Produced by Carlo Traverso, Christine P. Travers and the Online Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This file was produced from images generously made available by the Bibliothque nationale de France (BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr) [Notes au lecteur de ce fichier digital: Seules les erreurs clairement introduites par le typographe ont t corriges. Ce fichier est un extrait du recueil du journal "Le Tour du monde: Journal des voyages et des voyageurs" (2me semestre 1860). Les articles ont t regroups dans des fichiers correspondant aux diffrentes zones gographiques, ce fichier contient les articles sur les Yakoutes. Chaque fichier contient l'index complet du recueil dont ces articles sont originaires. Le texte de la note 9 n'tant que peu lisible, "nutcha" est incertain.] LE TOUR DU MONDE IMPRIMERIE GNRALE DE CH. LAHURE Rue de Fleurus, 9, Paris LE TOUR DU MONDE NOUVEAU JOURNAL DES VOYAGES PUBLI SOUS LA DIRECTION DE M. DOUARD CHARTON ET ILLUSTR PAR NOS PLUS CLBRES ARTISTES 1860 DEUXIME SEMESTRE LIBRAIRIE DE L. HACHETTE ET Cie PARIS, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, No 77 LONDRES, KING WILLIAM STREET, STRAND LEIPZIG, 15, POST-STRASSE 1860 TABLE DES MATIRES. UN MOIS EN SICILE (1843.--Indit.), par M. Flix BOURQUELOT. Arrive en Sicile. -- Palerme et ses habitants. -- Les monuments de Palerme. -- La cathdrale de Monreale. -- De Palerme Trapani. -- Partenico. -- Alcamo. -- Calatafimi. -- Ruines de Sgeste. -- Trapani. -- La spulture du couvent des capucins. -- Le mont ryx. -- De Trapani Girgenti. -- La Lettica. -- Castelvetrano. -- Ruines de Slinonte. -- Sciacca. -- Girgenti (Agrigente). -- De Girgenti Castrogiovanni. -- Caltanizzetta. -- Castrogiovanni. -- Le lac Pergusa et l'enlvement de Proserpine. -- De Castrogiovanni Syracuse. -- Calatagirone. -- Vezzini. -- Syracuse. -- De Syracuse Catane. -- Lentini. -- Catane. -- Ascension de l'Etna. -- Taormine. -- Messine. -- Retour Naples. 1 VOYAGE EN PERSE, fragments par M. le comte A. de GOBINEAU (1855-1858), dessins indits de M. Jules LAURENS. Arrive Ispahan. -- Le gouverneur. -- Aspect de la ville. -- Le Tchhar-Bgh. -- Le collge de la Mre du roi. -- La mosque du roi. -- Les quarante colonnes. -- Prsentations. -- Le pont du Zend--Roub. -- Un dner Ispahan. -- La danse et la comdie. -- Les habitants d'Ispahan. -- D'Ispahan Kaschan. -- Kaschan. -- Ses fabriques. -- Son imprimerie lithographique. -- Ses scorpions. -- Une lgende. -- Les bazars. -- Le collge. -- De Kaschan la plaine de Thran. -- Koum. -- Feux d'artifice. -- Le pont du Barbier. -- Le dsert de Khavr. -- Houz-Sultan. -- La plaine de Thran. -- Thran. -- Notre entre dans la ville. -- Notre habitation. 16 Une audience du roi de Perse. -- Nouvelles constructions Thran. -- Temprature. -- Longvit. -- Les nomades. -- Deux plerins. -- Le culte du feu. -- La police. -- Les ponts. -- Le laisser aller administratif. -- Les amusements d'un bazar persan. -- Les fianailles. -- Le divorce. -- La journe d'une Persane. -- La journe d'un Persan. -- Les visites. -- Formules de politesses. -- La peinture et la calligraphie persanes. -- Les chansons royales. -- Les conteurs d'histoires. -- Les spectacles: drames historiques. -- pilogue. -- Le Dmavend. -- L'enfant qui cherche un trsor. 34 VOYAGES AUX INDES OCCIDENTALES, par M. Anthony TROLLOPE (1858-1859); dessins indits de M. A. de BRARD. L'le Saint-Thomas. -- La Jamaque: Kingston; Spanish-Town; les _rserves_; la vgtation. -- Les planteurs et les ngres. -- Plaintes d'une Ariane noire. -- La toilette des ngresses. -- Avenir des multres. -- Les petites Antilles. -- La Martinique. -- La Guadeloupe. -- Grenada. -- La Guyane anglaise. -- Une sucrerie. -- Barbados. -- La Trinidad. -- La Nouvelle-Grenade. -- Sainte-Marthe. -- Carthagne. -- Le chemin de fer de Panama. -- Costa Rica: San Jos; le Mont-Blanco. -- Le Serapiqui. -- Greytown. 49 VOYAGE DANS LES TATS SCANDINAVES, par M. Paul RIANT. (Le Tlmark et l'vch de Bergen.) (1858.--Indit.) LE TLMARK. -- Christiania. -- Dpart pour le Tlmark. -- Mode de voyager. -- Paysage. -- La valle et la ville de Drammen. -- De Drammen Kongsberg. -- Le cheval norvgien. -- Kongsberg et ses gisements mtallifres. -- Les montagnes du Tlmark. -- Leurs habitants. -- Hospitalit des _gaards_ et des _sters_. -- Une sorcire. -- Les lacs Tinn et Mjs. -- Le Westfjord. -- La chute du Rjukan. -- Lgende de la belle Marie. -- Dal. -- Le livre des trangers. -- L'glise d'Hitterdal. -- L'ivresse en Norvge. -- Le chtelain aubergiste. -- Les lacs Sillegjord et Bandak. -- Le ravin des Corbeaux. 65 --_Le Saint-Olaf_ et ses pareils. -- Navigation intrieure. -- Retour Christiania par Skien. 82 L'VCH DE BERGEN. -- La presqu'le de Bergen. -- Lrdal. -- Le Sognefjord. -- Vosse-Vangen. -- Le Vringfoss. -- Le Hardangerfjord. -- De Vikor Sammanger et Bergen. 85 VOYAGE DE M. GUILLAUME LEJEAN DANS L'AFRIQUE ORIENTALE (1860.--Texte et dessins indits.)--Lettre au Directeur du _Tour du monde_ (Khartoum, 10 mai 1860). D'ALEXANDRIE SOUAKIN. -- L'gypte. -- Le dsert. -- Le simoun. -- Suez. -- Un danger. -- Le mirage. -- Tor. -- Qossir. -- Djambo. -- Djeddah. 97 VOYAGE AU MONT ATHOS, par M. A. PROUST (1858.--Indit.) Salonique. -- Juifs, Grecs et Bulgares. -- Les mosques. -- L'Albanais Rabottas. -- Prparatifs de dpart. -- Vasilika. -- Galatz. -- Nedgesalar. -- L'Athos. -- Saint-Nicolas. -- Le P. Gdon. -- Le couvent russe. -- La messe chez les Grecs. -- Karis et la rpublique de l'Athos. -- Le vovode turc. -- Le peintre Anthims et le pappas Manuel. -- M. de Svastiannoff. 103 Ermites indpendants. -- Le monastre de Koutloumousis. -- Les bibliothques. -- La peinture. -- Manuel Panselinos et les peintres modernes. -- Le monastre d'Iveron. -- Les carmes. -- Peintres et peintures. -- Stavronikitas. -- Miracles. -- Un Vroukolakas. -- Les bibliothques. -- Les mulets. -- Philotheos. -- Les moines et la guerre de l'Indpendance. -- Karacallos. -- L'union des deux glises. -- Les pnitences et les fautes. 114 La lgende d'Arcadius. -- Le pappas de Smyrne. -- Esphigmenou. -- Thodose le Jeune. -- L'ex-patriarche Anthymos et l'glise grecque. -- L'isthme de l'Athos et Xerxs. -- Les monastres bulgares: Kiliandari et Zographos. -- La lgende du peintre. -- Beaut du paysage. -- Castamoniti. -- Une femme au mont Athos. -- Dokiarios. -- La secte des Palamites. -- Saint-Xnophon. -- La pche aux ponges. -- Retour Karis. -- Xiropotamos, le couvent du Fleuve Sec. -- Dpart de Daphn. -- Marino le chanteur. 130 VOYAGE D'UN NATURALISTE (Charles DARWIN).--L'archipel Galapagos et les attoles ou les de coraux.--(1838). L'ARCHIPEL GALAPAGOS. -- Groupe volcanique. -- Innombrables cratres. -- Aspect bizarre de la vgtation. -- L'le Chatam. -- Colonie de l'le Charles. -- L'le James. -- Lac sal dans un cratre. -- Histoire naturelle de ce groupe d'les. -- Mammifres; souris indigne. -- Ornithologie; familiarit des oiseaux; terreur de l'homme; instinct acquis. -- Reptiles; tortues de terre; leurs habitudes. 139 Encore les tortues de terre; lzard aquatique se nourrissant de plantes marines; lzard terrestre herbivore, se creusant un terrier. -- Importance des reptiles dans cet archipel o ils remplacent les mammifres. -- Diffrences entre les espces qui habitent les diverses les. -- Aspect gnral amricain. 146 LES ATTOLES OU LES DE CORAUX. -- le Keeling. -- Aspect merveilleux. -- Flore exigu. -- Voyage des graines. -- Oiseaux. -- Insectes. -- Sources flux et reflux. -- Chasse aux tortues. -- Champs de coraux morts. -- Pierres transportes par les racines des arbres. -- Grand crabe. -- Corail piquant. -- Poissons se nourrissant de coraux. -- Formation des attoles. -- Profondeur laquelle le corail peut vivre. -- Vastes espaces parsems d'les de corail. -- Abaissement de leurs fondations. -- Barrires. -- Franges de rcifs. -- Changement des franges en barrires et des barrires en attoles. 151 BIOGRAPHIE.--Brun-Rollet. 159 VOYAGE AU PAYS DES YAKOUTES (Russie asiatique), par OUVAROVSKI (1830-1839). Djigansk. -- Mes premiers souvenirs. -- Brigandages. -- Le paysage de Djigansk. -- Les habitants. -- La pche. -- Si les poissons morts sont bons manger. -- La sorcire Agrippine. -- Mon premier voyage. -- Killm et ses environs. -- Malheurs. -- Les Yakoutes. -- La chasse et la pche. -- Yakoutsk. -- Mon premier emploi. -- J'avance. -- Dernires recommandations de ma mre. -- Irkoutsk. -- Voyage. -- Oudsko. -- Mes bagages. -- Campement. -- Le froid. -- La rivire Outchour. -- L'Aldan. -- Voyage dans la neige et dans la glace. -- L'gn. -- Un Tongouse qui pleure son chien. -- Obstacles et fatigues. -- Les guides. -- Ascension du Diougdjour. -- Stratagme pour prendre un oiseau. -- La ville d'Oudsko. -- La pche l'embouchure du fleuve Ut. -- Navigation pnible. -- Boroukan. -- Une halte dans la neige. -- Les rennes. -- Le mont Byraya. -- Retour Oudsko et Yakoutsk. 161 Viliouisk. -- Sel tricolore. -- Bois ptrifi. -- Le Sountar. -- Nouveau voyage. -- Description du pays des Yakoutes. -- Climat. -- Population. -- Caractres. -- Aptitudes. -- Les femmes yakoutes. 177 DE SYDNEY ADLADE (Australie du Sud), notes extraites d'une correspondance particulire (1860). Les Alpes australiennes. -- Le bassin du Murray. -- Ce qui reste des anciens matres du sol. -- Navigation sur le Murray. -- Frontires de l'Australie du Sud. -- Le lac Alexandrina. -- Le Kanguroo rouge. -- La colonie de l'Australie du Sud. -- Adlade. -- Culture et mines. 182 VOYAGES ET DCOUVERTES AU CENTRE DE L'AFRIQUE, journal du docteur BARTH (1849-1855). Henry Barth. -- But de l'expdition de Richardson. -- Dpart. -- Le Fezzan. -- Mourzouk. -- Le dsert. -- Le palais des dmons. -- Barth s'gare; torture et agonie. -- Oasis. -- Les Touaregs. -- Dunes. -- Afalesselez. -- Bubales et moufflons. -- Ouragan. -- Frontires de l'Asben. -- Extorsions. -- Dluge une latitude o il ne doit pas pleuvoir. -- La Suisse du dsert. -- Sombre valle de Taghist. -- Riante valle d'Auderas. -- Agadez. -- Sa dcadence. -- Entrevue de Barth et du sultan. -- Pouvoir despotique. -- Coup d'oeil sur les moeurs. -- Habitat de la girafe. -- Le Soudan; le Damergou. -- Architecture. -- Katchna; Barth est prisonnier. -- Pnurie d'argent. -- Kano. -- Son aspect, son industrie, sa population. -- De Kano Kouka. -- Mort de Richardson. -- Arrive Kouka. -- Difficults croissantes. -- L'nergie du voyageur en triomphe. -- Ses visiteurs. -- Un vieux courtisan. -- Le vizir et ses quatre cents femmes. -- Description de la ville, son march, ses habitants. -- Le Dendal. -- Excursion. -- Angornou. -- Le lac Tchad. 193 Dpart. -- Aspect dsol du pays. -- Les Ghouas. -- Mabani. -- Le mont Dlabda. -- Forgeron en plein vent. -- Dvastation. -- Orage. -- Baobab. -- Le Mendif. -- Les Marghis. -- L'Adamaoua. -- Mboutoudi. -- Proposition de mariage. -- Installation de vive force chez le fils du gouverneur de Soulleri. -- Le Bnou. -- Yola. -- Mauvais accueil. -- Renvoi subit. -- Les Oulad-Sliman. -- Situation politique du Bornou. -- La ville de Yo. -- Nggimi ou Inggimi. -- Chute dans un bourbier. -- Territoire ennemi. -- Razzia. -- Nouvelle expdition. -- Troisime dpart de Kouka. -- Le chef de la police. -- Aspect de l'arme. -- Dikoua. -- Marche de l'arme. -- Le Mosgou. -- Adishen et son escorte. -- Beaut du pays. -- Chasse l'homme. -- Erreur des Europens sur le centre de l'Afrique. -- Incendies. -- Baga. -- Partage du butin. -- Entre dans le Baghirmi. -- Refus de passage. -- Traverse du Chari. -- travers champs. -- Dfense d'aller plus loin. -- Hospitalit de Bou-Bakr-Sadik. -- Barth est arrt. -- On lui met les fers aux pieds. -- Dlivr par Sadik. -- Masna. -- Un savant. -- Les femmes de Baghirmi. -- Combat avec des fourmis. -- Cortge du sultan. -- Dpches de Londres. 209 De Katchna au Niger. -- Le district de Mouniyo. -- Lacs remarquables. -- Aspect curieux de Zinder. -- Route prilleuse. -- Activit des fourmis. -- Le Ghaladina de Sokoto. -- Marche force de trente heures. -- L'mir Aliyou. -- Vourno. -- Situation du pays. -- Cortge nuptial. -- Sokoto. -- Caprice d'une bote musique. -- Gando. -- Khalilou. -- Un chevalier d'industrie. -- Exactions. -- Pluie. -- Dsolation et fcondit. -- Zogirma. -- La valle de Foga. -- Le Niger. -- La ville de Say. -- Rgion mystrieuse. -- Orage. -- Passage de la Sirba. -- Fin du rhamadan Sebba. -- Bijoux en cuivre. -- De l'eau partout. -- Barth dguis en schrif. -- Horreur des chiens. -- Montagnes du Hombori. -- Protection des Touaregs. -- Bambara. -- Prires pour la pluie. -- Sur l'eau. -- Kabara. -- Visites importunes. -- Dangereux passage. -- Tinboctoue, Tomboctou ou Tembouctou. -- El Bakay. -- Menaces. -- Le camp du cheik. -- Irritation croissante. -- Sus au chrtien! -- Les Foullanes veulent assiger la ville. -- Dpart. -- Un preux chez les Touaregs. -- Zone rocheuse. -- Lenteurs dsesprantes. -- Gogo. -- Gando. -- Kano. -- Retour. 226 VOYAGES ET AVENTURES DU BARON DE WOGAN EN CALIFORNIE (1850-1852.--Indit). Arrive San-Francisco. -- Description de cette ville. -- Dpart pour les placers. -- Le claim. -- Premire dception. -- La solitude. -- Mineur et chasseur. -- Dpart pour l'intrieur. -- L'ours gris. -- Reconnaissance des sauvages. -- Captivit. -- Jugement. -- Le poteau de la guerre. -- L'Anglais chef de tribu. -- Dlivrance. 242 VOYAGE DANS LE ROYAUME D'AVA (empire des Birmans), par le capitaine Henri YULE, du corps du gnie bengalais (1855). Dpart de Rangoun. -- Frontires anglaises et birmanes. -- Aspect du fleuve et de ses bords. -- La ville de Magw. -- Musique, concert et drames birmans. -- Sources de naphte; leur exploitation. -- Un monastre et ses habitants. -- La ville de Pagn. -- Myeen-Kyan. -- Amarapoura. -- Paysage. -- Arrive Amarapoura. 258 Amarapoura; ses palais, ses temples. -- L'lphant blanc. -- Population de la ville. -- Recensement suspect. -- Audience du roi. -- Prsents offerts et reus. -- Le prince hritier prsomptif et la princesse royale. -- Incident diplomatique. -- Religion bouddhique. -- Visites aux grands fonctionnaires. -- Les dames birmanes. 273 Comment on dompte les lphants en Birmanie. -- Excursions autour d'Amarapoura. -- Gologie de la valle de l'Irawady. -- Les poissons familiers. -- Le serpent hamadryade. -- Les Shans et autres peuples indignes du royaume d'Ava. -- Les femmes chez les Birmans et chez les Karens. -- Ftes birmanes. -- Audience de cong. -- Refus de signer un trait. -- Lettre royale. -- Dpart d'Amarapoura et retour Rangoun. -- Coup d'oeil rtrospectif sur la Birmanie. 