malade l'agonie se lamente et tremble aux derniers souffles de la vie!... On en sortit pourtant, grce l'nergie de tous, et le _Franais_, remplissant vaillamment son office jusqu'au bout, ramena Buenos-Ayres, sans un manquant, tous ceux qui lui avaient confi leur vie. DOCUMENTS PHOTOGRAPHIQUES SUR L'ATTENTAT DE LA RUE DE ROHAN LES CINQ ANARCHISTES ARRTS SOUS L'INCULPATION DE COMPLICIT [Illustrations (5) Vallina. Palacios. Charles Malato. Harvey. Navarro.] PHOTOGRAPHIES DE LA BOMBE TROUVE RUE DE ROHAN, SEMBLABLE A CELLE QUI A EXPLOS SUR LE PASSAGE DU CORTEGE. [Illustrations: La pomme de pin, avec les boulons et les crous de fermeture.] [Illustrations: Coupe montrant la disposition intrieure.] [Illustrations: Les explosifs: dans les tubes, l'acide sulfurique; au fond du flacon, le fulminate de mercure, noy dans l'eau.] [Illustrations: M. Chavigny, qui a ramass la bombe non clate, rue de Rohan.] [Illustrations: La cuirasse du capitaine Schneider. (La patelette de cuir et la chanette de l'paule droite ont t coupes par un projectile de la bombe.)] [Illustrations: M. Leydet, juge d'instruction charg de l'affaire.] [Illustrations: La maison de Charles Malato, 2. Passage Noirot, o ont t entreposes les enveloppes des bombes, Paris, avant leur chargement. (Sur le seuil, M. Malato pre.)] [Illustration: Le cheval du brigadier de cuirassiers Charton, tu sur le coup par un clat de la bombe l'angle de la rue de Rohan et de la rue de Rivoli.] [Illustration: Le landau du roi et du prsident, remis dans la cour de l'lyse (une des glaces, brise, est appuye la roue de derrire).] _Photographies prises par la Direction des Recherches de la Prfecture de police (service de l'Identit judiciaire)._ [Illustration: Les trois gardiens de la paix: Fernand Viel, Jules Gag et Louis Pradier, blesss par des clats de la bombe et en traitement l'hpital Saint-Louis.] [Illustration: Le capitaine Schneider atteint par les projectiles la portire gauche du landau royal et dont le cheval a t grivement bless.] [Illustration: La sangle du cheval du capitaine Schneider, souille de sang.] [Illustration: La trace des projectiles sur les panneaux du landau qu'occupaient le roi d'Espagne et le prsident de la Rpublique. _Photographie de la direction des Recherches (service de l'Identit judiciaire)._ DOCUMENTS PHOTOGRAPHIQUES SUR L'ATTENTAT DE LA RUE DE ROHAN.] _Mouvement littraire_ _La Princesse Charlotte de Rohan et le Duc d'Enghien_, par Jacques de la Faye (Emile-Paul, 5 fr.).--_Discours politiques_, de M. A. Ribot (1 vol. Plon-Nourrit, 3 fr. 50).--_La Question d'Egypte_, par C. de Freycinet (Calmann-Lvy, 7 fr. 50).--_Le Grand Duch de Berg, 1805-1813_, par Charles Schmidt (Alcan, 10 fr.) Charlotte de Rohan et le Duc d'Enghien. Rien de plus doux et de plus poignant que ce roman princier. Les premires heures de la Rvolution avaient effray, en mme temps que le comte de Lille et le comte d'Artois, les trois gnrations de Cond, le prince de Cond, le duc de Bourbon et le duc d'Enghien. Ils quittrent la France n'ayant d'autre dsir que de librer la famille royale. Le nombre des migrs augmentant chaque jour, le prince de Cond, l'anctre, les runit et fonda ce qu'on a nomm l'arme de Cond. Pauvre troupe, pleine d'illusions, peine accepte par l'Autriche, d'abord. Les Rohan taient unis par des liens de parent avec les Cond; le fameux cardinal, vque de Strasbourg, compromis dans l'affaire du