Produced by Carlo Traverso, Christine P. Travers and the Online Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This file was produced from images generously made available by the Bibliothque nationale de France (BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr) [Note au lecteur de ce fichier digital: Seules les erreurs clairement introduites par le typographe ont t corriges. Ce fichier est un extrait du recueil du journal "Le Tour du monde: Journal des voyages et des voyageurs" (2e semestre 1905). Les articles ont t regroups dans des fichiers correspondant aux diffrentes zones gographiques, ce fichier contient les articles sur la Russie. Chaque fichier contient l'index complet du recueil dont ces articles sont originaires. La liste des illustrations tant trs longue, elle a t dplace et place en fin de fichier.] LE TOUR DU MONDE PARIS IMPRIMERIE FERNAND SCHMIDT 20, rue du Dragon, 20 NOUVELLE SRIE--11e ANNE 2e SEMESTRE LE TOUR DU MONDE JOURNAL DES VOYAGES ET DES VOYAGEURS Le Tour du Monde a t fond par douard Charton en 1860 PARIS LIBRAIRIE DE HACHETTE ET Cie 79, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, 79 LONDRES, 18, KING WILLIAM STREET, STRAND 1905 Droits de traduction et de reproduction rservs. TABLE DES MATIRES L'T AU KACHMIR Par _Mme F. MICHEL_ I. De Paris Srnagar. -- Un guide pratique. -- De Bombay Lahore. -- Premiers prparatifs. -- En _tonga_ de Rawal-Pindi Srnagar. -- Les Kachmiris et les matres du Kachmir. -- Retour la vie nomade. 1 II. La Valle heureuse en _dounga_. -- Bateliers et batelires. -- De Baramoula Srnagar. -- La capitale du Kachmir. -- Un peu d'conomie politique. -- En amont de Srnagar. 13 III. Sous la tente. -- Les petites valles du Sud-Est. -- Histoires de voleurs et contes de fes. -- Les ruines de Martand. -- De Brahmanes en Moullas. 25 IV. Le plerinage d'Amarnth. -- La valle du Lidar. -- Les plerins de l'Inde. -- Vers les cimes. -- La grotte sacre. -- En _dholi_. -- Les Goudjars, pasteurs de buffles. 37 V. Le plerinage de l'Haramouk. -- Alpinisme funbre et hydrothrapie religieuse. -- Les temples de Vangth. -- Frissons d'automne. -- Les adieux Srnagar. 49 SOUVENIRS DE LA COTE D'IVOIRE Par _le docteur LAMY_ _Mdecin-major des troupes coloniales_. I. Voyage dans la brousse. -- En file indienne. -- Motso. -- La route dans un ruisseau. -- Dengura. -- Kodioso. -- Villes et villages abandonns. -- O est donc Betti? -- Arrive Dioubasso. 61 II. Dans le territoire de Mop. -- Coutumes du pays. -- La mort d'un prince hritier. -- L'preuve du poison. -- De Mop Betti. -- Bnie, roi de Betti, et sa capitale. -- Retour Petit-Alp. 73 III. Rapports et rsultats de la mission. -- Valeur conomique de la cte d'Ivoire. -- Richesse de la flore. -- Supriorit de la faune. 85 IV. La fivre jaune Grand-Bassam. -- Deuils nombreux. -- Retour en France. 90 L'LE D'ELBE Par _M. PAUL GRUYER_ I. L'le d'Elbe et le canal de Piombino. -- Deux mots d'histoire. -- Dbarquement Porto-Ferraio. -- Une ville d'opra. -- La teste di Napoleone et le Palais imprial. -- La bannire de l'ancien roi de l'le d'Elbe. -- Offre Napolon III, aprs Sedan. -- La bibliothque de l'Empereur. -- Souvenir de Victor Hugo. Le premier mot du pote. -- Un enterrement aux flambeaux. Cagoules noires et cagoules blanches. Dans la paix des limbes. -- Les diffrentes routes de l'le. 97 II. Le golfe de Procchio et la montagne de Jupiter. -- Soir temptueux et morne tristesse. -- L'ascension du Monte Giove. -- Un village dans les nues. -- L'Ermitage de la Madone et la Sedia di Napoleone. -- Le vieux gardien de l'infini. Bastia, Signor!. Vision sublime. -- La cte orientale de l'le. Capoliveri et Porto-Longone. -- La gorge de Monserrat. -- Rio 1 Marina et le monde du fer. 109 III. Napolon, roi de l'le d'Elbe. -- Installation aux Mulini. -- L'Empereur la gorge de Monserrat. -- San Martino Saint-Cloud. La salle des Pyramides et le plafond aux deux colombes. Le lit de Bertrand. La salle de bain et le miroir de la Vrit. -- L'Empereur transporte ses pnates sur le Monte Giove. -- Elbe perdue pour la France. -- L'ancien Muse de San Martino. Essai de reconstitution par le propritaire actuel. Le lit de Madame Mre. -- O il faut chercher Elbe les vraies reliques impriales. Apollon gardant ses troupeaux. ventail et bijoux de la princesse Pauline. Les clefs de Porto-Ferraio. Autographes. La robe de la signorina Squarci. -- L'glise de l'archiconfrrie du Trs-Saint-Sacrement. La Pieta de l'Empereur. Les broderies de soie des Mulini. -- Le vieil aveugle de Porto-Ferraio. 121 D'ALEXANDRETTE AU COUDE DE L'EUPHRATE Par _M. VICTOR CHAPOT_ _membre de l'cole franaise d'Athnes._ I. -- Alexandrette et la monte de Belan. -- Antioche et l'Oronte; excursions Daphn et Soueidieh. -- La route d'Alep par le Kasr-el-Benat et Dana. -- Premier aperu d'Alep. 133 II. -- Ma caravane. -- Village d'Yazides. -- Nisib. -- Premire rencontre avec l'Euphrate. -- Biredjik. -- Souvenirs des Htens. -- Excursion Resapha. -- Comment atteindre Ras-el-An? Comment le quitter? -- Enfin Orfa! 145 III. -- Sjour Orfa. -- Samosate. -- Valle accidente de l'Euphrate. -- Roum-Kaleh et Antab. -- Court repos Alep. -- Saint-Symon et l'Alma-Dagh. -- Huit jours trappiste! -- Conclusion pessimiste. 157 LA FRANCE AUX NOUVELLES-HBRIDES Par _M. RAYMOND BEL_ qui les Nouvelles-Hbrides: France, Angleterre ou Australie? Le condominium anglo-franais de 1887. -- L'oeuvre de M. Higginson. -- Situation actuelle des les. -- L'influence anglo-australienne. -- Les ressources des Nouvelles-Hbrides. -- Leur avenir. 169 LA RUSSIE, RACE COLONISATRICE Par _M. ALBERT THOMAS_ I. -- Moscou. -- Une dception. -- Le Kreml, acropole sacre. -- Les glises, les palais: deux poques. 182 II. -- Moscou, la ville et les faubourgs. -- La bourgeoisie moscovite. -- Changement de paysage; Nijni-Novgorod: le Kreml et la ville. 193 III. -- La foire de Nijni: marchandises et marchands. -- L'oeuvre du commerce. -- Sur la Volga. -- bord du _Sviatoslav_. -- Une visite Kazan. -- La sainte mre Volga. 205 IV. -- De Samara Tomsk. -- La vie du train. -- Les passagers et l'quipage: les soires. -- Dans le steppe: l'effort des hommes. -- Les migrants. 217 V. -- Tomsk. -- La mle des races. -- Anciens et nouveaux fonctionnaires. -- L'Universit de Tomsk. -- Le rle de l'tat dans l'oeuvre de colonisation. 229 VI. -- Heures de retour. -- Dans l'Oural. -- La Grande-Russie. -- Conclusion. 241 LUGANO, LA VILLE DES FRESQUES Par _M. GERSPACH_ La petite ville de Lugano; ses charmes; son lac. -- Un peu d'histoire et de gographie. -- La cathdrale de Saint-Laurent. -- L'glise Sainte-Marie-des-Anges. -- Lugano, la ville des fresques. -- L'oeuvre du Luini. -- Procds employs pour le transfert des fresques. 253 SHANGHA, LA MTROPOLE CHINOISE Par _M. MILE DESCHAMPS_ I. -- Woo-Sung. -- Au dbarcadre. -- La Concession franaise. -- La Cit chinoise. -- Retour notre concession. -- La police municipale et la prison. -- La cangue et le bambou. -- Les excutions. -- Le corps de volontaires. -- meutes. -- Les conseils municipaux. 265 II. -- L'tablissement des jsuites de Zi-ka-oue. -- Pharmacie chinoise. -- Le camp de Kou-ka-za. -- La fumerie d'opium. -- Le charnier des enfants trouvs. -- Le fournisseur des ombres. -- La concession internationale. -- Jardin chinois. -- Le Bund. -- La pagode de Long-hoa. -- Fou-tchou-road. -- Statistique. 277 L'DUCATION DES NGRES AUX TATS-UNIS Par _M. BARGY_ Le problme de la civilisation des ngres. -- L'Institut Hampton, en Virginie. -- La vie de Booker T. Washington. -- L'cole professionnelle de Tuskegee, en Alabama. -- Conciliateurs et agitateurs. -- Le vote des ngres et la casuistique de la Constitution. 289 TRAVERS LA PERSE ORIENTALE Par _le Major PERCY MOLESWORTH SYKES_ _Consul gnral de S. M. Britannique au Khorassan_. I. -- Arrive Astrabad. -- Ancienne importance de la ville. -- Le pays des Turkomans: travers le steppe et les Collines Noires. -- Le Khorassan. -- Mechhed: sa mosque; son commerce. -- Le dsert de Lout. -- Sur la route de Kirman. 301 II. -- La province de Kirman. -- Gographie: la flore, la faune; l'administration, l'arme. -- Histoire: invasions et dvastations. -- La ville de Kirman, capitale de la province. -- Une saison sur le plateau de Sardou. 313 III. -- En Baloutchistan. -- Le Makran: la cte du golfe Arabique. -- Histoire et gographie du Makran. -- Le Sarhad. 325 IV. -- Dlimitation la frontire perso-baloutche. -- De Kirman la ville-frontire de Kouak. -- La Commission de dlimitation. -- Question de prsance. -- L'oeuvre de la Commission. -- De Kouak Klat. 337 V. -- Le Seistan: son histoire. -- Le delta du Helmand. -- Comparaison du Seistan et de l'gypte. -- Excursions dans le Helmand. -- Retour par Yezd Kirman. 349 AUX RUINES D'ANGKOR Par _M. le Vicomte DE MIRAMON-FARGUES_ De Sagon Pnm-penh et Compong-Chuang. -- la rame sur le Grand-Lac. -- Les charrettes cambodgiennes. -- Siem-Rap. -- Le temple d'Angkor. -- Angkor-Tom -- Dcadence de la civilisation khmer. -- Rencontre du second roi du Cambodge. -- Oudong-la-Superbe, capitale du pre de Norodom. -- Le palais de Norodom Pnm-penh. -- Pourquoi la France ne devrait pas abandonner au Siam le territoire d'Angkor. 361 EN ROUMANIE Par _M. Th. HEBBELYNCK_ I. -- De Budapest Petrozeny. -- Un mot d'histoire. -- La valle du Jiul. -- Les Boyards et les Tziganes. -- Le march de Targu Jiul. -- Le monastre de Tismana. 373 II. -- Le monastre d'Horezu. -- Excursion Bistritza. -- Romnicu et le dfil de la Tour-Rouge. -- De Curtea de Arges Campolung. -- Dfil de Dimboviciora. 385 III. -- Bucarest, aspect de la ville. -- Les mines de sel de Slanic. -- Les sources de ptrole de Doftana. -- Sinaa, promenade dans la fort. -- Busteni et le domaine de la Couronne. 397 CROQUIS HOLLANDAIS Par _M. Lud. GEORGES HAMN_ _Photographies de l'auteur._ I. -- Une ville hollandaise. -- Middelburg. -- Les nuages. -- Les _boerin_. -- La maison. -- L'clusier. -- Le march. -- Le village hollandais. -- Zoutelande. -- Les bons aubergistes. -- Une soire locale. -- Les sabots des petits enfants. -- La kermesse. -- La pit du Hollandais. 410 II. -- Rencontre sur la route. -- Le beau cavalier. -- Un djeuner dcevant. -- Le pre Kick. 421 III. -- La terre hollandaise. -- L'eau. -- Les moulins. -- La culture. -- Les polders. -- Les digues. -- Origine de la Hollande. -- Une nuit Veere. -- Wemeldingen. -- Les cinq jeunes filles. -- Flirt muet. -- Le pochard. -- La vie sur l'eau. 423 IV. -- Le pcheur hollandais. -- Volendam. -- La lessive. -- Les marmots. -- Les canards. -- La pche au hareng. -- Le fils du pcheur. -- Une le singulire: Marken. -- Au milieu des eaux. -- Les maisons. -- Les moeurs. -- Les jeunes filles. -- Perspective. -- La tourbe et les tourbires. -- Produit national. -- Les tourbires hautes et basses. -- Houille locale. 433 ABYDOS dans les temps anciens et dans les temps modernes Par _M. E. AMELINEAU_ Lgende d'Osiris. -- Histoire d'Abydos travers les dynasties, l'poque chrtienne. -- Ses monuments et leur spoliation. -- Ses habitants actuels et leurs moeurs. 445 VOYAGE DU PRINCE SCIPION BORGHSE AUX MONTS CLESTES Par _M. JULES BROCHEREL_ I. -- De Tachkent Prjevalsk. -- La ville de Tachkent. -- En tarentass. -- Tchimkent. -- Aouli-Ata. -- Tokmak. -- Les gorges de Bouam. -- Le lac Issik-Koul. -- Prjevalsk. -- Un chef kirghize. 457 II. -- La valle de Tomghent. -- Un aoul kirghize. -- La traverse du col de Tomghent. -- Chevaux alpinistes. -- Une valle dserte. -- Le Kizil-tao. -- Le Saridjass. -- Troupeaux de chevaux. -- La valle de Kachkateur. -- En vue du Khan-Tengri. 469 III. -- Sur le col de Tuz. -- Rencontre d'antilopes. -- La valle d'Inghiltchik. -- Le tchiou mouz. -- Un chef kirghize. -- Les gorges d'Attialo. -- L'aoul d'Oustchiar. -- Arrts par les rochers. 481 IV. -- Vers l'aiguille d'Oustchiar. -- L'aoul de Kaende. -- En vue du Khan-Tengri. -- Le glacier de Kaende. -- Bloqus par la neige. -- Nous songeons au retour. -- Dans la valle de l'Irtach. -- Chez le kaltch. -- Cuisine de Kirghize. -- Fin des travaux topographiques. -- Un enterrement kirghize. 493 V. -- L'heure du retour. -- La valle d'Irtach. -- Nous retrouvons la douane. -- Arrive Prjevalsk. -- La dispersion. 505 VI. -- Les Khirghizes. -- L'origine de la race. -- Kazaks et Khirghizes. -- Le classement des Bourouts. -- Le costume khirghize. -- La yourte. -- Moeurs et coutumes khirghizes. -- Mariages khirghizes. -- Conclusion. 507 L'ARCHIPEL DES FERO Par _Mlle ANNA SEE_ Premire escale: Trangisvaag. -- Thorshavn, capitale de l'Archipel; le port, la ville. -- Un peu d'histoire. -- La vie vgtative des Feroens. -- La pche aux dauphins. -- La pche aux baleines. -- Excursions diverses travers l'Archipel. 517 PONDICHRY chef-lieu de l'Inde franaise Par _M. G. VERSCHUUR_ Accs difficile de Pondichry par mer. -- Ville blanche et ville indienne. -- Le palais du Gouvernement. -- Les htels de nos colonies. -- Enclaves anglaises. -- La population; les enfants. -- Architecture et religion. -- Commerce. -- L'avenir de Pondichry. -- Le march. -- Les coles. -- La fivre de la politique. 529 UNE PEUPLADE MALGACHE LES TANALA DE L'IKONGO Par _M. le Lieutenant ARDANT DU PICQ_ I. -- Gographie et histoire de l'Ikongo. -- Les Tanala. -- Organisation sociale. Tribu, clan, famille. -- Les lois. 541 II. -- Religion et superstitions. -- Culte des morts. -- Devins et sorciers. -- Le Sikidy. -- La science. -- Astrologie. -- L'criture. -- L'art. -- Le vtement et la parure. -- L'habitation. -- La danse. -- La musique. -- La posie. 553 LA RGION DU BOU HEDMA (sud tunisien) Par _M. Ch. MAUMEN_ Le chemin de fer Sfax-Gafsa. -- Maharess. -- Lella Mazouna. -- La fort de gommiers. -- La source des Trois Palmiers. -- Le Bou Hedma. -- Un groupe mgalithique. -- Renseignements indignes. -- L'oued Hadedj et ses sources chaudes. -- La plaine des Ouled bou Saad et Sidi haoua el oued. -- Bir Saad. -- Manoubia. -- Khrangat Touninn. -- Sakket. -- Sened. -- Ogla Zagoufta. -- La plaine et le village de Mech. -- Sidi Abd el-Aziz. 565 DE TOLDE GRENADE Par _Mme JANE DIEULAFOY_ I. -- L'aspect de la Castille. -- Les troupeaux en _transhumance_. -- La Mesta. -- Le Tage et ses potes. -- La Cuesta del Carmel. -- Le Cristo de la Luz. -- La machine hydraulique de Jualino Turriano. -- Le Zocodover. -- Vieux palais et anciennes synagogues. -- Les Juifs de Tolde. -- Un souvenir de l'inondation du Tage. 577 II. -- Le Taller del Moro et le Salon de la Casa de Mesa. -- Les pupilles de l'vque Siliceo. -- Santo Tom et l'oeuvre du Greco. -- La mosque de Tolde et la reine Constance. -- Juan Guaz, premier architecte de la Cathdrale. -- Ses transformations et adjonctions. -- Souvenirs de las Navas. -- Le tombeau du cardinal de Mendoza. Isabelle la Catholique est son excutrice testamentaire. -- Ximns. -- Le rite mozarabe. -- Alvaro de Luda. -- Le porte-bannire d'Isabelle la bataille de Toro. 589 III. -- Entre d'Isabelle et de Ferdinand, d'aprs les chroniques. -- San Juan de los Reyes. -- L'hpital de Santa Cruz. -- Les Soeurs de Saint-Vincent de Paul. -- Les portraits fameux de l'Universit. -- L'ange et la peste. -- Sainte-Locadie. -- El Cristo de la Vega. -- Le soleil couchant sur les pinacles de San Juan de los Reyes. 601 IV. -- Les cigarrales. -- Le pont San Martino et son architecte. -- Dvouement conjugal. -- L'inscription de l'Htel de Ville. -- Cordoue, l'Athnes de l'Occident. -- Sa mosque. -- Ses fils les plus illustres. -- Gonzalve de Cordoue. -- Les comptes du _Gran Capitan_. -- Juan de Mena. -- Doa Maria de Pardes. -- L'industrie des cuirs repousss et dors. 613 TOME XI, NOUVELLE SRIE.--16e LIV. N 16.--22 Avril 1905. [Illustration: Les enfants russes, aux grosses joues ples, devant l'isba (page 182).--D'aprs une photographie de M. J. Cahen.] LA RUSSIE, RACE COLONISATRICE IMPRESSIONS DE VOYAGE DE MOSCOU TOMSK. Par M. ALBERT THOMAS. [Illustration: La reine des cloches Tsar Kolokol (page 190).--D'aprs une photographie de M. Thibeaux.] Les impressions qu'on va lire portent maintenant leur date. Depuis qu'elles furent prouves et crites, de graves vnements se sont produits: la Russie s'est engage dans une guerre qui a boulevers sa vie conomique. Que sortira-t-il de la lutte sanglante qui se livre en Extrme-Orient? L'oeuvre de la colonisation russe se trouvera-t-elle compromise? Pourra-t-elle reprendre encore, aprs la terrible interruption qu'elle subit? C'est un problme qu'il serait prmatur de rsoudre; et, en tous cas, c'est par une enqute autrement approfondie, avec des documents plus nombreux et plus tudis, qu'il faudrait l'aborder. Mais, si nous n'avons pas renonc publier ces impressions, si nous avons estim utile de dire encore ce que nous avions cru discerner de la vie russe, c'est que l'on peut trouver dans les faits que nous avons observs, dans les manifestations que nous avons notes, et dans les souvenirs mmes que nous avons rappels, quelques lments du jugement porter sur les choses prsentes. Un mot seulement sur les raisons de cette grande excursion. Nous la dmes un prix de voyage, donn nagure par la Compagnie des Wagons-Lits. Nous fmes trois en profiter: Pierre Bourdon, Marius Dujardin et moi. Le pre de Bourdon et un de ses amis, Charles Thibeaux, s'taient joints nous. Tous ont une part de ces souvenirs; souvent, pendant les longues et douces journes que nous avons passes en descendant la Volga, ou dans les wagons du Transsibrien, nous nous sommes communiqu nos impressions, nos rflexions. Et l'on retrouvera sans doute dans ces pages quelque cho de la pense de tous. Mais je dois remercier Thibeaux de les avoir illustres de ses belles photographies. Et maintenant, comme disent nos vieux auteurs, ici on parle, on conte, on raconte. I. -- MOSCOU. -- Une dception. -- Le Kreml, acropole sacre. -- Les glises, les palais: deux poques. Jusqu' Varsovie, l'on se sent en Allemagne encore, autant qu'en Russie: les wagons sont prussiens; c'est en parlant allemand que l'on se fait comprendre. Mais, pass la Vistule, voici que les locomotives portent, l'extrmit de leur chemine, un capuchon tout noirci: des piles de bois, sapin ou bouleau, s'lvent, rgulires, sur le tender; la nuit, parfois, un essaim d'tincelles voltige autour du train.--Dans les wagons, larges et commodes, le samovar bout et les verres de th circulent. Tout prend un nouveau caractre. On est maintenant en Russie. Les gares, coquettes, avec leurs dcoupures, leurs boiseries, leurs toits verts, semblent toutes construites sur un mme modle. Chacun y entre, va, vient librement sur les quais: des enfants, des moujiks, sont venus voir passer le train; des femmes, aux jupes de couleur vive, aux grands chles jaunes ou bleus, attendent, accroupies devant leurs paniers, et offrent aux voyageurs des poires, des framboises, de larges champignons sauvages,--parfois aussi de petits objets de bois, faits au tour, ou taills au couteau durant les longues veilles d'hiver. Tous ces paysans, aux yeux bleus, clairs et sans profondeurs, aux traits lourds et comme endormis, ces enfants aux grosses joues ples, la tignasse rousse, ont un air rsign et doux; ils jouissent navement de la vie, de l'agitation des voyageurs, de la locomotive qui manoeuvre, de ce bel uniforme de gendarme que tous admirent. Le train parti, aprs les derniers trmolos de la cloche dont un employ fait trembler le battant, ils restent l encore, rveurs. Le train roule. La plaine environnante n'envoie aucun bruit. Elle s'tend, immense des deux cts de la voie. Des crales, des pturages, des bouquets d'arbres, en varient parfois l'aspect. Les chemises rouges des moujiks, les jupes des femmes qui moissonnent, a et l de grands troupeaux de boeufs, quelques cigognes, arrtent heureusement les yeux dans cette immensit. La plaine invite au voyage: elle attire, elle prend, comme la mer prend les gamins des pcheurs; et les paysans s'en vont, comme ils disent, du ct o regardent les yeux. Entre l'isba, qui s'abrite sous les arbres, et les feux de campement, qui rougissent dans la nuit les visages des migrants en marche, il n'y a point de diffrence: demain, la foudre brlera le village, donnera l'ordre de partir, ou les moujiks, d'eux-mmes, l'abandonneront, comme ils laissent au matin les cendres de leur feu. Et l'on comprend alors, dans cet infini de la plaine, avec quelle passion les paysans voyageurs dsirent Moscou, la cit sainte, avec son Kreml superbe et ses cathdrales dores, qui doivent surgir, l-bas, derrire l'horizon. C'est presque l'impatience du passager qui attend la fin des longues traverses l'apparition de la cte. Et cette impatience nous saisit aussi. [Illustration: Les chariots de transport que l'on rencontre en longues files dans les rues de Moscou (page 183).] Lorsqu'on a atteint Viasma, cette monotonie cesse: sur les pentes des collines vertes, que longent de petites rivires, des troupeaux de boeufs font de grandes taches mobiles. Les bois sont plus pais, plus frquents; au long de la voie, les bruyres agitent leurs clochettes roses. Des villages forment au lointain de grandes masses noires; et au centre, toujours l'glise les domine de ses clochetons bleus ou verts, au-dessus de ses murs blancs. Enfin, voici Moscou! C'est une dception. Moscou, c'tait pour nous, pour notre imagination, la ville fabuleuse et lointaine, la ville orientale, splendide comme une cit des Mille et une Nuits, o la Grande Arme n'avait pntr qu'avec une sorte de religieuse terreur. Et voici que nous ne trouvions qu'un fouillis de maisons basses, de chemines d'usine, fumant parmi des dmes sans hauteur, de chantiers et d'ateliers. Tandis que les drojkis nous menaient grand train vers le Bazar slave, le caractre moderne de ce quartier de la ville nous choquait encore davantage. Aprs un arc de triomphe d'allure berlinoise, nous suivions une large rue mal pave. Comme les maisons taient basses, peine un ou deux tages, toute la vie semblait crase, sans lan. Au milieu de ces voies, les piliers des lampes lectriques avaient le grand air ridicule des peupliers isols dans une plaine. Sur les trottoirs, les chapeaux de paille et les vestons courts, l'europenne, taient plus nombreux que les blouses rouges. Des tramways foraient nos drojkis se ranger! Seules, les icnes devant lesquelles nos cochers se signaient trois fois, les chapelles des rues o la foule des moujiks se pressait entre deux rangs de religieuses noires, o ces paysans que l'on apercevait et l prs des longues files de chariots, nous permettaient d'esprer encore retrouver cette mtropole historique que nous avions imagine. [Illustration: Les paysannes en plerinage arrives enfin Moscou, la cit sainte (page 182).--D'aprs une photographie de M. J. Cahen.] Sur le soir, les cloches sonnrent pour annoncer le dimanche: les battants frappaient avec rgularit, les sons tombaient des tours, descendaient dans la ville, se mlaient dans ses rues et remontaient en larges ondes comme les notes d'un unique et vaste carillon, qui aurait surgi de la terre mme. Ce n'tait point la gaiet bruyante des cloches en branle; mais il y avait dans ce bruit, je ne sais quoi de solennel, qui saisissait. Plus tard, aux derniers moments du crpuscule, nous avons contourn le Kreml. Le mur d'enceinte, avec ses crneaux, ses portes tages, aux toits aigus, aux images claires par une petite lampe, se profilait au-dessus de nous; et la masse des palais qu'il contenait nous pesait lourdement, tandis que nous allions, le long des murs, dans les anciens fosss largis et transforms en jardins. Peu peu, la nuit tombait. Les tourelles, les clochetons aux artes vives, les dmes dors eux-mmes, tout s'effaait. Seules, des murailles d'un blanc cru s'talaient au milieu des masses rouge sombre, et le disparate de ces monuments nous choquait. Machinalement, navement, nous rptions le nom de Moscou, comme s'il devait voquer enfin la cit sainte que nous _voulions_.... Ce fut le lendemain seulement qu'elle nous apparut: ce n'tait pas dans les brumes flottantes du soir qu'il fallait chercher le Kreml et sa ville, mais sous le soleil vigoureux du matin. Le ciel avait la teinte grise des jours d't brillants. l'extrmit de la place Rouge, le fouillis polychrome de Saint-Basile, la fantastique glise d'Ivan le Terrible, papillottait. Dans le Kreml, les dmes dors, les clochers d'azur, les croix grecques, tincelaient. Les murailles, en briques nu ou badigeonnes de blanc, resplendissaient d'un clat gal; le rouge sombre des tours de l'enceinte, les tours blanches des cathdrales, la faade jauntre du palais Neuf, tout se perdait alors dans le mme rayonnement. Dans cette mer de lumire, l'unit vraie de cette ville sainte, la ville d'une race plutt encore que la ville d'une nation, se rvlait. On dit qu'elle est belle encore, sous la neige et toute constelle de glaces. Sa puissance n'clate que sous les ciels extrmes. Ainsi les habitants: ils vont de la rsignation absolue, du fatalisme passif, aux rvoltes suprmes et au terrorisme. * * * * * Napolon est entr dans le Kreml; il y a couch; on a dit longtemps qu'il l'avait incendi; il a voulu le faire sauter. L'pope gigantesque qui vint s'arrter l, se perdre parmi les tourbillons de l'incendie, a laiss dans ces lieux quelque chose de lgendaire. L'chec napolonien a grandi le Kreml: il apparat, comme un de ces chteaux dont les portes se ferment d'elles-mmes, dont les murs oppriment, dont les pierres agissent; comme le peuple russe, comme l'hiver et le sol, contre le gnie de Napolon et le dernier lan rvolutionnaire, le Kreml a lui aussi lutt. C'est, comme tous les autres Kremls, l'acropole de la ville russe: des glises et des couvents, des palais et des casernes sont rassembls dans son enceinte. Que la ville habite brle, que des ennemis l'occupent, elle continue de vivre dans son Kreml: le coeur bat toujours. Le Kreml n'est donc pas la demeure d'un matre invisible, d'un sultan, comme les imaginations occidentales le reconstituent parfois; il est au peuple, il lui appartient. Et c'est ainsi qu'il est de tous les temps: la haute tour de l'Ivan Vliki continue de le signaler au loin, et les bourgeois de Moscou y ont dor nagure encore les toitures du monument d'Alexandre II. C'est dans une boucle de la Moskowa, qu'il se dresse. De l'autre ct, la place Rouge le prcde, ferme au fond par sa muraille crnele. l'extrmit de cette place, l'glise de Saint-Basile, Vassili Blagenno, dresse la fort de ses clochers. Ainsi place prs de la citadelle, elle est le satellite de cet astre clatant; et quand les Russes, au loin, se prosternent devant la ville, qui surgit de la plaine, ils joignent dans leur adoration Saint-Basile et le Kreml. [Illustration: Une chapelle o les passants entrent adorer les icnes (page 183).--D'aprs une photographie de M. J. Cahen.] Saint-Basile, en effet, par son architecture, annonce toute une partie de la cit, qui s'est forme l. Tous ces monuments, assembls au hasard des temps, no frappent point l'esprit, chacun isolment. Dans le chant de gloire de la race russe, deux grands motifs sans cesse reparaissent, celui d'Ivan le Terrible et celui de Napolon, deux voix plus prcises qui montent frmissantes travers le concert de toutes, deux poques dcisives dans cette histoire. Que les monuments du Kreml datent exactement de ces annes, ou non, il n'importe: les efforts artistiques d'un peuple sont ds longtemps prpars, et les coeurs tentent leur force; les esprits aussi ne s'apaisent point d'un coup, et leurs vibrations longtemps se prolongent. Au temps des deux Ivans, la Russie s'tait dcle. Aprs de longues luttes, la terre russe tait rassemble: la horde d'Or reculait; la capitale tatare tait prise.... Tandis que les Slaves d'Occident, dj, dfaillaient, la principaut de Moscou devenait la sainte Russie. La race, faonne par les invasions, par la servitude avilissante, par la religion et les usages de Byzance, douce, rsigne, patiente, se pliait l'obissance des grands princes, remettait ses terres l'glise. ce moment, tous les lments d'origine diverse, slave, tatare ou byzantine, semblrent se fondre en une civilisation une. En Russie, comme dans toute l'Europe, le XVIe sicle manifestait sa force jeune et sa vigueur. Ivan, rus et patient, par l'intrigue, par la corruption, par le meurtre, achevait l'tat, fondait l'autocratie. Il terminait la lutte sourde contre les boars, empoisonnait, gorgeait, puis fondait des messes pour les morts. C'tait un esprit inquiet, tourment: dfenseur de l'orthodoxie, il tait tolrant; roi occidental par sa conception de l'tat, ses institutions, sa diplomatie, il restait empereur byzantin par ses tudes thologiques, sa pit, son got pour les arts. Il tait l'hritier gnial de ces grands princes moscovites qui s'levaient par les paens, construisaient des cathdrales et mouraient tonsurs. [Illustration: La porte du sauveur que nul ne peut franchir sans se dcouvrir (page 185).--D'aprs une photographie de M. Thibeaux.] Moscou avait grandi; elle avait remplac Kief dans la vnration du peuple. Dieu te bnira, disait Ivan Kalita le mtropolite Pierre, il t'lvera au-dessus de tous les autres princes, et agrandira cette ville au-dessus de toutes les autres villes. Ta race rgnera sur ce lieu pendant de longs sicles, tes mains dompteront tous ses ennemis; les saints feront ici leur demeure et mes os y reposeront. Saint Serge Trotza commenait de btir cette aurole de couvents qui devait nimber la cit sainte; les dmes d'azur et d'or enchssaient dj la colline du Kreml, comme l'orfvrerie qui recouvre les images, et la muraille aux pierres solides courait maintenant tout autour, sur les pentes. L'enceinte crnele du Kreml est orne de dix-huit tours, perce de cinq portes. La plus clbre est celle du Sauveur, SPASSKO, la Porte sainte. Elle passe dans une grosse tour carre, trois tages en retrait; un clocher la termine. Elle porte, sur ses flancs, des horloges indiquant l'heure tous les horizons. Nul, mme tranger, mme hrtique, ne peut la franchir sans se dcouvrir: les rcalcitrants, aux sicles passs, devaient s'agenouiller cinquante fois devant l'image du Sauveur; aujourd'hui, sans doute, on les arrte. Cette dvotion obligatoire de l'entre, c'est comme une purification de l'me: au jour du couronnement, le nouveau tzar entre par l. C'est dans le Kreml, en effet, dans l'atmosphre pieuse des glises et des couvents, que se dveloppait la vie des anciens princes. l'Assomption, ils taient couronns; l'Annonciation, maris; aux Saints-Archanges, ensevelis. L'Assomption est la plus ancienne cathdrale du Kreml; elle est la seule qui vive encore. Les autres ne sont plus que de vastes reliquaires, o les souvenirs tonnent les voyageurs; mais l'Assomption n'est point dserte. Aux jours de couronnement, aux grandes ftes, les tapis rouges recouvrent l'escalier du palais, et parmi le bruit des cloches et le grondement des canons, les nouveaux tzars, suivis de toute leur cour, descendent; l'glise s'ouvre, la vie pntre et murmure parmi l'immobilit hiratique des icnes. Le monument actuel n'est pas l'glise de Jean l'aumnire, le prince charitable et pre au gain. Il date du rgne d'Ivan III. L'ambassadeur de ce tzar Venise avait embauch pour son matre un Florentin, Fioraventi, qui avait travaill pour des Occidentaux, pour Cosme de Mdicis, pour Franois Ier et Mathias Corvin. Ce devait tre un de ces aventuriers d'art qui erraient alors par toute l'Europe, un autre Benvenuto Cellini, en qute d'aventures, de sensations et de moyens nouveaux, un gnie souple qui savait faire oeuvre belle, dans tous les styles. Comme Lonard de Vinci, c'tait un inventeur, un savant presque universel; il imagina un blier pour ruiner les constructions dj faites, fondit des canons, construisit un pont de bateaux, apporta en Russie une nouvelle manire de cuire la brique. Les Russes l'appelaient Aristote. Sa cathdrale, d'allure toute byzantine, semble plutt l'oeuvre d'architectes venus de Constantinople. Il se peut que cet artiste, ami de la lumire joyeuse, comme ceux de la Renaissance, ait travaill sur des plans faits avant lui; peut-tre aussi fut-il, ds cette poque, un tenant des primitifs! Il n'importe: Fioraventi dut btir avec joie, car son oeuvre est belle. L'glise est carre, soutenue par quatre normes piliers; ils sont si forts, si massifs, que, du dedans, les murs extrieurs semblent ne pas supporter l'difice, tre l seulement pour en isoler l'espace. Le toit est plat, l'orientale, et l'lan de l'glise ne se rassemble pas comme dans nos flches gothiques: c'est l'difice tout entier, rgulier et gomtrique, qui monte droit au ciel, comme pour y marquer sa place, ainsi que dans le rite antique. Une grande coupole le surmonte, flanque de quatre plus petites. l'intrieur, au fond de l'abside et du ct de l'orient, il y a l'autel, un seul autel, car il n'y a qu'un Dieu. Entre l'autel et la nef, formant un sanctuaire nouveau, l'iconostase, haute muraille de vermeil, historie de figures, se dresse: c'est le voile de ces temples. Ses portes sont fermes durant la conscration, et nul ne les peut franchir, sauf le tzar et les prtres. gauche de l'autel, les reliques les plus prcieuses sont montres au peuple; on les voit, dans de grandes vitrines, semblables celles de nos muses, et les fidles viennent baiser les carreaux qui les protgent. Ici, les princes de Moscou, qui butinaient les reliques, comme les Italiens recueillaient les manuscrits anciens ou les os de Tite-Live, ont rapport la tunique du Sauveur, un morceau de la robe de la Vierge, un clou de la Sainte Croix. Sur l'iconostase, parmi les figures des moines au froc sombre, parmi les chevaliers et tous les saints grecs qui s'tagent sur trois rangs, plus charges de pierreries, plus touffes sous l'or, les vierges miraculeuses de Vladimir et d'Iaroslaf sont suspendues. Tandis que le sacristain approche son cierge et fait tinceler les diamants, le visage noir de la Vierge peinte par saint Luc (dit la tradition) se distingue mal; peu peu, cependant, on dcouvre la lueur des yeux, puis la demi-blancheur des pommettes; on suit les contours de l'or, et, comme sortant lentement de l'ombre, la figure apparat. Jusqu'au plafond, jusqu' la coupole, o l'oeil de Dieu seul voit les efforts de l'artiste, des peintures montent; elles se courbent et se redressent suivant les hasards de l'architecture; la lumire des cierges, tout ce peuple de saints, malgr ses attitudes convenues, semble remuer doucement. Tout clate dans ces compositions byzantines, sur fond or. Tout impressionne les sens, mais ne les excite pas. Comme le veut l'glise grecque, c'est un art tout spiritualiste, sans attrait charnel. C'est pour cela que les statues ont t si longtemps proscrites (car on peut les croire vivantes); c'est pour cela que la peinture reproduit sans cesse les types imagins au Ve sicle par les moines du mont Athos. [Illustration: Une porte du Kreml (page 185).--D'aprs une photographie de M. Thibeaux.] Les mesures, enfin, que l'artiste a prises contre le jour, ajoutent encore l'impression religieuse que produit l'difice; c'est seulement par des meurtrires, par des fentes grilles que la lumire pntre. Tantt elle se dveloppe tout au long sur la saillie d'un mur; tantt les rayons, lancs, traversent l'ombre, viennent frapper l'or bruni des piliers, mais ils glissent sur cette surface lisse. Puis les lueurs refltes se rpandent faiblement, travers l'espace obscur, jusqu' l'iconostase, o les diamants, les saphirs, les turquoises, les meraudes, les amthystes, les accrochent, les multiplient, et leur scintillement intense constelle la paroi d'or. l'oppos de l'autel, les tombeaux de saint Pierre et des autres mtropolites de Moscou s'allongent, le long des murailles latrales, dans l'ombre calme. Seul, un jeune paysan endimanch les contemplait pieusement. Au milieu de l'glise, entre les quatre piliers, une estrade s'tendait o se tient le tzar, au jour du couronnement. C'est l, en effet, qu'il devient le chef de l'orthodoxie; couronn, il franchit la porte de l'iconostase, et, seul devant son Dieu, communie de sa propre main. Alors des milliers de cierges illuminent l'glise, et les peintures de la vote sont rvles aux hommes. Tout prs de l'Assomption, et pour complter l'vocation de l'ancien tzarisme, ses deux soeurs se dressent, les Saints-Archanges et l'Annonciation. La premire est btie dans le mme systme: des piliers massifs, de grands murs blancs, que le soleil chauffe outrance, des coupoles dores; l'intrieur, les images carapaces d'orfvrerie et le fourmillement des saints. Ici, pourtant, les souvenirs humains abondent. Les portraits des anciens tzars alternent avec les figures convenues des saints; comme des reliques, leurs vtements sont conservs, et dans l'isolement d'une salle, leurs cadavres reposent. Ils sont l, dans les cercueils de sapin, recouverts de velours rouge croix d'or, le Terrible et ses fils, et parmi eux, Ivan, celui qu'il tua, et dont le meurtre tourmenta ses derniers jours, ruina son oeuvre. On voit souvent reproduite en Russie cette scne farouche: le vieux tzar, genoux, ravag par la douleur, treignant dans ses bras le cadavre de son enfant et s'efforant de lui rendre la vie par ses baisers exasprs; la salle est vide, et les murs lui renvoient sa plainte. [Illustration: Les moines du couvent de Saint-Serge, un des couvents qui entourent la cit sainte (page 185).