Produced by Jeroen Hellingman and Rnald Lvesque L'Illustration, No. 3264, 16 Septembre 1905 [Illustration: LA REVUE COMIQUE, par Henriot.] Ce numro est accompagn d'un supplment de quatre pages sur LES TREMBLEMENTS DE TERRE EN CALABRE. [Illustration: L'ILLUSTRATION _Prix du Numro: 75 Centimes._ SAMEDI 16 SEPTEMBRE 1905 _63e Anne--N 3264_] [Illustration: LES TREMBLEMENTS DE TERRE EN CALABRE. A Reggio, aprs la catastrophe: la population campe devant la cathdrale. _Dessin d'aprs nature de G. Amato.--Voir l'article, page 192._] Comme les annes prcdentes, _L'Illustration_ publiera, au cours de la saison thtrale qui va commencer, les oeuvres dramatiques nouvelles, au fur et mesure de leurs reprsentations sur les principales scnes parisiennes. Nous pouvons ds prsent annoncer nos lecteurs que nous leur offrirons, entre autres, la primeur des prochaines oeuvres de MM. PAUL HERVIEU _(le Rveil)_, HENRI LAVEDAN _(le Got du vice)_, JULES LEMAITRE _(Bertrade)_, MAURICE DONNAY _(Paratre)_. Nous nous sommes galement assur le droit de publication d'une pice dont les Courriers de thtre ont dj beaucoup parl: _la Vieillesse de don Juan_, par MM. MOUNET-SULLY et PIERRE BARBIER. La saison 1904-1905 nous a fourni dix-neuf supplments de thtre, parmi lesquels de grands succs comme _le Bercail, la Massire, Monsieur Pigois_ et _le Duel_. Tout fait prvoir que la saison 1905-1906 ne sera pas moins brillante. COURRIER DE PARIS JOURNAL D'UNE TRANGRE Promenade aux music-halls. Les thtres sont encore en vacances et c'est peine si deux, trois, quatre d'entre eux nous font la grce de s'entr'ouvrir chaque soir. Et l'on sent si bien qu'ils ne le font qu' contre-coeur, comme s'ils mprisaient _in petto_ ces auditoires d't o ne figurent ni l'habitu qu'on sait difficile, ni le riche passant qui paye sa loge au plus haut prix, ni le critique influent dont les-arrts sont, neuf mois par an, si anxieusement guetts... Cela, c'est la clientle d'hiver. On recommencera, dans une quinzaine de jours, s'occuper d'elle, lui prparer les petits et les grands plats qu'elle aime, au besoin lui en servir de nouveaux, propres surprendre agrablement son got; pour l'instant, on ne songe point se mettre en frais. Vieux spectacles; troupes d'arrire-plan, formes de doublures, de petits comdiens inoccups. Les autres--ceux qui font recette--sont aux eaux ou voyagent. De juillet septembre, il n'y a au ciel de l'art, comme dit un auteur dramatique de mes amis, que des toiles filantes. Et c'est pourquoi les trangers qui nous font visite se prcipitent aux music-halls. Ils y pullulent, et l'on me dit qu'il y a trs longtemps qu'ils n'taient venus Paris en aussi grand nombre que cette anne. A quoi les reconnat-on? C'est une question que je me suis souvent pose. Ils sont habills, chausss, coiffs, comme tout le monde l'est autour d'eux; nulle saisissante particularit de type ou d'aspect ne les distingue; y a-t-il rien de plus international aujourd'hui que nos modes et qui ressemble plus la figure d'un bourgeois d'Anvers ou de Cassel que la figure d'un bourgeois de Dunkerque? Et, du geste de tel conseiller municipal d'Aix-en-Provence ou de Marseille celui d'un politicien de Sofia ou de Bilbao, la diffrence est-elle si grande?... Cependant, on les reconnat. On les reconnat je ne sais quelles fugaces nuances d'attitude, des dtails de tenue, de certaines faons de regarder les gens et les choses, de s'amuser ce qui nous ennuie, de s'ennuyer ce qui nous amuse. On les reconnat surtout l'ignorance charmante ou au ddain qu'ils talent de nos pudeurs parisiennes; dans les couloirs des Folies-Bergre ou de l'Olympia, on les voit promener avec ingnuit des pouses mres ou des fillettes,--en braves gens qui visiblement ignorent que ces lieux de plaisir sont de ceux o les maris parisiens prfrent, en gnral, venir flner sans leurs femmes. Mais comment connatraient-ils ces choses,--et les prjugs, les prcautions, les pudeurs dont notre morale mondaine est faite? Ceux qui pourraient les renseigner l-dessus sont absents et Paris, d'o s'est enfuie pour trois mois l'lite indigne qui l'anime d'une vie si brillante et si jolie, ressemble ces chteaux de province que d'obligeants portiers entr'ouvrent aux touristes l'poque de l'anne o les matres de la maison ne sont pas l. Aussi bien, le Paris dont nous offrons en ce moment le spectacle aux trangers en vacances doit-il les effarer un peu; et je ne serais pas surprise que quelques-uns emportassent de cette visite une dception. Ils avaient rv, en y venant, de s'y perdre au milieu d'une agitation folle et de la plus amusante des cohues: ils trouvent les Champs-Elyses vides de voitures, et ce sont des compatriotes qui leur sourient, aux tables des restaurants. On leur avait vant l'incomparable beaut de certaines de nos places et de nos rues: ils en trouvent les chausses ventres, obstrues de fortifications vritables, au fond desquelles s'bauchent les itinraires du Mtro de demain. Ce ne sont partout qu'quipes d'ouvriers qui s'agitent, creusent, pavent ou dpavent, nettoient, restaurent ou dmolissent. Paris pudiquement profite, pour faire sa toilette, du moment o les Parisiens ne le regardent pas. Et ces brillantes soires de music-halls ne sont-elles pas propres aussi, par leur clat mme, discrditer un peu Paris aux yeux des trangers qui y affluent? Ils observent, ces trangers; ils rflchissent; la mdiocrit de tels spectacles de vacances que leur servent certains thtres dont on leur a vant la renomme, ils comparent la somptuosit joyeuse d'autres spectacles o chaque soir brillent la danseuse rare, l'acrobate illustre, le dresseur de fauves ou le prestidigitateur que tout le monde veut voir et qu'il faut avoir vus; ils ont l'impression que c'est vers ce genre d'amusements que se portent sans doute, de prfrence, nos curiosits et nos gots, puisque ce sont ces _premires_-l qu' l'ouverture de la saison on a voulu nous offrir avant toutes les autres; et, fort lgitimement, ils en concluent que Paris demeure la capitale des joies faciles et de la futilit. C'est ainsi que, de peuple peuple, on n'arrive que bien difficilement se connatre et se comprendre. On se frquente volontiers, et beaucoup plus qu'autrefois; mais, dirai-je, tort et travers; et, de l, des malentendus, un continuel danger de se mal interprter les uns les autres. Nous visitons les pays chauds pendant l'hiver et les pays froids pendant l't; nous oublions qu'on ne _comprend_ Biskra, par exemple, ou Kairouan qu' condition d'y avoir eu trop chaud; que ce n'est point l'poque des nuits blanches qu'il faudrait s'aller promener Christiania, mais durant les jours noirs o les lampes s'allument deux heures de l'aprs-midi,--o s'panouit la joie des jeux d'hiver. Et, de mme, on ignorera Paris si l'on ne veut ou si l'on ne peut lui faire visite qu'en ces mois de vacances o lui-mme est absent de chez lui, o l'art dramatique n'a que Bobche donner en spectacle ceux qui rvaient d'y rencontrer Sarah Bernhardt, Mounet, Granier, Coquelin, Bartet, Rjane... Il est vrai qu'il reste Paris ses promenades, dont certaines, cette poque de l'anne surtout, ont une grce unique. Mais voil-t-il pas que leur existence est menace et n'a-t-on pas trs srieusement parl, ces temps derniers, d'entamer les futaies du bois de Boulogne pour y construire des gteaux de pierre de taille et de ciment,--de belles maisons modernes o l'art nouveau svira? L'affaire a fait du bruit et je suis contente de voir que, depuis huit jours, une belle fureur s'est dchane contre l'architecte ambitieux par qui fut lanc ce projet fou. Car l'ide est d'un architecte, je le jurerais. Pour prouver le besoin de raser une fort et de mettre la place des maisons six tages que personne ne rclame, il faut tre celui qui les construira. Ou alors on est inexcusable. [Illustration: Le gnral Dessirier, gouverneur de Paris, se reposant au pied d'un arbre.] [Illustration: M. Berteaux, le gnral Brugre et le gnral Dessirier.] [Illustration: Le gnral Chaffee, chef de la mission amricaine AUX GRANDES MANOEUVRES DE L'EST] Mais il est probable que, cette fois, les