Produced by Laurent Vogel, Bibimbop and the Online Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This book was produced from scanned images of public domain material from the Google Print project.) Note sur la transcription: Les erreurs clairement introduites par le typographe ont t corriges. L'orthographe d'origine a t conserve et n'a pas t harmonise. Une note plus dtaille se trouve la fin de ce volume. NOUVEAU MANUEL COMPLET DE MARINE. _SECONDE PARTIE._ MANOEUVRES. NOUVEAU MANUEL COMPLET DE MARINE. _SECONDE PARTIE._ MANOEUVRES DU NAVIRE ET DE L'ARTILLERIE. Par M. Verdier, Capitaine de Corvette. PARIS, A LA LIBRAIRIE ENCYCLOPDIQUE DE RORET, Rue Hautefeuille, n 10 bis. 1837. AVERTISSEMENT. Les ouvrages qui traitent de la manoeuvre du navire s'appuient sur des vrits mathmatiques trop leves pour tre la porte de toutes les classes des navigateurs. Nous avons pens qu'il pouvait tre utile d'offrir un Manuel pour la Manoeuvre, dpouill de toute dmonstration thorique, qui ne repose que sur la seule pratique, et qui, par consquent, peut tre lu par le marin le plus illettr. Il est plus facile, et surtout plus utile en marine, d'aller du simple au compos que du compos au simple. Le marin instruit, qui connatra pratiquement la manoeuvre, lira ensuite avec bien plus de fruit les ouvrages de thorie. Si nous pouvons rendre plus facile quelques jeunes navigateurs l'tude de la manoeuvre, notre but sera atteint. NOUVEAU MANUEL DE MARINE. _SECONDE PARTIE._ MANOEUVRES. CHAPITRE PREMIER. _Du Navire._ Le navire est un corps flottant, il doit, par consquent, occuper dans le fluide un espace tel que son poids soit gal celui du volume d'eau qu'il dplace. C'est la partie submerge qui prouve la force de rsistance du fluide dans le cas du mouvement, et la puissance destine lui donner ce mouvement doit donc tre en proportion avec la rsistance prouve. Les voiles sont des surfaces planes autant que possible, qui, tant exposes l'impulsion du vent, en sont frappes, et communiquent ainsi du mouvement au navire auquel elles sont assujetties. Elles agissent dans le sens latral et dans le sens direct. Le centre de gravit d'un corps est le point par lequel ce corps tant suspendu, reste en quilibre et ne change pas de position. Ce point sera au milieu du corps, si le corps est rgulier; et s'il est irrgulier, il sera dans la partie qui a le plus de pesanteur, par rapport au point qui marque le milieu de la longueur du solide. Si un corps tant ainsi suspendu en quilibre, on veut lui imprimer un mouvement de rotation, il est vident qu'il faut lui appliquer une force dtermine un point quelconque; que cette force, suppose la mme, agira d'autant plus qu'elle sera plus loigne du centre de gravit, et qu'elle imprimera au corps un mouvement contraire son application. Le centre de gravit d'un navire est toujours sur l'avant du milieu de sa longueur absolue, parce que l'avant a plus de capacit, et par consquent plus de pesanteur que l'arrire. Si nous considrons le navire comme un corps en suspension par son centre de gravit, nous pouvons imaginer, sans grande erreur pour la pratique, que son point de rotation sera sur l'axe vertical qui passe par le centre de gravit; et que la force applique sur l'arrire ou l'avant de ce point lui fera prouver un mouvement de rotation de l'avant sur l'arrire ou de l'arrire sur l'avant; c'est--dire que si la force est applique sur l'arrire, l'angle que l'avant fait avec la direction de la force diminuera, et que si elle est applique sur l'avant, ce sera l'angle form par la direction de cette force et l'arrire qui diminuera. Le mouvement est communiqu au navire par le moyen des voiles qui y sont assujetties, et qui reoivent l'impulsion du vent. La direction de la force applique sera donc la ligne suivant laquelle souffle le vent. Il est vident, d'aprs ce que nous avons dit du corps en suspension, que si nous l'appliquons au navire, le vent soufflant dans les voiles de l'arrire, rapprochera l'avant de sa direction: c'est ce qu'on appelle venir au vent ou lofer; et le vent soufflant dans les voiles de l'avant, rapprochera l'arrire de sa direction; ce qu'on appelle arriver. Les voiles de l'avant tendent donc faire arriver le navire; celles de l'arrire le faire lofer. C'est en combinant ces deux effets et en les tenant en quilibre, qu'on imprime au navire une vitesse sur une ligne donne, qu'on appelle route. Ce sera donc en augmentant aussi ou dtruisant un de ces deux effets, qu'on fera arriver ou lofer le navire, en un mot qu'on le fera voluer. On voit donc que si les voiles taient exposes d'une manire convenable, et que la force et la direction du vent restassent les mmes, le navire conserverait une vitesse gale, et suivrait une route donne. Mais cet quilibre, qu'il est si important de conserver, est frquemment troubl, et on a invent le gouvernail pour le rtablir et forcer le navire suivre une ligne dtermine. Les lames sont une cause de la perturbation de l'quilibre, en frappant le navire et lui imprimant un mouvement de rotation sur l'axe vertical de son centre de gravit, suivant le point sur lequel elles le frappent, et leur direction, qui n'est pas toujours celle du vent. A chaque lame le navire fait deux oscillations: l'une de chute, vers la partie oppose celle que choque la lame, et l'autre de raction l'instant o elle se spare du navire. Outre les effets de la lame, il est encore des actions qui agissent pour faire tourner le navire sur l'axe vertical qui passe par son centre de gravit. C'est en premier lieu l'action produite par la rsistance de l'eau, dans le sens latral, ou perpendiculaire la quille, sur les diffrens points de la carne qui y sont exposs; secondement l'action que le vent exerce sur les voiles dans le sens latral; et troisimement, enfin, l'action que le vent exerce sur les voiles dans le sens direct. Quoique cette action paraisse concider avec le plan vertical qui passe par le centre de gravit, et ne devoir pas produire un mouvement de rotation, cependant lorsque le vaisseau incline, il n'en est pas ainsi. Si ces trois actions pouvaient tre en quilibre, le navire n'aurait pas de mouvement de rotation, et obirait l'impulsion dans le sens de sa quille; mais ces actions varient chaque instant par l'tat de la mer ou du vent. Ce dfaut d'quilibre se corrige par un changement de voilure, et enfin par le gouvernail. _Du Gouvernail._ Nous ne dcrirons pas le gouvernail que tout le monde connat, nous dirons seulement que par sa position peu prs verticale la poupe, et par le moyen de sa barre, il peut se porter d'un ct ou de l'autre du navire, et que s'opposant au courant du fluide de ce ct, il fait natre une nouvelle force qui oblige le navire tourner, ou dont l'effet est de faire quilibre aux forces contraires dont nous avons parl, et qui tendraient faire tourner le navire dans un sens oppos. Si le fluide, coulant le long des flancs du navire, rencontre le gouvernail faisant un angle avec la quille, il le choquera, et poussera la poupe dans le sens oppos au choc; alors l'avant obissant ce mouvement se rangera ncessairement du ct o le choc a eu lieu, c'est--dire vers celui o a t mis le gouvernail, ou enfin du bord oppos celui o l'on a plac la barre. Mais si le fluide, au lieu de couler de l'avant l'arrire, coulait de l'arrire l'avant, l'effet serait videmment contraire; car le fluide qui vient alors de l'arrire, rencontrant le gouvernail faisant un angle avec la quille, le choquera en poussant la poupe dans la direction de ce choc; l'avant tournera donc dans le sens oppos, c'est--dire dans le sens oppos au ct o le gouvernail aura t mis, ou enfin du ct o sera la barre. Il n'entre pas dans le plan que nous nous sommes trac, de dmontrer mathmatiquement les effets et la puissance du gouvernail. Nous dirons seulement que son effet est d'autant plus grand que la vitesse augmente, et qu' mme angle il suit la progression du carr des vitesses. Si le gouvernail fait avec la quille un angle de 45 degrs, il est dans la position la plus favorable pour oprer les mouvemens de rotation; mais on ne peut obtenir cette position, et il est rare que l'angle soit de plus de 35. Le gouvernail agissant en s'opposant au fluide qui coule le long des flancs du navire, doit ncessairement diminuer sa vitesse; il faut donc balancer sa voilure de telle manire, qu'on soit oblig de le mettre en mouvement le moins possible. Et rgle gnrale, toutes les fois que pour conserver le navire en route, on sera oblig de faire un usage frquent du gouvernail, ce sera une preuve que la voilure sera mal tablie, ou mal balance. Nous observerons cette occasion, que souvent tant au plus prs, et la brise frachissant, le navire a une grande tendance venir au vent, et qu'on est oblig d'y avoir une partie de la barre. Il suffirait, notre avis, de diminuer de voiles, en se dbarrassant des voiles hautes, pour rendre le navire bien gouvernant, et loin de diminuer le sillage, il est fort possible qu'il augmente. L'inclinaison diminuant, la submersion de la carne sera moins considrable, et sa rsistance moins forte; le navire moins charg gouvernera avec la barre droite, et le gouvernail ne sera plus un obstacle au sillage; n'est-il pas possible que ces deux causes qui tendent augmenter la vitesse, compensent, et au-del, la diminution produite par la suppression des perroquets? Le temps que deux navires semblables emploient voluer, est en raison de leur longueur. CHAPITRE II. _Appareillages._ Lorsqu'un navire a reu tout ce dont il a besoin pour prendre la mer, on le mouille sur rade sur une ancre, s'il doit profiter du premier moment favorable; mais s'il peut y prolonger son sjour, on le mouille sur deux. Amarr de la premire manire, il est dit sur un pied; mais on concevra facilement qu'il ne peut rester long-temps dans cette position, puisque chaque changement de vent et surtout de mare il doit courir sur son ancre et peut la surjoaler. Cependant, depuis l'adoption presque gnrale des cbles-chanes, sur les rades qui n'ont que peu ou point de mare, on peut, en filant une grande quantit de chane, rester sur un pied. Car, par son poids, la chane portant sur le fond, bien de l'arrire de l'ancre, offre au navire un point d'appui sur lequel il peut tourner sans passer sur son ancre. Mais il ne faut pas tre mouill prs d'autres navires, qu'on pourrait aborder en dcrivant ainsi un cercle autour de son ancre. Il est donc plus prudent de mouiller deux ancres, ce qu'on appelle affourcher. On affourche en mettant deux ancres sur une ligne perpendiculaire celle des vents les plus dangereux. Ainsi, sur une rade o les vents les plus dangereux sont le N. E. et le S. O., les ancres doivent tre mouilles sur une ligne N. O. et S. E. Il faut aussi avoir l'attention d'affourcher de manire que les cbles ne soient pas croiss pour le vent du large, qui est celui qui amne la plus grosse mer, parce qu'alors ils fatigueraient davantage et ragueraient les sous-barbes. Ainsi, si on affourche N. O. et S. E., c'est--dire pour les vents de N. E. et de S. O., ou que les vents du large soient ceux du S. O., les cbles doivent tre croiss lorsqu'on vitera au N. E. On affourche, soit avec le navire, soit avec la chaloupe; mais dans le premier cas, il faut avoir un point d'appui pour touer le navire jusqu'au point o il doit laisser tomber la deuxime ancre. Pour cela, aprs que le navire a mouill sa premire ancre et qu'il a fil une quantit de cble suffisante, on embarque dans la chaloupe une ancre jet, garnie de son orin et de sa boue, laquelle on talingue un grelin et plus s'il est ncessaire, qu'on embarque dans la chaloupe et dont on garde le bout bord, ou dont on lui donne le bout qu'elle rapportera bord aprs avoir mouill l'ancre jet, si, ayant remonter contre le vent ou le courant, on craint que le poids du grelin rest bord ne la charge trop et ne la fasse driver sous le vent du point o l'ancre jet doit tre mouille. La chaloupe convenablement remorque, se dirige dans le rhumb de vent o l'ancre doit tre place, et lorsqu'elle est parvenue un peu au-del du point qu'elle doit occuper, elle mouille l'ancre jet. Elle porte le bout du grelin bord, o on le raidit aussitt. On garnit ensuite ce grelin au cabestan, et on vire en filant la demande du cble de l'ancre mouille. Lorsqu'on a dehors une quantit de ce cble gale deux fois la longueur qu'on veut donner chaque amarre d'affourche, on cesse de virer, on laisse perdre l'aire du navire, et on mouille en choquant le grelin afin que le navire puisse culer et ne pas surjoaler. Pendant que la chaloupe va lever l'ancre jet, on vire sur le premier cble mouill en filant du second. Lorsqu'on a fil de ce dernier la quantit qu'on veut avoir dehors, on prend le tour de bitte, et on vire jusqu' ce qu'ils soient galement raides, et qu'il n'y ait que peu de mou. On dgarnit et on prend le tour de bitte du cble sur lequel on virait, on les garnit l'un et l'autre de paillets, et l'on est affourch. Si on fait porter l'ancre d'affourche par la chaloupe, il faut aussi lui mnager un point d'appui sur lequel elle pourra se tenir lorsqu'elle sera charge. Car si en thorie on peut envoyer une chaloupe ainsi, en la faisant remorquer, il n'en est pas de mme en pratique. Une chaloupe portant une ancre de bossoir en cravate, son orin et sa boue, ayant sur son avant la moiti de son cble lov pour contre-balancer le poids de l'ancre, est dj prive de l'usage de plus de la moiti de ses avirons; il faut qu'elle supporte encore le poids du cble qu'on file du bord, et que des canots placs de distance en distance le soutiennent, pour qu'il ne touche pas au fond avant que l'ancre ne soit mouille. Quel est le navire qui a une assez grande quantit de canots pour pouvoir remorquer convenablement une chaloupe ainsi charge, et la diriger un point fixe, s'il y a surtout de la mer et du courant. Il faut donc, pendant que l'ancre de bossoir est suspendue en cravate, de l'arrire de la chaloupe, et qu'on y embarque le cble, faire longer par un canot une petite ancre jet dans la direction o l'ancre d'affourche doit tre mouille. Le bout de l'aussire de cette ancre jet tant bord, la chaloupe le place sur le rouleau de son trave et se hale dessus. Elle est suivie d'embarcations qui portent le restant du cble dont le bout est bord. Lorsque le canot qui porte les premiers plis du cble, les a fils mesure que la chaloupe laquelle il tient par une remorque se hale, il le saisit en dehors du bord par une bosse qui fait dormant son grand banc, et qui s'y amarre aprs avoir embrass le cble; un homme tient la main le bout de la bosse pour la larguer au signal de la chaloupe. Les canots ayant ainsi fil et soutenu le cble, la chaloupe file celui qu'elle a bord, et lorsqu'enfin elle l'a raidi autant que possible en se halant, elle fait un signal aux canots qui larguent les bosses lorsqu'elle mouille. On drape l'ancre jet, on raidit le cble, on prend le tour de bitte, et on fait les paillets. Depuis l'usage peu prs gnral des cbles-chanes, il est bien difficile, pour ne pas dire impossible, d'longer une ancre amarre sur un cble-chane. La difficult de ne le filer qu'au fur et mesure que la chaloupe s'loigne du bord, son poids qui augmente la rsistance qu'elle doit vaincre pour se haler, l'impossibilit par consquent de le raidir suffisamment avant de mouiller, doivent faire abandonner cette manire d'amarrer, et il faut affourcher avec le navire lui-mme. Mais comme il est une foule de circonstances qui obligent envoyer une grosse ancre au large par le moyen de la chaloupe, surtout dans les chouages, tout navire doit, outre ses cbles-chanes des ancres de bossoir, avoir un ou deux cbles en chanvre pour longer dans les circonstances imprvues. On dsaffourche avec le navire ou la chaloupe. Avec le navire, on vire sur une ancre en filant du cble de celle sur laquelle on veut appareiller. Parvenu pic, on cesse de filer, on drape, et aussitt l'ancre l'cubier, pendant qu'on la caponne et la traverse, on garnit le cble de l'autre ancre, et on abraque dessus jusqu' ce qu'il n'en reste plus la mer que la quantit suffisante pour tenir le navire. Si on dsaffourche avec la chaloupe, on la munit de deux caliornes de braguets, de poulies de retour et des amarrages ncessaires l'opration; on lui donne aussi un bon cordage de la grosseur de l'orin pour faire un maillon. Car il ne serait pas prudent de lever une ancre de bossoir par son orin, sans avoir coul un maillon, car si l'orin casse et que le navire ne puisse venir chercher son ancre, on est oblig de la draguer, ce qui est souvent bien long et oblige faire le sacrifice de l'ancre si on n'a pas le temps ncessaire cette opration. La chaloupe parvenue l'ancre qu'elle doit draper, saisit la bosse, place l'orin sur le davier et le raidit. On coule le long de l'orin un maillon noeud coulant, destin saisir la patte de l'ancre en dessous de ses ailerons, et soulager et renforcer l'orin. Lorsque, par la hauteur du fond, on s'aperoit que le maillon est rendu sa patte, on s'assure si elle a t saisie en pesant dessus; s'il rsiste, elle est prise; dans le cas contraire, il remonte le long de l'orin et on le coule de nouveau. Lorsqu'il est en place on le raidit, et si on ne compte pas sur l'orin, on les runit et on frappe dessus la caliorne de braguet, dont une poulie est croche un piton d'trave et dont le garant revient sur l'arrire dans une poulie de retour, afin de pouvoir longer dessus la plus grande quantit possible de matelots. L'ancre dtache du fond, on vire sur son cble bord, ce qui amne sous l'cubier la chaloupe qui la tient suspendue. Rendue l, on la met poste comme nous l'avons dit, et on vire sur le cble de l'ancre qui doit servir l'appareillage. Le navire dsaffourch, on embarque sa chaloupe avec un appareil compos de deux caliornes frappes l'une sur la grande vergue, et la seconde sur la vergue de misaine, et deux caliornes servant de palans d'tai. Les basses vergues portent, pendant cette opration, un poids considrable, et fatiguent beaucoup, quoiqu'on les renforce par une fausse balancine. Pour les soulager, on fait les caliornes pendeur. Ce pendeur passe sur le chouc du bas mt et se marie, par le moyen d'un burin, une estrope qui embrasse deux ou trois haubans du ct oppos celui o l'on hisse. Ce pendeur se frappe sur la vergue au moyen d'une estrope burin. La vergue alors ne fait plus que l'office d'arc-boutant, et la plus grande partie de l'effort a lieu sur le chouc du bas mt. _Appareiller, le Navire vit le bout au vent._ On vire long pic; on largue les voiles carres, le grand foc et la brigantine, on borde et hisse les huniers. Si on veut abattre sur tribord, on brasse bbord devant tribord derrire, en effaant bien le petit hunier par sa bouline de revers; on pse le gui et on le porte sur tribord. On ferait le contraire si on devait abattre sur bbord. On drape. Le navire tant vit le bout au vent, ayant son petit hunier brass bbord et bien effac par sa bouline, faisant avec la quille l'angle le plus aigu qu'il puisse faire, l'avant du navire tombera sur tribord. Mais pendant ce mouvement il cule, puisque le vent est sur les voiles, on met alors la barre tribord pour acclrer le mouvement d'abatte, qu'on peut encore augmenter en hissant le grand foc aussitt que le mouvement est prononc. Lorsque le vent commence prendre dans les voiles de l'arrire, on dresse la barre et on change le phare de l'avant qu'on oriente. Si l'abatte continue encore, ce qui arrive ordinairement, parce que le navire n'ayant pas d'aire ne pourra ranger au vent que lorsqu'il en aura pris, que du reste la barre a t dresse en changeant devant, on choque l'coute de foc et on borde la brigantine. Si les circonstances le permettent, on laisse le petit hunier masqu pendant le temps qu'on travaille mettre l'ancre poste. Si les abattes sont trop grandes, on borde la brigantine. Si le foc tait dehors, son coute a d tre file aussitt que le vent a pris dans les voiles de l'arrire. L'ancre poste, on dresse la barre, on borde le foc, on cargue la brigantine, et on change le phare de l'avant qu'on oriente. Si la position du navire a exig qu'il ft de la route aussitt que l'ancre a quitt le fond, pour viter un danger, ou un btiment mouill petite distance, il ne faut faire que la voile absolument ncessaire pour assurer la promptitude des mouvemens; car, avec un sillage rapide, il est bien difficile, surtout s'il y a un peu de mer, de mettre l'ancre poste, et il peut en rsulter de graves inconvniens. Lorsque le vent est frais, qu'on juge qu'aprs l'appareillage on ne pourra porter les huniers qu'avec un ou plusieurs ris, il faut le prendre en larguant les voiles, avant de le border. Il est mme plus prudent de le prendre avant de virer, pour ne pas s'exposer chasser tant long pic. Si le vent est assez fort pour ne pas permettre d'tablir les huniers, mme avec des ris, lorsqu'on est long pic, alors il faut se contenter de contre-brasser les voiles de l'avant et de larguer les fonds du petit hunier; on doit aussi larguer le petit foc pour pouvoir le hisser aussitt que le phare de l'avant contre-brass a fait prononcer l'abatte. Les vergues du grand mt et du mt d'artimon sont orientes et leurs huniers prts tre largus et tablis; lorsque l'abatte n'est plus incertaine, l'artimon est largu pour tre bord afin de la modrer. _Observations._ Quelque simple que soit un appareillage de temps maniable, il est une foule de prcautions prparatoires et prendre aprs cette manoeuvre, dont il est peut-tre utile de parler. Si on est amarr avec des cbles et mouill sur un fond de vase, il faut les laver avec soin mesure qu'on vire, ou aprs que les ancres sont drapes, les frotter avec des brosses pont ou des balais pour en dtacher la vase, les longer autant que possible dans la batterie ou sur le pont, en faire autant pour les garcettes et la tournevire, et ne les envoyer dans la cale que lorsqu'ils sont parfaitement secs. Si on est amarr avec des cbles-chanes, il faut aussi les laver, car tant mis immdiatement dans leurs puits, la vase qui y est attache ne tarderait pas, sans cela, rpandre une odeur ftide et malsaine. Aussitt qu'une ancre est drape, elle doit tre mise en mouillage, un navire ne devant jamais appareiller sans tre dispos mouiller, si les circonstances l'y obligent. Lorsqu'on est hors de vue de terre, on soulage les pattes des ancres hauteur du plat bord, on double les bosses de bout et les serres-bosses, et cinquante lieues au large on dtalingue les cbles et cbles-chanes pour les envoyer dans la cale et soulager l'avant du navire. En appareillant, les canots des porte-manteaux doivent tre disposs de manire tre immdiatement amens pour remorquer le navire en cas de calme, et dfier un abordage. A la mer, on les tablit sur bosses, et on dcroche les palans, afin de pouvoir les amener avec leur quipage, pour porter secours un homme tomb la mer. Ils seront donc toujours munis du gouvernail et de la barre, des avirons et d'une gaffe. Avant d'appareiller, une visite gnrale doit avoir lieu. La barre et sa drosse doivent tre visites, celles de rechange dgages, les palans qui, en cas de rupture de la drosse, les remplacent momentanment, disposs leurs pitons. On s'assure que les mts de hune et de perroquet sont concs dans leurs choucs; que les objets amovibles, tels que coffres, cuisines, etc., sont saisis; que la chaloupe et les drmes ont leurs saisines raidies; que l'artillerie est amarre garans doubles[1]. [1] Les canons des batteries basses des vaisseaux sont mis la serre avant l'appareillage, afin de pouvoir fermer les sabords aussitt que l'tat de la mer l'exige. Les gabiers dgenopent les manoeuvres et les lovent auprs de leurs poulies de retour. Ils visitent les coutes, drisses et itagues. Les paillets de brassiage et d'tais sont mis en place; les arcs-boutans, pour pousser les galhaubans volans, disposs dans les hunes. Un navire, devant toujours tre dispos faire toute la voile que les circonstances exigent, doit appareiller avec les perroquets croiss et garnis, lorsque le temps le permet. S'il porte des catacois, les drisses seront passes, le grement des bonnettes sera en place, les drisses frappes au point des huniers, et les amures loves aux bouts des vergues. Les tais des mts de hune et de perroquet sont bosss; les bosses des amures et coutes des basses voiles, celles des drisses des huniers et des focs, sont mises en place. Enfin, suivant la saison et la traverse, et s'ils n'ont pas t grs en rade, on place et on raidit les pataras, l'tai de tangage du mt de misaine, les haubans de beaupr et sa fausse sous-barbe. _Appareiller, le Navire vit au courant._ Le navire, vit le bout au courant, peut l'tre en mme temps au vent; alors l'appareillage est celui que nous venons de dcrire, avec cette diffrence que le courant agissant sur le gouvernail, comme si le navire allait de l'avant, il faut mettre la barre du bord oppos celui sur lequel on veut abattre. Si cependant le mouvement d'acule tait plus fort que celui du courant, la diffrence de ces deux mouvemens, agissant alors dans le sens du plus fort, qui est celui de l'acule, on mettrait la barre du bord o on veut abattre. Le navire, vit le bout au courant, peut recevoir le vent sur ses voiles, ou dans ses voiles. Il le recevra sur ses voiles, si l'angle qu'il fait avec la quille est moindre que l'angle du plus prs. Dans ce cas il est impossible, par la seule manoeuvre des voiles, de faire passer son avant dans le lit du vent. On ne peut donc que prendre les amures du bord o vient le vent. Il suffit pour cela de le faire abattre d'une quantit assez grande pour que le vent prenne dans les voiles. Supposons que le vent venant de bbord fasse avec la quille un angle moindre que celui du plus prs. Etant long pic, on tablit les huniers, on largue le grand foc et la brigantine, on met la barre bbord, et on brasse bbord devant et tribord derrire. Au moment o l'ancre drape, on hisse et borde le grand foc; l'avant du navire doit ncessairement tomber sur tribord par l'action du foc, du petit hunier masqu et du gouvernail qui, par l'effet du courant, porte l'arrire sur bbord, puisqu'on y a mis la barre. Lorsque par suite de l'abatte le grand hunier et le perroquet de fougue reoivent le vent, on change le petit hunier, on dresse la barre, et s'il est utile de modrer l'abatte, on borde la brigantine en filant l'coute du grand foc. Si la route exigeait qu'on changet d'amures, on le ferait comme nous le dirons en parlant des viremens de bord vent arrire. Mais si les localits taient telles qu'on ne pt prendre les amures du bord du vent, ou qu'on n'et pas l'espace ncessaire pour en changer aprs avoir drap, il faudrait trouver un point fixe, soit terre, soit sur un navire, soit en longeant une ancre jet, de manire qu'en virant sur ce point, sur lequel on aurait port un grelin qu'on passerait tribord derrire, on pt porter l'arrire sur tribord, et par consquent l'avant sur bbord. Le navire tant pic, on hale sur le grelin jusqu' ce que l'avant du navire ait dpass le lit du vent, c'est--dire que le vent qui tait de bbord soit maintenant tribord. On tourne le grelin, on tablit les huniers qu'on brasse tribord devant et bbord derrire, on largue le grand foc et la brigantine; on drape, on met la barre tribord, et lorsque l'avant du navire tombe sur bbord, on largue le grelin, et on continue les manoeuvres comme nous l'avons indiqu dj. Si le navire n'tait que le bout au vent, il faudrait, au moment de draper, haler sur le grelin pour assurer l'abatte. Lorsque le navire, vit au courant, reoit le vent dans les voiles, l'appareillage est bien simple; il suffit d'tablir assez de voiles pour que, au moment o l'ancre drape, le navire puisse refouler le courant, car sans cela il risquerait de masquer, si dans un lan le courant venait prendre par la joue sous le vent. Pour parer cet inconvnient, non-seulement il faut avoir une assez grande quantit de voiles dehors, mais il faut augmenter celles du phare de l'avant pour tre certain que le navire ne viendra pas au vent. Le navire ayant pris de l'aire, on manoeuvre suivant les localits, pour mettre l'ancre poste le plus lestement possible. _Appareiller en faisant embossure._ Il arrive quelquefois qu'un navire est oblig d'appareiller, sans pouvoir lever son ancre, lorsqu'il a t oblig de mouiller sur une cte, sur laquelle il tait affal. La violence du vent ne lui permet pas de virer sur l'ancre, car en chassant il s'approcherait encore de la cte qu'il doit viter, et s'y perdrait. S'il peut indiffremment abattre sur un bord ou sur l'autre, aprs avoir pris dans les huniers les ris que la force du vent exige, et les avoir serrs, il faut brasser bbord devant et tribord derrire, si on doit abattre sur tribord et larguer l'artimon, le foc d'artimon et le petit foc, dont on abraque l'coute tribord. On se dispose couper le cble sur la bitte, ou filer le cble-chane qu'on dmaillone sur l'arrire de la bitte. On largue le fond du petit hunier, on met la barre tribord, et au moment o on s'aperoit que l'avant tombe sur tribord par l'effet du petit hunier masqu, on coupe le cble et on acclre l'abatte en hissant le petit foc. L'acule tant trs forte, aussitt que le cble est coup, le gouvernail dont la barre est tribord agit alors avec une grande puissance, et assure le mouvement d'abatte, qu'on modrera en bordant l'artimon et le foc d'artimon, pour soutenir le navire, puis on tablit toutes les voiles carres que le temps permet de porter. Si la configuration de la cte exige qu'on abatte imprieusement d'un bord, on ne peut se hasarder manoeuvrer comme nous venons de le dire; car quoique tout ait t dispos pour abattre sur un bord plutt que sur l'autre, il peut arriver telle circonstance imprvue qui fasse manquer la manoeuvre, et alors le salut du navire est compromis. Dans ce cas il faut manoeuvrer avec certitude. Pour cela, on fait embossure sur le cble du bord oppos celui o l'on veut abattre, et on garnit l'embossure au cabestan aprs l'avoir fait passer par le sabord ou le chaumard le plus arrire. Le cble et les voiles tant disposs comme nous l'avons dit plus haut, on brasse la misaine et le petit hunier du bord de l'embossure, et les vergues du grand mt et du mt d'artimon au sens contraire, on largue le petit foc, l'artimon et le foc d'artimon, on dferle les fonds du petit hunier. On vire sur l'embossure, ce qui approche l'arrire du lit du vent et en loigne l'avant de la mme quantit; on hisse le petit foc en continuant virer; lorsque l'abatte est assez prononce, on coupe le cble, et on file l'embossure immdiatement aprs. Car aussitt que le cble est coup, l'arrive est considrable, et si on ne filait pas l'embossure, le navire viendrait vent arrire, ce qu'il faut empcher. L'embossure file, on borde l'artimon et le foc d'artimon, et on tablit toute la voile que le temps permet pour s'loigner de la terre. CHAPITRE III. _Manoeuvrer les voiles de mauvais temps._ _Prendre des ris aux huniers._ Rien n'est plus simple et plus facile que de prendre des ris sur rade ou de beau temps la mer; mais il n'en est pas de mme par une grosse mer et un vent violent, une foule de circonstances non prvues par la thorie rendent cette opration longue et difficile. Le premier ris, dsign vulgairement par le nom de ris de chasse, n'est qu'un ris de prcaution qu'on prend tous les soirs au coucher du soleil, bord des navires de guerre, et gnralement bord de tous les navires de grande dimension lorsqu'ils naviguent au plus prs. Les garcettes sont moins fortes et plus espaces que celles des autres ris; il a aussi moins de hauteur. Le second ris se prend ordinairement aprs avoir serr les perroquets; cependant les vaisseaux et frgates peuvent porter leur grand et leur petit perroquet avec le deuxime ris. Si la mer est forte lorsqu'on prend le deuxime ris, on rentre le grand foc mi-bton, et on remplace la brigantine par l'artimon[2]. [2] Ce que nous disons ne s'applique qu'au navire naviguant au plus prs. Le troisime ris est un ris de mauvais temps. Le grand foc est remplac par le petit foc, et souvent le foc d'artimon remplace la grande voile. Si la mer est grosse on dgre les perroquets. Si la violence du vent oblige de prendre le quatrime ris, le perroquet de fougue est serr. Pour prendre un ris aux huniers, on les brasse au vent en larguant les boulines, et on les amne lorsqu'ils sont en ralingue. Quand les vergues reposent sur les paillets des choucs des bas mts, on s'assure que les balancines sont raides, on abraque fortement les bras des deux bords et les palans de roulis pour que la vergue n'ait aucun mouvement. On pse le palanquin et le faux-palanquin du vent, ensuite ceux sous le vent. Le palanquin doit tre assez pes pour que la ralingue entre lui et la vergue soit molle, et que le faux-palanquin puisse ainsi facilement rendre la cosse d'empointure au taquet de la vergue. Nous dirons ce sujet que le faux-palanquin ne doit pas tre frapp demeure comme cela a lieu sur plusieurs navires, mais amovible, afin qu'on puisse toujours le crocher au ris prendre, lorsque le suprieur vient de l'tre. Il nous parat aussi simple que facile de faire servir cet usage les drisses de bonnettes de hune qu'on doit tablir croc. Les hommes longs sur les vergues saisissent les garcettes et portent la toile au vent, afin que son empointure soit mise joindre. Lorsqu'elle y est, ils portent la toile sous le vent pour faire prendre celle sous le vent. Les empointures prises, ils laissent tomber la toile, la reprennent pli par pli pour la porter sur la vergue, puis ils saisissent les garcettes, les souquent sur l'arrire de manire que le ris couvre et soit sur l'arrire de ceux pris antrieurement. Pendant qu'on amarre les garcettes on double les empointures. On affale les palanquins, faux-palanquins et cargues, on choque les palans de roulis, les bras sous le vent, et on hisse les huniers, en ne filant les bras du vent qu'au fur et mesure que la vergue monte, car sans cela elle raguerait les haubans de hune sous le vent, et le vent prenant dans la voile et l'effaant, augmenterait l'effort qu'on est oblig de faire sur la drisse. Quand le hunier est rendu, on fait descendre au-dessus de son racage le racage du galhauban volant, pour pouvoir le raidir et pousser l'arc-boutant avant que le hunier ne soit orient. Lorsqu'on prend le troisime ris, on est oblig quelquefois de choquer les coutes; sans cela, non-seulement les palanquins ne pourraient tre convenablement pess, mais ils fatigueraient trop la voile qu'ils dchireraient peut-tre; avarie bien dangereuse, si sur une cte elle obligeait changer un hunier. Les coutes ne doivent tre choques