Produced by Jeroen Hellingman and Rnald Lvesque L'Illustration, No. 3271, 4 Novembre 1905 Avec ce Numro: L'ILLUSTRATION THTRALE CONTENANT LE MASQUE D'AMOUR LA REVUE COMIQUE, par Henriot. Ce numro contient: L'ILLUSTRATION THTRALE avec le texte complet du Masque d'Amour, par Daniel Lesueur. [Illustration: L'ILLUSTRATION _Prix de ce Numro: Un Franc_. SAMEDI 4 NOVEMBRE 1905 _63e Anne--N 3271_] [Illustration: LE PRSIDENT DE LA RPUBLIQUE EN PORTUGAL L'arrive Lisbonne: M. Loubet et le roi Carlos, dans le carrosse de Jean V, se rendent de la gare au palais de Belem. _Dessin d'aprs nature de Georges Scott._] Nous publierons successivement dans nos numros de novembre et dcembre: LA MARCHE NUPTIALE, par HENRY BATAILLE; LES OBERL, par EDMOND HARAUCOURT, d'aprs le roman de REN BAZIN; LA RAFALE, par HENRY BERNSTEIN; BERTRADE, par JULES LEMAITRE. Nous commencerons, le 18 novembre, la publication d'un nouveau roman de J.-H. ROSNY: LA TOISON D'OR. COURRIER DE PARIS JOURNAL D'UNE TRANGRE Nous sommes des ingrats. J'ai feuillet, cette semaine, un grand nombre de journaux; je n'ai pas vu qu'on s'y apitoyt beaucoup sur le sort de ce pauvre Foottit, dont une dpche anglaise nous contait--en deux lignes, d'ailleurs--l'aventure tragique: le plus joyeux des clowns tait, parat-il, devenu subitement fou. Le petit homme dont la silhouette bouffonne et les cabrioles perdues gayrent si longtemps nos cirques parisiens, et qui tant d'enfants durent de si prcieuses minutes de joie, enferm dans un cabanon d'alins! Triste fin. Parmi ces milliers de gamins que Foottit amusa, et qui sont devenus des hommes, il y en a bien, je suppose, quelques-uns que le hasard a faits journalistes. J'aurais souhait qu'ils parlassent de Foottit avec plus de gratitude. Car elle doit tre lamentable, cette profession d'amuseur _quand mme_ et j'imagine ce qu'il peut y avoir de mlancolie atroce, par moments, au fond d'une me de pitre. Faire rire! Accomplir le devoir quotidien d'tre comique, et ne pouvoir subsister qu' la condition d'offrir la vue de la foule le spectacle ininterrompu des pirouettes et des grimaces qu'elle aime; tre un homme comme tous les autres--que menacent les pires tristesses humaines--et, quoi qu'il arrive, demeurer uniquement, ternellement, en face de cette foule, l'homme qui rit... C'est, en effet, de quoi devenir fou. Mais le bon clown nous tlgraphie l'instant que la nouvelle est fausse. Tant mieux! Foottit n'tait que trs malade et se contentera de rester l'un des hommes les plus moroses de son temps... Car si tous, heureusement, ne perdent point la tte ce dur mtier-l, presque tous y laissent leur gaiet. J'ai souvent remarqu l'air mlancolique des comdiens que leur emploi confine dans les rles de bouffonnerie pure; et aussi de la plupart des humoristes dont le rle, en littrature, est de nous faire rire. Le bon Alphonse Allais, qui vient de mourir, fut un de ces humoristes-l; et je ne me souviens pas d'avoir rencontr sur le boulevard de figure plus trangement attriste que la sienne. On me dit qu'il tait fort instruit. Qui sait si la vague ambition de conqurir la gloire par des moyens graves ne hanta point cet amuseur? Mais ce rve-l lui tait interdit. Nous sommions Allais d'tre drle quotidiennement: c'tait sa fonction, et sa raison d'tre; pendant vingt ans, nous avons condamn cet homme paisible trouver tous les soirs l'ide drle sur quoi Paris devait s'esclaffer le lendemain, et pendant vingt ans il est demeur fidle cette consigne. On a racont que, la veille de sa mort, agit d'un pressentiment sinistre, il dit un ami qui lui demandait des nouvelles de sa sant: Je mourrai demain. Le mot fit rire. On trouva plaisant ce propos d'Allais. Tous les propos d'Allais n'taient-ils point ncessairement plaisants? Et le lendemain il tait mort, comme il l'avait dit. L'tonnement fut immense; on ne comprenait pas qu'Allais se ft pris lui-mme ce point au srieux. Pauvres auteurs gais, comme je comprends qu'ils aient l'air triste! * * * ... Rentre des Chambres. En revenant du Salon d'automne, je me suis arrte un instant au milieu des groupes de badauds qui couvraient le trottoir, aux abords du Palais-Bourbon. C'est un des amusements favoris du Parisien que de reconnatre au passage les grands hommes dont il trouve tous les matins les noms dans son journal et les ttes aux vitrines des marchands de photographies. Autour des mieux renseigns--visiblement fiers de leur savoir--les plus ignorants s'empressent, coutent, suivent de l'oeil avidement les figures qu'on leur dsigne: Tenez, ce grand-l, c'est Ribot... Voici Deschanel... Voulez-vous voir Jaurs? Attendez... il se retourne; il dit bonjour Pelletan... Je crois bien que c'est Clmentel qui vient de passer, mais je n'en suis pas sr... Vous ne connaissez pas Berteaux? Regardez l-bas le gros qui rit et qui donne des poignes de main tout le monde... Les agents nous repoussent un peu, car nous devenons encombrants. Et la foule des parlementaires continue d'arriver. Des fiacres, des locatis, beaucoup d'automobiles, quelques coups joliment attels dfilent au fond de la petite cour d'entre, le long du perron o s'empressent les ouvreurs de portires et les huissiers. Des rires, des appels, des poignes de main, un brouhaha de fte. Au milieu de cette cohue, un bras lev s'agite vers moi: Bonjour, madame!--Bonjour, cher ami. C'est B..., ancien professeur de l'Universit, doyen du corps des informateurs parlementaires: un vieux camarade qui a la bont de m'introduire au Palais-Bourbon, les jours de grande sance. Il m'entrane sur le quai et nous bavardons. --D'o venez-vous? Du Salon d'automne? C'est bien, a. Mais moins amusant que ce salon-ci, dit-il en montrant du doigt la faade du palais. --Vous aimez, dis-je B..., le tapage qu'on fait l-dedans? --J'aime tout ce qui se fait l-dedans: le bruit qu'on y mne, et les btises qu'on y dit. --Vous appelez btises, je suppose, les opinions de vos adversaires? --Je n'ai pas d'adversaires, madame; et cela tient ce que je n'ai pas non plus d'opinions. Je suis un philosophe qui s'amuse au spectacle des passions des autres et qui regarde avec une motion reconnaissante s'entre-dvorer les partis. --Je ne comprends pas... --Voici: nous constatons qu'il n'existe aucun parti politique assez vertueux pour n'tre pas tent, ds qu'il est le plus fort, d'abuser de sa force. En consquence, il est excellent qu'en face de ce pril-l des rsistances s'organisent; et c'est donc un peu l'intrt de tout le monde qu'il y ait des politiciens qui se dtestent et des gazettes qui s'injurient... C'est l'intrt du vainqueur lui-mme: on n'est jamais mieux averti que par les gens qui ne vous aiment pas des btises qu'on va faire, ou qu'on a faites. En sorte que de tous ces hommes-ci, madame, il n'y en a pas un qui ne serve quelque chose. Il y a parmi eux des esprits admirables; il y en a de mdiocres aussi. Il y a des niais; il y a des fous. Tout cela s'agite, hurle, bataille, et de tous ces chocs--de ce ple-mle de raison et de folie, d'ambitions pures et de vilains apptits--nat une espce d'quilibre... On ne vit pas trs glorieusement, mais on vit. Dans ma jeunesse, j'avais un vieux matre qui me faisait lire Bernardin de Saint-Pierre et m'enseignait qu'il n'y a point d'insecte minuscule ou d'animal, si vilain qu'il soit, qui la Providence n'ait assign son utilit particulire et sa fin dans l'ordre gnral des choses. La mme confiance m'anime ds que j'entre dans cette maison-ci. Et je pense aux dangers qui nous menaceraient, le jour o l'on ne s'y disputerait plus... * * * C'est vrai. Il ne faut pas craindre de voir les hommes se disputer. Au Salon d'automne (j'y repense!) un trange spectacle s'offre aux visiteurs: on y regarde voisiner cette anne, le plus simplement du monde, l'impressionnisme le plus perdu et monsieur Ingres. Si M. Ingres revenait au monde, il pourrait dire comme certain doge de Venise la cour de Louis XIV: Ce qui m'tonne le plus ici, c'est de m'y voir. Cependant il constaterait, que mme en si singulire compagnie, ses dessins font trs bonne figure et qu'on est ravi de les y rencontrer. D'Ingres Czanne, que de chemin parcouru! On a march (et dans quoi, mon Dieu! comme disait Musset); on s'est injuri, on s'est battu. Aujourd'hui, on consent causer; et, pour mieux causer, on se rapproche. Les amis de M. Ingres concdent qu'on fit bien, il y a soixante ans, de les rudoyer un peu; les admirateurs de M. Czanne avouent que M. Ingres avait du bon... Tous ont raison. La concurrence n'est pas que l'me du commerce et de la politique; elle est l'me des arts aussi. Une mode chasse l'autre, et cela est excellent. Ce serait affreux, des modes ternelles. Au thtre, cet hiver, la mode est au suicide. M. Gandillot dbattait le mois dernier par une noyade, au thtre Antoine; au Gymnase, M. Bernstein a prfr que son hros se ft sauter la cervelle; M. Henry Bataille, au Vaudeville, a eu recours la mme bruyante solution; et l'on nous annonce d'autres drames prochains, que d'autres suicides termineront. Le thtre aimable--la pice qui finit bien--commenait nous ennuyer un peu; nous nous sommes hts d'y substituer du thtre horrifique, du drame noir, un peu sanglant; et voil les Parisiennes ravies. Pas pour longtemps. Elles se plaindront bientt d'avoir trop pleur, trop frmi; l'odeur de la poudre les dgotera. Alors reparatra Capus; et, de nouveau, pendant un hiver ou deux, il sera formellement admis que la vie est belle, et que tout s'arrange... SONIA. NOTES ET IMPRESSIONS L'indpendance de l'me fonde celle des tats. Mme de Stal. * * * La pleine libert de la presse a tu l'art de savoir tout dire dans le temps o il n'est permis de rien dire du tout. Le grand air fait du mal aux fleurs de serre. ERNEST LAVISSE. * * * Les vnements sont des juges qui font payer trs cher leurs sentences; la justice de l'histoire est la plus coteuse de toutes les justices. VALBERT. * * * Il ne faut jamais trop parler du bonheur, on l'effarouche. M. DE COMISELLE. * * * On pardonne beaucoup aux illusions qui consolent, quand on est aux prises avec les ralits qui ne consolent pas. * * * Certaines mes dlicates redoutent les ftes qui clbrent les dates heureuses de notre pass, comme si elles nous dnonaient au malheur qui nous oublie. G.