Produced by Jeroen Hellingman et Rnald Lvesque L'Illustration, No. 3673, 19 Juillet 1913 LA REVUE COMIQUE, par Henriot. Ce numro contient: 1 LA PETITE ILLUSTRATION, Srie-Thtre n 13: LA RUE DU SENTIER, de MM. Pierre Decourcelle et Andr Maurel; 2 UN SUPPLMENT CONOMIQUE ET FINANCIER de deux pages. L'ILLUSTRATION SAMEDI 19 JUILLET 1913 _Prix du Numro: Un Franc._ _71e Anne.--N 3673._ [Illustration: LES MERVEILLEMENTS DE NOS BRAVES SNGALAIS A la revue de Longchamp: le monstre volant qui passe et le casque qui flamboie. Photographies J. Clair-Guyot.] NOS CORRESPONDANTS DE GUERRE La seconde guerre des Balkans, soudaine et violente, sera vraisemblablement de courte dure. Mais elle a une telle importance, tant au point de vue de ses consquences politiques possibles que par la valeur et l'entranement des adversaires en prsence, que l'_Illustration_ ne pouvait hsiter envoyer de nouveau sur le thtre des oprations quelques-uns de ses meilleurs collaborateurs. La Bulgarie se trouvant encercle d'ennemis, il n'tait pas possible de rejoindre ses armes. Nous avons donc demand M. Alain de Penennrun de se rendre cette fois en Serbie, d'o il a aussitt gagn la Macdoine, tandis que M. Jean Leune, qui n'avait pas quitt la Grce, rejoignait l'arme hellnique. D'autre part, notre brillant collaborateur, le peintre militaire Georges Scott, qui a rapport de ses deux campagnes en Thrace de si impressionnantes images de guerre, a bien voulu repartir vers les nouveaux champs de bataille pour y tudier sur le vif, aprs le soldat bulgare, le soldat grec. SUPPLMENTS D'ART A ct des pages d'actualit, nous publierons cet t de nombreuses pages d'art. Parmi les supplments en couleurs qui seront encarts dans nos numros, et dont le tirage a t particulirement soign, nous pouvons ds maintenant citer: _Le Calme du soir_, par VAN DER WEYDEN (Salon de 1913); _La premire Pipe_, par CODDE (muse de Lille); _Le jeune Mendiant_, par MURILLO (muse du Louvre); _Intrieur de la cathdrale de Delft_, par E.-M. DE WITT (muse de Lille); _Jeune fille_, par GREUZE (muse du Louvre). COURRIER DE PARIS AU BORD DE L'EAU Emmen sans rsistance par deux amis, j'ai pass le dimanche de la semaine dernire aux environs de Paris--un peu loin--sur les bords de la Seine o nous avions projet de djeuner dans un restaurant-guinguette. Le temps tait gris, presque morose, mais teint de ce calme et de cette douceur qu'ont prcisment certaines journes ddaigneuses du soleil. Temps d'hpital, qui me ouate le coeur... temps soucieux, rflchi, temps chagrin, temps qui pense et qui fait penser, temps de cendre o les nuages, en composant un autre ciel, ne remplacent pas le vrai qu'ils voilent. On dirait que ces temps-l, d'une langueur dtermine, ne sont pas le fait du hasard ni de la malchance, mais que choisis, voulus, ils ont t commands pour mieux s'adapter au caractre du paysage et rpondre plus directement en nous des nuances de sensations, des saveurs de sentiments. Or j'ai toujours eu, je ne m'en cache pas, une trange, une exquise et coupable faiblesse pour ce temps gris des dimanches dsoeuvrs, le temps de perle malade, qu'il fait souvent au bord de l'eau, dans un endroit de plaisir facile, et retir, qui prtend tre gai sans se douter une seconde de son enivrante tristesse... Voici le lieu, cent fois vu, parcouru, visit, qui peut n'tre jamais le mme, changer de place et de nom, mais qui reste toujours pareil, ternel dcor d'un des frquents tats d'me de notre jeunesse passagre. C'est d'abord, en entrant dans les petits jardins compliqus et sinueux, une fracheur de berge qui vous prpare, qui vous chuchote dans le dos: La rivire n'est pas loin. On traverse des bosquets o sur des tables hardiment peintes, d'un vert de rainette, la blancheur du linge humide et lourd vous touche dj les mains. Le sol est lastique et mou, l'herbe paisse et bien lave. Une odeur de mousse, de vase et de cuisine vous remplit la tte. Et brusquement, c'est le bord de l'eau, _proximit d'une le_, de l'le invariable que chacun affirme pouvoir gagner aisment la nage. Tout du long, des couverts sont mis, contre de grands arbres, des peupliers d'Italie pousss de ct, qui partent de la rive pour aller obliquement au-dessus du fleuve, comme s'ils voulaient pcher la ligne dedans. Ils s'y refltent, de telle sorte qu'on ne sait plus si c'est le flot en bas ou la brise en haut qui fait clapoter leurs milliers de feuilles menues. Tour tour de couleur diffrente l'endroit et l'envers, elles miroitent ainsi que des verroteries dont elles ont le bruissement frivole et cristallin, et nos yeux sans dfense s'y prennent comme des alouettes. Au bout du chemin en pente et souill, prs du ponton rustique, se frottent l'une contre l'autre avec un grincement de chane use les barques plates comme des barques de passeur... les barques sans gouvernail, toujours un peu dfonces, les barques vides qui sont les chevaux de bois de l'eau. Sur leur plancher pourri bouge une flaque saumtre d'o sort une grosse pierre attache par une corde et qui semble retire du cou d'un noy. La terrasse est dj pleine de monde: familles, jeunes gens, mnages, rguliers ou libres, couples discrets, amoureux d'une effronterie ingnue, et une complaisance gnrale, une familiarit indulgente et tacite rapproche--mme disperss--tous les convives de ce petit banquet de la vie. On se regarde, on s'excuse, on se pardonne,... sans jamais rien, mme chez les ans, qui blme ou qui s'indigne. Ce n'est pas l'heure ni l'endroit des svrits inopportunes, et le plus sage, s'il est l, se sent avec modestie une me qui n'en mne pas large, une pauvre me sentimentale de banlieue, de bastringue mlancolique... En effet, la gaiet qui se manifeste en ces maigres jardins et ces instants drobs est spciale, sans exubrance. En montrant sa fatigue elle la communique. C'est de l'allgresse avachie. Les groupes, isols parmi le chtif Eden des buissons, des malingres verdures, n'talent terre et sur les bancs qu'une joie sans ressort, une joie allonge, inquitante, presque grave,... et tout, je ne sais pourquoi, mme les cris, les clats, les rires, les chansons, les poursuites dans les branches, tout dgage une impression particulire que, sous le vague sourire avec lequel on lui fait bon accueil, on a l'quivoque tonnement de sentir la fois grisante et douloureuse... Ici l'esprit, le coeur, les penses ont une tournure part, incline la veulerie, au dsenchantement. Tout en nous se laisse aller, coule, coule comme l'eau tentatrice et douteuse. La force de vivre est engourdie et l'on prfre les molles ritournelles du regret au cantique de l'esprance. Qui peut dire quoi nous fait songer alors, quel monde de choses, quel _inexprimable_ dlicieux et qui nous touffe, le simple bruit monotone et sec des capsules, au tir du bout de l'alle... le gmissement rythm de la balanoire? N'est-ce pas moi qui suis vis par les invisibles carabines? Chaque plomb met en miettes la coquille d'oeuf de notre coeur fragile et lger que le sang fait danser en nous comme la pointe d'un jet d'eau..., et la vue du portique branl jusqu'aux racines par le coup de jarret d'une buveuse de l'air nous donne le vertige. Nous suivons d'un oeil qui n'est plus nos ordres, qui nous chappe et qui s'loigne d'elle, la jupe que berce le vent... nous sommes incapables de formuler, nous ne comprenons pas ce que nous prouvons, nous ne pntrons pas l'absurde et langoureux mystre en vertu duquel cette heure la moindre valse nous dchire et la polka peut devenir navrante. Nous subissons, pris, enlacs, le morbide tourdissement. Nous sommes pareils ces dormeurs veills que le _haschich_ immobilise en dcuplant leur lucidit. Comme en un rve doux et un peu malsain nous voyons et entendons tout sans y participer. Spectateurs inertes et gorgs d'impressions aigus, nous sommes accabls par trop de souvenirs, d'ides compliques, trop de petites angoisses qui viennent d'ailleurs et ne restent pas l, nous entranent ailleurs aussi. Le bizarre ddoublement qui se fait en nos cerveaux surexcits! Nous assistons d'insignifiantes et banales scnes dont nous sommes par l'esprit des milliers de lieues... et les plus hautes penses, la mort, l'nigme de la vie... le pourquoi du mal et de la souffrance s'veillent en nous, tout coup, nous habitent... parce qu'un bouchon est parti, que des assiettes se choquent, ou bien que les mesures d'une mazurka se sont mises sautiller... Et voil qu'une tristesse d'une surprenante volupt est cre aussitt par ce contraste inattendu. Nous voudrions y rsister, nous ne le pouvons pas. Nous sommes sous les mancenilliers de la bohme. Il y a de l'agonie et du suicide dans l'air. Nous sentons circuler dans nos veines heureuses l'indfinissable poison. Notre me prend son absinthe. Il faut--puisque nous y sommes--que nous buvions jusqu'au fond du gros verre le breuvage exquis et bourbeux. Et tout nous enchante, obtient de nos lvres entr'ouvertes un ple sourire crisp. Nous nous mlons, le plus prs possible, cette humanit qui n'est pas la ntre, dont nous n'avons pas l'habitude et laquelle cependant nous nous trouvons attachs et comme accoupls cette minute par d'obscurs et tendres liens. Nous vibrons au frlement des moindres dtails, nous sommes des _harmonicas_ de sensibilit tendue, nerveuse et maladive. Et nous recevons aussi le renvoi immdiat de notre sympathie facile et dgrade. Les regards se rencontrent et s'abordent sans gne. On se parle sans ouvrir la bouche. Enfin, si tout coup, dans le silence intermittent, un piano mcanique fl, pris d'hystrie, jette travers les feuillages l'grnement de ses arpges, nous avons de la peine ne pas laisser ptiller nos yeux la mousse des pleurs, cette _piquette_ d'motion quatre sous que nous versent la mlodie du trottoir et le concerto de la barrire. Il nous jaillit alors l'esprit, en un rtrospectif clair, que notre trouble a sa source lointaine et profonde dans les pages immortelles d'une coeurante et tragique vrit o Daudet et Maupassant ont dcrit, puis et pour ainsi dire tari, ce mme genre de sensations, louches et suaves, ce pervers et sensuel malaise qui nous prend dans les bals-musettes des dimanches, au bord de l'eau, sur ces rives riantes et gluantes o la pense, comme le pied, glisse toujours un peu dans la boue... mme quand elle veut s'embarquer, et s'envoler... car les rames ont beau vouloir les imiter, ce ne sont pas des ailes. HENRI LAVEDAN. _(Reproduction et traduction rserves.)_ [Illustration: Aprs la remise des drapeaux et tendards par le prsident de la Rpublique: les dtachements rangs en ligne, pour le salut au chef de l'tat.] LA REVUE DU 14 JUILLET 1913 Il faut retenir cette date. Elle aura dans le souvenir franais une signification loquente. Elle se fixe dans notre histoire en chiffres clairs. Elle sonne haut et net comme la voix d'un peuple. La revue du 14 juillet 1913, qui restera la grande revue, la revue de nos deux armes, mtropolitaine et coloniale, la revue des quarante drapeaux, fut une apothose admirable de nos nergies civiques et militaires rallies sous nos trois couleurs. Il est donc vrai que l'enthousiasme ne se lasse point et que, tout au contraire, il ne connat point de limites prvues, mesures l'avance, quand il tient aux ardeurs de l'me nationale. Il est donc vrai qu'un peuple sait tre reconnaissant des sacrifices qu'on lui demande, avec raison et avec justice, et que le courage civique, autant que l'abngation militaire, est puissamment compris par l'intelligence des foules. Le spectacle que la population parisienne a donn, lundi dernier Longchamp, aux membres de notre Parlement mls au public des tribunes, ne sera pas de sitt oubli de ceux-l mmes qui ont pu un instant se tromper sur la pense nationale. La foule, accourue sur le terrain de la revue, ne saurait tre exactement value en chiffres. Etaient-ils quatre cent mille ou cinq cent mille, ces Parisiens qui, depuis l'aube prcoce, avaient, par toutes les issues de la ville, gagn en hte et en joie le lieu du rendez-vous patriotique? Tout ce qui, dans notre grande et toujours frmissante capitale, avait pu venir au drapeau tait l, la lisire du Bois, sur le bord des pelouses, recueillie dans son attention, vibrante dans son orgueil. Et quelle importance alors devant une telle masse qui prtend elle aussi tre consciente, quelle importance pouvait bien alors prendre l'opposition des dix ou quinze mille gars ou indcis qui, dans les dclamations de meetings internationalistes, mettent l'extravagante prtention de reprsenter le peuple de Paris. Ds 7 heures du matin, on avait t oblig de refuser quarante mille personnes, munies de cartes cependant, l'entre des tribunes dj envahies. La police avait mis plus d'une heure dgager le terrain rserv aux troupes. On savait que le spectacle, en sa beaut traditionnelle, comportait, cette fois, un pittoresque indit d la prsence de divers dtachements de tirailleurs algriens, annamites, sngalais, de spahis et de cavaliers soudanais. En outre, on voulait assister la scne grandiose de la distribution, par le prsident de la Rpublique, des drapeaux, la gendarmerie, et aux rgiments mtropolitains de formation rcente, ainsi qu' la remise de la croix de la Lgion d'honneur au drapeau du 1er Sngalais qui pourrait suffire lui seul voquer tous les fastes africains. [Illustration: Le drapeau du 1er rgiment de tirailleurs sngalais, dcor de la Lgion d'honneur, et sa garde, derrire les faisceaux.