amis des arbres auront raison des amis du btiment et que notre bois de Boulogne nous sera conserv. L'opinion publique, ordinairement si divise sur la moindre des affaires qui nous occupent, s'est prononce de faon trop unanime et trop violente sur celle-ci pour qu'il n'y ait pas imprudence ddaigner sa protestation. C'est que les Parisiens aiment passionnment leurs vieux arbres. Pourquoi? Encore une question que les moralistes se sont pose. Quelques-uns, pleins d'esprit et de sensibilit, prtendent attacher un sens philosophique cet amour. Ils pensent qu'inconsciemment nous sommes sduits, mus par ce qu'un bel arbre exprime de solidit, de puissance, de vitalit toujours renouvele. Au milieu d'une socit qu'agitent tant de fivres, un si frntique besoin de mouvement et de changement, l'arbre est un reposant symbole: il est ce qui ne bouge pas, et qui dure. Sans doute. Mais nous aimons les arbres, je crois, pour de plus simples raisons, et moins littraires: parce que, dans une ville o l'on a la passion de la campagne, ils sont pour nous l'illusion de la campagne et nous en apportent-- domicile, presque--la fracheur et le parfum; et que nous restera-t-il de cette illusion-l quand nos arbres n'existeront plus? D'autres villes ont des fleuves, des rivires, le long desquels il est de douces flneries permises; Paris ne connat pas cette joie, et n'est-ce pas une chose lamentable que la Seine y soit, peu prs partout, inaccessible aux promeneurs? Nous avons fait de la Seine un ruisseau d'eau sale l'usage des chalands et des bateaux-mouches; de ses ponts, l'abri des gens sans domicile; de ses quais, l'asile des tondeurs de chiens. Pas une terrasse o s'asseoir; pas un coin propice la rverie. Il est vrai que, dimanche dernier, la foule s'y prcipita et que, sur ses berges, du pont de Bercy au viaduc d'Auteuil, plus une place, ds huit heures du matin, n'tait prendre: on s'y disputait un prix de natation! Mais ce sont l des vnements exceptionnels et qui ne sauraient fournir aux Parisiens amants de la nature un suffisant aliment de plaisir. Ils prfreraient un fleuve ddaign de Holbein, de Burgess et de Paulus, mais au bord duquel une heure de bonne sieste ft possible... SONIA. LES GRANDES MANOEUVRES L'importance et la qualit des troupes engages, le thme stratgique et la configuration du terrain, la personnalit des officiers gnraux, donnaient un intrt particulier aux grandes manoeuvres qui viennent de se drouler dans la rgion de l'Est. Chacune des deux armes en prsence comprenait deux corps d'arme et deux divisions de cavalerie. D'un ct, le 6e corps, ayant son sige Chalons-Sur-Marne, et le 6e corps provisoire, sous les ordres du gnral Hagron, considr comme le futur gnralissime; d'autre part, le 20e corps (Nancy) et le 5e (Orlans), commands par le gnral Dessirier, gouverneur de Paris. La direction suprme tait exerce par le gnralissime Brugre. La concentration des troupes s'est effectue dans les valles de la Marne et de l'Aube. L'arme du gnral Dessirier, manoeuvrant au sud, dans la rgion de Bar-sur-Aube, devait s'opposer la marche de l'arme du gnral Hagron, descendant de Vitry-le-Franois sur Brienne, o elle devait se frayer un passage vers la valle de la Seine. C'est dans cette mme plaine de Champagne qu'avaient t inaugures, en 1891, les manoeuvres d'arme. A quelques kilomtres de la petite ville de Brienne, dont l'cole militaire eut pour lve Bonaparte, les deux armes se retrouvaient l'endroit mme o Napolon prparait les victoires de Champaubert et de Montmirail. Ces vastes champs peu accidents, propices aux longs dploiements, mais ne leur offrant point d'abris, coups de quelques rivires suffisantes pour compliquer les mouvements de retraite, offraient aujourd'hui nos gnraux un terrain excellent pour comparer les enseignements de la tactique napolonienne avec les exigences et les ressources de l'outil militaire moderne. Aprs une srie de manoeuvres partielles destines surtout tablir un lien entre les diverses units, le gnral Dessirier, conformment au programme, s'est laiss refouler jusqu' l'Aube, sous les yeux de M. Loubet qui avait tenu assister, en compagnie de M. Berteaux, ministre de la Guerre, au dernier pisode des manoeuvres. Malgr un temps peu favorable, les troupes ont fait preuve d'une rare endurance. Les dbuts du corps des cyclistes, dont nous avons rapport les prouesses dans notre dernier numro, ont t fort remarqus. Parmi les officiers trangers, la mission amricaine, ayant sa tte le lieutenant gnral Chaffee, fut trs entoure. Le reprsentant des Etats-Unis, qui a paru trs frapp de la vivacit du soldat franais et qui tait en complet kaki a, comme tant d'autres, tort ou raison, dclar nos uniformes beaucoup trop voyants. [Illustration: M. Clmentel.--_Phot. Otto._] UNE NOUVELLE "MINISTRESSE" Parmi les manies parisiennes, il y en avait une, rcemment encore, qui se manifestait l'occasion des ftes officielles, bals et crmonies, o, ct de nos prsidents et de nos ministres, apparaissaient leurs femmes, et qui consistait dclarer de confiance: Comme nos grandes dames rpublicaines sont mal! Comme elles s'habillent mal! Ce n'tait, le plus souvent, que l'expression d'un prjug injuste et qui faisait sourire ceux qui avaient t admis voir de prs le personnel fminin de certaines cours d'Europe. En publiant les portraits des ministresses, au moment de la formation des derniers cabinets (Waldeck-Rousseau, Combes et Rouvier), _L'Illustration_ a prouv premptoirement que la beaut, la grce et l'lgance sont, au contraire, loin d'tre exclues des salons officiels. Nous sommes heureux de pouvoir ajouter ici, la srie des portraits de femmes de nos ministres actuels (parue le 11 fvrier dernier), un nouveau portrait, qui ralliera les suffrages des plus difficiles. On annonce en effet la trs prochaine entre dans le ministre d'une nouvelle ministresse, qui sera admire entre toutes. M. Clmentel, ministre des Colonies, veuf depuis plusieurs annes [1], se remarie: il pousera, au mois d'octobre, une jeune veuve, Mme Knowles, que les fes d'autrefois et celles d'aujourd'hui ont comble de leurs dons. Les fes anciennes ne lui ont pas marchand, notre portrait l'atteste, les grces ordinaires de la femme; les fes de la fin du dernier sicle l'ont dote des qualits sportives, devenues non moins ncessaires, lui ont donn le got de la chasse et de l'automobile, ont fait d'elle un type accompli de femme moderne. [Note 1: Nous avons reproduit dans _L'Illustration_ du 18 fvrier un buste de la premire Mme Clmentel, qui tait fille d'un colon franais d'indo-Chine et d'une mre annamite.] Il convient d'ajouter que la future Mme Clmentel, pour tre capable de conduire habilement une 40 chevaux, n'en est pas moins une trs bonne mre de famille: elle a un fils g de neuf ans. Les Colonies tant le plus mal log de tous nos ministres, M. et Mme Clmentel n'habiteront pas le pavillon de Flore: ils ont lou un htel particulier Neuilly. NOTES ET IMPRESSIONS Ceux-l sont mauvais juges de la marche d'un gouvernement lgal qui ne connaissent que la rvolution et ses violences. CHATEAUBRIAND. * * * Les taxes qui grvent la plupart des actes de notre vie lui donnent l'aspect d'une carte payer. H. BAUDRILLART. * * * Le peuple est encore plus prompt que l'individu oublier les faits et travestir ce qu'il en retient. * * * Les illusions, filles de la jeunesse, sont des enfants condamns, gnralement, ne pas survivre leur mre. G.-M. VALTOUR. [Illustration: Mme Knowles, fiance de M. Clmentel.--_Phot. Reutlinger._] [Illustration: AUX GRANDES MANOEUVRES DE L'EST.--M. Berteaux, ministre de la Guerre, et son tat-major.--_Phot. Chusseau-Flaviens._] [Illustration: La foule acclame le prsident de la Rpublique et le gnral Brugre, passant les troupes en revue dans une automobile conduite par le capitaine Lvque.