Produced by Laurent Vogel, Guy de Montpellier and the Online Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This book was produced from scanned images of public domain material from the Google Books project.) LE MOYEN DE PARVENIR. _NOUVELLE DITION._ Augmente d'une Table sommaire des Chapitres. _Caritas inter jocosve regnat Moria._ TOME TROISIEME, A LONDRES. M. DCC. LXXXI. [On a recopi, dans cette version lectronique, le sommaire de ce tome troisime, extrait du tome premier de l'original.] _SOMMAIRE_ DES CHAPITRES. _TOME TROISIEME._ I. Sortie contre l'hipocrisie des prdicateurs. Conte de la femme du menier complaisant. _Le menier complaisant_, p. 2, cont. p. 10, fin. p. 10. II. Il n'est repris qu'aprs le conte de la navet d'une fille viole; & de celle du galant qui n'entendoit pas la diffrence de questionner ordonner. Explication du mot _sot_; subtilit d'une femme, dont, je crois, elle fut dupe. _La file viole_, p. 8. _L'amant trop complaisant_, p. 9. _La femme chere vivre_, p. 10. III. Histoire du vin rpandu, & le trou par o il s'est coul. _Conte du ministre et de la servante_, p. 13. IV. Conte de l'ne bt. Plaisante faon de dguiser un nom sotisier. _Conte de l'ne bt_, p. 15. _Conte du nom du paysan_, p. 17. V. Satire contre les Espagnols. Pourquoi Guillaume & Gautier sont deux mauvais noms. Lequel vaut mieux de se voir prsenter son arrive dans une maison, du vin ou de l'eau. Conte de la famille bien leve. Navets d'un prsident. Celle d'un paysan, qui va remercier son rapporteur, a plus l'air d'un sarcasme que d'une balourdise. Plaisantes dlicatesses d'un cur. La fille Lyonnoise gurie singulirement. _La famille bien leve_, p. 23. _Le paysan et le rapporteur_, p. 25. VI. Chien couchant de lchefrite, c'est un moine en cuisine. Ici la conversation se brouille. Cicron y dit une suite de bourdes des plus impertinentes. Bonne raison de l'orgueil des barbiers. Parallele de la femme & de la fortune. Conte du barbier amoureux; il s'interrompt par l'explication du sort des hommes maris, sur les quatre doigts de la main. _Conte du barbier_, p. 32. VII. Vengeance d'un mdecin sur son barbier indiscret. Garon barbier qui entend mal. Pari d'un paysan gagn sans replique. Rparties singulieres. _Le barbier ladre & le mdecin_, p. 35. _L'homme saign par quiproquo_, p. 39. _Pari d'un paysan_, p. 40. VIII. Stupidits sont aussi bien gibier de gens d'glise que de sculiers; il y en a dans ce chapitre plus d'une preuve. Conte de Pques & du jambon, Naivet d'une fille de chambre qui pouvoit tre vrit. Histoire de l'abb de Grammont & de l'amiral. L'ambassade grotesque. Paysan attrap y regarde de prs, comme chat chaud craint mme l'eau froide. _Conte de Pques & du jambon_, p. 44. _L'abb de Grammont & madame l'amiralle_, p. 47. _L'ambassade grotesque_, p. 48, cont. p. 50. IX. Augurelle fait des voeux, & est la preuve que tt ou tard les prieres sont exauces. Exclamations dolentes sur les malheurs passs, prsens & futurs qui environnent l'glise. Nouvelles sotises de prdicateurs. X. Conte d'un cur curieux. Conversation d'un savant & d'un crocheteur; explication des mots _premiere messe & premieres nces_. Ici les convives s'embrouillent terriblement fort, & c'est un dfi gnral qui draisonnera. Excs d'amour pour une fille prouv. Pourquoi les Turcs ne se torchent pas le cul. Rien n'est si ais que de connotre un Turc d'un Franois. _Le cur curieux_, p. 55. _Conte de l'amant en preuve de son amour_, p. 60. XI. Diffrence d'une femme & d'un prtre. Conte du cheval chrtien. Plaisante explication de la mere des histoires. Maniere d'essayer une pe fort dangereuse pour ceux qui se rencontrent sur la ligne de circonfrence qu'elle dcrit, quand un fou fait le point central. Combien de fois il arrive qu'on lche ce qu'on veut garder, & qu'on presse ce qu'on veut lcher. Mots mal rendus & faisant des sens trs-singuliers. Le cur qui brle son crucifix pour cuire son oie, qui fut, sans doute par vengeance, mange par les saints de l'glise. Maniere de se dbarasser de parasites trop acharns. _Conte du cheval chrtien_, p. 64. _La fille & l'oeuf_, p. 66. _Conte du crucifix du cur_, p. 67. XII. Soldat pris en maraude. Savoir des prieres c'est le mtier des prtres, & non celui des charons. Un plaideur normand paie ses avocats & rapporteurs d'une singuliere monnoie. On les attrape une fois, mais ils s'en vengent mille. Le paysan tout consol de sa mort. Le ramonneur pris pour un diable. Un moine menant un diable en lesse, & rflexion juste que ce tableau doit donner l'imagination. Un moribond dans le transport au cerveau. _Soldat pris en maraude_, p. 73. _Le ramonneur pris pour le diable_, p. 77. XIII. Les quatre mendians, quels ils sont, & leur parallele avec quatre nations de l'Europe. Histoire du serrurier de Bourgueil. Une connoisseuse & bonne mnagere dtaille les grandes ncessits du mnage. Les trois filles maries le mme jour, qui conversent avec leur mere, le lendemain des nces. Chose qu'on peut comparer une narine. Conte de la fourchette de St. Carpion. _Le serrurier de Bourgueil_, p. 82. _La fourchette de S. Carpion_, p. 86. XIV. Faon de gurir, capable de ruiner les mdecins. Devinez ce qui peut empcher de manger, sans ter l'apptit. Tableau de la vie des femmes des gens de justice. Celle qui offroit son mari de louer ce qu'il en trouvoit de trop, avoit bien raison. Les allusions recommencent encore. Conversation de Frostibus & de Luther. XV. Savante dissertation du pote Lucrce sur les gueules. Avis d'une abbesse sur ce qui est dur & dure. Attention qu'ont les convives, pour rendre ce livre plus intressant, & plus mritant l'immortalit. On recommence le combat des machoires. Origine du proverbe, _le faire pour pargner le pain_. Histoire de Michelle & de ses amans. Cur trahi & priv de tout droit, tandis que tant de femmes sont si bonnes & si reconnoissantes. _Histoire de Michelle & de ses amans_, p. 105. XVI. Histoire du mitron & de la femme du conseiller. Toute bonne cuisiniere trouve toujours sur qui faire passer ce qui manque la maison. Mtier de huguenot vendre. XVII. Grande dissertation sur le cocuage. Sapho s'gaye en posie dans son genre. XVIII. Scrupule d'un cur. Tous causent, & aucun ne s'entend. Quels sont les quatre lmens d'essais pour les mdecins. Pierre Lyon semblable au tombeau de Smiramis ouvert par Darius. Les aumniers ne sont pas obligs de savoir le latin d'inscriptions; il leur suffit de dbiter le latin de leur brviaire. Histoire de l'abb de Turpenai. _Histoire de l'abb de Turpenai_, p. 125. XIX. Sapho cause & ne rougit pas. Conte de la tante de matre Philippes. Bravoure d'un Breton aprs une bataille. Conte du pot de fer en tte. Ce qui est _malfait_ sans crime, & _bienfait_ sans mrite. Rception d'un matre boucher. Inutilit de la science, pour tre lu. Pour tre ministre, c'est peu-prs de mme. XX. Vengeance de Bersault sur un cur. Les deux moines dans sa maison. Ridiculit des moines de parler toujours par _nous_. _Confession du Chien_, p. 135. XXI. Il est rare de trouver un moment o une femme obisse. Grande dissertation sur l'excellence de ce livre. Conte du paysan de la Rochelle qu'on menoit pendre. Propos d'un homme pendre & d'un bourreau. L'loge du livre continue. Rponse d'un chirurgien un moine, qui le voyoit embrasser la statue de Charles VIII. Les prdicateurs sont faits pour tout savoir. Origine du proverbe, _avoir le boudin par le nez_. Trois choses ne veulent tre presses. Dans le pays de madame, il y a d'honntes maisons o les gens s'baudissent avec les dames. Pourquoi on appelle une femme _vesse_. Pourquoi les femmes ne prient pas les hommes. Conte du cordonnier & de la chambriere. Ce que c'est que le sotier de Genve. _Conte du cordonnier & de la chambriere_, p. 153. XXII. Conte des gnitoires noires. Dlicatesse dans la maniere de faire des confitures. Qui est le meilleur, ou l'ame d'un solliciteur, ou l'paule d'un procureur. Faute dans Virgile, d'avoir dit _audaces_. Obstination d'une femme. Invention du clibat. _Conte des gnitoires noires_, p. 156. XXIII. Preuve du libertinage des femmes, quand elles parlent aux prtres. Cas de conscience d'une femme qui refusoit sa bouche, parce que cette bouche avoit jur fidlit son mari. Observation faire, quand on passe devant la porte d'une putain. XXIV. Histoire du pendu de Douai. Suite de propos sans suite, & de mots plaisans. La bonne fortune de Colette. Bon mot d'un marchal. _Le Pendu de Douai_, p. 166. _La bonne fortune de Colette_, p. 170. XXV. Homme difficile gurir. Conte du lendemain des nces. XXVI. Pourquoi les prtres excommunient leurs femmes au _memento_. XXVII. Prudence d'un homme sur le compte de sa femme. Une prise sur le fait de boire la cave, quand elle s'en dfendoit table. On cherche la raison pourquoi il y a tant d'ivrognes & de putains. Effets singuliers qu'avoit fait un sermon sur une servante. XXVIII. Femme dupe par Jean Tenon. Maniere de faire des cendres peu de frais. Les quatre Saints Jean du calendrier. Un chaudronnier pris pour le diable. _Conte de Jean Tenon_, p. 181. _Le chaudronnier pris pour le diable_, p. 184. XXIX. Les noms sont communs. L'auteur s'tend sur la sottise de ceux qui croient toujours se reconnotre dans tout ce qu'ils lisent. Les qualits d'un tron. Ce que c'est qu'un pauvre musicien. Pirrhus prouve clairement que Rabelais a t vque. XXX. Satyre contre les nobles & les gentilshommes. Faon de s'exempter des droits du roi. Plaisanterie sur une femme qui rend le pain bni. Question lequel des deux boeufs est le plus gras. Plaisantes rparties. Procs par gestes, entre un homme & sa femme. Thse thologique soutenue par un savant & un menuisier. _Femme qui rend le pain bni_, p. 195. XXXI. Conte de la femme qui a des remords. Mdecin diseur de bons mots. Rverie de Cardan. XXXII. Quatre noms diffrens pour signifier une mme chose. Plaisante demande d'une femme l'article de la mort. Un instant, un rien dcide de la conversion d'un sclrat, tmoin celle d'un sergent. Conte de la femme battue. XXXIII. Continuation du mme conte. Examen de la fortune visible & de l'invisible. La vrole est la visible, & le cocuage l'invisible. XXXIV. Injustice dans les affaires du monde, d'tre oblig de donner de l'argent pour offrir ses services, soit aux femmes, soit aux rois. Vritable nom de l'enfant prodigue. Sortie sur les scrupules, les cas de conscience, & le sujet de ces cas. Le jeu de la courte-paille. Maniere de connotre les hommes & les femmes fideles. _La femme battue_, p. 208. _Le jeu de la courte-paille_, p. 216. XXXV. Cette nouvelle exprience donne grande force la conversation de part & d'autre. Quatre lettres, auxquelles on donneroit rponse favorable, suffiroient pour faire la fortune d'un simple prtre. Conte de la femme berce. Bon remede qu'on devroit plus mettre en pratique; on en seroit plus tranquille. Le grand secret de la composition de ce livre, est ici dvoil. Rves de deux gentilshommes, dont l'un gte ses affaires par trop de zele de son valet. _Conte de la femme berce_, p. 220. XXXVI. Nouvelle tirade contre les prtres & les moines. Conte de la bouteille d'osier. Mots ridicules, & chansons grotesquement prononces. Ncessit de prier Dieu dmontre. Secret de faire vingt paires de souliers en une heure. XXXVII. Demandes faites des femmes d'apoticaires. Un docteur d'Oxfort demande entrer pour se dcider s'il se fera huguenot ou catholique. XXXVIII. Seconde Satyre contre la maniere de recevoir que pratiquent les Espagnols. Conte du jardinier & de sa femme. Eloge des chanoines aux dpens des cordeliers. Conte du faiseur d'enfans. La conversation s'anime potiquement, & chacun y fourre son quatrain. Tour d'une marchande qui gausse ceux qui la vouloient gausser. Origine de la faon de se torcher le cul avec du papier blanc. _Le jardinier & sa femme_, p. 239. _Le faiseur d'enfans_, p. 242. XXXIX. Le conte de la religieuse qui on montre la musique. Moment o une fille serre les mains de plaisir de voir; que feroit-elle du plaisir de sentir? Ce que c'est que la messe paresse. Pourquoi tout homme de femme qui pete est heureux. Il y a vin mle & femelle. Choses dont il faut se servir sans le sentir. Le jeu de gripeminaut. Pendu qui n'appelloit pas de sa sentence, mais en appelloit de ce qu'on le condamnoit une amende. Sort des valets de chambre. Rflexion d'un libraire l'article de la mort. XL. Le pote Beze rentre, & avec neas Sylvius il fait toutes sortes de contes. Laquais adroit donner un verre de vin son matre. Description d'une tapisserie. Visite rendue monsieur de Vendme, & quelques navets. Maniere de dire la messe trs-promptement. Secouer le prunier, devinez ce que c'est. XLI. Dernier effort que font les convives: & rflexion de quelqu'un sur l'essentielle efficacit de ce merveilleux livre du _MOYEN DE PARVENIR_. LE MOYEN DE PARVENIR. LEON. I. Il n'y a rien tel que faire bonne chere, besogner un peu, & avoir de l'argent. Voil, le sage Ulisse prfroit la cuisine au nectar & l'ambroisie de la belle Calipso. Aussi, que diable servent tant de vtilles? Il n'est que de faire grand-chere, & se rjouir; c'est vivre cela: &, n'en dplaise ces couillasses de prdicateurs, qui se crvent tous les jours de la semaine, pour jener la nuit, comme bons catholiques, lequel vaut mieux crever de graisse ou scher de pauvret? C'est ce que me disoit mon compere Bagautier, qui avoit la vrole: autant vaut pourir sur terre, qu'en terre, & puis qu'on a un jouet, que Dieu a donn pour s'battre, que si cela ne se faisoit, on troubleroit toutes les fuses du grand dvidoir du destin. CSAR. Je ne sais quel petit semblant; mais jamais je ne fus sur aucune pour nant. HERODOTE. Ne le prenez pas l pour nant; c'est--dire, un coup, & puis plus. Cela vaut autant qu' coupe-cul. Il m'en avint ainsi, quand je donnai une chane d'or la belle Drogueuse; qui la prit, & me fit passer une nuit avec elle joyeusement. Depuis, quand j'y voulus aller, ne me connut plus. Elle est de celles qui le veulent faire sans pch & scandale. On ne s'apperut jamais pour un coup. Un refus un, qui l'a fait une fois, est le corrigement de toutes les autres; & afin que vous ne me gaussiez, je vous dduirai mon aventure de cette-ci. Un menier avoit une belle femme; _elle se nommoit Denise, aimoit mieux chauffer son cas, que brler sa chemise_: & puis on dit que je radote, ramenant les vieux proverbes. ERASME. Mais comment diriez-vous en un mot, une femme qui se chauffe, & a un chat entre les jambes ou sous ses robes? HRODOTE. C'est _consumis_. Et s'il n'y avoit point de chat, ce seroit _convoitison_. Or vous qui en savez tant, dites-moi en grec ou en latin, c'est tout un, comment vous diriez en un mot un homme qui n'a point d'argent, qui en voudroit bien avoir, qui en feroit grand-chere. ERASME. Voil bien des paroles, , ho, a, ha; il ne faut que dire: _ego_; parguoi, vous vous y entendez, comme un aveugle tirer des cirons. Mais revenons un peu cette meniere. HRODOTE. Le cur prsente donc son service d'amour Denise; & elle le refuse tout sec, d'autant qu'elle n'toit pas encore saoule de son mari. Il la presse, & continue importunment sa recherche, parce qu'en usage de prtre, il ne faut que pousser & s'encrucher. CUSA. Je pense que tu as t prtre, ou moine, pour autant que tu les dprises ainsi; & que tu ne saurois tant de leurs affaires. HRODOTE. Oui, j'tois le nourricier de leur cul, je lui baillois de la bouillie, & ce qui me demeuroit aux doigts, je le vous faisois lcher. Denise fche, & aussi importune qu'une garce qui a deux matres d'ordinaire, lesquels sont comme les bouchers de notre pays, qui sont deux une bte, dit son mari que ce prtre la requeroit de lui faire tout ainsi qu'il lui faisoit, quand ils s'battoient pour s'endormir. Le mari y ayant pens, & s'estimant trop homme de bien, pour n'tre point cocu, jugea qu'il le falloit tre profit; & qu'aussi bien ne pouvoit-il faillir que cela n'avnt, ou pour nant, ou son dsavantage, ainsi qu'ordinairement il chet vous autres messieurs. Ne voulant donc demeurer l'tre, comme une pauvre sorte de marauds qui n'ont point d'amis, lui dit qu'il falloit y aviser, & que si ce cur lui vouloit donner ses quatre septiers de froment, qu'il avoit eu de son gros de saint Maurice d'Angers, (qui est le fils de celui de Tours, ce qu'on m'a dit) qu'elle ne feroit point mal d'y entendre. Ma mie, il fait bon gagner quelque chose, cette anne que tout est si retir: une nuit n'est pas tant, il y en a plus que de semaines. De par dieu, soit. Il est bonne personne; il n'en sera que plus gentil, & nous en aimera mieux; il nous confessera pour rien; fait bon pargner. Il n'est si bel argent qui ne s'en aille. J'irai aux champs; & tu lui donneras une assignation. Une fois n'est pas tant, pour avoir du bled; s'il le veut, il aura du plaisir; mais il le paiera. Est-ce pas raison? Promets-lui; mais n'y faudroit pas retourner. Pour une nuit, passe; tu auras eu autant de bon tems, tandis que je m'pargnerai pour une autre fois; aussi-bien me faut-il un peu reposer; mais n'y faudroit pas retourner. O! mon ami, j'aimerois mieux tre tombe sur la pointe d'un oreiller, & m'tre rompu le cou sans me faire mal, saine & sauve soit la compagnie, que d'y avoir pens. Le complot pris, Denise attendit le cur, qui ne faillit venir encore pour tendre ses gluaux. Ainsi qu'il est deviser avec elle sur le sujet d'enfiler des perles, elle lui dit: en da vere, vous causez assez, vous autres prtres, & voulez avoir bat; mais vous ne voulez rien donner. O, ho! & ne tient-il qu' cela? Demande-moi tout ce que tu voudras; tout ce que j'ai est toi, mon connaud; dis-moi ce que tu veux. Mon mignon, j'ai un mari fcheux; & il me gronde, parce que j'avons faute de bled. Donnez-moi vos quatre septiers de froment; & venez coucher avec moi, quand vous voudrez, pourvu que mon mari soit all aux champs. Il pourra bien y aller ce soir; attendez & revenez aprs vpres, & je vous le dirai; si d'aventure vous ne le voyez passer sur son grand mulet. Le cur sortit. Le mari, tout averti, monte sur son mulet; il passa, sur la soire, par devant le presbitere, o le cur le guettoit passer. Il fut bien aise, & lui dit: o allez-vous compere? Je m'en vais cinq lieues d'ici qurir du bled, monsieur le cur. Dieu vous conduise, mon compere. Adieu, monsieur le cur; & d'aller; & le cur de venir au moulin, d'o l'autre ne fut envoy au presbitere qurir le bled. Cependant le chapon rtissoit. Le cur, qui tant avoit ou dire de tours faits aux autres, se voulut assurer & en prendre une poigne sur la mine, avant que de se coucher; ce qu'il fit gracieusement, forant la meniere, en dpit qu'elle le vouloit bien. Puis ils souperent, puis ils se coucherent, puis s'embrasserent, & puis ils firent la belle joie, & de ce qu'il peut: on ne fait pas ce qu'on veut. Il s'batit bon escient pour son bled; & sans apostrophe, avec plnitude d'efficace relle. Et boute, mon ami, boute; tout ce bon bled passera bien par une trmie. Il est vrai qu'elle n'osoit y prendre autant de plaisir qu'avec son mari, de peur de le faire cocu, & qu'elle prt got au revas-y. Voil comment elle toit force. LE BON HOMME. Elle l'toit, comme celle qui fit mettre en prison messire Ambroise; lequel, ce qu'elle disoit, l'avoit force; mais achevez ce cur. CSAR. Laissez-le un peu faire son aise. SUPERSTITION. II. LE BON HOMME. Vous savez que ceux qui sont en prison, sont instruits par les autres, ainsi que le fut cettui-ci, qui, tant amen devant l'official, fut interrog en la prsence de la fille. Venez a, mon ami. Connoissez-vous pas bien cette fille-l? Oui, monsieur. L'aimez-vous pas bien? Oui, monsieur. L'avez-vous baise quelquefois? Oui, monsieur. L'avez-vous quelquefois pousse, pour vous accoupler avec elle? Oui, monsieur; mais elle remuoit & temptoit, se trmoussant si fort, que je ne sais si j'ai mis dedans ou dehors? Elle va rpliquer: hlas! monsieur, le grand menteur! Je ne remuois pas, par mananda, non plus qu'une pauvre piece de bois. O, ho, dit le compagnon, je ne vous ai donc pas prise par force? Que fait notre cur. HRODOTE. Laissez-le moudre son bled. Il fait possible, comme le jardinier qui trouva sa matresse endormie, une jambe en bas & l'autre sur le lit. Il leve sa robe, pour voir si elle faisoit semblant, puis la cotte, puis la chemise; & lors il vit le but d'amour, aussi prt s'mouvoir qu'une rose frache: il y fiche sa fleche; & comme il poussoit trop fort, elle s'veilla, & le voyant, lui dit: qui vous a fait si hardi? Je m'terai, s'il vous plat, madame. Je ne vous dis pas cela, vous tes un sot; je vous demande qui vous a fait si hardi? GRATIAN. Ce mot de _sot_ est fcheux, si est-ce que le chevalier de Brin l'endura bien de mademoiselle de Morfaut, qui, sur les discours qu'ils tenoient l'usage de chevalerie Maltoise, lui demanda: or a, mon gentilhomme, en bonne foi, voudriez-vous pas bien m'avoir besogne? Oui vraiment, madame; & ne vous en dplaise, je voudrois bien vous avoir embrasse amoureusement, homocentriquement & rsolutivement. Allez, vous tes un sot, le plaisir seroit pass; pour tre content, il voudroit mieux me le faire. HRODOTE. Comme possible fait notre nouveau menier. Faisons-le lever: il est trop aise. Si-tt qu'il fut debout, il s'en va chez lui, la queue entre les jambes, honteux comme un coq plum tout vif. Quelques jours pensant ses vacuations de la premiere, seconde & troisieme figure. NRON. Il toit aussi tonn que le conseiller de Blois, qui sa femme demandoit une robe: vraiment, ma mie, je ne le vous fais coup qui ne me cote plus de dix cus. Et certes voire, faites le tant qu'il ne vous revienne qu' un douzain; il ne tiendra pas moi, si vous pouvez, que vous ne me deviez du reste. HRODOTE. Le menier revenu, vit bled, dont il fut content; mais il dit sa femme qu'elle n'y retournt plus, peine d'avoir le cou rompu. (Ainsi la ncessit fait