collier, possdait en dehors du territoire franais la terre assez tendue d'Ettenheim. L, le jeune duc d'Enghien, de petite taille, mais en pleine jeunesse, d'un visage charmant, revit Charlotte de Rohan, nice de la belle Eminence. La jeune princesse avait de beaux yeux bleus, des cheveux blonds, une parole spirituelle, une voix adorablement timbre. Elle fut aime, elle aima. Sans doute, avec le duc d'Enghien, descendant de Henri IV, il ne fallait pas compter sur une fidlit stricte. On entendit quelquefois l'arme royaliste, conduite par le jeune hros, entonner ce couplet: Nous partons conduits par d'Enghien. Il aime l'amour et le vin! Il aime bien aussi la gloire!... Mal vus par l'Autriche, les condens se rendirent en Russie, o le duc d'Enghien fit venir Charlotte de Rohan, dont le dvouement lui tait ncessaire. De retour sur les frontires de France, il l'pousa secrtement, Ettenheim, vers la fin de 1803. Mais combien peu de temps dura leur parfait bonheur! Excd par les conspirations de Pichegru, de Moreau et par ses rapports de police, le Premier Consul fit enlever le duc d'Enghien sur le territoire badois. Avec le jeune descendant des Cond se trouvait, Ettenheim, le marquis de Thumery, dont le nom, mal prononc, fit croire la prsence de Dumouriez. Conduit d'abord Strasbourg, puis Vincennes, le duc d'Enghien fut jug et excut la mme nuit (21 mars 1804). Sans la prcipitation de Savary et de Murat, peut-tre le Premier Consul et-il accord la vie au jeune prince. Cette mort jeta dans la plus grande douleur Josphine de Beauharnais. Fidle son mari, la princesse Charlotte de Rohan ne s'teignit qu'en juillet 1850. Le volume de M. Jacques de la Faye nous raconte, dans tous ses dtails, ce roman d'exil et met beaucoup de documents sous nos yeux. Peut-tre serait-il plus parfait encore si les fleurs de rhtorique y taient moins abondantes. Discours politiques. Pendant le ministre Valdeck-Rousseau et pendant le ministre Combes, M. Ribot est mont souvent la tribune. Ses discours de finances sont des chefs-d'oeuvre de bon sens et de clart. Quelle que soit l'opinion de ceux qui l'coutent, M. Ribot ne compte gure parmi eux que des admirateurs. Ses causeries lucides, spirituelles, s'levant parfois jusqu' l'loquence, rappellent, avec une pointe en plus de doctrinarisme, celles de M. Thiers. Pendant les quatre annes 1901-1905, il ne s'est pas seulement occup de finances mais aussi de politique trangre, et enfin, deux dates diffrentes, il est intervenu dans l'affaire des congrgations. En 1901, M. Valdeck-Rousseau proposa sa loi sur les associations. Elle renfermait une lacune norme. Toute association tait tenue la dclaration pralable. C'tait inadmissible, car il peut y avoir de petits groupements de huit dix personnes pour lesquels aucun gouvernement n'avait exig jusque-l quoique ce ft. L'amendement Groussier remit au point, sur ce fait, la loi Valdeck. Mais, si les associations taient soumises la dclaration pralable, M. Valdeck-Rousseau, se conformant certains dsirs, demandait que les congrgations n'eussent droit de vie que par une loi. C'tait livrer leur existence aux passions politiques des Chambres. M. Ribot combattit le projet accept par le prsident du conseil. Sous le ministre Combes, il demanda que le cas de chaque congrgation ft tudi part et qu'on n'accordt ou ne repousst pas en bloc les instances. Est-ce que les congrgations se ressemblent? Est-ce que