Produced by Laurent Vogel, Guy de Montpellier and the Online Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This book was produced from scanned images of public domain material from the Google Books project.) LE MOYEN DE PARVENIR. _NOUVELLE DITION._ Augmente d'une Table sommaire des Chapitres. _Caritas inter jocosve regnat Moria._ TOME PREMIER. A LONDRES. M. DCC. LXXXI. DISSERTATION _Qui doit tre lue(*)._ * Cette dissertation est du savant BERNARD DE LA MONNOYE. Elle donne une assez parfaite connoissance & une ide assez claire de l'Auteur, pour ne devoir pas tre rejette par les Lecteurs, qui veulent s'instruire quand ils lisent. Le livre, qui a pour titre _le Moyen de Parvenir_, tant en son espece vritablement original, bien des gens demandent tous les jours qui en est l'auteur. On sait, n'en pouvoir douter, que c'est _Franois Broalde, sieur de Verville, gentilhomme Parisien_, & de plus chanoine de saint Gatien de Tours. Les registres de cette cathdrale datent sa rception du vendredi 5 Novembre 1593. Il a compos, tant en prose qu'en vers, une infinit d'ouvrages, o, l'exception du _Moyen de Parvenir_, il n'a fait nulle difficult de mettre son nom. Comme cet crit est extrmement licentieux, il n'a pas voulu tout--fait demeurer d'accord qu'il ft de lui. Voici comme il s'en explique, pag. 461 & 462 de son _Palais des Curieux_. Cependant je vous avise que, comme ici je donne des atteintes plusieurs fautes, j'ai fait un oeuvre, lequel est une satire universelle, o je reprends les vices de chacun. Je pensois vous le faire voir sous un titre qui est tel: _le Moyen de Parvenir_. Mais on me l'a vol: si que, pour en avoir le plaisir, vous attendrez encore. Je l'ai mis en tel tat, que je l'avouerai mien; au lieu que l'exemplaire, dont on m'a fait tort, est insolent, & que je dnierois tre de moi, aussi qu'il n'est pas de mon criture; & avec cela il n'est pas de mrite pour tre l, cause des convives qu'on m'a rapport qui y sont, pource qu'il y a des contes dsagrables; ce qui n'est pas au mien, o je ne taxe ni moine ni prtre, ni ministre ni nonnain, & n'y a point de contes qu'on tire telle consquence; mais rencontres joyeuses, & touches tendantes rformation. Ce dsaveu, fait pour la forme, n'a pas empch qu'on ne l'ait cr l'unique auteur de ce livre. On y reconnot d'un bout l'autre son style & son caractere. Quoiqu'on l'ait repris d'avoir affect, dans cet ouvrage, d'crire sans suite; il ne laisse pas d'y marquer du dessein, & de cacher, dans son dsordre apparent, un ordre plus fin qu'on ne se l'est imagin. C'est une reprsentation nave des conversations ordinaires. Que trois ou quatre personnes s'entretiennent ensemble familirement, elles parleront insensiblement de mille choses diffrentes, sans s'appercevoir de la diffrence des sujets. Le marquis de Chtres-Brodeau nous donna, sur ce modle, en 1697 ses _Jeux d'esprit & de mmoire_, mais d'un got fort subalterne. J'ai expos l'ide du _Moyen de Parvenir_. L'auteur y suppose une espece de festin gnral, o, sans consquence pour les rangs, il introduit des gens de toute condition & de tout siecle, savans la plpart, qui, n'tant l que pour se divertir, causent de tout en libert, & par liaisons imperceptibles passant d'une matiere une autre, font des contes perte de vue. La vrit est que, brouills comme ils sont dans le livre, on a de la peine les y retrouver quand on les cherche; mais il est ais de remdier cet inconvnient par le secours d'une table sommaire des Chapitres qu'on a faite, en vertu de laquelle il n'y a pas de quolibet, pour mince qu'il soit, qu'on ne trouve en son lieu dans le moment. Le _Moyen de Parvenir_ en est le rpertoire gnral; c'est en cette source que non-seulement Bruscambille & Tabarin ont puis; mais encore Daubign dans son _Baron de Fneste_, & Sorel dans son _Francion_. Un ami trs-docte du docte Saumaise, m'a dit que ce grand homme se dlassoit quelquefois lire le _Moyen de Parvenir_, & qu'il l'estimoit en son genre. Il m'en a mme appris un fait curieux, qui mrite d'tre rapport. C'est que, dans le tems que monsieur Saumaise toit malade la cour de Suede, la reine Christine, qui l'y avoit fait venir, l'tant all voir, le trouva au lit tenant un livre, que par respect il ferma, au moment qu'il la vit entrer. Elle lui demanda ce que c'toit. Il lui avoua que c'toient des contes un peu libres, que, dans l'intervale de sa maladie, il lisoit pour se rjouir. Ha, ha, dit la reine, voyons ce que c'est; montrez-m'en les bons endroits. Monsieur Saumaise lui en ayant montr un des meilleurs, elle le lut d'abord tout bas en souriant; aprs quoi pour se donner plus de plaisir, s'adressant la belle Sparre, sa favorite, qui entendoit le franois: viens, Sparre, s'cria-t-elle; viens voir un beau livre de dvotion intitul, le _Moyen de Parvenir_. Tiens, lis moi cette page tout haut. La belle demoiselle n'eut pas l trois lignes, qu'arrte par les gros mots, elle se tt en rougissant; mais la reine, qui se tenoit les cts de rire, lui ayant ordonn de continuer, il n'y eut pudeur qui tnt; il fallut que la pauvre fille lt tout. Monsieur Saumaise, racontant cette particularit au savant homme, alors fort jeune, de qui je la tiens, lui fit voir le propre exemplaire qui avoit t le sujet de cette plaisante scne, & le lui donna. Tout ce qu'on peut dire l'avantage de cet ouvrage, c'est qu'il a t une source intarissable de bons contes, proverbes & mots plaisans pour nous & nos successeurs. Il n'est enfant de bonne maison qui n'en bgaie tort & travers quelque lambeau; bien ou mal plac, n'importe. Mais aussi Verville ne s'est pas livr sa seule imagination dans la formation de ce livre plein d'imagination. Une remarque particuliere, sur le _Moyen de Parvenir_, c'est que le mot _car_, par o il commence, n'y est dans la suite rpt en nul endroit. Bayle nous a donn un lger article de Franois Broalde sieur de Verville, & un autre de Mathieu Broalde, pere de Franois. Mathieu, originairement catholique, fut, vers 1550, prcepteur d'Hector Frgose, fils de Csar Frgose & de Constance Rangon. Le Bandel en parle avec loge, dans l'ptre ddicatoire de la 63e. Nouvelle du 3e. tome. Messer Matteo Beroaldo, Parigino, (_dit-il_) huomo non solamente nella lingua latina e greca eruditissimo, m nell'hebrea anchora, e negli studii filosofici essercitato, e precettore del nostro signor Hettor Fregoso, dal re christianissimo nomato al summo pontefice per vescovo di Agen. Et dans l'pitre ddicatoire de la nouvelle suivante. La novella f narrata qui tr noi dal dottissimo messer Matteo Beroaldo, precettore del nostro gentilissimo signor Hettor Fregoso. Le calvinisme commenant alors s'tablir Agen, Mathieu Broalde, Jules-Csar Scaliger & quelques autres savans, alors habitans de cette mme ville, goterent la nouvelle religion. Mathieu Broalde en fit profession ouverte, quelques annes aprs, & fut mme ministre Genve. Il toit neveu de Vatable, & avoit des livres rares & exquis, lesquels furent la plupart vendus & disperss aprs sa mort. Quelques-uns cependant demeurerent son fils, qui, dans un tems de troubles, tel que celui o il vivoit, eut peine les conserver. Il en regrettoit un, surtout, imprim, dit-il, la Chine, que Joseph Scaliger, qui il l'avoit prt, lui retint. Il en dit un mot dans son _Moyen de Parvenir_, tome II. chap. XXI. intitul _Sommaire_, & en parle plus au long & plus srieusement, sur la fin de son _Palais des Curieux_. Il toit pote, chimiste, mdecin, philosophe, grammairien, mathmaticien. Ses ouvrages, dont nous avons un grand nombre, sont presque tous ou romanesques ou chimiques, ou tous les deux, tel que son _Voyage des Princes Fortuns_, livre ennuyeux la mort, au chapitre prs qui contient l'histoire du roi Eufrantis, & de son favori Spanio. On la peut voir toute entiere, dans les remarques de Sorel, sur le Xe. livre de son _Berger Extravagant_. Claude Barthelemi Morisot, avocat au Parlement de Dijon, l'a mise en latin, en ayant seulement chang les noms, & l'a insre dans son _Veritatis lacrima_, petite satire que les jsuites, qu'il y maltraitoit, firent brler publiquement Dijon, par arrt du mme parlement, le 4 Juillet 1625. On dit que, ce _Voyage des Princes Fortuns_ n'ayant point eu de dbit, Verville composa, pour ddommager son libraire, le _Moyen de Parvenir_, dont il s'est fait des ditions sans nombre. Le titre seul excitoit la curiosit. C'est assurment un livre singulier. L'auteur y parot fort dsabus de la pierre philosophale, dont il avoit t long-tems entt. Pour sa religion, l'on ne peut douter qu'tant fils d'un ministre de Genve, il n'ait t lev dans la prtendue rforme. De huguenot, aprs la mort de son pere, il se fit catholique: mais en juger par son _Moyen de Parvenir_; qui fut un de ses derniers ouvrages, il est ais de voir que, s'y moquant comme des Catholiques & des Huguenots, il n'toit ni l'un ni l'autre. Sa retraite Tours, o apparemment il est mort, l'a fait mettre par l'abb de Maroles, page 255. de la partie de ses _Mmoires_, au nombre des illustres Tourangeaux. Le mme abb lui donne pour compagnon de posie enjoue, le nomm Gui de Tours, qui en effet s'appliqua peu de tems aprs que le _Moyen de Parvenir_ eut paru, en tourner quelques contes en vers franois. Ce sont des manieres d'pigrammes. Je les ai vues, rien n'est plus sec. _SOMMAIRE_ DES CHAPITRES. _TOME PREMIER._ I. Qui sert d'exorde ce discours clair & intelligible, intitul: _Moyen de Parvenir_; satyrise les gometres, les gographes & les chronologues; prpare le lecteur l'assemble de ces illustres fous, qui, de section en section, donneront de plus en plus des preuves de leur folie stganographique. Les interlocuteurs s'engagent se revoir chez le bonhomme, pour y faire festin. Invective contre ceux qui donnent lgrement leur parole. _Guillaume qui fait jurer pour lui_, Page 3. _Honnte dmenti de Coguerean_, p. 4. _Seigneur de paroisse qui ne refuse rien_, p. 5. II. Satyre contre les grammairiens latins, si hrisss par-tout qu'on ne peut en aborder, sans tre sr d'tre dchir par l'pine; & contre les pindariseurs de la langue franoise. _L'assesseur pindarisant_, p. 6. III. A l'ajournement chez le bon homme, aucun des convis ne manque, & tous en entrant dans la salle se saluent. Satyre contre les rvrencieux. Description de la salle. Critique de Platon. IV. Eloge de toute l'assemble, dans un style si singulier, qu'on ne sait s'il l'injurie ou la loue. Cet loge est termin par l'apologie de madame (la belle inconnue) dont beaucoup de bien est dit. V. Les flaccons de vin toient au frais. Sortie vigoureuse contre les buveurs d'eau tiede, les sots table, & les timides en conversation. Histoire de la dcouverte de _la vrit au fond d'un puits_ par Dmocrite. Raison pourquoi le vin s'avale plus promptement que le pain. Vin rpandu est le plus grand malheur. Origine du proverbe: _vessies sont des lanternes_. _Sermon du cur_, page 10. _Dmocrite qui trouve la vrit dont un puits_, p. 12. VI. Socrate fut charg de l'emploi de matre des crmonies. On y vit arriver Alexandre revenu de chez les Gymnosophistes, Aphtonius, Bodin, Pythagore, Pline, Dmosthenes, Aristote, Rabelais; Cusa & Jean Hus se placent; digression plaisante sur la future destine de ce livre. _L'archidiacre grand gourmand_, p. 15. _Moine circonspect au pied de la potence_, p. 16. VII. Le repas commence. A propos de repas, savante & profonde dissertation sur les pets, & histoire des pets musqus de la belle Imperia avec le gentilhomme de Lierne. _Naissance de la couronne impriale_, p. 23. _De Lierne couch avec la belle courtisanne peteuse_, page 24. _Naissance des orties_, 26. VIII. L'histoire de la belle Marciole qui ramasse, toute nue, les cerises qu'elle avoit apportes au sieur de la Roche. Les plaisirs indiscrtement priss des regardans, & la somme que la belle emporta, font le sujet de cette section. _Marciole ramassant les cerises_, p. 27. _Prudence de l'abbesse de Montfleury_, p. 33. IX. Il est bien intitul _coq--l'ne_; chacun, rempli de l'histoire de Marciole, raisonne sur son _cela_, & pourquoi _cela_ est appell cela. Plaisanterie d'un mdecin visitant une fille malade. _Mdecin examinant une malade_, p. 35. X. L'auteur annonce clairement ses lecteurs la difficult de lire ce livre, dont toutes les phrases sont cousues par le hazard: l'exemple du bon homme Guyon, qui mettoit dans une grande terrine tout ple-mle ce qu'on lui donnoit boire & manger, est une comparaison sense de cet ouvrage. Analyse d'une dissertation d'un prieur de Vau-de-Vire, sur le mot _cela_. Homme & femme sont honteux de montrer leur _cela_, selon la petitesse de l'un ou la grandeur de l'autre. Le dialogue d'Hippolite & de son amant vis--vis sa mere, mrite l'attention de ceux qui aiment de la chaleur dans les dialogues. Histoire de monsieur de la Rose, qui, pour se moquer des notaires, fait passer des pois _pardevant eux_. _Guyon qui mangeoit & buvoit ple-mle_, page 36. _La belle Hippolite qui se chauffoit la parisienne_, p. 39. _Pois passs pardevant notaires_, p. 43. XI. Eloge ambigu des convives, de l'ouvrage, & des lecteurs assez spirituels pour l'aimer & comprendre. Comparaison de ce volume avec verre & bouteille. XII. En continuant l'apologie de ce volume, il l'appelle brviaire, pour avoir droit de faire un sarcasme contre les propritaires de brviaires. Le conte du brviaire du cur, & du _quiproquo_ de la femme du libraire, n'est qu'une courte parenthese cette apologie, qui n'est interrompue que par une furieuse satyre contre les financiers & gens pressurant le peuple par la leve des impts. Embarras dans lequel il entre sur le nom qu'on doit dignement imposer ce livre; en rejettant le mot de clavicule, il fait un conte sur Rabelais qui prpare une mdecine M. du Bellai avec une dcoction de clefs. Il termine cette section par une invective contre les pdans latinistes, & les ennuyeux scholiastes. _Le brviaire du cur_, page 48. _Quiproquo de la femme d'un libraire_, p. 49. _Mdecine apritive de Rabelais_, p. 53. XIII. Plaisante conversation d'un principal du collge de Genve & d'un ministre: on y dveloppe un germe de scepticisme sur les deux religions catholique & protestante. Il termine son loge de ce livre par des ides trs-burlesques & fort analogues au style dont il est crit. _Gurison du ministre malade_, p. 58. XIV. Beze est le premier qui forme l'interlocution dans cet ouvrage; il disserte plaisamment sur les gouvernantes de prtres, qui le premier jour disent _votre_; le second, _notre_: & le troisieme _mon_. Quelques _quiproquo_ fort plaisans prcedent l'histoire du bachelier fouett; elle est commence, & tout d'un coup interrompue. _Bonne foi d'un homme prt d'tre rompu_, p. 62. _Gradations de familiarit des chambrieres_, p. 64. _La tte de veau de l'avocat du Mans_, p. 65. _Le bachelier fouett & fouettant_, p. 66, contin. p. 71. XV. L'interruption ayant toujours lieu, propos de soutanes & de braguettes, plaisanteries vives sur les papistes & les huguenots, sur les buveurs d'eau vigoureux champions en amour, & sur le terme de _faire la pauvret_. Enfin le conte du bachelier fouett par la dame Laurence & la fouettant son tour, reprend son fil; le trpas de la pauvre dame, & la frayeur de sa jument ce triste spectacle de fouetterie. XVI. Propos de soeur Dronice avec son abbesse qui la rprimande d'avoir tt du fruit de vie. Raisonnement intressant la rpublique sur l'encouragement qu'on doit donner celles qui l'enrichissent par des enfans. Diffrentes rponses d'enfans sur le cocuage des peres & le putanisme des meres. _La nonnain curieuse reprimande_, p. 78. _Rponses naves d'un enfant sa mere_, p. 81. _Navet d'un cur_, p. 82. XVII. Continuation des propos sur les femmes, que j'aime mieux qu'on lise que d'en faire l'analyse. Plaisanterie sur l'aventure d'un moine, (sans contredit c'est aventure de paillardise; & toutes les fois que je dirai _aventure de moine_, cela aura cette signification) & sur l'explication de _omnis caro foenum_. Thevet tourn en ridicule sur son style & ses bvues. Grotesque serment d'un paysan grillard, pour dtourner la jalousie bien fonde de son voisin sur son compte, vis--vis sa femme. _Dcision sur les femmes en gnral_, page, 83. _Femme prise pour un boiteau de foin_, p. 84. _Frere Jrme le chimiste_, p. 85; continue, 86; cont. 87; finie, 89. _Expression reprise_, p. 86. _Plaisant serment de Georget_, 87. XVIII. Explication burlesque d'une vrit trop certaine, qu'il faut _graisser_ la main aux gens de justice. Histoire de frere Jrme, grand alchimiste, dans laquelle on se moque des brleurs de charbons & des entrepreneurs de fortunes imaginaires; frere Jrme, pour fermer la bouche sa parente anti-chimiste, lui dit qu'il cherche la poudre qui le fait faire sept coups. _Faon de graisser les mains de son juge_, p. 88. XIX. Un coq--l'ne fort court, d'un valet qui explique sa faon _mundus caro dmonia_, differe un moment l'histoire de la pierre casser les oeufs. Secret de faire mourir quelqu'un sans qu'il y paroisse; il ne se peut pratiquer qu'en huitaine qui prcede le carme. _Navet d'un valet_, page 91. _Pierre casser les oeufs_, p. 91, XX. Nouvel loge du livre, dont le rsultat est de donner des leons aux gourmands superlatifs, pour n'tre jamais dupes dans les repas o ils se trouvent. XXI. Denost le gourmand sert de modele dans l'apothose de la gourmandise. Ici la conversation des convives se brouille; & par une cascade inattendue, elle rentre dans les _quiproquo_. Comment faire dans un terrein couvert de neige, pour que les pas d'une pucelle n'y paroissent point. Conte de la fille du mtayer qui avoit perdu un mouton, & qui vouloit tre tue pour retourner la maison. _Cornu, le modele des gourmands_, page 99. _Quiproquo d'une femme_, p. 100. _La fille qui veut mourir_, p. 101. XXII. Secret infaillible pour savoir si une fille est pucelle, pourvu qu'on ne soit ni manchot ni courte-haleine. Maniere fort sense d'annoncer la fte de la Madelaine. _Sermon de la Madelaine_, p. 104. XXIII. Les vques ni les chapitres n'ont beau jeu dans cette section; les uns sont traits comme pharisiens, qui disent de bonnes choses & en font de mauvaises; les autres, comme assembles de corps sans ame, de matiere sans esprit. Histoire de la fille reconnoissante qui prend le meilleur, & veut qu'on donne sa mere le pire: vit-on un meilleur coeur! _Sermon sur la charit_, p. 106. _L'achat d'un meilleur outil_, p. 108. XXIV. Histoire du notaire & du beau petit diabolique faucheur: elle est coupe par deux ou trois parentheses fort plaisantes. Dans l'une on y dveloppe bien rgulirement les diffrentes sortes de bnfices; & ce dveloppement ne peut manquer d'tre bon & raisonnable, il est fait par Cicron. Dans une autre, il y a quelques railleries sur des termes qu'entre gens de religion on se reproche qu'il ne faut jamais prononcer, moins qu'on ne veuille se voir lapider avec pierres d'glises ou de prches. Dans la derniere est une plaisanterie sur un faucheur qui se coupa la tte voulant attraper un poisson avec le bout de la lame de sa faux. _Le pr fauch & le petit faucheur_, p. 113, continue, 117. _Maladresse d'un faucheur_, p. 116. XXV. Histoire de monsieur Jacques de la Tour, autrefois prdicateur, & finalement marchand de lanternes, qui mourrant de faim en dbiter, fit une petite fortune en vendre. Sortie vigoureuse sur les ubiquitaires. Histoire du petit saint homme, qui devint mchant comme un diable ds qu'il fut moine. _Le ministre marchand de lanternes_, page 119. _Le novice mchant comme un diable_, p. 123. XXVI. De naves & simples rponses font le sujet de cette section, qui est termine par l'illustre & fameux conte de Robin mon oncle. Sarcasme contre la vnalit des bnfices & la simonie. _Stupidit d'un colier_, p. 126. _Le pere de Melchisedech_, p. 130; continue, 133; fin. 134. _Evque gnreux comme de raison_, p. 131. _Conte de Robin mon oncle_, p. 132. XXVII. Pour autoriser son propos sur la simonie, il raconte plaisamment la finesse d'un jeune bachelier qui vouloit avoir un bnfice de messire Imbert. Gnalogie trs-suivie de Melchisedech, quoi qu'en dise le texte sacr, qu'on ne connot ni son pere ni sa mere. XXVIII. Singuliere explication du premier vers des distiques de Caton, sur les carmes. Soeur Jeanne explique fort nergiquement la valeur du mot _coquebin_. Plaisant remede d'une paysanne pour gurir son pataud de mari. _Chapelain chatr d'une Angloise_, page 137. _Valet qui n'est pas coquebin_, p. 138. XXIX. Messire Gilles, aprs avoir pass par l'tamine hypercritique de Scaliger sur son nom, & l'origine de son nom, raconte l'histoire du diable chtr. Sentimens de religion bien placs, sur le chagrin qu'on doit avoir que S. Michel n'aie pas tu le diable, quand il avoit si beau, puisqu'il toit arm comme quatre mille, & que le diable toit tout nud. _Le diable chtr_, p. 141. _Nom de sculpteur tronqu plaisamment_, p. 143. XXX. Navet d'une fille-de-chambre, qui ne cede en rien la simplicit d'un prdicateur. Messire Guillaume le Vermeil veut parler son tour; mais il est reprsent comme un homme ivre & qui bgaie. Diogenes, dans ce repas, est aussi cinique contre nos porte-chasubles, qu'il l'toit dans les rues d'Athenes, tapiss des douves de son tonneau. _Navet d'une fille de chambre_, p. 147; continue, p. 148. _Sermon expressif fait des jacobins_, p. 148. _Conte de la reine des pois pils_, p. 149. XXXI. C'est ici la scene des souhaits; chacun en fait double entente, plus plaisans les uns que les autres. Conte de Martine & de sa flte, pour faire opposition Robin & ses fltes. Satyre contre les moines besace. Plaisant testament d'un Toulousain, en faveur de sa femme, qu'il laissa fort bien pourvue, en ne lui ajoutant rien ce qu'elle avoit auparavant. Sortie contre ces Agns d'apparence, qui donnent leurs faveurs des rustres. Conte des pelotons & de l'honneur cousu & recousu. _Martine qui promet une flte son mignon_, p. 154. _Amphibologie dans le sermon d'un cur_, p. 156. _Le testament en faveur d'une femme_, page 156. _Conte des pelotons & de l'honneur cousu_, p. 159. _Madeleine la bien fte_, p. 161. XXXII. Ici le banquet reprend vigueur; on boit & on mange en toute sret. Histoire du farfadet de Poissi. Explication des termes de petit exercice, de dispense, & de purgatoire. Sergent tomb plaisamment moqu. Question, dont le premier vers de Despautere est la rponse. Dissertation sur le vin, les buveurs & sur l'ivresse. Jaquette du Mas trouve bien heureusement le nom de son fils. Amiot accus de vrole. Satire contre l'inquisition d'Espagne. _Conte du farfadet de Poissi_, p. 162. _Chte d'un sergent_, p. 165. _Navets d'un paysan d'Orlans_, p. 165. _Sermon d'un ministre de Strasbourg_, p. 167. _Prudence d'une servante_, p. 168. _Nom donn un enfant par un sermon_, page 171. _Conte sur Amiot & sa vrole_, p. 171. _Bon avis d'un fils sa mere_, p. 172. XXXIII. Erasme raconte aux convives l'histoire de Dom Rodigue das Yervas. La soupe de Glougourde la fait canoniser Rennes. C'est une parenthese au conte de Dom Rodigue. Mot double sens sur l'indiffrence d'Erasme pour l'ptre & l'vangile. Sentimens sur les posies d'neas Silvius & de Beze. Munster moqu d'avoir voulu tre l'apologiste de Thevet. Bonne raison de l'amour des femmes pour les moines. Cette section est termine par quelques propos de niaiserie paysanne. _Conte de la soupe de S. Glougourde_, p. 174. _Mere d'Erasme, qui oublia son pater_, p. 175. _Navet d'un berger_, p. 178. _Histoire de Dom Rodigue das Yervas_, p. 178. _Balourdise d'une paysanne_, p. 182. XXXIV. Invective contre les moeurs & la fourberie des gens du siecle. Scot & Uldric se disent des pouilles; madame veut les racommoder; plaisante faon de faire une dclaration d'amour: si elle n'est pas bien loquente, du moins est-elle bien sensible. _Chanoine qui veut le bien d'autrui_, p. 185. XXXV. Les convives se plaignent qu'on ne vient pas au but qu'ils s'toient propos. Tout d'un coup Paracelse commence une belle dissertation sur la premiere matiere. Dissertation claire comme un tang bourbeux, ou comme la bouteille l'encre. _TOME SECOND._ I. Il continue sa dissertation, & se jette un peu sur la friperie des parvenus, & de la faon de parvenir dans ce monde de dsordre & de dissolution. _Plaisant parti d'un domestique_, p. 6. II. L'histoire de Quenault & de sa serpe est coupe de diverses instructions trs-profitables. On y voit la diffrence d'une femme de par dieu, d'avec une femme de par le diable. Sermon du cur de Busanois, divis en trois points. _Le conte de Quenault & de Thibault_, page 7. _Sermon en trois points, du cur de Busanois_, p. 10. III. Devoir des prlats prescrit sous le voile de la plaisanterie: _castigat ridendo mores_. Conte sur le proverbe, n'avoir ni rime ni raison. Cette section est remplie de factieuses aventures sans rime ni raison. La cruche de malvoisie prise pour un lsard, par des femmes ivres de vin. Bible hbraque prise pour un livre de magicien par un prtre, &c. _Conte du ministre qui avoit rime & raison_, p. 14. _Conte de la malvoisie_, p. 16. _Conte du pseautier hbreu pris pour livre de magie_, p. 19. IV. Origine de la bonne eau pour faire la bonne double-bierre d'Angleterre & de Flandres. Miracle de la Gousson toujours ployant du linge, & de la Le Page toujours pissant, l'une pour avoir bien reu un besacier, l'autre pour l'avoir rebut. _Ruisseau faire la forte bierre_, page 20. _Conte de la Le Page & de la Gousson_, p. 23; contin. p. 24. _Interrogatoire de matre Pierre_, p. 23. _Propos de pisseurs_, p. 28. V. Aventures plaisantes de plusieurs pisseurs. Platon moquant & moqu. Pourquoi le _cela_ de l'homme a besoin d'aide pour pisser, tandis que celui de la femme va tout seul. Minimes & capucins tourns en ridicule. Allusion du mot de Joseph l'antiquit des minimes. Description de la sphere en termes estropis: (c'est srement dans le _Moyen de Parvenir_, que ces gens d'un esprit si sublime de notre siecle, ont trouv le style des parades, & ont voulu nous dmontrer par solide argument, qu'il y avoit plus d'imagination composer la plus mauvaise des parades, qu' faire Cinna ou Mrope). Conte de Chabert & des trois filles, qui il demande une rponse de chacune sur le droit d'anesse de la bouche ou du chose. La section finit par une question, dont le titre de la section suivante fait la rponse. _Aventure de Platon & de Prdicac_, page 30. _Bonne logique d'une chambriere_, p. 32. _Plaisante origine des minimes_, p. 34. _Description lgante de la sphere_, p. 35. _Conte des trois filles_, p. 36; contin. p. 37. _Propos d'un cur & d'un charpentier_, p. 37. _Question d'une chambriere_, p. 38. VI. Sapho commence babiller, & elle en conte faire mourir de rire ou de honte. Dissertation de Nostradamus sur les culs, qui est termine par les prudentes rflexions concluantes d'Hypocrate. Histoire d'Esculape, qui voyoit le jour par le trou du cul de sa femme. Plaisanterie sur les femmes Allemandes de ce temps-l, & qui pourroit trs-bien convenir aux femmes Franoises de ce temps-ci. Satire contre ceux qui annoblissent leurs noms par des _du_, _de_, _le_, &c. Origine du proverbe: _s'il a bon coeur, qu'il mange de la merde_. _Conte du cul de la femme d'Esculape_, p. 42. _Changemens de noms_, p. 44. _Conte de Stace avec la femme peteuse_, p. 45. VII. Comparaison de l'outil des femmes avec des fves, qui ont la raie noire & le bas contre mont. L'conomie mene loin, puisque trois fves semes ont fait le mariage d'une fille. Fve des gteaux des rois tourne en ironie. Avarice des avocats reprise par le conte d'une femme dont on n'avoit fait le poil que d'un ct. Le marinier de Quilleboeuf ne reconnot plus sa femme, parce qu'elle se l'toit fait tondre. _Trois fves qui font le mariage d'une fille_, p. 47. _Conte de la femme moiti pile_, p. 48. _Obstination d'un marinier_, p. 49. _Disputes de deux maquerelles_, p. 50. VIII. Dissertation sur les fillettes, dont la conclusion est de les distinguer en trois sortes. Comme on doit faire cas des larmes & du dsespoir des filles de joie. Plaisant conte sur un homme qui appelloit le _comment a nom_ de sa femme un gardon. Origine de la solution de continuit; Mercure couturier des ventres des hommes & femmes; trop ou trop peu de fil fait la rosette ou la boutonniere. Exposition des vritables sept merveilles du monde. Diffrence entre vrit & raison. Le conte du beurre de la Solde, qui est interrompu par des propos factieux. _Lamentation de putain_, p. 51. _Femme qui montre son cela, sans y prendre garde_, p. 52. _Conte de jeune femme & vieux mari_, page 53. _La couture des mles & femelles_, p. 54. _Le beurre net de la Solde_, p. 57; contin. p. 60, contin. p. 61, fin. p. 63. _Propret des femmes_, p. 57. _Caractere des moines_, p. 58. IX. Le conte du beurre de la Solde continue dans cette section, toujours avec quelques parentheses joviales, & il est bon de remarquer que c'est toujours la belle & sage Sapho, qui, depuis la section VI, tient impitoyablement le dez des propos polions. Caton disserte sur le bon ge, & avance que le _cela_ des hommes est plus fort dans la vieillesse que dans la jeunesse, parce qu'tant jeune une main le conduit, & que dans la vieillesse deux ont peine le guider. Satire contre les chanoines & les mdecins, & bon mot sur l'aumuce. Eloge du livre fait par un pote, & confirm par un prophete. _Emploi d'un contrat de mariage_, p. 60. _Exprience de Sculpture_, p. 63. _Conte du mdecin_, p. 65. _Mot double entente_, p. 67. X. Question embarrassante rsoudre pour un homme amoureux de sa libert. Diffrence entre farine & bran. Songe du pauvre paysan. Origine du proverbe, _afin que le bon homme ait son sac_. Quelques-uns des convives qui toient sortis pour faire place un verre de vin, rentrent. Socrates parle & est moqu ds le premier mot. Ridicule jett sur ceux qui grassayent en parlant, par bon air, ou pour ne pas se fendre la bouche. _Le revenant_, p. 71. _Conte du sac du bon homme_, p. 72. _Rponse humble d'un valet_, p. 73. _Propos naf d'une fille_, p. 