faire des choses qu'il faut quitter, quand on a ce qu'on demande.) Mon ami, je l'entends ainsi; je ne ferai jamais que ce qu'il vous plaira. Or bien n'en parlons plus. Deux ou trois jours aprs que le menier toit aux champs, le cur vint voir Denise, & se mit la caresser & baiser. Laissez-moi, monsieur le cur; si mon mari venoit, il nous feroit mchef. Quoi! je vous ai bien fait tout ce que j'ai voulu; & vous faites la revche? Quoi! votre cas est-il plus cher ou plus sage que l'autre jour? Voyez, monsieur le cur, je n'en ferai rien; il est rsolu: ce qui est fait est fait; & rien n'aurez davantage, y fussiez-vous d'ici cent ans. Pour le moins, baisez-moi, ma mignonne. Que vous tes importun! Il la baisa, il la tta au tetin, il mit la main sous sa cotte, il veut prendre le chose; elle l'empche, & fit trop la courrouce & pleureuse. Comme il veut prendre le calendrier historial, pour marquer le nombre: hlas! que voulez-vous faire? Si mon mari venoit, je serois perdue. Laisse-moi, je te prie; je ne te ferai pas plus de mal, que je fis l'autre nuit. Que tu es fcheuse! Et pourquoi non? Pour un petit coup, comme l'autrefois. Si mon mari venoit? Il ne viendra pas. C'est tout un; je n'en ferai jamais rien; il ne l'a pas dit. Or a, laissez-moi; tez-vous. Quoi! tout sans revenir? Oui. Pour le moins, pour lui dire adieu; puisque tu es si mauvaise, que je voie ton chose. Vous ne m'importunerez plus, si je vous le montre? Non, je t'assure, & je te le jure, foi de consistoire. Cela promis, elle se retrousse, & lui montre son chose; ce qu'ayant vu, il se signa, en s'criant: quel grenier, o j'ai mis mon bled! GALIEN. Elle ne fit pas comme la femme du grand Pierre de Barace, qui me trompa. Nous parlions de faire le petit verminage, & de voir les pieces; sur quoi elle me dit: si vous me vouliez donner un teston, je vous monterois mon con. J'y allois la bonne foi, & mis la piece d'argent en main tierce; & elle monta sur un coffre: or a, je vous ai dit que je le monterois. Je ne le vois pas. Je ne vous ai pas dit que vous le verriez, ou que je le montrerois, mais monterois: allez tudier. ARISTOTE. Or rflchissons sur ces moult beaux adages & rencontremens: c'est donc du fait de ce menier qu'est procd le proverbe pour ceux qui ont dpendu de l'argent, ou bien pour tels pertuis: _il a mis son bled au grenier au prtre_. CRESPIN. L'ne & le menier sont relatifs. CEDRENUS. Il faut ici mettre l'ne du peintre. GLYCAS. Ayez patience; nous voulions donner boire ce cur; puis l'ne viendra son petit train. THME. III. Un ministre avoit une piece de bon vin, qu'il gardoit aux bonnes bouches. Il avint qu'il en voulut avoir, pour envoyer un sien ami; & il descendit lui-mme avec la chambriere, pour faire emplir la bouteille; mais il n'y avoit pas d'ordre: il toit trop bas. (Il et eu besoin de priere, comme la bonne femme qui prioit dieu que hausse qui baisse, & que baisse qui hausse: hausse qui baisse, toit pour son vin; & baisse qui hausse pour son lard, qui toit pendu au plancher, qui haussoit, plus on en prenoit.) Le ministre n'toit point content que son vin ft diminu sans s'en tre senti. Comme il s'en tourmentoit, la chambriere disoit: il faut qu'il s'en soit all par quelque part. Et elle faisoit l'empche de regarder par-tout; puis elle s'avisa de monter sur le tonneau, pour voir s'il n'y auroit point quelque fente derriere. Etant dessus, & se baissant la tte, voil ses robes qui se renversent sur son chine, chemise aussi; & son matre qui tenoit la chandelle, va voir la grande essoine qu'elle avoit entre les cuisses. Elle faisoit si beau jeu, qu'on l'et vu jusqu' l'herbier. Allons, allons, dit-il, tez-vous de-l; l'ai vu la fente par o mon vin a coul. CEDRENUS. Vous aviez cela dire, pendant que je faisois patre mon ne. THESE. IV. Un viel peintre avoit une femme jeune, belle & jolie, dont il toit fortement jaloux, ainsi qu'il est sant tel ge. Cette jeune femme faisoit semblant de n'y penser pas. Toutefois elle n'toit point contente de ce que son mari ne tiroit pas si souvent au naturel, qu'elle et dsir: quoi elle pourvut au moyen & aide d'un jeune peintre, en quoi elle se gouvernoit tant simplement & faisant la chatemite, qu'il sembloit qu'elle n'y toucht pas. Mme elle portoit un semblant tant nice & honteux, qu'elle faisoit presque difficult de regarder l'endroit de la braguette, & et fait conscience d'our parler un homme. Toutefois cela n'effaa point l'ombrage de son mari, qui, ayant affaire aux champs pour quelque temps, sur le point qu'il falloit partir, ne pouvant plus s'en excuser, tant necessaire qu'il y allt, avoit fort mal la tte. (Les dames de Touraine font distinction entre mal & douleur de tte. Mal, c'est quand il est comme de ce peintre; douleur, quand le sens triste l'occupe. Quand donc l'opinion cornue est en la tte, c'est mal; & cela fait ainsi, ce que m'a cont le sire Andr T. comme quand une dent perce; c'est que, la corne perant, cela fait mal.) Etant le peintre sur la conclusion de son partement, il dit sa femme: ma mie, je vous aime beaucoup; mais je dsire de vous quelque chose, qui me fera assurance de votre honntet. Mon ami, tout ce qui vous plaira; je ne vous ai jamais refus de rien, ni ne ferai. Sur cet accord, & lui ayant dit son intention, sur la peau de son ventre, o elle est plus lice & polie, il y peint un ne, puis s'en alla. Il ne fut pas gueres loin, que le compagnon ne vnt voir la belle, & garder le corps de cette femme, laquelle il savona bien & beau les fauxbourgs des fesses. Comme elle sentit le proche retour de son mari, elle avisa son ami de cet ne, qui, y regardant, le vit tout effac, except la tte & les jambes. Hlas! que ferai-je, dit-elle? Ne vous souciez; je les racotrerai bien. Ce qu'il fit, & le vtit d'un petit joli bt tout neuf, si que le voil joyeux prs la pture vitale, & toit si bien qu'il n'y manquoit que la parole. Le mari revenu, fut reu, avec une douce liesse & bonne chere, comme le bien aim, force accolles & baisers mignons. Sur le soir, en devisant, il s'avisa: Eh bien ma mie, notre ne? Mon ami, je n'ai point pens lui; je ne sais comment il se porte. Il leve la chemise de sa femme, & le regarde. A, ha, dit-il, en grande admiration, voil bien mon ne; mais au grand diable soit qui me l'a bt. Depuis, pour parler en paroles couvertes, on a dit: _bter l'ne_, pour signifier faire, verminer, besogner, &c. ANTIPHON. Les filles de notre pays disant en paroles couvertes, parlent bien autrement, tmoin la fille de chambre de mademoiselle de la Forest, femme d'un conseiller. Un paysan lui apporta un lievre, qu'il mit, en l'absence de monsieur, s mains de la fille de chambre nomme Andre, laquelle il prie affectueusement de le prsenter monsieur, & lui recommander son procs, dont il toit rapporteur, & qu'il avoit nom le Vit. (Une dame ne fit pas, un jour, difficult de le nommer. Je lui faisois je ne sais quelle petite haire; & elle me vouloit dire: vous faites bien les trois lettres, S, o, t, sot; elle brocha des babines, elle me dit: vous faites bien des trois lettres, V, i, t, vit. LEON L'HBREU. Et ma cousine Esther, qui avoit nomm son cela naturellement, me rpondit navement. O ma mignonne! lui dis-je, qu'avez-vous dit? Vraiment, mon coeur, dit-elle, je n'ai pas dit con). ANTIPHON. Durant le dner, Andre s'avisa de son message, & dit: propos, monsieur, il est venu ici un homme qui vous a apport un grand lievre. O est-il? Je le vais qurir. Le voil. Vraiment il est beau; il le faut mettre en pte. Monsieur, il vous recommande ses affaires, ce pauvre homme. Comment a-t-il nom! Je ne l'oserois dire; il est trop sale. Si vous ne le dites, je ne saurai qui m'aura donn ce lievre. Ardez, monsieur, vous savez bien qui il est; je n'oserois dire ce nom-l, il est trop sale. Mademoiselle lui dit: dites-le en paroles couvertes. Bien donc, Monsieur, il a nom comme cela avec quoi on fout. MUNSTER. D'un ne vous tes venu un lievre, je crois que c'est cause des oreilles; raison de quoi, pour le mettre en cosmographie, je vous dis que je ne vis oncques ne plus joli, que celui d'un apothicaire de Tours. Son matre mme m'en a assur, nous en faisant le discours ainsi. J'ai l'ne le meilleur du monde: mme il est si naturel, qu'il me sent d'une demi-lieue. CHAPITRE. V. Vous me faites souvenir d'un voyage que nous fmes en Espaigne; l'anne que l'empereur devint fou. Je pense qu'Espaigne, c'est--dire, _Espargne_, _i_, pour _r_, comme il est crit s prologues des institutions de droit. Etant avec ces magnifiques, ils nous ftoyerent aussi magnifiquement, & le tout de paroles. Je ne vis jamais tant de beaux banquets de paraphrases; les paroles y toient apprtes en toutes sortes; il y en avoit de couvertes en mode de pts de venaison; il y en avoit de rassises, pour manger avec du pain frais: le menu toit de ces petites paroles, syllabes & lettres que l'on mange en posie & en prose. Certainement ils nous en firent bonne chere: mais cela pourtant nous passoit apostrophiquement par la bouche. Les confitures & le dessert toient rvrences: & pour la bonne bouche, nous emes le mot de guet, & le mot pour rire. Voil comment nous fmes traits, avec belle eau frache, si nous en voulions. Cela toit mal au ventre. (Ils ne nous traiterent pas, comme le mercier de Loches faisoit sa femme. Sa mere lui dit: mon ami, traitez-l bien _doucement_. Vraiment il le faisoit; il lui bailloit des oussemens. Ainsi les sages-femmes l'entendent, quand elles disent aux premieres grosses des autres: consolez-vous, ma mie, il en sortira plus doucement qu'il n'y a entr.) Or, nous fmes bien arrivs auprs de la bonne eau d'Espaigne. Vraiment, si jamais je refais ma cosmographie, je ferai telle description de ce pays l, que l'on croira aisment que les peuples y sont enrags. APICIUS. Mais propos d'eau, quand un homme entre o l'on dne, lequel est le plus excellent, si on lui prsente de l'eau ou du vin! LE BON HOMME. C'est ce coup, que l'on connotra vos bons esprits. O la belle proposition! le beau problme notable, qui fut dbattu au concile des _trois dixaines_! Or boivez, pour dcider cette affaire. APICIUS. Quant moi, pour le premier j'en dirai ma ratele, & ce d'autant que j'ai un beau nom. Et pour vous amuser un peu, qui sont les deux noms les forts dlicats; nous n'avions garde d'avoir plus mauvais un homme? Vous tes quinaux; vous tes _quarante fesses_. C'est Guillaume & Gautier, parce que l'on dit aux gens de nces; venez, mes amis; mais ne m'amenez ni Gautier, ni Guillaume. En avez-vous? Or, quand j'irai o l'on dne, je serai bien aise que l'on me prsente de l'eau. L'eau, en ce temps l, c'est le juste & parfait symbole d'honneur & de profit venir; c'est signe qu'il se faut laver, & se mettre le plus prs de la table que l'on pourra, & sur-tout vers le milieu. Le vin a sa vrit quant & soi; c'est fait, il ne prophtise rien: l'eau prophtise le dner; le vin, ayant t prsent & pris, signifie, boivez, & vous en allez. Ainsi, par l'eau, est reprsente la jouissance future, & abondance; par ce peu de vin, est montre une daye de commodit qui se passe vte. Ainsi l'eau prsente, alors reprsente le mystere dnatoire; & le vin dit cong. On baille de l'eau pour disposer l'apptit, non pas seulement pour laver les mains; aussi qu'en est-il besoin? Il ne faudroit, si cela toit ncessaire, mouiller seulement que le bout des doigts; on ne met pas la soupe dans le creux de la main: ce lavement est donc pour exciter l'apptit; la main est la figure du foie, son rapport unique & formel, laquelle mouille donne au foie une vertu cuisante. Voyez, je vous prie, les poissonnieres, lesquelles pour avoir toujours la main en l'eau & le feu au cul ont les joues vermeilles; elles sont gaillardes, aiment le bon vin, toujours tant en apptit. Voil des points secrets de la trs-profonde sagesse. DIOGENES. Que males mules aient ces philosophes foireux qui ne font qu'nonner: je les envoierai mon mtayer & ses gens. Il y a plus de mille ans que le conte en est fait; mais on l'a mal retenu. La fille de ce mtayer apporta des prunes notre femme, qui lui dit: il n'en falloit point, ma mie. C'est votre gresse, mademoiselle; prenez-les, s'il vous plat; aussi-bien nos pourceaux n'en veulent point. L'aprs-dne, celle de chez nous rencontra la mere de cette fille, laquelle elle dit ce que sa fille lui avoit dit. Ardez, rpondit-elle, mademoiselle, elle dit vrai; ces mchans pourceaux aiment mieux manger la merde. Sur le soir, je rencontre le bon homme, auquel je conte le tout. Pard, monsieur, dit-il, ce sont btes: leur bouche est en paroles aussi honntes que le trou de mon cul. ANTIPHON. Appelez-vous cela des paroles couvertes? Je crois qu'il les faut servir couvert, de peur qu'elles ne s'ventent. DIOGENES. Si vous avez peur qu'elles s'ventent, avalez-les vtement, & faites comme en Italie, baillez-leur du plat de la langue. HORACE. Si j'eusse su cela, j'eusse bu, & eusse pris cong. QUINTILIEN. Comme quoi? Est-ce selon que le pronona le president Gascon? L'appellant voyant sa partie ne comparotre pas, demanda cong: je demande cong, messieurs. Le prsident ayant recueilli le conseil, chacun ayant dit: cong; il pronona: qu'il s'en aille. Il y eut un chaste abb qui l'alla voir, & lui prsenta son frere, lui disant: monsieur, je vous supplie de faire cette faveur mon frere, de le tenir pour votre serviteur. Quoi! faveur! dit-il; je ne fais point de faveur; je fais justice. LAERTIUS. Je me souviens qu'tant Paris, chez un conseiller, j'ouis un bon apophthegme. Il y avoit un bon paysan, qui avoit gagn son procs, & toit all parler son procureur, qui lui avoit donn avis d'aller voir ce conseiller qui avoit t rapporteur, afin qu'il le remercit. Ce bon homme allant, pensoit en lui-mme, que possible il lui faudroit encore donner quelque chose: toutefois il s'assura qu'il auroit tant de conscience, qu'il ne lui demanderoit plus rien, vu que pour payer les pices, il avoit mme t contraint de vendre sa vache, seul reste de son bien. Le pauvre homme vint saluer monsieur son rapporteur, qui lui dit: mon ami, je vous sais bon gr de m'tre venu voir; je prends plaisir m'employer pour les gens de bien; remerciez dieu, que vous ayez eu tel qui vous a conserv votre droit. Or il y avoit en la mme salle un peintre qui faisoit une chasse en un paysage, o il y avoit plusieurs sortes d'animaux, que ce paysan se mit regarder. Le conseiller lui dit: que regardez-vous-l, bonhomme? Je regarde si entre tant de btes qu'on vous donne, ou qu'on emploie pour vous apporter de l'argent, je ne verrai point ma vache; au moins que la moiti y ft, parce que vous l'avez bien eue & davantage. Ainsi que Lartius parloit, voil que la petite chienne de madame, qui demandoit manger, aboie & le fche: il toit assez prs, & lui cria: paix, petite vilaine, petite putain; voyez-vous un peu que cette petite vesse fait de bruit! Ce que voyant notre cur, va dire: je m'bahis que ce philosophe n'a honte de donner le nom d'une personne, & le surnom d'une chrtienne une chienne. C'toit lui, qui, prchant; disoit: enfans, apprenez la patenostre & l'_ave_ vos peres & meres. Il toit des enfans de Moulins, auxquels on frotte le cas de beurre, quand ils sont malades. La fille d'un marchand de Lyon, qui s'toit retire Genve, de peur de jener en carme, en fut punie, d'autant que, mangeant d'une bonne truite, une arte lui demeura en la gorge: hlas! elle toit fille unique, uniquement aime. On courut aux remedes. Mdecins, chirurgiens, apothicaires, alquemistes, empiriques, sorciers, charlatans, secrtaires & bimblotiers de drogues furent appells; mais on n'y pouvoit remdier. Dj l'arte, ainsi passe, l'ulcroit; & y avoit crainte qu'elle n'en mourt avec douleurs. Il passa par-l un vieil homme, qui, ayant ou le bruit & la piti, fut mu de compassion; il entra en la salle, fit faire un grand feu, & fit apporter une livre de beurre; puis, ayant fait sortir tout le monde, prit cette fille sur ses genoux, s'tant assis comme une nourrice, & lui montra le cul au feu, lequel muni de deux belles grosses fesses rebondies, il graissoit de ce beurre. L'opration en fut merveilleuse, d'autant qu'aussi-tt l'arte fut avale, & la fille gurie; _& hoc certo certius_. MAROT. Je ne sais pourquoi vous nous dites cela; vous ne faites que nous mettre en got. CONSISTOIRE. VI. J'aimerois mieux dpuceler une gueuse, que d'avoir le reste d'un roi: toutefois, cause de ce que ce jaseur vient de dire, je suis tout dgot. Cela m'a fait souvenir que je n'ai point d'apptit. LOUVET. Pargoi, mon ami, si tu es tant dgot, je te prie & conseille de te faire procureur, & alors tu mangeras toutes mains jusques aux os. MAROT. Je pourrois manger autant que douze, que je ne m'engraisserois pas. LOUVET. Vraiement, tu n'as garde: comment engraisserois-tu, vu que tu chies tout ce que tu as mang? A cela, va dire un chien couchant de lchefritte: quelle prodigieuse invention! MAROT. Qu'est-ce l? Quel animal nouveau? LOUVET. C'est un moine de cuisine; _alis_ un boute-cul, qui va dire qu'ordinairement on chie au prix que l'on mange. LE BON HOMME. Que vous tes sale! Laissez ces paroles. Vraiment, si j'eusse t le matre, vous n'en eussiez pas ainsi dit; & en ai laiss passer, parce que je m'amusois faire mon tat, qui est de considrer vos actions. CICERON. Ne vous trompez pas, monsieur mon ami; les paroles ne sont point sales; il n'y a que l'intelligence. Quand vous orez une parole, recevez-l, & la portez une belle intelligence; & lors elle sera belle, nette & pure. Mais cela fche les oreilles? Si les oreilles toient pures & nettes, cela ne les incommoderoit point. Un tron incommode-t-il le soleil, bien que ses rayons s'y jettent? Sachez aussi, mon pere _se puisse tuer_, que, si on toit ces paroles d'ici, ce banquet seroit imparfait. Seriez-vous bien aise que l'on vous tt le cul, parce qu'il est puant, & ce jusqu' la mort? Vous seriez un bel homme sans cul! Il faut suivre nature; ainsi notre discours le suit. Et, si vous vous scandalisez, oyez une prophtie que j'ai apprise dans l'abbaye des grottes de Memphis. Moines, Prtres, ministres, &c. prsidens, conseillers, avocats, &c. marchands, ouvriers, artisans, &c. de quelqu'tat, qualit & condition qu'ils soient, qui diront mal des mmoires du MOYEN DE PARVENIR, seront atteints & convaincus de tous crimes que la sottise embrasse, que l'imprudence couve, & l'hipocrisie nourrit, &c. Avez-vous ou cela? Si vous oyez un mot qui vous fche, dites que vous ne l'entendez pas, ainsi que je l'enseigne aux sages filles de la cour. Ma mie, si vous oyez parler de ceci ou cela, ou de ficher sans pic, dites que vous n'y entendez rien, & n'en faites aucun semblant; d'autant, que si vous vous fchez, quand on dira des paroles de fouaillerie, on dira que vous les entendrez, ce qui seroit honteux. Avez-vous ou, encore un coup, monsieur mon ami. Or donc, soyez sage, & faites votre tat. HRODOTE. J'y suimes. Il toit un beau barbier. CSAR. Pourquoi dit-on glorieux barbier? HRODOTE. Parce qu'il vous coupera bien le poil du cul, sans en tre honteux. DIOGENES. Et si je n'avois point de poil au cul? HRODOTE. Tu serois comme les femmes. DIOGENES. Et d, pourquoi? Est-ce que les femmes n'ont point de poil au cul? HRODOTE. Grosse pcore, grand ne que tu es, fils d'un coq de Ludonnois, ne sais-tu pas: _fronte capillata est, sed post occasio calva_. En voil la raison. Il faut que je fasse le prcheur, que j'interprete mon latin: c'est parce que la fortune a du poil au front; c'est l o il faut la prendre: entre les deux gros orteils des femmes, il faut se prendre l, parce qu'il n'y a point de poil derriere. MADAME. L, l, ce barbier. HRODOTE. Par mon serment, sans jurer, je pense que je l'oubliois, tant vous tes folle. Ce barbier aimoit trs-ardemment une sienne voisine, femme d'un mercier: & avoit le mot du guet avec elle: il ne falloit que trouver le moyen & l'occasion: (voil adapter les mots, je parle aux doctes; il n'y a gens qui soient moins cocus que merciers demeurant en boutique; parce que toujours leurs femmes sont prsentes, & ils leur sont prsens. ULDRIC. Mais, encore avant que passer outre, monsieur le notaire, je vous demande, pourquoi est ce qu'on se marie? ARCHIMEDE. Or regardez, je vous le dirai sur ces quatre doigts, ayant le pouce en la main. Le premier doigt, qui est index, _nota_; on se marie pour avoir une femme. Le second, pour avoir de l'argent. Le troisieme, pour avoir du plaisir. Le petit doigt, pour avoir des enfans: aussi est-ce l que les Gyptiens & les Bomians les trouvent marqus. Or , mon frere, regarde les deux doigts du milieu, & les vois baisss: c'est signe que le plaisir se passe, l'argent s'en va. Vois ces deux doigts rests de bout; ils signifient que la femme & les enfans demeurent avec droit de brancards.) HRODOTE. Et voil donc l'usage auquel est sujet, comme tout autre mari, ce mercier, la femme duquel desiroit avidement l'accointance du chirurgien son voisin; mais on ne pouvoit y trouver ordre. Ils s'aviserent en parlant la boutique, les toffes les sparant, & excuterent leur dessein. Voil ma commere la merciere, qui fait la malade; elle plaint sa tte; elle fait semblant d'avoir des soulevemens de coeur: le mari, tout tonn, envoie querir matre Pierre; aussi-tt qu'il est venu, il la visite. O mes amis, dit-il, & vous, mon compere, parlant au mari, voil ma commere qui est bien malade; c'est la contagion: mais il y a moyen. un peu de vinaigre; vous avez bien fait de venir au devant; si vous eussiez tard, il n'y et plus eu de moyen. , venez ici, apportez cela; ici du feu; l une cuelle; de l'eau, du linge, fermez ces huis un peu; l, parlez bas; des ciseaux; je suis tout tourdi, tant j'ai hte. Ainsi faisant l'empch, il fait un empltre fort lger, & dit au mercier: mon compere, il faut que vous mettiez cet empltre sur le bout de votre membre