--_Phot. J. Clair-Guyot._] [Illustration: Les tirailleurs indo-chinois au port d'armes, avant le passage du prsident de la Rpublique.] A 8 heures, toutes les troupes qui doivent participer cette belle fte militaire sont ranges face aux tribunes, sur trois lignes, sous le commandement du gnral Michel, gouverneur militaire de Paris. A ce moment, le canon tonne et le cortge prsidentiel dbouche, au milieu des acclamations, par la route de la Cascade. On ovationne la fois le prsident de la Rpublique et le ministre de la Guerre, M. Etienne, qui se trouve dans la mme voiture et dont on sait la collaboration nergique avec le prsident du Conseil, M. Louis Barthou, pour obtenir le vote de la loi de trois ans. Aprs que la voiture du Prsident, ct de laquelle galope le gnral Michel et que suivent tous les attachs militaires trangers, a pass sur le front des troupes, M. Poincar s'avance vers les dtachements des corps qui doivent recevoir un drapeau ou un tendard et qui sont rangs devant la tribune prsidentielle. Ils reprsentent la gendarmerie, et, avec une douzaine de rgiments mtropolitains, quatre rgiments d'artillerie coloniale, les six rgiments d'infanterie coloniale mixte du Maroc, cinq rgiments de tirailleurs algriens, les 2e, 3e et 4e rgiments de tirailleurs sngalais, le 1er rgiment de tirailleurs annamites; le 4e rgiment de tirailleurs tonkinois, les 1er, 2e et 3e rgiments malgaches, le rgiment indigne du Tchad, le rgiment indigne du Gabon. Immobile, trs droit, avec son visage toujours grave et recueilli, le prsident de la Rpublique en l'une de ces courtes allocutions o il sait si bien exprimer, en quelques mots mtalliques et bien frapps, ce que tout notre pays sent et pense, a rpt tous ces dfenseurs de toutes les France d'au del des mers la confiance que la patrie mettait en eux. Puis, au milieu de l'motion gnrale, il a remis chaque dlgation le drapeau qui lui revenait, et dcor--en l'embrassant, aux acclamations de la foule--le drapeau du 1er tirailleurs sngalais, d'une croix bien gagne et qui sera le ftiche de nouvelles victoires. Notre arme noire, qui depuis tant d'annes, et peu prs chaque jour, fut la premire la peine, partout, dans cette Afrique o l'on continue de se battre, fut, cette fois, la premire l'honneur dans ce Paris dont la population, mieux que nulle autre, s'entend fter l'hrosme. Les tirailleurs, sous le commandement du gnral Gouraud revenu du Maroc, et les spahis noirs furent, tous ces jours-ci, les enfants chris de notre capitale. On les acclama la revue, au dfil. Et de mille faons la sympathie populaire se manifesta ces beaux soldats bronzs, presque tous dcors de la mdaille militaire ou coloniale, et qui ne cessaient d'intresser la foule parisienne par leurs silhouettes pittoresques et leurs attitudes martiales, avec aussi leurs tonnements et leurs joies naves, lorsque, par exemple, dans le ciel de la revue, ils virent passer le dirigeable. On a fait tout ce que l'on a pu pour leur rendre agrable ce sjour Paris. Le Cercle du soldat, l'oeuvre si intressante de M. Ren Thorel qui devaient aller tous les concours a donn une rception--que prsidait le gnral, Michel ayant ses cts le gnral Dodds--avec jeux, spectacle et rafrachissements, en l'honneur des soldats indignes, dont les officiers avaient t fts la veille au cercle militaire. Et lorsque, mardi soir, la musique des tirailleurs, la _nouba_, qui, dj, avec ses curieux instruments, s'tait fait entendre le samedi d'avant au concert la garden-party de l'Elyse, sortit de l'cole militaire et traversa en retraite les rues de Paris, une foule norme leur fit cortge et les ramena, en triomphe, leur quartier. [Illustration: LA REVUE DU 14 JUILLET.--Le dfil des chiens sanitaires.] [Illustration: Les tribunes du pesage de Longchamp. Moulin et chteau de Longchamp. La Cascade. Piste. Troupes spciales. Infanterie. Artillerie, et plus loin cavalerie. Matriel d'aviation. Les troupes masses sur le champ de courses avant le dfil.] [Illustration: Amorce des tribunes. Le moulin. Chteau de Longchamp. LA REVUE DU 14 JUILLET, VUE DU DIRIGEABLE COMMANDANT-COUTELLE.--La foule aux abords de l'hippodrome. _Photographies Bergeron._] [Illustration: = Route des Pyrnes (le trait interrompu indique les lacunes).----- Autres routes.----- Chemins de fer. +++ Sections de la route desservies par des services d'autocars.--desservies par des services d'autocars.----- en construction (Transpyrnens), Le trac de la route des Pyrnes.] LA ROUTE DES PYRNES Aprs avoir obtenu des pouvoirs publics les crdits ncessaires pour tablir la _Route des Alpes_ et avoir fourni lui-mme une subvention importante, le Touring-Club s'est propos d'tablir une _Route des Pyrnes_. Se dveloppant de Hendaye au cap Cerbre, du pays basque au pays catalan, cette route unirait l'Ocan la Mditerrane, en traversant une srie de paysages aussi beaux que varis; elle prsenterait une longueur totale de 734 kilomtres, dont 119, rpartis sur divers points du parcours, sont construire. Le projet est encore l'tude; mais, ds maintenant, la Compagnie du Midi a tenu le raliser dans la mesure possible, en crant des services d'autocars qui font partie d'un vaste programme ayant pour but de dvelopper le tourisme dans toute la rgion pyrnenne. La semaine dernire, M. Guffet, chef de l'exploitation de la Compagnie du Midi, et M. Leverve, sous-chef de l'exploitation de la Compagnie d'Orlans, inauguraient avec quelques invits le circuit Cauterets-Luchon-Argels-Gazost, qui emprunte une des plus belles parties des Pyrnes classiques: valles de Cauterets et de Gavarnie; cols de Tourmalet, d'Aspin, de Peyresourde; Luchon, Saint-Bertrand-de-Cominges, d'o l'on gagne la route de plaine pour toucher Capvern, Bagnres-de-Bigorre, Lourdes et Argels. [Illustration: LES PYRNES INCONNUES.--Mgr de Carsalade du Pont, vque d'Elne et de Perpignan dans son abbaye de Saint-Martin du Canigou (1.065 mtres).] Dans quelques jours, deux autres services commenceront fonctionner dans les Pyrnes inconnues. Tous deux partiront de Font-Romeu, un des points les plus pittoresques de notre admirable Cerdagne franaise. Un des services conduira les touristes Ax-les-Thermes: l'autre, les mnera Quillan en traversant le plateau sauvage du Capcir et ces magnifiques gorges de l'Aude qui peuvent rivaliser avec les gorges les plus clbres des Alpes. Au mois de septembre, les auto-cars excursionneront dans le pays basque et emmneront les touristes jusqu' Pampelune. Si, comme on l'espre, l'exploitation de ces nouveaux services donne de bons rsultats, on les multipliera ds l'anne prochaine. D'autre part, la Compagnie du Midi a rsolu d'lectrifier son rseau pyrnen et elle vient de construire Soulom, prs de Pierrefitte-Nestalas, une usine hydro-lectrique alimente par les gaves de Gavarnie et de Cauterets, qui fournira une partie du courant ncessaire. A la fin de ce mois, la traction lectrique sera ralise entre Perpignan et Villefranche. De cette curieuse petite ville fortifie partira la ligne de Vernet-les-Bains, qu'il est question de prolonger jusque vers le sommet du Canigou. A travers les aulnes, les magnolias, les chtaigniers, on arriverait ainsi devant l'admirable abbaye de Saint-Martin-du-Canigou, monastre-chteau fort du onzime sicle, camp 1.065 mtres d'altitude, et dont les moines amnagrent, les premiers, les bains du Vernet. Il serait difficile, crit J. d'Elne, d'imaginer un site plus pittoresque. L'abbaye, place comme sur une tagre, au pied d'un immense rocher qui la domine, surplombe elle-mme pic et une trs grande hauteur la valle de la Ridourte. Autour d'elle, les contreforts du Canigou dcrivent un cercle troit et l'enferment dans d'infranchissables remparts. Une vgtation luxuriante a pouss dans ce chaos; des chnes, des chtaigniers, des bouleaux, des htres croissent dans les anfractuosits et abritent sous leurs ombrages une flore vigoureuse, remarquable par la richesse de ses formes et de ses coloris. La physionomie de l'abbaye s'harmonise merveilleusement avec le cadre qui l'entoure. Son architecture est simple, rustique mme. L'glise, oriente vers le levant, semble pose en l'air sur la saillie d'un roc: on n'y peut accder que par des escaliers. L'glise abbatiale est, avec sa crypte, un type trs curieux, et peut-tre unique, du style roman-byzantin. Elle date de la dernire moiti du dixime sicle, et fut consacre en 1009. A la Rvolution, l'abbaye tomba dans le domaine national. Peu peu les votes s'effondrrent, les murs s'croulrent, et, en 1835, elle n'tait plus qu'un amas de ruines. Mgr de Carsalade du Pont, vque de Perpignan, a rachet ces ruines en 1902; peu peu il a restaur l'antique abbaye qui, aujourd'hui compltement reconstitue, ouvre ses portes hospitalires la foule des visiteurs. Et, chaque saison, malgr son grand ge, l'exquis prlat quitte la crosse piscopale pour l'alpenstock, et vient, avec une bonne grce inexprimable, faire aux touristes les honneurs de sa montagne, d'o il contemple en souriant cette rgion privilgie qu'il a lui-mme appele le Paradis des Pyrnes. Rappelons, en terminant, que deux chemins de fer transpyrnens sont en cours d'excution: l'un, d'Ax-les-Thermes Bourg-Madame, constituera la ligne de plus courte distance entre Toulouse et Barcelone; l'autre, d'Oloron au Somport, permettra d'aller directement de Paris Madrid par Pau. Grce ces initiatives multiples, dues en grande partie au nouveau directeur de la Compagnie du Midi, M. Paul, il est permis d'entrevoir bref dlai un dveloppement considrable du tourisme dans les Pyrnes. Un chiffre peut, d'ailleurs, fixer les ides: la recette kilomtrique du chemin de fer de Cerdagne, nagure value 2.000 francs, atteint actuellement 17.000 francs. F. HONOR [Illustration: Le drapeau du 1er tranger (Bel-Abbs).] [Illustration: Le drapeau du 2e tranger (Sada).] LA LGION TRANGRE _Photographies J. Geiser, Alger._ _La reproduction des photographies illustrant cet article est autorise.--Le correspondant-photographe de_ L'Illustration _ Alger, M. Geiser, mettra gratuitement des preuves la disposition des journaux allemands soucieux de complter leur documentation sur la Lgion trangre._ Ces derniers jours, une partie de la presse allemande a recommenc, avec une violence nouvelle, sa campagne favorite contre notre lgion trangre. Cette fois, les feuilles pangermanistes ont racont qu'un de nos officiers, le colonel Pierron, aurait fait fusiller Oran un lgionnaire allemand de dix-sept ans, bien que celui-ci, un nomm Muller, et t graci par le prsident de la Rpublique. Ce jeune Allemand avait t port dserteur et tait revenu aprs trois jours et demi d'absence. Telle est la fable qui, par son invraisemblance grossire, ne mritait mme pas un dmenti. Cependant, des journaux franais ont enqut pour savoir ce qui avait pu, dans la ralit des faits, donner un sens cette singulire histoire, et voici les renseignements qui furent recueillis par le _Matin_: Un lgionnaire, nomm Hans Muller, et qui n'tait pas Allemand, mais Suisse, avait t excut, non pas Oran, mais Oudjda, il y a trois ans, la suite d'une condamnation mort, motive par l'abandon de son poste en face de l'ennemi et provocation la dsertion. Le lgionnaire tait g de vingt ans rvolus et le prsident de la Rpublique n'avait t saisi d'aucun recours en grce en sa faveur. En outre, le colonel Pierron ne commandait pas Oudjda en 1910 et n'avait pu tre ml ni de prs ni de loin cette affaire. Voil toute la vrit. Il n'empche, comme le fait remarquer notre confrre le _Temps_, qu'il a suffi un journal wurtembergeois de second ordre de lancer au hasard une nouvelle si peu srieuse pour qu'aussitt une grande partie de la presse allemande, des organes importants en tte, accueillent cette information et en fassent le prtexte d'une campagne d'injures contre la France et de diffamations contre la lgion, traite, une fois de plus, de corps de dserteurs, d'institution infme. [Illustration: Salle d'honneur du 2e rgiment.] [Illustration: Salle d'honneur du 1er rgiment.] Insultes traditionnelles, auxquelles un ancien de la lgion trangre, M. Candau-Maurer, ripostait nagure par ces nobles paroles prononces l'un des banquets de l'Alliance coloniale franaise: La lgion est non seulement l'cole de l'abngation et de la bravoure, mais encore le lieu de refuge o tant de malheureux gars ont pu se refaire une vie honorable. La soutenir, la dfendre est, au premier chef, un devoir sacr auquel nous ne saurions faillir, car il nous est command par l'amour de la patrie et par la solidarit humaine et fraternelle. [Illustration: Une chambre.] [Illustration: Chez le coiffeur.] La vrit, c'est que non seulement l'tranger, mais en France mme, on est, d'une faon gnrale, trs peu renseign sur la lgion dont l'organisation et la composition sont choses fort mal connues du grand public, du monde parlementaire, voire de certains milieux mmes de l'arme. La psychologie des rgiments trangers, le pittoresque des divers contingents qui les alimentent et auxquels M. le gnral Bruneau a consacr un excellent chapitre de son dernier livre: _En colonne_ (Calmann-Lvy, diteur), ont fait l'objet de diverses publications, parmi lesquelles il faut citer l'tude du colonel de Villebois-Mareuil, publie en 1896 dans la _Revue des Deux-Mondes_, et le livre ardent de M. Georges d'Esparbs sur la _Lgion trangre_. Pour l'organisation mme des rgiments trangers, dont nous allons tcher de donner un expos prcis, on pourra consulter, avec l'dition mthodique du Bulletin officiel du Ministre de la Guerre (2e partie, cadres et effectifs), le Recueil de documents sur la lgion prsent par le lieutenant-colonel Morel (Chapelot, diteur), un article anonyme paru dans _l'Opinion_ du 11 mars 1911, et le trs intressant travail sur _la Lgion trangre et les troupes coloniales_, publi par la librairie Chapelot encore, sous la signature G. M. LES ORIGINES La lgion trangre, qui a pour statut organique actuel le dcret du 4 septembre 1864, a t cre par l'ordonnance royale de 1831. Ce n'tait point un dernier vestige conserv des rgiments trangers suisses, allemands, irlandais, qui entrrent dans les armes de l'ancien rgime en France, comme chez les autres puissances. Encadre par des officiers en majorit franais, et compose en grande partie, l'origine, par de nombreux bannis politiques, Polonais, Belges, Italiens, Allemands, Espagnols, qui taient venus chercher un refuge chez nous, la lgion avait, ds sa formation, pris un caractre trs diffrent des rgiments mercenaires dont on achte les services. Le corps comprit d'abord 7 bataillons de 8 compagnies chacun et les hommes taient rpartis par nationalit dans les bataillons qui partirent, en 1831, pour l'Algrie o les lgionnaires prirent une part fort brillante aux deux siges de Constantine, la prise de Zaatcha. Sous le second Empire, la lgion se couvrit de gloire en Crime, en Italie, Magenta, et au Mexique. En 1870-1871, un corps de lgionnaires dfend Orlans, avec l'arme de la Loire, puis combat la Commune. Les lgionnaires sont de l'expdition de Tunisie; ils prodiguent l'hrosme en Extrme-Orient, forment le noyau de la colonne du gnral Doods, au Dahomey, et participent l'expdition de Madagascar. Enfin, ds que nous tirons le canon au Maroc, les lgionnaires y accourent. Ils s'illustrent partout et continuent le feu, presque chaque jour, avec leur traditionnelle bravoure et leur admirable rsistance de vieux soldats d'un corps o, seul, le service long terme a t maintenu. Tels sont les tats de service--trois quarts de sicle de combats presque ininterrompus--de cette troupe d'lite dont les attaques si directement intresses des journaux francophobes voudraient tenter de priver notre dfense nationale. [Illustration: A LA LGION.