75. XI. Origine des bossus: enfilade de propos burlesque au premier calibre. Raison pourquoi l'on salue quand on boit. Reprise, en-dessous oeuvre, de l'loge de ce livre, & prophtie inintelligible sur sa destine. Enthousiasme furieux contre les critiques & les dvots. XII. La langue franoise est riche en termes de chouserie. Dissertation sur le _Pheros_ ou ambrosie des dieux, & sur la nourriture des ames. Interprtation du mot _apprendre_. Conte fort plaisant ce sujet. Maniere de faire des barbes passes sous la meule, & plaisanteries sur les barbes faites. Conte de la femme du procureur, accouche d'un maure, & de la navet du procureur avec son critoire. _Conte du bonnet tomb_, p. 83. _Bonne leon d'une vieille servante_, p. 85. _Conte du moulin barbe_, p. 87. _Chanoine pris par son propos_, p. 88. _Conte de l'critoire du procureur_, p. 89. XIII. C'est ici ou se dveloppe le grand mystere du menton ras des prtres. Conte sur Hugonis, suivi du conte de la sage-femme qui vient accoucher un garon. Erasme s'tend sur les polissonnes invectives dont il avoit accabl un docteur. Secret de sentir l'hrsie. Pays de papefiguire, ou l'on est toujours gras & vigoureux comme un _moine_. _Plaisante rponse d'un homme gras_, p. 93. _Le jeune homme en couche_, p. 93. _Quiproquo d'un domestique_, p. 94. _Nom tronqu_, p. 95. _Conte de la dispute d'Erasme_, p. 95. _Plaisant jugement_, p. 96. _Description du pays de papimanie_, p. 99. XIV. Moeurs de ce pays de bonne sant. Termes amphibologiques; Cardan & Jamblique disent quelques bourdes sur les succubes & incubes. Satyre contre ces faux-dvots qui veulent que le diable soit le pere de nos passions & de nos plaisirs, & qui en refusent la prudence la divinit, & l'honneur l'homme. Les hommes font tout dans le travail amoureux, les femmes ne font que prsenter l'cuelle. Conte de l'crevisse attache au bord de l'cuelle d'une femme par une patte, & la lvre suprieure du mari par l'autre. _Eloge de la vis des tuileries_, p. 100. _Conte de l'crevisse au bord de l'cuelle_, p. 103, contin. p. 104. _Les beaux sont les gros_, p. 105. XV. Cette section commence par le plaisant conte de Jean Laille, qui mit sa machine faire pauvret dans une souriciere ressort, croyant tre dans un urinal. Sa plaisante insolence avec une chambriere. _Conte d'un moine pris en partie, comme une souris_, p. 108. XVI. Dissertation sur la poudre de projection. Ridicule texte d'un sermon. Gaillarde maniere de dfendre son bien, mise en usage par un moine, contre deux voleurs. Explication de certains sobriquets; chose qu'on ne prendroit pas pour un fagot, moins qu'on ne le dise. Vritable explication du mot _quasimodo_, & de quelques autres intressans bien savoir. Termes de biensance devant les gens qualifis tourns en ridicule. Malheur d'une pauvre femme qui a pous un cocu. Maniere d'tre pouss. _Sermon dont le texte est plaisant_, page 110. _Conte du moine & des voleurs_, p. 110. _Conte du fagot_, p. 112. _Le mot _quasimodo_ expliqu_, p. 113. _Secret pour tre pouss_, p. 116. XVII. Madeleine en dgoisse & fait des contes libertins perte de vue; cornes des femmes sont les ongles. Qui ne prend pas plaisir, n'est pas putain. L'attention regarder, fait qu'on est vol; exemple de l'ne du paysan. Les femmes changent entre les mains de certains maris. Faon subtile de se confesser. Les bons avis ne sont point rebuter. Valeur du terme de chausse-pied de mariage. _Conte canonique d'un homme & d'une femme_, p. 117. _Conte de l'ne vol sous son matre_, p. 120. _Confession d'une femme_, p. 121. _Bon avis d'un galant homme_, p. 124. XVIII. Le plaisant tournevis ou vilbrequin. Grand commentaire sur les cocus cocuans & cocus, propos de la chose la plus imparfaite. Le cocuage est plus grand miracle que la pierre philosophale, puisqu'il s'opere en l'absence des sujets sur qui il est fait. _Conte des hommes visss_, p. 124. _Conte de la courtisanne Conscience_, page 130. XIX. Le bon prdicateur fait bonnes moeurs; exemple d'un qui dtournoit ses auditeurs de tout vice. Le commentaire sur cocu & cocuage reprend & continue de plus belle. La navet de la dame de compagnie de madame l'amiralle, vient gayer. (_Nota._ Dame de compagnie, auprs des dames de haut-parage, est mme chose qu'_esprit_, auprs de leurs maris. On dit: monsieur D. est l'_esprit_ du duc D.) _Conte des prdicateurs ennemis des paillardises_, p. 134. _Navet de la belle Dubois_, p. 137. XX. Disputes de savans, richesse des langues vivantes. Nouvelle loge de ce livre, & crainte sur l'abus qu'on en fera. Les moines sont si libertins, que leurs prieurs s'en scandalisent: le moyen d'y mettre remede: Plaisant franois de Margot. Les putains jurent toujours _vrit_ & _honneur_, (serment sans consquence.) _Vrit dans la bouche d'une Normande_, p. 145. _Conte du Prieur de Marmoutier_, p. 146. XXI. Sage politique exerce dans la ville de Lubec, pour les vibaniers & conbaniers. Faon d'essayer, aussi connue aujourd'hui Paris qu'_in illo tempore_ Lubec. Alcibiades crie, jure, blasphme, se radoucit, pour prouver par sentimens son got antagoniste des femmes. _La ville de Lubec_, p. 148. XXII. Madame raconte une histoire, dont le commencement & la fin prouvent qu'elle toit franche putain. Certitude de cocuage aux maris dont les enfans ont cheveux de deux couleurs. _Conte de l'origine du putanisme_, p. 155. XXIII. Explication du terme de _putain_, faite par plusieurs, & termine de main de matre. Mots qui autrefois toient loge, aujourd'hui sont injures. Satyre sur les chambrieres de prtres, chanoines, curs, &c. &c. &c. Trois choses sont viter; trois voeux faire. Satyre contre la justice & ses administrateurs. Origine du proverbe de _fesse tondue_. Cette section & ce volume finit par le conte de l'guillette, & par une rflexion fort sense, pourquoi les moines sont appells _bats peres_. _Stupidits ou distractions d'un prince ultramontain_, page 163. _Conte de la fesse tondue_, p. 162. _L'guillette noue et dnoue_, p. 168. _Le Chanoine dupe_, p. 170. XXIV. Quittant la thologie & les thologiens, les convives s'tendent sur les quatre vertus cardinales; rire, manger, boire & dormir. Il faut toujours se tenir en garde contre ceux qui viennent de loin: croire aux miracles de Paracelse, c'est avoir un grand fond de soi, satire contre ce fameux alchimiste. Transition heureuse d'un vque un soufflet; dissertation sur l'origine des mitres. XXV. Invectives contre les prtres sous le titre d'hirarchie de double linge. Asclpiade attrap par une fille de chambre de madame de Combardavit. Les nonnains sont les perdrix du monde, & les chanoines en sont les faisans. Bonne sentence mettre sur l'entre de chaque maison. Conduite de Jean Dissolez, moine & voleur de poires. Origine du mot _tu autem_. Sarcasmes contre les moines, & dfinitions intressantes, qu'il faut lire, sans m'obliger de les crire. Conte de Ferrand & de Margeou, deux moines. _Conte d'un page attrap_, page 177. _Jean Dissolez, voleur de poires_, p 180. _Aventure de Ferrand & Margeou_, p. 183, continue, p. 192. XXVI. Raison solide des voyages de moines par deux. Le trouble se met dans la conversation. Musique plaisante d'un homme sandales. Les deux moines en fonction: origine du proverbe de la chape l'vque. Bon avis ceux qui portent soutanes dans des cas presss. Le conte de Ferrand se reprend & se termine. _Musique d'un moine_, page 188. _Les deux moines en fonction_, p. 188, continue, p. 191. _Origine du proverbe de la_ chape l'vque, p. 189. XXVII. Les femmes de sergens ne sont pas des plus sotes en amour. Jeu de gripeminaud sans rire. Conte de Jacques Adriot & de sa femme: on a crainte de le raconter, parce qu'il y a dedans un peu de prtre. Saillie naturelle d'une prsidente. _Histoire d'une femme de sergent_, p. 194. _Conte de Jacques Adriot_, p. 197, contin. p. 198. _Plaisant mot d'une prsidente_, p. 198. XXVIII. Bon secret pour fixer un mari; les femmes sont anges l'glise, diables la maison, singes au lit. Conte de la femme d'un huissier. Dissertation forte & chaude sur le joujou du mnage. Conte des religieuses de Poissi; plaisante faon de dcliner un adjectif. Il n'est que femmes pour bien juger des choses. _Conte de la femme d'un huissier_, p. 200. _Conte des religieuses de Poissi_, p. 203. _Conte sur le mot groseille_, p. 204. _Rsolution acadmique de trois nonnains_, p. 205. XXIX. La religieuse qui croyoit tre devenu bte, se corrigea bien de sa stupidit, & fut en tat vingt-quatre heures aprs, de donner leon. Alain Charrier, tourn en ridicule sur son style gonfl & inintelligible, reprend son conte comme il peut. Aveux indiscrets de femmes confesse. Les noms gnriques se font mieux entendre, & la preuve est dans cette section. Ronsard & Baf se disent quelques dures vrits. Remarque sens sur les femmes avares de beurre dans les sauces. Faon d'un cur d'imposer silence. _Le conte de Nabuchodonosor_, p. 207, contin. p. 209. _La confession sincere_, page 214. _Conte d'une femme avare de beurre_, p. 218. XXX. La premiere loi d'un tat, c'est d'tre soumis aux volonts de son prince. Excs de mmoire de Broalte. Satire sur la vnalit des charges, & rflexions trs-judicieuses sur les contrarits du siecle. Conte du chaudron. Qui jure pour rien, devroit bien jurer pour quelque chose. Menot le grand prdicateur donne les principes d'une morale furieusement relche. Histoire du fromage mou & de l'aveugle. _Femme soumise aux volonts du roi_, p. 220. _Conte du chaudron_, p. 223. _Le fromage mou & l'aveugle_, p. 228. XXXI. Histoire de la mule de Rabelais, prise pour le cheval de l'antechrist. Le mulet de Gravereuil & ses farces. Effet horrible d'un appareil mis sur une blessure. _Le cheval de Rabelais_, p. 229. _Conte du mulet_, p. 231. XXXII. Le ministre encav, & retir par la servante de l'htellerie. Proverbes sur l'inutilit de la paillardise des vieillards. Diffrence de putain fille entretenue. La franchise se trouve par-tout, jusques chez les gens de cabaret. Dissertation sur les femmes de bien. Conte de la huguenote en colere. La dissertation continue de plus belle. Avicenne & Lycofron aux prises. Origine du nom de mignons aux chanoines. _Le ministre en cave_, p. 238. _Franchise d'un htelier_, p. 242. _La huguenote en colere_, p. 244. XXXIII. Bon avis d'un mdecin. Qualits de chair d'une fille & d'une femme. Conte de l'poussete de deux faons. La servante prudente dans ses souhaits. _Conte de l'poussete de deux faons_, p. 251. _Prudence d'une servante dans ses souhaits_, p. 255. XXXIV. Rflexion d'un cur publiant des bans. Navet de neuves maries. Egrillardise du cur paillard bien puni. Conte du jardinier & des prunes. _Bans publis_, p. 256. _Cur grillard puni_, p. 257, continue, page 259. _Le jardinier & les prunes_, p. 258. Propos dissolus de moines prchans. Conte du _thuribulum_. Quelques explications de phrases latines. _Le conte de_ thuribulum, p. 266. _TOME TROISIEME._ I. Sortie contre l'hipocrisie des prdicateurs. Conte de la femme du menier complaisant. _Le menier complaisant_, p. 2, cont. p. 10, fin. p. 10. II. Il n'est repris qu'aprs le conte de la navet d'une fille viole; & de celle du galant qui n'entendoit pas la diffrence de questionner ordonner. Explication du mot _sot_; subtilit d'une femme, dont, je crois, elle fut dupe. _La file viole_, p. 8. _L'amant trop complaisant_, p. 9. _La femme chere vivre_, p. 10. III. Histoire du vin rpandu, & le trou par o il s'est coul. _Conte du ministre et de la servante_, p. 13. IV. Conte de l'ne bt. Plaisante faon de dguiser un nom sotisier. _Conte de l'ne bt_, p. 15. _Conte du nom du paysan_, p. 17. V. Satire contre les Espagnols. Pourquoi Guillaume & Gautier sont deux mauvais noms. Lequel vaut mieux de se voir prsenter son arrive dans une maison, du vin ou de l'eau. Conte de la famille bien leve. Navets d'un prsident. Celle d'un paysan, qui va remercier son rapporteur, a plus l'air d'un sarcasme que d'une balourdise. Plaisantes dlicatesses d'un cur. La fille Lyonnoise gurie singulirement. _La famille bien leve_, p. 23. _Le paysan et le rapporteur_, p. 25. VI. Chien couchant de lchefrite, c'est un moine en cuisine. Ici la conversation se brouille. Cicron y dit une suite de bourdes des plus impertinentes. Bonne raison de l'orgueil des barbiers. Parallele de la femme & de la fortune. Conte du barbier amoureux; il s'interrompt par l'explication du sort des hommes maris, sur les quatre doigts de la main. _Conte du barbier_, p. 32. VII. Vengeance d'un mdecin sur son barbier indiscret. Garon barbier qui entend mal. Pari d'un paysan gagn sans replique. Rparties singulieres. _Le barbier ladre & le mdecin_, p. 35. _L'homme saign par quiproquo_, p. 39. _Pari d'un paysan_, p. 40. VIII. Stupidits sont aussi bien gibier de gens d'glise que de sculiers; il y en a dans ce chapitre plus d'une preuve. Conte de Pques & du jambon, Naivet d'une fille de chambre qui pouvoit tre vrit. Histoire de l'abb de Grammont & de l'amiral. L'ambassade grotesque. Paysan attrap y regarde de prs, comme chat chaud craint mme l'eau froide. _Conte de Pques & du jambon_, p. 44. _L'abb de Grammont & madame l'amiralle_, p. 47. _L'ambassade grotesque_, p. 48, cont. p. 50. IX. Augurelle fait des voeux, & est la preuve que tt ou tard les prieres sont exauces. Exclamations dolentes sur les malheurs passs, prsens & futurs qui environnent l'glise. Nouvelles sotises de prdicateurs. X. Conte d'un cur curieux. Conversation d'un savant & d'un crocheteur; explication des mots _premiere messe & premieres nces_. Ici les convives s'embrouillent terriblement fort, & c'est un dfi gnral qui draisonnera. Excs d'amour pour une fille prouv. Pourquoi les Turcs ne se torchent pas le cul. Rien n'est si ais que de connotre un Turc d'un Franois. _Le cur curieux_, p. 55. _Conte de l'amant en preuve de son amour_, p. 60. XI. Diffrence d'une femme & d'un prtre. Conte du cheval chrtien. Plaisante explication de la mere des histoires. Maniere d'essayer une pe fort dangereuse pour ceux qui se rencontrent sur la ligne de circonfrence qu'elle dcrit, quand un fou fait le point central. Combien de fois il arrive qu'on lche ce qu'on veut garder, & qu'on presse ce qu'on veut lcher. Mots mal rendus & faisant des sens trs-singuliers. Le cur qui brle son crucifix pour cuire son oie, qui fut, sans doute par vengeance, mange par les saints de l'glise. Maniere de se dbarasser de parasites trop acharns. _Conte du cheval chrtien_, p. 64. _La fille & l'oeuf_, p. 66. _Conte du crucifix du cur_, p. 67. XII. Soldat pris en maraude. Savoir des prieres c'est le mtier des prtres, & non celui des charons. Un plaideur normand paie ses avocats & rapporteurs d'une singuliere monnoie. On les attrape une fois, mais ils s'en vengent mille. Le paysan tout consol de sa mort. Le ramonneur pris pour un diable. Un moine menant un diable en lesse, & rflexion juste que ce tableau doit donner l'imagination. Un moribond dans le transport au cerveau. _Soldat pris en maraude_, p. 73. _Le ramonneur pris pour le diable_, p. 77. XIII. Les quatre mendians, quels ils sont, & leur parallele avec quatre nations de l'Europe. Histoire du serrurier de Bourgueil. Une connoisseuse & bonne mnagere dtaille les grandes ncessits du mnage. Les trois filles maries le mme jour, qui conversent avec leur mere, le lendemain des nces. Chose qu'on peut comparer une narine. Conte de la fourchette de St. Carpion. _Le serrurier de Bourgueil_, p. 82. _La fourchette de S. Carpion_, p. 86. XIV. Faon de gurir, capable de ruiner les mdecins. Devinez ce qui peut empcher de manger, sans ter l'apptit. Tableau de la vie des femmes des gens de justice. Celle qui offroit son mari de louer ce qu'il en trouvoit de trop, avoit bien raison. Les allusions recommencent encore. Conversation de Frostibus & de Luther. XV. Savante dissertation du pote Lucrce sur les gueules. Avis d'une abbesse sur ce qui est dur & dure. Attention qu'ont les convives, pour rendre ce livre plus intressant, & plus mritant l'immortalit. On recommence le combat des machoires. Origine du proverbe, _le faire pour pargner le pain_. Histoire de Michelle & de ses amans. Cur trahi & priv de tout droit, tandis que tant de femmes sont si bonnes & si reconnoissantes. _Histoire de Michelle & de ses amans_, p. 105. XVI. Histoire du mitron & de la femme du conseiller. Toute bonne cuisiniere trouve toujours sur qui faire passer ce qui manque la maison. Mtier de huguenot vendre. XVII. Grande dissertation sur le cocuage. Sapho s'gaye en posie dans son genre. XVIII. Scrupule d'un cur. Tous causent, & aucun ne s'entend. Quels sont les quatre lmens d'essais pour les mdecins. Pierre Lyon semblable au tombeau de Smiramis ouvert par Darius. Les aumniers ne sont pas obligs de savoir le latin d'inscriptions; il leur suffit de dbiter le latin de leur brviaire. Histoire de l'abb de Turpenai. _Histoire de l'abb de Turpenai_, p. 125. XIX. Sapho cause & ne rougit pas. Conte de la tante de matre Philippes. Bravoure d'un Breton aprs une bataille. Conte du pot de fer en tte. Ce qui est _malfait_ sans crime, & _bienfait_ sans mrite. Rception d'un matre boucher. Inutilit de la science, pour tre lu. Pour tre ministre, c'est peu-prs de mme. XX. Vengeance de Bersault sur un cur. Les deux moines dans sa maison. Ridiculit des moines de parler toujours par _nous_. _Confession du Chien_, p. 135. XXI. Il est rare de trouver un moment o une femme obisse. Grande dissertation sur l'excellence de ce livre. Conte du paysan de la Rochelle qu'on menoit pendre. Propos d'un homme pendre & d'un bourreau. L'loge du livre continue. Rponse d'un chirurgien un moine, qui le voyoit embrasser la statue de Charles VIII. Les prdicateurs sont faits pour tout savoir. Origine du proverbe, _avoir le boudin par le nez_. Trois choses ne veulent tre presses. Dans le pays de madame, il y a d'honntes maisons o les gens s'baudissent avec les dames. Pourquoi on appelle une femme _vesse_. Pourquoi les femmes ne prient pas les hommes. Conte du cordonnier & de la chambriere. Ce que c'est que le sotier de Genve. _Conte du cordonnier & de la chambriere_, p. 153. XXII. Conte des gnitoires noires. Dlicatesse dans la maniere de faire des confitures. Qui est le meilleur, ou l'ame d'un solliciteur, ou l'paule d'un procureur. Faute dans Virgile, d'avoir dit _audaces_. Obstination d'une femme. Invention du clibat. _Conte des gnitoires noires_, p. 156. XXIII. Preuve du libertinage des femmes, quand elles parlent aux prtres. Cas de conscience d'une femme qui refusoit sa bouche, parce que cette bouche avoit jur fidlit son mari. Observation faire, quand on passe devant la porte d'une putain. XXIV. Histoire du pendu de Douai. Suite de propos sans suite, & de mots plaisans. La bonne fortune de Colette. Bon mot d'un marchal. _Le Pendu de Douai_, p. 166. _La bonne fortune de Colette_, p. 170. XXV. Homme difficile gurir. Conte du lendemain des nces. XXVI. Pourquoi les prtres excommunient leurs femmes au _memento_. XXVII. Prudence d'un homme sur le compte de sa femme. Une prise sur le fait de boire la cave, quand elle s'en dfendoit table. On cherche la raison pourquoi il y a tant d'ivrognes & de putains. Effets singuliers qu'avoit fait un sermon sur une servante. XXVIII. Femme dupe par Jean Tenon. Maniere de faire des cendres peu de frais. Les quatre Saints Jean du calendrier. Un chaudronnier pris pour le diable. _Conte de Jean Tenon_, p. 181. _Le chaudronnier pris pour le diable_, p. 184. XXIX. Les noms sont communs. L'auteur s'tend sur la sottise de ceux qui croient toujours se reconnotre dans tout ce qu'ils lisent. Les qualits d'un tron. Ce que c'est qu'un pauvre musicien. Pirrhus prouve clairement que Rabelais a t vque. XXX. Satyre contre les nobles & les gentilshommes. Faon de s'exempter des droits du roi. Plaisanterie sur une femme qui rend le pain bni. Question lequel des deux boeufs est le plus gras. Plaisantes rparties. Procs par gestes, entre un homme & sa femme. Thse thologique soutenue par un savant & un menuisier. _Femme qui rend le pain bni_, p. 195. XXXI. Conte de la femme qui a des remords. Mdecin diseur de bons mots. Rverie de Cardan. XXXII. Quatre noms diffrens pour signifier une mme chose. Plaisante demande d'une femme l'article de la mort. Un instant, un rien dcide de la conversion d'un sclrat, tmoin celle d'un sergent. Conte de la femme battue. XXXIII. Continuation du mme conte. Examen de la fortune visible & de l'invisible. La vrole est la visible, & le cocuage l'invisible. XXXIV. Injustice dans les affaires du monde, d'tre oblig de donner de l'argent pour offrir ses services, soit aux femmes, soit aux rois. Vritable nom de l'enfant prodigue. Sortie sur les scrupules, les cas de conscience, & le sujet de ces cas. Le jeu de la courte-paille. Maniere de connotre les hommes & les femmes fideles. _La femme battue_, p. 208. _Le jeu de la courte-paille_, p. 216. XXXV. Cette nouvelle exprience donne grande force la conversation de part & d'autre. Quatre lettres, auxquelles on donneroit rponse favorable, suffiroient pour faire la fortune d'un simple prtre. Conte de la femme berce. Bon remede qu'on devroit plus mettre en pratique; on en seroit plus tranquille. Le grand secret de la composition de ce livre, est ici dvoil. Rves de deux gentilshommes, dont l'un gte ses affaires par trop de zele de son valet. _Conte de la femme berce_, p. 220. XXXVI. Nouvelle tirade contre les prtres & les moines. Conte de la bouteille d'osier. Mots ridicules, & chansons grotesquement prononces. Ncessit de prier Dieu dmontre. Secret de faire vingt paires de souliers en une heure. XXXVII. Demandes faites des femmes d'apoticaires. Un docteur d'Oxfort demande entrer pour se dcider s'il se fera huguenot ou catholique. XXXVIII. Seconde Satyre contre la maniere de recevoir que pratiquent les Espagnols. Conte du jardinier & de sa femme. Eloge des chanoines aux dpens des cordeliers. Conte du faiseur d'enfans. La conversation s'anime potiquement, & chacun y fourre son quatrain. Tour d'une marchande qui gausse ceux qui la vouloient gausser. Origine de la faon de se torcher le cul avec du papier blanc. _Le jardinier & sa femme_, p. 239. _Le faiseur d'enfans_, p. 242. XXXIX. Le conte de la religieuse qui on montre la musique. Moment o une fille serre les mains de plaisir de voir; que feroit-elle du plaisir de sentir? Ce que c'est que la messe paresse. Pourquoi tout homme de femme qui pete est heureux. Il y a vin mle & femelle. Choses dont il faut se servir sans le sentir. Le jeu de gripeminaut. Pendu qui n'appelloit pas de sa sentence, mais en appelloit de ce qu'on le condamnoit une amende. Sort des valets de chambre. Rflexion d'un libraire l'article de la mort. XL. Le pote Beze rentre, & avec neas Sylvius il fait toutes sortes de contes. Laquais adroit donner un verre de vin son matre. Description d'une tapisserie. Visite rendue monsieur de Vendme, & quelques navets. Maniere de dire la messe trs-promptement. Secouer le prunier, devinez ce que c'est. XLI. Dernier effort que font les convives: & rflexion de quelqu'un sur l'essentielle efficacit de ce merveilleux livre du _MOYEN DE PARVENIR_. .cgap Fin du Sommaire des Chapitres. LE MOYEN DE PARVENIR. I. Car est-il, que ce fut au tems, au siecle, en l'indiction, en l're, en l'hgire, en l'hebdomade, au lustre, en l'olympiade, en l'an, au terme, au mois, en la semaine, au jour, l'heure, la minute, & justement l'instant, que, par l'avis & progrs du dmon des spheres, les toeufs dchurent de crdit, & qu'au lieu d'eux, furent avances les molles balles, au prjudice de la noble antiquit qui se jouoit si joliment. Confus soient ces inventeurs de nouveauts, qui gtent la jeunesse, & contre les bonnes coutumes, troublent nos jeux. N'est-ce point au jeu, o l'ame se dilate, pour faire voir ses conceptions? Si un diable jouoit avec vous, il ne se pourroit feindre; il vous feroit voir ses cornes. Mais qu'est-ce que jouer? c'est se dlecter sans penser en mal. Beaucoup de maux sont avenus cause de ce changement, qui troublera l'intelligence des histoires, & gauchira toute la mappe-monde. Voyez combien dja en sont venus de troubles, guerres, maux, vroles, & telles petites mignardises qui chatouillent malheureusement les personnes pour les faire rire. Tant de sages, qui tudient aux aventures, attribuent tels effets d'autres causes; comme au retranchement des dix jours, depuis quoi on n'a fait vendanges que par rencontre de saison; aux pullulations d'hrsies, depuis lesquelles les bosses n'ont pu tre plattes; aux rvoltes des grands, qui sont occasion que fillettes ont hant les clotres, & les mnagers les tavernes; aux haussemens des tailles, durant quoi les vieilles gens ne font que rechigner; & infinies autres sottises, dont je ne suis point contrleur, d'autant qu'il ne m'appartient pas d'entreprendre sur vous. Et bien, en cet excellent priode, il avint ce que vous savez; & je vous jure, sans jurer, que tout est vrai. Si vous me pressez, je vous dfoncerai trois ou quatre ruades toutes brodes de cramoisi, & jurerai comme un homme; ou bien je prierai mon voisin de jurer pour moi, ainsi que fit le sire Guillaume, qui press du juge de jurer, lui dit ainsi: Monsieur, je ne sais point jurer, parce que je n'ai pas tudi, ni t la guerre, & ne suis docteur, ni gendarme, ni gentilhomme; mais j'ai un frere qui jurera pour moi. Il fut donc, en cette saison, sonn, tromp, trompet corn, (comme vous voudrez; prenez au got de votre rate) & cri, huch, dit & proclam avec la trompe philosophique, que toutes ames, qui avoient serment la sophie, se trouvassent au lieu susdit, ainsi qu'il avoit t ordonn & promis avec serment solemnel, comme il est ordinaire s affaires srieuses de la benote coutume des sages; pour assurance de quoi les enfans de la science avoient mis la main au symbole de la conscience. Par quoi nous fmes tous rsolus de nous trouver chez le bon homme notre pere spirituel, parce qu'il avoit t ordonn & jug en dernier ressort de serrure, d'horloge, de cranequin, de rouet, de rtissoir, d'arbaleste, &c. que les dfaillans seroient mis la noix, la noisette, au noyau & l'amende. A cet clat de mandement, je ne faillmes nous trouver; aussi avions-nous promis de nous bien chercher pour cet effet; & puis je l'avois jur: & sachez que c'est un grand pch de faillir parmi nous, parce que suivons uniquement la regle de perfection en promesse. Et bien que ce soit une ordinaire glisse de pere en fils pour gens de bien, coule de mere en filles pour femmes d'honneur, d'oncle neveu pour gens d'glise; (ordinaire, dis-je, comme ces docteurs qui enflent leurs discours) que promettre & tenir est tout ce qu'une personne de bien peut faire, & qu'il n'appartient qu' ceux qui sont issus de damoisellerie & de gentilhommet; si en a-t-on menti un petit. Et je vous le dirai aussi honntement, que fit Coguerean Monsieur le Prsident son matre. Il toit sommelier; & nous boivions frais & bon: je disois que le vin toit bas, Monsieur disoit qu'il toit la barre; Madame dit: eh bien, sommelier, qu'en est-il? Ha, ha, dit-il, Monsieur n'a menti de gueres. Promettre est facile; mais effectuer, difficile. De tenir, il est ais. Tenir ce que l'on promet, est faire comme le Seigneur de notre Paroisse, qui ne vous refuse rien, & baille encore moins. POINT. II. Chut! je vous prie, si vous allez l'cole, enseignez ce mot de Grammaire Lipsius & Scaliger, afin que l'on die ci-aprs, _promettre & effectuer_: & que gens latineux & de telle farine qui remchent ce que les doctes antiques ont jett & chi, & vont grattant tant dans les balieures & bourbiers du latin, & s viers d'loquence, pour en tirer quelque haillon, se rendent parfaits en leur art. J'ai ou dire, ce propos, que les docteurs de ce tems ont dfonc les pipes de leurs sciences, pour trouver une glu, qui pt congeler les paroles & les faire tenir. Je pense qu'ils y parviendront, moyennant qu'ils sachent ce volume; & que, par cette doctrine qui leur sera infuse comme une poigne de bon vin, ils aient connoissance de la glaire concentrique de l'molument naturel, qui peut produire ce dont ils ont affaire. Mais, je vous prie, ne vous amusez pas ces Messieurs les Gens de Lettres, qui sont si trs-savans, qu'ils en sont tous sots. Vous les verrez hallebardant avec de grands lambeaux de latin, effarouchant les fauvettes. Fi, tez cela; ce n'est pas l le trou par o on enfourne notre pte. Passons outre: si quelque sot s'en fche, qu'il se mutine; que le plus sot en prenne la querelle. Allons vtement: la soupe se mange. Je pindarise; je voulois dire: _on mange la soupe_. Aussi Monsieur dit au matin: a mes habits, je me vais lever. Eh! o est-ce qu'il va, avant que se lever? J'aimerois autant notre Assesseur, qui durant ces guerres, tant Maire, ouit du bruit dans la rue; il toit couch; il se leva vtement, &, ouvrant sa fentre, il regarda les passans qu'il appella; & comme ils lui dirent quel bruit il y avoit, il leur demanda: Messieurs, me leverai-je? PARAPHRASE. III. Mes gens sont l qui m'attendent. Sont Messieurs da; ils sont moi; est-il pas vrai? Ne sommes-nous pas les uns aux autres? Dites-vous pas: bon jour, Monsieur? Il est donc votre sieur; & partant, vous, le matre du chantier o l'on scie. Ainsi nous disons: bon jour, ou adieu, Madame, ma commere; & on nous dit: mon ami, mon hte; & de mme nous sommes aux autres, & nous eux; pour ce ils sont moi. Ils sont donc mes gens, qui avec moi, & moi avec eux, nous trouvmes tous & toutes, chez notre pere _se puisse tuer_, que Madame avoit choisi pour y clbrer cet admirable banquet. Chacun y entrant avisa son devoir; par ce moyen, nous exermes un notable conflict de rvrences, dont les ptarades sentoient, je ne sais quoi, de la musique ancienne; & pratiquant mille vtilles d'humilits, avec une friponne escopeterie de langage courtisanifi, fmes plusieurs belles entres & rencontres, la faon que l'on porte les barbes, except l'institution de la petite Hongrie (Saint Martin en