-M. VALTOUR. [Illustration: Le prsident, le roi et les invits se rendant au lieu de chasse; dans le domaine royal de Rio-Frio.] [Illustration: A la chasse aux perdreaux dans la Casa del Carapo. Alphonse XIII: C'est moi qui les ai tus!] Pendant les dernires journes du sjour de M. Loubet en Espagne, le programme a fait la part belle l'lment sportif. C'est ainsi qu'il y eut conscutivement deux chasses, et ce ne fut pas trop au gr du souverain et de son hte, tant donn leur got personnel prononc pour ce passe-temps favori de la plupart des chefs d'tat. La premire, une chasse la grosse bte, eut lieu le mercredi 25, sous la direction du comte de San-Roman, grand veneur, dans le domaine royal de Rio-Frio, situ trois heures de chemin de fer de, Madrid, et dont les tirs abondent en cerfs, daims et chevreuils. Les chasseurs, diviss en groupes de deux ou trois, taient placs derrire des abris, de manire pouvoir viser tranquillement les pices de choix parmi le gibier que poussaient devant eux une centaine de rabatteurs. Le jeudi 26, le roi et le prsident, accompagn encore, de M. Paul Loubet, son fils an, employaient leur matine chasser le lapin et le perdreau dans la Casa del Campo, autre parc royal, mais voisin, celui-l, du palais de Madrid. Ajoutons que, la veille, la suite de la chasse, Alphonse XIII, plein d'un entrain juvnile, avait improvis une excursion au chteau de la Granja et Sgovie, conduisant lui-mme d'une main sre l'automobile o il emportait son illustre visiteur. [Illustration: M. Loubet et son fils, M. Paul Loubet, dans leur abri la chasse de Rio-Frio.--_Phot, M. de Baena._] [Illustration: M. Loubet. Alphonse XIII. Le dpart en automobile pour Sgovie--_Phot. L. Bouet._] LE PRSIDENT DE LA REPUBLIQUE EN ESPAGNE [Illustration: M, Loubet. Le prince hritier Louis-Philippe S. M. la reine Amlie. Le duc d'Oporto. S. H. le roi Carlos. Clich Novas.] LE VOYAGE DU PRSIDENT DE LA RPUBLIQUE EN PORTUGAL.--Devant le photographe, Cintra. _L'excursion Cintra, le samedi 28 octobre, eut surtout le caractre d'une partie de campagne, et l, plus qu'ailleurs, l'tiquette protocolaire se dpartit de sa rigueur, laissant libre carrire un aimable enjouement, dont les souverains portugais donnaient l'exemple. C'est ainsi qu' l'issue du djeuner au Palais Royal, la reine Amlie organisa une sance de photographie, invitant avec une bonne grce charmante tous les convives la suivre devant les objectifs prpars par les oprateurs de_ L'Illustration. _Aprs le groupe gnral, elle voulut un groupe plus intime, l'arrangement duquel elle se fit un plaisir de procder elle-mme. Le prsident Loubet tait plac sa gauche, le roi sa droite; derrire eux se tenaient le prince royal et le duc d'Oporto, frre du roi. La pose, excellente, favorisa la russite des clichs._ [Illustration: LE PRSIDENT DE LA RPUBLIQUE EN PORTUGAL. La galre, tire par cent rameurs en costume de galrien, conduisant au _Lon-Gambetta_ la famille royale et M. Loubet pour le djeuner d'adieu bord du cuirass franais, le 29 octobre.--_Phot. L. Bouet.--Voir l'article, page 304._] LE SALON D'AUTOMNE _On nous a dit: Pourquoi_ L'Illustration, _qui consacre chaque anne aux traditionnels Salons du printemps tout un numro, affecte-t-elle d'ignorer le jeune Salon d'automne? Vos lecteurs de province et de l'tranger, exils loin du Grand Palais, seraient heureux d'avoir au moins une ide de ces oeuvres de matres peu connus, que les journaux les plus srieux (le Temps lui-mme) leur ont si chaleureusement vantes._ _Nous rendant ces raisons, nous consacrons ici deux pages reproduire de notre mieux une douzaine de toiles marquantes du Salon d'automne. Il y manque malheureusement la couleur; mais on pourra du moins juger le dessin et la composition. Si quelques lecteurs s'tonnent de certains de nos choix, qu'ils veuillent bien lire les lignes imprimes sous chaque tableau: ce sont les apprciations des crivains d'art les plus notables, et nous nous retranchons derrire leur autorit. Nous remarquerons seulement que, si la critique, autrefois, rservait tout son encens aux gloires consacres et tous ses sarcasmes aux dbutants et aux chercheurs, les choses ont vraiment bien chang aujourd'hui._ [Illustration: CHARLES GUERIN.--Baigneuses.] Dans le clan des jeunes, Gurin est un des premiers qui se soient fray une oie neuve... Les transcriptions de la forme fminine qui constituent son envoi principal ont ceci de trs particulier qu'elles sont la fois familires, extrmement ralistes, et pourtant sans vulgarit. Elles se relvent d'une ingnuit de sentiment qui, dans une trs forte mesure, les stylise... THIBAULT-SISSON, _le Temps_. [Illustration: J.-E. VUILLARD.--Panneau dcoratif.] ... Un des plus beaux peintres que ces dernires annes nous aient rvls; ses harmonies sont une perptuelle fte pour le regard. ARSENE ALEXANDRE, _le Figaro._ Ces paysages sont reposants, ces intrieurs silencieux et quiets, propices infiniment l'tude, aux douces rveries... J'envie l'homme opulent et raffin qui pourra les contempler loisir, de son fauteuil, en tournant les pages de quelque, livre trs attachant. GUSTAVE BABIN, _l'cho de Paris._ [Illustration: PAUL CZANNE.--Les Baigneurs.] Paul Czanne donne une sensation d'harmonie, de gravit. La nature est chez Czanne, solennelle et ternelle... Je ne puis m'empcher de voir en ce singulier et si simple artiste, une des plus belles incarnations de l'art de peindre... J'ai, devant ces oeuvres si pures, la sensation de me trouver devant des aspects jamais fixs... Je crois que cette peinture traversera les temps. Sa beaut est profonde et sereine... GUSTAVE GEFFROY, _le Journal_. Czanne: le public va-t-il comprendre enfin ce langage rude et haut qu'on ne parle gure ses oreilles?... Il est temps que s'impose l'pre grandeur de cette oeuvre ingale, mais toujours mouvante... _Les Baigneurs_ michelangesques sous un ciel obscur d't orageux... LOUIS VAUXCELLES, _Gil Blas_. [Illustration: HENRI ROUSSEAU.--Le lion, ayant faim, se jette sur l'antilope.] _Ancien douanier en retraite, M. Henri Rousseau, auquel les Salons des Indpendants firent fte autrefois pour sa navet miraculeuse et sa gaucherie non apprise, a t accueilli avec un pieux respect au Salon d'automne, o la toile reproduite ici occupe une place d'honneur._ C'est une miniature persane agrandie, transforme en un norme dcor, non dpourvu d'ailleurs de mrite... THIBAULT-SISSON, _le Temps_. M. Rousseau a la mentalit rigide des mosaistes byzantins, des tapissiers de Bayeux: il est dommage que sa technique ne soit pas gale sa candeur. Sa fresque n'est pas du tout indiffrente: je concde que l'antilope du premier plan s'adorne tort d'un museau de brochet; mais le soleil rouge et l'oiseau apparu parmi les feuillages tmoignent d'une rare ingniosit dcorative. LOUIS VAUXCELLES, _Gil Blas_. [Illustration: ALCIDE LE BEAU.--Le long du lac (Bois de Boulogne).] Il est tout un groupe qui continue le mouvement impressionniste avec talent, mais sans assez changer la forme gnrale et l'aspect particulier des choses dj vus par des peintres tels que Monet et Sisley. Ainsi MM. Maufra,... Alcide Le Beau (qui, lui, voisine, cette fois, avec Van Gogh). Ils savent peindre et ils exposent de belles toiles: on ne peut que leur demander de dcouvrir la nature pour leur compte. GUSTAVE GEFFROY, _le Journal_. Il a largi puissamment sa manire, rejette les dtails superflus; sa vision du _Bois de Boulogne_, les lacs o voguent les cygnes noirs sont d'une couleur qui sduit infiniment. L'envol de M, Le Beau est un des plus marquants du Salon. LOUIS VAUXCELLES, _Gil Blas_. [Illustration: HENRI MANGUIN.--La Sieste.] M. Manguin: progrs norme; indpendant sorti des pochades et qui marche rsolument vers le grand tableau. Trop de relents de Czanne encore, mais la griffe d'une puissante personnalit toutefois. De quelle lumire est baigne cette femme demi nue qui sommeille sur un canap d'osier! _Gil Blas_. LOUIS VAUXCELLES, _Gil Blas_. [Illustration: HENRI MATISSE.--Femme au chapeau.] [Illustration: HENRI MATISSE.