qu' retour sur leurs bittes, et amarres lorsque les palanquins sont poste. Il est vident que si en prenant le troisime ou quatrime ris, les basses voiles ne sont pas appareilles, on peut se dispenser de choquer les coutes en brassant les basses vergues au vent d'une quantit suffisante pour donner du mou dans les ralingues. Lorsqu'on prend le troisime et le quatrime ris d'un temps forc au plus prs, on peut tenir les huniers en ralingue pour faciliter cette opration; mais il n'en est pas ainsi lorsqu'on court grand largue et vent arrire. Les huniers, sous ces allures, ne peuvent tre dvents, moins qu'on ne range le navire au vent, et comme, vu l'tat de la mer, cette manoeuvre peut tre dangereuse, il est quelquefois prfrable de ne pas dranger le navire de sa route, et de carguer les huniers pour y prendre le dernier ris. _Carguer un Hunier de mauvais temps._ On a discut long-temps, et on discute encore pour savoir s'il est plus convenable de carguer, dans un mauvais temps, les huniers au vent ou sous le vent. Quant nous, nous avouerons avec franchise que non-seulement nous n'avons jamais trouv une bonne raison pour les carguer au vent, mais que mme nous ne nous sommes jamais trouv dans une circonstance o cette manoeuvre n'et t une faute. Nous accordons que lorsqu'on se dbarrasse d'un hunier par prcaution, on peut le carguer au vent, en ne mollissant la bouline et l'coute du vent qu' retour, la demande de la cargue-point et de la cargue-fond. Que ces cargues rendues et amarres, on choque l'coute sous le vent retour, pour rendre les cargues sous le vent joindre, et que le hunier peut tre ainsi cargu sans avaries. Mais mme dans ce cas, qui est le plus favorable puisque toutes les dispositions ont t prises l'avance, peut-on nier que lorsqu'on carguera la portion sous le vent de la voile, il y aura une plus grande quantit de toile dans laquelle le vent s'engouffrera, et qui pourra se capeler et se dchirer sur le bout de la vergue, que si on avait commenc par la partie sous le vent, car alors celle du vent retenue par l'coute et la bouline ne pourrait se porter en partie sous le vent, quoique retenue par ses cargues? Le plus souvent lorsqu'on se dbarrasse d'un hunier, c'est parce que le vent augmente de fureur, et qu'on a t surpris par une pesante rafale, ou qu'un grain violent charge le navire qu'il faut soulager immdiatement. Peut-on alors carguer au vent? Non, et si dans les circonstances les plus dfavorables on parvient sauver la voile, n'est-on pas en droit de conclure qu'il faut toujours agir ainsi? On doit donc, pour carguer un hunier de mauvais temps, peser fortement sur le bras du vent et la cargue-point du mme bord pour le faire amener, mais sans le dventer, car il pourrait masquer, et pour cela ne pas larguer la bouline; choquer l'coute sous le vent en abraquant la cargue-point et la cargue-fond; lorsque ces cargues sont rendues, filer retour l'coute du vent et la bouline, en pesant les cargues et brassant seulement alors en ralingue. Il arrive quelquefois que naviguant au plus prs, l'coute du vent d'un hunier casse, alors, malgr son bras, la vergue s'efface, pousse par la voile qui se porte sous le vent, et on ne peut la brasser et par consquent l'amener, quelque effort qu'on fasse sur le bras, parce qu'alors l'angle sous lequel il agit est trop aigu. Dans cette circonstance il faut choquer l'coute sous le vent, ce qui fait ralinguer la voile et permet de la brasser et de l'amener. _Prendre les Ris aux basses Voiles._ Les basses voiles n'ont pas de palanquins de ris, on les remplace par des cartahus qu'on frappe avant l'opration. Simples, ils font dormant la patte de la ralingue, en dessous de celle de l'empointure, passent dans une poulie au bout de la vergue, dans une seconde aiguillete au ton, et se manoeuvrent au pied du mt. Doubles, ils font dormant au bout de la vergue, passent dans une poulie croche la patte et continuent comme nous venons de le dire. Pour prendre le ris aux basses voiles, on les cargue, on pse les cartahus; les hommes longs sur la vergue saisissent les garcettes, et portent la toile au vent pour faire prendre l'empointure, puis ils la portent sous le vent, pour prendre celle sous le vent; ils larguent les garcettes, prennent la toile pli par pli pour l'longer sur la vergue, souquent les garcettes sur l'arrire et les amarrent. On double les empointures. Comme il est difficile, bord des grands navires, aux hommes qui prennent le ris, de saisir d'une main la garcette sur l'avant de la voile, et de la prendre avec l'autre main sous la vergue et sur son arrire, on a imagin de prendre le ris sur filire, ce qui est plus facile et diminue considrablement le poids inutile des garcettes, rduites alors 12 ou 15 pouces. Cette filire est place comme celle d'envergure, mais sur son arrire. Les garcettes sont sur l'avant de la voile, et sont fixes sur son arrire par un menu filin qui passe dans leurs oeillets et fait dormant sur les deux ralingues; un quarantenier est dispos de la mme manire sur l'avant. Lorsque les empointures sont prises, on saisit les garcettes, on porte la bande du ris toucher la filire, en laissant tomber la toile du ris entre la vergue et la voile; on passe les garcettes sous la filire de dessous en dessus, et on les amarre deux deux sur l'arrire. _Carguer une basse Voile de mauvais temps._ Lorsque le temps est mauvais, les basses voiles se carguent sous le vent comme les huniers. On dispose les hommes sur les cargues sous le vent, et on ne file l'coute sur son taquet qu' la demande des cargues; quand elles sont joindre, on passe au vent et on cargue en ne filant aussi l'amure qu' retour, car si elle tait largue en bande, la toile porte et colle sur le grand tai par la violence du vent, n'en serait retire qu'en lambeaux. Pour l'tablir, on commence par l'amure, en ne filant les cargues qu' sa demande. La voile, dans cet instant, doit tre tenue en ralingue, sans cependant trop battre, ce qui pourrait la masquer ou la dchirer. Le point du vent rendu, on borde l'coute d'aprs les mmes principes. En amurant une basse voile, il faut larguer la balancine du vent de la basse vergue, la cargue-point et la bouline du hunier, afin qu'elles ne s'opposent pas l'effet de l'amure; et aussitt qu'elle est tablie, appuyer fortement le bras du vent en larguant celui sous le vent. Car si les deux bras taient amarrs, dans le coup de tangage, la mture tombant sur l'avant, la vergue ne pourrait suivre ce mouvement, et l'effort que supporterait alors le milieu de la vergue pourrait la faire casser; tandis que si le bras sous le vent est largue, la vergue, par son mouvement de rotation, chappe l'effort du mt. Les huniers s'tablissent de mauvais temps, comme les basses voiles, c'est--dire qu'on commence par l'coute du vent, en ne filant les cargues qu'autant qu'il est ncessaire pour faire agir l'coute, on borde ensuite sous le vent de la mme manire. CHAPITRE IV. _Des Viremens de bord._ Un navire vire de bord ou change d'amure, en faisant passer son avant, ou son arrire, dans le lit du vent, de l les viremens de bord vent devant, et vent arrire, ou lof pour lof. Mais chacune de ces manires de virer se modifie quelquefois par les circonstances, soit qu'il faille acclrer l'volution, soit qu'un espace limit oblige de la circonscrire. _Virer de bord vent devant en gagnant au vent._ Si le navire n'est pas au plus prs, il faut l'y ranger, et bien faire attention qu'au moment o on commence l'volution il ne soit ni arriv, ni lanc au vent. On met la barre dessous sans prcipitation, et pour augmenter le mouvement d'aulofe qu'elle communique au navire, on borde la brigantine et on file l'coute des focs. Aussitt que le navire est assez rang au vent pour faire ralinguer les basses voiles, on lve les lofs, et quand il est presque vent devant, on change vivement les voiles de l'arrire en les orientant de l'autre bord; on change le gui, et on dresse la barre. Lorsque les voiles de l'arrire commencent porter, c'est--dire lorsque le navire a fait une abatte de quatre quarts, on change lestement les voiles de l'avant, on borde les focs et on oriente au plus prs. Si, avant l'instant de changer le phare de l'arrire, le navire a perdu son aire, on dresse la barre, mais s'il cule on la change, puisqu'elle produit un effet contraire. _Observations._ Le navire, au moment o on veut le faire virer vent devant, ne doit tre ni au vent ni arriv. Dans le premier cas, son aire diminu ralentira et pourra faire manquer la manoeuvre; dans le second, le mouvement d'aulofe devant tre plus long, le navire y perdra le surcrot de vitesse qu'on lui a fait acqurir en arrivant, et l'volution sera prolonge, sans pour cela tre plus certaine. Il faut donc viter avec le plus grand soin les mouvemens d'arrive avant de virer, surtout si la brise est faible; car, dans cette position, la petite augmentation de vitesse qu'on procure est bien promptement annule par celle de l'angle d'aulofe, et l'aire est perdu avant que les voiles soient assez masques pour assurer l'volution. Le navire incertain n'est plus matris par son gouvernail; ses voiles en ralingue ne lui impriment pas un mouvement d'acule assez fort pour que la barre, quoique change, puisse le faire obir, et au lieu de venir au vent, il arrive et manque son volution. Pour assurer, autant que possible, la manoeuvre lorsque la brise est faible, on doit tenir le navire au plus prs et haler bas les focs en mettant la barre sous le vent, et bordant la brigantine. De cette manire, en dtruisant l'effet des voiles qui s'opposent le plus l'aulofe, on peut plus facilement parvenir masquer, et par consquent virer. Si la brise est frache et la mer belle, une arrive, avant de virer, n'aurait d'autre inconvnient que de prolonger l'volution, parce qu'alors le navire, quoique ayant un plus grand angle parcourir pour masquer, le franchira l'aide de son gouvernail; mais comme on doit se piquer de manoeuvrer avec le plus de prcision possible, il faut viter ce mouvement qui n'est qu'une fausse manoeuvre. Si la mer est forte, il faut choisir pour envoyer un moment favorable, c'est--dire celui o l'aire du navire n'a pas t cass par un coup de tangage, et o il possde toute sa vitesse. Si, lorsque la brise est faible, il est prudent, pour assurer l'volution, de haler bas les focs, on peut, lorsqu'elle est frache, ne filer leurs coutes que lorsque les basses voiles commencent ralinguer, parce que, jusqu' ce moment, ils concourent augmenter la vitesse, et que le gouvernail suffit pour ranger au vent. Il est quelques navires qui, en filant les coutes des focs, choquent aussi l'coute de misaine. Cette mthode, qui acclre l'volution, empche ncessairement de gagner au vent puisqu'elle diminue l'aire, et c'est en gnral ce qu'on se propose en virant vent devant. Quand on lve le lof des basses voiles, on doit abraquer les coutes et amures de revers, afin qu'elles ne s'engagent pas dans les porte-haubans, et que le changement des phares puisse se faire avec la plus grande promptitude. En mme temps on largue les galhaubans du vent, et on les affale pour pouvoir les passer sur l'arrire des hunes quand on orientera. A mesure que les phares sont orients on raidit leurs galhaubans, et on pousse les arcs-boutans. Si le vent est frais, le phare de l'arrire reste long-temps sur le mt avant d'tre chang, fait culer le navire, et lui fait ainsi perdre du chemin au vent; on augmenterait peut-tre la clrit de l'volution, et on perdrait moins en carguant la grande voile en levant ses lofs. On l'tablit dans ce cas aprs avoir chang d'arrire ou d'avant. Le moment de changer d'arrire, qui n'est pas toujours indiqu d'une manire convenable par la girouette, l'est positivement par la brigantine. Lorsqu'elle est entirement dvente, c'est une preuve que le vent est entre les vergues de l'avant et le beaupr; que le phare de l'avant fait ranger le navire au vent, et que les voiles de l'arrire, inutiles cette partie de l'volution, peuvent tre disposes l'autre bord. Lorsque, par suite de la force de la brise, les phares de l'arrire ont t changs avec lenteur, il arrive souvent qu'on se croit oblig de changer devant lorsque l'abatte est suffisamment prononce et qu'on se trouve l'autre bord sans avoir une seule voile oriente, si ce n'est la brigantine. Dans cette position, le navire tombe sous le vent, ne peut sentir l'effet de son gouvernail, puisque ses voiles en ralingue ne lui communiquent aucune vitesse, il peut masquer, ou du moins il est trs-lent arriver, est oblig de gouverner largue pour faire porter ses voiles, et ne peut ranger au plus prs que lorsqu'elles sont orientes, ce qui lui fait perdre beaucoup au vent. Dans ce cas il nous semble bien prfrable d'orienter parfaitement les phares de l'arrire, ou au moins d'en brasser les vergues convenablement, d'amurer et border la grande voile avant de toucher aux voiles de l'avant, en mettant la barre dessous pour modrer l'abatte; puis changer les voiles de l'avant, qui seront bientt dmasques, le navire tant plus arriv qu'il ne le serait si on avait fait le mouvement comme ci-dessus; dresser la barre et border les focs. On sent que le navire prenant immdiatement de l'aire, rangera au plus prs bien plus immdiatement, et perdra moins au vent. Le gouvernail tant un des principaux agens de cette volution, sa manoeuvre doit tre surveille avec le plus grand soin. La barre ayant t mise sous le vent aussitt qu'on a voulu lancer au vent, est dresse lorsque le navire a entirement perdu son aire. S'il cule, on la change, parce qu'alors le gouvernail agit en sens contraire, ou comme si on l'imaginait plac de l'avant. Si la barre n'a pas t dresse avant le moment o l'on change les phares de l'arrire, on la dresse alors, parce que celui de l'avant suffit pour achever l'volution. Mais si l'abatte est trop forte, on la met dessous pour la modrer pendant qu'on change les voiles de l'avant. Si aprs avoir pris l'autre bord, on ne peut pas orienter tout la fois, on commencera par l'arrire ou l'avant, suivant que le navire aura besoin de lofer ou d'arriver pour tre au plus prs. Si, ayant chang les voiles de l'avant, le navire venait au vent malgr que les focs fussent bords, ce qui peut arriver parce qu'on a chang trop tt, ou parce que la mer houleuse d'un vent qui a rgn, une lame a pris le navire par la joue sous le vent, il faut remasquer devant, carguer la brigantine pour faire prononcer l'abatte. Dans le virement de bord vent devant, nous n'avons pas parl des voiles d'tai, parce que dans notre opinion ces voiles ne peuvent tre que nuisibles sous cette allure, bord des btimens voiles carres. _Virer de bord, vent devant, le plus promptement possible._ Dans le virement de bord que nous venons de dcrire, nous avons suppos que rien ne gnait l'volution, et que son but tait de changer d'amure en gagnant au vent le plus qu'il est possible. Mais il peut se faire que le navire, arrt par un obstacle imprvu, soit oblig de virer immdiatement sans s'en approcher et sans tomber sous le vent. Il faut alors amortir brusquement l'aire du navire, en mettant en mme temps et trs-vivement la barre dessous, bordant le gui, filant les coutes des focs et de la misaine. Si la vitesse tait considrable avant la manoeuvre, il est probable que le navire prendra vent devant, et alors on terminera l'volution comme nous l'avons dit plus haut. Mais s'il ne pouvait prendre, on masquerait partout en larguant les boulines, carguant la brigantine et la grande voile, afin de culer, puis on change d'amures, comme nous le dirons en parlant des viremens de bord vent arrire. _Virer de bord vent arrire._ On cargue la brigantine et la grande voile, on largue les boulines d'arrire, et on en brasse les voiles en ralingue. Aussitt qu'elles y sont, on met la barre au vent. L'effet des voiles de l'arrire tant dtruit, l'arrive est prompte, et pour qu'elle ne se ralentisse pas, on continue brasser en ralingue mesure que le btiment arrive. Lorsque le vent est de la hanche, on lve les lofs de la misaine, et on brasse son phare de manire qu'il soit carr lorsque le vent est de l'arrire. Les vergues du grand mt et du mt d'artimon ont t aussi brasses de la mme manire. Mais comme il faut faire venir le navire sur l'autre bord avec promptitude, ce quoi il est dj port par sa barre, qui ayant t mise au vent se trouve sous le vent et du bord oppos celui o on veut prendre les amures, on file les coutes des focs, on continue brasser derrire. Ds que le vent est de la hanche, on borde la brigantine mesure que le navire range au vent, on amure la grande voile. Lorsque le vent est du travers, on doit tre orient derrire, alors on oriente devant en bordant les focs et dressant la barre pour modrer l'aulofe qui doit tre vive si la brise est frache. _Observations._ Le virement de bord vent arrire ne s'excute bord d'un navire naviguant isolment, que lorsque l'tat du vent et de la mer ne lui permet pas de virer vent devant; c'est donc le plus souvent avec un vent violent et une grosse mer que cette manoeuvre a lieu. Il faut y apporter le plus grand soin pour ne pas faire d'avaries. Si la grande voile est remplace par le foc d'artimon, on le hale bas en carguant l'artimon, et on passe immdiatement son coute de l'autre bord pour l'empcher de battre lorsqu'on le hissera. A mesure qu'on brasse, on doit abraquer les drosses et les palans de roulis, de manire qu'ils soient raides lorsque le navire est vent arrire, car c'est alors le moment des plus violens roulis. Par la mme raison, on ne largue pas les galhaubans du vent; ceux sous le vent sont raidis aussitt que le mouvement des vergues le permet, en sorte qu'ils le sont des deux bords lorsque le vent souffle de l'arrire. Il faut haler bas le petit foc et non filer son coute, car il serait probablement emport si on le laissait battre pendant que le navire vient au vent; il faut mme le border avant de le hisser, pour l'tablir l'autre bord. Lorsque le vent est violent, le navire a acquis une grande vitesse au moment o il est vent arrire, et il serait imprudent de ranger immdiatement au vent. On doit dresser la barre et choisir le moment favorable en donnant le temps ncessaire pour tablir les voiles convenablement. _Virer de bord vent arrire en masquant._ Cette manoeuvre doit tre excute avec la plus grande promptitude, puisqu'elle ne se fait que dans des circonstances imprvues, lorsqu'il faut instantanment s'loigner d'un objet. Il faut, en mme temps, s'il est possible, mettre la barre dessous, carguer la brigantine et la grande voile, filer les coutes des focs et de la misaine, larguer toutes les boulines et contre-brasser devant en levant les lofs de misaine et orientant son phare l'autre bord. Le navire dont l'aire a t promptement amorti, puisque l'effet de toutes ses voiles a t dtruit et que l'aire acquis a t bris en venant au vent, cule avec rapidit en abattant; son phare de l'avant tant contre-brass, et ceux de l'arrire en ralingue, on continue les tenir ainsi pendant l'arrive; et s'il est ncessaire de rendre l'acule plus vive, on les masque, mais en ne les brassant que carrment pour qu'ils ne s'opposent pas l'abatte. Lorsqu'elle sera de 90, c'est--dire lorsque le vent sera du travers, les voiles de l'arrire se trouveront en ralingue, et malgr cela, si la brise est frache, le gouvernail suffira pour faire dpasser ce point au navire qui prendra le vent dans ses voiles de l'arrire, et acquerra de la vitesse, alors on bordera les focs en changeant la barre. Le vent tant de l'arrire, on filera les coutes des focs et de la misaine, on suivra le vent en brassant convenablement les voiles de l'arrire, puis on bordera la brigantine, on amurera la grande voile, et les vents tant du travers, on bordera les focs et la misaine en dressant la barre et rangeant au plus prs. Si l'abatte tant de 90, le mouvement d'acule n'est pas assez fort pour que le gouvernail fasse franchir le point o les voiles de l'arrire sont en ralingue, il faut border les focs et venter derrire pour donner de l'aire au navire en dressant la barre, puis en la mettant au vent ds qu'il en a acquis pour terminer l'volution. CHAPITRE V. _De la Panne._ Un navire est en panne, lorsque ses voiles sont disposes de telle sorte que se contrariant mutuellement dans leurs effets, leur rsultat est nul. Alors le navire est presque immobile, et n'obit plus qu'au mouvement de la lame et du courant. On rduit ordinairement la voilure aux huniers, la brigantine et au grand foc, lorsqu'on veut mettre en panne, quoique dans quelques circonstances on puisse, comme nous le dirons, garder toutes les voiles du plus prs. _Mettre en panne, vent dessus, vent dedans._ On rduit la voilure aux huniers, grand foc et brigantine, on serre le vent au plus prs, puis on masque le grand hunier en mettant la barre dessous en douceur, et filant l'coute du foc, quand l'aulofe commence se ralentir. On peut aussi, au lieu de masquer le grand hunier, masquer le petit hunier et le perroquet de fougue, ou seulement le petit hunier. _Observations._ L'habitude du btiment doit indiquer quelle est la panne sous laquelle il se comporte le mieux, c'est--dire celle o il fait les moins grandes abattes, et o il drive par consquent le moins. Car, quoique la thorie soit la mme pour tous les navires, il n'en est nullement ainsi pour la pratique, quoiqu'on en puisse dire. Tel navire fait de grandes embardes, ayant son grand hunier masqu, et ne revient au vent que lorsqu'il ralingue, tandis qu'un autre, parfaitement semblable, ne fait dans cette position que des embardes de deux quarts. Le petit hunier masqu oblige tel navire faire des arrives, prendre le vent par la hanche, tandis que tel autre, non-seulement ne fait que de faibles abattes, mais mme peut ne pas mettre toute sa barre dessous, ainsi que nous l'avons vu nous-mme. Quoique la connaissance parfaite du navire indique suffisamment la panne qui lui est la plus favorable, il est des donnes gnrales que nous devons faire connatre. Si on met en panne au vent d'un objet qu'on ne veut pas approcher, il faut disposer sa voilure de manire pouvoir prendre de l'aire et lofer le plus promptement possible. Pour cela, il faut masquer le petit hunier, et laisser venter le grand hunier et le perroquet de fougue. Il est vident que si dans cette position il est ncessaire de prendre de l'aire pour lofer et doubler l'objet sous le vent, les voiles de l'arrire tant orientes, il n'y aura qu' dresser la barre en brassant devant, et aussitt que le petit hunier sera dmasqu on pourra lofer avec la barre et border le foc. Tandis que si le grand hunier avait t masqu, le navire aurait t plus lent ranger au vent, n'ayant pas son phare du grand mt orient aussi promptement, et aurait dcrit sous le vent un arc plus grand, qui l'aurait rapproch de l'objet qu'on doit viter. Si, au contraire, on met en panne sous le vent d'un navire, et qu'on veuille tre prt arriver s'il venait vous approcher, on doit masquer le grand hunier et le perroquet de fougue, en ne les brassant que carrment. Dans cette position, l'arrive sera bien prompte, puisqu'il suffira de carguer la brigantine et de border le foc en dressant la barre. Le grand hunier et le perroquet de fougue n'tant brasss que carrment, seront mis en ralingue par le seul mouvement imprim au navire en carguant la brigantine et bordant le foc; d'ailleurs on les brassera, mais on est sr que l'arrive sera dj prononce. Lorsqu'on mettra en panne, il est inutile d'arrter tout fait le navire. On peut se contenter de brasser carrment un des deux huniers; comme alors il conserve un peu d'aire, un tour de barre dessous suffit pour le maintenir au vent, et on peut manoeuvrer dans toutes les circonstances avec plus de clrit. _Mettre en panne sous toutes les voiles du plus prs._ Si on n'a pas long-temps rester en panne, si la brise est maniable et la mer belle, on peut se dispenser de rduire la voilure aux huniers. On cargue la brigantine, on file en bande l'coute de grande voile, on largue la bouline du perroquet de fougue, et on met la barre dessous en douceur; on amarre les bras sous le vent. Une partie de l'effet des voiles de l'arrire tant dtruite, la vitesse diminue, et d'autant mieux que la barre tant mise sous le vent peu peu, le navire perd son aire en rangeant au vent, et ne peut masquer puisqu'il a ses focs et le phare de l'avant orients, qui par consquent s'opposent ce mouvement. Toutes les voiles se trouveront en ralingue, et l'aire tant perdu, le navire arrivera, jusqu'au moment o le vent reprenant dans les voiles, lui donnera de la vitesse, qui, par la disposition du gouvernail, le fera de nouveau ranger au vent. On se sert du perroquet de fougue pour acclrer ou modrer les abattes, en abraquant sa bouline, ou en le masquant. On amarre les bras sous le vent en commenant l'volution, afin que les voiles tant en ralingue, leurs vergues ne se portent pas au vent, ce qui arriverait si elles n'taient tenues que par leurs boulines, et pourrait faire masquer. Si malgr toutes ces prcautions le navire masquait, il faudrait aussitt contre-brasser le phare de l'avant pour le faire arriver; mais on n'aura jamais cette crainte avoir si la barre n'est mise dessous qu'en douceur, car alors l'aire sera cass avant qu'on puisse masquer. Cette manoeuvre, ainsi que nous le verrons plus bas, est souvent employe pour sonder de beau temps par un petit fond. _Faire servir, lorsqu'on est en panne, le vent sur le petit hunier._ Le petit hunier tant masqu pour mettre en route, on cargue la brigantine, on borde le petit foc et on dresse la barre. Si l'abatte se prononce, ainsi que cela arrive souvent, on attend que les vents soient peu prs de travers, et alors on change le petit hunier qu'on oriente; lorsqu'il l'est et que la vitesse augmente on borde la brigantine. Si l'abatte ne se prononce pas, aprs avoir cargu la brigantine, bord le foc et dress la barre, on ralingue le perroquet de fougue et mme le grand hunier si cela est ncessaire; puis on les oriente en dmasquant le petit hunier, comme nous venons de le dire. Si on devait courir largue, on ralinguerait le grand hunier et le perroquet de fougue en dressant la barre, parce que non-seulement ils acclreraient l'arrive, mais encore parce qu'ils se trouveraient plus promptement disposs pour la route qu'on doit suivre. _Faire servir, lorsqu'on est en panne, le vent sur le grand hunier._ Pour mettre en route, le grand hunier tant masqu, on cargue la brigantine, on borde le foc, on dresse la barre et on ralingue le grand hunier. Lorsque le navire prend de l'aire, on l'oriente en bordant la brigantine, si on doit serrer le vent. Dans le cas contraire, on continue tenir le grand hunier en ralingue, jusqu' ce que le navire soit arriv au rhumb o l'on veut gouverner, puis on l'tablit suivant cette allure. Si on choisit le moment d'une abatte pour border le foc et dresser la barre, il est inutile de carguer la brigantine, si on doit continuer tenir le plus prs, parce que dans ce moment le navire a de l'aire, qu'on augmente promptement en dmasquant et orientant le grand hunier. _Faire servir, lorsqu'on est en panne, sous toutes les voiles du plus prs._ Il faut profiter d'un mouvement d'abatte pour dresser la barre. Dans cette position, le navire doit prendre de l'aire, et aussitt qu'il en a, on met un peu de barre au vent pour l'augmenter, sans lui faire faire une grande arrive; puis on rtablit successivement la voilure en bordant la grande voile, la brigantine en halant la bouline du perroquet de fougue. Si le mouvement d'arrive ne se prononce pas, on ralingue le perroquet de fougue, et s'il ne suffit pas, on masque devant. _Observations._ Nous avons entendu parler d'une manire de mettre en panne le vent sur toutes les voiles, qui consiste haler bas les focs, contre-brassant partout la fois en orientant l'autre bord, bordant la brigantine et mettant la barre au vent. Non-seulement nous n'avons jamais vu employer cette manoeuvre, mais en y rflchissant, il nous a t impossible de nous rendre raison de son utilit, de trouver des cas dans lesquels on peut l'employer avec succs, et d'imaginer comment une volution, qui ncessitait un changement total de disposition dans toute la voilure, et qui en ncessitait un second aussi ou presque aussi total pour revenir en route, a pu tre employe. CHAPITRE VI. _Sonder._ Pour sonder, il faut arrter le navire afin qu'il puisse connatre la profondeur du fond; il ne s'agit que de mettre en panne, suivant l'tat du vent et de la mer. _Sonder de beau temps._ Si on court au plus prs, on cargue la brigantine, on file l'coute de la grande voile en bande, on largue la bouline de perroquet de fougue, et on met sa barre dessous en douceur. Le plomb ayant t port au vent de l'avant et la ligne longe, on le mouille aussitt que le navire a perdu son aire, puis on le retire aprs avoir eu le fond, et on met en route. Cette manoeuvre n'tant que la panne sous toutes les voiles du plus prs, nous n'en parlerons pas plus longuement. Si on court largue, on rentre les bonnettes, on abraque les coutes des focs et de la misaine, on cargue la brigantine et on met la barre dessous, en amarrant les bras sous le vent. Le navire rangera avec assez de rapidit au vent, mais ses voiles tant orientes pour le largue ne tarderont pas ralinguer; et comme la brigantine est cargue et les focs tablis, il n'est pas possible qu'il prenne vent devant. Si cependant on pouvait concevoir quelque crainte, il faudrait mettre la barre dessous, peu peu, de manire rompre l'aire. Si on est grand largue ou vent arrire, on rentre les bonnettes, on borde plat les focs, on met la barre dessous ou du bord oppos celui o on veut venir. Si le fond tait considrable, il serait mieux d'ouvrir le phare de l'avant, afin que l'acule ne ft pas aussi forte. _Sonder de mauvais temps._ Si on est au plus prs, on se dbarrasse de la misaine et de la grande voile, si elle est tablie; mais si elle est remplace par le foc d'artimon, on n'y touche pas. Puis on met en panne, comme nous l'avons dit plus haut, en halant bas le foc, car si on filait son coute, il se dchirerait, et on mouille le plomb aussitt que le navire a perdu son aire. Lorsqu'il a t retir, on met en route comme nous l'avons dit en parlant de la panne. Mais si on court largue ou vent arrire, les huniers ayant moins de ris que si on tait au plus prs, il faudrait les prendre avant de mettre en panne, pour ne pas compromettre la mture. Si le vent est trop violent pour porter les huniers, on les serre et on vient au vent sous le petit foc, le foc d'artimon et l'artimon. _Observations._ On a imagin plusieurs instrumens pour avoir le fond lorsque le navire conserve son sillage. Le meilleur, sans contredit, est la boue stopeur, connue de tous les marins, mais que beaucoup ont abandonne, parce que la ligne, fortement souque entre le montant de la boue et le stopeur en fer, tait frquemment coupe. Lorsqu'on navigue par de petits fonds qu'il est important de connatre pour diriger la route du navire, on place un sondeur dans chacun des porte-haubans du grand mt, qui lancent la main le plomb sur l'avant, et annoncent successivement le fond. Mais on conoit qu'ils ne peuvent le faire avec exactitude que si le plomb a pu toucher le fond dans le temps qui s'coule entre le moment o le plomb tombe l'eau et celui o le grand porte-hauban arrive par le travers, ou peu prs de ce point. La vitesse du sillage doit donc tre rgle en consquence. CHAPITRE VII. DE LA CAPE. _Des diffrentes espces de Cape._ Un navire est la cape, lorsque la violence du vent et sa direction l'empchant de faire route, il prsente une petite quantit de voiles, en gardant sa barre dessous, pour perdre le moins possible. Nous disons la direction du vent, parce que, quel que soit sa violence, si le navire fait route, ft-il sec de voiles, il n'est pas la cape, il fuit devant le temps. La voilure conserver pendant la cape dpend autant des qualits du navire que des circonstances dans lesquelles on se trouve, et le manoeuvrier doit observer son navire avec soin, pour connatre quelle est celle qui lui convient le mieux. Les capes les plus usites sont: Le grand hunier au bas ris, la misaine, le petit foc et l'artimon; Le grand hunier au bas ris, le petit foc et l'artimon; La misaine, le petit foc, le foc d'artimon et l'artimon; Le petit foc, la pouillouse, le foc d'artimon et l'artimon; Le petit foc, le foc d'artimon et l'artimon; Enfin, la cape sec. La premire, celle du grand hunier et de la misaine, est une cape de beau temps. Le navire a de la vitesse, il sent par consquent sa barre, on ne la met pas entirement dessous, il suffit, dans les arrives un peu grandes, de l'y mettre en partie. On peut ainsi dfier la lame, puisque le navire gouverne, et les coups de mer sont moins dangereux. Avant d'aller plus loin, nous ferons observer que, quoique nous ayons dit en commenant ce chapitre, que la cape tait l'tat du navire prsentant une petite quantit de voiles la violence du vent en gardant sa barre dessous, notre opinion n'est pas qu'on doive toujours en agir ainsi, bien au contraire; le navire doit tre tenu autant que possible gouvernant, et nous ne voyons que la cape sec o la barre puisse tre amarre sous le vent. Dans toutes les autres circonstances, il faut gouverner, afin de pouvoir dresser la barre l'encontre d'une lame qui vient briser avec violence. Si on gouverne, le navire est moins brid, ses mouvemens sont moins violens, le gouvernail ne fatigue pas autant et risque moins de s'avarier, soit dans ses ferrures, dans sa barre ou dans sa drosse. La cape sous le grand hunier et la misaine, est celle qu'on prend lorsque le vent a augment graduellement. On doit la garder autant que possible, puisqu'elle tient le navire gouvernant, et qu'elle permet par consquent de le faire obir aux mouvemens qu'on peut avoir besoin de lui imprimer. Mais si le temps est violentes rafales, et surtout s'il y a de frquentes sautes de vent, il faut y renoncer, parce qu'en masquant on compromettrait la mture. Si, tant sous cette voilure, le vent augmente encore, on serre le grand hunier, si le navire est ardent, c'est--dire si ses mouvemens d'arrive sont lents et difficiles; et on serre la misaine s'il est mou, c'est--dire s'il prsente difficilement au vent. En serrant le grand hunier, on le remplace par le foc d'artimon de cape. Sous la misaine, le navire sera mieux dispos pour arriver, ce qui peut tre d'une grande utilit; mais ses abattes sont plus grandes, il acquiert plus de vitesse dans ce moment, et revenant au vent par l'effet du gouvernail, choque la lame avec plus de force et peut