viril: & que vous le poussiez dans la nature de votre femme. Quoi! dit le mari, faites votre tat, matre Pierre. Mais c'est votre femme. Faites votre tat, mon ami. A donc le barbier mit l'empltre sur le bout de son inconvnient, & le porta la ruelle du lit; mais quand ce fut ficher, il ta le linge poiss, qu'il pausichonna en sa pochette; & mit matre cas dans la belouse, autrement dit, le trou de service, frais, vif & en bon point: & ainsi gurit madame la merciere; & qu'ainsi en puisse prendre toutes celles qui le desirent. COMMITTIMUS. VII. Il en prit autrement un petit barbier de Vendme. Monsieur le mdecin Taillerie, menoit en pratique ce petit chirurgien; & parce qu'il avoit long temps tre chez la noblesse ou il alloit, monsieur le mdecin, j vieillard, menoit sa femme qui toit encore jeune, que le barbier accompagnoit en trousse. Etant en chemin, le mdecin demanda au barbier comme se portoit sa femme. Vraiement, dit il, monsieur, il faut qu'elle se porte bien, si elle veut; d'autant que je l'ai approvisionne six bons coups, cette nuit, sans ce qui s'est fait depuis. Cela leur servit de rise, tant qu'ils furent arrivs la noblesse, o ils alloient. Le soir, chacun tant retir, le mdecin devisant avec sa femme: laquelle lui avoit entam le propos de ce jeune barbier, lui demandant, possible en songeant ce qu'il avoit dit tantt, pourquoi il s'en servoit plutt que d'un autre. Ma mie, ce dit-il, je me sers de lui, parce que je desire qu'il ait sa vie toute gagne, d'autant qu'il n'a plus que deux ans ou environ travailler, cause qu'il parotra tout ladre. Cette rponse fut cause, que la demoiselle s'en dgota. Comme ils s'en retournoient, le mdecin gaussa sa femme; & ainsi qu'ils furent en un carroi, o il y a de grand arbres, il lui dit: ma mie, mettez pied terre; je vous veux baiser entre cul & con. Mon ami, dit-elle vous tes fcheux. Non suis; le pied terre, je le veux. Etant bas tous deux, il la prend & la baisa en la bouche, comme au jour de leur nces; puis elle dit: pourquoi me disiez-vous cela? Parce que je l'ai fait; ne vous ais-je pas baise? Oui. Ha! ma mie, voil un ruisseau qui se nomme cul, & celui-l con; nous sommes entre-deux. Ainsi, beaux esprits, voil de belles paroles; elles sont claires comme eau. MAHOMET. Comment voudriez-vous faire entre con & cul une muraille seche? CESAR. Je ne sais. MAHOMET. Il faudroit boire l'eau, & manger le mortier: achevez. L'AUTRE. Etant de retour de fortune, mademoiselle du mdecin se trouvant chez une commere; (c'est-l o on cause) vint qu'on parla de matre Claude ce barbier. Vraiment, dit cette demoiselle, je suis marrie de son inconvnient, il sera ladre dans deux ans; mon mari me l'a dit. Cela alla de bouche en bouche, ou de couche en couche, tellement que le barbier le sut, qui, tout scandalis, vint trouver monsieur le docteur, auquel il fit sa plainte, & demanda s'il l'avoit dit, & pourquoi. Parce qu'il ne faut pas, vous qui tes jeune, que vous parliez devant ma femme, en ma prsence, de le faire six coups; & soyez sage. BEROALTUS. Je connois ce barbier, il est honnte homme: il a fess un chien; il est Gascon & a demeur Tours chez un de nos amis. Vraiment il fit un jour un trait notable. Une femme d'honneur toit malade, & il falloit, au carme, avoir dispense, pour lui faire manger des viandes qui sont interdites en saint temps. ARISTOTE. (Mais la cause pourquoi la chair terrestre est-elle plutt dfendue que l'aquatique? PYTHAGORAS. Mais aussi vous dirai-je, un tron est-ce chair ou poisson? ARISTOTE. Il y faudroit goter: & puis vous sauriez que tandis qu'il a le sens chaud, il sera chair; s'il l'a froid, il sera poisson & vous en soulez. Ce n'est pas cela. Rpondez au prtre: je vous dirai: c'est parce que la chair fout, & on seroit fou toujours, & le poisson fraie. NERON. Voil de belles raisons. J'aimerois autant celles de Jannotin, qui dit: qu'il faudroit tre sergent pour aller en paradis, d'autant que les sergens vont devant: da, da. Il est bon, s'il n'y avoit que les gens de justice qui allassent en paradis. Et c'est le contraire, & je l'ai vu en la danse macabre de Fubourg, o les prsidens, conseillers, avocats, procureurs & clercs, sont par les sergens conduits en enfer, & t'en guette). BEROALTUS. Or vela beau caur? laissez-les dire: j'acheverai mon discours. Matre Pierre le Grand, petit barbier de Tours, avoit chez lui ce compagnon qui se tenoit fidlement la boutique. Ainsi qu'il fut avis: ce matre eut un certificat du mdecin, afin que l'official ou grand vicaire: (au diable soient-ils, si je me souviens auquel il faut avoir recours, si d'aventure on ne joue deux personnages comme le marchal de Ballan, qui toit notaire & aussi barbier, & quand on le demandoit, il disoit: me voulez-vous pour ferrer, ou barber, ou crire, ou ajourner, parce que depuis il fut sergent.) Le certificat fait par le mdecin, le chirurgien le porte chez lui, & dit son homme: va faire signer cela monsieur l'Official. Le garon ouit de biais, & pensoit que le matre et dit: va faire une saigne chez monsieur l'official. Il prend son manteau & ses outils, & y va. Il heurte la porte, & le neveu de monsieur lui vint ouvrir, auquel il demanda comment se portoit monsieur. Il se porte fort bien. Si est-ce qu'il y a ici quelqu'un malade, que mon matre m'a envoy saigner, en voil l'ordonnance. Le neveu, fort suffisant vit le papier, & ne pouvant rien connotre, pour faire le savant, dit: il faut que ce soit pour moi, d'autant que je suis morfondu; venez & entrez. Ce qu'il fit & le saigna bien & beau. Je m'bahis qu'il n'en ft mal, mais dieu fut aide aux innocens, & puis la rise lui racoutra le foie. Si le valet fut tromp, le matre le fut aussi. Il vit un vieil paysan, qui se plaignoit d'une douleur en la joue. O, lui dit-il, viens, je la gurirai, je t'arracherai la dent qui te fait mal. Pargoi, vous ne sauriez. Pardienne, si ferai. Je gage demi cu que non. Le voil: je gage que si, or allons. Quand ils furent en la boutique, & que le patient fut sur la chaire, le barbier se met regarder en sa bouche, & n'y trouva aucune dent. Et qu'est-ce que cela? C'est que j'ai gagn, dit le pied-gris. Il y a plus de trente ans que je n'ai pas une dent; & dis que tu en as, soulier belles oreilles. CICERON. Je vous reprends, vous jurez. Etes-vous des consuls de Tours? BEORALTUS. Que voulez-vous dire des consuls de Tours? CICERON. Rien que bien, sinon que mon compere le sire Franois, je ne dirai pas son surnom, tant consul, condamna un marchand. Le marchand lui dit: par dieu, vous n'avez pas bien jug. Le consul lui dit: vous payerez l'amende, par dieu, vous avez jur. Et vous aussi, dit l'autre. Ha! dit le consul: tenez, greffier, voil mon amende, recevez la sienne. ARNOBE. Cela est aussi bon que le fait de monsieur de Csare, vque portatif, qui faisoit sa visite par le diocese d'un qui l'en avoit pri, & o il avoit autrefois tenu les ordres. Il se trouva qu'il interrogea un prtre qu'il trouva ignorant. O! dit-il, gros bedier, ne que tu es, qui t'a fait prtre? Qui est le veau d'vque qui t'a confr cet ordre? C'est vous, monsieur. Par dpit, bdier, je paierai cent sols d'amende; & toi, dix francs. Mon secrtaire, faites vous payer. ARISTOTE. Si c'toit moi, je corrigerois bien tous ces abus-l. ALEXANDRE. O! oui, vous tes brave correcteur, comme celui des bons hommes; _corrector corrigendo_. LE BON HOMME. En ma conscience, je le crois; ils s'arrousent bien le coeur; je pensois que cela ft hors du monde. REVERS. VIII. ARISTOTE. A ce que je vois, le pays des sots n'est pas une isle, c'est le monde mme, & rien hors d'icelui: ainsi qu'il y a de ces gens-l hors du monde, qui sont de gros veaux, tmoin le moine cur, qui se pensoit paillarder sur le bien dire son prne, annonant les ftes qu'il falloit festiner, & disoit: mes amis, il y a de bonnes ftes cette semaine, lesquelles pourtant ne sont de commande; l'glise les fustigera pour vous. BUCHANAN. N'toit-ce pas lui, qui, au lieu de dire la leon, _qui moechantur cum ill_, dit, _qui monachantur cum ill_. APULE. Et que vous faut-il? Vraiment vous tes bien cruel de regarder des paroles, & non l'intention. BUCHANAN. Je sais bien pourquoi vous le dites: c'est de peur que je ne parle de votre cousine de Malenoue. NERON. Dites donc tout, puisque vous tes dtrav. BUCHANAN. Durant la ligue, il y eut un bruit qui courut (puisqu'il faut ainsi dire) qu'une nonnain de Malenoue avoit eu apparition d'ange. A cette nouvelle, quelques dames des plus grandes firent partie de l'aller voir: ce qu'elles accomplirent. Etant l avec elle, voyant discourir des merveilles de cet ange, elles toient en extase de douceur; & comme cette fille les voyoit ainsi transportes d'aise, elle leur amplifioit son discours du reste de la merveille, puis ajouta: j'tois si contente, Madame, que jamais tant, ni plus. C'toit le plus beau l'ange du monde; & puis, quand ce beau l'ange fut sorti, toute ma chambre toit si embaume, que c'toit merveille, tant elle sentoit l'usc, & le membre vert & gris. CSAR. Quel ange? Je gage que c'toit un esprit vital. BUCHANAN. Comme vous dites. Au moins souvenez-vous de dame Catherine, qui, oyant parler de sa matresse que l'on pensoit qui ft morte, & que le mdecin disoit que les esprits vitaux y toient encore tous: elle rpliqua: je ne dis que cela ne ft, si c'toit un homme, mais une femme, ce sont les esprits conaux. CSAR. Je ne sais quels esprits, si vous ne l'entendez l'antique, que l'engin & l'esprit sont tout un, ainsi que le pratiqua la chambriere d'une veuve. Je vous assure que cette garce toit jolie, mais un peu follette; sur quoi sa matresse lui disoit toujours qu'elle n'avoit point d'esprit. Or est-il qu'il y avoit un jambon la chemine; & cette fille le voyant l si long-tems, elle s'ennuyoit; elle demanda madame, si elle le mettroit cuire. Non, dit-elle, c'est pour les Pques. Cette fille en fit le conte quelques autres de ses compagnes, qui s'en gaussoient en son absence. Mais le clerc du notaire Bard ne fut point si sot, qu'il n'y prt garde pour prouver le sens de la fillette. Un jour que la bonne femme toit alle sa mtairie, & qu'elle avoit laiss Mauricette toute seule, il vint heurter, & demanda madame. Mauricette dit qu'elle n'y toit pas. J'en suis bien marri, parce que je suis Pques, qui tois venu qurir le jambon qu'elle m'a promis. Il passa; & la chambriere le laissa paisiblement entrer & prendre le jambon. Lui qui la voyoit si nicette & belle, pensoit meilleure aventure. Il faut, dit-il, que je voie si c'est ici mon jambon. Si ce l'est, j'ai un esprit qui me le dira. Il tire son chouart vif & glorieux. Quand la fille le vit: qu'est-ce que cela? C'est mon esprit. Je vous prie, donnez-m'en un peu: ma matresse ne me fait que tancer, & dire que je n'ai point d'esprit. Il la prit, & lui en distribua autant qu' lui, dont elle se trouva passablement bien; aussi en toit-elle toute rjouie, comme celle qui disoit que Claude lui avoit farfouill en son cul de devant. Quand sa matresse fut venue, elle lui conta comme Pques toit venu qurir le jambon: & d, madame, vous ne me reprocherez plus que je n'ai point d'esprit, Pques m'en a baill bon escient. QUELQU'UN. Voil un beau moyen d'avoir de l'esprit! C'est quoi pensoit ma cousine Martine, l'autre jour en dnant, que sa mere parloit de son lard. Oui, vraiment, ma mere, notre lard toit bon; mais la couaine _sent le vit_. RENE. Elle ne dit pas ainsi; d, je la veux dfendre; elle dit: s'enlevit. SOCRATE. Si vous y regardez de si prs, il n'y aura jamais plus de bien au monde. LE BON HOMME. Vous pensez autre chose; je m'assure que vous songez autant ce que nous disons, que si vous n'tiez pas ici. ARCHIMEDE. C'est que j'avisois, & m'est avis que je vois, comme un jour j'tois avec une dame qui cherchoit quelque chose en son cabinet; & elle avoit avec elle une sienne cousine qui la considroit fort. Cette dame ayant mis la main sur ce qu'elle cherchoit, en se retournant va dire: vraiment je suis une grande sotte. L'autre va dire: c'est ce que je voulois dire, madame. LISET. Cette-l mme toit avec nous, quand nous parlmes monsieur Champis d'aller la messe de minuit: je ne daignerois y aller; j'y ai t plus de cinq cents fois. SOCRATE. Or bien je vous avise donc que ce bon personnage a ses penses autre part qu' nos discours. MENOT. Il est possible intress, & a volont de pisser, comme avoit l'abb de Grandmont; quand il vint voir madame l'amirale. Ce monsieur alors douanant sur son mulet, avec intention & pense d'en descendre pour pisser, quand il seroit la porte. Or madame qui avoit affaire de lui, & le vouloit gratifier, sachant qu'il approchoit, vint au-devant de lui, & le surprit; ainsi il remit sa pisserie une autre fois; de quoi il fut tromp, d'autant qu'elle le mena en la salle, o le souper toit prpar. Il se fallut asseoir & faire bonne chere. Cependant monsieur l'abb toit en grand peine, ne pensant qu' pisser; puis voyant que le discours seroit long, il rsolut de pisser en sa botte. Vous savez comme les abbs les portent ouvertes par en haut, & larges d'embouchure. Ainsi qu'on apporta le bassin pour laver, il n'en pouvoit plus; parquoi il avoit mis la main son engin, & dja le dchargeoit dans sa botte. Madame pensoit que ce ft son couteau qu'il serrt, (pour ce que volontiers telles gens en portent un de damas leur ceinture) & qu'il ne voulut pas laver avec elle. Vraiment, dit-elle, vous ne ferez point cette difficult. Et ainsi elle lui tira la main, qui emporta aussi le virolet, qui acheva sa dcharge dans le bassin. THIART. Le bassin fut un de ceux qui servirent aux ambassadeurs du duc, (aussi il y a des toffes fes) quand il envoya vers le pape, lui remontrer la disette du pays, & le prier de lui donner deux cueillettes, l'an d'aprs. Il y avoit six ambassadeurs, notables seigneurs, & de crdit, qui, tant arrivs, le firent savoir au pape, qui, sachant leur venue, fit mettre une oie en mue, mais toute nue. (Elle toit fille du jars si gras, qui fut mang Grenoble, quand le roi prit la Savoye. Ce jars prsent sur la table d'un seigneur, lequel en chercha l'ame, & ne la trouvant, appella le cuisinier: o est l'ame de cette oie? Ce n'est pas une oie, monsieur; c'est un jars, qui a tant chauch sa mere, que le diable a mang son ame, que le cuisinier avoit donne sa mie: comme fit celui qui donna le bon brochet une pour aller coucher avec elle: mais il fut tromp, le pauvre puceau, d'autant qu'elle avoit pris des dents du brochet, qu'elle avoit agences de sorte que, quand il voulut enganer, elle lui en serra le bout, dont il fut fort malade; depuis, quand il fut parl de le marier, il voulut voir le comment a nom de sa promise, & y voyant je ne sais quelle petite minence de clitoris: ! ho, dit-il, voil la langue, les dents ne sont gueres loin; je n'en veux point. CHARTRE. IX. Ces ambassadeurs, (laissez-les se prparer) le plus sage d'entr'eux fut lu de tous pour porter la parole. Mais, dirent-ils, que donnerons-nous au pape? Il lui faut donner de ce qui abonde en notre pays; c'est de la crme, dont nous aurons chacun, dans un bassin d'argent, une belle & honnte quantit. Que voil bien entendu! Mais, ce dit le prsident qui fut monsieur de Raconis, avisez bien tous faire comme je ferai, de peur que ne fassions les sots. C'est bien dit; nous le ferons. Le jour de l'audience venu, ces messieurs s'en viennent avec leur quipage. La porte ouverte, le premier entre; de fortune il y avoit un petit seuil bas, qu'il ne voyoit pas: il toit tte nue, tenant ce bassin haut de ses deux mains, appuy contre son estomac; il bailla du pied ce petit seuil, qui lui fit baisser la tte, & donner du nez dans la crme: les autres, voyant sa barbe ainsi blanche, estimerent que ce ft par biensance qu'il fallt ainsi se prsenter; parquoi chacun d'eux se torcha & repassa le museau dans sa crme; & ainsi le prsenterent au pape, faisant leur requte, qui leur fut accorde, moyennant que les annes auroient vingt-quatre mois. LE CHEVALIER SANS REPROCHE. Brusquet, un jour, contant cette histoire la dfunte roine, il y eut une de ses filles qui lui dit: Brusquet, vous n'avez pas ainsi blanchi votre barbe; mais votre mere, qui toit pauvre femme, vous l'a cousue de fil blanc. Il est vrai, mademoiselle, dit Brusquet; & lui montrant l'entre de son chapeau: mais aussi votre mere vous en a laiss autant de dcousu. Pourquoi y alliez-vous, mademoiselle, lui dit notre ami? Vraiment, vous avez rencontr; aussi il y a une heure le jour, que l'on a tout ce que l'on desire & cherche. FRACASTOR. Tmoin le triste Augurel, qui se mit en une glise pour prier dieu, qu'il lui donnt la pierre philosophale. Il y en a qui ne savent que c'est de la pierre philosophale, qui disent que c'toit un gentilhomme qui demandoit cent mille cus; (je ne dis pas _sens mi le cu_) il y fut jusques l'autre midi sonn, qu'il se dpita fort, & va dire: dieu, donne-moi du bran. Et voil un oiseau, qui lui va meutir dans la bouche. A! ha, dit-il, je n'avois plus que cet instant, que je n'ai pas bien rencontr. LISET. Cet instant fut propre notre ami l'vque de six poules, qui se sauva d'entre tous les prtres, qui se noyerent l'anne passe. Hlas! que j'en eus de piti! Et ce qui me faisoit dpit, toit que ceux qui voyoient ainsi prir ces chastes ames, disoient: voil belle chouse & grand piti! Et chacun disoit: je prie dieu pour les marchands qui trafiquent sur l'eau, qu'ils ne puissent faire plus grande perte. VIRET. Par la vertu, j'ai quasi dit tout outre; encore je m'en repens, pource que ces mchans penseront que j'aie envie de devenir huguenot; ceux qui parloient ainsi toient hrtiques. ALAIS. Je le crois, & en sais bien l'occasion; & autrefois j'eusse jur sur mes oeufs de pques, qu'il n'y avoit point moyen de troubler la foi des Franois; mais aujourd'hui je ne m'bahis plus de rien. Si je savois que vous deussiez faire profit de ce que je dirai, (nous autres vieilles gens ne prenons pas plaisir parler pour nant) & que vous ne m'accusassiez de ce que je dirai, je vous allguerois quelque chose de rare & notable. Certes je dplore la pauvre glise Romaine qui se dmolit, & sur tout pour un poinct & un acte qui se commet en France. Je vous le dirai, comme si j'eusse t prsent ce bateau qui prit, lequel toit au fond charg de sel; & je m'en rapporte messieurs du grand parti. A! ha, pauvre prtrise, ton crdit s'en va. Or sachez que la raret du sel, qui est aujourd'hui si rare & chere, est cause qu'il n'y aura plus gueres de bons catholiques, parce qu' peine trouvera-t-on du sel pour faire l'eau bnite bon march. Que si elle devient chere en continuant, on n'en fera plus; & adieu mere sainte glise. Voil, voil une raison des hrsies en notre France. ARISTARQUE. Notre matre Loiseau la donna bien meilleure aux dames, les reprenant de leurs folies; & puis se ravisant, disoit: je ne dis pas que vous soyez paillardes; mais que vous tes habilles en putains. Et comme les dames lui eurent fait quelque petite priere, de ne les taxer plus ainsi, il disoit: vraiment, mes dames, je vous trouve assez femmes de bien; mais vos enfans sont mivres; ils sont de mauvais petits fils de putains. Les dames derechef le supplierent de les pargner; ce qui fut cause qu'il songea sa conscience, & n'en parla plus. Mais pourtant voulant instruire sur les moeurs, il disoit aux dames: je suis bien-aise de votre conversion; mais je me fche que vous avez des perroquets, auxquels vous faites dire de vilaines paroles: maquereau au diable. Oui, oui, cela est du diable. Apprenez-leur dire de bons _de profundis_; cela servira aux ames des trpasss. Et puis se jettant aprs les hommes, il taxoit leur luxe & grande chere. Voil grand cas, disoit-il, que l'on fait tant de dpense! Bien encore aux jours gras, soit; mais en carme, la piti! Voil, messieurs couvrent la table d'une belle nappe, boutant bas des deux cts; ils mettent des chaises autour la table; ils appellent cette action souper; & qui pis est, ils disent _benedicite_ & graces. Ne mettez la nappe qu'un peu plus de demi: ayez des escabeaux autour de la table; ne dites graces; & dites que vous faites collation, & faites grand-chere tant que vous voudrez. CONCILE. X. DIOGENES. Chedienne, mon ami, mon enfant, beau fils, mon couillaud, j'ai beau me torcher le cul; ma chemise est toujours breneuse. CETTUI-CI. Que diantre veut dire ce rveur, je gage qu'il nous fera faire quelque sottise? DIOGENES. Ce cur en fit assez: je venois ainsi la traverse pour les faire oublier; mais puisqu'il est destin, achevez. L'AUTRE. Sur l'aprs-dine, on le pria de fiancer une belle fille; ainsi qu'il toit aprs, & que dja il tenoit sa main, il se souvint de son valet & de son avertissement; parquoi, de peur de faillir, il demanda tout haut: lui en a-t-on rien fait? R. ESTIENNE. Non, monsieur. Cettui-ci est fat, & a un frere fort docte, matre des requtes, ce docte a force livres. Un jour qu'il dlogeoit, il les faisoit porter aux crocheteurs, depuis l'universit, pour aller loger vers le louvre, cause du conseil. Le chemin est grand, si que les crocheteurs toient lasss: & lui, desirant faire un peu d'pargne, chargeoit les porte-faix le plus qu'il pouvoit. Il y en eut un, sur lequel il mit un peu trop de grands livres. Le crocheteur lui dit: monsieur, je vous prie, choyez-moi; vous en mettez trop. O! ha, ha, dit-il, te voil bien gt d'en porter sept ou huit! Et s'il te les falloit tous porter en la tte, comme moi, & que ferois-tu? Adonc le crocheteur se revire vers lui, & lui dit? par mananda, monsieur, vous y avez donc de beaux crochets. Je suis pris; j'ai belle femme. C'est tout un, il y a plus de quinze ans que j'ai chant ma premiere messe. LISET. Quoi! ce savant toit-il prtre? R. ESTIENNE. Non; mais l'usage de France, les prtres se marient, & les gens laques disent messe. LISET. Je ne puis