Produced by Jeroen Hellingman and Rnald Lvesque L'Illustration, No. 3270, 28 Octobre 1905 Avec ce Numro: L'ILLUSTRATION THTRALE CONTENANT DON QUICHOTTE Suite et fin. LA REVUE COMIQUE, par Henriot. [Illustration: Supplments de ce numro: 1 L'ILLUSTRATION THTRALE, contenant DON QUICHOTTE (suite et fin). 2 Une double page hors texte: _La corrida de toros en l'honneur de M. Loubet, Madrid._ L'ILLUSTRATION _Prix de ce Numro: Un Franc._ SAMEDI 28 OCTOBRE 1905 _63e Anne--N 3270_] [Illustration: LE VOYAGE DU PRSIDENT DE LA RPUBLIQUE EN ESPAGNE Dans les rues de Madrid: vendeuse de journaux et d'images populaires. _Phot. Lon Bouet._] NOS SUPPLMENTS ROMAN.--Nous commencerons dans le numro du 18 novembre la publication d'un nouveau roman de J.-H. ROSNY: LA TOISON D'OR, illustr par SIMONT. Ce roman sera imprim sur papier verg mat et chaque fascicule contiendra une gravure hors texte tire en deux tons sur papier couch. Les courtes nouvelles accompagnant nos numros des 21 et 28 octobre, 4 et 11 novembre, ont t imprimes sur papier glac, avec illustrations dans le texte, afin de permettre nos abonns de les faire relier la suite du roman de Claude Lematre: _Cadet Oui-Oui_, que nous avons publi cet t sous la mme forme. THTRE.--Nous donnons avec ce numro la deuxime partie de DON QUICHOTTE, le beau drame hroque en vers de JEAN RICHEPIN: l'importance exceptionnelle de cette oeuvre nous a obligs lui consacrer deux fascicules complets de _L'Illustration thtrale_, comme nous l'avions dj fait pour _Varennes_, la pice de Henri Lavedan et G. Lenotre. Nous publierons la semaine prochaine: LE MASQUE D'AMOUR, de DANIEL LESUEUR; puis: LA RAFALE, de HENRY BERNSTEIN, l'clatant succs du Gymnase; LA MARCHE NUPTIALE, de HENRY BATAILLE, que va jouer le Vaudeville; BERTRADE, de JULES LEMATRE, actuellement en rptitions au thtre de la Renaissance; LE RVEIL, de PAUL HERVIEU, en prparation la Comdie-Franaise, et toutes les autres oeuvres importantes qui seront joues cet hiver. ART.--Tous les numros qui ne contiendront pas une pice de thtre seront accompagns d'une de nos belles gravures en couleurs, reproduisant en fac-simil les oeuvres des plus grands peintres. MUSIQUE.--Notre prochain supplment musical sera consacr MIARKA de JEAN RICHEPIN, musique d'ALEXANDRE GEORGES, dont la premire reprsentation va avoir lieu l'Opra-Comique. COURRIER DE PARIS JOURNAL D'UNE TRANGRE J'ai beaucoup plaint, cei te semaine, M. Loubet. Car ce chef d'tat passe pour avoir l'esprit curieux et fin; il aime les arts; il jouit d'une sant qui lui permet de supporter allgrement la fatigue des longs voyages: il et pu passer en Espagne une semaine dlicieuse... Octobre est un des instants de l'anne o le ciel d'Espagne est le plus joli. Mais M. Loubet est le premier magistrat d'une rpublique que nos voisins entendent glorifier en sa personne, et de faon trs cordiale et trs pompeuse,-- l'espagnole! Ils y ont russi. La fte fut charmante et fort bien ordonne; mais, parmi la somptuosit de ces dcors de gala, dans le tumulte des rceptions, des fastueuses agapes, des prodigieux cortges o dfilrent, pour l'acclamer, l'Espagne officielle, l'Espagne populaire, l'Espagne militaire,--toutes les Espagnes, M. Loubet peut-il se flatter d'avoir connu les dlices d'une vraie promenade au pays d'Alphonse XIII? Et n'a-t-il pas, _in petto_, souffert un peu de sentir se dissimuler derrire tant de fleurs, de tentures, d'illuminations et d'uniformes, une autre Espagne--la vritable--qu'il et bien voulu connatre un peu, et qu'il n'aura pas vue? Souvent, en regardant du fond de leur daumont de gala les rois sourire nos acclamations parisiennes, j'ai pens: La triste chose que d'tre un grand de la terre et de ne pouvoir jouir d'une ville comme celle-ci qu'aux sons du canon et de _la Marseillaise_, et sous les yeux de cinq cent mille personnes! Je considrais nos belles rues, obstrues d'arcs triomphaux, d'architectures de toile peinte et de carton dor; nos arbres, si cruellement enlaidis sous l'enguirlandement des fleurs lumineuses et des lampions; et je pensais que cela n'est pas Paris le moins du monde. Je pensais que pendant plusieurs jours l'hte que nous ftions allait mener, parmi nous, une vie terriblement dure, et que ce sont, au total, de rudes corves que les amusements royaux: dners sans fin, o l'estomac peine sous la charge des mets et des vins inutiles; spectacles de gala o il est galement inconvenant de laisser voir qu'on s'amuse (si l'on s'amuse), et de biller si l'on s'ennuie; visites trop htives d'difices et de muses o l'on et rv de flner un peu et que le protocole ordonne qu'on traverse en courant; rceptions extnuantes dont il est ncessaire d'endurer jusqu'au bout le martyre, avec des gestes de cordialit, des sourires, des mots aimables qu'il faut trouver... C'est ainsi que M. Loubet aura vu l'Espagne. Il est vrai qu'une consolation lui reste: celle de penser que, dans quelques mois, il lui sera permis d'y retourner _incognito_; d'y goter loisir la joie d'observer sa guise et de prs les choses et les gens; d'tre n'importe qui au sein d'une foule qui l'ignorera! C'est cette joie-l qu'est venu s'offrir au milieu de nous, cette semaine, notre hte d'hier, le prince de Bulgarie. Il nous avait quitts il y a huit jours, pompeusement, dans le fracas des musiques militaires et des galops d'escortes... Il est revenu discrtement, en rasant les murs, heureux d'tre ignor, cette fois, par tout le monde; et, seulement alors, il lui a sembl que son voyage Paris commenait. Il a vu nos gares sans drapeaux; il s'est install en un htel que ne gardait aucun factionnaire et que M. Lpine ne surveillait que de loin. Librement, chaque soir, il choisit le cabaret o il dnera, le petit thtre ou le music-hall o il passera sa soire et compose, comme il lui plat, la petite escorte d'amis qui l'y accompagneront. Il avait dit, la semaine dernire, M. Georges Cain, directeur du muse Carnavalet: Je reviendrai vous voir, mais tout seul, un jour que ce sera ferm... Vous voulez bien? Et il y est retourn en effet. Il a revu le vieil htel de la marquise de Svign sans tentures ni plantes vertes; aucune _Marseillaise_ n'a dtourn sa rverie des spectacles et des souvenirs o il lui plaisait de s'attarder. Le petit-fils de Louis-Philippe a pu, durant une heure ou deux, revivre son pass, l'abri des curiosits de la rue et des politesses municipales. * * * Ce sont l des volupts que les rois seuls peuvent savourer. Ne les leur envions point. Tant d'autres leur sont interdites, qu'ils nous envient! J'ai rencontr tout l'heure un directeur de thtre qui n'est pas content de moi: --Vous avez, l'autre jour, me dit-il, parl de nous en termes injustement svres. Vous vous tes plainte que la littrature ne tnt pas assez de place dans les proccupations de vos contemporains et que le thtre en tnt trop. Vous vous tonnez de l'intrt trs vif que porte la foule nos moindres entreprises, et il vous parat un peu ridicule que la presse, si peu attentive, en gnral, l'effort de ceux qui font des livres, prodigue si gnreusement sa copie la gloire de ceux qui font des pices--mme mauvaises... --En effet, dis-je; il y a l une ingalit de traitement qui me choque. --Vous