toit, voil pourquoi, parmi ses nourrions, il y a toujours quelque chtr) & trouvant tant de gens de bien assembls, nous nous sentmes saisis de quelques menues tranches de sagesse. Nous fmes introduits en une belle grande salle pare, comme dit l'autre, autant l'antique qu' la moderne; tout y toit avec grace fort bien rataconn, & avec symmtrie parfaite; & ce, pour donner autorit & lustre l'aventure & aux discours; & pour enfler notre dessein de plus de majest, Platon y apporta une siringue impriale, pleine de vent de cour, qu'il avoit autrefois pargne la suite de Denys. AXIOME. IV. Or entendez, belles petites mignonnes ames, qui venez ici succer les rainceaux du rameau d'or, pour savourer la science, que nous sommes, nous qui parlons de ce tems. Nous y sommes, en tenons & y vivons, si ne sommes tromps; & la plupart de ceux du tems pass ont vcu leur siecle, comme nous au ntre, & vous au vtre; & parce que nous sommes gens qualifis, notre assemble a t rpare de menus suffrages de la magnifique mlodie de l'antiquaille & nouveaut, congreageant ainsi le plus clebre, scientifique & vnrable Snat qui fut jamais, & jamais sera: & de fait la gloire de l'antiquit, remembrance des gestes & parure de l'enfance, & autres ges du tems, n'a fait que feuille notre congrgation, y apportant une gele de sagesse, qui, resplendissant par-tout, nous a fait triomphamment agir. Madame, qui est l'unique entre les sages, la perle des entendues, & le parangon de perfection, (reconnoissez-l par ces pithetes, & ne vous enqutez plus qui elle est) nous ftoyoit, & prenoit grand plaisir de nous avoir pour son contentement, sans quoi les dames jamais n'en feroient rien, tant soient-elles ferues du desir de science. SONGE. V. Quand nous fmes assembls, qu'on fut prt, le vin dans les vaisseaux plongs en l'eau frache pour se rafraichir, (aussi le pratiquer autrement, seroit boire cloche-pied) la soif tant apptit de froid & d'humide. O qu'il est dangereux pour le corps & pour l'ame, (pour le corps, cause de la fievre, pour l'ame, l'occasion de la colere) de frquenter ces malheureux, qui boivent tiede. Ils sont pires que Pharisiens, vu qu'ils trompent manifestement. Ceci vous fera souvenir de deux sortes de sots. Foin, il m'est chapp; je cuidois prononcer _honteux_; je n'en veux pourtant point quereller: je dirai comme notre vieux Cur, qui disoit en son prne: il y en a qui ont des pantoufles qui vont faisant flique flaque, & chantent: revange-moi, prens ma querelle. Et qui veux-tu qui te revange? Va, prens une chelle, & t'en va tous les diables. Ces doncques troubls des documens de honte paysanne, ils n'osoient demander boire frais, ni en demander davantage, si on leur en verse trop peu, ou si on leur baille un reste; mais le reoivent comme corbeaux qui bent. Ils n'osent demander du meilleur, ou de celui de Monsieur; mais se contentent de ce qu'un malotru valet leur apportera. H! grosse pcore, grande pcude, animal irraisonnable, est-ce l le peu d'tat que tu fais de ta conscience que tu ne crains point de la laver indiscrtement? Les autres sont des messieurs sages & entendus, c'est--dire, sots d'honneur, ou honorables, qui tant venus voir quelque Seigneur ou homme d'affaire, aprs avoir discouru & mis en avant la disposition du tems, qu'un chacun sait aussi bien qu'eux, soit chaud, ou froid, & puis ayant cont au-del de ce qu'ils savent, demeurent l fichs & esto, & muets vont traversant aprs les caprioles de leurs fantaisies; & se tenant s piges d'ennui o ils se sont fourrs, n'ont pas l'assurance de dire adieu pour s'en aller, & cesser d'tre importuns; mais, pour user la biensance, demeurent l, tant que quelque changement les vienne relever de sotise, o ils sont en sentinelle. Jan il nous faisoit beau voir & bon ouir; &, si toit chose meilleure, de regarder les flacons en tat. Que vous apprendrez ici de bonnes doctrines! Les sots, qui viennent se mettre en tat, se laissent envelopper; & puis on les gte. O la belle distinction! La bouteille en tat n'est point prisonniere; ains retient en soi, & enveloppe le vin: mais hlas! pauvre vin, o es-tu? Je vous prie, tez-moi ces bouteilles, d'autant qu'elles sont sujettes tre casses: ayez de bons flaccons, pour y trouver, par leur moyen, la vrit, comme fit Dmocrite, qui la trouva au fond du puits. Le roi avoit fait faire un puits, qui rpondoit une vieille carriere, o Dmocrite alloit souvent se rafrachir. En ce puits, on rafrachissoit le vin du roi. Dmocrite s'en apperut, & alla, avant que d'tre aveugle, joliment prendre le bon vin gisant en flaccons dans l'eau du puits, & trouva que c'toit la vrit; que le vin valoit mieux que l'eau. C'toit une vie mystique que de notre fait. Nos flaccons toient d'argent vivans, & pleins de leur vraie ame, joint que sans vin ils sont corps inanims, les vaisseaux toient dignement arrangs, selon leur mrite, ne plus ne moins que les vers des Sibylles, couvrant sous leur sainte cabale les plus savoureuses intelligences du bien futur. Mais encore notre matre, vous qui savez que le pain est plus ancien que le vin, d'o vient qu'tant le pain en la bouche, il est long-tems se dmener & l, avant que de trouver le chemin de la valle; & le vin tout incontinent le trouve. Ce mystere n'est pas de votre religion. C'est parce qu'il y a plus d'esprit en une pinte de vin, qu'il n'y en a en un boisseau de bled. Voire, direz-vous, l'eau en fait bien autant. O lourdaut, mon doux & bel ami, c'est une folle que l'eau; elle se laisse tomber du haut en bas, elle court les rues, & fait devenir fols ceux qui l'aiment: & l-dessus, mon mignon, rsolvez un peu quoi il y a plus de rputation se faire dclarer ivrogne, ou fou. Guette au paneau, & dis que tu en as. Je vous avertis, doctes buveurs, que vous ayez des flaccons; ils sont bons vaisseaux fermans vis, vous serez en sret. Qui a, pensez-vous, t cause de la guerre de Troye, du sige de Babylone, de la ruine de Thebes, de la venue de l'antechrist, & de tant d'autres malheurs, dont les vraies & fausses histoires nous amusent? Bouteilles casses, & vin rpandu. A dire vrai, vin rpandu ne vaut pas plein le cul d'eau nette, pour vous dbarbouiller dans une cuelle perce. Et pour ce que l'on n'osoit pas, en paroles vulgaires, prophaner ce digne & excellent sujet; on le taisoit, & faisoit-on accroire aux bonnes gens qui ne savent pas les mysteres mystrieux du vin, comme nous autres philosophes, que les lanternes toient vessies, & attribuoit-on ces malheurs d'autres jolies causes, pour vous emmailloter l'esprit. PROPOSITION. VI. Oui-d, je vous ai t de peine, si vous en tes capable; & vous ferai remarquer ceux qui assisterent en ce notable simpose. Au moins je vous en nommerai quelques-uns; si je ne me souviens de tous, je vous envoierai la cuisine o ils sont, ou bien autre part, jouer, comme les sages de la Grece, au franc du carreau, avec les pages & les laquais. Je vous dirai que Socrate toit prsent ce banquet, o il fit fort bien son devoir des mchoires; ( propos de notre archidiacre, qui s'en sait trs-bien escrimer. Et vraiment, s'il se tenoit aussi bien cheval qu' table, il seroit le meilleur cuyer de France. Et bien plus s'il officioit, ou pouvoit officier autant parfaitement un grand autel qu' une table, il mriteroit d'tre pape.) Quant Socrate, il ne pensoit qu' ce qui s'offroit; & je vous assure que, sur toutes choses, il avoit la meilleure mine faire de l'honneur, & en recevoir sans quittance. Ce fut lui qui inventa, puis l'enseigna Messire Guillaume le Vermeil, conclure sans rsoudre, & rsoudre sans conclure, ainsi qu'il m'a assur. Et pourtant Madame lui donna la charge d'expdier la biensance, dont il s'acquitta galament, d'autant qu'il toit expert aux proportions du manege rvrencieux de la cour, & avoit fort bien tudi les circonstances & similitudes, crmonies, fadaises & miracles, qui se pratiquent entre ceux qui s'aident des spcialits d'honneur, que l'on se fait, en entrant ou sortant, s'assant ou se levant, se rencontrant ou passant. Je me repens d'avoir dit une parole, parce qu'il y a de nos matres, qui disent qu'en tous discours, il se faut garder de rgimber des mchoires, & qu'il ne faut pas user des mots rservs certaines personnes & actions; tmoin un pauvre moine, que l'on pendoit, pour avoir t trouv faisant la guerre. Hlas! dit-il, messieurs, je suis bien marri, de n'avoir pas cru que nous avions cong de vivre discrtion de conscience. Il n'osa dire _libert_, de peur d'tre estim huguenot. Si tout le monde avisoit aussi bien ses paroles, il n'y auroit pas tant de procs perdus, ni au croc. Alexandre y vint tout ralu; mais il nous fit tant de ravoire, que les dames d'Orlans en furent mues. Vraiment, j'en fus tout aise, & ma cervelle s'en panouit philosophiquement; de sorte qu'il m'toit avis que l'on m'enclissoit les rparations, pource que l'on nous avoit rapport qu'il avoit t tu, ce que nous lui dmes; & il se prit rire & s'excuser, nous disant qu'il toit vrai, qu'il s'toit battu avec son ennemi, mais qu'il n'avoit pas t tu, & qu'il le prouveroit par ceux qui l'avoient vu faire. Il s'en rapportoit Aphthonius son secrtaire, qui nous raconta la cause de son absence, qui toit, qu'il avoit voyag pour voir toutes sortes de sagesses; & que s'tant trouv avec les gymnosophistes, il avoit sjourn avec eux; & y avoit tant profit, qu'il en toit revenu savant, d'autant que, suivant leurs maximes, il avoit invent les haut-de-chausses sans braguettes, en dpit des Turcs, pour favoriser les Vnitiens & les Suisses. En tmoignage de quoi, il nous montra une belle piece qu'il en avoit apporte; c'est le rts prendre les nes de haute futaie. Nous n'entendions point cela, quand il tira de sa manche, & nous montra le beau saint & gracieux abrifou, qui catholiquement s'interprete le rts prendre les cocus. Je n'ai garde d'oublier notre grand Bodin, qui, premier des mortels, & contre tout ordre naturel, par artifice dlectable & grand revers d'entendement, en plein jour, en la prsence de ceux qui s'y trouverent, prit la mesure au diable, & lui fit un habillement, dont depuis il s'est vtu comme on le voit aujourd'hui habill: chose, & ne leur dplaise, qu'ainsi que beaucoup d'autres, les anciens ne surent oncques, & jamais ne sauront; &, si vous ne me croyez, allez en enfer m'en qurir un vtu la nouvelle mode, & me le montrez tout vif & habill; & puis me dmentez. Il y a bien plus; c'est qu'ayant compassion d'une infinit de pauvres diables qui fournissent d'mouloires aux chambrieres, pour caqueter la premiere messe, il leur donna une belle industrie, recueillie des antiques archives, & leur fit des genouillieres de conserve, si qu'ores les diables se mettent genoux, ce qu'au tems pass ils n'eussent os, de peur de se pocher les yeux qu'ils y ont. Voil que c'est des gens de grand engin, de l'esprit des grandes natures, comme parle du Haillan en Charlemagne. O diables heureux de si belle commodit! Pythagoras toit ici en fort bonne mine: il ressembloit ces vieux sergens du Chtelet, qui ont fait faire leur barbe de pipeux; (je cuidois dire _depuis peu_) aussi savoit-il de vilaines fesses de prudence, tmoin les morbolisantes estafilades de discrtion, que l'on reconnoissoit aux cicatrices de sa flenie. C'est lui qui, au livre des inventions, sans crainte, a librement prononc hrtiques excommuniables, comme cus au soleil, ceux qui mangent des choux avec une cuilliere. Pline s'avana, selon la rente d'honneur qui lui toit de; ainsi qu'il paroissoit par un contrat pass par-dessus les ponts de Rome. C'est un homme notable & de prix: il est le premier inventeur de pisser honorablement contre les murailles des autres. Tandis que l'on murmuroit, le recevant, voici arriver le bon Dmosthene. J'y suimes, dimes-nous; j'en fmes bien-aises; d'autant qu'il est certain que j'apprendrois beaucoup de bonnes choses; comme dja il y parut. En entrant, il se mit discourir; & nous enseigna ce que c'est qu'honnte homme, le dfinissant ainsi qu'il se trouve au Talmud; honnte personne est celle qui, ayant sant, se torche le cul avec un torchoir, le tenant de la main gauche. Aristote, dpit de n'avoir trouv cette belle dfinition, se noya, & lui droba celle de bonne mnagere, qui est insre en ses conomiques, comme l'a remarqu Ciriaque Strosse. Bonne mnagere est celle personne qui, s'tant torch le cul, resserre le papier dans sa pochette, le gardant pour une autre fois, ou pour empaqueter des confitures pour donner aux mignardes. Il n'y a plus de danger; nous sommes tous ici, puis que le pere Rabelais est dedans; ceux qui viendront ci-aprs, passeront par l'huis de derriere; la galle arrive au dernier. Et bien, couillaut que dis-tu de ceci? Je dis que ceux qui s'amusent nos folies, font comme les mdecins, qui regardent & pluchent les jections des autres, qui sont aussi fous que nous, si mieux n'aiment tre dits fous d'Inde, ou fous de Ludonois. Dieu sauve les beaux coqs, poules & poulets, amen. Et comptez diligemment les jours: parce que, d'ici deux cents trois ans, dix mois, sept jours, dix-neuf heures, quarante minutes & trois secondes justement, le grand stganografique fera une nouvelle translation de ce livre, cause du changement de religion. Chaques uns, qui s'assirent selon les paraphrases de leurs dignits, avoient fait ronfler la rputation, pour maintenir leur rang, qui fut gal tous jusques la semelle des souliers. Et ains, chicanant avec les plumes de modestie, ils colloquerent leurs personnes, selon la remembrance de leur qualit. Il n'y eut que le cardinal de Cusa, qui, se trouvant assis prs de Jean Hus, s'en prit si fort rire, qu'il cuidt, ternuant, avancer toute sa rputation. Il en devint un peu fou, sans que pour cela les autres cardinaux encourussent note d'infamie, non plus que pour la dgradation d'un ministre. Et, pour ce que l'intention juge de tout entre toutes, on choisit la bonne intention, qui fut assise au haut bout avec une robe de prsident. Nous tions-l devant elle, pour faire preuve de nos esprits. Cela fut cause que je m'y trouvai, & m'assis aussi bien qu'un autre, d'autant que j'ai un cul; joint que, sans cul, nul ne pourroit avoir sance entre gens d'honneur. COUPLET. VII. Nous nous mmes toffer des mchoires. Cependant il y avoit gens aposts, ce qu'ils eussent gard que personne ne chommt; sur-tout qu'il n'y et point de parole perdue, & qu'aucune ne tombt, ou ft gare, ou chappe: pour quoi parvenir on fit des barrieres spirituelles, & des gardefous intellectuels. Avec cela furent haut & bas tendus des tapis de considration, & des linceuls de conservation. On m'a dit, (& je le tiens d'un bon thologien, consum en l'une & l'autre religion, comme chanoine en l'une & l'autre glise d'Orlans) qu'autrefois, & faute de tels remedes, il chut des paroles terre, dont il leva des herbes de plusieurs faons: & y si a-t-il bien pis; c'est que, quand la terre est en chaleur & forte rage d'engendrer, il se faut bien garder de laisser tomber des pets; tmoin Dioscoride crit en veau au livre des herbes nouvelles, lequel dit que les plantes ont des odeurs diffrentes, selon tels accidens; & mme les beauts & douceurs des fleurs en sont drives, comme l'a bien remarqu Paracelse en ses mineures. Et afin que je vous embouche, je vous mets devant le nez cette belle fleur, la couronne impriale, qui nquit d'une vesse que fit une grande dame; tant fille & belle, aprs avoir mang des confitures musques, elle fit une cabriole, qui causa ce bel accident. L'original en est sorti du cabinet de notre Ambroise Par. Je vous le prouverai par le sieur de Lierne, gentilhomme Franois, lequel, tant couch avec une courtisane Rome, y fut pris. Elle, comme les chastes courtisanes le savent pratiquer, avoit amass des petites pellicules lgeres, comme celle des poules douges & dlicates; les avoit remplies de vent musqu, selon l'artifice des parfumeurs. La belle Impria, ayant quantit de telles balottes, tenant le gentilhomme entre ses bras, se laissoit aimer. Ainsi que ces deux amans temporels pigeonnoient la mignotise d'amour, affilant le bandage, la dame, dtournant la main, mit une petite vessie en tat, & d'un petit coup de fesse, la fit clater, de sorte que la petite balotte se rsolut en la figure auditive d'un pet. Le gentilhomme l'ayant oui, voulut retirer son nez du lit pour lui donner air. Ce n'est pas ce que vous pensez, dit-elle; il faut savoir, avant que craindre. A cette persuasion, il reut une odeur agrable, & contraire celle qu'il prsumoit. Ainsi il reut ce parfum avec dlectation. Ce qu'ayant encore reu d'abondant plusieurs fois, il s'enquit de la dame, si tels vents procdoient d'elle qui sentoient si bon, vu que celui qui glissoit des parties infrieures des dames Franoises, toit assez puant & abominable: quoi elle rpondit, avec un frtillement philosophique, que le naturel du pays & de la nourriture aromatique, faisoit que les dames Italiennes, qui usent de dlices odoriferantes, en rendoient la quintessence par le cul, ainsi que par le bec d'une cornue. Vraiment, rpondit-il, nos dames ont bien un autre naturel de pets. Il advint qu'aprs quelques musquetades, par circonstance de vent trop enferm, Impria fit un pet, non-seulement au naturel, mais vrai & substantiel. Le Franois, accoutum par le nez la chasse des pets, (de-l vient le proverbe, _men par le nez_) oyant ce corps sensuel & momentaire, jetta en diligence le nez sous le linceuil, afin d'apprhender la benote odeur, pour laquelle envahir il et voulu tre tout de nez; mais il fut tromp; il en recueillit avec le nez, plus que vous n'en feriez avec quatorze pelles de bois, telles qu'on mesure le bled Orlans. Et quoi? Une odeur plus infecte, venu du plus fin endroit de l'tablissement de la merde, que vesse ne fut jamais si puante. O dame, dit-il, qu'avez-vous fait? Encore, en ouvrant le bagonisier, il y en entra une allene humide, qui lui parfuma breneusement tout le palais. Elle rpondit: seigneur, c'est une galantise, pour vous remettre en got de votre pays. Avisez bien doncques tout ce qui peut avenir. Les orties sont crues des paroles que disoit, en menaant, un prsident, dont on ne faisoit gueres de cas. Faites tendre de beaux draps blancs, comme fit monsieur de la Roche, l't pass. CRMONIE. VIII. Son menier plus proche de son chteau, ayant recueilli le premier de fort belles cerises bien avances, les lui envoya le mme jour. L, il y avoit avec monsieur, plusieurs gentilhommes de ses voisins; c'toient gentilhommes de la petite passe, comme vous diriez des chanoines de saint Mambeuf Angers, au prix de ceux de saint Maurice; ou bien ceux de saint Venant, l'gard de ceux de saint Martin de Tours. J'y suis, j'ai rencontr. Le menier mit ses cerises en un beau petit panier; & le bailla sa fille, pour le porter monsieur. La belle, qui toit de l'ge d'un vieil boeuf, dsirable & frache, vint la salle faire la rvrence monsieur qui dnoit, & lui prsenta ce fruit de par son pere. Ha! dit la Roche, voil qui est trs-beau. Sus, dit-il ses valets; apportez ici les quatre plus beaux linceuls qui soient cans, & les tendez par la place. Notez, en passant, qu'il falloit obir tout ce qu'il disoit, d'autant qu'il toit le prototype de l'antechrist. C'est lui, dont les prcheurs disoient ce carme, que, comme hrtique, il pointoit sur sa tour ses fauconneaux, & toit si bon canonier, comme le sire de Sautal, que gaiement il tiroit le cheval, entre les jambes de son ami qui venoit de dner avec lui, & le prenoit au passage au dtour du carrefour; & pour montrer son adresse, quand le laboureur tournoit sa charrue, il donnoit droit l'appui de l'aiguillon, sans faire mal au laboureur: & le tout pour rire. Les draps tendus, il commanda la belle de se dpouiller. La pauvre Marciole se prit pleurer. Ha, que vous tes sage! Vous vous gardez bien de rire; Fille qui la bouche pleure, le con lui rit. Allons, , dpchez; ou je ferai venir ici tous les diables. Hol, sans me fcher, faites ce que je vous dis. La pauvrette se dshabille, se dchausse, se dcoeffe, & puis, le danger! elle tira sa chemise; &, toute nue comme une fe sortant de l'eau, va semer les cerises de ct & d'autre, de long en large, sur les beaux linceuls, au commandement de monsieur. Ses beaux cheveux pars, mignons lacets d'amour, alloient vtillant sur ce beau chef-d'oeuvre de nature, poli, plein, & en bon poinct, montrant, en diversits de gestes, un million d'admirables mignardises. Ses deux ttons, jolies balottes de plaisir, jointes l'ivoire du sein, firent des apparences montueuses, diffrentes en trop de sortes, selon qu'elles parurent en distincts aspects. Les yeux paillards, qui se glissoient vers ses bonnes cuisses pleines & releves de tout ce que la beaut communique tels remparts & commodits du cachot d'amour, ravissoient de regards goulus toutes les plus parfaites ides qu'ils en pouvoient remarquer: &, combien qu'il y et tant de beauts mignonnement tales en doux spectacle, il n'y avoit pourtant qu'un petit endroit, qui ft curieusement recherch avec la vue; tant les regards tiroient au but, o chacun et voulu donner, tous n'ayant intention qu'au prcieux coin, o se tient le registre des mysteres amoureux. Aprs que les cerises furent semes, il les fallut recueillir, & ce fut lors qu'auparavant de merveilleuses dispositions essayantes de cacher sur-tout le prcieux labyrinthe de concupiscence, le pauvre petit centre de dlices eut bien de la peine chercher des gestes, pour se faire disparotre. Ce beau parfait, cette belle toffe faire la pauvret, ce corps tant accompli fut vu tant de plans si dlicieux, que difficilement y eut-il jamais yeux plus satisfaits que ceux des assistans. L'un le regardant, disoit: il n'y a rien au monde de si beau; je ne voudrois pas pour cent cus n'avoir eu le contentement que je reois. Un autre, racontant sa fantaisie occupe de dlectation, prisoit sa bonne aventure, en ce spectacle, plus de deux cents cus. Un vieux pcheur mettoit cette liesse trois cents cus. Un valet, trmoussant comme les autres, en mettoit sa part de plaisir dix cus. Et n'y eut celui des matres, qui ne parlt de cent ou cent-cinquante cus; qui plus, qui moins, selon que la langue alloit aprs les yeux, spirituellement lchant le marbre de ce spectacle, sur lequel la parole fourchoit aprs l'esprit, lequel attachoit cette beaut son imagination, avec cent mille spcieuses images. Chacun des regardans avana sa goule, & profra la somme du prix des dlices qu'il avoit imagines. Les cerises remises au panier, la belle revint vers les fentres reprendre sa chemise. Encore les yeux des voyans s'alloient allongeant par les replis, afin d'avoir encore quelque reste d'objet; &, ainsi peu peu qu'elle levoit une jambe, puis l'autre, ils pioient tant qu'elle se ft remise en l'tat de sa venue, toute coeffe & habille. Ses beaux yeux, petits cupidonneaux, toient tout allans des vagues de feu qu'ils avoient octroy la honte de prsenter en liqueur pour excuse de cette aventure. Monsieur de la Roche cependant avoit les yeux en la tte, & le regard au bel objet, riant en quarr plus d'un pied & demi dans le coeur, ayant toutefois dessein couter ce que ces tiercelets jasoient, tandis que trop bavards, ils se dlavoient les badigoinces de ce qu'ils avoient dire. Il les observoit, & retenoit fort bien le tout, & sur-tout la taxe que chacun avoit faite au rapport de son aise; mme il remarqua jusques un laquais, qui avoit allgu un cu. Laisse-toi cheoir, t'y voil; il ne faut que se baisser & en prendre. Marciole, toute habille, fut, par le commandement de mondit sieur, assise au bout de la table, o il la rconforta & refora le mieux qu'il put, lui donnant ce qu'il y avoit de plus dlicat. Elle toit fche & pleureuse, indigne d'avoir montr tout ce que dieu lui avoit donn d'apparent; & avoit regret que tant de gens l'eussent vu la fois, hors de l'glise. Quand la Roche se fut avis, il frmit sur la compagnie; &, tournant les yeux en la tte, comme les lions de notre horloge de saint Jean de Lyon, se mit jurer son grand juron vanglique, d'autant que pour lors il toit huguenot de biensance, & dit: par la certe dieu, (ainsi que jurent les voleurs qui sont de la religion) messieurs, pensez-vous que je sois votre plaisant, votre valet, votre provisionneur de chair vive? Par la double digne grande corne triple du plus ferme cocu qui soit ici, vous paierez chacun ce que vous avez dit; ou il n'y aura jambe, tte, membre, trippe, corps, poil, jarret, qui demeure sauve. Ventre de putain, vous le compterez tout prsentement, si mieux vous n'aimez avoir les yeux pochs, & les vits coups. Si on les et tous coups, cela et servi l'abbesse de Montfleury, laquelle son procureur vint dire, ces vendanges passes, que la vis de son pressoir toit rompue; sur quoi ayant long-tems pens, elle dit: foi de femme, si je vis, je ferai provision des vis. Les paroles de ce monsieur firent peur messieurs les aubareaux, qui payerent ce qu'ils avoient dit, ou l'envoyerent qurir, ou l'emprunterent de mondit sieur, sur bons gages, ou bonnes cdules. Ainsi cette noblesse effare, cracha au panier environ douze cents beaux mignons cus de mise & prise. J'aimerois bien mieux faire ma provision Paris; j'aurois pleine chemise de chair pour cinq sols, & une pannere de cerises pour quatre. Les cus mis au panier, la Roche les bailla Marciole, qui se mordoit la langue de grande rage d'aise, sachant que c'toit pour elle; & monsieur lui dit: tenez, ma mie, portez cela votre pere, & lui dites que vous l'avez gagn, montrer votre cul. Il y en a bien qui l'ont montr, le montrent, qui ne gagnent pas tant, & si courent plus grande fortune. COQ--L'ASNE. IX. Voil comment, en dnant & banquetant, ils avoient de notables effets: aussi est-ce le tems des grands mysteres. C'est un grand heur de bien dner & voir une belle fille, & sans la payer; avoir une tant dlectable vision que l'aspect de Marciole toute nue, qui n'toit fche d'autre chose, sinon que l'on avoit vu son cela. J'ai pens le nommer par son droit nom. Bien le pouvois-je, d'autant que je sais plusieurs langues; mais il me faut ici parler franois; & en franois, un con est nomm _cela_. Qu'ainsi ne soit, si vous mettez la main au devant d'une fillette, elle la repoussera vte, & dira, laissez cela. Quand je dis le devant, je l'entends comme faisoit monsieur le feu premier mdecin, qui ayant ttonn l'estomac d'une belle demoiselle couche & un peu malade, coule sa main plus bas, &, venant l'imperfection du corps, s'y avanoit, quand elle lui dit: h, monsieur, que pensez-vous faire? Mademoiselle, je croyois que vous fussiez comme les vaches de notre pays; que vous eussiez les ttins entre les jambes. Pourquoi est-ce que les femelles repoussent la main, quand on la met vis--vis de leur cela? C'est parce que ce n'est pas ce qu'il y faut mettre. CIRCONCISION. X. Dames, qui avez les oreilles chatouilleuses, de peur de rire, lisez ceci tout bas ou de nuit, durant laquelle la honte dort; & ne vous formalisez, scandalisez, ni estomirez de chose quelconque que trouverez en ces textes & mmoires mls de toute sapience, moyens, lmens & enseignemens bien vivre. Les mlanges que vous trouverez sont survenus, cause de l'antiquit de ce volume, & des annotations, apostilles & interprtations qui y toient mises; & le gentilhomme qui le transcrivit, pour votre avancement en toute sagesse, a tout crit d'une suite, mlant, sans distinction, glose & texte, ainsi que, quand vous tes table, vous qui ne jenez pas, vous mangez des viandes prises de & del, selon l'occurrence. Quant aux jeneurs de carme, ils mangent par couches, comme les bonnes femmes qui mettent des herbes distiller. Ils mangent le potage, puis des chauds au beurre frais, des entres, des pois, des feves, des harengs, des pruneaux, puis le poisson, puis le dessert, & tout cause du jene. Je vous assure que ce livre toit simple & net, beau comme le jour, ainsi qu'il est encore, bien qu'il soit pleml de notes & considrations, la faon du bon homme Guyon qui, l'ge de cent ans, se mit vivre capuchinement. Il avoit t page de chez le roi; puis il etudia, fut la guerre, se fit cordelier, s'en retira pour tre huguenot, se fit savant, devint ministre, mangea tout, puis se mit demander sa vie. On lui donnoit de tout ce qu'il lui falloit, qu'il mettoit en son cuelle, pain, chair, soupe, potage, vin, sert, dessert ensemble. Et on lui disoit: pourquoi ne mangez-vous & beuvez d'ordre & part? Ha, ha, disoit-il, lourdaut, mon ami, puisqu'ils se doivent mler au ventre, il n'y a point de danger de lui envoyer tout dja ml. De mme ceci doit tre ml en votre cervelle: il le vous faut bailler tout ml. Le personnage, qui vous produit en tout honneur ces saints mmoires de perfection a pens que le texte ne valoit pas mieux que le commentaire; par quoi il les a fait aller ensemble. Doncques, soit que vous les lisiez ou non, ou que vous commenciez ici ou l, n'importe; ce livre est, partout, plein de fideles instructions & sens parfait, tellement que c'est tout un, par o vous le lisiez. Il est un globe d'infinie doctrine; & il y a autant apprendre dans un lieu qu'en l'autre; en cette sorte-ci qu'en celle-l: il n'y a ligne, endroit, ou passage (afin de parler niaisement aussi-bien que les doctes) qui ne soit tout farci de science mystigorique & concluante. Qu'ainsi ne soit: le prieur du Vau-de-vire, lequel vivoit du tems des Anglois: (il en vit encore de ce tems, ainsi que m'a assur le gardien des cordeliers qui m'a dit, qu'il y avoit encore des Anglois) ce bon prieur avoit fait une grande annonciation sur ce mot _cela_, sur-tout cause de la considration de la soudure des membres d'amour, ou des membres de la soudure d'amour, ajoutant, comme il se trouve s vieux exemplaires grecs & hbrieux, qui sont au Vatican & Londres, ce qui s'ensuit. C'est une chose trange de la diffrence des hommes & des femmes: si une femme l'a petit, elle ne fera point de difficult de le montrer, & ne se souciera guere qu'on le voie, parce qu'il sera le petit mignon