Produced by Laurent Vogel, Guy de Montpellier and the Online Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This book was produced from scanned images of public domain material from the Google Books project.) LE MOYEN DE PARVENIR. _NOUVELLE DITION._ Augmente d'une Table sommaire des Chapitres. _Caritas inter jocosve regnat Moria._ TOME SECOND. A LONDRES. M. DCC. LXXXI. [On a recopi, dans cette version lectronique, le sommaire de ce tome second, tir du tome premier de l'original papier.] _SOMMAIRE_ DES CHAPITRES. _TOME SECOND._ I. Il continue sa dissertation, & se jette un peu sur la friperie des parvenus, & de la faon de parvenir dans ce monde de dsordre & de dissolution. _Plaisant parti d'un domestique_, p. 6. II. L'histoire de Quenault & de sa serpe est coupe de diverses instructions trs-profitables. On y voit la diffrence d'une femme de par dieu, d'avec une femme de par le diable. Sermon du cur de Busanois, divis en trois points. _Le conte de Quenault & de Thibault_, page 7. _Sermon en trois points, du cur de Busanois_, p. 10. III. Devoir des prlats prescrit sous le voile de la plaisanterie: _castigat ridendo mores_. Conte sur le proverbe, n'avoir ni rime ni raison. Cette section est remplie de factieuses aventures sans rime ni raison. La cruche de malvoisie prise pour un lsard, par des femmes ivres de vin. Bible hbraque prise pour un livre de magicien par un prtre, &c. _Conte du ministre qui avoit rime & raison_, p. 14. _Conte de la malvoisie_, p. 16. _Conte du pseautier hbreu pris pour livre de magie_, p. 19. IV. Origine de la bonne eau pour faire la bonne double-bierre d'Angleterre & de Flandres. Miracle de la Gousson toujours ployant du linge, & de la Le Page toujours pissant, l'une pour avoir bien reu un besacier, l'autre pour l'avoir rebut. _Ruisseau faire la forte bierre_, page 20. _Conte de la Le Page & de la Gousson_, p. 23; contin. p. 24. _Interrogatoire de matre Pierre_, p. 23. _Propos de pisseurs_, p. 28. V. Aventures plaisantes de plusieurs pisseurs. Platon moquant & moqu. Pourquoi le _cela_ de l'homme a besoin d'aide pour pisser, tandis que celui de la femme va tout seul. Minimes & capucins tourns en ridicule. Allusion du mot de Joseph l'antiquit des minimes. Description de la sphere en termes estropis: (c'est srement dans le _Moyen de Parvenir_, que ces gens d'un esprit si sublime de notre siecle, ont trouv le style des parades, & ont voulu nous dmontrer par solide argument, qu'il y avoit plus d'imagination composer la plus mauvaise des parades, qu' faire Cinna ou Mrope). Conte de Chabert & des trois filles, qui il demande une rponse de chacune sur le droit d'anesse de la bouche ou du chose. La section finit par une question, dont le titre de la section suivante fait la rponse. _Aventure de Platon & de Prdicat_, page 30. _Bonne logique d'une chambriere_, p. 32. _Plaisante origine des minimes_, p. 34. _Description lgante de la sphere_, p. 35. _Conte des trois filles_, p. 36; contin. p. 37. _Propos d'un cur & d'un charpentier_, p. 37. _Question d'une chambriere_, p. 38. VI. Sapho commence babiller, & elle en conte faire mourir de rire ou de honte. Dissertation de Nostradamus sur les culs, qui est termine par les prudentes rflexions concluantes d'Hypocrate. Histoire d'Esculape, qui voyoit le jour par le trou du cul de sa femme. Plaisanterie sur les femmes Allemandes de ce temps-l, & qui pourroit trs-bien convenir aux femmes Franoises de ce temps-ci. Satire contre ceux qui annoblissent leurs noms par des _du_, _de_, _le_, &c. Origine du proverbe: _s'il a bon coeur, qu'il mange de la merde_. _Conte du cul de la femme d'Esculape_, p. 42. _Changemens de noms_, p. 44. _Conte de Stace avec la femme peteuse_, p. 45. VII. Comparaison de l'outil des femmes avec des fves, qui ont la raie noire & le bas contre mont. L'conomie mene loin, puisque trois fves semes ont fait le mariage d'une fille. Fve des gteaux des rois tourne en ironie. Avarice des avocats reprise par le conte d'une femme dont on n'avoit fait le poil que d'un ct. Le marinier de Quilleboeuf ne reconnot plus sa femme, parce qu'elle se l'toit fait tondre. _Trois fves qui font le mariage d'une fille_, p. 47. _Conte de la femme moiti pile_, p. 48. _Obstination d'un marinier_, p. 49. _Disputes de deux maquerelles_, p. 50. VIII. Dissertation sur les fillettes, dont la conclusion est de les distinguer en trois sortes. Comme on doit faire cas des larmes & du dsespoir des filles de joie. Plaisant conte sur un homme qui appelloit le _comment a nom_ de sa femme un gardon. Origine de la solution de continuit; Mercure couturier des ventres des hommes & femmes; trop ou trop peu de fil fait la rosette ou la boutonniere. Exposition des vritables sept merveilles du monde. Diffrence entre vrit & raison. Le conte du beurre de la Solde, qui est interrompu par des propos factieux. _Lamentation de putain_, p. 51. _Femme qui montre son cela, sans y prendre garde_, p. 52. _Conte de jeune femme & vieux mari_, page 53. _La couture des mles & femelles_, p. 54. _Le beurre net de la Solde_, p. 57; contin. p. 60, contin. p. 61, fin. p. 63. _Propret des femmes_, p. 57. _Caractere des moines_, p. 58. IX. Le conte du beurre de la Solde continue dans cette section, toujours avec quelques parentheses joviales, & il est bon de remarquer que c'est toujours la belle & sage Sapho, qui, depuis la section VI, tient impitoyablement le dez des propos polions. Caton disserte sur le bon ge, & avance que le _cela_ des hommes est plus fort dans la vieillesse que dans la jeunesse, parce qu'tant jeune une main le conduit, & que dans la vieillesse deux ont peine le guider. Satire contre les chanoines & les mdecins, & bon mot sur l'aumuce. Eloge du livre fait par un pote, & confirm par un prophete. _Emploi d'un contrat de mariage_, p. 60. _Exprience de Sculpture_, p. 63. _Conte du mdecin_, p. 65. _Mot double entente_, p. 67. X. Question embarrassante rsoudre pour un homme amoureux de sa libert. Diffrence entre farine & bran. Songe du pauvre paysan. Origine du proverbe, _afin que le bon homme ait son sac_. Quelques-uns des convives qui toient sortis pour faire place un verre de vin, rentrent. Socrates parle & est moqu ds le premier mot. Ridicule jett sur ceux qui grassayent en parlant, par bon air, ou pour ne pas se fendre la bouche. _Le revenant_, p. 71. _Conte du sac du bon homme_, p. 72. _Rponse humble d'un valet_, p. 73. _Propos naf d'une fille_, p. 75. XI. Origine des bossus: enfilade de propos burlesque au premier calibre. Raison pourquoi l'on salue quand on boit. Reprise, en-dessous oeuvre, de l'loge de ce livre, & prophtie inintelligible sur sa destine. Enthousiasme furieux contre les critiques & les dvots. XII. La langue franoise est riche en termes de chouserie. Dissertation sur le _Pheros_ ou ambrosie des dieux, & sur la nourriture des ames. Interprtation du mot _apprendre_. Conte fort plaisant ce sujet. Maniere de faire des barbes passes sous la meule, & plaisanteries sur les barbes faites. Conte de la femme du procureur, accouche d'un maure, & de la navet du procureur avec son critoire. _Conte du bonnet tomb_, p. 83. _Bonne leon d'une vieille servante_, p. 85. _Conte du moulin barbe_, p. 87. _Chanoine pris par son propos_, p. 88. _Conte de l'critoire du procureur_, p. 89. XIII. C'est ici ou se dveloppe le grand mystere du menton ras des prtres. Conte sur Hugonis, suivi du conte de la sage-femme qui vient accoucher un garon. Erasme s'tend sur les polissonnes invectives dont il avoit accabl un docteur. Secret de sentir l'hrsie. Pays de papefiguire, ou l'on est toujours gras & vigoureux comme un _moine_. _Plaisante rponse d'un homme gras_, p. 93. _Le jeune homme en couche_, p. 93. _Quiproquo d'un domestique_, p. 94. _Nom tronqu_, p. 95. _Conte de la dispute d'Erasme_, p. 95. _Plaisant jugement_, p. 96. _Description du pays de papimanie_, p. 99. XIV. Moeurs de ce pays de bonne sant. Termes amphibologiques; Cardan & Jamblique disent quelques bourdes sur les succubes & incubes. Satyre contre ces faux-dvots qui veulent que le diable soit le pere de nos passions & de nos plaisirs, & qui en refusent la prudence la divinit, & l'honneur l'homme. Les hommes font tout dans le travail amoureux, les femmes ne font que prsenter l'cuelle. Conte de l'crevisse attache au bord de l'cuelle d'une femme par une patte, & la lvre suprieure du mari par l'autre. _Eloge de la vis des tuileries_, p. 100. _Conte de l'crevisse au bord de l'cuelle_, p. 103, contin. p. 104. _Les beaux sont les gros_, p. 105. XV. Cette section commence par le plaisant conte de Jean Laille, qui mit sa machine faire pauvret dans une souriciere ressort, croyant tre dans un urinal. Sa plaisante insolence avec une chambriere. _Conte d'un moine pris en partie, comme une souris_, p. 108. XVI. Dissertation sur la poudre de projection. Ridicule texte d'un sermon. Gaillarde maniere de dfendre son bien, mise en usage par un moine, contre deux voleurs. Explication de certains sobriquets; chose qu'on ne prendroit pas pour un fagot, moins qu'on ne le dise. Vritable explication du mot _quasimodo_, & de quelques autres intressans bien savoir. Termes de biensance devant les gens qualifis tourns en ridicule. Malheur d'une pauvre femme qui a pous un cocu. Maniere d'tre pouss. _Sermon dont le texte est plaisant_, page 110. _Conte du moine & des voleurs_, p. 110. _Conte du fagot_, p. 112. _Le mot _quasimodo_ expliqu_, p. 113. _Secret pour tre pouss_, p. 116. XVII. Madeleine en dgoisse & fait des contes libertins perte de vue; cornes des femmes sont les ongles. Qui ne prend pas plaisir, n'est pas putain. L'attention regarder, fait qu'on est vol; exemple de l'ne du paysan. Les femmes changent entre les mains de certains maris. Faon subtile de se confesser. Les bons avis ne sont point rebuter. Valeur du terme de chausse-pied de mariage. _Conte canonique d'un homme & d'une femme_, p. 117. _Conte de l'ne vol sous son matre_, p. 120. _Confession d'une femme_, p. 121. _Bon avis d'un galant homme_, p. 124. XVIII. Le plaisant tournevis ou vilbrequin. Grand commentaire sur les cocus cocuans & cocus, propos de la chose la plus imparfaite. Le cocuage est plus grand miracle que la pierre philosophale, puisqu'il s'opere en l'absence des sujets sur qui il est fait. _Conte des hommes visss_, p. 124. _Conte de la courtisanne Conscience_, page 130. XIX. Le bon prdicateur fait bonnes moeurs; exemple d'un qui dtournoit ses auditeurs de tout vice. Le commentaire sur cocu & cocuage reprend & continue de plus belle. La navet de la dame de compagnie de madame l'amiralle, vient gayer. (_Nota._ Dame de compagnie, auprs des dames de haut-parage, est mme chose qu'_esprit_, auprs de leurs maris. On dit: monsieur D. est l'_esprit_ du duc D.) _Conte des prdicateurs ennemis des paillardises_, p. 134. _Navet de la belle Dubois_, p. 137. XX. Disputes de savans, richesse des langues vivantes. Nouvelle loge de ce livre, & crainte sur l'abus qu'on en fera. Les moines sont si libertins, que leurs prieurs s'en scandalisent: le moyen d'y mettre remede: Plaisant franois de Margot. Les putains jurent toujours _vrit_ & _honneur_, (serment sans consquence.) _Vrit dans la bouche d'une Normande_, p. 145. _Conte du Prieur de Marmoutier_, p. 146. XXI. Sage politique exerce dans la ville de Lubec, pour les vibaniers & conbaniers. Faon d'essayer, aussi connue aujourd'hui Paris qu'_in illo tempore_ Lubec. Alcibiades crie, jure, blasphme, se radoucit, pour prouver par sentimens son got antagoniste des femmes. _La ville de Lubec_, p. 148. XXII. Madame raconte une histoire, dont le commencement & la fin prouvent qu'elle toit franche putain. Certitude de cocuage aux maris dont les enfans ont cheveux de deux couleurs. _Conte de l'origine du putanisme_, p. 155. XXIII. Explication du terme de _putain_, faite par plusieurs, & termine de main de matre. Mots qui autrefois toient loge, aujourd'hui sont injures. Satyre sur les chambrieres de prtres, chanoines, curs, &c. &c. &c. Trois choses sont viter; trois voeux faire. Satyre contre la justice & ses administrateurs. Origine du proverbe de _fesse tondue_. Cette section & ce volume finit par le conte de l'guillette, & par une rflexion fort sense, pourquoi les moines sont appells _bats peres_. _Stupidits ou distractions d'un prince ultramontain_, page 163. _Conte de la fesse tondue_, p. 162. _L'guillette noue et dnoue_, p. 168. _Le Chanoine dupe_, p. 170. XXIV. Quittant la thologie & les thologiens, les convives s'tendent sur les quatre vertus cardinales; rire, manger, boire & dormir. Il faut toujours se tenir en garde contre ceux qui viennent de loin: croire aux miracles de Paracelse, c'est avoir un grand fond de soi, satire contre ce fameux alchimiste. Transition heureuse d'un vque un soufflet; dissertation sur l'origine des mitres. XXV. Invectives contre les prtres sous le titre d'hirarchie de double linge. Asclpiade attrap par une fille de chambre de madame de Combardavit. Les nonnains sont les perdrix du monde, & les chanoines en sont les faisans. Bonne sentence mettre sur l'entre de chaque maison. Conduite de Jean Dissolez, moine & voleur de poires. Origine du mot _tu autem_. Sarcasmes contre les moines, & dfinitions intressantes, qu'il faut lire, sans m'obliger de les crire. Conte de Ferrand & de Margeou, deux moines. _Conte d'un page attrap_, page 177. _Jean Dissolez, voleur de poires_, p 180. _Aventure de Ferrand & Margeou_, p. 183, continue, p. 192. XXVI. Raison solide des voyages de moines par deux. Le trouble se met dans la conversation. Musique plaisante d'un homme sandales. Les deux moines en fonction: origine du proverbe de la chape l'vque. Bon avis ceux qui portent soutanes dans des cas presss. Le conte de Ferrand se reprend & se termine. _Musique d'un moine_, page 188. _Les deux moines en fonction_, p. 188, continue, p. 191. _Origine du proverbe de la_ chape l'vque, p. 189. XXVII. Les femmes de sergens ne sont pas des plus sotes en amour. Jeu de gripeminaud sans rire. Conte de Jacques Adriot & de sa femme: on a crainte de le raconter, parce qu'il y a dedans un peu de prtre. Saillie naturelle d'une prsidente. _Histoire d'une femme de sergent_, p. 194. _Conte de Jacques Adriot_, p. 197, contin. p. 198. _Plaisant mot d'une prsidente_, p. 198. XXVIII. Bon secret pour fixer un mari; les femmes sont anges l'glise, diables la maison, singes au lit. Conte de la femme d'un huissier. Dissertation forte & chaude sur le joujou du mnage. Conte des religieuses de Poissi; plaisante faon de dcliner un adjectif. Il n'est que femmes pour bien juger des choses. _Conte de la femme d'un huissier_, p. 200. _Conte des religieuses de Poissi_, p. 203. _Conte sur le mot groseille_, p. 204. _Rsolution acadmique de trois nonnains_, p. 205. XXIX. La religieuse qui croyoit tre devenu bte, se corrigea bien de sa stupidit, & fut en tat vingt-quatre heures aprs, de donner leon. Alain Charrier, tourn en ridicule sur son style gonfl & inintelligible, reprend son conte comme il peut. Aveux indiscrets de femmes confesse. Les noms gnriques se font mieux entendre, & la preuve est dans cette section. Ronsard & Baf se disent quelques dures vrits. Remarque sens sur les femmes avares de beurre dans les sauces. Faon d'un cur d'imposer silence. _Le conte de Nabuchodonosor_, p. 207, contin. p. 209. _La confession sincere_, page 214. _Conte d'une femme avare de beurre_, p. 218. XXX. La premiere loi d'un tat, c'est d'tre soumis aux volonts de son prince. Excs de mmoire de Broalte. Satire sur la vnalit des charges, & rflexions trs-judicieuses sur les contrarits du siecle. Conte du chaudron. Qui jure pour rien, devroit bien jurer pour quelque chose. Menot le grand prdicateur donne les principes d'une morale furieusement relche. Histoire du fromage mou & de l'aveugle. _Femme soumise aux volonts du roi_, p. 220. _Conte du chaudron_, p. 223. _Le fromage mou & l'aveugle_, p. 228. XXXI. Histoire de la mule de Rabelais, prise pour le cheval de l'antechrist. Le mulet de Gravereuil & ses farces. Effet horrible d'un appareil mis sur une blessure. _Le cheval de Rabelais_, p. 229. _Conte du mulet_, p. 231. XXXII. Le ministre encav, & retir par la servante de l'htellerie. Proverbes sur l'inutilit de la paillardise des vieillards. Diffrence de putain fille entretenue. La franchise se trouve par-tout, jusques chez les gens de cabaret. Dissertation sur les femmes de bien. Conte de la huguenote en colere. La dissertation continue de plus belle. Avicenne & Lycofron aux prises. Origine du nom de mignons aux chanoines. _Le ministre en cave_, p. 238. _Franchise d'un htelier_, p. 242. _La huguenote en colere_, p. 244. XXXIII. Bon avis d'un mdecin. Qualits de chair d'une fille & d'une femme. Conte de l'poussete de deux faons. La servante prudente dans ses souhaits. _Conte de l'poussete de deux faons_, p. 251. _Prudence d'une servante dans ses souhaits_, p. 255. XXXIV. Rflexion d'un cur publiant des bans. Navet de neuves maries. Egrillardise du cur paillard bien puni. Conte du jardinier & des prunes. _Bans publis_, p. 256. _Cur grillard puni_, p. 257, continue, page 259. _Le jardinier & les prunes_, p. 258. XXXV. Propos dissolus de moines prchans. Conte du _thuribulum_. Quelques explications de phrases latines. _Le conte de_ thuribulum, p. 266. LE MOYEN DE PARVENIR. PARLEMENT. I. Je sais qu'il y a un autre univers que Dieu a fait. Mais nous; _id est_, nos peres, les hommes & femmes, en avons fait un autre plus accompli, si Aristote dit vrai. Ne dit-il pas que les femmes sont plus parfaites que les filles, parce qu'elles sont dpuceles, & qu'ainsi elles ont une forme acquise plus notable & excellente qu'auparavant? Dieu fit la fille, & l'homme l'a faite femme. H bien, voil pas les hommes qui font bien des choses plus accomplies? Ainsi est-il du monde de piperie plus accord, plus joli, plus parfait, plus dlicat, & mieux sentant son bien que le premier. Et qu'y a-t-il de remarquable? Une quintessence cleste, direz-vous. Vraiment, vous avez raison, votre ne pette, & au ntre qu'y a-t-il? Quoi, qu, qu? Une quintessence plus profitable, plus pntrante, plus glorieuse, plus intelligible & plus vivifiante: les sages & les parvenans l'ont reconnue, & l'ont apprise plusieurs. Ceux qui ont t plus subtils, & ont reconnu les quatre lmens de piperie, extraits ainsi de la supposition ecclsiastique, judiciaire, mdecinale & trafiquante, ont tch y entrer pour parvenir: aussi n'y a-t-il point d'autres moyens cet effet, outre ceux-ci, qu'un qui est la vraie quintessence, selon laquelle plus aisment, & avec moins de peine, on gagne davantage; ayant plus loisir & plus grand profit. Et c'est ceci qui se remarque en tous ordres, o le moyen de parvenir est propos, auquel, comme en toutes vacations, ceux qui font le plus de bruit, ont le plus de soin & de peine; s'avanant en plus de travail, gagnent le moins: & par consquent ceux qui sont les plus accommods ont moins de sollicitude, & avec moins de difficults emportent plus de profit. Ceci observ de siecle en siecle, parce que les vignerons ne boivent pas le bon vin, les miniers ne possedent gueres d'or, encore qu'ils le serrent en grands labeurs, sans que pour le prparer, il leur demeure s mains. Il n'y a que maquereaux pour tre ais, d'autant qu'ils entendent aussi les matieres. Le grand Alexandre n'avana jamais qu'un voleur, un maquereau & un tratre. O belle chose imiter! L, l, passez & touchez; (votre ne a piss) il est avenu que les gens de bon esprit ont trait la quintessence, non comme ces tristes enfums, qui le plus souvent ont plus de trbillons que de testons, desquels le cul parot pour mieux souffler; mais en habiles, savans & industrieux attrapeurs de commodits. Et de fait, ils l'ont trouve, savoir s finances, o se pratique, non par transpiration imperceptible, mais par emplissement naturel, le plus saint, magnifique & commode secret d'amasser. Le diantre y ait part, j'ai t de tous les honntes mtiers du monde, hormis de cettui-l, & professeur en folie. De venir aux finances, il n'y a plus moyen ceux qui ne les pratiquent d'heure. Quant l'autre, j'tois hier en pense de m'y faire passer matre, comme un de vous autres; mais encore qu'il n'y ait personne, qui et plus d'envie d'tre fou que lui, parce qu'aux fous tout est permis pour rire; si ai-je quelqu'honneur qui m'en empche: aussi n'oserois-je sauter ce bton de peur de perdre les bonnes graces de ma matresse. Toutefois je vous proteste que, s'il y avoit autant d'honneur qu'aux folies d'tre chancelier ou premier prsident, ou de telle autre qualit de fous qui foussoient les autres fous, il n'y auroit gueres de bons esprits qui ne fissent parotre que, _quisque abundat in suo sensu_, c'est--dire, chacun est, sera, ou est dit, ou deviendra, s'il ne l'est, fou par la tte. Or notez, amiables freres, & dressez les oreilles, comme la queue d'une vache qui mouche, que je vous ai dclar la vraie matiere, & la juste quintessence, dont le magnifique usage est tel, que l'on vient, en l'obtenant, bout de toutes entreprises; on l'obtient, en l'ayant, ce qu'on pourchasse; & on fait ce qu'on veut. Parquoi, vous avez en somme succintement tout du long, proportionnment au petit pied, & sans allgories, les lmens, principes, fondemens, raisons, rsolutions, vidences, puissances & causes de parvenir tout du long, l'usage de Genve, imprim Rome, & sans rien requrir, comme une quille de beurre frais. BIAS. Vous ne faites que parler de parvenir, sans possible en savoir la pratique, quoi peut-tre vous tes stil, comme un ne jouer du flageolet. Voudriez-vous bien dire que vous l'eussiez de la sorte que je l'ai, qui porte tout mon avoir avec moi, de peur d'avoir bien faute de poux; & qui sais, comme me le font accroire ces Crisotechnes, cette belle science qui rend riches? L'AUTRE. Je me suis tant amus vos fadaises de sagesse tant jeune, que j'ai laiss passer les oiseaux. Par mon serment, si jamais la paix est faite, j'irai la guerre aussi-bien que les autres. Croyez que, si j'eusse su maintenant, je fusse dedans; & cette heure que je sais le secret, on se dfie de moi. Que male foire embrene le nez de ceux qui m'ont fait perdre le temps; que cent coups de cornes au cul leur dchirent le fondement; que puissent-ils devenir cocus, aprs le trpas de leurs femmes de bien. Je gage que vous ne savez ce que je veux dire; [ni moi aussi, dit Chipon, quand il perdit le manteau de son matre. Je gage, dit ce seigneur, que ce coquin a perdu mon manteau. Gagez, monsieur, vous gagnerez. Le paillard l'avoit dtourn, pour s'en approprier. LYCURGUS. Ce fut un moyen de parvenir.] Voil, il y en a qui parviennent diversement; les uns, sans y penser; les autres, par artifice; aucuns, par danger; quelques-uns, rencontrant d'un en cherchant d'autre; aucuns, courant comme ils attrapent quelques autres en dpit d'eux; & s'en faut rapporter aux exemples, ainsi qu'une truie qui avorte. BODIN. Voil de belles maximes, & desquelles je pourrois tirer beaucoup de science; j'plucherons, en passant, ceux qui parviennent. VERSET. II. Il y en a infinis qui ne savent pas leurs lmens; & s'ils les savent, c'est par grand piti de hazard & routine, & trop souvent par fausse entente, ainsi qu'il avint Quenaut, qui se promenant un jour vers le colombier, & voulant passer une haie pour aller au travers, il coupa une branche avec son outil, qui lui chappa dans l'enclos du jardin. L toit le matre du jardin avec sa femme de par le diable. PINAUT. Qu'est-ce dire? CHILO. Que d'interruptions! Voil grand cas qu'il faut passer jusques en Grece, pour savoir _sa femme de par le diable_. C'est--dire, sa garce en franois, comme si vous disiez une femme de prtre en rvrence. Les gens du monde, les gens du siecle sont maris de par dieu; & ont des enfans de par dieu; & les autres en ont de mme, mais c'est de par le diable, qui sera le mnestrier vos dernieres noces. La sienne tant donc avec lui & ses enfans, Thibaut, son gendre, qui avoit pous sa plus grande fille, qui toit belle & dsirable, comme un jeune cheval qui sort d'apprentissage, ils devisoient se devisant prs la peinte archidiaconalement. Quenaut, qui ne savoit rien de cette compagnie, parloit assez haut, rpondant son compagnon, qui lui reprochoit sa longue demeure, & s'il avoit repris sa serpe, & disoit: je l'aurai, je la vois. Thibaut, qui ouit ces mots, croyant qu'on parloit de sa femme, qui peut-tre aimoit l'amble, (comme tant de nos soeurs, dieu merci, & vous qui a fille de femme de plaisir) tout en colere, vint vers le lieu o il oyoit cette voix, & faisant le fendant, rpond: toi, tu l'auras, toi, pance de boeuf? Non, auras pargoi. Si aurai, dit Quenaut. Tu auras menti, par la double tigne qui te puisse coffer. Mais toi, ou le diable t'emportera. J'ai bonne pe. Si ai bien moi. Sur ces propos, Quenaut s'avanant, vit Thibaut, lui dit: que diable tu te fais de peine! Et que te faut-il de tant jurer pour ma serpe qui est chute en ton jardin? Je te fais grand tort de la vouloir ravoir? Si j'ai fait dommage, demande-le moi, ou sors & nous battons. Je ne te demande que ma serpe; que prtends-tu? L'autre l'oyant lui dit: prends-l, si tu veux; qui t'en empche? Tu as peut-tre tant bu, que tu es fch d'autre chose. Voil comme ils parvenoient tous deux. CLEOBULE. Vous impliquez contrarit. Nous n'aurons meshui fait. Cette canaille de sages nous fera devenir fous. Au diable l'importunit de ces pdans. Je suis perdu, puisque vous en venez-l. Si est-ce que je crois que je suis homme, si ceux qui sont faits comme moi le sont; encore ne sais-je si je suis mle ou femelle. S'il n'y a un autre devant moi, & qu'en ttant, je compare pour savoir ce qui en est, & lors me trouvant gros de rsolution, parce qu'elle n'appartient autre animal, je vous dirai des choses que vous ni moi n'entendons, ni entendrons, ni n'avons entendus; ou je me tairai, comme fit le Cur du Busanois, qui dit: je vous prcherois aujourd'hui; mais nous n'avons pas le loisir. Toutefois je vous dirai un bout de sermon, que nous diviserons en trois parties. La premiere, je l'entends & vous ne l'entendez pas. La seconde, vous l'entendez, & je ne l'entends pas. La troisieme, ni vous, ni moi ne l'entendons. La premiere, que j'entends, & vous n'entendez pas, c'est que vous fassiez rebtir le presbytere. La seconde que vous entendez & que je n'entends pas, c'est que vous entendez que je chasse ma chambriere, & je ne l'entends pas. La troisieme, que vous ni moi n'entendons pas, est l'Evangile d'aujourd'hui; parquoi, n'en disons mot. Adieu. PITTACUS. Que direz-vous? CLEOBULUS. Je vous dirai vos vrits malicieuses, si je parle; & si je me tais, je ferai dmonstration que vous n'tes que pleins de vent & de nant. PITHOU. Quant moi, voyant bien que vous me voulez donner le trait pour vous piquer, je vous dclare que je ne sais rien que tout le monde ne sache, ou pis; aussi je me contregarde si bien, que je n'offense que Dieu & le monde. Et si je vous dirai que je ne peche que par plaisir; c'est que je suis amoureux des femmes & des filles. Ce que j'en fais, c'est pour naturaliser & parfaire les symboles d'ternit, n'y ayant plaisir au monde semblable celui de la chouserie: foin, de par le diantre, foin. PELICIER. Ne le flattez point; nommez le diable tout--fait. JAMAIS. III. Jamais ces gens, qui font tant la petite bouche, ne furent qu'hipocrites. Ils jurent _par ma finte_; ils n'osent profrer le mauvais; ils ne savent dire les choses par leur nom: & cependant leur coeur est plein de dception & tromperie, d'autant que leur ame symbolise leur bouche, Tu... GAZA. Bien donc, l, ne nous dtournez plus, & n'en parlons plus, de par le diable, sans blasphmer. Bran, vous n'en faites que causer, c'est assez. Pourquoi? QUELQU'UN. Parce que l'on fait des rponses qui ne sont pas bonnes. Pensez la belle chose que c'est, de mettre des ignorans au rang des doctes. C'est pour avoir de belles interprtations. Si je n'avois peur d'tre cause que plusieurs blasphmeroient, je vous conterois une infinit d'interprtations que les Cordeliers m'ont apprises. Or, bien que nous fassions ici mine de rire, si le disons-nous la honte de ces dpouilleurs d'andouilles pour les nettoyer, & qui nous voudroient reprendre, encore que toute leur vie soit confite d'actions impudentes. Vous, Prlats, qui voyez comme nous faisons ici les fous en dcouvrant les folies, faites-les cesser, corrigez les fautes, dtournez les impits, tez les mauvaises coutumes, minez l'ignorance; & les oeuvres d'icelle s'couleront. Sachez que ce volume est fait pour vous jetter la paille en l'oeil, afin que vous abbatiez la simonie. H bien! diront-ils, on ne baillera plus d'argent pour les bnfices; on n'entendra plus les critures. Ce n'est pas-l le mal; il faut faire des prtres, qui ne prennent point d'argent, pour distribuer les sacremens, & autres oprations ecclsiastiques. SOCRATE. Or l, fendez, frappez, tirez, faites de belles dfonades d'entendement; il n'y a plus moyen de vous tenir. Cent mille petits diablotins de de & del les monts, qui vous extravaguent, vous puissent casser des noix; que la gorge vous coupe le cou, il n'y a ni rime ni raison en votre fait. LERI. J'aimerois autant les habitans de Versoi, du temps que la parole toit de l'Evangile, lesquels avoient un Ministre, qui sans cesse leur reprochoit leur ignorance & indcence de moeurs, leur reprochant qu'il n'y avoit ni rime ni raison en leurs affaires; & si souvent leur tint ces propos, qu'il en devint fcheux; tellement que la visitation tant, ils demanderent un autre pasteur; & ce avec grande instance, disant que cetui-l leur toit insupportable. Le Consistoire averti, tant de la simplicit de ce peuple, que de la faon du Ministre trop rude pour agrer ce petit troupeau, leur en adjugea un autre qui fut averti. Celui-ci les prcha quelque temps par essai, puis pour l'tablir absolument, il fut question d'assembler les habitans, pour savoir si ce nouveau venu leur seroit agrable. Ce qu'tant fait, & un de la compagnie des habitans tant dlgu pour parler au Ministre, & lui faire trouver bon qu'il demeurt, lui dit: Monsieur, vous tes agrable tous nous autres, tant parce que vous tes bel homme, que principalement cause qu'il n'y a ni rime ni raison tout votre fait. L'AUTRE. Ainsi en est-il de ce livre, qui jadis fut fait en belle rime croise: mais celui qui l'a transcrit, sans y aviser, mlant ce qui toit de & del, a fait qu'il n'y a ce semble, ni rime ni raison en apparence, non plus qu' l'lection d'un Cardinal de ce temps, selon l'ordre hirarchique du bon temps, que l'on s'alloit cacher & jetter dans les puits, de peur de devenir Evque, pour la peine & labeur qu'il y a. Qu'ainsi vous en puisse avenir, Monsieur le Commissaire, qui tes venu rformer les pavs qui usent trop les souliers. Je m'enquis de cette histoire du Ministre, passant par-l, d'autant que je ne veux rien dire, ni prsenter, ni ouir, s'il n'est vrai. Si vous vous en souvenez, Monsieur de Pise, nous allions une Diete en Suisse; & lors j'tois avec Mylord Bochow, lequel le Baron de Tierci, parce que _baccon_ Genve signifie du _lard_, le nommoit _Monsieur du Lard_? Comme nous soupions, je donnai notre Prlat d'alors une tte de poulet; & par honneur, j'en prsente une fendue de mme au Baron de Kitblitz, Allemand, alquemiste. Il me cuida humer la vue avec les yeux, & manger le blanc du cul, tant il me regarda creux, comme si je l'eusse estim sans cervelle. Ce ne fut pas tout. On n'y ose demander de malvoisie; c'est propos de la morue rouge d'Ablis. Les femmes des pcheurs de Versoi toient alles Geneve, (qui est le Paris de ce pays-l; c'est pourquoi le Duc de Savoye la voudroit avoir, pour faire le Roi) elles y avoient port leur poisson, qu'elles vendirent fort bien; aussi toit-il jene: & de fait, on s'escrime de jenes en ce pays-l avec un bton deux bouts, en disant que de se frotter d'une peau de jambon sans la savourer, est plus mritoire, que de se crever de poisson. Ces femmes avoient fait grand gain, parce que dja on surfait la marchandise en ce pays-l; & des Allemands avoient achet leurs denres leurs mots beaux quarts comptant, sans l'autre monnoye. Cette joie fut cause qu'elles s'accorderent de bere in peu de malvesia; & allerent en un cabaret, prs la Fusterie, o elles eurent ce qu'elles demanderent pour de l'argent, (cela s'entend aussi bien qu' Rome. Qui a nez pour sentir, qu'il flaire.) Elles s'en trouverent si bien, qu'en cet aise elles redemanderent de cette bonne liqueur; ce qui fut tant poursuivi, qu' la fin, & gain, & fonds, tout y alla; & encore quelque bague d'argent six tours demeura pour gage avec les plates. Tant que le bon got & les vapeurs durerent, elles ne se soucioient de rien. Ainsi gaies & gaillardes, elles s'en retournerent. Ayant un peu pass la franchise, & trouv un endroit de belle verdure, (c'toit en t) elles s'aviserent de dormir un petit, qui dura jusqu' presque soleil couchant, qu'une se rveilla qui rveilla les autres. Cette premiere, encore toute tourdie, avisa une bouteille verte, qu'une d'elles avoit emplie d'huile avant boire, elle s'cria: _ di, comera la Guernera, vede; vede vo le gro lizard ver?