--Fentre ouverte.] M. Matisse est l'un des plus robustement dous des peintres d'aujourd'hui. Il aurait pu obtenu de faciles bravos, il prfre s'enfoncer, errer en des recherches passionnes, demander au pointillisme plus de vibrations de luminosit, Mais le souci de la forme souffre. LOUIS VAUXCELLES, _Gil Blas_. M. Henri Matisse, si bien dou, s'est gar comme d'autres en excentricits colories, dont il reviendra de lui-mme, sans aucun doute. GUSTAVE GEFFROY, _le Journal_. [Illustration: GEORGES ROUAULT.--Forains, Cabotins, Pitres.] Il est reprsent ici par une srie d'tudes de forains dont l'nergie d'accent et la robustesse de dessin sont extrmes. Rouault a l'toffe d'un matre et je serais tent de voir l le prlude d'une priode d'affranchissement que des crations originales et des travaux dfinitifs marqueront. THIBAULT-SISSON, _le Temps_. M. Rouault claire, mieux que l'an pass, sa lanterne de caricaturiste la recherche des filles, forains, cabotins, pitres, etc. GUSTAVE GEFFROY, _le Journal_. M. Rouault... me de rveur catholique et misogyne. LOUIS VAUXCELLES, Gil Blas. [Illustration: ANDR DERAIN.--Le schage des voiles.] M. Derain effarouchera... Je le crois plus affichiste que peintre. Le parti pris de son imagerie virulente, la juxtaposition facile des complmentaires sembleront certains d'un art volontiers puril. Reconnaissons cependant que ses bateaux dcoreraient heureusement le mur d'une chambre d'enfant. LOUIS VAUXCELLES, _Gil Blas_. [Illustration: LOUIS VALTAT.--Marine.] A noter encore:... Valtat et ses puissants bords de mer aux abruptes falaises. THIBAULT-SISSON, _le Temps._ M. Louis Valtat montre une vraie puissance pour voquer les rochers rouges ou violacs, selon les heures, et la mer bleue, claire ou assombrie. GUSTAVE GEFFROY, _le Journal_. [Illustration: JEAN PUY.--Flnerie sous les pins.] ... M Puy, de qui un nu au bord de la mer voque le large schmatisme de Czanne, est reprsent par des scnes de plein air o les volumes des choses et les tres sont robustement tablis. LOUIS VAUXCELLES, _Gil Blas_. COMMENT ON PRPARE UNE RVOLUTION: L'DUCATION DU PEUPLE RUSSE PAR LES TUDIANTS D'aprs un tableau de Bogdanof-Bielski. Le manifeste sign, le 17/30 octobre, Pterhof, par le tsar, octroie la Russie les liberts essentielles auxquelles elle aspirait depuis si longtemps. C'est dans l'histoire du peuple russe une date autrement dcisive que celle du 19 aot, o lui avait t donn l'oukase instituant la douma d'empire. L'acte libral de l'empereur Nicolas II ne peut manquer d'ailleurs d'tre revendiqu comme une victoire par cette partie de l'lite cultive de la nation qui, aprs des annes de patient travail, a russi provoquer, dans l'immense empire, l'agitation profonde qui a pris, en ces derniers jours, un caractre singulirement inquitant. C'est, en effet, la jeunesse studieuse de la Russie, ce sont ses matres et, avec eux, auprs d'eux, les crivains, les artistes, tous les intelligents, comme on dit l-bas, qui, lentement, ont prpar les vnements auxquels nous assistons. Cette scne qu'a retrace, d'un pinceau mu, un artiste videmment en sympathie avec les agitateurs, tait de tous les jours. Dans la salle de quelque humble cole villageoise, pas plus luxueuse que la chambre unique des isbas de sapin des paysans, autour d'un tudiant, prenant sur les heures de son travail personnel le temps d'accomplir ce ministre de catchiste, venaient se grouper, pour une lecture leur porte, sorte de prche laque, tous les humbles qui le voulaient, auxquels se mlaient volontiers pour l'exemple deux ou trois amis politiques du confrencier, tudiants eux-mmes, ou professeurs. Des enfants aux yeux ardents et nafs coudoyaient l des femmes, recueillies comme au temple, et des vieillards au regard dsabus et las, dsesprant de voir les temps qu'on leur promettait: auditoire ignorant et croyant, tout imprgn de mysticisme et prt accueillir avec enthousiasme les ides sduisantes qu'on lui jetait en pture. [Illustration: Les Karpathes (2.500 m.) vus d'une altitude de 4.900 mtres. Villages et champs hongrois photographis 4.500 mtres de hauteur. PHOTOGRAPHIES PRISES EN HONGRIE, PAR LE COMTE ROZAN, LE 16 OCTOBRE 1905.] DES TUILERIES AUX KARPATHES LE GRAND PRIX DE L'ARO-CLUB.--1.400 KILOMTRES EN BALLON EN 18 HEURES _Nous avons publi, dans le numro du 21 octobre, une page reprsentant les quinze ballons que l'on gonflait, dans le jardin des Tuileries, pour participer ci la fte donne au profit des victimes du tremblement de terre de la Calabre--et aussi au Grand Prix de l'Aro-Club de France. Le Grand Prix a t gagn par M. Jacques-Faure, montant avec le comte Mozart le ballon_ la Kabylie, _qui est all atterrir 1.100 kilomtres, prs de Kirchdrauf, en Hongrie. Les hardis aronautes n'avaient mis que dix-huit heures pour accomplir ce parcours, c'est--dire qu'ils l'avaient franchi la moyenne de plus de 77 kilomtres l'heure. Pour revenir de Kirchdrauf Paris par la voie ferre, en prenant les trains les plus rapides, ils ont mis 12 heures--beaucoup plus du double. C'est le pilote, mme de_ la Kabylie, _M. Jacques-Faure, qui a bien voulu raconter aux lecteurs de_ L'Illustration _les dtails et les pripties de cette magnifique ascension._ Quatre heures de l'aprs-midi: difficilement maintenu terre par les arostiers du 1er rgiment du gnie, que le ministre de la Guerre a bien voulu mettre notre disposition, notre ballon, _la Kabylie_, sous l'effort du vent qui souffle par rafales, s'incline d'une faon inquitante sur les statues et les becs de gaz du bassin des Tuileries. Malgr un temps pouvantable et une pluie battante, la foule, trs intresse par ce spectacle inusit de quinze ballons s'levant du coeur mme de Paris, a peu peu envahi le jardin: des barrires ont t brises, la police est dborde, et le monde s'empresse de telle faon autour de ma nacelle qu'il m'est matriellement impossible, au dernier moment, tant la foule est dense, de faire les 20 mtres qui me sparent de mon manteau de voyage rest chez le concierge des Tuileries: tant pis, nous partirons sans lui. [Illustration: La Kabylie partant des Tuileries, le 15 octobre 1905.] Pniblement, _la Kabylie_ est mise debout: nos braves arostiers militaires, gns par le publie, qui leur laisse peine la libert de leurs mouvements, manoeuvrent trs difficilement. Au dernier moment, alors que tout semble prt, une cordelette se brise; quelques secondes de plus, et nous partions avec l'appendice de notre ballon ferm: c'tait notre arostat clatant 300 mtres d'altitude, la chute invitable, la mort certaine aprs quelques instants d'ascension. Mais mon vieil ami Santos-Dumont est l; il a vu le danger: sans hsiter il saute dans le cercle, grimpe comme un chat le long de la corde d'appendice et brise le fil casser qui le maintient. Tout est prt, nous allons partir: sur le bord de la nacelle, vingt personnes nous tendent les mains: au revoir! bonne chance! vive l'Aro-Club! Attention la mer! me crie au dernier moment mon ami Tollander de Balsch, qui garde un humide souvenir du bain forc qu'il a pris, la semaine dernire, dans les polders du Zuiderze. C'est fini; nous sommes en l'air; le spectacle est inoubliable: la foule couvre les Tuileries, la place de la Concorde et une partie des Champs-Elyses; perte de vue, c'est une mer de parapluies ouverts, serrs les uns contre les autres sous des rafales de brouillard et de pluie. Il est impossible de dcrire cette sensation extraordinaire de l'aronaute emport par un vent violent; c'est le calme dans la tempte, _immobilis in mobile_: pench sur le bord de sa nacelle, sur le bord de ce balcon arien qui marche de fantastiques vitesses, il voit les villes, les forts, les montagnes, dfiler sous ses yeux merveills. En bas, c'est la tempte, le vent qui souffle avec un fracas abominable travers les bois et les chemins; en haut, dans le frle panier d'osier, le calme absolu, la sensation de scurit parfaite. Notre nacelle est quipe pour la course: de 7 ou 8 kilos plus lgre que les nacelles ordinaires, elle est aussi beaucoup plus petite, en sorte que les sacs de lest la remplissent; elle est pleine plus qu' moiti; nos genoux sont la hauteur des bords du panier. Ds le dpart, nous nous assurons notre direction: 300 mtres d'altitude, nous traversons en tourbillon la place Vendme; nous laissons franchement le Sacr-Coeur au nord: nous filons donc vers l'est. Je consulte mon compagnon de voyage; comme moi, le comte Rozan est dcid gagner la course, ou du moins faire l'impossible pour cela: il s'agit d'aller vite et longtemps: en haut, le vent est plus violent, nous allons monter. Tant pis si notre direction change, puisque la seule mer que nous puissions rencontrer sur notre route est la Baltique, et que nous sommes dcids, quoi qu'il arrive, nous aventurer au-dessus d'elle. A 2.700 mtres, nous trouvons notre quilibre entre deux couches de nuages; nous nous maintenons cette altitude sous une tempte de glace et de neige; notre nacelle et notre ballon sont littralement incrusts de givre et notre thermomtre s'abaisse parfois 14 et 15 degrs centigrades au-dessous de zro. [Illustration: Le comte Rozan et M. Jacques-Faure.] [Illustration: La ville de Kirchdrauf, prise 4.200 mtres. (A l'horizon, les Karpathes: 2.500 m.)] [Illustration: Le village de Szepesvaralja, photographi durant la descente effectue 600 mtres la minute.] [Illustration: Szepesvaralja, vu l'arrive terre.] ENTRE 10 HEURES ET 11 HEURES DU