d'amourettes. Mais celle qui l'aura se dilatant en grandeur, jamais n'en permettra la vue, de crainte qu'on voie son ignominie. Voyez les hommes qui se baignent, & qui n'ont guere de diffrence masculine; c'est--dire, qui sont mal envitaills. Ils ont infiniment de la peine le cacher; ils mettent devant mains, chemise, chapeau, chausses; encore, s'ils pouvoient prendre la lune, ils la mettroient devant leurs harnois, tant ils craignent qu'on sache le peu qu'ils ont d'outil faire la belle joie, honteux de leur peu de bien. Au contraire, ceux qui en ont une belle venue, ils la recommandent & commettent nature, pour la faire voir ou la cacher; ils en sont si libraux. Aussi de fait, la libralit convient mieux un homme riche qu' un pauvre; joint que l'ge, comme ils le croient, doit donner de la discrtion leur chose, pour se cacher, s'il en est besoin, comme le pensoit & faisoit bien la belle Hipolite, qui, un jour d'hiver que nous tions auprs du feu, madame sa mere y toit en sa chaise, tourne vers la table, crivant ou faisant autre semblable exercice; nous vetillons prs le feu; & la belle, pour se chauffer, haussa un peu la cuisse & sa chemise, pour faire convoitison, parce qu'elle y avoit froid: dont je m'tonne, parce qu'il fait bien chaud l o il ne fit jamais froid, & o il y a toujours du feu. Je lui dis: belle, cachez votre cela. Elle me dit: qu'est-ce que mon cela? C'est votre minon. Qu'est-ce que mon minon? C'est votre petiot de lectation. Qu'est ce que mon petiot de lectation? C'est celui qui a perdu de l'argent. Qu'est-ce qui a perdu de l'argent? C'est celui qui regarde contre bas. Qui est celui qui regarde contre bas? C'est votre petit crot faire bon, bon. Qu'est-ce que mon petit crot faire bon, bon? C'est votre chose. Qu'est-ce que mon chose? c'est votre con. Qu'est ce, qu'est-ce? je le dirai madame. Madame se revirant, dit: je l'entends bien; vous tes une sotte; que ne le cachez-vous? Hipolite rpond, qu'il se cache, s'il a honte; il est aussi vieil que moi. Plutarque toit au bout de la table, qui crivoit ses morales, qui nous tena en riant; (aussi je crois que c'toit petit semblant) & nous dit: il n'est pas sant de nommer nud les parties honteuses; & pour cause. C'toit pour voir ce que je lui rpondrois; ce que je fis aussi bien: _Signor mio, sur ma fe_, je deviendrai sage; je prends en gr & fort honntement votre admonition; vous la faites & dites de bonne grace; vous n'en usez pas comme ces docteurs qui, ne sachant que rpondre, viennent aux injures, & puis veulent s'immiscer faire des remontrances flasques comme une caillette froide. Je prendrai garde nommer ceci & cela. J'imiterai Platon, quand je parlerai de l'endlchie, (j'ai pens dire de l'_endroit o l'on chie_) & grand jointure du corps & de ses environs; je nommerai le cul _derriere_ ou _fondement_; ou l'un, d'autant qu'il est un, & qu'il ne peut y avoir en un corps deux culs, non plus que deux papes Rome, & que le cul est tellement uni de ses deux fesses, que miraculeusement il n'est qu'un, non plus qu'une mitre n'est qu'une mitre, encore qu'elle ait deux cornes. Je dirai doncques l'un; & celui d'auprs, je le nommerai l'autre, d'autant que l'un sans l'autre n'agissent point en nature s productions gnratives. Ainsi je disposerai les secrets, afin qu'ils ne soient entendus que de ceux qui ont bon nez, lesquels, par ce moyen, sous cette plaisante escorte, chercheront le noyau qui est cach en l'un & en l'autre. Cependant je vous avertis, (& ne vous en dplaise; un sage conseille bien un fou) il ne faut pas toujours dire ces parties l _honteuses_, d'autant qu'elles ne le sont que par accident: &, faisant autrement, vous feriez tort nature, qui n'a rien fait de honteux. Ces parties l sont secrettes, nobles, desirables, mignonnes & exquises, comme l'or que l'on cache. Il est vrai qu'elles peuvent devenir honteuses, & le sont, quand il leur survient une belle petite crevisse de mer; (c'est--dire un chancre) ou qu'auprs d'elles sont logs de jeunes chevaux; (ce sont poulains) ou qu'une joyeuse chaude-pisse les tient en humeur. C'est alors que tels membres sont honteux: &, ce qui est encore pis au ceci d'un homme, & qui le rend du tout honteux & mlancolique bon escient, est quand il a perdu les cimbales de concupiscence, les caisses d'amour, les boulettes de Vnus; le dfaut desquelles fait appeller les hommes chtrs. Ceux qui voyoient tantt la belle Marciole toute nue eussent bien voulu la chtrer, c'est--dire lui ter les trbillons d'entre les jambes; il et fallu premirement les y mettre. Que le chat ft bien brid des vtres, qui riez encore de cette belle fille qui fut marie; & le contract de son mariage fut pass par devant les deux plus savans notaires de Rouen. Le matre de la rose-rouge en diroit bien ce qu'il en sait; & pource, il envoya qurir ces deux fameux notaires; lesquels laisserent le bon paysan, pour venir ce riche marchand. Les notaires venus, on leur donna des siges, & Monsieur de la Rose commanda sa servante d'apporter ce qu'il lui avoit command; _notate verba_. Servantes, sont celles qui servent chez les gens de bien, d'autant qu' ce qu'elles disent, chambrieres sont celles qui demeurent avec les prtres, ou chanoines, pour subvenir toutes leurs ncessits. L dessus, Monsieur de la Rose dit ces Messieurs les notaires, qu'il avoit grand desir de manger des pois passs par devant notaires; partant il les prioit de les voir passer. Sa servante se mit, l devant eux, les passer. Ces notaires se mutinerent, & se fcherent, & l'injuriant l'appellerent moqueur, & dirent qu'ils s'en ressentiroient. Ils se prirent aux paroles, jusques dire qu'ils alloient qurir leurs pes, pour s'aller battre hors la porte. Allez, dit-il, je le veux bien: passez par ici, & m'appellez. Il prend son pe, & se mit la fentre. Incontinent les autres passerent & l'appellerent. Ho, mchant, qui abuses les officiers du roi, viens hardiment. Non ferai, dit-il, je ne suis plus courrouc; je ne vous veux mie tuer. PAUSE DERNIERE. XI. Or commenons de conclure; & soyez avertis, vous qui verrez ces prcieuses reliques des richesses du monde, que vous devez porter honneur cet ouvrage; que, si vous n'tes pas assez fort pour lui en porter assez, tranez-le, ou lui envoyez, ou le roulez, ou lui faites tenir en rvrence; & prenez garde ce que cet honneur soit distribu honntement aux scientifiques personnes & discretes qui sont en ce banquet, comme poulets en mue. Ne pensez pas que ce soit moquerie, que de ce simpose & souper philosophique, le plus authentique qui fut jamais, & auquel toutes questions, propositions, thormes, problmes, & plusieurs autres ont t solues, rsolues, trouves, dmontres & fidlement reconnues en toute perfection; pource que tout y fut dbattu, gratign, corch, tourn & entendu; & ce, selon les graces dont toient barrs Messieurs les assistans, qui pourtant furent, & ont t, & seront approuvs doctes & savans; ayant au reste tous si bon esprit, qu'ils ne mirent guere devenir fous. Ainsi soit-il de vous, amen. Ils avoient les yeux ouverts, comme chiens qui chassent aux puces. Or ils s'toient rpars l'entendement trois sous pour livre, y ayant fait des arcs-boutans de mmoire, au rabais. Nos amis & toute la belle & sage compagnie furent rangs en la salle au beau milieu, en mme ordre & faon que la Reine de Saba ftoya ses Princes en Mero, quand elle voulut faire preuve de sa sagesse. A voir tous ces gens de bien en bel ordre, vous eussiez dit & pens avoir devant vos yeux une belle, joyeuse & sainte congrgation, comme une bande de Prlats. Et que faisoient tant de bonnes gens de loisir? Voire, mais que fit-on l? On parla, on mangea, on beut, on fist st, on se teut, on fit du bruit, on protesta, on rencontra, on rit, on bailla, on entendit, on disputa, on cracha, on moucha, on s'tonna, on s'bahit, on admira, on gaussa, on rapporta, on entendit, on brouilla, on s'claircit, on dbattit, on s'accorda, on trinqua l'un l'autre, on fit carroux, on remarqua, on trmoussa, on s'accorda, on cria tout bas, on se teut tout haut, on se moqua, murmura, on s'avisa, on se reprit, on se contenta, on passa le tems, on douta, on redouta, on s'assagit, on devint, on parvint. Qu'en avint-il? Il en avint ce docte monument, ce prcieux mmorial, ce joyeux rpertoire de perfection, cet antidote contre tout malheur, cette affiloire de bonnes graces, _Ce Moyen de Parvenir_, unique brviaire de rsolutions universelles & particulieres: quoi on ne peut contredire, ni opposer d'hyperboles, ni le rdarguer de fausset. Et dites que vous en avez, captieuses tignes, qui voulez tout rformer & refondre. Mais vous, sectateurs de vraies vertus cardinales, gens has de l'oisivet, qui aimez mieux vous amuser boire, que penser mal, ou perdre le tems inutilement; considrez ceci, empoignez ce volume; _volume_ dit, cause de la vrit qu'il contient, comme un bon verre plein de bon vin. Verre & volume sont quivoques; le verre est un volume: il est vrai que c'est le petit, c'est l'pitome; d'autant que le gros volume est le poinon bienheureux. Qui ont belles & amples bibliotheques remplies de tels volumes, ils sont capables, de rendre _victus_ tout le monde, tant docte soit-il. VIDIMUS. XII. De tous bons volumes cettui-ci est le brviaire, ainsi dit & nomm pour plusieurs raisons. C'est qu'il est bref; & qu'en peu de paroles il enseigne toutes sciences. Item, brviaire est un livre ordinairement gras; &, par application, on s'engraisse au moyen de l'usage de cettui-ci. Le brviaire donne de l'apptit & l'aiguise; cettui-ci l'entretient & le fortifie. Le brviaire fait gagner la vie ceux qui s'en aident; cettui-ci la fait trouver toute gagne. Je m'en rapporte notre cur, auquel, aprs le service, mademoiselle dit: monsieur le Cur, venez dner avec nous, je vous prie. Je vous remercie, mademoiselle; j'y serai aussi-tt que vous. Mademoiselle, ennuye qu'il ne venoit, regarda par sa fentre, & vit ct le Cur, qui, ayant piss, serroit sa piece. Elle se retiroit de peur de le voir, parce que ceci l'et fait rire. Quand il fut entr, elle dit: l, monsieur le Cur, lavez-vous la main, & venez. Eh da, dit-il, mademoiselle, je n'ai rien touch que mon brviaire. Quel brviaire, dit-elle! Il est fait comme une andouille. L, l, lavez vos mains. Comme nous contions ceci Paris, en la boutique d'un libraire, la dame coutoit attentivement, & prtoit aussi l'oreille au discours de son mari, qui contoit qu'en le payant d'un inventaire qu'il avoit fait, on lui avoit baill un vieil brviaire, qu'il avoit vendu six cus. La dame rpondit (je ne sais qui, d'autant que les deux contes furent achevs en un instant): je voudrois que tous nos livres ressemblassent ce brviaire. Ce que je vous dis est vrai; & savez-vous comment je prouverai cette vrit? Ce sera en la sorte que vous comprendrez ces heureux discours, auxquels si vous ne voulez croire, les prenant pour unique raison, faites ce que vous voudrez: comme charitable, je trouve tout bon ce qui plat aux autres. O ames, bon droit pleines de flicit, rservez au parfait contentement, puisque votre bonheur a eu la patience de vous faire natre en ce temps, pour avoir la grace, le bien, la prrogative, l'honneur & le profit que vous tirerez de ces mmoriaux & commentaires de raison tonnante, unique en son accomplissement, il ne faut point faire d'estime des belles inventions, & avoir regret de ne les avoir point vues, ou sues, ou penser ne les pouvoir rencontrer, puisque vous avez ce livre, qui vous fournit de tout. Ce bel objet est tel, qu'en lui vous avez les lmens qui vous guideront au bien accompli: & par ces lmens, non de particulieres sciences, mais de toutes exclusive & inclusive, vous pourrez trouver & inventer tout secret, tant cach, spar & admirable soit-il, (si vous avez de l'esprit, cela s'entend) crocheter, voir & chercher ce qui est sous cette corce de velours & d'or entortill de paroles, quelquefois de soie, & quelquefois d'or, & quelquefois de fil, & toffes de petite qualit, & puis d'azur, & de gueules, & de ce qu'il ne faut allguer. Il nous suffit de vous raconter, & vous de croire que tout est fort bien cach sous ces nigmes, ainsi que le trouveront les enfans de la science, les fils des sages & heureux prdestins trouver la lanterne de discrtion, & la lampe de batitude. Et afin d'avoir le crdit de se chauffer au beau feu d'intelligence, vous qui avez envie de parvenir, que nous vous faisons part de ce fin recueil de mysteres authentiques, vous proposant devant les yeux les symboles de chacun, comme ils ont t profrs. Sitt que quelqu'un ouvroit la bouche pour prononcer sa goule, aussi-tt les secrtaires les mettoient par tat, & colligeoient les paroles & propos, comme belles & bonnes perles s rives de l'Asie, dont ce volume a t compil & lequel de tout temps a t & sera, cause de son excellence, pour son mrite, & jamais, par ceux qui ont de l'entendement, en grosse lettre dit, nomm le _Livre_. Ne dites pas sans queue, d'autant qu'il aviendra, ainsi qu'il est avenu plusieurs fois, & que les grands, au dtriment des plus foibles, les trouvant, & craignant qu'il ne soit vu du petit & bon monde, le scelleront, comme chanceliers simple queue, ou double, telle que le temps admettra. Je vous prie, bonnes personnes, de ne rien dire de ceci, & n'allguer ce mot que nous n'avons pas mis au titre, d'autant que, s'il y toit, on le reconnotroit tout aussi-tt, & il en aviendroit trop de malheur. Le plaisir des gens de bien seroit perdu. Ces mchans excommunis, qui font tant mettre de daces & impts sur le peuple au desu du Roi, (le pauvre homme ne l'entend pas) ces malheureux-l viendroient & prendroient ce livre, & le vous vendroient un cu pour lettre, au meilleur march; joint qu' tel on vendroit la lettre cinquante cus; & ainsi le feroient tout d'or, comme Simon Magus & son chien, & les ministres quand ils seront affriands aux lettres d'envoi comme en Angleterre. Jouissez, amis, de cet oeuvre, sans le prophaner; & sachez que, par le rapport des savans, il est tel, que les plus gens de bien racontent & affirment par-tout qu'il contient tout ce que chacun sait, a su & saura, ou doit savoir & entendre. Il embrasse les mysteres approuvs de toutes sciences, pour autant qu'il est la juste, solide & nave interprtation de la pure cabale de valeur non imaginaire. Ne parlez plus de clavicules ou clavifesses, ni d'arts apritifs, canons & artillerie, qui sont engins grandement ouvrans, puisque vous avez ces cahiers de vrit; ce bon volume qui est la grosse clef d'ordonnance, laquelle pend le trousseau de toutes clefs. Pour le prouver, j'ai le pere Rabelais le docte, qui fut Mdecin de Monsieur le Cardinal du Bellay; & je le mets ici en avant, parce que les substances de ce prsent ouvrage & enseignemens de ce livre furent trouves entre les menues besognes de la fille de l'Auteur. Ce Cardinal tant au lit malade d'une humeur hyphocondriaque, fit assembler les mdicins, pour consulter un remede son mal. Il fut avis par la docte confrence des docteurs, qu'il falloit faire Monsieur une dcoction apritive, qui, rduite en sirop, seroit accommode son usage ordinaire. Rabelais, ayant recueilli cette rsolution, sort, & laisse Messieurs achever de caqueter pour mieux employer l'argent; & fait ledit sieur mettre au milieu de la cour un trpied sur un grand feu, un chaudron dessus plein d'eau, o il mit le plus de clefs qu'il put trouver; &, en pourpoint, comme mnager, remuoit ces clefs avec un bton, pour les faire prendre cuisson. Les docteurs descendus, voyant cet appareil, & s'en enqutant, il leur dit: Messieurs, j'accomplis votre ordonnance, d'autant qu'il n'y a rien tant apritif que des clefs; &, si vous n'en tes contens, j'enverrai l'arcenal qurir quelques pieces de canon: ce sera pour faire la derniere ouverture, aprs l'exhibition de ces apozemes. Je pense que cette preuve est de mrite. Avisez doncques bien, & diligemment pluchez, & voyez avec curieuse confrence. Tous les autres prtendus livres, cahiers, volumes, tomes, oeuvres, livrets, opuscules, libelles, fragmens, pitomes, registres, inventaires, copies, brouillards, originaux, exemplaires, manuscrits, imprims, gratigns, bref les pancartes des bibliotheques, soit de ce qui a t, ou est, ou qui jamais encore ne fut ou ne sera, sont ici en lumiere prophtiss ou restitus; de perdus, sont retrouvs & recouvrs. Et s'il y a bien davantage: si quelqu'un a drob un oeuvre, il sera dcouvert, comme il se prsume en vrit, par une bonne rvisitation de textes, paraphrases, commentaires, mtaphrases, homlies, annotations, rcensions, notes, adversaires, lectures, leons, & autres telles ngoces & inventions de gloses & interlignes pdantines. Et les calculez: vous les trouverez ici, sans qu'il soit plus besoin de tant de livres, romans, posies, prnes & bavarderies, qui occupent les esprits mal--propos, & lesquels, aprs que l'on les sait, ne laissent pas l'industrie d'avoir un paillard cu. A dire vrai, cette vrit a touch de compassion le coeur de beaucoup de gens de bien, qui, pleins de charit, comme j'en ai vu de doctes & sages avancs prs les papes, rois, empereurs & rpubliques, gens sans fard, lesquels oyant les affams de bonne lecture, s'amuser faire joliment relier, parer, dorer & mignarder proprement des livres communs, tant vieux que nouveaux; ces bonnes personnes, ayant dplaisir & regret au tems qui se perd en la lecture de tant de livres de fadaises, de surcrot emplis de douleur & obscurit, avoient l'ame touche de fcherie & impatience, considrant que ce bon livre n'toit pas connu des vrais amateurs de sciences; dploroient la misere de tels pauvres acheteurs abuss, & disoient: voil dommage & piti. H! qui ne s'tonneroit du malheur qui abonde en ce tems. Voil, ces misrables dvoys ont assez de ces livres de vtilles: ils n'auroient pas sitt en main un _Moyen de Parvenir_. Sur quoi je vous dirai un grand secret, & puis l'autre; c'est que vous ne trouverez point en ceci de truandage de pdantisme, comme s autres, pleins du ravaudage de folle doctrine qui n'apporte point dner. Et davantage, je vous dirai le secret des secrets: mais je vous prie, afin qu'il soit secret, de vous embguiner le museau du cadenac de taciturnit; & coutez. CE LIVRE EST LE CENTRE DE TOUS LES LIVRES. Voil la parole secrette, qui doit tre dcouverte du temps d'Hlie, artiste, ainsi que disent les alquemistes. Tenez-le fort cach, & vous gardez des pattes pelues de ces enfarins, qui gourmandent la science & l'emplissent d'abus: trangez-vous de ces pifres prsomtueux, qui, voyant les bonnes personnes dsireuses de se calfeutrer le cerveau d'un peu de bonne lecture & profitable, s'en scandalisent: chassez ces corcheurs de latin, ces carteleux de sentences, maquereaux de passages potiques, qu'ils produisent & prostituent tout venant: gardez-vous de ces entre-lardeurs de thologie allgorique, de ces effondreux d'argument, & de tous ceux qui aiguisent les remontrances sur la meule d'hypocrisie. Fuyez telles btes; & ne leur communiquez point ce rare trsor; ains le commettez gens de bien, comme gens de bien ont pris la peine de le vous donner; non pour en abuser, d'autant que ce seroit un pch plus que contre nature, parce qu'il n'est ni mle, ni femelle. Je m'en rapporte ces sages & prudens prtres, qui nomment leur brviaire leur femme. O quelle impit rouge comme sang! Ceux qui parlent d'abuser de ce qui peut servir, ne l'entendent pas. Je les renvoie au Principal du Collge de Geneve. J'en atteste la pantoufle du Pape, que je dis vrai. CONCLUSION. XIII. Le second Ministre toit malade. Je fus appell pour le voir; je lui fis au moins mal que je pus. Se trouvant un peu bien, il me parla de ce Monsieur le Principal, & me dit qu'il toit fallot. A ce mot, il arriva; & moi bien aise, & aussi, parce qu'il y avoit occasion de rire, _inter privatos parietes_, je me mis faire des contes, & lui aussi; mais les miens alloient plus vte: de sorte que, soit ou pour m'prouver, ou pour se venger, comme il me l'a confess depuis, il lui prit fantaisie de changer de propos, & dit: O nous misrables rforms, de profrer tant de paroles oiseuses, dont nous rendrons compte; & vous le premier. Il est bien vrai, dis-je; mais, monsieur, il faut ici _distingo_ Genevoisien; venons l'criture. Le sage dit qu'il y a tems de rire & de pleurer. Et bien j'avons ri; ce que nous avons dit n'offense personne. Les paroles oiseuses, sont celles qui offensent, & qui sont dites pour ter l'office, ou le bnfice, ou la renomme un homme; comme si je disois, monsieur le principal abuse des graces de Dieu; & que, pour le prouver, je misse en avant cette dmonstration: c'est que, tous les matins, il fait de son vit un chausse-pied. Ce bon ministre se prit si fort rire, qu'il fut tout guri: & puis dites qu'il ne se fait point de miracle Genve. Dis que tu en as, papiste. Recevez donc ce prsent, ce pass, ce futur, beaux & fidles esprits. Vous y trouverez un insigne profit, attendu que tous les livres qui furent jamais faits, ou seront faits par hommes ou femmes, filles ou garons, ou neutres, sont signes, ou marques, ou paraphrases, ou prdictions de cettui-ci tant naf, clair & vident, lequel est la fin finale & intelligible de tous: & ainsi que tous ne sont & ne seront qu'interprtation des secrets ici exposs, & qui ne se trouvent que par dessein en ce beau & petit abondant moule de perfection exemplaire. Quiconque le saura, sera capable de toutes sciences, & n'ignorera que ce qu'il ne saura pas; d'autant que tout est ici au petit-pied en parfaite ide, clarifiant tout autant qu'il est possible. Que si quelque mauvais opinitre, incrdule, hrtique, stupide, conscientieux, faussonnier, ou autre ribaudaille ne me veut croire; je parle vous qui tes de telle qualit, & vous dis que, si vous ne croyez, je veux & dsire qu'en guise de personne demi-sainte, chacun pour soi, vous puissiez recevoir une bonne secouade d'estrapade, qui vous dure une semaine, redoublant toujours pour mignarder votre constance, ou une gne de rage de fondement, ou une cuisson de carnosits intolrable, ou un chatouillement de fines goutes, ou passion colique, voire tout ensemble avec toutes autres sortes d'incommodits la sauce d'Allemagne, tant qu' votre requte je vous donne remede. Et ne vous scandalisez, si, en l'excs de mes charits, je vous souhaite, avec si bonne & sainte affection, tel & si grand bien. Assurez-vous que ce n'est sans cause, d'autant que je sais qu'il vous en aviendra un merveilleux molument; cause que, chatouills de telles friandises de maux & trouble, de l'aise cruel que vous en sentirez, aurez connoissance de votre faute, & ne serez plus juges ingrats d'autrui, qui peut-tre vaut mieux que vous. Ainsi ce mal vous russira en bien, afin que, vous souvenant de ce livre en vos rigueurs, vous y aurez recours; & vous vous en trouverez ou de mme, ou mieux, ou pis, au grand avantage du salut de votre ame, si vous en savez bien user, & comme nos bons peres de familles, qui traitent bien leurs htes, & entretiennent les tots de leurs maisons, de peur d'tre incommods. COROLLAIRE. XIV. Par manda, j'en jure la bonne fte de madame la Saint-Jean, que je ne daignerois vous tromper loyalement; & y et-il gagner autant que le monde vaut, & fiez-vous en moi, comme le pauvre la Motte, qui toit sur l'chaffaud prt tre rompu, ce qui le fchoit fort, parce qu'il ne l'avoit pas accoutum, & il dit au greffier: hlas! monsieur le greffier, la pareille; souvenez-vous de la grace que messieurs m'ont promise; je m'en fie en vous. L, monsieur de la Motte, mon ami, fiez-vous moi; on ne vous fera nul mal. Mais tandis que je vous sermone, il m'est avis que je vois un glorieux caparaonneur d'intelligence bigarre, qui, donnant dans les hypocondres de la conscience, pour clorre quelque oeuf d'hypocrisie feint, qu'il a couv sous le voile bigot de sapience folle, lequel grignotant de dpit, & pour faire l'habile homme, jettera ddaigneusement l'oeil sur ce monarque des livres d'humanit; blasphmera, & pour en conter se fera peter les mchoires, comme un vendeur d'poussettes, disant que nos paroles sont errones; & nous pensera faire des escapades d'admirations; allguant des sentences du livre saint, auquel tels que lui n'entendent rien. O toi donc cettui l qui je parlois tantt, relev d'orgueil, bouquin qui as t mille fois gourmand par ta chambriere, ainsi qu'il se fait volontiers en nos clotres. BEZE. Savez-vous comment? Je fais cette parantese votre discours; beuvez; puis vous acheverez. Mais devant, sachez que, quand une femelle s'addonne un cclsiastique, elle est, le premier mois, sa chambriere; le second, elle est sa compagne; & le troisieme sa matresse; & ainsi consquemment. Et de fait, votre chambriere vient-elle demeurer avec nous (pour nous servir, cela s'entend); le premier mois, elle est tant sage, que tout ce que j'ai est moi. Si, en sortant de l'glise, je la vois venir de chez un des confreres chanoines, je lui demanderai: d'o venez-vous, Jeanne? Je viens de chez votre compere, qurir votre vaisselle, que vous laisstes hier que vous y ftes souper. Ho d! tout est encore moi. Le mois d'aprs, je ferai la mme question en mme posture. Elle dira, je viens de qurir notre vaisselle, que nous laissmes hier, chez notre compere o nous soupmes. Ha, ha! nous y avons encore part. Mais aprs, si je l'interroge; elle me dira bien autrement. Que vous avez d'affaire, & n'avez point de chemise au cul! Vous voulez tout savoir comme les grands. Je viens de qurir ma vaisselle, que je laissai, hier au soir, chez mon compere o j'ai soup. Voil, tout est elle. Mais je ne t'ai pas laiss, matre sophiste, perdu de la vanit de tes imaginations; ame dloyale qui ne peux comprendre le lgitime _Moyen de parvenir_, auquel tu prtends d'arriver par sottise ou fraude ordinaire. Entens, vestaudier, que nous ne parlons ici que des livres d'humanit; & t'en vas faire panser mon barbier; il te donnera, pour te faire docteur, une ponine ou pauliere, d'un coup de barre de fer, sur le collet, en guise de chausse d'hypocras, ou de hallebarde de drap. Que je dirois de belles choses, si je les savois; & en bons termes & beaux, si j'osois venter ma doctrine. Je ne suis pas de ces petits docteraux, dont il est crit: j'ai une tte de docteur dner. Un avocat du Mans ayant plaid pour un boucher, & ayant gagn sa cause, il trouva sa partie. H bien, lui dit-il, n'ai-je pas bien plaid pour vous? Je le sais bien, dit-il, monsieur; aussi en rcompense, vous avez la plus belle tte de veau qui soit en la ville: ce sera pour votre dner. Ce jour-l, nous devisions, en dnant, de choses diverses. On parloit d'une tte de veau, & aussi d'une serviette. A ces dernieres paroles, un jeune chantre dit un monsieur: vritablement, monsieur, vous en avez une belle sur les paules. Oh! devinez s'il parloit de tte, ou de serviette par intelligence. Je ne suis pas aussi docteur la vinaigrette, ainsi qu'un tas de sages & beaux docteurs qui sont _doctores docendo_, comme _montes a movendo_. C'est lancer du latin cela, comme pois en vessies. Allez donc au grat, correcteurs ingrats, & vous gratez le cul au soleil; puis succez vos ongles. a ici, bons amis du coeur, gens dociles, qui savourez le bien que dieu donne, voyez cette analogie d'harmonie parfaite. Si quelqu'un ne prend plaisir ce banquet & aux beauts qu'il a produites, qu'il se fasse fouetter, comme fit celui qui s'adressa madame la principale. Je vous prie d'couter ce qu'en dit Ramus, qui fut son proche voisin. Paix l, paix; coutez cet homme de bien. RAMUS. Prs le collge du cardinal le Moine, de mon tems, & non si prs, que ce ne ft aux fauxbourgs, une sage dame que tout le monde nommoit madame la principale, un mercredi matin qu'elle toit la porte assise, sans penser en mal, non plus qu'un autre: voici venir elle un beau jeune homme habill la jsuite, ainsi qu'un colier envoy pour tudier. Il avoit une soutane. Soutane est un vtement; vtement est un accoutrement; accoutrement est dont on s'habille. Il toit donc habill d'une soutane. C'est comme nous eussions dit, de notre tems, _un saye_ tout d'une venue. Je dis ceci, afin que vous trouviez ici la raison de tout; & notez qu'il est vrai que, de ce que vous desirez avoir la raison, sans faute vous la rencontrerez en ces mmoires. (Remarquez ce grand & admirable secret.) Si vous ne la rencontrez votre intention, voici le remede; crivez-la en un papier tant de fois, la corrigeant & racotrant, qu'elle vous plaise; & au soir, soleil couchant, transcrivez-la, ou la faites transcrire en ce livre; & je vous assure que vous l'y trouverez au matin, si vous vivez: & que vous y regardiez, & que le livre soit encore en votre puissance, & que n'ayez perdu la vue, ou la mmoire. Et s'il y a encore quelque chose dire, je le tiens pour dit, & c'est en quoi git l'admirable perfection de cette notre science universelle, mondaine & cleste. DESSEIN. XV. Mais propos je m'bahis comment, bon Gilandius, & me fche qu'en Europe les chrtiens, mme les bons catholiques, usent tant du vtement des Turcs, vu que nous ne voudrions pas tre Turcs. Et ce qui me met en plus grand souci pour ces soutanes, est que tel habillement est devenu commun au grand prjudice des cocus, depuis que les braguettes ont t dclares insupportables. Je me souviens qu'aux seconds troubles nous tions en garnison la Charit. Etant en garde, s'il passoit un homme avec une braguette, nous l'appellions papiste, & la lui coupions: c'toit mal fait, d'autant que sous tel signe, il y a de grands mysteres quelquefois cachs, vu que papiste peut signifier _pere de la foi_, ou _suivant la foi paternelle_. Je m'en repentis, & m'en allai Cosne, o nous nous fmes soldats derechef, & nous mmes s bandes catholiques. Il nous avint une autre cause de remords de conscience: c'est que, voyant ces braguetts, les disions huguenots. Notre bon ami Bude m'avisa de ce pch, m'instruisant que ce mot toit grec, signifiant _heureusement reconnoissant_. En cette agitation, je