l'Oratoire, tenant ses pouvoirs de l'ordinaire de chaque diocse, exempt de voeux particuliers, ne constituait pas un cas spcial? L'loquence de M. Ribot a clat dans ces hautes questions de politique religieuse. On retrouvera dans ces deux volumes notre histoire parlementaire de quatre annes et nos passions phmres. Les discours de M. Ribot se survivent dans le livre et sont lus avec presque autant de plaisir qu'ils ont t couls. La Question d'Egypte. M. de Freycinet tait particulirement dsign pour crire un pareil livre. N'est-ce pas pendant son ministre que l'Angleterre a montr son intention d'intervenir, main arme, dans les affaires de l'gypte et que le Parlement franais, mal conduit, a refus son ministre des affaires trangres les crdits ncessaires, non pas pour prendre part l'expdition anglaise, mais pour y cooprer cependant, d'une certaine faon, en gardant le canal de Suez? Quelques membres de la Chambre se refusaient toute dmonstration militaire; d'autres--l'avenir a prouv qu'ils avaient raison--trouvaient M. de Freycinet trop indcis et ne se contentaient pas d'une simple faction le long du canal. Sous l'hostilit des uns et des autres succomba le ministre Freycinet. D'une forme trs subtile et trs lgante, le livre de l'ancien ministre, malgr son optimisme, nous instruit et nous plat. Le Grand-Duch de Berg. Je ne dirai que quelques mots sur le travail de M. Schmidt. Ce n'est pas une ouvre qui prte la discussion. Savante, fortement construite, d'une rudition complte, on ne peut facilement l'entamer ni la dtailler: elle a le plus grand succs parmi les historiens franais et trangers. E. LEDRAIN. ONT PARU: _Socialistes et Sociologues_, par J. Bourdeau. 1 vol. in-16, Flix Alcan, 2 fr. 50.--_Trois Ans au Klondike_, par Jrmiah Lynch. 1 vol., in-8, Delagrave, 6 fr.--_Contes du Soleil et de la Brume_, par Anatole Le Braz. 1 vol. in-8 Delagrave, 3 fr. 50.--_ Roman vcu d'une princesse royale racont par elle-mme_. 1 vol. Librairie universelle, 3 fr. 50.--_Indicateur de la photographie_, annuaire. A. Lahure, 4 fr.--_L'Inde contemporaine et le Mouvement national_, par Ernest Piriou. 1 vol., Flix Alcan, 3 fr.--_Rcits d'un vieil Alsacien_, par Jeanne et Frdric Rgamey. 1 vol., Albin Michel, 3 fr. 50.--_Cline, fille des champs_, par Pierre de Querlon. 1 vol., Socit du Mercure de France, 3 fr. 50.--_H. Taine, sa vie et sa correspondance_, tome III, 1 vol. in-18, Hachette et Cie, 3 fr. 50.--_Portraits de croyants au XIXe sicle_, par Lon Lefbure. 1 vol. in-8 cu, Plon-Nourrit et Cie, 3 fr. 50.--_La Vie future_, par Louis Elb. 1 vol., Perrin, 3 fr. 50.--_Le Moralisme de Kant et l'Amoralisme contemporain_, par Alfred Fouille, 1 vol. in-8, Alcan 7 fr. 50.--_Les Mdecins au thtre de l'antiquit au XVIIe sicle_, par le docteur G.-J. Witkowski. 1 vol. in-18, Maloine--_Souvenirs de jeunesse_, par Scheurer-Kestner. 1 vol. in-8, Fasquelle, 3 fr. 50. LES THTRES J'ai voulu, crit M. G. Ancey dans la prface de sa comdie: Ces _Messieurs_, joue au Gymnase, j'ai voulu simplement, n'accusant personne, ou, tout au moins, accusant en face, montrer la terrible influence que peut prendre le prtre sur la femme pour leur plus grand pril tous deux... Et le vigoureux crivain qui, un instant, rgna sur le Thtre-Libre, remplit avec usure les conditions de son programme, accumulant plaisir les prches laques et gouvern malgr lui par des prjugs d'une criante injustice. Cette comdie, condamne sa