_ De cela, les autres pouvantes se leverent; & toutes ensemble, comme cette-l, belles pierres, se mirent lapider cette bouteille; & la bouteille se cassant, elles disoient, l'oyant casser: _les ous se cassent_; & puis, l'huile pandue, disoient; _c'est le velain qu'il rend; vees commi il mode_. Depuis ce temps-l, la malvoisie a t si bon march, que qui en demande Versoi, en a pour soi & pour sa charte de beurre frais. CONTERI. J'attendois que vous parleriez de ce petit ruisseau que nous passmes avec cette compagnie-l, quand nous y fmes pour les affaires des ubiquitaires. Je me souviens qu'ayant pass le pont de beurre, Curion, notre hte de Basle, nous fit baisser, pour voir ce ruisseau tant clebre. (Le seigneur Chevalier, grand Hbreu, & si savant qu'il en toit bossu, a mis l'histoire dans le Talmuld, qu'il a revu, quand nous le faisions imprimer Basle. Je le vous dirai; aussi-bien il n'y a personne qui ne le sache; & c'est pour vous montrer que j'ai de l'esprit, & que je m'entends l'hbreu, comme une pie tendre du beurre frais sur du pain. Quand j'en faisois leon, cela alloit la balance, comme un chat qui pese des doublons en une bouteille. Mme, s'il vous souvient, je le vous dirai en notre langue, pour survenir ceux qui n'entendent pas le chrtien. Un jour, pour faire le mignon, j'avois en l'Eglise mon Pseautier en Hbreu, o je lisois ne plus ne moins qu'un singe qui pluche des noisettes vertes. Je devois dire la leon; je laisse mon livre & m'en vais au lutrin. Si-tt que je fus descendu de ma chaire, notre ami Chastin prit mon livre, & l'ouvrit: mais aussi-tt il le laissa & se retira de-l, allant se plaindre aux autres chanoines, que je tenois des livres mchans; que j'tois magicien: & que je ne portois l'Eglise que des livres prophanes, comme une bible, & autres de telle farine. Par dpit, je dirai mon histoire en langage que tout le monde entendra, s'il s'y connot: je la dirois bien tout autrement; mais je n'y entends que le haut Allemand; il est trop froid; cela ne seroit jamais fait). PASSAGE. IV. Es pays d'Alsassie, en un endroit assez beau, [si vous n'y avez t, cela ne vous servira de rien de vous le dcrire, parce que vous n'y connotrez rien; & si vous y avez t, c'est assez, cela vous importuneroit de le rapporter, sinon allez-y.] L, les dames sont assez libres, mais sages; & pour le bien faire parotre, elles ne pissent qu'une fois la semaine: & c'est au vendredi qu'elles s'assemblent, au matin, toutes par bandes; ce qu'il fait trangement beau voir] & selon leurs dignits, s'en vont en pisserie, comme on va la foire: de quoi elles n'ont non plus de honte, que les femmes de bien, qui montrent l'appanage de leur fessier aux eaux de Pougues. Que c'est que des coutumes des pays! On ne le trouveroit pas bon ici; & l il est dlectable: ainsi qu's villes de Normandie, o plusieurs en leur pochette gauche portent un mouchoir pour le cul, ainsi qu'en la droite un pour le nez. Ces femmes tant arrives au lieu de la pissoire, ou pissotiere, elles se disposent comme les montagnes d'Angleterre, chacune o elle est, y gardant dignits, prrogatives & honneurs, ainsi qu's actes publics & notables, ne plus ne moins que se mettent les chevaliers en leur rang, le jour de leur crmonie. En cette commodit, abondamment, joyeusement, & la copieuse & bnigne dcharge des reins, elles vuident leurs vessies, & pissent tant, que cette riviere en est faite & continue; & de-l les Allemans, Flamans & Anglois font venir la bonne eau, pour faire de la biere, la plus double & du plus haut got. Cela est cause que leurs femmes ne les aiment pas tant, qu'elles font les Franois, d'autant que ces femmes-l pensent que leurs maris leur veulent derechef reverser leur urine dans le corps. Que s'il y a des femmes qui ne savent bien pisser, on les envoie Genve, d'autant que l il y a plusieurs belles coles, o on apprend pisser & chier en public & en compagnie, au grand soulagement des honteux, qui l apprennent perdre la sotte honte qui resserre le boyau culier. Et je vous dirai que ce qu'ils font est, parce qu'il n'y a point de moines en ce pays-l; & partant point de frocs, & par ainsi point d'instrumens de deshonterie. On m'a assur que depuis, ceux d'Amiens en ont dress de belles coles aux Botrues, o l'on fait leon de chierie. DURANTIUS. Vous vous tes quivoqu, sans faillir; mais vous n'avez pas commenc l'origine de cette riviere. Il falloit le dire. Ce que je vous dirai, tir du Zohar, que le bon vieillard Postel a traduit, aprs qu'il eut confr avec un juif qui devint chrtien. Aprs avoir lu cette histoire, laquelle aussi fit rduire quelques huguenots se faire catholiques, aussi-bien que les moines qui s'en firent huguenots; & ce que ceux-ci en ont fait, est pour se mieux entendre en garces. Quant au juif, il l'a fait pour avoir cong de manger du lard & du sal, afin de trouver le vin meilleur. Du temps que les bons hommes [c'est--dire non les minimes, qui sont trs-petits; & jamais bont ne se mit en peu de lieu] alloient par le monde, [je n'entends pas des faiseurs de mines, mais des simples & sages] il y eut un saint personnage, qui, passant chemin, se rencontra Barace, prs de Durtal en Anjou. [Je ne parle pas de matre Pierre, que le prvt des marchaux cherchoit: & l'ayant un jour rencontr, ne sachant pas que ce ft lui, le laissa, ne le connoissant point. Avant que le laisser, il lui demanda: qui es-tu? Je suis un pauvre homme, petit marchand. Comment as-tu nom? Pierre Chaillou, ou Caillou. D'o es-tu? De Durtal. O va-tu? A Rochefort. De quel mtier es-tu? Sabotier. Que diable! tu es dur, il ne te faut plus qu'tre vtu d'une cuirasse, pour t'achever de durcir. CALPIN. Comment diriez-vous une _cuirasse_ ou _corselet_ en latin? C'est, dit frere Jean de Laille, _durabit_. Or taisez-vous; vous empchez l'affaire de ce saint homme. Achevez, monsieur le doguetter.) DURANTIUS. Ce personnage s'tant assez repos sur le bord de la fontaine, avisa le tard; donc il s'en vint au village, & s'adressa chez le Page la dame du logis, priant ladite dame de le loger cette nuit-l, pour l'honneur de dieu. Elle qui toit avaricieuse, comme un financier qui a fait ses affaires, & n'a point d'enfans, s'excusa, & le pria d'avoir pour agrable son refus, qui ne venoit qu' cause que son mari toit chiche & grondeur. Le bon homme passa outre, & va droit s'affraper chez la chambriere de Chiquetiere, nomme la Gousson, de laquelle, lui ayant fait sa requte, il fut reu fort honorablement, & bien trait de la pauvre femme, qui le mit en un bon lit, cette bonne femme. ESCHINES. La bonne femme n'est pas encore leve. DURANTIUS. Taisez-vous; bran: ces potes en veulent toujours aux femmes, qui les affrontent aussi; & cela leur est employ comme fievre en corps de moine. Cette bonne femme donc lui avoit fait du mieux qu'elle avoit pu; & lui, le matin, s'en trouvant bien difi, tant lev & voulant partir, lui dit: madame je vous remercie bien humblement de tant de bien que vous m'avez fait; & vous prie de m'excuser, si vous n'avez autre paiement de moi. Ho, dit-elle, monsieur, vous avez t le bien venu; & le serez toutes les fois qu'il vous plaira venir cans. Ce n'est point l'espoir de paiement qui m'a fait vous recueillir, en cette maison o vous demeurez, s'il vous plat, votre volont. Je vous ferez au moins mal que je pourrai, pour l'amiti du matre que vous servez. Madame, je vous rends graces infinies de tant de biens & d'amiti: je prie le bon dieu qu'il lui plaise de vous bnir; si que la premiere besogne que vous ferez aujourd'hui lui soit tant agrable, que ne puissiez tout le jour faire autre chose. Il partit; & elle, qui n'y pensoit point, l'ayant recommand dieu, se fit apporter un peu de bue qu'elle avoit tendu le jour prcdent, & se mit ployer son linge; & tant ploya, & encore tant ploya, que plus elle ployoit, plus il y avoit ployer & ployer; & ployoit toujours, tellement qu'elle avoit de grands monceaux de toutes sortes de linge, qui multiplioit au touchement de ses mains. Par hazard, celle qui avoit refus le bon homme, vint qurir quelque chose chez la Gousson. La voyant empche, lui dit: h bien, ma mie la Gousson, que faites-vous? Donc elle lui conta toute l'aventure & cause de ce grand bien. Adoncques l'autre fut bien tonne & fort triste d'avoir laiss passer une telle commodit: parquoi, sans faire semblant, elle s'en va, & puis se mit au chemin o elle pensoit trouver ce personnage; & suivant par avis son train, ayant su en s'en enqurant, qu'il toit all vers Vieille-ville, elle faisoit mine de cueillir des herbes pour sa vache. Puis l'ayant apperu, elle fait de l'tonne; elle s'approche de lui & lui dit? monsieur, que je suis aise de vous avoir trouv! Que faites-vous ici vous morfondre? En d, le bon dieu a bien chang mon mari; & je ne le savois pas. Quand je lui dis hier que je vous avois conduit, il me cuida venir mchef, tant il me tana. Je loue le bon dieu de son amendement. Je vous prie de ne le prendre point en mauvaise part; mais de nous faire ce bien de venir ce soir loger chez nous. Bien; madame, j'irai, quand j'aurai achev mon service. Il n'y fit faute; & fut le bien reu avec joie & grande chere, & trait en apriateur de commodits. Au matin, se retirant, il fit sa petite excuse l'usage de besace; & son htesse lui dit: par ma finte, monsieur mon ami, je n'en voulois rien: pour dieu soit, si dieu plat, je n'en veux rien. Bien donques, grand merci madame; je prie dieu que la premiere besogne que vous ferez aujourd'hui, se continue tant, que ne fassiez autre oeuvre de tout le jour. Grand merci, monsieur. Elle toit dja ennuye qu'il ne se htoit, pour aviser son fait. Aussi-tt qu'il eut montr les talons, elle dit sa servante: or , Marquise, va l-haut qurir ce linge, j'en aurai aussi-bien que la Gousson. Apporte ces serviettes, ce menu; que je ploie. La chambriere ayant tout apport, voil que le Page voulant mettre la main l'oeuvre, s'avisa d'aller pisser, afin de ne se dbaucher point. Ainsi, toute en hte, elle sort en sa cour, o elle s'accroupit pour pisser. Mais ce fut ici une efficace terrible, d'autant qu'elle commena pisserie, qui continua tout le jour. Jan, elle avoit dit qu'elle auroit force linge; mais elle coula force eau, & fit ce ruisseau qui passe au pied des Loges, & va jusqu'aux Indes. Ses amies la venant voir, & la trouvant ainsi distillant le dissolvant philosophique, lui demandoient: h quoi, ma commere! Hlas! disoit-elle, hlas!... CASSIODORE. Elle leur rpondit, comme mon compere Bonin, qui se leva d'auprs sa dame, & alla pisser par la fentre. Il avoit bu, au soir, & il pleuvoit. Il oyoit l'eau de la goutiere qui tomboit, & il tenoit son pauvre petit, tant toujours la fentre. Elle lui dit: hoi, Bonin, aurez-vous tantt piss: Je pisserai tant qu'il plaira dieu. GLOSE. V. QUELQU'UN. L'anne passe, le petit Travers eut une autre opinion. Monsieur de Beaumont nous avoit donn souper, o toient plusieurs chantres, qui, ayant trinqu & chant, voulurent s'en aller, afin de pisser. Moi qui m'en apperus, je leur dis: attendons un peu nous en aller, & allons pisser. C'est cela, dirent-ils, & chacun se mit pisser. Travers avoit piss, & un autre pissoit d'en-haut. Quoi, lui dit Multon, frere, tu pisses encore, & tu as remis ton cas! O, ho, se dit-il, grand merci. Et lui de le reprendre, & le laisser l l'air fort long-temps; dont il lui avint un grand inconvnient, c'est que depuis il fut enrhum. Et y prennent garde les pisseurs, pour ce qu' faute de resserrer son engin, on se morfond en bon escient; ce qui peut aussi avenir aux femmes, quand elles n'tament pas bien leur cas du devant de la chemise, afin de lui clorre les mchoires, de peur que le vent n'y souffle. OVIDE. Il y a trois ans que j'tois Vezins; & Prdicat toit avec vous, & Platon aussi, lequel, au soir, fut laiss avec les demoiselles faire des anagramatismes; & Prdicat s'en alla coucher: son lit avoit t prpar en la couchette, fort prs de la chemine. Quelques heures aprs, ainsi qu'il dormoit, Platon s'en vint coucher au grand lit, qui toit de l'autre ct de la chemine. Je ne sais s'il avoit bu _egregi_, (c'est--dire _en Grec_) il se leva d'auprs de moi, la nuit, pour pisser; & ne trouvant le pot, il alla pour s'vacuer en la chemine, ainsi qu'on fait aux hotelleries, sur le chemin de Paris. Il se fourvoya, prenant le droit pour le ct; & se mit pisser roide contre le visage du dormeur, & lui flaquoit des ondes d'urine si fort sur le minois, qu'il l'veilla, & fit tousser, comme un boeuf qui avale une plume. A ce bruit; il eut si belle peur, que si le douzil n'et tenu, il l'et laiss cheoir, tant il eut belles affres, cuidant qu'il y et quelque dmon dans les briques de la chemine. En cette motion mutuelle, & qu'il toit tout troubl de reste de sommeil, & l'autre d'aspersion pissotiere, Platon se retira tout bellement, & s'tant remis au lit & rassur, se doutant bien ce qu'il y avoit, demanda: quel bruit est-ce cela? C'est moi, dit l'autre. Je ne savois rien de cette affaire, & ne pensant aucun mal, je lui dis ainsi: je ne sais ce qu'il y a; mais cet homme est fort troubl. Hlas! oui, dit-il, & d'un nouvel accident. C'est que j'avois la tte panche sous la chemine; & il m'a pl en la gorge si chaud & si sal, que j'en ai le gosier tout corch. Le paillard rioit, en se mordant la langue; & le consoloit, faisant de l'endormi. Le lendemain, il en fit le conte aux filles, qui en menerent bien le patient de la pluie sale: mais Platon y perdit, d'autant que, faisant ce discours devant les dames nos soeurs; Prdicat dit que cette eau venoit filant douge comme petits filets de soie: de quoi elles conclurent qu' mche si dlie, la chandelle ne devoit guere tre grosse. Il avoit une matresse, qui pour cela fut fort dgote de lui, tellement qu'elle le prit partie; elle se moquoit de lui, & _le vit lui pendoit_, lui faisant plusieurs opprobres. Lui pendoit-il comme Georges de Boeuf de Chinon, qui, pissant, un jour, contre une muraille, tenoit son critoire, _alis_ la gaine de son couteau, pensant tenir son fait ou canon pisser; il pissoit dans ses chausses? ANACREON. Si Rolette, chambriere de Maldonar, l'et tenu, elle se ft bien moque de lui. Elle me reprochoit, un jour, que notre bte toit bien sotte de ne pouvoir pisser seule: & qu'il la falloit mener par la main; & que la sienne pissoit sans aide & net, d'autant qu'il se fait un joli petit pet, & par ainsi le cul souffle les bourriers tout autour. VIRGILE. Pourquoi est-ce que l'on pette en pissant? AFRODISEE. H, pauvres mdcins, qui cherchez des causes trangeres s minimes, que je vous plains! Sachez cette maxime; c'est que l'on n'en peut avoir sans vent. L'ESCOT. Il toit bien besoin que vous parlassiez de messieurs les minimes. AFRODISEE. Foi de nourrice, je ne pensois point eux; & toutefois je m'en avise: aussi bien faut-il, par-ci, par-l, ranger ces gens d'glise, desquels si nous ne parlons, il leur semblera avis que nous les craignons, ou que nous les mprisons comme hrtiques. Mais ce n'est rien de ceux-ci au prix des capucins & feuillans. Je voudrois, par fin desir, qu'il n'y et pas un de ceux qui veulent avec tant de desir devenir gueux honorables, & gentilshommes coquins, qui n'et le vit d'or & le nez d'argent. Mais, se dit le sire du Quesnoi, parlez de qui vous voudrez; & laissez-l les bons minimes, ayant rvrence l'antiquit. PAUL-JOVE. Quelle antiquit! Cet ordre est tout nouveau; je l'ai vu natre. Il n'est donc pas antique: joint que, pour tre antique; il faudroit qu'il y et mille ans; ancien, deux cents; vieil, plus de cent ans. CASSIODORE. Ils sont fort anciens, voire plus qu'antiques. Je le sais; ils sont du temps de la famine universelle, quand l'Egypte avoit seule de vivres; tmoin Joseph, qui, parlant ses freres, & leur faisant l'inconnu, leur demanda: _ubi est frater vester minimus?_ o est votre frere le minime. MUNSTER. Tout beau, ne mlons point le saint avec le profane. HIGINUS. Vous le mlez, comme Boispierre, qui parloit du corps de leur mtropolitaine: lequel avoit une cure deux lieues de l, o il alloit, & laissoit quelquefois sa charge. Quoi, dit cettui-ci, ce compagnon-l ne devroit bouger de l'glise: on ne peut servir deux matres, dieu & au diable. Sainte dame? voil un grand mot. Et lequel toit le diable? Je n'en parle plus; demeurons en notre antiquit. TITE-LIVE. Je me ris de vous ouir parler de l'antiquaille; & m'est avis, voyant ainsi jaser de l'_anticle_, de l'_ancien_, du _vieil_, que j'oi le matre horlogeur de Geneve, qui me discouroit de l'pe, me disant que c'toit un calibre yeuxcellent, o il y avoit plusieurs sarches & points noter; qu'il y avoit l'paule antique, & l'paule authentique, par le travers desquels passoit le duc de Saxe: au milieu toit les quatre os ou carteleures, qui en bande toit tranch par le soudiacre, aux bords duquel toient les deux hypocrites, coups par deux saichs qui venoient des paules, lesquels sont les deux couleuvres de laisse-faire: au haut & bas sous les deux paulieres; l'entour est la raison, qui est coupe du mdionneur. Mais je laisse l ce pifre, parce que, quand il vint chez nous, il chia au lit, & devint ortlogeux. Il toit aussi bon interlogue, que l'apothicaire de monsieur de Tours, qui lui conseilloit de ne sortir point, un jour de saint Andr, parce que le temps toit aromatique. Par le plus S. faux serment que je dois la race fminine, qui me nomme le bon homme _Trompecon_, j'oubliois mon conte, pensant la folie que vous faites sur la comparaison du temps pass. Je ne cuide pas que ce qu'il y a mille ans qui est pass & ananti, soit plus vieil que ce qui se passe tous les jours, & qui va dans le sac de vielliesse, dans l'crin de l'oubli; & ce qu'on propose de plus ou moins vieil, est d'aussi bonne grace que la question de Martin Chabert, qui aimoit trois filles, auxquelles il dit, pour arrt, un jour, mes filles mignonnes, je ne puis vous pouser toutes trois, bien que je vous aime de toute ma loyale frussure, & plus chacune l'une que l'autre. Je ne sais comment faire, sinon qu'il faut que j'aie choisir: & pour nous ter de cette peine, je vous dirai, si vous voulez, un moyen; c'est que j'pouserai celle qui me dira la plus nave vrit de ce que je lui demanderai. Elles s'y accorderent. Or, , dit-il, lequel est le plus vieil de v chouse ou de v bouche?) J'ai quasi bronch des mchoires. Mais pourquoi dit-on _confitures_? Que ne dit-on _ficontures_, ou _fiturescon_? Et tant d'autres mots qui commencent ainsi, comme _congrgation_, _conscience_? ELPHIS. C'est bien entendu pour un philosophe? ne savez vous pas bien qu'il est devant & jamais derriere? Et pourtant il faut le colloquer en la tte. Le charpentier, qui demande au cur: pourquoi dites-vous, _dominus vobiscum_? Que ne dites-vous, _dominus vobiscu_? Le cur lui dit: pourquoi dites-vous un _compas_? Que ne dites-vous un _cupas_? HIGINUS. Sainte Marrande, vous avez raison; mais faites parler ces filles). TITE-LIVE. L'ane rpondit: c'est mon cela qui est le plus vieil, d'autant qu'il a de la barbe; & ma bouche n'en a point. La seconde: c'est ma bouche qui est la plus vieille, parce qu'elle a des dents; & mon petit n'en a point. La petite dit: je dis comme ma soeur. Dites donc, mignonne, une belle raison comme nous. Elle ptilloit & frtilloit comme une marmote dchane. C'est, dit-elle, ma bouche qui est la plus vieille, pour autant qu'elle est svre; & mon con tette tous les jours. A, ha! h, or devinez, vous autres, & jugez laquelle a le mieux dit, afin que Martin soit le mari comme les autres. Jan par la certebieu, dit Coypeau; aussi toit-il tout rform. Alors j'aimerois autant ma chambriere, qui, nous oyant ainsi discourir, me reprocha que, si ce n'toit leur cas, je ne saurions que dire; & l-dessus me dit: vous qui en savez trs-tant, si vous aviez trouv un con tout seul, que lui diriez-vous? SERMON VI. VI. Nanmoins, messieurs, beuvez pour la pareille. Aussi bien peut-on mentir en libert de conscience, deux fois l'an: l'une en t, disant: je n'ai pas soif: l'autre en hiver, disant: je n'ai pas froid. Mais pourquoi est-ce que, quand on demande boire, fusse un laquais, on y va courtoisement, de mme qu' requrir une garce de dormir avec elle thologalement? Nous en sommes bien! Voil de belles demandes, dit Sapho! C'est parce que cela coule comme foutre de prcheur. Achevez; aussi bien cette fille a vou son pucelage autre chair qu' vie consacre; & nous dites la rsolution de la caupeaude. Ha, vous en souvenez vous? H, bel engin de dame! ainsi vous puisse-t-il crotre de jour en jour. Nous demeurmes tous cois, & plus tonns qu'un vque sans mitre. Elle nous ferma la bouche, & nous dit, il lui faudroit dire: con sans cul, que fais-tu l? Epaminondas, qui venoit de racotrer ses chausses, rentra table ces mots; & les ayant ouis, il dit: que rpondroit-il? Voire, voire, c'est bien parl moi; mais pourquoi est-ce qu'un tel cas, puisqu'on le nomme ainsi, ne parle point, vu qu'il a une langue! ALBERT. C'est parce que le cul est auprs, qui lui dit paix. EVIMQUARBRE. Quel sermon est-ceci? Vous ne parlez que du cul. NOSTRADAMUS. Ce seroit belle chose de parler du cul; ce seroit un langage excellent; il seroit plein de toutes sentences: & si cela toit, on parleroit comme on s'assiet; & si on crivoit de mme, vraiment on verroit de belles orthographes de femmes, qui souvent criroient du cul. Cela me fait souvenir de ceux qui parlent du nez, s'ils crivoient comme ils parlent, ils criroient du nez. Or, mon bel ami, sans cul on ne fait rien. Savez-vous pas que c'est la base & le vrai milieu du corps, le mignon de l'ame; d'autant que, s'il ne se porte bien, & que ses affaires soient incommodes, elle s'en dplat & s'enfuit par-l. Je parle pour les doctes. Or donc, doctes, venez ici succer la molle de doctrine; venez apprendre de beaux secrets, sans vous amuser brider chevaux au rebours, _id est_, leur mettant le mords au cul, tout ce qui se fait au monde est pour exercer monsieur du cul, pour lequel boucher sans y toucher, (grand miracle) il ne faut rien permettre entrer en la bouche. Mais devant que j'acheve, je vous demande vous, Franois & Anglois, qui le baiser est commun, lequel vous aimeriez mieux baiser une fille au dernier noeud de l'chine ou l'entonnoir du cul? HYPOCRATE. A, ha, e, h, l'entonnoir du cul est la bouche. Et de fait, tout ce que l'on apprte de plus friand, n'est enfin que pour faire de la merde entre les dents, & partant pour mettre en oeuvre matre cul, _id est, frater culus_, frere cul, qui est le gouvernail de tout le corps, & le mignon de l'ame. Je le vous prouve. Si le cul ne se porte bien & ne fait bonne chere, que ces affaires ne soient en bon tat, l'ame en est incommode, & le plus souvent sort par le ddain qu'elle en a, & nommment quand les matieres sont par trop claires, & que l'ame s'y laisse couler faute de glu. Le cul n'est-il pas le prince des membres, puisque tous lui font service, & que ses ddains, ou ennuis, ou coleres les affligent tous? Puis, c'est lui, qui tous font honneur, le faisant seoir le plus dignement & le premier: & de fait, il chemine en prlat, aprs tous les autres membres, allant en procession. FORBIN. Je ne m'tonne pas si vous en parlez tant, ayant t disciple d'Esculape, qui voyoit le jour par le cul de sa femme. DIOGENES LAERTIUS. Il y en a beaucoup qui voient le jour par le cul, comme vous diriez les chaudronniers, & ceux & celles qui travaillent de l'guille, & les bons buveurs, qui voient le cul & le montrent aux autres. Mais comment voyoit-il le jour par le cul de sa femme? FROBEN. Sur ses vieux jours, ce bon preud'homme pousa une femme Allemande. En allemand, une femme est appelle _frau_, c'est--dire, tromperie. Voil pourquoi les dames Allemandes aiment mieux les Franois, que ces gros pifres d'Allemands, qui ne font que souffler & les injurier. Le pauvre grand bon hommet, quelquefois ayant veill aprs ses tudes, & s'tant couch tard, s'endormoit: puis sur le matin, ainsi que toutes les femmes, aprs avoir t approvisionnes, (je vous le conte comme il me le racontoit) je voulois, disoit-il, cause de ce bon vin grec, tant tapis dans le lit, fomenter ma complexion. Alors ma femme qui m'aime tant, qu'elle tire de son ventre pour me le donner, tant confite en humeurs, ouvrant les yeux, elle ouvre le cul & laisse aller une vesse ou une vesne pouventable, & qui, couve entre les replis de gras double, a une odeur de tous les mille diables. Adonc sentant cette alene postrieure, (femmes ont beaucoup de conduits, vaporant des parfums de plus haute odeur que civette) moi qui crains ces venues culieres, cause de l'air mlancolique & code, qui, rendant le cerveau rlant, cause l'pilepsie par un effet de corrosion punaise, quoi sont sujets les hommes du siecle qui sont maris, (aussi pour cette cause, moines & prtres sont plus longuement sains, d'autant qu'ils s'abstiennent de la frquentation des femelles, joint que, s'ils les hantoient, l'odeur leur feroit bander la cervelle.) Je dis; je (sans plus faire de parenthse) odorant ce spcifique exodin & abominable, je jette le nez hors du lit, ouvrant les yeux, de peur d'y avoir enferm cette espece de vapeurs & corps momentaires, ne tombant que sous un sens; je vois le jour tout clair, parquoi me rsous me relever: & voil un des bons usages de ce benot cul. STAT. C'toit une vesniere que cette femme; & cela je me souviens, lui changeant de nom, de ces messieurs d'Angers, qui changerent leurs noms, sur quoi un oyant qu'ils avoient mis _du_, _de_, ou _le_, &c. leurs noms, dit: j'ai nom Vanier; & me nommerai le Vesnier. PUC. Mais vous ne dites pas de celui, qui voulut servir de secrtaire notre Prlat; & il avoit nom _Meusnier_. Monsieur voulut qu'il et nom _Mesnier_; parce que, dit-il, mon ami, quand vous viendriez aprs moi, on diroit: _meusnier touche ton ne._ RABELAIS. Mais vraiment, pour mieux dire, cette femme toit ou devoit tre une belle grande vesse, d'autant que chaque espece engendre sa semblable. STATIUS. Je ne sais pas qu'en dire; mais elle toit fort haute la main, & possible aussi au nez. Ce fut elle qui me mit une fois en colere. Vraiment, la porte en est bien troite: joint que chacun sait que je n'y entrai jamais, qu'alors qu'elle m'appella _beau vaisseau_, & je l'appellai, _belle vesse_, elle. Lui faisois-je tort? LICOFRON. Il faut avoir bien dur coeur, & encore en soupant, pour supporter telles paroles, & tant ordes. METRODORUS. O le dlicat! tu es n entre la merde & le pissat; & tu en veux conter! Mais quoi est-ce qu'on connot le bon coeur d'un homme? C'est quand il mange la merde, d'autant qu'il faut avoir bon coeur pour la manger. Aprs que vous avez bien senti les fleurs, vous entamez le fruit. LEON HEBREU. Quel fruit d'abomination! Cela me contamine. Je ne serai net de trois fois sept jours. Je suis bien venu l'heure de corruption; & pource, je suis d'avis que l'arbre, la fleur & le fruit ayons en abomination. O d, je m'quivoque. Et qu'est-ce que je deviendrois? Je suis fils du ventre d'une femme. Fruit du ventre, c'est merde. Je suis donc merde. Ah! pargoi, bran & merde fine soit pour ce beau jaseur, qui nous a appris syllogiser; le Lucifer des tnebres le puisse sigilliser & syllogiser en enfer! PITAGORAS. Tu es tant savant en tes spculations, que tu es fou. DIETTE. VII. Je suis d'avis, mon ami du coude, du montoir, ou de quelqu'autre faon & race, que tu laisses arbre & fruit non vivant, _id est_, mort; & que tu l'aies en horreur ainsi que moi, & les Ecclsiastiques Romains, qui rejettent l'outil des femmes comme feves, dont il porte la figure, ayant la raie noire, & le bas contre mont. Notez bien feves, pour le symbole minent qu'elles ont; c'est que, quand quelqu'un y a t attrap, qu'une goule sans dents lui a donn une morsure; il est dit le roi de la feve: sur quoi je m'avise d'un beau mnage. Le Maugrin vit un jour sa chambriere, qui jettoit, en balayant, trois feves; elle lui dit: vraiment, baboine, ce sera-l ton mariage. Elle les prit, & les sema; & en eut d'an en an, assez pour la marier. Et de-l j'infere que, si le roi dfendoit de mettre des feves aux gteaux des rois, & qu'il prt ces feves-l, & les semt; il en tireroit un grand soulagement pour le peuple. Or, sans nous amuser ces gueux de rois, si tu veux tre libre, n'aie jamais de femme; parce que, si tu es mari, tu seras oblig; tu paieras la taille & la taxe aussi, & il faut que tu le fasses par contrat: ainsi sont tenus les gens maris; ce quoi les libres ecclsiastiques ne sont obligs, n'ayant affaire au particulier ni la _raye publique_; que pour leur plaisir & rcration; & ce les aprs-dnes, & au temps d'bat, non pour tenir femmes avoles toutes nuits, parce qu' leur rveil ils sont obligs de dire leurs heures jeun; & ils auroient bu de l'ordinaire, comme les Ministres; & on les accuseroit d'tre hrtiques: tellement qu'ils auroient bu la faon de leur journe, ayant bu de l'ordinaire. LUCRECE. Je mourus par ce poison; toutefois c'est tout un. Tandis que nous sommes encore aux fauxbourgs, avisons un peu ces trois filles; parce que celle-l, qui a dit que son cul avoit de la barbe, me fait souvenir de monsieur Libreau, Avocat Paris. Cette mignonne toit alle aux tuves, avec des dames de ses amies; & ce, par le cong de son mari qui toit fort chiche. Sur quoi, les autres, qui avoient su qu'il ne lui avoit donn qu'un quart d'cu, s'aviserent de lui faire une mchanceterie: ce qu'elles excuterent. Et avint que, comme elle fut retourne & couche avec son mari, ainsi qu'il l'amignotoit & prenoit son jouet, il n'y trouvoit du poil que d'un ct. Voil, dit-elle, mon ami, on ne m'a fait de la besongne que pour mon argent. Aussi je vous avois demand demi cu. Que ne me le bailliez-vous? Cela a t cause que je n'ai eu le poil fait qu' moiti; on n'a fait mon affaire qu' demi. Cette remontrance fut occasion, qu'elle eut le lendemain un demi cu, pour se rajeunir par le bas. ARETIN. Les avocats & les mariniers ne sont pas de mme opinion. Un marinier de Quilleboeuf fit tout autrement, ayant t long-temps absent. A sa venue, sa femme, pour le rcrer & rajeunir, avoit fait ras & net le poil de son chose; & ce matre rustaut, se voulant jetter sur elle, comme dans le fond de son bateau, & passant la main la breche, & n'y trouvant point de poil, il mconnut l'table ordinaire de son courtaut; & s'cria, en disant: _ha! mchante vilaine, che n'est chi mie mon coin. Si est,_ dit-elle. _Ne n'est: tu l'as laiss chez ces quenoines; va le qurir; va, je veux poil & tout._ Il fallut qu'elle ft absente, tant qu'elle l'et trouv, d'autant disoit-il encore toujours: ce n'est point le mien; je le veux avoir avec le poil. SENEQUE. Il m'est avis que cela n'est pas beau de parler ainsi des femmes. Il semble que vous en dites, comme si elles n'toient pas femmes de bien. PERSE. Vous avez raison, mon pere, mon ami; vous tes digne d'tre empereur, d'autant que la reine d'Egypte vous aime (parlez bas, de peur de ce que je ne sais, tant j'ai de peur de faillir). C'est de par le gibet, aussi je me souviens que l'anne que j'tois Recteur en l'Universit de Paris, sous le nom de Marius, ce grand Consul Romain, je vis prendre une maquerelle du bourg de Four. La raison toit qu'elle se battoit avec une autre, qui lui dit; ha! chienne, tu veux ici faire de la reine d'Egypte. Tu as menti, dit-elle; je suis femme de bien. Quant aux fillettes qui sont du tiers ordre, je les plains en ma conscience. H que j'ai bu! Je pense que je sors de propos, & vais de la truye au levain. ARCHIMEDES. Qui sont celles que vous appellez _fillettes_? L'AUTRE. Chacun en dira sa ratele, m'ayant oui. ANNOTATION. VIII. Fillettes nous disons, celles qui sont capables de rendre compte par dduction; ainsi sont-elles propres au dduit. Il y en a gnralement de trois sortes, & ceci pour simple intelligence de ce qu'on dira tantt. Notre bon ami que voici, (je ne dis pas _vessi_; mais chassez ces chiens; ces femmes ont vessi). Or donc il y a trois ordres de ces commeres. Il y a celles, qui tiennent rang entre les femmes de bien; il y a des filles d'glise, lesquelles demeurent aux clotres, _actu, aut potenti, vel potestate_; & les autres, qui sont comme Geneve, Camp de Fior, prs de Lorrache, celles-l sont du tiers ordre. Hlas! l'autre jour, je fus tout embaum de commisration, pour une pauvre petite qui pleuroit chaudement. Les larmes lui tomboient des yeux, de la grosseur de cirons d'Inde; & crioit que ces brigans de sergens, & autres de telle toffe, leur pilloient en un jour tout ce qu'elles avoient pu gagner en un mois, la sueur de leur corps. Puis, aprs cela, elle rioit avec les autres, se rconfortant, & par dpit disoit: mais dis-moi, h! maquerelle ma mie, s'il y avoit en un sac un sergent, un meunier & un coturier; qui sortiroit le premier? Voire, voire, dit-elle, tout ce qu'elles rpondoient, ce seroit un larron. La femme de mon compere Bignon les regardoit, toute ravie de voir ces garces ainsi affliges, & incontinent consoles; & en cette entente, elle toit je ne sais comment assise, & si bien qu'en d presque paroissoit le but mignon de ficherie? Son mari, qui l'apperut, lui dit: ho! ma mie, venez ici, & fermez la boutique, il est aujourd'hui fte. Je vous dis vraiment qu'en se remuant de cet tat, o elle toit si proportionnment assise, je vis ce qui se peut voir de son gardon la drobe. QUINTILIEN. Quelle cornucopie est ceci? Quel nom amenez-vous? SENEQUE. Encore avez-vous bien dit, d'autant que la copie & les originaux des cornes se font illecque. L'AUTRE. Je vous dirai. Le bon homme Genebrard avoit pous une jeune, belle, mignonne femme, avec laquelle tant couch, l'ayant baise, il mit la main son comment a nom, & le tapant, dit: gardon, ma mie, gardon. Ce qu'il continua souvent, sans autre effet. Le vendredi d'aprs, la chambriere (c'toit Paris, o les servantes, qui vont l'emplette, gagnent le moins de gages) eut commission d'aller la poissonnerie, & demanda sa matresse ce qu'elle apporteroit. Ce que tu voudras, dit la dame. Apporterai-je des gardons? Va tous les diables! Je n'orai jamais parler ici que de gardon. GANPIL. Vous faites bien de les nommer gardons, cause des gardes que nature y a mises, lesquelles si elles n'y toient, vu cette grande solution de continuit, les femmes seroient toujours enroues. Et c'est merveille comment, cela tant si djoint, il est toute-fois si conjoint. SAPHO. C'est une dcoture au bas du corps; ce qui avint, quand Jupiter eut coup l'androgine. Il commanda Mercure de recoudre le ventre l'un & l'autre; cela est cause que le ventre est si dlicat. Il cousit l'homme avec un lacet trop long; tellement qu' la fin de la coture il en resta un bout. Et cousant la femme, il prit le lacet trop court, si qu'il y eut faute, & il y demeura une fente, faute de points. Et en avez-vous? Mettez cela en la bote au saffran. Mais encore, messieurs les savans, savez-vous bien les sept merveilles du monde? Vous ne dites mot. Je vous ferai savoir de belles choses, si je veux. Or prparez-vous ouir. Ne vous recordez-vous point que les souris courent en la paille, sans se pocher les yeux? Je vous dirai des secrets plus notables, & qui contiennent toutes sciences. Les sept miracles, ou merveilles, sont 1. Une poule noire, qui fait un oeuf blanc. 