--Dans la cour de la caserne du 1er tranger, Bel-Abbs: l'aration de la literie.] ORGANISATION ET RECRUTEMENT L'organisation actuelle de la lgion comporte, pour plus de 12.000 hommes, 56 compagnies rparties en 13 bataillons formant 2 rgiments, dont les dpts respectifs sont Sidi-Bel-Abbs et Sada, plus un bataillon de marche, soit plus de 6.000 hommes par rgiment, ce qui constitue l'effectif de 3 rgiments au moins de l'organisation normale. La loi du 7 juillet 1900 classe la lgion trangre avec les tirailleurs algriens et les bataillons d'infanterie lgre d'Afrique dans la catgorie de rserve de l'arme coloniale, bien qu'en fait l'emploi de la lgion comme troupe d'occupation permanente coloniale soit consacr depuis bientt trente ans. Le recrutement des rgiments trangers s'opre exclusivement par voie d'engagements volontaires, dont la dure est uniformment fixe cinq ans, et de rengagements. Les engagements volontaires pour la lgion sont contracts au titre tranger, et l'on entend par titre tranger la situation, la condition, l'tat militaire de _l'tranger non naturalis_ servant par engagement ou par rengagement dans les rgiments trangers. Cette condition _est partage par le Franais_ qui contracte un engagement volontaire dans ces rgiments, sauf l'exception prvue par l'article 11 de l'instruction ministrielle du 20 fvrier 1902 spcifiant que les jeunes Franais qui n'ont pas encore satisfait leurs obligations militaires peuvent _exceptionnellement_ tre autoriss par le ministre de la Guerre contracter un engagement volontaire de cinq ans _au titre franais_ dans les rgiments trangers. [Illustration: Le djeuner du poste, l'entre de la caserne de Bel-Abbs.] Les Franais qui ont contract pour la lgion un engagement au titre tranger sont lis au service dans les conditions du titre tranger pour toute la dure du contrat spcial qu'ils ont volontairement souscrit. En principe, ils ne peuvent pas obtenir de passer du titre tranger au titre franais au cours de leur engagement. Telle est la rgle. Par exception, nanmoins, sur autorisation spciale du ministre et aprs examen de leur situation particulire, quelques lgionnaires franais engags au titre tranger sont parfois autoriss passer du titre tranger au titre franais. La condition essentielle habituellement exige de ceux qui sollicitent cette faveur est de ne pas avoir d'antcdents judiciaires. La dure des rengagements, dans les rgiments trangers, varie d'un cinq ans; ils sont renouvelables jusqu' une dure totale de quinze ans de services, pour le personnel servant au titre franais comme pour celui servant au titre tranger. Ces rengagements ne peuvent tre contracts que par les militaires de ces rgiments prsents au corps et par continuation de service. Les seuls militaires des rgiments trangers pouvant tre admis rengager au titre franais dans ces rgiments sont ceux qui servent au titre franais et qui, nous venons de le voir, constituent l'exception. 11 faut ajouter que les lgionnaires d'origine trangre qui viennent obtenir la nationalit franaise par voie de naturalisation sont considrs comme servant au titre franais du jour de leur naturalisation. Ds ce moment, il leur est loisible, soit de rengager au titre franais, soit de demander passer dans un corps franais. [Illustration: Dans les cuisines, avant le repas du matin: tout est prt.] Jusqu'en ces derniers temps, les militaires trangers, ou servant au titre tranger, ne bnficiaient d'aucun des avantages prvus par la loi du 21 mars 1905 pour les militaires des corps franais ayant accompli la dure du service lgal, savoir: primes d'engagement et de rengagement, haute paie ds l'ouverture de la troisime anne de service, solde mensuelle aprs cinq ans de service pour les sous-officiers. Un rapport du ministre de la Guerre au prsident de la Rpublique, en date du 7 aot 1910, a fait ressortir qu'il tait peu quitable d'appliquer des traitements diffrents des militaires d'un mme corps suivant que les services rendus par eux le sont au titre franais ou au titre tranger; et ce rapport, en consquence, proposait d'tendre aux militaires trangers, ou au titre tranger, les divers avantages dont jouissent les militaires des corps franais, l'exception, toutefois, de la prime d'engagement et de rengagement. Un dcret du 7 aot 1910 a consacr ces propositions. En ce qui concerne les changements de corps, sont seuls admis passer pour convenances personnelles dans les divers corps de l'arme mtropolitaine ou des troupes coloniales les militaires des rgiments trangers servant au titre franais. [Illustration: A LA LGION.--Devant l'infirmerie rgimentaire, Bel-Abbs: quelques blesss du Maroc.] D'autre part, les dispositions de la loi du 18 mars 1889, rglant le droit l'obtention de la pension de retraite proportionnelle aprs quinze ans de services, sont applicables aux militaires franais et naturaliss Franais servant au titre tranger, mais non point aux lgionnaires trangers qui n'ont point obtenu la naturalisation. Une intressante dcision du Conseil d'tat statuant au contentieux, en date du 1er mai 1903, a tabli que le Franais qui, n'ayant pu se rengager dans un corps franais en raison d'antcdents judiciaires, est entr dans un rgiment tranger sous un nom suppos peut, aprs quinze ans de service, acqurir le droit la pension proportionnelle. [Illustration: Rodi, Turc, 2 ans de service; 2 campagnes.] [Illustration: Verhoven, Belge, 11 ans de service, 16 campagnes.] [Illustration: Monico, Grec, 2e tranger.] [Illustration: Schiaveneto, Italien 1er tranger.] [Illustration: Verollet, Franais, 12 ans de service; 15 campagnes.] [Illustration: Domingus, Cubain, 1er tranger.] LE TITRE TRANGER ET l'LMENT TRANGER Voil donc comment sont rgls par la lgislation actuelle et la jurisprudence les conditions du recrutement la lgion et les avantages et droits accords aux lgionnaires. Nous avons remarqu que des Franais--le plus grand nombre--servent dans ce corps au titre tranger et que des trangers, naturaliss il est vrai, y figurent au titre franais. Il ne faut donc point confondre, cause des similitudes de terminologie, les conditions avec les sources du recrutement, ni le _titre tranger_ avec _l'lment tranger_. L'lment tranger, qui demeure l'lment normal le plus important, 60 65% environ, se recrute parmi les volontaires de nationalits quelconques et peut se diviser en trois catgories: la premire se compose des jeunes trangers n'ayant pas encore accompli de service militaire dans leurs pays d'origine. En raison de l'ge, cette catgorie est inutilisable tout d'abord pour le service colonial. Aussi a-t-on soin de maintenir ces jeunes gens dans les portions centrales d'Algrie et ne les envoie-t-on aux colonies que lorsqu'ils ont atteint l'ge et le dveloppement physique dsirables. Les deux autres catgories qui comprennent: 1 les trangers dserteurs, 2 les trangers ayant satisfait la loi militaire de leur pays d'origine, fourniront la lgion un nombreux contingent aussitt utilisable et particulirement remarquable au point de vue du dveloppement et de la rsistance physiques ainsi qu'au point de vue de l'ducation militaire, puisqu'il s'y trouve parfois des officiers trangers. Il faut, en outre, joindre ces trois catgories celle des trangers ayant dj accompli un cong la lgion et qui y contractent un rengagement. L'Allemagne, y compris l'Alsace-Lorraine, fournit peu prs 40% des contingents trangers. Le contingent annuel des engags est d'environ 3.000 hommes, dont 700 Allemands et 400 Alsaciens-Lorrains ou immigrs allemands qui se prsentent comme Alsaciens-Lorrains. Les formalits d'engagement pour les trangers sont des plus lmentaires. Ils doivent avoir dix-huit ans au moins. Ils donnent un nom, indiquent une profession, et signent leur engagement, sans qu'on soumette leur dclaration une enqute. Pour les Franais, les formalits d'engagement sont trs simples aussi, bien que soumises certaines conditions indispensables: le consentement du chef de corps n'est point exig non plus que le certificat de bonne conduite la libration prcdente. D'autre part les engagements, contrairement ce qui se passe dans les autres corps, sont reus jusqu' quarante ans. Il suffit de produire, avec un certificat d'identit, le livret militaire et un extrait du casier judiciaire afin de s'assurer si l'homme a satisfait la loi du recrutement et s'il n'a pas subi de condamnations entranant l'exclusion de l'arme. L'engagement des Franais la lgion ne peut, nous l'avons dit, tre souscrit que dans des conditions identiques celles des trangers, c'est--dire pour une dure de cinq ans et sans allocation de prime ou gratification d'aucune sorte. Les conditions, on le voit, sont peu avantageuses. D'o il suit que ne s'engagent gnralement la lgion que les Franais empchs par une raison majeure de contracter un engagement volontaire ou un rengagement dans les corps o il est pay des primes d'engagement ou de rengagement. Mais il ne faut pas oublier le caractre de la lgion et l'esprit dans lequel les hommes, le plus gnralement, se font incorporer, un grand nombre d'entre eux cherchant l'abri du drapeau un relvement et une rhabilitation. Ceci dit, qu'il faut retenir, on doit noter que les Franais engags la lgion proviennent surtout des catgories suivantes: 1 Pour le plus grand nombre, des militaires de toutes armes sans certificat de bonne conduite et qui, de ce fait, se sont vu refuser l'accs des corps o sont reus les rengagements comportant des avantages pcuniaires; 2 Des hommes prsentant des antcdents judiciaires autres nanmoins que ceux entranant l'exclusion de l'arme, et n'ayant pas t admis en consquence s'engager ou rengager dans les mmes corps; 3 Pour une part beaucoup moindre, des hommes gs de plus de trente-deux ans, possesseurs de certificats et qui, dsirant prendre du service, n'ont pu contracter un rengagement dans les troupes coloniales, o l'ge limite a t fix trente-deux ans par la loi du 30 juillet 1893. Ces trois catgories ne comprennent que des individus ayant dj satisfait la loi militaire. Elles sont en consquence composes d'hommes ayant en gnral dpass l'ge de vingt-cinq ans, engags auxquels il faut joindre les Franais, assez nombreux, qui entrent la lgion sous un nom et une nationalit d'emprunt et qui sont presque toujours des hommes ayant dpass la trentaine et comptant de prcdents services militaires. Les diverses catgories de Franais librs antrieurement par d'autres corps et qui, pour une raison quelconque, viennent servir la lgion, forment pour ces effectifs un appoint important. L'auteur de _la Lgion trangre et les troupes coloniales_ note que ceux des hommes de ces catgories qui n'ont leur actif que le fait de s'tre vu refuser le certificat de bonne conduite leur sortie du rgiment en France pour de trop nombreuses punitions, de salle de police ou prison, deviennent gnralement la lgion de bons soldats coloniaux. L'amalgame de cette catgorie franaise avec les catgories trangres constitue le fond le plus solide des compagnies de la lgion. Il convient enfin, pour en finir avec les engags franais que l'on rencontre la lgion, de citer deux sources de recrutement trs diffrentes. L'une de ces sources, d'ailleurs trs faible, envoie la lgion trangre des jeunes gens librs du service militaire en France ou en Algrie, munis de leurs certificats et qui, dsirant suivre la carrire militaire en servant spcialement la lgion, contractent dans ce corps un engagement volontaire au titre tranger. A cette catgorie, qui fournit nombre de sous-officiers et mme quelques officiers au titre tranger, on pouvait, il y a quelques annes encore, rattacher les jeunes Alsaciens et Lorrains ns avant 1870, qui fournirent la lgion un trs important appoint d'engags volontaires et--aprs naturalisation au cours de leur service militaire--un bon nombre d'excellents officiers. Ces engags sont devenus plus rares. Par contre, il faut signaler comme venant la lgion depuis une vingtaine d'annes une forte proportion d'Allemands immigrs en pays annexs et qui se prsentent comme Alsaciens. Une seconde source de lgionnaires franais d'lite est reprsente par les sous-officiers venant, par permutation ou mutation d'office, des rgiments de France ou d'Algrie, et qui continuent de servir au titre franais. [Illustration: Angst, Alsacien, 2e tranger.] [Illustration: Bezdicek, Autrichien, ancien capitaine de l'arme autrichienne, 15 ans de service; 29 campagnes.] [Illustration: Castel, Franais (Breton) 2e tranger.] [Illustration: Monument aux soldats de la Lgion trangre et de l'arme d'Afrique morts dans le Sud-Oranais, Sada.] [Illustration: Hesseling, Allemand, 1er tranger; 12 ans de service; 16 campagnes.] [Illustration: Dorozinski, Polonais, 1er tranger; 2 ans de service; 2 campagnes.] [Illustration: De Bulmerincq, Anglais, 2e tranger.] [Illustration: Kowalzik, Russe, 1 an de service; 1 campagne.] [Illustration: Huguet, Espagnol, 2e tranger.] [Illustration: Martinetti. Suisse italien. 