naissance par la censure, a fait beaucoup de bruit avant d'tre joue; on l'a accueillie avec calme, mais non sans fatigue, tout en applaudissant, comme de juste, le trs beau duo mystique de la fin, o l'auteur, moins intransigeant, se rapproche de la vrit vraie. Mlle Mgard, MM. Calmettes et Dumny tiennent remarquablement les principaux rles. A la Gat, excellente reprise du clbre _Champignol malgr lui_, de MM. G. Feydeau et M. Desvallires, avec quelques-uns des artistes de la cration, notamment M. Germain. MM. Galipaux, Noizeux, Mmes V. Lavergne et M. Lavigne ont aussi leur bonne part du succs. Au Thtre-Italien, le matre incontest de _Siberia_, M. Umberto Giordano, a de nouveau capt la faveur du public avec son ouvre de dbut, _Andr Chnier_, drame lyrique trs adroitement agenc par M. Luigi Ellica, en se servant des pisodes classiques de la Rvolution franaise. La partition, des plus mouvementes, rvle les exceptionnelles qualits dramatiques du compositeur; elle charme souvent, meut par moments et ne cesse pas d'intresser. L'interprtation est excellente: le baryton Sammarco, le tnor A. Bassi et Mme G. Debrazzini s'y font particulirement applaudir. Au thtre de Monte-Carlo, reprsentations brillantes d'un ballet en trois tableaux de M. Jean Lorrain dont le scnario, mouvant, passionnant mme, a heureusement inspir le musicien, M. Narici. On y a surtout acclam la prestigieuse danseuse russe, Mlle Trouhanova, qui a cr le principal rle, celui de la Marietta, avec un brio remarquable. [Illustration: Mlle Trouhanova.--Phot. Enrietti.] LE DUC D'AUDIFFRET-PASQUIER Le duc d'Audiffret-Pasquier vient de s'teindre l'ge de quatre-vingt-deux ans, Paris, o il tait n en 1823. Depuis assez longtemps dj, il vivait effac, aprs avoir jou un rle politique considrable pendant la premire priode du rgime actuel. Dput de l'Orne l'Assemble nationale de 1871, il prit une place influente au centre droit, dans le groupe orlaniste, et, comme prsident de la Commission charge de l'examen des marchs conclus pendant la guerre, il pronona des discours vhments qui le classrent d'emble au rang des leaders de la majorit. Il contribua trs activement la chute de M. Thiers, la fusion des deux branches de la famille de Bourbon et aux tentatives de restauration monarchique; mais, celles-ci ayant chou, il se rapprocha du centre gauche libral, vota la Constitution de 1875 et fut lev la prsidence de l'assemble. Il devait plus tard devenir prsident du Snat, dont il avait t lu membre inamovible, en tte de la liste. Bien qu'il n'et aucun bagage littraire, le duc d'Audiffret-Pasquier appartenait, depuis 1878, l'Acadmie franaise, o il hrita du fauteuil de Mgr Dupanloup; suivant une de ses traditions, la Compagnie avait voulu surtout honorer en lui l'loquence parlementaire. [Illustration: _Phot. Piriou, boul. Saint-Germain._ M. d'Audiffret-Pasquier.] _Documents et Informations_ UN RECORD LECTORAL. Ce record assez curieux, c'est assurment en France une commune du Gard qui le dtient, d'aprs les renseignements prcis que nous adresse un de nos correspondants. En effet, dans l'espace d'un an, du 1er mai 1904 au 14 mai 1905, Quissac, chef-lieu de canton de l'arrondissement du Vigan, il n'y a pas eu moins de _sept_ lections: 1 le 1er mai 1904, lection du conseil municipal; 2 le 1er aot, lection d'un conseiller d'arrondissement; 3 le 23 octobre, lection d'un conseiller gnral; 4 le 20 novembre, nouvelle