2. Le vin clairet, qui est beu comme le vin blanc, & piss blanc non rouge. 3. Le bout d'un homme, qui n'a point d'oreilles, & oit quand on parle d'accrocher. 4. Le cas d'une femme, qui est un vaisseau qui a la gueule contre bas & est tanch. 5. Le paillard outil d'un amant, qui se bande sans guindal, de lui-mme. 6. Le bouton d'amour d'une femme, qui tire la molle des os, sans le casser. 7. Et le cul, qui se ferme & ouvre, comme une bourse, sans tirans. A, a, a, ha, h. Toute la compagnie se mit rire; & nous nous trouvmes joyeux & alegres, comme une belle troupe de jeunes ou nouveaux cardinaux. BATILE. Vraiment, Sapho, vous avez tort; vous tes bien salaude: jamais vous ne direz rien de net. Non, dit-elle, non plus que la Solde ne peut jamais faire de beurre net. QUINTILIEN. Je vous prie de nous expliquer votre dire. SAPHO. Par mes amours, je le veux: mais me direz-vous la vrit de ce que je vous demanderai? QUINTILIEN. Oui. SAPHO. Si mon cul vous baisoit; le baiseriez-vous? QUINTILIEN. Passe outre. SAPHO. Quelle difference y a-t-il entre votre nez & le cul du chien? Le cul du chien a le poil dehors, & votre nez dedans; ainsi diffrent vrit & raison. Si votre nez toit en mon cul de derriere, il seroit vrit; mais ce ne seroit pas raison qu'il y demeurt. Or voil comment je leurre ces savans; que le dianche les puisse saupoudrer. Ils ont tout leur engin en la cervelle. J'aimerois autant qu'un savant, qu'un pdant, qu'un de ces doctes de lettres me ficht une cheville en l'oeil, que me copuler amoureusement, tant leur consutude est fade. Il n'est que bons compagnons, qui savent la mignotise pour s'en battre; & non point se faire payer pour cela, comme ces entendus, qui, vrai dire, sont veaux de double pelisse. Mais avant; & puis. L, vous me voulez remettre; j'y suis, bien que ce ne soit pas l, ains autre part, qu'il me dmange. La Solde toit une honnte beurriere de Bourgueil en chrtient: (c'est auprs de Touraine, & non en Touraine. Si cela ft avenu en ce pays l, on n'en et fait que rire, parce que les fous y croissent comme en votre pays, monsieur le Lisart). Un jour devisant, son mari lui reprochoit sa salet. Vraiment, ma commere, tu ne saurois faire de beurre net, tant tu es mal propre. Ag, si ferai; j'en ferai, & le ferai si net, que t'en ferai manger; & le salerai pour ton carme, que je te ferai mieux faire, que ne font les moines, qui mettent du sain doux en leurs choux en carme, pour pargner le beurre par humilit, cause des hrtiques de Saumur. Or bien notre Solde (qui toit aussi propre que la femme de Pricls, qui se torchoit le cul au bout de la nappe, & presque aussi sotte que celle de Tite-Live, qui, voyant des bliers, demandoit ce que c'toit qui leur pendoit encre les cuisses: c'est leur couille, dit gros Jean. Comme elle vit venir les brebis, & voyant leur pis enfl, elle disoit: elles ont belles couilles, nos brebis. L'AUTRE. Ainsi Pindare, hier, dnant avec nous chez Mcnas, louoit fort une bonne ttine de boeuf routie, & mise la sauce douce. Mais n'oubliez pas le beurre: c'est la douceur d'entre les jambes. MADAME. Vous tes si sage, que vous tes fou. L'AUTRE. Ho, ho, gardez-vous de prononcer, ainsi que fit Charlotte Blois; durant les tats, que nous tions avec ce moine de Bourmoyen, qui rioit tant avec trois nonnains. Le voyant ainsi rigolant, je dis tout haut, ce moine est fort crt & frtillard aprs ces nonnains. Voire, dit Charlotte, il est fou trois fois la semaine. DENIS. Sec, frere Jean, il le feroit neuf fois, chacune trois fois, sans les autres; outre cela il aime bien besogne d'glise faite. MICLEOT. Il n'en est pas toujours si ardent; il est feru, comme un chien d'un bton. Si on lui dit: allez l'glise. Qui y est? Ils y sont tous. Ils sont donc assez. Une autre fois: qui y est? Il n'y a personne. Je n'y ferois rien tout seul. HSIODE. Vous vous tez tromp du lieu: cettui-l toit de Mermoutier, c'est--dire de _la mer des motiers_. DENIS. Non toit. HSIODE. Si toit. DENIS. Vous avez menti bien humblement. HSIODE. C'est vous, si je puis. DENIS. Mais bien vous, sans vous faire tort. HSIODE. Mais vous, sans pch, comme disoit mon compere Guillaume. Et bien, mon ami tant gai, o est le temps que nous besongnions ces belles garces, & l, sans offenser dieu? MADAME. Paix, paix. HSIODE. Bien je reviens, je le sais, je ne dis rien sans en tre bien inform, & tout de mme que l'toit _Hrode qui radote_: & par ma digne conscience qui est aussi nette de mensonge, que d'ulcere le corps d'un vrol. BNDICTION. IX. MADAME. N'oubliez pas le beurre, encore une fois. SAPHO. On dit que les femmes sont grandes parloires; mais vous l'avez gagn ce coup sur moi; & est venu propos, parce que cela est cause qu'encore aux carmes, Paris, on crie: (_n'oubliez pas le beurre._) Or donc Solde, ayant reproch sa femme qu'elle ne feroit jamais de beurre net, parce qu'elle n'toit pas si propre que mademoiselle de Lausnai, (qui, pour aller au priv, prenoit son masque, sa devantiere & tout son harnois chevaucher, pour mieux serrer les poings, c'est--dire, chier; d'autant qu'une femme, faisant du gros, serre les poings; faisant du menu, elle les dilate. Mais, belles dames, ne soyez dgotes de beurre, cause de ce que je dirai; ainsi que le fut la fille du prsident de notre ville, qui fut plus d'un an sans en manger, parce qu'elle avoit oui beautems raconter; comme ayant couru plusieurs postes, & tant Moulins, il prit un parchemin, (C'toit le contrat de mariage de la dame de la poste) & le couvrit de beurre qu'il se posa au cul, qu'il avoit tout effleur sans croupiere. Ce beurre ne fut jamais mang: celui de Solde fut fait avec beaucoup de propret. Elle avoit pris une chemise blanche, une gorgerette, un garderobe; bref elle toit en beau point, & si propre qu'un jeune coureur de fortune l'et volontiers encoche. Ainsi ajoppe & bien lave, elle se mit environ son beurre. Son mari tout merveill, considroit cette grande aventure: & dja esproit que sa femme le feroit mentir, tant son cas toit propre. Le beurre tant prt, mis en livres, demi-livres, quarterons, & n'y restant plus que la petite faon dessus; (c'est que les biens-disans disent _le verbe_, _le garbe_, ou comme vous voudrez.) Cette jolivet s'y faisoit avec un petit bois taill, qui toit envelopp dans un linge net, & mis sur le badaut. Badaut est un engin qui tient au plancher; & ainsi plusieurs badauts y a qui ainsi pendent vis--vis. La Solde, voulant prendre ce petit bois sur ce badaut, monta sur une selle trois pieds. Qu'au diantre soit celui qui fit la maison, o fut mari le pere de l'vque, lequel sacra le prtre, qui maria la mere de celui qui forgea la cogne dont fut coup le bois o fut manch le pic, dont on releva la terre, pour planter l'arbre, duquel fut faite la premiere selle trois pieds. Comme cette pauvre femme, si propre, s'lana de dessus sa sellette; voil cette abominable selle qui va broncher, & ma pauvrette: ayant une jambe en l'air, & autre assez prs, qui coula avec la selle, va faisant une petite ruine, sans se dpcer, & tomba si point, pour n'tre pas offense, que son cul donna en plate forme, & si proportionnment dans sa gidelle sur son beurre, qu'elle le remit en chaos, dfaisant toutes ces figures distinctes; & le repatrit malheureusement par la pesanteur de son fessier, qui, de la roideur du coup, tampa l'impression de ses fesses si abondamment, que le beurre en fit la vnrable remembrance en creux. RABELAIS. Vous avez vu des culs relevs; si vous en voulez voir de creux, faites faire tel essai; il n'y a rien de si propre mouler fesses fermes, que beurre frais. Je l'ai appris des Ecossois Insubriens, qui se dlectent la vue des fesses, parce que l est la parfaite beaut qui ne se hle point. Ho! dit matre Jrme, vous m'avez bless; & l, le nez; je n'y joue plus. Achevez. SAPHO. La solde bien tonne, se rsolut en sa disgrace; & pour rparer son dsastre, se mit arracher de son cul belles mains, le beurre qui y toit attach. HYPOCRATE. Mais les chymiques disent qu'ils cherchent les esprits: & de l il sembleroit que vous voulussiez conclure que les femmes ayant plus de cul, eussent plus d'esprit que les hommes. CELSUS. Cela est vrai, & y parot. Qu'ainsi ne soit; une fille de sept ans pissera plus gros que ne fera un garon de dix-neuf, comme tant plus coupable, & partant ayant davantage de jugement. ORONCE. Vous ne mettez en avant que des redites. Que pensez-vous? Croyez que plusieurs savent ce qui se fait ici. Qu'y ferez-vous, puisqu'aussi-bien tout ce qui est dit ailleurs est pris d'ici, qui est la source de toutes sciences? J'ai tudi plus de cinquante ans en ce livre, tant je l'ai trouv de savoir inpuisable. L'AUTRE. Boute, mon ami, boute; cris tout ce que nous disons; tu transcris & nous rcitons par coeur; & puis un bon oeuvre n'est jamais prescrit. PRICIAN. Ceux qui disent: j'ai vu ceci ou cela autre part, sont des chtifs averlans. Quand on mange d'un chapon, est-ce le chapon qu'il y a plus de cent ans qui fut mang & chi? QUELQU'UN. O que vous dites bien, sage vieillard, que vous avez un bel ge. L'AUTRE. Ne vous dplaise; je vous dis que vingt-cinq ans est un plus bel ge; & n'en dplaise Caton, qui disoit tantt qu'il toit si bon compagnon, qu' l'ge de soixante ans il le faisoit encore deux fois. CATON. O! lourdaut mignon, mon ami; c'est une fois en t, & l'autre en hiver. J'aimerois autant le vieil mdecin qui me nommoit son fils, quand il me voyoit, & je l'appellois _pater_, parce qu'ils sont relatifs: il disoit qu'en son vieil ge il le faisoit mieux que jamais, d'autant qu'il y toit plus long-tems, & y prenoit beaucoup plus de peine; & qu'aussi son instrument toit plus fort que sa jeunesse, parce que jadis il se bandoit seul; & maintenant, encore qu'ils fussent deux, si n'en pouvoient-ils venir presque bout. CETTUI-CI. Tandis que nous tenons ce mdecin, je veux dire comme il me gaussa l'anne que je me fis chanoine; sur quoi vous pourrez apprendre pour votre usage, un des plus exquis secrets de ce monde, nature tant restitue; ce fut en la prsence d'un mdecin & d'un financier. Il me dit donc: il y avoit un badin (_notate verba, & colligite signa_; ainsi disons-nous, nous autres Latins) qui ayant fait une grande remontrance son fils, sur ce qu'il devoit devenir, lui proposa l'infidlit des marchands, la dloyaut des gens de justice, les impostures des mdecins, toutes les voleries des financiers, la tromperie des artisans, la perfidie des prcepteurs, touchant au vif ceux qui, de toutes ces sortes, ne sont pas gens de bien. Puis aprs, il lui demanda quelle condition il vouloit suivre? Le fils ayant justement pens, lui dit: mon pere, je ne veux aucun de ces tats que vous avez dit; je desirerois tre de la vacation de ceux qui portent des peaux de veau sur le bras gauche. A cela je rponds: grand merci, monsieur; hachez menu, la chair est dure; touchez-le doucement, je hais la peau dlicate, ne le sanglez pas si fort, qu'il ne pette. A cela il me tend la main (or avoit-il femme jeune & belle encore;) j'avance main; & prenant la sienne, je lui dis bien humblement: voici la main de celui qui, dieu merci, a besongn mademoiselle votre femme, ou n'a tenu qu' lui. Je parlois de la sienne; & il ne l'entendoit pas. Et d, pourquoi est-ce que nous portons l'aumuce? c'est--dire, cette peau sur le bras. (Cette peau de veau, propos de vous, qui disiez tantt... Or l, dites. Le bon homme toit tout pensif de ce que je lui avois dit, aussi-bien que mon procureur, qui a belle jeune femme, auquel parlant des femmes, je lui dis: par mon serment, cousin, j'ai besongn votre femme aussi-bien que vous. Il est vrai, peuple ententif, parce que je ne le besongne jamais, ni elle aussi: je les avois donc besongn l'un comme l'autre.) Alors je dis mon mdecin: il faut que je vous le dclare, pour vous ter de songerie; c'est signe que nous ne mourrons pas en la peau de veau comme vous autres. PROPERCE. Que ne savois-je ces belles rponses, & ces doctrines! Je suis fort dplaisant, & meurs de regret, que je n'attendis crire, pour tre le secrtaire de ce simpose, qui m'et plus apport de rputation, que n'en auront tous les crivains, toutes les critures & tous les crits ensemble. Or c'est tout un; j'ai la copie des discours, tant verbaux que couchs par crit, comme disoit notre avocat: je me tiens mes demandes faites par requtes verbales, desquelles la copie est en mon sac. Et voil comment je me tiens aussi ces futures sentences qui sont ja crites. En outre, je prvois pour tout que ce banquet sera le grand, unique & universel sur tous autres, & monarque des simposes oecumniques. ZOROASTES. Je suis tout mu d'esprit prophtique, & connois devant & derriere qu'ici se rsoudront toutes les questions du monde; ainsi qu'il est ordinaire, que sans le boire & le manger, on prend, on a pris & prendra occasion d'enseigner cela qui est tout parfait; & comme la vrit & la vanit, l'excellence & la sottise s'affrontent, l'un & l'autre se pratiqueront en ce lieu; & on verra souvent la gloire proposer son client l'honneur du premier lieu la mangeoire, comme aux privs publics, on s'entre-fait place honorable pour fianter glorieusement; & mme Genve l'assiette, pour poser le fondement, est aussi nette que le tranchoir sur lequel vous mangez. TEXTE. X. Comme j'tions ententifs: & qui sommes nous? Je sommes ce que je sommes; je jouons. Et que jouons je? Je jouons ce que j'ons. Et qu'ons-je? J'ons ce que j'ons. Ons-je en jeu. Si je n'y ons, j'y fons. Foin, ces Parisiens-ci me troublent. Paix, ou que la merde vous puisse baiser. GUALTER. A propos, si vous tiez en prison environn d'trons, qu'aimeriez-vous mieux, ou en sortir par amiti, ou par force? Par amiti; il faudroit donc les baiser les uns aprs les autres. Par force; il faudroit donc leur donner chacun un coup de dent. Et vous, taisez-vous, que j'acheve; & que nous prenions garde tant de parfaites doctrines. Quelques-uns de la compagnie, pour faire une pause rcrative, se donnerent le petit mot du guet. C'toit la fleur des plus sages, qui firent un complot de gaiet, pour faire rire la compagnie; & allerent en une autre chambre, inventer une comdie l'Italienne. Je vous dirai qui furent ceux-l, la charge que, si vous le dites, & qu'il m'en soit fait quelque reproche, le diable vous emporte. C'toient Socrates, Plutarque, Rabelais, Gaguin, Luther, Ronsart, Pindare, Marot, & quelques autres de mme farine & pareils brans, & assez sages & fous pour contenter le monde. LUCIEN. Quelle diffrence mettez-vous entre farine & bran, vu que la plupart de ceux-ci sont, comme dit l'autre, tourns en farine de diable? L'AUTRE. Vous ne changerez jamais, encore que notre bon ami Pithagoras vous ait fait passer par son alambic; si est-ce que vous tes toujours de mme; & je crois que c'est vous qui en tes la vraie farine de diable, d'autant que Dieu vous fit bon comme farine, & vous tes mchant comme bran. Et afin que vous le sachiez, je vous dirai d'o vient ce dictaire; je me dpcherai, afin que le bon homme ait son sac. Il y avoit un pauvre petit paysan, qui avoit quantit d'enfans, & n'avoit point de pain pour leur donner, pour lors que la famine pressoit. Une nuit s'tant endormi de tristesse, il songea qu'il trouva le diable qui le consola, & lui dit que, s'il vouloit, il lui donneroit de quoi bailler dner son menu peuple, & l-dessus le mena en une fort obscure o il lui montra de grands sacs pleins de farine. Le paysan bahi & aise, dit: mais comment trouverai je ce lieu, si j'en pars? Le diable lui dit: eh! chie auprs, pour le remarquer. Le triste pauvre homme s'effora, & fianta dans le lit, plus que six ladres constips ne feroient par un clystere enforc de quadruple dose de fine bndicte. A son rveil, il trouva le bran, en quoi s'toit rduite toute cette diabolique farine. LUCIEN. Mais encore, puisque vous y tes, dclarez-nous un peu d'o vient ce bon mot, _afin que le bon homme ait son sac_. GUEVARRE. Cela avint en Anjou, en un bois qui est prs de la Rochefouque. Un gentilhomme avoit fort recherch une demoiselle du pays, sienne voisine, qui ne l'osa accommoder de son ustensile, parce que la commodit ne s'y offroit pas, & que possible, lorsqu'il le vouloit, il y en avoit quelqu'autre (& notez, qu'il n'y a que ces deux raisons, avec celle qui a t dite tantt, qui empchent les femmes de prter leur gnomon.) Un matin cette demoiselle, ayant affaire en une sienne mtairie (possible alloit-elle voir un de ses amis) passant travers ce bois, fut rencontre du gentilhomme, qui alloit giboyer & n'avoit en main que son arquebuse. Le gentilhomme prit la rencontre, & dit celle-ci: vraiment, il y a assez long-temps que vous m'attermoyez. Je vous prie que ce soit cette heure; il y a toute occasion propos. Hlas! lui dit-elle, que pensez-vous faire? Attendez une autre fois. A cette-ci, & une autre, tout sera bon. Mais quoi! je suis en manteau; je me salirai toute. Ce gentilhomme, levant la tte, vit un pied-gris passant auprs d'eux, lequel avoit un sac. Il le prit, & lui dit: compere, attendez-moi. Ayant ce sac, il le lui montra. Et bien, dit-il, voil pour mettre sous vous. Elle, se voyant presse, & qu'il falloit passer par-l, en dpit qu'elle le vouloit bien, lui dit: l donc, dpchez, afin que le bon homme ait son sac. Achevez, je vous prie. Socrates, comme le plus fou (ainsi disent ceux qui passent une porte: _je passerai le premier comme le plus fou_; _erg_, les autres fous en leur prsence, leur nez, & sans contredit. Mon sot de valet ne fut pas si sot. Un soir qu'il falloit porter la chandelle, pour clairer aux gens d'honneur qui sortoient, il ne vouloit jamais passer devant, disant que l'honneur ne lui en appartenoit pas. Cette petite bande entra de mme, & le sire Socrates marchant en gravit pose, comme monsieur le chantre de Paris aux bonnes & nobles ftes, ayant touss, & s'tant monocordis sur son geste, prpar en pompe minoise, aprs avoir remu sa trogne scientifique, ainsi que voulant annoncer quelque grande chose avec un accent admirable, va dire: hem, hem, hem. JE SUIS. Et ainsi qu'il faisoit une trop grande pose prsidentale, pour exciter motion audienciere, la reine d'Egypte, qui vraiment y toit par honneur, se fchant d'attendre si long-temps, ajouta son propos, UN SOT. Tout le monde, jusques aux anges & aux serpens, sans les pierres et les cailloux qui en creverent, se mit rire si fort, que la mule du Cur de Saint Eustache en foira de si pure joie, que la vie lui en faillit par le fondement. Ainsi la farce fut gte & tout le cidre rpandu, & la gentillesse remise une autre fois; & chacun fit comme aux nces. ARNOB. Vraiment, Socrates mon ami, tu devois bien y aller. Et que diable! tu es fat, de te faire moquer de toi, sous ombre de l'opinion que tu as d'tre savant & sage, plein de doctrine comme la gibeciere d'un hermite frais tondu. Voil ce que c'est, tu es prsomptueux; parce que tu n'as fait toute ta vie que chanter aux latrines avec les couillaux. BARLET. Parlez net. ARNOB. Je pensois dire _lettrain_ avec les choriaux, ma langue a suivi l'usage commun. Ne savez-vous pas qu'il y a des glises, o les chanoines ont des vicaires qui font pour eux, & sont dits choriaux? Mais, parce que ce nom est rude, les filles ont invent de dire couillaux; comme celle qui disoit qu'elle ne vouloit pas que l'on tournt son nom, de peur que l'on n'y trouvt quelque couillonnerie: elle vouloit dire quelque coyonnerie. C'est tout un, la douceur en vient. SINODE. XI. Par la vertu de l'herbe de la Saint-Jean, penses-tu qu'il te sied bien de faire le fou? Ces grands sages n'ont point d'esprit boufonner; ils ont l'chine trop plate, le col trop roide & la cuisse trop avale, & s'ils s'en veulent mler, cela avient, comme une huiliere coffer une reine, tellement qu'ils trbuchent si roide, qu'ils paroissent fous de haute alkimie, & au-del. Tandis que Csar coutoit ceci, son laquais, qui depuis fut roi d'Espagne, toit derriere lui, pour avoir de la chair. Etant importun, il se retourna, & lui dit: cap de biou, mon laquais, je vous donnerai mornifle: & tout sert. Si tu veux de la chair, prens-toi au fesses. BOECE. Il a mis cela en effet, & est cause qu'il y a tant de dames bossues, d'autant qu'il savoit en plusieurs lieux que celles qu'il attraperoit, il les happeroit aux fesses; comme tant les plus savoureuses & mieux faisandes, joint qu'il toit assez ais parce qu'alors les dames n'avoient point de culotte. Il est vrai, (oui; je ne dis point comme les autres fois, quand je mentois par oi dire. Je l'ai vu): c'est que pour crainte que cela n'avnt, plusieurs ont fait faire des calleons, ou brides fesses, afin de se garantir; & les autres, qui n'avoient pas cette industrie, pour sauver leur cul, craignant la dent laquasme, ont mis la chair de leurs fesses sur leurs paules. Cela est donc cause des bossues. Vraiment, si elles engendroient leurs semblables, bientt le monde seroit bossu. Fi, fi; il ne le faut faire qu'aux belles; la bosse leur sert de grace: & puis tous choses sont choses. Sec, gardez-vous de cheoir, madame Safy, il y a un grand trou devant vous; si vous mettez le pied dedans, vous vous gterez. MADAME. En d, si vous aviez le nez dedans, & deux autres de mme autour des deux yeux, vous auriez une belle paire des lunettes. BOECE. Taisez-vous; vous tes belle. Que sera cela? Les belles se font prier, & les laides prient; chacun fait ce qu'il peut pour vivre. Pourquoi faire des lunettes? CSAR. Pour mieux voir. BOECE. De quoi voit-on le plus? CSAR. Des yeux. BOECE. Si votre nez toit en mon cul, vous ne verriez que des fesses. LE BON HOMME. Que voici de sentences accomplies! Que vous tes heureux, vous qui les savourez, tandis que ceux-l boivent sans nous ouir; & je gage que; vous auriez beau dire, ils ne l'entendroient pas, d'autant que ceux qui oient en beuvant, tiennent de la ladrerie, comme le tient & afferme Janotin, matre apothicaire, du mtier dont il se mle. SOCRATES. En d, vous avez mieux dit qu'un four, & n'avez pas la goule si grande. Pourquoi fait-on des fours? ELPHIS. C'est pour cuire du pain. SOCRATES. Voire, le niais! C'est pour cuire. ELPHIS. Va te promener; & me dis la raison, qui fait que l'on boit les uns aux autres? SOCRATES. C'est parce que celui qui boit perd la parole, & devant qu'il lui avienne mal, prie que l'on l'assiste s'il lui survenoit danger; tandis qu'il est ainsi entre la vie & la mort, comme une ame qui sort de purgatoire, ou qui pense y aller. Je ne m'y connois encore gure; je suis pardonner, parce que ce pauvre homme possible est prt se noyer. L'AUTRE. O vous trois fois pleins de batitude, qui, accomplissant votre flicit, venez lire, tudier & mditer ici nuit & jour, pour trouver la pierre philosophale, que j'ai cache en ces traits plus finement, occultement, clairement, & patepeluement, que ne firent oncques Gebert, Thophraste, Lulle, ou autres affineurs; mais de meilleure grace, & de front plus minon, pour la rendre plus aise trouver, & divertir les beaux esprits qui consument trop de temps au feu; & les inciter plus gament poinonner leurs intellects, qui, pleins de concupiscence clestes, s'agitent aprs ces fideles commentaires. Et encore, messieurs, un mot en passant. L, croyez-vous, dites, que toutes ces bonnes gens fussent ici, & que ceux du temps venir y toient? Nous avons cel les noms de quelques-uns, de peur qu'ils fussent reconnus, & que plusieurs allassent au-devant, quand ils viendroient, pour leur ter leur argent, comme font les gentilshommes, en tems de paix. Or je vous avertis que j'en dirai un; voire sans rien nommer, c'est que, d'ici plusieurs jours, l'empereur entendra le midi; il sera fils d'onze heures; il mettra le midi une heure, comme Ble en sottise (je cuidois dire _en Souisse_) Pardon, Souissercons; je vous tiens pour gens de bien, deussai-je mentir. Le petit diable de la nouvelle toile vous puisse chatouiller, pour vous faire rire. Et d, vous en grincez dja les dents. En ce tems si tranquille de cette benote aventure impriale, personne ne fondra dispute ni secte, que pour se rjouir sur l'intelligence de ces mmoires, qui seront diviss en dix-sept parties, l'honneur des dix-sept Provinces philosophiques; & on les reverra avec une attention. Mme il y aura devant ou aprs un beau joyeux petit prlat de Basse-Bretagne, qui traduira ce code en toutes langues, depuis celle de boeuf, jusques celle de carpe pour le carme, & mettra par rles les colomnes de cet original, de peur des fausses positions, afin de secourir les enfans de la science, & y fera-t-on des commentaires, comme sur une pannere d'air, une aulne de tems, une poigne d'ombre, & une coude de vessi, bon, chaud & humide, frayant comme un limaon sans coque. Mais quelque difficile galopin de pifays me viendra faire ici une distinction, (je parle ici des hrtiques comme de chiens, parce que les gens de bien rient toujours comme eux tous seuls, auxquels la joie appartenant & prenant en bonne part, louent l'intention telle que je l'ai, qui est de profiter comme une poule gare au renard) & pensera, ce clabaut, me montrer quelque faute ou erreur, d'autant qu'il ne l'entend pas; ou bien il est une bte, parquoi se faut taire, de peur de honte: si on oit ou voit quelque gentillesse, il ne la faut point juger; mais en rire & l'admirer, comme les Italiens & Espagnols qui font la finesse. Or, que ce mignon ne me fche point. Que s'il le fait, cordi, morgoi, sand, &c. Je sais bien que je rapporte tout propos; & ainsi que je lui dirai qu'il est un sot, par maniere de dire; & moi, pauvre pifre, me prens-tu pour un apprivoiseur de mouches? Que l'aze te puisse saillir en place. C'est une belle chose de savoir tout! C'est que notre langue franoise est la plus ample de toutes. _Sic probo._ Elle a le plus de termes, pour remarquer la copulation, qui est cause que tout est produit. _Erg_, elle est la plus produisante. BARRELETTE. Voil dit cela; & si vous tes si pauvre de ne l'entendre pas, je vous le ferai entendre. TOME. XII. Entendez donc que les btes chevalines saillent, les nes baudouinent, les chiens couvrent, les pourceaux souillent, les chevres forboucsient, les taureaux vtillent, les beliers empreignent les brebis, les cerfs rutent, les poissons fraient, les cocqs cochent, les chats margaudent. Cherchez les autres; j'ai hte. Mais que font les hommes avec les femmes? Ils font. Quoi font? Cela: proprement, c'est le faire. Je dirois bien comme disoit hier madame, qui se promenant en l'isle sauta un foss, & je lui aidai, & sa coeffure demeura: vraiment, dit-elle, se remontant de tte; j'ai perdu je ne sais quoi; je laisse tomber ma coifoutre, c'est--dire, ma _coeffe, outre_ ce foss. Encore n'est-ce pas tout; j'en hais ce fat qui vient blmer notre entreprise, & me dit: vere; Socrates n'a pu y tre avec vous o l'on boit & mange, puisqu'il est mort. Va, prophete de Mahon; il y a long-temps que tu aurois le cul corch, si les veaux portoient croupieres. Ne sais-tu pas bien qu'il y a provision pour tous? Les chairs des btes sont pour ceux qui ont corps & ames; & si les bons trpasss nous sont venus voir; ne seront-ils point ftoys? Tu admets les banquets des dieux; tu y fais des songes creux, & les admire: & nous ici, riant de ta sotise, nous avons recouvr de ces cuisinieres du temps pass; qui savent apprter cette viande nomme PHEROS, mangeaille de dieux, & bches de desses, qui se fait de divers apprts & parties des ames de btes assommes, lesquelles par ce moyen sont consommes. Sachez que ces douillettes ames toutes chaudes, sont fort dlicates, & tant assaisonnes de fumes & quintessence de nos sauces l'ombre de votre feu, l'odeur de vos pices, aux vapeurs de votre rti, & de toutes les dlices du monde, faisant bonne chere, elles sont confites en got trop dlectable. Voire, oserois-tu point dire que; sitt que l'animal est jugul, c'est pour te faire plaisir & t'apprendre; (comme disoit la vieille Jean Hardi. Ce compagnon toit un de nos closiers, qui avoit une belle jeune femme. Il avoit aussi une vieille servante: tous trois n'avoient qu'un lit. Une fois, que sa femme s'toit leve pour aller pisser, cettui-ci, ne s'en tant apperu, & dsirant vacuer nature ritillante, se jetta sur la vieille, pensant que ce ft sa femme. Comme il s'en fut avis, il cuida s'ter. La vieille lui dit: ne bougez, ne bougez: ce n'est pas pour bien que vous me fassiez, ce n'est que pour vous _apprendre_.) Si vous en parlez davantage, vous gterez tout; vous rendrez honnie toute la doctrine des collges; & n'y aura plus de plaisir de s'tudier aprs les fadaises de la science des potes anciens. Si vous dclarez ainsi le secret des esprits, vous troublerez l'apothose, (je voulois dire: _vous dcouvrirez le pot aux roses_.) Pensez-vous que ce soit bien fait? Je ne dirai pas tout: non, je ne veux que reprendre ceux qui pensent que l'animal, tant comme mort, le soit; & pour l'amour de vous, je ne vous ferai qu'une dmonstration. L'ame du brochet ne s'en ira jamais, que le brochet ne soit cuit, d'autant qu'elle veut tre mange plus cordialement par quelques beaux esprits. Qu'ainsi ne soit; ne voyez-vous pas s cuisines des grands, que l'on en met le coeur sur le bout de la table, pour voir si le corps sera cuit? Certes ce coeur remuera, tant que la cuisson soit parfaite. Je me retiens par le bon, vraiment; & je fais bien, parce que je dirois choses & autres, au prjudice des bons garons, qui n'ont conscience qu'en apparence, & cependant cuident que, tandis qu'ils sont dispos, ils accommodent coeur gai ces fillettes, depuis que l'on en a fait conscience, & que ces hrtiques ont parl de rformer, comme ceux de Geneve qui veulent que ceux, qui vont demeurer en leur ville, aient lettre d'habitation authentique; & toutefois ils ne veulent pas qu'on habite. Nous n'avons point eu de bien, depuis que les talons des souliers ont t aculs, & les andouilles ont pu la merde. (En tout honneur, il est aussi ais que de dire, jeu sans vilnie, quand on dit _feutre fourche_, & _fourche feutre_.) Et les secrets ayant t ainsi tals devant le monde, les gentillesses sont alls au bourdel, & les excellences se sont changes en vtilles. Et voil que c'est de parler devant le monde; par quoi je ne veux plus rien dire de rare: d'autant que, si je continuois, je dirois tant de choses, que, force de les tudier, le monde deviendroit fou comme vous. CASSIODORE. C'est ce que je vous disois; il est vrai que, quelque peine que j'aie prise mettre tout d'accord, en tirant le bon bout de mon ct, & que, prostituant ainsi les sciences, on a parl des doctrines en la prsence intelligible des femmes, on n'a vu que des hrsies, & les hmorrodes en sont chutes au fondement, & les barbes ont t pirement faites que ci-devant. Et y regardez; vous ne verrez plus de barbes bien faites, parce que l'on n'y entend plus rien. De mon jeune temps, on alloit gaiement & sans artifice chez l'mouleur; & on avoit la barbe faite en deux coups, mettant une joue sur la meule, & puis l'autre, aprs cela faisoit frac, rest, zest; une barbe toit faite toute prte. XILANDER. Vraiement, vous tes un beau danseur! C'toient de belles barbes! Elles toient faites en queues d'hirondes, & les cheveux comme l'cuelle d'un ladre. Laissons-l les laques, auxquels je ne me plais point. Je vous dirai bien que, de mon temps, les gens d'glise avoient la barbe rase; & je vous dirai une remarque: c'est que, quand le pape a la barbe grande, les prtres la veulent avoir de mme; s'il a le menton ras, les prtres le veulent aussi; parce que chacun prtend au papal. Ainsi donc les sages portoient leurs barbes; les ras n'avoient garde de les porter, puisque le menton toit ras; la barbe te toit demeure chez le barbier. A cela fut pris Hauteroue, chanoine de S. Martin de Tours. (Il faut tout dire, de peur des garces qui nous coutent, parce que la frquence de toutes femelles y abondoit jadis, avant notre rformation, ainsi qu'aux autres lieux.) Il y songeoit; & le fit parotre, un matin que l'on le vit barboy; & un autre chanoine le voyant, lui dit: monsieur, vous avez aujourd'hui donn de l'eau bnite la barbe te. Lui, comme _reus_, va dire: _per meam_, je ne la connois point. A cela, je jugeai de l'innocence de tous les autres, qui se passent de garces, comme un bon procureur d'critoire. L'AUTRE. J'en prends tmoin mon compere Livet, procureur au chtelet de Paris, qui ne laissoit jamais son critoire. Il avint, par malencontre de bas avis, que madame sa femme, voyant un gai, gaillard & jeune maure, eut envie d'en tre couverte. Elle le fit entrer; &, pour remdier un mal d'estomac qu'elle avoit, elle le fit coucher sur elle. Ce qu'elle en faisoit, toit qu'elle considroit