seriez moins choque, fit mon interlocuteur, si vous considriez qu'il y a l deux situations trs diffrentes et qui justifient, dans une certaine mesure, cette ingalit de traitement. Le lancement d'un livre n'expose jamais celui qui l'imprime qu' d'insignifiants risques commerciaux; et, s'il est sans exemple que l'insuccs d'un volume nouveau ait pu ruiner l'diteur qui le lanait, il est presque aussi rare que le succs de ce volume ait suffi enrichir le brave homme qui l'avait crit... Une pice de thtre, au contraire, est presque toujours, par les frais considrables qu'elle entrane, une grosse affaire;--une affaire de laquelle peut dpendre, en de certains cas, le salut ou l'effondrement du directeur qui la produit. Mais ce n'est pas tout. Faites le compte, madame, de tous ceux dont l'intrt _personnel_ est attach au succs d'une pice qu'on inaugure: cela est prodigieux! Un drame, une oprette, un vaudeville qui russit, c'est du bonheur pour tout le monde: pour le directeur et pour l'auteur; pour tel interprte, dont ce succs va mettre le nom en lumire; pour les fournisseurs--couturiers, dcorateurs, bnistes, marchands d'accessoires--dsormais rassurs sur le sort de leurs factures; pour les restaurants et les cafs du quartier qui ne dsempliront plus pendant trois mois; pour le bureau de tabac du coin; pour la station d'omnibus o l'on s'crasera tous les soirs, tant que durera la pice en vogue... Et vous vous tonnez qu'il y ait un peu de fivre dans nos maisons chaque fois qu'une de ces parties-l s'y joue? Vous trouvez tonnant que les journaux en entretiennent leurs lecteurs un peu plus copieusement que du dernier roman paru ou de la rimpression d'un trait de morale? Une premire, madame... mais c'est mieux qu'un vnement littraire; je veux dire que c'est autre choie: c'est un tirage de loterie; c'est le jeu de hasard autour duquel chacun se demande si son numro sortira. Et il y a en ce moment, Paris, quelques milliers de personnes qui se posent, chaque semaine, cette question-l... * * * Promenade au Palais de glace. Les amateurs de patinage, dcourags par la douceur des hivers parisiens, ont eu l'ide spirituelle d'amnager pour leur plaisir une piste de glace huis clos. Il n'est plus de caprices la satisfaction desquels la science moderne ne se prte; et l'on fabrique aujourd'hui de l'hiver ou du printemps comme de la cotonnade ou des chandelles. C'est une des coquetteries de ce temps-ci: manger des fraises et des asperges aux poques de l'anne o elles sont censes ne pousser nulle part, et commencer de patiner quinze jours avant que les fiacres ferms aient fait leur rapparition dans nos rues. Nous aimons les primeurs... C'est d'ailleurs un joli sport que ce patinage en chambre et o triomphe la Parisienne. Sur la piste circulaire, o les lustres lectriques versent leurs clarts de fte, elle file, court, valse, virevolte dans le bercement des valses lentes que l'orchestre lui joue. Autour de la piste, un promenoir joliment fleuri s'emplit d'une cohue de flneurs satisfaits et de femmes trs habilles. En plein air, il et fallu se vtir chaudement, renoncer aux grces du costume--tre laides! Ici, la douceur de l'atmosphre incite aux plus prcieuses lgances; et l'on court sur la glace--vision paradoxale et charmante--en robe de printemps! Un Scandinave de mes amis considrait ce spectacle avec des yeux ravis: J'admire, me disait-il, la gnrosit de vos Parisiennes. A Christiania, une jeune femme qui patine n'a que la proccupation goste de son amusement. Observez celles-ci: leur souci principal est d'tre regardes et de plaire. Elles ne ngligent pas, sans doute, leur propre plaisir; mais ne dirait-on pas qu'elles pensent surtout au ntre? SONIA. [Illustration: M. Jules Cambon dans son cabinet de travail.] [Illustration: Mme Jules Cambon et sa fille.] A L'AMBASSADE DE FRANCE A MADRID M. JULES CAMBON ET M. CH. ROUVIER A Hendaye, au moment o il allait franchir la frontire espagnole, le Prsident de la Rpublique trouvait, pour le recevoir-- ct de l'envoy du roi d'Espagne--l'ambassadeur de France Madrid, M. Jules Cambon. Esprit dlicat et pntrant, causeur enjou et aimable, si ses merveilleuses qualits de diplomate ont fait beaucoup pour amener les relations entre l'Espagne et la France au degr de cordialit o nous les voyons aujourd'hui, ceux qui le connaissent imagineront volontiers que ses dons personnels de sduction ont d peser aussi dans la balance. Tour tour sous-chef, puis chef de bureau la direction des affaires civiles et financires de l'Algrie, prfet de Constantine, secrtaire gnral de la prfecture de police, prfet du Nord, prfet du Rhne, gouverneur gnral de l'Algrie, ambassadeur enfin, il aura rempli avec une gale distinction, mme de la faon la plus brillante, les fonctions les plus diffrentes. Il reprsentait la France Washington pendant la guerre entre l'Espagne et les tats-Unis. Il est peine besoin de rappeler avec quel tact, hautement apprci des deux nations belligrantes, il remplit entre elles le rle de mdiateur. [Illustration: A LA LGATION DE FRANCE LISBONNE.--M. Charles Rouvier, entour du personnel de la lgation] M. Charles Rouvier, ministre plnipotentiaire de France Lisbonne, originaire de l'Ardche, est g d'une cinquantaine d'annes. Aprs avoir t rdacteur _l'Agence Havas_ et secrtaire de M. Waddington la confrence de Berlin, il entra au ministre des Affaires trangres qui l'envoya bientt reprsenter la France Rio-Janeiro, puis Buenos-Ayres, Tunis, Stocknolm et, enfin, Lisbonne. D'une extrme amabilit, pleine de finesse enveloppante, possdant au plus haut point l'intelligence diplomatique, M. Rouvier a donn une preuve de sa valeur en aplanissant les graves difficults financires qu'ont suscites un moment les emprunts portugais. Il y a quelques annes, l'glise grecque de Paris o on put le voir, conformment au rite, faisant le tour de l'glise la tte ceinte d'une couronne de roses blanches, il a pous Mlle Achillopulo, fille d'un riche banquier du Caire, dont notre gravure nous dispense de faire l'loge esthtique. Ajoutons que cette jolie femme, galement sduisante par son esprit bienveillant et sa simplicit, parle couramment sept langues. [Illustration: Mme Charles Rouvier.] Aucun lien de parent n'existe entre le prsident du Conseil et notre ministre Lisbonne, dont le frre est percepteur Saint-Cloud. [Illustration: Aspect de la Puerta del Sol, 3 heures du matin, la veille de l'arrive Madrid du prsident Loubet.] [Illustration: Arrive du train prsidentiel la gare del Mediodia (23 octobre, 3 heures).] [Illustration: Le cortge se rendant de la gare au Palais Royal.] [Illustration: Dans la cour centrale du Palais: le roi et le prsident passent en revue une compagnie de hallebardiers. LE PRSIDENT DE LA RPUBLIQUE A MADRID _Dessin d'aprs nature de Georges Scott et phot. de nos correspondants._] [Illustration: A l'htel de ville (casa de Ayuntamiento): arrive du cortge prsidentiel pour le djeuner du 24 octobre.] [Illustration: A Carabancel: le roi et le prince Ferdinand de Bavire, son futur beau-frre, au pied de la tribune officielle.] [Illustration: A Carabancel: M. Jules Cambon, ambassadeur de France, salue la reine mre.] [Illustration: La soire