280 VOYAGE AUX GRANDS LACS DE L'AFRIQUE ORIENTALE, par le capitaine BURTON (1857-1859). But de l'expdition. -- Le capitaine Burton. -- Zanzibar. -- Aspect de la cte. -- Un village. -- Les Bloutchis. -- Ouamrima. -- Fertilit du sol. -- Dgot inspir par le pantalon. -- Valle de la mort. -- Supplice de M. Maizan. -- Hallucination de l'assassin. -- Horreur du paysage. -- Humidit. -- Zoungomro. -- Effets de la traite. -- Personnel de la caravane. -- Mtis arabes, Hindous, jeunes gens mis en gage par leurs familles. -- nes de selle et de bt. -- Chane de l'Ousagara. -- Transformation du climat. -- Nouvelles plaines insalubres. -- Contraste. -- Ruine d'un village. -- Fourmis noires. -- Troisime rampe de l'Ousagara. -- La Passe terrible. -- L'Ougogo. -- L'Ougogi. -- pines. -- Le Zihoua. -- Caravanes. -- Curiosit des indignes. -- Faune. -- Un despote. -- La plaine embrase. -- Coup d'oeil sur la valle d'Ougogo. -- Aridit. -- Kraals. -- Absence de combustible. -- Gologie. -- Climat. -- Printemps. -- Indignes. -- District de Toula. -- Le chef Maoula. -- Fort dangereuse. 305 Arrive Kazeh. -- Accueil hospitalier. -- Snay ben Amir. -- tablissements des Arabes. -- Leur manire de vivre. -- Le Temb. -- Chemins de l'Afrique orientale. -- Caravanes. -- Porteurs. -- Une journe de marche. -- Costume du guide. -- Le Mganga. -- Coiffures. -- Halte. -- Danse. -- Sjour Kazeh. -- Avidit des Bloutchis. -- Saison pluvieuse. -- Yombo. -- Coucher du soleil. -- Jolies fumeuses. -- Le Msn. -- Orgies. -- Kajjanjri. -- Maladie. -- Passage du Malagarazi. -- Tradition. -- Beaut de la Terre de la Lune. -- Soire de printemps. -- Orage. -- Faune. -- Cynocphales, chiens sauvages, oiseaux d'eau. -- Ouakimbou. -- Ouanyamouzi. -- Toilette. -- Naissances. -- ducation. -- Funrailles. -- Mobilier. -- Lieu public. -- Gouvernement. -- Ordalie. -- Rgion insalubre et fconde. -- Aspect du Tanganyika. -- Ravissements. -- Kaoul. 321 Tatouage. -- Cosmtiques. -- Manire originale de priser. -- Caractre des Ouajiji; leur crmonial. -- Autres riverains du lac. -- Ouatata, vie nomade, conqutes, manire de se battre, hospitalit. -- Installation Kaoul. -- Visite de Kannna. -- Tribulations. -- Maladies. -- Sur le lac. -- Bourgades de pcheurs. -- Ouafanya. -- Le chef Kanoni. -- Cte inhospitalire. -- L'le d'Oubouari. -- Anthropophages. -- Accueil flatteur des Ouavira. -- Pas d'issue au Tanganyika. -- Tempte. -- Retour. 337 FRAGMENT D'UN VOYAGE AU SAUBAT (affluent du Nil Blanc), par M. Andrea DEBONO (1855) 348 VOYAGE L'LE DE CUBA, par M. Richard DANA (1859). Dpart de New-York. -- Une nuit en mer. -- Premire vue de Cuba. -- Le Morro. -- Aspect de la Havane. -- Les rues. -- La volante. -- La place d'Armes. -- La promenade d'Isabelle II. -- L'htel Le Grand. -- Bains dans les rochers. -- Coolies chinois. -- Quartier pauvre la Havane. -- La promenade de Tacon. -- Les surnoms la Havane. -- Matanzas. -- La Plaza. -- Limossar. -- L'intrieur de l'le. -- La vgtation. -- Les champs de canne sucre. -- Une plantation. -- Le caf. -- La vie dans une plantation de sucre. -- Le Cumbre. -- Le passage. -- Retour la Havane. -- La population de Cuba. -- Les noirs libres. -- Les mystres de l'esclavage. -- Les productions naturelles. -- Le climat. 353 EXCURSIONS DANS LE DAUPHIN, par M. Adolphe JOANNE (1850-1860). Le pic de Belledon. -- Le Dauphin. -- Les Goulets. 369 Les gorges d'Omblze. -- Die. -- La valle de Roumeyer. -- La fort de Saou. -- Le col de la Cochette. 385 EXCURSIONS DANS LE DAUPHIN, par M. lise RECLUS (1850-1860). La Grave. -- L'Aiguille du midi. -- Le clapier de Saint-Christophe. -- Le pont du Diable. -- La Brarde. -- Le col de la Tempe. -- La Vallouise. -- Le Pertuis-Rostan. -- Le village des Claux. -- Le mont Pelvoux. -- La Balme-Chapelu. -- Moeurs des habitants. 402 LISTE DES GRAVURES. 417 LISTE DES CARTES. 422 ERRATA. 427 [Illustration: Voyageurs yakoutes.--Dessin de Victor Adam d'aprs le comte de Rechberg.] VOYAGE AU PAYS DES YAKOUTES (RUSSIE ASIATIQUE), PAR OUVAROVSKI[1]. [Note 1: Le livre curieux dont nous donnons ici la traduction est la fois une biographie et une relation de voyage. Son titre est littralement: _Uvariskai akhtyta_, etc.: _Souvenirs d'Ouvarovski_, crits par lui-mme en yakoute, et publis par Otto Boehtlingk, avec les Voyages du Dr A. T. von Middendorf dans l'extrme Nord et la Sibrie orientale (_Reise in den ussersten Norden und Osten Sibiriens_). Saint-Ptersbourg, in-4, t. I, part. I. Le rcit d'Ouvarovski est prcd d'une ddicace dont voici le dbut et la fin: _Au gracieux Otto Nicolaevitch_ [_Boehtlingk_].--T'occupant d'tudier les langues de divers peuples, tu vins me trouver au mois de mars (1847), et aprs m'avoir inform que tu te proposais d'crire sur l'idiome des Yakoutes, tu me demandas mon concours pour ce travail...; tu me demandas aussi des mmoires en yakoute sur mon origine, ma naissance et ma vie. Ta bienveillance mon gard me faisait un devoir d'accomplir ton dsir. J'ai compos dans cette vue les souvenirs que tu recevras avec cette lettre. Je suis convaincu de l'inutilit de cet crit; tu le liras bien pour donner un exemple, mais personne ne t'imitera. Ce travail n'en tait pas moins difficile: car auparavant aucun livre n'avait t compos en yakoute; il n'existait en cette langue qu'un trait religieux, appel catchisme, encore n'tait-ce qu'une mauvaise traduction du russe. Je me flicite d'tre le premier qui ait crit dans la langue de mes chers Yakoutes. Le voyage d'Ouvarovski doit avoir eu lieu de 1830 1839, ainsi qu'il ressort du rapprochement de diverses dates dissmines travers sa relation. Il crivait en 1847, et il y avait huit ans qu'il habitait Saint-Ptersbourg; c'tait donc en 1839 qu'il avait quitt la Sibrie, au retour de sa seconde mission dans les districts d'Oudsko. Ses voyages avaient dur neuf ans; c'est ce qu'il appelle ses neuf annes d'preuves et de malheur. Il avait parcouru tout le pays des Yakoutes et des Tongouses. Ceux qui ont visit cette contre, avant ou aprs lui, ont mis tout au plus quelques mois la traverser, courant en poste sur les routes ou remontant les fleuves. Ouvarovski, au contraire, a t forc, en qualit de collecteur d'impts, de parcourir divers districts dans tous les sens; d'aller chercher les nomades au fond des dserts, et d'tudier leur industrie.] 1830-1839. Le bonheur et le malheur marchent de front avec l'homme. Le bl se change en farine lorsqu'on le moud. Djigansk. -- Mes premiers souvenirs. -- Brigandages. -- Le paysage de Djigansk. -- Les habitants. -- La pche. -- Si les poissons morts sont bons manger. -- La sorcire Agrippine. Sur la rive gauche du grand fleuve la Lna, cent _koes_[2] de la ville de Yakoutsk[3], prs de la mer de glace, se trouve Djigansk[4]. C'est l que rsidait mon pre, en qualit de chef du cercle; c'est l que je suis n. [Note 2: Le _koes_ ordinaire correspond peu prs au myriamtre; il vaut dix verstes, c'est--dire dix fois mille soixante-six mtres. Le koes d'un piton est de sept huit verstes, et le koes d'un cheval au trot est de treize quatorze verstes. (_Note du traducteur._)] [Note 3: En yakoute _Djokouska_.] [Note 4: Ou Shigansk, en yakoute _djign_.] Lorsque Djigansk perdit son titre de cit, mon pre dut retourner Yakoutsk; je n'avais alors que quatre ou cinq ans. cet ge la mmoire d'un enfant est peu dveloppe: il me reste toutefois quelques souvenirs de ce temps loign. Mon pre tait oblig par son emploi de faire annuellement de longs et pnibles voyages qui duraient jusqu' neuf mois: pendant son absence je pleurais avec ma mre d'impatience et d'ennui. Deux fois je faillis perdre la vie: la premire fois, je voulus traverser une rivire sur un arbre et je fis une culbute dans l'eau; la seconde, je tombai dans une marmite o cuisaient des aliments pour les chiens. Un matin d't, m'tant lev de bonne heure, je fus mortellement effray la vue d'un brigand mine farouche, qui se tenait sur la porte de la maison, l'arme au bras. J'appris qu'il montait la garde pour empcher que ses compagnons ne missent par mgarde nos biens au pillage. C'tait une bande de quatorze quinze voleurs qui s'taient vads d'Okhotsk[5], o ils taient condamns faire bouillir du sel. Sur leur chemin, ils avaient vol les bagages de plusieurs marchands. Ils avaient descendu l'Aldan jusqu' la Lna, et taient venus Djigansk sur des embarcations. Arrivs de nuit, ils avaient surpris dans le sommeil les soldats et les cosaques, leur avaient li les pieds et les mains, et les avaient enivrs de faon leur faire perdre connaissance. Aprs les avoir enferms dans la prison, ils s'taient partags en plusieurs bandes et s'taient mis piller la ville. [Note 5: En yakoute _Lami_. Okhotsk, chef-lieu du district de ce nom (voy. p. 165), dans le gouvernement russe de l'ocan Pacifique, est une ville de trois mille habitants. Situe originairement l'embouchure de l'Okhota, sur le bord de la mer d'Okhotsk, elle a t transporte, en 1815, sur la rive droite du Koukthoui. La plupart des maisons sont bties en bois. Elle a une cole de navigation, des chantiers o l'on construit des btiments marchands, un port militaire, qui fait aussi un grand commerce avec le Kamtschatka et l'Amrique, enfin une rade vaste et commode.] Le mme jour, vers l'heure o l'on trait les vaches (entre neuf et dix heures), ils s'taient rassembls tous dans notre maison, aprs avoir fait leur coup de main. Ces hommes froces et terribles taient privs de nez et portaient des marques bleues sur le visage[6]. Leur teint sanguin paraissait encore plus noir la chaleur du brasier. Mais l'arrive de mon pre et de ma mre, ils changrent subitement de mine et quittrent leurs manires farouches pour prendre un air bienveillant, quoique le sang d'une de leurs victimes fumt encore. Ils remercirent mes parents avec effusion de ce qu'ils assistaient de leur bien les pauvres gens. [Note 6: Ils avaient t stigmatiss avec un fer chaud.] Il n'tait jamais rien arriv de pareil dans le pays des Yakoutes[7]. Le chef des brigands, Gorgien de naissance, ne semblait pas tre mu le moins du monde de ce qui s'tait pass. C'tait un homme de haute stature. Il avait suspendu sa ceinture toute sorte d'armes, et tait vtu d'un pantalon rouge, dont les coutures taient couvertes de galons d'argent. Il m'avait pris dans ses bras et me rgalait de toute sorte de friandises, tandis que je pleurais. [Note 7: Ce peuple s'appelle dans sa propre langue _Sakha_ selon Ouvarovski, et _Socha_ selon Sauer. Le pluriel est _Sakhalar_.] Mes parents ne pouvaient qu'tre reconnaissants d'avoir t pargns dans ce jour qui avait vu tant d'infortunes; leur ruine n'aurait pas t douteuse, si les voleurs avaient voulu piller notre maison. Aprs avoir pris un copieux djeuner, ils partirent vers le midi, et se rembarqurent sur la Lna, emportant un riche butin. Il est impossible de dcrire les pleurs et la dsolation de toutes les autres familles de la ville, qui taient au nombre de plus de trente. Le soir, leur retour de la fort o elles s'taient enfuies, elles trouvrent leurs demeures dpouilles du bas en haut. Le mme t (je ne me rappelle pas au juste combien de mois plus tard), les brigands furent atteints soixante-dix koes de Djigansk par des soldats envoys de Yakoutsk. On ne retrouva qu'une minime partie du bien vol; le reste s'tait gt ou avait t gaspill de ct et d'autre. Pour le simple spectateur, les environs de Djigansk manquent de toute espce d'agrment et de varit. On rencontre presque partout une prairie resserre entre deux collines et borde d'pais fourrs, o un chien ne trouverait pas passer le museau. On ne peut faire dix pas dans les bois sans enfoncer jusqu'au genou dans un terrain mobile et fangeux. En fait de baies, on n'y trouve que l'airelle rouge, la camarine noire (_empetrum nigrum_), la groseille rouge, le raisin d'ours et le fruit de l'glantier. L'hiver dure huit mois, pendant lesquels on ne peut quitter les vtements chauds; si l'on ajoute deux mois pour le printemps et l'automne, il en reste peine deux autres pour le triste t. La neige forme une masse plus haute que les maisons; le vent souffle avec une telle violence que l'on ne peut se tenir sur ses jambes; le froid vous coupe la respiration, et le soleil ne se montre presque pas durant deux mois d'hiver. Pour tre sincre, si l'on m'avait donn le choix, ce n'est pas Djigansk que j'aurais choisi comme lieu de naissance. Les habitants de Djigansk sont Tongouses et au nombre de quatre ou cinq cents hommes[8]. Ils vivent de chasse et parcourent une mer de neige de plus de deux cents myriamtres de circuit. Ils recueillent les prcieuses cornes d'animaux dont on fait des peignes (les dents de mammouth), et tuent des rennes, des alezans moreaux, des zibelines, des renards gorge fonce, des renards rouges, des renards des glaces, des cureuils, des hermines, des ours noirs, des ours blancs. [Note 8: Selon Sauer, secrtaire de l'expdition de Billings, _Djigansk_, qu'il appelle _Gigansk_, avait encore le titre de cit en 1789; elle avait deux glises, deux maisons appartenant au gouverneur, sept maisons de particuliers et quinze huttes. Elle tait le sige d'un tribunal de district (_zemiko-soud_). Le district de Gigansk, tendu de six mille verstes des bords de l'Iana ceux de l'Anabara, tait habit par 1449 Yakoutes hommes, 489 Tongouses hommes, en tout 1938 tributaires, taxs pour cette anne 56 peaux de marte zibeline, 262 peaux de renard et 1169 roubles d'argent (4676 fr.). En 1784, les tributaires taient au nombre de 4834. En 1788, il y avait dans ce district et celui de Zakhisvesk 750 Russes hommes y compris les exils.] Quel que puisse tre un pays, il est rare qu'il manque de tout agrment. Durant deux mois d't, les habitants de Djigansk voient presque toujours le soleil l'horizon. Ceux qui n'y sont pas habitus trouvent peine le temps de dormir. Les eaux des environs de Djigansk sont sans gales tant pour la quantit que pour la qualit des poissons qu'elles nourrissent; on y prend des _salmo nelma_, des ablettes, des esturgeons, des sterlets, des _tscher_, des _muksun_, des _omul_, des _salmo lavoretus_. On gaspille sans profit ces poissons excellents, et cela pour deux causes, d'abord parce que l'on manque de sel et ensuite parce que c'est l'habitude. Les Tongouses creusent, prs du lieu o ils pchent, une fosse profonde d'une brasse environ, dont ils revtent d'corce le fond et les parois. Les poissons y sont encaqus aprs qu'on leur a t les intestins et les artes. On les laisse consumer jusqu' ce qu'ils deviennent bleus et tombent en bouillie. Dans cet tat, ils sont un des mets favoris des Tongouses. J'avoue que dans mon enfance j'en mangeais trs-volontiers en public et en priv, et que j'en mangerais encore si l'occasion s'en prsentait. De grands mdecins crivent que l'usage des poissons morts depuis un jour cause un violent malaise. Mais comment