--D'aprs une photographie de M. J. Cahen.] l'Annonciation, l'antique glise au pav d'agate, les anciens tzars taient maris, les tzarines ensevelies. Ces trois cathdrales annoncent la Moscovie de la Renaissance; elles recueillent pour la Russie, pour l'art des ges suivants, le pur hritage de Byzance. Mais lorsque, par la servitude tatare, la Russie eut repris contact avec l'Orient sauvage, puis redevenue libre, rivalisa avec lui, l'art se modifia. Il y eut dans les esprits un moment trange: ils taient tourments, tiraills entre l'imitation de Byzance et la faon orientale, originelle. De cette inquitude chercheuse des Ivans et de leurs contemporains, le Vieux Palais et Saint-Basile naquirent, expression de la Russie sainte que les vieux Russes devaient dfendre contre les tentatives des tzars modernisants. [Illustration: Deux villes dans le Kreml: celle du XVe sicle, celle d'Ivan, et la ville moderne, que symbolise ici le Petit Palais (page 190).] Parmi les monuments d'allure moderne, qui talent sur le Kreml leurs faades rgulires, ce qui reste des anciens palais, resserr et comprim, se terre sauvagement dans son originalit. Le palais facettes, avec l'escalier rouge, du haut duquel le tzar couronn montre au peuple la lumire de ses yeux, le petit palais d'or, le Trem, ce gynce de l'ancienne Russie, sont toujours disposs et meubls pour la vie troite d'un Moyen ge septentrional. Ce sont de petites salles basses et votes, dont les habitants devaient mener une existence accroupie, des chambres d'une ornementation bizarre et fantasque, o les filets d'or clatent parmi des teintes sombres. Sur les murs, les images familires, protectrices des tzars, sont plus immobiles encore et plus tristes dans le fouillis miroitant des dcorations orientales. La salle manger, la chambre coucher, l'oratoire, donnent l'impression d'un Cluny russe encore habit. l'extrmit du palais, dans un difice aux clochetons de forme bulbeuse, la chambre dore; une vote la surmonte, retombant sur un pais pilier central, et d'paisses barres dores, jetes d'un arc l'autre, empchent l'cartement des arcatures. Partout reluit l'or des lgendes en lettres slavonnes. C'tait l, dit-on, que l'on discutait des intrts religieux de la Russie. Tout autour, il y avait des siges, creuss dans le mur, o s'asseyaient sans doute les princes de l'orthodoxie. Incertitude de la condition, incertitude de la vie, ces deux terreurs du Moyen ge, on les prouvait sous les votes basses: l'homme restreignait sa vie, pour qu'elle offrt moins de prises. C'tait tout bas, avec une sorte de peur religieuse, que notre guide murmurait le nom d'Ivan le Terrible. Contre des crimes de raison d'tat, le peuple russe ne se rebelle point. Il les regarde presque comme une ncessit; et dans sa conscience peu lucide, il s'est bien souvent rsign. Ce sont les mmes impressions, les mmes souvenirs Saint-Basile, le monument par excellence d'Ivan IV. Ce fut lui qui le fit construire pour remercier le Ciel de la prise de Kazan, lui qui jugea l'oeuvre, une fois termine,--et il la jugea belle et surprenante,--car il fit tuer l'architecte pour qu'il n'en btit plus d'autres. Mais Saint-Basile est aussi l'glise de la Russie naissante: comme c'tait par la religion que la Russie nouvelle avait d s'affirmer d'abord, la religion se fit nationale; et les saints que les Tatars avaient martyriss furent unis dsormais, dans la mmoire des peuples et sur les murs des glises, aux premiers martyrs et aux Pres. [Illustration: Le mur d'enceinte du Kreml, avec ses crneaux, ses tours aux toits aigus (page 183).--D'aprs une photographie de M. Thibeaux.] [Illustration: Tout prs de l'Assomption, les deux glises soeurs se dressent: les Saints-Archanges et l'Annonciation (page 186).--D'aprs une photographie de M. Thibeaux.] Saint-Basile est btie sur une espce de plate-forme, entoure de terrains en contre-bas. Ses huit ou dix coupoles, toutes de dimensions, de formes diverses, ses clochetons, tantt taills facettes, tantt ctels de nervures, tmoignent ds l'abord du composite tonnant de l'difice. Gothique et Renaissance, tatar et byzantin, tous les styles se rencontrent l, comme les tendances opposes dans l'esprit d'Ivan. Ce n'est pas une glise rgulirement dispose, avec des nefs, des coupoles, des effets de lumire prvus, mais un faisceau de chapelles, colles les unes contre les autres. Il semble qu'un plan ait t impossible, que la construction se soit accomplie au hasard. Sous les clochers d'or croix grecques, les murs resplendissent dans une polychromie violente: ce ne sont pas de larges couches symtriques, qui reposent la vue, mais tout un miroitement de lueurs vagues, qui scintille au soleil comme les cailles d'un poisson jet sur la plage. l'intrieur, chacun des dmes et des clochers recouvre une chapelle: Saint-Basile semble une glise d'intentions particulires. Tantt on passe d'un sanctuaire l'autre directement, tantt par de longs dtours dans des couloirs percs dans la muraille, et o il faut baisser la tte. Dans la coupole, tout en haut, on aperoit des figures hiratiques, celles du Sauveur, de la Vierge, d'un saint, dont le regard emplit l'difice. Toutes ces peintures ont un aspect sombre, barbare, dans l'enchssement de leur or. Au sortir de la place Rouge, gaie comme une grve, aux midis d't, entre les dorures du Kreml et la faade blanche du Gostino Dvor, cette tristesse intrieure tonne. Sous l'glise, une sorte de crypte tait illumine de cierges. Des pierreries, de l'or partout: le trsor souterrain d'un chteau de lgende. Des popes officiaient avec l'animation accoutume; trois ou quatre malheureux baisaient la terre avec ferveur. la sortie, une demi-douzaine de mendiants se prcipitrent sur nous: une marchande nous proposa des bibelots de religion. Ainsi, de l'Assomption Saint-Basile, c'tait toute une ville qui se prcisait et s'isolait peu peu dans notre imagination: la Moscou du XVIe sicle. Comme les anciennes communes ou les villes royales, elle avait ses cathdrales, ses palais, son beffroi enfin dominant tout le Kreml, l'Ivan Vliki. C'est un norme donjon, octogone, trois tages en retrait, dont le dernier est surmont par une coupole d'or. Trente-quatre cloches forment son carillon: l'une, dit-on, est la cloche communale de Novgorod la grande, d'autres plus petites, en argent, furent donnes par Catherine II. Au bas, la reine des cloches (tsarkolokol), un bourdon monstrueux, datant du rgne d'Alexis Mikhalovitch. Du haut de cette tour, la ville immense se dcouvre. Tout au pied, c'est d'abord l'entassement fantastique du Kreml. De toutes parts, les clochetons aux reflets mtalliques, les flches six ou huit pans, s'aiguisent vers le ciel; les coupoles d'azur, constelles d'or, s'arrondissent parmi les tours gothiques de l'enceinte; et les dmes dors, les calottes en plaques de cuivre battu, resplendissent; aux points saillants, et comme pour un jaillissement plus intense, la lumire se concentre et brasille. On dirait que tout ce tumulte s'anime, que toutes ces tours et ces clochers se dplacent, se croisent, montent vers le ciel et redescendent. Plus loin, derrire la boucle de la Moskowa, l'abri de sa citadelle, Moscou se prolonge l'infini. Au premier plan, sur les bords du fleuve, des faades blanches et d'aspect moderne lui font une limite prcise. Mais immdiatement l'oeil ne distingue plus qu'une immense tendue verte, du vert clair d'un tang qui dort. a et l, des clochers dors ou argents mergent comme des nnuphars. Sous ses toits peints, la grande cit vit. On n'aperoit pas, de l'Ivan Vliki, ces chemines d'usine o la vue se heurtait l'arrive: c'est, tout entire et seule, la cit sainte et marchande du XVIe sicle. Telle qu'un vaste couvent, o ceux qui passent essaient vainement de rien transformer, o la maison elle-mme suit sa tradition, vit de sa vie indpendante et faonne celle de ses habitants, malgr l'Occident et par ces restaurations, dont un peuple naf l'accable sans cesse, la ville d'Ivan demeure, dans le tumulte des civilisations. Mais ce n'est pas un souvenir mort: avec elle c'est toute sa vie qui persiste. * * * * * Et pourtant, tout prs de l'Assomption, importune et lassante au premier abord, la faade rougetre du palais Neuf s'tale: plus loin, prs de la place Rouge, c'est l'Arsenal, le palais de Justice, des casernes qui cachent le mur crneaux. [Illustration: l'extrmit de la Place Rouge, Saint-Basile dresse le fouillis de ses clochers (page 184).--D'aprs une photographie de M. Thibeaux.] l'oppos de la porte Spassko, du ct de l'occident, une large avenue monte au Kreml, par la porte de la Trinit. La Grande Arme est entre par l. Sur cette voie triomphale, on croit voir monter encore la bande tumultueuse des soldats occidentaux, fiers et pourtant inquiets. On croit entendre les tambours, les commandements, le claquement des essieux et, par intervalles, les notes de _la Marseillaise_ qui s'lancent du Kita-Gorod: tout un bruit guerrier, qui se rpand le long du fleuve, fouette les murailles, et dont l'cume brise ruisselle sur les dmes. ce moment, le peuple russe se ressaisit: contre l'ennemi, ce fut lui qui se dressa. Le moujik brla son isba, fit le dsert devant l'arme; la guerre le passionnait; avec les kosaks, il pendait, gorgeait les tranards ou les maraudeurs. Le vieux Kutuzow, le gnral aim du peuple et fataliste comme lui, ddaigneux de la tactique occidentale, rptait que c'tait au soldat russe qu'il devait la victoire.-- l'entre du Kreml, au long des murs de l'Arsenal, les pices franaises prises en 1812 sont alignes. On lit, au-dessous, en russe et en franais: Canons pris sur les ennemis par la victorieuse arme et par la fidle et dvoue nation russe. Officiellement, l'action du peuple est reconnue et glorifie. [Illustration: Du haut de l'Ivan Vliki, la ville immense se dcouvre (page 190).--D'aprs une photographie de M. Thibeaux.] Ce fut alors un demi-avnement de la nation. Le tzar l'avait retrouve; la vieille alliance entre le pre et les enfants avait t refaite. Mais qu'il tait devenu trange ce pre! Comme il semblait gn au milieu de la ville sainte! Depuis longtemps, les Occidentaux l'avaient sduit, suborn dans son Ptersbourg, par des charmes magiques, loin de ses fils! Sans doute, les longs efforts de ses prdcesseurs l'avaient conduit la gloire de 1807, cette alliance par laquelle il dominait l'Europe et gagnerait peut-tre Constantinople, enfin! Mais l'tranger avait souill la sainte Moscou! Or, en 1812, le peuple russe accepta ce que ses tzars avaient fait, adopta comme siens les monuments d'allure occidentale qui dj avaient envahi le Kreml; il ne voulut rien laisser de ce qu'on avait fait russe. Napolon, sans le vouloir, avait accompli l'oeuvre o Pierre le Grand avait chou. De ces annes, donc, date l'volution d'une Russie contemporaine. Tout le Kreml moderne, inachev encore, complt jour jour, suivant les besoins, en devint le signe matriel. Non loin de l'Arsenal, des casernes, du palais de Justice, le palais Neuf s'tend rgulier et ferme, classique comme Versailles, devant le chaos du Kreml ancien. Nous avons visit le Trsor des tzars. Par un escalier solennel, on arrive une grille monumentale, en fer poli. Elle donne accs dans une vaste salle, coupole. ct des soldats modernes, des fonctionnaires indolents, quatre grands mannequins questres, revtus d'armures slavonnes, montent leur garde sculaire. De cette rotonde, deux galeries partent, en forme de demi-cercle: les souvenirs de toute une histoire y sont rassembls, attendant pour revivre l'imagination alerte d'un visiteur. Il y a l des richesses inestimables, des milliers de pierres prcieuses, des tonnes d'or. Ces merveilles retiendraient peu, si leur prix seul avait invit les tzars en faire montre. Mais le travail dlicat de l'orfvrerie, les souvenirs voqus et le fantastique mme d'un tel amoncellement forcent les regards. Les sceptres anciens o les diamants ptillent, les couronnes o s'tagent les rampes de rubis, de saphirs, de turquoises, celles d'Astrakan et de Kazan, celle de Sibrie, celle de Vladimir Monomaque, les robes de couronnement, comme d'immenses vagues d'or qu'on aurait figes l, symbolisent pour la multitude nave la grandeur de la monarchie, comme l'orfvrerie des icnes lui fait deviner les splendeurs clestes. Plus loin, ce sont les cadeaux, ceux des sultans, ceux des khans de Circassie, ceux des Lithuaniens et de Napolon, hommages du monde entier au tzar, les selles, les toffes magnifiquement tisses, les coupes ouvrages ou les vases de Svres, puis des drapeaux, loques effiloches, pendues l, ceux de Pojarski, avec les figures hiratiques des saints, ceux des lgions polonaises, des haillons tricolores, aux inscriptions rvolutionnaires, des armures de tous les temps, de toutes les guerres, prises sur les ennemis ou offertes par les princes trangers, les carrosses des anciens tzars, le gigantesque traneau d'lisabeth, le mobilier de Pierre le Grand. Surtout, les souvenirs de 1807 1815 emplissent ces lieux; mais ce n'est pas seulement la dfroque de l'ennemi vaincu, le chapeau de Napolon que l'on montre, comme Berlin. L'empereur ici reste glorieux et respect. C'est qu'il rappelle le moment o, pour la premire fois, la nation russe compta dans l'Europe, c'est qu'il fut, volontairement ou non, son initiateur la vie moderne, c'est enfin qu'il toucha Moscou. La grandeur de l'pope rvolutionnaire mane de ces salles. l'extrmit de la galerie, une statue de marbre blanc domine le muse tout entier; en tenue d'apothose, comme un Csar romain, Napolon mdite sur l'organisation de la conqute. Lui aussi, les Russes l'ont adopt. Prs de ces souvenirs, et continuant cette histoire dont ils indiquent les tapes, le tzar habite. Nous avons parcouru les appartements, les salons somptueusement meubls, la chambre coucher, la salle du trne aux riches tentures. Dans ces salles immenses, l'ornementation est sobre, et l'clat des dorures ne les encombre pas. Les salles capitulaires de Saint-Georges, de Saint-Andr, que le blason des ordres a servi seul orner, et aux murs couverts d'inscriptions, sont de toute beaut, vastes et simples. * * * * * Ainsi deux villes dans le Kreml: une du XVe et du XVIe sicle, immobile; l'autre occidentale, envahissante. Il a pourtant son unit, unit vraie que des artistes, comme Thophile Gautier, peuvent ne pas dcouvrir, mais que le peuple sent. Or cette unit ne nat pas de ce sentiment de solidarit dans le temps, qu'on appelle la tradition; il n'y a point de place pour ce sentiment dans la conscience russe. Les monuments ne marquent pas l, degr par degr, le progrs lent d'une civilisation: entre la ville d'Ivan et la ville moderne, il y a solution de continuit. Et pourtant, le peuple ne distingue pas. C'est que les Russes ne sont pas une nation: ils sont une race, et une race n'a pas de traditions. Elle ne sent pas ce qu'a laiss le travail des gnrations successives; le pass a disparu. Cela, en Russie, a frapp tous les trangers: Chez vous, rien n'est respect parce que rien n'est ancien, crit de Maistre un Russe. Michelet rappelle ce mot: Nul pass, nul avenir, le prsent seul est tout. Herzen, enfin, le rvolutionnaire: Nous sommes libres du pass, parce que notre pass est vide, pauvre, troit. La nation est une personne; la tradition la constitue, elle a besoin d'institutions; la Russie n'a pas su en acclimater d'trangres, ni en crer de nationales. Les membres d'une nation se classent par leurs ides, par la manire dont ils entendent l'oeuvre de leur groupe dans le monde. Les Russes examinent la figure du voisin, disent: Celui-ci est vrai Russe; il a les yeux bleus, les pommettes saillantes. Plus vraiment, mais de mme, les Grands-Russiens sont les vrais Russes, parce qu'ils colonisent mieux, parce que leurs _facults naturelles_ les rendent plus propres rsister, assimiler ou dtruire par contact les races vigoureuses. C'est encore une fois que le peuple russe agit comme une race, physiquement. Ainsi son Kreml ne doit-il pas lui apparatre comme le gardien d'une tradition sculaire; il ne le voudrait pas couvert de cette teinte grise, dont nous aimons voir nos monuments revtus. L'antiquit d'une nation est sa force; la race a besoin de se sentir jeune. Le Kreml, donc, doit tre ternellement neuf, comme la ville; aussi, comme ils repeignent les peintures byzantines, pour que leur saintet soit plus vidente, les Moscovites rebadigeonnent le Kreml, pour que la grandeur russe ne soit pas mise en doute. Le resplendissement du neuf, voil ce qui fait l'unit extrieure du Kreml, ce qui assure la race de sa force constante. Le Kreml brille comme le ciel, et le moujik assimile au ciel ternellement resplendissant sa cit sainte. Un mot religieux de Moscou le dit: Au-dessus de Moscou, le Kreml; au-dessus du Kreml, le ciel. (_ suivre._) Albert THOMAS. [Illustration: Un des isvotchiks qui nous mnent grand train travers les rues du Moscou (page 182).] Droits de traduction et de reproduction rservs. TOME XI, NOUVELLE SRIE.--17e LIV. N 17.--29 Avril 1905. [Illustration: Il fait bon errer parmi la foule pittoresque des marchs moscovites, entre les petits marchands, artisans ou paysans qui apportent l leurs produits (page 195).--D'aprs une photographie de M. J. Cahen.] LA RUSSIE, RACE COLONISATRICE[1] IMPRESSIONS DE VOYAGE DE MOSCOU TOMSK, [Note 1: _Suite. Voyez page 181._] Par M. ALBERT THOMAS. II. -- Moscou, la ville et les faubourgs. -- La bourgeoisie moscovite. -- Changement de paysage; Nijni-Novgorod: le Kreml et la ville. [Illustration: L'isvotchi a revtu son long manteau bleu (page 194).--D'aprs une photographie de M. J. Cahen.] MOSCOU.--Plus que ses cathdrales, plus que son Kreml et ses palais, nous avons aim Moscou, Moscou elle-mme, la cit vivante et bourdonnante. Comme ville industrielle d'abord, comme centre de commerce, comme point de runion des lignes de chemins de fer, Moscou s'tend et se transforme, grandit, en face de Ptersbourg; la foule de ses marchands s'agite; dans le travail universel, Moscou son tour fait effort. Mais c'est une personne que cette ville; une personne vivante et presque humaine, qui dissuade ou qui conseille,--qu'il faut aimer ou har,--qui faonne les coeurs. C'est ainsi que le peuple la vnre. Pour lui elle est, au sens prcis, littral, la sainte mre, celle qui il demande assistance et refuge aux heures de danger. Lorsque Kutuzow l'abandonna, la sacrifia pour sauver la Russie, il sentait bien que ce n'tait pas une ville comme une autre. Il ne voulut pas y entrer, et, pleurant, passa par les faubourgs. Ainsi tout le peuple s'abandonne elle, subit son ascendant; il la sait douce, hospitalire. Au sortir du steppe dont l'infini tue les bruits, cette activit resserre, ce fourmillement de rues, ces bruits sonores rassurent. Et la foule s'y agite heureuse, se sentant l chez elle, dans sa ville. Sans doute des trangers sont venus d'Occident, qui ont essay de transformer Moscou. Voyez un peu la nouvelle parure dont ils l'ont revtue: des tramways, des piliers de lampes lectriques, interrompent les larges rues; des faades de pierre se sont introduites, par force, entre les maisons de bois, et sur la ville, en un rseau serr et enveloppant, les fils tlphoniques se croisent, innombrables; parmi les enseignes en lettres russes, des inscriptions franaises se sont glisses; dans les talages, bien ordonns, les produits parisiens dploient leur coquetterie. Oui, mais Moscou reste sainte; que les machines ronflent dans les usines, que les sifflets des locomotives percent l'air l'entour d'elle, Moscou accepte la civilisation, elle agre tout ce que l'Europe lui apporte; comme son peuple, elle est souple; elle s'assimile avec facilit les connaissances occidentales, elle se plie aux habitudes nouvelles. Mais ne croyez pas l'avoir change! Ptersbourg a pu se transformer au contact des Allemands ou des Franais, mais non Moscou. Dans toutes ces rues, la civilisation occidentale reste isole; elle ne pntre pas la vie russe, elle ne lui donne pas une forme nouvelle. Le soir, quand les lampes lectriques pandent leurs lueurs bleutres, les boutiques basses, peine claires, ne rpondent pas leur appel joyeux. Les races orientales circulent, sans se mler, parmi la ville immense, et la civilisation occidentale s'agite comme une autre race qui passe. Dans sa capitale intacte, le peuple se sent bien chez lui. Sur les routes, une multitude vient vers Moscou: ce sont des plerins, pieds nus, qui viennent quter pour une glise; avec leur bton et leur sbile, ils se tiendront, des journes durant, la porte des cathdrales. Ce sont des paysans, toute une famille, des enfants aux tuniques roses, des femmes aux jupons rouges, un mouchoir autour de la tte, tous entasss sur la paille, dans une _tlga_, et qui arrivent pour travailler. Beaucoup viennent pour une saison. Aux jours d't, tandis que les riches marchands et les bourgeois partent pour la campagne, plusieurs verstes de la ville, le peuple en devient le matre; les plaisirs europens encombrent moins la rue. Dans des maisons basses, dans des sortes de caves, isvotchis ou charretiers, tous ceux qui sont venus des champs logent ple-mle. Au jour, ils se rpandent par les rues, foule pittoresque et bariole. Les isvotchis recouvrent de leur long manteau bleu la salet du dessous; ils attendent, sous le soleil brlant de midi, rsigns et patients, comme leur cheval mme, qu'un M. Orloff (c'tait le nom de notre guide) avec ses trangers, les appelle ou les siffle; aussitt, un escadron s'lance, et, dans une sorte de fantasia, tourbillonne le long du trottoir. Les commissionnaires aux portes des htels, aux coins des rues, font leur faction. Ils causent, rient, se bousculent. Cette foule est gaie, enfantine; ils badaudent joyeusement, mais sans insistance: tandis qu'un de nos compagnons photographiait le Kreml, ils passaient prs de nous; nous observaient, mais sans s'arrter, sans former de groupes. Sur la chausse, parmi les drojkis rapides, des files interminables de charrettes avancent lentement; l'entreprise de charroi parat tre une industrie moscovite prospre. Chaque cheval a le nez dans la voiture qui le prcde: le plus souvent, il y est attach, et toute la troupe avance, d'un seul mouvement. [Illustration: Itinraire de Moscou Tomsk.] Parfois, un cortge empche d'aller. Tantt des prisonniers que des soldats emmnent, un convoi, peut-tre, pour la Sibrie: il y a l des hommes, des adolescents de figure nerveuse, des femmes aussi, portant un lger paquet de hardes, et cette troupe avance avec lenteur. Plus loin, c'est un enterrement qui monte le long du Kreml depuis le pont de la Moskowa; le cercueil, couvert d'un drap rouge sombre, tait port sur les paules; en avant, un sacristain tenait l'icne, avec sa robe blanche et dore, semblable l'extrmit d'une tole. Une autre fois, le convoi sortait d'un hospice, tout prs d'un march: c'tait un enfant sans doute que l'on enterrait. Le char, blanc et dor, tait tran par quatre chevaux habills de noir; un homme longue robe tenait chaque cheval. Tout cela luisait sous le soleil, et l'on sentait, imminente, une gaiet recueillie. [Illustration: ct d'une picerie, une des petites boutiques ou l'on vend le kvass, le cidre russe (page 195).--D'aprs une photographie de M. J. Cahen.] Le march tincelait dans son fouillis. On aurait cru se promener dans un grand bazar oriental; dans des baraques en bois ou sur le sol, il y avait des amoncellements de ferraille. De grands coffres, de couleur argente, orns comme des cercueils, taient empils les uns sur les autres; les petits tonneaux neufs, tout blancs, attiraient par leur lgance. Les marchands de vaisselle taient les plus ardents, insistaient pour nous vendre un moutardier ou une cafetire; mais beaucoup de ces objets venaient d'Occident. D'autres vendaient des fruits; des marchandes offraient du kvass, sorte de cidre russe, de couleur rouge, qu'elles tenaient dans de grandes carafes en verre. Et des Tatars offraient des toffes tales sur leurs bras. Il faisait bon errer ainsi, entre ces auvents; on sentait l le travail isol, celui du paysan, dans son isba, de l'ouvrier des villes, dans sa boutique basse, tout seul, aid de ses outils primitifs; tout un travail patriarcal, humble et pnible. Mais, dj, la grande industrie a pntr. Un soir, comme nous tions dans le Kreml, l'heure du crpuscule, et que les bruits plus rares montaient s'teindre l, nous avons vu les ouvriers modernes: ils avaient la face plie; ils ne regardaient plus avec la curiosit enfantine du reste du peuple; ils parlaient plus haut; ils respectaient moins la saintet du Kreml. Ils s'en allaient deux par deux, les jeunes surtout, serrs l'un contre l'autre, comme s'ils avaient senti plus fort le besoin d'tre unis. Ainsi allions-nous, au travers de la ville, nous laissant pntrer par la rumeur active qui nous enveloppait. Un dimanche, aprs midi, nous sommes alls aux Moineaux. Les Moineaux sont une ondulation faible de la plaine russe et du haut de laquelle on dcouvre Moscou. Un souvenir historique, aussi, appelle l: c'est du haut de cette colline que Napolon vit le Kreml. Aprs avoir franchi la Moskowa, on traverse l'ancienne ville tatare. Elle est peuple aujourd'hui de petites maisons, coquettes, au milieu de jardins, et qui tmoignent de l'aisance des habitants. Les moujiks enrichis, des commerants heureux, habitent l, dans ce quartier tranquille, entre des hospices, des monuments publics ou des glises. Peu peu, mesure que nous montions, nous apercevions, au dtour de la route, les clochers dors de Moscou et, par endroits, la masse des maisons. Au bout d'une demi-heure, nous tions aux Moineaux. Il tait deux heures, peu prs, le moment mme o la Grande Arme put enfin contempler Moscou tincelante, au 14 septembre 1812. Rappelez-vous comment Sgur raconte cette arrive. Les claireurs ont dcouvert la ville: ce spectacle, frapps d'tonnement, ils s'arrtent, ils crient: Moscou! Moscou! Chacun alors presse sa marche, on accourt on dsordre, et l'arme entire, battant des mains, rpte avec transport: Moscou! Moscou! comme les marins crient: Terre! Terre! aprs une longue navigation. Puis c'est Napolon lui-mme, qui accourt, heureux, confiant, recueillant de nouveau les hommages de ses marchaux, s'arrtant transport, et s'exclamant: La voil donc enfin, cette ville fameuse! Du restaurant des Moineaux, le spectacle est merveilleux: ce n'est plus, comme du haut de l'Ivan Vliki, l'immensit enveloppante de la ville qui retient l'esprit; ici elle apparat vraiment comme la halte au milieu de la plaine sans limites, comme la tiare de pierreries que porte l'empire russe. Au pied de la pente boise des Moineaux, c'est la Moskowa, qui se droule en une immense boucle. Une plaine o, a et l, des couvents, des cabanes, dressaient leurs clochers et montraient leurs toits, s'tendait, toute verte, avec ses routes blanches. Au fond, Moscou brillait. On l'apercevait tout entire: l'glise du Sauveur d'abord aux cinq dmes fulgurants; puis, derrire, les clochers bulbeux du Kreml, la tour de l'Ivan Vliki, la faade du Palais Neuf. Tout autour, dans la teinte uniforme des autres toits, des clochers plus petits faisaient effort vers le Kreml. Et, par derrire, la ville semblait se prolonger l'infini, se rpandre vers l'Orient inculte et qu'il faut coloniser. Nous regardions, stupfaits, saisis d'admiration. Sur la terrasse, des hommes, des femmes, buvaient le th ou collationnaient: c'taient des richards, comme disait notre guide, qui s'asseyaient l tout un aprs-midi, buvant, mangeant, raillant les passants; de grands industriels ou des rentiers de Moscou. l'extrmit d'une table, une petite fille, d'un an peine, la tte perdue dans une grande capote, tait porte par une bonne, nglige par sa mre, une de ces grandes dames, sans doute, qui riaient et plaisantaient, sans songer la ville qui s'talait l-bas. Seule, l'enfant, nave et curieuse, semblait comprendre, comme le peuple, la beaut du spectacle; et ses yeux noirs, ses deux grands yeux, seuls actifs, seuls vivants, dans son visage ple de petite maladive, restaient fixs obstinment sur les coupoles d'or. Au dehors, de pauvres gens, venus l sans doute comme nos ouvriers vont Meudon le dimanche, taient monts par les sentiers, au travers du bois. Ils avaient vu Moscou surgir lentement, mesure qu'ils montaient, et maintenant ils s'extasiaient devant son resplendissement. De l'autre ct, une route redescendait vers la ville; nous l'avons prise. Il faisait, cette heure, une chaleur d'tuve, l'air tait sans vent; dans un ciel absolument pur, seul, un nuage blanc s'tirait. Une poussire paisse demeurait suspendue au-dessus de la plaine et, par son immobilit fluide, donnait tout le paysage une lgret infinie. Dans le village, tout voisin du restaurant, les isbas paraissaient endormis et dserts. On n'entendait aucun bruit; seuls, des enfants se baignaient dans une mare sale, prs de la route, et clapotaient avec les canards. Par les fentres des isbas, le samovar apparaissait, brillant. [Illustration: Et des tatars offraient des toffes tales sur leurs bras (page 195).--D'aprs une photographie de M. J. Cahen.] Au pied de la colline, tout auprs de la Moskowa, un village annonce les faubourgs industriels. la porte d'un _tractir_ (cabaret), des hommes jasaient, observaient navement les passants, avant d'entrer boire un verre de _vodka_. Puis ce fut la campagne suburbaine accoutume, les marais, la culture des lgumes, les potagers. Sur l'autre rive, un couvent au mur crnel, avec ses clochetons et ses dmes dors, reposait. Ici, on n'entendait aucun bruit; un chant de coq partit soudain dans ce silence et emplit l'air. Enfin, nous revnmes Moscou; nous arrivmes par les faubourgs ouvriers. On apercevait des btisses rgulires, des magasins et des usines. Dans les environs, des familles logeaient, s'entassaient tous les tages autour de grandes cours o le linge schait sur des piquets de bois et o des icnes, parfois, taient suspendues, protectrices. Le dimanche, elles taient dehors; quelques-uns, en habit de fte, sortaient du Jardin zoologique; d'autres, plus nombreux, taient rests aux alentours des tractirs. Les cris, les plaisanteries, ne faisaient pas dfaut; une vieille femme, passant par l, fut poursuivie par quelques-uns; elle leur tenait tte bravement, rpondait avec verve, sans doute; car elle les faisait rire et les dsarmait. La rude gaiet populaire clatait. Au soir, nous sommes alls Petrovsky Park, le Bois de Boulogne de Moscou. Il s'tend entre la ville, dont les dernires villas se sont caches l sous les arbres, et le palais construit par Catherine II. Devant le palais, une vaste surface plane s'tend, lieu des rjouissances populaires. et l, dans le bois, des restaurants, des cafs-concerts. Il fallait, dit-on, dner Mavretagn, au restaurant mauresque, connatre la haute socit moscovite. Nous y fmes mens. C'tait un Franais, le matre d'htel, qui nous reut; il fallut visiter tous les pavillons, un un, celui-ci dont les glaces avaient cot tant, celui-l dont l'ornementation avait failli ruiner le propritaire, tous ces cabinets o de riches marchands dpensaient en une nuit plusieurs milliers de roubles, avec un gros tapage de gens blass. [Illustration: Patients, rsigns, les cochers attendent sous le soleil de midi (page 194).--D'aprs une photographie de M. J. Cahen.] Pendant le dner, deux orchestres jouaient tour tour, l'un civil, l'autre militaire, le meilleur. Des airs franais, naturellement, comme le _Chant du Dpart_, ou des morceaux d'opra, comme l'ouverture de _Guillaume Tell_, nous furent offerts. Tandis que l'orchestre continuait de jouer, comme en sourdine, tandis que les lampes lectriques filtraient leurs rayons au travers du feuillage vert, nous nous laissions aller rver un peu, dans une grande dtente de l'attention. Pendant ce temps, le matre d'htel contait l'accident de Petrovsky-Park, arriv l tout prs, lors de la fte du couronnement de Nicolas II. C'tait la foule norme se pressant pour la distribution des vivres, se bousculant pour arriver temps, pour recevoir, puis les planches qui se brisent, au-dessus du ravin, les malheureux qui s'enfoncent l, s'entassent, s'touffent, et la multitude des autres, alors, qui poussent toujours, qui passent sur le foss combl de morts, sur ce nouveau parquet qui ne s'enfoncera pas..., enfin les cadavres qu'on emporte toute la nuit, accumuls sur les chariots, et les noms, pendant quinze jours, emplissant les colonnes des journaux. Nous songions ace peuple naf et gai de Moscou, que nous avions vu tout au long du jour, et ce malheur qui l'avait frapp, nous paraissait d'autant plus triste et plus insupportable. Il tait tard dj quand nos voitures nous ramenrent l'htel, par l'arc de triomphe d'Alexandre Ier, tout le long de la Vertskaa. Le ciel avait quelque chose d'thr et d'immatriel, avec ses toiles ples et la lueur diaphane de son couchant. Les petites chapelles taient closes; le peuple, ouvriers et moujiks, avait disparu; la Moscou russe dormait. Mais les lampes lectriques semblaient triompher. fond de train, des trokas et des drojkis revenaient de Petrovsky; aux lueurs de l'lectricit, ou apercevait parfois un officier et une femme, serrs l'un contre l'autre dans l'troite voiture; sur les trottoirs, des filles passaient. * * * * * Entre Paris et Tomsk, Varsovie, Nijni, vous trouverez le marchand de Moscou. Depuis qu'il a quitt le caftan de ses pres, depuis qu'il fait peiner des milliers d'ouvriers, il va par toute l'Europe, l'Asie, pour vendre et pour acheter, pour jouir. J'eus le bonheur d'en voir un Moscou mme, chez lui, parmi son luxe, M. K... Il habite Marosseka une maison deux tages, un petit htel d'allure occidentale. l'intrieur, on trouve le confortable, le luxe moderne et cosmopolite. En bas, c'est la bibliothque, le cabinet de travail, la chambre du prcepteur, celle de ses domestiques, celle de la gouvernante. l'entre, devant le grand escalier de pierre, un valet prend vos chapeaux, vos manteaux, et vous les rend la sortie, sans jamais faire erreur. Au premier, habitent les matres; aprs deux salons, orns de quelques Falguire qui cotent cher, on arrive la salle manger, aux buffets o s'alignent les services dors, puis la serre, au jardin d'hiver, o les plantes vertes entretiennent la tradition de la verdure. Au-dessus, habitent les enfants et leurs domestiques. Un htel parisien ne serait pas dispos d'une autre faon. Mais les chambres coucher sont peu dveloppes: le lit et les tentures ne proccupent point les Moscovites comme les Franais; on campe en Russie plutt qu'on ne couche. Les couchettes sont petites et troites, les draps peu larges; le plaisir du lit, bien roll, comme disent nos paysans, est inconnu ici. C'est que la maison tout entire protge du froid, nul souffle de l'atmosphre glace du dehors n'y peut pntrer, la vie s'isole et s'alourdit parmi les salles aux doubles fentres, o monte la chaleur des poles. Nous avions dj parcouru l'htel, quand le patron vint nous rejoindre. C'tait un homme de trente ans environ, bien bti, d'allure nerveuse. Il tait brun, portait de longs cheveux noirs, luisants; dans le visage de teint bronz, les yeux noirs, lgrement brids, brillaient derrire les lunettes d'or. Il avait le front haut, l'arcade sourcilire trs dveloppe. Il parlait le franais trs rapidement, avec de brusques arrts, quand un mot lui manquait, sur ce ton chantant et avec ce zzaiement de beaucoup de Russes, quand ils parlent notre langue. Il se tenait tout prs de son interlocuteur, et le fixait obstinment. Dans sa vie de travail et de plaisirs, ce sont les qualits du moujik que vous retrouvez. Comme le paysan se rsigne migrer, reconstruire l'isba plus loin, dans la plaine; comme le soldat marche pendant 1000 kilomtres en disant: _Nitchvo_: ce n'est rien! ainsi pendant des nuits, pour augmenter sa fortune et pour la manifester, M. K... dne, boit du champagne, cause avec des marchands et rit avec des femmes. Voil trois nuits que je ne dors pas, nous dit-il. Tous mes amis sont reints. Moi, je suis debout. _Nitchvo_, ce n'est rien. [Illustration: Une cour du quartier ouvrier, avec l'icne protectrice (page 196).--D'aprs une photographie de M. J. Cahen.] Sans doute, il ne boit plus de vodka. Mais une belle cave, voil la marque d'une grande fortune! Les vieux vins de Bordeaux ou de Bourgogne, les marques de Champagne, les cognacs 100 roubles la bouteille, voil ce qu'il faut montrer au visiteur. Comme nous paraissions peu sensibles tout cet talage, on nous montra l'curie; son curie est l'autre orgueil de M. K.... Il fait courir parfois, et il a remport quelques prix Moscou. Dans une cour intrieure, assez sale, o la poussire s'accumulait entre les petits pavs ingaux, des brins de paille tranaient, des tas d'ordures. Dans les maisons particulires, comme dans les htels, ces cours intrieures sont toujours malpropres. Les curies s'ouvraient l. Un un, sur la demande du matre, tous les chevaux nous furent amens. C'taient d'abord plusieurs paires de magnifiques Orloffs: au repos, ils payaient peu de mine, mais ds qu'on les faisait courir un peu autour de la cour, ces animaux nerveux se redressaient, le corps tout entier tendu. Ils ont la tte trs fine, le poitrail trs dvelopp; c'est uniquement par le collier qu'ils entranent la voiture. Ce sont surtout des chevaux de vitesse, ceux avec lesquels le patron, pendant les aprs-midi d'hiver, laisse derrire lui les autres traneaux, travers Petrovsky Park. Le cocher part fond de train, puis s'arrte, va au pas. Qu'une troka essaie de le passer, vite, il repart; et c'est avec ces alternatives, au milieu de la joie orgueilleuse du matre, que se fait la promenade. Des chevaux sudois longue crinire, plus petits, plus trapus et moins nerveux, servent aux longs voyages; ils trottent souvent pendant 60 kilomtres sans manger ni boire, et arrivent frais. [Illustration: Sur le flanc de la colline de Nijni, au pied de la route qui relie la vieille ville la nouvelle, la citadelle au march (page 204).--D'aprs une photographie de M. J. Cahen.] Tandis que leur matre causait, caressait ses chevaux, une foule de domestiques s'empressaient autour de lui. Quand nous tions arrivs dans la cour, ils s'taient tous prcipits, en courant, avaient demand ses ordres. Maintenant, le long des murs, ils attendaient. Le matre tira une cigarette de son tui; en courant, l'un s'approcha, alluma la cigarette. Trois fois, il revint pour le mme office. Le matre eut soif, un autre apporta de la bire. Un tout petit chat, sorti de l'curie, vint se frotter contre ses jambes; un troisime serviteur s'approcha respectueusement et l'emporta. Je m'tonnai de cet esclavage domestique, de cet empressement deviner et satisfaire tous les caprices, et je dis mon tonnement. Oh! Paris, me rpondit-il, il y a aussi de bons domestiques! Mais nous ne sommes pas mal servis. Je songeai, en mme temps, ses ouvriers, ses autres esclaves, qu'il ne connaissait pas, qui ne pouvaient se signaler par un tel service. J'aurais voulu savoir s'il s'intressait leur vie, s'il avait souci de leur condition. Avez-vous, lui dis-je, beaucoup d'ouvriers? --17000, rpondit-il, dans mes filatures.... Et immdiatement, comme il voyait ma surprise: Que voulez-vous? Ici, avec 100000 francs de revenu par an, on n'est pas riche. Il faut au moins 300000 francs. Ainsi, qu'il organise dans ses filatures un conomat, car les ouvriers mmes ne seraient pas capables de former l'artel; qu'il tablisse, comme veut la loi, des hpitaux et des coles, qu'il paie un mdecin pour ses travailleurs, il n'en reste pas moins qu'il faut les exploiter pour mener Moscou la grande vie occidentale. Nombre d'ouvriers sont pays, l-bas, 4 roubles par semaine, des apprentis 30 kopecks. Et le patron fait cela avec navet; il ne s'tonne pas de leur patience, de leur rsignation; l'ouvrier n'est-il pas content, avec un petit verre de vodka? Le moujik vole et ment innocemment; le grand marchand du XIXe sicle, mprisant les vieilles coutumes, vtu la mode et ras, est rest vraiment moujik de commerce, comme disait Ivan le Terrible; il exploite innocemment. Le sens moral n'est pas trs dvelopp dans toutes les mes russes, depuis le prince Dolgoroukow jusqu'aux plus humbles paysans. Mais le riche Moscovite n'a pas gard les traditions pieuses et les saints usages; il n'aime plus en Moscou la ville religieuse, il ne se laisse pas pntrer par son activit dvote. Il a les yeux fixs sur l'tranger, pour l'imiter ou pour le combattre, et n'a plus d'amour pour _la sainte Mre_. Cependant cette classe est forte. Au milieu d'un peuple indolent, qui n'a d'nergie que pour supporter, la bourgeoisie moscovite a de l'initiative. [Illustration: Le march tincelait dans son fouillis (page 195).