de gala du 26 octobre au Palais: le cortge traverse la salle du Trne.] LE PRSIDENT DE LA RPUBLIQUE A MADRID _Phot. de nos correspondants et dessin d'aprs nature de Georges Scott._ LA RUE ESPAGNOLE, UN JOUR DE FTE _Toute la joule espagnole, varie, remuante, bruyante, colore, endigue et maintenue sans peine par les carabiniers haut juchs sur leurs chevaux, s'coule dans cette rue troite l'ombre de la vieille glise vnrable: hommes du peuple, artisans, paysans en brets, la capa de drap ou la couverture de laine jete ngligemment sur l'paule; mme, tel extraordinaire chapeau tromblon, dans le coin de gauche, nous rejette en arrire au temps de Goya. C'est toute la joule espagnole,--sauf toutefois l'lment fminin, dont la grce lui donne le meilleur de son charme et que nous prsentons d'ailleurs d'autre part nos lecteurs._ [Illustration: Mlle de Iturbe. Comtesse de Icaza. Mlle Bertran de Lis.] BEAUTS D'ESPAGNE Le caractre mme du voyage qu'effectue en ce moment la cour de Madrid, puis celle de Lisbonne, M. mile Loubet, l'apparat dont il est entour, la prcision avec laquelle le protocole en a rgl les dtails, son peu de dure enfin, ne permettaient gure au Prsident de la Rpublique l'espoir dgoter quelques-unes des joies que l'Espagne rserve en abondance aux touristes qui leurs loisirs permettent les excursions en zigzags. Il est prsumer que les quelques coins de pittoresque que M. Loubet a pu entrevoir, au milieu des cortges officiels qui l'emportent, des crmonies auxquelles il est convi, des ftes donnes en son honneur, lui font parfois envier le sort de ces promeneurs moins presss et point surveills. [Illustration: Mlles de Gonzalez Lopez.] [Illustration: Jeunes femmes madrilnes se rendant aux courses de taureaux.] Il va voir Madrid pare et pavoise. Mais Grenade et son Alhambra, Burgos et sa cathdrale, Sville et l'Alcazar, dont il a lu des descriptions enthousiastes, n'auront point sa visite. Il n'aura connu qu'un petit coin, et non le plus attrayant, de la belle et sduisante Espagne. Peu de pays ont gard autant de caractre que la Pninsule. Cette foule grouillante, bariole, haute en couleurs, qui se presse dans la rue de Sgovie, que nous montrons ci-contre, on peut la retrouver aussi anime, aussi amusante dans n'importe quelle ville espagnole. Le costume, videmment, tend ici, connue partout ailleurs, s'uniformiser, se banaliser. Le magasin de confections fait tout doucement son oeuvre,--un peu moins avance, toutefois, que chez nous. Les modes de Paris ont envahi Cadix-la-Coquette, comme Barcelone et Madrid, comme toutes les Espagnes, au moins toutes leurs grandes villes. Le bolro, les jupes courtes painpilles, ne sont plus de mise que sur les planches de l'Opra-Comique, et la surprise des Franais voyageant _tra los montes_ est grande de voir jouer _Carmen_ en toilettes de ville,--comme chez nous la _Louise_ de M. Charpentier ou _le Rve_ de M. Bruneau. Mais les jolies Espagnoles ont eu du moins le bon esprit, la sagesse, de conserver, mme avec les robes falbalas au dernier got du jour, leur coiffure nationale, la mantille de dentelle ou de guipure, si seyante et qui, enveloppant leurs visages de transparentes et lgres ombres, donne tant de piquant leur beaut brune, leur teint mat ou dor, leurs yeux sombres. _Photographies Kaulak et Irigoyen._ [Illustration: Le roi et le prince de Bavire, Tribune de la reine et du prsident. La revue de Carabancel (24 octobre): la cavalerie dfilant au galop.] [Illustration: Retraite aux flambeaux devant le Palais Royal (soire du 23 octobre).] LE PRSIDENT DE LA RPUBLIQUE A MADRID _Dessins d'aprs nature de notre envoy spcial, M. Georges Scott._ M. Herselin, 1er adjoint. M. Berthereau, maire. M. Clmentel. Mme Clmentel. Mme Duval, mre de la marie. L'amiral Fournier. LE MARIAGE DE M. CLMENTEL, MINISTRE DES COLONIES, A LA MAIRIE DE NEUILLY-SUR-SEINE _Dessin d'aprs nature de Simont._ _Le mariage du ministre des Colonies, que_ L'Illustration _du 16 septembre mentionnait comme un vnement 'prochain, en publiant un portrait de Mme Knowles, la future ministresse, a t clbr, samedi dernier, la mairie de Neuilly. Dans la salle, dcore de fleurs, se pressait une brillante assistance o l'on distinguait les plus notoires reprsentants du gouvernement, du Parlement, du monde diplomatique. Tmoins de M. Clmentel:_ _MM. Bouvier, prsident du Conseil, et Sarrien, ancien ministre, dput de Sane-et-Loire; de Mme Knowles: le vice-amiral Fournier et le lieutenant de vaisseau Abadie. La marie portait une robe de soie crme garnie, de dentelles et borde de fourrure; une cravate de zibeline, une toque mauve, un bouquet d'orchides, compltaient cette toilette d'une lgance de haut got. Le ministre tait simplement en redingote noire, avec gilet et cravate bleus._ [Illustration: A LISBONNE.--Le palais de Belem, rsidence du Prsident de la Rpublique pendant son sjour en Portugal.] LE PRSIDENT DE LA RPUBLIQUE EN PORTUGAL Le prsident Loubet a pris cong du roi d'Espagne, jeudi soir, pour aller rendre visite au roi et la reine de Portugal. Pendant son sjour Lisbonne, de vendredi dimanche, il est l'hte des souverains au palais royal de Belem, o ont t mis sa disposition des appartements dont nous faisons voir la chambre coucher principale. Construit vers 1700, dans un faubourg de Lisbonne o se trouve galement le palais d'Ajuda, rsidence habituelle de la reine douairire Maria-Pia, ce palais est, comme le montre notre gravure, d'une architecture fort simple. Il n'a rien de commun avec le fameux _couvent de Belem_, dont le clotre est une des merveilles du Portugal. [Illustration: Chambre coucher de M. Loubet au palais de Belem.] Une partie de la journe de samedi doit tre consacre une excursion Cintra, petite ville situe 28 kilomtres de Lisbonne. Ce lieu singulirement favoris, que Byron, en une description enthousiaste, a qualifi de nouvel Eden, possde deux rsidences royales d't, remarquables par leur caractre architectural: le chteau mauresque et le _castello da Pena_. M. Loubet djeunera dans l'un et visitera l'autre. Le chteau da Pena, construit vers 1850 dans le style des chteaux forts du moyen ge, s'lve au sommet d'un rocher que couronnait autrefois un couvent fond au seizime sicle et servant de lieu de pnitence pour les moines de Belem. De la grande coupole, on a une vue admirable sur l'Ocan, la province d'Estramadure et la plaine du Tage. Tout le versant de la montagne a t transform en un parc luxuriant o abondent les camlias et les rhododendrons. [Illustration: Le chteau royal da Pena, Cintra, visit par M. Loubet le 28 octobre. LE VOYAGE DU PRSIDENT DE LA RPUBLIQUE: EN PORTUGAL] [Illustration: LE PRINCE DE BULGARIE AU CREUSOT Le prince Ferdinand assiste la coule de l'acier d'un canon de marine dans la grande fosse des fours Martin. _Dessin d'aprs nature de notre envoy spcial._] Le prince Ferdinand de Bulgarie a profit de son voyage en France pour aller visiter les usines du Creusot, auxquelles il a confi d'importantes commandes d'artillerie. Parti de Paris le jeudi 19 octobre, par un train spcial qu'avait command M. Schneider, le prince a t pendant quatre jours, avec sa suite, l'hte du directeur du Creusot. M. Schneider s'est