3 ans de service; 4 campagnes.] [Illustration: Philippin, Suisse franais, 1er tranger.] [Illustration: Peter, Suisse allemand, 2 ans de service; 2 campagnes.] [Illustration: Berde, Hongrois, 2e tranger.] TYPES DE LGIONNAIRES DE DIFFRENTES NATIONALITS LES OFFICIERS Le recrutement et la situation des officiers servant au titre franais sont rgis par les rgles gnrales applicables tous les corps franais. Les officiers servant au titre tranger proviennent: 1 d'trangers, officiers dans leurs pays d'origine, qui, gnralement accrdits par leurs gouvernements respectifs, obtiennent du gouvernement franais la faveur de servir dans la lgion, grade gal ou infrieur, comme officiers au titre tranger; 2 des sous-officiers de la lgion, Franais ou naturaliss Franais, servant au titre tranger et qui ont t admis l'cole de Saint-Maixent; ils sortent de cette cole sous-lieutenants au titre tranger; 3 des sous-officiers des rgiments trangers, Franais ou naturaliss Franais, servant au titre tranger, promus directement sous-lieutenants au titre tranger, soit pour faits de guerre, soit en vertu des dispositions du dcret du 10 aot 1911 spciales aux adjudants: 4 des officiers franais de tous corps, dmissionnaires, qui obtiennent du chef de l'tat la faveur de reprendre du service, dans la lgion, comme officiers au titre tranger, avec leur ancien grade. On peut ajouter cette dernire catgorie les officiers de rserve qui, servant au Maroc, seront, par mesure exceptionnelle, maintenus, au titre actif, dans la lgion trangre. [Illustration: La bibliothque des sous-officiers, Bel-Abbs.] Il n'existe, jusqu' ce jour, aucun texte ayant caractre lgislatif et exposant d'une faon prcise et complte les rgles qui rgissent la situation militaire des officiers servant au titre tranger. Mais, d'une faon gnrale, on peut dire que l'tat de ces officiers prsente beaucoup d'analogie avec celui des officiers de la rserve et de la territoriale. Ainsi, la non-activit par retrait d'emploi et la rforme par mesure disciplinaire ne sont pas applicables aux officiers servant au titre tranger, qu'ils soient Franais ou de nationalit trangre. Pour fautes graves contre la discipline ou le devoir militaire, ils sont _rvoqus_ et rendus la vie civile. [Illustration: A LA LGION.--La salle d'armes du 2e tranger.] AMES DE LGIONNAIRES Le gnral Bruneau, qui l'on doit de si loquentes pages sur la lgion, a trac, en de vigoureux coups de crayon, la physionomie, si diverse, du lgionnaire: J'ai eu dans ma vie, crit-il, un honneur suprme: j'ai command un rgiment de la lgion, le 2e tranger. Mon ternel regret sera de n'avoir pas eu l'occasion de conduire au feu cette troupe incomparable dont le nom voque juste titre le souvenir de l'organisme militaire le plus puissant qui ait jamais exist, la lgion romaine. Attirs par la prestigieuse renomme de ce corps unique au monde, Alsaciens-Lorrains, Belges, Suisses, Allemands, Hongrois, Slaves, Italiens, Espagnols, Turcs mme, arrivent par centaines chaque paquebot et sont immdiatement dirigs sur ces usines soldats que sont les dpts de Sidi-Bel-Abbs et de Sada. L, en quelques semaines ou en quelques mois, suivant l'origine ou la duret du mtal humain, tous ces lments htrognes, jets dans l'ardent foyer de l'esprit de corps, ont fondu comme cire, et sont dfinitivement couls dans le moule fabriquer les hros! Princes, ducs, marquis, comtes ou vicomtes, gnraux et officiers de tous grades et de tous pays, soldats de toutes les armes et de toutes les armes; magistrats, prtres, financiers, diplomates, hommes de loi, fonctionnaires de toutes sortes; braves gens qui veulent tout simplement voir du pays, neurasthniques et dsoeuvrs; tous ceux qui, ayant perdu l'honneur, veulent le reconqurir, et tous ceux qui ont prfr se faire soldats plutt que de se brler la cervelle; tous ceux que dgote notre civilisation veule et dcadente et tous ceux qui sont obligs de la fuir; tous ceux qui crvent de faim, et tous ceux qui sont rassasis de volupts; tous, sans exception, tous, vous m'entendez bien, sont mus en cet tre brave, stoque, loyal, dvou, patient, tenace, prototype de l'homme de guerre, le lgionnaire. [Illustration: La salle de lecture et de correspondance des lgionnaires, Sada.] Ce qu'on appelle en France le grand public ne souponne pas l'incroyable diversit d'origine, d'ducation, de situation sociale de ces hommes. Par suite de circonstances exceptionnelles on apprend, un jour, par exemple, que le lgionnaire de 2e classe Muller, mort l'hpital de Gryville, est bel et bien le cousin de l'empereur d'Allemagne. Un Hohenzollern! Quand ce sera fini, dit-il son capitaine, qui est venu le voir sur son lit d'agonie, je vous prie de regarder sous mon traversin, vous y trouverez un portefeuille et des papiers constatant ma vritable personnalit; mais, d'ici l, permettez-moi de mourir en paix. Et cet vque, que je trouvai en faction devant le quartier gnral de la division d'Oran, aux grandes manoeuvres du 19e corps, en 1894! J'tais, ce moment, chef d'tat-major de la division d'Alger, et j'avais t, la bataille termine, prsenter mes hommages au gnral Dtrie, mon ancien colonel du 2e zouaves. Avant d'entrer dans sa tente, j'avais t frapp de la belle prestance du lgionnaire de garde, et j'avais remarqu la manire superbe avec laquelle il m'avait rendu les honneurs. Aprs avoir caus quelques instants avec le hros du Cerro-Borrgo, je pris cong de lui, et en m'accompagnant jusqu' la porte:--Tenez, mon cher Bruneau, me dit-il demi-voix, vous voyez ce factionnaire: c'est Mgr X..., vque de Carinthie, le plus beau et le meilleur soldat de la lgion. J'eus un haut-le-corps, et, en sortant, je ne pus m'empcher de le dvisager avec une intense curiosit. Sans doute avait-il entendu les paroles du gnral, car il tait tout blme, et sa pleur tait encore accentue par le contraste d'une barbe d'un noir de jais, mle de quelques fils d'argent, qui descendait en ondes soyeuses jusqu' la mdaille du Tonkin, pingle sur sa capote. Les yeux superbes regardaient droit devant eux, vers les montagnes lointaines, o le soleil se couchait dans une gloire d'or, de pourpre et de violet; mais, je ne sais pourquoi, j'eus l'impression trs nette qu'ils contemplaient quelque chose de plus lointain encore, et que ce qui illuminait son regard, ce n'taient pas les flammes du soleil couchant, mais des lumires de cierges, que ce qu'il fixait avec une si douloureuse attention, ce n'tait pas le disque clatant de l'astre-roi, mais un grand christ tincelant au milieu des splendeurs de l'autel. Aprs le prince et le prlat, voici le millionnaire! Un jour, je reois une lettre recommande portant le timbre de Vienne: Monsieur le colonel, m'crivait le directeur d'une clbre agence de renseignements autrichienne, je vous serais reconnaissant de me faire connatre si un jeune homme de nationalit austro-hongroise, qui a d s'engager la lgion trangre sous le nom de Justus Perth, est actuellement Sada, car mes recherches ont t vaines au 1er tranger. Vous comprendrez sans peine l'intrt que nous avons le retrouver, quand je vous aurai dit, trs confidentiellement, qu' la suite d'un vnement imprvu il est devenu, son insu, l'unique hritier d'une fortune de 12 millions de couronnes. Ci-joint une de ses photographies du temps o il tait tudiant l'universit de Prague. Je jetai les yeux sur le portrait. Il reprsentait un solide gaillard de vingt vingt-deux ans la figure joufflue, encadre d'une courte barbe. Il portait un lorgnon et, il m'tait, par suite, difficile de prjuger de la couleur et de la forme de ses yeux. [Illustration: La musique dans la cour de la caserne, Bel-Abbs.] --Allez voir chez le major, dis-je mon adjudant-secrtaire qui entrait ce moment, s'il existe sur ses contrles un particulier s'appelant Justus Perth. Quelques instants aprs, l'adjudant revint me rendre compte que les recherches faites sur la matricule du corps avaient t infructueuses. --Il s'est peut-tre engag sous un autre nom, fit-il en voyant mon dsappointement. Voulez-vous qu'on runisse tous les Autrichiens du dtachement? --Faites! dis-je. Il alla la fentre, appela le clairon de garde et fit sonner aux sergents de semaine auxquels il donna brivement des instructions. --Les hommes sont rassembls, mon colonel. --Bien; prenez la photographie, et descendez avec Dhrmer, le secrtaire qui parle allemand. Vous les examinerez attentivement un un, et vous verrez si quelqu'un d'entre eux ressemble ce portrait. Je m'accoudai pendant cette inspection sur l'appui de la fentre, et je vis Ramus passer devant le front des lgionnaires puis les renvoyer successivement, l'exception de deux qui montrent avec lui dans mon bureau. --Mon colonel, dit-il en les introduisant, il n'y a que ces deux gaillards-l qui rpondent au signalement, et encore d'une manire imparfaite. Ils sont arrivs par le dernier courrier, et ne parlent pas encore franais; mais ils ont dclar l'interprte qu'ils ne se sont jamais appels Justus Perth. --Voyons, dis-je au secrtaire qui tenait la photographie entre ses mains, et paraissait les examiner avec la plus grande attention, expliquez-leur bien de quoi il s'agit, cela leur dliera peut-tre la langue. [Illustration: La salle de rcration du 2e tranger, Sada.] --Ecoutez ce que dit le colonel: si l'un de vous est bien le nomm Justus Perth, qu'il le dise carrment. Ce phnomne vient d'hriter, parat-il, de 12 millions de couronnes! --Est-ce toi? --Nein! --Est-ce toi? --Nein! -Mais vous ne comprenez donc rien! leur cria-t-il d'un air furieux, et dans le plus pur dialecte viennois, vous avez hrit de douze millions de couronnes! Rien! --Allons! En voil assez! Renvoyez-les leur compagnie: Cet incident tait depuis longtemps sorti de ma mmoire, lorsqu'en 1902 je reus une grande enveloppe timbre du sceau du ministre des Affaires trangres. Elle contenait une lettre dont la lecture m'arracha une exclamation de surprise. Paraphrase diplomatique de la demande de renseignements de l'agence viennoise, elle insistait pour que la nouvelle enqute ft mene avec la plus grande discrtion. J'tais, en effet, averti confidentiellement que Justus Perth n'tait qu'un nom d'emprunt et que le personnage qu'il fallait retrouver tout prix s'appelait le comte Otto von X... Une photographie, plus rcente que celle qui m'avait t adresse la premire fois, tait pingle au verso du pli ministriel, et, ds que j'eus jet les yeux sur elle, je poussai un cri de stupfaction: le comte Otto von X..., le pseudo Justus Perth, n'tait autre que le secrtaire Dhrmer qui avait si vivement interpell les deux pauvres diables amens dans mon cabinet! [Illustration: A LA LGION.--La salle de spectacle du 1er tranger, Bel-Abbs.] Mon enqute tait du coup simplifie, car, peu de temps aprs le fameux interrogatoire, notre ex-interprte tait parti au Tonkin, avec la relve annuelle des bataillons qui y taient dtachs. Je n'avais plus qu' tlgraphier. [Illustration: La caserne du 2e tranger, Sada.] [Illustration: Au poste de Beni-Ounif: l'entre de la redoute.] La rponse me parvint le surlendemain. Lgionnaire Dhrmer rapatri cause sant, en route Singapour. Nouveau tlgramme chiffr au consul de France Singapour, nouvelle rponse: Lgionnaire Dhrmer, alias comte Otto von X..., vad paquebot en rade Singapour, rest introuvable. Je n'ai jamais eu la clef de ce mystre. LE LGIONNAIRE EN GARNISON Ce qu'est le lgionnaire au feu, il est inutile de le rappeler en ces lignes, car notre article prendrait les proportions d'un fabuleux livre d'or. Mais toutes nos illustrations des campagnes coloniales de la France ont toujours reprsent, au premier plan de nos hros, le lgionnaire. Que ce soldat, admirable en campagne, soit plus facilement que tous autres dprim par la vie de garnison o se rveillent trop souvent les instincts de ces natures ardentes et impulsives, on ne saurait s'en tonner. Il en rsulte la ncessit d'une stricte discipline qui n'a point d'ailleurs le mme caractre impitoyable que celle dont on est oblig d'user pour les bataillons d'Afrique et qui doit tre opportune et approprie des lments d'origine si diverse. Il faut, crit le gnral Bruneau, un doigt spcial, une main de fer dans un gant de velours, et les colonels qui ont laiss le meilleur souvenir la lgion sont prcisment ceux qui ont su allier dans une juste mesure ces deux manires si diffrentes de s'imposer: la bienveillance et la svrit. Au reste, la vie que l'on mne la caserne des deux dpts, Sidi-Bel-Abbs et Sada, est la mme que celle des autres corps d'Algrie, avec les manoeuvres et les corves d'usage. Les casernements, nos photographies en tmoignent, ont tout le confortable militaire. La table est substantielle et varie comme le montre la feuille de menus ci-contre. 