m'en allai Basle, dont je revins avec les jsuites, qui en apportoient cette invention. Je les laisse disputer avec Calvin, pour voir qui sait mieux entr'eux la religion du Turc, c'est- dire, turcisme. O Suisses heureux! ne changez jamais de braguettes. Voyez, il ne faut que ce texte pour faire brler beaucoup de pauvres gens. Ne changez point vos coutumes avec celles du Turc qui ne boit que de l'eau. Boire du vin, c'est tre bon catholique. Y mettre trop d'eau, est se sentir de l'hrsie. Ne boire que de l'eau & avoir le vin en haine, est pure hrsie noyable, approchant de l'athisme. N'en parlons plus. Mais vous, messieurs, qui avez femmes belles & friandes ou belles amies, defiez-vous de ces buveurs d'eau, & de ces gens qui ont la queue si longue, sous laquelle en libert pend l'outil faire la pauvret. CESAR. Qu'est-ce que _faire la pauvret_? RAMUS. Puisque je vous vois ententif, aussi veill qu'un chat qu'on fesse, vous le saurez. Toutefois je m'tonne, que vous, qui tes Latin, ne le savez; & sur-tout vous, qui, entre les galans, savez mieux votre cour. J'ai pens dire comme nos docteurs, votre _entregent_: mais il me sembleroit dire _entre-jambes_; tant cela est fat. Mais oyez: _Bipes facit damnum_, l'animal deux pieds fait dommage. Onan en mourut clestement puni. _Quadrupes facit pauperium._ Venez un peu ici, h! couilliacier de Papinian. L'animal quatre pieds fait la pauvret; c'est que, faisant la pauvret, on a quatre pieds; on pratique le doux androgine, on fait la bte deux dos; on fait le destin d'homme femme; c'est faire la cause pourquoi, c'est exercer les bons membres; c'est tre bonne personne, parce que nul n'est bon, & n'y a bonne personne, que celle qui, se faisant du bien, en fait un autre. Il y a, _Fac ben, & ben tibi erit_. Et bien, voil allguer la loi, comme un beau petit licenci de l'antechrist. Si, nous autres doctes, n'avons que faire de noter le titre, ni le paragrafe, c'est ces petits coliers, qui ne font que venir, & tous nouveaux commencent briller. SEVOLA. Cet colier ensoutan vouloit-il faire la pauvret avec la principale? CARPENTIER. C'est bien au rebours. Quand il l'eut profondment salue, (ainsi on salue les dames; & les hommes, on les salue longuement & directement, &, _ contrario, quia_) elle, lui rendant son salut, lui dit: treves de chapeau, Monsieur; mettez dessus. Il repart: treves de fesses, Madame, tenez-vous ferme. Ainsi les hommes saluent du chapeau; & les dames saluent du cul. RAMUS. Poursuis, garon. CARPENTIER. Ayant mutuellement achev la salutation, il lui dit qu'il desiroit parler elle, s'il lui plaisoit. Elle le mene en sa chambre, o ils s'assent, & il dit: Madame, tant trbuch en extrmit de creuse dvotion, j'ai bonne envie d'tre fouett, rellement & de fait, par quinze matines conscutives. S'il vous plat me faire ce bien d'en prendre la peine, je vous donnerai douze beaux cus, & un cu pour les verges. Elle rpond: Monsieur, excusez-moi, s'il vous plat; je ne me connois point en fouetterie. A donc ce jeune ensnovill gracieusement se retire. Oh! combien il y a d'coliers, qui voudroient que fesserie ft teinte, & que l'on n'en parlt non plus que de nces en paradis. La dame, revenue sa porte, fut enquise, par une voisine curieuse, de l'intention de ce beau fils, laquelle la principale le dclara. O, ma voisine! dit l'autre, que ne me l'avez-vous adress! Il le faut appeller. Huguette, (c'toit sa servante) allez aprs, lui dit la principale. On cria aprs lui, la mode des marchands de Paris: Monsieur, Monsieur! Il revint, & demanda la dame si elle s'toit ravise. Non, dit-elle, mais voici ma commere Laurence, qui vous rendra content. Elle les mit ensemble; & ils allerent chez elle, l'enseigne de la coquille, faire leur march; & depuis il vint, tous les jours, tre fouett demi-heure; & ce, sept heures du matin, qui est une heure fort commode se faire fouetter; je vous en avise. Laurence, le trouvant gras & frais, et bien voulu qu'il l'et fouette de verges de Saint-Benot, dont il ne faut qu'un brin pour faire une poigne. Le tems & la fesserie accomplie, le fess paya fort bien la fesseuse, & s'en alla. La bonne dame, ce qu'elle disoit, en s'en dlayant les badigoinces, et bien voulu avoir souvent de telles pratiques: aussi toit-elle de nos soeurs, faisant souvent plaisir aux amis; & faisoit exercer, comme dit Plaute, le proverbe de tantt: _fac ben, & ben tibi erit_. Fais le bien, & il te fera grand bien. Ce sont de belles choses. Belles, si vous le savez, taisez-vous: si vous ne le savez, laissez-nous faire; nous vous l'apprendrons. Or Laurence ne faisoit pas l'amour; (il est tout fait; apprenez, jeunesse) mais elle pratiquoit les jeux d'amour avec un moine de Saint-Denis, qu'elle aimoit de bon foie, de bon coeur, (laissons le nom) de bonne cuisse, & de bon ventre. La coutume en toit pour lors, parce que c'toit durant les guerres, devant ou aprs; (il ne faut pas tre si exact en tems, si ce n'est aux contracts, & sur-tout entre faussaires) & puis Saint-Denis ils toient tous gentilshommes; parquoi toutes bonnes conditions leur toient permises; mme ils les autorisoient: ce qui ne peut tre, depuis, ce qu'on m'a cont, qu'il y en est entr qui sentent l'aune, le marc, le mortier, & autres telles ustensiles roturieres, qui est cause qu'ils sont sujets la loi commune, puis qu'ils sont enfans de personnes communes, _in utroque genere_. Or bien son ami frere Ambroise (dont on chante: _vous avez b la cervoise, frere Ambroise, dont vous tes enivr_) lui envoya sa haquene. J'ai quasi dit _son haquen_, d'autant que son fils reprsente sa personne. La bonne Laurence monta dessus, en bonne intention de lui aller apprter un bouillon. Aussi falloit-il restaurer le pauvre religieux qui toit infirme, ayant une forte colique dans le ventre, ou dans la tte. Elle s'achemine. Et ainsi qu'elle est dans cette fort de moulins vent, voici sur la brune son fess avec sa soutane, qui lui vint la rencontre: & sur cela belle chose & grande piti. Pleurez, vieille, pleurez: mais non faites; d'autant qu'il n'y a point de rime sur vieille; & j'en dpite tous les potes, fussent-ils autant savans que _chose_. Pleurez donc, & chiez bien des yeux; vous en pisserez moins. Cet homme, qui avoit eu la fesse au prix de son argent, vint elle, & lui dit: mettez pied terre; &, lui faisant la rvrence de basse taille, avec un visage dchiquet de mines remontrantes, passement de rides de rprhensions, la prit & l'empoigne, & s'assit sur une pierre du chemin, la met sur son genouil le cul mont, la trousse comme une petite fille qui va l'cole chez un montreux, & la fesse nud avec de bonnes & sanglantes verges sur son cul de derriere. Elle n'en vit rien; & cette action lui repoussa fort & ferme le fondement. La haquene, toute bahie, regardoit si on lui en feroit autant, pour la passer matresse, comme le cheval de Rabelais fut pass docteur Orange, sous le nom de _Joannes Cavallus_. Aprs la fessade accomplie, le jeune homme remit madame Laurence sur sa bte, laquelle tournant la tte vers la ville, il la renvoya & tout le paquet la ville, recommandant l'ame de Laurence sa bonne grace. La pauvrette revint avec grande frayeur, & se mit au lit, o elle ne fut que cinq jours, finis lesquels elle mourut comme une vache qui trpasse. CESAR. H quelle fesse! Quel appliqueur de stigmates sensuels! O diable si cela me plairoit; j'aimerois mieux que tels fouetteurs-fouetts-fouettant, attendissent natre aprs le jugement. CARPENTIER. Or le fouett-fouettard conduisit sa fouette de belles bndictions, en lui disant: adieu, ma douce amie; ci-aprs soyez sage. Bienheureuses sont les personnes bien fouettantes, & bien fouettes. Voil comme la pauvre Laurence a chang d'air; & avint, sa mort, une merveille notable, une chose merveilleuse. C'est que son ame sortit de son corps par l'endroit proportionnel & semblable celui par lequel toutes les autres ames s'en vont. ESOPE. Que faisoit la haquene, tandis qu'on fessoit la dame? RAMUS. L'as-tu pas ou? Elle chioit de male rage de peur; & fiantoit si sec, que ses trons devinrent tuis de lunettes, pour ceux qui ont courte haleine: mais un petit bout de patience. Messieurs les thologiens, dites-moi, si vous savez tous, qui toit ce fouett-fouettant. Vous en savez autant les uns que les autres. Vous hsitez, parce qu'il rendoit la pareille pour nant contre vos maximes: rien pour rien, tout pour argent. A dire vrai, (& je l'ai appris du grand vicaire du pape Jacques sixieme) que c'toit un bon & magnanime pnitent, l'un de ceux qui (par dispense spciale, comme dit le docte St. Antonin, lequel sortit de purgatoire, pour faire bien quelques ames extravagantes. Si vous n'admettez cela, je dirai que c'toit un vrai diable) s'en vint trouver proie, la goule enfarine de bresil, se connoissant en parchemin; & parce que cettui-ci n'toit pas vierge, il le courroya, ainsi que sera le vtre, s'il y chet. Amen. HOMLIE. XVI. CUJAS. Le parchemin peut bien mais de ceci; je m'en rapporte la Nonnain, & ne le voudrois avancer, sans que ces mchans hrtiques en font le contenu au dsavantage de la Religion: parquoi je le dirai au vrai pour leur fermer la bouche, & qu'ils soient punis s'ils disent autrement qu'il n'en est. Cette dame, par avis de connoissance, & pour savoir le plaisir qu'il y a, sans toutefois tendre aucune volupt ou dshonntet, avoit voulu faire la pauvret, & la fit moyennant un ami, quoi il n'y a point de coulpe, ainsi qu'elle m'a dit, d'autant qu'elle ne s'y toit oblige, ni par serment, ni par notaire, ni prtre, ni ministre. Aussi c'est un grand fait, que depuis qu'un fou de prtre, ou un tourdi de ministre, ont donn cong deux personnes, ils le font gogo; mais le diable y est, pour autant que les pauvres maris le font par contract; ils y sont obligs: & les autres le font par plaisir, sans tre sujets la loi, en quoi gt tout contentement. L'abbesse, un jour, s'appercevant que cette nonnain venoit quatre pieds au choeur, la prit part, & lui remontra, la censurant amro-doucement, comme font les capucins, qui en cela imitent les ministres de Genve, qui pluchent leur mercuriale qu'ils font le jeudi prochain des quatre-temps, & puis vont banqueter ensemble. Soeur Dronice, qui ne voulut point tre tance pour avoir bien fait, lui dit humblement: madame, pardonnez-moi; je ne pense pas avoir failli. J'ai lu au grand livre de parchemin: _bonum est omnia scire_, il est bon de tout savoir. O, ma fille, il falloit tourner le feuillet, vous eussiez trouv: _& non uti_, & n'en faut pas user. S'il et t us je n'en eusse pu travailler. Madame ma chere mere, excusez-moi, s'il vous plat; quand je serai de votre ge, je tournerai le feuillet. SOLON. Puisqu'elle n'avoit point gt son fruit, il la falloit louer. Si jamais je fais des loix, je me joindrai avec notre ami Lycurgus, & promulguerai cette-ci: _Toute fille qui aura fait un enfant crdit, sera dote aux dpens de la ville_. PLUTARQUE. Si cela est reu, on aura de beaux enfans, que les meres feront la drobe; & les meres seront conserves; au contraire que, selon qu'il avient souvent par sotte & maudite cruaut, les meres tuent leurs enfans, puis sont justement punies, faute de bonnes loix. DENIS. Le diantre emporte qui en ment, disoit Janot sa mere. PLUTARQUE. Je vous assure que j'ai ainsi ou parler, & l'ai mis en mes apophtegmes franois, & bien d'autres de ces menues rponses. Sa mere, disputant, un jour, avec lui, & par dpit de quelque mauvais mnage, lui reprocha sa femme, lui disant qu'elle toit putain. Hau, ma mere, dit-il, laissez-l ma femme, je vous prie; parlez de vous. Il est vrai que, comme on lui dit que sa mere trs-malade, se mouroit, il courut l'assister plutt que sa femme; &, comme on lui en disoit quelque chose: otto o, dit-il, si je perds ma mere, je n'en pourrai retrouver une autre; & si ma femme meurt, j'en trouverai assez d'autres. Sa mere tant releve, & devisant, avec sa voisine, du secours que lui avoit apport son fils, le vit venir, elle va dire: le voil qui vient, ce grand maladroit; mais avisez un peu comme il marche, ce grand fils de putain. POLIPHILE. Un jour, il m'en avint autant. Ma mere toit fche contre moi, & me voulut fesser; je rsistai; elle me dit: tu en auras une autre fois, petit fils de putain. Mon pere me trouva tout pleurant; & je lui en dis la cause. Va lui dire, ce me dit-il, qu'elle est une sotte. Elle me rpondit, aussi-tt que je le lui eus dit: va dire ton pere qu'il est un cocu. En mme tems, un petit garon de Paris appella un autre, fils de putain, qui s'en prit pleurer, & le vint dire sa mere, qui lui dit: que ne lui as-tu dit qu'il avoit menti? Et que savois-je, dit-il? Ainsi parloit le cur de Saint-Denis, un dimanche, son prne; il exhortoit tout le monde, & dit aux dames: quant vous autres, mes bonnes paroissiennes, je vous reconnois pour femmes de bien; mais vos enfans sont de mauvais fils de putains. JOURNAL. XVII. COMINES. A ce propos; une aprs-dne, la reine d'Egypte toit deviser, en sa chambre, avec quelques dames, sans autres personnes (c'est qu'il n'y avoit ni homme, ni prtre, ni moine, ni ministre). Le seigneur de Danois se prsenta pour entrer. Comme il eut vu qu'il n'y avoit point d'homme, il se retira. La reine, qui l'avoit apperu, l'appella: ho, monsieur le grand prieur, entrez; vous y pouvez bien. Au commandement, il s'approche. Elle lui dit: nous tions sur le sujet des dames. Vraiment, madame, le sujet est unique en perfection. Mais qu'en dites-vous? Tout bien, madame. Et encore? Dites-nous-en, bon escient, votre opinion. Puis qu'il vous plat, madame, par la mordong, toutes les femmes sont putains. O, ho, dit la reine, & moi? A, ha, madame, vous tes la reine. Et votre mere? Madame, ne parlons point des trpasss. BRUTUS. Comment vous parlez au dsavantage des dames? COMINES. Point, d'autant que cela ne les touche aucunement. Mais savoir, s'il y a honte, ou non? Je pense que non. Si quelqu'un nommoit une dame boiteau de foin, lui feroit-on autant ou mme tort, que de l'appeller putain? BRUTUS. Il n'y a point d'apparence. COMINES. Et si c'est une mme chose, que direz-vous? BRUTUS. Je ne sais. COMINES. La nuit passe, il y eut un moine dru, gai & gaillard, qui fut surpris avec une garce. J'ai quasi dit avec une _grace_; il n'y a que transposition de lettres. Il s'toit battu avec elle, _cum commento_, & la sauce. Ses suprieurs lui remontrent qu'il avoit offens. En s'excusant, il dmontra que non, disant qu'il toit, selon la pauvret de l'ordre, couch sur un boiteau de foin: _quia omnis caro foenum_, parce que toute chair est foin. Concluez. GUIDO. Je pensois que vous voulussiez donner jusques St. Denis, & parler de frere Jrme, qui cherchoit la pierre casser les oeufs. ALAIN. Qu'est-ce dire! VIVES. Vous le saurez tantt. Ce moine, pour le dire plus gaiement, cherchoit la pierre philosophale, & toit Parisien. Et de fait, j'ai t en beaucoup de lieux & places du monde habitable philosophique, & je ne vis jamais en aucun endroit tant de Parisiens qu' Paris. Et bien que, durant le grand jubil, je visse beaucoup de Bretons Rome, si n'en ai-je tant vu oncque en un monceau qu'en Bretagne. Ne fou dplaise, gros Thevet, bte de bon esprit, que tu tois sot, quand tu me dis qu'il n'y avoit point de contre, o il y et plus de vingt-quatre heures de jour, & que tu estimois que payennerie fut nationnet, comme tu dis en ton livre des portraits des Grecs, Latins & Payens! Ta rvrende cervelle symbolise avec celle de messire Guillaume le Vermeil, quand tu dis en ton histoire qu'Anacron s'trangla d'un pepin, (comme il tmoigne par ses crits. Tu es un faiseur de parenthse)! dont il mourut parenthsaquement au monde. THEVET. Je vous attraperai tantt, matre rufian, qui faisiez semblant de me visiter; mais c'toit pour, en mon absence, travailler ma jeune chambriere. BRUTUS. Que tu dis de sottises! Ne saurois-tu lui dire autrement? Il t'est avis que tu dis bien, d'avoir parl de travailler, comme la derniere fois que nous tions avec le feu roi notre matre. Tu voyois un grand vidase d'vque sur un beau cheval, & l'ayant considr, le nous vins dire: voil un homme qui besongne mal, pour dire _il chevauche mal_. VIVES. Laissons cela; nous le dirons au roi. Or frere Jrme, cherchant la pierre philosophale, que sans doute on trouvera ici. (Et ce que je vous dis est vrai; & s'il n'est vrai, je puisse mourir devant toute la compagnie, demeurant aussi sain & sauf que je fus jamais, ainsi que Georget notre mtayer, qui son compere dit: je sui mau de toi. Et que te faut-il? On dit que tu couches o ma femme. Pardai, Jean mon ami, mordienne, ils sont menteurs. Que je passe monter sur iquent hesne, & que j'en tombe de branque en branque, que je me rompe le cou sans m'y faire mau, si je toque en pus que tai. A de pardi, alin bere, compere, alin bere). MAPPE-MONDE. XVIII. Or frere Jrme avoit consum plus de trente ans sa recherche, & n'en avoit rien rapport. J'en crois le Vignere, qui n'en a pas fait moins. C'est lui qui m'a fait ce conte; quoi il ne songe pas cette heure, tant il est jaloux. Le voil avec Postel, fripper quelque vieil haillon d'histoire, pour accommoder sa pierre. Les parens du frere Jrme, voyant qu'il se consumoit mal propos, dlibrerent ensemble de lui en faire quelque gracieuse remontrance (non pas si grasse, que la faveur de la vieille, laquelle on avoit dit qu'il falloit graisser les mains de son avocat; & elle, le prenant par derriere, lui ondoyoit les mains avec une piece de lard, ainsi qu'il avoit les mains sur les reins. Le bon homme, se revirant, lui dit: que me faites-vous, ma mie? On m'a dit, monsieur, que je devois vous graisser les mains. Ha, pauvre bonne femme, ce n'est pas dit quelle graisse). La conclusion prise, pour tcher le dtourner de telles follies, un des plus notables parens eut charge de l'aller inviter, lequel le moine lui promit, moyennant la commodit de monsieur son fourneau, qu'ils nomment _athanor_, dont les fous alquemistes font un grand Achilles, ayant trouv en Nhmie ce mot _Athanorum_, i. des fourneaux. Voil une des gloses des chymistes, dont la secte est la plus jolie du monde, parce qu' leur dire, & entr'eux, il n'y en a pas qui sache; ils se tiennent tous pour btes au spcial, & n'en estiment aucun, qui, au jugement des autres, ne soit un ignorant: mais s'il y en a quelqu'un qui se laisse mourir, le voil, par leur jugement, aussi-tt canonis. O, diront-ils, grande perte! S'il et encore vcu quinze jours, trois heures & dix-sept minutes, il et achev l'oeuvre, que j'acheverai, d'autant que j'ai son secret. Mais le principal est de dner; quoi faire, vint Paris le frere, qui s'y transporta sans oublier son bon apptit. Il trouva bonne compagnie, qui fit bonne chere. Aprs dner, selon l'avis pris, vint lui une dame choisie entre celles qui ont t dpuceles sur le tard de leur ge. Telles sont plus sages & meures, parce qu'elles n'ont tant t, ni sitt hoches; elles en sont plus fermes. Adonc la sage vieille, prenant la main charbonneuse de frere Jrme, lui dit: monsieur mon cousin, la piti que nous avons de vous voir dcheoir, non-seulement de commodits, mais aussi d'honneur, vu le mpris auquel vous gisez par vos dportemens, est cause que nous nous sommes assembls; & nous vous avons appell ici, pour vous dire notre ennui, vous priant de vous reconnotre & penser vous, & au lieu dont vous tes sorti. Vous tes en ge d'tre sage; faites parotre que vous l'tes, prtendant choses dignes de vous. Que cuidez-vous, pour devenir si riche? Quand bien cela aviendroit, que vinssiez bout de votre philosopherie, vous devez tre content, vous avez le viton & le vetiton, sans en rechercher davantage par cette arquemine. Il ne lui laissa pas achever, qu'il lui dit: madame ma bonne cousine, je vous prie ne passer outre; je ne m'y amuserai plus gueres; j'ai presque fait: mais il faut achever; je suis sur le point. Ne pensez pas pourtant que je cherche ce grand bien, pour tre riche; je suis assez content d'avoir le _victum_ & le _vestitum_: mais sachez, bienheureuse cousine, si vous le voyez, que, quand j'aurai fait cette divine oeuvre, j'aurai une belle poudre, de laquelle je prendrai, au soir, ou au matin, un seul petit grain, avec de la conserve de roses; & je le ferai sept coups. MTAPHRASE. XIX. Dis que tu en as, grand chemise: & moine de rire, & de conter que l'hiver pass, que la Seine chariote, un fauconnier venoit de la chasse, avec son valet, qui l'avoit fch; & il le vouloit battre: quand ils eurent mis pied terre, il y parut. Le matre prit une fourche, pour plauder son serviteur, qui, n'en tant pas d'accord, s'enfuit & se jetta en la riviere, qu'il passa la nage; puis tant del l'eau, le poulce contre la joue, la main en ale, fit la quine-mine son matre, lui criant tout haut: j'en savois bien d'autres. Et, l, l, _mundus, caro, dmonia_, le monde n'a cure de moines. CUJAS. Cette belle haquene de bran nous a fait perdre la pierre casser les oeufs. VIVES. Non, ha non, j'y suis. Il y avoit, prs Saint-Yves, un jeune gentilhomme log en chambre garnie, seul en sa chambre. Et ceci avint, durant qu'il y avoit grand dbat entre les moines & les ministres, pour dcider, qui toit le mieux dit: _c'est demi-vie que d'tre saoul_: ou, _c'est demi-vie que de rire_; sur quoi ils se confondoient comme hrtiques. Ce jeune homme, qui ne se soucioit pas beaucoup de ces dbats de thologie, jetta l'oeil sur la servante, qui toit une assez belle connaude, mais un peu nice. Il parloit souvent elle assez froidement & discrtement. Entr'autres, un jour, il lui dit: vous tes des champs, ma mie? Voire, monsieur. Je m'en doutois bien: je ne laisse pas de vous aimer, autant que si vous tiez de la ville, vous voyant si bonne fille & si bonne mnagere. En d, monsieur, je vous en rends graces. Or, ma mie, parce que je vous aime, & que vous nous servez bien, je vous veux avertir, pour votre grand profit, qu'il y a un certain mal qui prend aux filles des champs, quand elles viennent demeurer en la ville: c'est qu'il leur crot dans le ventre de petits oeufs, qui y grossissent & se durcissent; & puis il faut que les pauvres filles montrent leur derriere au barbier. Je serois marri que cela vous avnt. Il n'aviendra pas pourtant, si vous me voulez croire. Je ferai quelque chose pour vous; & il est tems d'y commencer: je vois, votre teint, qu'il y en a dj. Ard, monsieur, je vous suis bien attenue; il est bien vrai que je ne me porte pas bien; je ne suis pas en mon naturel. Je vous donnerai demain quelque chose. Le matin venu, qu'elle vint en sa chambre, il lui donna une cueillere d'hypocras blanc, qu'elle savoura, & lui dit qu'elle allt & vnt par le mnage, puis qu'elle djent d'un peu de pain sec. Cela fut continu, deux ou trois jours. Un matin que madame n'y toit pas, il prit cette fille; & riant doucement, il la posa contre le lit, comme pour lui regarder en la bouche. Hlas! monsieur que voulez-vous faire? Je ne vous ferai point de mal; je veux vous casser un oeuf, qui est prt de se durcir. Elle se laissa faire & lui fit cleques; il lui mit chair vive en chair vive. CUJAS. Mais encore, bon Lycurgus, est-ce pch de mettre chair vive en chair vive? LYCURGUS. Non, quand ce n'est point contre les loix crites. Si vous mettez votre nez en mon cul, ce sera chair vive en chair vive; c'est auprs de la merde. VIVES. Le gentilhomme acheva ce qui n'toit point commenc: aussi ne sauroit-on besongner une pucelle, parce que l'on ne sauroit mettre si peu avant, que ce ne soit achev. Elle s'en trouva fort bien, sinon qu'il lui cuisoit un petit; & non tant, qu'elle ne ft contente d'y retourner, tellement qu'en dpit qu'elle vouloit bien, il lui cassoit souvent des oeufs au corps, au grand plaisir de la fille, qui et voulu en avoir autant en une ventre, que l'on et pu en casser en cent ans, sans faire autre chose. Un jour que dja elle y toit affriande, & qu'elle avoit trop mus, sa matresse la tana, quand elle fut descendue, lui disant: vous tes une affete; vous faites quelque mchanceterie avec cet homme de l-haut. Ha, ha, becasse, babouine, qu'avez-vous tant fait l-haut? Rien autre chose, madame. Vous avez menti, vilaine. Ne vous dplaise, madame; c'est ce que je vous dis. Vous faites l-haut quelque rien qui vaille, avec cet homme. Hlas, madame, ma bonne matresse, vous avez grand tort; c'est le plus honnte homme du monde: il m'toit venu des oeufs au ventre; & il me les a casss. Quels oeufs sont-ce, vilaine, quels oeufs? O regardez, madame, s'il n'est pas vrai; tenez, je hausse ma chemise; voyez-en le devant, qui est tout mouill de la glaire qui en est sortie, quand il les cassoit. TERENCE. Sa matresse ne lui fit rien? GUIDO. Et que lui et-elle fait? Elle la devoit tuer, voire donc sans qu'il y part. TERENCE. Comment ce feroit cela? GUIDO. Mon ami, si tu veux faire mourir une personne, sans qu'il y paroisse, souffle lui si fort par le cul, que l'ame s'en aille par la bouche. TITE-LIVE. Par depol, voil de belles nouveauts. PARAGRAPHE. XX. Davantage, il y a je ne sais quelle sorte de bouts d'hommes, ayant les ames mal prpares ces enseignemens, lesquels ont de petites putains de fantaisies, qui les empchent de voir & entendre. Tels diront, comme faisoit hier un maquereau de l'antechrist: je ne sais que trouver ici de nouveau. Je savois bien cela; je l'ai vu autre part; je l'avois ou dire. Pauvre dfonc d'entendement, aval de la brague de raison, dchauss de cervelle jusques aux talons, fou mtropolitain, penses-tu pouvoir profrer quelque indiscrtion contre ce code de toute vrit? Ne sais-tu point que ceci est proportionnellement tabli plus de cinq cents ans avant la cration du monde? Te voil au rouet: tu n'entens pas ce problme. Aussi ne font plus sages que toi. Et encore tu oses gronder, hrtique que tu es! Es-tu plus que le roi, qui sait bien que, quand ce volume ne seroit point confr au public, il ne lairroit d'tre crit dans les ames des doctes, gravs dans les coeurs des savans, imprims dans les consciences des gens de bien, insculp s esprits curieux, & mis au net dans les entendemens des bonnes personnes, selon la minute qui en fut broche par les premiers peres. De l avient que, quand qui que ce soit s'est immisc, mettroit, ou se mettra en avant faire quelque chose de bon, il se trouvera tir & extrait, ou puis de cette source abondante en bndictions de fontaine doctorale. Croyez-le, si vous voulez: ou ne le croyez pas; si est-ce qu'il est bien ais de le croire, d'autant que vous croyez des choses de plus difficile croyance. Vous croyez fort aisment que vous tes habile personne; & possible votre voisin croit le contraire, & que vous tes une bte de haute graisse en dpit du carme. Mais avisez un conseil que je vous donne, pour parotre en perfection de finesse. N'allez jamais dner chez ces seigneurs, o madame dne part, d'autant qu'il y a l des matres d'htel du Levant. Ce sont Turcs; ils veulent faire mourir de faim les Chrtiens; ils vont vte en besogne. Otez-vous de-l; vous n'auriez pas le loisir de refaire votre nez. Quand je m'y trouve, afin d'empcher cette leve de plats, je demande boire quatre ou cinq tout la fois. Ceux-l ne peuvent aider lever, ainsi j'en attrape; puis je me venge sur le vin. Je ne parle pas de ceux qui ne soupent point. Il fait bon avec eux dner: attachez l votre ne; faites-y bonne chere; puis, aprs dner, faites bonne mine: tenez-vous roide sur le devant, comme une chevre qui pisse. Or, mes chers amis que j'aime de toute ma fressure, si vous avez affaire de quelque sujet, cherchez-le ici; & ne vous chaille des autres. Vivons & buvons, selon nos mrites. Il ne nous faudra point de bsicles sur les oreilles, pour nous dtourner le rhume; ni de cotton dans le nez, pour l'empcher. OCCASION. XXI. Un jour, Denost dnoit avec son prlat. On commena proposer. Il y avoit une belle langue de carpe, que monsieur donna Denost & son prochain assis; & dit: je vous la donne tous deux. Denost dit l'autre: Cornu, jouons croix ou pile, qui l'aura. C'est bien dit, dit Cornu; il ne faut pas la diviser. Denost tire un douzain, & dit: que prens-tu, Cornu? Cornu dit: je prens la croix. Et l'autre dit: & moi la langue; & la mangea. Un mdecin, qui toit de ceux qui savent tout, considroit cet homme qui avoit le nez fort rouge; & comme il eut divis avantageusement de sa science, Denost va dire ce mdecin: monsieur, vous qui tes si expert, me feriez-vous bien partir ces rougeurs que j'ai au visage & au nez? Oui d, monsieur: j'en ai bien effac de plus macules. Et combien me demanderiez-vous, pour ce faire? Deux cents cus. Par le saint sabre du castud, vous tes un affronteur, monsieur le docteur. Vous ne sauriez pour si peu, d'autant qu'il m'en a cot plus de mille, le rendre ainsi de haute couleur. Ecrivez ceci, vous autres petits coliers, en parchemin vierge. GALIEN. C'est une piti que d'tre tant de monde; on se ravit le propos de la bouche les uns des autres? Tantt on en parloit, & on me le fait oublier: mais encore, sur le renouement de propos, qu'est-ce que vierge? CORDUS. _Virgo est puella intacta_, vierge est une fille qui on n'a rien fait; mot mot, une fille non touche. GALIEN. Ha, ha, h, appelez-vous cela _intacta_? Une dame de Blois ne l'entendoit pas ainsi. On parloit d'un sien cousin qui toit dcd, & sa femme toit demeure _intacta_. Cette femme l'ouit, & dit que ceux qui le disoient avoient menti; que son cousin n'toit point ladre; qu'il ne tenoit point du tactac. HYPOCRATE. Venez , beaux conteux. S'il avoit neig un demi-pied d'pais, & qu' l'autre ct de la cour, sous ce relais, il y et une pucelle qu'il vous fallt amener ici, & la conduire huze huze, comme monsieur de la Hunaudaye, & le roi, comment feriez-vous, afin que les pas de la pucelle ne parussent point? CORDUS. Je ferois comme fit l'autre. HYPOCRATE. Et quel autre? CORDUS. Fils baise cul. PINDARE. Cela vous est aussi bien employ, que fievre en corps de moine: c'est tout un. Je ne lairrai de vous dire ce que je ferois. VIVES. Et