que sa peau, vu sa nation, seroit plus chaude que celle d'un Franois. Le jeune homme ayant t l assez long-tems, fut remerci & salari de son bon office, o il n'y avoit point de mal, vu que cela tendoit la sant. Mais que c'est des impressions! Il lui avint que son mari venant la copuler, elle qui se souvint du maure, en engendra un; ce qui parut, quand elle accoucha. Sa commere voyant son enfantement, cette aventure si noire, l'en avisa; & la pauvrette lui dit sa friande imagination; quoi la bonne commere & amie pourvut, & s'en alla au chtelet faire appeller Livet, qui venu lui dit: h bien, ma mie, qu'avons-nous? Un beau fils, lui dit-elle; mais je vous prie, dites-moi en conscience, mon compere, n'avez-vous jamais accol ma commere, que vous eussiez votre critoire votre ct? O que si ai, plus de trente fois. Vraiment, vous avez bien besongn! Je m'en doutois bien; voil, il est chut de l'encre dedans, si que vous avez fait un enfant noir comme un maure. TIBERE. Que vous avez belle envie d'chapper. ALLGATION. XIII. Or , belles entendoires, qui tous avez hte pour amasser des argumens cornus, & changer vos thmes; pourquoi est-ce que les gens d'glise ont en plusieurs lieux, comme jadis, le menton ras? CASSIODORE. Foin sans blasphmer. TIBERE. Je ne veux plus nommer personne; venez voir qui y sera: c'est trop se dclarer. Qui sont les gens d'glise? XILANDER. H d, ce sont les prtres. TIBERE. Ne vous dplaise, par la gorge, ce sont les images qui y sont jour & nuit, qui jenent sans cesse, comme y tant idoines. Toujours ils ne font point ce qu'il ne faut point faire; ils s'abstiennent & sont tels que doivent tre vrais gens d'glise. SOCRATES. _Distinguo_, s'il vous plat: votre mule pisse: elle se morfondra par le fondement. Telles gens d'glise sont toujours en un tat comme les rois du palais, y habitant sempiternellement de sempiternit lapidaire; mais ceux dont vous parlez, ne sont gens d'glise que par adoption. J'entends parler des corps anims, qui vont & viennent l'glise pour la servir, qui sont hommes vifs; & toutefois qui sont intellectement comme nous sommes, vivans de la vie du monde, bien qu'ils soient boivans & mangeans, & chians & pissans; lesquels toutefois sont hommes sains & mortifis, & de saison; lesquels pour n'tre affects en apparence publique, sont dits morts par excellence, vu la mine. Et de fait, on les nomme morts, pour autant que l'outil qui perptue la vie, leur est boucl par la vertu de certaines paroles confrantes ordre supernaturel; & ainsi l'usage naturel leur est interdit par voeu. Ils s'en rasoient le menton, afin que le regret qu'ils ont de n'oser ni vouloir frquenter la douceur du monde ne part aucunement, joint qu'ils doivent tre joyeux, (_venite exultemus_) & que leur tat est une joie perptuelle, laquelle il faut faire parotre, encore qu'elle ne ft pas. C'est la cause pour laquelle ils se font raser le menton, parce qu'il semble qu'un homme, ainsi rpar du minois, rie toujours. Et y prenez garde; & s'il n'est vrai, que de quinze jours ne puissiez-vous aller vos affaires. De-l est venu & procd ce canon du concile de Quarante: le prtre fera sa barbe en couene de lard, afin qu'il paroisse toujours riant, friant, fringant, _donec, &c_. CATON. C'est pourquoi le bon homme Hugonis toit toujours joyeux. ALBERT LE GRAND. Voire, ce moine l'toit vraiment; & de fait, il toit gros & gras, comme un mtin qui tete deux fesses, il toit ample autant que le cul d'un ministre qui accouche en libert. Une fois qu'il passoit prs de S. Avoye une belle demoiselle le voyant, dit une autre par admiration: que voil un moine qui est gros! Il l'ouit, d'autant que, ses membres tant proportionns, il avoit belles oreilles, & lui rpondit: mademoiselle, il y a long-temps que je fusse accouch, si j'eusse trouv une sage-femme. L'AUTRE. Pourquoi est-ce qu'on appelle _sages-femmes_ celles qui reoivent les enfans, & ont le gouvernement des pays-has. HLIODORE. C'est parce qu'elles voient de grands cas. Je me souviens que j'tois encore bien vieil, la cour de parlement tant Tours, que de bons garons firent une galantise une sage-femme. Ils mirent un gars, en guise de femme prte d'accoucher, dans un lit; & firent venir une sage-femme, qui, mettant la main dessous les draps, & trouvant son braquemart, dit tout haut: courage, l'enfant viendra bientt; j'en tiens le bras. Elle le vouloit remettre, sans qu'elle reconnt ce que c'toit: or devinez. (Un jour je pissois contre une muraille; & une belle dame me regardoit; je lui dis: devinez ce que je tiens, & vous l'aurez.) CATON. Encore faut-il que je me souvienne de ce bon homme Hugonis, qui a t mon matre, d'autant que les huguenots faisoient bruit par la France. Que le diantre y avise, puisque les autres n'en veulent rien faire; bran, cela m'est chapp. En ce temps-l que j'tois si fort tudiant, ce mien matre hantoit ce bon prince catholique, le pere de cette pauvre dvoye, qui a tant fait disputer. Il avint un jour, que le basque tant la porte de notre prince, Hugonis vint heurter; je le suivois. Comme on eut demand: qui est-ce? Je dis; c'est notre matre Hugonis. Le basque va dire monsieur: c'est matre Conin, qui est l-bas, qui veut parler vous. Quoi! dit monsieur, ce pipeur? Va lui dire qu'il aille autre part faire ses tours de passe-passe. Un jour durant, il fut estim hrtique; mais cela passa, par une prdication que j'en fis tout chaudement, tellement que ceux qui cuidoient que monseigneur sentt mal de la foi, furent rsolus; & le tout se tourna en rise domestique. ERASME. Cela me fait souvenir de ce que me dit frere Lucas. CATON. Quoi! qui? frere Lucas qui avoit mal au chose, & on le lui coupa, si que, le cas lui tant t, il n'est plus que frere Lu? ERASME. Non, ce n'est pas cela; je parle bien d'un docteur: c'est de celui qui, ma rception, me prit par la main, & me dit: mon frere, mon ami, _doctissime baccalaure_, j'ai une parole de trs-grande consquence vous dire: c'est que vous sentez mal de l'hrsie. CATON. Que lui rpondites-vous? ERASME. Je me mis en colere; & lui dis que mon ne toit plus sage que lui. Il me fit appeller; & je lui prouvai mon dire: parce que mon ne venoit bien de la riviere tout seul ayant bu; & lui, il le falloit rapporter de la taverne, quand il avoit trinqu. Je gagnai mon procs, faisant quinaut le juge, en lui demandant: pourquoi est-ce que mon ne va pied? Il ne le sut dire; & je lui ai enseign, disant: c'est parce qu'il n'a point de cheval comme vous, monsieur le Juge. Il se trmoussoit comme une pie en gsine, & me dit: regardez qui vous parlez; je suis gentilhomme. Il me remcha cette parole, tant descendu du sige: & alors ne le craignant plus, je lui dis: vraiment vere, si tous les gentilshommes du monde avoient les jambes casses, vous ne lairiez pas de courir. Mais je suis gentilhomme; oui, je veux bien que vous le sachiez. Si j'avois pour un liard de telle noblesse dans le ventre, je prendrois pour cinquante cus de rhubarbe, pour la chasser. Le Juge dit: si je remonte en mon sige, je vous ferai affront. Vous me feriez comme le Juge de la Fleche, qui condamna un homme tre pendu & trangl, sauf son recours contre qui il verroit bon tre. Aian, rpondit-il, encore un coup, ne me fchez pas. Bien, lui dis-je, pour vous appaiser, je vous veux apprendre un secret. Pourquoi est-ce que les femmes pissent, quand elles en ont envie? Vous voil pied des raisons, le cul aussi prs de terre qu'un ptissier qui n'a que faire. C'est parce qu'un autre ne sauroit pisser pour elle. Et moi je chierois bien pour vous. CATON. Fi, fi, cela se sentiroit mieux & plutt que l'hrsie. SOCRATES. Comment la sent-on? ERASME. Il faut mettre le nez au cul de l'hrtique, & en retenir le got & l'odeur; puis aller sentir au cul des bons Docteurs & Cordeliers, pour voir s'ils sentiront de mme. Mais n'allez pas sentir au cul des minimes; je pense qu'ils flairent horriblement le clystere, cause que leur cul est une sentine d'huile perptuelle. NRON. Comme vous parlez impudemment! Il semble qu'il n'y a ici qu' se dtraver en sales paroles, & que toute honntet & vergongne soit perdue. DIOGENES. Tout est permis ici; nous sommes pair compagnon: on doit faire & dire ici tout ce qu'on peut & pense. ALEXANDRE. Vous y perdriez, pauvre homme, parce que, si tout toit permis, je vous battrois bien cette heure, pour me venger de l'affront, que, l'anne qui vient, vous me ftes en Grece. DANEAU. Est-ce en _graisse_ dure ou fondante, de quoi vous parlez? Certes je suis en suspens, quand j'en oi parler, cause des grges qui engraissent les personnes pour les faire mourir, & les autres les engraissent pour les faire vivre. ROBERT ETIENNE. Je ne m'en soucie pas: je voudrois avoir trouv un bon moyen de m'engraisser; je me porterois bien. En d, je suis aussi maigre que le vendredi or, & aussi dfait que la semaine peneuse; & d, je suis aussi maigre qu'un millier de clous. JOLIVET. Il faut donc que vous alliez en un pays que j'ai frquent, que vous appreniez ce que les gens de-l font, pour s'engraisser. Vraiment ils sont-l toujours gras & en bon point, comme de beaux petits moines de bonne toffe. Les moines sont gras comme de belles vaches portantes; mais les vaches ayant vell, elles deviennent maigres, & les bons moines qui n'ont point vell, sont toujours gras. Je parle aux doctes sorets, harengs sorets & massorets. AVIS. XIV. En ce pays que je vous dis, tout y est gras; mme aussi les jours maigres y sont graisss: & je vous dirai une belle invention, que m'ont apprise ceux qui font exercice. Ces bonnes gens prennent les jours maigres ds la veille, & les chtrent, puis les mettent en mue. Je ne fus jamais si tonn, que quand j'y vis monsieur de carme en une grande mue, o trois vieilles croupieres l'apptoient des ptons de blanc de chapons. Vraiment il n'toit plus, comme je l'avois vu autrefois Rome; il toit gras & refait comme le chien d'un vielleux; il toit si engraiss, que la graisse lui sortoit par les yeux, comme les puces sautent dans un four qui sue de froid. DIOGENES. Vous parlez de suer; & en quel temps est-ce que les vis suent? CESAR. Fi, fi, vous tes salaud. MADAME. Oui, je l'entends comme vous; je dis jeu sans vilnie, comme nous disons nous autres filles; c'est quand il menace de pluie, que la vis de notre grenier sue, & qu'elle est relente, & si le noyau de la vis, ou la vis mme est de pierre, tant mieux, elle en durera davantage, ainsi que celle des tuileries. DIOSCORIDES. Vraiment, l'autre jour que j'y tois, je voyois des dames Parisiennes, qui admirent cet ouvrage, y montant, elles relevoient leurs cottes & s'entredisoient? madame, ma mie, que voici une belle entre de vis! Jean voire, leur dis-je deux belles, que puissiez-vous jamais n'tre votre aise, que je, n'en aie fait la preuve par essai naturel. HLIODORE. C'est votre souverain bien que ces imaginations, & plus encore quand vous en tenez la cause: je ne dis pas les imaginaisons: il faudroit avoir les doigts bien subtils. Il est vrai que ces esprits familiers, ainsi montant, sont de bonne rencontre & facile accs. JAMBLIQUE. Ne parlez point des esprits, je m'y suis trop rompu la tte, & n'en ai su venir bout. L'AUTRE. Ce n'est que votre faute, d'autant que le familier s'approche aisment. Et qui en sait plus que moi? Vere, vere, ce sont abus que vos contes de loup, d'esprits fantastiques. CARDAN. Vous vous paillardez lanternirement sur l'loquence, & faites ainsi admirer la suite d'une vaine rencontre d'esprits: ce qui se trouve inepte & fat, sans fruit, cela n'tant que rverie: & pourtant je vous dis que vos frivoles conceptions ne sont rien au prix de la douceur & mignonne rencontre, non d'esprits qui ne sont pas, mais d'essences vraies. Et n'y a rien tel, pour le contentement, que la formelle embrassade d'un esprit familier, incube ou succube, _id est_, femelle pour nous, & mle pour les dames, qui les appellent _foulons_, qui vont la nuit fouler le monde, & leur presser la rate. L'AUTRE. Vos contes sont fadaises, & ne sont que folles fantaisies; mais la ralit temporelle, sensitive & communicable d'une vrit perceptible est la perfection produisante bon & singulier effet de dlices, bien loin des penses mlancoliques, qui sont persuades par crainte, folie ou sotte curiosit. Il y en a tant qui desirent des esprits familiers; jamais personne n'en eut faute: l'ayant voulu autrement, nul n'a os entamer le propos ni la piece, ni congner ou laisser congner en l'entame ou entameure. Il faut tout dire; ceux qui sont savans s'y connoissent; & puis dites, vous qui vous macerez: le diable me tente. Tu nous la bailles belle! C'est votre propre nature nerveuse, qui s'excite selon la loi naturelle vte & sainte; & vous faites semblant de ne l'entendre pas. Il faudroit, afin que ce que vous dites ft vrai, que le diable vous soufflt au jaret, comme il fit Andocids, ainsi qu'on le pratique aux veaux. Cependant, cruels hypocrites, vous ne voulez pas donner gloire madame nature qui opere; vous aimez mieux en faire auteur le diable; & ainsi vous lui faites hommage, lui attribuant une puissance qui est en vous. C'est grande piti! Cela vient de la folle spculation. Et ces messieurs les parfaits rforms, qui coursoient leur bonnet selon leur fantaisie! Qu'ainsi ne soit; je le prouverai par raison; il n'y a homme, tant soit-il dbile, qui ne le fasse mieux qu'un diable, encore que l'on dise: il le fait en diable. Ce qu'il faut entendre sainement. C'est--dire: il le fait autant (quand c'est un bon faiseur) comme un diable seroit desireux de le faire, s'il savoit ce que c'est. On ne dit point en diablesse; aussi les mles font tout: les femmes font comme gueux; elles ne font que tendre leur cuelle. DARIUS. Appellez-vous cela une cuelle? Quand le cancre de mer prit les levres du cas de madame, il n'avoit ce conte pris que le bord d'une cuelle. MADAME. Sachons cette mene, je vous prie. DARIUS. Je le veux. Monsieur le gouverneur, (alors nous habitions un port de mer) tant la ville, ainsi qu' tels seigneurs le menu peuple fait force prsens, reut, de quelques pcheurs, un prsent d'une pannere de fort beaux cancres vifs tous choisis (on dit _beaux_ les plus gros; ainsi toit un fort bel homme, le gros Chenu d'Orlans, qui toit gros comme une pipe; & tel monsieur de la Contiere d'Anjou, qui se faisoit porter sur une charrette, ne pouvant aller pied, & qui, un soir de vendredi saint, voulant jener, mangea seulement un boisseau de pruneaux, ce qui tint si peu de place en son ventre, qu'il cuida dfaillir de faim avant minuit; ainsi toit une belle femme la dame des Carneaux). Mondit seigneur, ayant reu ces cancres, les fit poser prs de la chemine. Tandis qu'il s'amusoit, un des cancres se glissa, & se rampant, s'enlassa entre une tapisserie & la muraille. Les autres furent ports la cuisine, pour y tre trousss comme mugette. La nuit que chacun dormoit, ce matre cancre, ayant affaire d'eau, & la sentant l'odeur marine, va au pot pisser, o il se rangea en si peu qu'il y avoit; & ainsi gliss au fond du pot, s'y tenoit, attendant misricorde. Quelques heures aprs, madame et envie de se consoler la dcharge de ses reins chargs d'urine, dja tire en la vessie, dont la pesanteur par filandres tire soi les roignons, qui se dlectent de son vacuation; & prenant le pot, s'tant un peu releve, se flanqua dessus, de peur de pisser au lit; & ainsi madame... ARCHIMEDE. (Baisez-la au cul, si c'est la vtre, tandis que je chercherai la mienne; c'est une regle de gomtrie. DARIUS. Petit follet, laissez-moi en paix; il n'est pas possible que vous me fchiez, comme vous le desirez; il n'y a qu'un moyen de me faire taire: prenez un rateau, & me baillez des dents au cul; & j'aurai tant de douleur, que je me tairai). Voil donc madame, qui laisse aller l'eau de la goutiere naturelle entre les arcs-boutans des crevasses physiques, & pissant roide comme une pucelle qui n'ose, arrousa de cette liqueur frache & chaudement mouve le paillard cancre, qui soudain se dilate & releve; en ouvrant un de ses bras, qui est de telle condition que s'tant ouvert & pris quelque sujet, il ne le laisse point. Que prit-il, bonnes gens? A l'aide! Il trouva & prit. Quoi? Cela est si dlicat & mignon, que je n'ose le dire. Il happa & serra le bord, le limbe, la levre, l'ornement, la mchoire, cette fente mignarde, extrmit minente qui se releve en crte de foss, au bas du ventre fminin sur le devant, pour faire honneur aux babines du chose de madame. Cela est si sensible, qu'elle s'en cria si haut, qu'elle veilla son mari, qui lui demanda ce qu'elle avoit. Hlas! dit-elle, je suis perdue. Elle soupiroit, & n'osoit le dire. Toutefois sa douleur lui fit dclarer que quelque fantaisie la mordoit au bord de son cas. Monsieur, en bon mari, ayant fait apporter la chandelle, & vu l'effet s parties naturelles de la femme: paix, ma mie, paix, dit-il; je lui ferai bien lcher prise; je sais le secret: il ne faut que souffler contre. Il se mit souffler; & le cancre, levant l'autre bras, l'empoigna la levre d'auprs le nez. Il faisoit beau voir cette remembrance. Il avoit le nez bien prs du cela de sa femme; il pouvoit bien voir si d'autres y toient: il n'et pas t cocu sans avis. Le valet de chambre, qui survint avec des ciseaux, coupa les deux bras du cancre, mit monsieur & madame en libert. MADAME. J'eusse bien voulu voir la grimace qu'ils faisoient. Je ne sais si cette femme avoit envie de rire, voyant l'humilit de son mari. PETRONIUS. Cela me fait souvenir de la fortune de frere Jean Laille notre bon ami. COMMENTAIRE. XV. Un jour, proche des avents, allant Angers, il ne put attrapper la ville, si qu'il coucha chez une bonne femme qui le connoissoit de longue main: s'il m'en souvient, c'toit chez la jeune Coibaude. Comme il fut au lit, on lui mit sur la selle d'auprs le chevet un pot de nuit: or sur la mme chaire, il y avoit une ratiere quarre & creuse en rond; ce n'toit pas de celles qui ont une porte, mais un ressort qui serre le rat par le milieu du corps: cet engin-l, qui a pour le moins demi-pied de diametre, & est en cube, toit fort tendu & le ressort fort band. Frere Jean se rveilla, pour faire de l'eau; & prit cet engin par le bord, cuidant que ce fut un vaisseau pisser, & y prsenta son outil, qui s'avanant donna jusques la dtente; parquoi le ressort chappa, & prit le pauvre cas du cordelier, qui sentit plutt cela que le jour. Il se prit crier si haut, que Lucifer s'en ft veill; & on lui apporta de la chandelle pour le dgager. La chambriere en rioit d'aise, d'autant qu'elle toit bien venge d'une autrefois qu'il logea l-dedans; c'toit en t; & parce qu'il y avoit presse, lui qui toit des amis, coucha en la chambre basse, o la bonne femme & sa chambriere couchoient en l'autre lit. Ce mignon se leva, pour prendre l'air; la nuit toit un peu noire; il appella la chambriere: marquise, je suis gar: je te prie, viens me qurir. Cette pauvrette se leve, & va lui, qui avoit trouss sa chemise & lev fort haut le bras. Prens-moi la main, je te prie. Elle ttonnoit & trouva son bout. Hlas, ce dit-elle, que vous avez les doigts gros! ho, & c'est votre bras. Il n'y a point de main! & qu'est-ce? en d, je n'en ferai rien. Elle lui tira une secousse, & le laissa l. SIMLER. Matre Jean Pinaut, ministre de Genve, m'a cont qu'il lui en prit autant Chamberi. DISTINCTION. XVI. A cause de quoi, il avient toujours quelque disgrace ces pauvres innocents, & leur tombe quelque chec; tmoin celui qui prcdoit Dampierre, quand nous y cherchons la pierre philosophale, avec tous ces barons de Normandie, & que nous bmes le bon vin que Nabot avoit persuad monsieur de Chansegr d'y faire apporter, pour en faire de la poudre de projection. Il y avoit blanc & rouge; c'toit faire la pierre pour la projection de l'argent & de l'or potable. J'avois avec moi mon Pierre, qui toit un bon vaurien. Le dimanche venu, nous ouimes le sermon d'un cordelier qui avoit une ulcere en une jambe; & le thme de son prchement toit _Modicum_, qu'il rpta plusieurs fois, ce qui fut cause que mon valet sortit, disant: que diable avons-nous affaire, si le maudit con lui a fait tort? Les faucons engendrent les mauvais, & les mauvais les faucons. Quand ce moine fut guri, il s'en alla & prit cong du cul & de la tte, comme c'toit la coutume: or, toit-il galant de sa personne, dispos & courageux, (j'ai quasi dit _vaillant_, ce qui n'appartient qu' nous, chevaliers & cuyers.) Le frere, passant sur l'tang de la Ferriere, fut rencontr de deux voleurs pied, qui eurent envie de son habit, par quoi ils lui dirent: frere, cet habit vous est trop chaud & importun; baillez-le nous un peu porter pour votre sant. Sans faute, dit-il, messieurs, tout est vous, corps aussi; je vous supplie me donner cong de me dvtir, & n'outragez point ma pauvre personne. Ce qu'ayant dit, il met son bton deux bouts terre, le pied dessus, & dvt le froc, qu'il leur jetta aux pieds, puis reprend son bton, & tout en pourpoint leur dit humblement: messieurs, prenez-le. Un d'eux se baissant pour l'amasser, le moine lui vint dcharger un si grand revers de son bton sut l'autre flanc, qu'il l'envoya bchever du long de la leve. Cette pauliere ainsi dcharge sur le haut de la personne de ce vilain, qui cheut sur le ventre comme une grenouille hanche, pouvanta tant le compagnon de l'cras, qu'il s'enfuit; & le cordelier de le supplier courtoisement de venir au reste. Le trbuch, qui craignoit le demeurant, disoit: ha, frere Gilles! Mon bon pere confesseur, je me jouois, vous tes bien rude de ne prendre rien en jeu! Et le moine s'avana de lui apprendre les dimensions, non du _baculus_ de Jacob, mais du bton de Gilles, & le pauvret de crier: hlas, monsieur, pardon! A ce mot de monsieur, il le recommanda tous les diables, & s'en alla aussi. Il y a trois sortes de gens qui n'aiment point tre appells par leur nom: comme vous diriez chien & chat, moines, ministres, prtres, putains & bteleurs. Minon & chat, c'est--dire, monsieur; cela vous connotrez qu'il faut dire mignon, monsieur le prieur, notre matre, &c. OECOLAMPADE. Le docteur de chez nous ne fut pas si habile, quand sa garce le battit, parce qu'il se laissa gratigner le visage; & le lendemain, comme on lui demanda qui l'avoit ainsi marqu, il dit que c'toit un fagot. EMPEDOCLES. Diantre, quel fagot! C'est possible un fagot de foin, ainsi que le rapporta matre Alain, qui fut trouv avec une garce; il ne s'excusa pas comme Denost, qui, au chapitre, quand on le tena qu'il ne bougeoit d'avec les garces: certes, ce dit-il, je n'y ai pas t depuis _Quasimodo_. Aussi venoit-il de coucher avec une. SIMLER. Tu en as toi qui parlois tantt de foin pour chair: mais, si on te tournoit de langage, te donnant djeuner, & que pour de la chair on te donnt du foin, que seroit-ce? LEON HBREU. Ah! voil bien argument pour un vieil plaideur. Notez que tout honnte homme ne mange point de morceau de boeuf, ni de morceau de pourceau. Pourquoi? parce qu'un morceau de boeuf est une poigne de foin; & un morceau de pourceau, c'est un tron, qui vous puisse servir de masque carme prenant. PERICLS. Les gens ont tort; & celui qui parle a raison; mais il mche de travers, & si je vous dirai qu'il n'y a gueres qu'il le sait: il ne le dit encore gueres bien. EMPEDOCLES. Vous n'avez pas dit, comme on dit monsieur en moine. SIMLER. Ho, vous en souvient-il? J'tois bien loin. Et que sais-je? Notez que ceux qui parlent tant des friponniers d'un tat doivent en tre, en avoir t, ou les avoir trop frquents. J'tois vragnant en Savoye, o j'coutois parler son altesse. VIVES. Et moi Rome, o j'oyois supplier sa saintet. CARDAN. Et moi en enfer, o j'oyois dire sa diablerie. L'AUTRE. Et moi chez notre archevque, o l'on baisoit les mains de son archiepiscoperie; & il rpondit son suffragant: j'honore votre espiscoperie; & un chanoine: je me recommande votre chanoinerie. SIMLER. Je voyois un mignon qui parloit un jurisconsulte, & lui disoit: comment se porte votre conseillerie. Aussi sa conseillerie lui avoit donn dner. Comme sa majest lui avoit donn sa lettrerie, j'ai pens dire sa _ladrerie_, soient sauves les jumens. Nous sommes, je dis vous autres, de grands sots. Je ne pensois pas que cette femme et la tte si fausse, de taper ainsi son pauvre matre de docteur. TEXTOR. Je vous prie, parlez bas, & ne vous mariez point de peur d'tre cocu. Mais je me trompe, j'ois ce beau procureur qui en parle; il est mari, il est heureux, sa femme est grosse, elle accouchera. SIMLER. Parlez sobrement des femmes. TEXTOR. Tu y devois bien venir, toi qui a si belle femme. Par ma conscience, elle est belle & de mrite, & des plus jolies du monde: & je suis fch pour elle d'une chose; c'est qu'elle est la femme d'un cocu, qui a pendu aux fesses les trbillons d'un veau. SIMLER. Par Hercules, la fin, tu troubleras ma patience. A ce conte, tu ferois ma femme putain? TEXTOR. Si je l'avois couverte, sans doute elle le seroit, & l'aurois faite telle. SIMLER. Mais qu'as-tu affaire de dire cela? Tu sais bien qu'elle est femme de bien; grand-peine seroit-elle dbauche. Vraiment, elle n'aime point le dduit; aussi je ne prens pas plaisir d'avoir affaire elle. TEXTOR. J'y en prendrois bien, quant moi. SIMLER. Si tu me fches, je te pousserai & te hterai d'aller. TEXTOR. Je ne veux qu'aller au palais de Paris, pour tre pouss, ainsi que rpondit Limois au conseiller son matre, qui lui promettoit de le pousser. Pargoi, monsieur, je serai plus pouss en demi-heure, la sortie du chtelet, ou du palais, que ne sauriez me pousser, toute votre vie. Au reste, pauvre homme, je voudrois que tu m'eusses tant ht d'aller, que j'eusse pass le mauvais tems. SIMLER. Encore tu te moques? Va, je veux bien tre cocu; mais si tu me courouces, je te ferai porter les stigmates des cornes de cocus. DIOSCORIDE. Voil une drogue dont je n'ai jamais ou parler: apprenez-la moi, pour la mettre en mon livre. MADELAINE. Voil cette belle Diotine, qui est enrage de faire leon aux doctes. Demandez-lui. Toutefois j'en sais plus qu'elle; mon mari me l'a appris. PARTIE. XVII. Quand je tenois cole d'criture Toulouse, avec les chanoines de Saint Sernin, d'entre lesquels il y en avoit un qui toit cur l auprs, & entretenoit la premiere femme de mon mari, laquelle toit belle. Un jour, j'oyois ce mari qui parloit elle: d'o viens-tu? fit-il. Du four, fit-elle. Que faire? fit-il. Un tourteau, fit-elle. Est-il bon? fit-il. Ttez-y, fit-elle. Est-il chaud? fit-il. Soufflez-y, fit-elle. Et o, fit-il. A mon cul, fit-elle. Ha putain! fit-il. Ha cocu? fit-elle. Ha, ha, fit-il. A, a, fit-elle. Voil comment je suis femme de cocu; & si, je suis femme de bien; ce que l'on ne penseroit jamais. Cependant je conserve bien mon bon homme en sa qualit, sans faire faute de mon corps, non plus qu'une nonnain griesche. Si est-ce pource que je me tenois assez mignonne, on parloit mal de moi; en d, on avoit tort; c'est parce que je n'eusse su faire que ce qui dja toit fait. Et puis, comme j'ai appris des docteurs que j'ai frquents jour & nuit, le cocuage est un caractere indlbile, tenant comme moinerie au corps & l'ame d'un profs; & bien plus fort, mais non si visiblement que merde en derriere de chemise. Et parce que cela toit, je me contenois fort en devoir, aimant bien mon mari, que je mignardois, tout ne plus ne moins que si j'eusse t un peu putain. Et de fait, comme, tant femme, je sais la nature fminine, je vous assure qu'il n'est aux hommes que d'avoir femmes qui en tiennent tant soit peu: cela est levain de perfection, pourvu qu'elles n'en soient pres; & ce d'autant que telles femmes aiment mieux les hommes, & les servent mieux quand ils sont malades, & avec moins de ddain que ces sottes femmes de bien. Encore que je traitasse bien mon preud'homme, si est-ce que quelquefois il se fchoit contre moi: & sur-tout une fois, qu'il me trouva devisant d'affaires avec un commandeur, qui, pour me gurir du mal de la colique, m'avoit appliqu sa croix sur le bas de l'estomac, & me disoit l'oreille les paroles qu'il y falloit dire pour ma sant. Mon vieillard eut une fausse impression, dont il me querella; mais je le fis taire. Or sus paix, c'est assez. Que tu es mchante. Voire, si je ne l'eusse fait taire, il et huch jusques demain. Je l'eusse volontiers battu, sans que dieu & vergogne le dfendent; & y et paru, parce que je lui eusse fait sentir, non les cornes de cocu, ains celles de sa femme. MECENAS. Mais quelles sont les cornes d'un cocu, & celles des femmes, qu'elles fassent ainsi mal? MADELAINE. Sont les ongles. Il vous faudroit mettre dessus; encore ne vous en appercevriez-vous, non plus que le pauvre menier qui toit sur son ne, & fut surpris d'une grande procession, qui le pressoit fort; & lui, ayant son bonnet la main, dandinoit, regardant la banniere & les beaux joyaux. Deux ou trois fripons, approchant de lui, couperent les sangles de son bt, & soutinrent le bt assez long-temps, portant le drle, tandis qu'un autre arrta le mulet, le tenant par la queue, comme une anguille. Quand ils l'eurent assez port, ils le planterent-l; & le pauvret de crier & hucher: & o est mon ne? O, va le chercher. Or, puisqu'il faut tout dire, ce bon homme tant mort, j'pouse, pour la seconde fois, le plus grand sot du monde, tant cause de lui que de moi. Je n'ai point honte d'ainsi parler, puisque je ne ments point. Voil! son ne m'toit contraire: ainsi, par ma finte, il avoit eu deux autres femmes, dont la seconde toit une des plus femmes de bien de la terre; & elle ne fut pas si-tt avec lui, que l'astre de cet homme ne la ranget au point des soeurs. Je dis donc ceci avec toute gloire, cette heure que je suis fille pnitente, & qu'il y a du plaisir raconter les vieilles vtilles, & que c'est un grand mrite, que de se souvenir de ses fautes, dont par ainsi la rtribution est grande en pardons, abondant sur l'iniquit. En ce mien mariage, je me gouvernai en femme de bien, ne plus ne moins que les dames de Paris, qui ont des intervis. CESAR. Quels diables sont-ce? MADELAINE. Vous le saurez tantt. Et ne m'avint qu'une douce infortune, en quoi je ne fis point de faute, parce que Pichonneau disoit, en chaire, que ce n'toit point pch, quand on n'en tiroit ni profit, ni plaisir. Il y eut un beau jeune homme de bonne maison, qui me fit l'honneur de m'aimer; &, parce qu'il toit fort apparent, crainte que je fusse cause qu'il lui avnt du mal, je le laissai faire de moi ce qu'il put, sans que j'y apportasse aucun consentement: aussi je n'y prenois aucun plaisir. Je le laissois faire son aise pour le gratifier, & pour le grand amour qu'il me portoit, afin qu'il ne m'en penst tant son oblige, & qu'il en prtendt rcompense: je lui permettois & voulois bien qu'il et tout plaisir qu'il vouloit de moi, puisqu'il disoit qu'il y en trouvoit, encore que cela ne m'en ft aucunement. PORCENA. A qui fait-il plus de bien, aux hommes ou aux femmes? GEBER. C'est aux hommes, dit Saint-Gelave. A, ha, ha, dit mon compere Bardou, vous vous trompez; c'est aux femmes. Avisez que si l'oreille vous dmange, & que la gratiez de votre petit doigt, qui a plus de plaisir & de bien? N'est-ce point l'oreille? Et puis il y a en la chanson: _vous aurez sur l'oreille_. MADELAINE. Je ne sais rien de tout ce que vous dites; vous tes des causeurs; je ne prends point de plaisir si peu de chose. Bien que l'on me l'ait assez voulu persuader, ce que l'on disoit, & qu'on a dit de moi ce qu'on a voulu, je me suis pourtant porte en tout honneur. Pensez-vous qu'une femme ne puisse pas coucher avec un homme, sans toutes ces badineries l? Pour autant que cet honnte bon seigneur avoit couch avec moi, & que l'on disoit qu'il y avoit danger, ce que je ne trouvai onques, je fus confesse; & comme le prtre m'enqutoit soigneusement, je rpondis avec un bel excs de contrition de coeur, selon les pchs que j'avois commis, ajoutant que j'avois fait un oiseau. Comment, ce me dit-il tout merveill, un oiseau, ma mie? Oui, monsieur. Le pauvre petit bon homme n'entendoit pas que je parlois d'un cocu; & de-l vint le proverbe, que depuis on a dit: _pauvre prtre_, vu la pauvret de cettui-ci en science. Et pour vous faire entendre l'excellence & la vive nature de cet oiseau, il est convenable de savoir qu'il ne s'engendre point comme les autres. Il est clos, fait, parfait, dress & accompli en un moment; il ne faut qu'un coup de bandage. Aussi monsieur des Flches m'en avoit averti, me voyant deviser avec ce gentilhomme. Il me dit: par le corbeau du bois, ma mie, ce godelureau te scellera un passeport sur le ventre. Cela ne s'est pu dtourner; les destines le vouloient: il est vrai que je l'aimois; & si j'eusse t marier, je l'eusse aim pour ami, & non pour mari, d'autant qu'il n'avoit point de chausse-pied de mariage. MCENAS. J'ai beaucoup vu & ou des potes ma table, & en mes particuliers discours, & infinis philosophes & autres docteurs; mais je n'avois jamais ou parler de tel outil. MADELAINE. Ce sont les filles de ville, & sur-tout de Paris, qui parlent ainsi; & voyant quelque jeune homme qui est pourvu de quelque tat ou office, elles disent: il a un chausse-pied con. MCENAS. Je ne savois pas cela. SECTION. XVIII. Bien ai-je ou dire Philon Juif, quand il me frquentoit, qu'il avoit demeur en un pays, o les gens maris sont en grand peine, au prix de ceux de ce pays; c'est que, quand l'homme se veut battre naturellement avec sa femme, il faut qu'il ait deux serviteurs, ou deux autres personnes ou amis, la pareille, qui lui aident & le tournent sur sa femme, comme quand on perce le noyau moyen ou bouton d'une roue; & les tours se comptent selon les qualits des personnes, pour faire mle ou femelle, roi, prince ou empereur. Il est vrai que, si on n'est pas capable d'engendrer ce qu'on a appos, le bout se trouve si petit, que l'on ne peut plus tourner. Et de-l est venue l'origine des fils de putain, btards, avoutres, gueux & pendus; & pour connotre si les tours sont achevs, il est ais, d'autant que la femme tourne; & c'est le signe qu'il n'y a plus de quoi virer masculinement. Je m'enquis, avec ample diligence, de la cause de cette affaire; & je sus qu'en ce pays-l les femmes avoient leur cas fait vis; tellement qu'y ayant fait, il faut retourner, comme disoit dame Jaqueline que son cas sentoit le revas-y. MELA. Notre coutume vaut mieux; tant d'artifice est triste; ce n'est jamais bien fait. MLANTON. Aussi en faisant, on fait. Mais qui est le sujet le plus imparfait qui soit au monde? Il y en eut quelqu'un qui dit: ce sont les cocus, d'autant qu'ils ont cornes, & ne les voit-on point. Ce sont les chats, ils crient & chousent ensemble; aussi n'y a-t-il animal si farouche, qui ne s'arrte quand on l'affourche. L'AUTRE. Voil bien propos! Vous n'y tes pas, & n'aurez meshui fait. C'est la femme, d'autant qu'il y a toujours besogner, & sur-tout celle d'un cocu. MELA. Que diable, vous en voulez bien ces pauvres cocus! Je pense que vous le soyez, ou l'ayez t, ou ayez envie de l'tre, comme un beau financier qui n'a pas pay son tat. Et l-dessus, monsieur le beau diseur, je vous demande, qu'est ce qu'un cocu? C'est, dit Vigenaire, un oiseau qui pond au nid d'un autre. GEBER. C'est bien chi en trois lieux. Il faut, ce que je vois, que je vous leve le voile qui empche votre coeur de comprendre les sciences; & je vous dirai des choses notables. Ce fut par la dclaration de ce secret, que l'empereur des Turcs me fit si grand, quand je reniai le christianisme, o je retournai pourtant, cause que l'on m'apprit la vrit de la pierre: & pour le sujet propos, il n'y a personne qui vous en parle plus sainement que moi, & sans passion, d'autant que j'ai t cocu. Dieu merci, je me porte bien: qu'ainsi soit-il de vous. Et de cela je m'en trouvois bien, sans m'en fcher, d'autant que j'en tois fort aise, parce que j'tois toujours le matre: on me craignoit, rvroit & honoroit. Et qu'avons-nous davantage en ce monde pour l'accomplissement de nos desirs ambitieux? Or, sachez tous en gros & en dtail, que le cocu est un animal capable de douceur, humble & pacifique, craint, redout & honor de sa femme, & des amis d'icelle, desquels il est considr comme matre du gibier; & ne se faut pas amuser au nom de cet oiseau, mais d'un autre plus meilleur. Il n'y a guere d'animaux entiers mles qui aient plus de faveur que le coq (entier est le contraire de chtr) puisque je vois que vous le voulez savoir; le coq a plusieurs femmes qu'il fournit & appointe, tant il est dlibr & bon; mais sitt qu'il est us, les poules le chassent & le battent, & n'en veulent plus, & ainsi le destinent chtrerie, & en admettent d'autres vigoureux & bons. Ces femmes qui couvent & font des cocus, sont de mme naturel que les poules. Qu'ainsi ne soit, une femme prte faire l'enfant, crie comme une poule qui veut pondre: je voudrois tre morte. Etant dlivre, elle chante comme celle qui a pondu; il n'est que l'tre; cependant que le coq chante: _qu'un con est cru!