1er RGIMENT TRANGER 25e COMPAGNIE (Bel-Abbs) MENU du 11 au 17 Juillet Matin 11 Juillet Soir Soupe grasse Potage ptes d'Italie Boeuf sauce moutarde Boeuf rti Nouilles au gratin Salade panache 12 Juillet Soupe paysanne Potage vermicelle Boeuf sauce piquante Ragot de boeuf aux carottes Haricots blancs la matre d'htel Salade Choux braiss 13 Juillet (Dimanche) Potage ptes d'Italie Soupe grasse Biftecks Haricots verts en salade Boeuf sauce moutarde Tomates farcies Salade garnie Riz au gras Vin Salade 14 Juillet (Menu spcial) Rveil Chocolat--Brioche Aprs la revue Vin blanc--Gteaux secs Djeuner Oeufs aux anchois Tomates farcies Oies rties Pommes duchesses Salade russe Crme la vanille Fromage de Lorraine Vin Caf--Liqueurs Cigares Matin 15 Juillet Soir Soupe l'oignon Potage tapioca Boeuf sauce piquante Boeuf rti Macaroni sauce tomates Salade Ragot de pommes et choux 16 Juillet Soupe aux haricots Potage semoule Boeuf en vinaigrette Ragot de mouton aux pommes Pure de pommes Salade Carottes sauce blanche 17 Juillet Soupe lgumes Soupe au riz Boeuf sauce Robert Boeuf sauce moutarde Haricots blancs la Bretonne Salade Pommes au four Il ne semble point vraiment qu' la lgion on puisse se plaindre de la nourriture. Quant aux officiers qui ont appliquer la discipline, ils forment gnralement, par les soins de leur recrutement, un corps d'lite. Il faut donc en finir avec la lgende de mauvais traitements qui seraient systmatiquement appliqus aux lgionnaires et qui rendraient vraiment inexplicable l'afflux ininterrompu des engagements la lgion, par exemple, ceux des Allemands qui dsertent pour fuir les brutalits en usage dans l'organisation militaire de l'empire. A chacune des violentes et priodiques campagnes menes contre la lgion par la presse allemande, d'anciens lgionnaires se sont dresss pour faire eux-mmes justice de ces attaques,--ces anciens lgionnaires que chaque anne, Paris, runissent des belles ftes de camaraderie o l'on voit fraterniser officiers, sous-officiers et soldats des rgiments trangers et qui suffisent prouver, avec le culte que conservent la lgion tous ceux qui y ont honntement servi, l'attachement des uns et la reconnaissance des autres. ALBRIC CAHUET. [Illustration: Les lgionnaires au jardinage, Sada.] [Illustration: UNE VISION DU PARIS NOCTURNE, PENDANT LES FTES DU 14 JUILLET: LES DIVERTISSEMENTS DE QUARTIER.--_Phot. L. Gimpel._] Le temps, cette anne, n'a gure favoris les rjouissances du 14 juillet: le lundi, jour de la fte nationale, une pluie inopportune vint par instants troubler les bals des rues et des carrefours. Heureusement, la veille, il avait fait beau, et, des trois soires consacres, suivant l'usage, aux divertissements populaires, ce fut celle du dimanche la plus joyeuse, la plus anime. Devant les estrades pavoises o s'essoufflaient les musiciens, on dansa avec entrain, fort avant dans la nuit, et les obligatoires chevaux de bois eurent leur habituel succs: notre photographie, prise sur l'un des emplacements qu'ils ont coutume d'occuper, rue de Mdicis, prs des jardins du Luxembourg, en donne une pittoresque image, montrant, en contraste, la foule attire, autour de l'blouissant mange, par les lumires et le bruit, et le calme bassin o dorment les eaux, claires de mouvants reflets. [Illustration: Le gnral Hessaptchief et les autres officiers du dtachement bulgare de Salonique.--_Phot. de Jessen._] LA GUERRE CONTRE LES BULGARES L'TAT D'ESPRIT A ATHNES, A L'OUVERTURE DES HOSTILITS LETTRES DE NOTRE CORRESPONDANT PARTICULIER Athnes, 30 juin. Ce matin, 11 h. 1/2, M. Venizelos sort en coup de vent du ministre de la Guerre et monte dans sa voiture qui part au galop vers le palais royal. Le prsident n'a point aujourd'hui l'expression de calme et le sourire qui le caractrisent. Il semble au contraire extrmement fatigu. Je monte son bureau pour avoir des nouvelles. Les Bulgares ont attaqu brusquement ce matin, vers 6 heures, toute la ligne grecque de Guevgheli Elevthera. Ils ont occup plusieurs points. Les troupes grecques ont recul partout de quelques kilomtres devant cette attaque inattendue. On ne sait pas encore si les Bulgares ont agi de mme contre la ligne serbe. Tout le monde est plus ou moins affol. Les troupes ont recul!... Deux compagnies sont cernes Elevthera!... Peu peu seulement on se rend compte qu'il est bon, au contraire, que la ligne grecque ait t repousse. Car cela prouve irrfutablement que l'attaque vient du ct bulgare et non du ct grec. Ceux qui se retirent ainsi, non sur un point isol, mais sur une ligne de plus de 100 kilomtres, ne peuvent tre, en effet, des assaillants. D'autant plus qu'ils n'ont recul qu'un instant et ont ensuite arrt les Bulgares. S'ils avaient t des assaillants battus, la rupture de leur lan et provoqu un recul beaucoup plus considrable, une retraite caractrise, avec poursuite de la part de leurs adversaires. Il est bon pour les Grecs d'avoir des arguments opposer aux nouvelles tendancieuses que les Bulgares ne vont pas manquer de lancer vers toutes les capitales du monde... A midi, le prsident revient du palais. On apprend que le roi partira ce soir 5 heures pour Salonique o il prendra le commandement de son arme... M. Venizelos m'a vu, causant avec ses aides de camp. Il me fait dire qu'il veut me parler: --A l'heure actuelle, me dit-il, je ne veux pas encore prononcer le grand mot de guerre... Peut-tre nous trouvons-nous de nouveau en face d'vnements semblables ceux de Nigrita ou du Panghaon... qui sait? En tout cas, si cette guerre, que je n'ai pas voulue, que j'ai tout fait pour viter, clate quand mme, alors j'espre bien que vous allez reprendre vos fonctions de correspondant de guerre et recommencer envoyer _L'Illustration_ des correspondances dignes de celles que vous lui avez adresses de Macdoine et d'Epire... D'ailleurs, en raison des services que _L'Illustration_ nous a alors rendus, grce vous, nous vous donnerons, cette fois, toutes facilits pour que vous puissiez suivre et voir de prs les vnements... Et en disant _vous_, il est bien entendu que je veux dire vous et Mme Leune, car je sais qu' vous deux vous tes une unit indivisible! ajoute en souriant le prsident. Je vous prie de revenir me voir demain. Je pourrai vous dire alors si vous devez partir ou non pour Salonique rejoindre notre arme... Au ministre des Affaires trangres, le ministre, M. Coromilas, tint me dire aussi l'importance qu'il attachait me voir suivre de nouveau pour _L'Illustration_ la campagne qui se prparait. Et il donna immdiatement des ordres pour qu'en cas de dpart nous fussions, ma femme et moi, traits de faon toute particulire. C'est avec une profonde stupeur qu' 9 heures du soir nous apprenons la dernire grande nouvelle de la journe: la dmarche de M. Hadji Mischef, ministre de Bulgarie Athnes, auprs du gouvernement hellnique. Il est venu, en effet, au nom de son gouvernement, protester nergiquement contre l'attaque injustifiable des troupes bulgares par les troupes grecques. Il a protest d'autant plus nergiquement, que le cabinet de Sofia avait, d'aprs lui, des intentions plus pacifiques que jamais. M. Danef n'tait-il pas dj dans le train qui devait le conduire Saint-Ptersbourg lorsqu'on vint lui annoncer l'incroyable nouvelle! Quel travestissement des faits! ...A minuit, Kephistia, la rsidence d't de tous les Athniens qui prfrent la campagne la mer. Avec M. Vassilopoulos, directeur de la Banque d'Orient, qui nous donne chez lui la plus charmante des hospitalits, nous allons voir l'htel M. Kyros, le directeur du journal _Hestia_, organe du gouvernement. Le tlphone lui aura sans doute apport quelque nouvelle intressante. M, Kyros est naturellement trs entour, car tout le monde est anxieux. On se demande surtout ce qu'il a d advenir dans la journe des 1.200 ou 1.300 soldats bulgares qui se trouvaient dans Salonique. Certains prtendent qu'on leur a donn vingt-quatre heures pour quitter la ville. Une sonnerie de tlphone. On se prcipite. M. Kyros a pris les rcepteurs. Autour de lui on se groupe en silence. ... Oui... oui... bien... fait M. Kyros... Alors on ne les a pas laisss partir?... Trs bien... Maintenant il annonce les nouvelles: Le roi est parti 5 heures poux Salonique. Le gnral Hessaptchief, attach militaire reprsentant le gouvernement bulgare au quartier gnral grec, est parti dans l'aprs-midi. Il avait expdi ses bagages ds hier. Dans une lettre au commandant de la place, le gnral Kalaris, il a expliqu qu'il quittait Salonique parce que son gouvernement lui avait accord un cong pour Sofia! Quant aux soldats bulgares, on les a somms de se rendre. Une partie s'est laiss dsarmer, les autres ont voulu rsister et ont t pris de force: 1.208 prisonniers bulgares vont demain prendre le chemin d'Ithaque!... Mardi, 1er juillet. Hier soir, le ministre de Bulgarie, M. Hadji Mischef, et le consul, M. Stphanof, ont manqu provoquer de graves incidents au restaurant Avrof o ils dnent d'ordinaire. Le patron les voyant entrer se prcipita vers eux: --Je vous ai prpar un cabinet particulier. --Pourquoi cela? --Parce que... parce que... Enfin, vous savez, les gens sont plutt surexcits ce soir! --Eh bien, nous dnerons dans la salle commune, et qu'ils y viennent, ceux qui ne seront pas contents, rpondirent les deux diplomates voix trs haute, pour tre entendus de tous. Dans la salle, les dneurs haussrent les paules. ... Au ministre des Affaires trangres, M. Caradja, chef de cabinet du ministre, m'a remis nos passes d'tat-major qui nous permettront de partir demain matin pour Chalcis et Salonique. Des ordres spciaux ont t partout donns nous concernant. J'ai djeun avec le gnral Eydoux. Il voit cette guerre avec beaucoup de calme et de confiance, car il connat l'arme qu'il a instruite. Il sait ce dont elle est capable, sous le commandement de son roi. Il sait combien son moral est lev. C'est--dire qu'en faisant, bien entendu, la part des accidents de guerre, toujours possibles, toutes les chances de succs sont pour l'arme grecque. Et le gnral Eydoux me fait ressortir encore que l'arme bulgare va se trouver en fort mauvaise posture pour son ravitaillement en vivres et en munitions. La flotte grecque va, en effet, bloquer Cavalla et Dd-Agatch, les deux seuls ports par lesquels l'arme bulgare recevait vivres et munitions des pays mditerranens, et o elle pouvait se constituer des centres d'approvisionnement proximit de la ligne de combat. Ces deux ports bloqus, il lui faudra faire venir tout de Bulgarie mme, par la ligne ferre d'Andrinople, car le pays occup ne peut plus nourrir l'arme qui l'a trop bien pill et dvast. Donc une seule ligne ferre de plusieurs centaines de kilomtres,--300.000 hommes nourrir, 800 tonnes transporter chaque jour. Jamais on n'y suffira. Tandis que les Grecs ont Salonique mme pour deux mois de vivres, constitus par M. l'intendant Bonnier de la mission militaire franaise, de bonnes routes, des camions automobiles, etc. Leur ravitaillement sera facile. A 6 heures du soir, on annonce qu'une grande bataille est engage autour d'Istip entre Serbes et Bulgares, ceux-ci ayant en ligne de 120.000 150.000 hommes. C'est tout ce que l'on sait pour le moment... Je cours aux renseignements, au ministre de la Guerre, o M. Venizelos me fait l'honneur de me recevoir aussitt. Comme j'entre chez le prsident, le ministre de Russie en sort, les sourcils froncs, l'air trs mcontent... --Monsieur Leune, me dit le prsident, il faut que vous partiez demain matin sans faute. Il est grand temps... Toutes facilits vous seront donnes. Voici, en attendant, les dernires nouvelles: Ce matin, midi, le ministre de Russie est venu me dire que, M. Danef acceptant d'aller Saint-Ptersbourg, le gouvernement du tsar m'invitait m'y rendre galement. J'avoue que j'ai souri de la proposition, survenant en un tel moment.