entendre. ESTIENNE. Vous n'avez donc gures vu de besogne parmi nous? Les Prtres, quand ils chantent leur premiere messe, ils disent qu'ils font leurs noces, & ainsi les voil maris un brviaire: & les gens maris, par dpit, disent qu'ils chantent leur premiere messe sur l'autel velu, ou le sera. OECOLAMPADE. Cela ne se devroit pas endurer. Et que tous les mille diables, pourquoi endurez-vous que l'on die la messe paresseuse, la messe sche; &, ce qui est bien plus joli, que les prtres aient des amies sans fraude. CUSA. Allez, monsieur, allez dormir, vous n'tes pas assez sage pour renverser nos bonnes coutumes. Apprenez que, durant la famine, les gueux font les trons plus gros; & vous diriez qu'ils se retiennent de chier, plus qu'en bon temps. Faites vos affaires; & laissez les nonnains se donner du goupillon l'opposite des reins, parce que chacun veut vivre sa poste. Je prie dieu pour les marchands, qu'ils fassent si bien leurs affaires qu'ils ne puissent gagner ni perdre; pour les gentilshommes, qu'il n'aillent avant ni arriere; pour les gens de justice, qu'ils ne fassent ni bien ni mal; pour les femmes grosses, que l'enfant en sorte avec mme plaisir qu'il est entr; & pour le reste du monde, qu'il se puisse gratter o il se dmange sans danger. BEZE. Vous nous parliez d'un savant officier: je l'ai connu. Hors la Table, il n'toit guere qu'une bte vtue; au reste, chiche en cur & ribaud, il y paroissoit, d'autant qu'il ne faisoit chez soi plus grand festin que de pts d'hermite. NERON. Qu'est ce que cette viande? APICIUS. Noix, amandes, noisettes. QUELQU'UN. Qui le connot mieux que moi. Ce fut lui qui vint consoler madame du Bois, aprs la mort de son mari, qui toit dcd Paris, s'tant fait tailler. Il vint vers elle, durant ses grands pleurs. H bien, madame, combien vous devez vous consoler, & remercier dieu de ce que monsieur votre mari est mort bon catholique, & qu'il a eu les droits de l'glise? Soyez joyeuse de cela, madame, ma chere dame. Or combien ce vous est plus de joie qu'il soit ainsi mort, au prix que s'il et t rompu sur une route, ou empal, ou tir quatre chevaux, comme tant de bonnes gens. Adieu & bon soir: mais qu'il ne vous dplaise, ni moi aussi; bon vpres, tant qu' l'amander. Apprenez ici prcher, messieurs les savans, sans tant user de propos. NERON. Que pensa cette pauvre dame? QUELQU'UN. Que ce prtre ft insens. Aussi ressembloit-il mieux un fou qu' un moulin vent. La pauvrette toit en douleur extrme: & encore plus, depuis qu'elle eut reconnu le grand amour que son mari lui portoit, ce dont elle avoit t ignorante; & elle l'apprit un an devant qu'elle l'en interroget. Une aprs-dne qu'ils devisoient, son mari & elle, elle s'avisa de lui dire: mon mignon, je te prie de me dire si tu m'aimes bien. Oui vraiment ma mie. Comme quoi, mon coeur? Comme un bon chier, ma chere soeur. Vraiment, vous ne faites gueres tat de moi. Il remarqua ce ddain, & dlibra y pourvoir. Un jour qu'il avoit affaire aux champs, il dit sa femme qu'il desiroit qu'ils allassent ensemble; quoi elle s'accorda: il la fit lever plus matin que de coutume, & que nature n'avoit encore apprt les matieres de l'lection, si qu'elle n'alla point ses affaires, joint aussi qu'il la hta fort. Ils monterent cheval, lui sur son roussin, & elle sur le bon mallier, avec le valet qui la guidoit en croupe, lequel valet toit avis de ce qu'il devoit faire. Comme ils eurent pass deux lieues, la dame eut envie de fianter; mais le valet lui dit qu'il n'osoit s'arrter, & qu'il se falloit hter; si qu'elle se retint, & si bien qu' l'arrive elle se sentoit assez presse de faire ses affaires; & ce fut tout que d'aller jusqu'au purgatoire, o elle s'vacua abondamment, & avec tant de volupt, qu'elle se souvint de l'amiti que son mari lui portoit. Parquoi, tant revenue, elle dit: a, a, mon ami, je connois bien assurment que vous m'aimez beaucoup; je l'ai tantt expriment, & crois qu'il n'y a rien si bon qu'un bon chier. Mme j'ai t en grand'peine; je suis fort marrie que je n'avois du papier pour me torcher le cul; je vous assure que je vous l'eusse bien gard, tant cela est bon. L'AUTRE. Elle et fait comme une demoiselle de Saumur, qui est si bonne mnagere, qu'elle fait deux fois d'un torche-cul; aprs que le premier coup, elle s'est torch le cul, elle reploie le papier en sa pochette, o il y a de la drage pour les mignons, qui fouillent aux pochettes des dames, pour avoir de la friandise, comme tu disois tantt. POSTEL. Fi! je crois que cette est l'occasion, pourquoi les Turcs ne se torchent pas le cul de papier, d'autant qu'ils sont friponniers; & ils enrageroient, s'ils trouvoient ainsi s pochettes des dames des papiers breneux. SIMLER. Tu as dit vrai; tu t'y prends comme un moine fouler vendanges; tu l'entends comme une guenon faire des fagots: si la tte vous fait mal, ce ne sera pas de cela. Je vous dirai la raison, pourquoi les Turcs ne se torchent point le cul de papier; c'est de peur que ce papier ne soit une bulle du pape, ou quelque relation de consistoire, ou conclusion de chapitre; de quoi si l'on s'toit flair le fondement, sans doute on auroit les hmorrhodes, ce que les Turcs craignent beaucoup: d'autant qu'ils croient que l'ame est au sang, & que le sang coulant ainsi par le cul, leur ame seroit toute breneuse. CATON. Les pauvres Turcs avoient bien affaire que vous les tinssiez en vos contes. Mais, puisque vous en parlez, quoi connotriez-vous un Turc d'un chrtien, s'ils toient tous deux tout nuds? GESNER. Et vous, quoi connotriez-vous une vache au milieu d'un troupeau de brebis? CATON. A le voir. , , rpondez ma question. SIMLER. Je vous le dirai bien; c'est qu'il faut sentir au cul, celui qui aura odeur de moust, sera le chrtien; d'autant que le Turc ne boit point de vin. INSTANCE. XI. L'AUTRE. Je suis bien aise que vous tes venus sur ces diffrences. Dites un peu quelle diffrence il y a d'une femme un prtre? Ce sont gens de robe longue. Je n'en sais rien. Ni moi aussi. Ni moi itout. A, a, je vous le dirai: c'est que les prtres mettent leurs amis sur leurs ttes; & les femmes mettent leurs amis sur leurs ventres. CARDAN. Si le roi dfunt et su ces diffrences, il n'et pas t en peine de demander au grand prieur ce qu'il pensoit d'un beau cheval, qu'on lui vouloit vendre. Le roi lui faisant voir ce cheval, lui dit: monsieur le grand prieur, que dites-vous de ce cheval? Voil un beau cheval, sire, & qui fera bon service. On me le veut vendre pour Turc; & je vous prie: vous qui vous y connoissez, de m'en dire votre opinion. Quoi! pour Turc? Par la double bierre des pays bas, sire, il est chrtien, comme vous & moi. Afin que vous ne soyez plus abus, nous rmes, ce jour-l, tout notre saoul; & monsieur le grand prieur fit, au soir, un trait autant plaisant, qu'il avnt de long-temps la cour. Je remarquerai un peu le temps. On portoit des bas attacher; & n'avoit-on qu'un beau petit culot, si que les fesses paroissoient abondamment, & la mere des histoires tant souleve d'un pont-levis fait en fonte. PLATON. Qu'est-ce que la mere des histoires? L'AUTRE. Foin, que d'ignorance! C'est la pochette qui contient les histoires, c'est la couille. Voil une grande difficult! Qu'il faut peu ces philosophes, pour les faire badiner! Nous tions en la grand-chambre d'aprs la salle du chteau, & monsieur le grand prieur faisoit un tat d'une belle pe de damas qu'il avoit. Le roi lui dit qu'il ne croyoit pas qu'elle ft si bonne qu'il disoit. L-dessus le roi la prend, & ainsi nue la considere: vraiment, dit-il, cela ne coupe point. Quoi! dit le grand prieur, sire, j'en couperai, d'un revers, une douzaine de flambeaux. Le roi dit: vous ne sauriez seulement couper cettui-l, que voil sur le bout de cette table. Cette parole ne fut pas si-tt dite, que le grand prieur va vers ce flambeau, & d'un revers la coupe en deux. Il y avoit le baron de Sault avec ses fesses, dont le proverbe en est venu, qui tendoit beau cul, sans y penser. La fin du coup va roide son cul, d'autant qu'il toit ainsi tourn parlant d'autres; & partant il eut le cul coup. Ha! ce dit-il, monsieur, qu'avez vous fait? Vous avez gt mon haut-de-chausse. RENE. Vraiment, ce cul coup n'et pas lors serr les fesses de peur de pter. ASCLPIADES. Vraiment non, non plus que Margot de chez nous, qui passoit par la salle, en portant un oeuf madame; comme elle fut au milieu de la salle, elle nous salua; & en cette action, elle eut faim de faire un pet, c'est--dire envie ou desir, (ainsi qu'on dit Paris, j'ai faim de pisser, soif de chier.) elle voulut serrer les fesses de peur de peter; elle fit tout au rebours. Je vous assure qu'elle serra si fort le poing, qu'elle creva l'oeuf; & ouvrit tant les fesses, qu'elle fit un gros pet. Quoi! vous petez, lui dis-je? Vere, monsieur, dit-elle, c'est que j'ai mang des pois. NERON. C'toit donc une _fausse guenippe_. ASCLPIADES. Oui, elle avoit tudi avec celles muses Aganippes, d'o vient ce bel pithete. CICERON. Dites-vous un _pi de tte_? C'est une corne de cocu. ASCLPIADES. N'allez point chercher d'quivoque: cela est dfendu par la pragmatique sanction. Ainsi que disoit un chanoine, disant: messieurs, depuis qu'il vous a plu me recevoir indigne chanoine, comme les autres, je n'ai point ou parler que la pratique de l'ascension nous ft contraire. GRATIAN. Une dame du mme pays, ayant un panaris au doigt, ainsi qu'elle l'avoit ou nommer au chirurgien, parlant de son mal ses commeres: hlas! disoit-elle, ma mie, j'ai le mal de _paradis_. BEZE. La voil, l, l, l'ance monsieur; vous me mettez l-dessus. Le coq de notre paroisse voulant dire, l'vangile: _gloria tibi, domine_; faisoit le docteur, & disoit: _gloria edit homines_; (ha! ha, ha; hem, hem, ho, ho) puis regardoit si on le voyoit. BUCANAN. Il toit d'une race de gens assez fins pourtant, tmoin son cousin germain, qui toit cur du mme village, auquel village depuis n'agures on avoit fait un crucifix tout neuf, & on avoit mis le vieil au grenier du presbitere. Le cur, qui desiroit de manger d'une bonne oie, l'avoit fait engraisser, tuer & mettre la broche, pour cuire, toute farcie. Or, pour pargner son bois, il avoit mis le vieil crucifix au feu; &, conscience le dvorant, ne l'avoit voulu rompre, si qu'il le mit tout entier au feu, & laissa son petit neveu rtir l'oie, c'est--dire, tourner la broche. Quand le bras du crucifix fut brl, le corps tombe, la tte sur le rti, & le petit garon de se lever & courir l'Eglise, o il va crier: mon oncle, mon oncle, cet homme que vous avez mis dans le feu mange notre oie. AGATOCLES. Qui connot mieux ce cur que moi? Un jour, je dnois chez monsieur du Mesnil, celui que monsieur de Gu-Hbert fit porter, par le diable, avec sa femme, dans un champ deux lieues de sa maison. Le cur dna avec nous; puis en diligence s'en retourna; & aussi tt nous ouimes sonner les cloches, comme pour un nouveau miracle. Le fait est tel, ainsi que nous savons expdier brivement avec grande tirelitantaine de paroles, nous autres Grecs. Un voisin de monsieur le cur lui avoit drob une oie & l'avoit mange. Ce cur l'avoit tant cherche, qu'il en avoit dpit. Enfin, par confession du paysan, il sut la vrit; & parce que c'est sacrement, il n'y a pas moyen de m'en venger en la dcouvrant. Pourquoi il dlibra, pour l'attrapper, de lui en faire autant, selon que l'vangile l'enseigne aux gens d'glise: si on vous frappe en une joue, baillez une belle & forte joue en l'autre. ILLIRI. Quant j'tois d'glise, j'oyois ainsi interprter, _inter fratres penes quos est_, l'intelligence des critures. AGATOCLES. Il fit donc tant qu'il empoigna une bonne, grosse, grasse, ferme, dlicate oie du paysan; & se dlibra d'en manger gogo; cou & tout; & pour cet effet, il la fit dvotieusement cuire au feu presbitral, comme dit est. Etant revenu de l'glise, & dlibrant se mettre table, voil que monsieur du Mesnil l'envoya querir. Quoi! perdre une repue franche? Ce seroit double perte un cur; il perdroit ce qu'il mangeroit, & ce qu'on lui prpare. Le cur dlibrant d'aller dner, dit au messager: mon ami, je vais aprs vous. MAROT. Il ne fit pas si dextrement que matre Mac, le cur de la basse Athene, qui toit press de la noblesse, qui sans cesse venoit chez lui l'cornifler. Un jour qu'il y avoit sept ou huit haubereaux chez lui, il leur fit le meilleur visage du monde. Messieurs, soyez les biens venus; , que l'on se dpche; garon, au vin, au poulailler, au crochet, la fuye; serviettes blanches. Disant cela, il mouvoit & prend un surplis qui toit part sur une autre robe, que celle qu'il avoit rapporte de l'glise; & prenant un brviaire en sa main, les rendit tonns. O allez-vous, monsieur le cur? Je viens incontinent, dit-il, messieurs; je ne ferai qu'aller & venir, tandis que le dner s'apprtera, je vais rconcilier un pauvre pestifr, que j'ai confess ce matin. Et ce disant, il sortit; & soudain, tout ces guillerets pouvants sortirent; & de treize semaines, n'y voulurent aller. AGATOCLES. Cettui-ci se prpara pour venir. Or il avoit envie de manger de l'oie, & disoit: je mangerai de l'oie par dpit. De la laisser au logis, il n'y avoit point de moyen, parquoi il s'avisa de la cacher; & pour en ter la connoissance son valet & sa chambriere, il les occupa de message; puis prit les clefs de l'glise, & y porta l'oie toute cuite, & la mit en un coffre; puis il cacha les clefs sous une tombe. Le valet, qui toit au guet, l'apperut; parquoi, sitt que le cur eut pris l'air; il s'en vint avec la chambriere & avec un de leurs familiers, & allerent manger l'oie, tant qu'ils prent: puis ils dpendirent toutes les images, & les mirent autour de ce coffre, leur ayant graiss le minois & les mains du reste. Il restoit encore une demi-cuisse, qu'ils mirent en la goule du diable qui est sous saint Michel; & s'en allerent, fermant l'huis, & remettant les clefs au mme lieu o elles avoient t musses. Le cur revenu, va droit aux clefs; & les ayant trouves comme il les avoit mises, dit: je mangerai de l'oie mon compere. Il entra en l'glise; & voyant tant de saints autour de son coffre l'oie: , ho, dit-il; & qui, tous les diables, vous a mis l? Etant approch, & les voyant ainsi gras par le mufle & les mains, & la cuisse la gorge du diable, la lui arracha, disant: vilain que tu es, je ne me soucie pas des autres; mais toi, j'en aimerois mieux trangler, que tu l'eusse; & d, j'en tterai. Comme il la savouroit, il se va souvenir de sa faute; si qu'il sonna les cloches, pour appeller le peuple pour voir ce grand miracle. PRODUCTION. XII. A savoir si ces valets avoient mal fait. OECOLAMPADE. Non, s'ils l'avoient pris avec action de graces, comme le soldat qui chappa le pendre, aux premiers troubles. Monsieur le prince de Cond avoit fait faire un ban, par lequel il toit dfendu aux soldats, peine de la vie, de prendre chose aucune. Ainsi il sortit d'Orlans, en huguenoterie pour lors, avec une belle troupe. Il y avoit un jeune soldat, qui au partir toit pied, & le lendemain il parut mont. Cela fut rapport; parquoi il le fait venir devant lui, pour tre jug & livr au bourreau. Sentant cette approche, il fut fch extrmement d'tre pendu, principalement quand on se porte bien. Il se jette genoux devant monsieur le prince, & lui dit: monseigneur, s'il vous plat our ma raison, je vous rendrai satisfait. Dis-la. Monseigneur, nos ministres nous prchent que tout ce que nous prendrons, nous le prenions avec action de graces. Ayant trouv cette monture, je me suis mis genoux, & l'ai prise avec action de graces. Va, va, n'y retourne plus, & ne sois plus larron. BACON. Il ne l'appella pas larron; non da, non de pardieu, il s'en garda bien, d'autant qu'ayant connoissance de beaucoup d'honneur, il savoit bien qu'il n'y avoit pas raison de nommer un homme larron, sans faire tort beaucoup de sortes de gens, parce qu'il y a des larrons de toutes sortes de sectes, habits, qualits & autres nations de peuple. CUSA. Vous n'exceptez rien. BACON. Non; & si je ne m'en confesserai point. Non, non. CUSA. Bien donc, de ce qu'on n'a point fait, ni eu envie de faire, s'en faut-il confesser? BACON. Allez demander cela au pnitencier. CUSA. Et si je ne sais rien pour lui dire? BACON. Rpondez, comme le bon homme de Vannes, qui toit charron, lequel s'tant confess, le cur lui dit: dites votre _confiteor_. Je ne le sais pas. Dites votre _ave_. Je ne le sais pas. Dites la patinostre. Je ne le sais pas. Que sais-tu donc? Je sais faire de belles civieres rouleresses; je vous en ferai une quand il vous plaira, & bon march. LE BON HOMME. Vraiment, ce fut presque de pareille monnoie que furent pays, Rouen, messieurs les consultans, qui, ayant fort exactement avis l'affaire d'un Marin Gautier, & lui ayant dclar l'avis du conseil, il prit son avocat part, & lui demanda si messieurs se contenteroient bien chacun d'une signole. _Signole_ est une piece d'or valant moins d'un cu; & signole aussi est ce que nous appellons la roue que font les jeunes garons. L'avocat pensant aux pieces d'or, dit qu'oui, & que c'toit honntement. Adonc Marin va compter ces messieurs; & ayant mis bas son manteau tendu sur la place, fit autant de signoles qu'ils toient; & deux pour son avocat, & puis les remercia, & adieu. ILLIRIC. Il paya le talent d'autrui de son labeur. C'est ainsi qu'il faut mettre la piece au trou, comme fit Martin Chouri, qui vint voir le rapporteur de son procs, pour lui montrer quelques pieces qui lui toient ncessaires, pour le gain de sa cause. Le rapporteur qui avoit t press par les parties adverses, qui lui avoient mis s mains des rouelles de bonne faveur, dit Martin: mon ami, il n'toit pas besoin de ces pieces, d'autant que nous avons jug votre procs. Comment sans ces pieces: Nous l'avons jug vue de pays. Et moi, j'en appelle travers champs. LOUVET. Cet appel et pu courir bien loin, s'il n'y et eu montagne ni valles, ainsi que le disoit messire Marguerin au paysan qu'il confessoit. Le bon homme toit au lit de la mort; & le prtre lui prchoit la rsurrection, afin qu'il n'et point de regret cette vie; & suivant son propos, lui disoit qu'aprs le jugement, il n'y auroit ni montagne ni valle. O! o, dit le paysan, il fera donc beau charroyer. Un peu aprs aussi, la femme se mouroit; & le prtre lui disoit qu'elle alloit en paradis, o elle verroit les saints avec lesquels elle seroit: a! ha, dit-elle, il n'est que d'tre parmi le monde qu'on connot. ULDRIC. Elle n'toit donc pas comme le valet du ministre de Vaivai, au-del de Lauzanne, qui connoissoit le diable. Un jour qu'il faisoit tonnerre, pluie & tempte, & que le monde toit, un dimanche au soir, aux prieres: voil un clat de tonnerre qui donna; & au mme instant un pauvre ramonneur de chemine, pour viter le danger & la pluie, se jette dans le temple. A son arrive, chacun le voyant si noir, s'enfuit. Il voit le monde fuir, il fuit aussi aprs. A la sortie, & qu'il toit le dernier, il arrte ce valet, qui aussi toit le dernier des autres, & lui demanda ce qu'il y avoit. Le pauvre valet lui dit: hlas! monsieur, ne me faites rien; je vous connois bien. Et qui suis-je? Vous tes monsieur le diable, qui dieu donne bonne vie. GAGUIN. Il toit aussi fin que le Genevoisien qui toit en garde avec quelques Franois la porte neuve. Un des Franois, revenu de sentinelle, se jetta sur le lit de bois pour se reposer: ce Genevoisien toit auprs. Avint qu'en dormant le Franois va faire un pet, sur quoi l'autre se va crier: au diantre soit la couvaye, le chancre la puisse ronger! Ils disent qu'ils sont ci venus pour l'vangile, & ils petent comme poirs, c'est--dire, pourceaux. ARNOBE. Cela se rapporte comme le moine qui mene un diable en lesse, disant ses heures, le tout en peinture, qui dit: telle est la gnration de ceux qui cherchent la face du dieu de Jacob. Je l'eusse dit en latin, sans que le diable qui s'en formalisa, dit tout haut en bon franois, par la bouche d'un procureur qui voyoit cette figure aux augustins de Tours, o le grand conseil tenoit: si le diable avoit des peintres, on verroit plus de peintures de diables menant des moines en lesse, que des moines y menant des diables; encore qu'il y ait, comme il se comptera la fin du monde, un tiers plus de moines que de diables pour les amuser. CSAR. Je pense que vous rvez de parler ainsi. SOZOMENE. Non fait, il ne rve pas. Il est comme le sire George, qui toit fort malade; & sa femme avec quelques siennes commeres le rconfortoient; & comme elles voulurent essayer s'il les connoissoit, l'une dit: h bien, mon compere mon ami, nous connoissez-vous bien? Oui. Qui sommes-nous? Vous tes toutes des plus fortes putains de Blois. Ardez, ce dit l'une, il rve. Vraiment non fait, dit sa femme, il vous connot bien. RONDELET. J'y tois; je le panois, j'en ris assez; & encore plus, quand les dames y tant pour le renforcer, l'incitoient d'avoir courage. Madame la gouvernante y toit, qui lui disoit: or a, courage, sire George; l, il faut prendre quelque chose. N'avez-vous rien pris aujourd'hui? Il rpondit: sauf votre grace, madame, j'ai pris une puce la raie de mon cul. CSAR. Je crois qu'il toit fou: le saffran de sa boutique lui avoit altr le cerveau. RONDELET. Encore dites-vous vrai, tmoin monsieur de Vendme, qui tant malade & dgot, vouloit manger du ris; ce que disant son mdecin, il le lui accorda. Le prieur ajouta qu'il et bien voulu qu'on y et mis du saffran. Bien, dit le mdecin, mais il n'y en faut gueres. Non, rpondit le prieur, il me feroit mal: & de fait, je vis un jour un cheval qui en toit trop charg; il en devint fou. MAROT. Estimez-vous pour cela que ce seigneur ft fou? Non, pas du tout; mais il tenoit un peu de la fve. Et c'est ce que notre Pythagoras nous enseigne, disant: gardez-vous ou abstenez-vous de fves: c'est--dire, d'tre fous, ou d'en faire des traits. Je ne sais pas quel fou toit cet abb, mais j'ai retenu