empress, avec une bonne grce que son hte a paru hautement apprcier, pour lui rendre ce sjour aussi agrable que possible, et, notamment, assist de quelques-uns de ses chefs de service, l'a initi tous les travaux qui s'excutent dans la formidable cit industrielle, le guidant travers les ateliers, les halls, au polygone, etc. Laminage, puddlage, forgeage, ajustage, tirs, le prince a tout vu et s'est intress tout. Mais un spectacle parat l'avoir vivement impressionn, c'est celui qui lui fut offert, le vendredi soir, au service des aciries, o, en sa prsence, on coula, la grande fosse des fours Martin, un lingot cylindrique d'acier de 720 millimtres de diamtre, d'un poids approximatif de 18.750 kilogrammes, destin la fabrication d'lments de canons de 164mm,7 pour la marine franaise. Pench vers la fosse d'o rayonnait une rougeoyante lueur, le prince Ferdinand suivit avec la plus vive attention toutes les pripties de l'opration, et s'merveilla de sa prcision comme de sa beaut. [Illustration: Le _Lebaudy_, ayant bord la commission militaire des essais, volue au-dessus de Toul, le 24 octobre.] Nous signalions rcemment l'installation du dirigeable _Lebaudy_ Toul. On l'y a log dans un des manges du 39e d'artillerie, dont on a d abattre le mur de fond et surtout creuser profondment le sol, afin de remdier l'insuffisance de hauteur. Le _Lebaudy_ a effectu depuis, tout autour de la place forte de Toul, et sous le contrle de l'autorit militaire, des expriences qui ont admirablement russi. Mardi dernier, M. Berteaux, ministre de la Guerre--qui avait dj t tmoin d'une des ascensions du dirigeable--a tenu se rendre compte par lui-mme des conditions dans lesquelles il fonctionnait. Et, en compagnie du commandant Gossart, son officier d'ordonnance, il a pris place dans la nacelle pour effectuer, sous la direction de M. Juchms, le pilote habituel du _Lebaudy_, une reconnaissance circulaire de la place. [Illustration: Le _Lebaudy_, vu de l'arrire, dans le mange militaire de Toul, transform en arodrome.] [Illustration: M. Berteaux, ministre de la Guerre, montant bord du dirigeable.] LES EXPRIENCES DU DIRIGEABLE MILITAIRE LEBAUDY, A TOUL [Illustration: LES CONSEILLERS MUNICIPAUX PARISIENS A LONDRES Le banquet de Mansion house: M. Brousse, prsident du Conseil municipal de Paris, debout la gauche du lord-maire, prononce son toast.] Rpondant une invitation du _County Council_ (Conseil de comt) de Londres, soixante des quatre-vingts membres du Conseil municipal de Paris, ayant leur tte M. Paul Brousse, prsident de cette assemble, sont alls passer une semaine dans la capitale anglaise, o ils ont rencontr le plus sympathique accueil. Pendant ce sjour, les rceptions, inaugures le 17 octobre par leur prsentation au roi, Buckingham Palace, les ftes, les promenades organises en l'honneur des visiteurs, se succdrent sans interruption. Une des solennits officielles les plus importantes du programme fut le banquet offert la dlgation par le lord-maire, sir John Pound, assist des shrifs de la Cit, et qui, une heure de l'aprs-midi, ne runissait pas moins de trois cents invits dans la grande salle de Mansion house. Sir John Pound avait sa droite M. Paul Cambon, ambassadeur de France; sa gauche, M. Brousse; on remarquait en outre, parmi les convives de marque: M. Cornwall, prsident du _County Council_, dont les membres taient galement prsents; l'vque de Londres; lord Cheylesmore, maire de la cit de Westminster, etc. Au dessert, des toasts chaleureux confirmrent 1'entente cordiale. LIVRES NOUVEAUX JULES MICHELET Il y a quelques mois paraissait un livre: _le Moine Guibert_, sign Bernard Monod. Celui-l, hlas! qui l'avait crit, venait de disparatre en pleine jeunesse, laissant tous ses amis le souvenir d'une conscience ferme, d'un esprit admirablement dou pour les tudes historiques. A la suite de cette catastrophe, M. Gabriel Monod s'est de plus en plus rfugi dans l'tude et dans la communion avec les deux morts illustres, Michelet et Mme Michelet, dont il possde les papiers. Son oeuvre, qui a pour titre: _Jules Michelet_ (Hachette, 3 fr. 50), pourrait fort bien s'appeler: _les Amours de Michelet_. La vie de l'historien, en effet, fut tout passion. Qu'adora-t-il d'abord? L'Italie qui, avec Virgile et Vico, avait le plus contribu sa formation intellectuelle. Si familier lui tait l'harmonieux et sensible pote latin que, si tous les exemplaires de Virgile avaient disparu de la plante, il et pu aisment en reconstituer le texte. Ce n'tait pas seulement son me qui devait beaucoup l'Italie; plusieurs reprises il tait all dans la terre classique et lumineuse pour y refaire sa sant. Chaque fois il en tait revenu plus fort. S'il aima tendrement la brune et saine Italie et s'il dsira son unit, peut-tre ne lui rendit-on pas toujours l-bas toute sa flamme et rpondit-on parfois d'une faon un peu vasive quelques-unes de ses demandes. Le ministre Amari lui refusa, avec toutes sortes de protestations admiratives toutefois, un poste pour Challemel-Lacour. [Illustration: Jules Michelet. _D'aprs une eau-forte de Boilvin._] Avec l'Italie, Michelet chrit l'histoire comme une matresse, avoue-t-il. O puissance de l'imagination! Les abstractions mme prenaient un corps, s'animaient, s'emparaient de son esprit et presque de ses sens. Mais, ct des nations et de l'histoire, il y eut des tres en chair et en os dans sa vie. En 1824, il pousa Mlle Pauline Rousseau, qui s'teignit en 1839, lui laissant deux enfants, Charles et Adle. Qui a lu Michelet a senti, partout rpandu dans son oeuvre, quelque chose d'infiniment ardent. C'tait un temprament de feu que tourmentait ce qu'il nommait l'ange noir. On a prtendu qu'il avait t assez dtach de sa premire femme. S'il n'y eut pas entre eux une communion d'ides fort troite, si elle chappa fatalement son influence intellectuelle, du moins elle le tint par les sens. Quel remords il prouve, aprs sa mort, des chagrins qu'il lui a causs: Qu'est-elle devenue, crit-il, cette malheureuse partie de moi-mme, tandis que l'autre errait dans la science et la passion!... Je rentre au foyer que j'ai dlaiss, je le trouve bris pour toujours. Sa douleur fut extrme et lente se gurir. Au mois de mai 1840, une femme encore jeune se prsenta devant lui, accompagne d'un jeune homme qui devait, trois ans plus tard, pouser Mlle Adle Michelet. Avant d'tre le gendre de Michelet, Alfred Dumesnil, mort il y a une dizaine d'annes, fut son fils et en mme temps l'enfant de Quinet, qu'il suppla au Collge de France. Attir toujours par le charme qui manait de la femme, Michelet rapidement mit son me dans celle de Mme Dumesnil, souffrant de ses souffrances, triste de ses mlancolies. Elle avait un mari; mais, pendant des mois, Michelet lui donna l'hospitalit dans sa maison de la rue des Postes, recueillant le fils en mme temps que la mre, mlant Alfred Dumesnil ses propres enfants. C'tait un foyer qu'il reconstituait dans la puret. Mais un mal inexorable et profond minait Mme Dumesnil. Avec quelle angoisse Michelet suit les progrs de la dcomposition et sent les approches de plus en plus certaines de la mort! Elle _passa_ au commencement de juin 1842. Cette situation de