MATIN, A BORD DU BALLON LA KABYLIE PILOT PAR M. JACQUES-FAURE. [Illustration: Itinraire de l'arostat _la Kabylie_ de Paris Kirchdrauf.] Vers minuit, le vent redouble de violence, les nuages se dchirent au-dessus et au-dessous de nous; nous apercevons en mme temps les lumires terre et l'toile polaire dans le ciel, ce qui nous permet, par une observation rapide, de constater que notre direction se maintient vers l'est; partir de minuit, le ciel s'claire, la terre disparat de nouveau sous une couche de nuages trs paisse, et nous naviguons baigns par un clair de lune splendide, tandis que l'ombre du ballon se profile sur les brumes, entoure d'un cercle brillant, bien connu des navigateurs ariens sous le nom d' aurole des aronautes; de temps en temps la lune s'entoure des couleurs du spectre. De tels spectacles sont aussi fantastiques qu'inoubliables: pour y croire, il faut les avoir vus et toute description devient impossible devant de telles manifestations de la nature. C'est un conte d'Hoffmann vcu. De temps en temps, dans une claircie, la terre apparat; nous reconnaissons Munich; Linz et Vienne relies entre elles par un brillant ruban argent; c'est le Danube, le plus beau fleuve d'Europe, dont nous observons de 3.000 mtres de hauteur le cours large et majestueux. A 5 heures le jour parat, tandis que la lune s'abaisse l'horizon; la lumire ne nous a donc pas manqu un seul instant, et c'est peine si, durant cette seconde partie de la nuit, je me sers de temps en temps de ma lampe lectrique. A 6 heures, je prends contact avec le sol; l, le vent souffle peine 25 kilomtres l'heure; une rapide conversation avec des paysans dont nous ne saisissons que le mot Oestreich (Autriche), et nous remontons 4.000 mtres, o nous retrouvons la bonne brise de la nuit qui nous entrane toujours vers l'est 80 kilomtres l'heure. Nous n'avons plus que 42 kilos de lest; j'en mets 12 dans un coin de la nacelle et jusqu' 9 heures nous nous quilibrons entre 4.000 et 5.200 mtres avec les 32 autres kilos. A 9 h. 1/2, les bouteilles, les provisions passent par-dessus le bord; 10 h. 1/4, c'est le tour des sacs de voyage; depuis longtemps dj nos objets de toilette, nos chaussures et nos vtements de rechange avaient pris le mme chemin: notre nacelle est absolument vide. Le froid est abominable; nous sommes trs fatigus par ce long sjour dans les hautes rgions de l'atmosphre; Rozan est compltement vert, ce qui ne l'empche pas de me proposer froidement de grimper dans notre cercle, et d'envoyer notre nacelle rejoindre nos provisions. Mais j'ai peine la force de soulever mon dernier sac de lest, et 10 h. 1/2 commence 5.200 mtres une descente foudroyante et vertigineuse. Eu moins de sept minutes nous sommes au sol, ayant pu, durant cette vritable chute, prendre les quelques clichs que nous sommes heureux de soumettre aujourd'hui aux lecteurs de _L'Illustration._ A 20 mtres de terre, le ballon passe au-dessus d'un petit bois; j'ouvre mon ballon en deux: la corde de dchirure fonctionne parfaitement, et, comme un grand oiseau bless, il s'abme sur un arbre, presque sans choc, sans secousse, la nacelle d'un ct, l'toffe de l'autre. Suivant l'usage, je quitte la nacelle le dernier, et Rozan me photographie tout tranquillement, tandis qu' bout de forces, je descends pniblement de mon arbre, le long du seul bout de filin qui nous reste. Nous sommes Kirchdrauf (Hongrie), 1.400 kilomtres de Paris, ayant effectu l'un des trois plus longs voyages ariens du monde entier. Le Grand Prix de l'Aro-Club de France est nous. JACQUES-FAURE. [Illustration: M. Jacques-Faure descendant par un filin de la nacelle, accroche dans un arbre, prs de Kirchdrauf.] [Illustration: Les bureaux du journal Novosti Dnia gards par la police.] [Illustration: Les bureaux du journal Rouski Listok gards par les cosaques.] PENDANT LA GRVE DES TYPOGRAPHES A MOSCOU LA RUSSIE SANS JOURNAUX Les typographes, les imprimeurs, tous les travailleurs qui concourent la confection matrielle des journaux ont t des premiers entrer dans les vues des meneurs de la rvolution russe qui poussaient la grve gnrale comme au sr moyen d'obtenir les rformes politiques demandes. Quelques-uns ont bien cherch rsister ce mouvement, ont voulu continuer le travail, sous la pro-tection de la gendarmerie ou des cosaques. C'est ainsi que certaines imprimeries de Moscou, celles des Novosti Dnia et du Rouski Listok, par exemple, ont continu fonction-ner pendant quelques jours sous la protection de la force arme. Mais la plupart des grandes villes de l'empire, commencer par Saint-Ptersbourg, sont actuellement sans journaux, sans nouvelles, spares du reste dumonde, isoles mme l'une de l'autre. LE GENERAL DRAGOMIROF Mikhal Ivanovitch, comme on l'appelait familire-ment, vient de s'teindre Konotop, prs de Kiev, dans sa terre patrimoniale, o il tait n, o reposent les siens. Sa popularit en Russie tait considrable. Sa renom-me avait franchi toutes les frontires. Chez nous, dont il avait suivi les armes pendant toute la campagne d'Italie, et o il tait revenu souvent, prenant part avec un intrt passionn aux manoeuvres, se complai-sant vivre parmi nos soldats, il tait fort connu et on l'aimait beaucoup. Ses thories sur l'ducation du troupier, qui voulaient que l'officier et avant tout pour objectif de former le moral du soldat, taient d'abord trop conformes nos ides humanitaires pour ne pas lui avoir conquis, en France, de chauds admirateurs. En fait, d'ailleurs, elles semblaient mieux conues pour s'appliquer au soldat franais, dgrossi, dlur, qu'au malheureux moujik illettr. [Illustration: Le gnral O'Connor, qui vient de mourir Paris.] [Illustration: Le gnral Dragomirof.--Phot. Pirou, boul. Saint-Germain.] Aussi bien, ces thories sduisantes, Dragomirof eut peu l'occasion d'en vrifier sur les champs de bataille l'excellence. Cette occasion pourtant, la guerre de 1877 sembla devoir la lui fournir. A la tte de la 14e division, qu'il commandait, Kichinef, depuis plusieurs annes, il dirigea brillamment le passage du Danube, pour marcher ensuite vers Chipka. Mais une balle, qui le blessa au genou gauche, l'immobilisa pour la dure de la campagne. Il demeura donc un thoricien, un ducateur, un pro-fesseur d'nergie militaire fort convaincant. Au commencement de la guerre russo-japonaise, il avait tenu aller dire adieu aux troupes du gouverne-ment de Kiev partant pour la Mandchourie. Et il avait saisi ce prtexte pour leur rpter en guise de suprme recommandation, leur paraphraser l'un de ses adages favoris: Tire rarement, mais juste; pique ferme avec la baonnette. La balle s'garera, la baonnette ne s'ga-rera pas; la balle est folle, la baonnette est une luronne. Hlas! contre les canons d'aujourd'hui, une luronne bien impuissante! LE GENERAL O'CONNOR Le gnral de division O'Connor, commandeur de la Lgion d'honneur, qui vient de mourir la maison de sant des frres Saint-Jean de Dieu, o il suivait un trai-tement, aprs une grave opration, tait n Paris en 1847. Sorti de Saint-Cyr en 1868, il appartenait l'arme de la cavalerie. Capitaine en 1876, il passa par l'Ecole suprieure de guerre et fut promu chef d'escadron en 1883, lieutenant-colonel en 1887, colonel en 1891, gnral de brigade en 1896 et divisionnaire en 1902. Il avait pris part aux expditions de Tunisie et du Tonkin; mais c'est surtout la tte de la division d'Oran qu'il devait se signaler comme organisateur de la plupart des postes de notre frontire marocaine. Un dsaccord avec le gouver-nement sur les mesures prendre dans le Sud-Oranais motiva son dplacement; la fin de 1903, il tait appel au commandement de la 8e division d'infanterie au Mans, mis bientt en disponibilit, puis nomm membre du Comit technique de l'artillerie et de la commission mixte des travaux publics. UNE NOUVELLE STATUE DE MOLTKE Il n'est gure de ville allemande se respectant un peu qui n'ait sa statue de Moltke, voisinant avec celle de Bis-marck. Berlin possdait seulement, sur la place Royale, l'effigie du chancelier de fer, face la colonne de la Vic-toire. La place rserve, en pendant, au feld-marchal demeurait vide, le sculpteur Joseph Uphues, charg de la meubler, se consumant, depuis des annes, en efforts, pour mettre au monde un chef-d'oeuvre. Il ne parat gure qu'il y ait russi. Il a camp son Moltke debout, appuy une sorte de colonnade qui n'a pour excuse d'tre dorique que l'ambition purile du statuaire d'avoir voulu la a raccorder, comme disent les architectes, avec quelques vilaines btisses de Berlin, qui sont du mme ordre. Ce sige bizarre est d'ailleurs ridi-cule de disproportion avec la figure. Mais il v a dans l'at-titude que le professeur Uphues a donne au vieux stra-tge, les mains croises, le regard droit, une impression de tranquille confiance qui n'est pas sans caractre. Le monument entier est en marbre. Ce serait, parat-il, le plus gros bloc de marbre qu'on ait jamais taill--au moins dans les temps modernes.