--D'aprs une photographie de M. J. Cahen.] Comme les figures de ses saints, la physionomie russe apparaissait hiratique et fige; mais voici que dj quelques traits s'animent. Tous les sentiments semblaient endormis; voici que dj quelques-uns excitent l'action. Et peu peu, tandis que le caractre de la race devient plus complexe et plus vivant, des caractres individuels s'affirment et se prcisent, par des efforts divers pour grandir Moscou et la Russie dans le monde. M. K... ne songe qu'au commerce, au luxe occidental et ptersbourgeois qui transformera l'ancienne capitale: que les trangers viennent en foule, et la ville sera puissante. Quand ses fils seront grands, quand ils connatront le franais, ils partiront pour l'tranger, ils perfectionneront les manufactures, et ils rpandront les dernires modes europennes. [Illustration: Dj la grande industrie pntre: on rencontre Moscou des ouvriers modernes (page 195).--D'aprs une photographie.] M. C..., un autre marchand, au contraire, est proccup d'art, de littrature. Nous l'avions rencontr en chemin de fer, il se rendait, pour son commerce, la foire de Nijni. M. Orloff nous l'avait signal comme un grand amateur de tableaux. Si M. C... est connaisseur, nous ne savons; mais il aime les arts. Il lit assidment les articles du _Figaro_, parle de Michelet, qu'il a lu, dit-il, et de Sorel et de Monod, comme un Franais. Mais c'est de nos expositions surtout qu'il aime parler, de leurs clous, de leurs plus tranges exhibitions, et l'on se demande, parfois, au cours de la conversation, si ce sont nos arts ou ces grands talages qui l'intressent le plus vivement. la gare de Varsovie, encore au retour, nous avons rencontr un autre Moscovite. C'tait un grand vieillard, longue barbe blanche, de figure ouverte et souriante. Il avait beaucoup voyag en France, connaissait bien Paris et ses environs. Pour cette raison, peut-tre, la vie politique, les questions sociales le proccupaient. Il aimait son Moscou, mais dans Moscou surtout, tout le rassemblement d'hommes actifs, intelligents, qui pourraient un jour, sans doute, contribuer au Gouvernement. Aussi tait-ce avec pit qu'il parlait d'Alexandre II, des rformes de 1861; et il tait fier de l'initiative des bourgeois de Moscou, qui, par leurs souscriptions, avaient lev au tzar rformateur le nouveau monument du Kreml. Il avait 5000 ouvriers, mais ses ouvriers taient heureux, incontestablement! Quelques jours avant son dpart, n'avaient-ils pas pourtant voulu faire grve? Il avait inform le gouverneur de Moscou. 130 cosaques talent venus, mais ils ne suffisaient pas; alors il en avait fait venir 130 autres, et tous avaient pouss les grvistes devant son comptoir. Ceux qui avaient cd reprenaient le travail; les autres avaient t chasss, condamns. Et le bonhomme racontait cela simplement, comme chose juste et toute naturelle; pourquoi demander un salaire plus fort? il vous dit, lui, qu'ils sont heureux. Le partage de l'autocratie entre le tzar et la bourgeoisie, tel semblait pour ce libral l'idal du Gouvernement. * * * * * Lorsque l'on part un soir de Moscou pour Nijni, c'est une tout autre Russie que l'on dcouvre son rveil. Ce n'est plus dans une plaine sans limites, entrecoupe seulement de ruisseaux et de villages que le train court, mais des collines lgrement bleutes ferment l'horizon, les isbas noirs s'espacent presque sur une seule ligne, laissant deviner un fleuve tout proche. a et l, sur des chantiers, de grandes barques, encore inacheves, attendent; des filets tendus schent au soleil. Le train passa parmi des bois; puis, sur une vaste place, des pavillons coquets parurent aligns. Nous arrivions Nijni. Au travers de la foire,--par le grand pont de bois,--c'est la ville mme qu'il faut aller d'abord, comme il faut saluer une mre respecte. Elle s'lve sur une minence, que la monotonie infinie de la plaine fait paratre encore plus abrupte et plus haute. Elle domine le confluent de l'Oka et de la Volga, et se prsente la Russie lointaine, qui se prolonge vers l'Oural, comme une nouvelle Moscou. N'est-ce pas l, sur cette colline que notre voiture gravit avec lenteur, que la race russe s'est retrouve, une premire fois? Aprs les Ivans, la Russie nouvelle s'levait toute droite, comme une tige vivace et forte; au-dessus des boars briss, des bourgeois soumis et des principauts rassembles, son tzar dominateur, et qui l'avait faite une, gardait parmi les peuples la tradition de l'Empire. Elle surgissait, Byzance nouvelle qui recommencerait contre les paens la lutte du Christ; les ambassadeurs venus d'Occident se pressaient vers elle, et les espoirs s'exaltaient. Mais voici que des malheurs sans nombre l'avaient accable: la dynastie, farouche et laborieuse, qui l'avait fait grandir s'tait teinte, les tzars nouveaux s'taient laiss prendre; le mtropolite tait prisonnier, et, dans Moscou dcouronne, les Polonais tenaient le Kreml. Les boars taient rvolts et trahissaient; des bords du Don et de ceux du Dnieper, des bandes de Kosaks s'taient lances pour piller; et les glises taient souilles. Le peuple semblait mort; la famine et la peste l'avaient ravag; et les appels fervents des moines de Trotza ne faisaient plus sursauter les coeurs. Un jour pourtant ces appels furent entendus. C'tait Nijni, sur cette esplanade du Kreml, peut-tre, o les rayons du soleil s'abattaient avec violence; et devant le peuple assembl, le protopope lisait la lettre venue du monastre inviol. Tous, sans doute, taient mus; mais de la multitude aucun bruit ne montait. Alors Kouzma Minine, le marchand boucher, fut loquent; il dit ce que tous ressentaient: Si nous voulons sauver l'empire de Moscovie, il ne faut pargner ni nos terres, ni nos biens; vendons nos maisons, engageons nos femmes et nos enfants; cherchons un homme qui veuille combattre pour la foi orthodoxe et marcher notre tte. Pojarski consentit, et le bourgeois Minine avec le noble Pojarski sauvrent la Moscovie en 1612. [Illustration: Sur l'Oka, un large pont de bois barrait les eaux (page 204).--D'aprs une photographie de M. Thibeaux.] Nous avons visit le Kreml, dont les murailles blanches, au-dessus du brouhaha cosmopolite de la foire, gardent jalousement ce souvenir. Prs du palais du gouverneur, l'glise de la Transfiguration dresse son dme et ses clochetons. Sous l'tendard de Pojarski, Minine y repose, avec la protection des saints et des vierges miraculeuses; en bas, dans la crypte humide, les cercueils des anciens princes de Nijni sont aligns, tous uniformment recouverts d'un drap noir petite croix d'argent. Nous fmes frapps par le ton trange du malheureux qui nous montrait ces souvenirs: dans sa figure ple, les yeux brillaient avec intensit; par instants, il avait un air inspir. Il ne dbitait pas son rcit accoutum avec l'air de lassitude de tous les gardiens; il parlait, avec vivacit, avec feu, en dvot de ces grandes choses. En face de lui, notre guide semblait embarrass. Voil, reprenait-il en traduisant, il vous dit que.... Et il rsumait,--semblant mettre les choses au point. Derrire le Kreml, toute la ville s'tend; elle semble un grand village. Quelques voies cependant, plus larges et plus droites, suivies par les tramways, sont bordes de boutiques l'europenne; malgr la hauteur, malgr l'abrupt de ces pentes, les coutumes occidentales sont montes l, et elles ont pntr l'antique cit russe. Mais plus loin, tout au bout de la route poussireuse qui s'allonge sur le plateau, le monastre de Petchersky demeure dans son isolement. La colline se prolonge en un plateau dnud et gristre, o la ville a peine se limiter, et o des cabanes isoles une une s'tendent. Sur les seuils, des femmes regardent; des moujiks nous croisent, portant des seaux pleins d'eau aux extrmits du bton recourb qui leur coupe l'paule. Au bord de la route, une vieille femme demi voile, comme les musulmanes, appuye contre une balustrade, est immobile, protgeant de son ombre une enfant en haillons qui dort, tendue sur le sable chaud. [Illustration: Dans le quartier ouvrier, les familles s'entassent, tous les tages, autour de grandes cours (page 196).--D'aprs une photographie de M. J. Cahen.] Aprs avoir long les isbas d'un village, la route descend dans une espce de petit cirque qui a jour vers la Volga: c'est l que dort le monastre. droite, sur la pente du fond, devant des bouleaux aux troncs lancs, une maisonnette rit sous le soleil. Tout ce paysage est calme, et la lumire qui filtre au travers des feuillages ne brle point l, comme dans la plaine. De la Volga, aucune voix, aucun murmure de l'eau ne monte. Nous avons pass sous la vote d'une porte: gauche, des btiments aligns avaient trac le chemin; droite, parmi les derniers arbres descendus des pontes, un cimetire avait couch ses pierres blanches. C'est l, dit-on, que furent ensevelis les boars, victimes du Terrible; et leurs cadavres se sont mls ceux des anciens moines. Par une autre porte, dont la vote humide faisait pressentir la pousse prochaine des lierres et des orties, nous sommes entrs dans le couvent. Il semblait d'abord qu'il n'y et personne. La grande cour paraissait immobilise par le soleil lourd des midis d't. Deux ou trois figures parurent aux fentres; un domestique, puis un diacre vinrent nous. Le diacre nous montra l'glise: elle tait obscure, basse, et pourtant ne manquait pas de coquetterie; les ors et les pierreries n'y blouissaient pas, mais tiraient les regards sans violence; la demi-lumire tombe des feuillages venait s'y perdre en larges flaques, sur les dalles. Les images nous furent dsignes, toutes les richesses accoutumes. Puis, d'une sacristie aux coffres vermoulus, que les toiles d'araigne semblaient seules retenir au mur et sur lesquels tranaient ple-mle des livres poussireux, le diacre nous apporta le livre des messes que le Terrible avait fondes pour les mes de ses boars, puis de vieux manuels de liturgie o les lettres slavonnes clataient en couleurs vives sur le papier jauni; enfin, avec plus de dvotion encore, le livre de comptes du couvent. Ce qu'avait apport chacun tait not scrupuleusement, et le diacre tournait les pages pieusement, comme s'il avait senti que la vie des anciens continuait en lui, entre les mmes murailles, sous le regard des mmes images, clatantes toujours, comme autrefois.... Et c'taient bien les mmes rves qui l'environnaient; c'tait bien aux mmes contemplations qu'il s'abandonnait, entre la Volga toute brune, o les regards glissaient, et la verdure clapotante du grand bois. Ce diacre tait beau, avec sa longue barbe, ses yeux gris qui brillaient, ses traits rguliers et forts. Un des ntres voulut le photographier; il alla revtir une robe neuve, prit son bonnet au long voile noir, piqua sur sa poitrine le ruban rouge de sa croix, et debout, la poitrine cambre, majestueux comme s'il officiait, il posa. a et l des fentres s'entr'ouvraient, d'autres moines paraissaient, s'amusaient de ce spectacle. Il posait sans orgueil, sachant bien qu'il devait tre beau pour plaire au peuple et l'attirer Dieu. Il nous sduisait par son air de force tranquille, par son regard et par sa complaisance nos caprices de voyageurs. Nous lui avons serr la main, et nous sommes partis. Le long de la cte, un petit cheval chevel tirait furieusement son chariot. Une femme a pass avec sa fillette joufflue, qui souriait nous voir. Nous avons regagn la ville; nous avons franchi le ravin profond qui la coupe en deux, et de l'extrmit de la colline abrupte, nous avons regard la plaine. De la terrasse du bazar oriental o nous logions, ou du belvdre du Kreml, ce sont deux panoramas prodigieux qui se droulent sans limites. Au Kreml, ce sont des prairies, bossues peine de pentes et de montes qui reculent indfiniment l'horizon. Toutes vertes encore, au premier plan, l'loignement bientt les fait paratre bleues ou les revt d'une brume lgre, de la couleur grise et mauve d'un ciel d'automne. Des haies, des bouquets d'arbres l'interrompent, et de toutes parts, une infinit de tas de foin, jaunes comme de petites meules de paille, surgissent parmi la nappe verte. Dans cette immensit, la Volga dploie ses eaux, tantt miroitant au soleil tout au long de vastes plages, tantt plus sombres et plus bleues, dans des mandres lointains. Au pied de la colline, sur des bancs de sable, des piles de bois formaient des masses noires rgulires; et des chalands aux mts lancs, serrs les uns contre les autres, semblaient interrompre le fleuve. Un souffle passait, lger, continu, comme lass par la vastitude des plaines. Du bazar, au contraire, c'tait la foire, le confluent de l'Oka et de la Volga qu'on dominait: l'Oka toute proche, contre la colline, la Volga plus lointaine et plus mystrieuse, quand elle surgissait de la demi-incertitude de l'horizon. Au fond, bordant l'Oka ou se rpandant entre les deux fleuves, des forts faisaient une bande bleue. Un de ces incendies, si frquents en Russie, poussait tout haut, dans l'air sans souffle, une masse blanche de fume, qui se confondait avec les nuages. la lisire des bois, des chemines d'usine limitaient la foire, c'est--dire la ville immense tendue l, dont elles prparaient le trafic. Puis la nappe enveloppante des deux fleuves contenait la multitude des toits verts qui abritaient le grand march; au-dessus, l'glise et la maison centrale se dressaient. Sur l'Oka, parmi le fourmillement des barques, des remorqueurs et des chalands, un large pont de bois barrait les eaux. De longues files de chariots, aux dougas bariols, les blouses rouges des hommes du peuple, les tramways lectriques, faisaient, tout au travers, des lignes parallles. Sur le flanc de la colline, coup par la raie jaune d'une alle bien sable et garnie de bancs, des wagons funiculaires montaient et descendaient, de la ville nouvelle l'ancienne, du march la citadelle. (_ suivre._) Albert THOMAS. [Illustration: Le char funbre tait blanc et dor (page 194).--D'aprs une photographie de M. Thibeaux.] Droits de traduction et de reproduction rservs. TOME XI, NOUVELLE SRIE.--18e LIV. N 18.--6 Mai 1905. [Illustration: Nijni, toutes les races se rencontrent, grands-russiens, tatars, tcherkesses (page 208).--D'aprs une photographie de M. J. Cahen.] LA RUSSIE, RACE COLONISATRICE[2] IMPRESSIONS DE VOYAGE DE MOSCOU TOMSK, [Note 2: _Suite. Voyez pages 181 et 193._] Par M. ALBERT THOMAS. III. -- La foire de Nijni: marchandises et marchands. -- L'oeuvre du commerce. -- Sur la Volga. -- bord du Sviatoslav. Une visite Kazan. -- La sainte mre Volga. [Illustration: Une femme tatare de Kazan dans l'enveloppement de son grand chle (page 214).--D'aprs une photographie de M. Thibeaux.] la foire de Nijni, l'oeuvre difficile et fconde du commerce clate aux yeux tout entire. Dans notre vie sociale d'Occident, si complexe, si continue, nous ne sentons plus, pour ainsi dire, sa difficult ni sa grandeur. Les denres arrivent trop facilement, les trains partent trop frquents et trop rapides. Ici, Nijni, les marchands sont venus souvent encore en longues caravanes, par les routes poussireuses des plaines, ou par le glissement indolent des fleuves, et la bourse cache, qui marquait leur chair, leur rappelait sans cesse l'imprieuse ncessit des voyages et des trafics. De l'Oural et du Caucase, de Vladivostok ou de Kiatkha, ils ont apport aux marchands d'Occident les produits innombrables de travailleurs isols et ils ont senti, ds longtemps, les liens qui unissaient les peuples. C'est un mot inexact que l'Orient et l'Occident se donnent rendez-vous Nijni. vrai dire, c'est un Orient russe et un Occident russe qui se mlent l. De la civilisation occidentale, ce sont les lampes lectriques, les tramways, l'organisation moderne d'une autre Moscou. De l'Orient, ce sont les produits qui s'talaient dj au Gostino-Dvor de Moscou que l'on rencontre, mais aussi ceux qui les portrent: des Tcherkesses et des Sibriens, des Finnois et des Tatars, tous les peuples courbs sous le knout. Nous avons travers le grand pont par lequel la foule silencieuse allait vers la foire, et nous y avons pntr avec elle. Il ne faut pas croire trouver l quelqu'une de ces grandes runions paysannes qui ne durent qu'un jour, avec de vastes talages en plein air, des tentes grises et des baraques. Le march dure six semaines, et il faut des abris aux milliers d'hommes qui le visitent. La foire est donc une ville, toute une ville moderne qu'on a voulue commode et propre. Toutes les maisons y sont bien russes, faites de bois et recouvertes de toits verts; mais elles s'alignent rigoureusement, la manire d'Occident, au long des rues larges et rgulires. Elles se composent d'un rez-de-chausse et d'un tage en surplomb, soutenu par de minces piliers; et l'on se promne ainsi, sous une galerie ininterrompue, o les marchands laissent leurs richesses, lorsque les boutiques sont combles.--Partout, au coin des rues, sur le bord des trottoirs, des fontaines versent de l'eau; et des quipes d'arroseurs, poussant la haute roue o les tuyaux s'enroulent, apaisent la poussire trop souvent remue. De la gare la ville, les tramways passent et repassent. Au soir, la clart des lampes lectriques protge la vie des voyageurs. Au croisement des rues, des tourelles blanchies la chaux laissent voir, par leurs portes, des escaliers qui s'enfoncent sous terre. Ce sont les cabinets d'aisances. D'immenses couloirs dalls, tout bords de cellules ouvertes, s'tendent ainsi sous la ville: la nuit, une vanne se lve, et les eaux du fleuve pntrant avec force, purifient ces lieux. C'est un ingnieur franais, M. de Bthencourt, qui assura ainsi la salubrit de Nijni. On nous a conduits la Maison centrale, un de ces grands halls aux toits de vitres, qu'on appelle palais dans les expositions. Ici, c'tait avec plus de pompe et de coquetterie que les produits de l'Orient taient tals: dans de petites boutiques, le fouillis des bazars s'tait ordonn, sur les planches, dans les casiers, dans les vitrines. La fe des lgendes tait passe l, divisant tout et classant tout, de sa baguette. En haut, dans une galerie transversale, un orchestre jouait. C'taient des airs simples et populaires, qui tombaient lentement parmi la multitude silencieuse. Des hommes, des femmes du peuple, assis sur des bancs, s'abandonnaient au charme de cette musique et semblaient heureux, comme ils sont l'office. Puis, sortis de la Maison centrale, de nouveau, au hasard des rues, nous avons march. [Illustration: Nous avons travers le grand pont qui mne la foire (page 205).--D'aprs une photographie de M. Thibeaux.] Nous avons long les boutiques, regard, touch les objets, parfois marchand et achet. Dans une rue, c'taient des coffres de toutes dimensions, peints de couleurs vives, ornements de vernis d'or et d'argent, aux serrures compliques, et qui servent de commode la fin des voyages. Dans une autre voie, les charrons avaient accumul leurs roues. Plus loin, une jeune fille offrait ces chles blancs d'Orenbourg, immenses et si lgers, qu'ils peuvent tout entiers passer dans une bague. Un tout petit nous prsentait des coffrets vernis qui tentaient par leur simplicit et par les nervures de leur bois. Dans une boutique, des brodequins et des chaussons attiraient les yeux par leurs noeuds roses ou bleus. Des bibelots incrusts d'or, d'argent ou de nacre, des tuis cigarettes, des portefeuilles, rappelaient, sous les vitrines, le travail dlicat des ouvriers d'Orient. Dans un magasin plus vaste, plus lumineux que les autres, des fourrures taient entasses. Des peaux de martres et de zibelines, des peaux de castors et de renards bleus nous furent montres; quelques-unes pendaient au mur, noires, moires de bleu, ou toutes blanches avec des poils bruns qui dpassaient; une odeur fauve manait de ces dpouilles que la main sentait si douces, et la voix se faisait plus basse, comme touffe par leur paisseur lourde. Plus loin encore, sous un abri, des balances gigantesques taient pendues. Puis la marche continua. Une ide nous tourmentait: qui donc amassait l ces richesses? quels taient-ils, les travailleurs anonymes et forts qui les accumulaient en ce lieu? Et tandis que nous passions sans cesse dans des rues nouvelles, comme en des pays nouveaux, nous examinions avec plus d'attention et de sympathie tous ces hommes de races diverses, qui nous heurtaient du coude. Le dsir nous prenait de leur demander, comme aux hros d'Homre: Qui donc es-tu? tranger; de quel pays et de quel nom? Es-tu un homme ou bien un Dieu? un marchand ou bien un pirate? [Illustration: Au dehors, la vie de chaque jour s'talait, ple-mle, l'orientale (page 207).--D'aprs une photographie de M. J. Cahen.] C'taient d'abord des Tatars aux pommettes saillantes, aux yeux plus nettement brids que ceux des Russes, aux lvres grosses, au teint jauntre; ils portaient sur le sommet de la tte de petites calottes d'une toffe sombre, gaye de fleurs, d'aspect sale. Puis des Tcherkesses, au teint bronz, aux traits plus fins, la moustache noire et frise, couverts de longs vtements gris, parements noirs, une calotte d'astrakan sur la tte; un enfant suivait parfois, habill, lui aussi, du costume national, et les jambes tenues dans des bottes minuscules. Des musulmanes, la figure voile, tout enveloppes dans leur grand chle bleu et blanc, semblaient indiffrentes aux regards des passants. Dans le quartier chinois, aux toits recourbs, aux inscriptions voyantes et bizarres, nous n'avons pas vu de Chinois; mais le th arrivait en longues caravanes, de la frontire sibrienne, dans d'normes ballots de peaux de boeuf, que les expditeurs avaient marques au couteau de signes cabalistiques. Surtout, des tablettes, vert sombre, comme des plaques de bronze, attiraient les yeux. Ce sont des briques de th: elles sont fort dures, contiennent un nombre infini de feuilles comprimes et cotent peu. L'homme du peuple les gratte, enlve quelques copeaux verts dont il fait son th. Le quartier persan tait dsert; ses habitants arrivent tard. Au dehors, parmi les rues, comme s'il avait fallu ne rien prlever sur la place trop troite, rserve aux trafics immenses, la vie de chaque jour s'talait, ple-mle, l'orientale. Les petits marchands taient innombrables; des marchands d'oeufs tenaient leurs deux paniers aux extrmits d'un bton recourb qui leur flchissait la taille. Au coin des rues, des marchandes de kvass, un pied sur le trottoir, soutenaient du genou la carafe de verre o le soleil jouait, dans la liqueur rouge. Puis c'taient des gteaux, des fruits qu'une fillette proposait aux passants. Des galeries et des rues, un murmure de vie, perceptible peine, s'levait; ni tapage, ni tumulte, pas mme le brouhaha des activits indcises. Des hommes traversaient la chausse, leur thire en main, couraient chercher de l'eau, et, dans la pnombre des boutiques, on les apercevait, derrire les comptoirs, qui buvaient leur th dans la soucoupe, un bout de sucre entre les dents. D'autres, des pauvres, assis sur les bords des trottoirs, djeunaient d'un fruit, d'une pastque, d'un poisson sch au soleil. l'extrmit des larges voies qui s'ouvrent vers la plaine, des campements sont disposs. Prs des chariots, prs des chevaux dtels, attachs un arbre ou leur voiture mme, les hommes reposent sur un bout d'toffe ou envelopps seulement dans leur _touloupe_. Un prince a eu souci de cette misre: il a bti deux vastes btiments semblables aux grands marchs de nos villes, l'un o les pauvres mangent, l'autre o ils s'abritent pour dormir. Dans le premier, les moujiks assis, les coudes sur la table et le regard vague, dvoraient leurs poissons schs, leurs fruits et les dbris d'une viande vieille et dj puante qu'un marchand vendait l'entre. Le samovar, heureusement, sifflait, et beaucoup, le sucre entre les dents, se rjouissaient du th. l'asile de nuit, la foule commenait d'arriver: chacun prenait une place en silence sur deux tages de planches, dont les ranges traversaient la salle en toute sa longueur. Ils plaaient sous la tte leur paquet de hardes, s'tendaient et dormaient. Ils entraient, sortaient librement. Quelques-uns, la porte, attendaient plus tard et parlaient entre eux. Prs de l'asile, enfin, nous sommes alls au march des cloches; elles taient toutes suspendues sur des btis de bois, grandes et petites, la voix puissante ou au son cristallin, attendant de verser aux misrables moujiks les consolations toujours attendues. La lumire affaiblie glissait sur le mtal luisant de leurs parois et se rpandait sur la foule des pauvres qui les venait voir. [Illustration: Les galeries couvertes, devant les boutiques de Nijni (page 206).--D'aprs une photographie de M. Thibeaux.] C'tait l'heure o, malgr la vigueur encore intacte du soleil, on pressent le crpuscule prochain, l'heure des nergies dployes et du travail plus intense, dont le rsultat va se dcider. Par les rues, la foule bariole coulait toujours; des familles repartaient sur leurs chariots, le pre, le grand-pre souvent, la femme et les enfants, tendus sur la paille,--et le petit cheval la longue crinire flottante, l'oeil intelligent, tirait avec furie. Parmi les courses hardies des charretiers, aux blouses bouffantes, qui se rjouissaient des galops sourds sur le pont de bois et des sauts de leur voiture vide, les tramways allaient de leur vitesse assure, unie. Les cosaks, immobiles au croisement des voies, rglaient ce flot de la rue. Et, dans cette heure dernire de l'activit, la multitude oubliait, semblait-il, les gains gostes, comme saisie tout entire par la puissance dominatrice du travail unique qui s'accomplissait l. C'est alors que l'unit vraie de la ville devenait sensible. Elles importaient peu les jouissances opposes, dont le dsir avait rassembl tous ces hommes trangers; mais par le contact, par la fusion de ces multitudes, les efforts s'unissaient dans une mme oeuvre, et la ville entire y participait. L'importance de la foire de Nijni dans la vie russe clatait. L'empire des tzars est avant tout une grande mle des races; pour qu'elles s'usent mieux entre elles, pour qu'elles fusent plus compltement les unes dans les autres, ou pour que les forces de leur originalit disparue augmentent et renouvellent la vigueur des Grands-Russiens, n'est-il pas ncessaire, en effet, qu'elles prennent contact, qu'elles s'prouvent mutuellement en de grandes occasions? Vassili Ivanovitch l'avait bien compris lorsque, pour faire chec la foire de Kazan, il fondait celle de Makarieff, qui devint plus tard celle de Nijni, sur les bords mmes de cette Volga, o toutes les races, tatares, finnoises et slaves avaient indiqu par leurs migrations le chemin du rendez-vous. Aujourd'hui encore, c'est sous la protection et sous l'autorit du gouverneur russe que le grand march s'ordonne. [Illustration: Dans les rues, les petits marchands taient innombrables (page 207).--D'aprs une photographie de M. J. Cahen.] Nous sommes alls chez le gouverneur. On nous fit pntrer dans une vaste salle, aux murs dnuds, tout blancs, filets d'or. Autour d'une petite table, o des papiers tranaient parmi des cendriers, des botes d'allumettes, des cigarettes et des verres de th, plusieurs secrtaires travaillaient, sans grande hte, peu attentifs leur ouvrage, fumant, buvant, causant, en bons fonctionnaires russes. Le chef de la police, un colonel, plusieurs fonctionnaires attendant d'tre introduits, formaient un petit groupe au milieu de la salle. Au long des murs, des femmes, des enfants, des hommes ples, faibles et las, avaient peine supporter l'attente; la misre de deux femmes en noir clatait violemment sur la paroi blanche. Des Tcherkesses exposaient avec une lenteur fire leurs demandes; de temps autre, un moujik poussait la porte doucement et entrait timide. Une mre nous prsentait son enfant, les larmes aux yeux, et, sans mots, sans tendre la main, du regard seulement, implorait quelques kopecks; une autre parlait d'un ton plaintif, et l'on sentait sa crainte de n'tre pas coute: c'taient l'aspect et les attitudes des salles d'attente dans nos cliniques. Prs de la fentre, devant un rideau blanc que traversaient les rayons du soleil, une vieille femme, aux joues creuses, aux rides profondes, aux yeux brillants, toute vtue de rouge sombre, tait accroupie, les coudes sur ses genoux, le menton dans les mains. Elle regardait fixement, comme la sorcire haineuse et sarcastique des vieux contes. Comme le crpuscule commenait, entre les deux talus verts o la route s'insinue, nos voitures remontaient au bazar oriental. Cet htel est un lieu de plaisir, une maison de th, le Mavretagn de Nijni. Dans un grand pavillon, dont le balcon aux boiseries dcoupes domine la valle, un restaurant et une salle de caf-concert sont disposs. Tout autour, dans un jardin, des chalets en bois un tage, perdus dans la verdure, abritent les trangers paisibles ou cachent les dbauches des riches marchands. Nous avons dn l'heure de France, tandis qu'au ciel se dployait la splendeur du soir. Sur la scne, pendant le dner, des choeurs parurent; c'taient des hommes, car les femmes, nous expliqua Orloff, avaient caus du scandale. Ils portaient le costume national, aux couleurs voyantes, les larges bottes; ils chantaient des airs populaires et dansaient la cosaque. Ils nous chantrent la Marseillaise, en russe, sans lan, sur un ton presque rsign. Entre temps, un orchestre jouait. Peu peu des drojkis arrivaient; la salle s'emplissait de bruit et de fume. Elle tait comble quand un ngre, fort mdiocre acteur et mauvais acrobate, dbita quelques monologues et chansonnettes comiques, excuta quelques tours. Alors ce fut un trpignement d'enthousiasme dans ce public qui restait insensible, un instant auparavant, aux chants sereins et presque religieux des choeurs populaires. Les femmes levaient leur verre en l'honneur de ce pitre, et leurs joues s'empourpraient sous la poudre de riz; un officier applaudissait tout rompre, et son battement de mains se prolongeait aprs tous les autres. Tous ces gens-l, nous ne les avions pas vus par les rues: le jour, ils taient dans les maisons de th, avec les Orientaux, les marchands aux caftans bruns, sur les quais des fleuves, brassant les affaires, achetant pour des millions de roubles des marchandises non dbarques et qui continuaient vers un autre point. Le soir, ils montent ici pour la fte obligatoire; ils sont riches, il faut qu'ils ripaillent, comme le moujik boit s'il a vingt kopecks. Trs tard, accouds la balustrade, tandis que derrire nous, dans la salle illumine, leur foule se laissait griser par la fume, la lumire, les applaudissements et les rires, nous regardions la ville endormie et sereine, dont le labeur silencieux et frmissant s'tait apais. l'horizon, une lueur encore demeurait et se refltait plus faible, dans une drivation de la Volga, l-bas, prs de l'endroit o les campements populaires taient dresss. Dans l'eau sombre des deux rivires, les lueurs tremblotantes des lampes faisaient de longues tranes tout autour des bateaux qui semblaient plus noirs. Le grand pont de l'Oka, baign par la lumire douce de l'lectricit, formait une large raie blanche, et l'on voyait encore des hommes qui passaient. Parfois un sifflet de remorqueur dchirait la nuit, et sa violence dominait le vain tumulte de la fte. Nous rvions alors aux transformations normes que ces marchands accomplissaient inconsciemment. C'tait pour eux, c'tait cause de leurs trafics et pour leurs plus grandes richesses que les chemins de fer poussaient leurs voies toutes droites au travers des steppes, et que les remorqueurs remplaaient maintenant les manges grinants des vieux chalands. Elle est de moins en moins nombreuse la foule qui vient Nijni. Bien des boutiques sont dsertes, des marchands paraissent, traitent une affaire, repartent; et bientt les fers de l'Oural, qui s'y accumulent et encombrent ses quais, s'en iront dsormais, d'un cours rgl, par chemin de fer, vers les plaines du Don et la Russie du Sud. Bientt, peut-tre, la grande assemble de Nijni n'aura plus lieu, et si les riches marchands traversent plus frquemment l'Asie, si les courtiers europens arrivent jusqu'au centre des peuples tcherkesses ou tatars, les grandes caravanes ne se rencontreront plus l'antique foire. Les chemins de fer auront eu ce premier effet d'isoler les peuples, de supprimer le contact des foules. Mais par eux la vie conomique des diverses rgions sera bientt intensifie; les divers marchs entreront dans la dpendance les uns des autres, et ce sera une solidarit plus profonde et plus durable qui unira les peuples de l'immense empire. * * * * * Nous nous souviendrons longtemps des heures dlicieuses passes sur la Volga, de Nijni-Novgorod jusqu' Samara. Ce n'tait plus, en tumulte, des spectacles divers et heurts qui surgissaient devant nous, mais, pendant trois jours, le mme grand paysage se dveloppant l'infini, monotone et pourtant vari! Ce fut sur le _Sviatoslav_, un des beaux paquebots aubes de la _Compagnie Caucase et Mercure_ que nous fmes cette traverse. Tout en bas, les marchandises y taient accumules: des ballots d'toffes, des produits de l'industrie moscovite qui descendaient vers Astrakhan. En haut, les passagers logeaient. Des toiles blanches abritant le pont, claquaient au vent. Au-dessus enfin, la dunette. Entre les deux tambours, la cabine du pilote dominait le fleuve; ils taient l quatre ou cinq hommes, attentifs, les mains sur les poignes qui commandaient le gouvernail. [Illustration: Dans une rue, c taient des coffres du toutes dimensions, peints de couleurs vives (page 206).--D'aprs une photographie de M. J. Cahen.] En Russie, o les voyages durent parfois une semaine, o il faut parcourir de longs espaces pour dcouvrir enfin un horizon nouveau, des relations familires se nouent vite entre voyageurs. Des enfants jouaient, couraient sur le pont, et les cris joyeux des petites filles attrapes riaient dans les couloirs comme des chants d'oiseaux. D'autres, plus hardis, plus mondains dj, s'en venaient vers nous, comme leurs parents, et voulaient tre photographis. Un petit d'Orenbourg, surtout, aux yeux gris bleu, au front haut et troit, un bambin de dix ans qui souriait toujours, venait causer avec nous, en allemand; il prononait la russe, sur un ton chantant, d'une petite voix nette et prcise. Lorsque nous lui dmes que nous allions Tomsk, il eut un rire de surprise, un io, io, io adorable, nous rendre orgueilleux d'aller en Sibrie. C'taient les femmes, ensuite, ni bien jolies, ni bien lgantes sous leurs fichus lgers de Kazan; mais des convenances gnantes n'entravaient point leur gaiet. Plusieurs, fort ennuyes de ne point connatre le franais, nous proposaient de rsoudre la question du jour, de ces anneaux emmls qu'il faut dgager, sans forcer, et que nos camelots vendent sur les boulevards; l'une d'elles entr'ouvrait la porte du salon, regardait nos efforts inutiles, et nous les entendions alors qui riaient toutes sur le pont. Le soir, l'avant, un petit cercle se formait: le capitaine et son second, un mdecin qui retournait Kazan; des tchinovniks et des marchands s'entretenaient avec nous. Orloff, notre guide, attentif, traduisait, rsumait: et c'tait plaisir de voir cet empressement hospitalier de tous, du capitaine surtout, dont la voix trs douce chantait plus souvent, plus respectueusement coute. [Illustration: Prs de l'asile, nous sommes alls au March aux Cloches (page 208).--D'aprs une photographie de M. J. Cahen.] l'arrire, dans un grand dortoir, avec deux tages de planches, le peuple tait entass ple-mle parmi ses paquets et ses provisions. Au chaud soleil, dans les rues actives, le moujik isol nous avait sembl moins misrable, mais dans cette vaste salle, on ne voyait plus qu'un amoncellement de savons malpropres, de touloupes graisseuses, de jupes dchires et macules. Parfois un bras s'tirait; une jambe, entoure d'un lacis de cordelettes, changeait de position. Des familles s'taient groupes, femmes et enfants; ils s'asseyaient en cercle sur leurs bagages et savouraient le th; sur le pont, une grande bouilloire, toute heure, leur donnait de l'eau chaude. Il y avait l des migrants, des marchands au caftan brun, dont quelques-uns, dit-on, taient fort riches, des Asiatiques qui revenaient de Nijni. Tous, rsigns, supportaient sans se plaindre la fatigue du voyage et le contact lourd des autres. Aux escales, ils s'animaient, descendaient et couraient, achetaient des provisions; puis tout rentrait dans le demi-silence de leur rsignation. [Illustration: Plus loin, sous un abri, des balances gigantesques taient pendues (page 206).--D'aprs une photographie de M. J. Cahen.] D'une allure rgulire, le _Sviatoslav_ glissait sur le fleuve; il allait prudemment pourtant, le jour, entre les boues qui signalaient les bancs de sable; la nuit, entre leurs lueurs plottes, dont le reflet tremblait sur l'eau, et les feux rouges du rivage, au long des passes. Souvent des sondeurs, arms de perches gradues, se rendaient la proue. Ils jetaient leur bton, puis, par de grands cris monotones, transmis de bouche en bouche, ils annonaient la profondeur. La nuit, lorsque le tressautement du navire, aux coups rguliers de la bielle, s'entendait plus distinct, lorsqu'on ne voyait plus dans le lointain que les falots, rouge et vert, d'un autre bateau, ces sons monotones, qui rglaient, parmi le sommeil du fleuve et de ses rives, cette activit isole, semblaient tranges, inquitants. Parfois le _Sviatoslav_ touchait, frottait contre le banc de sable, et l'on entendait des planches qui craquaient sourdement.... Mais les aubes battaient plus vite; le navire s'enlevait, passait. Pendant des heures, accouds au bordage d'avant, nous regardions le paysage, indfiniment renouvel dans sa monotonie mme. C'tait, sur la rive droite, la ligne continue des falaises, sans grande lvation, qui dominent le fleuve. Elles taient dnudes souvent ou recouvertes d'une herbe maigre, jaunie au soleil; un bois de sapins parfois s'y accrochait, ou c'taient tout en haut les troncs blancs des bouleaux qui luisaient. Parfois aussi, la falaise s'vasait, formait un large amphithtre qui s'ouvrait sur la Volga, et les villages, l'abri de leur glise blanche, aux coupoles vertes, y disposaient l'aise leurs isbas en rondins. Ils taient si haut perchs, si bien protgs contre les crues qu'ils semblaient tout fait spars du fleuve. Des routes, cependant, y conduisaient, qu'on dcouvrait parfois toutes blanches sur le talus jaune. [Illustration: Dans une autre rue, les charhons avaient accumul leurs roues (page 206).