rveur, de garde-malade, dans ce beau et froid mois de mai, parmi les lilas ferms, l'anne qui s'avance n'tait pas sans posie... Dure posie en face de la mort! Pour endormir son mal, Michelet prit avec lui Alfred Dumesnil et, du 14 juin au 31 juillet 1842, parcourut l'Allemagne, s'y enivrant de savoir, de belles imaginations, visitant les muses, conversant avec les penseurs, buvant la posie ces deux vastes coupes: le Rhin et le Danube. Que se passa-t-il son retour? Quel mystrieux visage remplaa les chres images disparues? En 1849 seulement, il pousa Mlle Mialaret. De Vienne en Autriche qu'elle habitait, dans la maison des Cantacuzne, elle lui avait envoy, ds octobre 1847, des lettres admiratives et inquites. A distance, Michelet s'prit de cette jeune fille de vingt-deux ans, qui poussait l'idalisme jusqu'au mysticisme; il avait lui-mme cinquante et un ans au moment du mariage. Jamais union ne fut plus troite. Mme Michelet s'identifia tellement son mari que l'on a peine les distinguer l'un de l'autre dans certains livres. Combien de fois, dans le petit appartement de la rue d'Assas ou dans nos promenades travers les houblonnires de Velizy, m'a-t-elle racont son effective et large collaboration _l'Oiseau_, _l'Insecte_, _la Mer_, _la Montagne_! Elle termina _le Banquet_, crivit en grande partie _Ma Jeunesse_ et, d'un bout l'autre, _Rome_, publi sous le nom de Michelet. Elle a l'image, le jet spontan, les clairs rapides de son prophte, et cela jusqu' la fin, dans les pages suprmes de mars 1899. Aussi put-elle se dire non pas la veuve, mais l'me attarde de Michelet. [Illustration: Mme Jules Michelet.--_Phot. Ordinaire._] Dans ses lettres mme on retrouve toute la posie singulire de son mari et toute son me. J'ai sous les yeux de nombreuses ptres qu'elle m'a adresses. Le printemps, m'crivait-elle le 19 avril 1896, cette anne est austre. Je ne sais trop ce qu'en pensent rossignols et fauvettes, arrivs leur date habituelle. Le rossignol a chant ce matin, dans les fourrs du bois, l'aube bien froide. Pauvre petit!... Lorsque vous viendrez, nous pousserons jusqu' nos houblonnires. Maintenant, c'est la question dlicate. prouva-t-elle autre chose qu'une admiration tendre pour Michelet, qu'un dsir craintif et continuel de ne pas le blesser? C'est un ami sr et fort, sur lequel elle appuie sa faiblesse physique et morale, c'est un matre qu'elle imite. Mais y eut-il amour de sa part, comme de la part de Michelet qui n'tait qu'une flamme toujours en veil? Le sentiment passionn existait-il dans le cour de la jeune crole? Peut-tre l'auteur de _Jules Michelet_ pourrait-il rpondre cette interrogation; peut-tre y pourrais-je rpondre moi-mme. Dans tous les cas, les deux ne firent qu'un mme esprit. M. Monod ne se montre pas seulement, dans _Jules Michelet_, ce que nous savons qu'il est par-dessus tout: un matre dans les tudes historiques; il nous apparat encore comme un psychologue trs avis et comme un artiste. Il a parfaitement saisi et rendu les deux personnages si potiques, et, disons-le, si tourments, qu'il a connus et aims. E. LEDRAIN. DIVERS A la lecture du volume sain, vivant, courageux, que vient de publier M. Georges Lecomte: _les Hannetons de Paris_ (Fasquelle, 3 fr. 50), s'impose imprieusement la mmoire le ressouvenir du satirique au style nerveux, au verbe loquent, la rude franchise, que fut Barbey d'Aurevilly. Les seize chapitres des _Hannetons de Paris_ apparaissent comme une suite logique, une continuation des _Ridicules du temps_, comme une mise au point, une mise l'heure, une adaptation de ce beau livre vengeur des mauvaises moeurs non nouvelles, certes, mais devenues plus pernicieuses, peut-tre, du fait de la complaisance gnrale, de l'universel consentement,--de la complicit du monde, pour tout dire. Et M. Georges Lecomte sent si bien la profondeur et l'tendue des maux qu'il signale que le coeur lui manque pour s'en indigner. Ds la premire ligne, il prvient que ses satires seront plus narquoises que svres. A quoi bon, en effet, s'extnuer en de vaines colres contre l'incurable? Un haussement d'paules, un sourire d'ironique piti sont dsormais pour le sage des gestes suffisants exprimer son sentiment sur les spectacles moroses que lui offre chaque pas la vie quotidienne. J'imagine trs volontiers que M. Georges Lecomte n'a pas ambitionn pour son lgante crnerie d'autre rcompense que l'approbation discrte des honntes gens, et que le mot de Musset doit lui sembler le plus enviable des loges: Ton livre est ferme et franc, brave homme... Quand un lettr, soucieux d'actualit et qui partage les proccupations politiques et philosophiques de son temps, entreprend d'exprimer avec un peu d'abondance ses opinions ou ses vues, il adopte volontiers la forme du roman utopique. C'est ainsi que M. Andr Beaunier, journaliste de talent, vient d'crire _le Roi Tobol_ (Fasquelle, 3 fr. 50). Le roi Tobol est le souverain hypothtique d'un royaume imaginaire. Ses msaventures conjugales et royales, ses efforts infructueux pour faire le bien de son peuple en improvisant premier ministre le tribun socialiste Fougasse, pour assurer le bonheur de son pseudo-fils Eudmn en l'emprisonnant dans un chteau ferm toutes les tristesses,--tout cela est plaisamment et ingnieusement cont. Un peu d'obscurit et l. L'auteur n'impose pas des solutions: il suggre des problmes. Son livre est de ceux qui donnent rver. La collection, bien connue, des _Annales du thtre et de la musique_ en est sa trentime anne. M. Edmond Stoullig poursuit sa tche avec trop de srieux pour qu'on ne loue pas son patient et prcieux labeur. Dans le dernier volume (Ollendorff, 3 fr. 50), l'anne 1904 est rsume d'excellente manire par un critique avis, trs pris de l'art dramatique. Notre distingu confrre a enrichi son livre d'une prface qu'a signe M. Camille Saint-Sans et que l'illustre compositeur a intitule: _Causerie sur l'art thtral_, causerie remplie d'ides neuves et d'aperus ingnieux. DOCUMENTS et INFORMATIONS UN AGAVE D'AMRIQUE EN FLEUR EN HONGRIE. L'agave d'Amrique, assez bien acclimat sur les ctes de la Mditerrane, fleurit rarement dans les rgions plus septentrionales. Il lui faut, d'ailleurs, pour cela, prs d'un sicle. La plante qui a fleuri Pcs (Hongrie), chez M. Nowolarski, prsente donc un cas de vgtation exceptionnel. [Illustration: Agave d'Amrique ayant fleuri en Hongrie] Cet agave est g d'environ quatre-vingts ans. Les feuilles, auparavant grasses et riges, commencrent se fltrir ds l'apparition de la hampe florale; elles pendent aujourd'hui presque verticalement autour du tronc. En quarante jours, cette hampe atteignait 4 mtres, soit une croissance de 10 centimtres par jour; la circonfrence, la base, mesurait 37 centimtres. L'panouissement complet dura cinq semaines et le nombre des fleurs dpassa cinq cents. Ces fleurs, jaune verdtre, sont d'un effet mdiocre, et la plante ne vaut, au point de vue dcoratif, que par son port ornemental. Dans le pays d'origine, elle est utilise comme plante textile; on en fait des filets, des nattes, des toiles d'emballage, etc. La sve fermente fournit une boisson alcoolique nomme _pulqu_. L'ESPAGNE LE DES LAPINS. S'il faut en croire un orientaliste