--_Phot. Lon Bouet. Voir l'article la page prcdente._] [Illustration: A Brienne: M. Casimir-Perier, ancien prsident de la Rpublique, M. le prsident Loubet et M. Berteaux.] [Illustration: Incendie des usines et des rservoirs de naphte, prs de Bakou.] LES DSORDRES AU CAUCASE Les troubles qui viennent d'clater Bakou semblent dpasser en importance et en horreur tous ceux qui, en ces derniers temps, se sont produits sur divers points de la Russie. C'est un nouvel pisode de la lutte constante que le fanatisme religieux et les haines de races entretiennent parmi les populations du Caucase. Le mouvement est d'autant plus violent qu'il a surgi entre les deux peuples les plus foncirement hostiles: d'un ct, les Tatars, appels plus couramment Tartares, sans cesse tourments de la passion panislamique, population de culture nulle, d'instincts plutt sauvages, vivant pauvrement des produits du sol ou du travail dans les mines, comme le groupe d'ouvriers que montre plus loin une de nos gravures; d'autre part, les Armniens, riches, habiles, dtenant l'industrie et le commerce, galement acharns la dfense de leurs intrts et de leur religion. Les uns et les autres tant arms, le moindre conflit dgnre en massacres. La situation particulire de Bakou devait, en outre, favoriser dans une rare mesure les actes de vandalisme. Cette cit de 120.000 mes, btie sur la rive occidentale de la mer Caspienne, est le centre de l'industrie ptrolire du Caucase. Autour de la ville, Bibi-Eybat, Surakhany, et surtout Balakhany dont nous donnons une vue gnrale, s'lvent, innombrables, les pyramides de bois ou _derricks_, l'intrieur desquelles jaillissent les colonnes de naphte qui se rendent, par des ruisseaux l'air libre, dans des lacs noirtres formant de gigantesques rservoirs d'incendie. Il a suffi d'une torche pour changer toute cette rgion en fournaise et provoquer en quelques heures une centaine de millions de ruines. Les photographies reproduites ici nous ont t envoyes par un de nos correspondants russes qui _L'Illustration_ doit dj de nombreux documents de premier ordre. Reprsentent-elles l'incendie allum ces jours derniers par les bandes tartares? Ou bien ont-elles t prises antrieurement, lors d'un des embrasements accidentels si frquents de tout un district ptrolifre? Quoi qu'il en soit, leur authenticit n'est pas douteuse, et elles voquent avec une vrit saisissante le spectacle de ruine qu'offre actuellement une des plus grandes sources de richesse du monde. [Illustration: A BAKOU.--Incendie des fontaines de naphte de Balakhany.] [Illustration: Vue gnrale de Bakou: les quais et le port au centre, la tour des Vierges.] [Illustration: Les massacreurs de Bakou: types d'ouvriers tartares.] [Illustration: Vue gnrale des puits de naphte de Balakhany, aujourd'hui incendis. LES TROUBLES DU CAUCASE _Voir l'article la page prcdente._] A TOKIO.--La foule devant les bureaux du journal Tchou-wo-Shimboun (Journal du Centre). LES TROUBLES DE TOKIO [Illustration: Le comte Katsura, chef du cabinet japonais.] Le peuple japonais n'a point partag l'enthousiasme facile des autres peuples pour le rtablissement de la paix. Ds que le texte du trait de Portsmouth fut connu Tokio, la presse nippone, l'exception du _Kokumin_, le journal semi-officiel, publia des articles violents contre le gouvernement. Des partisans et des amis du comte Katsura, premier ministre, rompirent mme toutes relations avec le cabinet. Enfin, cette indignation gnrale se traduisit, dans le peuple, par l'insurrection du 5 septembre dernier. Au Japon, les insurrections sont plutt rares. Aussi la police, prise un peu au dpourvu, ne sut pas empcher des milliers de manifestants d'entourer l'htel du ministre de l'Intrieur et les bureaux du _Kokumin_. Mais, grce l'intervention de la troupe, la personne du premier ministre et celles des rdacteurs du _Kokumin_ restrent sauves. Il y eut, par contre, de nombreux agents de police blesss et quelques commissariats livrs aux flammes. Aujourd'hui tout parat tre rentr dans l'ordre, mais le mikado doit penser qu'il est bien difficile de contenter la fois tout le monde et son peuple. LE CHAH DE PERSE A PETERHOF Le chah de Perse, Mouzaffer-ed-Din--cette personnalit si parisienne--tait, ces jours derniers, l'hte du tsar Peterhof. Nicolas II, selon l'usage, tait all recevoir la gare son auguste visiteur, et c'est la gare mme que notre photographe a russi prendre l'instantan des deux souverains. Si l'on songe que cette rception avait lieu juste l'instant critique de la confrence de Portsmouth, on n'observera pas sans intrt les traits de celui qui devait tre, ce moment-l, l'homme le plus proccup du monde. On a dit que cette visite de Mouzaffer-ed-Din, pendant les angoisses des ngociations de la paix, avait caus quelque embarras la cour impriale. La chose est possible et mme probable. Mais le malaise--s'il y en eut--dura peu. La paix, dcide point, a permis au souverain asiatique de voir autour de lui tous les visages s'clairer. Les dners la cour furent moins lugubres. Nicolas II, familier et charmant; accompagna son hte dans toutes ses promenades. [LE CHAH DE PERSE EN RUSSIE.--Le tsar et le chah passent en revue la garde d'honneur la gare de Peterhof.--_Phot. C.-O. Bulla._] LE TENNIS A DINARD _Dinard est la reine des plages de la Cte d'Emeraude, admirablement situe, prs de Saint-Malo et de Saint-Servan, l'embouchure de la Rance, une rivire dlicieuse. Bien que sa fortune soit moins ancienne, cette plage bretonne ne le cde gure aujourd'hui Trouville, sa rivale normande, pour la vogue et la mondanit. Toutefois, sa population d't et d'automne--car la saison de Dinard se prolonge jusqu'en octobre--compte plus d'lments cosmopolites, des Anglais et des Amricains surtout, et l'on s'y livre davantage aux sports anglo-saxons: le lawn-tennis y fait rage et, surtout en ce mois de septembre, tous les cours la mode sont pris d'assaut. Le tableau dessin d'aprs nature par notre collaborateur M. Simont est une vocation de cette vie lgante particulirement russie et forme une antithse frappante avec les autres gravures de notre numro, consacres aux tragiques actualits de cette semaine._ [Illustration: Sada Yacco dans le rle d'Oriye, l'Ophlie japonaise: scne de la folie.] [Illustration: Asajiro Fujisawa dans le rle de Toshimaru Hamura, l'Hamlet japonais.] SHAKESPEARE AU JAPON Non contents d'emprunter au monde occidental ses machines, ses engins les plus perfectionns, les canons, les navires de guerre et les fusils dont ils viennent de faire un si brillant usage, les Japonais, depuis quelques annes, s'appliquent aussi connatre et s'approprier les arts et les littratures de l'Europe. Il n'apparat pas, jusqu' prsent, qu'ils en aient fait un aussi bon usage que de nos armes. On nous a montr, quelques-unes de nos expositions, les envois de jeunes artistes japonais qui avaient frquent d'un coeur convaincu les ateliers de peinture de Paris ou de Munich; et nous avons t gnralement d'accord pour regretter qu'ils ne soient pas demeurs l'cole d'Hiroshigh ou d'Outamaro, le vieillard fou de dessin. Nous avons vu, nagure, _la Dame aux camlias_ assaisonne la mode japonaise par la troupe de Mme Sada Yacco, grande actrice, pourtant; et il n'a pas paru que l'oeuvre mouvante de Dumas y ait gagn quoi que ce ft. Voici que les Nippons viennent de s'attaquer Shakespeare, au grand Will lui-mme. Ils ont commenc par _Hamlet_. Hlas! pauvre Yorik! L'trange salmigondis qu'ils en ont fait! Car il s'agit non point d'une traduction plus ou moins fidle, mais d'un arrangement, ou plutt d'un drangement complet, d'un autre drame qui se droule de nos jours et o se reconnat seulement la vigoureuse armature de l'oeuvre shakespearienne. Cela s'intitule _la Souricire_. Le prince au deuil ternel est devenu Toshimaru Hamura, incarn par l'acteur Asajiro Fujisawa. Il est de grande famille, et le blason des _damios_, ses anctres, cussonne par place le long _kimono_ de soie qu'il porte au dbut de l'action, en attendant qu'il revte plus tard le complet coup New-York ou Boston. A la mort de son pre, le vieux duc Hamura, mystrieusement disparu, le frre de celui-ci a pris sa place au lit nuptial, et, son titre et ses armes. Et ce Claudius est fourbe et inquiet, comme le Claudius anglais. [Illustration: Mohei Fukui, dans le rle de Naonoshin Horio, le Polonius japonais.] Le jeune