--D'aprs une photographie de M. J. Cahen.] gauche, c'tait la plaine unie, l'infini. Dans le fleuve mme, elle se prolongeait par de vastes plages sablonneuses, par des bancs de sable, comme si les collines de la rive droite seules l'arrtaient. Et, de fait, entre le fleuve large et la plaine qu'il anime, il y a comme une amiti naturelle. Pendant l'hiver, il l'tend lui-mme par la surface lisse de ses glaces; plus tard, la dbcle, c'est lui qui va vers elle, s'enfle, sort de son lit et rpand au loin, sur 20 verstes, ses eaux fcondantes. C'est pour cela que les villages se rfugient l-bas l'abri des ondulations boises qu'on aperoit l'horizon, enveloppes de brume bleue. Entre ces rives, la Volga droule largement ses eaux. Point de courants, point de rapides; mais vraiment le chemin qui marche, la belle route qui glisse loin tout entire, et dont les eaux puissantes et calmes unissent les peuples. [Illustration: Paysannes russes, de celles qu'on rencontre aux petits marchs des dbarcadres ou des stations (page 215).--D'aprs une photographie de M. J. Cahen.] De Nijni jusqu' Samara, la navigation est fort anime. C'taient d'abord les grands paquebots qui nous croisaient, au milieu d'appels joyeux et de saluts rciproques. Puis c'taient des chalands, dont le passage lourd restait longtemps marqu sur la surface de l'eau. De Moscou, de Nijni, vers le Caucase et vers l'Asie, ils transportaient les produits d'Occident, les indiennes, les rouenneries, les bibelots des civiliss. En sens inverse, les matires brutes de l'Orient remontaient le courant comme une masse norme de travail en puissance: du bl, du coton, du ptrole enfin que les puits avaient dvers dans les grands rservoirs flottants. Mais les chevaux de halage, que l'on attelait autrefois en foule, et les mariniers, courbs sur la perche, avaient disparu. peine voyait-on et l quelques voiles immenses, qui ramassaient le vent. Partout, la vapeur, l'essoufflement des remorqueurs, leur hte. Dans le calme infini de ces lieux, l'effort haletant de la navigation moderne semblait se perdre, et les yeux suivaient avec plus de joie les grands trains de bois qui s'abandonnaient avec confiance la grande force du fleuve. Autour des villages, une agitation joyeuse rgnait. Des bateaux de pcheurs, des bacs, ponctuaient la nappe des eaux. Ds que le sifflet du _Sviatoslav_ se rpercutait au long de la falaise, pntrait sous les bois et dans les cirques des villages, des canots partaient de la rive, approchaient, malgr le remous des aubes, et les riverains adroits lanaient les paquets de lettres ou recevaient les autres au vol. Un matin, nous accostmes au dbarcadre de Kazan. C'tait un ponton carr, couvert d'un vaste baraquement. L'activit tait l, plus dense, et dans la foule des marchands, on sentait la fivre d une ville. Des fillettes offraient dans des corbeilles des gteaux ou des pommes; des femmes tenaient un seau de kvass, tendaient un verre; d'autres taient assises tout au long du pont par o les voyageurs gagnaient la rive; elles avaient devant elles des tas de pastques ou des _ogourtsis_ (concombres). Plus haut, sur la route borde de petits auvents, des marchands, debout, proposaient du pain, de la viande, des poissons schs. Parmi la foule des moujiks qui couraient aux provisions, des dbardeurs, en longue file, transportaient des sacs de bl, des marchands tatars, allant de l'un l'autre, talaient sur leurs bras tout un choix bariol de ces mouchoirs de cou, si lgers et si transparents, qu'on fabrique Kazan. Des bambins se haussaient pour nous offrir du lait, dans des bouteilles de toutes formes. Point d'annonces bruyantes, point de cris discordants, mais de la foule environnante qui vous pressait, qui semblait vous barrer le chemin, un murmure de sollicitation montait, irrsistible. Nous avons lou des drojkis pour pousser jusqu' la ville, qui s'tend 7 verstes de l. Nous avons suivi d'abord une large rue, borde de maisons de bois grandes boutiques, et qui prolonge, pour ainsi dire, le dbarcadre; il n'y a gure en cet endroit que des boutiques de comestibles et des bureaux. Le port est reli Kazan par une chausse en remblai qui coupe la plaine. Un mince filet d'eau y coulait encore cette poque de l'anne; au moment des inondations, la Volga la couvre toute. On apercevait, d'un ct, un remblai nouveau, celui du chemin de fer, qui se dployait en une longue courbe; de l'autre, parmi l'herbe maigre et dessche, sur les bords de grandes flaques d'eau, des piles de bois taient dresses; on travaillait dans des chantiers. l'extrmit de la route, les tours blanches du Kreml et leurs clochetons dors faisaient une barrire. Notre visite fut rapide. Par les rues droites et rgulires, nos drojkis ont parcouru la ville haute et le Kreml; c'est l qu'habitent les fonctionnaires et les Russes. Mais dans la plaine basse, de l'autre ct, habitent les Tatars. Vers les portes, dans les faubourgs qui ceignent toutes les villes de vie populaire et de travail, nous en avons vu quelques-uns, quelques types de cette population singulirement forte, intacte, non russifie. Ces musulmans sont comme les juifs en Occident; ces femmes voiles, la marche lente, dans l'enveloppement de leur grand chle, ces hommes d'allure vigoureuse, de force ramasse, accomplissent avec application l'oeuvre de chaque jour. Les marchands de chiffons et de vieux habits sont nombreux Kazan, les petits mtiers fleurissent. Parfois les hommes partent, vont dans les grandes villes, domestiques ou garons de restaurant, probes et conomes toujours; mais ils restent musulmans. Par ces qualits du Tatar, l'industrie devait grandir et transformer Kazan; des usines se sont tablies et prosprent. Vers midi, des ouvriers sortaient, des hommes et des apprentis, couverts de vtements sombres, bleus ou noirs. Ils ne se rpandaient pas par la rue, mais se suivaient en petits groupes, au long des trottoirs. Nulle hte, nul cri: ils ne sentaient pas, comme nos ouvriers nerveux et dlicats, le besoin des mouvements libres, drgls. Simplement, ils avaient ajust leur effort cette tche nouvelle, et ils la faisaient, comme les travaux anciens, avec la mme application tenace. [Illustration: Le Kreml de Kazan. c'est l que sont les glises et les administrations (page 214).--D'aprs une photographie de M. Thibeaux.] Dans la plaine sablonneuse, vers le port, le commerce fourmillait. Des chevaux passaient, chargs de paquets; des charrettes se suivaient en longues files; des drojkis filaient, envelopps de poussire, dfiant les poursuites. C'tait, sous le soleil aveuglant, une hte fivreuse. Plus proche de l'Asie et reste comme nomade, malgr la fermet de son Kreml, dont les hautes tours la rassemblent, Kazan demeure encore aujourd'hui, sur les bords de la Volga, la ville orientale o l'Asie, qui la cra, concentre toujours ses produits. Mais la foule se pressait vers le ponton, plus bruyante un peu, car l'heure du dpart approchait; la cloche sonna trois fois, et le _Sviatoslav_ repartit, du mouvement rgulier de ses palettes. Au soir du mme jour, aprs le confluent de la Kama, au moment o les rives du fleuve devenaient moins nettes et que ses eaux abondantes semblaient vouloir envahir la plaine, le bateau parut incertain de sa route, il tourna sur lui-mme, accosta prs d'un bateau noir, en fer, surmont seulement d'une pompe bras, o des moujiks attendaient. C'tait le rservoir de ptrole. Un passeur nous a conduits sur la rive, et nous l'avons suivie quelque temps pendant l'arrt. La berge tait plus haute que de coutume sur la rive gauche; elle montait doucement, par une pente couverte de buissons, d'arbustes et de fleurs. Un isba tait l, tout proche; nous avons voulu le visiter. [Illustration: Sur la berge, des tarantass taient ranges (page 216).--D'aprs une photographe de M. Thibeaux.] Un vieux moujik se tenait la porte, vendant des fruits, du pain et du poisson. Orloff entra sans lui demander la permission. Il y avait deux salles, de plafond peu lev, spares par une cloison de bois; mais, perant la cloison, des deux cts le pole s'tendait. C'est sur ce pole que la famille russe couche pendant l'hiver. Dans la premire salle, il y avait des tonneaux, des cuelles, des pots, de grands coffres en bois, les ustensiles de la vie quotidienne, jets l ple-mle dans un coin. L'autre tait la chambre; point de lit, point d'autres vtements: le moujik a sur lui toute sa garde-robe. Tout autour de la salle, des bancs taient fixs, assez larges, o l'on couche pendant l't; il y avait aussi des tables, quelques verres, et sous les lueurs du soleil couchant, deux samovars tincelaient. Une vieille femme alignait des pains noirs sortant du four; elle nous reconduisit, vint avec nous sur le seuil de la porte. Entre le plafond et le toit de l'isba, dans un grenier ouvert tous les vents, on apercevait les tonneaux et les pots de grs qui servent fabriquer le kvass ou prparer le _chtchi_, le fameux potage aux choux aigres. la porte, sous un auvent, le vieux vendait toujours. Orloff nous prsenta comme des Franais de Paris, ce qui fit sourire le moujik, sans qu'il part comprendre; puis le guide plaisanta, tapota sur les bras nus de la bonne femme, la fit tournevirer, lana quelques mots qui firent rire des soldats, et aprs force poignes de main, force salutations du vieux, nous redescendmes vers le bateau. C'tait, tout autour du dbarcadre, la mme animation qu' Kazan: tous les marchands de pommes, de pastques, de kvass, les paysannes offrant leur lait, des dbardeurs transportant des sacs de bl. Mais toute cette foule tait bruyante, plus secoue d'une rude gaiet populaire; des soldats, dont on voyait partout les uniformes blancs parmi les jupes barioles et les blouses rouges, s'embarquaient pour des manoeuvres, et, dans un autre paquebot, entre le _Sviatoslav_ et le ponton, les canons avaient t tirs. Notre public de troisime classe se pressait autour d'un petit cabaret de bois; chacun prenait un verre et se servait; le patron, souriant, se contentait de surveiller. Au coup de cloche, tous se dispersrent, coururent au bateau. Et le _Sviatoslav_ une fois encore reprit le courant; le crpuscule dfaillait dj, mais ses lueurs affaiblies prolongrent le soir indfiniment. Tandis que la nuit avait avanc du fond de la plaine et que la lune, l'horizon, se levait, incertaine et rougetre l'ouest, le brouillard qui surgissait du fleuve semblait tenir en suspension des teintes rouges, sans clat, sous le bleu sombre des flots. La nuit, le brouillard, les couleurs, s'lanaient de tous cts, s'insraient dans le paysage. La Volga elle-mme n'avait plus son allure calme et douce, elle avait peine, semblait-il, retenir ses eaux; ses berges semblaient moins certaines; la rive droite, moins haute, moins rgulire, tait entaille par de larges golfes. Et tandis que les palettes brassaient l'eau plus nerveusement, et que le vent froid de la nuit cinglait dj la figure, une inquitude irraisonne nous saisissait. Puis, lentement, tout s'apaisa; la lune tait maintenant haut dans le ciel; ses rayons se refltaient en un long cierge tremblotant, dont les lueurs indcises venaient se perdre l'entour du bateau. Des nuages passaient, mais si lgers et transparents qu'ils n'interrompaient point les rayons des toiles. Dans l'ombre, les rives redevenaient plus proches, plus secourables, et le moujik pouvait reprendre confiance en la grande rivire protectrice, en la sainte mre Volga. Parfois des chants venaient travers le silence: tantt la mlope lente des hommes de peine qui tiraient un bateau ou le dchargeaient, tantt, sur une pniche, des mariniers qui se plaisaient faire sonner leur voix dans le silence, sur les eaux. Ou apercevait les fanaux vert et rouge des bateaux qui remontaient; le travail des hommes ne s'arrtait pas. Et nous songions, dans la nuit, au tumulte des peuples qui s'taient rencontrs l, au heurt des races et des hommes dont les souvenirs persistaient. Les races de l'Orient s'taient avances jusqu' ces bords paisibles, puis elles s'taient tablies. Des Finnois d'abord, les Moraves, les Tchouvaches, les Tchrmisses et les Votiaks; des peuples primitifs et doux, vivant de la chasse et de la pche, et dont de petits groupes isols perptuent aujourd'hui le nom et les coutumes. Puis c'taient les hordes conqurantes, les Khajars, les Bulgares et les Mongols, dont les chevaux, arrts soudain sur la rive, avaient fait drouler du sable dans les eaux calmes. Itil, Bolgary, Sara, toutes les capitales ruines, dormaient l'entour de Kazan, hritire de leur grandeur, dchue aussi, mais vivante. Et maintenant la sainte rivire tait russe tout entire; de Rybinsk Astrakhan, elle ne refltait plus que les armes impriales la proue des bateaux, ou les lettres slavonnes de leurs noms. Mais le fourmillement des hommes tait devenu plus grand, et les races qu'elle supportait, plus nombreuses. Elle avait enseign le chemin la race voyageuse des Grands-Russiens; vers l'Asie, elle avait entran leurs bandes nombreuses, comme autrefois le Dnieper emportait vers Byzance leurs blanches flottilles. Et tous partaient avec confiance, car la sainte Volga ne pouvait tre trompeuse. Aujourd'hui, toujours, d'autres partaient pour peupler les pays nouveaux que le cours du fleuve avait faits leurs. Et d'autres races remontaient vers Kazan, Nijni ou Moscou, dont les dsirs pres et la curiosit avaient t veills par la venue de ces hommes blonds. C'tait toujours la route unie, la voie naturelle de ces pays, et elle coulait dsormais, comme les antiques voies romaines, entre deux lignes de tombeaux. Au matin, le bateau est entr dans la boucle de Samara. C'tait une matine toute blanche, o, devant le soleil, les brumes de la terre montaient purifies. droite, les monts levs, couverts de bois sombres, paraissaient tout bleus dans l'air du matin; et le sifflet du _Sviatoslav_ s'y rpercutait longuement. Stavropol, ce fut le dernier arrt avant Samara. Comme toujours, la ville tait loin dans les terres; une route poussireuse, larges ornires, y conduisait. Sur la berge, dont le sable fin brlait, des tarantass taient ranges; les petits chevaux piaffaient, secouaient la tte; et les sonnettes pendues la douga faisaient entendre un carillon nerveux et impatient. Puis les dernires heures s'coulrent avant l'arrive; le soleil tait haut dj dans le ciel, et ses rayons dards se rpandaient sur l'eau, en flaques miroitantes. la gaiet du matin, au fleuve qui manifestait sa puissance, l'imagination plus alerte rpondait; elle voquait une dernire fois les paysages accoutums des derniers jours, la suite ininterrompue des hautes falaises, avec leurs bois et leurs villages, la plaine immense et ses plages sablonneuses, et cette large coule de flots qui avait aid si longtemps le labeur des hommes. (_ suivre._) Albert THOMAS. [Illustration: Partout sur la Volga d'immenses paquebots et des remorqueurs (page 213).--D'aprs une photographie de M. Thibeaux.] Droits de traduction et de reproduction rservs. TOME XI, NOUVELLE SRIE.--19e LIV. N 19--13 Mai 1905. [Illustration: presque toutes les gares il se forme spontanment un petit march (page 222).--D'aprs une photographie de M. J. Cahen.] LA RUSSIE, RACE COLONISATRICE[3] IMPRESSIONS DE VOYAGE DE MOSCOU TOMSK, [Note 3: _Suite. Voyez pages 181, 193 et 205._] Par M. ALBERT THOMAS. IV. -- De Samara Tomsk. -- La vie du train. -- Les passagers et l'quipage: les soires. -- Dans le steppe: l'effort des hommes. -- Les migrants. [Illustration: Dans la plaine (page 221).--D'aprs une photographie de M. Thibeaux.] Par un gris matin d'aot, nous sommes monts sur le Transsibrien, et nous avons retrouv le plaisir paresseux des trains russes. De Samara jusqu' Oufa, nous avons travers, pendant tout un jour, la plaine qui prcd l'Oural. C'tait l'infini l'tendue grise des champs fauchs. Prs de la voie, les villages taient rares, mais plus populeux, plus vastes; et ils se ressemblaient tous avec leur glise, leur cimetire sous un bois de bouleaux, leurs isbas noires et pitoyables, et leurs petits enclos, o verdissaient quelques lgumes, o des tournesols agitaient, au bout des tiges, leurs soleils jaunes. On les trouvait, de prfrence, au bord des cours d'eau, petites rivires lentes qui avaient creus dans le sol friable des valles minuscules et abruptes.--Et plus loin, en voici un qui avait brl: ce n'taient plus que des dbris noirs, des tas de cendres la place des meules, des planches noircies et brises aux lieux o taient les isbas. Pas un homme: sur l'ordre du feu, ils s'en taient alls plus loin, vers cette Sibrie peut-tre, dont les trains vagabonds avaient fait natre en eux le dsir. Et l'on se rptait dans les wagons que deux cents maisons de Kazan avaient brl deux jours avant. Dans les champs, les blouses rouges des faucheurs souriaient au soleil, et sur les routes, dont le ruban s'amincissait au loin, parfois un tarantass allait grand train, dans un nuage de poussire. Nous le suivions longtemps du regard, avec un sourire de penser Michel Strogoff. Un bouquet de bouleaux, des chevaux dans un champ, deux ou trois isbas autour d'une gare, une petite mare, avec des herbes aquatiques, un boeuf blanc et des oies, c'taient les plaisirs des yeux dans ces plaines grises. Aprs midi, un grand vent a souffl: de tous cts, la poussire s'est leve, ici plus fine au-dessus des champs, l plus obscure, plus paisse sur les routes ou prs des villages. La plaine se soulevait de partout. De petits arbres pliaient. Des chevaux effars galopaient au hasard, et les bandes de corbeaux tourbillonnaient sur les villages. Le ciel tait noir, et des gouttes de pluie, lourdes, tombaient dj, faisant des taches claires sur les vitres poussireuses du train. Dans les champs, les moissonneurs rentraient sans hte, sans effroi. Sur la route, une vieille femme ramenait un cheval. Des enfants continuaient de jouer au bord d'une mare. Mais l'orage s'est dissip, a disparu; et plus loin, sous le ciel clairci, le travail continuait. l'horizon, quelques collines se sont profiles, premires hauteurs de l'Oural, et les nuages lourds, de teintes cuivres, se sont arrts au-dessus, quand commenait le crpuscule. Oufa, la nuit tait tombe, et dans le Transsibrien, comme dans un grand htel roulant, la vie des longues soires s'organisait. Nous avons visit notre maison roulante. Aprs la locomotive et le fourgon bagages, dont une partie tait occupe par une machine lectrique, le train se composait de quatre wagons, de ces wagons russes, hauts et larges, un peu lourds d'aspect, mais si commodes! La voiture verte, la premire, tait le wagon-restaurant; elle contenait les cabines des employs, de l'quipage, comme nous disions; puis la salle de bains, avec sa grande baignoire de marbre, ses robinets de douches et ses appareils de gymnastique; enfin, aprs un petit passage resserr o tait l'office, la grande salle manger. L'ameublement tait simple, avec un bel air d'aisance: des chaises et un grand canap de cuir sombre, un guridon et de petites tables, une bibliothque, un piano, des portraits du tzar et de la tzarine, et dans un coin de la salle, l'icne minuscule. Pas de cuisine: les buffets sont le charme de ces longs voyages. Aux gares, tous se pressent autour de leur comptoir, choisissent les portions et s'assoient la table commune; souvent aussi, les garons du restaurant emportent les plats dans le wagon, et le repas, moins press, augment de quelques hors-d'oeuvre, se prolonge parfois longtemps, dans le bercement du voyage. C'est de Moscou, dans les coffres provisions, entre les roues, que l'on a emport les saucissons et les jambons, les oeufs, le caviar, les harengs, les zakouskis indispensables. Aux gares, les marchs en plein air permettent de les renouveler. [Illustration: Un petit fumoir, vitr de tous cts, termine le train (page 218).--D'aprs une photographie de M. Thibeaux.] Puis vient un wagon de seconde, un large wagon couloir, aux compartiments ferms tantt par des portes pleines, tantt par de simples portires.--Au milieu du wagon de premire, tout un grand salon a t rserv, dont les canaps et les fauteuils sont recouverts de housses rayes rouge et blanc. Par les portes entr'ouvertes, on aperoit les tables surcharges de livres, de tasses de th ou de gteaux, l'abat-jour vert de la petite lampe lectrique, et de tous cts, dans les filets, sur les banquettes, l'amas des valises et des oreillers. Enfin l'autre wagon de seconde termine le train par une sorte de fumoir, vitr de tous cts, d'o l'on dcouvre en tous sens le pays parcouru. Dans les couloirs, des tableaux annoncent la gare prochaine et les buffets; dans le salon des premires, de grandes cartes sont pendues, qui permettent de suivre la route; et l'on trouve dans la bibliothque des livres de renseignements sur la Sibrie. Cet htel roulant a son personnel: l'lectricien, un petit bonhomme noir et toujours sautillant; le mdecin, masseur et dentiste la fois; les petits garons de restaurant, le brun et le blond, toujours souriants, amuss de tout au long de la route, courant chaque gare runir les plats du buffet ou marchander les provisions; le matre d'htel et cuisinier, qui rgle nos repas, prpare les oeufs et le th, et fait la note: il montre parfois sa large figure et sa barbe brune la porte de l'office. Chaque soir, les garons des wagons retirent, de dessous le toit, les oreillers, les matelas, et dressent les couchettes. Enfin deux ingnieurs (c'est ainsi qu'ils se dsignent) surveillent la marche du train et font la joie des voyageurs. C'est qui des deux en fera le moins pour conduire le train, pour examiner l'tat de la voie, pour tlgraphier notre arrive; mais tous deux rivalisent de bons offices auprs des trangers, de paroles aimables auprs des voyageuses. L'un, K....., barbe brune et beaux yeux noirs, tait un joli garon et qui le savait; notre guide l'appelait _tsertsaed_, voleur de coeurs. L'autre, Sergui Serguievitch, grand maigre, la barbiche blonde, aux yeux ternes, plus intelligent peut-tre, mais la figure use dj par les longues nuits de ripaille. [Illustration: Les migrants taient l, ple-mle, parmi leurs misrables bagages (page 226).--D'aprs une photographie de M. J. Cahen.] Dans le train, c'est un va-et-vient continuel: du restaurant au fumoir, des compartiments au salon, les passagers gotent, vingt fois par jour, le plaisir de ces petits voyages. Ils vont lentement, par le long couloir, devant les compartiments ouverts d'o s'chappent, avec la fume des _papirosses_, des parfums de th et des bribes de conversations bruyantes. Comme notre htel n'est pas grand et que le couloir est troit, les rencontres sont frquentes. Bientt un sourire les gaie, et comme beaucoup le dsirent, la conversation s'engage. Ils chantonnent tous un franais pur et facile, et devant la carte du salon, dans l'isolement du petit fumoir, les entretiens se prolongent longtemps, srieux et familiers, sur la Sibrie, sur la France, sur le mir russe, sur les tudes classiques ou sur Zola. De la part de tous, c'est la mme amabilit, le mme empressement curieux, avec tantt plus de discrtion, tantt plus de simplicit et de candeur. Pendant le jour, le fumoir de l'arrire tait toujours trs occup: on y trouvait habituellement une jeune femme et sa soeur, demoiselle blonde en robe rouge, avec une ceinture dore, qui s'occupait avec patience de ses deux neveux, deux bambins turbulents et pleurnicheurs. ct d'elles, un vieux Monsieur, tout envelopp d'une houppelande grise, se perdait dans une vague contemplation du pays parcouru; c'tait un personnage assez bizarre, composant toujours la simplicit de ses allures, et dont les paroles donnaient une impression de fausset; quelques-uns d'entre nous l'appelaient le pasteur protestant et d'autres le banquier en fuite. On ne l'aurait pas rencontr sans sa femme, une vieille bonnet noir, toujours dans une attitude de dfrence et d'approbation aux paroles et aux gestes de son mari; pour un peu, elle nous aurait appels, afin de nous le montrer tandis qu'il distribuait du pain aux migrants ou qu'il s'essayait dplorablement jouer la _Marseillaise_ sur le piano du wagon-restaurant.--D'un bout l'autre du train, on se heurtait partout un Amricain, grand vieillard maigre et remuant, presque g de soixante-dix ans, et qui entreprenait un voyage d'agrment autour du monde: il levait trs haut sa tte fine, encadre de cheveux blancs boucls, et faute de pouvoir parler franais, distribuait quelques sourires. Son guide ne le quittait point, un gros homme blond, d'allure et d'accent tudesques. Il vantait fort _son Monsieur_ et l'aidait navement faire montre de sa richesse; Tomsk, ils firent atteler une voiture trois _chevals_ le premier jour, cinq _chevals_ le lendemain, comme il disait; mais un officier de police coupa les clochettes du pompeux quipage: les pompiers seuls ont le droit de se servir de clochettes pour annoncer l'incendie. Pour nous, c'tait dans l'intimit du petit salon que nous restions de prfrence; quelques-uns agitaient dj des projets de voyage au Bakal, ou nous causions tous ensemble avec le commandant N... et Monsieur M.... C'taient nos htes prfrs, ceux dont l'hospitalit semblait la plus franche, la plus srieuse. Et c'tait chose importante que ce choix, dans un pays de mensonges comme la Russie! Le commandant s'en allait Vladivostok rejoindre son navire. Grand et vigoureux, de figure calme et sympathique, il parlait fort bien franais, mais ses phrases devenaient alors comme plus timides et plus sourdes. Les enfants l'aimaient; lorsque nous descendions aux gares, il y en avait toujours un ou deux qui couraient vers lui; il les tenait par la main, et tout heureux et souriant, il se promenait avec eux le long des quais; ils allaient voir ensemble la locomotive et revenaient parfois avec une petite canne ou des fleurs. Lorsque le commandant parlait de la marine ou du Transsibrien, une lueur animait la douceur de ses yeux; ses paroles devenaient plus vives et communiquaient tous un peu du respect et de l'admiration qu'il avait pour le tzar. Les rcentes constructions de vaisseaux, les millions de roubles dont Nicolas II venait de dcider la dpense pour l'augmentation de la flotte, la dfense rapide et sre de l'Asie contre l'Anglais (on ne redoutait pas encore le Japonais), tout cela l'enthousiasmait. Avec lui, notre interlocuteur habituel tait M. M..., riche entrepreneur, qui s'en allait plus loin que Tomsk, du ct de Krasnoarsk, pour surveiller l'exploitation de ses mines. Grand et fort, comme tant de Russes, M. M... tait un homme de trente-cinq quarante ans; dans sa figure au teint mat, aux traits un peu lourds, ses yeux vifs brillaient encore avec plus d'intelligence, et de malice. D'esprit souple et riche, comme un Slave, il avait pourtant dans la discussion quelque chose de la logique et de la certitude mesure de l'esprit occidental. Il aimait faire la preuve de ses connaissances, citait Virgile, le rcitait, et discutait sur nos auteurs; d'ailleurs, nul pdantisme. Hardi, entreprenant, il tmoignait une sorte de ddain aristocratique pour ceux qui restent la maison. Il aurait dit volontiers, avec le moujik, que le foyer rend bte et le voyage instruit: _Pitchka prolchit, doroga outchit._ Surtout il se montrait tout propos convaincu de la grandeur de l'Empire, de la supriorit de sa race et de l'avenir du slavisme. [Illustration: Les petits garons du wagon-restaurant s'approvisionnent (page 218).--D'aprs une photographie de M. Thibeaux.] Le soir, lorsque l'lectricit illuminait le train, la gaiet devenait plus bruyante. C'tait l'heure o tous se trouvaient; dans la journe, les spectacles qu'offrait le pays distrayaient bien des esprits, mais personne ne rsistait plus la gaiet d'tre ensemble. C'tait dans le wagon-restaurant que la socit se runissait. Aprs le repas, lorsque la fume des cigarettes emplissait la salle et que les verres de th circulaient, les conversations devenaient plus vives, les voix s'levaient peu peu, et les rires. Le gros guide de l'Amricain pressentait un plaisir, courait chercher son Monsieur. Une demoiselle allemande se mettait au piano, attaquait une fois encore le dbut du _Pas de quatre_.--Le pasteur-banquier s'essayait jouer _la Marseillaise_, et le gros homme se mettait chanter.--Les enfants couchs, la demoiselle en rouge et sa soeur venaient prendre le th; les autres voyageurs peu peu envahissaient la salle, et par la porte entrebille de l'office, on voyait le matre d'htel et les employs du train, qui se bousculaient pour voir, ou qui se jetaient en arrire pour rire l'aise. Toute la nuit, le train avait suivi les longs mandres des rails dans l'Oural, et nous avons pu voir encore, dans les brouillards du matin qui s'allgeaient, les rivires aux lits encombrs de pierres, les forts sombres et les hautes parois dchiquetes de la montagne; puis les dernires collines ont bleui l'horizon, et nous sommes entrs dans la plaine. Trois jours de lent voyage jusqu' Tomsk, trois jours de dorlotement doux et continu dans la grande maison roulante. [Illustration: migrants prenant leur maigre repas pendant l'arrt de leur train (page 228).--Photographie de M. A. N. de Koulomzine.] Avant Tchliabinsk, nous nous plaisions retrouver un peu de la prcision et de la fracheur des paysages ouraliens. droite de la voie, de grands lacs riaient la lumire, et tout l'entour de leur resplendissement, sur les pentes qui les bordaient, les isbas taient rassembles en de grands villages, comme dans la montagne, le long des rivires. C'taient l, de loin en loin, comme de petites nations, des mondes isols. La barrire de l'Oural, sous la ligne claire du soleil, fermait un ct de l'horizon; de l'autre, des brumes blanchtres s'amassaient, et l'on aurait cru que leurs gazes et leurs mousselines montaient d'une valle lointaine. Plus loin, c'tait le steppe. De chaque ct du remblai, il droulait son tendue jusqu' l'horizon. Partout l'herbe avait pouss, dans sa varit riche, dans sa puissance non contrarie. On dit qu'elle est superbe, lorsqu'au printemps, hors de la boue des neiges fondues, elle fait jaillir du sol ses floraisons clatantes. Mais elle tait belle alors encore, aprs que juillet avait commenc de la desscher, avec ses fleurs rouges ou bleues, demi-fanes, avec ses tiges jaunies que le poids des baies avait courbes, et pourtant si hautes encore qu'elles atteignaient le poitrail des chevaux, et que les hommes y baignaient jusqu' la ceinture. Quand le vent s'levait, il gonflait ses vagues mouvantes, et leur houle gristre venait battre le chemin droit qui la coupait comme une digue. Parfois, des bois de bouleaux mergeaient, comme des lots dans la mer, des grandes herbes, et nous aimions leurs jeunes taillis, avec leurs troncs blancs, leurs petites branches tordues et grles, leur feuillage gristre et frmissant. Parfois aussi, c'taient des lacs, d'un bleu sombre, ou qui refltaient les volumineuses lueurs du crpuscule. Mais bientt recommenait la plaine. C'tait aux heures de midi surtout qu'elle faisait clater sa puissance. travers l'air immobile, des niasses lourdes de chaleur s'affaissaient sur elle, et l'on aurait dit qu'elle frmissait toute, et s'offrait plus entire aux flamboiements du soleil. Les taillis de bouleaux semblaient plus petits et plus humbles, une touffe d'herbes un peu plus haute: tout se perdait dans l'unit de cette tendue. Et tout entire elle crpitait de vie. On entendait un murmure vague et formidable, qui sortait du remuement des hautes herbes: froissements de tiges et chocs de fleurs, bruissement des sauterelles, et grsillement de milliards d'insectes, qui luisaient sous le soleil comme des molcules de lumires. Puis le crpuscule venait; la lumire d'or se diffusant d'abord dans tout l'horizon, le flamboiement des nuages, les dgradations infinies des teintes, dans l'enveloppement d'une bue rougetre, et tout enfin, quand les dernires lueurs s'taient teintes dans le ciel vaporeux et diaphane, cette lumire vert ple qui persistait jusqu'au jour. Dans la molle tideur de la nuit, la vie s'apaisait; mais le frissonnement de toutes ces petites existences montait encore de chaque touffe dans l'immensit sans cho. Tranquilles d'me, dans le bercement indolent du wagon, nous avons pass l des heures dlicieuses de rverie: ce n'tait plus le voyage haletant travers les villes, les monuments qu'il fallait voir, les souvenirs qui se rveillaient: nous nous abandonnions tout entiers l'influence douce de la puissance de la plaine. d'autres heures, son immensit effrayait; sa fcondit nous semblait mauvaise, dvoratrice d'efforts, useuse d'hommes, et toute notre tendresse se reportait sur les villes, sur les gares, sur tout ce qu'il y avait d'humanit tenace, groupe l contre le rail. Rien n'est plus beau, en effet, que la concentration des efforts autour de ce chemin de fer que les ingnieurs ont tendu tout droit travers le steppe. Autrefois, les marchands s'en allaient en longues caravanes vers Kazan, vers Nijni, porter jusqu'en Europe le th et les fourrures, les produits de Chine et de Sibrie. Maintenant, c'est vers la grande ligne, vers les quelques villes qui la jalonnent que tous portent leurs pas; les trains, perptuelles et rgulires caravanes, recueillent aujourd'hui les denres de l'Asie, et nous avons vu les interminables files de chariots, ou les chameaux qui les apportaient vers les gares. Il se peut qu'une raison politique et militaire ait dcid la construction de la nouvelle ligne, mais aujourd'hui le commerce s'en empare, et c'est avant tout l'oeuvre de colonisation qui s'accomplira par elle. Aux gares, nous rencontrions, de temps en temps, les trains habituels qui attendaient que le ntre ft pass. C'taient, ct des tchinovniks et des autres riches passagers, la mme foule que sur le pont du _Sviatoslav_: les marchands d'Orient, au teint bronz, aux yeux brids, aux cheveux crpus, toujours envelopps de leurs longs manteaux, avec un bonnet d'astrakan, ou sur le sommet de la tte une riche calotte de velours,--des Kirghizes, indignes, aux yeux vifs, au visage profondment rid, la barbe frise, et que l'on voyait aussi le long de la voie sur leurs petits chevaux nerveux, ou devant leurs huttes; enfin, la foule des travailleurs russes, paysans migrs, marchands, ouvriers de la voie. [Illustration: L'ameublement du wagon-restaurant tait simple, avec un bel air d'aisance (page 218). Photographie de M. A. N. de Koulomzine.] Les gares remplaaient les caravansrails; beaucoup y logeaient, attendant le train qui devait les emmener; tous y arrtaient pour les repas. De deux heures en deux heures, elles apparaissaient longtemps l'avance, l'horizon du chemin droit et blanc. Elles se ressemblaient toutes. Derrire de longs quais de bois, au milieu d'un petit jardin dont les fleurs voyantes tiraient les yeux, une maisonnette, aux boiseries dcoupes, dressait son toit rouge ou vert. Elle tait presque tout entire occupe par le buffet, salle commune de ces nouveaux relais, o les voyageurs mangeaient et dormaient. Sur les murs, un tronc surmont d'une image dore reprsentait l'glise construire et mendiait une aumne aux voyageurs. Devant la gare ou sous un abri spcial, un tonneau contenait de l'eau potable, et un norme samovar versait l'eau bouillante dans les thires. Prs de la station, quelques isbas, la plupart en construction; les villages sont toujours loin dans les terres et il s'en construit l de nouveaux. presque toutes les gares, il se forme spontanment un petit march. Sur une table de bois ou sur la terre, devant elles, les paysannes disposent des gteaux de miel, du pain blanc ou noir, des melons d'eau et des pastques, des poissons sches ou des saucissons, des pommes de kdre et des graines de tournesol, que les Sibriens ou les Russes grignotent toute la journe, des fruits sauvages, semblables des groseilles; parfois il y avait des oeufs, de petits oeufs comme ceux des poulettes anglaises, des oeufs frais! qui ne voyageaient pas dans les coffres d'un wagon depuis six jours. Sur une assiette, un jour, une marchande nous offrit exactement une trentaine de petits pois cosss. C'taient des femmes du pays, grandes et fortes, aux traits vagues comme ceux des Russes, au visage marqu de taches de rousseur, aux yeux bleus, clairs et sans profondeur: la fatigue prcoce des femmes qui travaillent les avait enlaidies, toutes jeunes encore. Elles portaient par-dessus leur chemisette une simple jupe voyante, qui les serrait la taille, et s'enveloppaient tout le haut du corps d'un grand chle, d'clatante couleur. Des enfants, des bambins, venus peut-tre d'un village loign, offraient une bouteille d'un lait pais, crmeux, ou de petits pains noirs qu'ils vendaient 1 kopeck; dans leur visage bouffi par la misre, le sourire immuable de la race restait marqu. [Illustration: Les gendarmes qui assurent la police des gares du transsibrien.--Photographie de M. Thibeaux.] Plus prs du train, plus attentif au voyage de la caravane nouvelle, tout un peuple d'ouvriers ou d'employs formait sur le quai des groupes bariols et actifs; sur les piles de bois alignes, pendant prs d'un kilomtre, avant ou aprs la gare, et sur le tender de la locomotive, on voyait une chane de moujiks et des bches qui volaient, de blouse rouge en blouse rouge, jusque sur la machine. Au matin, toute une quipe faisait la toilette du train: les uns montaient sur les wagons, et l'aide d'un seau accroch une longue corde, emplissaient les rservoirs; d'autres manoeuvraient une pompe bras pour recharger la locomotive; d'autres encore inspectaient les graisseurs et faisaient sonner les cercles des roues. Toute une bande de femmes, arme de seaux, de chiffons et de balais, envahissaient les wagons et lavaient les couloirs.--Le chef de gare, en casquette rouge, surveillait ce travail, tout en causant avec le chef de train, en tunique noire lisrs violets, avec les ingnieurs ou avec quelque voyageur. Immobiles et droits en arrire, deux ou trois gendarmes du train, des hommes superbement btis, en uniformes bleus brandebourgs rouges, et surmonts d'une toque rouge haute bordure d'astrakan et plumet. Toute cette activit, ce fourmillement des hommes et des couleurs, nous paraissait plus minuscule et plus cher dans l'immensit du steppe. Longtemps, lorsque de nouveau, sur la voie toute droite, l'horizon attirait le train, nos yeux restaient attachs ce petit point rouge ou vert, qui dsignait encore le toit aigu de la station. Et sur le blanc remblai qui avait coup la plaine, le convoi roulait de nouveau. On sentait alors l'importance de la route nouvelle qui pntrait la terre de fcondit, et nous songions que peut-tre, un jour, dans les esprits innocents des peuplades d'Asie, le chemin de fer aurait sa lgende, comme la sainte mre Volga. [Illustration: L'glise, prs de la gare de Tchliabinsk, ne diffre des isbas neuves que par son clocheton (page 225).