--Mais cette statue a attir encore l'attention sur elle d'une autre faon: c'est l'oc-casion de son inauguration, le 26 octobre, que le kaiser a prononc, verre en main, les paroles belliqueuses qu'on a fort commentes ces jours derniers. [Illustration: Le monument de Moltke, inaugur Berlin le 26 octobre.] LE JIU-JITSU ENCORE UNE VICTOIRE DES JAPONAIS La mode actuelle est incontestablement aux Japonais et, depuis les succs inattendus que ce petit peuple a remports en Extrme-Orient, tout ce qui le concerne a le don d'exciter notre intrt. C'est ainsi que, dans les milieux sportifs, on discutait tout rcemment, non sans quelque vivacit, la question brlante du jiu-jitsu. Le jiu-jitsu (prononcez djioudjitss) est-il un simple bluff, comme le prtendaient jadis la plupart des gens comptents? Est-ce, au contraire, le systme idal de dfense individuelle, ainsi que le proclament les rares initis de cet art nouveau? Le dbat, qui tait jusqu' ce jour rest indcis, vient enfin d'tre tranch. C'est du moins ce qui semble rsulter du match disput Courbevoie, le jeudi 23 octobre, par le professeur Re-Ni, instructeur de jiu-jitsu l'cole de la rue de Ponthieu, et le matre Dubois, reprsentant des sports de dfense franais, qui avait lanc un dfi Re-Ni. Le matre Dubois, qui fut jadis un sculpteur non sans talent, est la fois un escrimeur dangereux, un boxeur redoutable, un faiseur de poids et d'haltres de premier ordre: c'est, en un mot, le vritable type de l'athlte. Sa taille est de lm,68; son poids de 75 kilos. Il est n en 1865. Re-Ni, qui a juste trente-six ans, mesure lm,65 et pse 63 kilos. Il a appris le jiu-jitsu Londres sous les matres japonais Miyak et Kanaya. Bien que robuste, il est notablement moins vigoureux que son adversaire. Le combat, o tous les coups taient permis, ne devait cesser que quand l'un des antagonistes se reconnatrait vaincu. Il a t trs rapidement termin par la victoire du jiu-jitsuan. En voici du reste le compte rendu sommaire: Au commandement: Allez, les deux adversaires se portent rapidement l'un vers l'autre, s'arrtent environ 2 mtres et s'observent trois ou quatre secondes. Sur une feinte de Re-Ni, Dubois esquisse du droit un coup de pied bas que Re-Ni esquive. Dubois porte alors, du mme ct, un coup de pied de flanc; mais au mme instant, avec un -propos extraordinaire, Re-Ni rentre d'un vritable bond de chat et saisit Dubois bras-le-corps. Dubois essaye un tour de hanche: Re-Ni, que ce mouvement a plac droite de son adversaire, appuie la main droite sur l'abdomen de ce dernier, en mme temps qu'il lui comprime les muscles lombaires avec la main gauche et lui envoie un coup de genou sous la cuisse droite. Dubois bascule et tombe sur les omoplates comme une masse; il porte nanmoins Re-Ni, rest dessus, une prise de gorge qui permet ce dernier de lui cueillir le poignet droit. Re-Ni se renverse immdiatement sur le dos, la gauche de Dubois, lui passe la jambe gauche en travers de la gorge, en lui maintenant avec ses deux mains le bras sur son abdomen, le coude en dessous, le bras passant entre ses deux jambes (1). Une vigoureuse pression, exerce sur le poignet de Dubois, menace de lui dsarticuler au coude le bras qui se trouve en porte--faux. Dubois rsiste pendant une seconde, puis demande grce. (1) C'est la position des combattants cet instant prcis que reprsente la photographie ci-dessous. Le combat avait juste dur 26 secondes, dont 6 secondes seulement pour l'engagement proprement dit. Les choses se sont passes exactement comme elles se seraient passes dans une rencontre non prmdite. Les deux adversaires taient en tenue de ville, avec chaussures ordinaires; Georges Dubois avait mme conserv son chapeau et ses gants. Le sol, recouvert de gravier, tait seulement un peu moins dur que ne l'aurait t le macadam ou l'asphalte. Enfin le match a t disput en plein air, sur la terrasse du nouveau btiment des tablissements de carrosserie Vdrine. Le rsultat a t d'une nettet parfaite. Le reprsentant de la mthode franaise n'a pas exist devant le reprsentant du jiu-jitsu. * * * On pense bien qu'un vnement de ce genre n'a pas t accueilli sans protestation de la part des adeptes de la boxe franaise ou anglaise. A les entendre, aprs coup, le matre Dubois n'tait pas qualifi pour reprsenter les sports de dfense, qu'il a prcisment pour mtier d'enseigner. Nous ne chercherons pas discuter cette manire de voir; nous nous contenterons de dire que le jiu-jitsu, dj officiellement pratiqu par les lves de West-Point (le Saint-Cyr amricain), les policemen de New-York et de Londres, etc., va, sur l'initiative de M. Lpine, tre enseign partir de la semaine prochaine aux inspecteurs de la Sret et aux agents de la brigade des recherches. La dfaite ultra-rapide d'un athlte trs vigoureux et trs exerc par un homme dont les moyens physiques taient visiblement trs infrieurs aux siens, et qui est en outre bien plus un instructeur qu'un combattant, a montr au prfet de police tout l'intrt que prsente le jiu-jitsu comme moyen de dfense. On a prononc, propos de la rencontre de Courbevoie et du jiu-jitsu en gnral, le mot de sport de voyou. Ce terme, dj excessif dans la bouche de ceux qui condamnent la boxe anglaise comme trop brutale, prte quelque peu rire quand il est prononc par les adeptes convaincus de la boxe anglaise ou franaise. Croit-on qu'il soit beaucoup plus lgant d'craser d'un coup de poing le nez de son adversaire que de le forcer par une adroite torsion de bras demander merci? Rien n'est moins certain. Nous partagerions mme volontiers l'opinion des deux officiers suprieurs d'artillerie qui viennent de publier chez Berger-Levrault une traduction du livre de M. Irving Hancock sur le jiu-jitsu et qui considrent ce sport comme un art extrmement intressant, une vritable escrime aussi captivante que celle de l'pe. Est-ce dire qu'il faille faire fi de notre vieille boxe franaise ou mme de la lutte classique si chre nos populations du Midi? En aucune faon. Si le jiu-jitsu parat dcidment suprieur au point de vue de la dfense personnelle, la boxe et la lutte n'en restent pas moins des sports excellents pour le dveloppement de l'adresse, de la force et du courage. Le jiu-jitsuan lui-mme ne peut ngliger compltement la boxe; il doit, en effet, connatre les moyens d'action du boxeur pour pouvoir, suivant l'expression consacre, rentrer dans ce dernier dont la tactique est de le tenir distance. Ajoutons enfin que le jiu-jitsu n'est point, comme on le croit gnralement sur la foi de renseignements aussi errons qu'incomplets, une simple collection de trucs de combat: c'est en ralit une mthode trs originale et trs complte de culture physique et d'entranement qui commence par l'ducation de l'enfant, pour continuer par celle de l'adolescent et de l'homme fait, sans perdre de vue l'ducation physique de la femme. Ce sont en grande partie les enseignements du jiu-jitsu qui ont donn aux troupes japonaises leur merveilleuse endurance et leur admirable sobrit, et l'on peut, sans tre tax d'exagration, dire que la jiu-jitsu a eu sa part dans le triomphe, si inquitant pour les Europens, de la race jaune en Extrme-Orient. L. SAUVEROCHE. [Illustration: Le match Re-Ni Georges Dubois. Coup de pied au corps port par Georges Dubois (vu de face) Re-Ni (vu de dos).] [Illustration: G. Dubois. Re-Ni. Re-Ni la jambe passe sur la gorge de Dubois, fait son adversaire le coup d'tirement et de torsion du bras qui a mis fin au combat aprs six secondes de lutte.] LE MATCH RE-NI-GEORGES DUBOIS LES LIVRES ET LES CRIVAINS H. G. WELLS, l'auteur de la Vrit. CONCERNANT PYECRAFT, DONT NOUS PUBLIONS EN SUPPLMENT, DANS CE NUMRO, LA TRADUCTION FRANAISE. C'est en 1895 que M. H. G. Wells a publi son premier ouvrage: _la Machine explorer le temps_. Il avait alors vingt-neuf ans et, depuis cinq ans qu'il avait termin ses tudes l'Universit de Londres, il professait les sciences en divers tablissements d'enseignement secondaire de la capitale anglaise. Entre temps, il collaborait des publications scientifiques et littraires, des revues de tous genres et mme des quotidiens. Encourag par le succs de son premier roman, il publia coup sur coup, la mme anne, un recueil de nouvelles qu'on retrouve en partie dans le volume intitul en franais _les Pirates de la mer_ et _la Merveilleuse Visite_; l'anne suivante: _les Roues de la Fortune_ et _l'le du docteur Moreau_; en 1897, un recueil d'articles, un recueil de nouvelles et _l'Homme invisible_; en 1898, _la Guerre des mondes_; en 1899, _Quand le dormeur s'veillera, Une Histoire des temps venir_ et _les Rcits de l'ge de pierre_; en 1900, _l'Amour et M. Lewisham_; en 1901, _Anticipations_ et _les Premiers Hommes dans la Lune_; en 1902, _la Dame de la mer_ et _la Dcouverte de l'avenir_; en 1903, _l'Humanit en formation_ et _Douze Histoires et un Rve_; en 1904, _Place aux gants_; en 1905, _Une Utopie moderne_; il a achev plusieurs romans, indits encore, _Kips_, l'histoire d'un enfant; et un autre, sans titre jusqu'ici et plus fantastique, parat-il, qu'aucun des prcdents. [Illustration: H. G. Wells.] On a dit du fcond crivain qu'il tait le Jules Verne anglais, mais Jules Verne lui-mme, qui avait une grande admiration pour son jeune confrre, a fort bien marqu les diffrences qui les sparent et M. Ch.