recevoir des coups de mer dangereux, quelque soin qu'on mette les dfier en mollissant la barre. D'ailleurs cette voile, place sur l'avant du navire, le fait plonger et augmente le tangage. Avec le grand hunier, les abattes sont moins grandes, le navire a donc moins de vitesse, il choque la lame avec moins de force, et rend les coups de mer moins dangereux. Il ne charge pas l'avant, diminue les tangages et modre les roulis en appuyant mieux le navire que la misaine. Mais l'arrive est plus difficile, et sa vergue, bien moins appuye que la misaine, peut occasionner des avaries plus frquentes. Entre les tropiques, dans la saison des ouragans, des tornados et des typhons, o les sautes de vent sont violentes et instantanes, il faut prendre la cape sous les voiles latines, parce que les sautes de vent sont alors sans danger, ne compromettant ni la mture ni le navire, et qu'il n'en peut rsulter que la perte de voiles de peu d'importance. Sous cette voilure, le navire est mal appuy, surtout si la mer est grosse, parce que ces voiles sont souvent dventes dans les mouvemens de roulis. Il reste alors sans vitesse, ne sent plus son gouvernail, et peut recevoir des coups de mer dangereux. Les arrives sont promptes, puisque la plus grande partie du systme de voilure est de l'avant du centre de gravit, et qu'il est toujours facile de se dbarrasser du foc d'artimon de cape et de l'artimon. Au sujet de cette dernire voile, nous ferons observer que, dans de pareilles circonstances, il faut viter de se servir de l'artimon envergu sur la corne, trs-difficile carguer, et dont la toile se collant sous le vent sur les haubans d'artimon, peut rendre l'arrive impossible, que la corne fatigue le mt et qu'elle amne difficilement. On doit le remplacer par un artimon triangulaire ou petite corne de deux ou trois pieds, qui n'est retenu que par une seule drisse simple, dont la voile n'est pas lace au mt, et qui par consquent s'amne et se hisse avec la plus grande facilit. Cette cape, sous les voiles latines, se compose du petit foc ou du tourmentin, de la pouillouse, du foc d'artimon de cape et de l'artimon. Mais la pouillouse, si elle offre une partie des avantages de la misaine en rendant les arrives plus promptes, a aussi une partie de ses inconvniens. Elle occasionne de fortes abattes, charge l'avant qu'elle fait plonger, et fait embarquer beaucoup d'eau. Aussi est-elle souvent supprime, et on reste alors sous le petit foc, le foc d'artimon et l'artimon. Les navires se comportent en gnral bien sous cette voilure, et nous en avons vu un qui, dans cette position, perdit son foc, continua capeyer sous son foc d'artimon de cape, et se comporta encore mieux qu'il ne le faisait son petit foc dehors. C'tait cependant un btiment fonds trs-fins, et qui tait ordinairement ardent. La cape sec ne se prend que rarement, et le plus souvent que lorsqu'on a perdu les voiles latines qu'on avait appareilles. Il faut toujours avoir un foc prt tre hiss si on a besoin d'arriver. _Observations._ Avant de mettre la cape, il est une foule de prcautions prendre, qui importent la sret du navire; nous indiquerons les principales. Si les btimens portent de l'artillerie, on doit s'assurer que toutes les pices sont bien amarres, que les sabords des batteries sont hermtiquement ferms. Il faut visiter les amarrages des coffres, cuisines, etc.; assurer les drmes en les liant entr'elles par de forts palans; doubler les saisines de la chaloupe et la consolider par des palans qu'on frappe sur son avant et son arrire, en les crochant sur les serre-gouttire; renforcer les bosses de bout et serre-bosses des ancres, tant de celles des bossoirs que de celles qui sont dans les porte-haubans; soulager les canots de porte-manteaux. Saisir le gui sur son support; si la corne est amene, la brider sur le gui en bien paquetant la voile, pour qu'elle ne puisse se dferler. Dbarrasser les haubans de tout ce qu'on y place dans les temps ordinaires, tels que vergues de perroquets, de catacois, bonnettes; les longer sur les drmes et les y saisir; soulager les hunes des poids inutiles, comme bonnettes de perroquets, grement des bonnettes, etc. Les faux bras, les fausses amures et coutes de misaine, l'tai de tangage, ont d tre mis en place dans les premiers momens du mauvais temps. On condamne les panneaux, qu'on recouvre d'un prlart clou sur l'hiloire, et on n'en laisse qu'un de libre, ouvert sous le vent, pour communiquer dans l'intrieur du navire. On dgage la barre de rechange, et on met en place les palans qui doivent remplacer la drosse si elle cassait. Mais cette prcaution doit toujours tre prise en appareillant. Lorsque le coup de vent mollit, il faut faire de la voile pour appuyer le navire, car la mer ne tombe pas en mme temps, surtout lorsque la tempte est arrive subitement, parce qu'alors elle comprime la mer par sa violence, et la lame n'acquiert tout son dveloppement que lorsque le vent diminue de force. C'est en gnral dans ces circonstances qu'on fait les plus grandes avaries dans la mture, si on n'a pas le soin de faire toute la voile convenable. _Arriver, ou virer, lorsqu'on est la Cape._ Si on est sous la misaine, on profite d'une abatte pour dresser promptement la barre, on hle-bas le foc d'artimon et l'artimon, et on met la barre vivement au vent. Le navire doit ncessairement arriver, car en profitant d'une abatte, il avait dj une vitesse acquise; en dressant la barre dans ce moment, on l'a augmente; en dtruisant l'effet des voiles derrire et mettant la barre au vent, on a concouru aussi l'augmenter, et par suite l'arrive a d se prononcer. Si on veut virer, lorsque le vent est de l'arrire du travers, on choque retour l'coute de misaine, et on largue sa bouline; on brasse au vent de manire qu'tant vent arrire elle soit carrment; mais en levant ses lofs, il faut avoir bien soin de ne filer l'amure qu' retour, de manire que la voile soit tenue sur l'arrire par ses coutes, sans cela elle se collerait sur les tais, et il serait impossible de s'en rendre matre. On la perdrait probablement. Lorsqu'on est vent arrire, on hle-bas le petit foc et on le borde sur l'autre bord. Si on filait son coute, il serait emport en venant au vent. On dispose aussi le foc d'artimon qu'on borde. Si on craint de ranger trop vite au vent, ce qui pourrait arriver puisque le navire a une grande vitesse, on dresse la barre et on gouverne largue pour tablir la misaine et choisir le moment favorable pour ranger au vent. Ds qu'on l'a trouv, on hisse le foc d'artimon et l'artimon, et on met la barre dessous. Si on est sous le grand hunier, il faut profiter d'un mouvement d'abatte, dresser la barre, carguer l'artimon, larguer la bouline du grand hunier, appuyer les bras du vent, et mettre la barre au vent. L'abatte dj commence se continuera, puisqu'on dresse la barre et qu'en mme temps on dtruit l'effet de l'artimon et celui du grand hunier, en larguant sa bouline et le brassant au vent. On continue de le brasser mesure que le navire arrive. Lorsqu'il est vent arrire, on hle-bas le petit foc, on borde son coute l'autre bord, et on ouvre le grand hunier. On modre l'aulofe en dressant la barre, si on ne juge pas le moment favorable pour venir au vent; dans le cas contraire, lorsqu'il est de la hanche, on tablit l'artimon en orientant le grand hunier, puis on hisse le petit foc. Il faut avoir le plus grand soin, en manoeuvrant le grand hunier, de ne filer les bras qu' retour, d'abraquer mesure les balancines, les drosses et les palans de roulis, et d'avoir les galhaubans volans raides des deux bords, lorsqu'on est vent arrire. Sous les voiles latines, la voilure tant mieux distribue, l'arrive sera prompte en dressant la barre, se dbarrassant du foc d'artimon, de l'artimon, puis mettant la barre au vent. Lorsqu'on est peu prs vent arrire, on hle-bas la pouillouse et le petit foc, qu'on dispose pour tre hisss sur l'autre bord. Le btiment est alors sans voiles, mais la violence du vent lui communique assez de vitesse pour se prsenter l'autre bord au moyen de sa barre, alors on tablit l'artimon et le foc d'artimon, et quand l'aulofe devient rapide, le petit foc et la pouillouse. A sec de voiles, si le navire n'arrive pas avec sa barre, on hisse un petit foc et on manoeuvre les vergues comme si elles avaient leurs voiles. Si l'arrive ne se prononce pas, il faut faire dferler, s'il est possible, une voile ou un prlart dans les haubans de misaine, y faire monter les hommes qui se trouvent sur le pont, afin d'offrir une surface sur laquelle le vent puisse agir. S'il n'arrive pas, il faut quelquefois sacrifier le mt d'artimon ou le grand mt de hune, pour soulager l'arrire, diminuer la quantit de vent qui le frappe et qui s'oppose par consquent l'arrive. Mais cette question si terrible et qui peut entraner la perte du navire, n'a lieu que lorsqu'il est charg subitement par une augmentation instantane dans la violence du vent, qui le couche, le prive de vitesse et annule l'effet du gouvernail. Elle peut arriver lorsqu'il capeye sous une des voilures dont nous avons parl, et peut avoir des rsultats moins funestes, puisqu'en sacrifiant les voiles qui sont appareilles on peut faire redresser le navire et le faire arriver. Si le grand hunier est dehors, on file ses coutes en bande, et comme il ne tardera pas tre emport, le navire peut se relever, sentir alors l'effet du gouvernail, et arriver d'autant mieux que l'artimon a d tre hl-bas, ou ventr si on ne peut le hler-bas. Si on est sous la misaine, on choque son coute en se dbarrassant du foc d'artimon et de l'artimon. En choquant l'coute de misaine, on dcharge le navire qui se redresse et sent alors l'effet du gouvernail. Mais si tous ces moyens taient insuffisans, il faudrait couper le mt d'artimon. Il faut toujours avoir des haches sur le pont lorsqu'on est la cape. CHAPITRE VIII. _Mouillages._ La manire dont on vient au mouillage dpend non-seulement du temps et des localits, mais encore de l'emploi des cbles ou des cbles-chanes. Pour s'amarrer avec les cbles, il faut mouiller en culant pour ne pas surjoualer l'ancre; avec les cbles-chanes il faut au contraire mouiller avec de l'aire, sans cela la chane filant avec rapidit pourrait tomber sur l'ancre et la casser, ce que nous avons vu arriver plusieurs fois. Si on mouillait en culant, il faudrait culer avec une grande rapidit. _Mouiller de beau temps._ Si l'on est au plus prs, aprs avoir choisi le point o l'on veut mouiller, on met le navire sous une voilure maniable, ordinairement les huniers, les perroquets, le grand foc et la brigantine. On fait route un peu sous le vent de ce point, lorsqu'on en est une ou deux encblures, suivant les qualits qu'on connat son navire, on hle-bas le foc, on cargue les huniers et les perroquets, on court ainsi un instant, puis on met la barre dessous pour venir amortir l'aire au point o on veut laisser tomber l'ancre, et on mouille aussitt que le navire cule. La bitture file, le navire fait tte, et on cargue la brigantine. Si on se sert de cbles-chanes, on passe avec de l'aire sur le point o l'ancre doit tomber, on la mouille et on ne revient au vent que lorsque la chane en filant sur la bitte casse l'aire et force le navire faire tte. Le mouvement est assez vif pour qu'il soit inutile de l'augmenter en conservant la brigantine. On peut la carguer en mme temps que les autres voiles. Si on vient largue, aprs s'tre mis sous une voilure maniable, on se dirige sous le vent du point o on veut mouiller, mais de manire laisser assez d'espace au navire pour ranger au vent sur son aire. Parvenu une distance convenable, on hle-bas les focs, on cargue les voiles moins la brigantine, qu'on met dehors si on ne l'a pas, et on met la barre dessous. Le navire range au vent, et vient s'amortir sur le point dsign, o on laisse tomber l'ancre aussitt qu'il cule. Si on a rang au vent trop tt, on coupe l'aire en brassant sur le mt les voiles cargues. On voit qu'il est impossible de fixer le moment o on doit carguer et lancer au vent, puisqu'il dpend de la force du vent, de la vitesse ou de la dimension des navires qui conservent leur aire d'autant plus que leur masse est plus considrable. Pour mouiller avec les cbles-chanes, comme il est inutile de culer, il ne s'agit plus que de venir sur le point o on veut mouiller avec une vitesse convenable, et moins d'une faible brise, il faut carguer les voiles avant de laisser tomber l'ancre, ou on pourrait fatiguer la chane et les bittes outre mesure. Si aprs avoir mouill on devait viter au courant et non au vent, il faudrait mouiller de manire ne pas passer sur son ancre en vitant au courant, dont on connat la direction, ou garder assez de voiles, aprs avoir mouill, pour faire passer le navire sous le vent de son ancre en les masquant. _Mouiller de mauvais temps._ La manoeuvre faire pour mouiller de mauvais temps ne diffre en rien de celle qu'on excute pour mouiller d'un temps maniable; il est seulement quelques prcautions que ncessitent l'tat du vent et de la mer. Avec des chanes, la manoeuvre est absolument semblable, puisque tout consiste venir sur le lieu o on veut laisser tomber l'ancre avec une vitesse convenable, et se dbarrasser promptement des voiles pour ne pas fatiguer les chanes. On doit serrer immdiatement aprs avoir cargu. Si on mouille vent arrire, il faut, en laissant tomber l'ancre, mettre un peu de barre du ct oppos l'ancre, pour dtacher la chane de la joue du navire, qui sans cela raguerait le cuivre du doublage. En mouillant avec des cbles, l'aulofe sera bientt limite, surtout si la mer est forte, et le navire, au lieu de ranger au vent et de culer, drivera par le travers et tombera sous le vent; c'est alors qu'il faudra mouiller, en serrant s'il est possible les voiles, afin que le navire ne trane pas son ancre aprs lui. Si on vient grand largue ou vent arrire d'un temps forc, on cargue et on serre les voiles avant d'arriver au point o l'on veut mouiller. Quand on est petite distance, on met la barre dessous, ou du bord oppos celui du lieu o on veut mouiller si on est vent arrire, et on borde l'artimon. Le navire prendra le vent par le travers, perdra sa vitesse et drivera, alors on mouillera, en ayant eu le soin de placer des bosses cassantes sur le cble, pour modrer l'acule du navire et diminuer la secousse qu'il imprimera son cble en faisant tte. _Mouiller avec embossure._ On mouille en faisant embossure, lorsqu'on veut prsenter le travers un point dtermin, ce qu'on ne pourrait faire en vitant au vent rgnant ou au courant. Avant d'aller au mouillage, on talingue l'organeau de l'ancre qu'on doit mouiller, un grelin qu'on dispose de manire pouvoir filer en mouillant l'ancre. Aprs avoir manoeuvr comme nous l'avons dit et fil la quantit de cble ou de chane ncessaire, on passe le grelin par-dehors dans une poulie de retour place dans le sabord de l'arrire ou dans le chaumar d'embossage du bord qu'on veut prsenter au vent ou au courant, et on le vire au cabestan, o on le tourne lorsque le travers est bien effac au point dsign. Il est inutile de dire que lors mme que le vent ou le courant permettrait de prsenter le travers au point dsign, il n'en faudrait pas moins venir au mouillage avec une embossure pour s'en servir en cas de changement de vent. _Observations._ L'adoption peu prs gnrale des cbles-chanes a singulirement simplifi la manoeuvre faire pour mouiller avec prcision dans un espace resserr par des dangers ou des navires. L'habitude et la connaissance parfaite des qualits du navire, l'apprciation exacte de l'influence que telle ou telle circonstance avait sur la vitesse et la rapidit de ses mouvemens, pouvaient seules donner au manoeuvrier la certitude de venir porter son ancre un point dsign. On en jugera facilement si on rflchit la difficult qu'on prouve souvent prendre des corps morts sur une rade, sans tre oblig de laisser tomber une ancre. Les cbles-chanes qu'on peut mouiller sans se dranger de sa route et qui n'exigent ainsi pour la manoeuvre qu'un bien moins grand espace, vitent, dans les rades resserres et encombres de navires, des avaries autrefois trs-frquentes. On doit toujours venir au mouillage avec les deux ancres des bossoirs disposes, c'est--dire qu'elles sont garnies de leurs boues et de leurs orins; que les bittures des cbles sont prises et longes, ou que les puits sont ouverts et que les chanes ont t tournes aux bittes, aprs avoir laiss de l'avant un mou de trois quatre brasses. Si on mouille de gros temps, l'ancre de veille des porte-haubans de misaine doit tre talingue. En approchant de terre, aussitt que la profondeur de l'eau rend le mouillage possible, on dbouche les cubiers. Ds que la sonde la main peut donner le fond, on place des sondeurs dans les grands porte-haubans, qui donnent alternativement la profondeur et la nature. CHAPITRE IX. _Affourcher la voile._ Cette manoeuvre ne peut s'excuter que lorsque le vent permet de courir avec au moins un quart de largue sur la ligne o on doit laisser tomber les ancres. Elle exige de grandes prcautions, car si le cble ou la chane tait retenu en filant, le navire rappellerait et manquerait sa manoeuvre. Supposons qu'on veuille affourcher S. E. et N. O., et qu'on vienne du sud, la premire ancre qu'on laissera tomber sera celle du S. E. On se met sous une voilure convenable, mais il vaut mieux avoir trop que trop peu de voiles, car si on n'a pas assez de vitesse, le cble et surtout la chane seront mal longs; leur poids fera driver le navire, il tombera sous le vent, et la deuxime ancre ne sera pas dans le relvement voulu. Venant donc avec une vitesse suffisante, on gouverne au vent de N. O., on laisse tomber l'ancre du vent qui sera celle du S. E., puis on arrive promptement un peu sous le vent du N. O.; on court ainsi jusqu' ce que la toue de S. E. soit presque file, et on lance au vent en carguant vivement les voiles et mouillant la deuxime ancre. On vire sur l'amarre du S. E. en filant celle du N. O., jusqu' ce qu'il y ait dehors une gale quantit de chacune d'elles. _Observations._ Aprs avoir mouill l'ancre du S. E., on gouverne un peu sous le vent du N. O., parce que si on gouvernait au N. O., en lanant au vent pour mouiller la deuxime ancre, on dpasserait la ligne du relvement. Le cble de la toue de la premire ancre doit tre entirement long sur le pont par plis dans toute la longueur, afin de pouvoir filer avec la plus grande facilit. Si on affourche avec des chanes, on ouvre leurs puits et on met sur l'avant de la bitte de la premire ancre, une quantit de chanes plus considrable que dans les mouillages ordinaires, afin que le choc occasionn par la chute de l'ancre imprime une assez grande force pour faire filer avec rapidit la chane sur sa bitte. Si la brise tait faible, on pourrait dcapeler le tour de bitte et laisser filer la chane sur son rouleau, ayant bien soin de l'trangler temps pour qu'elle ne file pas jusqu' l'talingure de la cale, afin d'viter de se servir de la tournevire pour se haler dessus. Si on avait le vent de l'arrire pour affourcher, on mouillerait sa premire ancre, puis, rappelant au vent, on culerait en mettant les voiles sur le mt, et on irait ainsi laisser tomber la seconde. On ne peut affourcher la voile qu'avec une brise maniable et une belle mer; il serait dangereux de le tenter avec un vent frais et une grosse mer, car alors on est moins sr de la prcision des mouvemens du navire, qui sont dans cette manoeuvre de la plus grande importance, pour ne pas la manquer. Il faut aussi se bien rendre compte de l'action des courans, parce que s'ils sont violens, ils auront une grande influence sur le navire dans le moment o il ira porter sa deuxime ancre, puisque, brid par le cble, il ne sent plus aussi bien l'effet de la voilure et de son gouvernail. Si les courans sont sur la perpendiculaire de la ligne du relvement, on les neutralise facilement en gouvernant pour mouiller la deuxime ancre au vent ou sous le vent de la ligne. S'ils suivent la ligne du relvement, ils acclrent ou retardent le mouvement, il n'y a donc qu' diminuer ou augmenter de voiles. Enfin s'ils sont sur une ligne oblique, il faut faire entrer leur apprciation dans la route qu'il faut faire suivre au navire pour parvenir exactement au point dsign. CHAPITRE X. _Des Abordages._ L'abordage est la manoeuvre qui joint d'assez prs deux navires ennemis, pour que, lis entr'eux par les grappins jets par l'abordeur, son quipage puisse passer sur le navire abord, afin de l'enlever. Celui des deux navires qui juge que l'abordage peut lui tre favorable, doit avoir une marche suprieure son ennemi; sans cela, celui-ci sera toujours le matre d'viter l'abordage, moins que des avaries dans sa mture ne lui aient donn une infriorit de vitesse. Quelle que soit la supriorit de marche de l'abordeur, si l'abord est manoeuvr par un capitaine de sang-froid et expriment, il lui sera souvent facile non-seulement d'viter l'abordage, mais encore de mettre son ennemi dans une position dangereuse. L'abordeur doit veiller non-seulement sa manoeuvre, mais encore prvoir, s'il est possible, celle de son ennemi, ou au moins l'imiter promptement pour paralyser ses tentatives et parer aux inconvniens et aux dangers qu'il pourrait courir par une manoeuvre habile du navire abord. _Aborder au vent, en courant au plus prs._ L'abordeur ayant une supriorit de marche, se place dans la hanche du vent de son ennemi; lorsqu'il juge le moment favorable, il fait une petite arrive sur la hanche du vent, et le prolonge en revenant vivement la mme route que lui en lui lanant ses grappins. Mais si aussitt que les grappins sont jets, l'abord contre-brasse devant, brasse carr derrire, cargue la brigantine et met la barre dessous, il culera avec rapidit, fera casser les cartahus des grappins, et se trouvera bientt de l'arrire de son ennemi, qu'il pourra inquiter en virant lof pour lof sous sa poupe. L'abordeur sera oblig d'imiter cette manoeuvre, et s'il la fait en temps opportun, il virera en mme temps que son ennemi, et ils se trouveront encore abords quoique ayant chang d'amures. Mais comme l'abord a prim de manoeuvre, qu'il entrane avec lui son adversaire, que ses voiles seront plutt orientes l'autre bord, il lui sera facile, en forant de voiles, d'acqurir une vitesse plus grande, de faire casser les cartahus des grappins, et de se dtacher. _Aborder sous le vent, en courant au plus prs._ L'abordeur se place dans les eaux de son ennemi, et mme un peu au vent; une demi-encblure environ, il arrive de manire raser sa bouteille avec la civadire, puis redresse sa route et longe sous le vent en jetant les grappins. Mais cette manoeuvre dont la russite est assure par l'avantage de marche, peut avoir les consquences les plus terribles pour l'abordeur. Si l'abord a bien jug la manoeuvre de son adversaire, il a tout dispos pour voluer avec clrit, et au moment o il voit son ennemi faire une arrive pour le prolonger sous le vent, il contre-brasse devant, brasse culer derrire, cargue la brigantine et met la barre dessous. Amortissant son aire ainsi promptement, et arrivant avec clrit par l'effet de ses voiles de l'avant contre-brasses, il tombe en travers sur le beaupr de son ennemi, l'engage dans ses haubans, et dans cette position l'enfile avec toute son artillerie. Les rles peuvent alors changer, et l'abord devenir abordeur, s'il manoeuvre avec habilet et sang-froid. Protg par son artillerie, il peut lancer son quipage sur le pont de son ennemi, que cette manoeuvre a d tonner, et peut-tre dcourager. Il profite du moment o le beaupr est engag pour en hacher toutes les manoeuvres, surtout les sous-barbes et les tais, et s'il y a russi et que son quipage soit numriquement trop faible pour lutter avec avantage, il vente force de voiles pour se dgager et se fait chasser au plus prs, en virant frquemment de bord vent devant, manoeuvre que son ennemi ne pourra imiter si ses tais ont t coups. Si cette manoeuvre est bien excute, elle mettra toujours l'abordeur dans une position critique, ou au moins le fera renoncer son projet; car quelle que soit sa promptitude imiter les mouvemens de son ennemi, il sera dans cette circonstance trop prim de manoeuvre pour pouvoir en paralyser les rsultats par une volution semblable. Le seul parti prendre, peut-tre, serait, s'il en tait temps encore, de lancer au vent pour prendre l'autre bord. _Aborder sur l'avant, en courant au plus prs._ L'abordeur passe au vent de son ennemi, petite distance, et parvenu une ou deux longueurs de sa joue du vent, il arrte son aire en brassant carr derrire; contre-brasse de vent et cargue la brigantine pour abattre; met la barre dessous aussitt que l'aire est amorti, et tombe ainsi en travers sur le beaupr de son adversaire, qui ne peut trouver d'autres moyens de l'viter qu'en imitant sa manoeuvre, mais qui tant prim dans le mouvement, pourra difficilement se soustraire un abordage dangereux. Cependant, s'il a prvu le mouvement temps, il peut mettre tout culer, hler-bas les focs; mettre la barre dessous, puis la dresser, et la changer lorsque le navire cule. Il est possible que si l'acule se prononce promptement, l'abordeur dpasse le beaupr et soit alors oblig de manoeuvrer pour prolonger sous le vent. Cet abordage est sans contredit le plus terrible pour l'abord, celui auquel il se soustrait le plus difficilement, et dont la non-russite offre le moins de dsavantage l'abordeur. _Aborder en courant largue._ Si on veut aborder en courant largue, la manoeuvre ne diffre pas essentiellement de celles que nous avons dcrites pour aborder au vent ou sous le vent, courant au plus prs. Pour aborder au vent, l'abordeur se placera dans la hanche du vent, et par sa supriorit de marche prolongera son adversaire d'aussi prs qu'il voudra pour lui lancer ses grappins. Mais celui-ci qui court largue, peut en rangeant vivement au vent, ce quoi il doit tre prpar, ou dpasser l'abordeur, ou mieux encore engager son beaupr. Cette manoeuvre oblige l'abordeur lofer pour prolonger l'ennemi sous le vent, ou mettre tout culer pour dgager son beaupr. Pour aborder sous le vent, l'abordeur se place dans les eaux, range toucher la hanche sous le vent, et lofant le prolonge en jetant les grappins. L'abord, par une arrive prompte, peut parvenir lui engager son beaupr comme nous l'avons dit en parlant du plus prs. Si on veut aborder en engageant le beaupr de son ennemi, on le prolonge au vent, et parvenu petite distance de sa joue, on arrive promptement en ralinguant derrire et mettant la barre au vent. Mais ce mouvement doit se faire trs-prs de l'ennemi, sans quoi on pourrait le dpasser, si on ne le serrait pas pour l'empcher de lofer et le mettre dans la ncessit d'accepter l'abordage, ou d'imiter le mouvement en arrivant lui-mme, et alors, quelle que soit la vivacit de sa manoeuvre, on parviendra au moins l'aborder par le travers. Il est inutile de parler de la diffrence qui existera dans la manoeuvre, si les deux navires couraient vent arrire. Elle sera facilement saisie. _Aborder l'ancre._ On peut vouloir aborder un navire l'ancre, mouill dans une rade non dfendue, car s'il en tait autrement, on aurait essuyer le feu des batteries de cte, qui pourraient occasionner de graves avaries dans la mture, et qui compromettraient la sortie. Il ne faudrait dans ce cas tenter l'attaque qu'avec un vent fait, qui permt d'entrer et de sortir de la borde. Mais si la rade n'est pas dfendue, ne vaut-il pas mieux rduire l'ennemi par le canon, surtout si le navire surpris par l'attaque n'a pas d'embossure pour se traverser, car alors on peut prendre une position telle, que son artillerie lui soit inutile. Si on veut aborder, on peut le faire soit en longeant le navire au vent, ou sous le vent, comme nous l'avons dj dit; ou mieux encore lui passer de l'avant et engager son beaupr dans les haubans du grand mt, manoeuvre qui alors n'offre aucune difficult. L'abord, s'il est affourch, filera une de ses amarres pour rappeler sur l'autre, au moment o la manoeuvre de son ennemi sera marque, et la fera manquer, s'il peut parvenir embarder avec clrit. Mais si ce moyen ne lui suffit pas, il ne reste plus qu' couper ses cbles et se jeter la cte en tchant d'y entraner son ennemi, qui doit toujours tre prt, pour l'viter, laisser tomber une ancre. L'abordeur peut aussi venir mouiller son ancre sur la boue de son adversaire, et laissant culer, il l'longera en jetant bord ses grappins et arrtant son cble. Mais il faut mouiller avec une bien grande prcision pour tre sr de sa manoeuvre. CHAPITRE XI. _De la Chasse._ On ne peut chasser un navire avec avantage que si on a sur lui une supriorit de marche, ce dont on s'assure facilement en se mettant aux mmes amures, et le relevant au compas. Si l'angle de relvement augmente, c'est une preuve qu'on marche mieux, et on sera sr alors de le joindre si on manoeuvre avec prcision et habilet. Le btiment chass doit profiter avec le plus grand soin de toutes les chances favorables que lui offrent ses qualits et les changemens de temps et de vent. Etant plus faible, et par consquent moins long que son adversaire, il peut le fatiguer et lui faire perdre du temps, en virant frquemment de bord vent devant s'il est au vent, puisque le temps des volutions est en rapport de la longueur des navires. Il peut prendre l'allure qui lui est la plus favorable, changer souvent de route avec promptitude pour primer de manoeuvre sur son adversaire, qui est oblig de l'imiter, et qui ne pouvant toujours prvoir ces changemens, perdra ainsi beaucoup de temps. Si la mer est forte, il ne doit pas balancer compromettre sa mture, en virant vent devant pour forcer son ennemi courir les mmes risques, ou virer vent arrire, ce qui lui fera perdre du temps et du chemin. S'il a reconnu que sa vitesse augmentait par tels ou tels changemens oprs bord dans la distribution des poids de l'arrimage, il doit les excuter, s'allger s'il le faut pour prolonger la chasse, afin de pouvoir atteindre la nuit, car alors une fausse route peut le sauver. _Chasser au vent._ Le chasseur doit relever le btiment qu'il veut chasser, et aussitt qu'il le trouve sur la perpendiculaire sa route, il vire et continue l'autre bord jusqu' ce qu'il ait encore ramen le navire chass sur la perpendiculaire sa nouvelle route. Il continue ainsi et doit infailliblement l'atteindre, puisqu'il a un avantage de marche et qu'il vire pour s'en rapprocher dans la position la plus convenable. La raison de cette manoeuvre est bien facile saisir. Le chasseur virant, lorsqu'il relve le chass dans la perpendiculaire sa route, est alors la plus petite distance possible de son adversaire; virant alors, il gagne sur cette distance la quantit dont il gagne au vent, jusqu'au moment o il le relve encore dans la perpendiculaire de sa nouvelle route. L, il a encore atteint la plus petite distance qui le spare, et gagne de nouveau en virant la quantit dont il va s'lever au vent dans cette nouvelle borde. Cette diffrence qui, comme on le voit, est l'excdant de marche, finira par les faire trouver bord bord si les circonstances ne changent pas. Si le chasseur dpassait la perpendiculaire sa route, il s'loignerait et perdrait du chemin ncessairement. S'il commettait la faute grave de chasser dans les eaux et d'y virer grande distance, le chass, en virant immdiatement, se retrouverait alors au vent du chasseur de toute la distance qui les spare, puisque les routes sont parallles. C'est dans cette position que le navire chass doit user de tous les moyens pour gagner au vent; et quoiqu'il paraisse, la premire vue, plus prudent pour lui de conserver toujours le mme bord, il peut arriver telle circonstance, comme nous l'avons dit, o il lui soit avantageux de virer frquemment si ses mouvemens sont plus prompts que ceux de son adversaire, et surtout s'il peut le forcer, en l'imitant, compromettre sa mture, car quant lui il n'a rien perdre et doit tout tenter pour s'chapper. _Chasser sous le vent._ Si le chasseur est au vent, il relve son adversaire avec un compas, et gouverne de manire le tenir toujours au mme aire de vent, en ne se drangeant pas de sa route; car il est vident qu'en continuant ainsi ils viendront se rencontrer au mme point. Si le chasseur s'aperoit que l'angle de relvement augmente ou diminue, c'est une preuve qu'il est trop au vent ou trop arriv, et il rectifie sa route, sans quoi il passerait de l'avant ou de l'arrire du vaisseau chass. Dans cette position, le navire chass doit prendre l'allure qui lui est la plus favorable; faire toute la voile possible; s'il a un quipage nombreux, changer souvent d'amures, car il prime de manoeuvre et oblige ainsi son adversaire l'imiter, et lui fait perdre du temps, son volution tant plus longue et non prvue. Si le temps est grains, il ne doit diminuer de voile qu' la dernire extrmit, et mme compromettre sa mture, s'il peut forcer ainsi son adversaire l'imiter. On ne doit pas balancer se dbarrasser de tous les objets qui gnent la manoeuvre et qui peuvent retarder la rapidit des volutions. Une mture trop fortement tenue nuit souvent la marche; et si la brise n'est pas violente, il peut y avoir de l'avantage donner du mou dans les haubans et les galhaubans. Au plus prs, il faudrait se dbarrasser de tous les objets qui augmentent l'lvation des oeuvres mortes. _De la Tactique Navale._ Il ne peut entrer dans le plan que nous nous sommes trac, de donner un trait complet de tactique navale, qui ne pourrait tre que la copie du trait publi par le gouvernement pour les navires de l'tat. Nous nous contenterons d'y prendre quelques dfinitions et l'indication des ordres. La tactique navale est l'art de faire mouvoir des vaisseaux runis en corps d'arme. On entend par volutions les mouvemens d'une arme, ou partie d'une arme, pour s'tablir dans un arrangement ou un ordre convenu. On comprend sous la classification gnrale d'volutions, la formation des ordres; le passage de l'un l'autre; enfin, leur rtablissement lorsqu'ils viennent tre troubls. La ligne du plus prs est celle que tiennent des vaisseaux qui s'approchent le plus possible du lit du vent. En tactique, cette ligne est rpute faire avec la direction du vent un angle de 67 30', ou de six des trente-deux divisions de la boussole. On distingue deux lignes du plus prs: un vaisseau court sur la ligne du plus prs bbord, s'il est au plus prs, les amures bbord; il court sur la ligne du plus prs tribord, s'il est au plus prs, les amures tribord. Des vaisseaux rangs dans les eaux les uns des autres, et faisant la mme route, sont en _ligne de file_. Dans ce cas _le relvement et la route_ sont