pourrais-je croire que cette opinion soit vraie, moi qui sais que des milliers de personnes se nourrissent de ces poissons pourris et atteignent nanmoins un ge avanc. Quoique j'en aie moi-mme passablement mang, je ne m'aperois pas que je m'en sois trouv plus mal. Que l'on dise au Tongouse: Ne mange pas de poisson pourri, c'est un aliment malsain; il rira et rpondra: Et le poisson que tu viens de tuer pour le manger ne se consume-t-il pas galement dans ton estomac? Au milieu du sicle dernier vivait Djigansk une Russe[9], nomme Agrippine (Ogrpn), que ma grand'mre connaissait de vue. Elle passait pour sorcire: on estimait heureux ceux qu'elle aimait; ceux, au contraire, qui elle en voulait se tenaient pour infortuns. Ses paroles taient respectes, comme si elles fussent venues du ciel. S'tant ainsi acquis la confiance des hommes, elle se btit, entre les rochers, quatre koes en amont de Djigansk, une hutte o elle se retira dans sa vieillesse. Personne ne passait prs de l sans lui aller demander sa bndiction et lui porter un prsent. Malheur qui manquait ce devoir! elle ne tardait pas l'en punir. Se mtamorphosant en corbeau noir, elle soulevait contre lui de violents tourbillons de vent, faisait tomber ses bagages dans l'eau, et le privait de la raison. Maintenant mme qu'elle est morte, les voyageurs continuent suspendre des dons dans les lieux o elle vcut. Son nom est encore connu non-seulement des habitants de Djigansk, mais aussi de tous les Yakoutes des environs d'Yakoutsk. On dit d'une femme folle qu'elle a t frappe par Agrippine de Djigansk. La tradition rapporte que cette sorcire atteignit l'ge de quatre-vingts ans; qu'elle tait grosse, mais de taille peu leve; que son visage tait marqu de la petite vrole; que ses yeux taient brillants comme l'toile du matin, et que sa voix avait un son clair, comme la glace que l'on frappe. Le souvenir d'Agrippine n'est pas effac dans les contres septentrionales. [Note 9: _Nutcha_ en yakoute.] Mon premier voyage. -- Killm et ses environs. -- Malheurs. Les Yakoutes. -- La chasse et la pche. Ainsi que je l'ai dj dit, j'tais encore bien jeune lorsque notre famille quitta Djigansk pour aller s'tablir Yakoutsk. J'emportai suivant l'usage, dans une bouteille, de la terre de mon lieu de naissance, pour la dlayer dans de l'eau et la boire quand je souffrirais du mal du pays; mais n'ayant jamais regrett Djigansk, je n'ai pas eu l'occasion de me remplir l'estomac de terre noire. Depuis je n'ai jamais revu cette ville, et Dieu sait si j'y retournerai jamais! deux koes et demi au nord d'Yakoutsk est une contre appele Killm, o mon pre et ma mre avaient bti la russe une jolie maison qu'ils habitaient avant de s'tablir Djigansk. Tout prs de l s'levait la maison de mes aeuls maternels, qui taient fort avancs en ge. Ni Djigansk, ni dans le trajet, je n'avais vu de campagne ouverte, ou de plaine liquide qui se prolonget perte de vue, ou de chane de montagnes et de collines qui s'tendt le long d'un fleuve, et ft du haut en bas couverte d'un fourr impntrable. Mon oreille n'avait jamais t charme par les chants de l'alouette, ou les mlodies des oiseaux musiciens; je n'avais entendu que le croassement du corbeau et de la corneille, ou la voix de la pivoine. En fait de plantes, je ne connaissais que le roseau sans parfum. D'aprs cela, jugez de mon tonnement lorsque j'arrivai Killm. mes yeux se dployait une immense prairie d'un koes de large et de plusieurs koes de long, couverte d'un tapis de verdure que l'air agitait, et aussi unie que la surface d'un lac. Les innombrables fleurs dont elle tait parseme lui donnaient l'aspect d'un tissu vert et jaune. On voyait a et l des bosquets de mlze et de bouleau disposs comme par une main d'artiste. Au milieu de cette prairie serpentaient les eaux claires d'un fleuve rapide, qui coulait sur le sable pur entre des rives noires et escarpes. Sur la rive oppose croissait du foin touffu et nourrissant, o couraient une centaine de faux, dont les lames brillaient comme de l'argent aux rayons du soleil. Dans cette plaine pturaient un grand nombre de btes cornes et de chevaux, qui prenaient leurs bats en toute scurit et erraient leur gr. De distance en distance taient runies, par groupes de cinq ou de dix, les maisons des Yakoutes, enduites de terre grasse, ou leurs yourtes d't, coniques et blanches, qui avaient l'air d'tre peintes. Les croises, en verre ou en pierre spculaire, reluisaient comme des pierres prcieuses. Au fond de ce paysage s'levait, comme une haute colline, notre maison btie sur une minence. La beaut de ce tableau, jointe son immensit, ravissait mon esprit d'enfant qui ne s'tait jamais rien reprsent de semblable. Je me figurais que cette contre n'avait pas de limites, et la joie que j'prouvais ces penses tait si grande qu'il est impossible de l'exprimer par des paroles. peine tions-nous dans le pays, que le malheur visita notre maison. Un jour, en sortant de table, mon pre, qui jusqu' l'ge de soixante-douze ans n'avait jamais t malade, s'affaissa sans connaissance sur le banc fix au mur, et au bout de quelques instants rendit son me Dieu. Cette perte inopine causa ma mre un extrme chagrin. Aprs les funrailles, elle se trouva dans une situation tout fait prcaire; mon pre laissait des dettes pour huit ou neuf cents roubles[10], ce qui passait alors pour une grosse somme. Aprs avoir vcu neuf ans Djigansk, mes parents n'avaient retrouv Killm qu'une minime partie de leur btail; tout le reste tait pass de diffrentes faons dans des mains trangres. Notre maison avait t dvaste jusqu' la dsolation. [Note 10: Le rouble vaut quatre francs.] Lorsque sa douleur se fut un peu calme, ma mre songea mettre de l'ordre dans nos affaires, et par ses soins notre btail s'amliora beaucoup pendant les cinq annes de notre sjour Killm. La vie que nous y menions manquait de toute espce d'agrment: la rigueur du froid ne permettait pas que l'on sortt dans la campagne dsole; nous tions cinq mois sans quitter la maison. [Illustration: Une sorcire tongouse.--Dessin de Victor Adam d'aprs le comte de Rechberg.] Pendant que nous vivions ainsi, je fis connaissance avec un grand nombre de Yakoutes, qui m'aimaient comme leur enfant, et je leur rendais bien leur affection. J'appris fond leur langue, et je me familiarisai avec leur manire de vivre et de penser. J'coutais avec plaisir leurs contes, leurs chansons, leurs vieilles traditions; j'aimais prendre part leurs solennits, leurs festins, et aux jeux qu'ils clbrent en t. Je me conciliai ainsi l'affection non-seulement des Yakoutes, mais aussi de leurs femmes, de leurs filles et de leurs enfants. Ils avaient tant de confiance en moi, que je n'aurais pu agir l'encontre de leur manire de voir, quand mme je l'aurais voulu. Les divertissements ne me manquaient pas. Les lacs de la contre sont remplis en t de diverses espces de canards; et les bois, de livres, de coqs de bruyre, de lagopdes et de perdrix. Au printemps, aprs la dbcle des glaces, et en automne, lorsque les nouvelles couves sont en tat de voler et partent pour les pays chauds, on est troubl dans son sommeil par les cris des oies, des canards, des cygnes, des grues, des cigognes et d'une foule de petits oiseaux. Pendant bien des annes j'ai fait une si rude guerre aux btes fauves, que peu d'hommes en ont tu plus que moi. Lorsque j'avais envie de chasser, les distances n'taient rien pour moi; je ne m'effrayais pas de passer trois jours sans dormir, je ne connaissais pas la fatigue. En automne, je me couchais sur le flanc, sans autre oreiller qu'un tronc d'arbre, et n'ayant pas mme une fourrure ou une couverture pour me garantir de la neige ou de la pluie. Lorsque je pchais, je pataugeais toute la nuit dans l'eau froide, o les filets taient tendus. L'habitude que j'avais contracte ds mon enfance de supporter les plus rudes fatigues, me fut trs-utile dans la suite. [Illustration: Port d'Okhotsk (voy. la note 1. p. 162).--Dessin de Victor Adam d'aprs l'atlas du Voyage dans la Russie asiatique command par le commodeur Billings.] Yakoutsk. -- Mon premier emploi. -- J'avance. -- Dernires recommandations de ma mre. Lorsque nous fmes forcs d'habiter Yakoutsk, ma mre fit transporter dans cette ville chacune des pices de notre maison de Killm et la fit reconstruire dans un bon emplacement qu'elle avait choisi; j'entrai au service de l'empereur, en qualit de copiste au tribunal suprieur de Yakoutsk. Nous avions pour suprieur un M. N..., homme de petite naissance et mdiocre crivain, mais qui passait pour indispensable. Se trouvant dans une belle position, il n'apprciait pas la peine de ses subordonns. Nous tions occups chaque jour crire sans interruption, depuis le grand matin jusqu' la nuit, en tout dix-sept heures, et nos appointements s'levaient deux roubles de cuivre[11] par mois. Aprs avoir ainsi travaill durant deux ans, je devins chef de mon bureau, et trois ou quatre ans plus tard j'eus la direction de sept bureaux. Peu aprs je fus nomm chancelier priv du gouverneur et l'on mit sous mes ordres dix personnes pour m'aider dans mes pnibles fonctions. Mais comme la moiti de mes subordonns taient des ivrognes accomplis et le reste de petits enfants que j'avais instruire, toute la besogne me restait sur les bras. Je travaillais vingt heures par jour, et je ne gagnais que cinq roubles de cuivre par mois. Mais l'affection de mes suprieurs, la considration publique, et surtout la satisfaction de ma mre, me donnaient des forces, et j'avais en outre la conscience d'tre utile. [Note 11: Le rouble de cuivre ou d'assignation vaut 1 fr. 14 c.] Ayant perdu son mari et ses douze enfants, l'exception d'un seul, ma mre ne vivait plus que pour moi. Mais voil qu'au temps o elle aurait pu jouir du repos, elle fut atteinte d'une maladie mortelle, qui s'aggrava de jour en jour. Je restai prs d'elle, sans sortir et sans dormir, les neuf jours et les neuf nuits qui prcdrent sa mort. Les dernires paroles d'adieu qu'elle m'adressa furent nombreuses, trs-nombreuses. La veille de son trpas elle me dit: Ne reste pas Yakoutsk; cette ville est remplie de Russes qui te portent envie. Les indignes te conserveront sans doute leur affection; mais c'est prcisment ce qui excitera la jalousie de tes ennemis. Tu ne pourras t'viter de rpondre leurs provocations, tu perdras ta libert et tu tomberas dans l'infortune. Vends ta maison et tes biens, et pars pour la Russie. L tu verras l'empereur; ce sera ton bonheur. Je vais te laisser seul sur la terre; mais tu connais mes principes, ne les abandonne pas, ils feront ta consolation dans l'adversit. Ne manque pas d'assister ton prochain de tes biens, de tes conseils, de ton travail. C'est le devoir de tout homme. Je mourrai demain; au lever du soleil envoie chercher le prtre, et fais appeler tous nos parents et toutes mes connaissances. C'tait un jour d'automne; l'ecclsiastique tant arriv ds l'aurore, ma mre confessa ses pchs, reut l'eucharistie, et fit ses adieux toutes les personnes qui s'taient rendues son appel. Ensuite elle m'embrassa; je sentis sur mes paules le froid de son haleine, et peu aprs tous les assistants s'crirent: Elle est morte! Ma mre venait de rendre subitement le dernier soupir. Avec elle, je perdis tout ce qui faisait mon bonheur sur terre. N'ayant plus ni frre ni soeur, et n'ayant jamais t mari, je n'ai eu personne pour me consoler dans mes jours d'abattement, ou pour se rjouir avec moi dans mes moments d'expansion. Je suis pour tout le monde un tranger; quelque part que j'aille, je ne suis qu'un hte! La contre de Yakoutsk n'avait plus de charmes mes yeux; ce qui m'avait paru beau ne rveillait en moi que des ides tristes. Et puis la prosprit des Yakoutes dcroissait d'anne en anne, par suite de la faiblesse des administrateurs. Toutes ces circonstances runies m'affermirent dans la rsolution de quitter ce pays. Mais je fus quelque temps retenu par le gouverneur, dont je dirigeais la chancellerie et qui m'aimait comme un fils. Irkoutsk. -- Voyage. -- Oudsko. -- Mes bagages. -- Campement. Ds que le chancelier fut mort, je vendis ma maison et mes biens, je payai mes dettes et je me rendis Irkoutsk[12], o je fus plac dans la chancellerie du gouverneur, avec quatre-vingts roubles d'appointements par mois. J'y passai tranquillement un an et demi, n'ayant d'autres soucis que de remplir mon facile emploi. [Note 12: En yakoute _Ourkouskai_.] Je me proposais de partir pour la Russie, lorsque arriva un M. X..., qui avait t nomm gouverneur de Yakoutsk. Ayant appris que j'tais vers dans la langue des Yakoutes et familiaris avec leurs moeurs, il me proposa de m'emmener avec lui. Je n'avais gure envie d'accepter; pourtant comme ce personnage tait un homme de tte, je me dcidai l'accompagner, dans l'intrt des Yakoutes plutt que dans le mien; car je prsumais bien que mes nouvelles fonctions me donneraient plus de peines que de profits; et la suite montra que je ne m'tais pas tromp dans ces prvisions. Ds que le gouverneur fut arriv au lieu de sa rsidence, il remarqua une foule d'abus, et donna cong plusieurs employs qu'il remplaa par d'autres. Lui-mme il donna l'exemple, et pendant les cinq six annes qu'il passa dans ce pays, il n'pargna aucun effort et alla jusqu' s'puiser, pour prparer un avenir aux Yakoutes. Son administration fut un bienfait pour ce peuple. Il y a dj quinze ans qu'il a cd sa place d'autres; cependant son nom est toujours cher ses anciens subordonns. Heureuse la ville qui a un tel gouverneur! Au sud-ouest de Yakoutsk, une distance de plus de cent koes, est situ le district d'Oudsko, qui a environ cinq cents koes de circuit, et est renomm pour l'abondance de son gibier. Il touche la mer d'Okhotsk, l'empire de Chine, et aux districts de Nertchinsk[13], d'Olkminsk et de Khangangy. [Note 13: Nertchinsk, chef-lieu du district de ce nom dans le territoire transbakalien, est une ville de deux mille mes, situe sur la rive gauche de la Schilka, au confluent de la Nertcha, d'o drive son nom. rige en ville en 1781, elle a deux glises, un observatoire et une cole des mines. La contre est fameuse par ses mines de plomb; qui rendent annuellement sept cent mille kilogrammes de plomb argentifre, dont on extrait quatre mille kilogrammes d'argent; elle a aussi des mines d'or, de mercure, d'tain, qui sont galement exploites, au compte du gouvernement, par les dports et les forats. Le sort de ces condamns, dit le voyageur M. A. Castrn, est plus supportable qu'on ne le croit gnralement. Le gouvernement alloue aux simples convicts deux pounds (quarante kilogrammes) de farine et huit francs par mois; ceux qui ont un mtier, comme les