_ & s'en rit, disant: je le fais quand je veux. Ainsi sont nos femmes en leurs actions & desirs, tellement que, leurs maris tant uss, ou les estimant tels, ou les voulant mnager de peur de les user, vont d'autres: en quoi je vous admoneste de la diffrence du pch mortel & du vniel. Le pch mortel est, si vous allez voir la femme d'autrui chez lui, & qu'il vous tue; sans faute la mort sera toute notoire. Faites venir la dame chez vous; le pch sera vniel. Les dames faisant ainsi le petit divorce vertueux, il ne se peut faire que les sages amies ne le sachent; parquoi les avertissant de leur salut, elles leur disent: comment, pauvre femme, ma mie, votre mari est donc cocuus? Et ce mot venant tre commun, & qu'aussi on coupe la queue ces pauvres innocens, on dit simplement cocu: & certes, sans mahumtiser, je vous dirai que c'est bien avoir la queue coupe, que de la mettre en danger d'tre prophane dans un vier public ou commun. Or, le cocu est un oiseau qui, pour ce qu'il a deux pieds, chante mieux & plus distinctement que nul autre, ayant de la raison jusques au cul. Que si cela passoit outre, il ne seroit pas cornard. ZABAREL. Mais voyez cet alchimiste, comme il avale gros & mche menu! Je ne sais s'il court comme il attrape. _Corpo di gallina_. J'ai fait tout ce que j'ai pu, pour savoir & entendre parfaitement la philosophie: mais je vois que jusques cette heure, s'il dit vrai, je n'y ai rien entendu. Il n'est que monnoyeur pour se connotre en billon. Notre ami & bon matre Aristote ne fait aucune mention de tels oiseaux. Notez bien ce que je dirai l'honneur des dames, contre celui de tantt qui les appelloit btes, afin que l'on n'ait pas opinion que je fusse entach du pch qui les fait hair. Je dis que ce fat toit tant niais, tant veau de dme, ne de plat pays, sot d'outre mesure, Badeau de Paris, & bestion de si grande consquence, qu'il pensoit que ce mot _animal_, fut dire _bte_. Il me fit souvenir de feue Conscience, belle courtisane, qui ne vouloit pas que ma petite chienne ft une crature, & ne lui plaisoit pas d'tre animal. Hoi, disoit-elle; Bichonne n'est point crature, & je ne suis point animal. Or, maintenant j'ai reu une grande lumiere d'entendoire; je suis illumin comme un fallot qui tombe tout du long d'un degr, & je conois qu'il y a des oiseaux de poing, des oiseaux de leurre, des oiseaux d'paules, comme ces oiseaux de maons, & des oiseaux de selle. Les deux premiers, je les laisse messieurs de la volerie, autrucherie, fauconnerie, & autres qui savent appliquer le vent aux ales. Je croyois qu'il y et des autruchers qui portassent les autruches sur le doigt; & les derniers je les spculerai: d'autant que je trouve, en les minoisant intelligiblement, une grande, creuse & profonde sapience, en tant qu'ils se font naturellement, & se procrent par imperceptible transpiration de substance, faisant une grande mutation sans changement, acqurant une forme sans altration. O admirable & pouvantable secret, entre tous les secrets! Ceux qui ainsi deviennent oiseaux, le sont parfaitement, sans qu'on les touche, sans qu'ils le sentent, & souvent sans qu'ils le voient ou sachent; de s'en douter, gare! Il est permis de se douter de tout: n'y a presque homme qui n'en ait quelque doute. Or, pour tre cocu, il en faut tre capable; & pour cet effet, il faut avoir une femme pouse; & ne faut pas seulement avoir gard la mine ou encolure mystique qu'un homme en peut avoir, cause de l'influence sous laquelle il est n, selon son ide naturelle & prdestine: mais il faut considrer le vouloir & pouvoir des parties intervenantes en cette mtamorphose, qui agit exactement autant de loin que de prs. Il n'y a rien en tout de semblable; &, disent les alchemistes ce qu'ils voudront de leur poudre de projection, ou cendre faire des nuances; cela n'est rien au prix, d'autant qu'il faut qu'il y ait de la prsence, ce qui est le contraire en ceci. Celui qui aura fait le fou tout le long des jours gras, n'assagira pas le mercredi par la cendre, si elle ne lui est pose en propre personne prsente. Et tel sera joyeusement cocu, quand il seroit l'autre bout de la terre; & ce en un instant. Cette forme court plus vte que l'clair. On dit, selon le conte des bonnes femmes, que les tortues couvent leurs oeufs avec les yeux: aussi font tous animaux, parce qu'ils ne les laissent pas, si de fortune ils ne les ont perdus, comme la borgne, laquelle nous savonmes tous les fauxbourgs du derriere, l'anne passe. Et bien les oeufs de tortues, auxquels elles ne touchent point, closent la fin; & il se fait une mutation formelle, comme il convient s transformations naturelles, si elles ne sont chimico-mentales. Ces changemens se voient en ce qui est commun; mais en ces oiseaux rien n'y parot de chang, ni en la forme, ni s accidens, ni en la naturelle, ni en l'espece intrinseque, s formes qui se reoivent sans mutation de substance; encore y a-t-il du mouvement au sujet de muance. Mais en cettui-ci, soit qu'il s'meuve, ou ne s'meuve point, & quelque absent qu'il soit, il est pntr, transperc, outreperc, surpris, enduit, envelopp, & tellement organis en spcifique & dispose formation, que subitement, subtilement, tout d'un coup, voil un homme cocu, comme il sera dmontr tantt. EPTRE. XIX. NICOLE. J'ai ou autrefois en notre ville de Paris, un prcheur, (je ne dirai pas de quel ordre, de peur de scandale) qui se mettant prcher, fit une ample dclamation des pchs. Comment, disoit-il, encore celui qui jure, il relche son coeur & demande pardon; celui qui vole, c'est pour s'accommoder, & ainsi des autres, comme dit notre rime. Pere & mere honoreras, Afin d'avoir bien de l'argent. L'oeuvre de chair n'accompliras, Qu'avec les belles seulement, Faux tmoignage ne diras, Qu'en mariage seulement. Mais celui qui paillarde, hlas! que fait-il? il fout. Si cela duroit toute la vie! Que dis-je, toute la vie! S'il duroit un an! Que dis-je un an! S'il duroit un mois! Que dis-je, un mois! S'il duroit un jour! Que dis-je un jour! S'il duroit une heure! Que dis-je, hlas! une heure! Hlas! le puis-je bien dire aux pauvres dvoys? Hlas! quoi? il ne faut que zac, zac, zac; voil une pauvre ame damne. Aussi monsieur de Senlis disoit: vive la majest de dieu, vous tes pcheurs. Quoi! Et en ce pch de luxure? Et que pensez-vous que ce soit? C'est une petite planche qui n'est pas plus large que deux doigts, sur laquelle tant, soudain on trbuche. Et dis que tu en as, viel hrtique de tous les diables. Si vous tes de cette chouserie-l, allez Genve. GEBER. Mais encore ces cocus, que si, la fin ou plutt, il vient le savoir & qu'il s'en fche, il sera un sot, s'ennnuyant de chose qui ne diminue ni accrot sa substance, parquoi il sera encore plus fat. Il doit avoir cette gloire en son coeur de l'tre, sans en faire semblant, d'autant que tels sont honors & bnits; & on se moque de ces pifres, qui veulent faire les savans, & se tourmentent comme nes trop sangls. Or jamais les antiques docteurs ne spculerent tant avant, que l'on met avant ces formes qui sont tant excellentes, notables & mystiques; & certes ceci est proprement ce qui est & n'est point, & qui s'acheve sans tre commenc, comme est dit que l'homme & la femme ne sont qu'un corps: par quoi un ministre & sa femme ne font qu'un: _erg_ un ministre est mle & femelle. Quant ces formes, elles n'ont point d'heure: il ne faut point spculer les astres; les temps ni les momens n'y servent de rien, qu' y apporter de la commodit; tous instans sont propres les faire subsister; & toutes rencontres bonnes les exciter, pourvu qu'il y ait de la vigueur aux doux heureux outils de formation naturelle, & que l'on sache & puisse. O belles contemplations, que vous tes vigoureuses & grandes? Ces beaux discours me font voler encore plus outre, connoissant le naturel des bons seigneurs, qui la fortune donne de devenir oiseaux; & je m'bahis qu'en France & en Perse, nations tant symbolisantes, on ne le dsire plus qu'on ne le fait. Je ne le dis pas sans cause, moi qui suis gentilhomme, & qu'en tels pays chacun desire l'tre; & pour tre gentilhomme, faut avoir droit de pont-levis; c'est avoir deux brancards sur le front, lesquels on passe ainsi que la tte de bcasse bant aux toiles. Beaux oiseaux, vous m'apprenez beaucoup de bien; je sais cette heure & tout maintenant, que pour votre seule occasion, Normandie est appelle le _pays de sapience_, d'autant qu'en ce pays-l les belles, bonnes, grosses, grasses bcasses y sont nomms vis de coqs, quasi _vis de cocus_: aussi _vis_ signifie _visage_ en vieil franois; donques _visages de cocus_, c'est--dire, _vis de coqs_, sont bcasses, d'autant que leurs ttes sont les propres archetipes visibles des invisibles visages des cocus. Cette intelligence & propre interprtoison vous tera de peine, quand vous en orez parler. Si la belle Dubois (qui servoit madame l'amirale, notre chere & rvre dame; je ne sais si je dis encore bien, parce que l'ge m'a t la mmoire) et su ce que nous venons d'apprendre, elle ne ft pas tombe en un tel inconvnient. Cette demoiselle toit fort agrable sa matresse, parce qu'elle savoit une infinit de petites gentillesses & galantises qui sont communes, & toutefois secretes, mais utiles la cour. Il avint une fois qu'il n'y avoit point de compagnie trangere, madame devisoit avec la Dubois, & lui disoit: ma mie, vraiment je vous aime; j'ai envie de vous avancer & faire du bien: continuez me bien servir. Mais encore, ma mie, qui vous a appris toutes ces gentillesses? Madame, dit elle, c'est une demoiselle avec laquelle j'ai demeur quelques annes. Comment la nommoit-on? Excusez moi, madame, je ne vous l'oserois dire. Pourquoi, ma mie, en avez-vous honte? N'toit-elle point femme de bien? Elle toit fort honnte & trs-femme de bien; elle avoit une bonne prud'hommie de femme; mais son nom est trop laid & trop dshonnte dire: je ne vous le dirai pas, s'il vous plat, madame. Si vous ne me le dites, je ne vous aimerai plus; mais dites-le moi, les paroles ne sont point sales. Puisqu'il vous plat, madame, je le dirai; mais aussi vous m'excuserez. En d, j'en ai grand honte: elle se nommoit mademoiselle de Courvi. O ho, ma mie, & est-ce l ce qui vous retenoit? Vous ne savez que mon nom? Ne savez-vous pas comme je m'appelle en mon surnom, qui est le nom de notre famille? De Lonvis. H, madame, que votre nom est beau! Voil comment on apprend, en hantant les sages: ainsi par hantise se forment les ttes de bcasses & compas mesurant le ciel. Telles sont, ou peuvent, ou doivent tre les armoiries des doctes; propos des entendus, auxquels ainsi en puisse prendre; notamment aux marchands, qui refusent crdit aux notaires, qui ne croient pas ce que l'on dit; & toutes sortes de gens maries, qui parlent de vexer & faire ennui aux pauvres petites clientes qui font plaisir aux gens de bien. Ainsi puisse le monde abonder en cocus, afin qu'il s'envole bientt, s'il y est destin. AGESILAUS. Quel est l'oiseau qui chante plus haut que le cocu? ALCIBIADES. C'est l'hirondelle, qui est en la chemine, tandis que les cocus sont dessous, lesquels elle couvre. CANON. XX. Que vous plat-il? J'y tois. Nous faisions si grande chere chez ces cocus, que nous jettions les portes par les fentres: cela s'entend sans le dire, comme les heures d'un jeune chanoine. GEBER. Taisez-vous, causeurs; vous direz quelque folie dont on vous fera bien repentir. ALCIBIADES. Taisez-vous vous-mme; qui vous joue-tu? Mais, encore propos, qui est le plus fou de nous deux, ou vous qui lisez & oyez ceci, ou moi qui vous le propose, ainsi que dit notre fal Socrates Franois? GEBER. En bonne foi, monsieur, moi qui cris ces galantises, je m'en donne le plaisir le premier; & y a diffrence entre vous & moi, comme entre un pourceau & ma philosophie: oui, ne suis-je pas philosophe? Sachez donc que je fais bonne chere de ceci: puis l'ayant digr, je le baille remcher, ainsi que quand j'ai bien dn, je vais fianter; & un pourceau vient qui en fait son profit. L'AUTRE. Et cependant qui pensez-vous que je sois, moi qui vous produis tant de tmoignages de parvenir? vous me pensez faire honte: & j'en rougirai comme un vaisseau d'albtre. Je veux donc que vous sachiez que je suis moi; vous, vous tes vous; toi, vous tes toi; & si, je ne m'en soucie pas. Il est vrai que j'ai regret, pour l'amour des ignorans, de mettre ceci en la plus magnifique langue du monde; tmoin Charles-Quint, qui disoit que les Espagnols parloient en glorieux, les Allemans en charretiers, les Italiens en charlatans, les Anglois en niais apprivoiss; mais les Franois en princes. Et de fait, il n'y a que ce livre, & les belles tragdies ou graves histoires, qui aient grace en ce langage: toutes badineries & contes de jongleur n'y paroissent point. Voil pourquoi, ayant tant de majest en ceci, lui en donnant davantage, j'ai grand peur que ceci ne soit difficile, que chacun le cachera, de peur aussi que les secrets ne soient divulgus; en quoi je crains un notable accident pour le pauvre peuple, si les destines n'y ont prvenu & pourvu. Or est-il, & je le sens la disposition de ma fressure, que les bons destins m'ont contraint de faire ce que je fais, pour honorer le monde. Aussi j'eusse mis ce livre en une autre langue; mais tout a son tour. Si ce n'et t de peur de faire dormir la jeunesse, je l'eusse mis en la langue de veau; mais quoi! la vicissitude des choses l'a emport. J'eusse bien dit des chouses, sans que je sais comment il faut parler, d'autant qu'il n'y a gueres de femmes, qui crivent ce mot de chose, sans y faillir. Ignorez-vous pourquoi le vulgaire en Grece ne parle plus grec, en Jude hbreu, en Italie latin; & la cause pour laquelle ces bons langages ne sont plus vulgaires? Oyez cette vrit que je prononce. C'est pource que les sciences y sont traites, & sur-tout la doctrine du maquerellage en latin, & que l'on n'a pas voulu que les disciplines fussent communes au peuple. Partant, on a cach les langues, pour, avec leur secret, ne les communiquer qu'aux gens de bien & d'honneur, ainsi que langues de boeuf la chemine, qui ne sont pas pour les gueux, au moins par dlibration, si que le menu peuple n'y peut toucher. Et ma crainte, qui sans doute aura occasion de durer, d'autant que ce que je crains aviendra, c'est que ce livre venant tre got, savour & digr, on tchera d'abolir le franois; & ter de la bouche du peuple ce beau langage, de crainte que ces bonnes & meilleures doctrines ne viennent tomber entre les mains du populaire, qui, avenant tel cas, feroit aussi aisment la pierre philosophale que les doctes, qui sans faute la trouveront s rencontres o nous parlons plus finement, & disons des choses que des blasphmateurs prendroient en un autre sens; & pource il les faut bien & diligemment peser. Il y a encore un autre danger de plus grand mal: c'est que si j'eusse fait ce livre en grec, la mdecine ft prie; si en latin, les loix eussent t abolies: & ne s'en est gueres fallu, que je ne l'aie mis en hbreu, pour faire plaisir aux thologiens, qui seuls eussent eu tout ce labeur, qui est la quintessence du Coras, des Talmuds, du Sefetholan, du Zoar, & tels livres faits ou faire, ce que je n'ai garde, & n'en ferai rien, par dpit d'un moine huguenot, qui disoit que ceux qui toient en colere, & ne juroient point, toient hrtiques. Quelque tonsur poil folet, quelque docteur confit au serpolet, quelque fabricateur de proslites; bref, quelque fat se pourra formaliser, & selon sa cervelle hypocrisifie, dira de moi, de tous mes amis & de ceux qui font tat de ces pures & parfaites disciplines, & prononcera que nous sommes tous excommunis, comme une paire de beaux petits couillons sacrs. (Et pourquoi ceux-la plutt que les autres?) La premiere fois que j'allai en Normandie, je n'y tois jamais venu, encore que j'en sois, comme je crois, ou d'autre part; mais que ne vous dplaise, je suis le premier Manceau qui l'a confess. J'tois avec le sage Bouilli, philosophe autant naf, qu'un oison pat. Devisant un jour avec sa femme, & lui disant que par dpit que je ne pouvois devenir riche, je ferois comme les freres mineurs: je vouerois pauvret. O, ho, dit-elle, monsieur mon ami, qu'il ne vous vienne point d'envie d'tre pauvre. Si vous l'tiez, tant de gentilshommes, seigneurs, & autres, tant dames que demoiselles, ne vous feroient aucun accueil, parce que l'on ne fait plus de cas de pauvres que de couillons: on les laisse la porte; jamais n'entrent. De cela je me souviens qu'il toit vrai; & qu' ce fort jeu, la charrue va devant les boeufs, comme dit Martial notre ami; & les sacrs encore davantage, qui n'en osent approcher du tout. MARTIAL. Vous tes bien tromp d'autant qu'il n'y a gens qui soient plus sur le cul que moines & gens bnis, ministres & savans qui tudient assis; & qui au lieu de conserver les saints ordres qui leur ont t confrs les quittent; & abandonnant l'ordre de dieu, se rangent aux ordres du diable, qui leur confere grace d'tre plus ribauds que jamais, & plus putains que les autres gens. Je m'en rapporte l'antique de Mairmoutier, qui se plaignoit que tous ses moines toient paillards & avoient des garces; & voyant passer un jeune dispos, qui traversoit vers la boulangerie! je gage, dit-il, que mme ce petit rustre en a une. Il l'appella, & moineau d'approcher. Il lui dit: n'avez-vous pas une garce comme les autres. Non, monsieur, dit-il, faisant une grande rvrence; je ne suis pas encore _in sacris_. Margot ma commere, qui mangeoit de toutes ses dents, s'avisa de ce mot. En d, me dit-elle, vous avez tort de parler toujours ainsi en latin devant les femmes. Elle toit tant attentive mcher, qu'elle n'avoit ou que cette parole; & continuant, s'adressa un homme d'glise, & lui dit: est-il pas vrai, monsieur l'aumnier, qu'il a tort? Dites donc, n'a-t-il pas tort? A vos trois vis? Et il lui rpondit: _vostracons_, madame. MARGOT. Je disois, _ votre avis_, d. Qu'il faut parler sagement devant vous! Non, je n'en ai qu'un, dont je suis bien empche; chacun me le demande; je voudrois pouvoir le bailler rente, afin qu'on ne m'en importunt plus. Encore si on pouvoit s'en aider sans que j'y fusse, cela iroit tout le jour. L'AUTRE. Vous dites que vous n'en avez qu'un; & je ne sais s'il est entier. MARGOT. Pour le vrai!... L'AUTRE. Tout beau! ne jurez pas; & principalement ce juron, qui est toujours en la bouche des putains, si on vous oyoit, que diroit-on de vous! MARGOT. Oui, oui; il est tout entier & joyeux; je n'y eus jamais mal: je voudrois en tre toute; je n'aurois mal nulle part. L'AUTRE. Mais pourquoi desiriez-vous donc tantt qu'il ft spar de vous? MARGOT. Demandez-le monsieur Robin, qui a t Lubec, pour l'amour de ce qu'il m'en a dit. Je voudrois faire de mme, nous vous le demandons, monsieur. Nous ne lui avons pas fait dire. ROBIN. Ecoutez donc ma ratele. THOREME. XXI. Lubec est une ville fort bien police, & o il n'y a point de pauvres; & la raison occasionne en est, de ce que toutes les personnes ne sont comme ici & surtout pour le commun: de sorte que ceux & celles qui naissent de bas lieu, n'ont rien entre les jambes; les mles n'ont qu'un petit tuyau insensible, & les femelles qu'un petit pertuis pisser, y ayant s endroits formels de certaines cicatrices ressort; esquelles on peut appliquer les outils naturels de gnration, s'il en est besoin; & tels membres sont conservs par la rpublique avec grande diligence & soin: si bien qu'il ne s'y en trouve point de vieils, d'autant qu'ils les accommodent, de sorte que les ouvriers les tiennent en l'tat de quinze vingt ans; & tels sont la maison de ville, rservs pour les pauvres & moindres personnes: en quoi il est bon considrer la sagesse de ce peuple, pour autant qu'il n'appartient pas ces cocus d'avoir autant de plaisir & si souvent, que les honntes gens. De ces outils, lorsqu'il en est ncessit, on les loue; (parquoi on les appelle _banniers_) qui servent la commodit des gens de basse condition, pour avoir des enfans & faire des serviteurs, de peur que l'engeance s'en perde; & ces conbaniers & vibaniers sont comme fours, dont chacun paie le louage de ce qu'il en a pris. (Ce n'est point salauderie de dire ainsi, puis qu'il est permis de dire _confitures_.) Que s'il avient que ceux qui les demandent, soient si ncessiteux, qu'ils devinssent gueux, on les leur refuse: par ainsi, vu l'gard de cette bonne police, il n'y a point de cagnardiers. Mme, ce qui en bien utile, les valets ni les chambrieres n'en ont point; il est vrai que _gratis_ on leur en prte en les mariant, aprs avoir bien servi. Aussi bien souvent avant que les marier, monsieur & madame leur prtent les leurs par plaisir: ce qui est chose qui fait moult bon voir; & pource que, quand une chose a servi quelque sujet, elle s'en sent toujours, ainsi que quand une chienne a t couverte d'un chien noir, & qu'elle en ait fait, il aviendra que toujours elle en fera; de mme, dieu sauve la chretient; il avient cause de ce prts, qu'il y a de grands seigneurs qui ressemblent des valets. Mais retournons aux banniers. Cette loi est bonne. Aussi quelle apparence y a-t-il que gens de peu, & qui ont besoin de pain, aient du plaisir, comme prlats & honntes gens? Foin, foin, tez cela: ce n'est pas le chausse-pied, dont on coule en cet escarpin. Ce n'est pas tout dit une affete; je ne suis pas content. Qui est-ce qui a parl des putains? C'est moi, dit Alcibiades. Vous tes, lui dit-elle, aussi un vrai ruffien. Maudites sont ces sottes, qui le prtent aux causeurs! Si j'en avois cent, je n'en prterois pas la moiti d'un telles gens. ALCIBIADES. Non d, vous le prteriez tout entier: mais je ne parle pas de vous; vous tes Tourangelle. PIERRE L'HERMITE. Ces Tourangelles sont chiches & sujettes cruellement l'argent; toutefois, je ne sais s'il y a du mal; mais j'ouis une fois un Parisien, qui, parlant des Tourangeaux, les appella bougres de Tours. MADAME. C'est qu'il vouloit dire _bougrans_, pource que les bons bougrans s'y font. PIERRE L'HERMITE. Voire, voire! C'est que, durant les guerres des huguenots, les dames d'Orlans, bonnes catholiques, s'enfuirent Tours; & les Tourangeaux, pour les dsennuyer, les couvrirent. Aussi l'on dit _chiennes & chiens d'Orlans_. MADAME. Et del est venu ce mchant & dtestable proverbe! Que voulez-vous dire de couvrir? Quoi! ils couvrirent leurs yeux? Ils leur donnerent des couvertures? PIERRE L'HERMITE. Par saint Picot, tu nous la bailles belle! Je dis qu'ils habiterent & dormirent avec elles. BOECE. Habiter & dormir n'apportent rien d'extraordinaire. PIERRE L'HERMITE. Le diantre soit le stoque: (j'ai quasi dit _sotique_.) ALCIBIADES. Eh! bien le voici. Habiter est la rforme; & dormir l'hbraque; tellement qu'entre dormir avec une femme, ou habiter en thologien, c'est faire la belle rage que vous entendez, qui se dit aussi la _cause pourquoi_. MADAME. Mais ne m'abusez point; je suis femme de bien; il me faut satisfaire: achevez, pour effacer l'injure que vous m'avez faite. ALCIBIADES. Dites-moi quelle diffrence il y a entre les femmes de bien & les autres: & puis je tcherai vous contenter. MADAME. Bien je le veux; aussi-bien ai-je t l'une & l'autre en tout honneur: voil pourquoi je l'entends; & sinon que je suis use comme la braguette d'un postillon: le matre vous le dira; j'ai autre chose dire. SOMMAIRE. XXII. Quand je fus marie, pour tre faite femme de bien, je portai de mariage plus de dix mille francs que j'avois? ainsi que font plusieurs filles de bonne maison, gagns faire plaisir mes amis. Que plt dieu qu'aujourd'hui le monde ft tel! Il n'y a plus de bonnes personnes pour bien aimer. Il y a quarante ans que l'on m'aimoit de si bon coeur; voire, de parfaite fressure: & aujourd'hui, on ne fait que feindre. Il n'y a plus de bons coeurs d'amour; on n'aime plus. ALCIBIADES. Toutes les vieilles parlent toujours ainsi. MADAME. Taisez-vous, causeur; & me contentez. ALCIBIADES. Vous n'avez pas fait tout ce que je vous ai dit. MADAME. Vous n'avez donc pas cout? ALCIBIADES. Si vous ne savez que cela, soyez encore autant toutes les deux, pour en apprendre davantage. Or je vous dis que je ne sais comment on fera; vu que, si vous en tez environ de demi-pied de place, ce sera tout un. Toutefois, je vous dirai que j'ai ou dire un vieil spculateur, qu'il fit un commentaire sur ce que vous avez dit de cette diffrence notable; qu'elle est telle que d'un moine un fou. Ils ont capuchon tous deux. Aussi femmes ont de quoi contenter tous hommes capables; mais leurs vaisseaux sont diffrens, d'autant que l'un est honneur, & l'autre dshonneur. Et s'il y a bien pis; c'est que femmes de bien, souvent ressemblent aux fous, d'autant qu'elles ne savent jouer que d'une marote; & en fasse son profit qui pourra. Vrai est que bons ouvriers savent s'aider de plusieurs outils, pour bien faire; & dit-on que les enfans de femmes, qui font ainsi, ont volontiers le poil de deux couleurs, ou ont telles ou telles marques dissemblables, au respect des femmes de bien. Quant aux putains, je vous dirai ce que j'en ai appris, durant que je hantois la cour emputanne de Perse, & les gens du monde: j'oyois quelquefois que l'on disoit de quelques grands, qu'ils toient maris de putains: j'tois si badin, que je croyois que c'toient cocus, d'autant que le hazard des grands personnages est d'tre cocus honorablement. La cause que les habiles gens courent cette fortune est, que l'chet de la tempte tombe volontiers sur les plus hautes pointes: or j'ai t relev de cette fausse intelligence. Vous devez savoir, (oui, vous le devez, je vous en montrerai l'obligation) que, du tems des premiers hommes, il y eut en Msopotamie une dame qui se fit reine absolue; & tous ceux du pays, qui parloient en hbreu corrompu, la nommoient _putain_, c'est--dire, madame, en langue babylonienne, comme dit Balaam en ses tymologies imprimes, avant mille ans, en la Chine. Notre hte & bon ami en prta le livre Scaliger, quand il passa par Tours. Vous trouvez en ce livre, si vous le lisez, que la reine signifie _demoiselle_; & vesse, vaut autant dire que _fille d'honneur_: aussi pour le mystique honneur qu'on porte l'glise, on appelle leurs contubernales _vesses_. Depuis ce tems-l, les dames qui ont eu de la rputation, & ont t grandes par le monde, & releves en honneur, ont voulu tre putains; nom qui a t fort rvr pour la rvrence porte la vnrable antiquit; & n'y a pas long-tems, ainsi que tantt l'a bien remarqu l'autre, que par honneur, quand on parloit des dames de la cour, voire des plus sages & honntes, on disoit, pour dnoter cette honorable assemble, _le bordeau de la cour_. Par cela, belles gens, vous ne serez plus scandaliss, (je le dis, parce qu'il y en avoit qui chavissoient les oreilles, comme nes en apptit, d'autant que Platon n'avoit point reparti, quand il a t appell fils de putain; aussi les sages ne s'tonnent & ne se formalisent de rien): or d'autant que, pour parotre en magnificence, il faut triompher, les dames qui toient putains, _id est_, grandes, triomphoient & alloient la guerre. Mais parce que, du commencement, cause de leur dlicatesse, elles ne se pouvoient bien accotrer au harnois, pour s'y faonner, elles jotoient nud nud avec les hommes, & ainsi en essayoient plusieurs, pour se rendre plus adroites, accomplies & fermes aux combats, afin de vaincre heureusement; ces jotes se faisoient bravement. Depuis, les femmes, qui en ont ou parler, & qui, cause des troubles, n'ont pas vu clair aux histoires; & qu'aussi les choses dchent, n'tant pas si roides ni vigoureuses que celles-l, venoient la jote pour se rendre leurs pareilles; & ayant peur en tombant de se blesser, ont fait tendre des linceuls & beaux draps. Aprs, la paix tant faite, & qu'il falloit nanmoins entretenir les courages par les exercices, afin d'y avoir plus de grace, on s'est mis entre deux draps sur de bons lits. Les femmes communes, je veux dire le reste des autres femmes, qui oyoient parler de ces jotes, vouloient les essayer; & ainsi voyant qu'il toit licite d'entrer nud nud, comme aux tuves, entre deux draps, elles ont rendu cela si commun, comme vous savez, que depuis, on l'a eu en ddain entre les vieillards ddaigneux & hypocrites, ou chatemites; & ainsi le mtier se prophanant, ce beau & vnrable nom de putain est tourn en opprobre & rise, ainsi que le saint nom de _tyran_ a t vir en mal. Je vous dirai pourtant que les galants diseurs & crivains, se voulant relever sur le bien dire, & orner de belles fleurs leurs propos, tirant de l'antiquit de beaux mots & des dictions tranges, pour avoir de belles paroles, usent souvent de ce mot de _putain_ en bonne part, & selon sa vraie signification, comme fait Virgile, usant de ce mot de _tyran_. MARGOT. Mais encore, dites-nous pourquoi avez-vous parl des femmes de prtres? est-ce pour dplaire quelqu'un? ALCIBIADES. Non, ou je me contamine, je m'abomine, je dteste, je trentemille, je prcipite, j'horrible, je... SOCRATES. Oh taisez, taisez-vous; faites-le boire qu'il ne soit enrag: ne blasphmez point, pour vous facher sans qu'aucun s'en soucie, parlez amiablement. ALCIBIADES. Ecoutez-donc; je ne suis plus en colere; elle passe aussi lgrement qu'un baiser de bien-venu, & avisez l'antiquit, mere de ce siecle. Telles dames, comme vous savez, sont subroges aux sages & saintes vestales. Celles-ci sont donc vestales? Et parce que cela est rude dire, on dit _vessailles_; & pour veste, radoucissant ce mot la franoise, on dit facilement _vesses_, parce que cela coule plus doucement en votre nez. TURPIN. Or ne vous faites point de discours, sur ce qu'ils ont des femmes ou non; je vous dis & dclare: que qui n'aime point l'animal de socit, qui ne fait point de cas des femmes, est sot & mchant, ou sodomite. Si, laissons ces loups-garoux, instrumens de toute souillure, un homme, qui honntement aime une douce femme, est humble & gracieux: mais cettui-l qui les rejette, est de qualit d'usurier, mdisant, malin, ennemi de dieu & des hommes, & qu'il s'aille faire couper le bout; zest, c'est autant de cas racl. Voil une affaire faite, aux autres. POMPONATIUS. Les femmes hantant les gens d'glise, ne sont pas leurs femmes. Vraiment, vous y tes! Non, elles sont chambrieres, puis femmes, puis dames & matresses. STANCE. XXIII. Ces chambrieres ne sont pas ainsi que celles du monde. Savez-vous comment elles tiennent serf le petit monsieur, & si c'est avec tout honneur? Qu'ainsi ne soit, prenez-y garde: quand ce ne seroit qu'un gueux, si