distingu, M. le comte de Charencey, le pays de don Quichotte et du Cid devrait son nom d'Espagne ou _Hispania_ l'abondance des lapins qui s'y promenaient autrefois. La plupart des hypothses formules cet gard sont, d'ailleurs, fort pittoresques. Les Basques rattachent le nom un mot de leur langue, _ezpain_, lvre, le littoral de la Pninsule tant compar la lvre qui constitue... relativement le bord du visage. Quelques savants croient devoir remonter au mot persan _ispah_, cheval, l'Espagne ayant toujours t, comme le pays d'Ispahan, renomme pour ses chevaux. Beaucoup d'autres croient une tymologie hbraque signifiant pays des trsors cachs et justifie soit par les richesses minires de l'Espagne, soit par la lgende de Calypso. D'aprs M. Brard, en effet, le nom _Hispania_ aurait d'abord t donn l'le de Calypso qu'il identifie l'le Perejil des gographes modernes, situe aux environs du dtroit de Gibraltar, et o se trouve une caverne qui pouvait servir cacher les trsors. Rien, d'ailleurs, ne prouve l'exactitude de cette identification. M. de Charencey prfre s'en rapporter au vieux terme phnicien _shaphan_, lapin. Il fait remarquer qu'au dire de Pline une ville espagnole fut mine par les lapins, et que les habitants des les Balares sollicitrent d'Auguste l'envoi d'un corps de troupes pour les dbarrasser des lapins. Il ne va pas jusqu' conclure, avec l'auteur latin, que ces animaux sont originaires d'Espagne d'o ils se rpandirent sur l'Europe, mais il s'arrte l'tymologie phnicienne _ai schapanm_, qui signifie le des lapins. FRUITS FRANAIS EN ANGLETERRE. Une intressante exprience a t rcemment faite en Angleterre par quelques Franais et Anglais intresss au commerce des fruits. Ils taient runis dans la gare de Deptford, en Angleterre, et y procdaient l'ouverture d'un wagon qui arrivait directement de Perpignan o il avait t plomb. Ce wagon renfermait des milliers de kilos de pches et de raisins de la rgion de Perpignan. Il est pourvu d'un appareil spcial permettant d'y maintenir une temprature assez haute, ou assez basse, volont. Les rsultats ont t trs satisfaisants. Les fruits, cueillis peu de temps avant maturit, taient point: ils furent vendus aux enchres Covent Garden et, grce l'excellent tat de la marchandise, les importateurs ont obtenu un prix d'un tiers plus lev que celui qu'ils obtenaient avec l'ancien mode d'expdition. Nos producteurs du Midi et de l'Algrie doivent tenir pour certain qu'il leur serait facile de prendre une place considrable sur le march anglais s'ils se donnaient la peine de recourir aux modes de transport perfectionns et de n'envoyer que des produits de bonne qualit, sans essayer de tromperies vulgaires qui ne peuvent que leur nuire. LA STATUE DE LA SOURCE DE LA SEINE. A l'poque o M. Haussmann tait prfet de la Seine, la ville de Paris fit lever un monument l'endroit o la Seine sort de terre. Le filet d'eau qui constitue la source du fleuve coule d'une urne place sous le bras de la statue, oeuvre remarquable du sculpteur dijonnais Franois Jouffroy et que des vandales ont couverte d'encre ces jours derniers. [Illustration: La Naade de la source de la Seine.] Ce monument, situ 7 kilomtres de Saint-Seine et 3 kilomtres de Chanceaux, dans un endroit solitaire, est plac sous la protection d'un garde pour lequel la ville de Paris a fait construire, 100 mtres de l, un pavillon spcial. Mais il parat que ce garde est aveugle. LA SOIE ARTIFICIELLE. Une explosion violente, faisant de nombreuses victimes, vient de se produire dans une fabrique de soie artificielle installe Sarvar (Hongrie) et qui occupe 500 ouvriers. Nombre de personnes ignoraient sans doute que l'industrie de la soie artificielle ft aussi prospre et aussi dangereuse. Cette soie, dite soie Chardonnet, du nom de l'inventeur, n'est autre chose que du collodion solidifi. En plongeant du coton dans un bain d'acide sulfurique et d'acide nitrique, on obtient de la nitrocellulose ou fulmicoton qu'on dissout dans un mlange d'alcool et d'ther. Ce sirop est lanc, sous une pression de 40 atmosphres, dans des filires en verre nommes vers soie, la sortie desquelles il se solidifie. L'vaporation imprgne donc l'air de vapeurs d'ther et d'alcool et ajoute un nouveau danger celui que prsente dj la manipulation pralable des deux liquides. Le procd Chardonnet date de 1884; on l'a imit depuis. Mais les divers systmes imagins consistent toujours filer un sirop de nitrocellulose, parfois de cellulose, et aucun d'eux n'a pris industriellement l'importance du procd Chardonnet. Cette soie, qui possde un rel brillant, est moins souple et environ moiti moins rsistante que la soie naturelle. Ses filaments, trs diviss, ne permettent pas de l'employer pour la chane des tissus, elle ne peut entrer que dans la composition de tissus mlangs. Son aptitude particulire fixer les terres rares la fait prfrer aux autres textiles pour les manchons incandescence; elle est fort utilise en passementerie, et elle a presque entirement remplac la soie naturelle pour tout ce qui regarde l'lectricit. LA FONTAINE DE SAINT-TIENNE CARLSRUHE. La ville de Carlsruhe, capitale du grand-duch de Bade, dont les rues larges et silencieuses renferment tant de monuments varis, vient de s'offrir une fontaine d'une certaine originalit. La nymphe des eaux est entoure d'une colonnade o les vulgaires cariatides ont t remplaces par le portrait, lgrement charg, des conseillers municipaux de la cit. On s'tonnera peut-tre que cette formule d'art nouveau, bien faite pour satisfaire la vanit de beaucoup d'diles modernes, n'ait pas t applique plus tt. LES MARIAGES ANGLO-AMRICAINS. Un crivain anglais vient d'excuter une charge fond de train contre l'aristocratie anglaise, cause de la facilit avec laquelle les porteurs de grands noms se marient avec des Amricaines, quand celles-ci ont une grande fortune. Beaucoup d'Amricaines riches, les filles des grands industriels ou des organisateurs de _trusts_, n'ont qu'une ambition, qui est d'pouser un lord anglais, un prince italien, ou le descendant de quelque grande famille franaise. Cela ne leur russit pas toujours, d'ailleurs: le march, puisque ce n'est pas autre chose, ne tourne pas toujours leur avantage. Mais l'crivain anglais ajoute que ce n'est pas l'avantage non plus des pays o se font ces mariages internationaux. Les femmes amricaines introduites par le mariage dans la socit anglaise, par exemple, n'y apportent rien d'lev ou de noble, aucune force politique ou morale. Autrefois, en Angleterre, il est entr bon nombre de huguenots, puis de royalistes, que la France avait chasss; mais ces lments taient excellents. Les femmes que l'Angleterre s'annexa par le mariage avaient un haut idal et des convictions leves: rien en elles ne pouvait contribuer abaisser le ton de la socit o elles pntraient. Ce fut une bonne acquisition pour l'Angleterre. On n'en peut dire autant des Amricaines qui, contre espces, se procurent un mari, un titre et un chteau historique. Elles ne vivent que pour la vanit et l'argent et apportent avec elles une forme de civilisation trs infrieure et dgradante. Ce n'est pas tout. On a souvent dit que les croisements sont favorables la multiplication de la race et beaucoup pensaient que le jeune sang de l'Amrique serait profitable au vieux sang de l'Angleterre. Mais il n'en est pas du tout ainsi. Depuis 1840, trente pairs ou fils de pairs anglais ont pous des Amricaines. Or, sur ce total, treize sont sans enfants; cinq n'ont que des filles et cinq n'ont qu'un seul fils. C'est dire que les noms vont s'teindre en majorit. Les Amricaines sont souvent striles, pour tout dire en un mot. C'est pourquoi l'aristocratie a deux raisons plutt qu'une de ne pas se les annexer. [Illustration: La fontaine de Saint-tienne, Carlsruhe.] LA FABRICATION DU DIAMANT. M. C.