menuisiers, forgerons, scieurs de long, tailleurs de pierre, reoivent, outre la provision ordinaire de farine, quinze kopecks (soixante centimes) de salaire par jour de travail. Les ouvriers sont tenus de pourvoir eux-mmes leur entretien et leur logement; la subvention de l'tat est naturellement insuffisante, mais les hommes laborieux et rangs trouvent presque toujours faire de petits profits accessoires. Les mieux partags sous ce rapport sont les mineurs, qui, d'aprs les rglements, peuvent disposer leur gr d'une semaine sur quatre. Quant aux artisans, ils ont chaque jour faire une certaine tche, aprs quoi ils font tel usage que bon leur semble du temps qu'ils ont de reste. Ds leur arrive Nertchinsk, les forats sont dlivrs de leurs chanes et mis en libert: ils ne sont plus qu'esclaves de leur besogne. Ceux qui ont men une vie honnte pendant vingt ans sont exempts de travail et jouissent des privilges des dports, entre autres du droit de cultiver la terre sans payer d'impt; mais les condamns, qui se rendent coupables d'un nouveau crime ou d'un grave dlit, sont astreints travailler un certain temps dans les fers. (_Nordiska resor och forskningar_, Voyages au Nord et tudes septentrionales, t. II, Helsingfors, 1855, p. 415, 416.)] Comparativement l'immense territoire de Yakoutsk, ce n'est qu'un coin de dsert. Ce dsert ne renferme dans toute son tendue que quatre cinq cents Tongouses nomades; il n'est pourtant pas sans importance, vu ses ressources et sa situation particulire. [Illustration: Partie du Gouvernement d'Yakoutsk d'aprs la carte gnrale de la Russie d'Asie en 2 feuilles St. Ptersbourg 1825 & l'Atlas gographique de l'empire de Russie en 80 feuilles par Piadischeff 1820-26. Grav chez Erhard R. Bonaparte 42.] Un grand nombre de Russes et de Yakoutes y vont acheter vil prix le produit de la chasse des indignes, qui ils donnent en change des denres surfaites. De l, toute sorte de vexations et de fraudes, qui causaient la ruine des habitants du cercle d'Oudsko. Ces circonstances, ainsi que diverses autres affaires compliques, ncessitrent l'envoi d'un commissaire Oudsko: ce fut moi que l'on choisit pour cette mission. Deux mois avant mon dpart, je fus charg de beaucoup d'critures; cette besogne et les prparatifs de mon voyage furent le commencement des fatigues infinies que j'eus supporter pendant un an et demi dans le cours de ma lointaine expdition. Mes bagages se composaient de trois costumes d'hiver, de quatre costumes d't, de sucre, de th, de biscuits russes, de viandes, de poudre, de plomb, d'armes, d'un peu de rhum, d'eau-de-vie, de beurre russe et yakoute: le tout emball dans des sacs de cuir du poids de cent livres, ou dans des caisses de bois et d'corce de bouleau. Lorsque les ballots furent envelopps de telle faon que l'eau n'y pt pntrer, on en attacha plusieurs ensemble avec de fortes courroies de cuir, de manire pourtant que la charge d'un cheval n'excdt pas deux cents livres. On tait dj en fvrier, et le froid n'en tait pas moins rigoureux. Le liquide avec lequel les Russes mesurent la temprature[14] tait au-dessous du chiffre trente lorsque je quittai Yakoutsk avec les deux cosaques qu'on avait mis sous mes ordres. Mont dans un traneau attel de deux chevaux, j'allai jusqu' Amga, qui est loign de vingt koes. L, aprs avoir charg nos bagages sur le dos de sept btes de somme, qui taient toutes prtes, nous montmes cheval et nous continumes notre route sous la conduite de deux guides. [Note 14: Le thermomtre de Raumur.] Comme les chevaux taient trop gras et impatients du joug, ils se dbarrassaient sans cesse de leur fardeau. Pour ce motif, nous jugemes propos de les mnager le premier jour, et aprs avoir parcouru trois koes, nous fmes halte dans un lieu o nous voulions passer la nuit. [Illustration: Bazar de Nertchinsk.--Dessin de Victor Adam d'aprs le comte de Rechberg.] Les conducteurs commencrent par dcharger les btes de somme, puis ils dtournrent avec des pelles la neige qui couvrait le sol, et ramassrent du bois sec pour allumer du feu. Ensuite ils remplirent de neige la bouilloire th et une grosse marmite, et les mirent bouillir devant le brasier. [Illustration: Colonie ou village yakoute.--Dessin de Victor Adam d'aprs Gabriel Sarytchew.] Lorsque la chaleur du th nous eut rchauff le sang, les guides s'occuprent de prparer nos lits; ils amassrent de petites branches d'arbre qu'ils mirent en tas, sur lesquels ils tendirent d'abord les housses de nos montures, ensuite des peaux d'ours. Pendant ce temps, nous prenions le repas du soir, et ds que nous emes fini, nous nous dpouillmes en toute hte de nos vtements et nous nous mmes au lit. Nos bottes, nos bas, nos gants taient moites de sueur; nos guides les enfoncrent dans la neige afin qu'elle en absorbt l'humidit; de cette faon ils schrent beaucoup mieux que s'ils eussent t tendus dans un appartement, prs du feu. Nous nous endormmes aussitt que nous emes chauff nos couches et nos couvertures. Le lendemain matin nous nous habillmes en toute hte, aprs nous tre frotts de neige, en grelottant; puis on prit du th et on se remit en route. Nous voyagemes de la sorte jusqu' ce que la neige fondit. Le froid. -- La rivire Outchour. -- L'Aldan. -- Voyage dans la neige et dans la glace. Je dois remarquer ici qu'une des plus grandes incommodits d'un voyage d'hiver, c'est de se dshabiller par un froid pntrant pour se coucher; mais ce qui est encore beaucoup plus pnible, c'est de se lever le matin, de se laver avec de la neige, et de remettre ses nombreux vtements. Il faut avoir un rude temprament, un corps de glace, pour endurer ces souffrances sans devenir malade. Je ne bois d'aucune liqueur enivrante, et par consquent j'ignore de quelle utilit elles peuvent tre; mais je suis convaincu que sans th l'on ne pourrait rsister ces fatigues. Je ne parle pas ici des Yakoutes ni des Tongouses, parce que ces peuples ns et levs dans les frimas peuvent voyager trois jours sans rien manger. Aprs trois ou quatre journes de marche, nous atteignmes la rive gauche du grand fleuve Aldan, vis--vis l'endroit o il reoit la rivire Outchour. Nous fmes halte dans une _yourte_ (hutte) de Tongouse, o nous apprmes qu'il se trouvait sur notre chemin un espace de dix koes couvert de six empans de neige, et qu'il tait impossible de franchir cette tendue et de continuer le voyage. Cette nouvelle nous jeta dans une grande perplexit; nos instructions ne nous permettaient pas de retourner sur nos pas, et pour viter la neige, il aurait fallu faire un dtour de vingt koes, et faute de fourrage, remplacer nos chevaux par des rennes. Mais ces derniers n'auraient pu traner que de lgers fardeaux, et nous n'avions pas de magasins pour serrer le surplus de nos effets. En consquence, nous rsolmes de remonter l'Outchour. Pendant les deux jours que nous passmes dans la yourte, nous fmes des raquettes ou patins neige, et nous laissmes sans fourrage les deux chevaux qui n'taient pas chargs. Le troisime jour nous franchmes l'Aldan, et peine tions-nous dans le lit de la rivire gele, que la profondeur de la neige ralentit la marche des chevaux. Un des guides, qui avait mis ses patins, tirait par la bride les deux chevaux sans bagages. Ceux-ci se cabraient sur les pieds de derrire et en retombant brisaient la dure crote de la neige. Nous suivions leur trace, avec toutes les autres montures attaches l'une derrire l'autre. Nous fmes peine un demi-koes en marchant depuis le matin jusqu'au soir, et il ne nous fallut pas moins de dix jours pour traverser l'tendue de neige qui se trouvait sur notre chemin; nous ne fmes cheval qu'une petite partie de cette route, car on avait peine se tenir en selle, cause des violentes secousses que l'on recevait, et l'on prouvait une fatigue insupportable. Baigns de sueur, comme nous tions, nous prfrions chausser nos patins et glisser sur la neige. La rivire Outchour coule entre des rochers pic, au pied desquels se trouve a et l une troite lisire qui borde l'abme. Il est impossible qu'un cheval charg gravisse cette pente escarpe. Aussi, quand nous avions choisi notre station de nuit, tions-nous obligs de dcharger nos bagages dans le lit du fleuve, et de tirer les chevaux hors du prcipice, pour qu'ils pussent chercher en libert l'herbe sous la neige; ils ne pouvaient arriver jusqu'au gazon, et taient rduits brouter des rameaux de bouleau ou de saule. peine avions-nous pass les neiges, qu'un autre obstacle se prsenta: resserres dans leur lit de rocher par la glace paisse de douze treize empans, les eaux de l'Outchour l'avaient brise et s'taient rpandues sur sa surface, jusqu' la hauteur du genou d'un cheval; dans d'autres endroits, elles s'taient geles et avaient form un verglas sur lequel glissaient les chevaux non ferrs, et o les rennes mme n'avaient pas le pied ferme. Pour que le chemin ft moins glissant, deux de nos hommes y faisaient des entailles avec des coignes et des couteaux, ou bien y rpandaient de la terre sche ou du sable dont ils avaient fait provision. Dans un endroit o l'on avait nglig de prendre ces prcautions, nos seize chevaux s'abattirent, et dans leur chute les ballots se dtachrent et se dfirent. Il fallut perdre la plus grande partie de la journe les remettre en ordre. Dans le cours de notre voyage, nous passmes prs de quelques montagnes qui prsentaient un coup d'oeil merveilleux. L'eau, qui s'tait amasse leur sommet, avait rompu l'enveloppe de glace qui la pressait et s'tait congele en coulant le long de la pente. Lorsque le clair soleil du printemps tait sur son dclin, ses rayons tombaient en plein sur cette surface polie, qui prenait les couleurs de l'arc-en-ciel, ou resplendissait, comme si elle et t couverte de pierres prcieuses. Au pied de ces montagnes, le fleuve tait toujours si rapide, qu'il ne gelait jamais. L'gn. -- Un Tongouse qui pleure son chien. -- Obstacles et fatigues. -- Les guides. Au mois d'avril nous commenmes suivre la rive droite de l'gn, affluent de gauche de l'Outchour. Un jour, nous apermes au loin un objet noir qui restait immobile sur le bord de la rivire. Nous le prmes d'abord pour un animal; mais en approchant, nous reconnmes que c'tait un Tongouse, qui tait assis et pleurait; il se leva et nous salua sa manire; lorsque nous lui emes demand le sujet de sa douleur, il nous fit le rcit suivant: Hier, en me rendant au bois, je rencontrai quelque part des vestiges de renne sauvage. Ravi de cette dcouverte, je retournai chez moi pour prparer mes armes et mes munitions. Aprs m'tre repos, je sortis avec mon chien, vers le milieu de la nuit, quand la neige qui tait tombe pendant la journe fut devenue ferme. Arriv l'endroit o j'avais dcouvert les traces de renne, j'attendis deux heures en fumant du tabac, et la pointe du jour, ds que l'on put distinguer une piste, je lchai mon chien et je le suivis sur mes patins. Je parcourus ainsi l'espace de plus d'un koes, franchissant fleuves et montagnes. Les rennes, meurtris aux pattes, commenaient laisser des tranes de sang sur la glace; leur fuite se ralentissait sensiblement; les sauts de mon chien taient moins espacs, et je finis par entendre ses aboiements; il tait clair que j'approchais du gibier. Mais tout d'un coup le limier poussa un cri d'agonie; je frmis, comme si mon coeur se ft entr'ouvert, je redoublai de vitesse, et la distance d'environ deux portes de fusil, je vis par terre deux lambeaux de chair, noirs et sanglants. Au moment o le chien avait atteint le troupeau de rennes, il les avait pousss dans un ruisseau et s'tait mis courir tout autour pour les empcher d'chapper. Mais pendant qu'il tait ainsi occup, des loups affams taient descendus de la montagne, l'avaient saisi par la tte et la queue et l'avaient mis en pices. Sur ces entrefaites les rennes s'taient disperss de ct et d'autres. Mon chien tait vieux de sept neiges; ds l'ge de six mois il allait la chasse et pendant six ans il ne m'a pas laiss un seul jour souffrir la faim. L'lan, le renne sauvage, la zibeline et beaucoup d'autres animaux tombaient infailliblement sous mes coups, quand il avait une fois dcouvert leur piste. On me le rendrait au prix de cinq rennes de trait, que je ne le cderais pas pour dix. J'tais riche quand je l'avais, maintenant je suis le plus pauvre des hommes. Je ne sais si j'oserai reparatre devant ma famille; ma femme et mes enfants l'attendent pour le caresser; leurs lamentations me dchireront le coeur comme un couteau mouss. Il n'tait pas en ma facult d'assister ce Tongouse; je poussai donc plus loin, aprs l'avoir consol, en lui reprsentant que le pass ne revient plus, et que rien n'est plus sr que de mettre son espoir en Dieu. En quittant les bords de l'gn, nous avions gravir une montagne haute et escarpe pour regagner les rives de l'Outchour. Lorsque nous emes fait deux petits koes, nous rencontrmes une grande troupe de voyageurs; ils nous informrent que la neige tait paisse de treize empans sur la montagne et qu'en consquence il tait impossible d'en faire l'ascension. Arrivs l'endroit difficile, nos gens, ayant chauss leurs patins, prirent parmi les chevaux et les rennes de tous les voyageurs, dix btes de chaque espce que l'on dbarrassa de leur fardeau et que l'on conduisit sur la montagne pour s'y frayer un passage; le lendemain matin nous excutmes notre pnible ascension, et nous arrivmes le premier mai la foire d'Outchour. J'y levai le _yassak_ (tribut, en yakoute _oelbug_) et je remplis quelques autres missions dont j'avais t charg par le gouvernement. Ds que nos chevaux, fatigus jusqu' l'puisement, eurent recouvr leurs forces, nous nous remmes en route pour Oudsko, le premier juin, emmenant avec nous dix rennes que nous avions achets. Le lieu de runion, sur les rives de l'Outchour, est loign d'Oudsko de cinquante koes environ, qui en valent bien soixante-dix, vu la difficult du trajet. Le voyageur ne fait que traverser des cours d'eau et gravir des montagnes. Quand il pleuvait, nous chassions nos btes dans les rivires pour les forcer passer la nage; d'autres fois nous les traversions sur un radeau construit par nous. La contre offre tantt des champs de pierres aigus, tantt des marcages sans fond, qui ne schent jamais. Quand un cheval s'abat dans cette bourbe, il ne peut plus se relever; nos dix-sept chevaux tant tombs tous la fois, les guides entrrent dans la vase jusqu' la ceinture, tranrent les bagages quelque distance, et les dposrent l'un sur l'autre dans un lieu sec. Ensuite ils refirent les ballots qui s'taient dfaits en tombant, et rechargrent les btes de somme. peine celles-ci eurent-elles fait vingt pas, qu'elles firent une nouvelle chute, et qu'il fallut