-V. Langlois, de la Sorbonne, crivait dans la _Revue de Paris_: Tout le monde a lu les livres de H. G. Wells, le nouveau Jules Verne anglais, dit-on, mais un Jules Verne mieux inform, d'une fantaisie plus puissante, et philosophe. Et ce qui a assur le grand succs de Wells, en Angleterre et en Amrique comme sur le continent, c'est que tout le monde peut le lire et que tout le monde le lit de plus en plus. Le savant professeur qui discute les prestigieuses _Anticipations_ de Wells prend un plaisir extrme ses plus fantastiques rcits; l'adolescent le suit, l'imagination blouie, dans les temps venir et dans l'ge de pierre, dans la lune ou travers de plus lointains espaces; les lectrices moins vagabondes sont mues par les amours de M. Lewisham ou les tribulations de _la Merveilleuse Visite_, et les gens graves, les sociologues, les hommes de science, ou de toutes les sciences, s'merveillent de ses audacieuses hypothses, de ses prdictions dconcertantes qui influencent puissamment le mouvement des ides universelles. Et cet crivain, ce penseur prodigieux a d'exquis moments de gaiet souriante, pendant lesquels il rvle _la Vrit concernant Pyecraft_ ou narre tel autre conte factieux ou burlesque. ALPHONSE ALLAIS Alphonse Allais est mort subitement, samedi dernier, l'ge de cinquante-deux ans. Fils d'un pharmacien d'Honfleur, il tait venu tout jeune Paris pour tudier les sciences; mais, comme il arrive assez frquemment, sa relle vocation n'avait pas tard l'entraner dans une voie bien diffrente, o il devait, d'ailleurs, trouver le succs et conqurir la rputation. [Illustration: Alphonse Allais.] Aprs d'heureux dbuts au _Tintamarre_ et au _Chat-Noir_, la publication de monologues fort gots, mme au-del de Montmartre, berceau de sa notorit, il collabora au _Gil Blas_, devint rdacteur attitr du _Journal_, puis rdacteur en chef du _Sourire_. Il aborda en outre le thtre, en collaboration avec Alfred Capus et y russit. C'est surtout la _Vie drle_, cette srie de chroniques, d'une fantaisie si particulire, d'une forme si originale, qui lui avait valu la faveur durable du public; la clientle de lecteurs fidles qu'il s'tait faite se grossissait de nouveaux contingents quand il runissait ces feuillets pars en des volumes dont les seuls titres, rpts comme des formules typiques, assuraient la vogue: _A se tordre, On n'est pas des boeufs, le Parapluie de l'escouade_, etc. La verve par o Alphonse Allais s'tait class au premier rang des auteurs gais n'avait rien de banal ni de grossier; sa blague de pince-sans-rire tait d'un observateur sagace, d'un fin satiriste, d'un humoriste du bon coin. Estim du monde des lettres, il excella et sut rester gal lui-mme dans un des genres les plus difficiles soutenir. LIVRES NOUVEAUX Romans. On nous a cont souvent les exploits des fils papa. Ce sont des fils maman que M. Ren Boylesve, l'auteur de _l'Enfant la balustrade_, met en scne dans son nouveau et dlicieux roman: _le Bel Avenir_ (Calmann-Lvy, 3 fr. 50). Les fils maman de l'ingnieux crivain ne sont pas de bien grands caractres. Mais leurs mres: Mme Dieulefait d'Oudart, Mme Chef-Boutonne et Mme Lapoiroux, quelles hrones! Quels efforts pour assurer leurs fils le bel avenir de tous les rves maternels! Quel ressort, quels rebondissements aprs les checs! Et surtout quelles habilets raffines--chez les deux premires--pour sauver la face dans les passes critiques! La fiert spciale, l'amour-propre indomptable des mres de fils unique ont t finement observs par M. Ren Boylesve. Son livre est ironique sans malveillance. Celui qui le lit se surprend sourire aux bons passages: et il y a de bons passages tous les chapitres. --M. Marcel Batilliat est de ceux qui poursuivent un dessein quand ils l'ont form. Matriellement, il avait entrepris d'crire une srie de trois romans sous le titre gnral: _le Rgne de la Beaut_. Aprs _la Beaut_ et _Versailles-aux-Fantmes_, il nous donne aujourd'hui _la Joie_ (Mercure ne France. 3 fr. 50). Il annonce maintenant le _Rgne de l'Action_ et _le Rgne de la Sagesse_. C'est un beau programme d'crivain. Faut-il tenter de rsumer en quelques mots le sujet de _la Joie_? Ce serait aller contre le dsir d'un auteur qui s'exprime ainsi dans un curieux avant-propos: Les jeunes femmes qui figurent, avec de rares comparses volontairement effacs, les seuls personnages de _la Beaut_, de _Versailles-aux-Fantmes_ et de _la Joie_, ne tiennent leur raison d'tre ni de leurs aventures, ni de leurs crises sentimentales. Le milieu social o elles voluent demeure strictement assez prcis pour qu'elles semblent vivre de notre vie et de notre temps; leurs actions, dgages de toute intrigue romanesque, se rsument aux phases essentielles et ncessaires de leur existence. Genevive de Ceyneste, Cillette Tynanges, Marie Nuaillre et leurs quelques amies ignorent des contingences tout le relatif et le momentan: elles ne sont tudies que dans leurs rapports avec le cadre de nature qui les entoure et les influence, et selon l'instinct ternel qui les meut et les dirige... Les romans du _Rgne de la Beaut_, comme ceux du _Rgne de l'Action_ et du _Rgne de la Sagesse_ qui paratront ensuite, ne prtendent ni analyser ni dcrire; mais concrter et rsumer le plus d'humanit possible dans les attitudes naturelles de quelques jeunes femmes symboliques,--semblables pourtant, par leur mentalit et leur volution, beaucoup de jeunes femmes de cette poque. Ces livres sont donc l'essai et l'expression premire d'un art qui veut s'efforcer avant tout vers une interprtation _harmonieuse_ et _dcorative_ de la nature, de la pense moderne et de la vie. C'est un peu obscur, mais il n'y a qu'en citant un crivain que l'on soit sr de ne pas le trahir. _Questions d'actualit._ Aprs M. Gabriel Veyre, qui publiait rcemment: _Au Maroc: dans l'intimit du sultan_ (Librairie Universelle, 3 fr. 50), voici qu'un autre collaborateur de _L'Illustration_, M. Jean du Taillis, qui accompagna l'hiver dernier Fez la mission Saint-Ren-Taillandier, publie son tour un volume trs abondamment et luxueusement illustr sur _le Maroc, pittoresque_ (Flammarion, 10 fr.). Dans une lettre-prface, M. Marcel Saint-Germain, snateur d'Oran, constate que ce livre est fait d'actualit, d'observations prcises et judicieuses, de choses vcues. C'est le plus bel loge qu'on puisse adresser, en peu de mots, l'auteur d'un ouvrage de ce genre. --Comme les livres sur le Maroc, les volumes sur les tats-Unis se multiplient. Viennent de paratre coup sur coup: _l'Empire du travail (la vie aux tats-Unis)_, par Anadoli (Plon-Nourrit, 3 fr. 50), et _le Vol de l'aigle (de Monroe Roosevelt)_, par Joseph Ribet (Flammarion, 3 Fr. 50). Tous deux tudient, l'immense dveloppement conomique et politique de la grande rpublique nord-amricaine au dix-neuvime sicle. Et tous deux se proccupent de voir dborder sur notre vieux continent cette force toujours croissante. LES THTRES Nous publierons prochainement _la Marche nuptiale_, l'mouvante pice de M. Henry Bataille que le Vaudeville vient de reprsenter et qui excite vivement l'intrt du public. C est un de ces problmes passionnels auxquels se plat le talent hardi et profondment original de l'auteur. Mme Bertille Bady, MM. Dubosc et Janvier interprtent avec un rare talent les rles principaux de la pice. Signalons l'Odon une trs bonne reprise de _la Souris_, de Pailleron: Mlle Lly y remporte un grand succs dans le rle cr jadis par Mlle Reichenberg. Le thtre Molire passe volontiers d'un extrme l'autre; le programme de son nouveau spectacle comprend un assassinat en un acte, _les Parias_, de MM. R. Vancouver et Ch. Duflo, et cette pice sans prtention littraire est immdiatement suivie d'une lgre et aimable comdie de MM. A. Germain et R. Trbor, _Fred_, parfaitement interprte par Mlle Marguerite Caron et MM. A. Dubosc, H. Lamothe et Pouctal. DOCUMENTS et INFORMATIONS LA PCHE DE L'OR AU MOYEN D'PONGES. Aprs l'Anglais qui annonce un procd industriel secret pour extraire l'or de la mer, voici un Belge qui nous dvoile pour s'enrichir la mme source un procd tout fait familial. Il suffit de plonger dans la mer ou dans les marais salants des ponges mordances avec des sels d'tain suivant les mthodes pratiques en teinturerie. Quand une tonne d'eau, soit 1.000 litres, aura pass sur l'ponge, de 32 64 milligrammes d'or valant de 11 22 centimes s'y seront dposs sous forme de pourpre de Cassius qu'un bain chimique trs simple transforme en cyanure d'or. Et l'ponge peut resservir! On peut, d'ailleurs, lui substituer de vieilles robes de soie, des chaussettes de laine et n'importe quel produit mordanc comme il convient. Malheureusement, ce petit jeu est interdit aux enfants qui pataugent sur les plages, car le procd est brevet. La pche la plus fructueuse qu'on puisse en attendre nous parat tre celle des actionnaires. LE CENTENAIRE DE BRIGNOLES. La petite ville de Brignoles (Var) vient de fter le centenaire d'un de ses habitants les plus universellement considrs, M. Auguste Bourgogne, n le 13 octobre 1805. [Illustration: M. A. Bourgogne, n le 13 octobre 1805. entour de sa famille.] Prsident du tribunal de commerce de Brignoles pendant trente ans, doyen des fabricants tanneurs de France, M. Bourgogne s'est retir des affaires il y a plus de cinquante ans. Il est le cadet d'une famille de quatorze enfants qui dpassrent tous la quatre-vingtime anne; sa soeur est morte quatre-vingt-dix-sept ans. Notre gravure le reprsente dans son jardin, entour de son fils, de sa fille et de ses deux arrire-petits-enfants; elle atteste la verdeur de ce vieillard encore assez alerte pour avoir pu, le jour de son centenaire, se rendre pied l'glise, puis la salle de banquet et, de l, rentrer chez lui, ce qui reprsente un peu plus de deux kilomtres. Depuis l'anne 1621, o mourut dans cette ville une femme ge de cent trente-quatre ans, on n'avait pas vu de centenaire Brignoles. LES EXPORTATIONS D'AUTOMOBILES. L'importation en France de vlocipdes, de motocycles et de pices dtaches, a t de prs de 6 millions en 1904, au lieu de 5.670.000 francs en 1903, et celle des automobiles, venant pour le plus grand nombre du Wurtemberg, est passe de 1.267.000 3.836.000 francs. Mais notre exportation a subi un accroissement beaucoup plus considrable, passant de 64.405.000 francs en 1903 85 millions 250.000 francs en 1904. L'Angleterre, elle seule, nous a achet pour prs de 40 millions d'automobiles. Ainsi, en cinq ans, l'industrie automobile franaise a augment de 62 millions ses exportations. L'exportation des vlocipdes, motocycles et pices dtaches, est maintenant de plus de 6 millions et demi. EN ANGLETERRE.