quoi? PINDARE. Je la dpucelerois toute vive, ainsi que fit notre valet la fille de notre mtayer. Revenue au soir avec ses moutons, fut tance de ce qu'elle en avoit gar un; & sa mere la voulant battre, lui dit! va, mchante, va chercher ton ouaille. La pauvre fille, qui ne savoit o la prendre, s'en alla pleurant, & se mit sous un arbre. Ainsi qu'elle musoit trop, sa mere dit au valet: Jean, va-t'en qurir cette fille; va. Il y alla, & la trouva; il lui dit: Michelle, reviens la maison, ta mere le dit. Non ferai. Viens, viens. Aga, non ferai: je n'irai pas quand tu me devrois tuer. Si tu ne viens, je te tuerai. Je ne m'en soucie pas. Adonc il la prend, la renverse sur l'chine, lui carquille les jambes, se jette sur elle, & lui fiche au bas du ventre son couteau naturel, & la tue de la douce mort. Or , dit-il, je disois bien: oh viens cette heure. Non ferai. Et viens, Michelle, viens. Tue-moi donc encore un coup. VIVES. C'est donc ainsi que tu ferois? Si tu as bons reins, je le quitte. PINDARE. Ne sais-je pas faire de la poudre grimper? HYPOCRATE. S'il est ainsi, tu serois propre juger en hiver, qui sont les chnes mles & femelles. PINDARE. Dis-moi comment cela, je te prie. HYPOCRATE. Quand il glera le plus fort, mettez-vous tout nud contre un arbre; & si vous arsez contre, ce sera une femelle. PERION. Va, la gorge te coupe le col. PLUMITIF. XXII. A notre propos, a vous qui parlez des pucelles, comment est-ce que vous connotriez si une fille est pucelle? PLINE. Puis que ces doctes se taisent, je parlerai aussi. Je le sais pour l'avoir appris en Chalde, au voyage que je fis, du tems du pape Sixte, qui pria le roi de France de lui envoyer cinq ou six cents de ses quarante-cinq, avec une douzaine de drudes, lesquels me reurent avec eux, & allmes en ambassade en la Chine, o nous vmes ces hommes plus doctes. Il y en avoit un, qui toit moult vers s secrets. Il m'en conta, dont je n'avois onc ou parler. Il m'enseigna le moyen de connotre les pucelles, de la mme sorte que je l'ai dmontr au premier mdecin de la reine. Si vous le voulez savoir, prenez une fille bien faite, de quinze ans ou environ; mettez-la toute nue, & la faites tenir debout; &, vous mettant derriere elle, passez votre main gauche par entre ses jambes, & empoignez son cela, son con: (je m'bahis puis qu'il est une fille, qu'on ne dit, comme le Breton, qui prchant disoit: sera cette semaine grand-fte de Mari-Marjolaine; qui, quand fut petite garcette, prta son con; mais sera tant pri & plor, que de dieu lui fut pardonn: faites ainsi, mes dames; & vous ferez trs-bien pour votre salut.) Tenant ce con bien justement ferme & clos, vous avancerez votre main droite; & des deux premiers doigts vous ouvrirez le trou fignon, en loignant les fesses, puis l'ouverture capable: soufflez de toute votre force; si d'aventure le vent passe outre, & que vous le sentiez la main gauche, elle ne sera pas pucelle; autrement elle le sera. O gens de qualit, si vous ne mordez ces intelligences, faites-vous bien aiguiser les dents. J'en sais le moyen, dit mondit seigneur l'vque de Luon, le bon prlat; il ne faut qu'envoyer qurir le faucheur du notaire de mon chapitre. PROBLME. XXIII. A ce mot de chapitre, chacun prta l'oreille; sur quoi Simplicius dit tout haut: hol, messieurs, avant que passer outre, sachons que c'est que chapitre: oiseau, poisson ou bte. MADAME. Par mon ame, c'est bien dit. On en parle en diverses sortes. Je vous prie, cousin Zabarel, de nous l'enseigner. Adonc il empoigna la parole, & dit: chapitre est un corps, non corps; un certain compos dissoluble en ses lmens, sans dtraction d'aucun; chose merveilleuse, cause de tant d'habitudes diffrentes & semblables, dont uniquement & multipliquement il subsiste, tant homogene distingu en ce qu'il contient, & en ce qui l'tablit; une vraie arche de No, auquel elle symbolise incessamment; & ce qui le fait tre cela dont il est compos, sont plusieurs ttes, oreilles, yeux & culs, sans quoi on n'auroit aucune sance. On m'a dit qu'il toit avenu une grande aventure: c'est que, depuis quelque temps, il toit chapp, comme le lievre de l'arche, un certain petit consistoire qui sortit du chapitre imperceptiblement, ainsi qu'un atome, & est devenu grand, ayant dja fait plusieurs enfans. Je parle d'un petit corpuscule nomm _consistoire_. Je n'entends pas profrer ce que je dis, de ce grand & unique consistoire pere des chapitres. Paix, ce dit monsieur de Luon; vous vous jouez un dangereux monstre. Ecoutez mon histoire: mais je suis bien sot; il faut que je boive. Voil Multon, qui a t mon clerc, mes successeurs usent de secrtaires, d'autant qu'ils sont du monde; & nous n'en sommes plus: ce compere contera ce que je disois l. Multon dit: j'aime mieux me conserver, pour prcher demain, s'il y chet. Or l, mon pelaud, dit; tu sais ce qui avint, _in illo tempore_. Voire, monsieur. Il y eut un pauvre qui ouit votre sermon, quand vous prchtes que qui auroit deux robes, qu'il en donnt une au pauvre. Le pauvre, tout consol, vous oyoit avec une grande attention, tant merveilleusement aise. Aprs que vous ftes retourn au logis, le pauvre vous vint voir, vous fit une ample & grande rvrence, vous racontant qu'il avoit fort profit votre exhortation, dont il se consoloit du tout. Je suis bien aise, dites-vous, mon fils, que vous soyez si bon chrtien. Mais, Monsieur, dit-il, vous avez dit que qui auroit deux robes, en donne une au pauvre; je vous supplie me donner la plus mchante que vous ayez. O, ho, dites-vous, as-tu t au commencement du sermon. Non, dit-il, Monsieur. Ha, ha, rpliqutes-vous, si vous eussiez t au commencement du sermon, vous eussiez oui, _in illo tempore_, c'est--dire, en ce temps-l. Je prchois que cela se faisoit jadis, & non pour le prsent. Vere, voil bien dbut, c'est bien ce que je vous ai dit; c'est bien propos d'aiguiser les dents, que male meule te puisse moudre. Ho, Monsieur, j'y suis: ne vous couroucez pas; il ne se faut fcher qu' bon escient. Acheve donc; va; je te le pardonne, pour tout ce que tu as dit. Le mulet de monsieur le prsident ne laissera de porter la bue la riviere, tandis que monsieur sera au palais. Vous m'interrompez bien vraiment; je dirai, comme le bon homme Hauterove disoit, travaillant sa premiere femme: que j'enhane, ma mie! Je ne m'en bahis pas, ce dit-elle; vous travaillez d'un mchant outil. J'en aurois bien un autre, si j'avois de l'argent. Oui? Et combien faudroit-il? Environ cent cus. Qu'il ne tienne pas cela: je vous les baillerai demain. Quand il en eut ces cus, il va chez ses amis faire du feu & bonne chere, se rafrachissant gaillard; puis s'en revint, & coucha avec sa femme qu'il traita bien. Ho, ho, dit-elle, mon ami; cettui-ci est aussi bon que celui que vous aviez, quand nous fmes maris. Mais, mon ami, qu'avez-vous fait de l'autre? Je l'ai jett l, ma mie. En d, vous avez eu grand tort; il et t bon pour no'mere. MADAME. Je ne vis jamais tant sauter du coq l'ne. Que ne poursuivez-vous le propos? Je vous jure, par la semelle du meilleur escarpin que je gotai jamais, que ne vous commanderai jamais rien. Faut-il ainsi tergiverser dire ce qu'un vque vous commande de rciter? CICERON. Si j'eusse parl, j'eusse t bien marri, si on m'et interrompu. PERION. Il est ncessaire d'interrompre les prlats; par quoi on vous fait grand plaisir. Mais coutez tout bas; & je vous dirai une notable raison, qui est dans le livre imprim chez Eustache Vignon, intitul: _des prlats_. Il est besoin & utile d'interrompre un prlat prchant; parce qu'il lui faut beaucoup de temps se prparer, pour se paillarder bien dire. Taisez-vous tous, dit l'vque: ce petit bon homme ne sait o il en est. Il faut que je dduise l'histoire de mon aiguiseur. CARDAN. Laissons-le un peu dire; nous oirons quelque chose d'excellent; d'autant qu'il est plein de belles & bonnes paroles, comme sa mule a le ventre farci de noix de muscades. Il ne l'entendit pas: autrement il lui et sans doute pass le pied par l'paule: mais toit attentif ce rcit. ENSEIGNEMENT. XXIV. L'EVEQUE. Mon chapitre devoit, au jour de la solemnit S. Louis, Rome. (Si ce n'est ainsi: c'est tout un, puis que le reste est vrai. Voil le moyen de faire la barbe aux hrtiques, que d'accorder les textes. Dis que tu en as, huguenot: tu n'es qu'une bte, comme dit l'interprete d'Aristote, qui traduit, disant; _Aristoteles, au livre des btes_, parlant de l'homme & de la femme, dit, &c. Ce docteur toit sursem de doctrine comme une crevisse de morsures de puces.) Mais que devoit mon chapitre, ma petite glise reprsentative, mon pouse, qui toutefois est, comme je crois, adultere, d'autant qu'elle ne me reconnot point, & que je n'ai que voir sur mes chanoines, encore que je les fasse tels? C'est un pur abus. Voil, un jeune dsirant me flattera pour tre chanoine; il sera mon petit chien couchant. Est-il reu chanoine, il ne me connot plus; je n'ai que voir sur lui. Or bien, je leur pardonne ces privilges. Mon chapitre donc devoit un certain service de consquence, abondant & parfait; & le falloit expressment effectuer; (_perdonate mi_; je n'ose parler en termes piscopaux, cause de la compagnie, qu'il ne faut pas ennuyer) & le terme de ce service choit dans six ou sept jours, ainsi que la bulle le portoit. (Il y a quelque docte qui a lu, _tranoit long comme la gane d'une faux, ou l'tui d'une lance_. Foin, que l'on ne m'interrompe point: j'y vais assez: je souhaite, pour vous faire sages, que la premiere mouche qui vous piquera, soit un petit diablotin tout clos de frais.) Et si, par fortune, selon les pactes & conditions, il ft manqu aucun de ce service, on et emport, comme par droit de rgale, tout le revenu annuel de mes chanoines, le mien except, cause des privilges & saints abus, qui nous sparent de corps & de biens. O, ho, quoi taisez-vous; attendez; je n'entends pas du corps mystique. Comment? quoi, d, quelque fripon mouleroit un benot dvolu sur mon bnfice, & me voil constip. CICERON. Quelle phrase de parler est ceci? O pauvre homme, si tu savois combien il y a de sortes de bnfices, tu ne serois pas sitt offens. Sachez qu'il y a bnfice papal ou ecclsiastique; bnfice de prince; bnfice d'inventaire; bnfice d'ge, & bnfice de ventre. L'EVQUE. Je ne veux pas tre dpourvu. Je me veux tenir au gros du chne, ainsi que fit le notaire du chapitre, qui, sachant cette affaire, la proposa en tems qu'il n'y avoit plus de remede. Les chanoines aviss de ce faire, on vit chapitre monologiquement troubl, & tellement tonn, que godronnant sa mine de toutes sortes d'opinions, ne sut que rsoudre, sinon se proposer un jene d'un an. Quelques lirepons furent d'avis par dpit, pour obvier tel mal ci-aprs, qu'on lt un contrleur de chapitre, & que les chanoines y avisent. Comme le prsident conclut, voil le notaire qui, avec une sainte & pieuse exclamation, va dire: voil, certes, une belle conclusion de mes fesses! (Il leur fut avis qu'il avoit dit de _messieurs_.) Vous ne remdiez pas mal; c'est o il faut travailler, ou faire de repos pitances. (Je sus ce discours par mes commenaux, qui me rapportent tout, ainsi qu'on fait autre part.) Mais, messieurs, j'ai pens un moyen pour vous sortir de peine. Vous savez que, dieu merci dieu & vous, j'ai l-bas une petite cassine, au bout de votre grande pre qui est sur la riviere, vis--vis des fentres du palais piscopal. S'il vous plat me donner le fonds de ce que pourra faucher en un jour un ouvrier que je vous prsenterai, je vous rendrai quittes de ce que vous devez Rome. Et si vous pensez que ce soit petit semblant (ce que je ne voudrois commettre, en lieu tant saint, & membre spcifique du concile qui ne peut errer) je vous baillerai caution & plge de dix mille cus, sans le bien de notre femme, & c'est cette heure qu'il se faut rsoudre, ou tout quitter, vu que le temps presse. Ayant dit, il sortit; & messieurs les capitulans ayant symbolis sur cette affaire, conclurent de le prendre au mot du guet, considrant que c'toit le profit de la compagnie. Il y avoit une de mesdames les dignits, qui vouloit mettre empchement. Mme un jeune chanoine de sa faction dit tout haut: messieurs, il y a six ans que je suis chanoine, moi indigne comme les autres; mais je ne trouve pas de got en cela. A la fin, aprs beaucoup de telles foutimasseries capitulaires, il fut rsolu que l'on contracteroit avec le notaire, & que commissaires, pour cet effet, iroient faire l'accord: & afin ( saintet ample) que la postrit n'y trouve de l'inconvnient, il fut dit que la conclusion en seroit mise entre celles du chapitre tenu un mois devant, de peur de scandale & de honte; selon quoi, & non autrement, il est permis de faire des faussets aux statuts & registres. Le tout accord, fut passe prvarication, (je cuidois dire _procuration_; voil comment les belles paroles nous croissent en la goule) & fut donn tout pouvoir audit notaire, pour bien & dement faire le pnitent. Aussi-tt ce notaire ne fut plus notaire au pays; il n'avoit que trois jours pour faire ce qu'il avoit promis; & dlogea aussi vte que la natte d'un passementier frais mari, allant train magnifique, comme la mule du pape. A quinze ou vingt jours de-l, revint le notaire aussi gai, petou rsolu, comme une brebis tondue, & se vint prsenter chapitre avec bon & entier certificat de sa ngociation. Et comme il avoit lgitimement, profitablement & catholiquement accompli le tout, selon l'intention de la bulle, au profit des chanoines & davantage, pour viter aux frais futurs, il avoit fait march avec les _fratti ignoranti_, (je n'entends pas bien le grec) lesquels s'obligerent toujours d'acquitter ce qui toit quitable. Ce qui tant reconnu vrai (comme on le peut aviser, si on n'est autant aveugl de visage que du cul) le mutuel contrat du chapitre & du notaire tant vrifi & calfeutr de toutes les faons ncessaires, il fut dit au notaire que, fnaisons tant venues, il auroit ce qu'il avoit acquis, le temps chu. Mes chanoines, (je ne sais s'ils sont moi ou au diable; mais je les nomme tels, _honoris grati_, pour conserver notre institution en dpit des hrtiques) me supplierent de leur prter ma salle, pour, des fentres, avoir avec moi le plaisir du faucheur notorial en fnaison. Un lundi matin, qui toit le jour abut, nous tions tous regarder, ayant djen joyeusement de bonne buglose, le soleil tant assez haut, que le notaire vint sur le pr avec un petit homme ramass, qui portoit sa faux en-dehors. (Il ne l'avoit pas comme mon mtayer, qui, ayant sa main sur son col, & passant sur une planche, avisa un gros poisson, qu'il cuida frapper du bout de la lame de sa faux; pourquoi faire, il s'effora de si grande roideur, que la faux lui trancha le cou, & la tte alla en bas, dont il se trouva merveilleusement tonn; aussi toit-il temps, tmoin le proverbe qui en fut fait, _il ne se faut point tonner, que l'on ne voie sa tte bas ses pieds_. A, a, si ces docteurs fussent venus ici apprendre, ils eussent t bien plus savans: cette recherche vient de mon entendement; regardez mon doigt mon front, considrez mon entendoire, & notez les signacles.) Le petit faucheur quarr tant arriv, se mit travailler. Il ne donnoit trait de faux qu'il n'abbatt un quart de charte de foin ou plus, tant il s'tendoit: & qui plus est, il ne s'amusoit pas battre sa faux; mais quand elle ne tranchoit point, il la passoit sur le long de ses dents, & cela faisoit frooooococ. Ainsi il gagnoit temps, si qu'en moins de dix heures, qu'il fut sans boire & sans manger, il faucha plus de la moiti de la pre. Le notaire voyant qu'il avoit plus de soixante arpens de fonds, le fit arrter, lui prsenta un flaccon plein de vin d'Orlans tenant quinze pintes, qu'il avala tout d'un trait, & le vaisseau aprs. Adonc le notaire lui mit un doublon d'Espagne & deux angelots d'Angleterre, & trois vieux cus Franois, avec un daler d'or, & trois moutons la grande laine, six sicles d'or, & douze mdailles antiques de fin argent tenant d'or & le renvoya. De-l en avant, le notaire a joui de la part de la pre, & ses hritiers aprs lui, le reste appartenant aux chanoines jusques cejourd'hui, s'il n'y a faute au brviaire. Le joli faucheur n'avoit pas tant d'outils que les autres, qui ont une grosse gane de bois, o ils mettent rafrachir leur coux, comme un prpuce en une grille de couvent fminin. Voil comment ce faucheur s'en alla gai & droit, sans tourner ne l, comme vous irez en paradis. Que si vous desirez savoir o il alla & qui il toit, allez aprs, tandis qu'il fait beau. DEMOSTHENE. Voil un brave notaire! Il entendoit les critures. EUCLIDE. On parle tant de cette intelligence d'critures: qu'est-ce que c'est? RSULTAT. XXV. En bonne d, je ne sais si on ne le nous apprend. Voil Toustat, qui en diroit bien quelque chose s'il vouloit; il a longuement travaill recouvrer la lumiere de vrit: il en a une pleine lanterne. BUDE. Je ne saurois ouir parler de lanterne, que je n'aie le coeur tout gai, cause d'une que j'achetai l'anne passe la foire de Fontenai. Je ne fis pas un petit acqut, d'autant que je crois qu'elle est demi sainte, vu le marchand qui me la vendit. CICERON. Dites-nous donc un peu cette aventure lanterniere. BUDE. Je le veux, la charge que vous le tiendrez secret, parce que je suis un peu souponn de la huguenottet; & que pour ceci, il pourroit avenir de la dispute entre nous & nos bons comperes les Suisses, qui veulent que cette affaire soit de leur pays, avenue en la paroisse du sieur Tarould de Vautravers, en la comt de Neuf-chtel. Le colonel Galati le racontant au roi, en juroit & affermoit la vrit, la protestant sur sa braguette: & moi je ne veux point de disputes; j'en parle au vrai. Il y avoit un certain M. de la Tour, ministre en ce Poitou, lequel, par hazard, comme le diable est subtil sduire les enfans de dieu, ayant avis une belle femme qui ne lui appartenoit pas, & qui avoit pere & mere, il la convoita, suivant l'intention du canon 17 du 1174 concile, qui dmontre que la fille d'autrui n'est point dfendue: parquoi il la besogna toute vive. J'eusse pu dire: oublia son devoir & sa charge, si que induement, il l'accoutra naturellement, charnellement, & comme vous pourriez dire, individuement, pour l'instant de la conjonction rciproque & mutuelle; mais je hais ces paraphrases: il faut donner dedans; il commit adultere. Ce qu'tant connu du consistoire, il fut corrig & averti fraternellement, dont il ne tint compte, parce qu'il continua tellement, que le scandale fut grand, & fut pass par les consistoires, puis par le synode, & enfin dpos, comme un pot en tas; & lors fut invent le jeu _au ministre dpouill_. La triste condition de M. Jacques de la Tour le mit presque au dsespoir: toutefois il eut meilleur coeur. Il ne voulut pas se donner au diable aprs son ne, ni jetter le manche aprs les courges, comme font les petits garons qui fouettent le sabot; mais s'avisa de trafiquer & faire profiter si peu d'argent qu'il avoit de ses commodits passes. Il se mit donc faire la marchandise, & profitant un peu, il fut affriand de venir aux foires. Ainsi il se trouva celle de Fontenai, avec beaucoup de marchandises; & entr'autres grande quantit de lanternes. Nous y fmes avec bonne & joyeuse troupe de gentilshommes du pays. Me promenant, j'apperus ce marchand, & le considrai fort, parce qu'il m'toit avis que je l'avois vu autre part. Je le dis aux autres, qui de mme en pensoient comme moi. Ainsi que nous doutions, & le trouvions de bonne faon pour un lanternier, & que dja nous nous tions entredit qu'il ressembloit au ministre dpos, il s'apperut que nous le regardions. Alors approchant, le Fouilloux lui demanda: mon matre, mon ami, n'tes-vous point parent de ce ministre, qui fut dpos l'autre synode Adonques, sans s'mouvoir, il dit: c'est moi qui suis celui que vous dites. Et pourquoi? Et comment est-il avenu qu'aujourd'hui vous tes marchand de lanternes? O, ho, dit il, & pourquoi non? Je vous les ai autrefois prches; maintenant je vous les vends. Cela fut cause que j'en achetai une, parce qu'elle venoit de telle main. Il ne se peut qu'elle ne soit ou ne devienne lanterne cabalistique ou archimistique. BADIUS. Tout beau! vous blasphmez en deux intentions. Ce grec vous trouble. _Cabalistique_ ou _cavalistique_ ne vient pas de cavalerie. Il ne faut donc pas parler d'nerie qu' propos. Davantage, il convient dire sobrement, discourant des lanternes, pource que lanterne se prend souvent pour lumiere ecclsiastique, comme grue pour vque: tmoin Cassander, en son recueil qu'il a fait des comparaisons, au titre _du moyen d'accorder les religions_, nommant le premier ministre de Strasbourg, _le grand lanternier d'ubiquit_. BUDE. Or vous parlez selon votre intelligence; & m'accusez bientt: c'est ce froc qui vous chauffe. Si vous tiez mon ami, je dirois: qui vous rend impudent & intolrable. Et de fait, prenez le plus simple homme du monde, qui soit honteux, comme une fille de chambre qui a chi dans sa chemise; jettez-lui un froc sur les paules? vous le verrez incontinent devenir hagard, hardi & effront. Mais, l'ami, je vous pargne; la doctrine vous a civilis. BADIUS. Puisqu'il est question de tout dire, cause que nous sommes ici en vrit, comme ceux du monde sont en faux, il est ncessaire de confesser que vous avez raison; votre chevau baille. BUDE. Ha, ha, _chevau_; vous ai-je achet pour me mordre? Or bien il y avoit, de mon tems, (vous savez que j'ai t nourri page au couvent de Cormeri) un personnage de Tours, qui nourrissoit un sien fils tant sage, humble, doux & retir que merveilles. Il toit sons cesse genoux, & n'y avoit moyen de le distraire de sa dvotion. Son pere, qui l'aimoit, ne le vouloit aucunement contraindre; mais le gratifioit en tout. Parquoi, le voyant de ce naturel, sa requte, (je dis de ce fils) il le mit moine chez nous. Il n'y fut pas deux mois & demi, trois jours & sept heures, qu'il ne devint pire qu'un diable. Il fut tout mtamorphos. Il frappoit l'un; il poussoit l'autre; chioit en notre chemin, pour nous faire tomber; vomissoit, pour nous dcourager; petoit, pour nous faire rire; faisoit la grimace durant le service, pour nous faire rougir; se levoit tard, pour nous faire enrager; faisoit le rabas toute la nuit, pour faire miracle: bref il devint si insolent, que, contraints, & n'en pouvant venir bout, en avertmes le pere, qui le vint voir, & lui remontra sur ce qu'il avoit chang de vie, qui autrefois toit tant douce & humble. Attendez, dit-il, mon pere; je reviens vous. Il va prendre un mouton mignon, qui toit au prau, & l'enveloppa de son froc: puis vint son pere, & le lui montra. Ce mouton bondissoit, sautoit, faisoit l'enrag. Et bien, mon pere, que dites-vous de cela? J'tois jadis un mouton, comme celui-l; aujourd'hui j'ai le froc, qui me fait ainsi petiller. Et bon jour; pourvoyez-y. GORREUS. Vraiment, frere, ce discours m'a autant fait rire, que me fit ma lanterne intellectuelle, propos de celle de notre ami; & croyez-moi que j'en ris de bon foie. FERNEL. Pourquoi d'aussi bon foie! GORREUS. Parce que, selon votre doctrine, au livre _de abditis rerum causis_, o vous deviez mettre _effectis_, d'autant que vous ne parlez aucunement des causes, mais des effets, il faut considrer cette belle vente de foie qui palpille imperceptiblement, & excite les mlodies de la joie, d'autant qu'il fait dsirer le dner, & le rire, tant les orgues de liesse. Partant, ayant le foie doucement relev, je ris encore de ma lanterne, dont l'occasion fut. Je fais ce conte pour les pdans, afin que chacun trouve ici de quoi pour soi, & que tout le monde connoisse, & sache qu'il n'y a rien d'oubli, s'il n'est trop ceci ou cela. LIVRE DE RAISON. XXVI. J'enseignois, en ma maison, des jeunes gens, lesquels je faisois dgrossir par Glareau. Un jour, que ce prcepteur n'y toit pas, il avint que, sans y penser, je surpris ces enfans jouant. A l'instant qu'ils me virent, chacun d'eux s'en fut son livre. Il y en eut un que je choisis, d'autant qu'il toit Breton, & avoit jett la vue sur son livre. Je lui dis: _quid agis? Studeo, domine. Quid? Lectionem._ Or , o est cette belle leon? _In oratione pro Muren._ Voil qui va bien: or sus, qu'est-ce dire _Murena_? Il se leva, & tournant son bonnet sur les doigts, le rouloit, en songeant creux, comme une pinte bride; il avoit les yeux jusques dedans l'intention. Je lui commandai de se tenir coi, & de rpondre hardiment cela. Il se tint joint comme une pantoufle neuve, coutant si quelqu'un lui souffleroit au cul; comme de fait, il y en avoit un, qui, lui bourdonnant de loin, l'avertissoit, & lui disoit un mot qu'il ne pouvoit tout comprendre, il n'en oyoit qu'une syllabe, encore qu'il y apportt une ferme attention, pour l'unir au reste. Ce souffleur lui crioit tout bas: _une lamproie_. L, dis-je, hardiment. Toujours prtant l'oreille, il me dit, en coulant sa parole corde avale: _une lan_. Achevez, courage, dites assurment. Lors le pauvre petit, qui n'avoit pas l'intelligence plus aiguise qu'un fallot, va dire tout haut: _une lanterne_, _domine_. DE CUSA. Est-ce l cette belle lanterne, qui nous doit clairer? Sera-ce elle, qui nous apprendra l'intelligence & solution de ce qui est propos de l'excellence des critures? LINACRE. M. le cardinal, les Bohmiens s'en recommandent vos bonnes garces, (j'ai la langue fourchante & andistrofante; je dis _graces_) pour l'amour d'eux avec votre congel, (j'ai cuid dire _cong_; comme Busbeckius Allemand, qui, disant adieu la reine d'Angleterre, voulant le dire en franois, profra: mon dame, je prendre congel). Je vous dirai que tout sera su; faisons un peu renfiler le discours, & rveillons ce bon homme, qui n'y pense plus. TOSTATUS. Vraiment, je vous coutois. Mais, puisque j'y suis remis, sachez, s'il vous plat, qu'aprs, ou aussi-tt, ou environ le tems, (ce fut, quand ce fut) que le concile de Trente fut publi; je ne dis pas celui de monsieur le Grangier, qui est intitul _le concile de xxx_. BUCANAN. Je vous prie, ne parlons ni en bien ni en mal des ecclsiastiques; laissons-les l sans les draper, comme les hrtiques qui ne savent faire un bon conte, s'il n'y a quelque moine, prtre, ou ministre sur le mtier. Si, bien; je voulois dire _les rangs_. Vous voil bien ahuris, pour une parole. RUFIN. Laissez part ces remontrances. Nous sommes ici en libert. Nul ne parle cans pour scandaliser, mais pour difier & corriger, s'il est besoin. Et de fait, ces prceptes tant beaux, & ces enseignemens si justes feront plus de gens de bien, que tous ces sermons ensemble de ces fagoteux d'loquence, qui, sous ombre d'tre humbles, avalent la gloire, comme un Allemand, qui, par humilit, fait carroux contre deux Suisses. MACROBE. Or l avant, n'pargnons personne; aussi bien tous ont failli. Les prtres ont accus Jsus-Christ; les gens de justice l'ont condamn; les ministres l'ont fouett; le peuple l'a injuri; les passans se sont moqus de lui; les gens-d'armes l'ont crucifi. Il n'y a que les pauvres femmes qui l'ont pleur, & ainsi ont trouv le moyen de parvenir, sans quoi elles seroient trop dvergondes. Pour mieux faire, laissons tels sophistes au diable: aussi bien, il y a de nouveaux imposteurs qui disent que ministre signifie _boureau_. Ainsi il n'y aura que le pape qui ne soit boureau, cause que, comme il est en nos heures, celui qui rpond la messe est dit ministre: par-l, il n'y auroit vque, prtre, ni clerc, qui ne ft de ce beau mtier. RUFIN. Acheve, mon petit compere, acheve; tu eusses t pape, sans que tu avois t mari deux veuves. TOSTATUS. Taisez-vous donques, & me laissez dire. Es pays du roi d'Espagne, o l'on parle franois, demeuroit messire Imbert Chapotel, prtre, qui avoit de beaux & grands bnfices: entr'autres, il tenoit le prieur de St. Commode, dont il falloit qu'il se dft, parce qu'il n'toit pas animal susceptible de tous bnfices compatibles & incompatibles. PROCLUS. Quel animal est-ce? PANORME. C'est un cardinal: dieu sauve la chrtient. PROCLUS. Et qu'est-ce que vous dites? PANORME. Poursuivez. TOSTATUS. Il sentoit une future grande incommodit, de la dsaisie de ce prieur tant bon, & qui lui aidoit & aux siens faire commodment la soule, pour donner le reste, dont il n'avoit cure, aux pauvres. Et de fait, il toit aussi libral que notre vque, qui donnera plutt un cu une garce, qu'un denier un pauvre. Or ce qui est bon prendre, n'est point bon rendre. Les hrtiques disent au contraire: h, pauvres btes, qu'y a-t-il au monde de plus fcheux, que de rendre? Donc il toit fch de se sparer de ce bnfice, bien qu'il ft la moindre de ses pieces: & de fait, il et t un grand sot, voire un archisot, s'il se ft dfait du meilleur, & encore plus sot par nature, voire par toutes les quatre clefs de musique. ORLANDE. Vous errez, monsieur le thologien de beurre; vous fondrez sur le moine i. le rchaux. Il n'y a que trois clefs en la musique. MACROBE. Qui m'a amen ce chantre dans la seconde chambre d'enfer? Va, bestiau mon govial; sais-tu point que l'glise ne peut faillir? Se peut-il faire que vous, qui avez tant bu en Allemagne, depuis que j'en suis parti, ne sachiez pas les clefs de votre mtier. Allez l'cole; & sachez, apprenez, entendez & notez, comme monsieur de Beze me l'apprit, que la quatrieme clef fondamentale des trois clefs communes, de la divine douce, humaine & sainte harmonie, est la bonne clef de la cave; c'est la sainte & harmonieuse clef, c'est la fidele & parfaite. Mais c'est assez, il faut tenir secret le reste, que ces enfans de choeur n'aillent tout boire. Or un jour, une nuit, un soir, un matin, (c'est le commencement d'un conte. Ainsi disoit ma cousine ma tante, dites-nous un conte. Et bien, dit-elle, je le vous dirai. Un jour il avint que ma mere grande nous fit un conte de Robin mon oncle, qui chia l'tre; sa femme y tte, pensant que ce ft pte, trouva que c'toit merde, mche. PARABOLE. XXVII. Eh bien!) un jeune colier pourvu assez honntement s ordres & lettres, prvoyant sa fortune, sut la future dfaite du prieur; par quoi il