lection d'un conseiller d'arrondissement, par suite de dmission; 5 le 11 dcembre, lections complmentaires au conseil municipal, pour le remplacement de 7 dmissionnaires; 6 le 5 fvrier 1905, mme opration pour la mme cause; 7 le 14 mai 1905, lections municipales ncessites par la dissolution du conseil. Les lecteurs de Quissac, on le voit, n'ont gure chm, et cette frquence des consultations du suffrage universel n'est peut-tre pas l'indice d'un parfait accord entre les divers lments d'une population que divise notamment la question religieuse (elle compte un tiers de catholiques et deux tiers de protestants). Or, tant donn qu'il s'agit d'une localit de ce Midi o les passions politiques sont vives et les ttes chaudes, la seule mention d'une pareille srie de scrutins voque tout d'abord l'image de scnes violentes: dsordres, bagarres, urnes renverses, bulletins lacrs, invectives rciproques, pugilats, intervention de la gendarmerie, procs-verbaux dresss. Eh bien, fait noter, pendant la priode agite qu'elle vient de traverser, la petite ville provenale ne connut pas ces dplorables incidents; malgr les divergences d'opinions, le devoir civique s'y accomplit avec une parfaite dignit et, du sage esprit de tolrance qui rgne Quissac, on ne saurait donner une preuve plus concluante que ce dtail typique: les jours de vote, les partisans des candidats opposs font la manille ensemble! ETUDIANTS ET DOCTEURS EN MDECINE. La nouvelle loi militaire ralentira-t-elle le mouvement qui porte les jeunes gens vers les tudes mdicales? La chose est probable et souhaitable. En attendant, le nombre des diplmes de docteur dlivrs en 1903-1904 a t de 1.143, suprieur de 27 au nombre de l'anne prcdente; et celui des lves inscrits au P. C. N. va toujours en augmentant. En 1905, il atteint le chiffre 1.692, le plus lev qui ait t not depuis l'application des nouveaux programmes. Il faut cependant remarquer que le nombre des tudiants en mdecine s'est abaiss d'un millier, dans l'espace des dix dernires annes: de 7.779 en 1895, il n'est plus, cette anne, que de 6.763. Malheureusement, le nombre des tudiants trangers a galement diminu de moiti, tombant, dans le mme intervalle, de 1.137 613. [Illustration: M. Rolls, sur voiture Wolseley.] [Illustration: M. Bianchi, sur voiture Wolseley. _Copyright Campbell-Gray._] [Illustration: M. Clifford Earp, sur voiture Napier.] LES TROIS VAINQUEURS DES LIMINATOIRES ANGLAISES POUR LA COUPE GORDON-BENNETT. LES LIMINATOIRES ANGLAISES POUR LA COUPE GORDON-BENNETT. Douze concurrents anglais se sont disput, le 30 mai, dans l'le de Man, l'honneur de venir participer la grande preuve internationale de la coupe Gordon-Bennett qui doit avoir lieu, comme on peut s'en souvenir, sur le parcours accident du circuit d'Auvergne, le 5 juillet prochain. Trois d'entre eux seulement ont termin les 492 kilomtres du circuit liminatoire, une vitesse allant de 58 62 kilomtres de moyenne l'heure; ce sont les trois concurrents dont nous reproduisons des photographies. Les neuf autres voitures ont t, ou arrtes par de simples pannes, ou brises--tout au moins dtriores--dans des virages trop rapides. Rappelons que les liminatoires franaises auront lieu le 16 juin sur le trajet mme du circuit d'Auvergne. A PROPOS DE SPORT. C'est sur le circuit d'Auvergne que M. de Knyff a t victime de l'accident d'automobile que nous avons relat rcemment. Nous apprenons avec plaisir qu'il