--Le lord-chief-justice et le lord-chancellor se rendant la Chambre des lords aprs la crmonie religieuse annuelle de l'abbaye de Westminster. LA RENTRE DES TRIBUNAUX ANGLAIS. La rentre des cours et tribunaux s'est effectue en Angleterre, le 24 octobre, avec le crmonial accoutum. Ce crmonial comporte d'abord un service religieux: Londres, o la prsence des plus minents reprsentants du corps judiciaire en rehausse l'apparat--de mme qu' Paris, nagure, antrieurement 1901, date de l'abolition de cet antique usage, le personnel du Palais, avant la reprise de ses travaux, allait entendre la messe du Saint-Esprit ou messe rouge, clbre la Sainte-Chapelle--les magistrats anglais vont assister aux prires propitiatoires dites l'abbaye de Westminster. Ensuite, ils se rendent processionnellement l'audience solennelle d'ouverture tenue la Chambre des lords, laquelle, on le sait, outre son pouvoir lgislatif, possde de hautes attributions judiciaires. La singularit pittoresque de ce dfil mrite d'tre remarque. On y voit, en effet, en pleine civilisation moderne, se drouler sur la place publique, comme jadis, un cortge d'hommes vtus de longues robes plus ou moins fourres, coiffs de vastes perruques blanches semblables des passe-montagnes, en tte duquel marchent gravement, pas compts, les deux dignitaires suprmes de l'ordre, le lord-chief-justice et le lord-chancellor, prcds d'huissiers et de massiers, suivis de porte-queue. Tandis que, chez nous, aujourd'hui, les gens de robe ne se rsignent plus gure s'exhiber dehors pied, sous leur harnais professionnel, qu'aux grands enterrements officiels o les astreint le dcret de messidor, chez nos voisins d'outre-Manche, ils ne craignent pas d'affronter la rue dans un appareil dont l'archasme plus complet jure davantage encore avec l'tat actuel des moeurs. A Paris, un tel anachronisme ne manquerait pas de provoquer les sourires narquois, voire les quolibets irrvrencieux des badauds; Londres, le prestige de la magistrature n'en est nullement compromis aux yeux des spectateurs qui, sans la moindre manifestation malsante, gardent une attitude flegmatiquement respectueuse. Ainsi qu'on l'a dj maintes fois observ, notamment propos de la procession annuelle du lord-maire, ce sont l des traits bien caractristiques de l'esprit britannique: esprit, d'une part, trs positif et trs progressiste; d'autre part, obstinment conservateur de certaines traditions sculaires et de certaines coutumes surannes. Ces tendances contradictoires donnent lieu de curieux contrastes; mais, aprs tout, peut-tre l'apparente antinomie n'est-elle que la forme originale d'une puissante logique en vertu de quoi, pour ce peuple, pratique par excellence, le culte de la force du pass est une des plus solides garanties de la force du prsent. CONSERVATION DU BOIS PAR LE SUCRE. Divers procds sont employs pour soustraire les bois de construction aux influences atmosphriques; en gnral, on injecte la masse ligneuse d'une substance aseptique formant avec les lments du bois des combinaisons stables. C'est ainsi que les traverses de chemins de fer sont injectes de crosote, de chlorure de zinc ou de sulfate de cuivre. Un chimiste allemand a imagin de plonger le bois dans une solution de sucre de betterave. Le sirop s'infiltre dans les pores du bois et y forme une combinaison spciale, car, aprs dessiccation, on ne retrouve aucun cristal de sucre. Le bois ainsi trait prsente, affirme-t-on, une grande cohsion molculaire et acquiert une grande force de rsistance aux injures du temps. TACHES IMMENSES SUR LE SOLEIL. Un immense groupe de taches vient d'tre visible sur la surface du soleil. Il apparaissait le 14 octobre sur le bord oriental, passait au mridien central le 20 et disparaissait sur le limbe occidental le 26. Les photographies que nous donnons montrent, par le dplacement de cette tache, que le soleil tourne, comme on sait, sur lui-mme, en vingt-cinq jours environ. Ces photographies sont orientes comme on voit les images dans une lunette astronomique, c'est--dire le sud en haut et l'est droite. Une autre magnifique tache est apparue le 21 octobre. Sa profondeur s'est accuse nettement, par le fait qu'elle a creus sensiblement le limbe solaire. Cette tache sera visible sur le disque solaire jusqu'au 2 novembre prochain. Elle est visible l'oeil nu comme un point noir. [Illustration: Le grand groupe de taches solaires: 20 octobre 1905 1 h. 48 m. soir.] Le soleil est, en ce moment, dans une priode d'activit assez intense. On sait qu'il est des poques o l'on ne voit presque pas de taches sa surface, d'autres, au contraire, o elles sont nombreuses. La priode est de onze ans environ et le maximum arrive quatre ans et demi aprs le minimum. Le dernier maximum des taches solaires est arriv en aot 1893 et le dernier minimum en aot 1901. Nous devons donc nous attendre voir de trs grandes taches cette anne et l'anne prochaine. Pour les observer, la plus petite lunette peut tre employe, la condition d'interposer entre l'oculaire et l'oeil un verre noir assez fonc. Un trs intressant problme est l'tude en ce moment. C'est la relation possible de l'tat du soleil avec les diffrents phnomnes qui se passent au sein de l'atmosphre terrestre. Des donnes fort utiles pourront ainsi tre obtenues et tre d'une grande porte pratique pour l'avenir. LA FORCE DU BOEUF. Au concours organis par la Socit d'agriculture de la Haute-Vienne et tenu rcemment Limoges, de fort intressantes constatations ont t faites. Les boeufs taient mens par leurs conducteurs habituels, mais ils taient si bien dresss que les conducteurs se bornaient faire le simulacre de se servir d'un fouet ou d'un aiguillon, mais sans frapper ni piquer les animaux. La plus forte paire de boeufs, gs de quatre ans et demi, pesant 1.380 kilos, se montra capable de fournir, en travail normal, un effort moyen de 317 kilogrammes une vitesse moyenne de 60 centimtres par seconde, soit une puissance mcanique utilisable de plus de 190 kilos par seconde, ou un peu plus de 2 chevaux-vapeur et demi. Ces chiffres prouvent que le boeuf en gnral et les boeufs limousins en particulier sont d'excellents animaux de travail. Les rsultats tiennent d'ailleurs en grande partie la manire de conduire les boeufs. Avec la mme paire d'animaux, le rendement varie beaucoup et, suivant l'adresse ou l'inexprience du conducteur, il peut tre suprieur ou infrieur, mme avec une plus grande fatigue des animaux. [Illustration: 16 octobre 1905: 11 h. 37 m. du matin.] [Illustration: 20 octobre 1905: 11 h. 44 m. du matin.] [Illustration: 22 octobre 1905: 8 h. 53 m. du matin.] PHOTOGRAPHIES DES TACHES DU SOLEIL PRISES PAR M. F. QUNISSET, DE L'OBSERVATOIRE ASTROPHOTOGRAPHIQUE DE NANTERRE. [Illustration: La fte vnitienne et le feu d'artifice en l'honneur du prsident de la Rpublique, dans la baie de Cascas, prs Lisbonne, le 28 octobre.