reprsents par le mme rhumb de vent. Si des vaisseaux en ligne de file gouvernent au plus prs, cette ligne de file prend alors le nom de _ligne de bataille_. Si des vaisseaux en ligne de file courent, non au plus prs, mais deux quarts largue seulement, cette disposition particulire de la ligne de file, qui convient souvent pour combattre, s'appelle _ligne de file sur la perpendiculaire du vent_. Mais si des vaisseaux dploys sur une ligne se relvent les uns les autres sur une aire de vent donne, et gouvernent sur une autre, ils sont tablis sur une _ligne de relvement_. L'_ordre_ en gnral est la manire dtermine dont les vaisseaux d'une arme doivent tre rangs. Il y a diffrens ordres, selon les circonstances dans lesquelles une arme doit naviguer et peut se trouver. L'ordre est appel _naturel_ toutes les fois que chaque vaisseau suit le _matelot d'avant_ qui lui a t assign par l'ordre de bataille de l'amiral. L'ordre est dit _renvers_ toutes les fois que les matelots d'avant deviennent _matelots d'arrire_; ce qui arrive lorsque les _queues_ deviennent ttes par des changemens de position ou par inversion d'ordre. La transposition des escadres dans une ligne de bataille ne change pas la dnomination de l'ordre, qui sera appel naturel si dans chaque escadre les ttes mnent les queues; et il sera renvers, si au contraire dans chaque escadre, les queues mnent les ttes, quand mme les escadres seraient leur poste naturel, c'est--dire la _seconde_ escadre l'avant-garde, la _premire_ au corps de bataille, et la _troisime_ l'arrire-garde. Les ordres sont: les ordres de marche et les ordres de bataille, que l'on est convenu de distribuer de la manire suivante: Ordres de marche, 1 Par colonnes et ligne de file, c'est--dire sur trois ou deux colonnes, ou sur une seule ligne; 2 Sur une des lignes du plus prs; 3 Sur la perpendiculaire du vent; 4 Sur la perpendiculaire de la route ou ligne de front; 5 En chiquier. Les ordres ou ligne de bataille, 1 Au plus prs du vent; 2 En ligne de file sur la perpendiculaire du vent. L'ordre de marche sur trois colonnes runit le mieux les btimens sans les exposer aux abordages; il facilite la prompte formation de la ligne de bataille aussi bien que la surveillance de l'amiral et la transmission des signaux. Cet ordre suppose que les trois escadres de l'arme se placent sur trois lignes gales et parallles, dans les conditions ci-aprs: 1 Les vaisseaux de la premire escadre qui est au centre, et la tte de laquelle marchera l'amiral pour marquer la route, seront exactement dans les eaux les uns des autres, et la distance qui aura t prescrite; 2 Les chefs de file des deux autres escadres ou colonnes tant placs par le travers du chef de file de la colonne du centre, relveront le serre-file de cette colonne deux rhumbs de la route; 3 Les serre-files des colonnes des ailes tant dans les eaux de leurs colonnes, se tiendront par le travers du serre-file de la colonne du centre, d'o ils doivent relever le chef de file de cette dernire deux rhumbs de la route. On peut appliquer l'ordre de marche sur _deux colonnes_ ce qui vient d'tre dit sur les trois colonnes, les conditions de formation et d'volution tant, par analogie, les mmes pour ces deux ordres. L'ordre de marche sur une ligne de file, grand largue ou vent arrire, s'appelle gnralement _ordre_ ou _ligne de convoi_. C'est la condition de la route vent arrire ou grand largue qui constitue la diffrence entre cet ordre et la ligne de bataille. _L'ordre de marche sur une des lignes du plus prs_, est celui dans lequel les vaisseaux courant largue ou vent arrire se relvent sur une des lignes du plus prs. Ainsi l'on distingue cet ordre en ordre de marche sur la ligne du plus prs _tribord_, et ordre de marche sur la ligne du plus prs bbord, selon que les vaisseaux se relvent sur l'une ou l'autre de ces deux lignes. Dans _l'ordre de marche sur la perpendiculaire du vent_, les vaisseaux courant grand largue, ou vent arrire, se relvent sur la perpendiculaire du vent. Des vaisseaux faisant une route quelconque, s'ils se relvent sur la perpendiculaire de cette route, sont dits en ordre de marche sur cette perpendiculaire, ou en _ordre de front_. Des vaisseaux qui tiennent l'amure d'une des lignes du plus prs, et qui se relvent sur l'autre, sont dits en _chiquier_ sur cette ligne. C'est le relvement et non pas l'amure qui donne le nom l'chiquier; ainsi on dit _chiquier sur la ligne du plus prs tribord_, pour exprimer la position des vaisseaux qui se relvent sous cette ligne et ont les amures bbord; et _chiquier sur la ligne du plus prs bbord_, si les vaisseaux se relvent sur cette ligne et courent les amures tribord. Des vaisseaux rangs en _ligne de file au plus prs du vent_, ou _sur la perpendiculaire du vent_, sont en ligne de bataille. Cette ligne peut tre forme tribord ou bbord amures, ordre naturel ou ordre renvers. Mais on entend plus particulirement par _ligne de bataille_, la ligne de file dont les vaisseaux courent au plus prs du vent. S'il s'agit d'exprimer la ligne de bataille deux quarts largue, on doit dire _ligne de file sur la perpendiculaire du vent_. Dans toute _formation_ d'ordre, le vaisseau amiral, ou celui qui est au centre de l'arme, est le _rgulateur_, c'est--dire le point sur lequel se rgle le mouvement. Chaque vaisseau doit connatre son _relvement_ et sa _distance_ par rapport au rgulateur. Si l'arme est en ligne et que l'amiral fasse le signal de _forcer_ ou _d'augmenter de voiles_, c'est au chef de file excuter l'ordre le premier; et s'il s'agit au contraire de _diminuer de voiles_, le mouvement doit commencer par le serre-file. Il est tabli en tactique, que tout mouvement _tout la fois_ commence, en ligne de file, par le serre-file, c'est--dire que, lorsqu'une arme en bataille ou en ordre de convoi devra virer de bord, arriver ou tenir le vent tout la fois, aucun vaisseau ne virera, n'arrivera, ou ne tiendra le vent, qu'aprs que son matelot d'arrire aura commenc le mouvement; ce qu'on exprime en disant qu'il aura _marqu sa manoeuvre_. S'il s'agit au contraire d'un _mouvement successif_, c'est au chef de file commencer. On dit tenir le vent, arriver par un mouvement successif, lorsque des vaisseaux viennent au vent ou arrivent l'un aprs l'autre, en suivant le chef de file qui rgle la route; s'il est question d'un virement de bord opr successivement, l'usage le plus gnral est alors de virer _par la contre-marche_. Le principe gnral est qu'en ligne de bataille, ou dans un ordre de marche quelconque, le mouvement, quel qu'il soit, doit commencer _par le vaisseau qui n'en voit pas d'autre du ct o l'on va mettre le cap_. La _contre-marche_ est le mouvement d'une ligne dont les vaisseaux virent successivement de bord, vent devant ou vent arrire, pour prendre les eaux du chef de file. Ainsi l'on dit, pour exprimer cette double volution, virer de bord vent devant par la contre-marche; virer de bord lof pour lof par la contre-marche. MANOEUVRE DE L'ARTILLERIE. CHAPITRE 1er. _Dfinitions et Nomenclature._ Les pices d'artillerie dont on se sert dans la marine sont les canons, les caronades, les pierriers et les espingoles. Ces deux dernires armes ne s'emploient gure que sur les hunes et les embarcations. Les canons et les caronades sont en fer coul; les caronades ne sont autre chose que des canons courts, lgers, modifis en quelques parties accessoires, installs diffremment, et qui, dans certains cas, ont plusieurs avantages sur les canons. Elles se manoeuvrent plus facilement et avec moins de monde; elles se chargent plus vite; elles laissent plus d'espace libre dans les batteries, et elles fatiguent moins les ponts. De leur ct, les canons ont leurs avantages particuliers. Ainsi, ils portent plus loin dans les mmes circonstances; distance gale, ils percent les vaisseaux ennemis plus facilement que les caronades, mais font moins d'clats lorsqu'on se bat de prs, et sont par consquent moins dangereux. Ils sont plus longs, par consquent d'un pointage plus sr et d'un danger moindre sous le rapport de l'incendie; la rupture de la brague n'est ni aussi frquente ni aussi grave, enfin leur recul adoucit davantage les secousses communiques la muraille des vaisseaux. On dsigne les canons et les caronades par le nombre de livres que psent les boulets ou projectiles ronds qu'ils sont destins lancer; le diamtre de ces boulets dtermine celui du creux du cylindre de la pice; et ce poids, ou indiffremment ce dernier diamtre, est ce qu'on appelle le calibre de la bouche feu. Les canons en usage bord sont ceux des calibres de 36, 30, 24, 18, 12 et 8, c'est--dire dont les boulets psent trs-peu prs ce mme nombre de livres; les caronades ont les mmes calibres, l'exception de celui de 8. Pour diminuer la confusion et les inconvniens d'avoir plusieurs calibres un mme bord, on tend gnraliser celui de 30. Pour chaque calibre de canons il y a deux sortes de pices, savoir: les longues et les courtes, et celles-ci n'ont d'autre diffrence avec les premires, que d'avoir moins de longueur et plus de lgret. On trouve dans le tableau ci-dessous la longueur totale, le poids de ces diverses pices, et le diamtre de leurs boulets. +========+=========+=========+=========+========+========+==========+ | | | | | | |Diamtre | | |Longueur |Longueur |Longueur |Poids du|Poids du|du Boulet | | |du Canon |du Canon |de la |Canon |Canon |rglemen- | |Calibre.|long. |court. |Caronade.|long. |court. | taire. | |========+=========+=========+=========+========+========+==========+ | | p. p. | p. p. | p. p. | liv. | liv. | p. lig. | | | | | | | | | | 36 | 10 1 | 9 7-1/2 | 5 7 | 7.174 | 6.187 | 6 3 | | 30 | 9 8-3/4 | 9 1-1/2 | 5 6 | 6.200 | 5.318 | 5 10-5/4 | | 24 | 9 5-1/2 | 8 9 | 4 10 | 5.120 | 4.321 | 5 5-1/5 | | 18 | 8 10-1/2| 8 3 | 4 5 | 4.214 | 3.506 | 4 11-1/2 | | 12 | 8 3 | 7 6-3/4 | 3 10 | 2.997 | 2.398 | 4 4 | | 8 | 8 7-5/4 | 7 5-5/4 | | 2.388 | 2.062 | 3 9-1/2 | +========+=========+=========+=========+========+========+==========+ Les caronades psent environ le tiers du canon long du mme calibre. Les canons et les caronades sont les bouches feu dont on munit les batteries et les gaillards des btimens de guerre; la nomenclature et les explications suivantes complteront cette dfinition. L'me (_fig._ 1.) _a_ reoit la charge. La bouche _b_ entre de l'me. * Les tourillons _c_ sorte d'essieux qui maintiennent la pice sur son chariot ou afft. * Les embases _d_ paulement de tourillons. La vole _e_ commence la gorge qui est en avant des tourillons et finit la bouche. (On appelle l'avant de la pice le ct de la bouche, et l'arrire le ct oppos.) La tranche _f_ surface plane perce par la bouche, et qui termine la vole en avant. Le bourrelet _g_ renflement prs de la bouche. * La tulipe _h_ partie creuse en arrire du bourrelet. * La plate-bande de vole _i_ cordon la naissance de la tulipe. La lumire et le champ de lumire _j_ tronc et creux o se placent la capsule, l'toupille, ou la poudre d'amorce. Le support de la platine _k_ ex-croissance prs de la lumire pour placer le ressort, appel platine, qui doit mettre le feu. * L'astragale de la lumire _l_ cordon en avant de la lumire. (Les canons courts n'en ont pas.) La plate-bande de culasse _m_ renflement en arrire de la lumire. La culasse _n_ partie de la pice en arrire de la plate-bande de culasse. Le renfort _o_ partie de la pice qui commence la gorge de la plate-bande la plus en arrire et qui finit la vole. Le cul-de-lampe _p_ faon de la culasse de l'arrire. Le bouton _q_ extrmit de la pice du ct de la culasse et en forme de boule. Le collier du bouton _r_ partie trangle par laquelle le bouton tient la culasse. L'anneau de brague _s_ anneau qui tient la culasse et au bouton. (Quelques canons n'en ayant pas encore, la brague passe alors dans une cosse estrope au collet.) _Pour la Caronade._ La caronade a les mmes parties que le canon, moins celles marques d'un astrisque (*), et il faut y ajouter les suivantes: L'encampanement (_fig._ 2) _t_ entre vase de l'me pour appuyer le boulet en l'introduisant lors de la charge. Le trou de vis de pointage _u_ perc dans le bouton de culasse. Le support tourillons _v_ maintient la pice sur l'afft au moyen d'un boulon, dit boulon-tourillon. Ces pices sont portes sur des espces de chariots nomms affts qui servent les manoeuvrer, et dont suivent galement les parties en bois ou en fer dont ils se composent. _Afft du Canon._ (Parties en bois.) 2 flasques (_fig._ 3) _a_ pices principales o sont les encastremens de tourillons. Le croissant _b_ plac en travers des flasques en avant pour faciliter le pointage, et compos de deux pices dont une charnire. L'entretoise _c_ joint et maintient les deux flasques dans le sens de la hauteur, et sert d'appui au croissant. 2 essieux _d_ supportent les flasques. 4 roues _e_ sur lesquelles reposent les essieux. La sole _f_ est situe entre les flasques et joint les essieux entre eux. _Afft de Canon._ (Parties en fer.) Le boulon d'assemblage et son crou _g_ runissent les flasques et l'entretoise. 2 charnires du croissant _h_ pour rendre une partie du croissant mobile. 2 clous rivet de tte de flasques _i_ pour empcher les flasques de se fendre. 2 sus-bandes et clavettes _j_ maintiennent les tourillons en dessus. 2 chevilles mentonnet avec crou et rosettes _k_ retiennent les sus-bandes et fixent l'essieu d'en avant aux flasques. 2 chevilles tte ronde _l_ contiennent le bois des flasques (prs du premier adent). 2 chevilles tte carre _m_ fixent l'essieu d'en arrire aux flasques. 2 pitons de manoeuvre _n_ sur le dernier adent pour la manoeuvre de la pice et pour la mettre la serre, ou l'assujettir de mauvais temps. 2 pitons de ct _o_ contre les flasques pour amarrer la pice garans doubls. 2 anneaux de brague _p_ pour servir de conduite la brague. 4 esses et leurs viroles _q_ pour retenir les roues dans leurs essieux. 2 fourrures d'anspect _r_ sous les flasques en arrire de l'essieu pour le garantir de l'action des leviers appels pince et anspect. Piton carr de manoeuvre { pour le pointage l'aide de Piton rond de manoeuvre { l'anspect et de la pince. Piton de retraite contre l'essieu de derrire pour crocher le palan de retraite. _Afft de la Caronade._ (Parties en bois.) La semelle (_fig._ 4.) _a_ reoit et supporte la caronade. Le chssis _b_ porte la semelle qui se meut dans sa coulisse. Les supports de chssis _c_ taquets qui supportent le chssis. _Parties en fer de la Semelle._ Le boulon-tourillon _d_ est pass dans le support pour servir de tourillon. 2 crapaudines _e_ places en avant et reoivent le boulon-tourillon. 4 boulons d'assemblage _f_ deux placs en avant, et deux fixant les anneaux de la brague; tous les quatre maintiennent la semelle. 2 boucles de brague avec plaque _g_ aux deux tiers de la longueur; elles servent passer la brague et diminuer l'effort qui fait basculer la pice lors du tir; elles peuvent servir palanquer la semelle. Plaques de levier et de vis de pointage avec leurs rivets _k_ places contre le derrire, le dessus et le dessous de l'afft, pour prvenir les dgradations des leviers et vis de pointage. Le pivot _l_ traverse le chssis et facilite son mouvement de rotation. _Parties en fer du Chssis._ La cheville ouvrire, sa plaque, etc _j_ pour mouvoir obliquement la tte du chssis, tout en la maintenant contre le bord. Le piton de cheville ouvrire sa tte reoit la cheville ouvrire, et sa tige traverse le bord; il maintient le chssis au moyen de la cheville ouvrire. Le boulon d'assemblage pour maintenir le bois du chssis et le manoeuvrer. 4 boulons de support fixent le chssis sur le support. Le briquet avec rivets Plaque de fer qui reoit le choc du pivot et de la rondelle, et qui empche l'cartement des deux cts opposs. La plaque du levier de pointage comme celle de la semelle. (Dans les grandes obliquits on peut pointer par le chssis, ce qui diminue l'obliquit de la semelle, et par consquent l'effort qui en rsulte sur le chssis lors du tir.) Les canons, les caronades et leurs affts sont manoeuvrs ou retenus bord au moyen de divers cordages et palans, dont l'ensemble constitue le grement de la pice. Outre ce grement, chaque pice ncessite encore l'usage de divers ustensiles qui servent son service et son pointage, et qui sont connus sous le nom d'armement. _Grement du Canon._ La brague fort cordage qui retient la pice aprs l'effet du recul. 2 palans de ct pour manoeuvrer le canon et le contenir au roulis. Le palan de retraite pour tenir le canon au recul aprs le tir, le mettre hors de batterie et la serre. La croupire pour accrocher le palan de retraite. L'estrope de culasse pour accrocher le palan de retraite quand le canon est la serre. Le raban de vole pour assujettir la vole au fronteau de vole, quand on met le canon la serre. L'aiguillette pour brider la brague avec les palans de ct, quand on met les canons la serre. L'itague, le palanquin et deux rabans pour ouvrir et tenir ferm le mantelet de sabord. _Grement de la Caronade._ La brague fort cordage qui maintient la pice contre le sabord et l'empche de reculer. (C'est ce qu'on appelle brague fixe; l'installation de la brague du canon s'appelle brague courante.) _Armement du Canon._ Le coussin, 2 coins de mire sur la sole de l'afft pour lever le canon au pointage. L'anspect ou levier sert au servant de gauche pour pointer. La pince sert au servant de droite pour pointer. Le tire-bourre et la cuillre pour dcharger la pice. La platine ou batterie ressort l'instar de celui du fusil pour mettre le feu la pice. La bote capsules et les capsules la capsule est un petit tuyau fait d'une lgre feuille de cuivre, contenant de la poudre fulminante pour mettre le feu la charge au moyen de platines piston ou percussion. La corne d'amorce tui qui contient la poudre d'amorce pour les platines pierre, ou pour les cas o l'on n'a plus de platines. Le dgorgeoir pour dgager la lumire et crever la gargousse. L'pinglette pour diriger la poudre dans la lumire. La bote toupille et les toupilles l'toupille est un tuyau de plume plein d'artifice, destin mettre le feu la charge. Le doigtier forte peau que le chef de pice met son doigt pour pouvoir boucher la lumire quand la pice est trs-chaude. Le couvre-lumire et ses rabans pour couvrir la lumire quand la pice est au repos. (La lumire est en outre ferme par un bouchon d'toupe garni de suif, nomm toupillon.) La tape pour fermer la bouche de la pice. Le gargoussier bote dans laquelle on apporte de la soute, la gargousse ou le sac contenant la charge de poudre. Le boute-feu avec sa tresse pour mettre le feu la pice si on amorce avec de la poudre. Les valets pelotes en fil de carret pour assujettir le boulet dans la pice. L'couvillon pour nettoyer l'intrieur de la pice quand elle a fait feu. Le refouloir pour enfoncer la charge. (Pour les calibres de 12 et au-dessous, l'couvillon et le refouloir, la cuillre et le tire-bourre, sont sur la mme hampe; alors la tte de l'couvillon est tourne du ct de la culasse pendant le service de la pice.) La baille (contenant de l'eau) pour mouiller la poudre qui peut tomber sur le pont, et pour rafrachir la pice au besoin. Le faubert pour le service de la baille ci-dessus. _Armement de la Caronade._ La vis de pointage pour lever et abaisser la pice au pointage. (Des coins de mire sont allous pour suppler la vis au besoin.) Le levier en fer tient la semelle par une goupille pour lui donner la direction convenable. (Des anspects et des pinces sont alloues afin de suppler le levier au besoin.) Le tire-bourre, la cuillre, etc. comme pour l'armement du canon. En outre des objets d'armement ci-dessus, le dernier servant de droite pour les canons, et le servant de gauche pour les caronades, ont devant eux un petit tablier contenant des pierres feu de rechange (si les platines sont pierres), et du vieux linge pour nettoyer la platine: une corne d'amorce garnie est alloue en cas de besoin pour chaque pice, et elle est suspendue dans les batteries le long du bord, entre les baux, ou dispose la sainte-barbe. Enfin, dans les grands btimens, deux canonniers par batterie ont un grand sac contenant un vilebrequin, quatre vrilles, un tournevis, quatre platines, des capsules, des toupilles s'il y a lieu, de la ligne pour platine, et du vieux linge pour obvier aux accidens. Sur les bricks et btimens au-dessous il n'y a qu'un grand sac. CHAPITRE II. _Des Projectiles et de la Charge._ On donne le nom de projectiles tous les corps lancs dans l'espace, mais plus particulirement ceux qui le sont par l'explosion de la poudre. Dans la marine, les projectiles sont les boulets ronds, ou simplement les boulets; les boulets rams, les grappes de raisin ou la grosse mitraille, et les botes ou paquets de mitraille; ces derniers, connus aussi sous le nom de petite mitraille, ne s'emploient plus gure que dans les pierriers. Les boulets ronds sont en fer fondu, et autant que possible sans asprits ou cavits; leur destination principale est de percer la muraille des vaisseaux et d'abattre les mts. Le diamtre d'un boulet et en gnral de tout projectile, est un peu plus petit que celui de la pice, afin d'y pouvoir entrer librement; la petite diffrence qui existe entre ces deux diamtres s'appelle le vent du boulet. Le vent ne doit pas dpasser certaines limites qui sont fixes pour chaque calibre; il faut donc que chaque projectile ait le diamtre prescrit; et l'on appelle calibrer, l'opration par laquelle on s'en assure: elle se fait au moyen de deux lunettes en mtal, dont l'une a trois points de plus, et l'autre six points de moins que le boulet rglementaire. On rejette tout boulet qui ne passe pas en tous sens par la premire, ou qui passe dans un sens quelconque dans la seconde. Le boulet de 36 a 2 lignes 6 points de vent, ceux de 30 et de 24 2 lignes 3 points, et ensuite en diminuant de trois points par calibre; le vent est d'une ligne 6 points pour les boulets de toutes les caronades; plus un boulet a de vent, plus la poudre perd de son action, et moins la pice a de porte et de justesse dans le tir. Les boulets rams sont deux lentilles de fonte runies par une tige en fer dont la longueur a deux diamtres du boulet; leur forme s'oppose ce qu'ils portent aussi loin que les boulets ronds, et ce qu'ils pntrent la muraille des gros vaisseaux; mais ils peuvent produire de grands effets sur la mture et le grement de l'ennemi, et quand le peu d'loignement du btiment ennemi, ou la faiblesse de ses murailles, permettent qu'ils entrent bord, ils y occasionnent des clats considrables. Les grappes de raisin sont un assemblage de balles de fontes assujetties autour d'une tige de fer qui tient une plaque ronde de mme mtal; celle-ci, qui sert de base au projectile, est du diamtre du boulet, et ces balles sont retenues par une espce de coiffe en grosse toile peinte, lie en plusieurs sens: il en rsulte une grappe -peu-prs cylindrique, dont le poids et la longueur sont rgls par un tarif. La porte des grappes de raisin est environ les deux tiers de celle des boulets rams; leurs balles ou biscaens rompent leur enveloppe au sortir de la pice; elles divergent et elles sont trs-propres de prs ( deux encblures par exemple) couper des manoeuvres ou dtruire des hommes au sabord, et sur les ponts quand on se bat sous le vent, ou que ces hommes sont faiblement abrits. Les botes de mitraille se composent d'une bote cylindrique de fer-blanc dont la base a le diamtre du boulet et qui contient de petites balles; la longueur de la bote est dtermine par un tarif. La porte de cette mitraille est -peu-prs celle des grappes de raisin; mais ces petites balles, aprs leur chappement, ont encore moins d'action que les biscaens; elles ne peuvent tre efficaces que contre des embarcations ou contre des hommes entirement dcouvert. La charge se compose d'une gargousse, d'un ou de deux projectiles, et d'un valet. La gargousse est un sac du calibre de la pice, et dans lequel est contenu la poudre destine faire l'explosion; cette quantit de poudre est rgle ainsi qu'il suit: pour prouver un canon, la moiti du poids du boulet de mme calibre; pour le combat, le tiers dudit poids; pour salut ou pour signaux, le quart. Quand les pices doivent rester charges, on met sur la gargousse un valet qui est attach cette gargousse, pour pouvoir la retirer facilement, s'il y a lieu. La charge de la caronade pour le combat est de 1/9 du poids du boulet, et pour salut le 1/12; celle du pierrier est le 1/5, et celle de l'espingole le 1/10. Les gargousses aujourd'hui ne sont plus ordinairement prpares bord des btimens; ceux-ci les reoivent du magasin, conformment au rglement, et la poudre qui est ainsi prpare et dlivre par les magasins, s'appelle l'apprte. Lorsqu'une pice a tir plusieurs fois de suite, elle s'chauffe, la presque totalit de la poudre s'embrase, et l'on en diminue alors par prcaution la quantit; c'est ce qu'on appelle saigner la gargousse; ainsi l'on conserve -peu-prs la mme porte qu'auparavant, l'on prserve la pice du danger d'clater, et les affts ainsi que les btimens sont moins fatigus. On met dans les canons, un, deux ou trois projectiles. Ce dernier cas doit tre fort rare et peu rpt tout de suite, car il y aurait danger que le canon n'clatt; d'ailleurs la porte se trouvant par l trs-diminue, on ne doit l'employer que de fort prs et sur un ordre suprieur. Il y a toujours inconvnient charger un canon avec deux projectiles de diffrente espce, cause de l'ingalit des portes; mais alors en se rglant sur la diffrence des vitesses de ces projectiles, on introduit le boulet ram avant le boulet rond, et de mme la bote de mitraille, ou la grappe de raisin avant le boulet ram. La brague des caronades devant tre trs-mnage, on ne doit charger ces pices avec deux projectiles que rarement, et pour ainsi dire jamais avec trois. Au surplus, quand on traitera de l'exercice, on indiquera plus particulirement quelle est exactement la manire de procder pour charger une pice. _Remarques._ Ceux qui ont crit sur la porte des charges plusieurs projectiles ne sont nullement d'accord sur leur rsultat et leur emploi. Nous allons rapporter quelques expriences. Dans les preuves excutes en France en 1783, deux boulets ronds de 36 lancs la fois par 12 livres de poudre, sous un angle de projection de 17, ont port 1,200 toises; et dans les mmes circonstances la porte d'un boulet de mme calibre, tir seul, fut de 1,450 toises. La porte de deux boulets ronds de 24, lancs par 8 livres de poudre sous le mme angle de 17, a t de 1,090 toises, et celle d'un seul boulet de 24, de 1,360 toises. Les canons des autres calibres en usage dans la marine, tirs alternativement aussi avec un et deux boulets, ont offert des rsultats analogues, et confirms d'ailleurs par des preuves de mme nature, qui furent excutes en Angleterre en 1793. La divergence des boulets tirs ensemble parat trs-fonde lorsque le but est loign; ainsi on ne doit pas les permettre au-del de 300 toises. Mais de trs-prs, et lorsqu'on tire sur des navires offrant par leur grement et leur voilure une grande surface, il est assurment trs-avantageux de tirer deux boulets au lieu d'un, surtout s'ils sont de gros calibre; car non-seulement ils auront la force de traverser les murailles les plus paisses, et ils feront deux trous au lieu d'un, mais encore chacun d'eux enlvera plus d'clats. En outre, lorsqu'on est bout portant, comme dans certains passages poupe, ou dans l'instant d'un abordage, il convient extrmement de charger tous les canons avec trois projectiles, dirigeant ceux du petit calibre contre les bastingages, et les autres contre la partie du navire ennemi dont l'lvation correspond la leur[3]. [3] De Montgry, rgles de pointage. Des expriences faites Brest prouvent que les balles de nos fusils de munition, avec leur charge de poudre accoutume, et tires de 20 50 toises de distance, possdent plus que la force ncessaire pour traverser les bastingages les plus pais qui se trouvent gnralement bord des btimens[4]. Or trois boulets d'une livre lancs par 6 onces de poudre, tant anims chacun d'une plus grande quantit de mouvement que les balles susdites, et pouvant s'enfoncer davantage dans un corps solide, traverseront, plus forte raison, avec une extrme facilit toute espce de bastingage usit. Les boulets d'une livre sont au reste les plus petits qu'on emploie bord des navires franais; ce sont ceux de pierriers. Donc aussi les boulets des autres bouches feu peuvent tre tirs avec succs trois la fois contre les bastingages, et mme contre la muraille des gaillards, qui a rarement plus de 8 10 pouces d'paisseur[4]. [4] Procs-verbal de ces expriences. Si la divergence des boulets ronds tirs ensemble est considrable, elle l'est encore bien davantage si la charge se compose d'un boulet rond et d'un boulet ram. Voici ce que dit ce sujet M. Cornibert: J'assurerai que pendant deux ans que j'ai t inspecteur de la fonderie de Nevers, il a t tir plus de deux mille coups de canon plusieurs boulets ronds et rams pour preuves ordinaires et extraordinaires des bouches feu fabriques dans cet tablissement. Les canons et caronades placs sur des traneaux et plateaux trs-solides, reposant sur la terre, quelquefois molle, dans toute leur longueur, taient points, avec tout le soin possible, contre une butte distante de 150 toises au plus du lieu de dpart des boulets, et d'ailleurs assez large pour n'tre jamais manque dans le tir ordinaire. Malgr toutes les prcautions prises et la rgularit du pointage, que quelquefois j'ai fait rectifier avec un cordeau, la moiti et plus des boulets manquait la butte; un boulet frappait au pied, tandis que l'autre allait frapper plus loin, en passant par-dessus. Ces irrgularits ne pouvaient certainement tre occasionnes que par le choc de projectiles l'un contre l'autre dans la pice en en sortant. Aux preuves outrance, on s'est servi de boulets rams, bien justes dans leurs dimensions, fabriqus soigneusement et avec du bon fer aux forges de Gurigny; presque tous se sont casss sortant des pices; rarement ils ont atteint la butte, et des morceaux ont t trouvs trs-carts droite et gauche de la direction du tir. Au reste, l'emploi du boulet ram doit tre peu frquent; mis dans la pice avec un boulet rond, comme il s'abaisse davantage que celui-ci, distances gales, il arrivera que si l'on veut endommager le grement, le boulet rond passera par-dessus ou n'y fera que peu d'avaries en ne rencontrant que des manoeuvres leves; que si au contraire le boulet rond rencontre les bas mts et les basses vergues, le boulet ram rencontrera la coque qu'il est incapable de traverser. La charge compose d'un boulet et d'un paquet de mitraille est sujette aux mmes inconvniens et ne doit tre employe que de trs-prs. La charge double projectile avec boulets ronds ne doit pas tre employe au-del de 300 toises; et celles composes d'un boulet rond et d'une mitraille, ou un boulet ram, au-del d'une encblure. Ce n'est qu' trs-petites distances qu'on peut esprer de tirer un parti avantageux de doubles charges des caronades, et on ne peut continuer long-temps s'en servir sans craindre la rupture presque certaine de la brague. On ne doit jamais commencer le feu avec des caronades sans avoir pralablement pass la fausse brague. CHAPITRE III. _Emplacement des Canons et de leurs projectiles, bord._ C'est au sabord des btimens que les canons sont placs, amarrs et manoeuvrs. Une dcision du 18 septembre 1828 en a rgl le nombre par batterie, ainsi qu'il suit: +==============+=============+=============+=============+ | RANG | 1re | 2e | 3e | | des | BATTERIE. | BATTERIE. | BATTERIE. | | BATIMENS. | | | | +--------------+-------------+-------------+-------------+ | | | | | | Vaisseau de | 32 canons | 34 canons |34 caron. | | 1er rang. | de 30 longs.|de 30 courts.| de 30. | | | | | | | Vaisseau de | 32 canons | 34 canons | | | 2e rang. | de 30 longs.|de 30 courts.| | | | | | | | Vaisseau de | 30 canons | 32 canons | | | 3e rang. | de 30 longs.|de 30 courts.| | | | | | | | Vaisseau de | 28 canons | 30 canons | | | 4e rang. | de 20 longs.|de 30 courts.| | | | | | | | Frgate de | 30 canons | | | | 1er rang. | de 30 longs.| | | | | | | | | Frgate de | 28 canons | | | | 2e rang. | de 24 longs.| | | | | | | | | Frgate de | 28 canons | | | | 3e rang. | de 18 longs.| | | | | | | | | Corvette {20c. de 30 l.| | | | gaillards. { 4c. de 18 l.| | | | | | | | | Corvette | | | | | sans | id. | | | | gaillards. | | | | +==============+=============+=============+=============+ +==============+====================+=========+======================+ | RANG | |Total des|Et plus pour dunettes,| | des | GAILLARDS. |bouches | hunes | | BATIMENS. | | feu. | et embarcations. | +--------------+--------------------+---------+----------------------+ | | | | | | | | { 1 caronade de 18. | | Vaisseau de |16 caronades de 30. | 120 { 1 id. de 12. | | 1er rang. | 4 canons 18 longs. | { 4 pierriers. | | | | { 8 espingoles. | | | | | | | Vaisseau de |30 caronades de 30. | 100 | id. | | 2e rang. | 4 canons 18 longs. | | | | | | | | | Vaisseau de | 24 caronades de 30.| 90 | id. | | 3e rang. | 4 canons 18 longs. | | | | | | | | | Vaisseau de | 20 caronades de 30.