est en bonne voie de gurison. Profitons de l'occasion pour prciser un point de dtail: son compagnon de route, M. Faroux, qui sortit indemne de l'aventure n'est pas, comme plusieurs de nos confrres et nous-mmes l'avions cru, le mcanicien de M. de Knyff, mais un de ses amis qui avait accept de faire avec lui en auto la route de Paris Clermont-Ferrand. PLAISIRS D'T. La traditionnelle Fte des Fleurs, institue au bnfice de la caisse des Victimes du devoir, a eu lieu, comme de coutume, au bois de Boulogne. Le vendredi 2 juin et le samedi 3, pendant deux aprs-midi, des quipages enguirlands dfilrent le long de l'alle des Acacias devant une double haie de curieux intrpides bravant un soleil implacable; car un temps superbe favorisa ces journes trop souvent mouilles et ce fut l peut-tre ce qu'elles offrirent de moins dj vu. A noter pourtant les nouvelles conqutes de l'automobilisme dans ce domaine des lgances, o les attelages semblent dsormais relgus au second plan; il y avait tant d'automobiles si ingnieusement et si luxueusement dcores qu'il fallut dcerner plusieurs prix d'honneur; l'un d'eux chut Mlle Marconnier, de l'Opra, pour sa voiture pare fort propos de roses rouges et jaunes (les couleurs espagnoles) et surmonte d'un petit moulin vent tout fleuri dont un moteur invisible faisait tourner les ailes. Le monde parisien, d'ailleurs, son ordinaire, n'a attendu ni la Fte des Fleurs, ni la date officielle du calendrier pour inaugurer la saison d't. Ds la dernire semaine de mai, ce n'taient que runions et divertissements en plein air; le jour mme de l'arrive du roi d'Espagne, le matre peintre Chartran et Mme Chartran donnaient, dans leur villa de Neuilly, une garden party merveilleusement organise, o, sous les ombrages du jardin, devant un coquet thtre de verdure, une nombreuse et brillante assistance gota un plaisir d'autant plus dlicat qu'elle cooprait une oeuvre de bienfaisance. Et le monde sportif, lui aussi, clbre de mainte faon le retour de l't; ses exercices, ses jeux s'gayent d'amusantes fantaisies, tel, au Polo de Bagatelle, le GYMKHANA, auquel prennent part les dames, et dont une curieuse figure consiste crever d'un coup de lance, en passant en automobile, un inoffensif animal en baudruche. LA DISPARITION DES CAMPAGNOLS. L'invasion d'un grand nombre de nos dpartements par les campagnols avait vivement mu les agriculteurs, et la lutte contre les terribles rongeurs s'tait partout organise par des moyens varis qui, tous, avaient donn d'assez mdiocres rsultats. Mais voici que l'on signale la disparition de l'ennemi dans les dpartements des Deux-Svres, de la Vienne, de la Charente, de la Charente Infrieure et de la Haute-Marne. Et cette disparition est toute spontane. Elle est l'aboutissant naturel de l'volution sociale, pourrait-on dire, des invasions des rongeurs, qui passe toujours par ces trois phases: priode de multiplication, priode de pullulation, priode de disparition, cette dernire s'oprant rapidement. Les criquets disparaissent aussi de cette faon. La cause directe de cette disparition semble tre une maladie microbienne qui se rpand d'autant plus facilement que les campagnols dvorent leurs congnres malades. Mais le dveloppement de cette maladie est lui-mme la consquence du manque de nourriture et de l'tat d'tiolement des campagnols. En migrant du sud vers le nord, les campagnols ont rencontr des terrains granitiques et froids--notamment ceux de la Cline et du Bocage, dans les Deux-Svres--et, tant trs nombreux, ils sont vite devenus la proie de la famine. LES PHOTOGRAPHIES DE L'EDELSPITZE. Plusieurs de nos lecteurs nous ont demand de qui taient les belles photographies sur l'Edelspitze qui ont paru dans notre numro du 20 mai dernier. Elles ont t prises par un photographe qui est en mme temps un alpiniste audacieux, M. J.