--Photographie extraite du guide du transsibrien.] Point de villes, point de villages: toujours le steppe, o les poteaux des verstes se succdent monotones. peine, dans tout ce long voyage, deux ou trois grandes gares, et quelques heures d'arrt. Les villes sont loin, toujours, parfois 4 kilomtres de la gare qui porte leur nom, et il en rsulte qu'un faubourg se forme l pour le commerce, pour le repos des voyageurs, pour l'abri des ouvriers, villages d'auberges et de campements qui supplanteront un jour les villes anciennes. Tchliabinsk, nous avons err au milieu des isbas nouvelles, groupes leur aise dans la plaine unie et sablonneuse qui semble aboutir l. C'est comme la premire tape de la civilisation; c'est le point d'migration o tous les paysans attendent que les fonctionnaires aient rgl leur sort. C'est l aussi, sous ces hangars que longe la voie, que toutes les marchandises attendent parfois pendant plusieurs semaines d'tre diriges vers l'Europe. Au bord de la grande route, que suivent les longues files des _tlgues_, on a l'unique impression d'un arrt, d'un bivouac o chacun sait qu'il faut aller plus avant.--Ici comme Omsk, comme Taga, comme dans tous les groupes d'isbas que la grande ligne a fait jaillir de terre, une glise de bois a t ajuste; avec ses poutres quarries, elle diffre peu des isbas neuves, mais elle est surmonte de clochetons bulbeux et de croix grecques. Nous sommes entrs: on sentait l'odeur d'un office rcent, et les rayons clairs, qui entraient par la fentre, illuminaient une atmosphre encore alourdie d'encens. De ce petit sanctuaire, il transpirait un air d'humilit, mais d'une humilit coquette, rieuse, orthodoxe. Le sacristain a pris plaisir nous montrer les ornements en perles, les fleurs en papier et, sous une vitrine, le cercueil de Pques que l'on expose au Vendredi-Saint. Tout cet attirail du culte, nous le connaissions pour l'avoir vu chez nous, dans les greniers des presbytres villageois, mais il tait ici plus respect. [Illustration: Un train de constructeurs tait remis l, avec son wagon-chapelle (page 225).--Photographie de M. A. N. de Koulomzine.] Le lendemain, c'tait Omsk que nous passions; le train a franchi l'Irtych sur un long pont de fer de 800 mtres de long, et nous avons aperu la ville au loin, sur la rive droite. Ici, c'tait encore une grande gare, caravansrail et entrept. Entre le fleuve et la station, un campement d'ouvriers blottissait contre la voie ses huttes recouvertes de terre. Un train de constructeurs tait remis l, avec ses dortoirs, avec son wagon-chapelle. Cette gare, ces hangars, cette grande roulotte, et tout l-bas ces btiments blancs, dont les faades dominaient les toits de la ville, tout marquait un nouveau point d'appui pour les colonisateurs. Devant la gare, le faubourg s'tendait; dans des cabanes, des paysans vendaient des poissons schs, du lait et des fruits; une glise tait en construction, et nous sommes monts sur les poutres pour mieux dcouvrir la ville. Comme on devait les aimer, ces villes dans l'immensit de la plaine! Elles n'taient pas encore comme en Occident des agglomrations productrices, mais dj des lieux de runion, des marchs, des foires continuelles, o les hommes se retrouvaient, o, par le contact de tous, les marchandises devenaient des valeurs. Dans les hangars de Tchliabinsk, les marchandises attendaient pour passer l'Oural; Petropavlosk, une caravane de chameaux venait lentement vers la gare. Dans des stations, souvent modestes, nous avons vu de grands amoncellements de sacs blancs et de forme plate; les trains de marchandises en taient chargs, et les tlgues, sur les routes, douze, quinze, vingt ou trente en file, pliaient sous leur poids. C'tait le bl, un petit bl, au grain dur, comme le bl irka de la Crime. Et cependant nous n'avions aperu, du train, que des champs peu nombreux, de petits rectangles plus gris dans l'immensit du steppe. Qu'adviendra-t-il quand tout sera mis en culture, quand des millions d'migrants russes auront retourn la terre, quand les chemins seront devenus plus commodes, quand au lieu de passer par Moscou, il s'coulera par les lignes nouvelles de Samara la mer Noire, on quelques jours? Qu'adviendra-t-il de nos marchs, et comme les mesures de protection auront peu d'efficacit contre la pauvret surproductrice du peuple jeune! Et lorsque ces penses nous envahissaient l'esprit, nous nous prenions aimer davantage toute l'activit de la route paisible qui crait des nations et rvolutionnait le monde. Ces gares et le grouillement de leur foule bigarre, cette voie et le travail qu'elle suscitait, les ponts, ponts de bois fleur d'eau et dont toutes les poutres craquaient sous la lourdeur du train, ponts de fer monumentaux sur le Tobol, sur l'Irtych et sur l'Ob, tout cela nous devenait plus prcieux. C'tait surtout une joie vive que la rencontre de ces larges fleuves qui pntraient le continent, et qui venaient nouer leur oeuvre de commerce celle de la grande ligne. Le dernier soir, nous avons travers l'Ob; longtemps l'avance, une teinte bleue lgre, qui coupait le ciel avant l'horizon, nous avait dsign sa valle. Puis, aprs une station, le train s'est engag lentement sur le pont, et nous avons domin le fleuve. Il tait large de prs de 1200 mtres, divis en deux bras, par une le de sable, o se dressaient de noirs sapins. Sous le soleil chaud de cette soire, entre les deux gares qui bordaient son pont, il nous apparaissait plus puissant encore, plus dispensateur de civilisation et de fcondit. * * * * * la gare de Samara, comme nous attendions le Transsibrien, nous avions remarqu des hommes, des femmes, des enfants, couchs dans une salle, l'entour de la vaste bouilloire en cuivre rouge qui tait le samovar de la station. Ils taient l, ple-mle, parmi leurs misrables bagages, comme des paquets de haillons; leurs vtements taient crasseux, et les vives couleurs avaient pass; les touloupes qu'ils emportaient luisaient de graisse. Des millions de mouches assigeaient cette misre, se posaient sur les hardes et sur les hommes, sur le visage des enfants, pauvres petits tres chlorotiques qui ne prenaient plus la peine de les chasser. Quand on entrait, l'odeur violente de la misre russe et la fume des cigarettes saisissaient la gorge. Sur le quai, on entourait un vieux moujik: de longs cheveux gris et boucls encadraient son front rid; dans son visage bronz, les pommettes faisaient saillie et, profondment, les yeux bleus luisaient. Une barbe blanchissante coulait sur sa poitrine entre les deux cts de la touloupe ouverte. Sous la touloupe, il portait la blouse rouge et le pantalon bouffant; des lacis de toile entouraient ses jambes. D'une voix douce et chantante, il racontait que dans le Gouvernement de Kazan toutes les rcoltes avaient brl, qu'il tait all plus loin en voyage d'exploration pour voir des terres; et maintenant il revenait, il retournait chercher toute la famille qui allait partir s'installer l-bas. [Illustration: Vue du Stretensk: la gare est sur la rive gauche, la ville sur la rive droite. Photographie de M. A. N. de Koulomzine.] Ils taient 200000, cette anne-l, qui partirent pour la Sibrie, pendant les quatre mois de l't, et que l'on rencontrait en troupes ingales, rpandues sur tout le parcours. Depuis que Gregori Strogonoff s'tait heurt, pour la premire fois, aux peuplades asiatiques, et que le kosak Irmak Timofvitch avait envoy Ivan le Terrible la couronne de Sibrie, le peuple russe tout entier se sentait attir par l'horizon nouveau du steppe; les monts de la Ceinture ne l'arrtaient point; il sentait, par del, l'immensit qui tait lui. Malgr le servage, malgr les peines svres qui frappaient les fuyards, des aventuriers, des paysans plus pris de libert, partaient; ils savaient passer les monts, se cacher, se terrer dans la taga, et des communauts russes furent retrouves plus tard la frontire de Chine. De hardis chasseurs cherchaient les fourrures; d'autres l'or et les mtaux, et les kosaks tablissaient leurs _ostrogui_. C'tait comme un retour vers l'Asie qui commenait. Et toute la masse paysanne, rive la glbe, secouait son frein, voulait partir, puisque la plaine amie l'invitait au voyage, puisque l'horizon la demandait. Il fallait des mesures terribles pour la tenir l. [Illustration: Un point d'migration (page 228).--Photographie de M. A. N. de Koulomzine.] Enfin, aprs des sicles, l'oukase parvint, l'oukase tant attendu, si souvent annonc, qui dclarait les paysans libres; cette fois, il n'tait point faux. Mais il leur fallait encore acheter cette libert, payer des droits. Ils payrent donc, et quand ils eurent pay, quand le chemin de fer qu'on n'avait point fait pour eux eut trac une facile et large route au travers de l'Asie, la race se rveilla joyeuse; d'une irrsistible pousse, les forces naturelles, longtemps contenues, augmentes de tous les progrs modernes, exaltes par leur libert, se prcipitrent. Grande masse instinctive qui accomplit sans la connatre et sans la vouloir sa besogne prodigieuse! Ils n'migrent point, comme les Allemands, pour crer des dbouchs nouveaux au commerce de la mtropole, rpandre leur langue et partout le respect de leur nation! Ils vont plus loin, parce que la foudre a brl les isbas, parce que l'incendie a ravag les moissons, parce qu'il n'y a plus assez de terres pour la population augmente des mirs. Ils vont plus loin, parce qu'il y aura peut-tre, l-bas, des terres o de grands propritaires ne feront pas de procs aux petits moujiks imbciles, o tout le sol, tout l'usufruit du sol appartiendra aux moujiks; ne dit-on pas dans les villages que le labeur est moins rude l-bas, que la terre est plus fertile avec moins de peine, et que toute la rcolte appartient qui la cultive? Et ils vont plus loin, comme les raskolniks et les stranniki, pousss, eux aussi, par leur rve mystique, stimuls par leur dsir de l'ge nouveau, cherchant de steppe en steppe la cit idale, le pays des justes, comme le hros de Gorki;--agissant d'instinct, surtout, sans souci jamais du lendemain, la conscience ferme, comme le torrent qui descend la montagne, comme le fleuve qui a crev ses digues! Que trouvera-t-il au bout de son espoir? La loi du 2 dcembre 1896 l'a rgl: l'migrant russe va d'abord gratuitement visiter les terres; puis il emmne sa famille. Parfois ce sont des mirs entiers qui s'arrachent au sol et vont tablir ailleurs la nouvelle communaut. La terre concde demeure la proprit de l'tat; mais le paysan en a l'usufruit. Chaque migrant masculin reoit 16 hectares 5 ares de terre; on lui fait une avance de 30 roubles; on lui donne le bois pour construire l'isba. Depuis ceux qui revenaient du voyage d'exploration ou qui attendaient le dpart, dans le caravansrail de Samara, jusqu'aux paysans de Sibrie que nous avons vus au march de Tomsk, nous en avons trouv chacun des moments de l'migration. Un soir, la gare d'Oufa, il y en avait qui attendaient un autre train pour passer l'Oural; la pluie tombait, et les lampes du _Transsibrien_ rpandaient une lueur triste sur le bitume mouill. Ils taient tous, quinze ou vingt peut-tre, entasss ensemble sur le quai; un monceau de femmes et d'enfants, envelopps dans les touloupes, tendus l comme des cadavres. Une moiteur humaine s'exhalait cependant de ces paquets de haillons. La gare, trop petite, tait pleine, et le train ne partait que le lendemain cinq heures. Tchliabinsk est un point d'migration: c'est l que l'administration russe rgle le sort des communauts ou des individus; sous les hangars de la station ou dans les baraquements, la foule s'entasse en attendant que les passeports soient vrifis, les terres assignes. On les recueille, nous dit-on, dans des constructions semblables l'asile de Nijni; on les soigne, on les chauffe, on les nourrit, et c'est de l qu'on les dirige, par des voies diverses, vers les terres nouvelles. Comme nous nous promenions dans toute la gare, nous en avons vu qui allaient repartir, les formalits accomplies; ils souriaient tous, heureux de l'attente enfin termine, heureux des champs qu'ils allaient ensemencer. Dans un autre coin, un moujik qui revenait d'exploration et qui avait peut-tre un peu trop bu de la blanche vodka, dlieuse des langues, plaisantait, nous raillait de payer beaucoup de roubles pour voyager, alors que lui, pauvre moujik, allait et venait gratuitement et, dans sa quatrime classe, arrivait tout comme nous. Plus loin, dans une petite station, un groupe avait camp; avant de construire l'isba, ils avaient dress prs de la voie quelques abris de feuillage. Deux hommes sont venus d'abord, curieux de mieux voir le train et les voyageurs, puis des enfants qui couraient pieds nus, des femmes aux yeux clairs, aux traits plus rguliers et plus dlis que ceux des Grands-Russiens. Ceux-l venaient de Mohilef. Plus loin encore, des isbas taient en construction; des moujiks apportaient sur leurs paules les troncs de sapin quarris, d'autres les ajustaient. Ici encore, ils ne rcolteraient rien avant un an, et les femmes apportaient aux voyageurs des baies rouges et des pommes de htre, pour gagner quelques kopecks. Et partout, au long de la ligne, on rencontrait leurs trains, les wagons rouges de quatrime classe, avec leurs petites fentres, et qui ressemblaient aux roulottes de nos bohmiens errants. Ils taient entasss l, heureux pourtant, si, dans les gares, le samovar versait l'eau chaude en abondance, et s'ils pouvaient trouver des poissons schs ou des fruits. Ce qui nous frappait surtout, c'tait la constante charit des voyageurs; toutes les gares o nous trouvions des migrants, ils nous avaient appris distribuer aux femmes des morceaux de pain, des kopecks aux enfants. Jamais les migrants ne demandaient; jamais les regards ne convoitaient; c'tait en tous la mme insouciante rsignation. Cependant, la misre tait grande, quand il avait fallu quitter le village incendi, les champs dvasts, ou que la famine, dcimant les mirs, les avait bouts hors la province. Mais si dveloppe que soit la charit des hautes classes russes, la collaboration qu'elle cre entre tous n'est point suffisante; elle ne saurait empcher bien des forces d'tre perdues, dans leur libre expansion, sur la terre d'Asie. En poussant instinctivement de ce ct, ds l'instant o il a t dgag de la terre, le moujik a dtermin de nouveau l'avenir de la race; il a tran derrire lui le Gouvernement et les hautes classes, tous ceux qui dtournaient trop souvent leurs regards vers l'Occident; il les a forcs de le suivre, d'aider son oeuvre de leurs efforts et de leur science. Celui qu'ils avaient nglig ou moqu, qu'ils avaient voulu plier toutes leurs conceptions de politiciens occidentaux, les a domins son tour, parce qu'il est rest plus prs de la nature, parce qu'il a obi plus fidlement leur instinct de race! Tandis qu'ils taient incertains du modle, qu'ils forgeaient des plans de socit, le moujik a agi, et tous se sont reconnus dans son action.... Mais qui sait si tout l-bas, la limite de l'Asie, les combinaisons ambitieuses n'ont point, de nouveau, compromis l'avenir? Qui peut dire si l'oeuvre pacifique de la race sortira intacte de la lutte prsente? (_ suivre._) Albert THOMAS. [Illustration: Enfants d'migrants (page 228).--D'aprs une photographie de M. Thibeaux.] Droits de traduction et de reproduction rservs. TOME XI, NOUVELLE SRIE.--20e LIV. N 20.--20 Mai 1905. [Illustration: Un petit march dans une gare du transsibrien.--Photographie de M. Legras.] LA RUSSIE, RACE COLONISATRICE[4] IMPRESSIONS DE VOYAGE DE MOSCOU TOMSK, [Note 4: _Suite. Voyez pages 181, 193, 205 et 217._] Par M. ALBERT THOMAS. V. -- Tomsk. -- La mle des races. -- Anciens et nouveaux fonctionnaires. -- L'Universit de Tomsk. Le rle de l'tat dans l'oeuvre de colonisation. [Illustration: La cloche luisait, immobile, sous un petit toit isol (page 236).--D'aprs une photographie de M. Thibeaux.] Tomsk, o notre voyage aboutissait, nous avons eu la sensation de ce que devrait tre toute l'oeuvre russe, si elle tait bien conduite: le moujik colonisateur pntrait les autres races; les hautes classes l'aidaient par leur hardiesse dans les entreprises, par leur dvouement dans les fonctions publiques; le Gouvernement dirigeait et rglait les efforts. Et c'tait une oeuvre de civilisation, o la race qui colonisait se dcouvrait elle-mme, dans l'exaltation de ses forces, fixait son caractre et se grandissait par l'action. Cette Sibrie occidentale, cette plaine immense avec ses bouquets de bouleaux, ses fleuves analogues ceux de la plaine europenne, qu'tait-elle autre chose qu'une Russie exagre, et o il fallait refaire en plus grand le travail qui avait fait la Russie? C'est pour cela que la force du peuple s'y exerait plus obstinment coloniser et que l'intelligence y multipliait les oeuvres. Nous tions arrivs tard la gare de Taga, o M. M... et le commandant N... nous avaient quitts; ils devaient suivre plus loin la grande ligne. Puis, pendant toute la nuit, le train nous a cahots lentement, sur les 65 kilomtres qui sparent Tomsk de Taga. Au matin, on nous a rveills: nous tions devant une station blanche. Nous nous sommes levs, nous avons rassembl nos bagages, et M. Orloff a siffl des isvotchiks; Tomsk, comme toute ville sibrienne qui se respecte, tait cache quelques verstes de sa gare. Un tronon de route conduisait jusqu' une plaine vague, l'herbe rare et jaunie, o les conducteurs de voitures s'taient fait un chemin leur gr. Des deux cts de la route primitive, que des prisonniers taient occups remblayer, transformer en chausse solide et dfinie, les sinuosits des ornires marquaient dans la boue ou la poussire les chemins les plus usits; les frles drojkis ou les tlgues manquaient tout instant de culbuter dans des fondrires. la moindre pluie, cette plaine n'est plus qu'un vaste marcage, o les roues disparaissent tout entires. Quelques maisons se sont tablies l, pourtant; des isbas sales, groupes autour d'une mare, sur le bord de la route, des traktirs borgnes, des marchands de fruits ou des fabricants de cercueils, tout un quartier d'aspect peu sr, comme toujours ces alentours de gares sibriennes, sans administration ni police, o l'assassinat est frquent, o la nuit, comme nous disait un Russe, les moujiks ont coutume de demander les _papiers_. Puis nous sommes passs prs d'une glise clochetons verts, et dont la cloche luisait, immobile, sous un petit toit isol. Enfin, par une pente rapide o les cochers ont lanc leurs chevaux, nous sommes descendus dans la ville. Dans une valle que les collines de la rive droite de la Tome largissent en cet endroit, elle a group ses maisons grises et ses toits verts, tantt arrts au pied des hauteurs, tantt envahissant leurs montes jauntres quand elles se rapprochent du fleuve; des dmes d'or n'y flamboient pas, mais comme dans un village, les murailles plus blanches de quelques glises ou la vive verdure d'un jardin illuminent d'un peu de gaiet cette mlancolie. Il y eut bientt un coin de la ville que nous connmes mieux, un coin dlicieux que nous avons affectionn davantage, durant les quelques jours que nous y sommes demeurs. C'taient les environs de notre htel, l'htel d'Europe. Dans une sorte de foss, de vallon minuscule, et qui faisait songer une carrire abandonne depuis longtemps, un ruisseau coulait, l'Ouchaka, qui coupait la ville en deux. Il roulait encore en cette saison un peu d'une eau malpropre, o des blanchisseuses cependant lavaient leur linge. droite, cette dpression du sol tait borde par une large rue, une place plutt, limite par toute une range de boutiques basses, d'o parfois la muraille nue d'une glise ou la faade rgulire d'une maison moderne s'levait. D'un ct, cette rue menait au pied de la colline, tantt grise, tantt gaye par les teintes claires d'un jardin; une chapelle blanche y riait sous le ciel chaud. De l'autre, elle aboutissait dans une vaste place, devant la berge de la Tome. L, une glise allongeait son mur, dont les fentres, ornes de vitraux, laissaient venir jusqu' la rue le bruit des offices. C'tait une assez grande glise, mais elle avait un air pauvre et dlabr. Dans ce pays o les plus simples sanctuaires ont un aspect neuf, o l'on rebadigeonne sans cesse les cathdrales du Kreml et les vieilles peintures, on prenait plaisir voir ces murs, dont les pltres tombs avaient mis la brique nu, ces ornements d'or plis et cette teinte bleue du dme, ternie par le rude climat. [Illustration: Nous sommes passs prs d'une glise clochetons verts (page 230).--Photographie de M. Thibeaux.] De l'autre ct de la rue, ou plutt dans le milieu mme de la chausse, de petits arbres entouraient la chapelle d'une icne, tincelante de lumire. Elle tait prcde d'un long abri, o de nombreux fidles pouvaient se prosterner. Parfois, la voiture de l'icne stationnait l, une berline attele de trois chevaux, o les moines la transportaient, quand des particuliers dsiraient la recevoir, pour attirer sur leur demeure des bndictions. Plus loin, c'tait la place avec de petites halles, comme dans nos villes de province, avec un march en plein air, trs anim; tout autour, des maisons plus serres, plus hautes et plus blanches: un nouveau quartier de commerce. Quelques pas encore, et l'on dcouvrait le cours de la Tome, une rivire bleue, plus large que notre Seine. Elle miroitait gaiement au soleil et se mlait la plaine, dans un horizon qui semblait tout proche. La ligne verte de l'autre rive, plus leve, bornait le regard, et comme rien ne la dpassait, comme c'tait partout au-dessus d'elle l'immensit vaste du ciel, l'imagination retrouvait la plaine qui recommenait. distance peu prs gale de la colline et de la Tome, une autre rue joignait la premire au coin de l'htel d'Europe, et sur un pont de bois qui grondait sourdement au galop des trokas, elle franchissait l'Ouchaka. Elle venait, large et droite, depuis l'extrmit de la ville, depuis l'horizon clair qu'on apercevait l-bas, entre les deux ranges des maisons basses et leurs trottoirs de bois. Des files interminables de charrettes s'avanaient, par trente, par cinquante, comme de longues caravanes, au pas lent des petits chevaux, attachs souvent la voiture qui les prcdait, et les blouses rouges des conducteurs se dandinaient ct. Comme Tchliabinsk, comme Omsk, on avait sur cette route l'impression du plus loin, du plus avant, toujours; Tomsk n'tait encore qu'un campement, une auberge sur la longue voie que suivait l'migration. Par del l'Ouchaka, la route borde d'une barrire contournait un instant la petite valle creuse par le fleuve, puis montait toute droite vers la haute ville, o se groupaient, comme en un Kreml non fortifi, la cathdrale et le palais du gouverneur, l'Universit et les btiments administratifs. C'tait de l que descendaient les fils du tlgraphe et du tlphone, et leur rseau enveloppait la ville. Quand venait le soir, les lampes lectriques, suspendues deux poteaux, rpandaient en cercles leurs lueurs bleues. [Illustration: Tomsk a group dans la valle ses maisons grises et ses toits verts (page 230).--Photographie de M. Brocherel.] Grandes routes ou petits chemins, les rues de Tomsk taient toutes semblables: une simple bande de terrain que l'on n'empierre sans doute jamais, limite par les maisons qui la bordent, et, pendant l't, rarement praticable aux pitons, soit que la pluie en ait fait un marcage infect, soit que le soleil, schant la boue, y amoncelle la poussire. Par bonheur, il y avait les trottoirs, des trottoirs en bois, levs au-dessus de la chausse, et o l'on monte par des escaliers de deux ou trois marches. C'est sur cette estacade improvise au-dessus de la mer de boue qui envahit les rues, que nous pouvions faire quelques promenades travers la ville. De distance en distance, aux carrefours, en particulier, un parquet de bois, que la boue couvrait parfois, runissait les deux trottoirs et permettait de traverser la rue. Les maisons taient basses, avec des boutiques en sous-sols et de grandes enluminures d'enseignes. Une odeur de fruits s'en exhalait, parfois l'odeur des petites pommes vertes qui se vendaient partout, sur les tals du march, dans les gares du Transsibrien, aux dbarcadres de la Volga. Mais plus que la ville, le peuple, la rue nous charmait. Ce n'tait plus le bonheur naf et demi mystique du moujik de Moscou, quand il se confondait dans la saintet de la ville; le travail tait l comme plus positif: chacun paraissait plus ardent sa tche, dfinie et limite. Les porteurs d'eau descendaient vers la Tome, avec leur petit cheval et leur tonneau; ils entraient dans le fleuve, et debout sur le rebord de leur vhicule, l'aide d'une large cope, ils remplissaient le tonneau; puis, dans la boue, tous les muscles tendus, les petits chevaux nerveux gravissaient la berge. Sur le bord de l'Ouchaka, quatre ou cinq isvotchiks formaient toujours comme une station de fiacres; ou les entendait toute heure changer leurs plaisanteries, mais le moindre coup de sifflet les mettait en moi, et, rivalisant de vitesse, ils galopaient comme des cochers antiques, caracolaient devant le client, qui choisissait. Le matin, ils descendaient eux aussi dans la Tome et lavaient leurs voitures. Dans les rues, les marchands de kvass sollicitaient un achat; d'autres offraient des graines de tournesol, des sortes de prunelles et des pommes de kdre. Et sur les trottoirs, il y avait des groupes de gens assis, causant ou grignotant des graines: c'taient des dvorniks et des commissionnaires, toujours prts courir pour quelques kopecks. De nos promenades parmi cette foule mle, nous avons gard une impression bizarre de mfiance et de curieuse amiti. C'est que cette ville abritait, en effet, des individus de toutes nations, de toutes classes, de toutes qualits. Au milieu des Russes, des Polonais, qui sont nombreux ici, dit-on, et que nous ne savions discerner, on rencontrait des indignes asiatiques, des Kirghizes ou d'autres races amenes l, des hommes au teint bronz, aux cheveux noirs, aux yeux vifs, vtus de longs manteaux, coiffs de toques fleurs et que nous appelions d'un seul nom: des Tatars. a et l, quelques Chinois, presque aussi rares qu' Nijni, veillaient l'attention. Ils vendent librement du th et des peaux, et font clandestinement le commerce de l'or. On nous dsignait aussi des Sibriens plus vigoureux, plus massifs que les Russes: ils avaient, en gnral, le teint basan, moins ple; les femmes taient lourdes et fortes, sans beaut, et notre ami K... en tchinovnik insolent, leur lanait au passage un Sibirskaa! de mpris. Il faut convenir d'ailleurs avec Catherine II que les beauts de Iaroslav sont bien autre chose que les femmes sibriennes. [Illustration: Aprs la dbcle de la tome, prs de Tomsk (page 230).--D'aprs une photographie de M. Legras.] Avec cette population confuse, Tomsk apparat d'abord comme la ville orientale, le march constant o les nomades, venus de loin, rencontreront les marchands. Mais en mme temps que cette affluence, Tomsk a d recevoir d'autres activits, qui ont augment l'pret des luttes; cot des migrants, des entrepreneurs, des tchinovniks, dont la foule s'est entasse l depuis cinquante ans, toutes les annes lui ont amen des aventuriers et des condamns. C'taient des aventuriers dj, ces brigands des rives du Don, que le kosak Irmak Timofvitch avait entrans avec lui la conqute des rgions nouvelles; et la Russie n'a cess de produire de ces _conquistadores_, de ces hardis coureurs, moiti brigands, moiti chasseurs, qui allaient habiter dans les ostrogui des kosaks. Puis les criminels et les politiques ont t dports l, ple-mle; on ne les distingue pas du reste de la foule; ils sont tenus seulement la rsidence, et se sont recr bien souvent une situation. Tel cocher est un ancien criminel; tel marchand a t condamn pour vol; tel prince clbre, qui emploie ses loisirs forcs faire des enqutes sur la Sibrie, est un concussionnaire de marque, dont les exploits en ce genre ont le don de rjouir la haute socit russe. Comment s'tonner que la police russe s'exagre encore ici, s'il est possible,--et que quelque haut fonctionnaire l'uniforme imposant vienne, par exemple, nous interroger sur nos passeports, dont quelques traits le proccupent! Pays neuf, o se ruent les apptits gostes dans une esprance de satisfactions plus amples; mle des races qui fait l'effort plus pnible et plus obstin le travail; rsidence de condamns politiques l'intelligence leve, la volont ferme, et de criminels; ville au milieu d'un dsert avec tous les raffinements des jouissances, o les passions seront plus pres et les dsirs plus vhments! Fatalement ici, parmi la race vigoureuse, mais encore indcise, forte au bien comme au mal, le vice s'panouira et il usera peut-tre l'nergie du peuple! [Illustration: Le chef de police demande quelques explications sur les passeports (page 232).--D'aprs une photographie de M. Thibeaux.] Les htels sibriens donnaient bien cette impression; malgr leurs lampes lectriques, malgr les belles salles de billard ou les salons de restaurant avec leurs orgues monumentaux et leurs pianos mcaniques, ils avaient une apparence d'auberge louche, o des domestiques hypocrites et crasseux devaient partager avec le patron les produits de leurs vols. l'htel d'Europe o nous tions, c'tait un spectacle curieux que le va-et-vient continuel des paysans qui venaient vendre aux voyageurs du pain, du beurre ou des fruits; en Sibrie, on ne demande souvent l'htel qu'une chambre et un samovar; les Russes apportent toujours leurs oreillers et leurs draps et achtent leurs repas ces marchands du dehors. Nous couchions tout en haut, ct d'un mnage de domestiques, dont le sourire volontairement niais et l'empressement suspect nous tinrent toujours en mfiance. l'htel de Russie c'tait autre chose; on n'y pouvait venir, n'importe quelle heure du jour, sans y rencontrer quelques femmes, vtues l'avant-dernire mode de Paris, et qui taient sans doute attaches l'tablissement. L-haut, dans les salons particuliers, les conducteurs du train, les beaux ingnieurs et quelques tchinovniks de leurs amis clbraient avec elles leur sjour Tomsk. Forts au plaisir comme ils pouvaient l'tre au travail, ils passaient l les nuits et quelquefois la moiti du jour chanter et boire. une extrmit de la ville, quand on avait travers les derniers faubourgs et qu'on atteignait la lisire des champs, un caf-concert, un jardin, comme on disait, tait cach dans un assez joli bois. Le jour, il tait dsert; peine un tranger y venait-il en promenade. Mais le soir, lorsque la nuit tait tombe, les isvotchiks commenaient d'arriver; au-dessus de la porte d'entre o l'on pouvait lire, en lettres de bois, le nom de l'tablissement: Sad Rossia, deux quinquets rpandaient une lueur faible. C'tait une promenade dlicieuse que de venir cette heure-l, la limite de la ville et de la plaine, au galop nerveux du petit cheval et parmi les cahots des ornires. Hors des maisons entnbres, aucun rayon de lumire ne filtrait. Un souffle frais arrivait par-dessus la plaine, caressait le visage; dans le ciel illimit, les toiles brillaient. Et il faisait bon encore dans les coins plus retirs, lorsque dans le feuillage o s'teignaient les notes criardes, la fracheur du soir pntrait et tombait lentement parmi les nappes de chaleur que le jour avait accumules. Quant au concert, sous le baraquement o il tait install, on et dit quelque concert de barrire; l'exprience de Nijni nous avait prouv, d'ailleurs, qu'en cette matire, les Russes ne sont pas d'une grande exigence. Pour nous, bien qu'intresss plutt par la grosse sottise du public, nous sourmes de piti quand quelques malheureux chanteurs, hommes et femmes, en costume de marins franais, vinrent nous chanter une chanson allemande sur l'air connu des _Matelots_. C'tait l le plaisir des marchands, des petits fonctionnaires qui repartaient continuer leur noce dans les maisons de Tomsk. Quelquefois, dit-on, le moujik veut avoir aussi sa part de plaisir, et il dtrousse le ftard au bord du chemin. Mais ce n'tait point l tout Tomsk; les colonisateurs y poursuivaient leur labeur, et lui donnaient son caractre; les indignes et les premiers colons qui avaient vcu sous la protection des kosaks, les Sibriens et les dports, toutes les populations qui s'taient formes l successivement, puis ple-mle, le flot d'hommes que le chemin de fer apportait pendant les mois des ts, tout se confondait l. vrai dire ce n'tait point, ce qu'il nous parut, un peuple nouveau qui naissait, une race nouvelle qui se dmlait. Quels que soient, en effet, le caractre et l'avenir des autres Sibries, ici, dans cette Russie nouvelle, identique de climat et de sol l'ancienne, c'tait l'oeuvre primitive, l'oeuvre instinctive et obstine de la russification qui continuait de s'accomplir plus complexe encore et plus parfaite, puisqu'elle prouvait plus de rsistance. Oui, c'tait vraiment la Russie que l'on retrouvait dans sa primitive vigueur. D'abord, la masse anonyme des migrants avait fcond le sol nouveau. On les retrouvait sur la grande place, aux bords de la Tome, les jours de march, vendant les fruits, les produits de la terre, devant leur tlgue; puis ils repartaient au long des rues poussireuses, s'arrtant parfois pour un achat, et sur la litire de foin, femme, enfants, toute la famille aux vtements rouges, tait entasse. Et c'taient bien les mmes paysans, plus bronzs seulement, moins ples, et (peut-tre tait-ce une illusion!) de figure plus anime. [Illustration: La cathdrale de la Trinit Tomsk (page 238). Photographie extraite du "guide du transsibrien".] C'taient eux encore que nous avons vus dfiler en une longue procession, un jour de fte, celui des Probrajnis, o l'orthodoxie consacre les fruits de la terre. La veille, toutes les cloches l'avaient annonc; les notes sourdes des bourdons ou les battements plus secs, plus allgres des petites cloches taient tombs en pluie presse sur les toits plats, dans les rues larges, et s'taient perdus dans le ciel et sur la plaine. Au matin, ils avaient de nouveau chant leur appel joyeux, et les paysans taient revenus une fois encore avec tout le grouillement de leurs vtements rouges; et les femmes taient endimanches, plus lgantes dans l'enveloppement de leurs chles neufs. Puis, dans un nouveau carillon, les processions s'taient mises en marche, les tendards d'or en avant, les popes majestueux et htifs, enfin la foule navement heureuse, qui les suivait sans recueillement. Bruit des chants et murmure de la religieuse cohue, grouillement des vtements clairs, et par-dessus tout, l'averse ininterrompue des carillons. Et c'taient encore des Russes que nous rencontrions aux htels, sur les trottoirs de bois, dans les bureaux des administrations ou dans les salles de l'Universit, tout un peuple de fonctionnaires, d'avocats, de mdecins, de professeurs, venus de Ptersbourg ou de Moscou, des marchands, de grands entrepreneurs. Sans doute, ce ne sont que des portraits trop exacts que ceux faits si souvent de ces hautes classes, sottement plies des coutumes d'emprunt, raffines et sceptiques, et recherchant uniquement, parmi les intrigues des salons et de la cour, des satisfactions personnelles, de ces marchands gostes, pres au gain, usuriers et voleurs, de ces tchinovniks, la fois insolents et plats, qui profitent de l'anarchie administrative pour exploiter le peuple et voler l'tat. Mais, dans la jeune gnration, des lments nouveaux se sont rvls: princes, commerants et industriels dlaissant Ptersbourg pour venir extraire de la houille en Sibrie, ou tchinovniks consacrant leur vie amoindrir la souffrance du paysan et assurer son voyage. [Illustration: Tomsk: en revenant de l'glise (page 234).--D'aprs une photographie de M. Thibeaux.] Aprs nos promenades dans la ville, ou lorsque nous tions las des plaisanteries d'un K..., il y avait un endroit solitaire o nous aimions nous rfugier: une chambre de l'htel de Russie, petite et claire, o il y avait du silence et du travail. Un fonctionnaire y logeait, un ingnieur agronome, charg d'une rpartition des terres. Nous l'avions rencontr sur le Transsibrien, et bien qu'il ne nous et pas souvent adress la parole, nous avions t heureux de le retrouver aprs le dpart de nos camarades; sa modestie et sa douceur donnaient confiance. toute heure du jour, lorsqu'il n'tait point en voyage, nous tions assurs de le trouver devant sa table, entre des cartes et des mmoires, prs du samovar qui chantait. Nous aimions son isolement, son travail d'esprit net, nergique et lucide, qui rglait modestement la vie de populations entires, et c'tait pour nous une vraie joie, lorsqu'il voulait bien distraire quelques minutes pour parler de son labeur, de ses fonctions, de toute la grande migration. Nous aimions deviner son dvouement qu'il ne disait pas, quand il nous parlait avec amour des campements, des nouveaux villages et de la qualit des terres. Et nous resongions alors la cohue des trains sibriens, du train de luxe surtout, ces travailleurs qui venaient soutenir par la hardiesse de leurs entreprises, par leurs capitaux et leur intelligence, par leur dvouement de fonctionnaires, que la routine n'entravait point, l'instinctive pousse des paysans. Alors nous comprenions plus intimement le caractre et les paroles de M. M..., son mpris pour ces Franais qui restent au foyer, qui ne savent point eux-mmes exploiter leurs capitaux, qui prfrent, dans la crainte des risques, les prter un tat, et son admiration pour ceux qui savaient sacrifier les plaisirs aux vastes entreprises. Avocat et bien rent comme lui, un Franais se serait fait dans les milieux intellectuels de la capitale une vie de dilettantisme oisif; lui, l'instinct colonisateur l'avait pouss, comme le moujik, et cette souplesse, cette jeunesse, d'un esprit qui voulait tout embrasser, aller au fond de tout, et que la science aurait enivr, il la sacrifiait cette oeuvre raliste, ou plutt il la consacrait comme une force nouvelle de civilisation. Puis nous nous rappelions la passion avec laquelle ils s'entretenaient tous du chemin de fer, des canaux, des terres exploiter, des moyens de culture; nous nous rappelions ces histoires qu'on nous avait contes d'exils politiques se donnant la mme oeuvre, demeurant en Sibrie, mme aprs leur peine termine, pour coloniser encore. Et il nous semblait presque alors que nous avions part leur activit, et que nous allions tre entrans avec eux dans l'immensit de leur oeuvre. [Illustration: Tomsk n'tait encore qu'un campement, sur la route de l'migration (page 231).