| 82 | id. | | 4e rang. | 4 canons 18 longs. | | | | | | | | | Frgate de |28 caronades de 30. | 60 | id. | | 1er rang. | 2 canons de 18 | | | | | longs. | { 2 caronades de 12. | | Frgate de |22 caronades de 24. | 52 { 4 pierriers. | | 2e rang. |2 canons de 18 | { 8 espingoles. | | | courts. | | | | Frgate de |16 caronades de 30. | 46 | id. | | 3e rang. | 2 canons de 18 | | | | |courts. | | | | | | { 1 caronade de 12. | | Corvette |8 caronades de 30. | 32 { 4 pierriers. | | gaillards. | | { 6 espingoles. | | | | | | | Corvette | | | | | sans | | 24 | id. | | gaillards. | | | | +==============+====================+=========+======================+ Chaque canon s'installe au sabord, de manire que les flasques ou le croissant de l'afft touchent la muraille; alors la vole sort au dehors de tout ce dont elle excde l'paisseur de la muraille. Tenu en cette position par les palans de ct, dont les courans sont fixs par un simple tour au bouton de culasse, le canon est dit tre au sabord ou en batterie, et amarr garans simples. C'est l'amarrage de beau temps, mais il en est de plus solides pour d'autres circonstances dont nous parlerons plus loin. L'ouverture du sabord permet de pointer ou de diriger l'axe du canon 18 ou 20, droite ou gauche de la ligne du travers. Sans coussin ni coin de mire, cet axe peut s'lever d'environ 14 au-dessus de l'horizon, et avec coussin et coin de mire s'abaisser d'-peu-prs 6 7. Quant aux caronades, elles sont prsentes au sabord comme les canons; mais, ainsi que nous l'avons dit, elles y sont en ce moment retenues bragues fixes; mais dans les mauvais temps on y ajoute quelques aiguillettes. Leur pointage peut aller de 28 droite ou gauche de la ligne du travers; leur axe peut s'lever au-dessus de l'horizon de 13 avec la vis et de 16 sans la vis; il peut s'abaisser au-dessous de 5 avec la vis, et de 14 avec le coin de mire. Il y a confusion et perte de temps tenir dans les soutes les objets ncessaires pour la manoeuvre et le service des pices; il est aujourd'hui reconnu que les objets doivent tre en grande partie dans les batteries ou prs des canons: prescrire cet gard des dispositions uniformes pour tous les temps et tous les btimens, serait cependant d'une excution presque impossible; mais le principe tant adopt, il suffit d'indiquer celles que l'on croit bonnes, ou qui sont le plus en usage. Chaque pice est numrote par batterie et en commenant par l'avant; chaque objet principal l'est aussi comme la pice laquelle il appartient. Dans les batteries couvertes, la bote capsules ou toupilles est place au milieu du dessus du sabord. Le gargoussier est maintenu gauche et prs du sabord. La baille de combat (et son faubert) est accroche, l'ouverture contre la muraille, gauche de sa pice, mi-distance des deux sabords. L'couvillon et le refouloir sont longs de chaque ct du barrot plac au-dessus de la pice. Le fanal de combat est mis comme en un tui dans un seau incendie dont chaque pice est pourvue; l'un et l'autre sont ainsi accrochs au pont suprieur contre la muraille, dans l'intervalle de deux canons voisins; quand ces fanaux servent, on les suspend au pont, dans l'intrieur, par rapport l'alignement des affts en les faisant correspondre au milieu de l'espace qui existe entre deux pices. Dans toutes les batteries la pince est droite de l'afft et l'anspect gauche, sur des supports en fer en dehors des flasques; on peut aussi les engager sur les essieux entre les flasques et les roues, ou mme les mettre sur l'entretoise. Le coussin et le coin de mire sont entre les flasques et sous la culasse. Les platines restent toujours adaptes aux pices; elles sont garnies de leurs couvre-platines. Enfin les tire-bourre et cuillres sont disposs comme les couvillons et refouloirs; mais il n'y en a qu'un de chaque espce pour une division de quatre pices. Une partie des projectiles et valets est dans la cale, et l'autre sur le pont. Un certain nombre de boulets ronds sont gauche de chaque pice, sur le pont, et retenus par un cercle de gros cordage garni de pommes; on peut y ajouter quelques crampes pour maintenir ce cercle sur le pont au roulis. D'autres boulets ronds sont placs autour des hiloires, panneaux, ou en d'autres lieux pareils, en tel nombre qu'il y ait toujours, en tout, un approvisionnement de vingt de ces projectiles par pice, dans la batterie. Les boulets rams au nombre de cinq, et les grappes de raisins au mme nombre, dont chaque pice est pourvue dans la batterie, sont accrochs rgulirement le long de la muraille, quelques pouces au-dessus du pont. S'il y a des caisses de botes de mitraille bord, elles restent dans la cale, et, en cas de combat, on monte une de ces caisses pour chaque pice. Les valets, au nombre de huit douze par pice, sont lis ensemble en forme de plateau rond que l'on place quelquefois dans la baille, quelquefois contre le bord, ou mme en forme de chapelet autour de la naissance de la vole. Les armes d'abordage destines aux chefs et servans peuvent encore tre pareillement disposes avec symtrie et got, prs des pices ou aux environs. _Remarques._ Non-seulement les objets ncessaires au service des pices doivent tre autant que possible dans les batteries, afin que les branle-bas de combat se fassent avec plus de promptitude; mais il faut y dposer encore les objets de rechange dont on peut avoir besoin pendant le combat, afin de ne pas tre oblig de distraire des servans pour aller les chercher la sainte-barbe pendant l'action. Les bragues de rechange pour canons peuvent, dans les batteries, se placer sur la face avant ou arrire des baux o on les retient par des bouts de tresse clous. Pour les caronades on doit en avoir de disposes dans la tuque d'arrire ou dans les coffres d'armes. Les affts de rechange ne doivent pas tre exposs aux boulets de l'ennemi, comme cela arrive quelquefois, mais placs de manire qu'on puisse les transporter avec la plus grande clrit lorsque le besoin s'en fait sentir. Les parcs boulets pratiqus contre le bord, et autour des hiloires des panneaux, ne suffisant pas pour contenir les 20 boulets que chaque pice doit avoir dans sa batterie, on y supple par des parcs en corde; mais comme il est difficile de les maintenir au roulis et que les crampes qui les fixent endommagent les ponts, on pratique plus ordinairement deux parcs volans situs dans les batteries basses, le premier entre le cabestan et le panneau de la cale au vin, le second en arrire du panneau de l'avant. Dans les batteries hautes, le premier entre le cabestan et le panneau de la cale au vin, et le second sur l'arrire des cuisines. Pour les gaillards on peut placer une grande quantit de projectiles entre les drmes. Comme il est dsirable d'avoir un mme nombre de valets que de projectiles, et que les sacs valets disposs contre le bord n'en contiennent pas une assez grande quantit, on peut, sans encombrement, y suppler en se servant de valets en herseaux, dont deux ou trois douzaines, passs dans un bout de filin, sont suspendus contre le bord. L'appareil ncessaire pour changer un afft bris doit tre dispos dans l'entre-pont, auprs du grand panneau; ce panneau tant le seul qui reste ouvert pendant le combat pour le passage des blesss. CHAPITRE IV. _Exercice du Canon d'un bord et par temps._ L'exercice du canon est suppos prcd du commandement de branle-bas de combat. A ce commandement, les derniers servans de droite vont chercher les objets qui ne sont pas habituellement dans les batteries, comme sacs, tabliers, platines de rechange, etc. Les pourvoyeurs vont chercher (et allumer si c'est l'exercice feu que l'on va faire) le boute-feu destin tre mis dans la baille de combat, ainsi que les cornes d'amorces qui doivent tre suspendues porte. Le chef de pice et les servans se rendent leurs canons. Le chef s'quipe de la bote capsules qu'il attache devant lui, du doigtier destin pour le pouce gauche, de l'pinglette et du dgorgeoir qu'il suspend sa ceinture; le dernier servant de droite arrive avec son tablier, et il prend place ainsi que le pourvoyeur. Enfin chacun se met son poste ainsi qu'il est prescrit par le rle de combat, et suivant les dispositions et l'ordre tablis bord. Les deux derniers servans de gauche longent le palan de retraite; le dernier l'accroche la boucle du pont en arrire de la pice, et l'autre la croupire de l'afft. Les autres servans disposent pour l'exercice le canon, qui est suppos charg et amarr garans simples. Le chargeur qui est le premier servant de droite, place l'couvillon et le refouloir sur le pont, la tte tourne du ct de la culasse; les troisimes servans de droite et de gauche longent la pince et l'anspect dans le sens de la pice, en dehors des roues et le gros bout tourn du ct de la muraille. Le premier servant de gauche met la baille de combat galement sur le pont, ainsi que le seau incendie, qui sont munis d'eau par les autres servans, si l'ordre en est donn, et ils disposent le fanal s'il y a lieu. Enfin le pourvoyeur se saisit du gargoussier. Le but qu'on se propose en faisant l'exercice est d'enseigner la manire de procder avec uniformit pour dmarrer, pointer, tirer, recharger le canon pour le remettre en batterie; et il ne sera question ici que des moyens mcaniques par lesquels on y parvient. Les rgles du pointage sont fondes sur des considrations trop leves pour trouver place dans cette section, qui est principalement destine l'instruction des servans. La description de l'exercice se divise par commandemens, et chaque article contient 1 le commandement, 2 l'explication par temps, qui est donne par celui qui commande l'exercice et qui est suivie de l'excution, laquelle ne commence qu'aprs le nouveau commandement d'action; 3 les observations qui indiquent ce qu'il peut tre ncessaire d'ajouter ou de modifier, suivant les circonstances. _TAT des hommes ncessaires pour le service d'un canon._ +===============+=======+=======+=======+=======+=======+=======+ | EMPLOIS. |Calibre|Calibre|Calibre|Calibre|Calibre|Calibre| | | de 36.| de 30.| de 24.| de 18.| de 12.| de 8. | +---------------+-------+-------+-------+-------+-------+-------+ | Chef de pice | 1 | 1 | 1 | 1 | 1 | 1 | | Servans | 12 | 10 | 10 | 8 | 8 | 4 | | Pourvoyeurs | 1 | 1 | 1 | 1 | 1 | 1 | | +-------+-------+-------+-------+-------+-------+ | TOTAUX | 14 | 12 | 12 | 10 | 10 | 6 | +===============+=======+=======+=======+=======+===============+ _Roulement._ Le roulement indique qu'on va commencer l'exercice et qu'il faut observer le plus grand silence. Toute parole inutile est svrement interdite, soit pendant l'exercice, soit devant l'ennemi. Les chefs de pices font face au sabord; les servans font face leurs pices, et s'alignent sur les deux premiers servans; tous se serrent bord, de manire que les coudes s'affleurent, la tte haute, l'oeil dirig du ct du chef, les pieds sur le mme alignement, le corps d'aplomb, les bras pendans, les mains dans les rangs, ouvertes et plat sur les cuisses. A la fin du roulement, chacun reste immobile. A dfaut de tambour, on y supple par le commandement de roulement, et l'on termine le mouvement par celui-ci: fin de roulement. 1er COMMANDEMENT. _Dtapez, dmarrez vos canons!_ _Un temps._ _Explication._ Le premier servant de droite dtape le canon et place la tape contre le bord derrire lui. Le chef de pice, aid des servans placs prs de lui, dmarre le canon et l'assujettit contre le bord, en passant au collet du bouton de culasse un tour de chaque garant qu'il fait tenir par les deuximes servans de droite et de gauche; puis il te le couvre-lumire et le passe au troisime servant de droite, qui le met prs du bord en arrire des servans. _Action!_ _Observations._ Si le roulis ou l'inclinaison du btiment n'est pas assez considrable pour dranger l'afft lorsqu'il est au sabord, il est inutile de le maintenir par les palans de ct; alors les garans restent longs sur le pont, hors de la direction des roues. Dans tous les cas, les bouts sont cueillis par les avant-derniers servans de droite et de gauche, en dehors des files de servans et par le travers de la culasse; ils sont ainsi bien pars se filer d'eux-mmes au recul. S'il y a du roulis, ou si l'on est la bande sur l'autre bord, le chef fait maintenir la pice jusqu'au commandement de feu; mais auparavant il doit avoir l'attention de faire mettre, en dessous, le garant du ct o il prvoit que la culasse devra tre jete pour pointer. 2me COMMANDEMENT. _Dgorgez, amorcez!_ _Un temps._ _Explication._ Le chef de pice prend le dgorgeoir de la main droite; il perce la gargousse, et s'assure au mouvement du poignet et la longueur de la sonde, que la gargousse est perce; il arme[5] la platine, ouvre ensuite la bote capsules (ou toupilles si la platine est pierre), en prend une, referme la bote, et il introduit cette capsule dans la lumire en la pressant fortement avec le pouce. [5] On prescrit d'armer avant d'amorcer, de crainte que le marteau en s'chappant ne fasse partir le coup. Par le mme motif, il faut retirer la capsule, dans le cas o il y aurait lieu dsarmer la platine. _Action!_ _Observations._ Si l'on manque de capsules (ou d'toupilles), ou si la platine est dmonte et qu'elle ne puisse tre remplace, le chef se fait donner la corne d'amorce par le servant le plus porte qu'il dsigne, et il amorce la pice en introduisant de la poudre dans la lumire avec l'pinglette qu'il tient de la main gauche, ayant soin de ne pas laisser engorger la lumire; il remplit de poudre le champ de lumire, et en prolonge une trane, autant qu'il le peut, du ct o on doit mettre le feu. Il s'assure ensuite que la corne d'amorce est bien ferme, et il la prend deux mains pour craser la partie de la poudre qui doit tre allume par le boute-feu; puis il te avec le plat de la main gauche le pulverin (ou poussire de poudre) qui peut s'tre attach la corne; il la capelle par-dessus l'paule gauche, il la place derrire lui, le petit bout du ct gauche, et il met le couvre-lumire qu'il se fait donner par le troisime servant de droite. Si la platine tait pierre, il agirait de mme, mais il ne devrait pas oublier de remplir le bassinet de poudre et de le refermer ensuite[6]. [6] D'aprs les expriences faites sur les platines et moyennant celles de prcaution qui sont dans les batteries, l'emploi du boute-feu doit tre fort rare. 3me COMMANDEMENT. _Pointez!_ _Trois temps._ _Explication._ Premier temps. Le chef de pice se place droite du palan de retraite, le pied gauche en avant et plat, le genou pli, la jambe droite allonge; la main gauche sur la plate-bande de culasse, et la main droite la poigne du coin de mire; les troisimes servans, aids par les quatrimes pour les gros calibres (ceux de 24 et au-dessus), prennent les pinces et anspects, les placent sur les adents de l'afft, et ils lvent ou abaissent la culasse au commandement du chef de pice, jusqu' ce que le canon soit au point convenable, c'est--dire que la ligne de mire soit, autant que possible, dirige sur le point o l'on doit viser lorsque le btiment est dans une position moyenne ses balancemens de roulis. _Action!_ _Deuxime temps._ Les mmes servans embarrent aux flasques pour diriger la pice droite ou gauche; le chef dcapelle les garans, il en charge les derniers servans aids par ceux qui ne sont pas occups au pointage, pour que tous contiennent la pice au sabord; puis il prend de la main droite le cordon de la platine, et il se porte vivement en arrire au-del du recul du canon. Il vise en s'inclinant et en mettant dans le mme alignement son oeil, le point le plus lev de la culasse, et le point le plus lev de la vole. _Action!_ _Troisime temps._ Le chef fait le commandement _ postes!_ auquel les servans, chargs de pinces et anspects, les retirent de dessous les flasques, viennent reprendre leur alignement, et les tiennent le bout pos sur le pont, de manire que les roues de l'afft ne puissent passer dessus en cas de recul de la pice. _Action!_ _Observations._ Lorsque celui qui commande l'exercice commande de pointer en belle, le chef de pice fait endenter la pince et l'anspect entre les adents de l'afft et la culasse, et il les fait ensuite embarrer sous l'afft jusqu' ce que la pice soit horizontale et perpendiculaire au seuillet du sabord. Pour le commandement d'en plein bois, il faut, par les mmes moyens, que la pice soit pointe de telle sorte que le boulet frappe au milieu de la hauteur de ce qui parat de la coque de l'ennemi, et le plus possible dans le voisinage du grand mt. De mme, pour pointer en arrire, il faut porter la culasse en avant; pour pointer en avant, il faut porter la culasse en arrire; dmter, il faut diriger la ligne de mire de manire que le boulet frappe la mture, particulirement celle de misaine, mais pas plus haut que le trelingage. A couler bas, il faut diriger la ligne de mire de telle sorte que le boulet frappe la ligne de flottaison. Enfin s'il n'y a pas d'ordre, les chefs de pices pointeront tous de manire frapper la position prsume de la roue, ou en cas d'impossibilit, vers le point qui en est le plus rapproch; il peut en rsulter un feu concentr qui peut tre fort efficace. Si la bande est trop forte pour que le chef puisse pointer assez haut, on a la ressource d'ter les roues de l'arrire, mais ce ne peut tre sans que le chef de la batterie en ait t averti: lui seul peut en donner l'ordre, aprs avoir pris ceux du commandant du btiment, qui pourrait prfrer de prendre une autre position. 4me COMMANDEMENT. _Feu!_ _Deux temps._ _Explication._ Premier temps. Le chef de pice attend que les mouvemens du navire amnent la ligne de mire dans la direction du point o l'on doit viser; et quand il le voit prs d'arriver, il l'indique par un signal, puis il fait feu en donnant un coup de poignet sec au cordon de la platine. A ce signal du chef de pice, les servans chargs des garans de palans, les laissent tomber hors de la direction des roues; ceux qui ont en main la pince et l'anspect, les posent sur le pont; tous les servans, l'exception des premiers de droite et de gauche, se portent vivement au palan de retraite pour l'embraquer au recul, et mme le palanquer si le canon n'est pas assez rentr. Le premier servant de droite prend la pince par le gros bout pour caler les roues, ds que l'afft n'est plus au sabord; il doit aussi parer les palans et la brague avec le premier servant de gauche; et le dernier servant de gauche fait une demi-clef sur le palan de retraite. _Action!_ Deuxime temps. Les troisimes servans de droite et de gauche, aids par les quatrimes pour les gros calibres, prennent la pince et l'anspect, embarrent sous la culasse qu'ils lvent pour que le chef place le coussin et le coin de mire, de manire mettre la pice mme d'tre charge; les autres servans rouent les garans des palans de retraite et de ct; l'anspect est remis sa place, la pince en travers des roues, et chacun reprend son poste. _Action!_ _Observations._ Si la capsule ne prend pas, le chef la retire et en met une nouvelle. Si l'on se sert d'une toupille et que le coup ne parte pas, il faut laisser teindre le feu de l'toupille avant de s'approcher de la pice pour la remplacer; il en est de mme quand on a amorc avec de la poudre. Lorsque la lumire ne fume plus, le chef de pice et le servant charg du vieux linge s'avancent vers la pice; le premier pour dgorger, amorcer s'il y a lieu, et l'autre pour nettoyer la platine. Le chef rectifie toujours son pointage avant de remettre le feu sa pice, et il agit ensuite comme il a t dit au 4me commandement. S'il est tomb quelque parcelle d'toupille, capsule allume, ou poudre, sur le pont, il faut les mouiller avec le faubert. Quand, par la position du vaisseau lors du tir, on craint que la violence du recul n'aille jusqu' briser la poulie du palan de retraite, il faut dcrocher ce palan et le parer de manire qu'on puisse le recrocher aussitt que le coup est parti. Lorsque les platines seront dmontes et qu'elles ne pourront pas tre remplaces, on mettra le feu la pice l'aide du boute-feu. Alors le dernier servant de gauche saisit le pied du boute-feu de la main droite, il en prend la tte de la main gauche, il se place vis--vis de la lumire faisant face au sabord, il se baisse pour souffler la mche, bien au-dessous de la hauteur de la lumire; il la porte ensuite quatre doigts de la plate-bande de culasse, pour faire feu au commandement du chef; ce qu'il excute en portant la mche l'amorce, de manire que le boute-feu ne soit pas au-dessus de la lumire. 5me COMMANDEMENT. _Bouchez la lumire; couvillonnez!_ _Deux temps._ _Explication._ Premier temps. Le chef de pice prend le dgorgeoir de la main droite et l'enfonce dans la lumire pour voir si elle est dgage; il la bouche bien ensuite avec le pouce de la main gauche, jusqu' ce que la pice soit charge, ne l'tant que pendant les momens o il se sert de son dgorgeoir; le premier servant de droite se porte en mme temps la vole, en passant par-dessus les palans et brague; le deuxime servant lui remet l'couvillon, qu'il enfonce dans la pice. _Action!_ Deuxime temps. Le premier servant de droite tourne plusieurs fois l'couvillon dans le sens convenable pour faire prendre le tire-bourre, et il le retire en le tournant du mme ct; il le pose sur la vole de la pice, et il le secoue trois ou quatre fois en dvirant pour faire tomber les culots de gargousses et la crasse. Le chef de pice passe le dgorgeoir dans la lumire pour s'assurer qu'elle est pare; si elle ne l'est pas, il fait couvillonner de nouveau jusqu' ce qu'elle soit dgage, et il rebouche la lumire. En mme temps, le servant charg du tablier nettoie la platine, puis il reprend son poste. _Action!_ _Observations._ Si le chef de pice ne peut parvenir parer la lumire, il en prvient l'officier ou le matre le plus porte, qui la fait dgager par les canonniers porteurs des vrilles et vilebrequins. Il faut couvillonner avec beaucoup de soin pour dcrasser la pice et pour en retirer tout ce qui peut s'y trouver d'tranger; il en rsulte encore l'avantage que la lumire ne se trouve pas obstrue, et qu'aucun culot n'empche la gargousse de se rendre au fond de l'me. Il est bon de rafrachir une pice de temps en temps, par exemple quand elle a tir huit ou dix coups. C'est ce commandement qu'on le fait, en aspergeant l'couvillon avec la main, avant de l'introduire dans l'me, et en frottant en mme temps la pice avec un faubert mouill. 6me COMMANDEMENT. _Au refouloir!_ _Un temps._ _Explication._ Le premier servant remet l'couvillon au second; il reoit de lui le refouloir, dont il place le bouton sur la tte de l'afft, et tient la hampe des deux mains. Si c'est du calibre de 12 et au-dessous, il change l'couvillon en refouloir, lequel se trouve sur la mme hampe. _Action!_ _Observation._ Pour changer l'couvillon en refouloir, et rciproquement, il faut appuyer le milieu de la hampe sur la vole, et diriger le ct de l'couvillon de manire passer en dessus. 7me COMMANDEMENT. _La gargousse dans le canon; la poudre!_ _Un temps._ _Explication._ Le premier servant de gauche fait un demi gauche, reoit du pourvoyeur la gargousse, qu'il place dans le canon, le culot le premier, la couture en dessous; le premier servant de droite l'enfonce jusqu'au fond du canon avec le refouloir. Il allonge le bras droit de toute sa longueur, en tenant la main gauche sur la vole du canon et le corps un peu inclin en avant, prt refouler. Ds que le pourvoyeur a remis la gargousse, il va en chercher une autre, ayant le gargoussier sous le bras gauche et la main droite sur son couvercle. _Action!_ _Observations._ Quand les pices sont chauffes, ou que les distances sont trs-rapproches, il peut arriver que l'on donne l'ordre de saigner les gargousses; mais cette besogne ne regarde nullement ni le chef de pice, ni les servans, ni le pourvoyeur, qui doivent employer la gargousse telle qu'elle leur est donne. Cet ordre ne peut venir que du commandant du btiment, et alors il s'excute, soit dans la soute, soit dans tout autre lieu dsign, mais toujours par les soins de personnes galement dsignes, et qui ne font pas partie de l'quipage des pices. Si le chargeur s'aperoit que la gargousse se soit creve en l'introduisant, il doit mettre alors un valet aprs la gargousse pour ramasser la charge au fond de la pice. Le pourvoyeur doit viter, en allant chercher la gargousse, de mettre dans ses mouvemens une prcipitation qui pourrait le faire trbucher ou tomber. Quand il remet la gargousse au premier servant de gauche, il ne tient le gargoussier ouvert que le moins de temps possible, et l'abri, s'il y a lieu, du feu de la pice voisine; en ce moment il doit visiter son gargoussier, et s'il contient de la poudre chappe de la gargousse, il la renverse sur la baille. Si la pice devait rester long-temps charge, on mettrait en outre un valet entre la gargousse et le boulet. Sans cette prcaution, si le boulet prenait du jeu, il pourrait, au roulis, comprimer trop fortement la poudre de la gargousse. 8me COMMANDEMENT. _Refoulez!_ _Un temps._ _Explication._ Le premier servant de droite refoule trois coups et abandonne la hampe du refouloir en effaant le corps. Le chef de pice passe le dgorgeoir dans la lumire pour s'assurer que la gargousse est rendue; si elle ne l'est pas, il fait refouler de nouveau; si elle l'est, il fait un signal de la main, auquel le premier servant retire le refouloir, et en place le bouton sur la tte de l'afft; en mme temps, le second servant de gauche se baisse vivement et prend un boulet qu'il remet au premier; il prend ensuite un valet. _Action!_ _Observations._ Il est trs-important que le chef de pice ne dbouche jamais la lumire sans s'tre positivement assur que le chargeur s'est effac, et qu'il n'est plus devant la pice, afin d'viter, pendant ce temps, que l'explosion possible de la charge n'enlve le chargeur. Lorsque la mer est assez grosse pour obliger de fermer les sabords de la premire batterie, aussitt que le coup de canon est tir, on doit mettre la vole hauteur du hublot, afin de pouvoir y passer les hampes d'couvillon et de refouloir, et charger par ce moyen. Si l'on est abord par un vaisseau, de manire que les mouvemens des hampes de bois ne puissent avoir lieu, il faut y substituer des couvillons et refouloirs hampes de corde, lesquels sont runis pour tous les calibres. On ne doit pas refouler plus de trois coups, parce que la gargousse doit tre confectionne de manire se rendre assez facilement; que la poudre trop refoule donnerait moins de porte au projectile, et qu'on pourrait faire adhrer au fond de l'me le culot, qui, en y sjournant, nuirait la charge suivante. Si la gargousse prouvait d'ailleurs quelque difficult entrer, il faudrait, soit la retirer avec le tire-bourre, et la faire changer par le pourvoyeur dans le cas o elle serait dfectueuse, soit couvillonner et nettoyer de nouveau le canon, si l'obstacle provenait de son intrieur. La hampe du refouloir doit avoir une marque qui indique quand la gargousse est rendue. 9me COMMANDEMENT. _Le boulet et le valet dans le canon!_ _Explication._ Le premier servant de gauche met le boulet dans le canon, et l'empche de tomber en plaant la main droite devant la bouche de la pice; il reoit du second servant le valet, qu'il prend de la main gauche et qu'il place sur le boulet. Le premier servant de droite enfonce aussitt le valet sur le boulet avec le refouloir; il s'assure qu'il est rendu par la longueur de la hampe, et il en rend compte au chef, par ces mots: _rendu, chef!_ Il allonge le bras droit de toute sa longueur, il tient la main gauche sur la vole et le corps inclin en avant prt refouler; le premier et second servant de gauche reprennent leur poste. _Action!_ _Observations._ On ne met qu'un projectile dans le canon, moins que le commandant n'en ordonne autrement; il donne l'ordre en mme temps de saigner la gargousse ou d'employer celles qui sont prpares l'avance et qui ne contiennent de poudre que le quart du poids du boulet. Les chefs de la batterie font bien connatre alors quel est l'ordre dans lequel les projectiles seront placs. Le valet ne se met qu'aprs le dernier de ces projectiles. Le premier servant de droite est spcialement charg de veiller ce que le boulet qui doit tre introduit par le premier servant de gauche, ne tombe pas la mer; ce n'est qu'autant qu'il en est sr qu'il doit lui-mme introduire le valet. Si le boulet ne peut pas entrer dans la pice, il doit tre remplac et mis de ct pour tre nettoy par la suite; s'il s'arrte dans l'intrieur avant d'tre rendu, on ne doit pas le forcer, mais le retirer, ce qui s'effectue en levant la culasse et lui donnant quelques secousses contre le seuillet du sabord, ou au moyen de la cuiller. On enlve ensuite avec l'couvillon les culots ou dbris qui s'opposent son introduction. Si le valet prouve trop de difficult entrer dans la pice, on le remplace aussitt, et le premier est donn aux autres servans pour qu'ils l'amoindrissent en le roulant sous les pieds, ou en le battant avec l'anspect en le roulant de nouveau pour l'arrondir. Les marques des hampes doivent tre susceptibles d'tre reconnues la nuit comme le jour. 10me COMMANDEMENT. _Refoulez!_ _Un temps._ _Explication._ Le premier servant de droite refoule deux coups; il retire le refouloir et le passe au second, qui le pose sur le pont; le premier et second servant de droite reprennent leur poste. _Action!_ 11me COMMANDEMENT. _En batterie!_ _Deux temps._ _Explication._ Premier temps. Le premier servant de droite dcale les roues et pose la pince sa premire place; puis avec le premier servant de gauche ils soutiennent les bragues, pour empcher qu'elles ne s'engagent pendant le mouvement. Le dernier servant de gauche dfait la demi-clef du palan de retraite et tient le garant pour filer mesure que la pice ira en batterie. Tous les autres servans se rangent sur les palans de ct. _Action!_ _Deuxime temps._ Le chef de pice commande palanquez! Tous les servans agissent ensemble pour mette la pice en batterie droit au milieu du sabord, et aussitt qu'elle y est, le chef a soin de l'assujettir, en passant un tour de chaque garant au collet du bouton. Les garans sont tenus par les deuximes servans de chaque ct. _Action!_ _Nota._ Si l'on continue l'exercice, on reprendra au 2me commandement. Si on ne le continue pas, on le termine par le 12me commandement, dans lequel on suppose que l'amarrage est simple. S'il devait tre d'un autre genre, il faudrait l'noncer et le faire excuter. _Observations._ Le dernier servant de gauche doit particulirement veiller le roulis, afin de contretenir, quand il y a lieu, pour empcher la pice d'aller heurter le bord trop vivement, ce qui serait susceptible de dranger la charge. Dans un combat vergue vergue, pour acclrer le tir dans le fort d'une action dcisive, ou lorsque les servans sont fatigus ou rduits en nombre, on est quelquefois oblig de tirer la pice sans la mettre en batterie; c'est ce qu'on appelle _ longueur de brague_. Il faut alors saupoudrer un faubert mouill, ou tout autre corps pareil, de sable ou de cendre, et le faire servir caler les roues de derrire pour soulager la brague dans l'effort qu'elle aura supporter, et l'on y contribue encore en raidissant les palans de cts. D'ailleurs le palan de retraite sera bien raidi, et mme, au besoin, renforc par son garant, que l'on fera passer plusieurs fois dans l'estrope de culasse, ainsi que dans la boucle du palan de retraite; la pince sera mise en travers des roues de l'avant pour contribuer avec ce palan empcher la pice de se rendre au sabord. Il est alors plus essentiel que jamais de veiller aux accidens du feu. 12me COMMANDEMENT. _Tapez, amarrez vos canons!_ _Deux temps._ _Explication._ Premier temps. Le troisime servant de droite remet le couvre-lumire au chef de pice, qui l'amarre sur la culasse, et qui ensuite dcapelle les palans et les fait tenir par les derniers servans; il fixe entre les flasques et les garans le mou de la brague qui est soutenue par le deuxime servant; il fait raidir les palans par tous les servans; il les arrte par un tour mort au collet du bouton, et en passant le double de chaque garant entre ce garant et la plate-bande de culasse, en dessus et en dessous. _Action!_ _Deuxime temps._ Le premier servant de droite met la tape au canon, les autres servans rouent les palans, les amarrent le long des flasques, et mettent les attirails ncessaires la manoeuvre, aux places o ils taient auparavant. Le dernier servant de gauche dcroche le palan de retraite et le place sur le canon. Les objets apports des soutes, et qui ne sont pas susceptibles de rester dans les batteries, sont rapports par les canonniers dsigns pour ce service et par le pourvoyeur. _Action!_ _Observations._ Si dans un combat il s'agissait d'amarrer les pices momentanment pendant qu'on irait servir celles de l'autre bord, on les assujettirait, soit en batterie avec les palans de ct, soit au recul avec la pince mise en avant des roues et avec le palan de retraite amarr. Quand le roulis exige un amarrage plus solide, on laisse deux ou trois servans pour excuter celui qui est prescrit, et ces servans retournent prendre poste de l'autre bord ds qu'il est fini. _Roulement!_ Chacun prend son poste comme au commencement de l'exercice, et nul ne le quitte que lorsqu'on bat la breloque. EXERCICE DE LA CARONADE D'UN BORD ET PAR TEMPS. Le commandement de _branle-bas de combat_ s'excute comme il a t dit pour le canon, si ce n'est que les caronades tant en ce moment brague fixe, il n'y a point lieu longer le palan de retraite. La caronade est galement suppose _charge, et amarre seulement par sa brague_. Pour une caronade d'un calibre quelconque, il ne faut que quatre hommes: un chef de pice, un servant de droite chargeur, un servant de gauche fournisseur, et un pourvoyeur. Le chef se rend sa pice et s'quipe, ainsi qu'on l'a expliqu en parlant du canon; il visite les amarrages de brague, et il met le levier de pointage en place. Les deux servans vont chercher et disposent sur le pont, prs de la muraille, les coins de mire, la pince et l'anspect (ces deux derniers allous par deux caronades). Ils disposent ensuite la baille de combat, le seau incendie et le fanal, comme on l'a vu prcdemment. Le fournisseur porte le tablier garni, et le pourvoyeur se saisit du gargoussier. Celui-ci se place gauche de la pice faisant face au sabord et affleurant le fournisseur avec le coude. _Roulement!_ Comme pour le canon. 1er COMMANDEMENT. _Dtapez vos caronades; dmarrez le couvre-lumire!_ _Un temps._ _Explication._ Le chargeur te la tape de la caronade et la place contre le bord derrire lui. Le chef de pice dmarre le couvre-lumire, et il le place prs du bord, en arrire du servant de droite. _Action!_ 2me COMMANDEMENT. _Dgorgez; amorcez!_ _Un temps._ _Explication._ (Comme au 2me commandement pour le canon.) _Observations._ (Comme au 2me commandement pour le canon.) 3me COMMANDEMENT. _Pointez!_ _Deux temps._ _Explication._ Premier temps. Le chef de pice se place droite du levier de pointage, le pied gauche en avant et plat, le genou pli, la jambe droite allonge, la main gauche sur la plate-bande de culasse, et la main droite la poigne du levier de pointage, de manire lever ou baisser la culasse, jusqu' ce que la caronade soit au point convenable, c'est--dire que la ligne de mire soit, autant que possible, dirige sur le point o l'on doit virer, lorsque le btiment est dans une position moyenne ses balancemens de roulis. _Action!_ _Deuxime temps._ Le chef de pice prend de la main droite le cordon de la platine, et il se porte vivement en arrire au-del du bout du levier de pointage; en mme temps les servans s'en approchent pour diriger la caronade d'aprs le signal du chef, qui s'incline et vise, en mettant dans le mme alignement son oeil, le point le plus lev de la culasse et le point le plus lev de la vole. Quand le pointage est fini, il fait le commandement _ postes!_ auquel les servans reprennent leur premire position. _Action!