recommencer. Une fois je me mis moi-mme dans la fange, et je soulevai au-dessus de l'eau les ttes de trois chevaux qui s'taient abattus. Au mme instant, un quatrime cheval qui tait prs de moi s'embourba tellement qu'il ne put se relever et fut suffoqu aprs avoir plong deux ou trois fois sous l'eau. Nos fatigues furent encore accrues par l'ardeur du soleil, qui nous brlait de ses rayons, et par les nues de moucherons qui nous empchaient de respirer. Il fallait boire et manger en compagnie de ces htes incommodes; on n'avait pas plutt servi quelque mets ou vers quelque liquide dans un vase, qu'ils s'y prcipitaient et le remplissaient avant qu'on et pu le porter la bouche. On doit dire la louange des guides yakoutes qu'ils supportent, sans montrer la moindre mauvaise humeur, les peines qui les attendent chaque pas, et cela pour un salaire trs-faible, qui ne monte pas la moiti de ce qu'il devrait tre. cette occasion je dois faire une autre remarque. la fin d'une de ces journes o il a souffert de la boue, de l'eau, de la chaleur, des cousins, des gupes, des taons, et excut la sueur de son front des travaux qui demandent une grande exertion de force, le guide veille au campement jusqu' minuit, et, pendant que les chevaux se rafrachissent, il s'occupe rparer les harnais qui se sont briss pendant la journe ou raccommoder ses vtements. Ensuite il _empige_[15] les chevaux et les laisse pturer leur gr, les surveillant de demi-heure en demi-heure, de peur qu'ils ne s'accrochent un arbre et ne deviennent la proie des btes carnassires. Il ne lui reste gure que deux heures pour dormir. C'est une vie de souffrances continuelles. [Note 15: Terme de palefrenier, qui signifie mettre des entraves aux pieds des chevaux.] Ascension du Djougdjour. -- Stratagme pour prendre un oiseau. -- La ville d'Oudsko. -- La pche l'embouchure du fleuve Ut. -- Navigation pnible. plus de dix koes des rives de l'Outchour, nous rencontrmes la chane du _Djougdjour_ (la grosse montagne; les monts Yablonno ou Stanovo des Russes), que l'on considre comme la ceinture ou l'pine dorsale de la Sibrie. Ne s'affaissant nulle part et s'levant jusqu'aux nues, elle s'tend sans interruption, sur une longueur de plusieurs milliers de koes, jusqu' la mer Glaciale, o elle s'abaisse et se termine. Il tait midi pass lorsque nous arrivmes au pied de cette chane; nous fmes halte pour y passer la nuit et faire reposer nos montures. Le lendemain matin, avant que le soleil ft lev et que la chaleur se ft sentir, nous nous mmes monter pied; nos chevaux s'avanaient un un, sans charge et sans tre attachs l'un la suite de l'autre; aucun d'eux ne s'accrocha une branche du fourr, ne tomba dans une crevasse de rocher, ou ne culbuta dans les ravins creuss par les eaux; au moindre faux pas qu'ils eussent fait, ils auraient t prcipits dans un abme sans fond et auraient t perdus sans retour. Aprs avoir ainsi grimp quatorze heures, nous atteignmes le sommet du Djougdjour, qui est incomparablement la montagne la plus leve du pays. [Illustration: Traneau en Sibrie.--Dessin de Victor Adam d'aprs Gabriel Sarytchew.] Il y faisait extrmement froid, et il ne s'y trouvait ni cousin ni gupe. Nous fmes transis pendant les deux heures que nous nous y arrtmes pour faire souffler nos btes. De cette hauteur, les autres montagnes, qui nous avaient paru si leves, ressemblaient d'insignifiantes collines. Les nombreux fleuves, qui descendaient des deux versants du Djougdjour, luisaient comme de menus fils d'argent. Les nuages, chasss comme des brouillards, se dchiraient en effleurant la cime de la montagne, et restaient flottants le long du fate. Nous mmes beaucoup moins de temps descendre qu' monter; le voyage, qui avait dur seize heures environ, avait tellement puis nos forces et celles des chevaux et des rennes, que nous ne pouvions plus nous remuer. Nous fmes halte ds que nous emes trouv un lieu de campement au pied de la montagne. Nous venions de dcharger nos btes, d'allumer des bouzes pour loigner les moucherons, et de prendre une tasse de th, lorsque mon chien, que j'avais laiss en libert, revint du milieu du bois, et par ses aboiements nous fit comprendre qu'un animal se trouvait dans les environs. Je ne sais ce que devint la fatigue dont j'tais accabl, la sueur dont j'tais baign, la faim et la soif que je ressentais; mais sans rflchir que l'animal dpist pouvait tre un ours ou quelque autre bte froce, je m'lanai sa poursuite avec le plus jeune de mes cosaques et un des guides. Arms d'un couteau et d'un fusil, dont nous examinmes la charge et l'amorce, nous suivmes la trace du chien jusqu'au sommet du Djougdjour. L nous dcouvrmes un mouton sauvage[16] sur la saillie d'un rocher pic, saillie qui n'tait pas plus large qu'un lit. Ayant trouv une anfractuosit boise, nous nous glissmes d'arbre en arbre jusqu' une centaine de pas de l'animal, et nous fmes feu tous la fois. Nous l'avions tu. S'il et t possible, nous aurions suspendu l'un de nous un long cble et nous l'aurions descendu vers le gibier, aprs lui avoir mis une corde en main: il aurait attach l'une des extrmits aux cornes du mouton et aurait pris l'autre entre ses dents, aprs quoi nous l'aurions hiss en haut. Mais l'animal, en expirant, tomba sur le ct, glissa de dessus la pierre et roula dans un abme incommensurable. Le bruit occasionn par le choc de ses cornes contre les parois du rocher fut bruyamment rpt par l'cho. Laissant chaque angle de pierre un lambeau de sa chair, il fut ananti avant d'arriver au fond du prcipice. Ce fut un bonheur pour nous que la chasse fint de cette faon; car si le gibier ft rest sur place, l'un de nous et peut-tre fait une semblable chute en l'allant chercher. [Note 16: L'argali ou mouton sauvage (_ovis fera Siberica_ de Pallas) est peu prs de la taille du daim; son corps est partout couvert d'un poil court, qui, gris fauve en hiver, devient rousstre en t. Il a sur le dos une raie jaune rousstre qui ne change pas de couleur, comme le reste du pelage. Les cornes du mle sont grosses, longues et recourbes. C'tait tout ce que je pouvais faire que d'en soulever une paire d'une seule main, dit le frre Rubruquis, qui, le premier des voyageurs europens, a mentionn cet animal qu'il appelle _artak_. Les cornes de la femelle sont minces, peu prs droites, et assez semblables celles de nos chvres domestiques. la diffrence du renne, l'argali habite en hiver les rgions montagneuses et en t les plaines et les valles; cette singularit s'explique par ce fait, que le vent balaye la neige sur les sommets levs et la pousse dans les basses rgions qui en sont entirement couvertes. Dou d'une grande agilit, il saute de rocher en rocher pour brouter les lichens, le gazon peu abondant, et les feuilles ou les jeunes pousses des arbustes. La femelle porte deux fois l'an, au printemps et en automne, et souvent elle donne naissance deux petits la fois; quand elle a mis bas, elle reste seule avec ses agneaux. La chair et surtout la graisse de l'argali sont trs-recherches des chasseurs sibriens. C'est Gmelin et Pallas que l'on doit presque tout ce que l'on sait de cet animal.] notre retour, je fus spectateur d'une chasse dont je n'avais pas ide. Nos limiers, qui taient en avant, poursuivirent des oiseaux qui allrent se percher sur les branches d'un bouleau peu lev. Aussitt j'armai mon fusil et j'allais faire feu, lorsque mon guide m'arrta en me disant qu'il tait inutile de perdre la poudre et le plomb, que nous prendrions bien ces oiseaux avec la main. Ayant coup une longue baguette qu'il dpouilla de ses scions, il attacha a l'une de ses extrmits un lacet de cheveux qu'il prsenta avec prcaution l'oiseau perch sur la branche la plus basse, et lorsque le sot animal tendit la tte pour examiner l'objet de plus prs, notre homme le prit dans le noeud coulant et le tira lui. Aprs lui avoir tordu le cou, il prit successivement tous les autres de la mme faon. Cet oiseau, que les Yakoutes appellent _karaky_ et les Russes _dikouta_, est plus gros que la poule de coudrier et plus petit que la gelinotte de bois bariole laquelle il ressemble pour le plumage et pour le got de sa chair. Il est passablement pais et il a le cou assez court. Je n'ai jamais trouv d'oiseaux de ce genre que sur la route d'Oudsko, encore ne l'y voit-on que rarement. Il est vraisemblable que les oiseaux et les quadrupdes, connaissant sa stupidit, lui font la chasse et dtruisent l'espce. [Illustration: Argali, mouton sauvage[16].--Dessin de Victor Adam d'aprs Pallas.] Depuis le jour que nous avions quitt le Djougdjour jusqu' celui de notre arrive Oudsko, nous prmes chaque soir nos quartiers de nuit prs d'un coude de la rivire o nous tendions trois filets que nous portions avec nous. Le lendemain matin nous trouvions deux ou trois poissons de l'espce _charioub_ (_salmo thymallus_), qui venaient bien point; car sans cela nous n'aurions eu pour toute nourriture que du gruau et du beurre rance. La ville d'Oudsko (_Ut_ en yakoute), o nous arrivmes au milieu de l't, est situe sur la rive gauche du fleuve Ut, dans une contre o la haute montagne s'abaisse et forme une valle passablement large. Elle est neuf koes de la mer d'Okhotsk. Sa population se compose d'un ecclsiastique, d'un marguillier, d'un capitaine de cosaques qui est gouverneur et a sous ses ordres plus de cinquante hommes; d'une dizaine de paysans, de six sept cosaques, de trois quatre Yakoutes, enfin de trois quatre cents Tongouses, qui n'ont pas de demeure fixe, mais qui errent l'hiver et l't, et se transportent de lieu en lieu pour chasser. Ayant mission d'tudier les moeurs et l'industrie de ce peuple, je fus forc de parcourir toute la contre; aprs avoir pris un peu de repos, je m'embarquai donc avec deux cosaques et deux guides, et je descendis le fleuve Ut qui se jette dans la mer. son embouchure stationnent deux ou trois Tongouses, qui prennent une immense quantit de _kt_ (espce de truite), de chiens de mer, et font des provisions d'huile de baleine. Chaque anne les flots poussent l'entre du fleuve une ou deux baleines longues de six sept brasses. On tue coups de fusil les gros chiens de mer et coups de bton leurs petits, qui restent sec lors de la basse mare. On taille en courroies une partie de leur peau, et on met le reste scher la fume, pour en faire des semelles de souliers. Il n'est gure d'animaux qui donnent d'aussi bon cuir. On trouve aussi dans ces parages beaucoup d'oies, de canards, et surtout une innombrable quantit de bcasses de mer de diverses espces. Lors du reflux, ces bcasses descendent vers la mer et se posent sur les petits lots; mais, ne trouvant pas suffisamment de place, elles s'entassent les unes sur les autres. J'en ai tu jusqu' cinquante-cinq d'un seul coup de fusil quand elles prenaient leur vole. Aprs avoir pass quatre jours en ce lieu, je retournai vers la place-frontire d'Oudsko, accompagn de six hommes, ports par deux nacelles en peuplier creus. Le premier jour, nous ne pmes avancer qu' coups de gaffes ferres, vu la force du courant; le soir et toute la nuit il tomba de la pluie, et le lendemain matin l'eau atteignait l'pais fourr qui couvre les rives. Dans cette saison il pleut quinze jours sans discontinuer. De peur d'tre arrts trop longtemps, si nous faisions halte, et d'tre bientt bout de provisions et de forces, nous rsolmes de n'pargner aucun effort pour remonter le fleuve. Pendant cinq jours nous nous avanmes d'arbre en arbre le long de ses bords; nous tions extnus, nous n'avions plus de vivres, et nous tions encore loigns d'Oudsko de trois koes par eau, d'un et demi travers le bois. Nos guides affirmant que les trois ruisseaux qui serpentaient dans la fort ne nous empcheraient pas de passer, je m'armai d'un fusil et d'une hache, et au soleil levant je partis pied avec un cosaque et un guide. Nous voulions parcourir le bois et rentrer le soir avec du gibier pour ceux des ntres qui restaient dans les embarcations. Mais nous ne pmes excuter ce projet; peine avions-nous fait un quart de koes que nous rencontrmes un ruisseau dbord. Nous perdmes la moiti de la journe remonter vers la source, que nous traversmes ayant de l'eau jusqu' la ceinture. Le soir au coucher du soleil, trouvant un autre cours d'eau, qui avait plusieurs koes de long et qu'il tait impossible de tourner, nous passmes la nuit sur la rive, exposs la pluie et n'ayant aucune couverture. On alluma grand'peine un feu de bois humide, qui brlait mal et donnait beaucoup de fume, mais peu de chaleur. Nous fmes toute la nuit grelotter; le lendemain la pointe du jour, nous fmes un radeau avec quatre ou cinq baliveaux, afin que deux d'entre nous pussent passer la fois sur la rive oppose. Nous n'emes fini qu' midi; mais comme le bois dont nous nous tions servis tait imprgn d'eau, le radeau ne pouvait porter qu'une personne; le guide seul y monta afin de se rendre Oudsko, pour envoyer une nacelle notre rencontre. Mais lorsque l'embarcation fut au milieu de la rivire, elle se spara en deux et le guide tomba l'eau, poussant des cris de dtresse qui nous peraient le coeur; car, bien que nous fussions tout au plus dix brasses de lui, nous n'avions ni la force ni les moyens de lui porter secours. Heureusement il savait nager, et, notre grande joie, il revint la surface de l'eau. Le courant l'ayant port sur un bas-fond, il se remit debout, et aprs s'tre repos, tant dans l'eau jusqu'au cou, il repartit pour Oudsko. Rest seul avec mon cosaque, j'allumai du feu en plusieurs endroits pour carter les ours. Au lever du soleil nous emes la joie de voir arriver deux hommes dans une barque. Ils nous transportrent sur l'autre rive, et vers minuit nous rentrmes Oudsko, n'ayant pas un seul fil sec dans nos vtements, et n'ayant rien mang depuis deux jours. Nous avions voyag sept jours de suite avec des habits mouills; aucun de nous pourtant ne fut malade. Notre seconde excursion fut encore plus pnible. C'tait en septembre; les nuits devenaient froides, et les eaux, moins profondes, commenaient se couvrir de glace. Je m'embarquai de nouveau avec mes deux cosaques et trois guides pour aller trouver dix koes une assemble de Tongouses. Lorsque je revins Oudsko, il neigea dans le premier lieu o je m'arrtai; les guides, en se levant la nuit, ne retrouvrent pas un seul de nos dix rennes, qui avaient t disperss par un loup. Ils se mirent tous trois leur recherche, et je restai seul avec mes cosaques; ils furent absents trois jours pendant une pluie continuelle mle de neige. Les vivres, dont nous nous tions pourvus pour six sept jours, taient entirement puiss; la place, que nous occupions, s'tait change en mare, et nous