--D'aprs une photographie.] C'tait cette joie qui les animait tous, qui les soulevait, qui les faisait dborder de force et d'espoir, et qui les entranait sur les grands chemins. Enfin! ils avaient pris conscience de leurs destines, de leur mission dans le monde; ils s'taient dlis de tous leurs prjugs, de toutes leurs croyances d'Occidentaux que les circonstances politiques condamnaient l'impuissance; ils avaient suivi le moujik, "l'humble camarade", qui obissait navement l'instinct de la race, et de cet instinct ils avaient pris une claire conscience. Autrefois, toutes les classes taient isoles dans leur tche, vivaient et travaillaient seulement dans l'intrt de la couronne. Maintenant, toutes les forces taient associes dans une oeuvre commune, dans la besogne de la race, et les hautes classes devenaient ardentes instruire le peuple par les coles prives, par les socits d'instruction primaire, pour l'aire l'union plus fconde encore, et plus accompli le travail. Le caractre se fixait, se dterminait dans l'action par cette cration d'une Sibrie, qui allait devenir comme le modle de la Russie future. [Illustration: Une rue de Tomsk, dfinie seulement par les maisons qui la bordent (page 231).--Photographie de M. Brocherel.] Quand nous sortions de chez l'agronome et que nous nous retrouvions dans les rues de Tomsk, aprs ces moments de conversation et de rverie, la ville nous semblait tout inacheve, non point endormie la manire de la Grande-Russie, dans une indtermination sculaire, mais comme un prodigieux chantier, o l'on htait la construction de la cit prochaine. On n'en pouvait douter l'heure qui prcde le crpuscule, lorsque des coules d'or pli glissaient l'horizon; a et l, c'taient des places nues, baignes de clart, des espaces non btis encore; une palissade de bois entourait encore la cathdrale inacheve; les rues boueuses semblaient des alentours de palais en construction, dtrempes par les mortiers, dfonces par les lourds chariots; l-bas, les maisons grises n'taient plus que des baraquements d'ouvriers, et les hauts poteaux du tlgraphe, du tlphone, des lampes lectriques, formaient l'chafaudage gant de la ville future. La Tomsk actuelle semblait plus frle, plus au ras du sol, dans le triomphe de cette lumire vermeille qui la submergeait; mais on pressentait la ville dfinitive et solide qui devait natre. * * * * * Nous sommes alls l'Universit. Elle est isole dans un bois de bouleaux, l-bas, l'extrmit de la ville, pass la cathdrale et le palais du gouverneur. Son domaine s'tend au long d'une large route dont l'autre ct est sem de villas, prenant leurs aises dans des jardins boiss. Nous avons dcouvert les longs btiments blancs o elle s'abrite; les isvotchiks ont franchi la barrire du bois et nous ont mens par une alle solide, bien sable, devant la grande porte. Nous nous rjouissions la pense que nous allions trouver des tudiants russes, qui nous diraient leur travail, leurs projets, un recteur que les conditions mmes de notre voyage intresseraient et qui allait nous parler la fois de nos Universits et de celle de Tomsk, des tudes qu'on y faisait, des programmes!... Nous esprions qu'il serait tout heureux de nous recevoir, de nous donner en abondance des renseignements, de nous faire connatre des "camarades" de Sibrie. Il y avait bien de la vanit, peut-tre, dans ces imaginations; mais elle tait si naturelle! Nous fmes dus. Nous avions oubli pour ces camarades ce que nous n'oublions pas pour nous-mmes, qu'ils avaient aussi des vacances en Sibrie! Chez le recteur, notre visite fut pnible; il y mit infiniment de bonne grce; mais, chose qui nous tonna! malgr dix mois de sjour en France, il baragouinait peine quelques mots de franais. Devant un si haut personnage, Orloff semblait s'effacer. Nous aurions pu audacieusement risquer un discours latin; la conversation se fit en allemand, trs laborieuse. Nous avons compris que l'Universit ne se composait encore que d'une facult de mdecine,--car c'tait de mdecins que le besoin se faisait sentir tout d'abord en ces pays neufs; qu'une facult de droit allait ouvrir la rentre prochaine, que les autres viendraient plus tard. Puis il nous apprit que les lves taient en vacances, qu'ils taient externes, que quelques-uns cependant logeaient dans un pavillon particulier, qu'il nous dsigna dans un coin du bois, primitive Sorbonne de l'Universit qui naissait! Le recteur nous avait l'air d'un administrateur bienveillant et doux; il tait gros, un peu crasseux, nonchalant, peu intress au fond, et nous cachait mal l'ennui que lui causait notre visite. Le lendemain, le bibliothcaire devait tre l; nous sommes revenus le trouver. C'tait un homme encore jeune, un peu hirsute, qui cachait dans sa barbe un visage malicieux: on devinait derrire les lunettes la vivacit de ses yeux de myope, son regard limit et aigu. Il parlait un franais agrable, et se servait assez drlement des prjugs accoutums contre nous. Il savait les noms des voyageurs qui taient passs par Tomsk et racontait sans rire l'histoire de leurs mprises. Plein de prvenance et fort instruit, il connaissait admirablement les trsors confis sa garde, toute cette collection dont le fond principal est constitu par l'ancienne bibliothque du comte Strogonoff. Il nous a montr des ditions rares de Boccace, de Lucien, de Daphnis et Chlo, de la Pucelle, la plupart ornes de fines gravures du XVIIIe sicle. Il cherchait les plus licencieuses, pensant peut-tre que c'taient celles-l auxquelles des Franais devaient prendre le plus de plaisir; d'ailleurs il connaissait fort bien leur place. Il nous fit remarquer encore une vieille bible allemande du XVIe sicle, une chronique depuis l'origine du monde, vieux livre en lettres gothiques, dit Nuremberg en 1493, de pittoresques reproductions de Sainte-Sophie, toute une collection de vieilles estampes pour les oeuvres de Shakespeare, enfin des livres de la bibliothque du roi de France, relis en rouge avec des fleurs de lys d'or, et il s'est donn la petite satisfaction du Moscovite qui montre au Kreml nos canons de 1812: Vous ne les avez plus!, rptait-il. Plus loin, sur une dition de Lucrce, il s'est fort amus nous faire lire, haute voix, une page de latin. Enfin, il nous a salus crmonieusement et est retourn son travail. a et l, dans les rayons, nous avions aperu, non sans tonnement, les oeuvres de Guizot, le XIXe sicle de Michelet, surtout d'assez nombreux traits d'conomie politique, enfin des crits de Pecqueur, de Proudhon et d'auteurs socialistes. Avec les appartements de quelques fonctionnaires et la bibliothque, l'Universit contient encore des salles de clinique, de curieux muses de gologie et d'archologie. Nous nous sommes promens dans les couloirs, dans les salles o pntrait librement la clart du jour; lorsqu'on regardait par la fentre, les yeux se reposaient sur le feuillage vert tendre des bouleaux. Un calme profond, le silence d'un grand couvent. Le jeune homme blond qui nous conduisait marchait d'un pas lent et respectueux. Nous avons visit une sorte de parloir, de salle de rception, o le tzar s'est arrt pendant son voyage de tzarvitch travers l'Asie, et o il a laiss son portrait avec sa signature: le guide nous fit dcouvrir. Enfin, tout au bout de longs couloirs, et comme dominant tout le reste, la chapelle. L'Universit dpendait de l'tat, de l'tat religieux et autocratique, mais l'tat, c'tait ici la grande puissance qui colonisait. [Illustration: Les cliniques de l'universit de Tomsk (page 238).--Photographie extraite du guide du transsibrien.] Lorsqu'on errait travers les rues de la ville, dont les maisons basses semblaient toujours provisoires, la cathdrale de pierre, qui tait presque acheve, le palais du gouverneur, les nombreuses administrations du chemin de fer, des voies fluviales et des routes, et mme le bureau de poste, dans son haut pavillon de bois, nous apparaissaient au contraire comme les points solides o s'appuyait l'activit des colons. Lorsque nous voyagions de bureau en bureau pour avoir des renseignements, nous avions plaisir passer dans ces antichambres un peu solennelles, avec leurs huissiers crmonieux, avec leurs glaces et leurs grands escaliers de bois, pntrer dans le bourdonnement de ces salles o retentissaient plus haut la sonnette du tlphone et les petits coups secs des appareils tlgraphiques, ou bien dans le silence de ces bureaux, dont les tables taient surcharges de cartes, de mmoires, de rapports, imprims ou manuscrits, et o travaillaient de hauts fonctionnaires toujours bienveillants. Quelle joie, encore, dans ce bureau tumultueux de la poste, o l'on apercevait, courbes sur les appareils, des jeunes filles, serres dans leurs dolmans boutons de mtal, attentives, comme si elles avaient eu conscience de la valeur de leur tche! Sans doute, nous connaissions les habitudes anarchiques de l'administration russe; l'heure mme, nous emes en souffrir, mais nous ne pouvions nous empcher d'imaginer le rle de cette colonisation officielle qui, dans un tat renouvel, complterait et grandirait l'autre. C'est qu'elle tait gigantesque la besogne qui revenait l'tat, le Transsibrien d'abord, la grande ligne qui avait pntr le pays; les commissaires d'migration qui prparaient et rglaient le voyage des paysans; les ingnieurs qui htaient la construction des embranchements nouveaux, qui allaient faire des forages dans le steppe pour trouver l'eau ncessaire; les enquteurs qui reconnaissaient la qualit des terres, les moeurs, le temprament des habitants primitifs; les agronomes qui faisaient le partage du sol, tout ce peuple de fonctionnaires dpendait forcment du Gouvernement central. [Illustration: Les longs btiments blancs o s'abrite l'universit (page 237).--Photographie extraite du guide du transsibrien.] Paysans, hautes classes, tat, trois forces associes dans la mme oeuvre. Mais de ce qu'il y a fatalement collaboration, il doit s'ensuivre une rvolution profonde dans l'tat russe. Longtemps, bien longtemps, presque depuis le jour o Pierre le Grand avait rv de faire de la Russie la reprsentante de l'Europe en Orient et l'hritire de sa politique traditionnelle contre le Turc, une sorte de discordance profonde avait rgn entre l'tat et le peuple. Pour faire la Russie plus forte, pour dgager son corps entrav et massif, Pierre le Grand avait d lutter contre les nations occidentales et avec leurs propres armes. Alors il avait cr cet tat moderne, l'europenne, cration artificielle et voulue, qui avait soulev tant de haines. Contre la Sude, contre la Pologne, contre la Prusse, contre l'Autriche, ses successeurs avaient poursuivi ses guerres et ils avaient perfectionn ses institutions europennes. Mais le peuple ne suivait pas: sourdes, les oppositions persistaient; et dans la masse amorphe de l'immense nation, l'tat centralis n'avait point de racines. Parfois, il est vrai, lorsque la lutte contre le Polonais hrtique ou contre le Turc impie rveillaient les vieilles croyances, il semblait momentanment qu'il y et accord entre la nation russe et cet tat moderne; l'enthousiasme pieux et le calcul des princes semblaient tendre au mme but. Parfois encore, quelques moments terribles de son histoire, la Russie connaissait cette unanimit profonde entre le Gouvernement et la masse qui atteste l'existence d'un peuple; dans le pril de 1812, par exemple, lorsque l'ennemi souillait le Kreml, lorsque les savants d'Occident devaient abandonner la dfense au vieux Kutusow, alors le peuple se sentait group autour du Gouvernement moderne, et le Gouvernement moderne se mettait au service du peuple. Mais cette unit n'tait que passagre; la crise passe, les princes et les leurs continuaient d'intriguer, de lutter en Occident, tandis que la nation, sacrifie et rsigne, rvait, dans la misre, du jour heureux o le tzarisme donnerait enfin aux moujiks et les terres et le bonheur. Mais o les trouver ces terres? o le trouver ce bonheur? Au loin, dans la plaine, la race errante et vagabonde les cherchait, la race colonisatrice qui depuis Novgorod-la-Grande et Moscou avait peu peu envahi, conquis, russifi l'immense pays. Le jour o le chemin eut t dsign, le jour o le voyage enfin fut possible, des masses partirent. Cote que cote, il fallut suivre; le Gouvernement, lui aussi, dut se retourner vers l'Asie; il dut aider le peuple dans son labeur sibrien. De l vient l'originalit trange de cette colonisation sibrienne: elle ne procde pas d'une tradition politique, comme celle qui s'accomplit dans le Brandebourg; elle n'est pas l'oeuvre voulue, systmatique d'un tat qui dirige tout, qui conduit tout. Elle n'est point due, non plus, comme la colonisation du Far West des initiatives individuelles et rflchies; on ne les rencontre ici que dans les hautes classes et en nombre limit. Elle est seulement comme la continuation, le prolongement de l'oeuvre instinctive de colonisation et d'assimilation qui caractrise la race russe. Mais alors on conoit le rle propre qui doit tre celui de l'tat russe; Gouvernement paternel, par tradition, il a le devoir de protger, d'aider les masses instinctives dans leur pousse vers l'Asie; c'est l'oeuvre pacifique de colonisation qu'il doit consacrer ses ressources nouvelles. Mais l'oeuvre entreprise exige aussi qu'il soit un Gouvernement conomique et industriel. Il rpondrait ainsi la conception politique de la haute classe. M. M... et tous ceux que nous avons rencontrs aimaient nous rpter alors qu'il tait oiseux de discuter de la forme du Gouvernement. L'essentiel tait que le Gouvernement favorist les entreprises, ft des enqutes, tablt des communications, rpandt partout le bien-tre et la prosprit. Et c'tait avec enthousiasme qu'ils dcrivaient l'oeuvre de l'tat, la construction des chemins de fer ou des canaux, les enqutes, les rglements de l'migration, et cette union conomique que l'activit centralisatrice allait raliser entre les pays divers de l'immense Empire. C'tait l le point de dpart; mais, sans doute, en admettant mme que les vnements violents, qui troublent parfois les volutions les plus sres, ne bouleversent point cette oeuvre, en admettant mme que le tzarisme ne se laisse point tromper par sa puissance nouvelle et ne compromette point par de folles entreprises l'nergie sre de la race, qui ne voit les consquences infinies et certaines d'une telle transformation? Lorsqu' l'usage, dans le pays dsormais exploit, les problmes conomiques seront devenus plus complexes, les intrts des individus et des entreprises plus enchevtrs et plus mls, alors la bourgeoisie et le peuple, voudront connatre et discuter du Gouvernement. La nation s'est consacre la colonisation, au commerce; la colonisation et le commerce la ramneront la politique. Par ce caractre industriel et commerant de l'tat, les questions conomiques deviennent fatalement des questions politiques; les apptits surexcits feront sortir le peuple russe de sa rsignation sculaire. Les questions sociales surviennent; et l'on sait quelles racines vivaces elles ont dans les mes russes: rves mystiques du communisme paysan, exaltation de la jeunesse pensante, christianisme d'un Tolsto, sans compter ici encore les souvenirs et les leons de nos luttes occidentales, toutes ces aspirations soutenues par les dsirs matriels voudront tre satisfaites. Que de changements inous le travail instinctif du moujik aurait fait germer!... Mais qui sait si l'tat comprendrait bien sa tche! Qui sait si les traditions du pass ne compromettraient point l'oeuvre nouvelle et grande qui s'offrait lui! (_ suivre._) Albert THOMAS. [Illustration: La voiture de l'icne stationnait parfois (page 230).--D'aprs une photographie de M. Thibeaux.] Droits de traduction et de reproduction rserves. TOME XI, NOUVELLE SRIE.--21e LIV. N 21.--27 Mai 1905 [Illustration: Flneurs la gare du Petropavlosk (page 242).--D'aprs une photographie de M. Legras.] LA RUSSIE, RACE COLONISATRICE[5] IMPRESSIONS DE VOYAGE DE MOSCOU TOMSK, [Note 5: _Suite. Voyez pages 181, 193, 205, 217 et 229._] Par M. ALBERT THOMAS. VI. -- Heures de retour. -- Dans l'Oural. -- La Grande-Russie. --Conclusion. [Illustration: Dans les valles de l'Oural, habitent encore des Bachkirs (page 245).--D'aprs une photographie de M. Thibeaux.] _Dimanche 21/9 aot._--Ce soir, nous avons retrouv notre train; il tait propre, remis neuf, devant la gare blanche et coquette. Nous tions arrivs longtemps l'avance, et nous nous sommes mls la foule qui tait venue pour voir le dpart du grand train ou pour le visiter. Hors des petits groupes de toilettes claires et d'ombrelles blanches, des voix fminines s'levaient; plus loin, parmi les blouses rouges des moujiks, ou n'entendait que le grignotement des pommes de kdre, ou des graines de tournesol. Tout souriait: c'tait la joie du crpuscule approchant, la joie du lent voyage et du retour. La cloche nous a sembl tinter avec plus de solennit; les adieux ont t plus tendres, plus prolongs que de coutume; un dernier tintement et, sur les rails, le glissement indolent a recommenc. Autour de Tomsk, s'tendait une frache campagne toute bossele de collines que les troncs blancs des bouleaux avaient pares: dans la prairie, ainsi limite, une rivire coulait. La mlancolie d'un soir d'automne, dj, transpirait de ce paysage. Les feuilles n'avaient pas encore pris leurs teintes d'or, mais elles taient comme sches, d'un vert sans clat. Une lueur rose flottait dans un brouillard l'horizon. a et l, dans le ciel, quelques nuages, gris bleu s'effilaient, et les troncs mauves des bouleaux semblaient reflter quelque chose de leurs teintes tranges. La nuit tait tombe quand nous sommes arrivs Taga. _Lundi 22/10 aot._--Nous avons retrouv dans le train l'Amricain et son guide, et la _demoiselle en rouge_ qui revient Ptersbourg, toute seule. Nous occupons, Dujardin et moi, un compartiment, et personne ne viendra nous dranger de tout le voyage. M. A..., un musicien, d'origine grecque, est notre voisin: visage brun, cheveux noirs, parler gras et vtements clairs, grand causeur et qui trouve pourtant moyen d'tre discret. Ce matin, un accident est arriv la machine; deux heures environ, nous sommes rests entre deux gares, attendant une locomotive. C'tait pass l'Ob, dans le steppe. Les voyageurs sont descendus. droite, un taillis de bouleaux entourait une petite mare, et dans ce terrain marcageux, des plantes grasses avaient pouss; des essaims de moustiques empchaient d'avancer. De l'autre ct du remblai, on tait plong dans les hautes herbes, fourmillantes de vie. Tandis que les garons du restaurant cherchaient des baies sauvages, de petits fruits noirs ou rouges, dont ils taient friands, tandis que le guide ptersbourgeois photographiait, et qu'Avierino s'essayait marcher sur un rail, nous avons cueilli des fleurs, et nous avons eu plaisir dtailler l'infinie varit des herbes. Il y en avait de droites et d'lances, dont la tige souple se terminait par des vrilles, et garnies d'un duvet que le moindre souffle faisait envoler. Il y avait aussi des quantits innombrables de fleurs rouges que la scheresse avait plus ou moins assombries, et qui, vues de loin, en masses, teignaient la plaine d'un brun merveilleux. Hors des herbes grasses, la multitude des gramines lanait ses pis argents et mouvants, qui luisaient comme un vol d'insectes dans un rayon de soleil. Au milieu d'elles, des ombelles panouissaient leurs disques roses ou violets. D'autres agitaient des clochettes bleues; des immortelles faisaient des taches d'un grenat sombre, et des marguerites sauvages cerclaient de ptales de feu leur centre noir. Au travers de ces masses, parmi la fort des tiges, les menthes humbles, dont on dcouvrait prs de terre les fleurs violettes, exhalaient leur parfum. Et l aussi, sur le bord du remblai, les lychnis, les compagnons blancs, inclinaient leurs clochettes blanches, comme sur le bord de nos routes. _Mardi 23/11 aot._--Toujours la monotonie du steppe: droite, gauche, les yeux avides d'motions accueillent avec empressement tout spectacle inaccoutum. Ici, la mlancolie d'une fort brle, avec ses troncs de bouleaux noircis, ses feuilles recroquevilles et rousses qui pendent encore; l, au passage, un Kirghize, sur son petit cheval..... ..... Petropavlosk, toute une grande gare: des marchands, des migrants, des flneurs. Derrire une plaine sablonneuse, strile, lentement ondule, des faades blanches mergent, luisent au soleil: des bureaux, cela est sr; des maisons d'administration, o parmi la paresse et le vol, l'oeuvre des colonisateurs s'accomplit encore. Plus loin, une petite gare dans un bouquet de verdure. Nous causons; nous jouons aux dominos, nous regardons les gravures du voyage du tzarvitch en Sibrie ou dans l'Inde. Mon camarade prend des notes sur un livre de Dolgoroukov, tablit nos comptes, crit des lettres. chaque gare, il court chercher des fleurs nouvelles. Ce soir, il en a rapport de merveilleuses, toutes violettes, tige, feuilles et fleurs, comme si on les avait trempes dans un bain de couleur,--couvertes de duvet,--douces au toucher. [Illustration: Un taillis de bouleaux entourait une petite mare.--D'aprs une photographie.] _Mercredi 24/12 aot._-- Omsk, Petropavlosk, Kourgane et Tchliabinsk, des voyageurs nouveaux sont monts: marchands, tchinovniks, ingnieurs, deux officiers. Dans un compartiment, nos ingnieurs, puis un nouveau venu, Andr Andrvitch, de figure plus fine, aux yeux plus brillants derrire le lorgnon, plus srieux et plus rflchi, sont assis toujours auprs d'une mme voyageuse, et font d'interminables parties de cartes; la dame ne cesse de fumer des papirosses, dont les cartons jonchent le tapis. K... est bruyant; c'est lui qui marque: il marque la craie, mme le tapis vert de la table, de grands chiffres blancs, qu'une petite brosse n'efface, qu'imparfaitement, aprs chaque partie. Au bout de plusieurs heures, lorsqu'ils sont las, ils viennent causer avec nous; ils aiment parler des popes crasseux et rpugnants, railler leur famille nombreuse et misrable, et se moquent des prtentions de leur femme, la popadiana: ils n'en feront que plus de signes de croix aux offices. Dans le fumoir, l'arrire, la demoiselle en rouge, un haut fonctionnaire, deux officiers et le musicien. Ce dernier scande la marche du train, et on l'entend parfois qui, tout seul, bat la mesure: [Greek: touto men, touto de]; ou encore [Greek: touton ton tropon], quand les roues sautent d'un rail l'autre. [Illustration: Les rivires roulaient une eau claire (page 244).--D'aprs une photographie.] Des deux militaires, l'un est un officier suprieur attach au gouverneur d'Omsk: c'est un homme de taille moyenne, d'allure un peu lente, d'aspect modeste; un honnte visage russe, des yeux intelligents; une voix douce, un parler lent. Il nous raconta qu'il conduisit jadis, travers le gouvernement d'Omsk, Henri d'Orlans et Bonvalot, et nous vante l'amabilit de notre prince. Il ne parle du tzar et de l'tat qu'avec beaucoup de respect, infiniment d'affection.... Chose rare en Russie! il cause seulement de ce qu'il sait, de la campagne des Balkans laquelle il a pris part, de l'organisation militaire russe; et son tour, il nous demande des renseignements sur notre arme, sur nos coles spciales. Par contre, son compagnon, jeune officier de l'Acadmie de guerre, est insupportable. Dans un visage plat, des traits durs, des yeux vifs, une moustache blonde peu fournie, sur une lvre tombante et grossire; jambe fine et pantalon collant; le dolman pris la taille; une voix aigu et sifflante, insolent et fat de toute sa personne. Aux gares, il parlait fort pour attirer sur lui l'attention. Trois sujets de conversation: le jeu, les chevaux et les femmes;--posant au dsillusionn, au misogyne, au pessimiste, et ne ddaignant pas de dire des grossirets devant des jeunes filles. Ce soir, tout un petit concert dans le wagon-restaurant: les artistes ont qut pour l'orphelinat de Moscou. Entre Miask et Oufa s'tend la rgion de l'Oural mridional, nettement dfinie par sa hauteur entre les deux plaines de Sibrie et de Grande-Russie.--La ligne se droule dans la montagne, sur les pentes et les montes: elle suit la valle des rivires, coupe comme une charpe blanche le flanc des collines, s'abrite sous les roches pic, ou dans de vastes circuits dont on aperoit longtemps l'avance l'autre extrmit, contourne les gorges plus profondes. La voie est peu solide, les pluies plus frquentes; les geles et les dbcles du printemps minent, chaque anne, le remblai. Les ingnieurs sont attentifs; on entend tour tour ahaner la locomotive et les freins grincer. Mais, dans cette lente promenade, les yeux jouissent davantage de la nouveaut, de la fracheur du paysage. C'est comme un monde isol et ferm, une forteresse de rochers, battus par la mer des plaines et qui les domine de la ligne bleutre de ses remparts. On dirait que les nappes lourdes de la chaleur, qui s'affaissaient uniment sur l'immensit du steppe et exaltaient partout la vie de l'herbe, n'ont pu pntrer ces valles et qu'elles sont demeures au-dessus de leur atmosphre frache, impntrable. Le matin, on avait froid. Le ciel tait ple, comme un ciel d'hiver, empli de brume, mais sans pluie. Dans une bande de lumire plus blanche, les artes des sommets se dtachaient plus vigoureusement. Ces montagnes, cependant, n'taient point sauvages; l'exception de quelques falaises abruptes qui menaaient la voie et dont on apercevait contre les wagons les masses noires stratifies, les valles taient douces, hospitalires. On se serait cru dans les environs de Tarbes ou d'Argels, parmi les premires hauteurs des Pyrnes; les rivires roulaient des cailloux dans leur eau claire, cumaient contre de gros rochers; mais elles se rpandaient plus librement que nos gaves, dans des valles plus larges, fond plat. C'tait la fin de l't; quelques torrents taient sec. Parfois les monts s'interrompaient, et le train traversait une sorte de cirque o la bigarrure d'une prairie brillait sous la lumire plus franche. Puis les hauteurs recommenaient; elles taient presque toutes boises, et dans le lointain aucun pic ne scintillait de neiges. Dans l'isolement de cette rgion, des hommes s'taient arrts; sans doute, l'instinct nomade des moujiks de la plaine ne les poussait plus, comme eux, en avant. Sur la voie, l'exception de quelques terrassiers, on apercevait seulement les gardes-barrires, qui, le train pass, se plaaient entre les deux rails, et, immobiles, continuaient d'observer sa marche, jusqu' ce qu'ils l'eussent perdu de vue. Aux gares, les employs, quelques marchands d'objets en fer forg, rarement un mendiant; les migrants ne s'arrtent point l, et les habitants ne savent pas regarder les trains, toute une journe, en rvant de la fertilit des rgions lointaines. Dans les valles, entre la rivire et la montagne, ou tout l'entour d'un lac l'eau sombre, les villages s'chelonnaient. De loin, Zlatooust, les isbas on bois avaient un aspect misrable, comme des huttes; mais par-dessus leur amas noir, l'glise faisait resplendir sa coupole verte et ses murs blancs; et devant la lisire des bois, des cultures incitaient au village une ceinture de teintes claires. Vazovaa, la fort cernait la gare, un btiment dont le granit gristre clatait sur un fond de sapins noirs, et qui plaisait par sa solidit. En arrire, les bois neufs d'une chapelle clairaient les dessous du bois, et les clochetons d'argent luisaient parmi les feuilles. Sur la terre, les fleurs avaient droul comme un tapis rouge. Plus loin, dans une de ces valles qui se ressemblaient toutes, avec leurs rivires incertaines et sans profondeur, avec leurs les verdoyantes, leurs collines boises ou leurs falaises noires, un autre village avait encore assembl ses isbas, autour de l'glise blanche et verte. Les maisons peu serres laissaient entre elles de grands espaces, couverts d'un gazon jauni; elles taient uniformes, toutes entoures d'un petit jardin. Au bord de la rivire, des forges s'abritaient sous des btiments et dressaient haut leurs chemines. L, tout remuait, tout tait vivant; une activit, continue et tenace, des hommes et de la nature. Les routes taient nombreuses, des routes grises que les ornires accoutumes avaient traces; des trokas y filaient allgrement, ou toute une file de chariots qui montait vers la gare. Les rivires, aussi, taient vivantes, tantt perdues sous l'amoncellement des pierres et cherchant retrouver leur cours, tantt plus profondes et rassemblant leurs eaux, pour mouvoir les roues des moulins ou des forges. Et voil que la montagne elle-mme s'animait. Comme dans ces forts, les bouleaux avaient pouss leurs troncs d'argent entre les sapins, et que les bouquets, tantt clairs, tantt sombres de leur feuillage, distinguaient chaque arbre par l'ingalit de leurs teintes, on aurait dit que toute cette masse remuait. C'tait comme une arme de gants verts qui gravissait la pente, qui allait l'assaut de la montagne. a et l, l'or de quelques feuilles dj sches pointait dans ce revtement sombre. [Illustration: La ligne suit la valle des rivires (page 243).--D'aprs une photographie de M. Thibeaux.] L'Oural est riche en minerai, et cette richesse a retenu le labour des habitants. L'industrie a crev la montagne, elle a envahi ses valles, elle a, accroch ses ateliers bruyants au-dessus des rivires. Mais les usines sont loin de la ligne, 150 verstes, quelquefois, comme l'usine d'une compagnie franaise dont les Russes aimaient nous vanter l'exemple. Il suit de l que l'organisation industrielle, dans ces rgions, a une physionomie originale, et qui fait saillir quelques traits du nouveau mode de travail. Dans le gouvernement d'Orenbourg, en effet, il y a peu de culture; l't est court; on ne peut semer que de l'avoine, qui rend peu. Le pays est donc un pays d'ouvriers, et comme il est d'usage en Russie, ils sont plusieurs milliers dans une mme usine. L'ouvrier reoit de la terre, un petit jardin, des pturages et du bois pour construire son isba; mais on lui retient tout cela sur son salaire. L'usine a ses magasins, vend les vivres. L'organisation en cit ouvrire, sous la direction du patron, est la forme la plus frquente de la vie des travailleurs russes. Par ordre de l'tat, chaque usine a son cole, son hpital, son mdecin, et des inspecteurs passent, dit-on, souvent. Peut-tre le moujik agriculteur a-t-il aujourd'hui plus d'indpendance! Peut-tre a-t-il plus souvent exercer son initiative! Mais n'est-il pas frappant de voir la servitude sculaire, devenue pour ainsi dire instinctive, reparatre au moment o le Russe doit s'assouplir une nouvelle condition de vie? [Illustration: Comme toute l'activit commerciale semble frle en face des eaux puissantes de la Volga (page 248).--D'aprs une photographie de M. G. Cahen.] Ce monde des cits ouvrires vit et produit, ainsi, dans l'isolement de sa valle; il produit, toute une anne, sans interruption, sans souci des acheteurs et de leurs besoins; dans les forts, les bcherons et les charbonniers prparent le combustible, et pendant des mois, sur les rives de la Bielaa, les fers s'amoncellent. Mais au printemps, c'est un rveil subit: le fleuve s'enfle, les lourds bateaux peuvent se confier ses eaux puissantes; on se rappelle ici qu'il y a d'autres hommes, l-bas, dans la plaine; et par la Bielaa, par la Kama et par la Volga, jusqu' Kazan, jusqu'aux quais de Nijni, les fers de l'Oural descendent. C'est tout le capital des entreprises, c'est tout le travail de l'anne, toute la vie d'un peuple qui se confie aux eaux. Il est des annes, dit-on, o la Bielaa du printemps n'a pas assez d'eau, et c'est pendant deux ans que le travail s'amasse ainsi. trange isolement des forces productrices! Comme on doit souhaiter l-bas, dans les inquitudes du printemps, de pouvoir plus constamment mesurer son effort aux besoins des autres! comme on doit sentir parfois toute la puissance de solidarit en germe dans le travail moderne! Autrefois, une population de race finnoise habitait ces valles, les Bachkirs; mais, selon le phnomne ethnographique qui a cr la Moscovie, les Slaves ont russifi ces indignes paens, et les derniers, sans doute, bientt disparatront. On dit que ceux-ci sont devenus musulmans, et cette particularit explique le vouloir-vivre tenace de leur race. Le Gouvernement, tolrant, leur permet d'lever des mosques, et le fanatisme religieux est inconnu chez ces peuples simples. Dans les villages, les deux races sont mles; ils sont excellents voisins, mais la race vigoureuse touffera les derniers indignes dans son envahissement pacifique.-- une station, nous avons vu un mendiant bachkir, un vieillard aveugle, attentivement conduit par un petit garon. Le bonhomme tait grand, droit malgr la vieillesse, mais il laissait retomber sa tte sur sa poitrine, et l'on avait peine voir son visage maigre et rid, bronz par le soleil et par la vieillesse, o la place des yeux semblait plus vaste. Le petit, la mine veille, guettait droite et gauche o recueillir les kopecks. Et le vieux avait de doux gestes, pleins d'affection, pour le remercier. Vivante et triste image de la race qui disparat! Mais qui sait si la race, triomphante son tour, n'est point sur son dclin, mine, elle aussi, par l'industrie! Les peuples occidentaux, dont le caractre avait t prcis et affermi par des sicles d'histoire et qui avaient fait la machine, ont t eux-mmes asservis par elle. Par la collaboration de tous, par l'instruction, par une aspiration plus vhmente l'indpendance, ils ont commenc de s'affranchir. Mais qu'adviendra-t-il de la race douce, aux traits vagues et indolents, au caractre incertain, et qui accomplit encore, par instinct seulement, son oeuvre de colonisation? Ne va-t-elle pas tre broye dans les engrenages de l'industrie? On dit que les moeurs sont horribles dans les campagnes russes o elle a pntr, que la vodka y coule plus pernicieuse, et que les ouvriers se vendent mutuellement leurs femmes. Que le foyer de la chaudire n'anantisse point la race en mme temps que ses forts! La nuit est tombe. Par une dernire pente, le train descend vers Oufa. Le crpuscule vient de s'teindre: mais une dchirure d'un rouge sombre cerne l'horizon et colore de violet les revers des nuages noirs. Nous descendons le long de la rivire Oufa, qui entre, elle aussi, dans la plaine, et sur l'eau, luisante des derniers reflets du ciel, des bateaux glissent, formes noires. Nous avons prouv, en traversant la Grande-Russie, l'impression d'une reconnaissance; nous avons revu Samara et la Volga, des isbas de pcheurs et des chalands, puis la campagne plate avec ses villages, Moscou enfin. Et des paysages nouveaux nous semblaient dj vus. Autour de nous, les voyageurs parlaient, comme avec plus d'affection, des moujiks, du mir, des vieilles institutions, de cette primitive Russie, si sduisante, dans l'incertitude de sa force. Car c'tait l la Moscovie, une Russie plus intimement russe, puisque des colons l'avaient faite dans un premier essai de colonisation orientale, et qu' son tour, elle envoyait ses migrants vers la Sibrie. De nos souvenirs et de nos impressions, une image se rveille en nous, douce et gristre, et qui pour nous est la Russie. Point de couleurs mles et clatantes, point de vive lumire, mais une mlancolie efface et pauvre, et tout au fond, le scintillement d'un dme. Russie marchande de la Volga, Russie industrielle de Toula et de Moscou, Russie agricole de la plaine, il y a l toutes les formes de l'activit russe, non point disperses et heurtes, mais comme le travail d'une mme race, soutenu par les mmes forces et par les mmes qualits; et c'est comme une premire et incomplte bauche de la Russie faire..... [Illustration: Bachkirs sculpteurs.--D'aprs une photographie de M. Paul Labb.] [Greek: Touto men, touto de], le musicien grec scande toujours la marche du train qui va maintenant plus allgre, au sortir de l'Oural. Voici de nouveau la plaine, non plus immense et tratresse comme le steppe mouvant, mais lentement ondule, coupe de ruisseaux, paisible; tantt des pturages, tantt des carrs jauntres de champs moissonns, peine distincts. Point de varit: le moujik ne fait pas de diffrence entre son village et le village voisin, entre son champ et les autres champs. Toujours, si loin qu'il aille, il est assur de revoir les troncs argents des bouleaux et des trembles, la poussire blanche des chemins que soulve le galop des trokas, les blouses rouges ou les jupes clatantes des femmes pointillant la plaine, les troupeaux de btail ou les chevaux gambadant en libert, et tout en haut, dans le ciel clair, le vol noir des corbeaux. On ne peut pas ne pas les aimer. cette grisaille, ces villages, ces isbas en troncs de sapins, grises comme le sol, grises comme les meules o s'entasse la paille des annes prcdentes, et les cimetires! et les ruisseaux profondment entaills, aux rives noires, d'aspect sauvage! et l'glise dominant tout de la floraison dore de ses bulbes! Dans tous ces lieux, la mme activit si pauvre de moyens: une culture arrire encore, les instruments et les mthodes du XVe sicle; pas d'engrais. Au loin, les moulins vent hrissant les collines; prs des villages, on voit des groupes de paysans, des blouses rouges qui s'agitent; on bat le bl. Cependant, tout prs de la voie, vers laquelle s'en viennent toujours les longues files des tlgues, aux gares, il y a parfois un lvateur o le bl s'amasse pour l'exportation. Et tout cela, terre et travail, tout est souriant dans sa pauvret, heureux sous le ciel pur, dans l'air vif qui court sur les champs nus. [Illustration: la gare de Tchliabinsk, toujours des migrants (page 242).--D'aprs une photographie de M. J. Legras.] De loin en loin, c'est une ville, Samara, Toula, un plus grand village avec plus de dmes et de murs blancs, mais ni plus fier, ni plus dur l'homme que la pauvre campagne. Nous avions revu Samara rpandant ses toits verts sur une pente douce de colline, grenant, ple-mle, insouciante et gracieuse, la parure de ses coupoles; c'tait la ville de province que nous connaissions, mais plus nave et plus jolie de loin que dans la civilisation crasseuse de ses rues. Le lendemain, c'tait Toula, la charmante Toula, comme disait le colonel qui venait d'Omsk, btie dans une valle frache, au bord d'une maigre rivire. Comme le train la contournait, en passant d'une gare l'autre, pour rejoindre la ligne de Moscou, nous avons pu goter sa beaut lgre et aussi plus occidentale, ses dmes moins obsdants, ses maisons modernes et sa verdure. Les chemines des usines, groupes au fond de la valle, ne la dparaient pas; elles fixaient seulement le paysage, le rendaient moins vague. Tout auprs s'tendait le faubourg ouvrier, un vrai village russe, des isbas isoles, chacune avec son enclos, et laissant toujours entre leurs ranges, non pas une rue, mais une large place couverte d'une herbe rare que paissaient des bestiaux. Le train a dpass ces faubourgs; il a travers un champ vaste, dsol, o des bandes de corbeaux croassaient, voletaient, s'abattaient sur le sol, et tournoyaient autour de quelques chevaux en libert; puis nous sommes revenus, par l'autre ligne, jusqu' la gare principale. L, d'autres trains allaient partir, dans des directions diverses, pour des distances plus courtes; une foule plus nombreuse, une ardeur plus mle occupait la station. Les convois de marchandises tmoignaient du travail de la cte. Des soldats embarquaient, aprs la manoeuvre, le visage noir, les habits de toile blanche salis par la poussire et la graisse; ils avaient form les faisceaux, et le long du train, dans les marmites de campement, prparaient le th; ils avaient rompu les rangs, couraient en dsordre, mais c'est peine si l'on entendait un vague murmure. Dans la gare, il y avait un riche buffet, une belle icne; on y vendait des objets en fer de Toula, des anneaux pour clefs, des couteaux, des porte-monnaie. [Illustration: Une bonne d'enfants, avec son costume traditionnel (page 251).