_ _Observations._ Lorsque celui qui commande l'exercice ordonne de pointer _en belle_, le chef de pice fait mouvoir le levier et la vis, de manire ce que la pice arrive tre droite au sabord. Pour le commandement _d'en plein bois_ (comme aux 2me et 3me paragraphes des _observations_ au 3me commandement pour le canon.) Si la bande est trop forte pour que le chef puisse pointer sur l'ennemi, il a la ressource du coin de mire pour abaisser le pointage; et s'il veut l'lever, il dmonte la vis. 4me COMMANDEMENT. _Feu!_ _Un temps._ _Explication._ Le chef de pice attend, etc. (Comme au 1er paragraphe de l'_explication_ du 4e commandement pour le canon.) _Observations._ (Comme aux 1er, 2me et 4me paragraphes des _observations_ du 4me commandement pour le canon.) 5me COMMANDEMENT. _Bouchez la lumire, couvillonnez!_ _Deux temps._ _Explication._ Premier temps. Le chef de pice prend le dgorgeoir de la main droite, et l'enfonce dans la lumire pour voir si elle est dgage; il la bouche ensuite avec le pouce de la main gauche, jusqu' ce que la pice soit charge, ne l'tant que pendant les momens o il se sert du dgorgeoir. Le servant de droite se porte vivement la vole de la caronade, passe le corps et la jambe en dehors du seuillet du sabord, et pose le pied droit sur le taquet qui est dispos cet effet; son pied gauche est appuy en dedans. _Action!_ _Deuxime temps._ Le servant de gauche prend l'couvillon, et il le donne au servant de droite: celui-ci tourne plusieurs fois l'couvillon, etc. (Comme aux 2me et 3me paragraphes des _explications_, et comme aux _observations_ du 5me commandement pour le canon.) 6me COMMANDEMENT. _La gargousse dans la caronade; au refouloir; la poudre!_ _Un temps._ _Explication._ Le servant de droite remet l'couvillon au servant de gauche, qui le pose contre le bord et se tourne ensuite vivement du ct du pourvoyeur pour en recevoir la gargousse; il la donne au chargeur qui la place dans la pice, le culot le premier, la couture en dessous; le servant de gauche remet l'couvillon en place, prend le refouloir, le passe celui de droite qui s'en sert pour enfoncer la charge jusqu'au fond de la caronade; il allonge le bras droit de toute sa longueur, ayant la main gauche sur la vole et le corps un peu inclin en avant, prt refouler. Ds que le pourvoyeur a remis la gargousse, il va en chercher un autre, ayant le gargoussier sous le bras gauche, et la main droite sur le couvercle. _Action!_ _Observations._ (Comme au 7me commandement pour le canon.) 7me COMMANDEMENT. _Refoulez!_ _Un temps._ _Explication._ Le servant de droite refoule trois coups et abandonne la hampe du refouloir en effaant le corps. Le chef de pice passe le dgorgeoir dans la lumire pour s'assurer que la gargousse est rendue; si elle ne l'est pas, il fait refouler de nouveau; si elle l'est, il fait un signal de la main auquel le servant retire le refouloir et le passe au servant de gauche, qui le pose et prend vivement un boulet. _Action!_ _Observations._ Il est trs-important, etc. (Comme au 1er paragraphe des _observations_ du 8me commandement pour le canon.) On ne doit pas refouler plus de trois coups, etc. (Comme au 4me paragraphe des _observations_ du 8me commandement pour le canon.) 8me COMMANDEMENT. _Le boulet et le valet dans la caronade!_ _Un temps._ _Explication._ Le servant de gauche pose le boulet sur la caronade et le conduit avec les mains jusqu' ce que le servant de droite puisse le prendre; alors celui-ci l'introduit dans la caronade et place sa main droite devant la bouche de la pice pour empcher le boulet de tomber. Le servant de gauche prend aussi un valet et le refouloir; il remet d'abord le valet celui de droite qui le prend de la main gauche et le place sur le boulet; puis il lui donne le refouloir qu'il prend de la main droite, et avec lequel il enfonce la charge. Il s'assure qu'elle est rendue par la longueur de la hampe; il en rend compte par ces mots: _rendu, chef!_ et il allonge le bras droit de toute sa longueur, la main gauche sur la vole et le corps inclin en avant. _Action!_ _Observations._ On ne met qu'un projectile dans la caronade surtout, moins que le commandant, etc. (Comme au 1er paragraphe des _observations_ du 9me commandement pour le canon.) Le chargeur doit avoir soin que le boulet ne tombe pas la mer, et le valet ne doit tre plac qu'autant qu'il est sr que le boulet est dans la pice; ce dont au surplus il s'apercevra toujours, aprs qu'il aura enfonc la charge, par la marque qui est sur la hampe. Si on dcouvrait alors que le boulet n'est pas dans la pice, il faudrait ter le valet avec le tire-bourre pour mettre un autre boulet. Si le boulet n'entre pas dans la pice, etc. (Comme au 3me paragraphe des _observations_ du 9me commandement pour le canon.) 9me COMMANDEMENT. _Refoulez!_ _Un temps._ _Explication._ Le servant de droite refoule deux coups; il retire le refouloir et le passe au servant de gauche qui le remet sa place. _Action!_ _Nota._ Si on continue l'exercice, on reprend au 2me commandement. Si on ne continue pas, on le termine par le commandement qui suit: 10me COMMANDEMENT. _Tapez vos caronades, amarrez le couvre-lumire!_ _Un temps._ _Explication._ Le servant de droite remet la tape la caronade. Le chef de pice va prendre le couvre-lumire et l'amarre; puis il te le levier de pointage qu'il fait remettre, ainsi que les autres attirails, o ils taient avant la manoeuvre. Les objets apports des soutes et qui ne sont pas susceptibles de rester dans les batteries, sont reports par les servans et par les pourvoyeurs. _Action!_ _Roulement._ Chacun reprend son poste comme au commandement de l'exercice, et nul ne le quitte que lorsqu'on bat la breloque. EXERCICE DU CANON OBUSIER. _Roulement._ Comme pour le canon. 1er COMMANDEMENT. _Dtapez, dmarrez vos canons!_ (Un temps.) Comme pour le canon. 2me COMMANDEMENT. _Dgorgez, amorcez!_ (Un temps.) Comme pour le canon. 3me COMMANDEMENT. _Pointez!_ (Trois temps.) Comme pour le canon. 4me COMMANDEMENT. _Feu!_ (Deux temps.) _1er temps._ Comme pour le canon jusqu' ces mots, si le canon n'est pas assez rentr. Le chef de pice dans ce cas facilite le mouvement de rentre en prenant son levier-directeur, dont il engage le bec dans le cran de la tige mobile, pour lever le derrire de l'afft. Les premiers servans de droite et de gauche rests leur poste parent les palans et bragues. Le chef de pice remet le levier-directeur sa place, et le 2e servant de gauche fait une demi-clef au palan de retraite. _2e temps._ Comme pour le canon. 5me COMMANDEMENT. _Bouchez la lumire, couvillonnez!_ (Deux temps.) _1er temps._ Comme pour le canon. Aprs ces mots, qu'il enfonce dans la pice, ajoutez: l'aide du premier servant de gauche qui se porte galement la vole de l'obusier par un mouvement semblable celui de droite. _2e temps._ Les deux servans tournent plusieurs fois l'couvillon au fond de la chambre et de l'me dans le sens ncessaire pour faire prendre le tire-bourre, et ils le retirent en le tournant du mme ct. (Le reste comme pour le canon.) 6me COMMANDEMENT. _Au refouloir!_ (Un temps.) Comme pour le canon. 7me COMMANDEMENT. _La gargousse dans le canon; la poudre; l'obus!_ (Un temps.) Le premier servant de gauche fait un demi gauche et reoit du pourvoyeur la gargousse qu'il place dans le canon, le culot le premier, la couture en dessous; puis il aide le premier servant de droite l'enfoncer avec le refouloir jusqu'au fond de la chambre. Tous les deux prennent la position de refouler. Ds que le pourvoyeur a remis la gargousse, il va en chercher une autre, ayant le gargoussier sous le bras gauche et la main droite sur son couvercle. Le deuxime servant de gauche prend la bote vide et se dirige avec le troisime servant du mme ct, vers l'coutille destine au passage des projectiles chargs. Le deuxime servant affale la bote par l'coutille au moyen d'un cartahu croc; puis tous les deux hissent dans la batterie, par le mme moyen, la bote renfermant l'obus; lovent le cartahu sur la bote; ils la saisissent ensuite par les anses, le deuxime de la main droite, et le troisime de la main gauche, et la transportent sur l'avant de l'afft, sous la vole de l'obusier, en passant par derrire la file des servans de gauche. Aprs l'avoir pose sur le pont, tous les deux reprennent leur poste. _Action!_ 8me COMMANDEMENT. _Refoulez!_ (Un temps.) Les premiers servans de droite et de gauche refoulent trois coups bien gaux et abandonnent la hampe du refouloir en effaant le corps. Le chef de pice passe le dgorgeoir dans la lumire pour s'assurer que la gargousse est rendue au fond de la chambre. Si elle ne l'est pas, il fait refouler de nouveau; si elle l'est, il fait un signal de la main, auquel le premier servant retire le refouloir qu'il passe au deuxime qui le pose sur le pont, et duquel il reoit le gros refouloir qu'il pose sur le seuillet de sabord, la tte sur le pont, appuyant contre le devant du flasque droit. _Action!_ 9me COMMANDEMENT. _L'obus et le valet dans le canon!_ (Un temps.) Les premiers servans de droite et de gauche enlvent l'obus de la bote et l'lvent la hauteur de la bouche de la pice. Le deuxime servant de gauche retire aussitt la bote, laquelle il remet le couvercle t prcdemment, et la place contre le bord derrire lui. Le premier servant de gauche introduit l'obus dans le canon aprs l'avoir pralablement dcoiff, il le maintient dans cette position avec la main gauche, ayant la main droite appuye contre la masse de mire. Le premier servant de droite prend le refouloir, et aid du premier servant de gauche qui abandonne l'obus, il l'enfonce au fond de l'me et retire le refouloir. Le premier servant de gauche reoit du deuxime, du mme ct, un valet qu'il place dans la pice, et les deux premiers servans l'enfoncent sur l'obus avec le refouloir. Le premier servant de droite s'assure que l'obus et le valet sont rendus au fond de la pice par la longueur de la hampe, et en rend compte au chef. Ces deux servans prennent la position pour refouler. 10me COMMANDEMENT. _Refoulez!_ (Un temps.) Comme pour le canon. 11me COMMANDEMENT. _En batterie!_ (Deux temps.) _1er temps._ Le chef de pice prend le levier-directeur, et le tenant des deux mains par l'extrmit, il engage le bec sous la tige mobile. (Comme pour le canon.) _2e temps._ Le chef de pice plac paralllement l'afft, faisant effort sur le trou du levier-directeur, soulve le derrire de l'afft et commande _palanquez!_ alors tous les servans agissent ensemble pour mettre la pice en batterie droite au milieu du sabord; le chef facilite ce mouvement en continuant de peser sur son levier et poussant en avant jusqu' ce que la pice soit en batterie. Alors il dbarre, remet le levier-directeur sa place, et (comme pour le canon.) 12me COMMANDEMENT. _Tapez, amarrez vos canons!_ (Deux temps.) Comme pour le canon. _Nota._ L'armement de ces bouches feu est le mme que pour le canon de 36, plus un levier-directeur et un petit refouloir tte conique pour la gargousse. Mais le levier-directeur n'est utile que lorsque l'afft est priv de roues de derrire; dans le cas contraire, tout ce qui a rapport dans l'exercice au levier-directeur, doit tre supprim. EXERCICE DES DEUX BORDS, ET A VOLONT. L'exercice des deux bords n'apporte aucune modification la manire dont une pice doit tre pointe, tire et charge. Mais comme alors ce sont les canonniers d'un seul bord qui se partagent pour faire le service des deux bords, il a fallu adopter un ordre de rpartition qu'il importe de faire connatre. Cet exercice se divise en quatre parties. I.--_Armement des pices et changement de bord._ TROIS COMMANDEMENS. 1er.--_Armez les deux bords!_ _Explication._ Les chefs des pices paires si l'on est tribord, et ceux des pices impaires si l'on est bbord, disposent sur le boulon de culasse les botes capsules, le doigtier, le dgorgeoir, l'pinglette et le tablier du servant. _Action!_ _Observation._ Le numrotage des pices commence par l'avant, et si le nombre des pices d'une batterie est impair, l'quipage des deux dernires pices de l'arrire les manoeuvre ensemble comme s'il s'agissait de deux pices voisines. 2e.--_Par le flanc gauche et par le flanc droit; gauche, droite!_ _Explication._ Les servans de droite font _gauche_, ceux de gauche font _droite_, et les chefs de pice _demi-tour_ _droite_! tous se tiennent prts se porter la pice correspondante de l'autre bord. _Action!_ _Observation._ Dans un combat, c'est le chef de pice qui fait le commandement de par le _flanc gauche!_ etc. 3e.--_Marche!_ _Explication._ Les chefs de pices qui ont fait demi-tour se rendent avec leurs servans aux pices correspondantes de l'autre bord, et dtachent, chemin faisant, la pice voisine droite, les trois premiers servans de droite, savoir: le premier pour chef de pice; le deuxime pour chargeur, et le troisime pour fournisseur. A cet effet, les servans de droite marquent le pas jusqu' ce que le dernier homme de la file de gauche l'ait dpass, et tous se rendent leur poste en se formant, les servans de gauche sur la droite, et ceux de droite sur la gauche, par file en bataille. Les chefs de pices qui n'ont pas quitt leurs pices, s'quipent du tablier et envoient celle qui est voisine droite, devenue vacante, les trois premiers servans de droite; le premier pour chef de pice, le deuxime pour chargeur, et le troisime pour fournisseur. Les chargeurs envoys pour chefs de pices, sont nomms _chefs provisoires_, et les autres, _chefs titulaires_. A chaque pice des deux bords o se trouve le chef titulaire, le premier servant de gauche devient chargeur, et le second fournisseur. Chaque chef, son arrive la nouvelle pice qu'il va servir, s'arme de la bote capsules, du doigtier, du dgorgeoir et de l'pinglette qui doivent s'y trouver; les couvillons et les refouloirs sont passs la gauche des pices dans toutes les batteries; le chef de pice dmarre le couvre-lumire et fait dtaper la pice. _Action!_ _Observation._ Pendant un combat, c'est le chef qui fait le commandement de _marche!_ Le tablier est suppos avoir t apport au commandement de _branle-bas_. II.--_Manoeuvre de la pice de chaque chef titulaire jusqu' ce qu'elle ait fait feu, et passage des servans mobiles la pice de chaque chef provisoire._--Quatre commandemens. 1er.--_En batterie; dgorgez; amorcez!_ _Explication._ Aprs avoir mis les pices en batterie, si elles n'y sont pas, les chefs titulaires seulement dgorgent et amorcent. _Action!_ 2e.--_Pointez!_ _Explication._ Les chefs titulaires seulement passent par tous les temps du pointage. _Action!_ 3e.--_Feu!_ _Explication._ Les chefs de pices attendent le moment favorable et ils excutent le feu. Aids par leurs servans, ils mettent les pices hors de batterie, et le premier servant de gauche fait la demi-clef au palan de retraite. La pince est mise en travers des roues par le premier servant de droite. _Action!_ _Observation._ S'il y a lieu de se servir du boute-feu, c'est le dernier servant de gauche qui s'en saisit. 4e.--_Servans mobiles, changez!_ _Explication._ Les chefs de pices qui viennent de tirer ne conservent que le premier servant de droite et de gauche; tous les autres, nomms _servans mobiles_, se portent la pice voisine droite, o ils occupent les mmes postes qu' celle du chef titulaire. _Action!_ III.--_Manire de charger la pice pendant que celle du chef provisoire est mise en batterie et fait feu, et rciproquement._--Cinq commandemens. _Observation._ Chacun des cinq commandemens en comprend deux ou plusieurs, qui s'adressent tantt aux chefs titulaires, tantt aux chefs provisoires; comme ils ne pourraient tre donns la voix sans confusion, on en marque l'excution par un coup de baguette. _Chefs titulaires._ | _Chefs provisoires._ | 1er coup de baguette.--Bouchez | 1er coup de baguette.--En la lumire, couvillonnez au | batterie; dgorgez, amorcez! refouloir! | | (Le dernier servant de gauche | dfait la demi-clef du palan | de retraite.) | 2e La gargousse dans le canon; | 2e Pointez! refoulez, la poudre! | _Observation._ Le pourvoyeur va chercher la poudre et la porte la pice qui va tirer; il continue alternativement ce service pour les deux pices de l'approvisionnement desquelles il est charg. 3e Le boulet et le valet dans | 3e Au boute-feu! le canon! | (S'il y a lieu.) | 4e Refoulez! | 4e Feu! _Observation._ Comme dornavant on se servira trs-rarement du boute-feu, le chef provisoire fera alors _feu_ au troisime coup de baguette; et au quatrime, il fera mettre sa pice hors de batterie; les deux commandemens des troisime et quatrime coups de baguette, pris simultanment, devant, dans tous les cas, commencer et finir -peu-prs en mme temps. 5e.--_Servans mobiles, changez!_ L'exercice continuant, les chefs provisoires excutent chaque coup de baguette les commandemens indiqus pour les titulaires, et rciproquement. Ensuite ils alternent encore. Au roulement, le feu cesse, mais on continue de charger les pices qui ne le sont pas. Un chef ne doit _jamais_ quitter sa pice qu'elle ne soit charge, mise en batterie et amarre si c'est une pice des batteries hautes, ou rentre et fixe par la pince place en avant des roues, si c'est une pice de la batterie basse. IV.--_Dsarmement d'un des deux bords._--Trois commandemens. 1er.--_Canonniers, tous tribord; ou canonniers, tous bbord!_ _Explication._ Les couvillons et les refouloirs sont replacs droite des pices, et les couvre-lumires leurs places; les chefs provisoires du bord qui restent arms, ainsi que les chefs titulaires et provisoires du bord qui doivent tre dsarms, laissent leur quipement sur le bouton de culasse. _Action!_ 2e.--_Par le flanc gauche et par le flanc droit; gauche, droite!_ Les servans font _ droite_ et _ gauche_, et les chefs de pices _demi-tour droite_. Si l'on a fait le commandement d'armer bbord, ce sont les chefs titulaires des pices impaires, qui sont tous tribord dans ce moment, qui excutent ce mouvement. _Action!_ 3e.--_Marche!_ _Explication._ Les chefs de pices se rendent avec leurs servans aux pices correspondantes du bord oppos; les servans de droite marquent le pas jusqu' ce que ceux de gauche soient passs; alors ils se rendent tous leurs postes, en se formant sur la droite et sur la gauche par file en bataille. Les chefs de pices qui ont chang de bord se munissent de la bote capsules, et les servans chargs du tablier le reprennent. _Action!_ Si la batterie est arme de caronades ou de pices de 8 et au-dessous, leur quipage n'est pas assez nombreux pour se diviser; on suit alors les mmes principes pour leur destination de chaque bord, mais on ne peut y servir que la moiti des pices. Dans ce cas, lorsqu'il devient utile de rapprocher le feu de l'avant ou de l'arrire, on ordonne chaque quipage de se serrer du ct o on veut le faire, de manire ne laisser aucun intervalle. Si parmi les matelots de la manoeuvre il s'en trouve de disponibles, comme tous doivent connatre l'exercice du canon, le commandant peut alors les envoyer servir les pices qui sont sans quipage; on y met pour chef le chargeur titulaire de ladite pice, qui est remplac la pice qu'il quitte par le fournisseur, et celui-ci par un des matelots provenant de la manoeuvre. Outre ces passages d'une partie des hommes d'un bord pour armer tout l'autre bord, ou seulement une portion, il est encore un cas qui peut se prsenter: c'est celui o se battant d'un seul bord, il y a lieu cesser entirement le feu de ce mme bord et se porter de l'autre, pour se battre sur cet autre bord. Alors on commande: _Armez l'autre bord!_ _Explication._ Les pices de la premire batterie, charges ou non, sont assujetties la longueur du recul, afin de pouvoir fermer les sabords, si c'est ordonn. Pour celles qui sont charges, chaque chef passe aussitt avec son quipage la pice du bord oppos; et pour les autres, il y laisse son chargeur et le second et troisime servans de droite pour la charger; cet effet, le chef de pice commande _gauche_ et _droite_, lui-mme fait _demi-tour_; il prononce le mot _marche!_ et il va avec les servans prendre pareil poste la pice oppose. Les servans qu'il a laisss, s'il y avait lieu recharger, viennent le joindre ds qu'ils ont fini. Dans les batteries hautes, les pices sont amarres au moyen de leurs palans de ct. _Action!_ _Exercice volont!_ _Explication._ Chaque chef de pice fait alors en particulier ses servans les commandemens des divers temps; il doit leur en faire observer toutes les circonstances et ne jamais sacrifier l'exactitude la vivacit des mouvemens. _Action!_ _Observations._ Le feu volont est ordinairement celui d'un combat, et les canonniers doivent y tre exercs. Il est pourtant d'autres feux qui peuvent tre dsigns par les dnominations suivantes: _Feu de file ou de salut._ C'est celui o l'on commande toutes les pices de faire feu successivement, suivant un ordre et intervalles indiqus. On peut employer ce feu contre un btiment plus faible que l'on chasse, ou mesure qu'on dcouvre un navire dans une manoeuvre; il a l'avantage de vous laisser libre de former et de favoriser le pointage. _Feu de section._ C'est celui o l'on commande un certain nombre de pices de faire feu simultanment, suivant un ordre prescrit et un intervalle indiqu. On peut employer ce feu quand on veut se mnager un certain nombre de coups toujours prts tre envoys. _Feu de division._ C'est le feu de section lorsque chaque section est compose de la moiti des pices conscutives d'un mme bord d'une batterie. On peut employer ce feu quand la fume empche de bien juger la position de l'ennemi, et qu'on veut se rserver des pices prtes pour l'instant o il paratra. _Feu de batterie._ C'est celui que chaque batterie doit faire alternativement; les gaillards peuvent alors, suivant les ordres reus, tirer volont ou leur tour. _Feu par bordes._ C'est celui o l'on fait des dcharges gnrales de toute son artillerie; on l'emploie quand, pendant une manoeuvre, on vient dcouvrir son ennemi, et qu'on veut profiter de ce moment pour l'craser. Il y a cependant des inconvniens dans chacune de ces manires de faire feu, tandis que le feu volont est celui qui en a le moins et qui runit le plus d'avantages. Il reste faire observer que les voles sont en gnral plus meurtrires ou plus efficaces, 1 quand elles sont tires en _enfilade_, c'est--dire dans le sens de la longueur du btiment ennemi, surtout de l'arrire l'avant; 2 _en charpe_, c'est--dire obliquement sur sa batterie; les boulets peuvent alors faire des clats considrables. _Remarques._ Outre les devoirs imposs aux chefs de pices et servans, au commandement de branle-bas de combat, il en est d'autres qui ont rapport au service de l'artillerie. Le commandement de branle-bas de combat fait, ou la gnrale battue, pendant que les chefs et servans se rendent leurs pices pour les prparer faire feu, les soutes poudre sont ouvertes, et les hommes affects ce service s'y rendent. Les rondiers des batteries dmontent les chandeliers des panneaux, enlvent les chelles qu'ils font passer dans l'entre-pont pour viter les clats, la communication s'tablissant pendant le combat par les chelles de cordes toujours en place. Les hommes pour le passage des poudres dans les batteries, mettent en place les panneaux de combat[7], les manches pour les gargoussiers vides et les reposoirs pour les gargoussiers pleins[8]. [7] Les panneaux de combat sont des panneaux pleins, garnis de deux coutillons pour faire passer, l'un la manche des gargoussiers vides, et le second les gargoussiers pleins. [8] Les reposoirs sont des supports en cuivre adapts au-dessous de l'coutillon dont nous venons de parler, sur lesquels on dpose le gargoussier plein, pour que le pourvoyeur puisse l'y prendre. Les feux sont teints, les pompes incendie garnies et armes. L'emploi des capsules rend inutile le mouvement du chef de pice pour percer la gargousse, il doit s'assurer seulement si la lumire est dgage. Les gargousses dlivres ordinairement bord des navires de l'tat sont en papier, en serge, en parchemin, ou en papier-parchemin. Depuis quelque temps cependant les gargousses en serge paraissent abandonnes, et on ne donne plus que des gargousses en papier pour le salut et l'exercice, et en papier-parchemin pour le combat. Les gargousses en papier-parchemin ont l'avantage de ne pas conserver long-temps le feu, mais elles forment de trs-forts culots qui restent dans la pice aprs l'explosion, et il faut couvillonner avec le plus grand soin, pour que ces culots ne s'amoncellent pas au fond de l'me et n'empchent pas la gargousse de s'y rendre. L'apprt ne se faisant plus bord depuis l'adoption des caisses poudre, on ne se trouve plus dans la ncessit de saigner la gargousse. On donne pour chaque calibre, un cinquime de gargousse au tiers et quatre cinquimes de gargousse au quart; de sorte que lorsque le chef de la batterie trouve les pices chauffes, il prend les ordres du commandant du btiment, pour qu'il soit prescrit dans les soutes d'approvisionner avec des gargousses au quart. Les valets dont on se sert ordinairement sont cylindriques pour les canons, et ovodes pour les caronades; on commence cependant les remplacer par des herseaux, qui, d'aprs les expriences faites Toulon en 1834, ont donn les rsultats semblables, sinon prfrables aux valets cylindriques. Ces derniers ont le grand inconvnient de pouvoir former un coin autour du boulet, ce qui ncessitant une plus grande force pour le chasser de l'me, peut tre prjudiciable la pice. Non-seulement lorsqu'on est vergue vergue, mais dans plusieurs autres circonstances, il peut tre trs-utile de tirer longueur de brague. Il rsulte de plusieurs expriences faites en 1836 Toulon, que non-seulement il ne faut pas raidir les palans de ct, comme le dit l'instruction, mais qu'il faut les dcrocher si on ne veut que les poulies soient brises aux premiers coups tirs. Aprs avoir cal les roues de derrire avec des fauberts mouills et sabls, on dcroche les palans de ct et on runit, sans les forcer, par une aiguillette, les deux portions de la brague en avant de l'afft. A bord des btimens arms de caronades, en dsignant d'avance un homme par pice pour remplir les fonctions de chargeur, on peut servir toutes les pices lorsqu'on se bat des deux bords. Dans ce cas, les chefs titulaires dtachent la pice voisine, droite, leur chargeur pour chef de pice, et prennent pour chargeur leur fournisseur. Les chefs provisoires ont pour chargeur un homme de la manoeuvre dsign d'avance, et le pourvoyeur de la pice du chef titulaire approvisionne galement celle du chef provisoire. CHAPITRE V. _Noeuds, Amarrages et divers Travaux de Garniture appliqus au Canonnage._ C'est bord et dans les ateliers de garniture que l'instruction sur ces objets, tous de pure pratique, peut tre le plus facilement donne et le plus promptement acquise; on ne saurait donc entrer ici cet gard dans de grands dtails, et l'on se contentera de fixer l'attention sur les points suivans, qui sont distribus par ordre alphabtique pour faciliter les recherches. _Aiguilletage, aiguillette._ L'aiguilletage est un amarrage qui sert runir deux cordages ou deux branches du mme cordage; il s'excute le plus souvent avec un petit filin flexible qu'on nomme _aiguillette_, qu'on fait passer en tours multiplis dans les anneaux, bagues ou oeillets dont ces cordages peuvent tre pourvus. On se sert d'aiguillettes pour les amarrages des canons et des caronades, pour embarquer et dbarquer les canons, pour saisir les chandeliers de pierrier et d'espingole; pour fixer le bout des bragues des pices, qu'au besoin on passe aux sabords de chasse ou de retraite, et pour raidir l'appareil des batteries quand les pices sont au grelin par un mauvais temps. _Brague._ Fort cordage fait de fil de premire qualit, commis avec le plus grand soin et lgrement goudronn, et qui sert borner le recul des bouches feu. La brague est longe et tendue de force avec des palans, ou mme au cabestan, avant d'tre mise en usage, pour qu'elle soit moins expose ensuite prendre du mou. Sa longueur pour les canons de calibre de 36, de 12 et intermdiaires, varie de 10-1/2 mt. 7-3/4 mt., et sa grosseur de 20 16 centimtres. La brague est fixe par ses deux bouts dans les boucles de la muraille du btiment par un amarrage avec trive, c'est--dire avec changement de direction du cordage principal, aprs qu'il a t repli sur lui-mme. _Bridure._ Amarrage qui sert rapprocher deux ou plusieurs cordages dj tendus, ou les tours d'un mme cordage, et les trangler en un point, afin qu'ils souquent davantage. Il s'excute soit avec un cordage particulier, soit avec le bout mme du cordage brid. _Brin._ Un cordage est de premier brin quand il ne contient que les filamens les plus longs et les plus propres qui restent dans les mains du peigneur. Tous les cordages de l'artillerie sont du premier brin. _Civire._ Moyen cordage qui sert comme une suspente et qu'on nomme _herse_; c'est une sorte d'lingue. (Voyez ce mot.) _Coiffe d'couvillon._ Sac de toile pour envelopper et prserver la tte de l'couvillon; il se fait avec un morceau de toile pli en deux, cousu sur le ct et adapt ensuite un fond circulaire; on le termine par une coulisse au bord, pour y faire passer un lusin goudronn qui sert serrer la coulisse sur la hampe; la coiffe est ensuite peinte sur la face extrieure. _Croupire._ Bout de cordage fix au corps de l'essieu de l'arrire et formant une boucle pour accrocher le palan de retraite; il y a souvent un piton dans cette partie qui rend la croupire inutile. _Elingue._ Cordage dont on entoure un fardeau pour le soulever. Les deux bouts en sont runis par une pissure. On s'en sert pour embarquer et dbarquer les canons. Longueur pour les calibres de 36, de 12 et intermdiaires, de 7 mtres 1/7 6 mtres 1/2; grosseur, de 20 16 centimtres. _Epissure._ Runions de deux bouts de cordages ents, en quelque sorte, par l'entrelacement rciproque de leurs torons; l'excdant des torons est coup au ras du cordage, et la jonction a lieu solidement sans noeuds ni bourrelets. _Estrope._ Cordage fourr, dont on entoure une poulie en le faisant passer dans les rainures pratiques sur sa caisse; les deux bouts de cordage sont joints par une pissure. On y ajoute souvent une cosse pour pouvoir accrocher la poulie; on applique alors cette cosse dans un pli de l'estrope sur la tte de la poulie, et l'on approche les deux branches de l'estrope par un amarrage plat, entre la poulie et la cosse, qui empche l'estrope de se dgager de ses goujures. _Estrope de culasse._ Cordage employ dans l'amarrage la serre. Les deux bouts en sont runis par une pissure. On y fixe une cosse en fer, de sorte que l'estrope est divise en deux parties ingales. De semblables estropes, mais plus longues, sont employes pour l'embarquement et le dbarquement de l'artillerie, savoir: deux pour la culasse, et un pour la vole; celle-ci est plus courte que les autres. _Faubert._ Faisceau de fil de carret li par une de ses extrmits, et emmanch d'un petit bton; les fils en se dtordant par le bout forment une toupe qui fait ponge. _Fourrer un cordage._ C'est recouvrir un cordage en bitord; on l'tend horizontalement la hauteur de ceinture, on prend une pelote de bitord dont le bout se fixe sur le cordage, on applique sur celui-ci le maillet fourrer, on les saisit par deux ou trois tours de bitord tant sur le maillet que sur le manche; en faisant tourner le maillet, le bitord se range en tours serrs et en spirale sur le cordage, qui est ainsi l'abri du frottement des corps trangers. On fourre aussi en basane, en toile goudronne. Les anneaux de brague des caronades et la partie des bragues qui y portent, sont fourrs. _Garant._ Cordage d'un palan. L'une de ses extrmits se frappe sur le cul de la poulie simple; l'autre passe sur un des rouets de la double, de dessous en dessus; on le ramne sur le rouet de la simple, de dessus en dessous, et de l sur le second rouet de la double, de dessous en dessus. C'est sur cette extrmit, appele _courant_, que l'on agit. Dans les palans de ct, le courant doit se trouver dessus. Pour les canons de 36, de 12 et intermdiaires, la longueur des garans des palans de retraite et de ct (qui sont les mmes) varie de 31 mtres 24, et leur grosseur de 9 7 centimtres. _Garcette._ Tresse plate en bitord. La poigne du coussin est une tresse semblable. _Garnir une brague._ C'est entourer la partie expose au frottement d'une toile goudronne, maintenue par des tours serrs d'un cordage fin. On peut se servir encore d'un morceau de basane cousu, suivant la longueur de la brague. _Hampe de corde._ Bout de filin de retour, fourr, de mme longueur que la hampe de bois; il a 8 centimtres pour les calibres de 36, 30 et 24; et 7-1/2 pour les calibres au-dessous. _Itague._ Cordage tenant un palan, et ordinairement en double pour en augmenter l'effet. On s'en sert quand on change un canon d'afft, ou qu'on l'amne sur le pont. Un bout est garni d'une cosse, l'autre est en queue de rat. Pour les canons des calibres de 36, 30, 24 et 18, la longueur de l'itague varie de 6 mtres 1/4 5 mtres 2/3, et la grosseur de 12 10 centimtres. On se sert aussi d'un itague pour fermer les mantelets des sabords; il porte son milieu, et en dedans du bord, une cosse o passe le croc de la poulie double du palanquin; les deux bouts de l'itague traversent la muraille et vont s'amarrer sur le mantelet. _Ligne d'amarrage._ Menu cordage goudronn, servant faire certains amarrages, comme ceux des bouts de brague, ceux qui servent rapprocher les cts des lingues ou des estropes, etc. _Lusin._ Petit cordage compos de deux fils de carret; il y a du lusin blanc et du lusin goudronn. Il est employ serrer les coiffes d'couvillon, et pour la confection des grappes de raisin. _Machine dmonter les canons._ Elle se compose de deux estropes (garnies chacune de deux poulies simples), de deux civires (garnies de deux poulies simples), de quatre itagues, et de quatre palans (ceux de la pice et de la voisine). On a propos d'autres machines, mais les parties de celle-ci sont les plus faciles se procurer. _Mche._ Corde lessive servant, au besoin, mettre le feu une pice. La mche est fabrique avec des toupes de lin; elle doit tre ferme, sans trop de duret, bien pntre de lessive salptre, mais sche, sans moisissure, et sans tre cornue sa surface. _Merlin._ Petit cordage de trois fils de carret commis ensemble au moyen de la roue du sige de commettage. Celui qui s'emploie pour l'artillerie est compos de fils goudronns; une pice de 60 brasses pse environ 1 livre 1/2. _Noeuds._ Les noeuds diffrent suivant leur destination; c'est pour le marin une tude longue et importante, qui ne peut se graver dans l'esprit que par la pratique. On doit se borner dire ici, en gnral, que les noeuds et amarrages sont disposs de manire que les frottemens des tours les uns contre les autres rendent l'enlacement