--J'accepte, ai-je rpondu, mais aux conditions suivantes: 1 Que la Bulgarie dsapprouve officiellement les derniers mouvements de ses troupes; 2 Qu'elle retire toutes ses troupes'au del de la ligne de dmarcation fixe dernirement et conjointement par le colonel Dousmani et le gnral Ivanof; 3 Qu'elle accepte officiellement l'arbitrage obligatoire pour les quatre tats et pour toutes les questions relatives au partage; 4 Qu'enfin les trois premires conditions soient ralises avant que les troupes grecques et bulgares soient au contact... J'ai dit au ministre de Russie que ces quatre conditions taient celles que je proposais personnellement, mais que je ne pourrais lui donner de rponse _officielle_ que ce soir 7 heures, aprs avoir pris l'avis du roi et du conseil des ministres. J'ai aussitt tlgraphi au roi, qui a approuv ma faon de voir. Tout l'heure le conseil des ministres m'a galement approuv. Je viens donc l'instant de notifier officiellement au ministre de Russie les conditions prcdentes d'acceptation. Est-il besoin d'ajouter que je ne crois pas au succs de ma proposition?... Et le prsident m'a longuement, longuement serr la main en me souhaitant d'assister de nouveau une campagne victorieuse de l'arme hellnique... Mercredi, 2 juillet. Ce matin 6 heures nous avons quitt Kephistia pour nous rendre en voiture la station de Boati, o nous devions prendre le train pour Chalcis. Le train arrive. Un soldat descend, nous aborde. Vous tes bien M. Leune, de _L'Illustration_? Je suis envoy par M. le colonel Condaratos de l'tat-major, qui m'a charg de veiller ce que vous ne manquiez de rien. Dans le train sont des officiers que nous avons connus en Macdoine ou en Epire, le lieutenant-colonel Antonaropoulos, le capitaine Guytarakos. Ils nous accueillent bras ouverts. A Chalcis, un caporal et deux hommes nous attendent avec une voiture pour nous mener au bateau, bord duquel on nous a retenu une cabine. On s'empresse autour de nous. Le capitaine du port vise nos papiers, un officier du gnie surveille l'embarquement de nos bagages. Le capitaine Guytarakos s'occupe de toutes les formalits qui nous concernent. Enfin, bord, le capitaine nous donne la meilleure cabine, puis nous installe sur la passerelle ct de lui... J'ai tenu mentionner ici tous ces menus dtails, afin de montrer combien chacun tient, en nous secondant, tmoigner sa sympathie _L'Illustration_... C'est un devoir bien agrable pour moi que de remercier en ces lignes les autorits militaires grecques et tous les officiers que nous avons rencontrs des attentions dlicates qu'ils ont eues pour nous... JEAN LEUNE. Les Grecs, continuant les progrs indiqus dans notre dernier numro, ont occup Srs et Drama, tandis que leur flotte s'emparait de Cavalla, htivement vacue par la garnison bulgare. Des faits extrmement graves et qui ont, aussitt connus, provoqu une profonde motion et une indignation unanime en Europe ont t signals, chaque tape, par les commandants hellnes, dans leurs tlgrammes au roi Constantin: les Bulgares, obligs de fuir, ont, en abandonnant les villages et les villes occups par eux, commis sur les populations grecques neutres de vritables crimes contre la civilisation. Ces atrocits ont dj t signales en dtail au journal le _Temps_ par notre confrre danois M. de Jessen, qui a pu voir lui-mme, Nigrita, une ville ptrole, dtruite, et une partie de la population gorge et mutile. Nous pensions qu'il nous aurait t possible de donner, nos lecteurs, dans ce numro, la vision de ces tristes spectacles, car M. de Jessen nous avait aussitt annonc l'envoi des clichs qu'il avait pris en hte Nigrita. Ces clichs nous sont bien parvenus. Mais le dveloppement a montr que l'appareil avait mal fonctionn: les pellicules n'avaient pas t impressionnes, et ce sont ainsi de prcieux et irrfutables tmoignages qui disparaissent. LES SUCCS DES ARMES SERBES ET GRECQUES Nous avons reu cette semaine les premires notes de guerre de notre correspondant du ct serbe, M. Alain de Penennrun. Le jeune et brillant officier qui, lors de la campagne de Thrace, suivit, avec l'arme du gnral Radko Dimitrief, la route de la victoire et qui, de chaque tape, nous envoya de si remarquables relations et croquis, ne pouvait esprer rejoindre temps en Macdoine l'arme bulgare, en franchissant le cercle des tats coaliss. M. Alain de Penennrun a donc pris la route de la Macdoine serbe et, ds son passage Uskub, il a pu recueillir des informations prcises qui confirment ce que, dans notre dernier numro, nous avons dit des oprations du dbut de la seconde guerre des Balkans; notre envoy spcial, dont le dernier tlgramme est dat de Gradic, sur la rive gauche de la Bregalnitza, au nord-est d'Istip, et qui doit, l'heure actuelle, avoir rejoint l'tat-major du prince hritier Alexandre, termine, par ces apprciations, sa premire lettre: Cette fois ce n'est plus une campagne un peu pour rire, comme celle de Thrace, o seul l'un des adversaires existait vraiment. Ici, les soldats qui combattent sont vritablement des gens de guerre, et on le voit bien l'acharnement extraordinaire que de toutes parts ils dploient dans la lutte. Les pertes sont lourdes et cruelles. Dans l'attaque de nuit seulement o les Bulgares ont vritablement massacr les grand'gardes des Serbes, ceux-ci accusent 3.200 tus ou blesss. L'on sent bien d'ailleurs l'allure de chacun toute la gravit, tout le poids de la lutte engage. Ce sont deux grandes armes europennes qui se battent, galement instruites, galement braves, galement mordantes. Dans les combats que livrent les armes hellnes, le mme acharnement se fait jour. Dans l'assaut des positions de Doran, 5.000 soldats grecs sont tombs. Les Bulgares cependant paraissent donner des signes de lassitude et de fatigue. Ils n'ont plus le mme lan qui jadis les jetaient poitrine dcouverte contre les tranches turques et malgr leur naturelle bravoure ils luttent regret, mens par la faction macdonienne de Sofia, contre leurs frres, leurs allis d'hier. Les Bulgares connaissent maintenant le drapeau blanc et la honte de la reddition. Les 4e et 7e divisions de l'arme du gnral Kovatchef ont souffert extrmement; elles ont l'une et l'autre laiss aux Serbes beaucoup de prisonniers. Cependant l'une est la division qui troua le centre turc Karaagatch, l'autre est celle qui rejeta victorieusement Fakri pacha sur Boular au mois de fvrier dernier. L'un des rgiments de la 7e division, le 13e, a t pris et dtruit presque en entier Kotchana; son colonel, et 1.400 soldats sont aujourd'hui prisonniers Belgrade o ils voisinent avec les Turcs non encore rendus, curieux rapprochement dans la captivit des anciens adversaires. Non seulement la lutte est chaude entre des ennemis aussi ardents, mais certaines circonstances la rendent plus terrible encore. Les effets du feu de l'infanterie, particulirement, sont terrifiants, car les hommes des deux partis en campagne, exercs depuis un an, tirent parfaitement, avec un sang-froid merveilleux. L'artillerie ne le cde en rien comme justesse. Mais elle a les plus grandes peines manoeuvrer dans ces terrains difficiles. Aussi les pertes de pices ne sont-elles pas rares, tmoins 3 batteries bulgares enleves par la cavalerie du prince Arsne dans les fonds de la Bregalnitza, tmoins aussi les 4 pices serbes qu'il fallut abandonner prs de Krivolak, mais dont hroquement les servants se sacrifirent pour avoir le temps de les rendre inutilisables en enlevant les culasses et que l'on reprit d'ailleurs ensuite. Oui, ds le dbut, cette guerre apparat acharne et sauvage. Les uns et les autres sont de rudes hommes et, de les connatre comme je les connais, me permet de dire que ce sont des adversaires qui se valent... ALAIN DE PENENNRUN. Les Serbes, ces derniers jours, ont fortifi toutes leurs positions en repoussant au nord les troupes bulgares de la rgion de Kustendil qui tentaient de tourner l'aile gauche serbe victorieuse. Cependant que les Roumains, qui avaient achev leur mobilisation, pntraient, sans rencontrer de rsistance, sur le territoire bulgare et que les Turcs franchissaient les lignes de Tchataldja. Les Roumains ne se sont pas contents de s'installer dans tout le district, revendiqu par eux, de Fustuka-Baltchitch, poussant jusqu' Varna, au sud de ce territoire. Ils ont franchi le Danube sur deux points, au centre et l'ouest, ont dpass Rouchtchouk et Rahovo, et jet leur cavalerie sur la route de Sofia. Les Turcs, aprs avoir roccup les territoires de Thrace qui leur sont attribus par le protocole du trait de Londres, ont pass la frontire Enos-Midia, repris Lule-Bourgas, Bunar-Hissar, Visa et marchent sur Kirk-Kiliss et Andrinople. [Illustration: PENDANT LA MOBILISATION ROUMAINE.--Arrive de rservistes Bucarest.--_Phot. Basiliade._] CE QU'IL FAUT VOIR PETIT GUIDE DU PARISIEN HORS PARIS X...-les-Bains. C'est une petite ville d'Auvergne,--une petite ville presque neuve, difie autour de quelques sources trs anciennes, bien plus ges encore que le trs vieux petit village aux toits roux qui la surplombe, et qui lui a donn son nom. Les gens des villes viennent l rparer leurs fatigues et, disent-ils, chercher du repos. Sont-ils sincres, et les gens des villes sauraient-ils vivre en un lieu o vraiment on se repose? Je ne le crois pas; et la preuve que j'ai raison de ne pas le croire, c'est que la Direction du Casino, qui s'y connat, s'vertue depuis un mois organiser autour de cette foule avide de silence et de tranquillit le plus de bruit possible. Or, loin qu'on l'en blme, on lui reprocherait plutt de manquer d'audace; de ne point offrir, cette clientle de citadins fatigus, de suffisantes occasions de se fatiguer davantage. Ds le matin, les malades de X...-les-Bains sont, dans le jardin de l'tablissement, guetts par un orchestre. Avant le djeuner, musique; et musique, aprs. Le soir, nouveau dchanement de l'orchestre, autour d'un panneau lumineux o dfilent les actualits mondiales de la semaine; c'est ce qu'on appelle un _cinma-concert_. Tout ct, le petit thtre a ouvert ses portes: opra-comique, oprette, vaudeville et mlodrame s'y succdent ingnieusement... Et comme nous sommes ici pour nous reposer, on a cors, si je puis dire, d'motions supplmentaires celles du spectacle. A chaque entr'acte, une sonnette retentit, et tout le monde sait ce que cela veut dire: c'est l'appel des petits chevaux vers lesquels, en attendant les trois coups, se prcipitent nos malades. Est-ce tout? Mais non. Il y a la concurrence. A ct et hors du Casino, il y a le Kursaal qui a, lui aussi, son orchestre jet continu, son cinma, ses spectacles... Et je rencontre ici des Parisiens qui, le plus srieusement du monde, se plaignent que cette ville manque de distractions. Qu'est-ce qu'il leur faut, juste ciel! et est-il possible que la maladie et le besoin de repos rendent injuste ce point? Pour moi, j'ai fui les musiques, les spectacles et les petits chevaux, et c'est la montagne que j'ai demand de me donner des distractions. Elle en procure d'exquises, et de tellement inattendues.. On grimpe... doucement, et bientt, on a quitt la grand'route o les autos soulvent la poussire et rpandent leurs fumes. Il fait bon. Le chemin, bord de champs de fraises, est presque doux. Il mne, en s'levant toujours, au hameau de B... dont j'aperois l-bas le petit cimetire, le clocher, les maisonnettes trapues, toutes grises, faites de roches casses. Et l'on a l'impression d'entrer ici dans du silence. Avez-vous remarqu que le calme trop grand des lieux _habits_ a quelque chose d'inquitant et d'hostile? La plaine, la mer, les bois appellent le silence et il semble que ce silence ajoute leur grandeur; au contraire, l'esprit souffre de ne percevoir aucun signe de vie, nul bruit humain dans des lieux qui ont t justement crs pour la vie et pour le bruit: une ville, un village, un hameau... Tout se tait. Les chemins sont dserts. A peine ce dcor de tristesse s'anime-t-il, et l, d'un cri d'oiseau, d'un murmure de source. Et, tout de mme, voici qu'au tournant d'un sentier, deux figures apparaissent: c'est un petit gamin dont la face plotte se montre la fentre close d'une chaumire; et, plus loin, c'est, au bord d'une fontaine, une trs vieille femme qui savonne un peu de linge, avec des gestes las. Elle porte de grosses lunettes bleues, derrire lesquelles sourit avec une espce de bonhomie tendre sa vieille figure. Nous nous sommes dit bonjour, et nous causons. Elle m'explique qu' cette heure-ci, tout le monde est aux champs, et qu'on ne rencontre au village que les malades et les infirmes. Et elle rit, en disant cela. Elle dit qu'il faut bien qu'il en soit ainsi, et que chacun a son tour. ... Une autre vieille. C'est l-haut, dans la fort que je la trouve, essuyant avec un chiffon le sang qui coule du doigt qu'elle vient d'corcher en cassant une branche de bois mort. Elle a tendu sur le chemin deux cordes l'aide desquelles une enfant qui l'accompagne l'aide lier le chargement de branches qu'elles vont traner jusqu'au hameau. Dure besogne; car la petite fille a dix ans peine, et la grand-mre (toute menue et toute casse) en a soixante-quinze; mais quoi? mme au prix d'un peu plus de fatigue et de misre, ne vaut-il pas mieux venir chercher son bois pour rien dans la montagne que de le payer au marchand quarante-quatre sous le quintal? La vieille femme dit ces choses d'une voix chevrotante et douce. Elle non plus ne se plaint pas; et peut-tre jamais l'ide ne lui est-elle venue qu'elle et pu tre autre chose au monde que la pauvre petite crature qu'elle est... [Illustration: Le peintre Gaston La Touche dans son jardin de Saint-Cloud.--_Phot. H. Manuel._] L'heure s'avance. J'ai repris, travers les sapins, le chemin de la ville, je retourne vers les tziganes, les _palaces_ et les petits chevaux. Un homme grimpe pas lourds la cte que je descends. Il est jeune encore, proprement vtu de vtements pauvres. Des jambires de cuir sont attaches au-dessus de ses gros souliers; et il porte en bandoulire un objet trange: une cage mailles noires si fines, si serres qu'on n'aperoit pas, tout d'abord, ce qu'elle contient. Un petit cadenas ferme la cage. Je lui dis bonjour, et lui demande ce qu'il porte l. Il me montre... et je recule. Ce sont des vipres _vivantes_. En petites phrases brves et correctes, l'homme m'explique qu'il y a, la ville voisine, une Facult des Sciences o l'on a besoin de vipres... mais de vipres vivantes. Et, comme c'est un gibier rare et que, pour chasser ce gibier-l, il ne faut pas avoir peur, on le paye assez bien... ... Le soir, au Casino, j'ai mal cout la musique. Je pensais aux leons de rsignation, de sagesse, de courage que ces humbles m'avaient donnes. Je me disais qu'ils sont, en France, des millions d'tres humains qui, chaque jour, leur insu, nous les donnent, ces leons-l; et qu'il est bien fcheux que le Paysan franais ne soit pas encore class par Baedeker au nombre des spectacles... qu'il faut voir! UN PARISIEN. AGENDA (19-26 juillet 1913) EXAMENS ET CONCOURS.--Les examens oraux du concours d'admission l'cole spciale militaire de Saint-Cyr se continueront aux dates suivantes: Paris (candidats de la province), les _24 et 30 juillet_ au lyce Saint-Louis. CONGRS.--Un congrs international pour la protection de l'enfance se tiendra Bruxelles du _23 au 26 juillet._ EXPOSITIONS ARTISTIQUES.--Paris: htel Le Peletier de Saint-Fargeau (29, rue de Svign), promenades et jardins de Paris.--Galerie Lvesque (109, faubourg Saint-Honor): oeuvres de Thomas Couture (clture le _26 juillet).--Province_: Brest (exposition de l'ouest de la France), expositions Vichy, Langres, Douai.--_tranger_: expositions Spa, Ostende, Florence, Gand. CONCOURS HIPPIQUES.