-E. Kern, de Genve. LA SROTHRAPIE DE LA LPRE. Aurions-nous un srum antilpreux? Il le semblerait, d'aprs les recherches que vient de faire connatre un mdecin anglais, M. E. Rost, dans le _British medical Journal_. Ce mdecin a obtenu une lprine, une lymphe curative, par la culture du bacille de la lpre et il l'emploie en injections sous la peau. Comme la tuberculine dans les cas de lupus, la lprine dtermine chez le lpreux une fivre assez intense de quelques jours de dure et des ractions locales au niveau des lsions. Mais, aprs ce tumulte qui est phmre, on observe des signes trs satisfaisants: les parties anesthsies reprennent leur couleur et leur sensibilit; les douleurs lancinantes et la pesanteur des jambes disparaissent; les ulcrations se cicatrisent; les parties gangreneuses se dtachent; laissant derrire elles des plaies qui gurissent sans peine. M. Rost a expriment sur une centaine de malades et a obtenu quatre gurisons compltes. Chez les autres sujets, l'amlioration a t telle qu'elle quivaut presque une gurison, les progrs du mal ayant t totalement arrts. Ces rsultats sont trs encourageants et il faut esprer que la lprine tiendra les promesses qu'elle semble faire. La lpre est une maladie devenue trs rare dans notre rgion; mais il reste encore beaucoup de lpreux dans la rgion de la Mditerrane orientale, dans celle du Pacifique, en Asie et dans les pays Scandinaves. LE GNRAL DE LACROIX Le mariage du prince imprial d'Allemagne avec la duchesse Ccile de Mecklembourg, clbr Berlin, le 6 juin, a t l'occasion de crmonies solennelles et de ftes somptueuses, o les gouvernements trangers s'taient fait reprsenter par des ambassades extraordinaires. La mission franaise, comprenant le contre-amiral de Marolles, le colonel Chabaud et M. Arago, dput, ministre plnipotentiaire, avait pour chef une de nos plus hautes personnalits militaires, le gnral de Lacroix, commandant du 14e corps d'arme et gouverneur de Lyon depuis bientt deux ans. Ce choix se justifiait d'autant mieux qu' la supriorit hirarchique de cet officier s'ajoutent de fort beaux tats de services: pendant la rude campagne du Tonkin il compta parmi les hros de Lang-Son et de Tuyen-Quan; gnral de brigade en 1898, chef d'tat-major gnral de l'arme en 1899, divisionnaire en 1900, il commandait en 1902 l'cole suprieure de guerre. [Illustration: Le gnral de Lacroix.--Phot. Bruchon.] [Illustration: Le prix d'honneur du Corso automobile fleuri du bois de Boulogne.] [Illustration: Un coin du jardin du peintre Chartran pendant la garden-party du 30 mai.] [Illustration: Une figure originale du dernier gymkhana au cercle du Polo.] LA BATAILLE NAVALE DU DTROIT DE CORE: LES PHASES DU COMBAT I.