solide, tout en permettant, au besoin, de pouvoir dfaire le noeud. _Palans de ct et de retraite._ Ils sont composs d'une poulie simple, d'une poulie double et d'un garant (voyez ce mot). Les poulies sont estropes et garnies chacune d'un croc. Il y en a pour d'autres objets, pour embarquer et dbarquer les pices, pour descendre les barils poudre dans les soutes, etc.; mais ils sont tablis de la mme manire, peu prs. _Palanquin._ Petit palan croch dans la boucle de l'itague de mantelet par sa partie double; la poulie simple a une cosse fixe un piton sur le pont suprieur, et vis--vis le milieu du sabord. _Quarantainier._ Cordage compos de trois torons commis ensemble; il y en a de 6 9 fils, et de 12 15 fils; celui qu'on emploie pour l'artillerie est goudronn. _Queue de rat._ Espce de pointe que l'on fait l'extrmit des cordages pour faciliter leur introduction dans une poulie. On l'excute en liant le cordage au point o l'on veut commencer la queue de rat; on dfait les torons jusqu' la ligature; et renversant les fils extrieurs sur le cordage, on en amincit les intrieurs l'aide d'un couteau, de manire que leur volume aille toujours en diminuant; on reprend alors les fils extrieurs, et on les rabat alternativement par pairs et par impairs, ayant soin, chaque fois, de les lier fortement. Une ligature termine cette espce de tissu. _Raban de sabord._ Bout de quarantainier de 4 5 mtres de longueur, et de 5 7 centimtres de grosseur, employ pour fermer solidement les mantelets. Il y en a deux par sabord. _Raban de retenue des caronades._ Aiguillette de 20 24 mtres de longueur, et de 5 7 centimtres de grosseur, employe pour fortifier l'amarrage des caronades par un mauvais temps. _Raban de vole._ Cordage de 11 15 mtres de longueur, et de 6 8 centimtres de grosseur, employ dans l'amarrage du canon la serre, pour assujettir la vole contre la partie suprieure du sabord; ce cordage porte une ganse l'une de ses extrmits. On en donne un par sabord de batterie basse. _Surliure._ Amarrage fait sur les bouts d'un cordage pour empcher les torons de se sparer; la surliure s'excute avec du fil voile, ou de la petite ligne qui sert faire plusieurs tours bien serrs, et dont on engage les bouts sous les tours. _Valet._ Bouchon de corde servant maintenir la charge dans l'me de la pice, et donner, par quelque rsistance, le temps la poudre de s'enflammer en plus grande partie. L'influence du valet sur la charge, sur la porte du projectile, sur la pice mme, a t envisage sous plusieurs faces, et diverses propositions ont t faites pour sa configuration, ou pour en altrer la composition. On doit ici se borner dire comment se confectionnent ceux qui sont adopts bord de nos btimens. Le valet est cylindrique, son diamtre doit passer avec frottement dans l'me de la pice, et sa hauteur a quelques lignes de plus que son diamtre. Il se fait avec du vieux fil de carret dont on forme un faisceau que l'on serre par le milieu avec du fil de carret neuf. Dans les ateliers on se sert pour faire les valets, d'un banc garni d'une paille bitte un bout, et d'un morceau de filin oeillet de l'autre; on a une petite planche appele _moule_, qui a pour longueur la hauteur du valet, mais un peu plus troite son extrmit. On charge le moule pour le placer sur le bout de filin oeillet, et en le retirant on fait faire au filin un tour complet autour des fils de carret, puis on amarre ce filin sur la paille bitte; enfin on roule le valet et on le souque au moyen d'une gournable qu'on introduit dans l'oeillet du filin, et sur laquelle on trvire. Il ne reste plus qu' amarrer le valet par le milieu. Si on veut faire un valet ovode, ou en forme d'oeuf, on enfonce une poigne de vieux fils de carret dans le trou de fuse d'une roue d'afft de calibre infrieur; on forme ainsi un noyau solide qu'on serre par le milieu; on le recouvre dans le sens de la longueur de plusieurs tours de fil de carret neuf, et l'on incline ensuite ces tours. On le serre enfin comme le valet cylindrique. Dans les deux cas on fait une poigne ou deux au valet, en y introduisant pendant sa confection une ou deux petites bagues en fil de carret, qu'on a toujours soin de laisser dborder. CHAPITRE VI. _Diffrentes manires d'amarrer les canons bord._ Les amarrages employs pour contenir les bouches feu bord, dpendent de la place qu'elles occupent et des craintes que peut donner le mauvais temps. _Amarrage garans simples._ Cet amarrage est usit dans les beaux temps. La pice tant en batterie, maintenue par un tour de chaque garant pass autour du collet du bouton, le troisime servant de droite remet le couvre-lumire au chef de pice qui l'amarre sur la culasse, et qui ensuite dcapelle les palans, et les fait tenir par les derniers servans; il fixe, entre les flasques et les garans le mou de la brague qui est soutenue par les deuximes servans; il les arrte par un tour mort au collet du bouton, en passant le double de chaque garant entre ce garant et la plate-bande de culasse de dessus en dessous. Le reste des garans se love et s'amarre le long des flasques; le dernier servant de gauche dcroche le palan de retraite, le love et le place sur le canon. _Amarrage garans doubls._ Cet amarrage est usit pour les batteries hautes dans les mauvais temps. La poulie double des palans de ct s'accroche la boucle de la brague, et la simple au piton contre l'afft; on fait avec un garant deux tours du bouton de culasse aux crocs, et trois tours de bridure sur la culasse, d'abord du ct o est le garant, puis de l'autre ct du canon; on passe ensuite son bout dans une boucle place sur le pont, et il vient faire croupire en passant par-dessous la culasse, en dedans de la partie du garant qui s'y trouve; il est arrt par une bridure sur la croupire. L'autre palan s'amarre l'ordinaire en faisant passer le garant par-dessus celui qui est doubl, afin de l'avoir toujours sa disposition, si les circonstances exigeaient un amarrage plus solide. Les bragues sont replies le long des flasques, et le palan de retraite est plac sur le canon. _Amarrage la serre._ Cet amarrage est usit pour les batteries basses dans les mauvais temps. La culasse se pose sur la sole de l'afft; le tiers de la bouche environ est appuy contre la serre au-dessus du sabord, les poulies doubles des palans de ct s'accrochent aux boucles de bragues contre le bord, la poulie simple aux pitons sur l'adent des flasques. On passe le garant sur le collet du bouton, et de l au croc prs du sabord de dedans en dehors; on fait ainsi deux ou trois tours au ras de la plate-bande de culasse, et un tour la hauteur du troisime adent de l'afft, pour venir ensuite faire une bridure sur le derrire de la poulie simple, o l'on emploie le reste du garant. Cette opration se fait des deux cts du canon. Les deux cts de la brague passent par-dessous les fuses de l'essieu de l'avant; une aiguillette les embrasse par trois tours; elle repasse ensuite par-dessus les palans, qu'elle serre avec la brague par trois autres tours qu'elle runit en passant ses bouts entre les palans et les bragues, puis elle embrasse et serre fortement tous les tours par le milieu au moyen d'une bridure, et on l'arrte. La vole est soutenue par le raban de vole, qui fait plusieurs tours dessous et dans la boucle de raban place au-dessus du sabord. La poulie double du palan de retraite est accroche la boucle du raban de sabord, et la simple une estrope qu'on met autour du collet du bouton de culasse. On raidit bien le palan, et l'on fait avec le reste deux bridures, dont une sur la plate-bande de culasse, et l'autre sur la vole. Lorsque les roulis sont considrables, on joint ces prcautions celle de clouer sur le pont, sous les roues de l'arrire de l'afft, un _cabrion_, qui est un morceau de bois taill en biseau. On pourrait mme en clouer un autre sous les roues de l'avant. _Amarrage le long du bord, dit en vache._ Cet amarrage est usit soit pour avoir plus de place bord, soit pour adoucir les roulis du navire. On place le canon contre le bord, dans le sens de la longueur du navire; on accroche les poulies simples des palans des estropes qui embrassent les fuses extrieures des essieux de derrire, et les poulies doubles aux boucles de brague, de manire que les palans se croisent; on passe plusieurs tours de garant dans les crocs, ainsi que sous les fuses des essieux, et l'on finit l'amarrage par une bridure au ras de la fuse. _Amarrage au grelin._ Cet amarrage est usit lorsque le canon tant la serre, on craint que les amarrages prcdens, ou les boucles et les crocs, ne puissent pas rsister aux secousses du navire. On passe un grelin tout autour de la batterie; on le raidit aux extrmits du vaisseau, en le faisant passer sur tous les boutons de culasse des canons; entre chaque couple de pices, il y a des boucles places contre le bord, dans chacune desquelles on passe le palanquin du mantelet, ou une aiguillette que l'on fixe sur le grelin, et on les raidit la fois. _Amarrage par la fausse brague._ Cet amarrage est usit quand le btiment est vieux, ou lorsque l'on craint que la muraille n'prouve trop de fatigue, par les secousses que pourraient donner les batteries la serre, lorsque les cordages ont pris du jeu. On prpare un cordage ayant -peu-prs la grosseur de la brague, et pour cet usage nomm _fausse brague_; les deux bouts en sont replis et pisss afin de pouvoir former des oeillets susceptibles de recevoir la fuse de l'essieu; il doit tre assez long pour que, ses oeillets embrassant la fuse de l'essieu de devant, il puisse tre aiguillet sur la boucle de derrire, en passant par-dessus les derniers adents de l'afft. On dispose la pice comme pour l'amarrage la serre; on recule l'afft de manire que la bouche de la pice se trouve 4 ou 5 pouces du bord; on place sur le pont, vers le derrire de l'afft, des boucles de fer goupilles solidement par-dessus; on passe les oeillets de la fausse brague aux fuses de l'essieu de l'avant, et on l'aiguillette sur la boucle dont on vient de parler, en la faisant venir par-dessus les derniers adents de l'afft. L'amarrage se fait d'ailleurs comme dans l'autre manire de mettre la serre. _Amarrage aux chevrons de retraite._ Cet amarrage a le mme but que le prcdent, et il fatigue moins le navire que la fausse brague. Les chevrons de retraite sont deux pices de bois de chne assez longues pour tenir la tranche du canon quatre ou cinq pouces de bord; elles sont entailles de manire recevoir d'un bout la tte de chaque flasque, l'autre bout s'appuie sur le bord; on place des cabrions devant et derrire, et l'on continue l'amarrage comme dans la mthode ordinaire. _Amarrage par la queue des flasques._ Cet amarrage est prfrable l'amarrage la serre, indiqu prcdemment, lorsque les canons ont un anneau de brague sur la culasse. Le canon tant rentr, on fait tomber la culasse sur la sole; on appuie le tiers de la tranche contre la partie suprieure du sabord; on dispose le raban de vole, l'aiguillette et le palan de retraite comme l'ordinaire; on passe galement les deux cts de la brague sous les fuses des essieux de l'avant, on accroche le croc de chaque poulie double la boucle de brague, et le croc de la poulie simple au piton. On raidit chaque palan de ct, on passe ensuite un tour de garant sur la queue des flasques, et deux au croc. Quand le troisime tour est achev sur la queue des flasques, on passe le bout du garant entre le tour du mme garant, et le dessus de la queue des flasques de dessous en dessus; ensuite on fait trois tours de bridure, entre la cheville piton et le dernier adent, puis trois autres tours en allongeant de manire ramener le dernier la queue de la poulie simple, o l'on emploie le reste du garant. Il faut viter que les tours de garant passs la queue des flasques, ne frottent contre les roues. _Observation gnrale._ Si un canon de gros calibre se dmarre et obit au roulis, il ne faut pas briser les roues; on jette sur son passage quelque sacs valets. Quatre hommes saisissent un levier chacun, et ils engagent le sifflet sous les roues, ce qui donne le temps de saisir le canon avec des cordages pour le ramener bord. _Amarrage des caronades._ On maintient les caronades brague fixe, en raidissant leurs bragues et en contenant leurs affts par des aiguillettes passes dans les pitons de derrire du chssis, et dans les boucles fixes sur le pont. CHAPITRE VII. _Pointage au tir._ La ligne qui joindrait le point le plus lev de la plate-bande de culasse avec le point le plus lev du bourrelet, et qu'on peut imaginer prolonge indfiniment au-del de la vole, est ce qu'on appelle la _ligne de mire_. C'est celle par laquelle le canonnier vise pour pointer, c'est--dire pour donner la pice la direction qu'il juge convenable pour atteindre le but. La ligne passant par le milieu de l'me, c'est--dire son axe, qui est en mme temps l'axe de la pice, et qu'on peut imaginer prolonge indfiniment au-del de la bouche, est ce qu'on appelle la _ligne de tir_. C'est celle que suit sensiblement le boulet son dpart, et qu'il suivrait indfiniment s'il pouvait se mouvoir en ligne droite. Comme le canon a plus de grosseur ou de diamtre la culasse qu' la vole, il est clair que la ligne de mire et la ligne de tir sont plus rapproches la vole qu' la culasse, et que leurs prolongemens doivent se rencontrer une certaine distance de la bouche; de sorte que la ligne de mire, qui tait d'abord au-dessus de la ligne de tir, est ensuite en dessous, et que l'cartement de l'une l'autre devient d'autant plus grand qu'on les imagine prolonges davantage. Ce qui prcde doit faire concevoir comment il arrive que le boulet, qui tait d'abord au-dessus de la ligne de mire, est bientt au-dessous. C'est pour exprimer cette circonstance du tir, que le canonnier dit: _qu'en partant, le coup relve_. On voit donc que si le boulet allait en ligne droite, il faudrait diriger la ligne de mire au-dessous du but, toutes les fois que celui-ci se trouverait plus loign que la distance assez petite (de 15 25 pieds dans les canons) o la ligne de mire et la ligne de tir se rencontrent. Chacun a pu remarquer qu'une pierre lance dans l'espace ne se mouvait pas en ligne droite, mais qu'elle dcrivait une courbe trs-sensible l'oeil. Toutefois on a d observer que la courbure de la ligne suivie par la pierre tait d'autant moins grande que la pierre avait t lance avec plus de force ou de vitesse. Cette courbure est due l'action de la pesanteur, qui tend rapprocher tous les corps du centre de la terre, et qui les en rapproche effectivement quand ils ne sont pas supports ou suspendus. Cette action de la pesanteur qui fait dcrire une courbe une pierre lance la main ou avec une fronde, fait aussi que le boulet lanc par le canon dcrit une ligne dont la courbure, quoique moins sensible l'oeil, n'en est pas moins relle, et le boulet s'carte d'autant plus de la ligne de tir en dessous, qu'il s'loigne davantage du canon. Cette courbe dcrite par le boulet se nomme _trajectoire_. Puisque le boulet, aprs s'tre lev par-dessus la ligne de mire, se baisse ensuite en dessous la ligne de tir par l'action de la pesanteur qui le rapproche de la surface de la terre, il y aura un moment o il viendra couper une seconde fois la ligne de mire; de sorte que, pour atteindre un but plac la distance, soit du premier, soit du second point o le boulet coupe la ligne de mire, il faut viser sur lui comme si le boulet se mouvait en ligne droite, et qu'il dt suivre la ligne de mire. Ces deux points portent l'un et l'autre le nom de _but-en-blanc_. Mais comme le premier est peu utile pour le tir du canon, on ne s'occupe gure que du second, qu'on appelle _but-en-blanc naturel_ quand la ligne est horizontale, ou simplement, dans les autres cas, _but-en-blanc_; et l'on appelle _pointer de but-en-blanc_, l'action de viser directement par la ligne de mire sur un point loign. Nous avons dit que la ligne de tir et la ligne de mire se coupaient une certaine distance de la bouche du canon. L'ouverture de ces lignes, ou l'inclinaison de l'une l'gard de l'autre, est ce qu'on appelle _l'angle de mire_. On voit que la grandeur de cet angle dpend de la diffrence de grosseur et de diamtre de la culasse et de la vole du canon, ainsi que de sa longueur. Comme le boulet a d s'lever d'autant plus au-dessus de la ligne de mire que l'angle de mire est plus grand, et que la trajectoire a d'autant moins de courbure que la poudre imprime plus de vitesse au boulet, il est vident que la vitesse du but-en-blanc dpend 1 de l'angle de mire; 2 de la force de la poudre, tant sous le rapport de sa quantit que de sa qualit, ou plutt de la vitesse qu'elle peut communiquer au boulet. On appelle porte d'une pice, la distance laquelle elle peut chasser son projectile. Cette distance varie pour une mme bouche feu, suivant la charge de poudre employe, suivant la forme, la grosseur et le poids de son projectile, et surtout suivant l'inclinaison de l'axe de la pice ou de la ligne de tir, par rapport au niveau ou l'horizon. Cette inclinaison de l'axe avec l'horizon est ce qu'on appelle _l'angle de projection_. On concevra facilement que plus cet angle sera grand, toutes choses tant gales d'ailleurs, plus la porte sera tendue, et rciproquement. Toutefois ce n'est vrai que dans de certaines limites; car si l'angle de projection tait plus grand qu'un demi-angle droit, le contraire aurait lieu; la porte recommence mme diminuer pass 42-1/3 pour les canons, et 28 pour les fusils. (Pour les positions de ces diverses lignes et de ces angles, voyez la figure V.) Ce qui prcde fait concevoir que si le point que l'on veut frapper est la distance du but-en-blanc, il faut diriger sur ce point la ligne de mire, comme si le boulet devait suivre cette mme ligne de mire; que si le point que l'on veut battre est plus loign que le but-en-blanc, il faut diriger la ligne de mire par-dessus, ce qui vient augmenter l'angle de projection. Il faut diriger la ligne de mire par dessous, dans le cas contraire, moins pourtant que ce point ne soit trs-rapproch du premier but-en-blanc, auquel cas il faudrait encore pointer en dessus. La distance de ce premier but-en-blanc varie, ainsi qu'on l'a dj dit, de 15 25 pieds. L'angle de mire est d'environ 1-1/2 pour les canons, et 3-1/2 pour les caronades. La distance du but-en-blanc, avec la charge ordinaire du combat (d'aprs les expriences les plus rcentes), est environ de 4 encblures pour les canons de 18 et au-dessus; de 4-1/2 encblures pour les caronades de 24 et au-dessus: les uns et les autres tant chargs avec des boulets ronds. Les mmes distances sont plus petites d'un tiers peu prs si les pices sont charges avec des boulets rams, et de moiti si elles sont charges avec des mitrailles. La difficult du tir consiste dterminer de combien la ligne de mire doit tre plus leve que le point qu'on veut battre, quand celui-ci est plus loign que le but-en-blanc, ou de combien elle doit tre plus basse dans le cas contraire. Pour cela, des instrumens ont t imagins, proposs ou excuts; des tables ont t dresses pour faire connatre les angles sous lesquels il fallait pointer, suivant les distances; mais ces moyens, plus ou moins ingnieux, ont t gnralement peu utiles cause des difficults qu'il y a les employer la mer. On a donc cherch un autre moyen qui pt frapper les yeux, en prsentant les hauteurs respectives des coques et des mtures des divers navires, et en plaant ct une chelle que nous nommerons de _pointage_, qui indique d'une manire suffisamment exacte, suivant les distances, les hauteurs o il faut pointer pour atteindre les btimens aux points voulus. Par ce moyen, il suffira qu'on fasse connatre, dans les batteries, la distance o se trouve l'ennemi, et s'il faut tirer soit couler bas, soit aux gaillards, ou dmter. L'officier commandant la batterie indiquera alors aux chefs de pices quelle hauteur ils doivent viser, et pour donner cette indication il pourra se servir, dans le premier cas, de la planche n 1; Dans le second cas, de la planche n 2; Et dans le troisime cas, de la planche n 3. Dans chaque planche la flche ou le zro indique la hauteur o il faut atteindre le btiment, et celle o il sera frapp si, tant la distance du but-en-blanc on vise cette hauteur. Le chiffre plac sur l'chelle, la hauteur du zro, indique cette distance en encblures, pour chaque calibre et dans chaque espce de pices en usage dans la marine. Les autres chiffres ports sur les chelles, soit plus haut, soit plus bas que la flche, sont placs la hauteur du point de la mture ou de la coque o il faut viser, quand on est plac la distance qu'ils expriment pour frapper le btiment la hauteur de zro. Ainsi, pour pointer couler bas par la ligne de mire naturelle, 5 encblures par exemple, il faut viser un peu au-dessus des bastingages des vaisseaux trois ponts, ou la hauteur des filets de casse-tte de ceux deux ponts, ou au quart peu prs de la distance qui spare les bastingages et la grande hune des frgates. (Planche n 1.) Pour pointer aux gaillards, la distance de 4-1/2 encblures, il faut viser la hune des grands mts des vaisseaux; la moiti du ton des frgates, et d'une quantit gale la moiti du ton, au-dessus du chouquet du grand mt des corvettes. (Planche n 2.) Enfin, pour pointer aux trelingages, c'est--dire dmter, la distance de 6 encblures par exemple, il faut viser au-dessus du chouquet du grand mt de hune des vaisseaux; au capelage du grand mt de perroquet des frgates, et la pomme des corvettes (Planche n 3), et ainsi de suite. Les exemples prcdens ne s'appliquent qu'au cas o l'on tire avec des boulets ronds; mais de semblables chelles ont t dresses pour les boulets rams et pour les grappes de raisin ou mitrailles. Toutefois ces dernires chelles n'indiquent pas les distances au-del de deux encblures pour les mitrailles, parce que, pass ces distances, le tir de ces projectiles est trop incertain pour qu'on doive en faire usage. Le tir double charge de projectiles ne devant avoir lieu qu' moins d'une encblure pour les boulets ronds, et d'une demi-encblure pour les mitrailles, on pourra, pour ainsi dire, pointer toujours alors de but-en-blanc, attendu que les gargousses, ayant d tre saignes, n'ont pu communiquer qu'une petite vitesse aux deux projectiles, en sorte qu'ils doivent bientt s'abaisser et se rapprocher de la ligne de mire. Si le vaisseau tait toujours parfaitement tranquille, et le pont parfaitement de niveau, on aurait marqu sur la plate-bande de culasse et sur le bourrelet, les deux points qui dterminent, dans tous les cas, la ligne de mire; mais il n'en est point ainsi. Le tangage est cause que les points les plus levs de la culasse et de la vole changent tous momens, ce qui rend le pointage beaucoup plus difficile. C'est donc l'intelligence du pointeur remdier cet inconvnient, en suivant le mouvement de la pice; et il y parvient en plaant toujours son oeil dans la direction de la ligne de mire, variable en ce qu'elle doit toujours passer par les points les plus levs de la plate-bande de culasse et du bourrelet. Le roulis fait aussi changer chaque instant l'angle que l'axe de la pice fait avec l'horizon; d'o il suit qu'on ne peut rellement pointer les pices sur les points indiqus par les planches 1, 2 et 3, au moment o l'on doit faire feu. Mais on remdie cet inconvnient en donnant d'avance aux pices, comme on l'a indiqu dans l'exercice, une hauteur convenable pour qu'au roulis le point sur lequel la ligne de mire doit tre dirige puisse se prsenter dans le prolongement de cette ligne; et il faut que le canonnier sache saisir ce moment pour faire partir le coup, ce qui demande beaucoup d'intelligence et d'habilet. Enfin, lorsque la marche du navire est trs-grande, la vitesse acquise par le boulet comme par tous les corps qui sont bord, vient encore modifier la direction du projectile au sortir de la pice, en sorte que celui-ci doit arriver un peu avant du point qu'on voulait frapper. Mais cet effet est assez peu sensible, et il est rare qu'il y ait lieu de le prendre en considration, d'autant que la marche du vaisseau ennemi en corrige l'inconvnient si, comme il arrive ordinairement, il suit la mme route, et s'il a un sillage -peu-prs gal. Comme il est impossible que les canonniers puissent lever toutes les difficults que les mouvemens du vaisseau apportent au pointage, il est propos de faire remarquer que les boulets qui arrivent plus haut qu'on ne voulait, peuvent ne pas tre perdus et atteindre les mts les plus levs ainsi que leur grement, et que ceux qui sont points trop bas peuvent ricocher et frapper la coque de l'ennemi. Il semble donc qu'il convient de faire feu pendant que le vaisseau se relve, si l'on tire en plein bois, dmter, boulet ram ou mitraille; et pendant qu'il s'abaisse, si la mer n'est pas trop grosse, et que l'on tire couler bas. On a suppos jusqu'ici que le boulet devait atteindre le but de plein-fouet, c'est--dire sans sauts ou ricochets; mais comme le tir ricochets, quand la mer est belle, prsente lui-mme des chances beaucoup plus nombreuses pour frapper un btiment ennemi, il est utile d'entrer dans quelques explications. On appelle _ricochets_, les sauts et les bonds que fait un boulet pendant sa course lorsqu' terre il vient rencontrer le sol, et la mer la surface des eaux; il n'est pas de marin qui n'ait t mme de remarquer cet effet. Sur mer, pour qu'un boulet puisse ricocher (et il ne s'agit ici que des boulets ronds), il faut que l'angle de projection soit au-dessous de sept degrs, et que d'ailleurs la mer soit belle; dans le cas pourtant o il y a quelque agitation, la forme des lames, qui sont toujours plus couches du ct du vent que du ct de dessous le vent, rend les ricochets plus faciles ou plus frquens lorsqu'on tire contre un btiment sous le vent, que contre un btiment au vent. Observons actuellement les effets du ricochet dans un boulet de moyen calibre, lanc horizontalement sur une belle mer, et partant d'un canon de premire batterie de vaisseau: ce boulet parcourt environ 150 toises du premier jet; il se relve de 6 pieds environ par son premier ricochet, il parcourt ensuite 225 toises sous une lvation qui atteint encore environ 6 pieds; le troisime ricochet est de 150 toises et de 10 pieds d'lvation; la porte s'achve enfin par plusieurs bonds ingaux et incertains. On comprend facilement que l'angle de chute d'un projectile tant toujours plus grand que celui de projection, et que chaque angle de rflexion tant -peu-prs gal celui de chute, les derniers ricochets doivent tre plus levs que les premiers. On voit donc que si le tir de plein-fouet prsente des difficults qui croissent en raison de la distance, laquelle est elle-mme fort difficile estimer[9], il n'en est pas de mme du tir ricochets, puisque sous les conditions nonces, et mme celle d'une charge de poudre diminue d'un tiers, on peut esprer d'atteindre souvent le but, sans autre exactitude que celle d'un bon pointage latral. [9] On peut indiquer comme moyen de dterminer cette distance, celui qui consiste mesurer, avec un instrument rflexion, l'angle oppos la hauteur de la mture du btiment ennemi; c'est d'aprs cette mesure, divers loignemens, qu'on a dress la table qui est annexe aux chelles et planches du pointage. Il reste faire observer que les ricochets n'altrent sensiblement ni la porte ni la force des projectiles, et ajouter que plus l'angle de projection est petit, plus le ricochet est rasant: il est convenable, s'il y a du roulis, de tirer alors de prfrence quand le btiment s'abaisse du ct o l'on tire. L'efficacit du tir ricochets peut se dmontrer par plusieurs expriences; on ne citera que celle-ci: sur 180 boulets de 12, lancs terre de plein-fouet, aucun n'a souvent atteint le but de 200 pieds de longueur, sur 6 de hauteur, et plac 900 toises de distance; tandis que sous le mme nombre de boulets lancs sous le pointage de la ligne de mire horizontale, ceux qui frappent ce but sont moyennement de 36. Quant aux moyens de pointage par lesquels on peut obtenir le tir ricochets, on peut donner, comme pouvant servir d'indication, celui de faire partir la pice lorsque la ligne de mire est en direction de la flottaison d'un btiment loign de 1-1/2 2 encblures. Des guidons de mire, ou fronteaux de vole, qui ont t proposs pour galiser le rayon de la vole avec celui de la culasse, seraient, dans le cas dont il s'agit, trs-avantageux, si l'on parvenait les fixer solidement; il suffirait alors de pointer par la ligne de mire sur un point plac une hauteur du bord ennemi correspondant celle d'o l'on tire[10]. [10] Dans son trait de l'artillerie navale, Douglas propose, pour le tir horizontal, dont il reconnat tous les avantages, un pendule qui s'adapterait au canon, sur lequel serait d'ailleurs une raie latrale en peinture blanche, parallle l'axe de la pice. Il ne reste plus qu' ajouter quelques rgles particulires: les canonniers devront toujours charger, pointer et tirer avec calme et sans prcipitation; jamais une pice ne devra faire feu sans qu'elle ait t dirige sur un point bien reconnu, ou au moins sans qu'on soit fix sur la vritable position de l'ennemi, soit qu'on l'aperoive rellement, soit qu'on distingue o il est par la lueur de son feu, par l'paisseur ou la direction de la fume qui sort de son bord, etc. La distance de l'ennemi doit tre annonce par les officiers; dans le cas contraire, le chef de pice devra l'apprcier le mieux qu'il lui sera possible, pour pointer le plus juste qu'il pourra; il convient cet effet qu'il s'exerce d'avance bien juger des distances. Si l'on doit dpasser l'objet sur lequel on veut tirer, ou qu'on doive tre dpass par lui, il est convenable de pointer, ds que la chose est possible, pour tre dans le cas de faire feu de nouveau avant que l'ennemi soit hors de direction; mais si l'on prvoit ne pas avoir le temps de tirer une seconde fois, le chef de pice doit pointer -peu-prs en belle, et attendre dans cette position l'instant o le vaisseau ennemi se prsentera. Quand il y a des mouvemens frquens d'aulofe et d'arrive, on doit pointer dans une direction moyenne ces mouvemens, et saisir le moment favorable pour faire feu. Un tir oblique est susceptible de causer un surcrot de fatigue aux boucles et aux crocs; cependant il n'altre pas la justesse du coup, et on ne doit pas hsiter s'en servir dans l'occasion. Si par l'effet de la marche du navire, ou d'une volution, on peut prvoir que le vaisseau ennemi cessera bientt d'tre dans une direction convenable, il faut acclrer un peu le feu pour ne pas perdre une occasion de lui nuire. _Remarques._ _Du but-en-blanc._ On considre deux espces de lignes dans le tir des armes feu: la ligne de mire, qui est le rayon visuel dirig le long de la surface suprieure du canon vers l'objet qu'on veut atteindre; la ligne de tir, qui est la courbe que dcrit le projectile lorsqu'il est lanc hors du tube par l'explosion de la poudre. Cette courbe serait une parabole, si l'lasticit et la tnacit de l'air n'opposaient de la rsistance au mobile. Par la construction des armes en gnral, la ligne de tir et celle de mire forment entre elles, au-del de la bouche, un angle plus ou moins ouvert, suivant l'paisseur la culasse et celle l'extrmit oppose. Le projectile, sa sortie du cylindre, coupe d'abord, et peu de distance de la bouche, la ligne de mire, passe au-dessus d'elle, et, forc par l'action de sa pesanteur, il se rapproche de cette ligne, la coupe une seconde fois, et achve de dcrire sa courbe jusqu' sa chute. Ce second point d'intersection est ce qu'on appelle le _but-en-blanc_; il est plus ou moins loign de l'extrmit de l'arme, selon le nombre de degrs de l'angle sur lequel on tire. Ainsi, 1 pour frapper un but qui serait entre le bout du canon et la premire intersection, il faudrait pointer au-dessus; 2 si le but tait entre les deux intersections, il faudrait pointer au-dessous; 3 si le but tait une des intersections, il faudrait y viser directement pour l'atteindre; 4 enfin s'il tait au-del de la seconde intersection, il faudrait pointer au-dessus[11]. [11] Hulot, instruction sur l'artillerie. Les projectiles de diffrentes espces n'ont pas une mme porte, quoique tirs avec la mme pice et dans les circonstances semblables; la mitraille va moins loin, toutes choses d'ailleurs gales, que le boulet. Quant au boulet ram, les expriences prouvent que sa porte est -peu-prs un terme moyen entre celles du boulet et de la mitraille. En consquence, chacune de ces trois espces de projectiles a un but-en-blanc trs-distinct, dont la distance varie encore beaucoup, si l'on tire avec plusieurs projectiles la fois. On ne peut donc indiquer un seul but-en-blanc aux canonniers pour chaque arme. TABLE _donne dans les rgles de pointage du capitaine_ MONTGRY. +=================+==============+===================================+ DSIGNATION |ANGLE DE MIRE,| BUT-EN-BLANC DES BOUCHES A FEU.| conformment | /------------/\-----------\ | au dernier | du Boulet.| du Boulet |de la grosse | rglement. | | ram. | mitraille. +-----------------+--------------+-----------+-----------+-----------+ | |Encblures.|Encblures.|Encblures. Canons de 36 | 1 32' 16" | 3 | 2-1/4 | 1-1/2 -- 24 | 1 28 48 | 3 | 2-1/4 | 1-1/2 -- 18 | 1 29 40 | 3 | 2-1/4 | 1-1/2 -- 12 | 1 24 51 | 2-3/4 | 2 | 1-1/2 -- 8 long. | 1 10 14 | 2-1/2 | 1-3/4 | 1-1/4 -- 8 court.| 1 22 21 | 2-3/4 | 2 | 1-1/2 -- 6 long. | 1 16 37 | 2-1/2 | 1-3/4 | 1-1/4 -- 6 court.| 1 27 11 | 2-3/4 | 2 | 1-1/4 -- 4 long. | 1 11 14 | 2-1/4 | 1-1/2 | 1 -- 4 court.| 1 19 35 | 2-1/2 | 1-3/4 | 1-1/4 Caronade de 36 | 3 43 24 | 4-1/4 | 3 | 2-1/4 -- 24 | 3 18 40 | 3-3/4 | 2-3/4 | 2 TABLE _donne par le rglement de_ 1834. BOULETS RONDS. | BOULETS RAMS. | MITRAILLES. Canons de 36 } | | -- 30 } | | -- 24 } 4 encblures. |2-1/2 encblures.|2 encblures. -- 18 } | | | | Caronade de 36 } | | -- 30 } 4-1/2 encblures.