--Le concours hippique de Boulogne-sur-Mer, dont les preuves ont commenc le _18 juillet_, se terminera le _27 juillet_; le _21 juillet_, arrive des concurrents du raid militaire (parcours de 400 kilomtres), le 22, sauts d'obstacles. SPORTS.--_Courses de chevaux_: le _19 juillet_, le Tremblay; le _20_, Saint-Cloud, Aix-les-Bains, Ostende; le _21_, Saint-Ouen, Ostende; le _22_, Compigne; le _23_, le Tremblay; le _24_, Maisons-Laffitte; le _25_, Compigne; le 26, le Tremblay.--_Automobile_: le _27 juillet_, coupe internationale des motocyclettes au Mans.--_Cyclisme_: au Vlodrome Buffalo, le _20 juillet_ aprs-midi, challenge de la vie au grand air, course d'une heure; le _24_, soir, Grand Prix national; course de primes, course de 50 kilomtres.--_Yachting-automobile_: du _10_ au _27 juillet_, semaine de yachting du Havre.--_Aviation_: le _20 juillet_, l'arodrome de Port-Aviation (Juvisy), match Brindejonc des Moulinais-Audemars.--_Armes_: le tournoi d'escrime de Vittel, commenc le _18 juillet_, se continuera les _10 et 20 juillet_.--Tennis: du _21 au 27 juillet_, tournoi annuel Compigne.--_Athltisme_: le _20 juillet_, Maisons-Laffitte, runion annuelle inter-clubs. GASTON LA TOUCHE Le peintre Gaston La Touche, dont maintes compositions gayrent de leur mouvement irrsistible, de leur dlicate ironie, de leurs couleurs chantantes, les pages de ce journal, vient d'tre emport prmaturment, dans la nuit de samedi dimanche dernier, par une foudroyante attaque, en pleine vigueur, en plein talent, en plein succs, l'ge de cinquante-neuf ans. N Saint-Cloud o--dans une maison souriante, hospitalire quiconque tenait l'bauchoir, le pinceau ou la plume, sans parler de nombre d'admirateurs vite devenus des amis--s'est coule peu prs toute sa vie, Gaston La Touche tait le Parisien, dans le sens le meilleur du mot, brillant, spirituel, et d'une bienveillance de coeur qui remettait chaque instant dans les mmoires la boutade d'un boulevardier clbre, s'merveillant que l'un de ses amis, avec tant d'esprit, ft si bon: c'est lui--l'intress le rappelait gentiment au lendemain de sa mort--qui, n'ayant se louer qu' demi d'un article panach de louanges et de rserves, adressait, bon enfant, mais prompt la riposte, son critique la moiti de sa carte de visite avec ces mots: Pour une moiti de compliments, une moiti de remerciements. Gaston La Touche, en effet, n'avait pas rencontr sans lutte la vogue. D'abord, il s'tait cherch longtemps. lve d'Edouard Manet, dont son oeuvre, en sa dernire priode, apparat si lointaine, il avait un moment essay de la sculpture, puis, au renouveau du succs de l'eau-forte et de la pointe sche, grava des planches curieuses. Mais ses dons natifs, son temprament, sa nature de vrai peintre, de lettr, d'artiste, allaient se manifester surtout plus tard, aprs des annes d'ardent et consciencieux labeur, dans ces toiles si dcoratives d'allure, si ingnieuses d'invention, si allgres de couleur, que le public, aprs la critique, avait pris bien vite l'habitude de dsigner de ce titre pimpant: ftes galantes. C'tait les placer directement sous l'gide du suave et frmissant Watteau. L'instinct des foules, ici, ne se trompait pas: Gaston La Touche tait de la' pure ligne des classiques franais du dix-huitime sicle, des Fragonard, des Lancret et du grand pote de l'_Embarquement pour Cythre_. Il l'tait dans son me, plus que dans sa manire d'interprter, car nulle trace de pastiche, au fond, ne se peut relever dans ces oeuvres vibrantes, chaudes, pleines de belle humeur, de vie, mais bien de leur temps. Il n'oubliait point qu'il avait frquent l'atelier Manet, et les audaces de coloriste de M. Albert Besnard l'avaient sduit au passage. Ses sujets favoris taient, sous de nobles futaies dores par l'automne, des baigneuses lascives, livrant des corps ambrs aux caresses d'un sombre bassin o des jets d'eau grnent leurs pierreries multicolores; des nymphes souples, dont un faune indiscret venait troubler les bats, ou bien le passage de quelque cortge de thtre, de quelque mascarade en chaises porteurs, en palanquins hindous; ou encore, dans de prcieux salons aux ors teints, quelque Cydalise dsoeuvre, rveuse, lutinant un sapajou favori, ou mirant dans l'eau morte par l'ennui dans son cadre gele d'un vieux miroir terni, des atours de bal par. Mais le peintre apportait varier ces thmes, souvent proches parents, tant d'ingniosit, de fantaisie inventive, et, dans l'excution, une si parfaite habilet qu'on prouvait en les rencontrant le plaisir sans cesse renouvel de la dcouverte. G. B. LES LIVRES & LES CRIVAINS LES VIVANTS ET LES MORTS Les philosophes et les potes nous donnent, cette anne, des livres sur la mort. On ne s'en tonnera pas. La mort, depuis dix mois, est, si j'ose dire, la plus vivante des actualits. On ne parle que d'elle. Il y a tout prs de nous des peuples qui s'entr'gorgent, sans lassitude, et l'on peroit, l'aube et dans les crpuscules, le cri des hcatombes humaines. La mort est, plus que jamais, l'ordre du jour de nos mditations, la mort dans l'apothose de la victoire ou dans la misre de la dfaite, la mort fin d'nergie ou fin d'amour, espoir ou ngation, rsurrection ou nant, ombre ou lumire. Un philosophe, il y a peu de semaines, s'essayait soulever le manteau noir de l'Inconnue et nous conviait fixer son visage. Il n'est pas effrayant, ce visage, nous disait Maurice Maeterlinck. Accoutumez-vous le regarder en face, vous le contemplerez vite sans tristesse, vous lui sourirez bientt comme un ami. Et l'on sentait que Maeterlinck avait bien cette minute la conscience qu'il s'adressait un public d'Occident, car la mort vit dans l'intimit des mes orientales. On lui fait une place d'honneur aux foyers asiatiques et les Clestes ont moins souci de parer le lit o ils passent que le cercueil o ils resteront. La mort n'effraie pas tout le monde. Et si les philosophes en discutent avec srnit, il n'est pas rare que les potes en parlent avec amour. Ce n'est point tout fait, sans doute, le cas de Mme la comtesse de Noailles. Le pote admirable du Cour innombrable, des blouissements, du Visage merveill, de la Domination, ne peut, en son panthisme passionn, souhaiter la fin de cette joie multiple et divine de vivre. Mais elle prvoit, sans tristesse, la fin invitable d'une ardeur qui, par ses puisantes intensits, lui fait parfois dsirer le repos, l'immobilit qui seraient infinis. L'ide de mort hante chacune de ses penses et chante en leitmotiv dans chacun des pomes de son dernier recueil: les _Vivants et les Morts_ (1). Vous ne vous tonnerez point si l'expression, chez ce grand pote et ce merveilleux artiste, est toujours grande, large, noble, et constamment leve aux cimes sur l'lan du rythme. Naturellement, car ce pote est femme, la passion et la mort sont lies toujours, comme dans une treinte oblige. La passion prvoit et attend la mort, qui est plus souvent encore la fin de l'extase que la fin de l'tre. Car, si l'extase survit, l'tre est encore vivant. [Note 1: Arthme Fayard, diteur, 3 fr. 50.] Tu vis, je bois l'azur qu'panche ton visage, Ton rire me nourrit comme d'un bl plus fin. Je ne sais pas le jour o moins sr et moins sage Tu me feras mourir de faim. Solitaire, nomade et toujours tonne, Je n'ai pas d'avenir et je n'ai pas de toit. J'ai peur de la maison, de l'heure et de l'anne O je devrai souffrir de toi. Mme quand je te vois dans l'air qui m'environne, Quand tu sembles meilleur que mon coeur ne rva, Quelque chose de toi sans cesse m'abandonne, Car rien qu'en vivant tu t'en vas. Tu t'en vas, et je suis comme ces chiens farouches Qui, le front sur le sable o luit un soleil blanc, Cherchent retenir dans leur errante bouche L'ombre d'un papillon volant. Ne bouge plus, ton souffle impatient, tes gestes Ressemblent la source cartant les roseaux Tout est aride et nu hors de mon me, reste Dans l'ouragan de mon repos! Hlas! Quand ton lan, quand ton dpart m'oppresse, Quand je ne peux t'avoir dans l'espace o tu cours, Je songe la terrible et funbre paresse Qui viendra t'engourdir un jour. Mais puisque tout survit, que rien de nous ne passe, Je songe, sous les cieux o la nuit va venir, A cette ternit du temps et de l'espace Dont tu ne pourras pas sortir. Cette ide de survie du mort dans la pense et par la volont des vivants prcise son expression dans ces vers: Mon ami, vous mourrez, votre pensive tte Dispersera son feu, Mais vous serez encore vivant comme vous tes Si je survis un peu. Un autre coeur au vtre a pris tant de lumire Et de si beaux contours, Que si ce n'est pas moi qui m'en vais la premire, Je prolonge vos jours. Le souffle de la vie entre deux coeurs peut tre Si dment mlang Que l'un peut demeurer et l'autre disparatre Sans que rien soit chang. Et voici encore un vers o la passion, avec quelle superbe violence, ddaigne les fins humaines et fixe l'ternit: A prsent je ne vois, ne sens que ta venue, Je suis le matelot par l'orage assailli Qui ne regarde plus que le point de la nue O la foudre a jailli. Je compte l'ge immense et pesant de la terre Par l'escalier des nuits qui monte tes aeux Et par le temps sans fin o ton corps solitaire Dormira sous les cieux. Cette contemplation orgueilleuse de la mort qui ne tue pas conduira, d'instinct, le pote sous le dme des Invalides, devant le sarcophage contenant cette cendre d'un dieu rest chez les humains. On contemple effray: ce lit pourpre et puissant Enferme ce qui fut votre me et votre sang, Et vous tes l, vous, qui l'on ne peut croire Tant vous tes encor au-dessus de la gloire! Ainsi chante sans rsignation, mais avec une acceptation hautaine, et qui parfois semble un dfi, le pote de la mort. Le pote de la vie, ivre de la passion de vivre, n'admet point qu'une prudence doive modrer l'lan qui l'emporte: J'accepte le bonheur comme une austre joie, Comme un danger robuste, actif et surhumain; J'obis en soldat que la Victoire emploie A mourir en chemin. Le bonheur, si cribl de balles et d'entailles Que ceux qui l'ont connu dans leur chair et leurs os Viennent rver, le soir, sur les champs de bataille O gisent les hros. Dans les Passions, dans les lvations, dans les Tombeaux, nous trouvons la substance philosophique du livre de Mme de Noailles. Les Climats s'y intercalent comme une halte claire, harmonieuse et parfume. Syracuse, les Soirs du Monde, le Port de Palerme, l'Auberge d'Agrigente, les Journes romaines, la Messe de l'aurore Venise, Un soir en Flandre, le Printemps du Rhin, ont inspir au pote des ingniosits descriptives qui parfois nous surprennent un peu par l'audace de leur fantaisie. Sous un ciel haletant, qui grsille et qui dort, O chaque fragment d'air fascine comme un disque, Rome, lourde d't, avec ses oblisques Dresss dans les agrs luisants du soleil d'or Tremblait comme un vaisseau qui va quitter le port. Le ciel qui dort en grsillant, ce fragment d'air qui fascine comme un disque, ces agrs du soleil qui luisent ne dressent pas des images bien nettes devant nos yeux. Mais il n'en demeure pas moins une sensation de lumire imprieuse, en nous et autour de nous, un blouissement torride qui reste dans notre cerveau. Et il en est ainsi de tous les pomes de ce livre dont la flamme ardente monte trs haut au-dessus des ombres, de mme que, par sa puissante beaut, son art domine les imperfections voulues et l'orgueilleuse indiscipline. ALBRIC CAHUET. DOCUMENTS et INFORMATIONS LE NOUVEAU PONT DE L'ESTACADE. Le prsident de la Rpublique a inaugur ces jours derniers la nouvelle passerelle qui a remplac l'antique estacade construite l'entre du petit bras de la Seine, quelques mtres en amont du pont Sully. Cette estacade, destine arrter les glaces en cas de dbcle, ne laissait qu'un passage troit pour les bateaux dont la manoeuvre tait rendue fort difficile par l'intensit du courant. A ce dispositif d'un autre ge on a substitu une passerelle en bton arm reposant sur quatre arches dont deux restent ouvertes en temps normal; les deux autres, celles de la rive gauche, tant condamnes par un rseau d'aiguilles fixes. Quant aux arches de la rive droite, elles peuvent tre rapidement fermes, grce au! systme imagin par M. Drogue, ingnieur en chef du service de la navigation. Deux caissons flottants en tle, trs rsistants, sont tenus en rserve peu de distance le long d'une berge. A l'approche d'une dbcle, on les remorque jusqu' la passerelle et on choue chaque caisson contre les deux piles d'une arche sur des entailles mnages: cet effet. La stabilit est assure par deux sries d'_aiguilles_ en fer. Les unes, enfiles directement dans le caisson, vont s'ancrer dans le lit du fleuve. Leur poids est calcul de faon qu'elles continuent s'enfoncer si le niveau de l'eau vient baisser, entranant le caisson qui ne risque pas de rester suspendu au-dessus de l'eau. Les autres sont enfiles le long du tablier du pont et viennent s'attacher au caisson. Une plaque d'arrt butant sous le tablier limite leur course et la remonte du caisson sous la pousse d'une crue. Outre que ce systme parat devoir offrir une rsistance considrable la pousse des glaces qui dpasse parfois 3.000 kilos par mtre linaire, il permettra de laisser la navigation libre jusqu'au dernier moment. En cas de danger, il suffira de quelques heures pour amener le caisson la place qu'il devra occuper. Au lieu de le laisser flotter, on le remontera au moyen de treuils contre le tablier pour le descendre et fermer le passage ds que la dbcle se sera suffisamment dessine en amont. LE PRIX DE LA HOUILLE BLANCHE. Une grande partie du public s'imagine que les chutes d'eau fournissent de la force motrice gratuite; or, les travaux ncessaires pour capter et utiliser la puissance hydraulique entranent