homme, lui, est le type mme du parfait gentleman bien n, tel que le conoit le Japonais d'aujourd'hui. Il suit, avec son ami Horatio--pardon, Shozi Hara--les cours de l'Universit de Tokio. Bien entendu, il aime. Il a lu Oriye--Mme Sada Yacco--fille de Naonoshin Horio, tourdi, empress, gaffeur comme Polonius lui-mme. Un jour, se promenant au cimetire d'Hoyama, prs de Tokio, il a une vision: son pre, le feu duc Hamura--c'est M. Otojiro Kawakami, le mari de Mme Sada Yacco, que nous applaudmes auprs d'elle Paris--se dresse devant lui, l'oeil atone, les cheveux pars. Mais quel spectre peu romantique! Un uniforme de gala, correctement boutonn, brod d'or aux parements et au col, toile sur la poitrine de l'ordre du Chrysanthme et relev d'paulettes, a remplac l'armure d'acier tincelante au clair de lune et le long suaire qui frissonne au vent du matin sur la terrasse d'Elseneur, comme l'pe de cour dragonne d'or s'est substitue au lourd glaive deux tranchants enseveli au ct du vieil Hamlet. [Illustration: Sada Yacco en Ophlie japonaise, au premier acte d'_Hamlet._] S'imagine-t-on la stupeur qui s'emparerait d'un fanatique de Shakespeare gar au Nippon, devant cette apparition falote et sacrilge? Ce seul avatar du spectre suffirait donner la mesure de l'irrvrence avec laquelle les Japonais ont trait le grand tragique. Ils n'ont gard de son oeuvre que l'intrigue, mais jusqu' ses moindres dtails. C'est ainsi que, de mme qu'Hamlet est envoy en France, Toshimaru Hamura va voyager en Mandchourie et en Sibrie--habile concession l'actualit--et revient sain et sauf, ayant chapp au naufrage du steamer qui le ramenait. Et il n'est pas jusqu'au duel final l'pe qui n'ait t conserv par l'adaptateur. Et ce mlange de fantasmagories et de vapeur, de combats singuliers et de voyages d'tudes, sans parler de l'accoutrement ultra-moderne des acteurs, nous apparat, nous, d'une ahurissante fantaisie. Aprs _Hamlet_, on est tomb sur _Othello_. Le Maure de Venise--qui n'est plus mme basan, mais seulement de figure terrible--est devenu le major gnral Washiro, nomm commandant en chef de Formose au moment o les insulaires menacent de se soulever, seconds dans leur rbellion par les pirates chinois. Il a mission d'touffer cette rbellion. peine dbarqu, il rencontre Tomoye Fujin (Desdmone--Mme Sada Yacco) moule en une toilette trs amricaine, dont l'lgance et le charme l'impressionnent soudain. Telle est la fille du comte Banjo Fura (le Brabantio du pote), ministre du Trsor. Celui-ci s'oppose au mariage sous le prtexte que Washiro est de naissance suspecte et prfrerait marier sa fille Kokotori (Rodrigue), fils d'un directeur de banque,--ce qui n'apparat pas non plus, au premier abord, comme d'une noblesse trs releve. Il y a encore Cassio, appel le major Yoshio Katsu, et Iago, Goza Iya, aussi vilain personnage que l'original, et la petite Bianca, devenue une geisha de Tokio! Et tout ce monde arbore des uniformes galonns, aux boutons fleuris du chrysanthme hraldique, des robes _last fashion_. Et le bouquet enfin, le voici: c'est que, comme il est fort malsant, pour une grande dame, au Japon, de chanter une chanson populaire et que la patricienne Desdmone n'oserait pas mme fredonner _le Saule_, c'est un phonographe qui, dans la chambre nuptiale, nasille la potique romance! Mais aprs tout, pourquoi tant rire? Voltaire n'en a-t-il pas us avec un sans faon presque gal quand il adaptait _Othello_ en _Zare?_ [Illustration: Le spectre de la version japonaise d'_Hamlet_, reprsent en uniforme moderne par Oto Kawakami.] [Illustration: Sada Yacco dans le rle de Tomoye Fujin, la Desdmone japonaise.] [Illustration: SHAKESPEARE AU JAPON.--Une scne de la version japonaise _d'Othello_: Goza Iya (Iago) et Biaka (Bianca).] [Illustration: La foule applaudissant les concurrents au passage.] [Illustration: Le dpart au pont National.] LA TRAVERSE DE PARIS A LA NAGE Sous ce titre amusant, et d'ailleurs exact, notre confrre _L'Auto_ avait organis une preuve sportive qui s'est nage dimanche dernier entre le pont National et le viaduc d'Auteuil, soit sur une distance d'environ 12 kilomtres. Huit concurrents s'taient fait inscrire: quatre Anglais, dont le clbre Holbein, (qui faillit russir la traverse de la Manche) trois Franais: deux pkins et le sergent Poullitou, de l'cole de Joinville; enfin, une jeune et fort jolie Australienne de dix-huit ans, miss Kellermann. [Illustration: Burgess nageant.] Ds 8 heures du matin, les quais et les ponts se couvrent de monde; comme chacun est assur de trouver une place o voir bien et longtemps un moment donn, cette foule norme se distingue par un calme parfait. Les nageurs, bien que se tenant presque toujours au milieu du fleuve, apparaissent trs distincts; ceux meules qui renonceront la lutte donnent, malgr le froid et le vent, une impression de grande aisance. Miss Kellermann qui, partie la premire, tient longtemps la tte, est particulirement acclame; au pont de l'Alma, elle est dpasse par Paulus qui, jusqu' la fin du parcours, tonnera la foule par la rgularit et l'lgance de sa nage. Etendu sur le ct gauche, les jambes manoeuvrant toujours sous l'eau, il semble avancer uniquement avec le bras droit qui rame en glissant sur l'eau dans un mouvement de va-et-vient d'un rythme parfait, Paulus arrive premier, en 3 h. 29, battant de plus d'une heure Burgess, Holbein et miss Kellermann. Les quatre autres concurrents, dont les champions anglais Nuttal et Billington, qui semblaient favoris, ont d abandonner la course. Le Parisien qui vient de conqurir le championnat du monde sur les plus intrpides nageurs d'outre-Manche est un notable commercent, g de quarante-quatre ans, pre de quatre enfants, dont la clbrit relative commena aux bains Deligny vers 1885. Vainqueur de plusieurs preuves importantes, il avait renonc aux courses depuis 1898. Son succs est d'autant plus intressant que, jusqu'ici, les plus longues courses la nage n'avaient point dpass 4 ou 5 kilomtres. [Illustration: Paulus aprs sa victoire.] [Illustration: Holbein Burgess. Le sergent Poullitou. Aprs le dpart: en pleine eau.] [Illustration: Miss Kellermann plongeant.] [Illustration: Miss Kellermann nageant.] [Illustration: Miss Kellermann l'arrive.] LA TRAVERSEE DE PARIS A LA NAGE [Illustration: L'entre de la Belgica, le 12 septembre, dans le port d'Ostende.] [Illustration: Le duc d'Orlans et le commandant de Gerlache saluant leurs amis.] L'EXPDITION ARCTIQUE DU DUC D'ORLANS La _Belgica_, le vaillant et robuste trois-mts qui porta nagure vers le ple sud le commandant Adrien de Gerlache et ses compagnons, vient de pousser, avec l'expdition que conduisait Monsieur le duo d'Orlans, une pointe non moins heureuse dans l'ocan Glacial arctique, cette fois. Mardi, elle ramenait aux quais d'Ostende, tous florissants de sant, le prince et la mission d'exploration qu'il avait organise. Le moins qu'on puisse dire, en attendant la publication complte des travaux de la mission, c'est que cette campagne a t des plus fcondes. Quand on songe au peu de temps qu'elle a dur, on est surpris, en vrit, des rsultats acquis; la cte est du Groenland, reconnue et minutieusement releve sur 80 milles de long, l'extrme point connu de ce continent report du 77e degr au del du 78 20, sans parler de quantit d'observations scientifiques faites en cours de route, tels sont les fruits d'un voyage de quatre mois. [Illustration: Croquis provisoire de l'expdition de la _Belgica_, d'aprs les indications de Monsieur le duc d'Orlans et du commandant de Gerlache. 1. Point o la Belgica rencontra la banquise (80 20 de latitude).--2. Point d'entre du navire dans la banquise, le 21 juillet.--3. La premire terre aperue, le 28 juillet.--4. Point de sortie de la banquise (70 26 de latitude).