de lui des maximes notables. EXPLOIT. XIII. Pour parenthese, je vous dirai que c'est de lui que je tiens qu'il y a au monde quatre nations anagogiques aux quatre mendians de l'hpital, qui sont poux, puces, morpions, punaises. ULDRIC. Voici qui est beau. MAROT. Ecoutez; tantt nous rentrerons bien en propos, droit ou gauche. L, cher ami, je vous prie. Les poux sont les Allemands, qui mordent & mangent, & se laissent assommer, ainsi que les Suisses, sans s'avancer. Les puces sont les Franois, qui sautent & n'ont point d'arrt, & laissent des marques par-tout o ils vont, ainsi qu'on le voit par-tout; mais ils n'y sont pas. Les morpions sont les Espagnols, qui se sapent s places si bien, que, si on les peut ter, c'est piece piece. Les punaises sont les Italiens, qui empuantissent tout de leurs inventions de danses & belles farfanteries qui infectent le monde. NERON. Que deviendront les autres nations? MAROT. Je les recommanderai aux cordeliers rforms, ministres, jsuites & telles gens de l'autre monde nouveau. CSAR. Mais o en tions-nous? PARACELSE. Sur les diables familiers, ce me semble, ou quelque chose de diablerie: c'est tout un. RONSARD. Si vous avez perdu la mmoire, je vous dirai une jolie aventure, pour vous reguiser la mmoire. Ceux de Benest & d'autour devoient aller au march Bourgueil; & quelques-uns s'tant donn but pour partir de bonne heure, il y eut un serrurier qui se leva plus matin que les autres, & voyant que ses compagnons ne se vouloient point lever, se mit en chemin. Ayant fait plus d'une lieue, & avisant qu'il toit encore trop matin, se voulut reposer. Il chut qu'il se va jetter quartier sous une potence, o depuis quelques jours on avoit attach un larron, qui gambadoit en vque champtre. Le serrurier s'endormit trs-bien. Le jour venu, ceux qui alloient au march passant par-l, il y en eut de joyeux qui dirent qu'il falloit appeller ce pendu. C'est bien dit. Hau, compagnon, hau, hau, veux-tu pas venir? Il y a assez que tu es l. Le dormeur qui toit bas, qui ouit ce bruit, s'veilla, & rpondit: oui, oui, hau, hau; je vais, attendez-moi. Ces passans se trouverent surpris extrmement, & s'enfuirent, cuidant que ce ft le pendu qui et parl eux; & le serrurier de courir aprs. Eux, oyant ses ferremens, pensoient que ce ft la chane du pendu; parquoi ils s'enfuient: le serrurier appelle & plus il appelle & court, & plus les autres tout pouvants s'enfuient, & ne cesserent de courir, qu'ils ne fussent Bourgueil. SIMLER. Or a, nous voil au march, qu'acheterons-nous? ZANCUS. Achetons des moutons & des poules, pour les payer au seigneur Breton, auquel on doit, par aveu bien crit, trente moutons lains, couilleux, cornus, & vingt poules avec leur sauce de mnage: voil qui est bon, tout sert en mnage. RENE. Oui da. Mais quelles sont les plus grandes ncessits ou pauvrets du mnage? Je ne sais. Ni moi aussi. Ni moi. Je vous les dirai, & les retenez. Je parle comme la bonne femme, la porte de laquelle on avoit chi, & s'en plaignant un sergent, lui dit: monsieur, je vous en embouche le premier; ardez, si vous m'en faites avoir raison, je vous promets de vous en faire bonne chere; & vous ayant satisfait, nous en ferons chez nous un bon repas. La premiere pauvret & ncessit, c'est quand on brle le balai, par faute de bois. La seconde, quand par faute d'autre pte on fait cuire le levain. Et l'extrme, quand, par disette de linge, on torche le cul aux enfans avec la langue. Vous sentez qu'il faut tre mari; autrement cela n'auroit pas lieu par-tout. BEZE. O! ne vous abusez pas. Ceux qui ne se marient qu'au mariage du diable, ne laissent pas d'avoir des enfans; parce qu'ils font la cause pourquoi. ASCLPIADES. Ne parlons point de cela; nous ferions des querelles. Et puis, mon ami, les parfaits sont aux cieux. Demeurons en terre, tandis que nous y serons bien. Donc nous converserons avec les femmes maries; & pour l'amour de si belle conversation, je vous dirai qu'une dame de Paris, d'auprs le coin de la rue Aubri-le-Boucher, avoit trois filles, qu'elle maria en un mme jour; & le lendemain, voulant savoir si ses filles toient femmes, elle les prit part, & leur dit: or a, mes filles, nous voici toutes femmes; il faut tout dire: je veux savoir laquelle est la mieux de vous, ou si vous tes bien toutes trois. L, dites-moi, quel cas ont vos maris? L'ane dit: ma mere, mon mari l'a menu, mais il est long. Bien! voil qui est bon, quand la cuillier va jusqu'au fond du pot. La seconde dit: mon mari l'a court, mais il est gros. Cela est raisonnable, lors que la cheville emplit le pertuis. La jeune: mon mari l'a petit & menu, mais il me le fait souvent. C'est ce qui est propre, & est grand heur d'avoir petite rente qui vient toujours. Or devinez laquelle est la mieux marie; & vous souvenez que l'outil de mariage est le plus sale drogueux de tous, parce qu'aprs avoir bien pil en son mortier, il crache dedans. FRACASTOR. Une fois, tant Paris, je discourois familirement avec une maquerelle. Je lui demandois quels membres virils toient les meilleurs. Elle me montra que tous ses doigts entroient en un de ses naseaux; & qu'ainsi les cas des femmes sont selles tous chevaux. BEROALTE. Ne le prenez pas-l, joint que Mathurin de Blere ne vous le concdera pas, vu qu'il ne put presque jamais dpuceler sa femme; & sans la fourchette de saint Carpion, jamais il n'en ft venu bout. LE BON HOMME. Boivons un coup, puis nous saurons cela. Boivez-vous des coups? APICIUS. Oui, d'autant que cela, c'est--dire boire, va coup & se serre dlicieusement: je dirai une volte, si vous voulez; aussi je la bois mieux que je ne la danse, _& audaces fortuna juvat_; cela veut dire, que qui chapon mange, chapon lui vient. Ceux qui sont un peu malades, & se renforcent boire & manger, gurissent; aussi l'on ne meurt que faute de boire & de manger, & bref de s'abstenir de faire les vertus cardinales. PARACELSE. En bonne finte, doncques matre Franois me vouloit faire prendre courage & esprit; parce que qui a bon esprit, il boit & mange bien. Je le priai de me donner une recette, pour m'empcher de devenir gras, comme l'toit Fouillez de Tours; il me dit que j'ouvrisse les yeux & fermasse la bouche. C'toit cela pour m'accommoder. DIOSCORIDES. Il ne vous et point fallu de fourchette pour tabler vos morceaux. Mais propos de cette fourchette. BEROALTE. Il y avoit de mon temps, Nevers, un bon personnage, qui cherchoit la pierre philosophale; depuis sa mort on l'a fait saint, & nomm Carpion. Ce bon homme donnoit des eaux, (comme celui qui avoit fait un enfant une belle demoiselle, dont elle avoit t dlivre, & le fait fort secret, ce qui a paru, parce que depuis elle a t bien marie au fils d'un bailli. Le soir des nces, cette demoiselle parlant son ami qui lui avoit aid faire cet enfant, lui disoit: j'ai peur que cet homme ne s'apperoive de la dilatation de mon cas. J'y ai pourvu, dit-il; envoyez, ce soir, votre laquais; & faudra qu'il me vienne demander de l'eau pour les yeux. Je vous envoierai de l'eau qui le rendra si troit, qu'il n'y aura pas quasi moyen d'y passer un filet. Ce conseil pris, le laquais alla qurir l'eau, & l'eut; & l'apportant, il pensa en soi-mme que souvent il avoit mal aux yeux, & que l'on ne lui en donneroit pas, parquoi qu'il valoit mieux qu'il en prt; ce qu'il fit, & s'en frotta les yeux, qui se serrerent, si fort, qu'il ft demeur l qui l'y et laiss). Le bruit de ce bon personnage tant grand pour tel effet, il avint qu'il y eut un jeune homme (c'est celui dont vous avez parl, ou tout autre, c'est tout un) mari avec une bourgeoise. Ces deux toient encore fort jeunes, & ne savoient rien du mange de concupiscence: tellement qu'ils se mettoient, sans rien faire, l'un sur l'autre. La mere de la nouvelle marie lui demanda, un jour, comment elle s'en trouvoit; & si son mari avoit fait ouverture sa nature. Elle lui dit que non. O! ma mie, il faut aller monsieur saint Carpion, & lui demander de l'aide. La belle y va, & lui fit sa plainte. Il lui demanda si son mari avoit des pendillantes au bas du ventre. Elle dit qu'oui; mais que ce qu'il y avoit en forme d'critoire toit si vif, & se levoit si fort contre le nombril, qu'ils n'en pouvoient rien faire. O bien, ma mie, venez ici sur les quatre heures du soir. Le bon personnage fit son apprt. Et la belle tant revenue sa mere, lui dit: en da, ma mere, nous serons bien heureux; ce bon homme nous fera grand bien. Je vais vtement le voir. Etant arrive: bon soir, bon soir, monsieur: avez-vous eu le plaisir de songer en moi? Oui, ma mie; tenez, voici une fourchette qui est de franc-coudre. Voyez; elle est enveloppe & sacre en ce papier; emportez-la; & quand vous serez au terme de vous coucher, recommandez-vous dieu, vous & votre mari: puis tant tous deux tout nuds, faites-le mettre genoux entre vos jambes; & ce qu'il a qui se joint si ferme au nombril, abbaissez-le en le poussant avec cette fourchette, tant qu'il soit droit de ce petit pertuis, que vous avez au bas du ventre. Allez, ma mie. La jeune bourgeoise ainsi instruite, ne faillit en rien; si qu'elle & son mari trouverent le point qui leur fit grand bien; & tant s'y accotumerent qu'il ne leur fallut plus de fourchette. Parquoi, avec un petit prsent d'une ceinture, que les fileurs de soie nomment un _cude_, elle reporta la fourchette au bon pere, lui disant qu'elle toit bien tenue lui, & qu'ils n'en avoient plus affaire; que le cas se baissoit assez, sans aide que de la main. Le sage lui dit: gardez-la, ma mie, gardez-la; elle vous a servi le baisser cette heure qu'il est jeune; elle servira le lever, quand il sera vieux. SUITE. XIV. ARNOBE. C'est belle chose d'avoir de la mmoire: vous avez parl d'intrins. Que ne nous avez vous dit ce que c'est; s'ils sont d'Allemagne ou d'autre part. ASCLPIADES. Attendez; & vous le saurez. Je n'avois garde ni autre d'en parler, sans l'avis de nos matres: & pource, belles entendoires, souvenez-vous quand nous fmes Rouen avec notre roi; & que ce bon archidiacre, lequel est notre matre entre les mdecins, nous trata. Il fit ce banquet nous autres, qui sommes conseillers du roi en mdecine. Ainsi il y en a de conseillers en finances, en maonnerie, en fontainerie, en tavernerie, & comme vous diriez en rufiannerie. _Celate verba._ NRON. Ce sont mots dors & notables; ne les contaminez pas. ASCLPIADES. C'est cet homme d'glise qui est cause que j'ai fiant ainsi du latin par la bouche. C'est un _miserere mei_ d'loquence, qui me fourgonne la mmoire. Ce noble archidiacre nous fit le conte de son aventure. Ainsi que madame toit trs-malade, & que l'on pensoit qu'elle expirt, environ la minuit, on vint appeller monsieur le docteur, qui se jette du lit; or a-t-il une coutume de dormir sans chemise. Vraiment il n'avoit garde d'y penser, d'autant qu'il n'toit pas dedans. Il se leve en sursaut, pour aller secourir madame, il met sur ses paules le manteau de son valet, premier trouv, (j'ai quasi dit _venu_, comme le disent ceux qui sont du pays o tout va & vient). Le manteau ne lui passoit pas le nombril; & ce personnage entra en la chambre, o prtres, gentilshommes, dames & autres toient. A son entre, tout chacun se mit rire; & lui s'criant, dit: ha! mauvaises gens, vous tes sans amiti, sans douceur & bont. Voil madame qui se meurt; & vous riez! Est-ce la piti qui vous doit mouvoir? Plus il prchoit la dsolation, plus les autres rioient. Et madame, qui revint ce bruit, eut la mme vision que les autres, s'en prit si fort rire qu'elle fit un pet & fut gurie; & en cet excellent changement, lui dit: mon pere, cachez votre vit, il me fait rire. SAPHO. Ainsi qu'il avint notre mtayer, qui se mettant goter, voil mademoiselle de Launai qui le vint voir, & s'assit sur une mote de cailloux; & comme ngligemment elle se tenoit: parlant lui, une jambe baisse & l'autre haute, il voyoit son cela, & ne lui rpondoit qu' demi. A donc il lui dit: mademoiselle, cachez votre con, il m'empche de goter. LE MINISTRE. Mais ces intrins? L'ENFANT. Or bien, sachez qu'il y a des dames Paris, & autres lieux o il y a des cours souveraines, qui ont libert de se prter, d'autant que l, & autre part, il y a libert de fesses, comme il appert par les privilges de Bourges, Tours, & autres lieux, o les chanoines ont des garces, ainsi qu'ailleurs; les dames tant maries gens qui ont des affaires, comme en ont messieurs de la cour des comptes, & autres dont je ne parle ni ne cuide parler, d'autant que si je crois qu'il y ait entr'eux quelque homme de bien, & que je le die, ce ne sera pas sans dpriser les autres, auxquels je ne veux faire tort. Mais parce qu'ils sont bien connus, je le propose, afin que par eux on juge de ceux qui ont des ngoces. Les femmes de ces empchs, voyant & connoissant que leurs maris n'ont pas loisir de leur faire choses & autres, ont de beaux jeunes hommes la maison, qui font ce qui est faire, pendant que monsieur n'y est pas: & parce que cette coutume commena du temps des snateurs de Rome, le nom latin leur en est demeur encore. Et puis quand monsieur le procureur vient harass comme un marayeux, en entrant, il voit sa femme, & lui dit: bon jour, trognon. Bon jour, mon ami, dit-elle. Et bien, ma fille, dnerons-nous? Oui, mon ami. Je m'en vais la messe, & un petit confesse quelquefois, o elle est jusques aprs vpres. Et puis dis que tu en as, homme de peine, pour en amasser telles friquettes. SACERDOS. Mais que disent-elles confesse? MINISTER. Ce qui leur vient en la bouche. L'AUTRE. O! & leur vient-il quelque chose? Je pensois qu'il n'y vnt rien que quand on y porte. MINISTER. Voire, vous voil aussi tonn que le mari de madame Jeanne, servante de monsieur de Bourges, qui fut marie son argentier. Ce gars, la nuit des nces, lui disoit: Jeanne, ma mie, tu as le con bien grand. Oui, dit-elle, vous voil bien empch! Il en faut louer la moiti. Si j'en suis tonn ou empch ce n'est pas sans cause, vu que souvent les hommes ne savent que dire, non plus que celui de tantt, qui ne savoit rien faire que des civieres. VALDEN. Je fus bien empch, confessant, un jour, un jeune Breton Vallon, qui, en fin de confession, me dit qu'il avoit besogn une civiere. Quoi! lui dis-je, mon ami, ce pch n'est point crit au livre anglique d'enfer, nomm la _somme des pchs_, qui est le livre le plus dtestable qui ft jamais fait, & le plus blasphmatoire, d'autant qu'il est ddi la plus femme de bien. Je ne sais quelle pnitence te donner. Mais non, mon ami, quel got y prenois-tu? Monsieur, bon & dlectable. Quoi! est-ce une civiere rouleresse, ou bras? Monsieur, elle est bras, & bran, & bouche: c'est une vendeuse de cives. Ha! de par le diable, je pensois mal; va, mon ami, va, ne peche plus. LE DOCTEUR. Cette civiere toit-elle femme de bien? Je ne le demande pas sans cause, pource que je ne sais que vous faisiez, parce que mon confesseur me demanda, un jour, si je n'avois jamais paillard autre qu'avec ma femme. L'COLIER. Quelle diffrence y a-t-il entre les femmes de bien & les autres? LE MATRE. Vous avez tort, il ne faut pas les mler, il n'y a point de comparaison. Paix-l, paix-l, paix. L'COLIER. Voire; mais de parler des femmes de bien je ne l'endurerai pas; ma mere l'toit. LE MATRE. Encore pis, tu me feras gter. Vois-tu? Les femmes de bien baillent, ou font bailler, ou ont qui baille de l'argent pour leur faire, & en faut bailler aux autres. L'COLIER. C'est pourquoi elles ont plus de libert, comme celle qui, souper, vit que son mari ne lui avoit point donn de veau; & il coupoit un oison. Elle lui dit: mon mari, je vous prie, ne faites pas-l de l'oison, comme vous avez fait du veau. A, ha! he, hi, hi, e e e. Etant sur ces entrefaites, voici entrer Frostibus, lieutenant-gnral de tous les diables, auquel on avoit interdit la porte; mais madame lui avoit fait ouvrir, d'autant qu'il toit bon diable. Il vint, gai & gaillard, mettre les deux mains sur les paules de Luther, & lui dit: & bien, monsieur de l'autre monde, quoi! que dites-vous des gentillesses que nous avons faites par-del, en notre enfance? Tais-toi; lui dit ce vieil rveur Stumius, tu n'es pas sage, tu dcouvres le pot aux roses, tu dclares les secrets du mtier. Mais, dit-il, par ta foi, pauvre mlancolique, si tu es plus homme de bien que les autres, va te faire brler en quatre quartiers, comme vrai martyr des quatre religions. Or bien, messieurs, encore un coup, boivez, ne me tenez gueres. Je vais en Flandre, pour copuler les tats. Que voulez-vous savoir de moi? LUTHER. Tu es importun. Nous ne nous soucions plus de toi; va tous les diables, & nous laisse. Sinon, va ce nouvel abstracteur de quintessence qui te fasse griller, comme tu as fait rtir de mes bons disciples. FROSTIBUS. Ha! ha, par ma foi, je suis tout rjoui. Savez-vous un poinct, mes bons seigneurs? En quelque pays o il y ait une des quatre religions tablie, je fais dclarer hrtiques, comme fromage de Milan, ceux qui n'en sont point; & puis on les grille; & cela vient bien mon got, d'autant que le fromage grill est plus voluptueux au palais que l'autre. Mais laissons cela, ce n'est pas ce qui m'amene: je suis venu ici pour vous prier, mon Luther, mon capitaine, mon ami, de me faire la faveur qu'il n'y ait plus personne damn. Tous les diables vous en prient; & sera bon, s'il vous plat, d'y prendre garde, de peur qu'enfin les marchaux des logis d'enfer n'aillent en purgatoire marquer par-tout pour nous loger. Et d, il en est besoin, d'autant qu'il y a dja tant de damns en enfer, que les pauvres diables couchent dehors; & ainsi vous y aviserez, & je me recommande vos bonnes graces. Je m'en vais. Je n'oserois tre ici plus long-temps, de peur de devenir hrtique ou papiste. Que si cela avenoit, je serois perdu. Les financiers & bon conseillers des rois & princes ne feroient plus tat de moi, parce qu'ils ne font pas cas de ceux qui sont fermes en une religion. DFAUT. XV. Ayant dit cela, il s'en alla: & fut dit que qui que ce ft, qui heurteroit, demeureroit dehors, s'il n'toit de l'une ou de l'autre religion, _ex professo_: & te va faire loger, pauvre diable. LUCRECE. Mais s'il y venoit quelque gueule, lui refuseroit-on la porte? PONTANUS. Ces potes phantastiques ont toujours quelque allgorie. Que veux-tu dire par ces gueules? LUCRECE. H! pauvre fat, ne sais-tu pas bien que nos garces, que l'on appelle putains Paris, & nos soeurs s clotres, sont de vraies gueules. Aussi, je dis que, s'il vient ici des gueules, il les faut laisser entrer ici, d'autant qu'elles sont bonnes papistes, quand par dvotion elles le font avec les gens sacrs; & bonnes huguenotes, lorsqu'elles ne discernent point les jours. Ces deux sortes de gueules sont comme les avaleurs d'hutres; elles vivent de viandes vives & crues. Mon doux ami, tu t'en es tant escrim, que les mains te tremblent. Qui joue des reins en jeunesse, ils tremblent des mains en vieillesse. LOCRUS. Disant cela, je me ressouviens que vous n'avez pas tantt rsolu qui toit le meilleur; bien que vous eussiez dit que l'abbesse avoit rsolu qu'il n'y en avoit point de grands. AXIOCUS. Cela est bon. L'abbesse de Long-champs m'a appris ce qui en est; me demandant sur cette rsolution ce que j'en pensois: & je lui dis que c'toit elle, s'il lui plaisoit, m'en claircir. C'est, ce me dit-elle, celui qui est dur & dure. Voire, mais dis-je, madame: il ne peut toujours durer. Non d, dit la bonne mere, & c'est pourquoi on ne nous donne pas les tats de judicature, cause que nous rsistons au droit, & l'anantissons. LUCRECE. La dame qui ouit dire un docteur profrant _ponendum jus_: ho, , dit-elle, vous aurez menti, je ne ponerai pas jus, je suis femme de bien. C'est la raison pour laquelle monsieur de la Saulaye marioit ses filles jeunes; & quand on lui demandoit pourquoi, il disoit: j'aime mieux qu'il leur cuise, qu'il leur dmange. SOCRATES. Vraiment, je n'y saurois que faire: il y en a ce bout de table, qui disent possible les mmes choses que nous disons ici: mais il les enfilent d'autre sorte: je vous prie, vous qui les oyez, prenez-y garde, pour les ter de ces mmoires & y mettre vos intentions; & vous pour le premier qui le ferez, serez mis au catalogue des bons esprits, c'est--dire, vous serez dclar bte de bon esprit. Or sur-tout prenez garde quelques petites gentillesses qui sont ici rduites, & les calculez avec leur distance; &, sous cette proportion, vous trouverez un grand notable secret; excellent mystere, & mystrieuse excellence. DIOGENES. Il m'est chapp de vous dire cela; le diable me l'a tir du cul, pour le mettre en votre bouche; faites-en votre profit, comme d'une belle & joyeuse vrille de bois. LE BON HOMME. Et bien, boivons, & me donnez un petit de cette crote de pt; ce que j'en fais est pour pargner le pain. Mais propos, qu'est-ce qui pargne plus le pain en une maison? CHOSE. E! h, quel voyage, ma grand'tante; & qui tes-vous, chouse? C'est la miche, & le gteau, & le tourteau, & la fouace, & le biscuit. Cela me fait souvenir qu'tant Blois avec mes amis, faire bonne chere, durant les tats. BEZE. Gare le concile. PETRUS DE ALVER. Pourquoi? BEZE. Parce qu'aux nces les huguenots furent attrapps Paris, la S. Barthelemi. Aux tats, les ligueurs furent contamins, environ nol. Et s'il avient un concile, au diable le couillon restant de ces sortes de gens qui gtent tout. CHOSE. J'tois donc Blois me rigoler comme un pere; & mes amis qui me gratifioient, me traiterent douze jours de bons vivres, & ne me prsenterent point de pain; ils ne me donnerent que de la miche. Ce fut au temps mme que la pauvre Ragonde, fille du commissaire Chotard, se trouva grosse: & comme son pere s'en fut apperu, il lui fit quelques remontrances, disant: comment, ma fille, qu'avez-vous fait? En d, mon pere, je ne pensois pas que si peu de chose me pt ainsi aventurer. O! vilaine que tu es, je crois qu'il