tions dans une triste position. Le quatrime jour nos guides ramenrent six rennes, qu'ils avaient eu bien de la peine trouver; quant aux autres, ils en avaient perdu la trace. Nous partmes le mme jour, aprs avoir eu toutes les peines du monde faire dgeler notre tente, qui tait couverte de neige et d'un verglas pais de trois doigts. Le mois de septembre est, comme je l'ai fait remarquer, peu propice aux voyages. Une mince couche de glace, recouverte de neige, s'tendit sur les rivires remplies d'herbes, sur les fleuves qui sortent des lacs et sur les eaux fangeuses; n'tant pas assez forte pour supporter une lourde charge, elle rompt ds que l'on y pose le pied; parfois les rennes disparaissent et le voyageur tombe l'eau, s'il ne prend de grandes prcautions. peine avions-nous quitt le lieu du campement, que j'enfonai dans l'eau; tremp jusqu'aux os, je voyageai depuis midi jusqu' la nuit noire et pendant six sept heures je ne fus qu'un glaon: mes bras et mes pieds taient tellement transis que je ne les sentais plus; je m'attendais tre atteint d'une grave maladie; mais un grand brasier, du th et de chaudes couvertures me remirent parfaitement. Le surlendemain nous arrivmes la place-frontire (_Oudsko_); j'y passai environ dix jours faire mes prparatifs, aprs quoi j'entrepris mon grand voyage, avec mes deux cosaques, deux guides et trente rennes. C'tait la fin de septembre o toutes les eaux sont geles et o la neige tombe en grande abondance. Boroukan. -- Une halte dans la neige. -- Les rennes. -- Le mont Byraya. -- Retour Oudsko et Yakoutsk. Nous nous rendmes Boroukan, qui est cinquante koes au sud-est d'Oudsko, et trois ou quatre jours de voyage de l'embouchure du fleuve Amour, qui se dcharge dans la mer. Il y a cinquante koes de Boroukan la source du Byraya, et trente koes du Byraya au fleuve Silimdji, qui est soixante koes d'Oudsko. Le premier jour de notre voyage, nous fmes halte aprs n'avoir parcouru que deux koes. Aussitt on dchargea les rennes et on les mit en libert, aprs leur avoir suspendu au cou un billot long d'une brass et gros comme le bras, dispos de manire leur frapper les genoux et les empcher de courir s'ils s'enfuyaient quand on voudrait les reprendre. Ensuite un guide sonda la neige avec une longue perche pour chercher un sol ferme. Tandis que mes deux cosaques et moi nous dtournions avec des pelles la neige paisse, un des guides fendait du bois en petits morceaux pour allumer le feu; l'autre coupait une trentaine de perches, les dpouillait de leurs branches et les apportait dans l'emplacement que nous avions mis dcouvert. Aprs avoir dress trois perches lies ensemble par l'un des bouts, on disposa les autres tout autour et on les recouvrit de larges peaux de rennes, tannes et cousues l'une avec l'autre. On mnagea en haut une petite ouverture pour laisser passer la fume, et on entoura de neige cette tente conique, ne laissant qu'un troit passage, par o l'on pouvait peine entrer en rampant. Ensuite on joncha le sol dune multitude de petites branches, sur lesquelles on tendit une couche de fourrures. Au milieu de la tente, on alluma du feu avec les clats de bois fendu et l'on fit fondre de la neige dans la marmite et la thire. Les prparatifs de notre souper nous prirent beaucoup de temps; il tait minuit lorsque nous nous mmes au lit. Le feu jetait une fume si paisse et si irritante pour les yeux, que l'on ne pouvait rien voir dans la yourte. En nous levant le matin, avant l'aurore, nous tirmes nos vtements de dessous la neige o nous les avions mis pour qu'elle absorbt l'humidit, et nous prmes du th ds que nous fmes habills. Quand il fut jour, les guides se munirent de leur _lazo_ pour aller arrter les rennes. Voici la manire dont ils s'y prennent: ils s'enroulent autour de la main droite une corde mince, longue de plus de vingt brasses, de telle faon que le peloton ne soit pas plus gros qu'une soucoupe th. une distance de plus de dix brasses, ils lancent aux cornes de l'animal le lazo dont ils tiennent les deux extrmits dans la main gauche. La corde part avec la rapidit d'une flche, siffle et atteint toujours son but. Quand le renne se sent pris, il reste immobile et se laisse attacher par la tte. En hiver les Tongouses se glent souvent les doigts pendant cette opration, quoiqu'ils soient habitus toutes les rigueurs de la temprature. Lorsque les guides eurent ramen les rennes, ils les chargrent, et nous partmes au lever du soleil, aprs avoir enroul les peaux, emball les vases et les gibecires. C'est de cette faon que je voyageai tout l'hiver, pendant sept mois, sans coucher une seule nuit sous un toit. Ce n'est que dans trois lieux de runion, o je fis une halte de deux jours, que je trouvai environ dix yourtes tongouses. La surface de cette immense contre, qui a plus de deux cents koes d'tendue, est couverte d'paisses forts, de montagnes rocheuses et de cours d'eau; nulle part on ne trouve de chemin. Les guides tongouses connaissent le nom de chaque fleuve, de chaque rivire et dcouvrent facilement, sans s'garer, le but o ils se rendent. Dans beaucoup d'endroits, o la neige est profonde d'une brasse, ils chaussent leurs patins et partent en avant, avec des rennes non chargs, pour frayer le chemin. On traverse pied trois ou quatre verstes de broussailles impntrables, en s'ouvrant passage avec une serpe. Dans ces rgions impraticables, on ne fait gure qu'un koes par jour. C'est au milieu de l'hiver que je franchis le Byraya, montagne extrmement leve, au pied de laquelle j'avais pass la nuit. Je n'en atteignis le sommet que vers le crpuscule du soir. Cette ascension fut des plus pnibles: sur notre route nous emes dtourner avec des pelles la neige profonde d'une brasse et recouverte d'une crote dure. Nous rencontrmes un bloc de pierre vertical, haut d'une brasse; l'un de nous l'escalada avec la plus grande peine, et tira en haut l'un des guides au moyen d'une corde. Il fallut dcharger les rennes et les hisser en l'air, un un, en dployant la plus grande somme possible de forces. Quand toutes les btes furent en haut, nous montmes nous-mmes l'un aprs l'autre le long d'un cble. On n'oublie jamais les fatigues d'une telle journe. Nos provisions de bouche taient peine suffisantes; malgr le froid, nous tions tout en nage dans nos vtements de peau; le vent tait si violent que l'on ne pouvait se tenir debout. Je ressemblais un Tongouse qui a longtemps souffert; le vent et le grand air pendant le jour, la fume et l'ardeur d'un brasier pendant la nuit, m'avaient donn un teint de Giliak. On ne me reconnaissait pour Russe qu' la couleur des cheveux et la forme du nez. Je transpirai beaucoup en montant; ne pouvant m'empcher d'avaler de la neige en place d'eau, je fus saisi d'un refroidissement et je me sentis pris d'une grande fivre en arrivant au campement. Le sang me monta la tte, j'avais le visage en feu, et j'prouvais des frissons. Dpourvu de mdicaments et priv de toute espce de secours, je me trouvai dans une triste position, ainsi expos un vent froid et sifflant sur une haute montagne, au milieu de l'hiver. Je voyais dj l'ombre de la mort, mais je n'tais pas effray, n'ayant ni famille ni parent laisser dans la misre. Je regrettais seulement que mes peines et celles de mes compagnons dussent avoir si peu d'utilit; je mourrais avant d'avoir pu communiquer mes suprieurs le rsultat des mes explorations, et presque au moment d'achever mon grand voyage et de m'en retourner. Je ne raconterai pas la lutte que je soutins toute la nuit contre la mort; mes deux cosaques et les deux guides veillrent prs de moi, plaignant sincrement mon sort, et prenant garde que je ne me dcouvrisse; car si je m'tais refroidi, c'en et t fait de moi. Le matin, je m'endormis, et mon rveil j'tais baign de sueur, comme si je fusse sorti de l'eau. Le soir, je n'prouvais plus qu'un mal de tte, et le lendemain je me remis en route. Je dcrirai, quand je trouverai un moment de loisir, ce que je vis et entendis durant cette fivre. [Illustration: Campement de Tongouses.--Dessin de Victor Adam d'aprs Gabriel Sarytchew.] Au bout de six mois, j'avais rempli ma mission et je retournais Oudsko. La contre que j'eus traverser est difficile explorer, cause de ses chemins impraticables, des ses bois impntrables, de ses montagnes inaccessibles et de ses nombreux cours d'eau; mais elle est riche en animaux de toute espce, dont voici les noms: panthre, ours, loup, glouton, lynx, renard noir, renard charbonnier, zibeline, cureuil, livre, loutre, lan, renne sauvage, chevreuil, daim, mouton sauvage, musc, sanglier, cureuil volant, chauve-souris, souris de toute sorte, hermine; et parmi les oiseaux: cigogne blanche, cygne, canard, plongeon, oie, grue, gelinotte de bruyre, poule de coudrier, perdrix blanche, canard noir, karaky, bcasse. Il me fallut encore quinze jours pour terminer mes affaires, puis je repartis pour Yakoutsk au mois d'avril. Dans cette saison le voyage est difficile et prilleux; l'ours sort de son repaire, et lorsqu'il est affam, se jette sur le premier tre vivant qu'il rencontre. Lorsqu'il est le plus fort, il n'y a pas moyen d'chapper; il lui faut de la chair et du sang; celui qui n'en a pas lui jeter doit voyager avec la plus grande circonspection, s'il ne veut payer de sa propre personne. Traduit par E. BEAUVOIS. (_La fin la prochaine livraison._) [Illustration: Chamans yakoutes.--Dessin de Victor Adam d'aprs le comte de Rechberg.] VOYAGE AU PAYS DES YAKOUTES (RUSSIE ASIATIQUE), PAR OUVAROVSKI[17]. [Note 17: Suite et fin.--Voy. p. 161.] 1830-1839. Viliouisk. -- Sel tricolore. -- Bois ptrifi. -- Le Sountar. -- Nouveau voyage. Il est d'autres dangers qui tiennent la nature du chemin; en avril la glace nage sur tous les fleuves; les eaux qui descendent des montagnes gonflent non-seulement les grandes rivires, mais encore les ruisseaux qui dbordent en bouillonnant dans les fourrs pais. Lorsque l'on passe travers un de ces courants, l'eau jaillit jusque par-dessus la selle, mme quand elle ne baigne d'abord que les pieds de l'animal. Un jour mon renne glissa en posant le pied sur une grosse pierre ronde qui tait sous l'eau, et s'abattit: l'eau rapide me couvrit les paules, et si je ne m'tais appuy sur un bton et accroch la selle du renne, j'aurais perdu l'quilibre et t entran en un clin d'oeil; ni la prsence d'esprit, ni la force, ni l'agilit n'auraient pu me sauver. En d'autres endroits, les rennes sautent tous la fois dans la rivire, et il faut que le voyageur se laisse glisser adroitement, de manire tomber califourchon sur l'un des quadrupdes. On rpte jusqu' dix fois par jour ces pnibles manoeuvres; et quand vient le soir, on ne trouve pas mme un lieu sec pour s'y reposer; le sol, dtremp par l'eau qui descend de la montagne, n'est qu'une boue paisse o l'on enfonce jusqu'aux genoux. Il ne faut pas songer y dresser une tente ou y faire du feu. Aussi ne se donne-t-on pas mme la peine de chercher un lieu de campement; on coupe deux gros arbres que l'on tend par terre; puis on place en travers de jeunes mlzes, sur lesquels on se fait un lit et o l'on dpose les ballots. Prparer son repas est alors un tour d'adresse dont le mrite revient tout entier la ncessit. En repassant au lieu de runion, prs de l'Outchour, je m'y arrtai quatorze quinze jours, et j'arrivai Yakoutsk au milieu de l't, aprs avoir lutt dix-sept mois contre des difficults inoues. Un mois aprs l'on m'envoya Olekminsk (en yakoute Aannach), qui est une distance de soixante koes. peine de retour, je partis au milieu de l'hiver pour Viliouisk (en yakoute Bulu), d'o je revins par Sountar et Olekminsk, aprs avoir fait un trajet de deux cent trente koes. Je dois dire en passant quelques mots de la ville de Viliouisk. Elle est situe soixante koes l'ouest d'Yakoutsk, sur un fleuve appel Vilioui. Entre ces deux villes se trouve un dsert de prs de quarante koes. Les environs de Viliouisk, peupls de trente mille hommes, sont trs-abondants en eaux, en bois, en pturages, en gibier, en poisson, en quadrupdes, en oiseaux des forts. Aussi n'est-il pas de contre o les habitants jouissent de plus d'aisance; on n'y connat ni la disette, ni la faim, et on peut dire sans exagration que ce pays est plein des bndictions de Dieu. Je le savais dj; car, cinq ans auparavant, j'avais visit ce district, en compagnie du gouverneur. Viliouisk est en outre remarquable par trois phnomnes naturels. Sur les bords de la rivire Kmpndi[18], on voit s'lever en hiver une norme masse de sel de trois couleurs; blanc, clair et transparent; jaune rouge, et bleu d'azur. Il est deux fois plus sal que les autres sels. Il n'y a que les habitants de Viliouisk, qui en fassent usage; on n'en transporte ni Yakoutsk ni ailleurs, parce qu'il passe pour trop cher, je ne sais pourquoi. Cet excellent sel fond rapidement par les pluies de printemps et d't, mais il en reparat d'autre l'hiver suivant. [Note 18: Kaptinde. Voyez _De Gmelin_, t. I, p. 341, des _Voyages_ traduits par Keralio. Ce voyageur dit que le sel s'lve en un endroit quatre pieds au-dessus de la surface de l'eau; et qu' sept lieues l'est, sur la rive droite, du Kaptinde il y a une colline de sel haute de trente toises, longue de cent vingt pieds.] Les rives des fleuves et des rivires sont jonches de prcieuses pierres transparentes, qui n'ont pas de nom en yakoute; si quelque connaisseur visitait ces lieux, il y pourrait faire une prcieuse collection. La troisime curiosit consiste en une quantit considrable de bois ptrifi. On rapporte que des arbres entiers, avec leurs racines et leurs branches, sont tombs dans le fleuve, sur les bords duquel ils taient suspendus, et ont t changs en pierres; j'en ai vu de mes propres yeux et j'ai mme achet un tronon de bouleau, qui, avec les bulbes madres de sa racine, est tellement ptrifi, que l'on en peut faire jaillir des tincelles. Dans la contre de Sountar, cent koes au sud-ouest de Djokouska, le bl crot extraordinairement bien. Les ecclsiastiques du pays n'achtent jamais de farine pour leur consommation. C'est par routine que les Yakoutes ngligent de cultiver le bl, qui serait une richesse pour leur pays. Ces voyages perptuels dtrioraient insensiblement ma sant; le froid excessif de l'hiver et les chaleurs de l't me causaient des maladies dont je n'avais jamais souffert. Comme j'tais sur le point de demander ma retraite, il vint de Russie une commission charge d'imposer un nouveau tribut aux Yakoutes; elle devait faire des excursions dans tous les lieux habits par ce peuple et par les Tongouses; ses instructions portaient aussi qu'elle visiterait le pays d'Oudsko. Mais comme il lui aurait fallu beaucoup