elles parlent de lui, elles diront _monsieur_ sans queue. Elles ne sont pas comme cette demoiselle, qui, s'estimant plus noble que son mari, quand elle parle de lui, dit: _celui-l_. ME. PIERRE DU FOUR-L'VEQUE. Encore que je ne vous fasse que verser boire, si me ferez-vous, s'il vous plat, l'honneur de m'ouir, en la dfense des femmes, dont avez parl, & auxquelles j'ai part. Quand j'tois vicaire, j'avois une femme la mode & usage de vicairerie; depuis, m'tant remis au monde, elle fut ma femme, pouse selon les droits & usages des autres gens. Quand les femmes du premier ordre ou du saint, & principalement celles des pauvres prtres, parlent de leur mnage & proficiat, elles disent, (non point comme femmes absolues, elles ont bien plus d'honneur au respect de leurs matres; tmoin celle de messire Blaise, qui, au four, se plaignant de leur petit moyen, ajoutoit: hlas! encore si ce n'toit nos messes, je ne sais que je serions), mais ce n'est pas tout, elles se tiennent si bien pour femmes, que, si celles des vicaires trouvent celles des messieurs, elles leur feront honneur; & celles des chanoines suivent la dignit & rang de leur monsieur. Et pensez-vous, vous qui en riez, que cela ne soit pas vrai? Pour vous le faire croire, je m'en rapporte aux gueux, qui, aux grandes ftes, les voyant venir de la premiere grand-messe, leur crient ainsi: nobles chambrieres, ayez piti de moi. Voil, messieurs, ne vous dplaise; il vaut mieux en avoir chez soi pour s'battre en bon chrtien, que d'aller, comme mchant voleur, courir & l, en danger d'tre pinc au colet, comme Cornu, qui mourant de la vrole, soupiroit, disant: hlas! je connois maintenant que c'est chose moult sainte & juste, que vivre de mnage. ARETIN. _Voi havete molto parlato delle putane; ma tu non hai ben inteso che questo; ne sapete l'etimologia della putana, per che voi dobete saper una ragion maravigliosa, & notare la derivatione di tanto nome celebrato, non solamente da noi, ma da tutto il mondo. Ascoltate donque, e notate che putana si dice, per che gli putte la tana._ Fernel se fcha de cela, & dit que les choses puants sont ceux de celles qui font des enfans, d'autant que le cul y passe, merde & tout; mais ceux des putains sont si souvent brays & savonns, qu'ils ne puent point, & que l'Artin y mette le nez, pour moult voir. PLAUTE. Il toit bien question que ce maquereau d'Artin nous vnt troubler & en parler, quarante lieues aprs la premiere parole. Il a fait comme le prince de del les monts, qui demandant Paris, per infor de velurs, & le marchand qui pensoit qu'il dit en prendre grande quantit, lui dit: bran, bran. Ce seigneur tant sur la montagne de Tarare, s'en souvint, & demanda ses gens que c'toit dire bran. Le plus hardi lui dit que c'toit merde. Ha, dit ledit seigneur, en ta gorge, marchand de Paris. C'est lui-mme, qui ayant mang des lentilles qui lui avoient chaud la goule, & se trouvant en un champ, comme on lui eut dit: que ce qui s'toit lev toient lentilles; piquez, piquez, dit-il, qu'elles ne brlent pas les pieds des chevaux. PIERRE L'HERMITE. Mais rentrons, propos du mnage de Cornu, qui est de se tenir constamment une chose, de peur de pis: toutefois le bon pere Perault m'a appris qu'il y a trois sortes de chouses, dont il se faut garder. TURPIN. Quels chouses? PIERRE L'HERMITE. Chouses travailler naturellement; chouses chouser; chouses que les femmes portent, sans les laisser la maison: je ne saurois mieux dire, si je ne les nommois pas la tte du consistoire. Or, ces trois chouses sont, l'arm, le trop hant, le pauvre. Gardez-vous du con arm, de peur d'tre tu, en faisant le pch mortel. Je vous assure qu'il n'y a point de plaisir l'tre, non plus qu' se faire pendre, quand on ne l'a pas accoutum. D'un trop hant, crainte d'avoir occasions judiciaires. MARGOT. Qu'est-ce? PIERRE L'HERMITE. Causes, pour lesquelles on seroit repris de justice, comme d'avoir chancre, chaudepisse, poulains & vrole renforce; ainsi passer la basse, moyenne & haute justice: pour quoi obvier, je vous dirai qu'il y a un moyen; c'est que vous fassiez comme les chiens, aprs l'avoir fait, lchez-vous le _casus_: jamais chiens n'ont mal. Aussi leur cas est d'os, qui est fort propre faire des cure-dents pour celles qui ballent ou badinent des doigts autour leur visage, quand on les sonde, pour savoir si elles ont la matrice close. A propos de chien, je me souviens de monsieur le commandeur de Compesiers, qui desiroit tre comme trois sortes d'animaux, savoir, ainsi que le cigne, qui plus vieillit & plus embellit; comme le chien, auquel vieillissant le membre grossit; & tel que le cheval & le cerf, qui plus vieillissent plus le font. Et d'un affam, (je reviens nos moutons; j'y pensois d'autant, que voyant ce poil, je cuidois que ce ft laine) un affam vous ruinera, il vous engloutira; & si n'en mourrez pas, qui est le pis. Voil un bel enseignement. STURMIUS. Ne ferez-vous aujourd'hui autre chose que de parler de ceci? CESAR. Quoi! de ceci? STURMIUS. Il faut parler de cela aussi; & en d, qui ne le diroit, on l'oublieroit, plus on ne le feroit; si plus on ne le faisoit, on ne mangeroit plus de chapons, ni de lard. Ces rformateurs-ci veulent tout perdre; & bien je m'en tairai, & le laisserai aux autres, & au matre de cans, suivant l'avis de ce gentilhomme qui soupa hier cans, qui disoit qu'il n'appartient qu'au matre de la maison & au coq le faire. B. Je m'en souviens: sa fille voyant le coq qui cauquoit les poules petit semblant... CICERON. (Il faut dire _cochoit_, en bon franois, comme tantt le disoit notre matre Barrelette, parlant de ce que font les autres animaux; & ainsi que je lui ouis dire en chaire, il protestoit, de grande douleur, de la faute qui se commettoit au genre humain; c'est que les grands, & ceux & celles qui ont des juges leurs amis, si d'aventure vont s'exercer le bout autre part, ou faire amittonner l'ouverture spculative aprs nature, cela leur est joliment imput faire l'amour en tout honneur & galantise. Mais si c'est quelque pauvre diable, cela sera dit adultere, ou paillardise, ou rapt; & puis vous fiez ces Justinians de tous les diables. Or, je les recommande tous chapitre, s'ils veulent tre gratifis. Ainsi il faut punir ceux ou celles qui n'ont de quoi maintenir ou acqurir rputation. Je m'en rapporte ce que jadis nous faisions en notre ville de Rome. Si quelque pauvre preneur de loups toit surpris en la rverbration naturelle, il toit men en la place publique, & l on lui appliquoit de la poix toute chaude au cul, qu'aprs on tiroit: & ainsi on lui arrachoit le poil, & puis en vieil & bon langage htrusque, on le nommoit drle qui avoit la fesse tondue.) Cette fille, quoi! Dites-nous donc. STURMIUS. Le coq faisoit mine de donner la venue aux poules, dont cette fille, qui le voyoit, & en tant fche, pour l'intrt de ces pauvres poules qui toient trompes, me dit tout haut: voil un coq qui fait bien l'ivrogne. BEZE. Il avoit peut-tre l'guillette noue, comme R. qui rechercha long-tems la belle Marguerite, avec laquelle il fut mari. Mais P. son corrival, qui toit fch de cette alliance, & qui aimoit la belle, leur noua l'guillette, si bien que jamais ils ne purent avoir accointance mystique l'un de l'autre, qui fut cause qu'aprs plusieurs procdures, R. fut dclar impuissant, & partant dmari; & puis, par le consentement de tous, P. fut en grace, & mari avec Marguerite. Le soir qu'ils devoient coucher ensemble, la belle toit alle en la chambre, pour l'apprter, o ayant vu d'ordre les besongnes, & la tavayole de P. en y nichant, elle trouva une guillette violette noue, qu'elle prit, sans que l'on s'en appert. Ayant avis ce petit mnage, elle descend & se vint remettre en la troupe, dont elle ne s'toit retire qu' l'heure qu'on dressoit les tables pour le souper, qui est le tems que chacun va ses petites commodits, & les filles pisser. Le soir, comme on eut bien dans, qu'il ne s'en falloit gueres que l'on ne parlt de mener coucher la marie, qui se feignoit lasse; P. la vint entretenir: eh bien! ma matresse, comment vous va? Elle lui rpondit, selon l'avis qu'elle eut; & se mit deviser avec lui; sur quoi, elle lui conta qu'elle avoit t voir son deshabill, & ajouta qu'elle y avoit vu une guillette noue, dont il se prit rire. Elle l'enquta qu'il avoit rire; & il lui conta qu'il rioit du bien que cette guillette lui avoit fait tant cause qu'il l'avoit eue. Aprs qu'il lui eut dclar cette fourbe, elle ne fit mine aucune; aussi se prit rire, sans dire qu'elle eut l'guillette. Or il fallut faire collation, & dshabiller la marie. La marie, tant avec une sienne chambriere d'ge, qui savoit ses secrets, fit semblant de vouloir aller la garde-robe; mais elle alla bien plus loin. Elle, avec cette bonne femme, prit le chemin de la maison de R. Cependant on la cherchoit; & pensoit-on qu'on l'et dtourne pour rire, comme souvent il avient. Etant arrive chez R. elle dnoue l'guillette, & s'entre-communiquerent les douceurs prtendues; & l'autre fut le plus sot. TURPIN. Mais elle, d'autant que demeurant avec P. n'et pas laiss de s'accommoder avec R. comme il avint notre ami matre Andr, qui, cette heure, est sergent. Il avoit une prbende Chartres, laquelle il laissa, pour se marier avec une belle fille, laquelle, au matin de la premiere nuit de ses nces, il dit: eh bien, ma mie, tu vois comme je t'aime, d'avoir laiss ma prbende pour t'avoir! En d, vous avez fait une grande folie; vous deviez garder votre prbende, vous n'eussiez pas laiss de m'avoir. BEZE. Elle savoit donc, qu'il y a des chanoines qui fouaillent? Le penseriez-vous? NERON. Vraiment, il les feroit beau voir, si cela toit; ils feroient des enfans qui seroient charretiers, qui meneroient pere & mere tous les diables. Pourquoi non ne s'battront-ils avec les femmes? TURPIN. Avisez-y; & sachez que clotriers, qui n'aiment point les femmes, sont toujours aprs relcher quelque vieille hrsie, sous ombre de dgoiser sur la rformation, parlant des vices qu'ils imputent aux autres, lesquels sont plus tolrables que les leurs. H bien, s'accommoder avec femmes n'est pas tant mal que de troubler la chrtient; & puis, faire tel oeuvre, apporte la batitude: de l vient qu'on les appelle _bats peres_. CICERON. C'est bien parl cela, aussi ne faut-il pas dire comme le commun, qui dit: _beau-pere_. Et certes ils sont bats, c'est--dire, heureux, d'autant que bienheureux est le pere, qui n'a point la peine de nourrir ses enfans. L'AUTRE. H gai, vive l'amour! Il n'est que d'tre quitte, libre, & jouir de ses amours. Ainsi puissions-nous avoir sant & de l'argent. ABSOLUTION. XXIV. Achevons en gens de bien; & laissons ces thologiens avec leurs vertus thologales. Quant nous, suivons les quatre cardinales, qui sont rire, manger, boire & dormir. Telles sont nos vertus. Quant celles de ces malheureux thologiens, selon la penarde remarque des scolastiques, ennemis de nature, elles sont avarice, envie, bithuminie. Par mon serment, & propos d'une vertu thologale, je me souviens que du temps que nous tions hrtiques, & allions au prche, nous ouimes un bon conte. (J'ai quasi nomm le seigneur qui nous menoit; & j'eusse tout conchi votre prtoire.) Or nous allions gayement, comme plerins qui dlogent; & nous dogmatisions, par plaisir, sans pch. Le Preux, ce bon marchand, toit avec nous, qui venoit frachement d'Allemagne; aussi toit arriv en hiver. C'est ainsi qu'il avint au boiteux Laurier qui entra cans; & Multon lui dit: soyez le bien venu; je pense que vous tes tenu par la pluie; vous tes encore tout tortant. Ha, ha! Le Preux nous contoit des miracles: qu'avoit fait Paracelse en Germanie. Ho! tu t'en souviens bien, Couillette mon ami; & vous aussi, Connaut; vous faisiez le voyage avec nous. Ainsi il nous emplissoit de telles merveilles, faites la pointe de la pincette, au ressort de la cornue, au tintin de l'alambic, & l'ombre du fourneau; & ainsi amplifiant sa gloire, nous disoit qu'il avoit guri toutes sortes de maladies. Comme je lui faisois houette: voire, ce dit-il, il en a mme guri de la bougrerie. Dieu sauve les chameaux hongrs! CESAR. Voil de belles dises, de beaux dictons; c'est ce que notre grand chien abayoit toute la nuit: mais ce qu'a chant notre coq, entendez-vous bien le jargon des btes? ULDRIC. Parlez ce matre, qui parloit tantt en poule. GEBER. Pourquoi non? Un chien abaye bien la lune, & une chevre regarde bien un ministre, & un chien un vque, dont moult il s'bahit. ERASME. Mot, paix-l: gardez de trop dire; nous avons parl du roi des alquemistes, n'en disons plus rien. NERON. Pourquoi? Il n'y a point de danger, puisque, depuis qu'il a produit ses oeuvres, il a si bien mis l'alquemie en la tte de tout le monde, que chacun s'en veut mler: il n'y a pas mme les demoiselles & les petits enfans, qui portent des soufflets leurs ceintures. CESAR. C'est bien, propos d'un vque, venir un soufflet. ERASME. Pas tant que vous diriez; & notez ce que je vous dirai. Jadis, il n'y avoit que les ecclsiastiques qui touchassent aux secrets, & sur-tout de la pierre philosophale; aussi tous les livres nouveaux qui en ont t faits, sont issus de couvents. Or est-il que les orientaux ont eu les sciences les premiers: & comme cette-l venoit, messieurs les comtes de Lyon l'arrterent, & s'entre-communiquerent ce secret, si que tous s'y rendirent matres. En signe de quoi, pour tmoigner leur gloire pour telle invention, ils ont depuis toujours port des soufflets sur la tte; ainsi sont-ils mitrs comme beaux petits vques portatifs. ARTICLE. XXV. Mais pour vous rendre joyeux comme un ne qui a un bas tout neuf, je vous commencerai encore vous dire qu'il y a ici plusieurs messieurs qui se fchent d'tre nomms, parce qu'ils ddaignent la sotte gloire, & ne veulent pas qu'on estime qu'ils soient pays pour cela. Pensez-vous que Ciceron soit aise qu'on dise de lui: voil des ptres qu'il a faites? Non, non; il veut que l'on croie qu'il est avec une belle pe, faisant le tiercelet d'empereur. Ainsi plusieurs, qui sont gentilshommes portant les armes, tmoignent par leurs crits que ce qu'ils font, en vers ou en prose, n'est que pour dire que, s'ils y prenoient autant de peine que treize, ils en tireroient quelque chantillon. Ceux-l sont galants; ils ont le laurier des armes, o souvent ils ne savent gueres, & encore moins aux lettres; d'autant qu'il est mal sant un guerrier de savoir. CUSA. Et puis dites que vous en avez, hrtiques, qui crevez de dpit, quand vous voyez un homme de bien qui profite, & que vous venez lire les authentiques des peres, & vous ne savez qui les a crites. QUELQU'UN. Or a, pour l'amour que je porte la bonne chrtient, je vous veux enseigner une chose notable, & que vous ne trouverez autre part, parce que ce qui doit tre dit, doit tre ici. Jadis, il y avoit une sorte de gens qui vivoient quatre fois autant que les autres, il y en a encore en la hirarchie de double linge. CICERON. Qu'est-ce dire? L'AUTRE. Que tu es sot! Ceux qui ont un surplis, n'ont-ils pas double linge? Ceux-l sont les secrtaires de vrit. Aussi ont-ils charge de considrer les femmes grosses, les enfans qui en naissent, afin que, s'il avient que quelqu'un soit ou grand, ou saint, ils sachent dire ce que dja il faisoit dans le ventre de sa mere, encore qu'elle eut vcu cent ans. H bien, vous ne saviez pas cela? Je vous en dirai bien d'autres, si vous me voulez promettre de ne vous enqurir plus de nos amis. Que si vous les savez, & qu'il vous plaise vous en donner au coeur joie, mettez leurs noms devant les articles de ces dialogues. Ceci, se fait, parce que nous sommes au plus dlicieux des secrets, & on diroit: c'est tel ou tel qui les a dcouverts. Il ne le faut pas. Je ne sais si je me pourrai amancher en discours. ASCLEPIADES. L, donc, mon mignon du Touret, pour l'amour de la compagnie, je vous prie ne me reprochez la vieille mode des dames; je m'en souviens assez. Quand j'tois page de madame Combardavit, il avint en ce temps-l que nous allions en un voyage d'amour; j'tois mrillonn comme un sacre; les filles toient alles ployer le toret, c'est--dire, _pisser_. Or il y en avoit une qui, pour n'avoir eu le loisir de sortir du chariot, avoit chi en ses queues, sous le nez de vous. Elle toit en la garderobe, fort empche, & coupoit le derriere de sa chemise empltre, comme le cataplame d'un goutteux. Je l'piois, d'autant que c'toit une belle foireuse. Elle qui m'avisa, me va droit jetter au nez ce qu'elle avoit coup de son derriere. Au diable le parfum! J'en eus une belle museliere; & dieu merci & vous, vous m'en faites la guerre. CESAR. Oh bien, je ne le dirai plus; en d, poursuivez. ASCLEPIADES. Par mon ance! on pourroit aller autre part, qu'on ne trouveroit pas un homme si dlibr que moi. ALEXANDRE. Je voudrois pour la rcompense, cher ami, que tu eusses pous, c'est--dire, que tu fusses mari la plus jolie nonnain du monde. ASCLEPIADES. Ho, monsieur, pardonnez-moi, s'il vous plat; il ne m'appartient pas: quoi, c'est la perdrix du monde! Il faut bien pour colloquer la douer avec le faisan du monde, qui est le chanoine; ainsi tout ordre aura lieu. H gai, gardez-vous-en: mon pere qui avoit mang de la vache enrage, & toit dli comme soie fendue en deux, avoit fait mettre au front de la porte de sa maison: Chassez au loin ces prtres & ces moines Et ne donnez entre ces chanoines. LE BON HOMME. En d, tout ira bien, puisque nous rimons. Monsieur Bacchus commence faire mines, aussi-bien que font les moines. CESAR. Que font les moines? OECOLAMPADE. Ils font des traits mignons & de fait; toutes bonnes rencontres & proverbes vieux viennent d'eux, & toutes belles inventions en sortent: tmoin les moyens de faire hter les jours aux papes, empereurs & rois. Mais, pour la modestie de Psellus qui me le fait dire, je passerai outre. TOSTAT. Vraiment, je vous dirai un bon conte de frere Jean Dissolez, qui prenoit les poires de bon chrtien du pauvre Tournereau, qui lui disoit: frere Jean, je vous vois bien. Et frere Jean de mettre au capuchon, disant: quand tu ne me verras plus, je m'en irai. Le pauvre homme s'en alla cacher, afin que frere Jean ne le vt plus; comme le gentilhomme de Bousille, qui se cachoit quand il voyoit les pauvres qui lui droboient son bois, & disoit, qu'il le faisoit, parce que, s'ils l'eussent vu, ils n'eussent rien emport. Frere Jean descendu, Tournereau le prit part, & lui dit: frere Jean, monsieur le prieur, mon ami, vivons en paix, je vous prie; ne me drobez plus mes poires, j'aime mieux vous en donner. Combien m'en bailleras-tu? Je vous en fournirai trois quarterons. Ho, ho, dit le moine, je n'ai garde de faire ce march-l, j'y perdrois trop. BEZE. Sand, celui-l savoit bien le _tu autem_. TOSTAT. H bien! qui pourra dire ce que cela prtend, s'il n'a t moine, ou peu prs? BEZE. Aussi nul ne peut mdire, ni bien parler d'un tat, s'il n'en a t, ou s'il n'a trop frquent les compagnons. TOSTAT. Quand les moines dnent, il y en a un qui est en chaire, qui leur fait lecture des actions des satrapes; & ainsi lgendant, il barbillonne les oreilles de ses confreres, qui cassent la bribe, sans songer ce que dit ce pauvre lamponnier, qui est l-haut perch sur les intentions dnoues, bien loin de ce qu'il dit: d'autant qu'il a l'oreille attentive vers le prieur, qui est sous le dais, ou en la belle place mouler des intelligences de tripes; durant quoi il se souvient par fois de ce pauvre diable qui s'gueule faute de s'couter, & dit, en touchant du doigt sur table: _tu autem_; qui est dire, qu'il finisse, parce qu' chaque bout de leon on dit cette fin. Si de fortune ce lecteur est si sot d'avoir plus d'attention sa lecture qu'au dner, (_absit_) & qu'il veuille achever jusques au sens parfait, & qu'ainsi il perde le temps; les autres disent, en concluant chapitralement contre lui, qu'il n'entend pas le _tu autem_. Ainsi en est-il du reste; cachez-le. ASCLEPIADES. Avant que laisser les moines, & devant qu'ils nous oient, voyez-vous, en voila un qui regarde. C'est le mme que je vis tant argur, quand notre matre Benot fut pass docteur; il trpignoit, & venoit aux atteintes: pourquoi il eut un docteur, qui, se fchant & se tournant, vit ce carme, & pource qu'il faut parler latin, lui va dire: _iste carmen_. A cela, il se tut; & ne fut plus si impudent, parce qu'on dit, bran pour les carmes. CESAR. A cause de quoi? ASCLEPIADES. Ne savez-vous pas qu'il y a les quatre temps pour les mendians, ainsi fait au compost. _Post._ Pan. Cru. Lu. Bran. _Quatuor tempora._ Pan; c'est pour les cordeliers, qui ont une corde toute prte. Cru; c'est pour les jacobins, qui ont la croix, ils sont riches. Lu; pour les augustins, qui sont luxurieux, cause qu'ils portent tantt le blanc, tantt le noir. Bran, pour les carmes. BEZE. Quelle diffrence y a-t-il entre son, bran & merde! Je le dirai. DIOGENES. Son, est pour les cloches, ou bien en vient; bran, pour les pourceaux, & merde pour les mdecins & pour vous. A, ha, n. ASCLEPIADES. Voil bien de quoi rire! Laissez-moi conter ce que je voulois dire. Je vous dirai ce que frere Ambroise le Sen m'a dit d'un de ses confreres, quand j'tois enfant, & dont je me souviens, comme de ma premiere chemise, & vous de la premiere fois que vous vous torchtes le cul tout seul, aprs avoir appris manger tout seul. Ce confrere avoit nom Ferrand, qui toit gaillard, & avoit toujours plus d'argent qu'un chien: parquoi il payoit pour un autre, nomm frere Margeou, qui savoit dtourner la biche. Voil comment les inventions se trouvent, pour avoir du crdit. Sur un bon avertissement, ces deux-ci vont ensemble chez Conscience, qui avoit une chambre garnie d'un lit & d'une couchette. PISO. Vous parlez des moines: que ne mettez-vous aussi souvent des ministres en campagne. ASCLEPIADES. Ils n'ont encore gures rgn; & puis, s'ils venoient prir, ainsi que cela aviendra bientt, d'autant que leur fondement est foible, & que l'on en trouveroit tant en ce registre, cela feroit veiller les esprits, pour s'enqurir quelles gens c'toient: & par ainsi on rveilleroit l'hrsie, qui sera teinte comme feu de paille dessus l'eau, quand on aura toujours quelque conte de moine qui fera rire, au lieu de s'aller amuser mlancoliquement gratigner la thologie pour en abuser. Or, en la chambre prpare aux moines, il y avoit un malade demi guri, qui toit dans la couchette; & le grand lit fut apprt pour ces deux amis, qui, aprs souper, se retirerent pour se coucher, & en se dshabillant parlerent de propos de consolation ce malade, qui incontinent leur donna le bon soir, & eux lui, & se mirent au lit. La dame, qui avoit fait provision pour l'exercice du cas, avoit baill le mot la chambriere, qui laissa l'huis ouvert, ayant fait semblant de le fermer. Quelque petit espace de temps aprs, selon la diligence qu'en avoit fait Margeou, vinrent deux mignonnes, telles que celles qui ont ci-aprs t dites chevres oreilles d'toffe, & se placerent avec toute humilit auprs des freres qui les attendoient, non touchs de l'infirmit naturelle, (aussi ce n'est pas de tel biais que l'on peche, comme certains malotrus de docteurs veulent prouver, pour dguiser leur puante ambition ou triste avarice) mais en habilet, gaiet, vigueur & fermet de nature, selon lesquelles ils firent leur devoir de cognebas, fesser les doucettes, qui s'en trouverent naturellement bien; tant pour la dlicatesse, que par sympathie, elles en reoivent s oreilles, par le grand bien que cela fait o il touche. RISE. XXVI. Ceux-ci firent mieux tant pour tant, que les deux cordeliers qui furent en quipage. Mais encore, pourquoi est-ce que les mendians vont toujours deux ensemble? SACROBOSCO. Pour se faire compagnie, c'est--dire, Hos brevitas senss fecit conjungere binos. C'est le bon vin de madame, qui me fait ainsi dire. O liqueur prophtique, bnigne humeur qui nous fais doctes, radoucis nos adversits, & rjouis les coeurs qui ont faute de consolation salutaire. CIRUS. Vous ne faites que traverser; que n'achevez-vous, sans tant vous donner de traverses? Je vois Platon qui s'en fche, parce qu'il y avoit plus d'ordre chez lui. CAMBISES. L o il y a tant d'ordre pour dner, il y a du dsordre pour faire ses affaires. L'AUTRE. Voil qui va bien, prenant affaire pour office culier. ASSUERUS. J'avois ou dire que l'on pargneroit les hommes spirituels; mais tantt la raison m'a bien satisfait; jamais Mammuchan n'en dit de meilleures. Il est vrai que, si hors d'ici j'oyois ainsi parler ceux sur lesquels j'ai pouvoir, je leur passerois le pied par l'paule. Or, je connois qu'il se faut ici donner carriere. Il est vrai, pource que nous sommes tous amis, que je souffre tout; & moi-mme je dis des choses, que je ne souffrirois pas dire d'autres. Mais il faut aviser que nous ne pouvons mal dire, ni mal faire, d'autant que nous sommes en l'tre parfait, & l'instant qu'il n'y a plus de passions: parquoi nous nous satisfaisons, & vous aussi, en battant le chien devant le lion; c'est que nous galoperons les ecclsiastiques, qui sont parfaits en leur vie, afin d'intimider les ames par les choses qu'ils diront. Or, regardez au prix, s'il se met aprs nous, comme il nous gtera; & voil comment on fesse les enfans devant les valets. Donc ces bons messieurs, fils ans de la sainte maison, ne prendront point en mauvaise part qu'on tourne la parabole sur eux, afin que leur charit soit reconnue; & qu'tant innocens, ils veulent bien tre accuss & chtis de ce qu'ils n'ont pas fait; afin que les coeurs vicieux aient honte, & se corrigent, voyant la bont de ceux qui portent leurs iniquits. SACROBOSCO. Je ne puis tenir mon eau; je vous dirai ce conte de ces deux cordeliers. Donc, comme nous tions ensemble en Bretagne, l'un d'eux devisant fit un pet. L'homme de chambre de monsieur lui dit: de quel ton est-ce, monsieur notre matre! Il rpond: duquel vous le voudrez; entonnez bien: & voil pourquoi depuis Chtelleraut on a amanch des coteaux de la belle corne de couleur. L'an d'aprs, lui & son compagnon encore novices, allerent Angers, chez une honnte dame que l'ancien gouvernoit: si qu'tant entrs, le matre monte en haut, & laisse en bas avec la chambriere le jeune apprentif. Le bon est que, comme le moine fut sur madame, le gros trompette, qui s'toit cach sous la chemine, les voyant aux prises, se mit fanfarer, dont les amans furent fort tonns; mais ils appointerent avec ce matre trompette, qui toit venu un peu devant pour hocher la chambriere, & de peur d'tre surpris, s'toit cach. Le trompette sorti, & la collation ayant t prise, monsieur notre matre se mit la juche. Savez-vous qu'il faisoit, & ce qu'elle ptissoit. En d, ils toient comme le gueux que vit matre Jean de Guigni, allant aux nonnains, & passant par sur le pont de St. Eloi. De fortune le vent fort lui emportoit son chapeau, auquel il mit la main; mais il ne le put si bien retenir, que le cordon n'chappt: c'toit sa bonne fortune qui lui induisoit si franche rencontre. Voyant son cordon chapp, il jetta la vue en bas sous l'arche, o le cordon toit chu. Vraiment il le vit, & bien autre chose. Que vit-il? Le spectacle d'immortalit, les effets de concupiscence, le progrs de gnration, quatre jambons pendus une cheville, deux animaux encruchs & soulevs faisant le quadrupede raisonnable, la bte double ventre, ou deux ttes, l'animal quatre yeux, l'homme femelle, la femelle mle, le principe de l'engeance anagogique, une femme en proche disposition d'tre chtre, un homme prt d'tre dcoch. Comme il voit ce mystere s'effectuant, il dit tout haut: en d, de mon chapeau je donne la ceinture celle, ou cil qui a le bout en la jointure; c'est--dire, je donne mon cordon qui a le vit au con. Quand l'homme fut lev, il s'avana pour prendre le cordon: la femme aussi y va, parce qu'elle le veut avoir. O! ho, dit l'homme, il est moi. E! h, dit-elle, c'est moi, d'autant que j'avois le bout o il a dit; je ne l'avois pas en l'paule, vous le savez bien; aussi vous l'y aviez mis, & bout. Voire, dit-il, & moi l'avois-je aux talons? Ne savez-vous pas bien o je l'avois fich? Vraiment, je ne l'avois pas sur la tte; j'avois bien autre lieu o l'employer, & o il en faudroit beaucoup pour l'touper. Mais devinez qui de droit ce cordon appartient, afin d'en tre juge)? Le grand cordelier ayant achev son affaire avec la disposition de sa pte, qui fut leve aussi-tt que le four fut chaud, ce qui n'avient pas toujours. (Je me reprens, d'autant que toujours le four est chaud, mais la pte n'est pas leve. Aussi les femmes font comme les gueux, elles tendent toujours leur cuelle). Aprs ce mystere, les freres s'en vont; le grand aussi saoul que s'il et mang une vache; & d, en bonne foi, je crois qu'il y a autant besongner une femme toutes les semaines, comme il y a manger en un boeuf. Les deux religieux revenus, il fallut rendre compte chacun de sa villication. Le grand raconta son dsastre, mais que pour cela il n'avoit pas dlaiss de faire la cause pourquoi. En aprs, il demanda au jeune ce qu'il avoit fait, & si par vif effort il avoit vaincu sa concupiscence, en la foulant sous soi, selon les dlectations de victoire future. Voire, dit le pauvre, qu'euss-je fait? Cette fille est innocente; elle ne s'aidoit point, quand, au bas du degr, aprs que la porte fut ferme, & que je l'eus pousse, je lui levai ses robes, & puis je levai la mienne. En levant la mienne, la sienne tomboit; puis levant la sienne, la mienne baissoit; & tant, & tant que vous tes venu, avant que le j'aie pu approcher. Cette rponse ouie, tous les bons freres soupirerent de deuil, oyant la btise de cet enfant, lequel fut condamn d'avoir le petit chapitre, pour se souvenir qu'une autre fois il et prendre sa robe belles dents, quand il leveroit celle d'une fille avec une main, tandis qu'il foutilleroit de l'autre: ceci s'adresse ceux qui portent des soutanes. CESAR. Mais nous laissons nos deux amis chez Conscience long-temps dormir. ASCLEPIADES. Or bien, ayant pass la nuite, ils se leverent assez matin. Ils observoient ou pratiquoient ce que doivent bien noter nouveaux maris, c'est de se lever matin pour se reposer. Sur les huit heures, la dame alla en la chambre visiter le malade, qui avoit le cerveau creux, cause qu'il ne l'avoit pas rempli d'humeurs nutritives, & partant les outils de son intelligence toient dflochs, si qu'il avoit bien plus veill que dormi. Aprs qu'elle lui eut donn le bon jour, (ainsi dit-on, & on ne donne rien) & qu'elle l'eut interrog de sa sant; madame, qui sont ces deux qui ont couch l cette nuit passe? Ce sont, dit-elle, deux honntes hommes. Or ne savoit-il rien de la compagnie franoise. Il rplique: ils sont leurs grands diables; comment! tous les gibets, pourroient-ils tre honntes, qu'ils n'ont fait toute la nuit que s'entreculbuter de telle rage de cul, que je pensois que la maison en cherroit! Elle se prit rire comme toute honteuse, & ne dit rien pour ce coup, jusqu' ce qu'il le releva de la mauvaise opinion qu'elle avoit eue par la communication de telle courtoisie; & ainsi, lui effaant ce scrupule, elle a fait parotre qu'il se dit beaucoup de choses mal propos, & surtout des ecclsiastiques. Amen. COYONNERIE. XXVII. THUCIDIDE. Et sur cela, je vous dis donc, que vous avez tort, d'autant que ce ne fut pas chez Conscience. Je m'y trouvai exprs; & celle qui fit ce trait toit femme d'un sergent, qui en fit un bien plus subtil notre ami Ruart, qu'elle alla voir chez lui, & y dna: puis par mgarde, s'batit une petite fois la drobe sans pch, pourvu qu'il n'y et pas plus de peine que de plaisir. Ceci ne fut que le coup de l'assignation, qui fut donne au lendemain chez ladite dame. Le compagnon ne faillit point se trouver point nomm, o trouvant commodit, voulut se patre de ce dont il avoit tir le jour prcdent; mais elle lui dit que cela n'toit pas sain jeun, parquoi il dbanda un cu, pour avoir de quoi repatre. Et afin qu'elle et meilleur courage, il dit la belle, qu'il alloit qurir vingt cus qu'on lui devoit, & la prioit que le djener ft bientt prt. Il y alla, & reut sans confession. Voil comment les amans ne sont pas toujours menteurs, comme vous ribauds & rufians, qui vous donnez au diable, en promettant pour peines de dfaut, & puis tant hors d'avec les fes, vous n'avez non plus de mmoire que chats, qui ont tant cri en le faisant qu'ils ont tout oubli. Il revint avec ses cus qu'il fit parotre, cela faisoit rire la mignonne comme une guenon sur une chemine. (Et je vous demande en conscience & bonne foi, rpondez-moi, si on vous prsentoit sur une table deux mille fois autant d'cus que vous en avez, ou bien cent mille cus comptant, & qu'on vous dt: cela sera vtre, & vous en pouvez prendre galamment trois poignes en disant gripe minaut sans rire, c'est--dire, que vous ne rirez point; vous dites qu'oui. DIOGENES. Vous feriez vos fortes fievres mules; frappez votre nez en mon cul, c'est ce que je vous baille en trois coups, voire en quatre vises; mais allez grater votre cul au soleil, & succez vos ongles encore un coup, si ne l'avez fait. THUCIDIDE. C'est bien reparti.) Ce mignon prsente de son argent madame, qui lui dit qu'il falloit aller sobrement. Vraiment, mon ami, il faut un peu pargner son argent, dit-elle, il y a plus de jours que de semaines; nous n'aurons pas trop de tout. Et ainsi le dorlotant putatiquement & le caressant, il la couillaudoit, couillevassoit, culbutoit perpathtiquement; si qu'il s'enivroit en cette dlice permise gogo, moyennant la dispense ministrale. Et le compagnon fut si bien culbut, tournoy & fripon, & tant rabatu de concupiscence par la dame, qu'elle lui ta, sans qu'il le sentt, & bourse & argent. Quelque sotte l'et laiss, & vous y fiez. Cette mignonne le traita comme Jacques Adriot fut