va s'adresser messire Imbert, devant lequel, ouvrant la bouche, il dcliqueta de la langue un beau petit paillard discours, regrat sur le droit de biensance & de devoir, & lui manifesta son intention, qui toit d'avoir & obtenir le bnfice, s'il lui toit agrable. H bien, mon ami, dites-moi premirement, tes-vous prtre? Oui, monsieur. Or donc, messire _alterutrum_, il vous faut our parler. PLOTIN. Pourquoi l'appelloit-il _alterutrum_? DURANDUS. Parce qu'il est crit: _confitemini alterutrum_, c'est--dire, confessez-vous au prtre. MAROT. Si j'avois dit cela, je serois gt, ainsi tout est permis aux docteurs. GENEBRARD. Foutin, laissez dire ce docteur, ou vous en allez faire brler en Espagne. Vraiment vous avez tort, vous ennuyez ce pauvre homme par vos interruptions; il en est si dpit, qu'il en retort les mchoires, comme un official fch. TOSTATUS. Je pense que vous ne me tenez pour quelque dictateur de moutardier. Or, coutez-moi, ou prenez le chemin d'aller tous les diables. Messire Imbert oit la requte du prtendant, duquel ayant savour les propos avec les oreilles, lui dit: je ne puis mettre ce bnfice entre les mains d'aucun, s'il n'entend les critures, afin qu'il en soit trouv capable. Pour donc savoir si vous entendez les critures, dites-moi qui toit le pere de Melchisedech? le clerc rpond: monsieur! Saint Paul montre qu'il toit sans pere, sans gnration. Ha, ha, ha, dit messire Imbert, lourdaut mon ami, je sais cela avant vous; rpondez ce que je vous demande. Je ne le sais pas. Aussi n'aurez-vous pas le bnfice. Cettui-ci s'en alla; & en vint un autre qui en avoit ou parler. Ce nouveau venu toit dsal, comme le commis d'un banquier. Il vint devant messire Imbert, lui faisant la discrete demande, pour obtenir le prieur de S. Commode. Messire Imbert lui fit la question: entendez-vous les critures! Oui, monsieur. Qui toit le pere de Melchisedech? Alors le clerc dit, Gratian le dmontre aisment comme cela, disputant contre les simoniaques. Ce que disant, il tira de sa pochette droite une belle bourse, o il y avoit cinq cents cus en or, & ce en bons termes. Donques, monsieur; voyez ce symbole philosopho-prophtique: voici le pere de Melchisedech. Et faisant de mme de l'autre main; tire de sa pochette encore une autre bourse pleine de beaux cus au soleil, & dit: voil la mere. Et afin que vous sachiez qu'il est vrai, mettant main droite en son sein, tira quelques soixante cus, & profrant, en les coulant vers la chambriere qui toit au bout de la table, comme celles des chanoines ont accoutum: ce sont ici les enfans. Ha, ha, ha, dit messire Imbert, c'est pratiquer la quatrieme figure de dialectique, en dpit de Galien. Et bien, dit le clerc, monsieur mon bienfaiteur, mon bon Mcnas, n'est-ce pas faire un diadme de racines de chaussepied, que de parler ainsi ces sots? C'est _docere_; c'est expliquer le latin du chapitre _recitas docendo_. i. qu'il soit reu en payant. Et bien, mon bon ami, dit messire Imbert, il faut que tu aies le bnfice. Vraiement vous tes docte; vous tes en danger d'tre un jour, pape. Vous aurez le bnfice; votre doctrine vous l'adjuge. Il ne faudroit, la vrit, que vous seul, pour faire tomber toute thologie en dmonstration, en dpit de Raimond-Lulle. Que nous serions heureux, si on rsolvoit ainsi tous argumens! Nous serions incontinent d'accord; toutes hrsies seroient englouties. FEN. XXVIII. Quand tout est dit, vpres sont dites. Nous tions en grande pense pour une telle affaire, & ne savions qu'en juger, sans l'Escot, qui nous ta de peine, nous prouvant que c'est un bienfait mritoire, bailler de l'argent pour avoir un bnfice: _primo_, d'autant qu'on n'en donne plus; _secundo_, on baille de l'argent un matre, pour le servir; _item_, on s'incommode pour se chtrer, & c'est le poinct du mrite parfait. BACON. Le chapelain d'une Angloise se fit Chtrer, parce que l'on avoit opinion qu'il la travailloit. En aprs, on tire sa pnitence, d'autant que l'on jene pour en ramasser d'autres; & c'est ici le poinct d'honneur que messire Imbert entendoit fort bien; comme tant des plus grands thologiens; & de fait il toit carme dispens. DE CUSA. Et pour tre carme, qu'en est-il? BACON. O, ho, & ne savez-vous pas qui sont les plus excellens thologiens? Ne sont-ce pas les carmes, comme dit le sage Caton? _Si deus est animus, nobis ut carmina dicunt_. _Carmina_, sont les carmes qui parlent de dieu: ergo, il est vrai. Il y eut un docteur en notre compagnie, qui voulut se formaliser; & jurant, il cumoit comme un verrat. Nous, qui voulions la paix, le fmes bravement sortir. Soeur Jeanne en fut si aise, qu'elle en rit encore, & nous dit: que je suis aise que ce gros coquebin l est hors de cans! VARRO. Quoi, belle dame, & qu'est-ce que _coquebin_? SOEUR JEANNE. Ce que les Tourangeaux appellent _coquebin_; les Angevins le nomment _jagois_, & Paris les femmes le huchent _bringuenel_. VARRO. Quelle sorte de personne est-ce? HERMS. On nomme ainsi ceux qui n'ont point vu le con de leur femme, ou de leur garce. Le pauvre valet de chez nous n'toit donc pas coquebin; il eut beau le voir. VARRO. Quand? HERMS. Attendez. Etant en fianailles, il vouloit prendre le cas de sa fiance: elle ne le vouloit pas; il faisoit le malade, & elle lui demandoit: qu'y a-t-il, mon ami? Hlas! ma mie, je suis si malade, que je n'en puis plus; je mourrai, si je ne vois ton cas. Vraiment voire, dit-elle. Hlas! oui, si je l'avois vu, je gurirois. Elle ne le lui voulut point montrer. A la fin, ils furent maris. Il avint, trois ou quatre mois aprs, qu'il fut fort malade; & il envoya sa femme au mdecin, pour porter de son eau. En allant, elle s'avisa de ce qu'il lui avoit dit en fianailles. Elle retourna vtement, & se vint mettre sur le lit; puis levant cote & chemise, lui prsenta son _cela_ en belle vue, & lui disoit: Jean, regarde le con, & te guris. Mais que devint ce docteur! Nous le chassmes & envoymes tous les diables, o il trouva des soldats qui lui firent comme nous fmes faire au diable de S. Martin de Tours. LE TREVISAN. Que lui fit-on ce pauvre diable? HERMS. Je m'en rapporte au vieil chantre de leur glise, qui eut la commission de le faire chtrer. VARRO. Dites-nous ce que c'est, de grace. HERMS. Voil messire Gilles, qui est dignit de l dedans; qu'il vous en fasse le conte. CHAPITRE GNRAL. XXIX. Tous l'en prierent. Adonques il dit: belles penses, gracieuses cervelles, nous sommes ici comme chez le roi Assuerus. La libert nous sert de guide, comme la senteur pour aller au retrait; chacun dit & fait ici ce qu'il veut & peut. Mais avant que passer outre, dit le bon homme Scaliger, pourquoi est-ce que, quand quelqu'un s'en est fui, on dit, _il a fait gille_. PROTAGORAS. C'est parce que Saint Gilles s'enfuit de son pays, & se cacha de peur d'tre fait roi. EPAMINONDAS. Oh, de par plus de cinq cents mille cornes de cocu, j'aimerois mieux tre roi qu'hermite. Et quoi, il y a tant de gens qui se donnent au diable, poil & tout, pour devenir grands, & il y en a d'autres qui, sous le voile de religion, faisant un affront la fortune, contristent le bonheur! Foin, je ne passerai point outre; je ne me rendrai jamais en communaut que de princes & grands seigneurs, d'autant que je n'ai point le coeur la caimanderie. J'en sais bon gr ce bon cordelier frere Hugonis, qui au commencement de l'tablissement des capucins, se fchoit de leur future pauvret, & tout en colere, nous dit: si nous, qui avons le diable au corps, ne pouvons vivre, que feront enfin ces pauvres gens? MESSIRE GILLES. Or sus: c'est assez, paix, vous en diriez trop; vous ne vaudrez jamais rien. EPAMINONDAS. Pour le moins, je suis aussi bon qu'une femme. MESSIRE GILLES. Oui, qu'une mauvaise, c'est tout un. Elles sont toutes bonnes: si elles ne sont bonnes dieu, elles sont bonnes au diable. Or paix, encore un coup, coutez. Des personnes de bien avoient fait faire une image de saint Michel en notre glise; en quoi le sculpteur avoit suivi la commune opinion des autres, ayant fait l'ange en vrai ange, & le diable comme un vrai diable d'enfer; mais parce qu'il n'toit pas bien inform des rsolutions de nos docteurs, il commit hrsie; quoi sont sujets les pauvres sculpteurs, peintres, libraires, orfvres, & tels gens qui savent tout. J'excepte ceux qui ne s'accotrent guere de religion, lesquels sont pour l'enfer. Cet ouvrier fit saint Michel couvert en endroits douillets, ayant une cotte-d'armes, & ses bonnes ales des ftes, & un gros bton de la croix, aussi gros que celui de Cteaux: & sous ses pieds toit couch le diable tout nud, qui n'avoit que le cul les dents & les griffes: c'toit bien pour faire miracle. Il falloit plutt armer le diable de toutes pieces, l'avantage, l'preuve du canon, ayant la porte-piece, le haut appareil, bref tout le fait, ainsi que les preux arms la payenne; & faire l'ange tout nud, avec une robe de _Quasimodo_. Je ne suis fch que d'une chose; c'est que l'ange ne tut le diable tout tu. Quoi! de laisser aller tel ennemi sur sa foi? Je n'aurois garde si je le tenois. Or, l'ouvrier, pour n'avoir tudi qu'au ciseau & au maillet, alloit suivant le grand chemin, comme un beau jeune plerin qui revient. Le diable, comme vous savez, toit couch sur les reims, & levoit les jambes en haut, si qu'il montra son compos de deux grosses fesses de provision. SILVIUS. Etoit-ce plate peinture, ou bosse? MESSIRE GILLES. Que vous avez la tte dure! Ne vous ai-je pas parl d'un sculpteur? (Si j'eusse dit comme la reine des pois pils, vous eussiez eu occasion. Un jour cet ouvrier toit chez elle, & m'en parlant, elle me dit: j'ai cans le meilleur _culteur_ du monde). Je vous dis que cette figure toit en bosse, & non si grande que ne l'eussiez bien porte; savoir l'ange entre vos bras, & le diable votre cou. Ce diable, se dfendant, paroissoit cul vu, & montroit deux gros dintiers, comme pommes de caspendu, en la forme de beaux gros couillons pourtraits de naturel. Un jour que le vieux chantre de l'glise dnoit chez moi, le baron notre ami lui fit la guerre de ce diable endidime, qui toit chose moult honteuse voir aux yeux dlicats de ces pudiques filles. Le bon homme rioit, & remarquoit ce qu'il lui disoit; & si bien, qu'aprs tre sorti, il alla l'glise voir s'il toit vrai. Ayant vu cette vrit, il fit assembler la compagnie, remontrant que les hrtiques auroient occasion de contaminer le prtoire, si on ne prenoit garde ce dont il faisoit plainte, sur le sujet des trbillons de ce diable. Le tout fut remis au prochain chapitre, auquel, le fait vrifi, commissaires, dont il fut l'un, furent nomms, pour monocordialement, selon la conclusion, chtrer le diable. Le bon homme fut avou des autres; ainsi il se transporta, ds l'aprs-dne, sur le lieu, & mit excution la charge, menant le sculpteur sur le lieu, faisant entendre l'intention de messieurs, en lui interprtant la clause de la conclusion, laquelle toit en latin de chapitre, en ces mots: _coupibus couillibus rasibus du culibus diabolus_. Et cela entendu, lui dit: frere mon ami, faites votre tat. L'ouvrier sarcla ces horribles verues, qui exhorbitamment faisoient dmanger le cul au diable; lequel par la rale, non huguenotique, mais catholique apposition du ferrement, fut visiblement, non imaginairement, chtr, sen & couill, au grand prjudice de toute la race diabolique. Je vous assure que les cicatrices y sont encore, & y paroissent oculiquement. Et de cette aventure-l, est avenu qu'on appelle cette heure ces esprits-l _pauvres diables_; & de fait, est bien pauvre celui qui n'a plus que ces tristes tmoins, & on les lui te. Mais de ceci, comme dit Herms Trimgiste, est avenu un grand malheur. C'est que tels diables ne peuvent plus engendrer par le bas; partant ils engendrent, cette heure, par le haut toutes les mchantes opinions & hrsies qu'ils vous font concevoir en vos ttes. La chambre de l'dit ayant t importune de ce dsastre, avisa, du tems des aptres, remdier ce malheur, afin de contenter les diables en forme de reprsailles; tellement que par accord vrifi s chambres impriales, avec le consentement des Vnitiens & du pape, on bailleroit aux diables de manufacture les couillons d'infinis gros couillaux, qui vivent de l'ombre du crucifix, aussi bien ici qu'en Angleterre. C'est une belle vie, d'autant que leur viande est visible, & non palpable, viande qui grossit ou amenuise, ce qu'on dit. Mais je n'en crois que le vrai, qui est que, sous cette ombre, il y a de gros coqs d'inde & telles viandes, que l'ombre cachant, on ne nomme que l'apparence. Ainsi les pauvres gens vivent d'ombrages; cela leur passe _rasibus_ du goulier; voire, mais le bon profit ne se dit pas. O belle cabale! Mignons, multipliez les ombres la venue des lumieres; cela est de droit: _ mas ventos, mas vellas_; & gai, que je sais de langues! Je vous assure, ce qu'en dit Carondas, le diable soit le sot; il se fche que je le nomme. Par dpit de lui, j'en mettrai sous silence plus de trois vingts & dix-sept. Qu'ils s'aillent faire lanterner. Le droit franois dclare que c'est un grand bien que les diables soient chtrs, parce que tels, qui sont doctes, s'amuseront chercher des caillettes qui leur soient propres, pour les mettre o il y en a faute, afin de rcompenser l'intress; & ainsi laisseront en paix le monde, restant en qute de trbillons: que les vtres fussent vendre! RENCONTRE. XXX. Je te prie, page, laquais, novice, enfant de choeur, lvron de l'antechrist, qui que tu sois, donne-moi boire, tant j'ai eu de peine trouver un nom significatif pour dire, devant les filles, les pendloches humaines. Mais d, quand j'y pense, vous tes de grosses btes, que vous ne m'en avez avis. L'autre jour, la fille de chambre de ma cousine du Val nous enseigna de les nommer. Notre laquais, venant de Saumur, entra en la cuisine, o la fille de chambre toit descendue qurir du feu. Le gars contoit qu'il avoit vu grande & pitoyable misere; c'est que ce pauvre marchand, qui, la semaine devant, avoit vendu des hardes mademoiselle, toit tomb entre les mains des voleurs, qui lui avoient t toute sa marchandise; &, davantage, lui avoient arrach les (il se teut, & n'osa dire tout outre, cause de cette fille. Il ne fit pas comme Regnard, qui prchant aux jacobins, & tanant les mangeurs de chair en carme & jours dfendus, dit: je voudrois, par fin souhait, que tous ces gourmans fussent sur la montagne de Tarare, avec un quartier de lard pendu aux couilles); aprs un peu de hsitation, il profra: ils lui ont arrach les gnitoires. Cette fille court en hte, pour en faire le conte sa matresse; & encore toute hors d'haleine, dit: mademoiselle, le grand malheur! Ces mchans lui ont arrach les histoires. Depuis on a mis en proverbe parmi nos soeurs, que ce qu'on dit _faire la pauvret_, ou _besogner_, est maintenant nomm _histoire_, en bon franois. Messieurs les peintres, & vous qui entendez le mtier, prtez l'oreille tout ceci. A ces paroles, voil messire Guillaume le Vermeil, qui, tout comme en colere, va dire: vous m'avez empch de faire le conte de madame des Manigances, que vous avez nomme _reine des pois pils_, parce qu' la cour elle toit bien plus chichement habille que les autres. Je vous assure vritablement, ainsi que de dire, quand tout est dit; rien, rien, pour nant; ainsi vritablement, comme dit l'autre: ha, ha, laissez-moi dire, _basta, basta_. Passez, rvrend; ainsi je ne mens point; a, a, ces petits diablotins: vritablement vous m'interrompez, r r r a a a, je crie; je le dis ainsi que de dire. Son ouvrier avoit nom _matre Nicolas_; ce fut lui vritablement, ainsi qu'il fut, oui certes, ou cent mille petits diablotins, sec & au del, qui fut cause vritablement qu'elle dit ce mot; & Ferchaudiere y toit. EGEZZIPPUS. Tais-toi, je te prie, pauvre cheval, & bois; tu as la langue si aride, que tu nous lamponneras d'ici demain. J'y tois. Il est certain que le matre d'htel & l'aumnier, qui se nommoit messire Ren Goulenoire, toient prsens. Et je demandai ce matre, qui me montroit la cire qu'il avoit bauche: matre Nicolas, que ne dpchez-vous de parfaire le portrait de madame? Il me rpond: par ma foi, Monsieur, je la besogne tous les jours; & ne la puis achever. DIOGENES. Voil parler, cela! Qu'en dites-vous? Que pensez-vous de ces gentillesses? Sont-elles pas de grande dification? Qu'en pensez-vous, Messieurs, qui faites des consciences prendre mouches, & vieux affams de vaine rputation? goulus de folle gloire qui vous dmange, l'impudence l'ombre de l'eau, le manique ou tibrine, tandis que vous vous tuez le coeur & le corps charrier les ames vers la mlancolie, tchant aussi de nous faire payer la voiture, quand le diable vous emportera; qui schez de paillarde envie, dont vous regorgez, comme le savon des levres des gueux qui vivent sur le grand trimard? Vous, lourdauts, mes amis du foie, cousins de la rate, & mignons de petites tripes foireuses, ignorez-vous, d'ici quelques siecles, que ce simpose ne soit, selon son mrite, tenu pour authentique, autant ou plus que toutes les calenderies grecques qui vous font bon ventre, & lesquelles vous croyez sans difficult, suant jour & nuit aprs, pour dganer une pauvre parole, vous y harassant comme taureaux baniers qui vtellent toutes les vaches d'une paroisse la rangette? Petits poupeaux de lait, je vous avertis que vieilles folies deviennent sagesses; & les anciens mensonges se transforment en de belles petites vrits, dont vous savez extraire propos l'essence vivifiante, qui tablit vos affaires. A quoi faire, si cela n'est, vous donner tant de peine griffonner le papier, pour le barbouiller de commentaires sur tant de folies de Potes, & Orateurs, & _fouilleaucoffres_ qui les ont crites en buvant & se riant; & les estimez tant srieuses, & telles les persuadez aux pifres symbolisans, qui, suivant mmes friponneries de doctrine que vous, dgnerant; si que, d'hommes qu'ils toient ou pouvoient tre, ils deviennent animaux fantastiques & rveurs, comme la plupart de nos savans qui sont tant veaux, que les diables, aux heures de rcration, en font des contes pour rire? La plupart, comme tu disois tantt, de ces gens de lettres, sont de vrais racleurs de savates, ratissant de vieilles antiquailles pour en avoir le verdet; & enfin ils ressemblent mon chevau. CAUSE. XXXI. CATAN. Jean vere, compere, votre chevau bille. DIOGENE. C'est cela, mon ami, jamais ne fut que vieilles gens qui groignissent, & jeunes gens qui s'jouissent. Belle bouche, beaux yeux, qu'en dites-vous? Esprits de bien, je vous dsire sant, & de l'argent. C'est tout; je voudrois que le plus gros & grand de ces censeurs ft tout d'or en ma cave. CATAN. Et bien mon fils, mon ami, voudrois-tu bien avoir ta peau pleine d'cus? DIOGENE. Non d, si ce n'toit celle de mon chien; ou la tienne, quand je t'aurois achet. CATAN. Mais encore, roi des gueux, lequel aimerois-tu mieux avoir dix mille cus en ta couille, ou mourir de faim, ou tre sujet demander la triste aumne? DIOGENE. Va, vieil sorcier; eusses-tu la tienne pleine d'avoine, & une couve de rats dedans! CATAN. H! gros lourdaut, tu ne sais ce que c'est. Je voudrois que le Duc mon bon matre ft en la gueule du loup, & que j'en eusse la peau pleine d'cus; gros soupier, j'entends la peau du loup. ARISTOTE. N'aurez-vous meshui fait-l? Aprs, achevez ces histoires. Tu y songes de bien loin. Il souvient toujours Robin de ses fltes. CICERON. C'est mal parl, il faut dire _ Martine de sa flte_. La cause est qu'un jour elle pissoit roide comme une bougie de cire blanche, & lui fut avis que son cas siffloit. Ha! mon mignon, lui dit-elle, vous sifflez; vous aurez vraiment une flte. THMISTOCLES. Que vous parlez court! Vous faites le Lacdmonien; dites tout. ARISTOTE. Il ne faut pas dire les secrets, de peur qu'tant publis, on n'en reconnoisse la vanit. Cependant que l'on ne les entend pas, on est en admiration. Si nous allions tout dclarer clairement ce qui est rare, nous profanerions tout: si nous ne faisons valoir le mtier, que sera-ce! Ainsi faut-il, de ces menus propos, faire si bien qu'ils deviennent, selon qu'il est destin: savoir, les meilleurs & plus certains axiomes de la vie, contenant & comprenant toute la mouelle de doctrine universelle, sans tant d'arts. ARATUS. C'est l o je vous attendois. Pour un homme sage, vous ne parlez gueres bien. PORPHIRE. Taisez-vous; j'entends cela mieux que vous, d'autant que vous autres mettez sept arts _libraux_; & ils ne le sont pas. Qu'est-ce qu'ils vous donnent par leur libralit! Il faut dire _nobles_ & _libres_; apprenez parler. Il n'y a qu'un art _libral_ au monde, qui est la vraie octave ou parfait accord entre les bonnes disciplines. Quand vous me parlez d'arts libraux, il me souvient de ces grosses btes de prcheurs, qui fendent le ventre au diable avec leur libral arbitre. Que ne disent-ils _libre_ & _franc_ arbitre. Mais, pour vous ter de peine, je vous dclarerai le vrai art libral, lequel est unique: c'est l'art de gueuserie. Il est libral, cettui-l; il s'apprend sans argent; il donne dner sans qu'on le paie; c'est le bienheureux art qui nous fait vivre sans soin & sollicitude: c'est lui qui est le centre des arts, ainsi que le sens commun est le centre des six sens naturels. Bienheureux ceux qui le savent & le pratiquent avec honneur. APPOLONIUS. Tu rves; il n'y a que cinq sens, & tu dis six. PORPHIRE. Oui, j'ai dit six. APPOLONIUS. Et qui est le sixieme? PORPHIRE. C'est le sens du cul. APPOLONIUS. Ta male'bosse, vilain gueux. PORPHIRE. Ne te fche point; le Cur de ta Paroisse t'en bailla bien davantage. Pour un de ses amis, il fit une recommandation telle en son prne: il y a un honnte homme, qui avoit mis sa cavale enfarge en ses fosss. Messieurs mes Paroissiens, on lui a pris les enfarges avec une serrure bosse. Il vous prie, Messieurs, de lui rendre lesdits enfarges; &, pour votre peine, de par Dieu, que la bosse vous demeure. BALDUIN. Entendoit-il qu'ils l'eussent dja, & qu'ainsi il la leur laissoit, comme un de nos docteurs de Toulouse, qui fit un legs de mme sa femme. DONAT. Comment? BALDUIN. En ces pays de droit crit, un riche docteur, bien malade, avoit fait son testament, & avoit oubli sa femme tout exprs, & sans y penser. Elle s'en plaignit dolentement ses parens, qui, pour l'amour d'elle, parlerent au testateur, le priant de laisser & donner quelque chose sa femme. H bien, dit-il, faites venir le Notaire. Il toit press: crivez; je laisse. Hlas! il se meurt, disoit sa femme: htez-vous d'crire, Monsieur le Notaire. Je laisse a a a... Hlas! dites donc, mon ami. Je laisse ma femme a a a. L, l, Monsieur, l, courage, pour cette pauvre femme. Je laisse ma femme bien aime la plus grosse motte de con qui soit en cette ville. DONAT. Que dit cela cette pauvre femme? BALDUIN. Elle se mit gronder, comme fait la fille de notre logis, qui est assez belle; mais elle rechigne toujours. ARTMIDORE. Quoi! cette petite friande-l, est-elle ainsi grondeuse? Il y a du cas-tu en son fait. PHILOSTRATE. Je vous dirai ce mot en passant de la langue, d'autant que je ne bougerai d'ici. Vous reprendrez bien vos propos; & j'ai peur de songer autre chose, tant j'ai de fantaisies en la tte: prenez garde ce que je dirai. Ces petites ddaigneuses d'apparence, qui montrent un geste morfondu, qui fait reculer possible pour cheoir. Je ne sais comment le monde va, ou que c'est qu'il y a de cach qu'on ne sait point. J'ai beau me gratter, s'il ne me dmange, il me cuit. Ainsi en est-il des filles tant sages. Mais quoi! par leurs actions & gestes, elles signifient enfin qu'il n'en faut point parler, mais chercher l'occasion de le faire, & avec telle dextrit, qu'il n'y paroisse aucunement. Je n'en parle point celles qui sont sages, & qui ne l'entendent pas, lesquelles, pour tout ce que je dirai, ne s'mouveront aucunement, d'autant que qui n'a point mang d'avoine, n'entend pas le grand bruit du crible. (J'eusse dit le _son_; mais les Moines ne m'eussent-ils pas accus d'hrsie, parce que _son_ appartient aux cloches? Et quand ils oient les cloches, ils disent: voil la vache qui appelle les veaux.) Enfin, ces friandes grondent de si mauvaise grace, qu'elles semblent n'y prsumer aucune douceur, ni esprer dlice quelconque; & encore moins font mine d'y reconnotre de la dlicatesse. SAND. Il vaudroit mieux qu'elles fussent jolies & joyeuses, & qu'elles ne le fissent du tout point, parce que la douceur de le faire est teinte par leur sottise. Pour conclusion, ces petites btes, qui disent: j'aimerois mieux que les chiens l'eussent dchir; j'aimerois mieux que le diable l'et frondr, se laissent faire quelques chiens couchans de lchefrite, ou quelque valet arrogant qui les bat en diable. Il n'est que le faire gai & paillard, par amiti ou rencontre. DONAT. Comme la fille de mon htesse. Par sainte Marande, la reconnoissance n'en est pas mauvaise, & vient bien pour mettre avec vos histoires. Un jour cette nicette voulut aller s nces dont elle toit prie. Elle demanda cong sa mere, qui le lui octroya; moyennant que paragrafiquement, sagement & propos, elle gardt bien son honneur; ce qu'elle promit de faire fort bien. Elle alla donc, & se mit avec un grand soin de garder son honneur. Toutes les autres dansoient, & elle point, & ne s'osoit approcher de la colation, pour faire de la merde avec les dents comme les autres: elle ne bougeoit du coin de la salle regarder, & avoit les deux mains sur le bord de son busque, justement au diametre de son intention. J'ai failli; je devois dire _le centre o doit passer le diametre qui n'y toit pas encore_. Coipeau, qui l'avisa ainsi merde en vos lippes, (je dis, _mlancolique_) vint elle, & lui dit: a, ma cousine, allons danser. Je n'oserois; j'ai peur de perdre mon honneur; ma mere m'a command de le bien tenir. Venez, venez; ne laissez pas de venir. Je n'oserois, de peur de perdre mon honneur. O, ho, dit-il, n'y a-t-il que cela? Venez, cousine; allons ici en cette petite chambre, je vous le coudrai si bien, qu'il ne cherra pas. Il lui dit tout bas; & elle l'entendoit bien clair, parce qu'elle avoit envie de danser: par quoi elle le suivit. Il la poussa contre un coffre; & lui enseigna la danse du loup, la queue entre les jambes; & lui recousit son honneur, de la sorte qu'on attache la chose aux nouvelles maries; & l'assura que jamais son honneur ne tomberoit par cette faute-l. Quand ce fut fait, elle vint danser; & n'y avoit que pour elle, tant affriande. Elle trouva quelque chose dire la couture; parquoi elle en demanda encore, si qu'elle en eut jusqu' trois fois. (C'toit assez. Voire, voire, je le fis bien vingt-cinq coups en vingt-quatre heures Madelaine: cinq fois la nuit; & le jour vint.) Il ne le fit pas tant; toutefois elle en toit toute rejouie. Un peu aprs qu'elle eut mang des confitures, & qu'elle n'toit plus honteuse, elle s'avisa de son honneur, & vint encore lui, le priant de le recoudre encore un petit. En d, dit-il, je ne saurois; je n'ai plus de fil. H, h, ce dit-elle, & qu'avez-vous dont fait de ces deux petits pelotons, qui vous pendoient entre les jambes. MINUTE. XXXII. Petronius voulut dire sa ratele; mais il rengana son discours par la bouche, parce que le bon homme notre hte vint criant tout haut, comme un belier gar: a, enfans, a, a, messieurs, c'est assez caus, il faut se reposer; _ l'Italiano sermo disme_. Beuvons & faisons une pause aux discours, & prenons quelque beau sujet, pour nous entretenir d'habits & de toute autre chose. Il ne faut toujours mordre, il faut tuer. J'ai fait fermer la porte; il n'entrera personne cans, nous sommes en libert; la dispense, i. le verrouil & la barre sont mis la porte; aucun n'entrera ici, si le diable ne le jette par la chemine (comme le farfadet de Poissi). Au soir que les belles se retirerent, pour conduire une htesse en sa chambre; trois ou quatre avec elles, prtes de se mettre au lit, devisoient auprs du feu, & par mignardise s'entremontroient leurs cuisses, pour voir qui l'avoit plus belle & plus potele: ces cuisses toient belles & mignonnes. Alors le farfadet vint par la chemine; & aprs qu'elles eurent compar leurs cuisses, il s'avana, & en montra une grosse & grande, velue comme celle d'un cheval, & leur dit en s'approchant: & la mienne? Or a, j'ai appos & contrl la juste dispense & huguenotique, ainsi que nous faisions, Paris, le carme pass, quand, en pleine taverne, nous faisions le petit exercice de la religion. CLICHTOVEUS. Qu'est-ce dire cela? LE BON HOMME. Vous qui savez tous les mysteres sacrs, tes-vous si bte, que vous ne savez pas ceci, vu qu'il se pratique en de bons clotres? C'est que nous clouons, barrons, bouclons & fermons bien la porte, quand (comme ceux de la religion) nous voulons manger de la chair, aux jours dfendus. Tel est le _petit exercice_, d'autant que le grand est d'aller au prche. PETRONIUS. Je vous veux apprendre un autre secret, que m'a enseign Hilaret. Mes amis, ne mangez point de chair, le jours dfendus; mais jenez: & puis, toute la nuit, faites bonne chere, avec de bonne chair morte & vive. Les nuits ne sont point des jours; partant, point dfendus. Un consul toit de mme opinion, quand, durant les treves, il faisoit la guerre de nuit. LE BON HOMME. Cette distinction est trop obscure: notre chose vaut mieux; & puis j'ai mis dehors tous ceux qui n'aiment point raillerie. Soyez les biens ventrus; la panse fait l'homme: je vous prie, a, en libert. Y a-t-il personne de vous qui ait le ventre tendu, qui veuille aller en purgatoire? Tout est libre & bon en son tems, lieu & endroit. Ce fut un moine de St. Denis, disciple de Genebrard, qui m'apprit nommer ainsi le _priv_, parce qu'on s'y purge. Soyez, encore un coup, les bien venus, gens d'honneur, trafiquant sans marchandise, & dont la conscience est profitablement bonne; non scandaleux, non fistons ni spulcreux, (je cuidois dire _scrupuleux_) je vous assure & jure que j'aime d'amour ceux qui trouvent tout bon sans sauce, qui jamais ne s'offensent, qui n'enragent point, quand