--Le carton d'angle montre la rectification de la cte d'aprs les relevs de l'expdition.] A peine la _Belgica_ amarre l'entre du bassin d'Ostende, le prince, qui avait command lui-mme la dlicate manoeuvre de l'accostage, voulait bien rsumer pour nous ces quelques semaines d'une vie rude et salubre, au milieu des brumes interminables du Nord, des glaces de la banquise, des tourmentes, des frimas, avec, comme distractions, de fructueuses parties de chasse. Nous avons annonc en son temps le dpart de la _Belgica_ et donn la composition de son tat-major. On sait que le duc d'Orlans avait fait appel au concours clair du commandant de Gerlache, qui fut son principal collaborateur et dont l'exprience et le dvouement, nous disait-il, lui ont t particulirement prcieux. C'est le 3 juin dernier que l'expdition quittait Tromsoe, faisant voile au nord pour le Spitzberg; on tait en avance et, sur les conseils de M. de Gerlache, le prince avait dcid de profiter de cette circonstance et d'aborder la banquise non plus par le sud, comme l'avaient fait les prcdents explorateurs, mais par le nord. Il demeura un mois dans les eaux du Spitzberg, tudiant la cte ouest, multipliant les expriences ocanographiques. Le moment venu, au jug, de foncer sur la banquise, la _Belgica_ remonta au-dessus du Spitzberg, poursuivant toujours les sondages et les pches d'tude. La marche en avant fut quelques jours retarde par les glaces flottantes. Enfin le 8 juillet, par 80 20 de latitude nord et 5 40 de longitude est, on atteignait la banquise. Il fallut en ctoyer le bord abrupt en redescendant vers le sud-ouest, en qute d'un passage libre qui permt la _Belgica_ de s'y engager. On revint ainsi en arrire jusqu'au 21 juillet. Ce jour-l, par 76 10 de latitude nord et 7 degrs de longitude ouest, on dcouvrait un chenal navigable, dirig vers le nord-ouest. On le suivit. Pendant toute une semaine, on navigua l'aveuglette, travers d'paisses brumes. Mais on avait depuis longtemps dpass le point extrme auparavant reconnu, le cap Bismarck. Et encore, ce point, baptis comme la Terre du Roi Guillaume la suite de l'expdition conduite par le capitaine prussien Koldewey, n'avait-il pas t atteint par mer. Aprs la perte de l'un de ses navires, la _Hansa_, Koldewey avait fait hiverner le second, la _Germania_, l'le Sabine, et ce fut en traneau, avec un dtachement de son personnel, qu'il alla planter le drapeau prussien sur ce promontoire avant lui inconnu. Le duc d'Orlans allait avoir meilleure fortune que ce devancier: le 28 juillet--la _Belgica_ avait stopp la veille--comme le prince, chasseur passionn et tireur dont l'habilet a merveill ses compagnons, venait de descendre un ours superbe, le rideau de brume s'claircit, se leva. On aperut alors, dans le demi-jour polaire, une terre assez leve qui mergeait, bbord du navire, de l'immensit blme. Une motion indicible s'empara de tous. Sance tenante, Monsieur le duc d'Orlans partit avec un dtachement pour l'atteindre; deux heures aprs, il la foulait. Un _cairn_ tait lev et le drapeau aux trois couleurs franaises mettait sa note joyeuse dans ce paysage de dsolation. Le soir elle tait appele Terre de France et, sur la proposition du commandant de Gerlache, avec l'assentiment du prince, la pointe qui la terminait reut le nom de cap Philippe. On quitta le 5 aot ce point pour regagner la mer libre que l'on retrouva par 70 20 de latitude. [Illustration: La cte orientale du Groenland, du cap Bismarck au cap Philippe. (Relev du peintre Mrite.)] Dans ce voyage de retour, on eut la chance heureuse de pouvoir relever toute la cte trs mticuleusement, la photographier mme en certains points jusqu'au cap Bismarck, en noter les fiords, les anfractuosits, rapporter, en somme, des indications suffisantes pour tablir presque sur toute la longueur une carte suffisamment exacte du contour. Et l'on peut voir que ce littoral, au lieu de se creuser vers l'est, comme le supposait Koldewey, s'incurve au contraire vers le nord-ouest. Maintenant, s'agit-il d'une terre, d'un prolongement vers l'est du continent groenlandais ou d'une srie d'les? Le prince, trs prudemment, vite de se prononcer. Il incline pourtant croire que le cap Bismarck est la pointe sud d'une le. --Et alors, dit-il gaiement, ce sera non plus la Terre de France, mais l'archipel Franais! G. B. [Illustration: Le cap Philippe.] [Illustration: 1. Lieutenant-colonel Cornejo,--2. Colonel de la Combe.--3. Major Salazar.--4. M. E. Collin, ingnieur du Creusot.--5. Colonel Varela.--6. Gnral Echenique, prsident de la commission.--7. Colonel Chaumeton.--8. Colonel Zuleta.--9. Colonel Abril.--10. Lieutenant-colonel Rgal. La commission d'expriences du canon franais de 75 millimtres tir rapide, actuellement en essai au Prou.] [Illustration: 1. M. Michel Fort.--2. Major Salazar.--3. M. E. Collin.--4. Lieutenant-colonel Rgal.--5. Colonel Abril.--6. Colonel de la Combe.--7. Colonel Muniz, ministre de la Guerre.--8. M. Jos Pardo, prsident de la Rpublique.--9. Colonel Ugarte, chef d'tat-major.--10. Gnral Echenique.--11. Colonel Varela.--12. Colonel Chaumeton.--13. Colonel Zuleta.--14. Lieutenant-colonel Cornejo. Le prsident de la Rpublique du Prou et les membres de la commission devant la cible des tirs de prcision 2.000 mtres.] [Illustration: Le tir du canon Schneider-Canet de 75 millimtres par des artilleurs pruviens.] L'ARTILLERIE FRANAISE AU PROU L'artillerie franaise, rcemment victorieuse de ses concurrents en Portugal et en Bulgarie, vient de montrer encore ses excellentes qualits sur les bords du Pacifique. [Illustration: Effet de neuf projectiles de 75 millimtres chargs schneidrite sur une maison situe 1.000 mtres de distance.] Au commencement de l'anne actuelle la maison Schneider a, en effet, envoy au Prou un canon de campagne de 75 millimtres tir rapide, modle lger 1904, avec un approvisionnement de 500 cartouches, pour qu'il y soit procd une srie d'expriences destines mettre en vidence la valeur de ce matriel. Ces expriences viennent d'avoir lieu en prsence d'une commission compose des officiers d'artillerie les plus minents de ce pays: M. le gnral Echenique, prsident; MM. le colonel Varela, commandant le rgiment d'artillerie de montagne Lima; colonel Abril, commandant en second le mme rgiment; colonel de la Combe; colonel Zuleta; lieutenant-colonel Rgal; lieutenant-colonel Cornejo et major Salazar. Faisait galement partie de cette commission M. le capitaine Chaumeton, membre de la mission militaire que le gouvernement franais a mise, depuis plusieurs annes, la disposition du gouvernement pruvien (cet officier a, au Prou, le grade de colonel). Avec le concours de M. Emile Collin, le distingu ingnieur envoy au Prou par les ateliers du Creusot, les essais les plus varis ont eu lieu pendant tout un mois et ont produit sur la commission tout entire une excellente impression. Nous mentionnerons, en particulier, la sance au cours de laquelle fut excut, en prsence de M. Jos Pardo, prsident de la Rpublique, un tir de projectiles chargs schneidrite, l'explosif spcial de l'artillerie du Creusot: aprs un tir de rglage pralable destin rechercher la hausse exacte du but, le feu fut ouvert 1.000 mtres sur une maison abandonne, solidement construite en briques, que neuf obus suffirent dmolir presque en entier, dmontrant ainsi la fois la justesse du tir de la pice et la puissance de l'explosif employ. Ces nombreuses preuves, des plus concluantes, ont eu galement un retentissement considrable dans l'opinion et ont dmontr une fois de plus l'excellence des canons fabriqus en France, que leurs qualits matresses, solidit et facilit d'emploi de l'arme, rapidit et prcision du tir, ont placs la tte des matriels actuellement en service dans les armes europennes. LES THTRES Les thtres qui avaient ferm leurs portes commencent les rouvrir; si le mauvais temps s'accentue, la saison thtrale ne tardera pas commencer srieusement. Pour le moment, on peut aller l'Opra-Comique, au Gymnase et aux Folies-Dramatiques, qui offrent au public des spectacles dj consacrs par le succs. Comme nouveaut, nous n'avons signaler qu'un brave et honnte drame de M. Maurice Lefvre, l'Ambigu: _le Crime d'un fils_. C'est une nouveaut qui n'en est pas une, car les situations en sont familires aux habitus du thtre du crime, mais ceci n'est pas pour nuire son succs. Il suffit que l'auteur ait russi une fois de