-V. Burton, de Cambridge, vient de tenter la fabrication du diamant par un procd rappelant celui qu'imagina, il y a une dizaine d'annes, M. Henri Moissan. Ce dernier plaait dans le four lectrique du fer et un morceau de sucre, lequel reprsente, comme la houille, une des formes du carbone. Sous une temprature de 3.000 degrs, ce carbone se liqufiait au sein de la masse mtallique en fusion que l'on jetait alors dans l'eau froide. Le refroidissement brusque produisait une contraction et une pression formidables dterminant la cristallisation du carbone en parcelles microscopiques de diamant. M. Burton opre avec un alliage de plomb et de calcium qui doit contenir du carbone sous forme de carbure, et les cristaux de diamant (?) qu'il affirme avoir obtenus sont aussi d'une taille infime. Rappelons, ce propos, que le rubis artificiel ou _rubis reconstitu_, aussi beau que le vrai, si abondant aujourd'hui chez les joailliers parisiens, est obtenu simplement en fondant de la poussire de rubis naturel. Il n'y a donc aucune comparaison tablir entre cette industrie et le problme de la transformation d'un pain de sucre en rivire de diamants. LES CORRUGATIONS DES DENTS ET DES ONGLES. Ce sont des altrations qui consistent en taches opaques ou en sillons qui rappellent vaguement les rides sillonnant les cornes des vaches. Depuis longtemps, les mdecins taient d'accord pour les considrer comme des tmoins d'tats pathologiques; les dents et les ongles ayant pouss pendant l'tat de maladie prsentent, en effet, un dveloppement anormal; mais ces rapports taient en somme assez vagues. D'aprs un mdecin anglais, M. Curtis, les sillons transversaux des dents et des ongles seraient en rapport avec l'autointoxication et les affections rhumatismales auxquelles celle-ci aboutit souvent, tandis que les lignes longitudinales seraient sous la dpendance de troubles de la nutrition lis des affections intestinales. Les lsions unguales, suivant qu'elles sont plus ou moins fines et grossires, permettraient mme de juger du degr de gravit de la maladie subie par le patient; et leur position, qui varie avec la croissance de l'ongle, permettrait aussi de fixer la date de cette maladie. Dans les cas o la lsion occupe peu prs le milieu de l'ongle, on petit valuer deux mois le laps de temps qui s'est coul depuis la maladie. Ces observations de M. Curtis sont fort intressantes et le sens que leur donne l'auteur est trs vraisemblable, car, aprs l'appendicite, par exemple, on constate presque toujours que les ongles sont couverts de taches blanches plus ou moins tendues. L'ACTEUR IRVING WESTMINSTER. Les cendres du grand acteur tragique anglais Henry Irving, dont nous avons annonc la mort et publi le portrait dans notre dernier numro, ont t dposes dans les caveaux de l'abbaye de Westminster. Elles sont ensevelies ( l'endroit marqu d'une croix sur notre gravure) dans le _Coin des potes_, ct des restes des deux autres grands acteurs tragiques Garrick et Kean, au pied du monument de Shakespeare. A droite de ce dernier on voit le tombeau de Thomson, le pote des _Saisons_, et, gauche, celui du pote Thomas Campbell. [Illustration: Place de la spulture d'Irving (+) Westminster, dans le Coin des potes] [Illustration: La boulangerie Philipof.] [Illustration: Ouvriers boulangers blesss par les cosaques.] LES GRVES DE MOSCOU ET L'INCIDENT DE LA BOULANGERIE PHILIPOF LES GRVES DE MOSCOU La majorit des ouvriers de Moscou n'est ni rvolutionnaire, ni mme socialiste. C'est pourtant Moscou que vient de prendre naissance un formidable mouvement grviste, qui s'est tendu trs vite d'autres grandes cits et mme Saint-Ptersbourg, et qui, englobant le personnel des chemins de fer, a isol les villes russes les unes des autres et les a presque spares du reste du monde. Les ouvriers de Moscou ne demandaient d'abord que l'amlioration de leur sort. Aprs avertissements et rclamations rarement professionnelles, adresss aux patrons et aux administrations comptentes, ils cessrent le travail, mais paisiblement. Et la grve n'aurait eu peut-tre qu'une porte ordinaire et des consquences peu graves, sans la maladresse et la brutalit de quelques fonctionnaires. Le 8 octobre, les deux cents ouvriers de la boulangerie Philipof avaient dcid de chmer, uniquement par solidarit, et _d'accord avec l'administration de l'usine_. Le prfet de la ville et le prfet de police n'en donnrent pas moins l'ordre d'arrter ces deux cents ouvriers--adultes et gamins--qui passaient paisiblement leur matine du dimanche dans le btiment mme de la boulangerie. Ils furent conduits dans la cour de la prfecture de Moscou, et l, les cosaques et les gendarmes les reurent coups de fouet, de baonnette et de crosse de fusil, pendant que le btiment de l'usine et la maison de rapport de M. Philipof, habite par des particuliers, taient cribls de balles sous prtexte de se convaincre _qu'il n'y avait plus d'ouvriers cachs_. Ces procds arrachrent un cri d'indignation la socit moscovite. Et ce fut la Socit impriale technique de Moscou qui prit en mains l'affaire et saisit la justice. Le parquet imprial, lui aussi, s'en mut. Et le procureur a ouvert une information pour tablir les responsabilits. Mais la situation cre par la grve gnrale est telle aujourd'hui que l'affaire de la boulangerie-Philipof n'est plus qu'un incident de cette immense lutte sociale qui se livre dans tout l'empire russe. LES OBSQUES DU PRINCE SERGE TROUBETZKOI Nous avons dit, la semaine dernire, dans l'article ncrologique consacr au prince Serge Troubetzko, quelles funrailles magnifiques et mues avaient t faites au grand libral. L'empereur lui-mme, rendant hommage ses minentes qualits, avait fait dposer sur son cercueil une couronne d'orchides admirable. Mais une manifestation surtout a montr de quel respect, de quelle affection tait entour le prince Troubetzko: sur tout le parcours suivi par le cortge, une foule immense, o aux tudiants se mlaient des hommes du peuple, des commerants, des bourgeois, se donnant la main comme pour une farandole, formait une double chane de chaque ct du char funbre et se dplaait avec lui, pour le protger contre la pousse de la multitude masse le long des rues. MONSEIGNEUR LANUSSE Mgr Lanusse, aumnier de l'cole de Saint-Cyr, vient de s'teindre l'ge de quatre-vingt-sept ans. N Tonneins, il avait reu les ordres au sortir du sminaire d'Agen; l'an dernier, il clbrait le soixantime anniversaire de son sacerdoce. C'est en qualit d'aumnier militaire qu'il remplit la majeure partie de sa longue carrire, conciliant ainsi avec la vocation ecclsiastique le culte des traditions d'une famille o l'on comptait nombre de vaillants officiers, entre autres un gnral, compagnon de Bonaparte en gypte. [Illustration: Les funrailles du prince Serge Troubetzko Moscou.