--D'aprs une photographie de M. G. Cahen.] Mais l'industrie qui les produisait n'levait pas l son bourdonnement accoutum; on aurait dit qu'elle ne pntrait ni les moeurs ni la nature; c'taient des moujiks que l'on voyait aux gares, et dans l'indolence rsigne des caractres, dans l'immensit des horizons, il semblait que l'industrie usait vainement sa force. Ici, comme dans la plaine, le travail semblait pauvre et sans fixit. Point d'oeuvre humaine ici qui paraisse grande: si belle soit-elle, elle ne s'accommodera qu'avec peine la majest de la nature. Dans nos pays d'Occident, les grands travaux, les grandes usines, toutes les merveilles de l'industrie apparaissent l'esprit, fortes et splendides; ici le pont du chemin de fer, jet travers la Volga, ce pont long de 1200 mtres, avec ses douze piles blanches qui le jalonnent, avec ses entres triomphales surmontes des armes de la Russie, avec son gigantesque tablier dont le fleuve reflte la large bande rouge, tout cela est mesquin; la Volga droule au loin la puissance de ses eaux bleues, elle entrane confusment les bancs de sable et les frles bateaux. la sortie du pont, une chapelle est btie, o l'icne resplendit de la lueur des cierges. Et le village de Syzrane qui a log entre le fleuve et la voie ses isbas misrables, garnies de poissons schs, ses jardinets o les filets sont tendus au soleil, et ses barques en construction, semble tout humble, lui aussi, dans son labeur. [Illustration: Joie nave de vivre et mlancolie.--Un petit march du sud (page 250).--D'aprs une photographie M. G. Cahen.] Partout la mme pauvret, partout la mme misre. Dans la masse anonyme des moujiks, il n'y a point de varits; qu'ils soient pcheurs ou marchands, ouvriers ou agriculteurs, la mme somnolence alourdit les traits, dcolore les yeux; ils sont plus ples peut-tre dans les ateliers clos, plus bronzs l'air vif de la plaine, mais ils demeurent identiques. C'est qu'il s'exerce sur tous, uniformment, des influences plus constantes que celle du mtier: l'influence du climat et celle de la misre. Dans le froid extrme ou dans l'extrme chaleur, le corps n'apprend point ragir; il se rsigne ou il s'isole dans la maison surchauffe ou dans l'paisseur malsaine de la touloupe. Point de nourriture fortifiante: du th, du pain, des confitures; la vodka compense l'insuffisance de ces mets. Le temprament russe s'est form ainsi, comme les spectacles grandioses de la nature ont form l'intelligence. En traversant ces pays o tout semble imparfait, inachev, nous avions sans cesse l'esprit les belles pages de Michelet o il clbre la France; o retraant l'ensemble de son histoire, il montre l'homme se dgageant du sol, chappant au fatalisme, s'levant de ce qui est matriel et local jusqu' l'ide plus libre du village natal, de la ville, de la province, d'une grande patrie par laquelle il compte lui-mme dans les destines du monde, et par un nouvel effort jusqu' l'ide de la patrie universelle, de la cit de la Providence.--Dveloppement irralisable ici peut-tre! Pour qu'une nation se soit forme, pour qu'une patrie soit ne, il a fallu la diversit locale. Le paysan russe aime la terre, la terre vague, partout semblable; mais il n'aime point son village; il n'aime pas son lopin. Comment ce peuple grandira-t-il? Comment sortira-t-il de cette rsignation sculaire que le climat lui donne peut-tre, et que l'ignorance entretient? Hlas! il a du bien des dvouements; lorsque, pour la premire fois, la Russie a frmi de sentir pntrer en elle le travail moderne, beaucoup avaient fond sur lui l'espoir grandiose d'une nation nouvelle, brlant les tapes, devanant mme la civilisation occidentale. Mais il a fallu revenir de ce culte du moujik! Quel mystre que ce peuple, jeune par son caractre, par ses institutions, par sa vigueur de race, et vieux dj de sa longue histoire! Et cependant on ne peut s'empcher de l'aimer pour son charme indfinissable, pour ce qu'il a, comme l'enfant, des "possibilits" de tout. Joie nave de vivre et mlancolie, vol, mensonge, dbauche et proccupations morales, communisme du mir et mystique dsir d'un communisme plus chrtien et plus abondant en jouissances, attente du millnium; amour du tzar et ignorance de la Russie comme nation, quelle puissance purifiera et dliera cet esprit confus! tous les degrs de la socit russe, dans les hautes classes si intelligentes et dans la masse anonyme du peuple, il y a une force qui manque, une force tout occidentale: la rflexion. L'esprit russe n'est point centr. Il n'est point dlicat aux sensations lgres de l'extrieur; il ne sent que les extrmes; il ne sait pas classer ni limiter, distinguer le rel de l'idal, de l'abstrait. Et la mme question, toujours, obsdait l'esprit: comment ce peuple instinctif prendra-t-il conscience de son effort? Quelques-uns, logiquement rvaient de "l'apparition de l'individualisme dans la conscience russe", d'une assimilation plus profonde des institutions occidentales. Le mir, disaient-ils, et tout l'organisme villageois taient branls; une classe moyenne se formait, une sorte de bourgeoisie l'occidentale, mmes qualits et mme esprit; l'industrie bouleversait la masse tranquille des moujiks, un proltariat urbain naissait, et la Russie allait devenir brusquement plus dmocratique et plus organise, avec toute une hirarchie, toute une varit de classes. [Illustration: Un russe dans son vtement d'hiver (page 249).--D'aprs une photographie de M. G. Cahen.] --Erreur! erreur! rpondaient les autres. Le mir n'est point en dcadence, et malgr les difficults, les paysans fondent toujours des communauts nouvelles. La force de rvolution que vous prtez l'industrie s'teint dans notre pays; le moujik ouvrier reste semblable son frre des champs. La sainte Russie adoptera l'industrie; mais l'industrie ne bouleversera point les conditions de sa vie. Aujourd'hui comme autrefois, la parole de Samarine reste vraie: "Il n'y a chez nous que deux forces vivantes: l'autocratie on haut, le mir en bas." Mais au lieu du communisme patriarcal, au lieu du partage des terres qui ralentissait la production, on verrait le communisme nouveau, fond tout la fois sur la division et sur l'unit du travail; l'agriculture industrielle pntrerait la campagne russe, et le mir deviendrait la communaut organise, rgulatrice des efforts. Tandis que le tzarisme, en aidant, en dirigeant la colonisation, aurait clairement dsign la Russie sa mission dans le monde, la race elle-mme, pousse par son rve de jouissances nouvelles et d'un monde meilleur, accommodant son ardeur et ses institutions aux ncessits modernes, se reconnatrait comme nation, fixerait son gnie mobile. Quelle tait la vraie de ces deux thses? Longuement, nous poursuivions ces penses, tandis que nos yeux erraient sur la plaine. Peu peu, il nous semblait qu'un changement s'tait fait. C'tait toujours l'tendue incertaine avec ses ondulations, ses minuscules collines. Mais de tous cts, des embranchements quittaient la ligne, descendaient vers des usines aux briques noircies par la fume, et surmontes de chemines en tle. Ces usines se mlaient aux cabanes, elles se groupaient, comme les villages agricoles devenus plus nombreux, au pied des falaises gristres et sur le bord des rivires entailles dans le sol. Et c'tait l comme des mirs industriels, o le moujik apprendrait le communisme nouveau. Nous avons travers l'Oka; la ligne allait maintenant toute droite travers les bois, sur un solide remblai de pierre, comme une belle et large route. Et c'tait bien une route que les paysans suivaient au long des rails pour aller d'un village l'autre. Nous entrions dans la banlieue de Moscou, une campagne plus riche, plus boise, o l'on apercevait moins souvent la pauvret des isbas, mais dans les bois frais, les datchas, les villas d't o se rfugie, pendant les chaleurs, la population riche. De la campagne la ville, c'est un va-et-vient continuel, un mlange des deux populations; l'hiver, les bourgeois rentrent, mais tous les ouvriers venus pour les charrois de l't, pour les grands travaux, les maons et les charretiers retournent leur tour au village. Les gares avaient dj l'aspect souriant et bon enfant de la grande ville. Elles taient bordes de larges quais de bois qui servaient de promenade; sur les bancs, quelques bourgeois lisaient, o non loin, des enfants jouaient, gards par leurs bonnes au costume pittoresque. Des vendeurs de fruits venaient offrir le plaisir d'un marchandage. [Illustration: Dans tous les villages russes, une activit humble, pauvre de moyens.--Marchands de poteries (page 248).--D'aprs une photographie de M. G. Cahen.] Et nous sentions dj toute la joie du retour, quand nous pensions, dans la lassitude cause par ces six jours de voyage, que nous allions revoir Moscou, la ville aime et familire, qui dj nous avait bercs une fois, et que nous souhaitions de revoir avec l'affection de l'migrant ou du plerin. Au loin, enfin, nous l'avons aperue, lorsque nous commencions peine de traverser les terrains vagues qui prcdent ses faubourgs. Il tait tard dj, et les rougeoiements du crpuscule s'teignaient, mais dans tout l'horizon une bue de couleurs tendres persistait, bleu ple, mauve, lilas et rose. Et dans cette atmosphre paisible et lgre, notre Moscou rapparaissait, avec toutes ses glises; avec tous ses dmes. Mais ce n'tait pas la beaut triomphante de midi, le flamboiement des coupoles d'or, la splendeur des murailles et l'clat miroitant des fouillis polychromes. La grande ville tait calme et douce dans le soir, dressant plus haut sa tour d'Ivan Vliki, et confondant ses dmes dans les nues rougetres qui l'enveloppaient. C'tait ainsi sans doute que les moujiks l'aimaient. Et c'tait sur cette image qu'ils devaient fixer les yeux, dans leur attente mystique du monde nouveau, lorsqu'ils rvaient de ce temps o la terre tout entire serait aux moujiks, o ce serait partout Moscou, une universelle Moscou, o ce qui vaut 60 kopecks n'en vaudrait plus qu'un, o le kvass coulerait en abondance sur les places publiques, et o la vodka aurait vers l'oubli, cette fois dfinitif, des misres passes. * * * * * Notre rve fut-il une erreur? Nous sommes-nous tromps, lorsque, en traversant l'immense plaine, de Moscou Tomsk, nous avions cru pressentir les destines magnifiques de ce peuple russe, de cette race russe, dont les instincts colonisateurs semblaient devoir se dployer, avec tant de puissance, jusqu' l'extrmit de l'Asie? Nous ne voulons pas le croire; toutes les forces latentes qui commenaient d'agir, toutes les nergies populaires qui inauguraient, inconsciemment encore, une oeuvre grande, ne peuvent tre ananties par la crise prsente. Mais tandis qu'au jour le jour nous nous plaisions noter les efforts nouveaux des diffrentes classes, l'ardeur colonisatrice du moujik enfin libr du servage hrditaire, le travail conscient et rflchi de ces ingnieurs, de ces agronomes, de ces techniciens de toutes sortes, heureux de mettre la science au service d'une grande oeuvre collective,--puis le dvouement de ces fonctionnaires, si diffrents des vieux tchinovniks, paresseux et concussionnaires,--enfin et l quelques initiatives heureuses du Gouvernement imprial,--nous oubliions trop facilement que toutes les forces du pass, toutes les puissances des tnbres entravaient encore l'essor superbe de ce peuple. Brusquement, par le conflit d'Extrme-Orient, il a t rappel ceux qui l'oubliaient que les maux anciens subsistaient, qu'ils continuaient leur oeuvre d'usure et de destruction des forces. Il a t rvl que le vieil esprit d'ambition et d'hgmonie rgnait encore dans les conseils du Gouvernement imprial, et qu'il n'tait point occup de l'unique pense de dvelopper, pour le bonheur de tous, les ressources profondes de la nation. Il a t rvl encore, qu' ct des fonctionnaires dvous et conscients de leur tche, les autres taient nombreux encore qui se contentaient de vivre leur vie goste, dans la dsorganisation de tout. Et il a t rvl surtout que ces initiatives conscientes, qui devenaient de plus en plus ncessaires pour la conduite de l'oeuvre commune, ces efforts d'intelligence,--et par l mme de libert,--qui, depuis les tudiants jusqu'aux moujiks, sollicitaient peu peu tout le peuple, pouvantaient une autorit traditionnelle, qui n'avait point su les gagner et qui ne songeait plus qu' les entraver. l'heure o nous crivons, tandis que les armes campent encore en Mandchourie, il serait bien os de dire quelle sera l'issue de la lutte, quelles en seront les consquences pour la Russie. Mais que l'arme russe sorte victorieuse ou vaincue des tristes batailles engages l-bas, que l'autocratie tzarienne conserve son pouvoir intact ou qu'elle soit force des concessions administratives ou politiques, les forces profondes du peuple seront peut-tre moins atteintes que celles de tout autre par une lutte aussi terrible. Nous avons insist sur cette ide: si la France est une nation, si la Prusse est un tat, la Russie, elle, est encore une race. Et si les mots disent peu de chose, scientifiquement, ils rendent bien l'impression que nous prouvions au milieu de cette activit collective, qu'une sorte d'instinct seul dirigeait, et laquelle les forces intelligentes ne pouvaient que s'adapter. Le lien entre l'individu et l'tat tait lche et les grandes rpercussions de la vie collective se mouraient rapidement dans la plaine immense, aux environs des grandes villes. Mais, par cela mme, les conseils du Gouvernement peuvent tre hsitants et dsempars; l'oeuvre instinctive continuera, prparatrice de destines plus conscientes. Que le Gouvernement russe le comprenne donc une fois pleinement, qu'il se contente de mettre en oeuvre, dans la libert et dans la paix, toutes les forces de la nation, qu'il relve la condition des paysans, la campagne, qu'il leur pargne la misre, plus horrible encore, que l'industrie introduit fatalement parmi eux, et, dans un bien-tre nouveau, dans une libert nouvelle, le moujik connatra enfin ce _pays des justes_, qu'il a si souvent dsespr de trouver. Albert THOMAS. Novembre 1904. [Illustration: L, au passage, un Kirghize sur son petit cheval (page 242).--D'aprs une photographie de M. Thibeaux.] Droits de traduction et de reproduction rservs. * * * * * TABLE DES GRAVURES ET CARTES L'T AU KACHMIR Par _Mme F. MICHEL_ En rickshaw sur la route du mont Abou. (D'aprs une photographie.) 1 L'lphant du touriste Djapour. 1 Petit sanctuaire latral dans l'un des temples djans du mont Abou. (D'aprs une photographie.) 2 Pont de cordes sur le Djhilam, prs de Garhi. (Dessin de Massias, d'aprs une photographie.) 3 Les Karvas ou plateaux alluviaux forms par les rosions du Djhilam. (D'aprs une photographie.) 4 Ekkas et Tongas sur la route du Kachmir: vue prise au relais de Rampour. (D'aprs une photographie Jadu Kissen, Delhi.) 5 Le vieux fort Sikh et les gorges du Djhilam Ouri. (D'aprs une photographie.) 6 Shr-Garhi ou la Maison du Lion, palais du Mahrdja Srnagar. (Photographie Bourne et Sheperd, Calcutta.) 7 L'entre du Tchinar-Bgh, ou Bois des Platanes, au-dessus de Srnagar; au premier plan une dounga, au fond le sommet du Takht-i-Souleiman. (Photographie Jadu Kissen, Delhi.) 7 Ruines du temple de Brankoutri. (D'aprs une photographie.) 8 Types de Pandis ou Brahmanes Kachmirs. (Photographie Jadu Kissen, Delhi.) 9 Le quai de la Rsidence; au fond, le sommet du Takht-i-Souleiman. (Photographie Jadu Kissen, Delhi.) 10 La porte du Kachmir et la sortie du Djhilam Baramoula. (Photographie Jadu Kissen, Delhi.) 11 Nos tentes Lahore. (D'aprs une photographie.) 12 Dounga ou bateau de passagers au Kachmir. (Photographie Bourne et Shepherd, Calcutta.) 13 Vichnou port par Garouda, idole vnre prs du temple de Vidja-Broer (hauteur 1m 40.) 13 Enfants de bateliers jouant cache-cache dans le creux d'un vieux platane. (D'aprs une photographie.) 14 Batelires du Kachmir dcortiquant du riz, prs d'une range de peupliers. (Photographie Bourne et Shepherd, Calcutta.) 15 Campement prs de Palhallan: tentes et doungas. (D'aprs une photographie.) 16 Troisime pont de Srnagar et mosque de Shah Hamadan; au fond, le fort de Hari-Paryat. (Photographie Jadu Kissen, Delhi.) 17 Le temple inond de Pandrethan. (D'aprs une photographie.) 18 Femme musulmane du Kachmir. (Photographie Jadu Kissen, Delhi.) 19 Pandit Narayan assis sur le seuil du temple de Narasthn. (D'aprs une photographie.) 20 Pont et bourg de Vidjabroer. (Photographie Jadu Kissen, Delhi.) 21 Ziarat de Cheik Nasr-oud-Din, Vidjabroer. (D'aprs une photographie.) 22 Le temple de Panyech: gauche, un brahmane; droite, un musulman. (Photographie Jadu Kissen, Delhi.) 23 Temple hindou moderne Vidjabroer. (D'aprs une photographie.) 24 Brahmanes en visite au Naga ou source sacre de Valtongou. (D'aprs une photographie.) 25 Gargouille ancienne, de style hindou, dans le mur d'une mosque, Houtamourou, prs de Bhavan. 25 Temple ruin, Khotair. (D'aprs une photographie.) 26 Naga ou source sacre de Kothair. (D'aprs une photographie.) 27 Ver-Ng: le bungalow au-dessus de la source. (D'aprs une photographie.) 28 Temple rustique de Voutanr. (D'aprs une photographie.) 29 Autel du temple de Voutanr et accessoires du culte. (D'aprs une photographie.) 30 Noce musulmane, Rozlou: les musiciens et le fianc. (D'aprs une photographie.) 31 Sacrifice bhramanique, Bhavan. (D'aprs une photographie.) 31 Intrieur de temple de Martand: le repos des coolies employs au dblaiement. (D'aprs une photographie.) 32 Ruines de Martand: faade postrieure et vue latrale du temple. (D'aprs des photographies.) 33 Place du campement sous les platanes, Bhavan. (D'aprs une photographie.) 34 La Ziarat de Zan-oud-Din, Eichmakam. (Photographie Bourne et Shepherd, Calcutta.) 35 Naga ou source sacre de Brar, entre Bhavan et Eichmakar. (D'aprs une photographie.) 36 Maisons de bois, Palgm. (Photographie Bourne et Shepherd, Calcutta.) 37 Palanquin et porteurs. 37 Ganech-Bal sur le Lidar: le village hindou et la roche miraculeuse. (D'aprs une photographie.) 38 Le massif du Kolahoi et la bifurcation de la valle du Lidar au-dessus de Palgm, vue prise de Ganeth-Bal. (Photographie Jadu Kissen, Delhi.) 39 Valle d'Amarnth: vue prise de la grotte. (D'aprs une photographie.) 40 Pondjtarni et le camp des plerins: au fond, la passe du Mahgounas. (Photographie Jadu Kissen, Delhi.) 41 Cascade sortant de dessous un pont de neige entre Tannin et Zodji-Pl. (D'aprs une photographie.) 42 Le Koh-i-Nour et les glaciers au-dessus du lac ecra-Nag. (Photographie Jadu Kissen, Delhi.) 43 Grotte d'Amarnth. (Photographie Jadu Kissen, Delhi.) 43 Astan-Marg: la prairie et les bouleaux. (D'aprs une photographie.) 44 Campement de Goudjars Astan-Marg. (D'aprs une photographie.) 45 Le bain des plerins Amarnath. (D'aprs une photographie.) 46 Plerins d'Amarnth: le Sdhou de Patiala; par derrire, des brahmanes, et droite, des musulmans du Kachmir. (D'aprs une photographie.) 47 Mosque de village au Kachmir. (D'aprs une photographie.) 48 Brodeurs Kachmiris sur toile. (Photographie Bourne et Shepherd, Calcutta.) 49 Mendiant musulman. (D'aprs une photographie.) 49 Le Brahma Sr et le camp des plerins au pied de l'Haramouk. (D'aprs une photographie.) 50 Lac Gangbal au pied du massif de l'Haramouk. (Photographie Jadu Kissen, Delhi.) 51 Le Noun-Kl, au pied de l'Haramouk, et le bain des plerins. (D'aprs une photographie.) 52 Femmes musulmanes du Kachmir avec leurs houkas (pipes) et leur hangri (chaufferette). (Photographie Jadu Kissen, Delhi.) 53 Temples ruins Vangth. (D'aprs une photographie.) 54 Mla ou foire religieuse Hazarat-Bal. (En haut, photographie par l'auteur; en bas, photographie Jadu Kissen, Delhi.) 55 La villa de Cheik Safai-Bagh, au sud du lac de Srnagar. (D'aprs une photographie.) 56 Nishat-Bgh et le bord oriental du lac de Srnagar. (Photographie Jadu Kissen, Delhi.) 57 Le canal de Mar Sridagar. (Photographie Jadu Kissen, Delhi.) 58 La mosque de Shah Hamadan Srnagar (rive droite). (Photographie Jadu Kissen, Delhi.) 59 Spcimens de l'art du Kachmir. (D'aprs une photographie.) 60 SOUVENIRS DE LA COTE D'IVOIRE Par _le docteur LAMY_ _Mdecin-major des troupes coloniales_. La barre de Grand-Bassam ncessite un grand dploiement de force pour la mise l'eau d'une pirogue. (D'aprs une photographie.) 61 Le fminisme Adoko: un mdecin concurrent de l'auteur. (D'aprs une photographie.) 61 Travail et Maternit ou Comment vivent les femmes de Petit-Alp. (D'aprs une photographie.) 62 Motso: soins maternels. (D'aprs une photographie.) 63 Installation de notre campement dans une clairire dbroussaille. (D'aprs une photographie.) 64 Environs de Grand-Alp: des hangars dans une palmeraie, et une douzaine de grands mortiers destins la prparation de l'huile de palme. (D'aprs une photographie.) 65 Dans le sentier troit, montant, il faut marcher en file indienne. (D'aprs une photographie.) 66 Nous utilisons le ft renvers d'un arbre pour traverser la M. (D'aprs une photographie.) 67 La popote dans un admirable champ de bananiers. (D'aprs une photographie.) 68 Indignes coupant un acajou. (D'aprs une photographie.) 69 La cte d'Ivoire.--Le pays Atti. 70 Ce fut un sauve-qui-peut gnral quand je braquai sur les indignes mon appareil photographique. (Dessin de J. Lave, d'aprs une photographie.) 71 La rue principale de Grand-Alp. (D'aprs une photographie.) 72 Les Trois Graces de Mop (pays Atti). (D'aprs une photographie.) 73 Femme du pays Atti portant son enfant en groupe. (D'aprs une photographie.) 73 Une clairire prs de Mop. (D'aprs une photographie.) 74 La garnison de Mop se porte notre rencontre. (D'aprs une photographie.) 75 Femme de Mop fabriquant son savon base d'huile de palme et de cendres de peaux de bananes. (D'aprs une photographie.) 76 Danse excute aux funrailles du prince hritier de Mop. (D'aprs une photographie.) 77 Toilette et embaumement du dfunt. (D'aprs une photographie.) 78 Jeune femme et jeune fille de Mop. (D'aprs une photographie.) 79 Route, dans la fort tropicale, de Malamalasso Daboissu. (D'aprs une photographie.) 80 Beni Coam, roi de Betti et autres lieux, entour de ses femmes et de ses hauts dignitaires. (D'aprs une photographie.) 81 Chute du Mala-Mala, affluent du Como, Malamalasso. (D'aprs une photographie.) 82 La valle du Como Malamalasso. (D'aprs une photographie.) 83 Tam-tam de guerre Mop. (D'aprs une photographie.) 84 Piroguiers de la cte d'Ivoire pagayant. (D'aprs une photographie.) 85 Allou, le boy du docteur Lamy. (D'aprs une photographie.) 85 La fort tropicale la cte d'Ivoire. (D'aprs une photographie.) 86 Le dbitage des arbres. (D'aprs une photographie.) 87 Les lianes sur la rive du Como. (D'aprs une photographie.) 88 Les occupations les plus frquentes au village: discussions et farniente Atti. (D'aprs une photographie.) 89 Un incendie Grand-Bassam. (D'aprs une photographie.) 90 La danse indigne est caractrise par des poses et des gestes qui rappellent une pantomime. (D'aprs une photographie.) 91 Une inondation Grand-Bassam. (D'aprs une photographie.) 92 Un campement sanitaire Abidjean. (D'aprs une photographie.) 93 Une rue de Jackville, sur le golfe de Guine. (D'aprs une photographie.) 94 Grand-Bassam: cases dtruites aprs une pidmie de fivre jaune. (D'aprs une photographie.) 95 Grand-Bassam: le boulevard Treich-Laplne. (D'aprs une photographie.) 96 L'LE D'ELBE Par _M. PAUL GRUYER_ L'le d'Elbe se dcoupe sur l'horizon, abrupte, montagneuse et violtre. 97 Une jeune fille elboise, au regard nergique, la peau d'une blancheur de lait et aux beaux cheveux noirs. 97 Les rues de Porto-Ferraio sont toutes un escalier (page 100). 98 Porto-Ferraio: l'entre du port, une vieille tour gnoise, trapue, bizarre de forme, se mire dans les flots. 99 Porto-Ferraio: la porte de terre, par laquelle sortait Napolon pour se rendre sa maison de campagne de San Martino. 100 Porto-Ferraio: la porte de mer, o aborda Napolon. 101 La teste de Napolon (page 100). 102 Porto-Ferraio s'chelonne avec ses toits plats et ses faades scintillantes de clart (page 99). 103 Porto-Ferraio: les remparts dcoupent sur le ciel d'un bleu sombre leur profil anguleux (page 99). 103 La faade extrieure du Palais des Mulini o habitait Napolon Porto-Ferraio (page 101). 104 Le jardin imprial et la terrasse de la maison des Mulini (page 102). 105 La Via Napoleone, qui monte au Palais des Mulini. 106 La salle du conseil Porto-Ferraio, avec le portrait de la dernire grande-duchesse de Toscane et celui de Napolon, d'aprs le tableau de Grard. 107 La grande salle des Mulini aujourd'hui abandonne, avec ses volets clos et les peintures dcoratives qu'y fit faire l'empereur (page 101). 107 Une paysanne elboise avec son vaste chapeau qui la protge du soleil. 108 Les mille mtres du Monte Capanna et de son voisin, le Monte Giove, dvalent dans les flots de toute leur hauteur. 109 Un enfant elbois. 109 Marciana Alta et ses ruelles troites. 110 Marciana Marina avec ses maisons ranges autour du rivage et ses embarcations tires sur la grve. 111 Les chtaigniers dans le brouillard, sur le faite du Monte Giove. 112 ... Et voici au-dessus de moi Marciana Alta surgir des nues (page 111). 113 La Seda di Napoleone sur le Monte Giove o l'empereur s'asseyait pour dcouvrir la Corse. 114 La blanche chapelle de Monserrat au centre d'un amphithtre de rochers est entoure de sveltes cyprs (page 117). 115 Voici Rio Montagne dont les maisons rgulires et cubiques ont l'air de dominos empils... (page 118). 115 J'aperois Poggio, un autre village perdu aussi dans les nues. 116 Une des trois chambres de l'ermitage. 117 L'ermitage du Marciana o l'empereur reut la visite de la comtesse Walewska, le 3 Septembre 1814. 117 Le petit port de Porto-Longone domin par la vieille citadelle espagnole (page 117). 118 La maison de Madame Mre Marciana Alta.--Bastia, signor!--La chapelle de la Madone sur le Monte Giove. 119 Le coucher du soleil sur le Monte Giove. 120 Porto-Ferraio et son golfe vus des jardins de San Martino. 121 L'arrive de Napolon l'le d'Elbe. (D'aprs une caricature du temps.) 121 Le drapeau de Napolon roi de l'le d'Elbe: fond blanc, bande orang-rouge et trois abeilles jadis dores. 122 La salle de bains de San Martino a conserv sa baignoire de pierre. 123 La chambre de Napolon San Martino. 123 La cour de Napolon l'le d'Elbe. (D'aprs une caricature du temps.) 124 Une femme du village de Marciana Alta. 125 Le plafond de San Martino et les deux colombes symboliques reprsentant Napolon et Marie-Louise. 126 San Martino rappelle par son aspect une de ces maisonnettes la Jean-Jacques Rousseau, agrestes et paisibles (page 123). 126 Rideau du thtre de Porto-Ferraio reprsentant Napolon sous la figure d'Apollon gardant ses troupeaux chez Admte. 127 La salle gyptienne de San Martino est demeure intacte avec ses peintures murales et son bassin sec. 127 Broderies de soie du couvre-lit et du baldaquin du lit de Napolon aux Mulini, dont on a fait le trne piscopal de l'vque d'Ajaccio. 128 La signorina Squarci dans la robe de satin blanc que son aeule portait la cour des Mulini. 129 ventail de Pauline Borghse, en ivoire sculpt, envoy en souvenir d'elle la signora Traditi, femme du maire de Porto-Ferraio. 130 Le lit de Madame Mre, qu'elle s'tait fait envoyer de Paris l'le d'Elbe. 130 Le vieil aveugle Soldani, fils d'un soldat de Waterloo, chauffait, un petit brasero de terre jaune, ses mains osseuses. 131 L'entre du goulet de Porto-Ferraio par o sortit la flottille impriale, le 26 fvrier 1815. 132 D'ALEXANDRETTE AU COUDE DE L'EUPHRATE Par _M. VICTOR CHAPOT_ _membre de l'cole franaise d'Athnes_. Dans une sorte de cirque se dressent les pans de muraille du Ksar-el-Benat (page 142). (D'aprs une photographie.) 133 Le canal de Sleucie est, par endroits, un tunnel (page 140). 133 Vers le coude de l'Euphrate: la pense de relever les traces de vie antique a dict l'itinraire. 134 L'Antioche moderne: de l'ancienne Antioche il ne reste que l'enceinte, aux flancs du Silpios (page 137). 135 Les rues d'Antioche sont troites et tortueuses; parfois, au milieu, se creuse en foss. (D'aprs une photographie.) 136 Le tout-Antioche inonde les promenades. (D'aprs une photographie.) 137 Les crtes des collines sont couronnes de chapelles ruines (page 142). 138 Alep est une ville militaire. (D'aprs une photographie.) 139 La citadelle d'Alep se dtache des quartiers qui l'avoisinent (page 143). (D'aprs une photographie.) 139 Les parois du canal de Sleucie s'lvent jusqu' 40 mtres. (D'aprs une photographie.) 140 Les tombeaux de Sleucie s'tageaient sur le Kasios. (D'aprs une photographie.) 141 Alep une seule mosque peut presque passer pour une oeuvre d'art. (D'aprs une photographie.) 142 Tout alentour d'Alep la campagne est dserte. (D'aprs une photographie.) 143 Le Kasr-el-Benat, ancien couvent fortifi. 144 Balkis veille, de loin et de haut, l'ide d'une taupinire (page 147). (D'aprs une photographie.) 145 Stle Hittite. L'artiste n'a excut qu'un premier ravalement (page 148). 145 glise armnienne de Nisib; le plan en est masqu au dehors. (D'aprs une photographie.) 146 Tell-Erfat est peupl d'Yazides; on le reconnat la forme des habitations. (D'aprs une photographie.) 147 La rive droite de l'Euphrate tait couverte de stations romaines et byzantines. (D'aprs une photographie.) 148 Biredjik vu de la citadelle: la plaine s'allonge indfiniment (page 148). (D'aprs une photographie.) 149 Srsat: village mixte d'Yazides et de Bdouins (page 146). (D'aprs une photographie.) 150 Les Tcherkesses diffrent des autres musulmans; sur leur personne, pas de haillons (page 152). (D'aprs une photographie.) 151 Ras-el-An. Deux jours se passent, mlancoliques, en ngociations (page 155). (D'aprs une photographie.) 152 J'ai laiss ma tente hors les murs devant Orfa. (D'aprs une photographie.) 153 Environs d'Orfa: les vignes, basses, courent sur le sol. (D'aprs une photographie.) 154 Vue gnrale d'Orfa. (D'aprs une photographie.) 155 Porte arabe Rakka (page 152). (D'aprs une photographie.) 156 Passage de l'Euphrate: les chevaux apeurs sont ports dans le bac force de bras (page 159). (D'aprs une photographie.) 157 Bdouin. (D'aprs une photographie.) 157 Citadelle d'Orfa: deux puissantes colonnes sont restes debout. (D'aprs une photographie.) 158 Orfa: mosque Ibrahim-Djami; les promeneurs flnent dans la cour et devant la piscine (page 157). (D'aprs une photographie.) 159 Pont byzantin et arabe (page 159). (D'aprs une photographie.) 160 Mausole d'Alif, orn d'une frise de ttes sculptes (page 160). (D'aprs une photographie.) 161 Mausole de Thodoret, selon la lgende, prs de Cyrrhus. (D'aprs une photographie.) 162 Kara-Moughara: au sommet se voit une grotte taille (page 165). (D'aprs une photographie.) 163 L'Euphrate en amont de Roum-Kaleh; sur la falaise campait un petit corps de lgionnaires romains (page 160). (D'aprs une photographie.) 163 Trappe de Checkhl: un grand difice en pierres a remplac les premires habitations (page 166). 164 Trappe de Checkhl: la chapelle (page 166). (D'aprs une photographie.) 165 Pre Maronite (page 168). (D'aprs une photographie.) 166 Acbs est situ au fond d'un grand cirque montagneux (page 166). (D'aprs une photographie.) 167 Trappe de Checkhl: premires habitations des trappistes (page 166). (D'aprs une photographie.) 168 LA FRANCE AUX NOUVELLES-HBRIDES Par _M. RAYMOND BEL_ Indignes hbridais de l'le de Spiritu-Santo. (D'aprs une photographie.) 169 Le petit personnel d'un colon de Malli-Colo. (D'aprs une photographie.) 169 Le quai de Franceville ou Port-Vila, dans l'le Vat. (D'aprs une photographie.) 170 Une case de l'le de Spiritu-Santo et ses habitants. (D'aprs une photographie.) 171 Le port de Franceville ou Port-Vila, dans l'le Vat, prsente une rade magnifique. (D'aprs une photographie.) 172 C'est Port-Vila ou Franceville, dans l'le Vat, que la France a un rsident. (D'aprs une photographie.) 173 Dieux indignes ou Tabous. (D'aprs une photographie.) 174 Les indignes hbridais de l'le Mallicolo ont un costume et une physionomie moins sauvages que ceux de l'le Pentecte. (D'aprs des photographies.) 175 Pirogues de l'le Vao. (D'aprs une photographie.) 176 Indignes employs au service d'un bateau. (D'aprs une photographie.) 177 Un sous-bois dans l'le de Spiritu-Santo. (D'aprs une photographie.) 178 Un banquet de Franais Port-Vila (Franceville). (D'aprs une photographie.) 179 La colonie franaise de Port-Vila (Franceville). (D'aprs une photographie.) 179 La rivire de Luganville. (D'aprs une photographie.) 180 LA RUSSIE, RACE COLONISATRICE Par _M. ALBERT THOMAS_ Les enfants russes, aux grosses joues pales, devant l'isba (page 182). (D'aprs une photographie de M. J. Cahen.) 181 La reine des cloches Tsar Kolokol (page 180). (D'aprs une photographie de M. Thibeaux.) 181 Les chariots de transport que l'on rencontre en longues files dans les rues de Moscou (page 183). 182 Les paysannes en plerinage arrives enfin Moscou, la cit sainte (page 182). (D'aprs une photographie de M. J. Cahen.) 183 Une chapelle o les passants entrent adorer les icnes (page 183). (D'aprs une photographie de M. J. Cahen.) 184 La porte du Sauveur que nul ne peut franchir sans se dcouvrir (page 185). (D'aprs une photographie de M. Thibeaux.) 185 Une porte du Kreml (page 185). (D'aprs une photographie de M. Thibeaux.) 186 Les moines du couvent de Saint-Serge, un des couvents qui entourent la cit sainte (page 185). (D'aprs une photographie de M. J. Cahen.) 187 Deux villes dans le Kreml: celle du XVe sicle, celle d'Ivan, et la ville moderne, que symbolise ici le petit palais (page 190). 188 Le mur d'enceinte du Kreml, avec ses crneaux, ses tours aux toits aigus (page 183). (D'aprs une photographie de M. Thibeaux.) 189 Tout prs de l'Assomption, les deux glises-soeurs se dressent: les Saints-Archanges et l'Annonciation (page 186). (D'aprs une photographie de M. Thibeaux.) 189 l'extrmit de la place Rouge, Saint-Basile dresse le fouillis de ses clochers (page 184). (D'aprs une photographie de M. Thibeaux.) 190 Du haut de l'Ivan Vliki, la ville immense se dcouvre (page 190). (D'aprs une photographie de M. Thibeaux.) 191 Un des isvotchiks qui nous mnent grand train travers les rues de Moscou (page 182). 192 Il fait bon errer parmi la foule pittoresque des marchs moscovites, entre les petits marchands, artisans ou paysans qui apportent l leurs produits (page 195). (D'aprs une photographie de M. J. Cahen.) 193 L'isvotchik a revtu son long manteau bleu (page 194). (D'aprs une photographie de M. J. Cahen.) 193 Itinraire de Moscou Tomsk. 194 ct d'une picerie, une des petites boutiques o l'on vend le kvass, le cidre russe (page 195). (D'aprs une photographie de M. J. Cahen.) 195 Et des Tatars offraient des toffes tales sur leurs bras (page 195). (D'aprs une photographie de M. J. Cahen.) 196 Patients, rsigns, les cochers attendent sous le soleil de midi (page 194). (D'aprs une photographie de M. J. Cahen.) 197 Une cour du quartier ouvrier, avec l'icne protectrice (page 196). (D'aprs une photographie de M. J. Cahen.) 198 Sur le flanc de la colline de Nijni, au pied de la route qui relie la vieille ville la nouvelle, la citadelle au march (page 204). (D'aprs une photographie de M. J. Cahen.) 199 Le march tincelait dans son fouillis (page 195). (D'aprs une photographie de M. J. Cahen.) 200 Dj la grande industrie pntre: on rencontre Moscou des ouvriers modernes (page 195). (D'aprs une photographie.) 201 Sur l'Oka, un large pont de bois barrait les eaux (page 204). (D'aprs une photographie de M. Thibeaux.) 202 Dans le quartier ouvrier, les familles s'entassent, tous les tages, autour de grandes cours (page 196). (D'aprs une photographie de M. J. Cahen.) 203 Le char funbre tait blanc et dor (page 194). (D'aprs une photographie.) 204 Nijni, toutes les races se rencontrent, Grands-Russiens, Tatars, Tcherkesses (page 208). (D'aprs une photographie de M. J. Cahen.) 205 Une femme tatare de Kazan dans l'enveloppement de son grand chle (page 214). (D'aprs une photographie de M. Thibeaux.) 205 Nous avons travers le grand pont qui mne la foire (page 205). (D'aprs une photographie de M. Thibeaux.) 206 Au dehors, la vie de chaque jour s'talait, ple-mle, l'orientale (page 207). (D'aprs une photographie de M. J. Cahen.) 207 Les galeries couvertes, devant les boutiques de Nijni (page 206). (D'aprs une photographie de M. Thibeaux.) 208 Dans les rues, les petits marchands taient innombrables (page 207). (D'aprs une photographie de M. J. Cahen.) 209 Dans une rue, c'taient des coffres de toutes dimensions, peints de couleurs vives (page 206). (D'aprs une photographie de M. J. Cahen.) 210 Prs de l'asile, nous sommes alls au march aux cloches (page 208). (D'aprs une photographie de M. J. Cahen.) 211 Plus loin, sous un abri, des balances gigantesques taient pendues (page 206). (D'aprs une photographie de M. J. Cahen.) 211 Dans une autre rue, les charrons avaient accumul leurs roues (page 206). (D'aprs une photographie de M. J. Cahen.) 212 Paysannes russes, de celles qu'on rencontre aux petits marchs des dbarcadres ou des stations (page 215). (D'aprs une photographie de M. J. Cahen.) 213 Le Kreml de Kazan. C'est l que sont les glises et les administrations (page 214). (D'aprs une photographie de M. Thibeaux.) 214 Sur la berge, des tarantass taient ranges (page 216). (D'aprs une photographie de M. Thibeaux.) 215 Partout sur la Volga d'immenses paquebots et des remorqueurs (page 213). (D'aprs une photographie de M. Thibeaux.) 216 presque toutes les gares il se forme spontanment un petit march (page 222). (D'aprs une photographie de M. J. Cahen.) 217 Dans la plaine (page 221). (D'aprs une photographie de M. Thibeaux.) 217 Un petit fumoir, vitr de tous cts, termine le train (page 218). (D'aprs une photographie de M. Thibeaux.) 218 Les migrants taient l, ple-mle, parmi leurs misrables bagages (page 226). (D'aprs une photographie de M. J. Cahen.) 219 Les petits garons du wagon-restaurant s'approvisionnent (page 218). (D'aprs une photographie de M. Thibeaux.) 220 migrants prenant leur maigre repas pendant l'arrt de leur train (page 228). (Photographie de M. A. N. de Koulomzine) 221 L'ameublement du wagon-restaurant tait simple, avec un bel air d'aisance (page 218). (Photographie de M. A. N. de Koulomzine) 222 Les gendarmes qui assurent la police des gares du Transsibrien. (Photographie de M. Thibeaux.) 