plus provoquer alternativement le rire et les larmes du spectateur en lui contant l'histoire d'une pauvre mre rduite la mendicit par les dbordements de son garnement de fils; les deux sont sauvs en fin de compte par un docteur quelque peu spirite aid d'un excellent gentilhomme. On a fort applaudi le marquis, quoiqu'il soit doubl d'un colonel. Est-ce un signe des temps? DOCUMENTS et INFORMATIONS LA TLGRAPHIE SANS FIL DU PACIFIQUE L'ATLANTIQUE. Le Prou a dcid d'tablir un service de tlgraphie sans fil de Lima Iquitos, sur l'Amazone. La tlgraphie ordinaire n'tait pas possible: il tait peu prs impossible de franchir les forts vierges et, d'autre part, les Indiens, ne comprenant rien aux fils et les souponnant d'tre des agents malfaisants, dtruisaient le rseau peine tabli. On a bien song poser des cbles dans les rivires, mais le courant est trop rapide: il faudrait sans cesse renouveler la ligne, par suite d'usure. Une autre solution a t adopte: le gouvernement pruvien a charg un ingnieur de la Compagnie de Tlgraphie sans fil de Berlin de partir pour l'intrieur, avec quarante ouvriers et de nombreux Indiens porteurs, et de rechercher l'emplacement de cinq stations radio-tlgraphiques, pour mettre en communication les rives atlantique et pacifique du pays. L'expdition, rendue trs difficile pourtant par la ncessit de traverser des rgions inhabites et mme inexplores jusqu'ici, a fort tien russi. La compagnie allemande a obtenu le monopole de l'exploitation et va procder l'installation des stations. Entre Puerto-Bermudez, o s'arrte la tlgraphie ordinaire, et Iquitos, il y a 1.000 kilomtres: trois stations seront tablies entre ces deux points; le service sera mme prolong d'Iquitos Manaos et Para. De la sorte, la tlgraphie sans fil reliera l'Atlantique et le Pacifique. LES PETITS ATELIERS DE FAMILLE. En ces derniers temps, on se lamentait, juste titre, sur la disparition rapide des ateliers de famille, qui sont si prcieux pour la famille mme de l'ouvrier, pour l'hygine, et aussi pour certaines productions, qui rclament le travail individuel. La force mcanique avait port un coup srieux ces petits ateliers, dont elle avait amen l'absorption dans les grandes usines; mais les socits d'lectricit sont venues leur assurer une vie nouvelle. Dans un mmoire lu l'Acadmie des sciences morales et politiques, M. G. Picot fait connatre qu' Saint-Etienne plus de 10.000 mtiers sont mus, chez l'ouvrier, raison de 10 francs par mois pour chaque atelier individuel. Le mme mouvement se produit Lyon, o plus de 700 mtiers sont actionns au domicile des canuts, la Croix-Rousse. A Paris mme, le nombre des petits ateliers est considrable: dans un grand nombre de maisons des Xe et XIXe arrondissements, une machine vapeur distribue la force tous les tages. Les ouvriers occupent des pices spares; chaque petite salle est paye, avec la force motrice, 2 et 3 francs par jour. La force lectrique, plus souple, plus facile conduire, est ainsi appele transformer les immeubles encombrs et malsains, et assurer la dure des ateliers de famille, dont la prosprit est lie la petite industrie parisienne. LE MONUMENT DE CLAUDE TILLIER. M. Bienvenu-Martin va prsider, le dimanche 17 septembre, l'inauguration du monument lev, Clamecy, Claude Tillier, pamphltaire et romancier, qui naquit dans cette ville en 1801, fut d'abord soldat, puis matre d'cole, donna, _L'Indpendant_ de Clamecy, des articles trs mordants, publia quelques opuscules de polmique, vifs de ton--pour l'poque--et d'un style lgant, conquit la notorit avec un roman tout fait joli, _Mon oncle Benjamin_, qui fut suivi de plusieurs autres fort intressants aussi, puis mourut Ne vers, en 1844, honor de l'estime de plusieurs littrateurs et critiques alors en vogue. Le monument de Claude Tillier a t conu et excut par le sculpteur E. Boisseau. Il mesure 4 m. 50 de hauteur. Il se compose d'une stle que couronne le buste de l'crivain. Contre cette stle, un petit Satyre, enguirland d'glantier, symbolise le talent libre du pamphltaire; ses pieds, une tte d'enfant, mergeant des roseaux, voque le Beuvron, la petite rivire orlanaise sur les bords de laquelle Tillier aimait aller chercher l'inspiration. [Illustration: Monument de Claude Tillier, par E. Boisseau.] POURQUOI LA NATATION CONVIENT AUX OBSES. Un journal de mdecine transatlantique assure que rien ne convient mieux, comme exercice, aux obses, que la natation. Mais il faut la natation l'eau de mer. Et il ne suffit pas de petits bains de cinq ou dix minutes: il les faut d'une heure ou deux par jour. Et dans de l'eau froide, pas tide, par surcrot. Pourquoi? C'est que l'exercice acclre la combustion des rserves du corps et le froid favorise le rayonnement et, par suite, aussi, la combustion. Le sujet qui se dmne dans l'eau froide se brle trois ou quatre fois plus vite que l'oisif qui reste assis l'ombre, se rafrachir avec un ventail. Si, avec cela, il rduit son alimentation, en ce qui concerne le sucre et les fculents, il peut tre assur de maigrir rapidement. On peut ajouter que, de faon gnrale, l'air de mer acclre les combustions: il y a donc plusieurs bonnes raisons pour que l'obse qui se baigne longuement la mer et nage beaucoup perde du poids et de la chair, ou plutt de la graisse. UN MONUMENT VAUBAN. La petite ville de Saint-Lger-Vauban, dans l'Yonne, pays natal du marchal de Vauban, a inaugur, le dimanche 10 septembre, une statue leve au grand ingnieur militaire. La crmonie tait prside par M. Bienvenu-Martin, ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts. [Illustration: Statue de Vauban, par Guillot.] La statue, oeuvre du statuaire Guillot, enfant de l'Yonne, lui aussi, se dresse sur un pidestal en granit du Morvan, figurant un pan de fortification, une contrescarpe invente par Vauban. Le marchal est reprsent debout, dirigeant les oprations d'un sige, la main gauche pose sur une carte; de la droite, qui tient une canne, il indique les travaux effectuer. L'ORIGINAL DE SHYLOCK. On ignore peut-tre, mme parmi les mdecins, que le Shylock mis en scne par Shakespeare n'a point t une imagination du dramaturge. L'original de Shylock a exist; et c'tait un mdecin. C'tait un juif portugais, du nom de Buy, ou Boderigo Lopez, qui, grce son habilet mdicale et aussi son esprit d'intrigue, avait gagn la confiance de la reine Elisabeth. Il se fixa Londres en 1559 et fut plusieurs annes le mdecin principal de la reine, jusqu'au moment o il se laissa sduire par la politique. Il fut mdecin de l'hpital Saint-Bartholomew, o il tait log, tant peu pay sans doute, mais ayant su se faire attribuer plusieurs petits profits. Peu estim de ses confrres qui l'accusaient d'indlicatesses diverses, il sut gagner l'amiti de quelques grands personnages, grce qui il obtint de la reine le privilge et le monopole de l'importation de l'anis et du sumac en Angleterre. Ce mdecin tait en mme temps un brocanteur dans l'me. Harvey a crit de Lopez: Ce n'est point un des plus savants, ou des plus experts des mdecins de la cour; mais il fait un grand plat de lui-mme et a su se faire passer pour le meilleur, et, grce des pratiques juives, il a su accumuler une grosse fortune et mme se faire quelque rputation auprs de la reine mme et de quelques-uns des grands seigneurs et des grandes dames. Des conspirateurs ayant offert 50.000 couronnes Lopez pour assassiner la reine et participer un complot espagnol, la cupidit du mdecin fut veille; il couta et discuta la proposition et se compromit assez pour qu'on le mt en prison, le complot ayant t dcouvert. Son procs fut instruit, et il fut condamn mort et excut en 1594, la vive satisfaction de beaucoup de ses contemporains. De leur avis, rien n'tait trop odieux pour n'avoir pas t fait par Lopez. Il tait capable de tout pour de l'argent: sa rputation, cet gard, tait faite. Aussi a-t-il figur dans plus d'une pice, aprs sa mort. Shakespeare s'en est empar et en a fait Shylock; Marlowe l'a utilis dans le _Juif de Malte_ et _Faust_; Dekker et Middleton l'ont fait figurer dans deux autres pices. Shakespeare arriva premier: _le