--_Phot. Smirnof._] [Illustration: Mgr Lanusse.] C'tait une figure minemment sympathique et quasi populaire que ce vnrable prtre dont on remarquait, dans les crmonies patriotiques, la physionomie empreinte d'une bont agissante, l'allure martiale, la poitrine constelle de dcorations, parmi lesquelles la croix d'officier de la Lgion d'honneur. Le pape, enfin, avait combl ses voeux en lui confrant la dignit de prlat romain, qui lui donnait droit au titre de monseigneur. LES THTRES Le Gymnase nous a donn cette semaine la nouvelle oeuvre attendue de M. Henry Bernstein: _la Rafale_. C'est un drame bref et violent, en trois actes, presque une tragdie, trs moderne, bien entendu. L'amour et le jeu en constituent les ressorts. La force et l'pret du dialogue, la logique des situations, ont fait acclamer cette pice, et aussi le mouvement et la vie que tous les interprtes ont donns leurs personnages: Mme Le Bargy, extraordinaire de passion, et MM. Dumny, Gmier et Burguet. Au total, un grand succs. Le texte complet de _la Rafale_ formera l'un de nos prochains supplments de thtre. Le nouveau spectacle des Nouveauts: _Florette et Patapon_, trois actes de MM. Maurice Hennequin et Pierre Weber, est un des plus rjouissants qui se puissent voir. C'est un imbroglio, d'une analyse presque impossible, de scnes conjugales burlesques qui tendent dmontrer la fragilit des liens du mariage: le sujet manque peut-tre de nouveaut, mais les auteurs, aids d'une interprtation excellente, le rajeunissent par l'abondance de dtails comiques qui sont bien de leur invention. Signalons la rouverture du Grand-Guignol et celle de l'ex-Bodinire sous le titre de Nouvelle-Comdie. Ces deux thtricules offrent des spectacles coups, composs de pices d'un dramatique pouss parfois jusqu' l'horrible, ou d'un comique qui va jusqu' la farce. Et cela ne semble pas dplaire aux amateurs d'motions vives et contradictoires. LE CONCOURS LPINE, par Henriot. _NOUVELLES INVENTIONS (Tous les articles compris sous cette rubrique sont entirement gratuits.)_ LA BIBLOTIRETTE Nous savons tous combien il est incommode de tirer d'une bibliothque ou d'un casier un volume d'un certain poids ou d'un format un peu grand. Il faut d'abord le faire basculer en s'accrochant la reliure puis l'amener soi en le faisant glisser sur la tranche, ce qui en dtermine l'usure rapide. [Illustration: La Biblotirette.] L'ingnieux appareil que reprsente notre gravure et qui consiste en une simple planchette formant tiroir, supprime tous ces inconvnients; un anneau dont elle est munie permet de sortir le livre moiti sans qu'on ait eu y toucher et on l'enlve alors, si gros et si lourd soit-il, sans le moindre effort et sans aucun risque de le dtriorer. La Biblotirette peut servir d'assise aussi bien plusieurs volumes formant un ouvrage complet de moyenne importance qu' un seul in-folio, mais elle est particulirement avantageuse pour l'usage commode, frquent et rapide des dictionnaires ou encyclopdies comme, par exemple, le Nouveau Larousse illustr, que reprsente notre figure dans son casier spcial auquel elle s'adapte parfaitement. Il en est de mme des livres de commerce, si peu maniables cause de leur poids et de leurs dimensions. Cet appareil convient galement bien toutes les installations et se place partout avec la plus grande facilit; il permet, en outre, de raliser une sensible conomie de place en rduisant au minimum la hauteur des rayons, l'espace ncessaire au passage des doigts et au mouvement du volume devenant inutile. La Biblotirette se fait gnralement en noyer avec anneau nickel, mais elle peut tre livre en tout bois appropri au meuble auquel elle est destine; il suffit d'indiquer au constructeur la largeur et l'paisseur du volume pour recevoir le numro qui convient. Le jeu complet convenant au Nouveau Larousse illustr est envoy franco contre mandat de 10 francs et se pose instantanment. Pour tous renseignements, s'adresser _M. F. Marchand, 19, boulevard Montmartre, Paris._ POTERIE EN GRANIT SAINT-DIZIER Les ustensiles de cuisine maills ont joui longtemps d'une vogue mrite, tant au point de vue propret et commodit qu' celui de l'hygine et du bon march. La crainte, d'ailleurs peu justifie, de l'appendicite, soi-disant due de minuscules clats d'mail dtachs par la chaleur ou les chocs, a failli, il y a quelques annes, ruiner cette florissante industrie. Sans prendre parti, au sujet de l'appendicite, pour ou contre les ustensiles maills, on peut reconnatre la fragilit de leur mail et en redouter les ennuis. La batterie de cuisine dont nous entretenons nos lecteurs, dnomme Poterie en granit Saint-Dizier, a l'aspect et tous les avantages de la fonte maille. Elle est brillante et se nettoie aussi facilement; elle fait de trs bonne cuisine, ainsi du reste que toute la batterie de cuisine en fonte dont la supriorit ce sujet n'est pas dmontrer. Par contre, elle ne s'caille pas sous l'action d'un choc ou d'un feu violent. Elle conserve parfaitement les aliments et rsiste aux acides. Elle est lgre, tout en ayant les paisseurs voulues pour conserver la chaleur pendant longtemps aux aliments. Les inventeurs ont bien voulu nous dcrire la principale partie de leur mthode d'action en ne conservant secrte que la composition des oxydes employs. Les casseroles sont coules dans des moules en sable avec des fontes choisies spcialement. Aussitt la coule, elles sont convenablement nettoyes et grattes extrieurement. Elles sont ensuite plonges dans un acide nergique qui attaque les molcules tendres du mtal et y creuse une infinit de pores imperceptibles. Il se forme en plus sur le mtal un dpt de matire dcarburante. Ainsi prpares, les casseroles sont introduites dans un four haute temprature o se produit la dcarburation dont le but est de rendre la fonte beaucoup plus rsistante aux chocs. Les casseroles sont ensuite, deux fois de suite, soumises encore l'action du feu aprs avoir t chaque fois recouvertes d'une poudre facilement fusible ces hautes tempratures. Cette poudre se vitrifie et pntre dans les porosits creuses par l'acide, elle s'allie au mtal jusqu' former avec lui un tout parfaitement homogne, tel point qu'on peut impunment ensuite mettre une casserole vide sur un feu ardent et laisser rougir le fond: aucune parcelle d'mail ne s'en dtachera. Grce ce procd si simple de fabrication, les produits obtenus sont vendus fort bas, des prix gaux et mme infrieurs ceux de la poterie en fonte maille ordinaire. On peut se procurer ces batteries de cuisine dans les bonnes quincailleries, en ayant soin de dsigner l'article que l'on demande sous le nom: Poterie en granit Saint-Dizier. Pour tous renseignements, s'adresser _MM. Hnon et Cie, 19, rue des Forges-Saint-Charles, Charleville (Ardennes)._ Note du transcripteur: Les supplments mentionns en titre ne nous ont pas t fournis. End of the Project Gutenberg EBook of L'Illustration, No. 3270, 28 Octobre 1905, by Various License: Share Alike