de temps pour faire ce long et pnible voyage, et que les frais de transport de plus de dix personnes, y compris l'interprte, le secrtaire et les cosaques, se seraient levs plus de mille roubles (4000 fr.), il fut dcid que je partirais seul pour Oudsko. J'tais parfaitement au fait des fatigues sans fin qui m'attendaient dans ce voyage. Comme il n'y avait que quelques mois que j'tais de retour, je n'avais pas oubli et je n'oublierai jamais ce que j'y avais souffert. De plus, j'tais si faible qu'il tait bien douteux que je fusse en tat de supporter ces nouvelles preuves. J'avais le coeur rempli de sombres pressentiments en songeant que je n'tais pas encore libre de quitter Yakoutsk, et que j'avais sans doute encore longtemps y rester. Cependant je ne pus, vu l'importance de la mission qui m'tait confie, refuser de la remplir. Comme je m'tais fait une loi de ne jamais me soustraire un ordre imprial ni ma destine, je domptai mon esprit et mon corps, et je partis une seconde fois pour Oudsko, accompagn d'un cosaque. Ce voyage dura sept mois, pendant lesquels j'eus beaucoup souffrir; le jour, je supportais les mmes fatigues que j'ai dj dcrites; la nuit, je rdigeais sans interruption les renseignements que l'on m'avait ordonn de recueillir. D'aprs mes instructions, j'avais dcrire la manire de vivre de tous ceux qui portent le nom de Tongouses, et supputer la quantit de gibier tu par eux dans les dix annes prcdentes. Il fallait donc dresser la liste de tout ce qu'ils abattent dans leurs chasses, depuis l'hermine jusqu' l'ours, depuis le coq de bruyres jusqu' la cigogne blanche. La nature du gibier formait la base du nouveau tribut. Aprs avoir rempli cette mission et rgl beaucoup d'autres affaires, je revins, et je donnai ma dmission aussitt aprs mon retour. Voil le tableau de ma vie: on n'y trouvera ni grande action, ni dcouverte; ce n'tait pas dans ma destine! Je ne parlerai donc plus de moi; mais il me reste dire quelques mots sur le pays et la nation des Yakoutes. Description du pays des Yakoutes. -- Climat. -- Population. Caractre. -- Aptitudes. -- Les femmes yakoutes. La contre prsente deux aspects diffrents: l'est et au sud de Yakoutsk, elle est couverte de hautes montagnes rocheuses; l'ouest et au nord, c'est une plaine o il crot des arbres pais et touffus; le sol, tant compos de terreau, possde une force de vgtation sans gale. Au premier mai la pointe du gazon est peine visible sous la neige, mais la fin du mme mois, tout ce qui porte le nom d'arbres a dvelopp ses feuilles larges ou aciculaires, et la campagne est couverte de verdure. Dans les les du fleuve, le foin s'lve, dans l'espace d'un mois, jusqu' la hauteur d'un homme cheval. La chaleur du soleil ne dgle la surface de la terre qu' trois ou quatre empans de profondeur. Au-dessous tout est gel jusqu' cinquante brasses larges. On n'a pu descendre plus bas. On rencontre une innombrable quantit de cours d'eau, dont l'tendue et la profondeur sont considrables. Les rivires seraient parfaitement appropries la navigation, si leurs rives taient habites. Mais il n'y a pas de villes, et les eaux n'ont porter que des barques faites de sept planches, ou des canots de bois ou d'corce, qui peuvent tenir deux ou trois personnes. Les lacs trs-nombreux nourrissent toutes sortes de poissons. Les gens laborieux peuvent toujours vivre de la pche. cette occasion, je dois mentionner, en passant, un phnomne curieux: entre Yakoutsk et Viliouisk, il y a un lac de sept koes de large; les Yakoutes qui habitent sur ses rives m'ont racont qu'ils se souvenaient d'avoir vu en sa place un terrain sec; un jour l'incendie d'un pr ou la foudre mirent le feu aux arbres du bois, qui brlrent avec leurs racines et le gazon jusqu' la profondeur de trois ou quatre empans. En deux ou trois ans, les neiges et les pluies formrent dans la place consume un amas d'eaux qui, force d'tre remues par les vents, se creusrent un lit de deux ou trois brasses. Les habitants ne pouvaient concevoir comment il tait venu des poissons dans ce lac, qui ne communiquait avec aucun autre. Voici l'explication que je crus pouvoir leur donner, et ils s'en montrrent satisfaits. Les mouettes elles hirondelles de mer, qui frquentent ce lac, ont aval ailleurs des oeufs de poissons; ces oiseaux ayant le gsier charg de plus d'aliments qu'il n'en peut porter, les vacuent avant de les avoir digrs; le frai clt quand il se trouve de nouveau mis en contact avec l'eau, et voil d'o viennent les poissons. L'intensit du froid est trs-grande dans ce pays, plus grande, je crois, que dans toute autre contre de la Sibrie. L'instrument[19] avec lequel les Russes mesurent la temprature varie, pendant quatre mois de l'hiver, de quarante quarante-neuf degrs. Malgr la rigueur du froid, l'homme n'prouve d'autre incommodit que la toux et le rhume, et les indignes ne cessent pas de sortir et mme de voyager. Dans les endroits que frappent les rayons du soleil, la chaleur n'est pas moins excessive en t que le froid en hiver; alors on ne peut plus se remuer; il est impossible de marcher nu-pieds sur le terrain sablonneux. Aussi les Yakoutes se passent-ils de chaussures plutt en hiver qu'en t. Le chaud est beaucoup plus prjudiciable que le froid la sant de l'homme; il cause des diarrhes de sang qui emportaient beaucoup de Yakoutes dans le temps que ceux-ci vivaient de lait en t. Il est regretter que les mdecins russes ne connaissent aucun remde pour gurir cette maladie. [Note 19: Le thermomtre de Raumur.] Le pays des Yakoutes est tellement tendu, que la temprature est loin d'tre la mme partout; Olekminsk, par exemple, le bl russit trs-bien, parce que la gele blanche y arrive plus tard; Djigansk, au contraire, la terre ne dgle qu' deux empans de profondeur; la neige y tombe ds le mois d'aot. La population yakoute s'lve cent mille hommes, et au double si l'on compte les femmes. Ils sont tous baptiss selon le rite russe, l'exception de deux ou trois cents peut-tre; ils pratiquent les commandements de l'glise; ils se confessent annuellement, mais peu d'entre eux reoivent la communion, parce qu'ils n'ont pas coutume de jener. Ils ne sortent pas le matin avant d'avoir pri Dieu, et ne se couchent pas le soir sans avoir fait leurs dvotions. Lorsque la fortune leur est favorable, ils louent le Seigneur; quand il leur arrive du malheur, ils pensent que c'est une punition que Dieu leur inflige en punition de leurs pchs, et sans se laisser abattre, ils attendent patiemment un meilleur sort. Malgr ces louables sentiments, ils conservent encore quelques croyances superstitieuses et notamment la coutume de se prosterner devant le diable; lorsque surviennent les longues maladies et les pizooties, ils font faire des conjurations par leurs chamans et offrent en sacrifice une pice de btail d'un pelage particulier. Les Yakoutes sont de moyenne stature, mais on peut les regarder comme des hommes robustes; leur visage est un peu plat, leur nez de grosseur proportionne, leurs yeux sont bruns ou noirs, leurs cheveux noirs, lisses et pais; ils n'ont jamais de barbe; leur teint n'est ni blanc ni noir; la couleur de leur peau change trois ou quatre fois par an: au printemps par l'effet de l'air, en t par celui du soleil, en hiver par celui du froid et de la flamme du feu. En automne ou la fin de l't, le travail de la fauchaison ou la disette les fait maigrir; en t, avant la fenaison, ou l'a fin de l'automne, l'abondance du lait, de la crme, des kymys et des viandes leur donne de l'embonpoint. Ne faisant jamais la guerre, par suite de leur caractre pacifique, ils ne peuvent passer pour des hros; mais on doit les tenir pour issus de bonne race, vu l'agilit et la vivacit de leurs mouvements, l'affabilit de leurs paroles et leur sociabilit. Ajoutons qu'ils sont trs-intelligents. Il leur suffit de s'entretenir une heure ou deux avec quelqu'un pour connatre ses sentiments, son caractre, son esprit. Ils comprennent sans difficult le sens d'un discours lev, et devinent, ds le commencement, ce qui va suivre. Il y a peu de Russes, mme des plus artificieux, qui soient capables de tromper un Yakoute des bois. [Illustration: Femme yakoute.--Dessin de Victor Adam d'aprs Hempel et Geissler.] Le peuple yakoute est le seul qui donne boire et manger pour rien aux voyageurs; et c'est en quoi la bont des Yakoutes se manifeste clairement. Entrez dans la tente de l'un d'eux, il vous offrira tout ce qu'il a de provisions; restez-y une semaine, restez-y mme un mois, il vous rassasiera toujours, ainsi que votre cheval. Il tient non-seulement pour une honte, mais aussi pour un pch, de recevoir aucun payement en retour de l'hospitalit qu'il vous donne. C'est Dieu, dit-il, qui donne le boire et le manger, afin que tous les hommes en puissent profiter; je suis pourvu de vivres, mon voisin ne l'est pas, je dois partager avec lui ce qui vient du Crateur. Si vous tombez malade dans sa tente, tous les membres de la famille se relayeront pour vous veiller et pourvoir vos besoins dans la mesure de leurs moyens. Ils honorent leurs vieillards, suivent leurs conseils et professent que c'est une injustice ou un pch de les offenser et de les irriter. Quand un pre a plusieurs enfants, il les marie successivement, leur btit une maison ct de la sienne et partage avec eux ce qu'il possde en btail et en biens. Mme spars de leurs parents, les enfants ne leur dsobissent en rien. Quand un pre n'a qu'un fils, il le garde avec lui et ne s'en spare que dans le cas o il perd sa femme et se remarie avec une autre qui lui donne des enfants. Le Yakoute estime sa richesse en proportion du btail qu'il possde; l'amlioration de ses troupeaux est sa premire pense, son premier dsir; ce n'est qu'aprs y avoir russi, qu'il songe amasser de l'argent et d'autres biens. [Illustration: Poteaux des frontires du pays des Yakoutes et de la Chine[20].--Dessin de Victor Adam d'aprs Folk.] [Note 20: Les limites de la Chine et de la Russie d'Asie sont marques par de hauts poteaux de bois, rigs sur un pidestal en pierre, et portant d'un ct une inscription chinoise, de l'autre une inscription russe.] Il est grand amateur de brandevin et de tabac: qu'on lui donne de l'un et de l'autre, il ne demandera pas manger. Quand vous voyagez, entrez avec autant de vin que vous voudrez dans la tente d'un Yakoute, vos vases seront vides quand vous en sortirez. Il n'y a qu'un artifice qui puisse sauver votre provision. Aussitt que vous arrivez chez un riche Yakoute, donnez-lui un oesmun (deux bouteilles de brandevin); avec cette liqueur, il s'enivrera parfaitement, lui, sa famille et dix camarades, et se tiendra satisfait; si vous ne lui en donnez qu'un verre, adieu votre brandevin. Le lendemain, en voyant vos bouteilles vides, vous vous rappellerez trop tard ce dicton: il a tout aval. Le Yakoute n'a pas d'gal pour la patience supporter le besoin; ce n'est rien pour lui que de travailler trois ou quatre jours sans rien manger. Pendant trois mois, il ne vit que d'eau et d'corce de pin, et pense qu'il en doit tre ainsi. Les pauvres gens passent pour des gloutons aux yeux des Russes, parce qu'ils mangent beaucoup quand ils ont une bonne nourriture. Mais, mon avis, quand on s'expose supporter la faim comme eux, pendant plusieurs jours ou mme plusieurs mois, on peut bien montrer quelque avidit pour peu que l'on se trouve une bonne table. Tous les peuples sont sujets la colre; elle n'est pas trangre aux Yakoutes, mais ils oublient facilement les griefs qu'ils ont contre quelqu'un, pourvu que celui-ci reconnaisse ses torts et s'avoue coupable. Les Yakoutes ont d'autres dfauts, qu'il ne faut pas attribuer des dispositions innes; quelques-uns d'entre eux vivent de btail vol; il est vrai que ce ne sont que des malheureux; quand ils ont pris, sur la chair d'une bte vole, de quoi manger deux ou trois fois, ils abandonnent le reste; cela montre que leur seul mobile est la faim, dont ils ont souffert pendant des mois et des annes. De plus, quand on dcouvre le voleur, les princes (kins, du russe kniaz) le font frapper de verges, selon l'ancienne coutume, au milieu de l'assemble. Celui qui a subi une telle punition en conserve la fltrissure jusqu' sa mort; il ne peu plus tre tmoin, et ses paroles ne sont d'aucune valeur dans les runions o dlibre le peuple; on ne le choisit ni pour prince, ni pour _starsyna_ (du russe _starchina_, ancien). Ces usages prouvent que le vol n'est pas devenu une profession chez les Yakoutes; le voleur est non-seulement puni, mais il ne recouvre jamais le nom d'honnte homme. Le Yakoute est processif; un parent ou un tranger achte crdit par exemple une vache qu'il ne paye pas, sous prtexte qu'il use du bnfice de la compensation. Le vendeur le poursuit devant le chef et le prince; l'affaire passe ensuite par tous les degrs de juridiction, jusqu' ce que les frais aient absorb la valeur de vingt vaches et quelquefois tous les biens des plaideurs. Mais ce n'est pas toujours de leur propre mouvement qu'ils se jettent dans la voie ruineuse des procs; ils y sont souvent pousss par des gens malintentionns, qui trouvent profit faire des critures. Il suffit qu'un Yakoute veuille devenir matre dans quelque art pour qu'il y parvienne; il est tout la fois orfvre, chaudronnier, marchal, charpentier; il sait dmonter un fusil, sculpter des os, et avec un peu d'exercice, il est capable d'imiter tout objet d'art qu'il a examin. Il est regretter qu'ils n'aient pas de matres pour les initier des arts plus levs; car ils seraient en tat d'excuter des travaux extraordinaires. Ils excellent manier le fusil; ni le froid, ni la pluie, ni la faim, ni la fatigue ne les arrtent dans la poursuite d'un oiseau ou d'un quadrupde. Ils chasseront un renard ou un livre deux jours entiers, sans avoir gard la fatigue ou l'puisement de leur cheval. Ils ont beaucoup de got et d'aptitude pour le commerce, et savent si bien faire valoir la forme et la couleur de la moindre peau de renard ou de zibeline, qu'ils en tirent un prix lev. Les crosses de fusil qu'ils fabriquent, les peignes qu'ils taillent et ornent, sont des ouvrages achevs. On doit aussi remarquer que leurs outres de peau de boeuf ne se corrompraient jamais, quand elles resteraient dix ans pleines d'aliments liquides. Parmi les femmes yakoutes, il y en a beaucoup qui ont de jolis visages; elles sont plus propres que les hommes; comme tout leur sexe, elles aiment les parures et les beaux atours. La nature ne les a pas dpourvues de charmes. Elles dissimulent leur inclination pour tout autre que leur mari, et elles ont coeur de conserver leur rputation intacte. On ne doit donc pas les compter