Marchand de Venise_ fut jou deux mois aprs l'excution de Lopez, alors que l'histoire de celui-ci tait encore le thme de toutes les conversations. Lopez tait souponn d'empoisonnements et l'on savait sa passion pour l'argent. Il avait, pour avancer ses affaires, feint d'embrasser le christianisme et ne manquait pas une occasion de proclamer la sincrit de sa croyance. C'est quoi pensait Shakespeare, sans doute, quand Antonio compare Shylock une pomme de belle apparence, dont le coeur est pourri. UN TRAITEMENT TRS SIMPLE DES VERRUES. Un mdecin anglais, M. J. Burdon Cooper, s'tant mis lui-mme au rgime de l'eau de chaux pendant une dizaine de jours pour cause de troubles digestifs, fut trs agrablement surpris en constatant qu'en mme temps que ses troubles digestifs, une verrue avait disparu, contre laquelle il avait, jusque-l, vainement employ les traitements les plus varis. Ce pouvait tre une concidence, sans doute, mais peut-tre aussi y avait-il eu une action du remde. Pour s'assurer de la chose, M. Burdon Cooper s'est mis traiter l'eau de chaux tous les sujets porteurs de verrues. Il leur en faisait prendre, chaque jour aprs djeuner, un verre, avec un peu de lait. Dans tous les cas, il a obtenu la disparition de la verrue; l'action a pu tre plus ou moins rapide, mais elle n'a jamais manqu. En un temps qui avari de quatre jours six semaines, la verrue a disparu. Il faut donc un peu de patience qui entreprend ce traitement: il ne faut pas se dcourager si le succs n'est pas immdiat. Avis aux porteurs de verrues. LA MORTALIT EN FRANCE DEPUIS VINGT ANS. Il rsulte d'un tableau dress par le docteur Imbeaux, d'aprs les documents statistiques du ministre de l'Intrieur, que l'hygine s'est grandement amliore dans les 56 principales villes de France depuis vingt ans. En 1886, pour l'ensemble de ces villes, la mortalit tait de 26,4 dcs pour 1.000 habitants. En 1903, elle tait tombe 20,14; et, dans ces chiffres, ceux dus la fivre typhode avaient diminu de moiti. A Paris, en particulier, la mortalit a pass, dans ce laps de temps, de 24,5 pour 1.000 habitants 17,24; et la fivre typhode a diminu de plus d'un quart. Toutefois, il est encore des villes o les progrs de l'hygine ne se font pas sentir. En 1903, on a relev une mortalit de 27,9 Rouen; de 25,9 Brest; de 25,3 Avignon; de 25,1 Cette; de 25 Marseille, etc. C'est Belfort qui dtient le record de l'hygine: la mortalit n'y a t, en 1903, que de 15,7 pour 1.000 habitants. Aprs Belfort, viennent Douai et Vincennes, avec le chiffre 16. [Illustration: LA BOMBE DE BARCELONE.--Le cortge funbre des victimes passant sur la place de l'attentat, la Rambla.] LA BOMBE DE BARCELONE. Les attentats anarchistes n'ont jamais signifi grand'chose. Le plus rcent de tous, qui vient de terrifier Barcelone, en est peut-tre aussi le plus incohrent. C'est le 3 septembre dernier, 1 h. 30, sur la Rambla, la promenade des fleurs, situe au bord de la mer, qu'clata la bombe. Il passait, ce moment, des gens inoffensifs, des ouvriers, des enfants, des femmes. La dtonation fut si violente qu'elle retentit jusqu'aux extrmits les plus loignes de la ville. Le dplacement de l'air jeta un cocher bas de son sige. Et ce fut, naturellement, un sauve-qui-peut gnral, au milieu d'une panique indescriptible. Suivant les dtails que les journaux ont publis sur cet vnement, le nombre des blesss--presque tous cruellement atteints--serait de soixante environ. Deux femmes seulement sont mortes sur le coup. D'aprs les indications de la police, l'engin, enferm dans une enveloppe de pltre, de forme cubique, avait t dpos au pied d'un arbre. On ne croit gure un complot. L'attentat est plutt l'oeuvre d'un isol, ayant agi d'aprs sa propre impulsion. La police suit des pistes et surveille des blesss. En attendant l'arrestation du coupable, on a procd l'enterrement des victimes. Ces obsques ont eu lieu le 5 septembre au matin, 9 heures, au milieu d'une grande affluence de population. Toutes les autorits y assistaient. La famille royale et le gouvernement s'taient fait reprsenter. Tout Barcelone suivait le convoi. UN SANTOS-DUMONT AMRICAIN. Un nouveau ballon dirigeable a fait, le 20 aot dernier, ses dbuts New-York. Il a t construit sous les auspices, avec le concours d'un journal de l-bas, le _New-York American_, par M. A. Roy-Knabenshue, qui l'a pilot dans les airs. Il rappelle tonnamment-- s'y mprendre--les _Santos-Dumont_ que nous vmes voluer diffrentes reprises, avec des succs diffrents, au-dessus de Paris, de Monte-Carlo ou de Trouville: mme enveloppe en forme de fuseau et, surtout, mme poutre arme section triangulaire; enfin, comme le dernier, celui de Trouville, hlice l'avant. La grande nouveaut que prsenta l'_American's_, ce fut, sa seconde ascension, le 23 aot. Car, ce jour-l, l'aronaute emportait avec lui cent chques, variant de 1 100 dollars, qu'il lana, du haut des airs, aux badauds qui suivaient ses volutions. Tenez les yeux aux ciel et ramassez un des chques, disait une proclamation, dans le style de Mangin, publie le matin par notre confrre amricain. D'aprs le _New-York American_, 100.000 personnes avaient suivi la premire ascension; toute la ville de New-York s'intressa, le jour de la seconde, aux volutions du ballon, avec passion, au point que les affaires taient abandonnes. On le croit sans peine. Ce dtail, mme mis part, il semble, en lire les comptes rendus, que les deux ascensions ont donn d'excellents rsultats, l'_American's_ est demeur le premier jour cinquante-quatre minutes en l'air; le second, un peu plus d'une demi-heure. Et il est revenu chaque fois sans dommage bon port. [Illustration: UN SANTOS-DUMONT AMRICAIN.--L'ascension de M. A. Roy-Knabenshue, le 20 aot, New-York.] [Illustration: Chaloupe de la commission sanitaire, visitant les pniches des mariniers sur la Spre.] [Illustration: Pavillon d'observation des malades Koepenick, prs de Berlin.] LE CHOLRA EN ALLEMAGNE.--LES PRCAUTIONS SANITAIRES BERLIN. LE TREMBLEMENT DE TERRE EN CALABRE La carte ci-dessous indique la zone la plus atteinte par le tremblement de terre qui vient de secouer la presqu'le de Calabre. [Illustration: Carte de la presqu'le de Calabre, indiquant, par l'intensit du gris, l'tat de dvastation.] C'est sur la cte occidentale, dans le district de Monte Leone, que le cataclysme semble avoir produit le plus de ravages. La secousse s'est propage dans toutes les directions, touchant au nord l'extrmit de la province de Cosenza et atteignant, par del le dtroit, le territoire de Messine. En dehors de Monte Leone, Catanzaro, Martirano, Palmi, Tropea, ont t fort prouvs. Plusieurs gravures de notre supplment reprsentent ces gracieuses petites villes, pittoresquement situes dans une rgion assez malsaine, mais luxuriante, presque rduites aujourd'hui des amas de ruines et o la densit de la population fait craindre un nombre de victimes dont on ne connat encore que trs approximativement l'importance. Nous publions en mme temps les premiers documents (dessins et photographies) que nous envoient nos correspondants italiens, accourus en Calabre ds la premire nouvelle du dsastre: Une vue des fouilles dans les dcombres Monte Leone, et deux dessins de notre collaborateur, M. G. Amato, nous montrant, l'un, la procession de Saint-Michel, Tropea, petite ville entre Monte Leone et Palmi, pour conjurer de nouveaux dsastres; l'autre, la foule campe devant la cathdrale de Reggio. BOULEMENT D'UNE FALAISE La falaise du cap de la Hve, prs Sainte-Adresse, haute de 80 mtres, s'est effondre, le 7 septembre au matin, sur une longueur de 250 mtres et une profondeur d'environ 40 mtres. Peu s'en est fallu que le smaphore de la Hve ft emport avec ses deux gardiens; il ne se trouve plus qu' une quinzaine de mtres du bord de la falaise et, par mesure de prudence, on l'a vacu. Un boulement semblable s'est produit, au mme endroit, il y a dix ans. Il est probable qu'il s'en produira encore d'autres. On se trouve en prsence du phnomne gologique de dnudation par la mer qui concourt, avec tant d'autres aussi inluctables, modifier sans cesse, de faon lente mais sre, le profil des continents. M. REN GOBLET Nous apprenons, au moment de mettre sous presse, la mort, l'ge de soixante-seize ans, de M. Ren Goblet, ancien prsident du Conseil. [Illustration: M. Ren Goblet.