des frais considrables, susceptibles de varier dans de trs fortes proportions. Le prix d'installation dpend d'abord de la hauteur et du dbit de la chute; en gnral, les chutes hautes et dbit rduit sont plus avantageuses que les chutes basses dbit norme. Ainsi, Jonage (France), une chute de 12 mtres, fournissant 100 mtres cubes par seconde, donne une puissance de 12.000 chevaux, et le prix de l'installation ressort 1.800 francs par cheval. Au contraire, Mran (Autriche), une chute de 60 mtres, dbitant seulement 9 15 mtres par seconde, donne une puissance de 8.000 chevaux, et le prix du cheval ne dpasse pas 400 francs. De mme, l'usine de la Praz, une chute de 78 mtres dbitant 12 mtres fournit une puissance de 12.500 chevaux, et le prix d'installation du cheval est seulement de 212 francs. Ces quelques chiffres montrent que l'amnagement d'une chute d'eau constitue toujours, au point de vue du rendement, un problme dlicat. INFLUENCE DE LA FORET SUR LA NEIGE. La neige couvrant le sol fond d'autant plus vite que l'vaporation et la temprature sont plus leves, et l'on sait depuis longtemps que la fort contrarie ces deux phnomnes. Mais on n'avait pas encore song chiffrer cette influence. M. Church, directeur de l'observatoire du Mont-Rose de la Nevada, la suite d'observations portant sur 36 stations, a formul des conclusions intressantes. Un versant bois renfermait une couche de neige double de celle de la partie non boise du mme versant; l'abondance tait particulirement marque dans les clairires. Comme on a intrt conserver la neige sur les montagnes le plus longtemps possible, afin de prserver la vgtation des fortes geles, on doit donc maintenir dans les rgions leves c'es forts assez paisses pour arrter le vent et attnuer l'effet des rayons solaires, mais en mme temps assez claires pour laisser la neige tomber jusqu'au sol. C'est ainsi que la futaie de rsineux, mlange de htres et de bouleaux feuilles caduques, conserve plus longtemps la neige que la futaie de pins, sapins et picas. LES VICTIMES DES FAUVES DANS L'INDE. Malgr une chasse de plus en plus nergique, le nombre des personnes victimes des fauves dans l'Inde anglaise est toujours aussi considrable; il s'lve 2.382 pour l'anne 1911. Le tigre a tu 882 personnes, le lopard 366, l'ours 428, l'lphant et l'hyne 77; l'alligator et le crocodile 244, le sanglier 51, le buffle 16, le chien sauvage 24, etc. Les serpents ont caus encore plus de ravages, faisant 22.478 victimes, soit 1.000 de plus que l'anne prcdente. D'autre part, on estime que, pendant la priode 1905-1910, les btes sauvages ont dtruit 100.000 ttes de btail. LA POPULATION TRANGRE AUX TATS-UNIS. D'aprs le dernier recensement cifectu par le gouvernement amricain, le nombre des trangers rsidant aux tats-Unis dpasse 13 millions, alors qu'il n'atteignait pas 7 millions en 1880. Les Allemands reprsentent 17% de ce groupe; les Russes 13%, les Irlandais et les Austro-Hongrois 12, les Italiens 11, les Scandinaves 10, les Anglais 9. Le nombre des Franais est minime. La proportion des Allemands a beaucoup diminu; elle tait de 29% en 1880; de mme la population irlandaise qui, la mme poque, reprsentait 28%. Enfin, il est remarquer que dans treize tats, dont le New-York, les trangers forment plus de la moiti de la population; dans seize autres, ils comptent pour une proportion variant du quart la moiti. LE PLUS GROS DES RENTIERS DU MONDE On se souvient de l'attentat de Delhi, dans lequel, l'anne dernire, lord Hardinge, le vice-roi des Indes, fut grivement bless par l'explosion d'une bombe, alors qu'il faisait son entre solennelle dans la ville rendue son ancien rang de capitale. L'homme d'tat dut son salut, en bonne partie tout au moins, au sang-froid de l'lphant, choisi pour sa haute taille et sa docilit, qui le transportait en tte du cortge. Loin de s'pouvanter du fracas de l'explosion qui mettait en fuite plusieurs de ses congnres, le massif pachyderme continua d'avancer de son pas majestueux, et son attitude calma ce point la panique qui s'emparait dj de la foule qu'on ne remarqua pas dans l'instant qu'un fonctionnaire install derrire lord Hardinge et la vice-reine avait t tu sur le coup et qu'une des parois du _howdah_ (palanquin) tait en pices. Ds son complet rtablissement, le vice-roi tint rendre visite la bonne bte. Sa reconnaissance vient de prendre une forme plus substantielle: un dcret accorde l'lphant le titre et la situation de _State pensionner_. En sa qualit de pensionnaire de l'tat, _Timouh_ recevra sa vie durant tous les douze mois une somme quivalant 2.500 francs, suffisante pour lui assurer les services de deux _coolies_ (domestiques). Comme il n'a gure que trente ans, et qu'un lphant vit normalement plus d'un sicle, on peut aisment calculer ce que son dvouement cotera aux contribuables hindous. LE DSARMEMENT... DES ABEILLES. Une curieuse nouvelle nous parvient d'Amrique. On pourrait l'accueillir avec mfiance si le nom dont elle se recommande n'tait pas celui d'un des premiers apiculteurs des tats-Unis. Aprs six annes de recherches et d'innombrables tentatives infructueuses, M. Louis J. Terrill, de Lawrenceburg (tat d'Indiana), a russi produire une race d'abeilles sans aiguillon en croisant des reines de l'espce italienne avec des bourdons de Chypre. M. Terrill a pu prouver que l'limination du dard se traduit par de prcieux avantages: les abeilles sont plus rfractaires aux maladies qui dciment les essaims des espces communes; elles rcoltent une plus grande quantit de nectar et produisent un miel plus savoureux. LA COMMMORATION DE DENAIN La victoire de Denain, qui, le 24 juillet 1712, fut, selon l'expression de Michelet, une claircie merveilleuse dans le ciel charg qui obscurcissait la France, tait commmore par un simple monolithe plac dans la campagne sur le territoire d'Haulchin. La grande cit industrielle a voulu plus somptueusement honorer la mmoire du marchal de Villars. Dj, en 1892, un comit, encourag par une importante souscription de la ville, s'tait form dans le but d'lever un monument au hros de la grande journe du 24 juillet 1712 qui rendit la France la fortune des armes, hta la conclusion de la paix et prpara le trait d'Utrecht. Aprs le grand cortge historique organis l'an dernier pour fter le bicentenaire de la bataille de Denain (voir _L'Illustration_ du 3 aot 1912), l'oeuvre a t poursuivie et mene bien, et une belle statue questre de Villars a pu tre inaugure dimanche sous la prsidence de M. le marquis de Vog, de l'Acadmie franaise, qui est rattach par les liens du sang au marchal de Villars. [Illustration: La statue de Villars, inaugure le 13 juillet, Denain.--_Phot, Lambert._] La statue, oeuvre d'un enfant de Denain, M. Henri Gauqui, avait dj t admire au Salon des Artistes franais, o elle avait obtenu la grande mdaille d'honneur. Le pidestal a t dessin par l'architecte Guillaume. M. Bricout, prsident du Comit, fit la ville la remise du monument. Aprs quoi, en un trs beau discours, M. de Vog voqua la glorieuse journe. Des vers furent dits par un mineur pote, M. Jules Mousseron. Puis les troupes de la garnison, commandes par le gnral Exelmans, dfilrent devant le marchal de Villars. LE PRIX D'UN MARIAGE ROMPU L'anne dernire, le comte Compton, ancien lieutenant aux Royal Horse Guards, lgant cavalier, au masque bronz, aux cheveux sombres, et, de plus, hritier prsomptif d'un des grands noms du _peerage_, tait prsent miss Moss qui, sous le nom de Daisy Markham, menue petite personne, doue d'une gentille figure plotte, qui brillait, modeste toile, au firmament des petits thtres de Londres et mme de la province. Elle le captiva. Ils s'aimrent,--en tout bien tout honneur. Et le jeune gentleman brlait si bien pour le bon motif qu'il promit le mariage la petite actrice. C'tait pour elle un beau rve. Mais le marquis de Northampton, pre du fianc, fut vite inform d'un engagement qui n'tait gure pour lui sourire. Il sermonna. Il fit appel la raison de son fils contre son coeur. Il eut l'heureuse chance de le persuader. Le comte Compton crivit la lettre de rupture qu'on lui demanda. [Illustration: Miss Daisy Markham.--_Phot. Foulsham et Banfield._] Il l'crivit sans enthousiasme. Elle est tout imprgne de tendresse contenue, cette suprme ptre la trs chre Daisy. Il y proteste qu'elle demeure la femme qu'il aime et respecte le plus au monde. S'il l'abandonne, c'est pour son bien, en somme, et aprs avoir bien rflchi la vie qu'il lui prparait, aux affronts auxquels elle serait expose' dans son monde: Vous ne savez pas, Daisy, comment ces nommes _ladies_ vous traiteraient, et, rellement, je ne puis me faire la pense de vous voir souffrir de telles choses qui, avec votre douce et sensible nature, vous tortureraient. C'est la lutte cornlienne, enfin, o le devoir l'emporte sur le sentiment. Et il signe, aprs toutes sortes de bndictions: Votre coeur bris. La petite miss Moss n'en prit pas aussi aisment son parti, et, bien conseille, sans doute, connaissant d'autre part les lois et coutumes de la vieille Angleterre, elle entama contre l'infidle une action en rupture de promesse. Sur ces entrefaites, le comte Compton devenait, par la mort de son pre, le 16 juin dernier, marquis de Northampton, possesseur de deux des plus beaux chteaux du Royaume-Uni, matre d'un revenu annuel de 3.750.000 francs. Comme l'observait, l'autre semaine, devant le juge du banc du Roi, en prsence d'une assistance de choix o des camarades de Daisy Markham coudoyaient d'authentiques pairesses, l'avocat de la promise abandonne, c'tait une situation magnifique et le titre de marquise que perdit sa cliente du fait de ce cong. Lord Northampton, sixime du titre, ne contestait pas le dommage. Il l'valuait mme trs haut, puisqu'il offrait son ex-fiance 50.000 livres de dommages-intrts,--1.250.000 francs. Le juge a estim l'indemnit suffisante, et, la fin d'une audience d'une demi-heure, plaidoiries comprises, il allouait miss Moss, alias Daisy Markham, ce million et un quart, la plus forte somme, dit le _Daily Mail_, qu'une cour anglaise ait jamais alloue dans une action en rupture de promesse. Comme, d'ailleurs, un bonheur n'arrive jamais seul, depuis ce jour, la porte de miss Markham est assige par les directeurs de thtres, grands et petits, qui mettent aux pieds de la dlaisse des ponts d'or. Miss Markham fait assez bon march de ces richesses. Ce qu'elle ambitionne, c'est de se consacrer au grand art, de ne monter dsormais que sur des scnes consacres. _Legitimate stages._ UN HOMMAGE A LA GRACE Rome n'est plus dans Rome... Depuis des annes les Danois nous enlvent, prix d'or, avec un trs sr discernement et un got rare, les plus belles productions de notre art national. Tout rcemment, encore, ils achetaient et emportaient plusieurs des oeuvres les plus illustres de l'admirable Carpeaux. Or, les voil qui, reprenant pour leur compte les aimables traditions de notre dix-huitime sicle, viennent d'riger Copenhague, ville accueillante entre toutes, dans le parc du chteau de Rosenborg, un monument la Grce. [Illustration: Un monument au corps de ballet de Copenhague: le Puits des Danseuses. _Phot. J. Lourberg._] C'est le Puits des Danseuses, futile et charmant objet d'art, vain comme tous les bibelots,--car on n'imagine pas les mnagres des environs y venant puiser: mais le sculpteur n'a plus gure, dans notre socit moderne, d'occasions de vouer son talent embellir des oeuvres d'utilit. L'auteur du Puits des Danseuses, M. Rudolph Tegner, s'est souvenu qu'il tait du pays de Thorwaldsen. Et il a fait, son tour, de l'antique modernis. Ses trois figures, drapes lgrement, ont du mouvement et, sans faire oublier le _Gnie de la Danse_, ni quelques autres figures ballantes, doivent tre plaisantes voir, dans l'air subtil du nord. LE CIRCUIT DE PICARDIE Le cinquime Grand Prix de l'Automobile-Club de France s'est disput le 12 juillet sur le circuit de Picardie, tabli aux environs d'Amiens avec Longueau comme point de dpart. L'preuve comportait 29 tours d'environ 31 kilomtres et demi, soit un parcours total de 916 kilom. 800 mtres; elle a une fois encore affirm de faon magnifique la supriorit de l'industrie franaise. Sur les 9 voitures franaises engages, 7 ont achev le parcours; 4 d'entre elles prenant respectivement les places 1, 2, 4, 5. Par contre, sur 11 voitures trangres parties, 4 seulement se trouvrent au poteau d'arrive. Jamais nos constructeurs n'avaient obtenu un rsultat aussi catgorique. Le prix a t gagn par Boillot, montant une voiture Peugeot, qui avait dj triomph au circuit de Dieppe en 1912. Le vainqueur, battant son record de l'anne prcdente, effectua le parcours en 7 heures 53 minutes 56 secondes, soit une vitesse moyenne de 116 kilom. 190 mtres; son camarade Goux, pilotant une voiture de la mme marque, se plaait second 3 minutes d'intervalle. Ce rsultat est d'autant plus apprciable que le circuit de Picardie semblait peu favorable aux grandes vitesses et que le rglement limitait 20 litres par 100 kilomtres la quantit de carburant dont pouvait disposer chaque concurrent. Le lendemain du Grand Prix des voitures s'est couru sur le mme circuit, mais sur la distance rduite de 350 kilomtres, le grand prix des motocyclettes, sidecars et cyclecars. Les concurrents franais furent moins heureux; mais les insuccs furent largement compenss par la victoire de Fentou qui atteignit une moyenne de 78 kilomtres l'heure, sur motocyclette Clment. [Illustration: Au circuit de Picardie: les tribunes pendant la course. _Phot. Chusseau-Flaviens._] [Illustration: L'IDAL DE LA BEAUT, par Henriot.] End of the Project Gutenberg EBook of L'Illustration, No. 3673, 19 Juillet 1913, by Various License: Share Alike