te faudroit donc un fourgon. SPARCIPPUS. Je n'tois pas-l; mais Montauban, ou Beziers, o j'oyois matre Florimond le menuisier, qui tanoit sa femme de ce qu'elle toit ivrogne; & lui remontrant gracieusement pour l'induire pnitence, lui dit: en d, ma mie, ma femme, j'aimerois mieux que tu fusses un peu putain. Elle lui rpondit: _carabous, carabous le meo marita tout attingueren, de tout ferem, un poque_. APULE. H! gu, tout ira bien, j'en aurons; & puis on trouve Paris pleine chemise de chair vive pour cinq sols au rabais. POGGE. Celle de la dame Isabelle valut bien davantage, ainsi qu'il a paru: c'est qu'elle a tant gagn prter son brelingot, que de l'argent du reste, elle a fond la plus clebre religion qui soit Venise, ainsi que me l'ont dit les Jsuites en confession. MACROBE. Ce chose l n'toit donc pas comme celui de cette pauvre garce Michelle, qui venoit d'Angers Tours, & se mit au bateau de Bolacre. Nous tions bonne troupe, & montions par eau sur Loire, pour aller aux pardons Orlans. Comme j'tois l, je dsirois que la riviere et t mi-partie, qu'un rang et coul comme elle fait, & que l'autre et coul vers Blois. Si quelque pape savoit faire cela, il augmenteroit beaucoup le domaine de saint Pierre, par la diligence que feroient les postes. Entre tant de gens de bien qui toient au bateau, il y avoit un gai & jeune, qui, pour avoir fray avec Michelle, avoit mal son unique bout, ce qui lui dplaisoit fort, aussi-bien qu'aux autres qui ont pareils accidens, qui survinrent plus de six de la compagnie. Il falloit se reposer Tours, o pour lors toit le roi, qui venoit de fixer le mercure. Etant l, ce jeune homme intress aux parties vitales, (ainsi notre ami l'horlogeur nommoit le _vit_, de peur d'offenser les oreilles des filles: aussi qui les en iroit frtiller par tel endroit, feroit ridiculit: ainsi que celui qui demandoit chez Bourgant, la mme semaine, du ridicule d'antimoine; il vouloit dire du _rgule_;) ainsi cet afflig alla droit chez le compere Jardin, qui le consola, & le mit en train de brive gurison. Or, en notre troupe, y avoit un prtre Breton, qui avoit la pine si offense, qu'enfin vex de trop de mal, il se dcouvrit ce jeune homme, qui lui conseilla d'aller Jardiner. Le triste ecclsiastique y va. (Il y en a qui ont voulu dire que c'toit un ministre du Languedoc, venu au synode Chtelleraut: ils se trompent, d'autant qu'il n'avoit que des poulains, qui lui toient venus, pour avoir mont sur la haquene du confesseur des religieuses de Fontevrault, qui le mdecin de madame avoit donn la vrole.) Ce patient tant devenu le barbier, il lui dclara son mal. Adonc le matre le visita, & trouva qu'il toit copieusement grangren; si qu'il le falloit couper, quoi il eut beaucoup de peine faire rsoudre l'afflig, qui enfin, craignant de mourir, abandonna son pauvre cas au rasoir. Ainsi que l'excution toit prte, le chirurgien lui demanda de quel tat il toit. Il lui rpondit qu'il toit prtre. Adonc le matre donna le coup rasibus, sans rien pargner: & comme messire Pierre cria, il lui dit: l, l, c'est tout un, aussi-bien n'en avez-vous que faire. RENE. Quand notre ami Yverd le coupa un chantre de saint Gratien, qui le regrettoit: allez, dit-il, il reviendra. MACROBE. Le prtre ainsi fait courtaud de lgere taille, nous allmes tous la file, pour avoir remede nos maux; mme le petit qui tenoit la peautre, & qui avoit t poivr, vint Jardin; & comme il lui faisoit le discours de son inconvnient, & parlant de Michelle, il nous disoit: depuis que j'eumes hbrg cette vetture, je n'en eus que malheur; le vent s'est tourn, & jernigoi de la vetture, & de la foutue vetture. PARE. Il avoit pass par les mains d'une qui avoit moyen de le rcompenser ainsi que me dit Lyon madame Briolet, l'amie du comte Bennerie. Je la traitois d'un mal de tte. Mon gentilhomme, mon ami, me dit-elle, faites-moi du bien; je vous promets que je vous paierai bien. O! , dis-je, mademoiselle, je vous remercie; en d, je ne veux pas tre pay de ce que je fais aux dames; il y a trop de danger. GAUTHIER. Mais le cur de saint Martin d'Aussigni, vers Bourges, y avoit-il mal? GUILLAUME. Vraiment ce fut grand piti. Il aimoit une femme qui lui donna assignation, & faisant semblant de le recevoir courtoisement, l'empoigna: & comme matre Antitus de braguette sentoit cette main douillette, il s'exaltoit. Adonc cette femme avec l'autre main avana un couteau, dont elle le coupa tout net. SAPHO. O! de par le diable, quel trait! Elle toit plus inhumaine que madame, la prsidente de mme nom, qui se trouvant en lieu d'assignation, o six l'attendoient pour la bricolfrtiller, elle, se refroignant un peu, dit: h bien, messieurs, je vous prie de vous dpcher, d'autant que mon mari m'attend; je n'avois pargn du tems que pour un coup ou deux. LE MOINE. Mademoiselle de Lescard, ayant ou conter ces nouvelles, eut des visions en dormant, & lui sembla qu'elle voyoit semer des vits, ainsi elle se jetta hors du lit & se cassa un bras, voulant, comme elle l'a confess monsieur le premier barbier, en amasser un bien gros. Or cependant, vous parlez cette heure, belle dame, selon vos intentions. TRENCE. Aussi faisoient le valet de notre boulanger, & la femme du conseiller... Comment? RMISSION. XVI. Il y en a qui parlent suivant leurs intentions arrtes aux objets. Le boulanger de la ville tenoit ferme une maison qui toit ce monsieur le conseiller; & l y avoit un beau jardin, o les arbres rapportoient de beaux abricots, & de bonne heure. Ce jardinier, en ayant recueilli des plus beaux & premiers, appella le mitron, auquel il commanda d'en porter un quarteron monsieur le conseiller. VALRON. Qu'est-ce que _mitron_? TRENCE. Les valets des boulangers sont ainsi nomms, parce qu'ils n'ont point de haut-de chausses, mais seulement une devantiere, telle ou semblable celle des capucins, qu'ils nomment une _mutarde_, & qui, en pure scolastique, est nomme une mitre renverse. La mitre couvre la tte, & ce devanteau le cul, qui sont relatifs. Le mitron, obissant son matre, vint avec les abricots; & entra dans la chambre, o la servante l'introduisit. Il fit une belle rvrence mademoiselle cul nud, lui demandant o toit monsieur. Elle dit: il viendra cette heure, mon ami; attendez le un peu. Cependant le mitron regardoit la demoiselle qui s'achevoit d'habiller, & faisoit la litiere ses tetons, qui paroissoient mignons & beaux; il les considroit des yeux fort goulment, que voici monsieur qui entra. Alors le mitron, allant vers lui, fait une grande rvrence, & lui dit: monsieur, voil mon matre qui se recommande vous, & vous envoie une pannere de tetons. Il dit ainsi, pensant & parlant tout -la-fois. Quoi! dit monsieur, ce coquin ne sait ce qu'il dit. Le mitron, voulant faire la rvrence, trouva derriere lui un placet qui le fit cheoir, de sorte que, sa devantiere se renversant sur le ventre, il montra toute sa pauvret, ses pauvres tritebilles. Qu'est ceci, ce dit le conseiller? Voyez ce maraut! Il se met regarder les tetons de ma femme; il ne sait ce qu'il dit, & encore se laisse tomber. Adonc la demoiselle, qui regardoit le paquet d'amour, le spectacle de l'outil de nature, excusant ce pauvre mitron, dit son mari: mon ami, vous le devez excuser; s'il est chut. Un cheval qui a quatre couilles, se laisse bien cheoir. Elle vouloit dire _quatre pieds_; mais l'objet la dtournoit. MADAME. Quel paquet d'amour! Que le chat ft brid de semblables! L'AUTRE. Il n'en seroit pas plus fort, pour l'avoir mang. Je vous le prouverai, par l'aventure qui nous survint la Boisiardiere; o, un vendredi, nous dnions; & madame se colroit de ce que l'on n'avoit gueres mis de beurre. La fille qui l'avoit en charge vint, & tenoit le chat mignon en sa main, & disoit qu'elle l'avoit pris sur le fait, achevant de manger quatre livres de beurre. Moi, qui aime justice, desirois excuser le chat; & pour sa justification, & je le pris & le pese; & en bonne finte, il ne pesoit que trois livres trois quarterons; je ne sais ce qu'il pesa, quand il eut chi le beurre; allez-y voir. RABELAIS. Il a oubli ce qu'il vouloit dire. GREGOIRE. Comme celui qui se vouloit faire recevoir procureur au chtelet, lequel se prsenta humblement l'examen; & ainsi que l'on lui eut fait plusieurs questions, il ne savoit rpondre aucune. Un des messieurs lui demanda, d'o venoit cela qu'il ne se prsentoit & ne savoit rien: messieurs, dit-il, j'ai t en vendanges, o j'ai oubli tout ce que je savois. GODEFROI. Et ce bon personnage qui avoit achet... O, qu'ai-je dit? Qui avoit eu _gratis_, comme les autres, un mtier de conseiller. LOUVET. Appellez-vous cela mtier? Vous seriez aussi prophan, que le bourgeois de la Rochelle, qui, ce dernier carme-prenant, ayant t tanc, parce qu'il toit de la religion, d'avoir jou joyeusement, (& mme le consistoire l'avoit repris aigrement) se trouvant en compagnie, o l'on se consoloit de ce qui s'toit pass, va dire: par la certebleu, si j'avois trouv quelqu'un qui me voult bailler cinquante cus de mon mtier de huguenot, je m'en dferois. DISCOURS. XVII. PLOTIN. Ho! compere, que vous allez vte! Comme vous dpchez tout! GODEFROI. Je ne vais pas si vte que le plumacier de l'univers. CICERON. Quel diable de nouveau mot est ceci? Qui est ce _plumacier_? PLOTIN. C'est celui qui pose les panaches sur les ttes des hommes de l'univers. POGGE. Je gage qu'il veut parler de cornage. PLOTIN. Tu l'as trouv; qu'il te puisse accompagner comme accident indlbile! ASCLEPIADES. Comment est-ce qu'il va si-tt? PLOTIN. O cher compere de toute la fressure, je te le dirai! Sache, toi qui as belle & jeune femme; sache, mon tendre & jovial petit belleau, mon petit prteur de franches repues, que, si tu tois au Grand-Caire, & que ta femme tant poupine ft Paris, & que de son consentement, me faisant ouverture de ses bonnes graces, elle me laisst entrer elle, je n'aurois pas si-tt mis mon V, I, T, pied, dans son C, O, N, pantoufle, que l'admirable, grand & rvr cocuage ne ft, en un instant, au Grand-Caire, te frtiller avant la tte, pour te rjouir du beau petit plumage d'amourettes. PLANUDES. Triste garon demi vieil que tu es, je t'assure que ta journe n'y monteroit gueres. Tu es de ceux auxquels on peut dire: depuis que la couille passe le vit; adieu vous dis. BIONON. Paix, de par tous les diables, taisez-vous, ou je vous couperai le cou, comme je fis un jour un roi qui chioit. Achevez le discours de ce conseiller, & meshui ne vous interromprai; ou j'abomine, je contamine, je prcipite, je diable, je trente mille: a, ha! je ne le dirai pas: faites votre devoir. GODEFROI. Parlez-vous de ce conseiller de la prvt, lequel le pere le prsentant messieurs, demandant sance pour lui, leur dit: messieurs, mon fils n'a point de science, il vous plaira lui en donner. (Un gta tout. Non, dit-il, c'est de celui qui se faisoit recevoir la cour, qui est tant bonne & douce, la bonne dame, qu'elle ne reoit, ou n'a reu, ou ne recevra, de peur de faillir, je ne le dirai pas; en voil qui me veulent faire dire _des nes_, je n'en ferai rien.) Ainsi que messieurs interrogeoient ce bon personnage dja g, ils l'incitoient rpondre; & il ne savoit, d'autant qu'il n'entendoit pas ce qu'ils disoient. (S'il et t encore comme moi, qui plaidant ma premiere cause, je dis ces messieurs-l beaucoup de choses que je n'entendois pas, ni eux aussi, ce qui m'apporta une belle daye de rputaison.) Ce personnage coutoit; puis, comme revenu de bien en songerie, dit: messieurs, je n'ai pas accoutum ce mnage ainsi que vous dites. Bien je ne sais rien, il est vrai; mais j'ai un fils qui est bien savant, qui rpondra pour moi, comme mon compere le sieur Basgrand a rpondu de l'argent que je dois de mon office. Par dpit qu'il ne put tre reu, si-tt que sa femme fut morte, il rcompensa une prbende, & fut official. L'AUTRE. Ce fut lui, auquel Menaud, notre mtayer fit une jolie rponse. On agissoit devant lui d'une cause de fouculterie; & Menaud toit appell tmoin, pour dire que le garon et eu habitation de concupiscence charnelle avec cette fille. Ainsi que Menaud fut entr, il dit: j'y tois, & ce que je vous dis est vrai, monsieur l'official. Dieu me doint bonne vie & longue! on m'a dit que vous me demandiez. L'official lui dit: & bien, mon ami, dites vrai. Avez-vous vu que ce gars ait envahi cette fille? Avez-vous vu qu'il l'ait travaille? Monsieur l'official, je n'en saurois que dire; je suis votre serviteur. L, mon ami, dites; je suis le vtre. A, a! monsieur, il suffit, si vous me faites plaisir. Dites donc, mon ami, dites. Et bien, monsieur l'official, je vous dirai: j'ai vu quatre fesses & deux culs; mais je n'ai point vu de vit; je crois que le larron de con l'avoit en la goule. SAPHO. H gai, voil de beaux contes dire devant des gens d'glise. Aussi Je suis si aise quand je cous, Si pour un C. je mets une F, Qu'il m'est avis, tous les coups, Que j'ente une mignonne greffe. FOLIE. XVIII. CERTORIUS. Je m'tonne que le roi n'te ces officialits, s'il le faisoit il soulageroit beaucoup de monde, & enrichiroit sa justice, & si feroit que les ecclsiastiques seroient chastes. Pensez-vous qu'oyant ainsi parler de turpitude, le bandage ne leur simule pas? CUSA. A la vrit, les oreilles & les yeux servent beaucoup besogner, tmoin le cur de saint Clment, qui, en son prne, disoit: les dames montrent leurs tetons; ce n'est pas bien fait; & puis elles tendent leurs chemises autour du cimetiere. En d, ni moi, ni mes vicaires ne sommes pas anges; cela nous tente. XNOCRATES. Pargoi, il n'toit gueres sage, il y paroissoit; il ne lui falloit point aller la touche des merveilles. CESAR. Quelle touche! XNOCRATES. C'est celle qui est Paris, justement dans le badaudois, au lieu mme o Pepin fianta, (je cuidois dire fit ses affaires sur l'tat de France. Il fit mettre & exposer cette touche qui est notable, d'autant que sur icelle, comme on prouve l'or celle des orfevres, on examine les folies des anciens, les sottises des nouveaux, la gloire des prsomptueux, & bref toutes les vidaseries des humains; & dit-on que ce volume y a t trouv, ainsi qu'il y avoit t laiss par feu Guillaume de Paris, qui, aux porteaux de notre-dame, a mis les figures chimiques faire la projection devenir sages, de laquelle on use, comme de cendre, l'entre de ce noble chaircutieux de carme. BARNAUD. Je pense que vous rvez d'appeller carme chaircuitier. XNOCRATES. Oui, je rve: il vous l'est avis. Notez ces paroles; _chaircuitier_ est un qui fait cuire de la chair; _und_ chaircuitier: mais _chaircuitieux_ est un qui concutie la chair, qui la chasse, qui la ruine, comme font les marchaux & mdecins nouveaux. BARNAUD. Tu y as except les mdecins, parce que tu en as affaire. Est-il pas vrai que, comme tu crivois contre Machiavel, tu avois si fort les hmorrhodes, que le cul te distilloit tout en sang, & en tois demi mort. XNOCRATES. Sachez, bel ami, que les sages mdecins font leurs essais sur les gens d'glise, malfaiteurs, gueux & putains. Tels sont les quatre lmens d'essais. BEZE. Tu me refais bien; j'aimerois autant le fou de la Bourdaisiere, qui avoit aval une pice de vingt sols. Comme il vint la rendre par bas, il avoit de la peine. A la fin l'ayant tire, il dit son matre, la lui jettant toute breneuse sur la table: en d, monsieur cousin, que l'argent est fcheux & difficile faire. CEBES. Qui l'et mis sur votre touche de tantt, elle et t touche connotre merde; cela et bien servi aux mdecins. XNOCRATES. C'est tout un; je reviens cette pierre, d'autant que je suis alquemiste, aussi les alquemistes ont la pierre en la tte; & pensois que voulussiez parler du rvrend pere abb de Vienne, au-dessous de Lyon, lequel voyant la grosse pierre qui est en la prairie, o il y avoit en crit: _qui me virera, grand trsor aura_. Le bon & noble pere (il n'toit pas de la famille des Laurents, il avoit trop d'esprit) se mit en frais pour faire virer cette pierre, & y dpensa trois mille quatre cent vingt-deux cus dix-sept sols & une pite, ce que je mets pour vous assurer. Jaloigns le notaire en a fait le compte. Et comme elle fut tourne, il trouva de l'autre ct: _virier je me veliens, parce que me doliens_. SALIVAS. Il fut bien deu; il pensoit avoir trouv la pierre philosophale. GALANDIUS. Par la mort d'oeuf, il n'toit pas en tant de bien que le Granger de saint Martin, qui un tems fut, tant couch entre deux garces, disoit, tendant ses bras, main de, main del: que de biens! OECOLAMPADE. Je sais bien qu'il est; C'est celui qui mourut l'anne passe. Son valet me vint qurir, pour le voir, & me dit: hlas! monsieur, venez vtement; mon matre se meurt de l'apocalipse; il vouloit dire de l'_apoplexie_; ainsi que l'entendoit le vicaire de saint Saturnin, quand le second prsident en mourut; lui tant venu ce mal, d'apprhension d'avoir t de la ligue. MAROT. Tu as bien dbut avec la ligue; tu es un bel archer, tu y vises bien! JAMIN. Aussi-bien que celui qui voyoit l'amour, qui est la Boudaisiere, fait en si belle peinture, que l'amour a t fait aprs ce portrait. Quand le roi venoit de fixer le mercure, il vint en cette belle maison. Et comme s lieux curieux il y a toujours des amuses fous, ce tableau d'amour toit en la grande salle. Il y eut un gentilhomme qui s'y amusa; & voyant cet amour avec son trait sur l'arc, comme prt dcocher, & lisant autour: _sublato amore omnia ruunt_, toit en grand peine que cela pouvoit signifier. Il passa un aumnier, auquel il le demanda. L'aumnier l'ayant lu, dit: monsieur, vous tes fcheux; ce latin l est possible prophane; il n'est pas de brviaire; je ne l'entends, ni ne le veux entendre. Monsieur, ne vous fchez point, je vous prie. Il en passa un autre qui fut plus hardi, auquel il fit la mme priere. Adonc le prtre, ayant considr l'tat de la figure, lui dit: monsieur, cela signifie que, si dieu vouloit, tous les anges du paradis tireroient ainsi de l'arc. BUCHANAN. Je pense qu'il entendoit aussi peu de latin que le sieur du Coudrai, qui me pria un jour de lui montrer du latin. Vraiment, je le menai en la boutique d'un libraire, o j'ouvris des livres latins, & lui montrai du latin. Il se voulut colerer; jan, j'avois une pe aussi bien que lui; je nous fussions bien battus. POGGE. Et vive les coups de poings; on n'en meurt que par hazard, non plus que d'autre chose. DES ESSARDS. Et quoi! portiez-vous lors une pe? BUCHANAN. Oui. DES ESSARDS. Et de quel saint? BUCHANAN. Je suis gentilhomme; & par la double-triple manche de serpe, nous sommes tous gentilshommes en notre pays. DES ESSARDS. O! ha, h! & qui est-ce donc qui garde les pourceaux? BUCHANAN. C'est l'abb de Turpenai, qui fut celui qui eut la venue par mon compere Tristan que voil, qui en fait des reproches au roi Louis onzieme, lequel avoit donn l'abbaye de Turpenai un gentilhomme, qui, jouissant du revenu, se faisoit nommer monsieur de Turpenai. Il avint que le roi tant au Plessis-les-Tours, le vrai abb qui toit moine, & comme ceux qui duement pourvus ont t appells antiques, d'autant que c'toit l'antique mode, qu'il n'y avoit point de commentaire; (foin, je pensois dire de _commendataires_.) Cet abb se vint prsenter au Roi, & lui fit sa requte, lui remontrant que canoniquement & monastiquement il toit pourvu de l'abbaye, & que le gentilhomme usurpateur lui faisoit tort contre toute raison; & partant qu'il invoquoit sa majest, pour lui tre fait droit. En secouant sa parruque, le roi lui promit de le rendre content. Ce moine importun, comme tous animaux portant cucule, venoit souvent aux issues du repas du roi, pour lui ramentevoir son affaire. Un jour, le roi, ennuy de l'eau bnite du couvent, appella mon compere Tristan, & lui dit: compere, il y a ici un Turpenai qui me fche; tez-le moi du monde. Tristan n'y faillit non plus, qu'il lui et failli, ainsi qu'il se trouve s Florides, quand sous le nom de Stratin il eut la tte tranche Sancerre, tourn en Rancrese, tmoin Verville qui me l'a dit, ainsi qu'il l'a crit. Tristan prenant un froc pour un moine, ou un moine pour un froc, vint ce gentilhomme, que toute la cour nommoit monsieur de Turpenai; & l'ayant accost, fit tant qu'il le dtourna; puis le tenant, lui fit entendre que le roi vouloit qu'il mourt, partant qu'il ft son testament, comme font les enfans de Lyon au pied d'une chelle, la tte couverte par privilge notable. Il vouloit rsister en suppliant, & supplier en rsistant, comme dit notre ami Castillon en son bien dire: mais il n'y eut aucun moyen d'tre ou. Il fut dlicatement trangl entre la tte & les paules, si qu'il expira; & trois heures aprs, le compere dit au roi, qu'il toit distill. Il avint cinq jours aprs, qui est le terme que les ames reviennent, si elles doivent revenir, ainsi que dit saint Foubrequin, que le moine vint la salle o toit le roi, lequel le voyant, demeura fort tonn, & lui sembloit avoir devant lui le spectacle hideux de l'ame monachale, trange de son triste corps. Tristan toit prsent. Le roi l'appelle, & lui dit en l'oreille: vous n'avez pas fait ce que je vous ai dit. Ne vous dplaise, sire, dit-il, je l'ai fait. Turpenai est mort. H! je disois & entendois de ce moine. J'ai ou & entendu du gentilhomme. Quoi! c'est donc fait? Oui, sire. Or bien, se tournant vers le moine: venez ici, moine. Le moine s'approche: le roi lui dit: mettez-vous genoux. Le pauvre moine avoit peur. Et le roi lui dit: remerciez dieu, qui n'a pas voulu que vous fussiez tu, comme je l'avois command. Celui qui prenoit votre bien l'a t. Allez, dieu vous a fait justice; allez, priez dieu pour moi, & ne bougez de votre couvent. CONTRAT. XIX. SAPHO. Je pense que ce pauvre moine n'arsoit pas cette heure. BEZE. Vraiment non, non plus que monsieur le grand prieur de Marmoustier, qui disoit que sa couille toit en chaleur, & que son vit ne bougeoit de dessus. SAPHO. C'est que ce pauvre cas avoit perdu de l'argent, il