on les corrige, comme fit ce maraut de sergent l'Espinai, qui, Saumur, faisant panader son cheval, alla bas bte & tout. La Maugis, le voyant ainsi tomb & terre, lui dit: en d, monsieur l'huissier, vous deviez demander ce qu'il vous faut, sans vous baisser si bas. Il en eut si grand dpit, qu'il en devint ladre, & sa postrit. AMIOT. Pourquoi dites-vous monsieur l'huissier? Il toit sergent de bande. LE BON HOMME. Voire, un huissier & un sergent, n'est-ce pas tout un? Il toit huissier de bande, comme Orlans le paysan qui, cherchant l'avocat du roi, demandoit monsieur le baillif du roi, parce que, l, un avocat se nomme aussi baillif. PHILON. Je connois ce ladre: c'est lui mme qui se presenta dernirement monsieur le grand aumnier, pour avoir place en ladrerie. Je fus commis pour le visiter, d'autant que vous savez si je m'y dois connotre. Pour voir ce qu'il diroit, je lui dis: mon ami, vous n'tes pas ladre. Ha, ha, dit-il, monsieur, si dieu plat, je serai bientt ladre; ce renouveau, les boutons me parotront assez. LE BON HOMME. En ddit de toutes sortes de sots, beuvons, rions: ce sont des accidens de concomitance, liaisons de compagnies, relations lgitimes, consquences d'usufruit: c'est notre part, quand nous y sommes. Et de fait, rire, c'est ce qui contente le plus, & qui cote le moins. S'il en toit ainsi de boire, le bon vin ne coteroit gueres. APULE. H, couillaud, tu ne t'y entens pas; parce que toujours le vin coutera, & sera cher, quoiqu'il cote, d'autant qu'il faut payer pour deux, le rire pour l'ame, & le vin pour le corps; & tout sur le vin. LE BON HOMME. L, l, disons bien; & si vous avez envie de trbucher en loquence, dpchez vous; coupez broche toute cette paillardise de bien dire. Disons en bon franois, sans que rien nous chappe: & que savons nous qui nous aviendra, la vrole ou de l'argent? Il ne faut qu'un hazard semblable celui de la belle fille, qui, le premier coup qu'elle fit, fut guimple. Beuvons, lavons-nous le cou par dedans; c'est-l. Et si d'aventure nous nous enivrons, pour faire honneur nos parens, que ce soit selon la remontrance du ministre de Strasbourg, qui, prchant & remontrant les vices de ses brebis, leur disoit: quand vous dansez, il semble que vous vouliez jetter votre tte aux cieux, & vos jambes aux diables; dansez modestement. Quand vous beuvez, vous gargouillez comme pourceaux; h! pauvres gens, enivrez-vous, mais que ce soit sobrement; jurez pieusement; maudissez flatteusement; battez mignardement, & paillardez chastement; donnez-vous au diable avec honneur, & jouissez-vous de tous sujets, sans en abuser. La vieille Perrine, notre servante, avoit raison de dire que ce seroit abuser du vin, de s'en laver la raye d'en bas, avant qu'il et coul par celle d'en haut, comme du chausse-pied de tantt; (ainsi qu'il est not en la pnultieme page du _Talmud_) ajotant que ce seroit un abus formel, si une femme faisoit de son con un godet, un arbalte grenouilles, bien qu'il serve recevoir les queues de grenouilles, lesquelles leur ont t tes, pour en faire les choses des hommes, qui, pour cette cause, sont bien aises, & veulent toujours tre en de tels marais. Mais pourquoi le con d'une femme est il mle? ARTEMIDORE. _Omne, viro soli quod convenit, esto virile._ Les docteurs de Paris l'enseignent ainsi aux coles. Je vous assure, vous qui entendez ceci, qu'il est vrai; & que, comme ce bon pere le dit, il n'y va point de sa faute. (A cela, il beut; & reprit sa parabole, comme Balaam _propos de quoi_, c'est--dire, _de boire_). En quel tems le vin est-il meilleur ou bon? Dites, messieurs. C'est, dit l'un, quand on a grand soif. L'autre: c'est en t. Voire, dit frere Anselme, c'est en hiver au soir, quand on s'est bien rti auprs du feu. ALBERT LE GRAND. Vous n'y tes pas; c'est quand on le boit, que l'on le jette poignes dans le corps; & par la sainte ombre du clocher du temple de Salomon, je vous proteste que je suis tonn, mme de quelques doctes, & sur-tout de Sneque, qui dernirement nous ftoyant, & me baillant de ce bon vin de copeaux d'Orlans: frere, me dit-il, voyez si ce vin est bon. Pargoi, j'eusse pu y regarder, d'ici au jour du jugement, que je n'y eusse rien connu de bon. Non, non plus que, si vous tiez barbouill, ne pourriez le reconnotre vous mirant mon cul. Et puis il y en a qui disent: ttez. Il faut dire: _gotez_ ce vin, de ce vin, ce vin; beuvez-le, savourez-le: & pource, je me moque de toi, grand vidase Grec, qui desirois avoir le cou long comme une grue, quand tu boiras. Va te faire pancer par mon barbier; & il ne te cotera rien, te faire dclarer vrai St. Christophe de pques fleuries. Ne sais-tu point que, depuis que le vin a joint l'piglotte, il n'est plus favorable. Il convient, pour bien souhaiter en cette affaire, desirer avoir le palais aussi grand que celui de Paris, & le manche de priape aussi grand qu'une pique tourne comme une trompe de chasseur, afin que, venant la liqueur arrousante, la douce rose de nature, le sucre de l'aurore, on sentt une vraie rage de bien, tandis qu'elle passeroit par ces coulis infractueux. Venons au point. Quand est-ce qu'une femme est sage? LE BON HOMME. Remettez-le tantt que nous aurons beu; aussi bien jamais honnte homme ne besogna par procureur. Tenez ceci secret; & ne le montrez pas ces matres veaux; bran pour eux. AZOARE. Davantage, il y a, comme je le conclus, des pifres quivolans, qui, oyant parler de ce grand simpose, en penseront de biais, comme Jaquette du Mas, qui fit un enfant, sans savoir le nom ni le surnom du pere; de quoi elle toit fort dolente. Son enfant fut nomm Adam. Un jour qu'elle toit au sermon, elle ouit le prcheur qui s'filoit d'allguer l'criture, & disoit, _Adam, ubi es?_ Cette fillette sortit tout incontinent de l, trs-aise de savoir le nom de son fils. On lui avoit dit que les prcheurs savoient tout; parquoi elle nomma depuis son fils, Adam de Biais. C'est celle qui disputoit l'autre jour la porte de l'glise cathdrale. AMIOT. Qui est l'autre? AZOARE. C'est celle qui vous servoit, quand vous tiez grand aumnier, & que vous ftes si malade. Elle m'a cont que vous disiez au barbier qui vous panoit, & vous avoit assur que vous aviez la vrole: hlas! monsieur Gaspard, mon ami, j'avois toujours pri ce bon dieu qu'il m'en gardt. Et il vous rpondit: aussi a-t-il fait, monsieur; il vous a gard de la plus fine. C'est qu'il falloit que cela passt. Pourquoi est-ce que vous y venez? Les friandes querelloient le fils de Jaquette qui toit grandet. Voyant ces rixes, il tira sa mere par la robe, & lui dit: ma mere, appellez-la vtement putain, avant qu'elle vous y appelle. Putain, dit-elle. Tu as menti, fit l'autre; c'est toi qui es une putain; tu as donn la vrole messieurs. Elle parloit de chanoines. AUGUSTE. Vraiment, bon homme, c'est bien vous qui tes all de biais. Que n'achevez-vous ce que vous avez commenc. AZOARE. Pour votre rvrence, bon empereur, je le ferai, d'autant que la barbare opinion de ces veaux d'attache ne pensera pas que nous beuvions & rions. Ils s'intentionneront gauche, d'autant qu'ils n'approuvent que ce qui prend leur mche. Mais que l'aze les quille; & ft-ce celui de Don Rodigue das Yervas. SOPHOCLES. Pourquoi nommez-vous cettui l? AZOARE. Parce que, quand on le voulut faire inquisiteur, il dit qu'il et mieux aim tre vendeur de morts aux rats & aux souris. REMONTRANCE. XXXIII. Mais cependant que je prendrai un peu de rfection, dites notre ami Erasme qu'il vous conte l'histoire de Rodigue. Ce que je dsire me rfectionner d'un peu de viande & de liqueur, est, que je crains de perdre le devant & le derriere, comme cette abstinente de Confolant. Je m'en rapporte aux mdecins. a, notre ami, donne-moi un peu de cette vie sans fin; c'est--dire de cette langue de boeuf, de ce jambon. , , Rabelais, Copus, Anacron, beuvons, & gai. A savoir si la langue branle, quand on boit; si le troufignon barbotte, quand on pette. Aussi-bien ce causeur nous tiendra longtemps. Que voici un bon chausse-pied! Savez-vous bien pour quoi je me dlecte tant boire? C'est pour ce que j'ai une belle joie, quand il me pleut dans le ventre. Mais ce fou de Flamand se fchera, si on ne l'coute. CESAR. Il n'est pas Flamand. AZOARE. Et que s'en faut-il? N'est-il pas de mme crme? ERASME. Il y a plus de cinquante ans que je n'avois tant parl sans tre cout. Quand il n'y avoit que moi, on me couroit force; mais, depuis que les cadenats des sciences furent crochets, on m'a laiss en croupe; & bien que j'eusse si chaud, que la queue m'en suoit, encore on se mit courir aprs ces nouveaux venus, qui, bon Csar, laissent votre latin naf, pour aller aux cloaques des pdans chercher des mots tous pourris de cuire, & s'en barbouillent le museau. A propos de cela, quel est l'outil de mnage que jamais on ne prte ni emprunte, & si il n'y a guere de maisons o il n'y en ait? H gai, dit Saint Glougourde, c'est le bouchon des cuelles, qui fut cause que je fus canonis: en voici l'occasion. Je faisois la cuisine des cordeliers de Rennes; & je mis: par mgarde, le bouchon des cuelles au pot, o je fis cuire la pote. Cela fit une soupe miraculeuse, sentant le potage des gueux jusques au tiers ciel: au reste, il toit gras & fluant. Les freres le trouverent si bon, qu'ils en eussent mang leurs mains jusques aux coudes; les novices, qui en eurent le plus, & le fond, le savourerent. Et parce que cela toit ml de beaucoup d'essence, en devinrent si savans, qu'ils surpasserent leurs matres, qui, par envie, en firent mettre trois _in pace_, que je dlivrai, tandis que l'on disoit matines de tripes. APULE. Et qu'est-ce que cela? ALCUIN. C'est le djener. ERASME. Beuvez un trait tout plein, & me laissez dire; ou j'oublierai tout, ou je serai contraint de recommencer comme ma grand'mere, qui tant plus disoit sa patinostre, & moins la savoit, si qu'enfin elle la dit tant & tant, qu'elle l'oublit. Or je vous dirai des vieilles vtilles franoises & espagnolles, & je draperai sur l'un, aussi-bien que sur l'autre, d'autant que je ne me soucie non plus de l'vangile que de l'ptre. TRITEMIUS. Je ne m'tonne plus, si on a opinion que tu sois hrtique. ALCUIN. Vous n'tes pas recevable le dire. TRITEMIUS. Mieux que vous, qui dites qu' S. Martin la messe & vpres ne valent rien, qu'il n'y a que matines qui sont bonnes: parce que tout le gain le plus avantageux y est. ERASME. Allez; ou vous aurez taloche la huguenote. Ce n'est ni vous ni moi qui faillons, parlant ainsi. Il n'y a que les commentateurs, qui donnent l'intelligence selon leur dessein. Plusieurs interpretent les crits & paroles des autres, selon leur sens. Ainsi les moines ivrognes interpretent les pigrammes d'nas Silvius & de Beze, en ivrognerie, les sodomistes, en sodomie; les amoureux en amour; les avaricieux, en richesses; & les doctes, en galantise & bont, d'autant que tout bon fait bonne digestion: & pour ce que entendiez que je voulois parler bref; l'ptre, c'est le roi d'Espagne; l'vangile, c'est le roi de France; d'autant que, devant le pape disant la messe, ils sont diacre & sous-diacre & je dis que je ne me soucie pas de leurs dbats, d'autant que, demeurant Ble, j'tois chanoine de saint Paul. MUNSTER. Il n'y a point de chanoine de S. Paul Ble. ERASME. Je ne m'tonne pas, si Thevet te loue, tu es quasi aussi sot que lui. H! ne sais-tu pas que je vivois, comme dit S. Paul; & que j'tois chanoine, comme ne l'tant point; & partant, je me dlectois ma fantaisie: & sur cela je rpete que, si vtilles franoises toient emmaillottes de commentaire, comme celles du temps pass, elles auroient plus de graces que toutes les autres, & iroient jusques au ciel de la lune, comme tant de meilleur got que les grecques, lesquelles puent le vomi d'aprs souper. Pensez que c'est une belle chose que la gnalogie des dieux; & qu'Homere toit alors bien fin (chut! il est l avec du Bartas qui en conte; il ne nous oit pas) & bien ingnieux; quand parlant de ce beau porcher, il dit qu'il toit semblable aux dieux. Quels dieux de menue venaison! Il toit compagnon de ce berger, auquel, en temps de pluie, la raie du cul servoit de goutiere. En toutes ces inventions, il n'y en a point une qui soit tant nave, que la belle navet du berger du Genitoi, qui, se dpitant au temps de pluie, disoit: si je suis jamais roi, alors je garderai mes moutons cheval. AZOARE. Les mchantes amours me sollicitent tant le fondement, que je vais errant l. Mais, pour l'amour de toi, grand prince de Rome, duquel Homere prophtisoit tantt, toi qui l'as miraculisifie de nouveau, qui as tant baill coudre aux Romains, leur ayant tant dsenseveli d'guilles, pour l'honneur & rvrence que je te porte, pour ne t'avoir jamais vu ni connu, je poursuivrai mon Rodigue, qui fut gentilhomme signal, & qui, tant revenu de plusieurs expditions, o il avoit bien fait en obissant, puis commandant, pour le service de son roi, & du sien propre, d'autant que ce seroit pour nant sans cette condition, se prsenta en cour en cette sorte. Il s'en vint garni de lucances valables d'honneur & d'assurance, ainsi qu'il desiroit parotre devant son prince. Arriv au chteau, il sut que le roi n'y toit pas, ains s'en toit all la chasse. Lui qui a le feu au cul, (bien d'autres l'y ont; & l-dessus, je vous demande, Lipsius, pourquoi les femmes qui aiment le dduit, hantent les gens de clotre? SUIDAS. C'est parce qu'elles ont le feu d'enfer ou cul; il faut des couilles bnites pour l'teindre.) AZOARE. Or bien notre Rodigue avoit le feu au cul; partant il se hta, d'aller trouver son roi. Il poussa son mulet, pour se diligenter; & de fortune, il rencontra le roi seul, lequel avoit pris le devant, cause de la poudre. Rodigue, qui ne le connoissoit pas, le salua; & lui demanda o toit le Roi. Le Roi, qui vit bien qu'il ne le connoissoit point, bien qu'il ressemblt mieux un fou qu' un moulin vent, le laissa en cette opinion. Et puis, qui et pens que ce ft le roi? Il n'y a philosophe qui le pt deviner, sinon qu'il st l'intention de ce prince, qui alloit ainsi seul, de peur que, par le mouvement de la troupe, les atomes de Dmocrite ne se vinssent unir la cire de ses yeux, pour y engendrer quelques roitelets gupins. Ces deux, comme chevaliers, s'tant entresalus, le roi rpondit Rodigue, qu'il toit fort loin; &, l-dessus, le pria, par la mme usance de courtoisie dont il l'avoit pri, qu'il lui dclart quel il toit, & ce qu'il vouloit au roi. Adonc Rodigue lui dclara ses valeurs, ses prtentions, & comme, sur l'attestation de ses bons & signals services, il venoit prier sa majest de lui accorder quelque rcompense de ses mrites. Et cettui-ci lui dit: si le roi ne vous veut rien donner, que sera-ce! Rien, sinon _bien se poede hazer hoder mi machos_, c'est--dire, _qu'il se fasse saillir mon mulet_. C'est ainsi qu'il trancha le mot, pour lequel les chiens se battent. Le roi passa outre; & Rodigue vint la troupe, o entendant que le roi toit pass il y avoit long-tems, il s'achemina avec les autres. Etant arriv au chteau, il mit pied terre, & attacha son cheval une grille. A cela vous connoissez que ce ne fut pas en France; les pages & les laquais, ou autres affineurs, ne l'eussent pas laiss l, sans le mener boire, de peur des mouches. Le roi toit la fentre qui le considroit; & l'ayant fait remarquer deux gentils-hommes, les envoya lui dire qu'il vnt parler lui. Ils lui dirent: segnor cavalier, le roi vous demande. Quoi! le roi sait-il bien que je suis venu, moi? Or le roi vouloit voir, s'il seroit constant en son humeur bravache. Rodigue entra, & fit une preude rvrence sa majest: puis, ayant reconnu que c'toit le roi qu'il avoit tantt cru un simple chevalier, auquel il avoit fait cette dfonade de braverie, ne s'tonna point, s'affermit & avana, montrant au roi les attestations qu'il avoit, lesquelles faisoient preuve de son obissance, valeur & fidlit. Sur quoi il supplia trs-humblement le roi: sacre majest, vous tes inform de ma bont; je vous supplie d'une douce & favorable rcompense. Si je ne veux point vous faire une rcompense, dit le roi, malgr votre loyaut, que sera-ce? Sacre majest, mon mulet est l-bas. Cette parole fut ouie, & non entendue de tous, mais seulement du roi. Ceux qui ne savoient ce que c'toit, croyoient qu'il avoit dit, comme prt monter dessus, & s'en retourner. Mais le roi l'et pu interprter ainsi: _mon mulet est l-bas, faites-le monter, il vous en donnera une venue._ GALATINUS. Je pensois que vous dussiez parler autrement, comme la fille de notre mtayer, qui vint un jour trouver ma grand'mere, & lui dit: bon jour, mademselle. Mon pere vous prie de lui prter voute taureau, pour donner une vertele noute vache. Il vous en rendra autant quand il vous plaira, mademselle. CSAR. Que fit le roi Rodigue? AZOARE. Il lui donna une pension de quatre mille malvedis de rente, & le retint prs de sa personne. PIMANDER. Voil; il n'y a que telles gens, qui aient les bonnes graces des grands. Si c'et t quelqu'homme qui et eu de la doctrine, on l'et envoy rtir le balai. Il ne faut qu'tre effront, pour obtenir des faveurs: & dire vrai, c'est piti absolue, que pour tre grand & gagner, il faut ruiner la vertu & le prochain. O quelle misere! que les hommes sont diables aux hommes. Quiconque ne croira point qu'il y ait des diables, qu'il aille au palais & la cour. GNALOGIE. XXXIV. A la vrit, quand je m'en souviens, n'est-ce pas une grande misere, pour preuve de cette diablet, qu'il ne se trouvera homme, tant vanteur de la pit soit-il, qui veuille acheter un tat de secret rechercheur des actions humaines, pour avertir les autres, ce qu'ils soient garantis du danger, afin qu'ils se dtournent de leurs mauvaises voies, & que, s'ils sont enclins mal faire, ils s'en corrigent ds le commencement, ou s'en abstiennent l'avenir de peur qu'ils ne tombent en pril! Plutt, la plus grand part des hommes sont comme chats guetant les souris; & le plus homme de bien en apparence, sera en perptuelle sentinelle, pour pier si quelqu'un bronche; non pour l'avertir bien & charitablement, mais pour le ruiner. Et pour faire preuve de plus d'impit prvtable, on contraint iniquement les autres, & incite dire, s'ils savent quelque mauvais dportement de leur prochain, afin que l'on l'accable, pour s'engraisser ses dpens, s'il a moyen de payer les ouvriers. Ainsi plusieurs sont riches du malheur des autres, desquels jamais la faute n'est cache ou diminue, ou dtourne, ains multiplie abondamment. Or nous ne sommes plus au temps qu'on toit sauv par sa faute. Je pense que les bonnes gens qui gmissent sous la tyrannie des gros, seront mus par charit bien estimer, en nos discours, comme nous dcouvrons le tombeau de vrit. EPICARME. Savez-vous bien ce que c'est que vrit? Q. P. Ne vous en enqutez point tellement, dit le sage, que vous ne soyez estim de la secte de Ponce-Pilate. Davantage, je vous avertis, par l'exemple de ce docteur, que nous avons chass, que vous n'ayez mettre en avant chose qui puisse tre tire en consquence contre ce qui est saint, ou moquerie de ce qui est vnrable. Usons notre temps avec la ponce de biensance, ou le grs de sagesse; & que cependant notre satyre soit perptuelle, pour dcouvrir l'abomination des affaires du mauvais monde. PTRARQUE. Mais de quoi sont composes les affaires du monde? QUELQU'UN. Du bien d'autrui; tmoin ce que me dit le Chanoine qui plaidoit contre moi, & pour me tromper, comme c'est la coutume de telles gens, me fit parler d'accord; moi qui allois mon train, comme l'ne des bons-hommes, je lui disois que je ne desirois que la paix; & lui me protestoit qu'il ne vouloit que mon bien. J'en tois content; mais notre servante, qui avoit demeur chez un Avocat en Cour d'Eglise, me sut bien retirer, me montrant qu'il disoit vrai, qu'il vouloit mon bien pour le mler avec le sien. PTRARQUE. Voil qui est bon; mais je demande que c'est qu'affaires du monde. PARACELSE. C'est le moyen de parvenir. CELSUS. Vous nous l'obscurcirez tout, comme vous avez fait la Mdecine, en vous vantant, & n'y disant que des ventosits. Je vous prie, amusez-vous boire; je vous prie, ne vous fchez point; je vous dirai de belles choses douces, & avec facilit. Le moyen de parvenir comprend tout, & est compos des quatre lmens de piperies, avec leur quinte-essence. ERASTE. C'est une nouvelle philosophie, voire si nouvelle que l'on ne la connot pas. C'est ce coup que vous tes tromp, d'autant qu'il y en a qui la savent bien, & qui se moquent de nous, qui nous amusons voir des urines, & souffler du charbon; & les autres attrapent les incommodits. Or je vous dirai comment, & ronflerai en axiomes merveilleux. que je tranche des sentences toutes pleines d'abondances mystigoriques; que je vous en donne, non ecclsiastiquement, ni chichement, ni justinia-niaisement; mais libralement & philosophiquement en charit. SCOT. Ce n'est pas bien fait; il faut vendre la science; & par-l je connois bien que vous n'y entendez rien. A ce mot, Uldric, qui se fchoit de quoi ce Moine interrompoit Paracelse, lui dit: taisez-vous; vous n'y entendez rien vous-mme. SCOT. Si fait; aussi il n'y a science que je ne sache. ULDRIC. Vous en avez menti, au respect de Dieu. MADAME. Quoi, qu'est-cela? Voire, & faut-il que les gens doctes vivent ainsi? Buvez, & vous accordez. PARACELSE. Hlas! pardonnez-moi, Madame, ce n'est pas moi qui querelle. ULDRIC. Il y a plus d'une heure qu'il me picote, mme encore tantt, m'appellant hrtique pulvris; & pour ce si je me fche, je vous prie, Madame, de croire que j'en ai juste cause, & aussi me vouloir favoriser en ma querelle. Je suis homme de bien, & lui aussi: je ne voudrois pas quereller un mchant, parce que je n'y aurois point d'honneur: mais je lui en veux, d'autant que tantt il m'a fait une opprobre vergogneuse; & m'a dit une injure que je ne veux, ni ne peux lui remettre. SCOT. Je ne m'tonne plus de rien, puisqu'il s'en souvient. O! soit ce qui en pourra tre, je me tais & vous en laisse tout faire; je m'en vais me consoler avec le flacon; je vous fais juge de tout, Madame. MADAME. Et bien, il vous a appell hrtique; il y a bien de quoi? ULDRIC. Oh! que ce n'est pas cela pour si peu, je ne daignerois y penser. Il m'a fait une bien plus grande honte, diffamation & vitupere plus notable. MADAME. Pour vivre en paix & vous accorder, il faut tout dire: l, dclarez ce tort & injure. ULDRIC. Madame, je vous prie, c'est tout un; je vous le dirai; il m'a appell vidaze. MADAME. Que lui avez-vous rpondu? ULDRIC. Qui vous fouaille, Madame, en bon franois. MADAME. Mais vous, vraiment! ULDRIC. Je veux bien, puisqu'il vous plat; je ne l'eusse su demander plus honntement, ni vous plus joyeusement me l'accorder. Ce sera quand il vous plaira, Madame. Employez-moi, tandis que je suis jeune; quand je serai vieil, je n'en pourrai plus. Mais ce dmenti que deviendra-t-il. J'entends que ce soit un dmenti de Menier; un ne le portera. Voire, mais plutt de papier; je m'en torcherai le cul. NOTICE. XXXV. LE BON HOMME. Te voil camus, Monsieur Scot: tu as le nez fait comme une truie gruesche. Que diable avois-tu affaire cet hrtique? Ne sais-tu pas que tels gens sont injurieux comme Papistes & inventifs comme huguenots? Veux-tu que je te die? Il t'avient les attaquer, comme une truie dvider de la soie. Laisse-le l; il te feroit devenir aussi cheval, que le mulet du grand Turc. C'est un des malheurs du siecle, que si on veut apprendre quelque bien, on aura infinie peine se mettre en train. Depuis le temps que nous sommes ici, nous n'avons non plus su entrer en matiere, qu'un coin de beurre en la fente d'un noyer. Nous ne faisons que perdre le temps; je ne m'en soucirois pas, s'il n'y avoit que pour nous. Je plains une infinit de pauvres ames, qui bent, attendant aprs la doctrine languissante du desir de science: & nous la retenons par nos rencontres, qui seroient aussi bonnes tantt qu' cette heure, d'autant que tout ce qui est ici est si bon, qu'il est tout gal, ni meilleur, ni pire, tel en un temps qu'en l'autre. Or bien, puisque vous avez envie de savoir, oyez notre docteur. PARACELSE. Vous saurez, en dpit de vous, que les quatre lmens sont forms d'une mme matiere. Regardez comment je commence de belle & bonne grace, comme un apprentif qui retire sa quittance. Quand matre cot, & putain file, Petite pratique est en ville. La premiere matiere est celle dont les ouvriers du monde agissent, sachant lire ce qu'il en faut pour leurs affaires. J'ai honte de profrer ce mot de matiere, cause de ces mdecins qui me regardent, & pensent que je leur veuille proposer le monde malade, pour voir sa matiere ce qu'il sera; s'il mourra bientt, ou s'il gurira. Je vous dirai mes enfans, (ainsi vous puis-je nommer, d'autant que je vous adopte par science, & vous engendre par intelligence) que le monde ne s'est point encore vuid; il n'a point fait de matiere. Savez-vous pas que la matiere se fait seulement, aprs l'opration de plnitude? Tout ainsi que le monde est beaucoup de fois plus grand que l'homme, qui est le petit monde, & le monde le grand animal corporel: aussi, en proportion, quand il sera plein, & aprs le tems & juste quivalence, ayant t rempli, rendra sa matiere; attendez ce tems-l, & vous qui jugez de sa dure & future dissipation, & la verrez au juste prognostique de l'jection qu'il en fera. Ce n'est plus de telle chose que je veux parler: mais en faut avertir le monde, de peur d'inconvnient. Oyez donques que c'est de certains, purs, vrais, saints & justes lmens que je veux dire, lesquels les abstracteurs, falsificateurs, brouillons & hypocrites ont gts: & j'en veux ces trompeurs, pour autant qu'ils me firent perdre ma manuelle, quand j'allai qurir les petites ordres. Aussi je n'ai garde d'y retourner, de peur de tout perdre; encore faut-il vous avertir touchant les abstracteurs, d'autant qu'il y a une sorte. On m'a dit que les plus subtils sont la Rochelle, parce que c'est une ville maritime; & que l sont abstracteurs de crmonies, qui se parent bravement de leur sujet, comme entendus philosophes qui levent les accidens de leur substance, sans qu'il y reste cicatrice qui ne soit apparente & manifeste. Je ne sais que j'en dois dire, de peur d'tre estim hrtique; je les laisse donques: mais je hais abondamment les voleurs, qui ont tir de certains lmens d'une doctrine, que l'antechrist a invente & suppose, sous lumiere de religion, pour faire une ombre mirlifique. Vous saurez tantt que c'est, & jugerez que je ne passe point les limites de raison; mais que je galope ces gabeleurs de thologie, qui ne trouvent bon que ce qui quadre leur paillarde opinion. Il y en a d'autres, qui ont remarqu comme cette cabale avoit ainsi pressur & fait issir un lment gnratif, perptuellement en similitude, muni d'une fcondit future, & ont fait semblablement en les imitant. Par ainsi, ils ont sublim, effressur, & hipocondrill la jurisprudence: puis aprs, les plus sages, pour n'tre suspects cause de la robe, ont escarmouch les embuches mdecinales; si que, chatouillant le pnil de la mdecine, lui ont fait couler le suc du moelleux endroit, ou la parfaite substance chytifre: & par ce moyen le relevant quintessentiellement en apparence magnifique, suivant comme les autres les belles amusoires de jurisdiction, & possession acquise, ont ml avec les mdicamens l'oeuvre parfait de benote extraction; si que les mchans ayant pass par leurs mains, & got du brouet d'andouille, ont forcen d'amour aprs cette invention; tellement qu'ils ont dignifi leur tat comme les autres, & contrepassant par l'tamine, & suivant les commentateurs des ruses soporifrantes, le scandale forfantesque avec grands labeurs & risques, ont trouv la quintessence ncessaire, dont il est tant fait d'tat entre ceux qui veulent parvenir. Et parce que par quelquefois boire ensemble, ou deviser, on se joint les uns aux autres, la frquentation tant la soudure des volonts, il est avenu que toutes ces quatre essences sont mles ainsi que les oprateurs se sont assembls; tellement que, messieurs ayant pris conseil & tant assembls, ils ont fait, (je ne saurois dire ce mot des Aptres; aidez-moi le trouver; c'est un... Je l'ai trouv; qu'au diantre soit le harnois, tant il m'a cot fourbir; c'est un symbole) ainsi chacun apportant son symbole, ils furent joints ensemble, comme la mie la crote. Donques de ces lmens unis, joints, assembls, tirs, faits, extraits, proposs, trouvs, anims, & accomplis, a t construit, bti, tabli, compos, compli, balanc & accommod le monde pipeur par ces lmens de piperie; & ce monde a t rendu complet en toutes ses parties, avec facult perptuelle de se rgnrer, sans dissipation d'esprits, & par le mlange mystigorieux des forces & puissances qui y sont contenues. L'exercice a caus merveilles au progrs infini de l'univers pipeux. Mais vous m'aguettez, pour voir si je serai aussi ignorant, que ceux qui disent que le soleil n'est pas chaud: & je voudrois que tels me pussent prouver qu'ils n'eussent point le trou de cul puant, sans qu'on y fleurt. Mme ils disent que la neige n'est pas blanche; que les trons ne sont vifs ni morts; que la pluie ne chet pas; mais qu'elle monte vers le centre de la terre. Ils en disputent gament, & ne savent pas pourquoi les boeufs se couchent. A jan, grosse bte, c'est parce qu'ils ne se peuvent asseoir. Je me garderai bien de vous; & ferai si bien, que vous jugerez que je suis assez docte. Or a n'est-il pas vrai? ne me voulez-vous pas attrapper sur la quintessence? Je vous satisferai, & vous la montrerai au doigt & l'oeil. NICANDER. Il est vrai, notre ami, c'est-l; & je voulois considrer si votre analogie seroit parfaite. L'AUTRE. Mort aux rats, aux souris & aux gupes, c'est s'y entendre cela, comme un rossignol crier de la moutarde. Or l, laissez-moi achever; mon analogie sera parfaite; coutez, j'ai repris mon propos par le bord de sa robe. _Fin du Tome premier._ End of the Project Gutenberg EBook of Le moyen de parvenir, tome 1/3, by Franois Broalde de Verville License: Share Alike