trait de sa femme. POGGE. Je vous prie, dites ce conte, qu'il ne vous chappe; & je vous en dirai quatre en rcompense. THUCIDIDE. J'ai peur qu'on se fche, parce qu'il y a un peu du prtre, & un ministre me l'a appris. POGGE. N'ayez point cette peur; non, jamais on ne s'en fchera; & surtout les moines, qui ne le prendront pas coeur, parce qu'on estimera que ceci sera mensonge, d'autant qu'il y en a tant de sectes, que devant que l'on sache qui a fait la joyeuset, tout sera pass; & puis cela sera peut-tre rput mrite, d'autant que par ce moyen un homme de conscience ayant foul sous soi la concupiscence, & enfonc le fort de satan, o il aura cras la tentation, elle s'en sera tellement alle, qu'il aura les femmes en horreur, jusqu' ce qu'il en ait affaire, & c'est alors qu'il fera rage de prcher. THUCIDIDE. Or bien, pour vous faire plaisir, je ferois cette parenthese. Ce Jacques dont est question, toit un grand abatteur de bois remuant, & culbuteur de commere, & n'pargnoit rien de ce qui se prsentoit. (Ce fut lui, & deux autres qui rencontrerent la Ponneuse, qui toit belle & jeune, mais garce d'un chapelain; & l'enfoncerent dix-sept fois en une soire, coupe-cul: puis s'en allerent chacun leurs voies. Le lendemain cela fut su, d'autant que la fille se plaignoit qu'elle avoit t ainsi dvergonde; & on le contoit quelques honntes femmes. En la compagnie toit la femme d'un prsident, qui, oyant ce conte tant de fois, rpondit & dit: au diable soit la carogne, tant elle toit aise! Cela n'aviendroit pas si-tt une femme de bien.) EXPOSITION. XXVIII. La femme de Jacques, triste de ce que son mari alloit ainsi transportant la provision du particulier, faisant couler partout cette benote liqueur, dont on baille tant d'argent; & si on n'en trouve point vendre au march, alla trouver un de ses amis, pour lui demander conseil confortatif en son affaire. Cettui-ci, (je ne le vous nommerai pas, pour la consquence que je porte l'honneur) lui enseigna ce secret; c'est qu'il falloit qu' point, mignardement, propos, avec industrie politique, elle nout le cas de son mari une seule fois; & que cela avenu, jamais il n'iroit d'autres. La femme de Jacques croyant qu'elle noueroit ainsi pour jamais l'amour de son mari, recevoit ces mots dors, je devois dire, _coraliss_, comme sentences prophtiques. Parquoi elle ne faillit point essayer. Elle prit le bout de son mari, qu'elle considra manuellement, pour le courber & le nouer. Or est-il, comme vous savez, belles filles, que les mains fminines sont grilles, sur lesquelles la chair revient. Ainsi la piece de gnration par cet attouchement revenoit, grossissoit comme pte en met, & pourtant le billouart se mettoit en point; & ce conte, Jacques s'enfiloit avec sa femme; & tout autant qu'elle fit l'essai nouer, autant fut faite l'excution vtiller: si que ce mari voyant l'importunit des doigts de sa femme, qui ne faisoient que patiner son pauvre chose, fit bande part, de peur que cette friponnerie ne le ft devenir sec comme un lvrier. La bonne dame en eut du dplaisir, & fit autrement qu'elle ne pensoit, parce qu'elle ne noua pas le bout, mais elle retint son mari, qui, depuis, ne fut plus coureux; & puis sa femme accoutume dodeliner son cas, ne faisoit autre exercice au lit, que le promener. POGGE. Dames, qui tes jalouses, empoignez cette suave doctrine. Aussi femmes sont anges l'glise, diables en la maison, singes au lit. Ma commere l'huissiere traita presque de mme son marjolet, que tout belourd elle renvoya mignardement dcharg, & le conduisit jusques la porte, avec des baisers accompagns de faux semblant de regret: cela s'appelle des baisers de passage. Quand il eut pris l'air, & qu'il fut au bout de la rue, s'avisa de pisser: pissant, il avoit la main en sa pochette; & y ttant, la trouva vuide de l'aposthume pcuniaire; le voil qu'il devint aussi froid qu'un four min. Il retourna chez la dame, o il entre avec toute mignonne humiliation, & requiert que son argent lui soit rendu. Ayant fait son entre & requte, il trouva une femme plus froide que lui, qui fait l'tonne, l'bahie, la dconnue, ainsi que si elle ne l'et jamais vu. (Voil comme les beaux esprits savent passer d'une extrmit l'autre, pour se rformer! Vous faites tat de votre femme de biennerie, vous autres femmes de bien; & toutefois vous n'en sauriez faire autant que cette-ci.) Lui qui pense faire l'effront comme s'il toit matre, ayant t si fat que de btir sur un grand chemin, veut faire le grand & le commandeur, dit qu'il veut ravoir son argent; il se dpite & enrage. Elle fait la constante & la rsolue: il tranche du ruffien, qui a puissance sur une femme; il tempte & jette terre son manteau; elle fait l'humble & la discrette, & plus la femme de bien que si elle s'en ft mle toute sa vie; & sur ses gestes s'bahit moult de cette apparence, & lui dit: monsieur, que faites-vous? O pensez-vous tre? Ce n'est pas ainsi qu'il faut vivre chez les femmes de bien. Quand j'aurai patient, je me fcherai. Merci dieu, tes-vous hors du sens? Sortez de cans; ou si mon mari vient, il vous chinera. Ce disant, elle jetta le manteau par la fentre, & cria: l'aide, au secours & la force. Il vint du monde, qui, voyant ce petit mchant monsieur ainsi dvergond, lui remontrent & le menacent de la justice, vu son scandale. Le mari pensoit entrer; mais oyant le bruit, & voyant ce manteau, le prit, & passa outre. Ce qu'il en faisoit, toit de peur de se courroucer. Ce manteau lui sert aujourd'hui s bonnes ftes. Le misrable dmantel & dvalis, eut cong de s'en aller chercher un autre manteau, qu'un moine de saint Julien lui prta; c'toit un manteau de camelot ond, pour lui faire avoir souvenance que les ondes de la fortune avoient pass sur lui. GLICAS. Ce matre causeur nous en a bien cont, de nous proposer un noeud, d'un cas si court qu'est celui de l'homme. Certes, c'est de quoi nature l'a retranch, vu que tous animaux l'ont en proportion plus long. Je m'en crois, & pense ce que m'en a appris Albert le Grand; c'est parce que toute l'intelligence est contraire raison l-dedans; par ainsi vous voyez que fous en ont de belles venues, & les grands personnages en sont chichement pourvus. Un taureau en a plus que trois hommes; & un homme a plus d'esprit que cent boeufs. L'AUTRE. Si vous saviez de quoi est fait un chose viril, vous sauriez s'il se peut nouer, ou non. GLICAS. De quoi est-il fait ce badinage d'amour? POGGE. Les religieuses de Poissi me l'ont appris, ainsi que j'allois Longchamp, & en telles autres religions rformes. Voil, je ne nomme jamais personne, ni lieu, de peur que d'autres y aillent. Il y en avoit trois qui en disputoient. L'une disoit qu'il toit de nerf, & qu'elle en avoit eu autrefois une belle nerve, la cour tant Blois: l'autre dit qu'il toit de chair courroye, d'autant qu'en le touchant, on le trouvoit plus mignon la peau, que le maroquin du levant, & plus douillet que velours: l'autre dit, qu'il toit de tendons, parce qu'il tend plus qu'il ne peut. La prieure, qui les avoit ouies, leur dit qu'elle jugeoit plutt qu'il fut d'os, parce qu'elle en avoit, le matin, tir la mouelle d'un. PENAS. Vous vous garez; ce ne furent pas elles; mais bien ces trois, qui, se promenant au beau jardin de Nantes, trouverent une groseille, & s'entredemanderent la dire en latin. Comment le diriez-vous, ma soeur? La jeune dit, _groselus_; l'autre, _grosela_; & la vieille dit: vous tes sottes; il faut _gros & long_: mes petits connaux de dmes charitables. CHANOURI. C'toit bien trois autres, dont j'tois jadis confesseur. L'abb de Gastines, qui les aimoit toutes trois, leur promit de leur envoyer des couteaux de Chtelleraut; pourquoi bien effectuer, il endoctrina son valet; & l'ayant embouch, lui mit le prsent en la main, pour le porter aux trois amies. Le valet, qui pensoit, selon que son matre l'avoit endoctrin, faire si bien que madame n'en sauroit rien, fut tromp, parce que madame, ayant un message d'amour faire, y avoit employ la portiere, au lieu de laquelle elle se tint la porte, & y toit, quand l'homme de l'abb y arriva. Il fut surpris; & elle lui dit: or , Riolan mon ami, que je voie ce que vous avez-l: c'est quelque chose que votre matre nous envoie. Elle savoit bien que ce n'toit pas pour elle, d'autant qu'un abb n'et pas os entreprendre sur les brises de l'vque de Lombes, qui l'aimoit. La dame ayant le paquet, elle envoya Riolan la dpense; & mande aux trois mignonnes qu'elles vinssent; lesquelles, ne se doutant de rien, s'approcherent; & elle leur montra les lettres & les prsens, leur disant: mes filles bien aimes, voyez des lettres & un prsent que vous envoie notre bel ami l'abb de Gastines. Elles lui dirent en toute humilit: c'est possible vous, madame, qui le mritez mieux. Non, dit-elle, les lettres en font foi; je sais bien que vous avez mrit ces joyaux & encore plus: aussi tes-vous bonnes filles: mais encore il y a, & faut de la considration en tout; je veux savoir de vous qui est la plus entendue; & pour cause, afin d'instruire les novices, pour bien entretenir l'ordre & antique faon de vivre du couvent. Et partant, celle qui rencontrera le mieux propos ce qui lui semble de l'action notable de dlectation, & ce qu'elle a remarqu faisant la cause pourquoi, en faisant son service, jouxte le brviaire l'usage de Reims, cette-l aura non-seulement son prsent, (c'toient couteaux), mais aussi fera des autres son plaisir. Les voil toutes trois en cervelle: si qu'guisant le fil de leur entendement, elles tchent toutes trois rpondre: l'ane rpondit qu'elle n'avoit jamais got sauce si douce, sans sucre: l'autre dit qu'elle n'avoit oncques rencontr chair si dure, sans os: la tierce profra qu'elle n'avoit jamais apperu, ni ou, ni senti tant cracher, sans toussir. ALAIN CHARTIER. Je pensois que vous y mettriez ma cousine de Montrouge qui pensoit tre en terme de devenir bte. EMBLME. XXIX. Elle avoit vu, s livres de ces nouveaux voyageurs, qu'il y avoit des gens sauvages qui toient tous velus comme btes infideles. La pauvre petite se mit tellement cela en tte, qu'un jour changeant de blanchette, comme rforme qu'elle toit, sans chemise de linge, selon la coutume de notre temps, (aussi blanchette en thologie, c'est--dire, chemise de laine) elle s'avisa par mgarde que son pauvre petit chouse toit chu en pauvret; & que le poil lui avoit perc la peau. Les filles de prtres n'en ont point l'ge de dix-huit ans; (je ne suis donc pas fille de prtre, dit la jeune fille qui l'ouit; j'en ai, & si je n'ai pas quinze ans). Ma pauvre cousine, ayant vu cet inconvnient, se signa fort dvotieusement, & devint toute trouble de son sautier. Son entendement pripatetisa tout du long de la culmination de son intelligence curiale: si que, depuis, elle fut mlancolifie, que c'toit une dplorable imaginaison que la sienne. Si les autres approchoient d'elle, elle, par une humeur saupoudre de tristification, s'en reculoit. A la fin, elles l'arraisonnerent du dedans, qu'elle avoit au flux & reflux de conflit compagnable; & leur fit rponse, qu'elle n'toit pas digne de converser mritoirement parmi l'honorifique bande de leur socit doucette. JODELLE. Quand je vous ois ainsi paillarder sur votre outrecuidance, de bien dire, il m'est avis que vous me pissez aux oreilles! Que diable ne parlez-vous droit, sans aller lchonnant les friponneries du sot langage. Je pense, vous oyant, tre auprs du beau S. Jean, racontant comme il fut chass: _nous appermes le lpore, qui s'toit manifest; mais parce qu'il se rintgra, nous ne le pmes apprhender_. C'est comme ces badauds de Paris, la bataille de Senlis, qui, ayant leurs btons feu sur le haut de l'chine, demandoient: _o est l'averse partie? Elle ne comparotra pas?_ Encore la Goibaude parla mieux, venant monsieur le Gouverneur, pour s'excuser de la taxe que l'on avoit employe pour les fortifications: _monseigneur, je suis une pauvre femme en veuvesse; je vous prie avoir piti & componction de moi; on m'a trop cautrise pour les fornications_. TACITE. Laissez dire notre pote. Que voulez-vous? Le bon preud'homme, il savate notre langage; toutefois il dit bien, mais il va un peu de ct. ALAIN. Vous me dfagoteriez quasi bien tout le menu brouillis de mon intelligence. Or bien donc, cette fille, leur disant son excuse, ajouta qu'elle toit indigne d'tre avec elles, parce qu'elle devenoit bte. L'abbesse voyant cette fille ainsi farouche & toute dilate sur le progrs de diminution familiere; (ardez, cette curagerie d'loquence ne peut m'abandonner) en voulut savoir la raison, & sur ce que les autres filles lui avoient rapport par avertissement. Timor l'appella en sa chambre: & l'ayant concionnoirement avise qu'il falloit, en l'humiliation de son devoir, qu'elle enfourcht la vrit, lui demanda par amour & vesse (foin, je cuidois italienniser, & dire: _amore volesse_) l'occasion de sa dconvenue. Adonc en gmissant & pleurant des yeux, elle dit: ma sacre chere dame & preude mere, j'ai bien grande occasion d'tre en extrmit de marisson, parce que je deviens bte; j'ai dj un petit minon qui m'est venu entre les jambes. Que je voie. Elle le montra, exhibant physiquement sa naturet. Alors l'abbesse, pour repartir par pieces similaires, & rciproque dmonstration, se dcouvrit, & lui fit parotre sa naturance. Il y avoit un petit cordelier cach derriere, qui l'avisa, & cria matre Bastien, en courant: _magister Bastiane, ego vidi coelos apertos_. Et la fillette de dire: h qu'est cela, madame? O quelle abondance de bestialit! Ma mie, ma mie, dit l'abbesse, le vtre n'est qu'un petit minon: quand il aura autant trangl de rats que le mien, il sera chat parfait; il sera marcou, margaut & matre mitou... Oho, oho, o... Il n'est pas temps de s'vacuer rire; attendez un peu; le mot pour rire n'est pas dit. La belle s'avisa de demander frere Etienne de Sanssay ce que vouloit dire madame, par ces rats & chats; ce que le pauvre corps, par innocence charitable, & humilit graduelle, & selon la saintet de nos premiers voeux infrans graces abondantes, lui fit entendre & pratiquer, en lui faisant naturellement trangler le rat de nature, par le chat mystique du bas de son ventre, de quoi elle avoit recueilli un fruit mlodieux de savoureuse dlectation, qui ne devroit appartenir qu' princes & prtres, si tout alloit d'ordre. Elle toit par ce moyen ingnieusement dniaise; & sur cette profonde aisance, elle toit, une aprs-dne, se promener en grande contemplation, devisant btons rompus avec une sienne compagne, qui, oyant ce faux bourdon de musique mentale, lui demanda quoi elle songeoit, vraiment, dit-elle, ma soeur, je pensois... Songez donc ce que vous pensiez bien. Et aussi je vous le dirai. J'avois les yeux sur cette chevre que voil qui broute. Ma mie, ma soeur... JODELLE. C'est ce que disent les menestriers, ramenant la marie du moutier: _ma mie, ma soeur, quelle douceur en fretillant; recordez-les avec votre flageol_. Matre Janotin, puisqu'il vous plat, il faut savoir qu'ils ont dit en la menant: _nous la menons au moutier, l'ordure, l'ordure, l'ordure du foyer_: mais vous n'y entendez rien; c'est ainsi qu'ils le font en la menant l'glise, & jouant au beau trio: _pucelle la menons_, bis; _encore ne sait-on_, ter; _on ne sauroit qu'en dire_. ALAIN. Vous me faites de l'interruption; le ciel vous en punaisira; & regardez bien que signifie cela. Laissez-moi achever; fou enrag qui ne m'coute; & plus fou est-il qui s'y amuse. Je voudrois, dit-elle, ma cousine, tre comme cette chevre. Voire, que tu es sotte! L'anne passe, tu disois que tu devenois bte, pour un petit poil folet que tu avois entre tes deux gros orteils; & ores que dis-tu? J'tois bien bte par le bon vraiment; & d je ne le suis plus. Que c'est que d'enfance! Ces petites ames seroient du tout heureuses avec leur innocence, si elles faisoient l'amour, & que les petits enfans couchs ensemble fissent ce que me fait quelquefois frere Etienne. T'hbahis-tu ma fille? Je desire tre comme cette chevre; ne t'en merveille point: mais fais-en tat. Vois tu, si j'tois comme cette chevre, ainsi velue par-tout le corps, je serois la plus heureuse du monde; d'autant que je n'en ai pas si grand qu'une petite cuelle, & frere Etienne m'y fait si grand bien: si j'tois de mme par-tout le corps, il me feroit de mme par-tout, & je mourrois de fine bonne rage de bien, tant je serois aise. Les pauvres nonains n'en pouvoient mais: voil pourquoi vous avez tort de les mler en vos saturniales. MACROBE. Je n'y saurois que faire, c'est la vrit qui me contraint, _inter porcula_, comme chez le roi Assurus, o parut l'orgueuil de Vastit, qui toute sa vie avoit t humble comme une savate de brunisseur. Je m'en rapporte au confesseur de madame Loyse, laquelle lui disoit en confession, qu'un moine l'avoit haillonne; qu'il avoit eu affaire elle, qu'il s'toit mis dessus elle pour voir de plus loin: bref, elle disoit qu'il l'avoit f. (j'ai quasi tout dit tant j'ai la langue l'usage de prdicateur.) Le confesseur lui remontrant, la tanoit, disant: comment, ma mie, vous vous tes fait accoster un mort? Je ne sais pas quel mort, mais je ne vis ni sentis jamais si bien remuer. Le cas lui alloit, comme un qui mouche une chandelle avec les doits sans mouchettes. De ce ci, toute la belle compagnie se mit rire, comme un troupeau de fenesseaux. COLINET. Voire, ne faut-il pas bien s'battre, & principalement jeux auxquels il convient? N'est-il pas dit, _croissez, multipliez & remplissez la terre_? Et qu'est-ce, sinon qu'il est enjoint par nature aux petits, de crotre; aux forts & de bon ge comptent, de multiplier, & aux vieillards, de se laisser mourir pour emplir la terre? Et cela aussi appartient ceux qui veulent faire les vieux, ces idiots, vous, caffards & inutiles, qui ne font que scandaliser le bon monde de dieu. RONSARD. Les rencontres m'en font souvenir, & je dirois bien de la besongne, sans que le dfunt vque d'Angers ft blm des docteurs, qu'il s'accommodoit aux textes bnits de l'criture sainte. Que si je m'y enfonois comme je les sais, je vous donnerois bien du passe-temps; mais je ne veux pas faire de planche ces hrtiques qui en feroient leur profit. J'aime mieux aller ce bout, gausser avec ces pnaillons de garons & filles, qui s'battent sans mal penser, chopinant prs ce buffet, & vogue la galere. MAROT. Mon ami, dites votre _confiteor_, & laissez peter renard. BEZE. _Quisque fictor fortun su_; c'est--dire, chacun fait ce qu'il peut pour vivre. Il le faut faire, si on ne le faisoit, le monde demeureroit vuide, contre l'intention de nature. Ho! madame, rveillez vous, & notez qu'un con bien mnag, Paris sur tout, vaut presque autant qu'une bonne procuration, & mieux que deux mtairies. Filles, je vous nomme aussi toutes de peur de jalousie, avisez vos affaires. Je sais qu'il y en a qui le font pour le plaisir, ce sont celles qui nous entretiennent: & les autres, pour gagner leur paillarde vie. _Optimum philosophari, melius vivere._ Et pource, je vous dis que vous mnagiez bien vos mtairies naturelles. BAIF. Ho, & ai, compere, comme tu parles! Ne t'avises-tu point des ordres que tu as? BEZE. Corps de mordienne, si elles m'importunent un peu, je m'en dferai bien, & les secouerai comme un ne fait les mouches de ses oreilles. Qu'as-tu me venir ici ravauder l'entendoire? Est ce ici le lieu & le temps d'en parler? Que le diable te puisse casser des noix. Il faut prendre le temps propos, ainsi que les gens de justice, quel satan & rformateur es-tu? Je crois que tes hmorrodes te rendent ainsi religieux & conscientieux; ta saintet t'poinonne par le cul. BAIF. Voire, mais avisez ce que disent nos docteurs: bran, il faut crier ce sourdaut, comme pour prendre une taupe. RONSARD. Tu es un beau faiseur de mines (je cuidois dire de _mimes_); tu es un grand docteur, tu nous en veux conter; & encore l'crire. Va, va, j'ai plus us de papier me torcher le cul, que tu n'en as employ crire tout ce que tu pensois savoir. MADAME. Qu'est-ce l? Est-ce bon escient? BAIF. Non, non; ce n'est que pour rire; ne vous fchez pas. Vous pensez autre chose, madame; vous rvez, le con vuide. AUSONE. Je n'avois jamais oi dire cette lgance: bien est-il, que dernirement tant aux Vallins, on nous prsenta un peu de beurre. Eschine s'en fcha, & dit la fermiere, qui nous l'avoit prsent, que, puisqu'elle toit chiche de beurre, elle avoit le cas grand. Avisez bien ceci, mes dames, ainsi que fit la chambriere de Ciceron, laquelle ayant ou qu'on lui reprochoit qu'elle mettoit trop de beurre en la pole, pour une fricasse, en retourna qurir abondamment pour clore sa grande ouverture. Et afin que vous sachiez un secret propos, je vous dis que les hommes qui n'ont gueres de manche, sont plus courtois & gracieux, que les autres qui en ont bonne provision; & ce d'autant que ces manqueux n'ayant pas tant de quoi payer, il faut qu'ils avancent de la monnoie du singe. Pour cette cause, quand les demoiselles, filles & femmes sont ensemble deviser, & parlant de quelque homme qui ait abondamment de quoi elles ont affaire, elles disent: cettui-l a un grand persuasif; il a de quoi faire une belle expression de ses penses amoureuses; il en a assez, pour faire endver une dgote. Le bon homme Sand, cur de Claye, qui oyant les demoiselles qui rageoient sur sa chambre, & cela l'empchoit d'tudier possible, il leur cria: si je vais l-haut, je vous foutrillerai toutes, tant que je vous ferai enrager. SOFPASSUC. XXX. Nous en sommes bien vraiment, nous voil bien: je fais belle forme juste comme la bote aux oublies. MENOT. Il ne falloit plus que cela, pour achever sainte Croix d'Orlans au moule de la chartreuse de Pavie, o j'ai t nourri cuyer; d'autant que de page il ne s'en parle point; il n'y a point d'enfans, ils sont tous grands: on ne fait pas l des enfans, il faut les envoyer tout faits comme la cour de parlement, sauf l'honneur de la justice la bonne dame. BAIF. Ce n'est pas ce que nous disions; taisez-vous: laissez ces gens-l. Encore les ecclsiastiques sont traitables; ils ne font qu'excommunier; cela va & vient comme eau claire: mais ces gens de justice font tache d'huile, que le diable y ait part, mon ami: laissons-les; achevons ces contes. RONSARD. Or, pour vous remettre sur vos chouses, je vous dirai, durant que la ligue toit en vigueur, on cherchoit Tours un ligueur; & aprs plusieurs perquisitions, on alla au clotre le chercher chez une dame, qui logeoit avec un chanoine. Cette dame n'toit point encore leve. Elle entretenoit son embonpoint. Un monsieur archer du prvt entra dans sa chambre l'pe au poing, laquelle raclant contre les carreaux, pour faire du mauvais, dit tout haut: par la double rouge crte de coq, je foutrai tout cans, de par le roi. La petite Sevin, qui pour lors toit avec elle toute tremblante, s'approche de ce fendeur de naseaux, & lui dit: hlas! monsieur, pour dieu, ne faites rien madame; elle se trouve si mal, je vous prie d'avoir patience. Madame qui l'ouit, ouvrit son rideau, & adressant la parole la fillette, lui dit: voire, ma mie; & d, pourquoi non aussi bien qu' vous, puis que c'est de par le roi. BEROALTE. J'y tois; je m'en souviens comme si c'toit toutes ores; & aussi-bien que de ce qui m'avint tant encore au ventre de ma mere, un jour qu'elle rioit avec un prsident, qui l'entretenoit selon les usances de messieurs de la cour de Bretagne, qui nous viennent voir durant leur semestres. Il avint que de joie elle fit un pet; je pensois que ce ft un coup d'artillerie, & que nous fussions assigs: mme ce monsieur la tabourdoit si fort avec une lance deux boulets, que je croyois que c'toit un mouton, que maintenant en honnte architecture de guerre, on appelle un foutoir. Cela me fit si grand peur, que je sortis incontinent, & n'y avoit pas plus de quatre mois & demi que ma mere toit marie: aussi il y en a qui sont de race de faire ainsi leur premier enfant, qui volontiers ont bon esprit; cela fut cause que je devins pote. BELLEAU. Ne le dites pas, s'il n'est vrai. BEROALTE. Puisque j'en jure, il est vrai; & faut croire un homme de bien, quand il se parjure. Il y en a beaucoup qui jugent faux, ainsi que font nos messieurs de justice, que dieu garde de mal, lesquels font serment de n'avoir pas achet leurs tats, & toutefois l'argent en est encore crit en leurs doigts. Ils ne le dirent point; mais qu'ils prtent de l'argent au roi. Vraiment un matre iroit chercher qui lui bailleroit de l'argent, pour le servir. Aussi proprement l'argent fait tout: il fait jurer, sans offenser dieu! il fait que monsieur le juge couchera avec la femme d'autrui, sans commettre adultere; il fera donner un arrt le plus mignon du monde. Voil, certes, monsieur; l'argent a si bien fait, que pour l'avoir envoy & baill propos, quelques voleurs des biens du roi ont t librs. Ces voleurs, miens amis (aussi les potes sont amis de tous, & ennemis de chacun) s'en vindrent, au lieu d'avoir la corde au col, ce bel arrt au poing, le dernier de septembre. Visitez les cours, & vous le trouverez, L. C. a ordonn que ceux accuss & convaincus de larcin, concussion & pculat, seront chtis sans encourir note d'infamie & punition, &c. Que veut dire, L. C. La cour, le conseil, la chambre, le chouse, la coyonnerie; tout ce que vous voudrez: que m'en souciai-je, puisque je n'y sens plus d'intrt; & que jurer ou non, c'est tout un, si quelqu'un ne se fait partie, afin que monsieur l'argent vienne loger chez nous. C'est assez interrompre mon dessein; je voulois vous dire ce qui avint mon compere Drouet, qui avoit un procs, pour lequel juger, il fallut tre assur & clairci de certain point qui ne pouvoit tre connu que par le serment de cettui-ci: il lui fut dit qu'il ne tenoit plus qu' cela qu'il ne gagnt son procs. Ha! vraiment, dit-il, l'ai donc gagn; parce que, s'il ne tient qu' jurer, je jurerai des pieds, des mains, de la bouche; &, s'il est besoin, du cul, en la prsence de messieurs. Aussi en avoit-il fait son apprentissage, aux dpens de mon compere Colin, qui lui avoit prt un chaudron. Colin lui dit: Drouet, rendez-moi mon chaudron. Et quel chaudron? Si tu tois prcheur, tu ne prcherois que de chaudron. Je te prie, rends moi mon chaudron. Je n'ai point de chaudron toi. Colin le fait appeller. Etant devant Bodion le bon juge, Colin demande son chaudron Drouet; & Drouet dit qu'il n'en a point lui. Bodion lui commande de jurer sa part du paradis, s'il a ce chaudron. Lui qui n'y prtendoit possible rien, je ne dis pas au chaudron, se met en tat de jurer. Comme il juroit, le bon Colin lui disoit tout bas, en le tirant par le bras: h compere, ne jure pas; h compere, tu perds ton ame. Et Drouet lui rpondoit en l'oreille: & toi, ton chaudron. CETTUI-CI. La femme du peintre qui coloroit notre maison, vouloit bien autrement; parce qu'elle incitoit son mari jurer, encore que ce ft faux, parce qu'il y avoit une utilit apparente. Matre Mathurin avoit prt dix-sept francs ce peintre, & les lui demandoit assez importunment. L'autre, diffrant, enfin est ajourn. Matre Nicolas notre peintre, qui avoit encore un petit coupeau de conscience, et bien voulu ne rien payer, parce qu'il y avoit long-temps qu'il devoit. (Il pensoit tout de mme que faisoit Billonneau de Poictou, qui monsieur le chantre avoit prt quarante livres, lesquelles il lui demanda treize ans aprs. Ho, ho, disoit l'autre, & sa femme aussi, s'en souvient-il?) Matre Mathurin fait venir son crditeur devant le juge: ces deux ayant propos leur fait, & dit oui & non, & vere; le juge fit jurer matre Nicolas, pour savoir la vrit. Cette pauvre bonne personne d'homme n'osoit, & se feignoit. Sa femme toit derriere, qui lui disoit: jure vilain, jure, puisqu'il y a gagner; tu jures si souvent que tu n'y gagnes rien. S'il et jur, qu'et-ce t? MENOT. Il et gagn les dix-sept francs qui lui eussent fait profit; & il en et donn cinq ou six sols aux pauvres, & cela l'et garanti de la perte de son ame. Savez-vous pas bien qu'en matiere de prudence humani-monacalo-chanoinesse, un grand tort ou dommage invisible est rpar & satisfait par un petit bien manifeste, comme s cours, les prsens font souvent gagner de mchantes causes. Ainsi plusieurs, tant laques qu'autres, ayant bien drob en cachette, fondent publiquement de beaux anniversaires solemnels, o ils produisent les fruits mignons du mammon d'iniquit. Les gens de justice en btissent de beaux chteaux, qui honorent le royaume; les financiers en parent tout. Et mme je vous dirai que, si un petit commis de mes fesses a vol dix cus, incontinent il se fera parotre, quand il ne le devroit qu'avec une ceinture de broderie; & un mchant procureur fera incontinent btir. Quant aux conseillers, ils n'y entendent rien; ils ne drobent que l'cume; ils ne mettent pas la main au fond du pot, si je ne mens. Et ainsi sont effacs les larcins, monopoles, sacrilges, fraudes, & telles joyeuses inventions & moyens de parvenir. Vous rvez, & songez creux; vous gtez tout. Si on sait ce que vous dites, personne n'aura plus d'envie de faire pis, afin que bien en avienne. GEBER. Vous proposez une cabale de rver en soupant; je voudrois, tant je suis ennuy de la fracture de mon fourneau, que nous fussions en tat parfait de rverie; je serois aise, & n'aurois non plus de mauvaise passion, que le ptissier Rigole qui songeoit, tant il toit aise en rvant, que sa grand'mere lui donnoit du fourmage mou. BACON. Jamais fourmage mou ne gta gorge; non plus que cul chaud ne gte jamais linge: & je ne ris jamais tant de fourmage mou ou de crme, que de celle de Manasss, secrtaire du patriarche de Constantinople. Ce grand esprit, il acheta un jour un fourmage de crme qui ne lui cota rien. (Je montrois un jour monsieur le chancelier, o c'toit qu'il entra trois Flamans au cimetiere des saints Innocens, par la porte de l'autre ct, dont l'un tomba, & mit le nez en la selle d'une fille qui venoit de qurir de l'eau. Voil comment je remarque tout, comme le derriere de votre chemise fait le conte de vos selles.) Manasss ayant eu en main son fourmage, prit un des chevaliers de la fleur de lys, un des quinze-vingts, & le pria de dire un _salve_ son intention: pour ce faire, il lui mit un beau jetton au creux de la main. Le pauvre ayant accord ses badigoinces, griguenotoit ce _salve_ avec une voix horrifique, laquelle Manasss s'accordoit: comme il en fut venu au verset, qu'il se faut gueuler de crier, & qu'il et ouvert amplement la gorge, & desserr la gueule assez grande, pour y enfourner un demi-alloyau de boeuf, les babines tant djointes bien demi-pied, demeurant ouvertes en cette belle extase de chant royal. Manasss lui va flaquer ce fourmage mou dans le bagoulier si proprement, qu'il entra tout, & rien n'en sortit, que ce que malheureusement le triste criard fit cheoir, estimant avoir la bouche pleine d'une autre mixtion de plus haut got. PAUSANIAS. Je pense que ce jour-l toit fait pour rire. DICTIONNAIRE. XXXI. Ne vous souvient-il point que rencontrmes la mule de Rabelais? Le bon homme ne s'en soucioit-il non plus que de celle du pape, ayant assez d'autres bonnes affaires. Il l'avoit laisse chez Fesandat, imprimeur; & avoit pri les garons d'y prendre garde, pour la faire boire ses heures, comme la truye des carmes. Dja deux ou trois jours s'toient passs, qu'elle avoit assez b; mais au diantre la goute, parce qu'elle ne bougea de l'attache, comme un vrai chien couchant. Jean du Carroi, jeune verdaut, s'avisa de cette bte, & monta dessus dos sans la sangler; un autre le voit qui lui demanda la croupe, un tiers encore y saute; & les voil ainsi que les quatre fils d'Aimon, chevau sur la mule sans selle, n'ayant que le chevtre, (que ne lui baillez-vous votre licou). Ainsi releve de ces suffisans personnages, la bte prit son chemin val la rue de saint Jques: passant auprs de saint Benot, au lieu de s'avancer, sentant l'eau d'une lieue loin: comme vous auriez l'odeur d'un bon jambon, & s'approchant de l'glise, elle reut une odeur dbonnaire de l'eau bnite, qui, l'attirant par la conduite magntique de sa saveur, la fit, en dpit des chevaucheurs; entrer en l'glise. Il toit dimanche, heure de sermon, o grand monde toit convenu; & nonobstant ce peuple, & rsistance des baudouineux, la mule, dure de tte & oppresse d'altration, donne jusques au benoitier, o elle mit & enfona son horrifique mufle. Le peuple, qui voit l'effronterie de ce maudit animal, qui par dpit n'engendrera jamais, pense que ce soit un spectre, portant quelques ames jadis hrtiques, mais ores pnitentes, qui viennent chercher le doux rfrigratoire des bienheureux (laissez la boire), & dja chacun pensoit qu'il se feroit quelque motion (laissez boire la mule) ou autre acte merveilleux de commotion spirituelle; mais la bte fut modeste, si qu'ayant lgitimement bien b, selon sa vacation, se retira sans autre crmonie. ORPHE. Le mulet de Gravereuil toit bien autre; il les faut marier ensemble. Il y en avoit, qui, voyant la mchancet de cette bte, disoient que c'toit quelque diable, fauteur d'hrtiques, punissant leurs ennemis: & cela venoit propos, parce que, de mon tems, ce prtre avoit fait effondrer une bonne & ample quantit de huguenots, qu'il tuoit bravement jusqu' la mort. Un jour, un lu de Tours emprunta ce mulet, & monta dessus, & adressa ses voies Langes. Y tant arriv, le mulet prit le mords aux dents: &, sans se soucier de ce qu'il avoit sur l'chine, & du profit du roi, se mit courir par tout travers hommes, femmes & enfans; & s'adressant vers la poterie, passa par-dessus pots, bues, casses, chaufferettes, qu'il brisa, cassa, rompit & gta, comme un tourdi: puis, ayant fait sa montre, reprit ses erres, emportant le triste lu, qui eut voulu tre au fond de sa cave, de peur