regardoit contre bas, il n'et pas t bon pour la tante de matre Philippes. COQUEFREDOUILLE. Comment? SAPHO. Elle vouloit tre remarie pour la cinquime fois; & matre Philippes s'en fchant, lui dit: vraiment, ma tante, vous ne seriez pas profitable faire un crou de pressoir; vous usez trop de vis. TONI. En quel tems est-ce que l'on a plus les vis en la main? MADAME. C'est quand on descend un degr. SIBILOT. Qui sont les vide greniers? CSAR. Crocheteurs qui en tent le bled. Je crois que l'on s'y chauffe. Voire, & bien plus que le Breton, qui, la dfaite de Craon, s'enfuit & se cacha en la queue d'un tang, sous les feuilles de nymphe, o il fut long-tems, & jusques ce qu'il apperut un paysan qui passoit; & il l'appella, lui demandant s'ils toient encore l. Il dit qu'il n'y avoit plus personne. Vraiment, ils ont bien fait; le cerveau commenoit m'chauffer. Il lui chauffoit un peu moins, qu' celui qui avoit la tte dans un pot de fer. PIGHIUS. Je m'en souviens: nous tions Genve, & foltrant en notre logis carme-prenant en cachette, comme on fait en ce pays, lorsqu'en carme l'on fait le petit exercice. Il y eut un de nos amis, (je crois que ce fut Feverdant) qui mit sur sa tte un pot de fer, & se mit sauter. En d; la tte lui entre dedans, & ne pouvoit l'en ter. Nous emes bien de la peine; & sans le pere Ignace qui s'avisa d'un bon expdient, il lui et fallu rompre le pot ou la tte. Ce pere, plein d'industrie, prit le chausse-pied du laquais de sainte Aldegonde, & le passa sur le nez qui empchoit que le pot ne se dgaint, & tira par-dessus, si que, le nez rabatu, la tte sortit du pot fort aisment. Nous en rmes tout notre benot saoul, d'autant qu'il demeura camus. Mais qui fut celui qui rit tant, qu'il en fianta en ses chausses? VIGOR. Ce fut mon compere le cardinal le Moine, qui nous avoit propos de faire un mal-fait sans pch, & un bienfait sans mrite. A quoi fort propos rpondit la docte des Roches, mere & fille, & dit qu'il falloit chier en ses chausses, puis les aller laver; parce que c'est mal fait de chier ainsi, mais ce n'est pas pch, si ce n'toit par concupiscence, puis les laver, il n'y a point de mrite. ALEXANDRE LE GRAND. Voire, mais nous parlons de celui qui fianta sous lui. VIGOR. Vous le saurez. Nous soupions, & ayant fait beaucoup de jolis contes pour rire, le dessert fut de ce mal fait sans pch. Et Chose va dire: (je crois que ce ft moi) voil; nous avons fait bonne chere avec du plaisir sans mal aucun; & que le mal que nous avons pens nous puisse avenir. Quoi! dit le sage Akakias, de chier en vos chausses? Nous rmes si fort & propos, que le boyau culier se dilatant en la voie du sphincter qui relch, je fis le pch abondamment. ZANCUS. Fi, que tu tois sale? Pargoi je n'eusse pas voulu alors que tu eusses t en tel point, que quand on passe matre un boucher. VIGOR. Qu'est-ce dire? ZANCUS. Mais tout nud; tu eusses embaum toute la chambre. CSAR. Mais encore, dites-nous le secret de cette matrise. ZANCUS. Quand les bouchers font un examen l'aspirant, ils le mnent en une haute chambre; & le tout fait, ils lui disent que, pour la sret des viandes, il faut savoir s'il est sain & entier; & pour cet effet le font dpouiller & le visitent. Cela fait, ils lui disent qu'il se revte; ce qu'ayant fait, & le voyant gai & ralu, ils lui disent: or , mon ami, vous tes pass matre boucher, vous avez habill un veau; faites le serment. LOUVET. Je pensois qu'on ne ft faire le serment qu'aux gens de justice; da, c'est abuser du serment, de le communiquer tout le monde; il ne devroit appartenir qu'aux lus. IVELLUS. Vous en parlez cause du sire Pierre le Petit, qui acheta un office d'lu & fut reu. Un jour, tant all sa baronnie, son principal mtayer le saluant, lui demanda de ses nouvelles; il lui en conta, puis lui dit: tu ne sais pas, Frion mon ami, je ne suis plus marchand; je suis lu. Et da, ce dit Frion, Vraiment, mon matre, j'en suis bahi; je pensois que pour tre lu, il fallt tre bien savant. HAMELIUS. Il y a des tats, pour lesquels exercer il ne faut gueres savoir, comme vous diriez prtres, chanoines, ministres, & tels gens. RABELAIS. Parlez-vous des ministres de ce tems? RABANUS. Lisez l'pitaphe du ministre de feue madame; a t Titelman qui l'a faite. Par mon opinion sinistre, De savetier je suis ministre. PARENTHESE. XX. Dis que tu en as, Calvin. CALVIN. Je n'en veux autre vengeance que celle qu'en prit Bersaut sur le cur de Barace & ses compagnons. Que Chose vous le raconte: je suis empch. Ne savez-vous pas que je bois & mange si peu, qu'il me faut tre en repos pour pturer, avisez: je ne mange pas tant que beaucoup de personnes: & si tout le vin du monde toit-l, je n'en boirois pas le quart. RABELAIS. Mais ne laissons aller Bersaut. CALVIN. Dis haut, couillaud d'Angers mon ami, & je te promets que, quand tu seras chanoine de S. Maurice, tu ne paieras rien _pro futuitu_, quoique nos devanciers l'aient toujours fait, & les successeurs le feront, pour entretenir les crmonies de l'glise. CHOSE. Bersaut passant au-dessous de la bennerie, rencontra une nue de prtres qui venoient d'un gaignage. Lui, bien accompagn, les environna, & leur demanda d'o ils venoient. Prtres tonns ne savoient presque dire, tant ils avoient peur. Or, , , dit Bersaut un page: pied terre; & au bon homme de cur de Barace, qui toit fort g: sus, bon homme, cul bas; l, dtachez vos chausses. Il pensoit devoir tre couill. Quand les chausses furent baisses, le page, au commandement de son matre, attacha le derriere de sa chemise aux reins. Adonc il fit baisser le cur, comme quand on joue au frappemain, ou la fausse-compagnie; puis, , enfans, l'offrande. Tous les autres prtres vinrent baiser le cul, & mirent leur argent au chapeau du page. La crmonie accomplie, il leur demanda: & bien, enfans, me connoissez-vous? Oui, vous tes le bon monsieur Bersaut. Allez, dit-il, & faites votre devoir; soyez gens de bien. Le lendemain, ces prtres conterent deux cordeliers ce qui leur toit avenu; & les deux freres (qui aussi vont toujours deux deux. Voire, deux deux, ce seroient quatre: ils vont un un. Coucher une un est bon). Les cordeliers, passant pays, vindrent Chesfe, o sont les oies rouges, & dnerent avec des gendarmes. Aprs dner, ils rendirent graces, & dirent: dieu nous veuille donner une bonne paix. Adonc un des gendarmes va dire: dieu nous te le purgatoire. Ha! monsieur, ma chere ame parente de chrtient, vous blasphmez. Mais vous, dit le soldat; il faut que chacun vive de son tat. S'il n'y avoit un petit de guerre & un purgatoire, il ne faudroit ni moines ni gendarmes. A! ha, ha, h. Au reste, tant passs outre dans le haut Anjou, par-del Angers, Basse ville, hauts clochers, Riches putains, pauvres coliers. & proche de la maison de Bersaut, ils s'entredisent: frere, qui ira? Ce sera moi, dit l'an, qui avoit nom frere Eustache. Il y alla donc, & demanda parler monsieur, devant lequel on l'introduit. (Quoi! dit Badius, vous dites monsieur sans queue? Je le crois bien; n'ai-je pas t nourri dans les clotres? Je dis comme les femmes de prtres, qui, tant pauvre soit leur matre, parlant de lui, nomment monsieur: monsieur par-ci, monsieur par-l. ROBERT. Je ne pensois pas que tu eusses t de ces petits pages de frocs. CHOSE. Chut. Comment osez-vous ainsi nommer les semences futures des pdagogues de l'glise? Laissez-moi dire. Etant devant monsieur, il lui demanda humblement l'aumne. Oui da, dit-il, vous l'aurez, pere Moustache; mais j'ai cans un vieil serviteur qui se meurt, que je dsire faire confesser. Monsieur, vous tes en bon propos. Adonc il le mena en un grenier, o il avoit un vieil chien qui se mouroit de vieillesse. Voil, ce dit monsieur, le serviteur dont il est question. He! a, dit le moine, monsieur, je cuide que vous vous moquez de moi simple religieux. Croyez que je ne suis pas si instruit, que je ne sache comme il faut vivre; & qu'il n'est raisonnable d'attribuer un chien, ce qui convient la personne. Partant, monsieur, vous m'excuserez. De dpit, lui fit donner le fouet nud, & bon escient; puis l'envoya. Le triste frere revint son compagnon, auquel il conta sa fouette & l'occasion d'icelle. Laisse-moi, dit l'autre, j'aurai pis ou mieux. Il y alla donques; & son entre & discours furent au semblable des premiers faits son compagnon; & Bersaut lui ayant parl de ce vieil serviteur, il demanda le voir. L'ayant vu, il dit: & bien, monsieur, il est raisonnable; faites-moi donner un petit bton. Je ne veux pas que vous lui fassiez mal. Aussi ne ferai-je; mais j'ai affaire de ce que je demande. On lui bailla un bton: & le moine le fendit un peu plus que la moiti; puis dit monsieur & ses gens qu'ils sortissent & se tinssent la porte; qu'il ne falloit pas our la confession d'autrui. Etant sortis, il prit l'oreille du chien dans ce bton fendu, & lui dit: or , mon ami chien, voulez-vous pas mourir en chien de bien. Et lui pressant l'oreille, le chien huchoit assez haut: ouan, ouan. Ne demandez vous pas pardon votre matre de l'avoir tromp, en mangeant le gibier quelquefois? Ouan, ouan, ouan. N'tes-vous pas fch d'avoir autrefois bless quelqu'un? Ouan, ouan, ouan. Pardonnez-vous pas tout le monde? Ouan, ouan, ouan. Or soyez donc chien bienheureux, absous comme un loup gris, trpassant comme une autre laide bte. N'en tes-vous pas bien aise, monsieur le chien? Ouan, ouan. Il y ajouta plusieurs autres belles crmonies de chien, qui furent fort agrables & au chien & son matre, qui, aprs cette action, prit le moine, lui fit bonne chere, rit avec lui, lui donna de l'argent & son cou charg de bled, & lui promit de lui en donner, toutes les fois qu'il viendroit le voir. Le frere retourne vers le fouett, lui montre sa qute: h, grosse pcore, lui dit-il, tu ne sais pas vivre. En s'en allant, ils trouverent de leurs amis; & le fouett dit: nous avons t bien fouetts. L'autre dit: mais bien vous; frere; & non pas moi. A d'autres il dit: nous avons eu bien du bled. Mais bien moi, frere, & non pas vous. PRISCIAN. Voil que c'est d'entendre les affaires. DOCTRINE. XXI. Je voudrois que ma femme ft aussi bien confesse & bien noye; je serois plus content que Bersaut, ni le moine. RABANUS. Pourquoi voudriez-vous avoir perdu votre femme? PRISCIAN. Parce qu'elle ne me veut point obir. STATIUS. En da, la mienne m'obit une fois: ce fut quand je la jettai en l'eau. Nous passions sur le pont d'Arve; & le balendrier, _id est_ garde-fous, toit t. Je la poussai en bas, & lui dis: va o tu pourras. Ce qu'elle fit galammant. Elle se sauva peut-tre comme saint Pierre, quand il chut dans le ruisseau de Champagne. Je vous en dirai l'histoire comme elle avint notre matre Rabelais, que voil bien empch trouver l'essence d'un cervelas avec Thodore & Pline: (sur quoi quelqu'un me demandera de quoi il toit, je lui dirai qu'il toit fait comme nos autres viandes). Sachez donc que cette belle compagnie faisoit bonne chere, & telle qu'on fait hors du monde, comme nous faisons nous autres esprits spars de nos corps. Notre bon vin n'est autre chose que le pur esprit de vin, qui chappe aux quintessencieux; nos viandes sont faites des ames des btes; vous, qui tes grossiers & corporels, en mangez les corps; & nous, les ames que nous fricassons avec les fumes de sauces, & les essences des aromatiques la clart du feu vif, aids de bonheur de l'huile incombustible & du sel fusible. LE ROI AGAMEMNON. Paix! ne passez-pas outre, ne dites pas tout. STADIUS. Et bien, sire, je me tairai. Mais si un malotru, sire, m'en parloit, je le ferois djener de l'esprit de fiente royale. On dit que c'est la meilleure, je m'en rapporte aux pourceaux. LE MORTEL. On voit bien que vous n'tes guere sage de nous conter tout ceci. STADIUS. O! pauvre animal mortel, mon ami, ne sais-tu pas bien qu'ayant un corps, il faut qu'il se vuide? Et tu consens bien que la merde soit serre en tuyaux de briques & belles canes: que souvent on la remue, & que mme, ho! monsieur le doyen du chapitre de la grande glise, vous en faites faire des conclusions en vos rgistres, & commettez commissaires de bran pour curer les aisances. Ainsi ceux qui ont imprim ceci, font commissaires d'excrmens. Ceci est la fiente de mon esprit; & puis je fais comme vous, messieurs les cardinaux, je fais ce btard: il faut qu'il vive. Mais en conscience n'est-ce pas un vrai abus, que de nos beaux ouvrages & plus srieux? Certes ils sont aussi-bien prophans que les plus vils. S'il y a quelque beau tableau en taille-douce bien labour, il sera aussi-tt en la boutique d'un savetier, qu'au cabinet du roi. Il chet une mme fortune aux uns & aux autres. Et voyez, les livres des doctes qui furent nuit & jour aprs la forfanterie, sont quelquefois s mains des laquais & des putains, qui diront: que voil qui est bien fait; ou bien: voil qui est mal propos. Comme disoit, un jour, une jeune garce, que son con avoit fait demoiselle par la tte, tenant un beau livre o elle n'entendoit rien, faisoit la ddaigneuse; je lui pardonne la pauvre bte, elle en est devenue noire comme un charbon, & sale comme eau. Avisez-y, doctes; parce que souvent vos labeurs, vos bons livres sont employs faire des cornets d'pices, ou des mouchoirs de cul; & ne peut avenir pis cettui-ci, qui n'est crit que pour la juste dmonstration de ce qui est, d'autant que l'on voit ici la btise des grands de ce tems, la sotise des habiles gens, l'impudence des doctes, & la mchancet des autres. Mais bran pour eux, ainsi que dit M. Habpin, matre chirurgien. Je n'ai jamais v envieux & avaricieux devenir vieux. Pleurez, grands, de ne m'avoir pas eu pour pdagogue; vous fussiez bien heureux. Or adieu vous dis, comme un _de profundis_: & de fait, on ne voit gueres pendre de sots que par hazard & malheur, comme ce paysan de la Rochelle, qui, tant l'chelle prt d'tre jett, disoit: laissez-moi aller, laissez-moi aller; mes boeufs se gtent. Et diantre, mettez donc une cotte l bas, afin que je ne me rompe les jambes. Il ne pensoit pas devoir tenir par le col, ainsi que ces beaux esprits & tant d'habiles gens d'entendement, qui se font pendre. Faites-en de mme par dpit. MARSIL-FICIN. Oui; mais il avint plusieurs comme Mauduit, que l'on pendoit, & le bourreau lui disoit: monsieur, mon ami, je vous prie, ne vous tourmentez pas tant: je vous pourrois faire tort, d'autant que je n'ai jamais encore pendu personne. Hlas! dit-il, mon ami, je n'ai aussi encore t pendu. Dieu nous en doint bon encontre tous deux. FRACASTOR. Elle lui seroit donc meilleure, qu'au bourreau de St. Denis en France, auquel un marchand de Paris demandoit de l'argent. Je te prie, dit-il, compere, attends un peu; je n'ai point d'argent: la pente n'a pas t bonne, cette anne. Dieu y pourvoira. NRON. Voil bien doctrin! Vous avez laiss le conte de Rabelais. L'AUTRE. Il est vrai; & c'est ici la grande dignit de cet ouvrage, plein de l'intelligence de la pierre philosophale, parce que tout s'y transmue. Vous n'attendiez pas ceci, est-il pas vrai? Or bien sachez que voici le moyen de transformer, non-seulement les visages, mais aussi les essences. Et de fait, prenez-y garde de prs, (comme le chevalier d'honneur de la reine, qui dort avec ses lunettes, pour sommeiller double fond) & vous trouverez que ceux qui bniront ceci deviendront sages, s'ils ne le sont; parce qu'en vrit ces crits cesseront, & ne seront plus grands; les vices cesseront, & toutes sortes de gens ne feront plus de folie. L'ambition & l'impit des grands, l'ignorance des prtres, les prsomptions des ministres, le dsordre des moines, l'envie des chanoines, la fausse science des docteurs, les usures des huguenots, les piperies des papistes & toute autre contradiction qui fait natre ces beaux commentaires, qui sont compils de l'tourdissement des hommes, & friponnerie des femmes, qui s'est tablie encore plus fort, depuis qu'on a nomm un cheval _haquene_, un moine ou un chanoine _dignit_, & qu'on a appell un chat _minon_: & de fait, huchez un moine, & lui dites: moine; il se fchera. HOTOMAN. Vous me faites souvenir de ce moine de Saint-Denis en France, qui voulut faire l'entendu, voyant matre Thierri de Heri genoux, tourn vers la figure de Charles VIII. Le moine lui dit: monsieur mon ami, vous faillez: ce n'est pas l'image d'un saint que celle devant qui vous priez. Je le sais bien, dit-il; je ne suis pas si bte que vous; je connois que c'est la reprsentation du roi Charles VIII, pour l'ame duquel je prie, parce qu'il a apport la vrole en France; ce qui m'a fait gagner six ou sept mille livres de rente. Ce moine l pensoit tre bien savant. PIC MIRANDULA. Si ne l'toit-il pas tant, que le cousin de Vaugirand, qui est docteur en thologie, qui, venant un jour de prcher d'un village o on l'avoit pri, s'en retournoit. Or allant & rvant sur sa bte, il s'gara, & trouva un paysan auquel il demanda le chemin pour aller Seveniere. Le paysan le reconnut, & lui dit: h da, monsieur, vous tes un homme de bien; je vous ai ou prcher en notre village; j'ai plus retenu de votre sermon que de tous les autres; je voudrois bien en avoir une demi-douzaine de semblables. Et bien, dit-il, mon ami, vous en aurez quelque jour; mais enseignez-moi le chemin pour aller Seveniere. Ha! a, dit le paysan, le bon dieu m'en veuille bien garder d'enseigner un homme qui sait tout, ha! a, vous vous moquez bien de moi. Les petits enfans le savent bien; & vous, qui savez tout, ne le sauriez-vous pas? Il n'y a pas de dret: adieu, monsieur; & le laissa l. Et le bon seigneur nous vint regarder chez nous, o nous lui fimes bonne chere. Il fut bien camus de cette rponse du paysan; il en eut le nez aussi long qu'il fut camus. JEAN HUS. Mais d'o cuidez-vous que cela est venu, que l'on a fait signifier mme chose deux contraires? HOTOMAN. Je ne saurois. JEAN HUS. Je vous le dirai. Un jour de grande fte, il avoit auprs du revtiaire de bon feu dans le chariot grille; & un quartaire y faisoit griller du boudin durant matines. Il fut press d'aller, pour donner l'encens; il mit son boudin dans sa manche, & va faire son devoir. Quand le chanoine lui eut baill l'encensoir, il va vers monsieur le chantre, qui se disposa pour recevoir la sainte fume. Adonc le quartaire se met jetter l'encens; & sa manche, qui se dlia, laissa aller le boudin au travers des joues de monsieur le chantre, qui fut aussi tonn qu'merveill, & depuis le proverbe a eu lieu en France. ARETIN. Voil bien dbut! Quand je lui vis le con, je dis bien que c'toit une femelle. GALIEN. La fites-vous remettre? ARETIN. Comment? GALIEN. Ainsi que la demoiselle de Blois, qui, ayant fait une fille, aprs qu'elle fut accouche, elle demanda ce que c'toit. C'est une belle fille, dit-on. Adonc l'accouche dit: je n'en veux point; remettez-la. POGGE. J'aimerois autant celle qui disoit que l'on avoit ent une queue de chevreau un agneau qu'on lui avoit vendu. ASCLPIADES. Oui; & celle qui dit qu'on avoit mis un oeuf au cul de la poule qu'elle avoit achete, pour faire mine qu'elle pondoit; & elle n'avoit pas depuis pondu. LE BON HOMME. Je ne sais pourquoi vous parlez de pondre. Il vient de cette fente un vent qui est pondu de n'agueres, il est bien frais. STOFLER. Attendez; je me mettrai au devant. LE BON HOMME. Corbieu, tu me presserois trop; & puis, de par le diantre sans jurer, ne sais-tu pas bien qu'il y a trois choses qui ne veulent souffrir tre presses? STOFLER. Quelles? LE BON HOMME. La tte d'un fou, les pieds d'un gouteux & le ventre d'un moine. Et si j'tois fol, moine ou gouteux, ou tout ensemble? STOFLER. Quoi! tu serois, mon bel, aussi difficile tenir qu'un beau petit ange d'Arragon. LE BON HOMME. J'aimerois mieux tre d'Espagne. STOFLER. Tu serois comme le Bandol le pun, qui est un sage, homme de bien, Espagnol & catholique. MADAME. Que dites vous l? STOFLER. Je demandois s'il y avoit des bordeaux en votre pays, madame? MADAME. Non da, il n'y en a point; mais il y a des maisons d'honneur, o l'on se rjouit avec les dames; & quelques dames d'honneur, rputes pour cela, en tirent rente pour nourrir des moines. BUCHANAN. C'est donc en ce pays-l, o _moine_ signifie _larron_; comme en l'isle des sots, _sot_ signifie _monsieur_. Et de fait, si je vous y trouvois, je vous dirois: bon jour, sot. Ce seroit autant que vous dire: _bona dies_, monsieur. SAVONAROLA. Mais l'isle des sots est par-tout; & celle des fous est au-del; tmoin la petite fille de matre Simon, qui me vit aller l'glise avec mon surplis: elle courut sa mere: ma mere, mon mignon est devenu fou; il a mis sa chemise sur sa robe. BRENTIUS. Pourquoi est-ce que, quand on nomme un homme _sot_, il s'estime cocu? Et si on appelle une femme _vesse_, elle pensera tre putain? POGGE. Ce n'est pas de mme, parce que, si vous appelliez un homme _pet_, il ne s'en soucieroit pas; & toutefois c'est de mme. Il y a fort peu dire, pour autant que les pets font du bruit, & les vesses coulent doucement; & c'est la raison pour laquelle les hommes font tant de bruit en les priant, & elles coulent doucement comme vesses. BRENTIUS. O! o, ce n'est pas cela; il y en a bien une autre raison. POGGE. Quelle? BRENTIUS. Les femmes ne prient point les hommes, parce qu'elles savent bien que le four est toujours chaud; mais la pte n'est pas toujours leve. Elles seroient confuses, si elles demandoient une chose mal point, dont elles ne seroient pas servies. Et puis elles sont honteuses quand on les prie, parce que ce qu'on leur demande est si prs du cu. Il est vrai que les brehaignes sont plus heureuses que les fcondes, parce que le cas ne leur pue point; & est vrai que le cas de celles qui font des enfans est toujours faguenant & mal odorant; ce n'est qu' cause du cu. MAROT. Vraiment voire; pensez-vous qu'elles seroient aises, si elles n'avoient point de cu? Cela n'iroit pas bien. J'entends de trou fignon. ARTMIDORE. Je crois qu'elles