--_Dessin d'aprs nature de Georges Scott_.] LE PRSIDENT DE LA RPUBLIQUE EN PORTUGAL Ainsi que tous les bulletins quotidiens du sjour de M. Loubet en Portugal se sont accords le constater, la rception faite au prsident de la Rpublique franaise a t remarquablement cordiale et brillante. Si, d'une part, la population, trs dmonstrative, n'a pas mnag ses chaleureuses ovations, d'autre part, les souverains n'ont rien nglig pour rehausser l'clat des ftes donnes en l'honneur de leur hte. Celui-ci a, d'ailleurs, exprim plusieurs reprises son impression personnelle en des termes significatifs, notamment le dernier jour, lorsque, l'occasion de sa visite l'htel de ville de Lisbonne, rpondant au discours du prsident de la municipalit, il a dit: Je vis ici dans un enchantement perptuel, De mon arrive jusqu' mon dpart, j'ai rsid dans un palais des _Mille et une Nuits._ La mise en scne dploye fut, en effet, d'une magnificence merveilleuse. On peut citer, comme exemple, les sept voitures de grand gala de la cour, sorties pour la circonstance du muse de Belem, superbes modles de carrosserie et d'art dcoratif des dix-septime et dix-huitime sicles. Le plus beau carrosse, attel de huit chevaux, o les deux chefs d'tat prirent place--les personnages de la suite occupant les autres--a t construit sous le rgne du fastueux Jean V: surcharg d'ornements et d'ors, ses panneaux sont dcors de sujets genre Watteau, excuts par le peintre franais Quillard; l'intrieur est tendu de soie cramoisie. A signaler encore la surprise finale d'une curieuse reconstitution: trois vnrables reliques du dix-septime sicle, trois galres royales, la proue dore en forme de chimre, la vaste cabine d'arrire, tires exceptionnellement de l'arsenal et quipes de leurs rameurs, au nombre de cent, quatre-vingts et quarante, revtus du costume des anciens galriens, vareuse rouge et bonnet rouge lisr de jaune aux armes portugaises, maniant en cadence des avirons manche rouge, palette blanche seme de dauphins bleus. C'est une de ces embarcations historiques qui, le dimanche 29 octobre, transporta le roi, la reine et M. Loubet bord du cuirass _Lon-Gambetta_, o, avant l'appareillage, devait avoir lieu le djeuner offert par le prsident. [Illustration: En rade de Lisbonne, le 29 octobre, pendant le djeuner d'adieu offert par le prsident de la Rpublique au roi et la reine de Portugal, bord du _Lon-Gambetta_: les galres royales accostes au cuirass franais.] [Illustration: De gauche droite, au premier rang: MM. Jean Bonnenille, prsident; Charles Rouvier, ministre de France; Max Doyan. Au deuxime rang: MM. Lucien Lallemant; docteur Pompei; A. Leroux; Emile Lefrapper; Fernand Pouget; Maurice Garrelon; Georges Chaigneau; Lon Lacombe. Les dlgus de la colonie franaise Lisbonne chargs d'organiser les ftes en l'honneur du prsident de la Rpublique.--_Phot. Benoliel._] LE MONUMENT D'OMER SARRAUT Dimanche dernier, a eu lieu, en prsence de MM. Gauthier, ministre des Travaux publics, et Dujardin-Beaumetz, sous-secrtaire d'Etat aux Beaux-Arts, l'inauguration du monument commmoratif lev par ses concitoyens Orner Sarraut, ancien maire de Carcassonne, mort en 1887, l'ge de quarante-trois ans, pendant l'exercice de ses fonctions municipales. Ce monument, rig au Jardin des Plantes, est l'oeuvre du sculpteur Ducuing; en bronze et granit, il se compose d'une stle supportant un buste vers lequel un enfant des coles, que soutient une femme symbolisant la ville de Carcassonne, tend une palme en signe d'hommage et de gratitude; le soubassement repose dans la vasque d'une fontaine. Les fils du dfunt: MM. Albert et Maurice Sarraut, l'un dput de Narbonne, l'autre directeur des services parisiens de _la Dpche de Toulouse_, assistaient la crmonie, o plusieurs orateurs ont rappel les vertus civiques de leur pre et ses minentes qualits d'administrateur. [Illustration: Le monument d'Orner Sarraut Carcassonne.] [Illustration: LES AVATARS DE DON QUICHOTTE, par Henriot.] NOUVELLES INVENTIONS (Tous les articles compris sous cette rubrique sent entirement gratuits.) LA JUMELLE TOM POUCE M. Balbreck, l'opticien bien connu, vient de lancer dans le commerce la jumelle Tom Pouce, dont le dernier modle est muni de tous les perfectionnements que la science moderne lui a permis d'y apporter. Nous n'avons pas rappeler ici les remarquables qualits de cet ingnieur, dont les appareils de prcision sont particulirement apprcis dans le monde scientifique. Il nous suffira de rappeler que nous devons cet habile et savant constructeur le tlmtre, la boussole directrice de reconnaissance militaire, la boussole nivelante, le mridien portatif, l'orographe Schrader et tant d'autres instruments qui rendent l'arme et la marine d'inestimables services. Cette prcision mathmatique qui lui est familire, M. Balbreck a pu l'appliquer, et cela sans augmentation de prix, aux jumelles de thtre ou de campagne fabriques habituellement avec des tubes tirs ou du laiton repouss. Une visite tout particulirement instructive et intressante aux ateliers de ce constructeur, rue de Vaugirard, nous a permis de suivre de trs prs le nouveau procd de fabrication et de nous convaincre de sa grande supriorit. Comme nous le savons tous, une lorgnette se compose de deux verres, l'oculaire par lequel on regarde et l'objectif tourn vers l'objet regard. Pour que l'image soit nette, il faut que le centre des deux lentilles concorde mathmatiquement, sinon le rayon visuel dvie et l'image est brouille. Cette exactitude mathmatique existe toujours dans les lorgnettes et jumelles neuves, mais elle se perd rapidement l'usage. Cet inconvnient est d au mode de construction. La partie extrieure, en effet, l'enveloppe, se fait en cuivre ou en fer-blanc repouss. C'est ainsi qu'on lui donne sa forme bombe. Quant aux pices droites, elles sont en mtal tir et, si adroit que puisse tre l'ouvrier qui les confectionne, la coulisse qui sert loigner ou rapprocher l'oculaire de l'objectif n'est pas toujours d'une forme cylindrique parfaite. On remdie cet inconvnient en feutrant cette coulisse. Cela va bien dans les premiers temps, mais peu peu le feutrage s'use et la concordance des centres n'existe plus. [Illustration: La jumelle Tom Pouce ouverte. (Grandeur nature.) AA, oculaires; BB. objectifs; C, traits numrots indiquant l'cartement des oculaires; D, bielle et mcanisme de mise au point.] De l le brouillard et le halo multicolore que l'on constate souvent dans les jumelles de thtre. L'unique instrument de travail employ dans les ateliers de M. Balbreck est le tour: il permet, seul, d'obtenir des tubes absolument ronds et droits, susceptibles de coulisser l'un dans l'autre sans jeu apprciable, et cela pendant une dure de service indfinie. Il est d'ailleurs extrmement curieux de voir des barres de laiton, aprs perforage et filetage l'aide de tours-revolvers perfectionns, se transformer en un rien de temps en lgantes montures de lorgnette qu'il suffit de voir pour les dsirer. Puisque nous en sommes la partie mcanique, donnons une mention toute spciale au mcanisme qui commande la mise au point: nous n'avons plus affaire cette fois au systme ordinaire vis, mais bien un systme de bielle double des plus originaux. Cette bielle, que l'on peut trs bien voir sur notre gravure, commande les tubes porte-objectifs toutcomme une bielle ordinaire commande un piston de moteur; il suffit de tourner un bouton dont la manoeuvre est plus commode et plus rapide que celle des vis ordinaires. La jumelle est munie d'un dispositif d'cartement variable pour oculaires. L'cartement des yeux varie, en effet, suivant les personnes, entre 60 et 70 millimtres et il en rsulte une gne trs sensible lorsqu'on regarde dans une lorgnette ordinaire ne concordant pas avec les yeux du spectateur. On voit trs souvent deux images spares que l'on fusionne avec peine; cet inconvnient est vit dans la jumelle Tom Pouce, il suffit de retenir une fois pour toutes l'cartement qui convient et qui se trouve indiqu par des traits numrots visibles sur notre gravure. La partie optique a t l'objet de soins spciaux: il s'agissait d'obtenir un grossissement considrable sous une longueur et un volume minuscules. Seul l'emploi de douze verres, trois par oculaire et trois par objectif, permettait d'obtenir ces rsultats; tout systme optique achromatique, c'est--dire ne donnant pas d'images colores, et anastigmate, c'est--dire donnant des images nettes, rclame, en effet, l'association de trois verres parfaitement taills et centrs. Cet ensemble de perfectionnements fait de la jumelle Tom Pouce, un instrument puissant et commode sous un volume trs faible. L'lgance en est d'ailleurs remarquable. La jumelle Tom Pouce se trouve aux prix de 30 et 45 francs, suivant qualits, chez _M. Dwelleroy_, l'ventailliste bien connu, _35, boulevard des Capucines, et 17, passage des Panoramas, Paris_. Joindre 0 fr. 75 pour le port. UN ENDUIT CONTRE LA ROUILLE Un produit non salissant et susceptible de protger les mtaux contre la rouille serait assurment bien accueilli du public. A vrai dire, nous avons dj pour ce but diffrents produits, en particulier de nombreux vernis mtaux, sans parler d'une simple couche de graisse quelconque, mais tous ces corps sont plus ou moins salissants et peu agrables manier. Les vernis, d'autre part, dnaturent la surface ou la teinte du mtal et, dans tous les cas, sont dlicats appliquer. Le produit antirouille que nous a indiqu M. Bourdais ne prsenterait aucun de ces dfauts; il sche vite, sans former d'paisseur apprciable et sans altrer la couleur des mtaux. On pourrait, d'autre part, manier longtemps les objets traits avec ce produit sans que la couche protectrice disparaisse. D'aprs les indications qu'a bien voulu nous fournir l'inventeur, la base de cet antirouille serait le tannin associ la trbne. Il existe toutefois deux sortes de produits, l'un destin au fer et l'acier, l'autre tous autres mtaux oxydables, le cuivre et le laiton, ainsi que les mtaux d'orfvrerie. On trouve ces deux antirouilles au prix de 0 fr. 75 le flacon (pour fer et acier) et 1 fr. 25 (pour tous autres mtaux), port non compris, chez _M. Marcel Bourdais, 4, rue des Filles-du-Calvaire, Paris_. Note du transcripteur: Les supplments mentionns en titre ne nous ont pas t fournis. End of the Project Gutenberg EBook of L'Illustration, No. 3271, 4 Novembre 1905, by Various License: Share Alike