--27 mai, 6 heures du matin Rojestvensky arrive au dtroit de Core. Le 27 mai, 6 heures du matin, la flotte russe avance en deux colonnes, le croiseur-claireur _Zemtschoug_ en tte. La colonne de droite, conduite par le _Kniaz-Souvarof_ (amiral Rojestvensky), comprend les 7 autres cuirasss (dans l'ordre: le _Borodino, l'Orel, l'Alexandre-III, l'Osliabia, le Sissoi-Veliky, le Navarin, le Nicolas-Ier_), plus 5 transports. La colonne de gauche comprend 3 croiseurs-cuirasss, 3 gardes-ctes et 5 croiseurs protgs. Huit contre-torpilleurs accompagnent l'escadre, l'abri des cuirasss. Craignant les forts de Tsou-Shima, l'escadre passe entre Iki et la cte de Kiou-Siou. A cette heure, l'amiral Togo se tenait Masampho. II.--27 mai, 11 heures: Togo lance ses escadres. La flotte japonaise formait six divisions: 1re et 3e commandes par Togo en personne; 2e et 4e par Kamimoura; 5e par Uriu et 6e par Kataoka. Averti par la tlgraphie sans fil, Togo quitte sa base et se rend toute vitesse au nord de Tsou-Shima. Ayant spar ses escadres et poursuivi lui-mme sa route par le dtroit qui spare Tsou-Shima, il se trouve face aux lignes russes qui avaient pris la formation de combat sur trois lignes. Un brouillard assez intense rgne. III.--27 mai, 1 heure: Togo cerne la flotte russe. Kamimoura, ayant doubl le nord de Tsou-Shima, incline dans la direction sud et laisse les navires russes le croiser. Uriu et Kataoka, qui taient, partie Masampho, partie Yokoba, font leur jonction aux environs d'Iki et s'lancent sur les derrires de la flotte russe. Togo envoie ses 4 cuirasss, qu'il conduit en personne, par la droite de l'ennemi qui effectue une conversion vers l'est; sa 3e division (3 croiseurs-cuirasss) conserve le contact avec les autres divisions. IV.--27 mai, avant 3 heures: le combat d'Okino. A droite, les 1re et 6e divisions japonaises concentrent leur feu sur les deux vaisseaux-amiraux _Souvarof_ (Rojestvensky) et _Osliabia_ (Felkersam), respectivement le 1er et le 5e de la ligne. Ces cuirasss coulent vers 3 heures. Le croiseur d'avant-garde _Zemtschoug_ s'chappe. A gauche, le combat s'engage entre les croiseurs russes et les 2e 3e et 4e divisions japonaises; un des croiseurs russes (le _Nakhimof_) est coul. V.--27 mai, aprs 3 heures: la fuite russe. La flotte russe, pour ne pas tre accule la cte du Nippon, change de direction et fuit vers le nord-ouest. L'amiral Rojestvensky passe du _Souvarof_, coul, sur le _Borodino_, l'extrme arrire-garde; 5 navires japonais, dont 3 cuirasss, concentrent leur feu sur le nouveau cuirass-amiral russe, qui succombe 7 h. 1/2. Les 5 cuirasss survivants s'chappent, le _Nicolas-Ier_ (Nebogatof) en tte, ainsi que les 3 gardes-ctes et les croiseurs _Oleg, Aurora, Almaz_. Au centre, les trois transports _Kamtchatka, Irtessim et Oural_, coulent. VI.--27-28 mai: l'attaque nocturne des torpilleurs. Les torpilleurs et contre-torpilleurs japonais entrent en scne. Venant de Tsou-Shima, ils s'abattent, comme un vol de gupes, sur les cuirasss russes. Les gros navires japonais, en formation d'enveloppement clairent de tous leurs projecteurs cette attaque. _L'Alexandre-III_, le _Sissoi-Veliky_ et le _Navarin_ sont couls. Le _Nicolas-Ier_ (Nebogatof), _l'Orel_ et les trois gardes-ctes s'chappent encore vers le nord. VII.--28 mai, 10 h. matin: Reddition de Nebogatof aux rochers de Liancourt avec deux cuirasss et deux gardes-ctes; le troisime garde-cte est coul plus au sud. VIII.--28 mai, 11 h. matin: Capture de Rojestvensky, bord du _Biedovy_, au sud de l'le Uldschin (+) et du _Dmitri_ prs de couler. [Illustration: CE QU'ON FAIT PENDANT L'ENTRACTE, par Henriot.] End of Project Gutenberg's L'Illustration, No. 3250, 10 Juin 1905, by Various License: Share Alike