|3 encblures. |2-1/4 encblures. -- 24 } | | +=================================+=================+================+ Cette diffrence considrable qui existe entre ces deux tables provient probablement de la diffrence des pices avec lesquelles ont t faites les expriences. On doit donc accorder plus de confiance celle du tableau de 1834, puisqu'on a d se servir des pices plus rcemment en usage. L'angle de mire des caronades de 36, 30 et 24, dont on se sert ordinairement, tant trs-ouvert, il s'ensuit ncessairement que lorsqu'on tire une porte moindre que celle du but-en-blanc, c'est--dire de 1 4 encblures, le boulet passera bien au-dessus du point qu'on veut battre, puisque, terme moyen, la trajectoire, dans ces circonstances, s'lvera de quarante pieds au-dessus de la ligne de mire. Pour y remdier on a imagin d'appliquer la vole un morceau de bois ou de mtal, appel _fronteau de mire_, gradu pour les distances de 1 4 encblures. _Du Pointage et du Tir._ La difficult d'obtenir un bon pointage des canonniers, puisqu'il faut qu'occups manoeuvrer leur pice, ils estiment la distance laquelle ils sont du navire ennemi, et qu'ils calculent ensuite quelle est l'lvation ou l'abaissement donner au canon, d'aprs cette distance, pour atteindre le but, a fait imaginer plusieurs moyens pour viter cette opration, le plus souvent impraticable, et dont les rsultats sont presque toujours incertains. Mais tous ces moyens, rels en thorie, ont offert dans la pratique des inconvniens si graves, qu'ils ont t abandonns presque aussitt mis en usage. Les chelles donnes par l'instruction de 1834 ont prsent un rsultat plus avantageux sans doute, mais non encore exempt d'inconvniens nombreux. L'instruction dit: pour pointer couler bas par la ligne de mire naturelle, 5 encblures par exemple, il faut viser un peu au-dessus des bastingages des vaisseaux trois ponts, ou la hauteur du filet de casse-tte de ceux deux ponts, ou au quart -peu-prs de la distance qui spare les bastingages et la grande hune des frgates, etc. Supposons qu'une apprciation exacte de la distance laquelle on est de l'ennemi, parvienne du pont aux chefs des batteries, et qu'ils ordonnent aux chefs de pices de pointer hauteur des filets de casse-tte, ou au quart -peu-prs de la distance qui spare le bastingage et la grande hune; est-il probable que ce point pourra tre aperu des chefs, lorsque souvent il est difficile de distinguer l'ennemi envelopp de fume, surtout si l'on combat au vent? N'est-il pas craindre que les chefs, pour ne pas encourir le reproche de manquer d'ardeur, ne tirent leur coup au hasard? Le moyen qui, jusqu'ici, nous parat remplir le mieux toutes les conditions, est l'emploi des _hausses_, qui n'exige que l'apprciation de la distance, laquelle donne aux chefs de pices par les chefs des batteries, rduit le tir celui du but-en-blanc. Ce systme se compose de deux pices: l'une, appele masse de mire, est un morceau de mtal qui s'adapte, au moyen d'un cercle en fer crou, au renfort de la vole; la seconde, d'une espce de bote en cuivre, renfermant un montant mobile qui s'adapte par deux vis sur le champ de lumire l'arrire de la plate-bande de culasse. Le montant mobile est gradu sur ses faces avant et arrire de 1/2 6 encblures pour les charges au tiers et au quart; une vis de pression le rend immobile, lorsque le chef de pice l'a mis la hauteur convenable. La distance du but-en-blanc dpendant, non-seulement de la courbure de la trajectoire, mais encore du plus ou moins d'ouverture de l'angle de mire, on diminue cet angle en ajoutant la vole la masse de mire; et comme sa hauteur rend le demi-diamtre de la pice ce point gal au demi-diamtre de la culasse, on le rduit zro. Par l on diminue la distance du but-en-blanc, parce que la ligne de mire s'cartant moins dans le principe de la trajectoire, en est plus promptement rencontre une seconde fois. Mais l'application du montant ou _hausse_ la culasse produit un effet contraire et rduit par consquent le pointage pour toutes les distances gradues sur le montant, celle du but-en-blanc, c'est--dire que le chef pointe, en mettant dans le mme alignement son oeil, le point le plus lev du montant et celui de la masse de mire. Les expriences faites avec ces hausses ont donn les rsultats les plus avantageux; sur cent boulets lancs de 2 3 encblures, plus de la moiti auraient port dans la coque d'un navire ayant 10 pieds d'oeuvres-mortes, l'autre moiti n'aurait pas dpass la grande hune. CHAPITRE VIII. _Manoeuvres de Force relatives au Canonnage._ _Embarquement et dbarquement d'un afft._ L'afft se saisit par les fuses de l'essieu de derrire; on le hisse le long et au haut du mt du ponton qui l'a port; on y a accroch d'avance le palan d'tai du bord, et, en halant sur celui-ci, l'afft arrive l'appel du grand panneau par o on l'introduit bord; c'est l'aide des mmes moyens, mais dans un ordre inverse, qu'on le dbarque. Au lieu d'un ponton, on peut employer la chaloupe mte du btiment, ou le palan de bout de vergue. _Embarquement d'un canon._ Si la pice est de gros calibre, on aiguillette une caliorne la grande vergue, de manire que le point de suspension corresponde 2 ou 3 pieds en dehors de la prceinte; on brasse la vergue pour que cette caliorne se trouve en direction du sabord par o l'on veut faire passer la pice, et l'on adapte une fausse balancine, que l'on raidit ainsi que les drosses et les bras. La pice est suppose dans un chalan ou sur un quai le long du bord, vis--vis du sabord dsign; on la saisit par une lingue canon, que l'on passe d'abord au bouton de culasse, et qu'on longe ensuite par ses doubles sur la pice, en remontant jusqu' la vole, laquelle elle est saisie en avant des tourillons par plusieurs tours d'aiguillette. On accroche la boucle que forment les doubles de l'lingue en dehors de l'aiguilletage, la caliorne frappe la vergue, et dont le courant du garant est dirig et enroul au cabestan. On vire au cabestan jusqu' ce que la pice soit arrive la hauteur du sabord; on introduit un anspect ou levier dans l'me pour servir diriger la pice qui doit entrer horizontalement dans le sabord, la culasse la premire; cet effet, on se sert aussi d'un palan croch dans l'intrieur de la batterie, et qui, sortant par ce sabord, s'accroche prs du bouton de culasse. On hale sur le garant de ce palan; et avec ces moyens on appelle et on place la pice sur son afft, que l'on prsente au sabord. On mollit la caliorne mesure qu'on amne, et on la mollit encore pour la dcrocher; on en fait autant du palan, on dfrappe l'lingue; on roule cet afft un autre sabord, et l'on y en prsente un nouveau pour recevoir un autre canon par le mme procd. On peut en outre frapper une estrope sur la vole pour y crocher le palan de la candelette, ce qui donne un surcrot de force et un moyen de direction. On peut aussi enlever le croissant de l'afft pour rapprocher celui-ci du bord. L'afft est pralablement amarr au sabord, ou bien on en cale les roues, suivant les cas, pour l'empcher de bouger. Il est prfrable que l'estrope de la poulie infrieure de la caliorne soit oeillet, parce qu'aprs l'avoir passe dans l'lingue de la pice on y introduit un burin pour la retenir contre celle-ci; le burin dtriore moins le cordage qu'un croc. Lorsque la pice est de petit calibre, ou s'il s'agit d'une caronade, il suffit d'employer le palan de bout de vergue et le palan d'tai; et si cette pice est destine pour les gaillards, on la fait passer par-dessus le bastingage; chaque canon s'amne alors directement sur son afft, que l'on prsente sous les palans ds que l'afft prcdemment prsent a reu sa pice et a t loign. _Dbarquement d'un canon._ On dpasse la brague, si elle se trouve par-dessus la culasse, on retient l'afft au bord, ou l'on en cale les roues; et dans un ordre inverse de celui de l'embarquement, mais l'aide des mmes procds, on opre le dbarquement du canon. Si le btiment est dsarm ou dmt, on le conduit sous une grue, ou bien l'on se sert de mts de charge, de bigues ou de cabres. _Changement d'afft d'un canon bord._ Il y a plusieurs moyens d'excuter cette manoeuvre; ils vont tre indiqus afin qu'on puisse employer le plus avantageux, relativement aux attirails dont on est pourvu et la position des canons. _Premier moyen._ Par la machine dite monter et dmonter les canons, et forme de deux civires canon, garnies chacune de deux poulies simples, proportionnes la grosseur des itagues, et dont les caisses ont le moins de longueur possible. Deux estropes garnies de mme, et quatre itagues proportionnes aux calibres des canons, ayant un bout garni d'une cosse, et l'autre en queue de rat. On se sert de deux boucles places au barrot, l'une environ 3 pieds, et l'autre 9. On dispose le canon de manire que sa culasse et sa vole soient sous les deux boucles du barrot; on passe une estrope dans chacune; elle tient d'un ct une poulie simple qui y est immdiatement fixe, et ds que l'autre bout est pass dans la boucle, on y amarre solidement une autre poulie, mais de manire qu'on puisse la dmarrer facilement lorsque la manoeuvre est finie. On saisit le canon la vole et la culasse avec les deux civires qui doivent faire tour mort autour du canon; les poulies simples, dont chacune est garnie, doivent se prsenter de chaque ct de la pice et gale hauteur. On passe chaque itague dans une poulie de l'estrope de la boucle, puis dans celle correspondante de la civire; et l'on ramne son bout pour le fixer par un dormant la boucle. Les quatre poulies doubles des quatre palans sont accroches aux quatre cosses des itagues; quant leurs poulies simples, celles des palans de derrire le sont aux boucles des palans de retraite des canons voisins, et celles de devant, aux boucles fixes la serre-gouttire, et, leur dfaut, dans celles places pour fausses bragues, immdiatement sur le derrire des affts voisins ou autres qui se trouveraient dans la direction et la distance convenables. Les palans de devant sont dirigs droite et gauche de la pice, perpendiculairement son axe, et ceux de derrire le sont en ventail en arrire du canon. On te les sus-bandes, et au commandement _ferme!_ les hommes agissent ensemble pour lever la pice jusqu' ce qu'on puisse ter l'afft. Ce moyen exige deux quipages de canon, mais il est sr et il convient dans les gros temps. _Deuxime moyen._ Sans machine. On saisit solidement la pice la boucle de serre par le raban de vole; on passe ensuite le milieu d'un bon cordage sous le collet du bouton, et ses bouts dans la boucle de dessus; on te les sus-bandes; on place sous le bouton deux forts leviers sur lesquels on fait effort pour lever le canon jusqu' ce qu'on puisse retirer l'afft de dessous. A mesure qu'il s'lve, on embraque le cordage sous le collet du bouton, et ds qu'il est assez lev, on fait une quantit de tours suffisans pour en supporter le poids pendant qu'on change l'afft. _Troisime moyen._ Lorsque l'afft changer est sous les passe-avants ou sur les gaillards, on transporte la pice sous les caliornes ou candelettes du vaisseau, et leur aide on enlve et on replace le canon. _Quatrime moyen._ Si l'afft est bris, et le canon tellement plac qu'on ne puisse employer aucun des moyens prcdens, on l'lve sur deux chantiers en disposant la lumire en dessous; on pose l'afft nouveau sans roues sur le canon, de manire que toutes leurs parties se correspondent; on met les sus-bandes et les clavettes en place; on passe deux trvires, une sous le ceintre de l'afft, et l'autre en avant de l'essieu de devant: elles embrassent le canon et son afft par plusieurs tours; on passe ensuite un levier dans l'me de la pice, au moyen duquel et des trvires on commence renverser le canon. Ds que les fuses des deux essieux touchent le pont, on y cloue un cabrion pour les empcher de glisser; on place des cordages de retenue du ct oppos celui des trvires, pour modrer l'effort du choc sur le pont, lorsqu'il tombe sur sa base; on embarre des pinces et des leviers mesure que l'lvation de l'afft le permet; puis faisant effort la fois sur les leviers, sur la bouche, sur les trvires, en garnissant le dessous de l'afft mesure que le canon s'lve, maintenant avec force, pendant ces oprations, les cordages de retenue pour retenir l'afft lorsqu'il tombera sur la base, on achve de remettre le canon dans sa position ordinaire. On place ensuite les roues de l'afft, et on le conduit au sabord. Dans le cas o, faute d'afft de rechange, on est oblig de descendre le canon sur le pont, alors, s'il fait mauvais temps, on le place sur deux chantiers, et l'on a soin de le bien saisir au moyen de quatre mains de fer ou galoches places de chaque ct de la culasse et de la vole, et cloues solidement sur le pont; elles serviront passer de bonnes aiguillettes dont les tours seront assez multiplis autour du canon pour tre certain qu'il ne peut se dmarrer. _Jeter les canons la mer._ Cette opration a lieu lorsque le vaisseau est vieux, dli, que l'artillerie le fatigue beaucoup, ou que le temps est trs-mauvais. Il faut lever la culasse du canon autant que possible; on retire alors les sus-bandes, en ne laissant la pice qu'un ou deux tours de raban; on passe une pince sous chaque tourillon, puis deux anspects un peu en arrire, et l'instant o le roulis est favorable, on fait force sur tous ces leviers la fois, et, en ouvrant les mantelets, on dbarque les canons. _Remarques._ En gnral, pour ne pas fatiguer les basses vergues par l'embarquement des canons, les pontons sont munis d'un mt appareil, et la caliorne de l'appareil se vire sur le cabestan du ponton; deux forts palans crochs dans l'intrieur de la batterie servent diriger le canon et le faire entrer lorsque la caliorne l'a lev un peu au-dessus de la hauteur du sabord. En embarquant l'artillerie, on doit avoir soin de la rpartir d'une manire uniforme en allant du centre aux extrmits, pour ne pas fatiguer le btiment. Le poids de chaque pice tant connu, on doit aussi le rpartir de manire que la somme des poids soit la mme pour les deux bords. CHAPITRE IX. _Mise hors de Service, Enclouage et Dsenclouage des Bouches feu._ Le meilleur moyen de mettre les bouches feu hors de service, consiste leur casser un tourillon; mais ce moyen serait, sinon impossible, au moins bien difficile pour les pices en bronze. Quant aux canons en fer coul, on en dtache assez facilement un tourillon en le frappant fortement faux, principalement sur l'arte, et toujours dans le mme sens, avec une masse ou un fort marteau. Il faut, aprs chaque coup, maintenir la masse sur le point frapp. S'il s'agit d'vacuer un arsenal, et qu'il y ait des pices en bronze ranges sur les chantiers, on allume sous ces pices un bon feu de charbon, et quand elles sont chaudes, on les frappe fortement sur la vole pour les faire plier. On peut encore chauffer fortement un tourillon et essayer de le casser, ou au moins de le faire plier en le frappant. On tire aussi quelquefois les pices en bronze avec une forte charge de poudre, en remplaant le projectile par des fragmens de boulets artes vives, lesquels produisent des raflemens qui dgradent promptement l'me. On tire galement quelquefois un coup de canon bout portant contre la vole de la pice qu'on veut mutiler; mais ce moyen ne serait pas toujours sans danger, si l'on n'avait l'attention de communiquer le feu avec une mche lente, qui donne aux canonniers le temps de se retirer avant l'explosion. Cette mche lente peut tre faite avec un morceau d'amadou de 15 lignes de longueur et traversant un morceau de papier qui couvre l'amorce. On fait clater une bombe ou un obus bien cliss dans un mortier, ou dans un obusier, pour le mettre hors de service. A dfaut des moyens ci-dessus, on encloue les pices; pour y parvenir, on emploie des vis en acier tremp; aprs les avoir enfonces le plus possible, on les casse au ras de la pice. Quand on n'a pas de vis, on enfonce dans la lumire un clou carr d'acier, dont les artes ont t entailles de diffrentes coches, ayant leur ouverture tourne vers le gros bout. Ces clous doivent tre tremps et avoir leur pointe recuite pour pouvoir tre rivs en dedans. Aprs les avoir enfoncs grands coups de marteau, on casse l'excdant de ces clous en dehors. On met au fond de la pice de la terre glaise, et quelquefois par-dessus un cylindre de bois dur qui ne doit pouvoir entrer qu'avec beaucoup d'efforts. Dans tous les cas, on place par-dessus un boulet de calibre envelopp de feutre ou de plomb, et enfonc avec beaucoup de force. Dans un moment press, on peut se contenter d'introduire dans l'me un boulet ainsi forc. S'il s'agit au contraire de dsenclouer les pices, voici comment on peut y parvenir. Quand le clou n'est pas viss et que les obstacles qui se trouvaient dans l'me ont t retirs, on charge la pice au tiers ou moiti du poids du boulet; on emploie une tringle de bois de quelques lignes d'quarrissage, ayant une rainure dans sa longueur, et dans cette rainure une mche dite cravate d'toupilles, communiquant la charge. On bourre le canon avec des bouchons de vieilles cordes, bien refouls avec un levier ou un anspect, et l'on met le feu l'toupille. Il faut souvent plusieurs coups pour faire sauter le clou. Si le clou qui est dans la lumire est viss, il faut s'assurer s'il ne serait pas en fer ou en acier pur tremp, parce qu'avec un petit burin en bon acier on pourrait peut-tre fendre sa tige, et le retirer avec un tournevis. Il convient encore, lorsque tout autre moyen a chou, de gratter un peu le mtal de la pice autour du clou, d'y faire un petit godet en cire, et d'emplir ce godet d'acide nitrique ou d'acide sulfurique, qu'on renouvelle de temps en temps. Il arrive quelquefois que l'acide s'introduit par l'effet de la capillarit entre le clou et la pice, et qu'il ronge le mtal, au point qu'il est facile de faire sauter le clou avec une charge de poudre assez faible. Si les obstacles qui se trouvaient dans l'me n'ont pu tre enlevs immdiatement, on perce une nouvelle lumire ct de la premire, on introduit un peu de poudre par cette lumire, et l'on fait sauter les obstacles en enflammant cette poudre. CHAPITRE X. _Des Soutes Poudre._ On appelle ainsi le lieu o on enferme les poudres bord. La place occupe par les soutes poudre varie suivant le rang des navires. Les vaisseaux et frgates en ont deux, l'une appele grande soute, situe de l'arrire de la cale au vin, et la seconde sur l'avant du magasin gnral. Dans la construction, le plancher infrieur des soutes est lev de quelques pieds au-dessus de la carlingue, afin que l'eau ne puisse l'atteindre dans les circonstances ordinaires. Les cloisons avant et arrire sont formes par deux rangs de bordages, dont l'intervalle est rempli par une maonnerie, pour rsister autant que possible l'action du feu. Pour noyer les poudres en cas d'incendie, lorsqu'on craint de ne pouvoir s'en rendre matre, on ouvre les robinets placs en abord et renferms dans des caisses en chne, doubles en plomb, dont la clef est entre les mains du second du btiment. Les soutes sont claires par un ou deux fanaux, suivant leurs dimensions, placs l'extrieur de la cloison avant ou arrire. Deux fortes glaces encastres dans la cloison laissent passer la lumire et isolent le fanal de la soute. Le long des cloisons on pratique des armoires, dont les portes sont caille-botis ou grillage en fil de laiton, pour laisser circuler l'air, dans lesquelles on range sur des tagres, et par calibre, les gargousses pleines ou _l'apprte_. La poudre en baril est arrime bbord et tribord dans la soute. Dans le lieu le plus clair de la soute on place _l'auge_ ou _ptrin_, pour confectionner les gargousses. C'est dans ce ptrin qu'on vide la poudre contenue dans les barils, puis des canonniers munis d'une mesure la remplissent exactement et la versent dans une gargousse dont on amarre le collet. Chaque calibre a sa mesure particulire. L'apprte faite avant le dpart du port, doit tre au moins du tiers de la poudre embarque. L'adoption des caisses en cuivre a chang la disposition des soutes et simplifi le service des poudres. Ces caisses, qui sont de diffrentes dimensions pour chaque calibre, ne sont pas couvercle, mais calotte visse sur la face suprieure au moyen d'une clef mobile. Elles sont de forme quadrangulaire lgrement coupe sur les angles, et sont garnies d'anses. Sur le couvercle on indique, en grosses lettres, l'espce de bouche feu, son calibre, et l'espce de charge. Les soutes sont alors divises en compartimens propres recevoir les caisses places les unes ct des autres, mais sur un seul rang. L'apprte faite terre est envoye bord dans les caisses qui sont immdiatement arrimes par calibre, et par espce de charge; c'est--dire que le 36 charge au tiers, est spar du 36 charge au quart, et ainsi pour les autres calibres. Pour que les hommes chargs du passage des gargousses ne puissent pas se tromper, quoique chaque caisse porte sur son couvercle l'indication du calibre et l'espce de charge, chaque compartiment porte encore un criteau qui indique le calibre, l'espce de charge et leur nombre. Sur le pont suprieur de la soute, aussi prs que possible du lieu o l'on a plac les caisses d'un mme calibre, mais si on le peut en dehors de leur direction, on perce deux coutillons, dont un reoit une manche en toile dans laquelle on jette les gargoussiers vides qui tombent ainsi dans la soute; et le second sous lequel on place un reposoir, sert au passage de la gargousse pleine. De cette manire chaque calibre a un passage particulier, ce qui vite la confusion. Les gargoussiers vides, avant d'tre envoys dans les soutes, sont secous dans une baille pleine d'eau, place dans l'entre-pont ct de la manche par o ils se rendent des batteries. Il suffit, dans chaque soute, de deux hommes par calibre, plus un novice ou un mousse pour ramasser les gargoussiers vides et les remettre l'homme charg d'y poser la gargousse. On dpose aussi dans les soutes poudre, les botes cartouches pour fusils et pistolets, ainsi que les barils bourse pour l'approvisionnement des hunes et des embarcations. _Description de la Hausse Marine._ Ce systme de hausse se compose de deux pices principales: la _masse de mire_, la _hausse_. La masse de mire est une pice de fer ou de cuivre bronze, place vers l'extrmit suprieure du renfort, et fixe la bouche feu par deux boulons vis. La partie suprieure est arrondie par un arc de cercle dont le centre est pris sur l'axe de la bouche feu. La hausse est compose de deux pices, la _bote_, le _curseur_. La bote est en cuivre, elle est fixe par trois petits boulons la culasse de la bouche feu; c'est dans cette bote que glisse le curseur. Une vis la maintient diffrentes hauteurs. Pour faire tourner cette vis, on se sert de clef, et pour que le chef de pice en fasse usage volont, elle tient au cabillot plac au bout du cordon du percuteur. Le curseur en fer forg est compos d'une tige carre et d'un chapeau; le dessus du chapeau est termin par un arc de mme rayon que celui de la masse de mire. Deux faces de la tige sont divises chacune par six profondes rainures horizontales. La face qui est du ct du bouton est divise pour la charge au quart, celle oppose pour la charge au tiers. _Pointage au moyen de cette Hausse._ Pour pointer le canon bout portant, on place la tte du curseur sur la bote; 200 mtres, il suffit d'lever le curseur de manire que la premire rainure soit la hauteur de la bote. A 400 mtres, on place le curseur la 2me division, et ainsi de suite jusqu' la 6me qui est la hauteur donner pour obtenir la porte de 1,200 mtres. _Installation du systme de Hausse._ Pour que le systme de hausse soit bien plac, il faut: 1 que la ligne qui passe par le point le plus lev du chapeau (celui pos sur la bote) et le point le plus lev de la masse de mire, soient parallles l'axe de la bouche feu. Si la masse de mire se trouvait trop haute, il faudrait la limer; si elle tait trop basse, on l'lverait en mettant une cale entre elle et la pice. 2 Qu'un plan vertical, passant par le centre du curseur et par le milieu de la masse de mire, passe aussi par l'axe de la bouche feu, lorsque les tourillons sont placs horizontalement. 3 Il faut que la distance du milieu du curseur au milieu de la masse de mire soit exactement celle porte pour chaque pice dans le tableau ci-joint. Ce tableau contient aussi les hauteurs donner aux divisions des hausses, pour toutes les bouches feu de la marine. Quand les canons ont des anneaux de brague, la bote des hausses est attache la partie infrieure par un boulon qui traverse cet anneau, comme on le voit pour les caronades. Le dessus du chapeau et de la masse de mire sont peints en bandes noires et blanches, afin de guider le canonnier pour le rayon visuel. TABLEAU _faisant connatre les distances entre les masses de mire et les hausses, ainsi que les graduations de ces dernires._ +================+======================+============+=======+ | DSIGNATION | DISTANCE entre les |Espces |Charges| | des | axes du curseur et | de | de | | BOUCHES A FEU. | de la masse de mire. |projectiles.|poudre.| | | | | | +----------------+----------------------+------------+-------+ | | p p l p | | k | | Canon-obusier | 3. 6. 6. 0.--1,1506. | Creux. | 3,92 | | de 80. [12] | | | | | | | | 1,4 | | | p p l p | | | | Canon 36 long. | 3. 10. 5. 9.--1,2581.| Plein. | 1,3 | | | | | | | | | | 1,4 | | | p p l p | | | | Canon 24 long. | 3. 8. 1. 3.--1,1966. | _id._ | 1,3 | | | | | | | | | | 1,4 | | | p p l p | | | | Canon 18 long. | 3. 5. 9. 3.--1,1307. | _id._ | 1,3 | | | | | | | | p p l p | | | | Caronade 36. | 2. 2. 8. 6.--0,7230. | _id._ | 1,96 | +================+======================+============+=======+ +================+===================================================+ | DSIGNATION | DISTANCES DE LA BATTERIE AU BUT | | des | ET GRADUATION A CHACUNE DE CES DISTANCES. | | BOUCHES A FEU. +------+------+------+------+-------+-------+-------+ | |200 m.|400 m.|600 m.|800 m.|1000 m.|1100 m.|1200 m.| +----------------+------+------+------+------+-------+-------+-------+ | | | | | | | | | | Canon-obusier |0,0095|0,0206|0,0336|0,0482|0,0047 |0,0735 | | | de 80. [12] | | | | | | | | | |0,0085|0,0184|0,0296|0,0423|0,0563 | |0,0716 | | | | | | | | | | | Canon 36 long. |0,0077|0,0167|0,0269|0,0383|0,0510 | |0,0649 | | | | | | | | | | | |0,0082|0,0178|0,0290|0,0418|0,0558 | |0,0714 | | | | | | | | | | | Canon 24 long. |0,0074|0,0162|0,0263|0,0378|0,0506 | |0,0647 | | | | | | | | | | | |0,0078|0,0172|0,0231|0,0406|0,0545 | |0,0701 | | | | | | | | | | | Canon 18 long. |0,0071|0,0156|0,0255|0,0368|0,0495 | |0,0636 | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | Caronade 36. |0,0086|0,0185|0,0298|0,0425|0,0566 | |0,0721 | +================+======+======+======+======+=======+=======+=======+ [12] Observations. Canon-obusier de 80.--La nouvelle masse de mire ne permet de pointer qu' 1100 m. avec la charge 3k.92. TABLE _servant dterminer la distance d'un Btiment un autre, au moyen de la hauteur angulaire des mts._ +====================================================================+ |Distances |Vaisseaux|Vaisseaux|Frgates|Corvettes|Corvettes|Bricks | |en | 3 ponts|de 74, et| de 44. | de 24 | de 20 |de 16 | |encblures.|et de 80.|grandes | | 32. | 24. | 20. | | | |frgates.| | | | | +-----------+---------+---------+--------+---------+---------+-------| | | ' | ' | ' | ' | ' | ' | | 1/2 | 24 39 | 22 21 | 18 37 | 16 25 | 15 22 | 14 44 | | 1 | 12 56 | 11 38 | 9 33 | 8 23 | 7 49 | 7 22 | | 1-1/2 | 3 41 | 8 0 | 6 24 | 5 37 | 5 15 | 4 56 | | 2 | 6 29 | 5 52 | 4 49 | 4 13 | 3 56 | 3 42 | | 2-1/2 | 5 14 | 4 42 | 3 51 | 3 22 | 3 9 | 2 58 | | 3 | 4 22 | 4 | 3 13 | 2 30 | 2 37 | 2 28 | | 3-1/2 | 3 45 | 3 22 | 2 45 | 2 25 | 2 15 | 2 7 | | 4 | 3 17 | 2 57 | 2 25 | 2 6 | 1 58 | 1 51 | | 4-1/2 | 2 55 | 2 37 | 2 9 | 1 54 | 1 45 | 1 39 | | 5 | 2 38 | 2 21 | 1 56 | 1 41 | 1 34 | 1 29 | | 5-1/2 | 2 23 | 2 9 | 1 45 | 1 32 | 1 26 | 1 21 | | 6 | 2 11 | 2 1 | 1 36 | 1 24 | 1 19 | 1 14 | |Hauteur } | | | | | | |du capelage} | | | | | | |du grand } 165 p. | 162 | 126 | 106 | 99 | 55 | |mt de } | | | | | | |perroquet. } | | | | | | +---------------------+---------+--------+---------+---------+-------+ | _Observation._ | | | | Les angles sont mesurs partir de la flottaison jusqu'au | | capelage du grand mt de perroquet des btimens anglais, dont la | | mture est d'un douzime moins leve que celle des btimens | | franais du mme rang; ainsi qu'on le voit dans les Tables de | | M. Gicquel des Touches. | +====================================================================+ FIN. TABLE DES MATIRES DE LA SECONDE PARTIE, CONTENANT LES MANOEUVRES DU NAVIRE ET DE L'ARTILLERIE. MANOEUVRE DU NAVIRE. Avertissement. 5 CHAPITRE Ier. Du navire. 7 Du gouvernail. 12 CHAPITRE II. Appareillages. 15 Appareiller, le navire vit le bout au vent. 23 Appareiller, le navire vit le bout au courant. 29 Appareiller, en faisant embossure. 32 CHAPITRE III. _Manoeuvrer les voiles de mauvais temps._ Prendre des ris aux huniers. 35 Carguer un hunier de mauvais temps. 39 Prendre le ris aux basses voiles. 41 Carguer une basse voile de mauvais temps. 43 CHAPITRE IV. _Des Viremens de bord._ Virer de bord, vent devant, en gagnant au vent. 45 Observations. 46 Virer de bord, vent devant, le plus promptement possible. 52 Virer de bord, vent arrire. 53 Observations. 54 Virer de bord, vent arrire, en masquant. 56 CHAPITRE V. _De la Panne._ Mettre en panne, vent dessus, vent dedans. 58 Observations. 59 Mettre en panne, sous toutes les voiles du plus prs. 61 Faire servir, lorsqu'on est en panne, le vent sur le petit hunier. 63 Faire servir, lorsqu'on est en panne, le vent sur le grand hunier. 64 Faire servir, lorsqu'on est en panne, sous toutes les voiles du plus prs. 65 Observations. id CHAPITRE VI. _Sonder._ Sonder de beau temps. 66 Sonder de mauvais temps. 68 Observations. 69 CHAPITRE VII. _De la Cape._ Des diffrentes espces de cape. 70 Observations. 75 Arriver, ou virer, lorsqu'on est la cape. 78 CHAPITRE VIII. _Mouillages._ Mouiller de beau temps. 83 Mouiller de mauvais temps. 85 Mouiller avec embossure. 87 Observations. 88 CHAPITRE IX. Affourcher la voile. 89 Observations. 91 CHAPITRE X. _Des Abordages._ Aborder au vent, lorsqu'on est au plus prs. 94 Aborder sous le vent, lorsqu'on court au plus prs. 95 Aborder sur l'avant, lorsqu'on court au plus prs. 97 Aborder en courant largue. 98 Aborder l'ancre. 99 CHAPITRE XI. _De la Chasse._ Chasser au vent. 102 Chasser sous le vent. 104 _De la Tactique Navale._ 106 MANOEUVRE DE L'ARTILLERIE. CHAPITRE Ier. Dfinition et nomenclature. 114 CHAPITRE II. Des projectiles et de la charge. 129 Remarques. 134 CHAPITRE III. Emplacement des canons et de leurs projectiles bord. 140 Remarques. 146 CHAPITRE IV. Exercice du canon d'un bord et par temps. 148 Exercice de la caronade d'un bord et par temps. 176 Exercice du canon obusier. 187 Exercice des deux bords et volont. 193 Remarques. 207 CHAPITRE V. _Noeuds, Amarrages, etc., appliqus au Canonnage._ Aiguilletage. 211 Brague. 212 Bridure. id Brin. 213 Civire. id Coiffe d'couvillon. id Croupire. id Elingue. id Epissure. 214 Estrope. id Estrope de culasse. id Faubert. 215 Fourrer un cordage. id Garant. id Garcette. 216 Garnir une brague. id Hampe de corde. id Itague. id Ligne d'amarrage. 217 Lusin. id Machine dmonter les canons. id Mches. 218 Merlin. id Noeuds. id Palans de ct et de retraite. 218 Palanquin. 219 Quarantainier. id Queue de rat. id Raban de sabord. id Raban de retenue. 220 Raban de vole. id Surliure. id Valet. id CHAPITRE VI. _Diffrentes manires d'amarrer les Canons bord._ Amarrage garans simples. 222 Amarrage garans doubls. 223 Amarrage la serre. 224 Amarrage le long du bord, dit en vache. 226 Amarrage au grelin. id Amarrage par la fausse brague. 227 Amarrage aux chevrons de retraite. 228 Amarrage par la queue des flasques. id Observation gnrale. 229 Amarrages de caronades. id CHAPITRE VII. Pointage au tir. 230 Remarques; du but-en-blanc. 246 Du pointage et du tir. 252 CHAPITRE VIII. _Manoeuvres de Force relatives au Canonnage._ Embarquement et dbarquement d'un afft. 256 Embarquement d'un canon. id Dbarquement d'un canon. 258 Changement d'afft d'un canon bord. 259 Premier moyen. id Deuxime moyen. 261 Troisime moyen. id Quatrime moyen. 262 Jeter les canons la mer. 263 Remarques. 264 CHAPITRE IX. Mise hors de service; enclouage et dsenclouage des bouches feu. 265 CHAPITRE X. Des soutes poudre. 269 _Description de la Hausse Marine._ 273 FIN DE LA TABLE. Bar-s.-Seine.--Imp. de SAILLARD. ERRATA DU DEUXIME VOLUME. _Pages._ _lignes._ _au lieu de_ _lisez_: 17 2 ancre jas, _ancre jet_. id. 8 id. id. id. 11 id. id. id. 17 id. id. 18 4 id. id. 19 11 id. id. id. 13 id. id. 20 4 id. id. 31 2 id. id. 61 11 lorsqu'on mettra, _lorsque mettant_. 84 5 si on vient largue aprs, _si on vient largue_, 85 9 en le masquant, _en les, etc., etc._ 116 dern. du tabl. 13 9-1/2 3 9-1/2 117 3 le stourillons, _les tourillons_. 124 9 le lanon, _le canon_. * * * * * Note sur la transcription: Ce volume fait rfrence des figures (fig. 1 en p. 117, fig. 2 en p. 118, fig. 3 en p. 119, fig. 4 en p. 121 et figure V en p. 234). Malgr des recherches srieuses et tendues, aucune dition trouve ne comprend ces illustrations, ce qui fait supposer que l'imprimeur a oubli de les inclure. Les errata mentionns dans le livre la dernire page ont t appliqus. Quelques points ont t rajouts dans les listes et tableaux afin d'harmoniser avec le reste des lments. Faute de place en largeur, certaines tables ont t modifies: * p. 140 et 141, la table Emplacement des Canons et de leurs projectiles, bord a t scinde en deux, et sa premire colonne duplique. * p. 275 et 276, la table Tableau faisant connatre les distances entre les masses de mire et les hausses, ainsi que les graduations de ces dernires a t scind en deux. La premire colonne (Dsignation des bouches feu) a t duplique, et la colonne Observation a t mise en note la suite du deuxime tableau. Ce livre comprend de possibles erreurs de syntaxe comme l'utilisation de surjoaler et surjoualer la place de surjaler. Celles-ci n'ont gnralement pas t corriges. A l'exception des corrections suivantes et des erreurs clairement introduites par le typographe, l'orthographe d'origine a t conserve et n'a pas t harmonise: * p. 5, corrige illtr en illettr, * p. 22, corrige renfonce en renforce (quoiqu'on les renforce), * p. 23, corrige lan en lan (si dans un lan), * p. 38, corrige ralingne en ralingue (les huniers en ralingue), * p. 45, corrige de vent en devant (viremens de bord vent devant), * p. 66, corrige employ en employe (a pu tre employe), * p. 77, corrige iloire en hiloire (l'hiloire), * p. 81, corrige annulle en annule (annule l'effet du gouvernail.), * p. 87, corrige un en une (une embossure), * p. 100, corrige tachant en tchant (en tchant d'y entraner), * p. 117, suppression des points aprs Le support de la platine et L'astragale de la lumire pour harmoniser avec le reste de la table, * p. 125. idem p. 117 avec La platine ou batterie et La corne d'amorce, * p. 136, capitalisation de "Montgry", * p. 146, corrige tugue en tuque (la tuque d'arrire), * p. 180, ligne 16, ferme la parenthse aprs commandement pour le canon., * p. 188, ferme la parenthse aprs cosse estrope au collet., * p. 210, corrige bt en bat (lorsqu'on se bat), * p. 225, corrige pace en place (place au-dessus), * p. 268, corrige enflamment en enflammant (enflammant cette poudre). 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