--_Phot. Pirou, boul. St-Cermain._] N Aire (Pas-de-Calais) en 1828, M. Goblet tait avocat Amiens lorsque, en 1871, les lecteurs de la Somme l'envoyrent l'Assemble nationale. Rlu dput en 1877, puis en 1881, il fut sous-secrtaire d'tat la Justice en 1879, ministre de l'Intrieur en 1882, de l'Instruction publique en 1885 et forma, en 1887, un cabinet o il prit le portefeuille de l'Intrieur. Renvers l'anne suivante, il revenait au pouvoir comme ministre des Affaires trangres (1888-1889). Aprs avoir occup un sige au Snat, il se fit lire dput de Paris en 1893. Depuis son chec aux lections de 1898, il tait rentr dans, la vie prive. LE CHOLRA EN ALLEMAGNE Quelques cas de cholra ont t signals, la fin du mois d'aot, Varsovie et dans la Prusse orientale, sur la frontire russe. De son point de dpart sur la Vistule, le mal est arriv graduellement aux environs de Berlin en suivant l'Oder et en contaminant les valles adjacentes. Jusqu'en ces derniers jours on a constat en Allemagne 139 cas avec 46 dcs. Des mesures nergiques sont prises pour arrter l'invasion du flau qui tend se propager par les voies fluviales. Des postes d'observation sont tablis de tous cts; une commission spciale, que notre gravure montre bord du canot officiel, est charge d'arrter les bateliers et de les soumettre une visite mdicale. On peut donc esprer que l'pidmie, nettement circonscrite, aura bientt disparu. M. ARNOUS DE RIVIRE _L'Illustration_ vient d'avoir le vif regret de perdre un de ses plus anciens collaborateurs, M. Jules Arnous de Rivire, dcd dans sa soixante-quinzime anne, la suite d'une courte maladie. De longue date, il s'occupait spcialement, avec autant d'ingniosit que de comptence, de la partie du journal consacre la Science rcrative et aux Jeux d'esprit; demeur jusqu' la fin en pleine possession de son activit intellectuelle, la mort seule a marqu le terme de son labeur assidu. Port expert en tous les jeux, habile rsoudre les problmes les plus compliqus, M. A. de Rivire a crit divers ouvrages sur les checs, le damier, le billard, les cartes, le trente et quarante; il est l'inventeur du _damier diagonal_, des _dominos deux couleurs_, du _salta-steeple_, de _l'toile nationale_, etc. C'est surtout dans le monde des checs qu'il avait acquis une rputation universelle: jadis, il eut l'honneur de tenir tte au clbre joueur amricain Murphy, surnomm le Napolon des checs, et parfois mme il russit le battre. [Illustration: M. Arnous de Rivire.-_Ph. Pirou, b. St-Germain_.] En 1870, M. A. de Rivire, bien qu'approchant de la quarantaine, avait pris une part active la dfense de Paris et sa vaillance lui avait valu la mdaille militaire. C'tait un homme d'une haute courtoisie, d'une affabilit parfaite, chez qui des revers et des dboires dignement supports n'avaient altr, jusqu'au dclin de la vie, ni les qualits de l'esprit, ni celles du coeur. LE MIKASA COUL Le cuirass japonais _Mikasa_, qui portait, dans la guerre rcente, le pavillon de l'amiral Togo et qui se trouvait, depuis quelque temps, l'ancre Sasebo, vient de couler la suite d'un incendie qui fit exploser la soute aux munitions, dterminant une voie d'eau importante au-dessous de la ligne de flottaison. Nous avons publi une belle photographie du pont de ce cuirass dans notre numro du 22 avril dernier. [Illustration: La falaise de la Hve boule.--_Phot. Dejean._] [Illustration: LA DFENSE DE L'LPHANT, par Henriot.] _NOUVELLES INVENTIONS_ _(Tous les articles compris sous cette rubrique sont entirement gratuits.)_ SERRURES YALE Le type de serrure que nous dcrivons nos lecteurs offre des caractres d'inviolabilit et de commodit des plus intressants. Assez connue en Amrique, la serrure Yale l'est peu ou pas en Europe, et son originalit mrite une description dtaille. Cette serrure est dite cylindre et cl paracentriques. Un rapide coup d'oeil sur les figures ci-dessous permet de se rendre compte du mcanisme et de sa remarquable sret. La figure 1 reprsente la coupe du cylindre, la cl demi engage dans son logement, et soulevant au fur et mesure une srie de goujons mobiles dans le canon de la serrure. L'emplacement de ces goujons est en concordance parfaite avec les encoches de la cl. La figure 2 montre une cl engage fond, mais n'tant pas celle de la serrure. Le canon intrieur, arrt par les goujons, ne peut tourner, bien que la cl soit engage entirement. A plus forte raison ne pourra-t-on le faire manoeuvrer avec un instrument de crochetage, qu'il est du reste presque impossible de faire pntrer dans l'entre paracentrique, en raison de ses dimensions minuscules et de sa forme. La figure 3, au contraire, montre le fonctionnement du mcanisme intrieur sous l'action de sa cl propre. Le canon tourne librement, entranant dans sa course la srie des goujons infrieurs et actionnant une came fixe l'extrmit et qui agit sur le pne de la serrure. La petite cl Yale, qui mesure peut-tre moins d'un millimtre d'paisseur pour 4 5 centimtres de long, est en melchior, d'une grande solidit. Elle est lgre, lgante; un trousseau d'une dizaine de ces cls prend place facilement dans un porte-monnaie, une poche de gilet. Elle est elle-mme tout un trousseau, les serrures Yale pouvant tre ajustes sur cls passe-partout. Une cl peut ouvrir un trs grand nombre de serrures, toutes diffrentes les unes des autres, ayant chacune leur cl propre. Ces serrures peuvent se diviser en plusieurs sries, commandes dans chaque srie par une cl matresse. Une cl passe-partout peut tre ajuste la fois sur des serrures de portes d'entre, des serrures de meubles et mme sur des cadenas munis de ce mcanisme. C'est dire qu'il suffit d'une seule cl pour ouvrir toutes les serrures d'une mme maison. Fig. 3. On conoit aisment l'avantage de ce systme pour les administrations, les grandes usines, les grands htels. Nous devons ajouter que le cylindre Yale s'applique bon nombre de modles de serrures. Notre figure 4 reprsente une serrure pour portes d'entre, tirage (prix: 25 fr. 50), possdant l'intrieur et l'extrieur un double mcanisme; celui de l'extrieur est indpendant et fix par une barre d'assemblage d'paisseur variable, suivant celle de la porte, et permettant par suite d'adapter la serrure des portes variant de 22 76 millimtres d'paisseur, sans modification de grandeur de la cl. Les serrures Yale se trouvent dans les principales maisons de quincaillerie. Pour tous renseignements, s'adresser _la maison Yale et Tourne, 107, avenue Parmentier, Paris._ LES TREMBLEMENTS DE TERRE EN CALABRE [Illustration: A TROPEA, APRS LA CATASTROPHE. Procession de la statue de saint Michel, patron de la ville, pour conjurer de nouveaux dsastres. _Dessin d'aprs nature de G. Amato--Voir l'article, page 192 du numro._] LES TREMBLEMENTS DE TERRE EN CALABRE [Illustration: A MONTE LEONE.--Les soldats cherchent les victimes dans les dcombres.--_D'aprs une photographie_. La population a vacu la ville et est maintenue loin des ruines.--Monte Leone avait t dj dtruit par le tremblement de terre de 1783.--_Voir l'article, page 192 du numro._] [Illustration: Type d'habitant de Martirano (village de 2.400 habitants, un des plus prouvs).] [Illustration: Le rivage occidental de la Calabre, prs de Palmi (ville de 15.000 habitants, o plus de 300 maisons sont en ruines)] [Illustration: Vendeur d'eau Catanzaro (ville de 28.000 habitants, en grande partie dtruite).] [Illustration: Panorama de Scilla, en face de Messine: le phare, gauche, est maintenant croul.] [Illustration: Une vue de Monte Leone (ville de 12.000 habitants, centre du cataclysme)] [Illustration: Tropea (6.000 habitants), prs de Monte Leone.] VUES DES VILLES ET DES VILLAGES DE CALABRE LES PLUS PROUVS PAR LE TREMBLEMENT DE TERRE. _Voir le texte et la carte la page 192 du numro._ End of the Project Gutenberg EBook of L'Illustration, No. 3264, 16 Septembre 1905, by Various License: Share Alike