223 L'glise, prs de la gare de Tchliabinsk, ne diffre des isbas neuves que par son clocheton (page 225). (Photographie extraite du Guide du Transsibrien.) 224 Un train de constructeurs tait remis l, avec son wagon-chapelle (page 225). (Photographie de M. A. N. de Koulomzine.) 225 Vue De Stretensk: la gare est sur la rive gauche, la ville sur la rive droite. (Photographie de M. A. N. de Koulomzine.) 226 Un point d'migration (page 228). (Photographie de M. A. N. de Koulomzine.) 227 Enfants d'migrants (page 228). (D'aprs une photographie de M. Thibeaux.) 228 Un petit march dans une gare du Transsibrien. (Photographie de M. Legras.) 229 La cloche luisait, immobile, sous un petit toit isol (page 230). (D'aprs une photographie de M. Thibeaux.) 229 Nous sommes passs prs d'une glise clochetons verts (page 230). (Photographie de M. Thibeaux.) 230 Tomsk a group dans la valle ses maisons grises et ses toits verts (page 230). (Photographie de M. Brocherel.) 231 Aprs la dbcle de la Tome, prs de Tomsk (page 230). (D'aprs une photographie de M. Legras.) 232 Le chef de police demande quelques explications sur les passeports (page 232). (D'aprs une photographie de M. Thibeaux.) 233 La cathdrale de la Trinit Tomsk (page 238). (Photographie extraite du Guide du Transsibrien.) 234 Tomsk: en revenant de l'glise (page 234). (D'aprs une photographie de M. Thibeaux.) 235 Tomsk n'tait encore qu'un campement, sur la route de l'migration (page 231). (D'aprs une photographie.) 236 Une rue de Tomsk, dfinie seulement par les maisons qui la bordent (page 231). (Photographie de M. Brocherel.) 237 Les cliniques de l'Universit de Tomsk (page 238). (Photographie extraite du Guide du Transsibrien.) 238 Les longs btiments blancs o s'abrite l'Universit (page 237). (Photographie extraite du Guide du Transsibrien.) 239 La voiture de l'icne stationnait parfois (page 230). (D'aprs une photographie de M. Thibeaux.) 240 Flneurs la gare de Petropavlosk (page 242). (D'aprs une photographie de M. Legras.) 241 Dans les valles de l'Oural, habitent encore des Bachkirs (page 245). (D'aprs une photographie de M. Thibeaux.) 241 Un taillis de bouleaux entourait une petite mare. (D'aprs une photographie.) 242 Les rivires roulaient une eau claire (page 244). (D'aprs une photographie.) 243 La ligne suit la valle des rivires (page 243). (D'aprs une photographie de M. Thibeaux.) 244 Comme toute l'activit commerciale semble frle en face des eaux puissantes de la Volga! (page 248.) (D'aprs une photographie de M. G. Cahen.) 245 Bachkirs sculpteurs. (D'aprs une photographie de M. Paul Labb.) 246 la gare de Tchliabinsk, toujours des migrants (page 242). (D'aprs une photographie de M. J. Legras.) 247 Une bonne d'enfants, avec son costume traditionnel (page 251). (D'aprs une photographie de M. G. Cahen.) 248 Joie nave de vivre, et mlancolie.--un petit march du sud (page 250). (D'aprs une photographie de M. G. Cahen.) 249 Un russe dans son vtement d'hiver (page 249). (D'aprs une photographie de M. G. Cahen.) 250 Dans tous les villages russes, une activit humble, pauvre de moyens.--Marchands de poteries (page 248). (D'aprs une photographie de M. G. Cahen.) 251 L, au passage, un Kirghize sur son petit cheval (page 242). (D'aprs une photographie de M. Thibeaux.) 252 LUGANO, LA VILLE DES FRESQUES Par _M. GERSPACH_ Lugano: les quais offrent aux touristes une merveilleuse promenade. (Photographie Alinari.) 253 Porte de la cathdrale Saint-Laurent de Lugano (page 256). (Photographie Alinari.) 253 Le lac de Lugano dont les deux bras enserrent le promontoire de San Salvatore. (D'aprs une photographie.) 254 La ville de Lugano descend en amphithtre jusqu'aux rives de son lac. (Photographie Alinari.) 255 Lugano: faubourg de Castagnola. (D'aprs une photographie.) 256 La cathdrale de Saint-Laurent: sa faade est dcore de figures de prophtes et de mdaillons d'aptres (page 256). (Photographie Alinari.) 257 Saint-Roch: dtail de la fresque de Luini Sainte-Marie-des-Anges (Photographie Alinari.) 258 La passion: fresque de Luini l'glise Sainte-Marie-des-Anges (page 260). (Photographie Alinari) 259 Saint Sbastien: dtail de la grande fresque de Luini Sainte-Marie-des-Anges. (Photographie Alinari.) 260 La madone, l'enfant Jsus et Saint Jean, par Luini, glise Sainte-Marie-des-Anges (page 260). (Photographie Alinari.) 261 La Scne: fresque de Luini l'glise Sainte-Marie-des-Anges (page 260). 262 Lugano: le quai et le faubourg Paradiso. (Photographie Alinari.) 263 Lac de Lugano: viaduc du chemin de fer du Saint-Gothard. (D'aprs une photographie.) 264 SHANGHA, LA MTROPOLE CHINOISE Par _M. MILE DESCHAMPS_ Les quais sont anims par la population grouillante des Chinois (page 266). (D'aprs une photographie.) 265 Acteurs du thtre chinois. (D'aprs une photographie.) 265 Plan de Shangha. 266 Shangha est sillonne de canaux qui, mare basse, montrent une boue noire et mal odorante. (Photographie de Mlle Hlne de Harven.) 267 Panorama de Shangha. (D'aprs une photographie.) 268 Dans la ville chinoise, les camelots sont nombreux, qui dbitent en plein vent des marchandises ou des lgendes extraordinaires. (D'aprs une photographie.) 269 Le poste de l'Ouest, un des quatre postes o s'abrite la milice de la Concession franaise (page 272). (D'aprs une photographie.) 270 La population ordinaire qui grouille dans les rues de la ville chinoise de Shangha (page 268). 271 Les coolies conducteurs de brouettes attendent nonchalamment l'arrive du client (page 266). (Photographies de Mlle H. de Harven.) 271 Une maison de th dans la cit chinoise. (D'aprs une photographie.) 272 Les brouettes, qui transportent marchandises ou indignes, ne peuvent circuler que dans les larges avenues des concessions (page 270). (D'aprs une photographie.) 273 La prison de Shangha se prsente sous l'aspect d'une grande cage, forts barreaux de fer. (D'aprs une photographie.) 274 Le parvis des temples dans la cit est toujours un lieu de runion trs frquent. (D'aprs une photographie.) 275 Les murs de la cit chinoise, du ct de la Concession franaise. (D'aprs une photographie.) 276 La navigation des sampans sur le Ouang-P. (D'aprs une photographie.) 277 Aiguille de la pagode de Long-Hoa. (D'aprs une photographie.) 277 Rickshaws et brouettes sillonnent les ponts du Yang King-Pang. (D'aprs une photographie.) 278 Dans Broadway, les boutiques alternent avec des magasins de belle apparence (page 282). 279 Les jeunes Chinois flnent au soleil dans leur Cit. (Photographies de Mlle H. de Harven.) 279 Sur les quais du Yang-King-Pang s'lvent des btiments, banques ou clubs, qui n'ont rien de chinois. (D'aprs une photographie.) 280 Le quai de la Concession franaise prsente, toute heure du jour, la plus grande animation. (D'aprs une photographie.) 281 Hong-Hoa: pavillon qui surmonte l'entre de la pagode. (D'aprs une photographie.) 282 L'omnibus du pauvre (wheel-barrow ou brouette) fait du deux l'heure et cote quelques centimes seulement. (D'aprs une photographie.) 283 Une station de brouettes sur le Yang-King-Pang. (D'aprs une photographie.) 284 Les barques s'entre-croisent et se choquent devant le quai chinois de Tou-Ka-Dou. (D'aprs une photographie.) 285 Chinoises de Shangha. (D'aprs une photographie.) 286 Village chinois aux environs de Shangha. (D'aprs une photographie.) 287 Le charnier des enfants trouvs (page 280). (D'aprs une photographie.) 288 L'DUCATION DES NGRES AUX TATS-UNIS Par _M. BARGY_ L'cole maternelle de Hampton accueille et occupe les ngrillons des deux sexes. (D'aprs une photographie.) 289 Institut Hampton: cours de travail manuel. (D'aprs une photographie.) 289 Booker T. Washington, le leader de l'ducation des ngres aux tats-Unis, fondateur de l'cole de Tuskegee, en costume universitaire. (D'aprs une photographie.) 290 Institut Hampton: le cours de maonnerie. (D'aprs une photographie.) 291 Institut Hampton: le cours de laiterie. (D'aprs une photographie.) 292 Institut Hampton: le cours d'lectricit. (D'aprs une photographie.) 293 Institut Hampton: le cours de menuiserie. (D'aprs une photographie.) 294 Le salut au drapeau excut par les ngrillons de l'Institut Hampton. (D'aprs une photographie.) 295 Institut Hampton: le cours de chimie. (D'aprs une photographie.) 296 Le basket ball dans les jardins de l'Institut Hampton. (D'aprs une photographie.) 297 Institut Hampton: le cours de cosmographie. (D'aprs une photographie.) 298 Institut Hampton: le cours de botanique. (D'aprs une photographie.) 299 Institut Hampton: le cours de mcanique. (D'aprs une photographie.) 300 TRAVERS LA PERSE ORIENTALE Par _le Major PERCY MOLESWORTH SYKES_ _Consul gnral de S. M. Britannique au Khorassan._ Une foule curieuse nous attendait sur les places de Mechhed. (D'aprs une photographie.) 301 Un poney persan et sa charge ordinaire. (D'aprs une photographie.) 301 Le plateau de l'Iran. Carte pour suivre le voyage de l'auteur, d'Astrabad Kirman. 302 Les femmes persanes s'enveloppent la tte et le corps d'amples toffes. (D'aprs une photographie.) 303 Paysage du Khorassan: un sol rocailleux et ravag, une rivire presque sec; au fond, des constructions l'aspect de fortins. (D'aprs une photographie.) 304 Le sanctuaire de Mechhed est parmi les plus riches et les plus visits de l'Asie. (D'aprs une photographie.) 305 La cour principale du sanctuaire de Mechhed. (D'aprs une photographie.) 306 Enfants nomades de la Perse orientale. (D'aprs une photographie.) 307 Jeunes filles kurdes des bords de la mer Caspienne. (D'aprs une photographie.) 308 Les prparatifs d'un campement dans le dsert de Lout. (D'aprs une photographie.) 309 Le dsert de Lout n'est surpass, en aridit, par aucun autre de l'Asie. (D'aprs une photographie.) 310 Avant d'arriver Kirman, nous avions traverser la chane de Kouhpaia. (D'aprs une photographie.) 311 Rien n'gale la dsolation du dsert de Lout. (D'aprs une photographie.) 312 La communaut Zoroastrienne de Kirman vint, en chemin, nous souhaiter la bienvenue. (D'aprs une photographie.) 313 Un marchand de Kirman. (D'aprs une photographie.) 313 Le dme de Djabalia, ruine des environs de Kirman, ancien sanctuaire ou ancien tombeau. (D'aprs une photographie.) 314 Kirman: le jardin qui est lou par le Consulat, se trouve un mille au del des remparts. (D'aprs une photographie.) 315 Une avenue dans la partie ouest de Kirman. (D'aprs une photographie.) 316 Les gardes indignes du Consulat anglais de Kirman. (D'aprs une photographie.) 317 La plus ancienne mosque de Kirman est celle dite Masdjid-i-Malik. (D'aprs une photographie.) 318 Membres des cheikhis, secte qui en compte 7 000 dans la province de Kirman. (D'aprs une photographie.) 319 La Masdjid Djami, construite en 1349, une des quatre-vingt-dix mosques de Kirman. (D'aprs une photographie.) 320 Dans la partie ouest de Kirman se trouve le Bagh-i-Zirisf, terrain de plaisance occup par des jardins. (D'aprs une photographie.) 321 Les environs de Kirman comptent quelques maisons de th. (D'aprs une photographie.) 322 Une tour de la mort, o les Zoroastriens exposent les cadavres. (D'aprs une photographie.) 323 Le fort dit Kala-i-Dukhtar ou fort de la Vierge, aux portes de Kirman. (D'aprs une photographie.) 324 Le Farma Farma. (D'aprs une photographie.) 325 Indignes du bourg d'Aptar, Baloutchistan. (D'aprs une photographie.) 325 Carte du Makran. 326 Baloutches de Pip, village de deux cents maisons groupes autour d'un fort. (D'aprs une photographie.) 327 Des forts abandonns rappellent l'ancienne puissance du Baloutchistan. (D'aprs une photographie.) 328 Chameliers brahmanes du Baloutchistan. (D'aprs une photographie.) 329 La passe de Fanoch, faisant communiquer la valle du mme nom et la valle de Lachar. (D'aprs une photographie.) 330 Musiciens ambulants du Baloutchistan. (D'aprs une photographie.) 331 Une halte dans les montagnes du Makran. (D'aprs une photographie.) 332 Baloutches du district de Sarhad. (D'aprs une photographie.) 333 Un fortin sur les frontires du Baloutchistan. (D'aprs une photographie.) 334 Dans les montagnes du Makran: des collines d'argile succdent de rugueuses chanes calcaires. (D'aprs une photographie.) 335 Bureau du tlgraphe sur la cte du Makran. (D'aprs une photographie.) 336 L'oasis de Djalsk, qui s'tend sur 10 kilomtres carrs, est remplie de palmiers-dattiers, et compte huit villages. (D'aprs une photographie.) 337 Femme Parsi du Baloutchistan. (D'aprs une photographie.) 337 Carte pour suivre les dlimitations de la frontire perso-baloutche. 338 Nous campmes Fahradj, sur la route de Kouak, dans une palmeraie. (D'aprs une photographie.) 339 C'est Kouak que les commissaires anglais et persans s'taient donn rendez-vous. (D'aprs une photographie.) 340 Le sanctuaire de Mahoun, notre premire tape sur la route de Kouak. (D'aprs une photographie.) 341 Cour intrieure du sanctuaire de Mahoun. (D'aprs une photographie.) 342 Le khan de Klat et sa cour. (D'aprs une photographie.) 343 Jardins du sanctuaire de Mahoun. (D'aprs une photographie.) 344 Dans la valle de Kalagan, prs de l'oasis de Djalsk. (D'aprs une photographie.) 345 Oasis de Djalsk: Des difices en briques abritent les tombes d'une race de chefs disparue. (D'aprs une photographie.) 346 Indignes de l'oasis de Pandjgour, l'est de Kouak. (D'aprs une photographie.) 347 Camp de la commission de dlimitation sur la frontire perso-baloutche. (D'aprs une photographie.) 348 Campement de la commission des frontires perso-baloutches. (D'aprs une photographie.) 349 Parsi de Yezd. (D'aprs une photographie.) 349 Une sance d'arpentage dans le Seistan. (D'aprs une photographie.) 350 Les commissaires persans de la dlimitation des frontires perso-baloutches. (D'aprs une photographie.) 351 Le delta du Helmand. 352 Sculptures sassanides de Perspolis. (D'aprs une photographie.) 352 Un gouverneur persan et son tat-major. (D'aprs une photographie.) 353 La passe de Buzi. (D'aprs une photographie.) 354 Le Gypsies du sud-est persan. 355 Sur la lagune du Helmand. (D'aprs une photographie.) 356 Couple baloutche. (D'aprs une photographie.) 357 Vue de Yezd, par o nous passmes pour rentrer Kirman. (D'aprs une photographie.) 358 La colonne de Nadir s'lve comme un phare dans le dsert. (D'aprs une photographie.) 359 Mosque de Yezd. (D'aprs une photographie.) 360 AUX RUINES D'ANGKOR Par _M. le Vicomte De MIRAMON-FARGUES_ Entre le sanctuaire et la seconde enceinte qui abrite sous ses votes un peuple de divinits de pierre.... (D'aprs une photographie.) 361 Emblme dcoratif (art khmer). (D'aprs une photographie.) 361 Porte d'entre de la cit royale d'Angkor-Tom, dans la fort. (D'aprs une photographie.) 362 Ce grand village, c'est Siem-Rap, capitale de la province. (D'aprs une photographie) 363 Une chausse de pierre s'avance au milieu des tangs. (D'aprs une photographie.) 364 Par des escaliers invraisemblablement raides, on gravit la montagne sacre. (D'aprs une photographie.) 365 Colonnades et galeries couvertes de bas-reliefs. (D'aprs une photographie.) 366 La plus grande des deux enceintes mesure 2 kilomtres de tour; c'est un long clotre. (D'aprs une photographie.) 367 Trois dmes hrissent superbement la masse formidable du temple d'Angkor-Wat. (D'aprs une photographie.) 367 Bas-relief du temple d'Angkor. (D'aprs une photographie.) 368 La fort a envahi le second tage d'un palais khmer. (D'aprs une photographie.) 369 Le gouverneur rquisitionne pour nous des charrettes boeufs. (D'aprs une photographie.) 370 La jonque du deuxime roi, qui a, l'an dernier, succd Norodom. (D'aprs une photographie.) 371 Le palais du roi, Oudong-la-Superbe. (D'aprs une photographie.) 371 Sculptures de l'art khmer. (D'aprs une photographie.) 372 EN ROUMANIE Par _M. Th. HEBBELYNCK_ La petite ville de Petrozeny n'est gure originale; elle a, de plus, un aspect malpropre. (D'aprs une photographie.) 373 Paysan des environs de Petrozeny et son fils. (D'aprs une photographie.) 373 Carte de Roumanie pour suivre l'itinraire de l'auteur. 374 Vendeuses au march de Targu-Jiul. (D'aprs une photographie.) 375 La nouvelle route de Valachie traverse les Carpathes et aboutit Targu-Jiul. (D'aprs une photographie.) 376 C'est aux environs d'Arad que pour la premire fois nous voyons des buffles domestiques. (D'aprs une photographie.) 377 Montagnard roumain endimanch. (Clich Anerlich.) 378 Derrire une haie de bois blanc s'lve l'habitation modeste. (D'aprs une photographie.) 379 Nous croisons des paysans roumains. (D'aprs une photographie.) 379 Costume national de gala, roumain. (Clich Cavallar.) 380 Dans les vicissitudes de leur triste existence, les tziganes ont conserv leur type et leurs moeurs. (Photographie Anerlich.) 381 Un rencontre prs de Padavag d'immenses troupeaux de boeufs. (D'aprs une photographie.) 382 Les femmes de Targu-Jiul ont des traits rudes et svres, sous le linge blanc. (D'aprs une photographie.) 383 En Roumanie, on ne voyage qu'en victoria. (D'aprs une photographie.) 384 Dans la valle de l'Olt, les castrinza des femmes sont dcores de paillettes multicolores. 385 Dans le village de Slanic. (D'aprs une photographie.) 385 Roumaine du dfil de la Tour-Rouge. (D'aprs une photographie.) 386 La petite ville d'Horezu est charmante et anime. (D'aprs une photographie.) 387 La perle de Curtea, c'est cette superbe glise blanche, scintillante sous ses coupoles dores. (D'aprs une photographie.) 388 Une ferme prs du monastre de Bistritza. (D'aprs une photographie.) 389 Entre de l'glise de Curtea. (D'aprs une photographie.) 390 Les religieuses du monastre d'Horezu portent le mme costume que les moines. (D'aprs une photographie.) 391 Devant l'entre de l'glise se dresse le baptistre de Curtea. (D'aprs une photographie.) 392 Au march de Campolung. (D'aprs une photographie.) 393 L'excursion du dfil de Dimboviciora est le complment oblig d'un sjour Campolung. (D'aprs une photographie.) 394 Dans le dfil de Dimboviciora. (D'aprs des photographies.) 395 Dans les jardins du monastre de Curtea. 396 Sinaa: le chteau royal, Castel Pels, sur la montagne du mme nom. (D'aprs une photographie.) 397 Un enfant des Carpathes. (D'aprs une photographie.) 397 Une fabrique de ciment groupe autour d'elle le village de Campina. (D'aprs une photographie.) 398 Vue intrieure des mines de sel de Slanic. (D'aprs une photographie.) 399 Entre Campina et Sinaa la route de voiture est des plus potiques. (D'aprs une photographie.) 400 Un coin de Campina. (D'aprs une photographie.) 401 Les villas de Sinaa. (D'aprs une photographie.) 402 Vues de Bucarest: le boulevard Coltei. -- L'glise du Spiritou Nou. -- Les constructions nouvelles du boulevard Coltei. -- L'glise mtropolitaine.--L'Universit.--Le palais Stourdza. -- Un vieux couvent. -- (D'aprs des photographies.) 403 Le monastre de Sinaa se dresse derrire les villas et les htels de la ville. (D'aprs une photographie.) 404 Une des deux cours intrieures du monastre de Sinaa. (D'aprs une photographie.) 405 Une demeure princire de Sinaa. (D'aprs une photographie.) 406 Busteni (les villas, l'glise), but d'excursion pour les habitants de Sinaa. (D'aprs une photographie.) 407 Slanic: un wagon de sel. (D'aprs une photographie.) 408 CROQUIS HOLLANDAIS Par _M. Lud. GEORGES HAMN_ _Photographies de l'auteur._ la kermesse. 409 Ces anciens, pour la plupart, ont une maigreur de bon aloi. 409 Des boerin bien prises en leurs justins marchent en roulant, un joug sur les paules. 410 Par intervalles une femme sort avec des seaux; elle lave sa demeure de haut en bas. 410 Emplettes familiales. 411 Les mnagres sont l, galement calmes, lentes, avec leurs grosses jupes. 411 Jeune mtayre de Middelburg. 412 Middelburg: le faubourg qui prend le chemin du march conduit un pont. 412 Une mre, songeuse, promenait son petit garon. 413 Une famille hollandaise au march de Middelburg. 414 Le march de Middelburg: considrations sur la grosseur des betteraves. 415 Des groupes d'anciens en culottes courtes, chapeaux marmites. 416 Un septuagnaire appuy sur son petit-fils me sourit bonassement. 417 Roux en le dcor roux, l'clusier fumait sa pipe. 417 Le village de Zoutelande. 418 Les grandes voitures en forme de nacelle, recouvertes de bches blanches. 419 Aussi comme on l'aime, ce home. 420 Les filles de l'htelier de Wemeldingen. 421 Il se campe prs de son cheval. 421 Je rencontre l'ore du village un couple minuscule. 422 La campagne hollandaise. 423 Environs de Westkapelle: deux femmes reviennent du molen. 423 Par tous les sentiers, des marmots se juchrent. 424 Le pre Kick symbolisait les gnrations des Nerlandais dfunts. 425 Wemeldingen: un moulin colossal domine les digues. 426 L'une entonna une chanson. 427 Les moutons broutent avec ardeur le long des canaux. 428 Famille hollandaise en voyage. 429 Ah! les moulins; leur nombre droute l'esprit. 429 Les chariots enfoncs dans les champs marcageux sont enlevs par de forts chevaux. 430 La digue de Westkapelle. 431 Les cluses ouvertes. 432 Les petits garons rdent par bandes, grand bruit de sabots sonores.... 433 Jeune mre Marken. 433 Volendam, sur les bords du Zuiderzee, est le rendez-vous des peintres de tous les pays. 434 Avec leurs figures rondes, panouies de contentement, les petites filles de Volendam font plaisir voir. 435 Aux jours de lessive, les linges multicolores flottent partout. 436 Les jeunes filles de Volendam sont coiffes du casque en dentelle, forme de salade renverse. 437 Deux pcheurs accroupis au soleil, Volendam. 438 Une lessive consciencieuse. 439 Il y a des couples d'enfants ravissants, d'un type expressif. 440 Les femmes de Volendam sont moins claquemures en leur logis. 441 Vtu d'un pantalon dmesur, le pcheur de Volendam a une allure personnelle. 442 Un commencement d'idylle Marken. 443 Les petites filles sont charmantes. 444 ABYDOS dans les temps anciens et dans les temps modernes Par _M. E. AMELINEAU_ Le lac sacr d'Osiris, situ au sud-est de son temple, qui a t dtruit. (D'aprs une photographie.) 445 Sti Ier prsentant des offrandes de pain, lgumes, etc. (D'aprs une photographie.) 445 Une rue d'Abydos. (D'aprs une photographie.) 446 Maison d'Abydos habite par l'auteur, pendant les trois premires annes. (D'aprs une photographie.) 447 Le prtre-roi rendant hommage Sti Ier (chambre annexe de la deuxime salle d'Osiris). (D'aprs une photographie.) 448 Thot prsentant le signe de la vie aux narines du roi Sti Ier (chambre annexe de la deuxime salle d'Osiris). (D'aprs une photographie.) 449 Le dieu Thot purifiant le roi Sti Ier (chambre annexe de la deuxime salle d'Osiris, mur sud). (D'aprs une photographie.) 450 Vue intrieure du temple de Ramss II. (D'aprs une photographie.) 451 Perspective de la seconde salle hypostyle du temple de Sti Ier. (D'aprs une photographie.) 451 Temple de Sti Ier, mur est, pris du mur nord. Salle due Ramss II. (D'aprs une photographie.) 452 Temple de Sti Ier, mur est, montrant des scnes diverses du culte. (D'aprs une photographie.) 453 Table des rois Sti Ier et Ramss II, faisant des offrandes aux rois leurs prdcesseurs. (D'aprs une photographie.) 454 Vue gnrale du temple de Sti Ier, prise de l'entre. (D'aprs une photographie.) 455 Procession des victimes amenes au sacrifice (temple de Ramss II). (D'aprs une photographie.) 456 VOYAGE DU PRINCE SCIPION BORGHSE AUX MONTS CLESTES Par _M. JULES BROCHEREL_ Le bazar de Tackhent s'tale dans un quartier vieux et ftide. (D'aprs une photographie.) 457 Un Kozaque de Djarghess. (D'aprs une photographie.) 457 Itinraire de Tachkent Prjevalsk. 458 Les marchands de pain de Prjevalsk. (D'aprs une photographie.) 459 Un des trente-deux quartiers du bazar de Tachkent. (D'aprs une photographie.) 460 Un contrefort montagneux borde la rive droite du tchou. (D'aprs une photographie.) 461 Le bazar de Prjevalsk, principale tape des caravaniers de Viernyi et de Kachgar. (D'aprs une photographie.) 462 Couple russe de Prjevalsk. (D'aprs une photographie.) 463 Arrive d'une caravane Prjevalsk. (D'aprs une photographie.) 464 Le chef des Kirghizes et sa petite famille. (D'aprs une photographie.) 465 Notre djighite, sorte de garde et de policier. (D'aprs une photographie.) 466 Le monument de Prjevalsky, Prjevalsk. (D'aprs une photographie.) 467 Des ttes humaines, grossirement sculptes, monuments funraires des Nestoriens... (D'aprs une photographie.) 467 Enfants kozaques sur des boeufs. (D'aprs une photographie.) 468 Un de nos campements dans la montagne. (D'aprs une photographie.) 469 Monte du col de Tomghent. (D'aprs une photographie.) 469 Dans la valle de Kizil-Tao. (D'aprs une photographie.) 470 Itinraire du voyage aux Monts Clestes. 470 La carabine de Zurbriggen intriguait fort les indignes. (D'aprs une photographie.) 471 Au sud du col s'levait une blanche pyramide de glace. (D'aprs une photographie.) 472 La valle de Kizil-Tao. (D'aprs une photographie.) 473 Le col de Karaguer, valle de Tomghent. (D'aprs une photographie.) 474 Sur le col de Tomghent. (D'aprs une photographie.) 475 J'tais enchant des aptitudes alpinistes de nos coursiers. (D'aprs une photographie.) 475 Le plateau de Saridjass, peu tourment, est pourvu d'une herbe suffisante pour les chevaux. (D'aprs une photographie.) 476 Nous passons gu le Kizil-Sou. (D'aprs des photographies.) 477 Panorama du massif du Khan-Tengri. (D'aprs une photographie.) 478 Entre de la valle de Kachkateur. (D'aprs une photographie.) 479 Nous baptismes Kachkateur-Tao, la pointe de 4 250 mtres que nous avions escalade. (D'aprs une photographie.) 479 La valle de Tomghent. (D'aprs une photographie.) 480 Des Kirghizes d'Oustchiar taient venus notre rencontre. (D'aprs une photographie.) 481 Kirghize joueur de flte. (D'aprs une photographie.) 481 Le massif du Kizil-Tao. (D'aprs une photographie.) 482 Rgion des Monts Clestes. 482 Les Kirghizes mnent au village une vie peu occupe. (D'aprs une photographie.) 483 Notre petite troupe s'aventure audacieusement sur la pente glace. (D'aprs une photographie.) 484 Valle suprieure d'Inghiltchik. (D'aprs une photographie.) 485 Valle de Kaende: l'eau d'un lac s'coulait au milieu d'une prairie maille de fleurs. (D'aprs une photographie.) 486 Les femmes kirghizes d'Oustchiar se rangrent, avec leurs enfants, sur notre passage. (D'aprs une photographie.) 487 Le chirta de Kaende. (D'aprs une photographie.) 488 Nous salumes la valle de Kaende comme un coin de la terre des Alpes. (D'aprs une photographie.) 489 Femmes maries de la valle de Kaende, avec leur progniture. (D'aprs une photographie.) 490 L'lment mle de la colonie vint tout l'aprs-midi voisiner dans notre campement. (D'aprs une photographie.) 491 Un aoul kirghize. 492 Yeux brids, pommettes saillantes, nez pat, les femmes de Kaende sont de vilaines Kirghizes. (D'aprs une photographie.) 493 Enfant kirghize. (D'aprs une photographie.) 493 Kirghize dressant un aigle. (D'aprs une photographie.) 494 Itinraire du voyage aux Monts Clestes. 494 Nous rencontrmes sur la route d'Oustchiar un berger et son troupeau. (D'aprs une photographie.) 495 Je photographiai les Kirghizes de Kaende, qui s'taient, pour nous recevoir, assembls sur une minence. (D'aprs une photographie.) 496 Le glacier de Kaende. (D'aprs une photographie.) 497 L'aiguille d'Oustchiar vue de Kaende. 498 Notre cabane au pied de l'aiguille d'Oustchiar. (D'aprs des photographies.) 498 Kirghizes de Kaende. (D'aprs une photographie.) 499 Le pic de Kaende s'lve 6 000 mtres. (D'aprs une photographie.) 500 La fille du chirta (chef) de Kaende, fiance au kaltch de la valle d'Irtach. (D'aprs une photographie.) 501 Le kaltch (chef) de la valle d'Irtach, l'heureux fianc de la fille du chirta de Kaende. (D'aprs une photographie.) 502 Le glacier de Kaende. 503 Cheval kirghize au repos sur les flancs du Kaende. (D'aprs des photographies.) 503 Retour des champs. (D'aprs une photographie.) 504 Femmes kirghizes de la valle d'Irtach. (D'aprs une photographie.) 505 Un chef de district dans la valle d'Irtach. (D'aprs une photographie.) 505 Le pic du Kara-tach, vu d'Irtach, prend vaguement l'aspect d'une pyramide. (D'aprs une photographie.) 506 Les caravaniers passent leur vie dans les Monts Clestes, emmenant leur famille avec leurs marchandises. (D'aprs une photographie.) 507 La valle de Zououka, par o transitent les caravaniers de Viernyi Kachgar. (D'aprs une photographie.) 508 Le massif du Djoukoutchiak; au pied, le dangereux col du mme nom, frquent par les nomades qui se rendent Prjevalsk. (D'aprs une photographie.) 509 Le chaos des pics dans le Kara-Tao. (D'aprs une photographie.) 510 talon kirghize de la valle d'Irtach et son cavalier. (D'aprs une photographie.) 511 Vhicule kirghize employ dans la valle d'Irtach. (D'aprs une photographie.) 511 Les roches plisses des environs de Slifkina, sur la route de Prjevalsk. (D'aprs une photographie.) 512 Campement kirghize, prs de Slifkina. (D'aprs une photographie.) 513 Femme kirghize tannant une peau. (D'aprs une photographie.) 514 Les glaciers du Djoukoutchiak-Tao. (D'aprs une photographie.) 515 Tombeau kirghize. (D'aprs une photographie.) 516 L'ARCHIPEL DES FERO Par _Mlle ANNA SEE_ L'espoir des Fero se rendant l'cole. (D'aprs une photographie.) 517 Les enfants transportent la tourbe dans des hottes en bois. (D'aprs une photographie.) 517 Thorshavn apparut, construite en amphithtre au fond d'un petit golfe. 518 Les fermiers de Kirkeboe en habits de fte. (D'aprs une photographie.) 519 Les poneys feroens et leurs caisses transporter la tourbe. (D'aprs une photographie.) 520 Les dnicheurs d'oiseaux se suspendent des cordes armes d'un crampon. (D'aprs une photographie.) 521 Des lots isols, des falaises de basalte ruines par le heurt des vagues. (D'aprs des photographies.) 522 On pousse vers la plage les cadavres des dauphins, qui ont environ 6 mtres. (D'aprs une photographie.) 523 Les femmes feroennes prparent la laine.... (D'aprs une photographie.) 524 On sale les morues. (D'aprs une photographie.) 525 Feroen en costume de travail. (D'aprs une photographie.) 526 Les femmes portent une robe en flanelle tisse avec la laine qu'elles ont carde et file. (D'aprs une photographie.) 527 Dj mlancolique!... (D'aprs une photographie.) 528 PONDICHRY chef-lieu de l'Inde franaise Par _M. G. VERSCHUUR_ Groupe de Brahmanes lecteurs franais. (D'aprs une photographie.) 529 Musicien indien de Pondichry. (D'aprs une photographie.) 529 Les enfants ont une bonne petite figure et un costume peu compliqu. (D'aprs une photographie.) 530 La visite du march est toujours une distraction utile pour le voyageur. (D'aprs une photographie.) 531 Indienne en costume de fte. (D'aprs une photographie.) 532 Groupe de Brahmanes franais. (D'aprs une photographie.) 533 La pagode de Villenour, quelques kilomtres de Pondichry. (D'aprs une photographie.) 534 Intrieur de la pagode de Villenour. (D'aprs une photographie.) 535 La Fontaine aux Bayadres. (D'aprs une photographie.) 536 Plusieurs rues de Pondichry sont larges et bien bties. (D'aprs une photographie.) 537 tang de la pagode de Villenour. (D'aprs une photographie.) 538 Brahmanes franais attendant la clientle dans un bazar. (D'aprs une photographie.) 539 La statue de Dupleix Pondichry. (D'aprs une photographie.) 540 UNE PEUPLADE MALGACHE LES TANALA DE L'IKONGO Par _M. le Lieutenant ARDANT DU PICQ_ Les populations souhaitent la bienvenue l'tranger. (D'aprs une photographie.) 541 Femme d'Ankarimbelo. (D'aprs une photographie.) 541 Carte du pays des Tanala. 542 Les femmes tanala sont sveltes, lances. (D'aprs une photographie.) 543 Panorama de Fort-Carnot. (D'aprs une photographie.) 544 Groupe de Tanala dans la campagne de Milakisihy. (D'aprs une photographie.) 545 Un partisan tanala tirant la cible Fort-Carnot. (D'aprs une photographie.) 546 Enfants tanala. (D'aprs une photographie.) 547 Les hommes, tous arms de la hache. (D'aprs une photographie.) 548 Les cercueils sont faits d'un tronc d'arbre creus, et recouverts d'un drap. (D'aprs une photographie.) 549 Le battage du riz. (D'aprs une photographie.) 550 Une halte de partisans dans la fort. (D'aprs une photographie.) 551 Femmes des environs de Fort-Carnot. (D'aprs une photographie.) 552 Les Tanala au repos perdent toute leur lgance naturelle. (D'aprs une photographie.) 553 Une jeune beaut tanala. (D'aprs une photographie.) 553 Le Tanala, maniant une sagaie, a le geste lgant et souple. (D'aprs une photographie.) 554 Le chant du e manenina, Iaborano. (D'aprs une photographie.) 555 La rue principale Sahasinaka. (D'aprs une photographie.) 556 La danse est excute par des hommes, quelquefois par des femmes. (D'aprs une photographie.) 557 Un danseur botomaro. (D'aprs une photographie.) 558 La danse, chez les Tanala, est expressive au plus haut degr. (D'aprs des photographies.) 559 Tapant coups redoubls sur un long bambou, les Tanala en tirent une musique trange. (D'aprs une photographie.) 560 Femmes tanala tissant un lamba. (D'aprs une photographie.) 561 Le village et le fort de Sahasinaka s'lvent sur les hauteurs qui bordent le Faraony. (D'aprs une photographie.) 562 Un dtachement d'infanterie coloniale traverse le Rienana. (D'aprs une photographie.) 563 Profil et face de femmes tanala. (D'aprs une photographie.) 564 LA RGION DU BOU HEDMA (sud tunisien) Par _M. Ch. MAUMEN_ Les murailles de Sfax, vritable dcor d'opra.... (D'aprs une photographie.) 565 Salem, le domestique arabe de l'auteur. (D'aprs une photographie.) 565 Carte de la rgion du Bou Hedma (sud tunisien). 566 Les sources chaudes de l'oued Hadedj sont sulfureuses. (D'aprs une photographie.) 567 L'oued Hadedj, d'aspect si charmant, est un bourbier qui sue la fivre. (D'aprs une photographie.) 568 Le cirque du Bou Hedma. (D'aprs une photographie.) 569 L'oued Hadedj sort d'une troite crevasse de la montagne. (D'aprs une photographie.) 570 Manoubia est une petite paysanne d'une douzaine d'annes. (D'aprs une photographie.) 571 Un puits dans le dfil de Touninn. (D'aprs une photographie.) 571 Le ksar de Sakket abrite les Ouled bou Saad Sdentaires, qui cultivent oliviers et figuiers. (D'aprs une photographie.) 572 De temps en temps la fort de gommiers se rvle par un arbre. (D'aprs une photographie.) 573 Le village de Mech; dans l'arrire-plan, le Bou Hedma. (D'aprs une photographie.) 574 Le Khrangat Touninn (dfile de Touninn), que traverse le chemin de Bir Saad Sakket. (D'aprs une photographie.) 575 Le puits de Bordj Saad. (D'aprs une photographie.) 576 DE TOLDE GRENADE Par _Mme JANE DIEULAFOY_ Aprs avoir crois des boeufs superbes.... (D'aprs une photographie.) 577 Femme castillane. (D'aprs une photographie.) 577 On chemine travers l'inextricable rseau des ruelles silencieuses. (D aprs une photographie.) 578 La rue du Commerce, Tolde. (D'aprs une photographie.) 579 Un reprsentant de la foule innombrable des mendiants de Tolde. (D'aprs une photographie.) 580 Dans des rues tortueuses s'ouvrent les entres monumentales d'anciens palais, tel que celui de la Sainte Hermandad. (Photographie Lacoste, Madrid.) 581 Porte du vieux palais de Tolde. (D'aprs une photographie.) 582 Fire et isole comme un arc de triomphe, s'lve la merveilleuse Puerta del Sol. (Photographie Lacoste, Madrid.) 583 Dtail de sculpture mudejar dans le Transito. (D'aprs une photographie.) 584 Ancienne sinagogue connue sous le nom de Santa Maria la Blanca. (Photographie Lacoste, Madrid.) 585 Madrilne. (D'aprs une photographie.) 586 La porte de Visagra, construction massive remontant l'poque de Charles Quint. (Photographie Lacoste, Madrid.) 587 Tympan mudejar. (D'aprs une photographie.) 588 Des familles d'ouvriers ont tabli leurs demeures prs de murailles solides. (D'aprs une photographie.) 589 Castillane et Svillane. (D'aprs une photographie.) 589 Isabelle de Portugal, par le Titien (Muse du Prado). (Photographie Lacoste, Madrid.) 590 Le palais de Pierre le Cruel. (D'aprs une photographie.) 591 Statue polychrome du prophte lie, dans l'glise de Santo Tom (auteur inconnu). (D'aprs une photographie.) 592 Porte du palais de Pierre le Cruel. (D'aprs une photographie.) 593 Portrait d'homme, par le Greco. (Photographie Hauser y Menet, Madrid.) 594 La cathdrale de Tolde. 595 Enterrement du comte d'Orgaz, par le Greco (glise Santo Tom). (D'aprs une photographie.) 596 Le couvent de Santo Tom conserve une tour en forme de minaret. (D'aprs une photographie.) 597 Les vques Mendoza et Ximns. (D'aprs une photographie.) 598 Salon de la prieure, au couvent de San Juan de la Penitencia. (D'aprs une photographie.) 599 Prise de Melilla (cathdrale de Tolde). (D'aprs une photographie.) 600 C'est dans cette pauvre demeure que vcut Cervants pendant son sjour Tolde. (D'aprs une photographie.) 601 Saint Franois d'Assise, par Alonzo Cano, cathdrale de Tolde. 601 Porte des Lions. (Photographie Lacoste, Madrid.) 602 Le clotre de San Juan de los Reyes apparat comme le morceau le plus prcieux et le plus fleuri de l'architecture gothique espagnole. (Photographie Lacoste, Madrid.) 603 Ornements d'glise, Madrid. (D'aprs une photographie.) 604 Porte due au ciseau de Berruguete, dans le clotre de la cathdrale de Tolde. (Photographie Lacoste, Madrid.) 605 Une torea. (D'aprs une photographie.) 606 Vue intrieure de l'glise de San Juan de Los Reyes. (Photographie Lacoste, Madrid.) 607 Une rue de Tolde. (D'aprs une photographie.) 608 Porte de l'hpital de Santa Cruz. (Photographie Lacoste, Madrid.) 609 Sur les bords du Tage. (Photographie Lacoste, Madrid.) 610 Escalier de l'hpital de Santa Cruz. (D'aprs une photographie.) 611 Dtail du plafond de la cathdrale. (D'aprs une photographie) 612 Pont Saint-Martin Tolde. (D'aprs une photographie.) 613 Guitariste castillane. (D'aprs une photographie.) 613 La Casa consistorial, htel de ville. (D'aprs une photographie.) 614 Le patio des Templiers. (D'aprs une photographie.) 615 Jeune femme de Cordoue avec la mantille en chenille lgre. (D'aprs une photographie.) 616 Un coin de la Mosque de Cordoue. (Photographie Lacoste, Madrid.) 617 Chapelle de San Fernando, de style mudejar, leve au centre de la Mosque de Cordoue. (D'aprs une photographie.) 618 La mosque qui fait la clbrit de Cordoue, avec ses dix-neuf galeries hypostyles, orientes vers la Mecque. (Photographie Lacoste, Madrid.) 619 Dtail de la chapelle de San Fernando. (D'aprs une photographie.) 620 Vue extrieure de la Mosque de Cordoue, avec l'glise catholique leve en 1523, malgr les protestations des Cordouans. (D'aprs une photographie.) 621 Statue de Gonzalve de Cordoue. (D'aprs une photographie.) 622 Statue de doa Maria Manrique, femme de Gonzalve de Cordoue. (D'aprs une photographie.) 623 Dtail d'une porte de la mosque. (D'aprs une photographie.) 624 End of the Project Gutenberg EBook of Le Tour du Monde; La Russie, race colonisatrice, by Various License: Share Alike