du tonnerre; & le mulet de courir, sans arrt ni crainte: & comme il couroit, il y avoit un pauvre homme, qui avoit trouv la bougette d'un autre qui avoit pass, & l'avoit laiss cheoir. Cet homme, pensant que ce ft cet lu qui avoit perdu sa malette, lui crioit: monsieur, arrtez-vous; tenez, voici votre malette. L'lu, pensant qu'il se moqut de lui, & ne se pouvant arrter, lui crioit: je te ferai pendre, coquin. Le paysan couroit criant, brayant: monsieur, tenez votre bien. Coquin, tu seras pendu. Monsieur, tenez, arrtez-vous. Le vilain, voyant qu'il ne s'arrtoit point, jetta la malette l; & un autre la prit qui s'en trouva bien, & fit btir une belle maison Portillon. Le mchant mulet courut sur les ponts, o tant arriv, il s'arrta aussi mignon qu'un cochon rti, traitable ainsi qu'un agneau. Monsieur l'lu le mena o il voulut; mais se ressouvenant de sa peur, il l'alla rendre. Je vous assure, & m'en croyez, que si ce chevaucheur de mulet n'et t lu, il se ft rompu le col, & ft all, comme les autres, tous les diables. Une autre fois que Gravereuil venoit du Plessis endossant son mulet, monsieur le mulet voyant l'eau, & y prenant plaisir, y porta son matre, & laissant ct le pont sainte Anne, passa travers l'eau: ce fut messire de se tenir serr. Si ce n'et t un prtre qui venoit de confesser un minime, il toit en danger de prir; mais il toit en trop bon tat; le diable n'en avoit encore cure. Voil comment le muletier chappa, se tenant ferme de peur de mouiller ses cheveux. Par dpit de telles malversations, Gravereuil ayant assembl le conseil de ses amis ce connoissans, il fut rsolu que dom mulet seroit chtr; ce qui fut excut au dtriment des pendiloches qui furent leves. Le mulet guri se trouva assez humble pour un tems: mais je m'en ris encore; & j'eus ce plaisir, un samedi matin, que ce vieillard voulant aller aux champs, monta sur sa bte, qui savoit le chemin de sa cure. Voil qu'il est en train d'aller. Ce mchant mulet, tant en la rue de la grosse tour, avisa le chtreux qui l'avoit mancip; aussitt il se ressouvint de cette opration, & comme il l'avoit malheureusement extermin, lui tant toute esprance de bndiction mulative. Oubliant selle, bride & matre, il s'lana aprs; & ne se souciant plus de coups, de guide, & de tout ce que vous voudrez dire, s'enfona droit & roide vers ce chtreux pour le dvorer, ouvrant la bouche grande comme un four ban: & en d, il l'et diffam & vilipend sans sa feinte. Le pauvre siffleur se sauva en une maison; & le mulet aprs y porta son matre, qui fut obissant, ne pouvant chevir de sa bte qui l'emporta aprs le chtreux, qu'il suivit tout du long d'un escalier, portant toujours son possesseur, qui n'avoit plus autre esprance que d'avoir le cou rompu. Le chtreux se jetta sur une pice traversante, o le mulet, qui le voyoit, recanoit trpignant en la chambre, & bant comme une carpe qui se noie. Ainsi baillant, ouvrant la bouche grande comme un ministre qui dit son premier sermon, il fit tant de dsordre en se tremoussant, que les quatre jambes lui entrerent dans le plancher; & messire Gravereuil eut le cul fort rehauss, tellement qu'aisment il se put ter de l'encombre o il toit. Il ne fut point sot; il s'en ta, & laissa l sa bte, qui, aprs que le pauvre chtreux fut chapp, fut leve par l'industrie de quatre ou cinq hommes qui l'enleverent. Ce mulet, depuis cette aventure qu'il ouvrit tant la bouche, mordit comme un chien; aussi ne vivoit-il que de mordre, pourquoi son seigneur lui fit arracher quatre dents, dont de dpit il devint pire, & jamais ne bvoit qu'il ne lui prt fantaisie. HERCULES. Pourquoi est-ce qu'un ne ne boit pas, s'il n'a soif? CALVIN. Faites votre proposition vive. HERCULES. Je ne m'bahis; si tu fus hrtique. Va, je te le dirai. C'est parce qu'il ne boit que de l'eau. Que s'il buvoit du vin, il boiroit tout moment, comme un bon thologien: mais _tu venisti sobrius ad evertendam rempublicam_. CALVIN. Jamais il n'y eut homme savant, qui n'entendt raillerie, que toi. Va te faire lanterner, & me regardez; vous voyez votre matre. Mais que devint ce mulet? ORPHE. Gravereuil le vendit un Gascon, qui, tant inform des conditions de la bte, ne laissa de la bien payer, estimant qu'aisment il en viendroit bout, parquoi il l'acheta, & le paya bien authentiquement; aussi la bte toit de belle apparence & forte. Quand le Gascon fut dessus, & qu'il l'eut un peu men outre son premier gr, le mulet s'avisa & emporta mon homme aprs ses propres fantaisies, travers haies & buissons, champs & prs, & le menoit, comme un nouveau Plutus, dans ronces & pines de tous les diables. A la fin, lass ou remis, le soldat, qui ne pouvoit oublier cette injure, se renfora de colere, si qu'tant descendu, il lui passa son pe au travers le corps. Le mulet, sentant ce coup norme, & sa vie dtermine, en appella la mule du pape, par la vertu de laquelle il s'vertua, & excdant en vigueur, frapp comme il toit, il se jetta sur son homme, auquel en mourant il emporta toute une paule. Le pauvre Gascon se vint faire panser Tours de sa morsure, plaie & contusion: mais il ne lui servit de rien, parce qu'il en mourut, d'autant que l'appareil qui fut mis sur sa blessure, avoit t appliqu sur la chemise d'une fille, qui toit pucelle vingt-cinq ans & demi, & que de l mme on avoit fait le charpis qui avoit mis le feu par-tout. LGIE. XXXII. CSAR. Bien remarqu! RENE. Devant que vous laissiez ce prtre, je vous l'accompagnerai d'un, afin qu'il n'aille pas tout seul, & lui baillerai un caillou en la main, de peur qu'elle ne lui enfle. Il y eut un ministre Breton de Bretagne, qui courut chez nous une belle fortune. Il se plaignoit fort d'une douleur de jambe; & ayant pris conseil de son mal, il s'alla coucher. On avoit oubli de lui bailler un pisse-pot, si que, durant la nuit, ayant desir d'uriner, & ne trouvant point de vaisseau, il se leva, & s'avisa d'aller pisser en la cour. C'toit environ la toussaint, en nouvelle lune. Il sort de sa chambre, & enfile le degr, lequel toit contigu celui de la cave, qui n'toit point ferme, tellement que suivant la vis, il alla tant qu'il trouva terre, qui fut, quand il eut mis le pied au fond de la cave, o tant, il s'avana trois pas, & pissa abondamment selon la dsirable vacuation de sa vessie. Voil que, par male tigne, il s'toit tant avanc, qu'ayant piss il se trouva plus dcharg & plus veill; pourquoi il veut retourner: sur cette intention il cherche le noyau du degr & de la sortie ou entre; mais il ne le peut trouver. Le voil tout gar; il leve les yeux mont, & s'guisant la vue, il tche de trouver des toiles; mais il n'avoit garde. Ho, disoit-il, que le temps est nuble! que le ciel est noir! que l'air est touff! Ho, y, il fait ici noir comme en une cave. Les nues toient si paisses, qu'il ne voyoit goutte qui soit. Il se rsout de sortir de ce lieu tant obscur, qui est la cour, son avis; mais il ne peut trouver de passage: il va, & vient, & de tant plus il s'englue. A la fin, il se met appeller, & crier qu'on lui portt de la chandelle. Il se mettoit hucher, puis se reposoit; plus il huchoit, & moins on s'en soucioit; aussi que sa voix n'toit point entendue venant de si bas. Aprs qu'il avoit bien cri, il se taisoit, & coutoit; puis, un peu aprs, il recommenoit. A la fin, je m'veille & demandai: qui est-l? Il m'entr'ouit, & dit: c'est moi. Et qui? Moi pauvre ministre. Et o tes-vous? Ici. Et o? je ne sais. A la fin, la voix me conduisit la cave, o je le vis tout nud, aussi bahi que Petou. Qui, tous les diantres vous a mis ici? C'est moi: je cuidois tre en la cour; & je ne sais comment j'ai descendu si bas. Et que n'avez-vous pris des souliers? Si j'eusse pens tant y tre, j'eusse pris mes souliers & ma robe. Mais, pour dieu, menez-moi chauffer; je transis de froid. Je fus presque en pense de le mettre chauffer en mon lit: mais l'odeur de ministre me dplat; je m'tonne de celles qui les aiment tant, & les pousent. VITRUVE. Mais venez , Rene; faites honte au diable. Ce Breton ne vous pria-t-il point d'amour en la cave? RENE. En bonne finte, il n'avoit garde; il ne lui en tenoit; il avoit trop froid aux pieds. _Qui a froid aux pieds, la roupie au nez, & le cas mou, s'il demande le faire, c'est un fou._ Croyez qu'il avoit la friandise bien ravalle. VITRUVE. Il falloit le lui frotter. Voire, _vin chauff & cas frott ne tendent qu' pauvret_. Ce fut donc l'autre chambriere laquelle il le fit. RENE. O! vere, en ma conscience, je vous jure qu'elle est une pauvre petite putain, aussi fille de bien que fut jamais votre mere; & n'y en a pas une en ces clotres, qui fasse moins faute de son corps. Que si elle est avec un homme qui l'entretient, h bien, il n'y manque que l'glise; elle ne laisse d'tre marie: & ce mariage, au dire de nos prcheurs, est aussi bon que celui des huguenots, qui ne se marient, non plus que nous, la messe. Et bien, vous voil bien en peine pour une messe! Dites ce que vous voudrez; je l'aime bien. Le diable l'emporte, si elle songe plus en cela qu'une vraie abbesse, qui dieu en veuille faire pardon. VITRUVE. Mais messire Gabriel nous a cont qu'il n'alloit la voir, que pour en tirer une venue. RENE. C'est un sot de le dire, au respect du matre qu'il sert. Qu'il aille chez lui, de par le diable. Il est donc de ces gens-l? L'hypocrite! Je vous prie, quand il chemine, vous ne diriez pas qu'il y pense. Que ne va-t-il droit? Il va douanant, comme un badin; & trotte de ct, comme un chien qui vient de vpres. Je dirai Perrine que vous l'avez nomme putain. VITRUVE. Et qui vous joues-tu? Je sais comme il faut rabattre de tels coups. RENE. A l'usage de notre matre, qui, un soir, demanda ma matresse, qui servoit le gouverneur log au chteau: ma mie, avez-vous port du linge ces putains du chteau. Elle lui rpondit: vraiment, pour un vieil homme, vous dites de vilaines paroles; il vaudroit mieux vous taire, ou dire votre patinostre. Voire, dis-je, monsieur, appellez-vous madame, ses filles, ses soeurs & ses demoiselles putains! O, dit-il, je ne les pouvois mieux nommer; ne le seront-elles pas bien, si elles veulent! DIOGENES. Il y en a beaucoup qui le voudroient bien tre, & ne peuvent un seul petit coup: par ainsi beaucoup de monde va en paradis par sa faute. CATULLE. S'il y avoit autant d'honneur, de grace & de commodit paisible tre putain, que d'tre femme de bien, on ne pourroit tenir les femmes. AVICENNE. Vous tes importun de ces femmes de bien. Qu'est-ce que peut faire une femme de bien, que de bruit en une maison! Elles ne font que rechigner, elles sont ennemies de tout exercice vertueux: bref, ces tant femmes de bien feront pour dix cus de mnage en une maison, & y feront pour cent cus de vilenie, tant elles sont seches de courtoisie. Depuis qu'une femme a jur: par la merci de dieu, je suis femme de bien de mon corps; on n'en sauroit plus chevir; on ne lui ose plus rien dire. SENEQUE. Vous n'tes pas recevable parler des femmes, d'autant que vous tes jaloux de la vtre. AVICENNE. Parmagri, eh! de qui voudriez-vous que je fusse jaloux? De ma mule, de ma chatte, de ma chienne, comme vous de votre chevre; vraiment je vous les abandonne, aussi-bien tes-vous savetier, vous travaillez en vieil cuir racotrer la mere de l'Empereur. Laissez-moi dire, ou je vous ferai rougir comme un plat d'tain. Pensez vous que, pour si peu de choses, & qu' si petit cas de piti, une femme soit connue. Il y a des femmes qui sont enclines faire la pauvret, par nature qui les induit vivement la contenter, qui, au reste, sont les plus justes & admirables du monde, & ne voudroient endommager autrui. Il est vrai que, quelquefois, il y en a qui s'accommodent, pour subvenir aux ncessits de la maison. Vaut-il pas mieux avoir un peu de commodit & faire plaisir aux honntes gens, que de trancher de la glorieuse & avoir disette? Sachez l'axiome de Normandie: _plus de profit et moins d'honneur_. On acquerra assez d'honneur, aprs que l'on aura des moyens. Il est vrai que je veux mal celles qui le font pour se venger, comme la huguenote de Lyon, qui disoit son mari qui la battoit: va, chien, vilain, par dpit de toi, grand excommuni, j'irai tant la messe & me ferai tant haillonner. Mais j'excuse celles qui le font par honneur, de peur d'en aller honteusement demander, & qui le font pour honntement gagner leur vie. Toutefois, je me fache de ce qu'elles ne sont toutes unies. Il y en a qui sont loches; les autres sont croches, ainsi que me disoit la feue princesse qui a t nonnain. Les loches deviennent misrables, tout leur chet du cul, rien ne leur tient, elles sont vilaines putacieres. Quand aux croches, elles sont sages & prvoyantes; elles attrappent tout & le retiennent; il ne leur faut pas jetter d'eau aux fesses comme aux cavalles; elles retiennent bien, elles sont de bonne sorte, elles sont femmes de bien en dpit des autres, pour ce qu'elles sont braves, ont du support & de l'argent. Retenez cela, putains. Que si vous voulez tenir un homme en bride, faites-le bien payer: ceux qui vous le font pour nant, n'en font compte; ceux qui l'achetent, font tat de vous, comme on fait entre les bons marchands, de ceux qui ont de quoi, & sont sujets large, pour le faire venir. Quant Licofron, il en fait suivant la venue que lui bailla celle qui le pressura l'an pass. LICOFRON. Je ne la garderai gueres, ce que j'en faisois toit pour suivre ma destine, qui est, mon avis, que je le dois faire toutes les femmes & filles, & l'ayant fait cette-l, c'toit autant de fait. Quand j'aurai accompli ma fatalit, vous serez mon beau-pere, votre fille est belle & de nos soeurs, & puis, si j'empoigne votre femme... AVICENNE. Tout beau, la mere & la fille. LICOFRON. C'est tout un, il n'y a point de lignage en cul de putain, l'eau claire l'efface. On mange bien en Grece d'une truye dont on aura mang le cochon. AVICENNE. Mais voyez comme il appelle ma femme & ma fille putains. LICOFRON. Prenez que nous ne soyons maris, ni l'un, ni l'autre. Si je devois accommoder toutes les filles, & vous toutes les femmes, lequel auroit plus de peine? Ce seroit vous, compere mon ami, parce que quand j'aurois accotr les filles, il faudroit que, comme femmes, vous leur fissiez. AVICENNE. Mais qui seroient les enfans? LICOFRON. Ils seroient nous, qui serions leurs mignons, ainsi que beaux petits chanoines. AVICENNE. Voire, mais les filles ne sont femmes, que le prtre n'y ait pass. LICOFRON. D, qu'il faudroit que le trou ft grand; envoyez-les Rome & Angers, il y a assez de prtres pour faire ce qu'ils pourront. AVICENNE. Vous les voudriez faire putains. LICOFRON. Et qui le saura? Qui est-ce qui pourra dire, qu'une fille, ou femme, soient putains que par opinion; s'il n'en a t maquereau, ou par mchante calomnie, s'il ne l'a besogne. MENANDRE. Pourquoi est-ce que les chanoines se font nommer _mignons_ leurs enfans! LICOFRON. Parce que mon mignon, mon oncle, mon matre en chanoine; c'est--dire, mon pere en ministre, comme, monsieur en grand. STATIUS. Allez leur dire, & vous chauffez leur feu, & accommodez leurs pucelles. Ce sont bonnes pucelles d'apparence; mais elles sont femmes en substance, ayant reu la mme transmutation momentaire, qu'une femme ou une putain. JOSEPHE. Il y a plus de trois mille minutes que je suis aprs, pour vous attrapper ce point, sans vous interrompre; mais il ne venoit pas propos. Vous avez dit qu'il y a des femmes qui le font, & sont femmes de bien. RESPECT. XXXIII. FEU MONSIEUR. J'avois en ma cour un gentilhomme, qui disoit qu'il avoit trouv sa femme le faisant plusieurs fois. H, gros oison: c'toit lui, voil comment il le faut entendre. J'aimerois autant mon premier mdecin, qui, parlant un de mes matres d'htel, qui se plaignoit qu'il avoit trop d'enfans; & qu'il et voulu avoir un secret, pour le faire sa femme, sans lui faire des enfans. Le mdecin lui en promit, pourvu qu'il ft le juste prsent. Ce qu'tant accompli, le mdecin lui dit: mon ami, dfaites au matin ce que vous aurez fait au soir; ou bien ne le faites jamais votre femme, qu'elle ne soit grosse. Monsieur, ce n'est pas cela. Je m'entends bien; je veux dire qu'elle le fasse, comme font les putains. Pourquoi, je conclus qu'il faudroit tablir un certain ordre; & puisque vous avez la tte si lourde que vous ne pouvez entendre, je vous dis qu'il faut qu'elles soient de l'ordre de sainte Glougourde, qui prtoit son chouse pour une patinostre. Et je vous dirai, tout proslite que je desire tre: on a parl de la pit: elle se peut connotre par les effets. J'ai observ que les femmes qui ont long temps battu leur jeunesse, se venant retirer de cet tat, sont plus dvotes que les autres; vous les voyez sans cesse tomber en oraison, les yeux larmoyans, la bouche pleurante, le cas riant. STATIUS. Et comment est-ce qu'il riroit: LICOFRON. Il a une bouche & les levres. Il n'est pas de cela pour rire. STATIUS. De quoi est-il fait: LICOFRON. Celui d'une fille est fait de chair de cirons, il demange toujours; & celui des femmes est de terre de marais, ou d'eau de mer, parce que le cas d'un homme, qui est de lige, ne peut aller au fond. AVICENNE. Ce n'est pas-l ainsi que disoit la belle fille, qui vouloit tre touche au bas du ventre: achevez ces dvotes. Je vous laisse dire, pour vous avertir que les jeunes filles passant vingt ans, & jeunes veuves qui n'osent le faire & le voudroient bien, sont toujours prs les piliers des glises prier, afin que leur contentement avienne; & les vieilles pcheresses invoquent ce qu'il ne leur soit rien imput, pour l'excs qu'elles en ont eu, au prjudice des autres qui en jenent; & ce d'autant que toutes, tant nonnains soient-elles, ne pensent qu' cela, parce que c'est la fin finale, pour laquelle la femme a t faite. RADEGONDE. Puis qu'ainsi est, je voudrois que mon cas ft un benotier, afin que tout le monde mt dedans. LIAN. A ce que je vois, il n'est que de mettre dedans. A ce propos, je vous dirai de mademoiselle d'Amelie, qui a beaucoup acquis de rputation, ayant hant la cour toute sa vie, parce qu'elle toit marie un impuissant; & elle l'a endur, sans aller notre-dame des aides; ou pour mieux dire, la cour des aides. Elle n'a, tout ce temps-l, rien mis dedans; & si on ne voyoit en rien son dsastre, tant elle faisoit bonne mine. Ce premier mari lui a dur dix ans, il faut que vous sachiez cette vrit. Etant marie ce bon personnage, la premiere nuit de ses noces, il la caressa de baisers & de petites mignardises superficielles; & puis mit la main une paire d'poussettes de soie qui toient pendues au chevet du lit, & lui pousseta son cas; ce qu'il fit deux ou trois fois, & ainsi les passant & repassant par son velu d'entre les deux gros orteils, la contentoit, sans qu'elle y penst autre finesse. Le lendemain les amies lui demanderent comment elle se portoit, & ce qu'elle disoit de ce bon homme. Vraiment, dit-elle, il m'a pousset trois fois mon cas. O, ho! dirent-elles, vous tes bien, ma mie. (Ainsi font les dames de Paris, & disent la nouvelle marie: h bien, la jeune femme, comment vous portez-vous! Si d'aventure elle est bien ointe en sa jointe, elle dira: fort bien, madame; j'ai un bon mari, il me donne tout ce que je demande; si je voulois manger de l'or, il m'en donneroit. Mais si elle est mal servie: ardez, dit-elle; mon mari est un grogneux; il est chiche, & ne fait que penser son avarice. Hlas! voyez, voil grande piti). Cette-ci n'toit si fine, elle ne savoit ce que c'toit, & s'bahissoit comment les femmes faisoient si grand cas de si peu de chose, qu'elle estimoit moins que rien, encore qu'au dire des dames ce ft beaucoup d'excellence: je laisse penser ce qu'elle jugeoit de l'entendement des autres. Il avint que ce bon mari fut malade; & se voyant prs de sa fin, fit son testament, & donna sa femme sa maison, ainsi qu'elle se comportoit, meubles & tout: puis il trpassa, comme dit l'autre, dont elle fut en grande angoisse, parce qu'outre cela il toit le meilleur petit bon homme, qui ft d'ici au saut d'une puce arme. Quelque temps aprs, un brave jeune dispos se mit rechercher cette belle veuve, qui, au commencement n'en fit cas, n'ayant affaire de rien. Ainsi estimoit-elle le bien que peut faire un homme, qui est plus grand que jamais pere & mere n'en firent; cela, qui est le bien des autres, ne l'mouvoit point. Or ce que l'amour ne put exciter, l'ambition l'veilla en cette-ci; d'autant qu'elle considra que ce jeune homme avoit un beau chausse-pied de mariage, qui seroit cause qu'tant marie lui, elle passeroit devant ses soeurs: parquoi y pensant, elle consentit au mariage tant desir par le jeune homme. Ils furent donc maris, aux us & coutumes du pays. Ainsi que le prtre leur dit, (j'y tois) & leur acheva ainsi la benote crmonie: vous, Claude, vous promettez-bien aimer Marie: Marie, au cas semblable, gouvernerez bien votre mari Claude autant sain que malade, &c. Cela promis, la belle emmena son jeune mari en sa maison, o elle lui fit bonne chere; puis ils coucherent ensemble au mme lit, o le bon homme lui avoit pousset son cas. Le jeune compagnon n'eut pas la patience d'attendre; mais se juche sur elle, qui se trouve scandalise de cette faon. Quoi, dit-elle, me voulez-vous outrager? Etes-vous fou ou enrag! Je veux vous faire comme votre dfunt mari faisoit. Il ne faisoit pas ainsi; il prenoit ces poussettes, & m'en poussetoit mon engin; il ne me fouloit pas comme vous faites; il passoit & repassoit ces poussettes sur la pre de ce petit foss, que j'ai contre-bas. Vraiment, c'est cela. Laissez-moi faire, je l'entends mieux que lui; il n'toit pas clerc. Elle s'y accorda; & comme elle sentit l'embouchement entre les hipocondres, chose qui lui toit toute nouvelle; hlas! crie-t-elle, mon ami, pensant aux poussettes, je crois que vous avez mis le manche dedans. Voil comment il l'accommoda, & s'en vanta. Et toutefois il n'toit pas si bon compagnon qu'il se disoit; je le sus de la femme de chambre, qui ouit le discours & les effets. Je lut demandai s'il toit vrai qu'il et frtill-natur sa femme neuf fois, comme il se vantoit. Elle, se moquant, secoua la tte, me disant: je voudrois avoir ce qu'il s'en faut. Depuis cette fortune, la demoiselle s'est reconnue, & n'a plus t si niaise. De fait, on m'a assur que, comme les autres, elle aimoit mieux un vit au poing, qu'un bourdon sur l'paule. ANDOCIDES. Pendant que nous sommes aux noces, demeurons-y. COUVENT. XXXIV. J'eusse oubli ceci, si je n'y eusse pens. La bonne femme la Baudouin marioit sa fille; & l'ayant fiance, vint au soir le notaire qui avoit pass le contrat, qui disoit que tout toit bien. Mais, dit-elle, il faut des bans; je vous prie me les crire. Il faut parler au clerc. Julian mon ami, puisque monsieur le notaire le veut, crivez, je vous prie, qu'il y a promesse de mariage entre Pierre du Pin, & la fille de chez nous. Ce gars crivit ce qu'elle dit, & le lui bailla. Elle porta son fait au cur, qui le mit en sa ceinture. Le dimanche au matin, publiant ces bans, il dit: il y a promesse de mariage entre Pierre du Pin, & la fille de chez nous. O, ho! si est-ce, par saint Jean, qu'il n'y en a point! Chacun s'en rioit, comme on fait au conclave, quand on a lu un pape. GRATIAN. Je les vis fiancer, ainsi que le cur les eut fait toucher en la main, il prit un verre & fit boire le fianc. Or ce fianc avoit eu la fievre, qui lui avoit chi au bec, si que sa bouche toit un peu galeuse. Le fianc ayant bu, le cur prsenta ce verre la fille, qui, le tenant, jetta ce qui toit dedans, & le tourna. Quoi! dit le cur, ma mie, vous ne voulez pas boire? C'est votre grace, monsieur: mais s'il vous plat, donnez-m'en deux doigts dans le cul. Elle entendoit le cul du verre. L'AUTRE. Un jour j'tois aux noces vis--vis du cur, qui toit prs de la marie, laquelle avoit eu de l'usance qu'elle avoit use. Je lui donnai un croupion qu'elle voulut saucer; & ne trouvant rien en sa sauciere, dit: monsieur le cur, tremperai-je mon cul en votre sauce? Trempez, ma mie, trempez. Mais ce cur fut bien tromp. GRATIAN. Comment? L'AUTRE. Ce cur toit amoureux de cette fille, de laquelle il avoit pratiqu le mariage, pourvu qu'aprs il fut reu faire avec elle choses & autres, selon l'intelligence dlectable, quoi la fille s'accorda, & en avertit son mari, afin qu'il ne le trouvt point trange, s'il n'y remdioit. Sur cette promesse, le mariage fut fait; & le mignon de cur s'attendoit de faire goter la jeune femme de son fruit de cas-pendu. (Cas-pendu est le cas qui pend; les pommes qui ont des pendans sont pommes de cas-pendu; & telles sont les pendiloches naturelles des hommes. HORACE. Vous faites une quivoque trop dissemblable; je vous entends bien. Les pendilloires ne sont pas pommes, d'autant qu'elles ont mieux la figure de prunes; & de fait il y parot, parce que notre jardinier en disoit, les nomcupant navement. Mademoiselle tant venue au jardin, & arraisonnant le Jardinier, vit en un prunier de ces prunes qu'on appelle _billons d'ne_. Jardinier, donnez-moi de ces prunes. Il faut que vous en ayez, mademoiselle; je m'en vais appeller mon fils; je ne suis pas assez fort. O Jean! viens vtement donner ici une secoue de couillons mademoiselle. Achevez, s'il vous plat.) L'AUTRE. Monsieur l'amoureux poursuivit son instance. La jeune marie, qui, comme toutes nouvelles jeunes femmes font, aimoit son mari encore pour le bien & aise qu'elle avoit eu d'avoir t accomplie, ne faisoit gures d'tat de messire Jean, principalement ayant eu l'argent qu'elle prtendoit. C'toit autant de vinette cueillie. Un jour qu'il la trouva, il lui dit: sais-tu pas bien que tu m'as promis? Et quoi? De mettre un de mes membres dans un des tiens. Je le veux, monsieur le cur, mettez donc votre nez en mon cul, ainsi vous boucherez trois pertuis d'une cheville. Les petits menus propos lui donnoient esprance que bientt il l'mouveroit toute vive, par ainsi il se rendoit plus priv & importun, dont la jeune femme se voulut dfaire moyennant le complot pris avec son mari, qui fit semblant d'aller aux champs. Par ainsi, monsieur le cur qui alloit & venoit pour rencontrer la belle, eut assignation de venir au soir. Sur la brune venant, voici mon cur qui vint; comme elle le vit: helas! dit-elle, personne ne vous a-t-il vu? J'en suis toute tremblante. Ma mie tout ira bien, assurez-vous. Et bien, monsieur, vous soyez le bien venu. Ttons au vin: non, pas encore, Franoise ma mie, ttons autre chose avant. Vraiment, vous avez grand hte, si votre fosset est fait, la piece n'est pas pere. Attendez que nous soyons couchs, vous aurez assez de quoi vous embesogner; je vous baillerez un petit endroit, o il y a plus travailler, qu'il n'y a moudre en quatre septier de bled. Soupons vtement, puis, nous nous coucherons. Cependant il droba quelques baisers, qu'il furta tandis qu'elle apprta tout. Ils se hterent de souper, puis elle dit: l, couchons-nous; c'est assez friponner sur la viande morte, c'est trop languir. Jamais le mignon ne se trouva si aise. Il se jetta bientt au lit, & elle, presque toute nue, faisoit mine d'aller teindre la chandelle; & musoit un peu, & il lui disoit: _Franoise, vien tt, voici Jacquemart de bandeliroide qui vous attend, c'est Perrin boutte-avant, venez tt, il est fort comme un os; venez qu'il vous serve._ Elle approche comme pour se jetter au lit, n'ayant plus que sa chemise: ho, dit-elle, je m'en vais ter ma chemise, mais aussi vous terez la vtre, je ne la pourrois souffrir. Il l'te, puis elle lui dit: je vais teindre la chandelle, tendez-moi la main pour vous trouver. Elle faisoit de l'interdite, semblant d'ter sa chemise, une manche, puis l'autre: foin des puces, bran elles me mangeront. Le drle prenoit plaisir la lueur de la chandelle, de voir ces mysteres qui avoient bonne grace; mais voici bien du changement. Ainsi que dja cette chemise passoit par-dessus la tte, qu'il voyoit un beau tableau, on heurta la porte assez pouventablement. Lors elle comme surprise: hlas! monsieur, o vous mettrez-vous? Je suis perdue. D'autre ct, on frappoit, disant: ouvre-moi, Franoise, ouvre vtement, je suis mort; je te prie, ouvre vte. Elle crioit: mon mari je me leve en si grand hte, que je ne sais ce que je fais. Cependant elle aidoit au cur monter sur un travers, o les poules nichoient. Cela fait, comme toute hors de soi, elle vint ouvrir la porte son mari & lui dit: & o allez-vous si tard? Il est belle heure de venir. Ha! ma mie, excuse-moi, je suis mort. Ne te fche point: tu ne me verras plus guerre; je me meurs, envoie qurir monsieur le cur que je me confesse. Il se tenoit le ventre auprs du feu, comme s'il et eu la colique, & faisoit semblant par fois de s'vanouir. Il fait appeller des voisins l'aide, qui s'assemblent le reconforter & le mettre sur un lit terre. Mais il ne faisoit plus que soupirer & dire: jamais, jamais! H, compere, prenez courage. Jamais. Ce ne sera rien: or sus, mon ami, l, aidez-vous. Jamais. Il faut voir monsieur le cur. Jamais. Il vous dira quelque bonne parole. Jamais. Encore ne faut-il pas se laisser ainsi aller. Jamais. Il semble que vous ne nous connoissiez point. Jamais. Voil mon compere cettui-ci, mon cousin cettui-l, qui vous sont venus voir. Jamais. Quand presque toute la paroisse fut assemble, & que l'on lui va dire: or a compere, debout, allons au lit; vous y serez mieux. Et bien que vous faut-il? Adonc, jettant les yeux & dressant la main vers le cur, il va dire: jamais je ne vis un tel Jean avec mes poules. Adonc monsieur le cur de se trmousser; & lors les destins faire fouetterie lui aiderent descendre, & le singlerent droite & gauche, sans faire semblant de le connotre. Quelle loi, _canis_! L, l, disoient les femmes, fessez, fessez, c'est le foulon. Tels sont les esprits familiers, incubes, sucubes & fes, qui, en phantmes domestiques, trompent hommes & femmes. Flanquez-lui ces nerfs de boeufs autour des chines, tant que la peau lui parte. APOSTILLES. XXXV. HORACE. Ces femmes disoient tout outre, comme frere Orimont qui prchoit durant les tats, se mettant en colere contre les usuriers: sur-tout il raconta que les diables les tenoient en enfer, o ils les flagelloient, les sanglant avec de grands vits de boeuf. Aprs le sermon, quelqu'un lui remontra; & sur cette remontrance, il nous enseigna qu'il y avoit deux temps, qu'il falloit tout nommer par son nom, ou que l'on avoit cong de tout dire; en innocence, & en colere. Ainsi, nous, ajota-t-il, qui sommes en chaire, en vraie innocence, laquelle nous fait venir la sainte colere, ne pchons point, si nous disons ce qui seroit interdit un autre. Ainsi devons-nous parler navement, afin de ne causer aucun doute. Savez-vous pas bien que la honte est signe de pch? Or nous, qui n'avons pas envie de pcher, si ce n'est bon escient, avons occasion, libert & science de tout dire explicablement; & puis si nous, plein de protection formelle, dguisons les matieres, on ne croiroit plus; on dira que nous sommes menteurs. Voudriez-vous que je die, comme les femmes de Blois, v, i, t, pied; c, o, n, pantoufle? Que si en choses connues de vulgaire, nous apportions du dguisement, que ferions-nous s inconvniens & contingences de consquence. CALIGULA. Le grand cordelier de Poitiers toit donc en colere ou en innocence, quand prchant les regrets de la mort de l'un de leurs confreres qui avoit t pendu Vendme, disoit aux dames en pleine chaire: voyez, mes dames, comme vos bons peres spirituels sont accotrs. Et faisant geste d'un homme bien fch, y ajoutoit une mystique dmonstration, mettant la main gauche la jointure du bras droit, qu'il dmenoit comme un encensoir, soupirant disoit, faisant cette question en complainte plusieurs fois: il m'en pend autant, mes dames; il m'en pend autant. TOSTAT. Je le connois ce bon frere. Il aide volontiers de sa faveur ceux qui vont aux ordres. Et de fait, un jour qu'un jeune clerc se prsentoit, monsieur le grand-vicaire, qui n'est pas plus habile que l'vque, (aussi ce seroit honte) vint pour l'interroger; & ouvrant le livre, trouve: _angelus tenebat thuribulum_. Or a, dit-il ce clerc, qu'est-ce dire _thuribulum_? Le voil surpris: il cherche en son cerveau, si l'esprit lui suggrera quelque rponse. Matre Robert, qui toit derrire le grand vicaire, faisoit signe du bras ce rpondant, & lui faisoit le mme mystere que le cordelier. Le clerc considroit fermement, & voyoit bien que ce matre lui faisoit signe comme les enfans de choeur Paris; mais il ne pouvoit bien deviner. Le docteur le pressant, enfin il va rpondre selon l'apparence du signe: _thuribulum_, c'est--dire, un vit de mulet, monsieur. CARLOSTADE. Mon compagnon ne rpondit gueres mieux que moi, quand nous allmes nous faire exorciser avec Malo. On demande Liset, sur ce texte, _quidem habebat villicum_: qu'est-ce dire _villicum_? Il rpta le texte; puis ayant pens que c'toit dire chose, & qu'il le falloit dire honntement, & que possible le texte parloit d'un adultere, se ramentevant que c'toit, selon Bocace, mettre le diable en enfer; plein de belles rsolutions, & pensant aviser les autres d'une science profonde: dit: _dicam, domine_. L donc, dites, dites; qu'est-ce dire? _Habebat villicum_, c'est--dire, il avoit le diable au corps. BEZE. Si je n'avois peur de blasphmer, je dirois quelque chose de cinq religieuses qui furent bailles gouverner frere Notonville, qui les engrossa toutes. Comme on l'en tanoit, il dit: _quinque_, &c. tu m'as baill cinq talens; j'en ai gagn cinq autres. Or sus, n'en parlons plus; nous serions ici meshui. Sur quoi tions-nous? ASCLPIADES. Nous tions sur celles qui le font petit semblant. _Fin du Tome second._ End of the Project Gutenberg EBook of Le moyen de parvenir, tome 2/3, by Franois Broalde de Verville License: Share Alike