au nombre des femmes mauvaises, immorales et lgres. Elles honorent l'gal de Dieu, le pre, la mre et les parents gs de leur mari. Elles ne se laissent jamais voir tte et pieds nus. Elles ne passent pas devant le ct droit de la chemine et n'appellent jamais par leurs noms yakoutes les parents de leur mari. La femme qui ne rpond pas ce portrait est regarde comme une bte sauvage, et son mari passe pour fort mal loti. Traduit par E. BEAUVOIS. GRAVURES. Dessinateurs. Chapelle de Sainte-Rosalie (prs Palerme) Rouargue 1 Types et costumes siciliens Rouargue 4 Ruines Girgenti (Agrigente) Rouargue 5 Vue de Syracuse Rouargue 8 Taormine et l'Etna Rouargue 9 La Marine Messine Rouargue 12 Rocher de Scylla Rouargue 13 Stromboli Rouargue 16 Pigeonnier prs d'Ispahan Jules Laurens 17 Pont d'Allah-Verdi-Khan sur le Zend--Roud, Ispahan Jules Laurens 21 Collge de la Mre du roi, Ispahan Jules Laurens 24 Une peinture indienne dans le palais des Quarante-Colonnes, Ispahan Jules Laurens 25 Entre de Kaschan Jules Laurens 28 Une caravane persane au repos Jules Laurens 29 Types persans Jules Laurens 32 Faubourg de Thran Jules Laurens 33 La porte de Schah-Abdoulazim Jules Laurens 36 Dans une cour, Thran Jules Laurens 37 Types et portraits persans Jules Laurens 40 Groupe de Persans Jules Laurens 41 Dans l'Enderoun (appartement intrieur -- Costumes d'intrieur et de sortie) Jules Laurens 44 Choix d'armes, d'instruments et objets divers persans Jules Laurens 45 Le Dmavend Jules Laurens 48 Vue de l'le Saint-Thomas de Brard 49 Saint-Pierre, la Martinique de Brard 52 Cataracte de Weinachts (Guyane anglaise) de Brard 53 Une sucrerie la Guadeloupe de Brard 56 La Pointe--Ptre, la Guadeloupe de Brard 57 Le port d'Espagne, la Trinidad de Brard 60 La baie de Panama de Brard 61 Vue des Bermudes de Brard 64 Costumes norvgiens d'Hitterdal Pelcoq 65 La valle de Bolkesj Dor 68 Costumes du Tlmark Pelcoq 69 La valle de Vestfjordal Dor 72 Intrieur d'auberge Bolkesj Lancelot 73 glise d'Hitterdal Wormser 75 Le Rjukandfoss Dor 76 Un chalet Bamble Lancelot 77 Vue du lac Bandak Dor 80 Le lac Flatdal Dor 81 Fjord de Gudvangen Dor 84 glise de Bakke Dor 85 Route de Stalheim Dor 88 Le Vringfoss Dor 89 Valle de l'Heimdal Dor 92 Femme du Sogn Pelcoq 93 Une noce en Norvge Pelcoq 96 Le march aux grains (Suez) Karl Girardet 97 Port de Suez Karl Girardet 100 Cimetire europen Suez Karl Girardet 100 Qossir Karl Girardet 101 Djeddah Karl Girardet 101 Port de Souakin Karl Girardet 101 Mosque de Salonique Karl Girardet 104 Femmes albanaises, prs d'un arabas, Vasilika Villevieille 105 Un Juif de Salonique Bida 108 Une Juive de Salonique Bida 109 Sceau du monastre de Karis 111 Vue gnrale de mont Athos Villevieille 112 Le Conseil des pistates au mont Athos Boulanger 113 Saint Georges (fresque de Panselinos dans le Catholicon de Karis) Pelcoq 116 Monastre d'Iveron Karl Girardet 117 L'higoumne d'Iveron Pelcoq 120 La Phiale ou le Baptistre du couvent de Lavra Lancelot 121 Croix sculpte en bois dans le trsor de Karis Thrond 124 Coffret dans le trsor de Karis Thrond 125 Peinture de la trapeza de Lavra: les trois patriarches Thrond 128 La confession Bida 129 Bas-relief du couvent de Vatopdi A. Proust 130 Albanais, soldat de la garde des pistates Villevieille 132 Vue du couvent d'Esphigmenou Karl Girardet 133 Intrieur de la cour principale du couvent slave de Kiliandari Lancelot 136 La rcolte des noisettes au mont Athos Villevieille 137 L'le Chatam, dans l'archipel Galapagos E. de Brard 140 Baie de la Poste, dans l'le Floriana (archipel Galapagos) E. de Brard 140 L'le Charles, dans l'archipel Galapagos E. de Brard 141 Aiguade de l'le Charles (archipel Galapagos) E. de Brard 144 Oiseaux et reptile (archipel Galapagos) Rouyer 145 Ctes de l'le Albermale, dans l'archipel Galapagos E. de Brard 148 Oeno, dans l'archipel Pomotou (les coraux) E. de Brard 149 Village de Vanou, dans l'le de Vanikoro (les coraux) E. de Brard 149 Baie de Manevai, dans l'le de Vanikoro (les coraux) E. de Brard 152 Rcifs et piton de l'le de Borabora (les coraux) E. de Brard 153 Rade et pic de l'le de Borabora (les coraux) E. de Brard 156 le de Whitsunday, dans l'archipel Pomotou (les coraux) E. de Brard 157 Brun-Rollet Fath 160 Traneau yakoute Victor Adam 161 Une sorcire tongouse Victor Adam 164 Port d'Okhotsk Victor Adam 165 Bazar de Nertchinsk Victor Adam 168 Colonie ou village yakoute Victor Adam 169 Voyageur russe en Sibrie Victor Adam 172 Argali (mouton sauvage) Victor Adam 173 Campement de Tongouses Victor Adam 176 Chamans yakoutes Victor Adam 177 Femme yakoute Victor Adam 180 Poteaux des frontires du pays des Yakoutes et de la Chine Victor Adam 181 Types indignes (Australie du Sud) G. Fath 184 Spultures australiennes dans les bois Lancelot 185 Spulture australienne au dsert Dor 189 Restes d'un voyageur retrouvs par ses compagnons dans les dserts du lac Torrens Dor 192 Oasis d'deri (Fezzan) Rouargue 193 Mourzouk (capitale du Fezzan) Rouargue 196 Gorge d'Agueri Lancelot 197 Valle d'Auderaz Rouargue 200 Vue d'Agadez Lancelot 201 Vue de Kano (entrept du Soudan central) Lancelot 204 Dendal ou boulevard de Kouka (capitale du Bornou) Lancelot 205 Vue du lac Tchad Rouargue 208 Village marghi Rouargue 209 Halte dans une fort du Marghi Rouargue 212 Village mosgou Rouargue 213 Chef mosgovien Rouargue 216 Intrieur d'une habitation mosgovienne Rouargue 217 Chef kanembou Rouargue 220 Entre du sultan de Baghirmi dans Masna (sa capitale) Rouargue 221 Une razzia Barea (Mosgou) Rouargue 224 Vue du march de Sokoto Hadamard 225 Bac sur le Niger, Say Rouargue 228 Vue des monts Homboris Lancelot 229 Village sonray Lancelot 232 Vue de Kabra (port de Tembouctou) Rouargue 233 Camp touareg Lancelot 236 Arrive Tembouctou Lancelot 237 Vue gnrale de Tembouctou Lancelot 240 Portrait en pied du baron de Wogan en costume de voyage J. Pelcoq 241 Grass-Valley J. Pelcoq 244 Un claim ou atelier de mineur J. Pelcoq 245 Fort de _taxodium giganteum_ ou pins gants Lancelot 248 Un caon ou passage de la Sierra-Wah Lancelot 249 La case du jugement J. Pelcoq 252 Le poteau de la guerre J. Pelcoq 253 Types d'Indiennes du Rio-Colorado J. Pelcoq 256 Grande pagode de Rangoun Franais 257 Bateau voile sur l'Irawady Clich anglais 258 Canot de parade Clich anglais 259 Bateau de commerce Clich anglais 259 Birmans dans une fort J. Pelcoq 261 Pattshaing ou tambour-harmonica Clich anglais 262 Pattshaing baguettes Clich anglais 262 Harpe birmane Clich anglais 263 Harmonica birman Clich anglais 263 Pagode Pagn Clich anglais 264 Reprsentation thtrale dans le royaume d'Ava Hadamard 265 Dagobah ou pagode en forme de cloche Clich anglais 266 Intrieur d'une pagode Clich anglais 267 Maison de l'ambassade Amarapoura Clich anglais 268 Valle des puits de bitume Karl Girardet 269 Types de grands seigneurs et hauts fonctionnaires birmans Morin 272 Le palais du roi et l'lphant blanc Navlet 273 Sculptures comiques dans le monastre royal Amarapoura Lancelot 276 Vue du Maha-Toolut-Boungyo (monastre royal Amarapoura) Lancelot 277 Dtails intrieurs du Maha-comiye-peima Amarapoura Navlet 281 Une porte Amarapoura Clich anglais 284 Canon birman Clich anglais 284 Danse des lphants Clich anglais 284 Canal d'irrigation dans le royaume d'Ava Clich anglais 285 Jeunes dames birmanes Morin 288 Le temple du Dragon Lancelot 289 Rives de l'Irawady (prs des mines de rubis) Clich anglais 292 Petite pagode Mengoun Clich anglais 292 Grand temple de Mengoun (depuis le tremblement de terre de 1839) Karl Girardet 293 Valle de l'Irawady au confluent du Myit-Nge Paul Huet 297 Temple ruin Pagn Lancelot 300 Salces ou volcans de boue Membo Clich anglais 301 Cnes volcaniques dans la plaine de Membo Clich anglais 301 Paysans birmans en voyage Clich anglais 302 Statue gigantesque de Bouddha Amarapoura Lancelot 304 Zanzibar vue de la mer E. de Brard 305 Portrait de feu l'iman de Zanzibar E. de Brard 308 Pont de la ville de Zanzibar E. de Brard 309 Un village de la Mrima Lavieille 312 Jihou la Mkoa ou la roche ronde Clich anglais 313 La fontaine qui bout (source thermale dans le Khoutou) Clich anglais 313 Sycomore africain Clich anglais 314 L'Ougogo Clich anglais 315 Burton et ses compagnons en marche Lavieille 316 Chane ctire de l'Afrique occidentale Lavieille 317 Passe dans l'Ousagara Lavieille 320 Paysage dans l'Ounyamouzi Lavieille 321 Noirs de l'Ousumboua G. Boulanger 324 Huttes Msn Lavieille 325 Ngres porteurs G. Boulanger 328 Noir de l'Ouganda G. Boulanger 329 Habitation de Snay ben Amir Kazeh Lavieille 332 Jeunes dames Kazeh G. Boulanger 333 Coiffures des indignes de l'Ounyanyemb Clich anglais 334 Coiffures des indignes de l'Oujiji Clich anglais 335 Maison des trangers Kaoul Lavieille 336 Navigation sur le lac Tanganyika Lavieille 337 Le capitaine Burton sur le lac Tanganyika Lavieille 339 Habitation au bord du lac Tanganyika Lavieille 340 Le bassin du Maroro Lavieille 341 Instruments et ustensiles des Ouajiji Clich anglais 342 Riverains du Tanganyika (ct ouest) Clich anglais 343 Riverains du Tanganyika (ct sud) Clich anglais 343 Le bassin du Kisanga Lavieille 344 Vgtation de l'Ougogi Lavieille 345 Passe de l'Ouzagara Clich anglais 346 Rocher de l'lphant prs du cap Gardafui Clich anglais 347 Dernier tablissement gyptien dans le Fazogl Lancelot 348 Contre des Shelouks sur le Saubat Lancelot 349 Blnia (village bari sur le fleuve Blanc) Lancelot 352 Habitants de la Havane Potin 353 Coolies chinois Cuba Pelcoq 356 Vue gnrale de la Havane (capitale de Cuba) Lancelot 357 Avenue de palmiers devant une habitation de Cuba E. de Brard 360 Cathdrale de la Havane Navlet 361 La volante (voiture de la Havane) Victor Adam 363 Vue de Matanzas Lancelot 364 Paysage dans l'le de Cuba: Loma (coteau) de Candela Paul Huet 365 Paysage dans l'le de Cuba (Loma de la Givora) Paul Huet 368 Grenoble et les Alpes dauphinoises Karl Girardet 369 Les Grands Goulets Karl Girardet 372 Pont-en-Royans Dor 373 Sainte-Croix et les ruines du chteau de Quint Karl Girardet 376 Die et la valle de Roumeyer (vue prise des hauteurs de Saint-Justin) Franais 377 Le Mont-Aiguille (vu de Clelles) Daubigny 380 Pontaix Karl Girardet 381 Roumeyer et le mont Glandaz Franais 384 Entre de la valle de Roumeyer Karl Girardet 385 La valle de Loncel Karl Girardet 388 La valle de la Voure et de la plaine du Rhne (vue prise des hauteurs de la Vacherie) Karl Girardet 389 Beaufort Franais 392 La fort de Saou Sabatier 394 Pot-Cellard Karl Girardet 395 Bourdeaux Karl Girardet 396 Le Velan et Plan-de-Baix (vue des sources du Rudoux) Karl Girardet 397 Cascade de la Druse Karl Girardet 398 La gorge de Trente-Pas Karl Girardet 400 Le mont Viso Sabatier 401 Le pont du Diable Sabatier 405 Le lac de l'chauda Sabatier 408 Le Pelvoux Sabatier 409 Le mont Aurouze Franais 412 Les montagnes du Devoluy Karl Girardet 413 Ruines de la Chartreuse de Durbon Karl Girardet 416 CARTES ET PLANS. Carte de la Sicile, par M. A. Vuillemin. 3 Carte de la Perse, par M. A. Vuillemin. 19 Carte des grandes et petites Antilles, par M. A. Vuillemin. 51 Carte du haut Tlmark (Norvge mridionale), d'aprs M. Paul Riant. 67 Carte de la presqu'le de Bergen, d'aprs M. Paul Riant. 83 Carte de la Chalcidique, par M. A. Vuillemin. 115 Partie du gouvernement d'Yakoutsk, par Piadischeff. 167 Carte de l'Australie, par M. A. Vuillemin. 187 Carte des voyages du docteur Henri Barth en Afrique (partie orientale) d'aprs M. de Lanoye. 195 Voyage du docteur Barth (Itinraire de Sokoto Tembouctou), par M. A. Vuillemin. 234 Carte du cours infrieur de l'Irawady comprenant les possessions britanniques et la partie sud du royaume d'Ava, d'aprs le capitaine H. Yule. 260 Plan d'Amarapoura et de sa banlieue, d'aprs les relevs du major Grant Allan. 280 Carte du cours suprieur de l'Irawady et partie nord du royaume d'Ava, d'aprs le cap. Yule. 296 Carte du voyage de Burton et Speke aux grands lacs de l'Afrique orientale (Itinraire de Zanzibar Kazeh). 307 Carte du voyage de Burton et Speke aux grands lacs de l'Afrique orientale (2e partie). 338 Carte de l'le de Cuba, par M. A. Vuillemin. 355 Carte du Dauphin (partie occidentale: Isre et Drme), par M. A. Vuillemin. 371 Carte du Dauphin (partie orientale: Isre et Hautes-Alpes), par M. A. Vuillemin. 404 ERRATA. I. Sous le titre _Voyage d'un naturaliste_, pages 139 et 146, on a imprim: (1858.--INDIT).--Cette date et cette qualification ne peuvent s'appliquer qu' la traduction. La note qui commence la page 139 donne la date du voyage (1838) et avertit les lecteurs que le texte a t publi en anglais. II. Dans un certain nombre d'exemplaires, le voyage du capitaine Burton AUX GRANDS LACS DE L'AFRIQUE ORIENTALE, 1re partie, 46e livraison, le mot ORIENTALE se trouve remplac par celui d'OCCIDENTALE. III. On a omis, sous les titres de _Juif_ et _Juive de Salonique_, dessins de Bida, pages 108 et 109, la mention suivante: d'aprs M. A. Proust. IV. On a galement omis de donner, la page 146, la description des oiseaux et du reptile de l'archipel des Galapagos reprsents sur la page 145. Nous rparons cette omission: 1 _Tanagra Darwinii_, varit du genre des _Tanagras_ trs-nombreux en Amrique. Ces oiseaux ne diffrent de nos moineaux, dont ils ont peu prs les habitudes, que par la brillante diversit des couleurs et par les chancrures de la mandibule suprieure de leur bec. 2 _Cactornis assimilis:_ Darwin le nomme _Tisseim des Galapagos_, o l'on peut le voir souvent grimper autour des fleurs du grand cactus. Il appartient particulirement l'le Saint-Charles. Des treize espces du genre _pinson_, que le naturaliste trouva dans cet archipel, chacune semble affecte une le en particulier. 3 _Pyrocephalus nanus_, trs-joli petit oiseau du sous-genre _muscicapa_, gobe-mouches, tyrans ou moucherolles. Le mle de cette varit a une tte de feu. Il hante la fois les bois humides des plus hautes parties des les _Galapagos_ et les districts arides et rocailleux. 4 _Sylvicola aureola._ Ce charmant oiseau, d'un jaune d'or, appartient aux les Galapagos. 5 Le _Leiocephalus grayii_ est l'une des nombreuses nouveauts rapportes par les navigateurs du _Beagle_. Dans le pays on le nomme _holotropis_, et moins curieux peut-tre que l'_amblyrhinchus_, il est cependant remarquable en ce que c'est un des plus beaux sauriens, sinon le plus beau saurien qui existe. Le saurien _amblyrhinchus cristatus_, que nous reproduisons ici, est dcrit dans le texte, page 147. [Illustration: _Amblyrhinchus cristatus_, iguane des les Galapagos.] * * * * * IMPRIMERIE GNRALE DE CH. LAHURE Rue de Fleurus, 9, Paris. * * * * * End of Project Gutenberg's Le Tour du Monde; Les Yakoutes, by Various License: Share Alike