n'en ont pas, ou bien elles feignent de n'en avoir point, d'autant qu'elles sont ou font les sobres, afin de nous faire croire qu'elles ne fiantent pas. ARNOBE. Tu as dit vrai; c'est ne plus ne moins qu'elles font les chastes, afin de nous faire dsirer de leur bailler ce qu'elles enragent d'avoir. Ainsi que Fleurie, la chambriere de notre bon ami le prieur de S. Eloi, laquelle vouloit pouser un cordonnier, & le pressoit devant l'official. Les parties tant devant ce juge, cette femme insistoit avoir pour mari ce cordonnier, qui protestoit n'en vouloir point. Et pourquoi, dit l'official? Ha! dit-il, monsieur, je n'en veux point; c'est une mchante, elle m'a donn la vrole. Hlas! dit-elle, monsieur, c'est un mchant homme de dire cela; comment la lui aurois-je donne? Je l'ai encore. RABELAIS. Il toit instruit & dgot; ainsi que notre berger, qui, tant avec la servante, elle lui offroit son cas, selon leur bonne coutume; & il lui dit hardiment: ma Toinette, je t'en remercie autant que si j'en avois bien pris ma rfection. MATRE BASTIEN. C'est ce que j'aime que ceci; je le trouve: ce sont contes de peau-d'ne; c'est la vrit. MELVIN. Il a raison, d'autant que tous ces mmoires, dictions, discours, sentences & paroles sont prises du dictionnaire dormir en toutes langues, de l'institution lire sans points, sans lettres, sans caracteres, sans accens, sans figures, sans notes: aussi-bien les notes font faillir, ainsi que le disoit frere Ambroise, qui disoit qu'il et bien chant; mais que la note l'empchoit. Aussi sans chiffrer telles choses, a t fait ce livre par le fils du dernier homme; _item_ de l'pitome des bibliotheques de Saint-Germain & autres, du grand luminaire des sots, tous livres extraits de cettui-ci, auquel si chacun avoit remis ce qu'il y a pris, il n'y auroit plus qu'un livre au monde. SUIDAS. Tu es bien sot de nous conter ceci, afin que tout le monde le sache, & on le vouloit cler. MELVIN. Tu es un sot, toi-mme. Je te recommanderai au matre des sots. SUIDAS. Et qui est-il? MELVIN. O grosse bte, c'est le sotier de Genve. SUIDAS. Quel sotier? MELVIN. Tu fais semblant de ne le savoir point. Parce qu'ils crivent _psautier_; je disons _sotier_, non sans cause, d'autant que tous les sots qui sont repris de justice en ce pays-l, passent sous son enseigne. SUIDAS. Comment! Est-on sujet en ce pays-l d'avoir la vrole? MELVIN. Garde-toi de blasphmer; il ne faut pas dire cela. SUIDAS. Que veux-tu donc dire? MELVIN. Dame, quand nous sommes la cour, nous appellons tre repris de justice, quand on sue la vrole & qu'on se fait pancer de quelque inconvnient, des dpendances de l'inventaire des histoires. SUIDAS. Voici encore d'autres paroles que je n'entends pas. MELVIN. H! bte que tu es, ne sais-tu pas que les gnitoires ont t dites _histoires_? Que la couille est la mere des histoires, & la braguette en est l'inventaire, ainsi qu'une chaire perce est l'inventaire d'trons? BAIL. XXII. BIEN-VENU. Vos histoires m'ont fait souvenir de trois dames qui devisoient de leurs maris, & de tout ce qui toit en eux. L'une d'entr'elles dit: je ne sais que vous trouvez tant redire en vos maris; quant moi, je me contente fort du mien: il est vrai qu'il y a je ne sais quoi de petit, c'est qu'il a la couille noire. Le mari les oyoit confrer, & tout beau s'en alla en la maison. Quand elle s'en vint au logis, elle trouva qu'il se promenoit comme en colere. Et qu'avez-vous, mon ami, dit-elle? Et lui, mot; elle le prie de lui dire; & lui, comme courrouc: que j'ai? Je ne sais; il faut que je sois toujours en peine pour vous. On me vient d'ajourner, pour comparotre devant le lieutenant-criminel, pour la rparation d'une blessure que vous avez faite un enfant; & dit-on que vous tiez l-bas en la cour, o vous aviez fait vos affaires, & que vous ayant torch le cul d'une pierre, vous l'avez jette par sus les murailles, & qu'elle a bless cet enfant. A, ha! mon ami, dit-elle, ne croyez pas cela; ce sont des mchantes gens qui le disent. Il y a plus de quatre ans, que je ne me suis torch le cul, en faon du monde. Adonc, dit-il, je ne m'bahis pas, si j'ai la couille si noire. CARDAN. Il vaut bien mieux se torcher le cul avec du papier, & principalement en ce temps qu'il est si bon march: en quoi nous avons barre sur les anciens, qui avoient bien de la peine se le torcher. Je m'en rapporte au seigneur de Caramousse, grand faiseur de confitures, avec lequel je demeurois Gnes, lorsque les belles confitures y furent inventes, & que nous trouvmes le moyen qui s'y pratique maintenant, & qui est le secret de ces messieurs qui font les confitures; mais ne l'allons pas dcouvrir. Je vous dirai ce que faisoit ce grand personnage, ainsi qu'encore font les plus aviss: il amassoit le plus qu'il pouvoit de torche-culs; & quand il en avoit recouvr grande quantit de bien secs & dors, il les faisoit bouillir, & tiroit la crme qui nageoit dessus, laquelle il rservoit pour donner couleur aux confitures; & notez que cela est bon toutes sortes de confitures & de couleurs, parce qu'tant faite de tout, elle servoit & sert tout. GALANDIUS. Quelle dlicatesse! COMES NATALIS. Que pensez-vous qu'il y ait au monde de plus dlicat? GALANDIUS. Je ne sais. COMES NATALIS. C'est l'ame d'un solliciteur, d'autant qu'elle est souvent vanne de & del, avec force affronts. GALANDIUS. J'ai appris, de notre ami Louvet, que c'est l'paule d'un procureur, parce que, sitt qu'on lui touche, il se revire incontinent pour haper de l'argent; il est toujours aux coutes. Vraiment ils sont fort hardis; aussi _audaces fortuna juvat_. COMES NATALIS. Vous ne le prenez pas bien; il faut _edaces_, d'autant qu'ils mangent bien. M. ANT. NATTA. Ce seroit donc le mouvement perptuel? S. COME. A dire vrai de ce merdeux, mon ami, si c'toit de vous comme de moi, j'estimerois que ce ft comme le jeu de pet-en-gueule qui est notable, d'autant qu'il est le symbole de ce qu'il y a de plus exquis. Voyez-vous que c'est le sublime abaiss, & la vraie circulation chymique, lors que le cul sent la violette? NIC. NAN. Vous n'y tes pas: c'est le symbole de ceux qui, sous ombre de religion, font la guerre pour maintenir leur ambition. RAMUS. Que ne dites-vous cela en latin: Raphelingius se moquera encore de vous, tant vous tes sot. NIC. NAN. C'est assez, mon bon matre: j'ai, comme disoit Ambroise Par, assez de latin tout fait; mais je n'en saurois faire qu' fine force. Au diable le latin! il m'a tout emmusiqu la fressure de l'entendoire; & par fois je suis vraiment un grand sot. SON FILS. Vous avez menti, mon pere; ma mere toit femme de bien. THMISTIUS. Et autant opinitre que la femme du pauvre schines, qui, par dpit de son mari, ne vouloit manger les pois qu'un un: son mari vouloit qu'elle les manget en quantit, elle ne vouloit pas; parquoi son mari la battit, dont depuis elle fit la malade, & en fit la morte. A! dame, on la porte en terre; & comme on lui jetta la terre sur les genoux, elle eut frayeur, & comme demandant pardon, se mit crier: je les mangerai trois trois. Les prtres qui l'ourent, & les autres pensant qu'elle les voult manger ainsi, s'enfuirent. CAB. BURATEL. Et que devint-elle? THMISTIUS. Elle retourna au logis, ainsi qu'une femme de bien doit faire, pour tre encore aime de son mari. Et qu'il ne soit vrai, une femme ira plus pour un coup de vit, qu'un ne pour dix coups de bton. FOXIUS. Elle et t bien sage, si elle n'et point t malicieuse. Et de l, filles, prenez instruction, qu'il faut se laisser tout faire sans mordre ni gratigner, de peur que l'on ne dise, sentant le mal, au diable la putain! Et cela seroit possible cause que vous la deviendriez, comme plusieurs autres, tant pour leur plaisir, que parce qu'il est ainsi prdestin, si le clibat n'y entrevient. Or devinez pourquoi a t invent _clibat_. ARIAS. C'est afin que nous ne nous amusions point une femme, pource qu'elles sont toutes nous, au moins s'il est vrai ce qu'on dit. ARNOBE. Je pense que c'est plutt pour viter les cornes, quoi sont sujets les maris qui craignent d'tre cocus, d'autant que tous ceux qui sont maris le sont; & pourtant prenez garde. Vous trouverez chez les hommes d'entendement, & qui ont de belles femmes, & qui font l'amour, c'est--dire, qui ont affection de bien faire pour en recevoir, qu'ils auront toujours chez eux un chausse-pied de cuir; & ce de peur que les cornes ne les blessent. Un chausse-pied de corne est dur; & partant je suis en grand peine d'o vient l'opinion des cornes. TRANSCRIT. XXIII. Une femme voyant un jour un beau gentilhomme, le regarda fort, & d'un oeil de concupiscence; puis dit sa voisine: voil un bel enfant; je le porterois volontiers, pour le faire jouer. JAMBLICUS. Elle me disoit un jour: couchez avec moi; &, demain au matin, je vous baillerai une paire de souliers. Elle n'y faillit pas; mais ce fut les miens qu'elle me bailla. Un autre disoit: je l'eusse donne au diable. Non euss-je pas moi, d'autant que j'en avois encore affaire; & puis je serai possible son hritier. L'AUTRE. Quel hritier! Elle mourra pauvre. JAMBLICUS. Voire da, comment? je vous prie: elle est putain, & son mari larron; est-ce pas pour faire une bonne maison? ARIAS. Je ne doute point qu'elle ne soit putain; & sur-tout l'ayant vu parler au vicaire de saint Paul, qui avoit promis son cur qu'il seroit sage, & ne courroit plus aprs les garces; & qu'au moins il s'en abstiendroit les fries de pques. Jan, il n'eut pas la patience; ds le premier jour il parla cette-ci; & le cur qui l'apperut, l'entendit revenir, & lui dit, je vous ai vu parler une garce. N'avez-vous point de honte de ne vous en pouvoir abstenir, encore ces bons jours? Ho! monsieur, dit-il, excusez-moi; ce n'est pas pour aujourd'hui, c'est pour demain. SYNESIUS. Ce compagnon confessoit une fois un matre des requtes, & lui parloit de pch de luxure, l'en interrogeant selon les loix de _Benedicti_; & comme il lui en parloit exactement, monsieur le matre des requtes lui dit: mon confesseur, mon ami, je vous prie, ne me parlez plus de cela; vous me faites arser. LE MOUTARDIER. Vous tes calomniateur; elle toit sage, & avoit beaucoup de preud'hommie fminine. CICERON. Tu y es; tu y parles comme Thevet: voire de la _preud'hommie_. LE MOUTARDIER. Et pourquoi non, puisque preud'hommes avoient affaire elle? Et toutefois c'toit avec chastet, tant qu'elle se pouvoit tendre, _modo stricto_. Pour le premier, elle ne voulut jamais que monsieur d'Est la baist en la bouche; & il lui demandoit pourquoi? C'est dit-elle, que ma bouche est pour mon mari, parce qu'elle lui a promis: quant mon con, il ne lui a rien promis, faites-en tout ce que vous pourrez; il est votre commandement, cul & tout. Son mari s'en doutoit. Un jour qu'elle toit sur la porte assise, elle avoit son cotillon un peu lev, il lui dit: fermez l'ouvrouer, (c'est la boutique) ma femme, il est fte. Aussi le cas d'une femme est un ouvrouer, des filles sont toffes. NRON. A quoi faire? L'AUTRE. A faire des femmes de bien, ou des garces: & qu'ainsi ne soit, on peut dire une parole injurieuse une femme ou fille de bien, sans l'offenser, en l'appellant par verbologie de choix, _belle toffe faire une garce_; parce que c'est--dire qu'elle est fille de bien, & qu'il ne tient qu' elle qu'elle ne soit autre. Ne lui est-ce pas faire de l'honneur? L'APPRENTIF. C'est un bel honneur! Tu y entends comme ceux qui heurtent aux portes des putains. L'AUTRE. Et quoi, y a-t-il de l'intelligence en telle affaire? L'APPRENTIF. Oui da; notez, enfans, que si une garce a une porte sur la rue, il ne faut point y heurter, si on la trouve ferme; parce que, si la dame n'est point la porte, ou la fentre, il est vident, la porte tant ferme, qu'elle est empche. L'AUTRE. Cela est il vrai? L'APPRENTIF. Aussi vrai qu'il est vrai qu'elles ont beaucoup de dpit, (ainsi qu'ont les tratres) quand en leur prsence on jure, & dit-on, par-ci, par-l: je n'aime point les putains; je n'aime point les tratres. Si telle heure elles devenoient pucelles, jamais ne deviendroient putains, & seroient aussi farouches au montoir, que garces qui ont t au sermon. COPIE. XXIV. Et gai, ne faites donc jamais de crmonie l'entre d'une halle, d'une taverne & d'un bordeau. Quand je vois faire ces similitudes, il me semble que je vois mademoiselle de Peu, qui disoit madame Courtois: mon dieu! madame, que vous avez de belles filles aux ftes. (Elle toit aussi propre que le pendu de Douai). CSAR. Comment? L'AUTRE. Quand l'empereur Charles y fit son entre, les gens de cette ville-l lui voulurent faire tout l'honneur qu'ils prent. Et faisant de belles faons d'arcades, chapeaux de triomphes, poteaux & telles magnificences, ils s'aviserent d'un pendu qui toit la porte de la ville, & principale entre; ils terent ce pendu sa chemise sale, & lui en mirent une blanche, pour faire honneur monsieur l'empereur). Cette femme disoit cela de ses filles, parce qu'elles toient mignonnes & proprettes. Et aprs, ces mignons, ils sont l faire des faons s entres ou sorties, & font plus de fricasses de ftes, qu'il n'y faudroit d'toffes faire une pannere de mysteres. Il me semble, voir ces fadaises, que les personnes, qui demeurent ainsi arrtes, sont comme couillons, qu'on ne laisse jamais entrer. Mais propos, pourquoi est-ce qu'ils n'entrent jamais? BAIF. Il l'a tantt t dit; souvenez-vous-en. L'AUTRE. Je m'en souviens comme Honor Bonjouan, brodeur de la reine notre matresse, qui, ayant eu affaire de lui, & ne l'ayant pu avoir, puis le voyant, lui demanda o il avoit t. Alors il lui dit: madame, je me soumets en toute humilit de majest, madame; je me souviens que j'ai t voir mettre un homme en difficult, & en distribuer un autre en quatre pieces, choses que je n'avois onques point vues. NRON. Qu'est-ce que difficult? BEZE. Il cuidoit dire en _effigie_; je me le remembre. Il disoit d'un bel homme, qu'il avoit de beaux mufles, c'est--dire _muscles_. DENIS. Il toit aussi fin que le marquis de Bellegueule, qui disoit que c'toit une bonne manne en une maison que du charbon. G. G. C'est aussi-bien rencontr que ceux qui disent: depuis que moines allerent cheval. Je ne vis jamais de moines aller cheval, non plus que d'autres; bien ai-je vu des chevaux aller moines. Les chevaux vont moines dessus, comme tout autre; & ce qui est notable. PASSERAT. Si nous nous avisons de telles rencontres de ceux qui ne savent ce qu'ils disent, & pensent bien dire, je vous renvoierai en Savoie avec les huguenots, qui, fuyant de la S. Barthelemi, & approchant de Geneve, se plaignoient du roi des Franois. Les Savoyards, qui croyoient ce que ces pauvres despoderats leur contoient, les consoloient ainsi: _Ha pauvre gen, vostron r n'est pas si bon que nostron princio. Si vostron r se fu bin gouverna, il eusse esta maistre douta de nostron duc._ Ces pitauds nous rptoient cela, mme quand nous tions en l'expdition de Savoie, & que, sans le mariage du roi, nous eussions conquis le Pimont. Vogue la galere, ce sera pour une autre fois. Le duc nous apportera de l'argent; puis nous irons prendre sa terre. BENOT. En bonne intention, mon ami, vous tes de la mme opinion que le sire Isaac Baudouin, de qui j'avois fait enterrer la femme fort honntement dans l'glise. Il avint que lui demandant de l'argent, parce que dj je l'en avois averti, il me fit quelque excuse; puis, comme par colere, en prsence de nos amis qui devisoient avec moi, il va dire: voici chose terrible! Cet homme veut avoir le corps & les biens. CASSIAN. On l'avoit apporte cette-l; mais la servante de Trainecouille. CSAR. Qui nommez-vous ainsi? CASSIAN. Ce grand vidase d'auprs les carmes, qui servoit d'espion aux ligueurs durant la ligue, de mouchard aux politiques durant leur regne, de fureteur aux huguenots quand ils pulluloient & multiplioient. Un jour, sa servante, qui se nommoit Colette, monta sur un abricotier, qui avoit des branches qui passoient par-dessus des murailles dans le jardin des carmes, ou des jacobins, c'est tout un. Cette fille s'avana sur ces branches, pour cueillir le fruit; & il avint que la branche, sur laquelle elle toit, rompit. La fille tomba dans le jardin, o quelques jeunes freres se promenoient, qui, voyant cette proie comme venue du ciel, se mirent aprs, & la _besognerent_ en bon franois, allant la rangette, comme les soldats qui assigerent le chteau d'Angers. Le prieur, qui ouit quelque bruit, survint ce lieu; & effaroucha les aigles qui venoient au corps, & prit la fille par la main & la rendit sa matresse, qu'il trouva la porte la demandant. Quand Colette fut avec sa matresse, elle fut tance, & elle lui dit: vous tes une pauvre fille, que vous n'avez cri. Et quoi, ma mie, je pense que vous les enduriez faire! Comment, madame, dit-elle, par ma finte, si le prieur ne ft venu, j'en eusse bien eu davantage. BAIF. Vraiment, ce que je vois, elle n'toit pas comme la fille de notre juge, laquelle est si pucelle, que son pucelage lui monte si fort en la tte, qu'elle en est folle. PIMANDRE. Je m'bahis comment cette fille pt sortir du clotre, vu que l'on dit, quand une chose tient bien, _cela tient comme une vesse en clotre_. CHARLES. Mais je m'bahis qu'il n'y et quelque homme de bien l, qui empcht cette insolence. CASSIAN. O voire, cela toit une chappe-cheute, une fortune rencontre: il ne faut jamais laisser passer ce qui s'offre; & qui plus est, je dirois presque comme le marchal de Valiere. Comme les lus tant l, & parlant de vos deniers qu'il falloit lever, & les asseoir avec modestie; quelques-uns se plaignoient disant ce qu'ils en pensoient. Sur cela un lu va dire: il faudroit lire & choisir ici quelques gens de bien du lieu, pour y avoir gard. Ce marchal qui ferroit un cheval, oyant cela, laissa son affaire, & vint dire l'lu: vraiment, monsieur, il n'y a point ici de gens de bien. CONFESSION. XXV. LE BON HOMME. Nous ne boivons point; hol! Vous causez assez. Mais, en un mot, il faut un bon cheval lui frotter la queue du reste de son avoine, afin qu'il aille bien; & un buveur, faut jetter le reste de son vin sur les mains, pour le prserver de la goute. Et puisqu'il n'y a point ici de gens de bien, faisons-nous bons, amliorons-nous; demandons une recepte, pour tre aussi long-temps en l'tat que nous avons t, comme fit le chapelain de sainte Catherine, confesseur de madame la comtesse de S.... Ce prtre se trouva, un jour, prs de sa matresse, que sept ou huit mdecins y avoient t convoqus, pour consulter sur la maladie de madame, qui, dire vrai, toit assez vieille pour mourir. Ce pere spirituel voyant messieurs les mdecins sortir, les arrta, & leur dit: messieurs mes honors mages, il n'est pas en mon pouvoir, moi pauvre homme, de vous assembler comme je vous trouve ici; & j'ai une grande maladie vous communiquer. Qu'en eussiez vous chacun un petit! Aidez, messieurs, il y a quarante ans que j'ai une grande & fcheuse migraine, en la tte, comme savez, joint que ce n'est pas de vous, comme de moi. Messieurs, je vous prie de m'y faire quelque chose: mais, messieurs, je vous dirai, s'il vous plat, comme dit l'autre, & ne vous dplaise; je ne puis recevoir de clystere, prendre mdecine, endurer la saigne, souffrir les ventouses, supporter les onguens, sentir les frictions, porter les bains, ni donner lieu en moi, dedans ou dehors, ce qui provient de chez le chirurgien ou l'apothicaire. Ces messieurs lui dirent: & que voulez-vous donc, mon pere, mon ami, que nous vous fassions? A, ha! messieurs, je vous prie & supplie de me la faire autant durer, qu'il y a que je l'ai. Vous le deviez donc dire, lui braillerent en _chorus_ tous les mdecins, & s'en allerent, le laissant-l. LE PROCUREUR. Comme fit la jeune marie son mari: que ne le disiez-vous? NRON. Quoi! LE PROCUREUR. Le matin, il vint plusieurs femmes, filles & garces, voir le nouveau mari, c'est--dire le jeune homme; & chacune le baisant, lui donna une fouace. Sa femme, ayant vu ce mystere, lui demanda affectueusement ce que c'toit; & il lui dit que c'toit un adieu que lui disoient toutes les femmes, filles & garces qu'il avoit accolles. H da, dit-elle, vous avez grand tort, que ne me l'avez-vous dit? J'en eusse averti tous ceux qui me l'ont fait; ils m'eurent apport du vin; nous eussions eu boire & manger, pour d'ici pques. L'AVOCAT. Voil une excuse pareille celle que font ces bonnes pieces qui prtent leurs cons. Quand une femme est du mtier, Et sa voisine l'accompagne; Elle a sa part au benotier, Par la coutume de Champagne. ORIGINAL. XXVI. Et puis vous les verriez mdire. Ma cousine Gervaise n'y faillit pas hier au soir. Elle dtestoit les femmes des Prtres, & disoit qu'elles toient chevaux du diable, parce que les prtres excommunient leurs femmes au _memento_, d'autant qu'il n'y a rien si ais faire cocu qu'un prtre ou un ministre, quand ils sont affusts dire messe, ou prcher. Et en ma conscience, nous la trouvmes, au matin, couche avec messire Cathelin, qui est un gros vilain camus. Et puis fiez-vous en ces belles diseuses! BARONIUS. Ordinairement ceux qui mdisent des prtres ou des ministres, en ont t; & ce qu'ils en disent mal, est pour faire croire qu'ils en sont loigns, comme putains qui s'exercent, veulent faire croire qu'elles sont loin du bordeau. SENTENCE. XXVII. L'AUTRE. Mais propos de putains, il faut que je vous fasse un conte de ma femme qui toit une putain. Elle n'toit pas de ces normes putains qui en font mtier; mais de ces femmes de bien, qui ont un ami d'honneur. Et bien, j'tois toujours le matre; on me craignoit. Quand je venois de la ville, ma femme venoit moi, me ttoit la tte: vous tes chauff, mon fils; sus, servante, chauffez une chemise pour mon mignon; mon ami, il faut prendre un peu de vin; voici monsieur tel, qui vous toit venu voir; il prendra la patience avec vous. Et bien, j'tois mignard; & qui plus est, mes servantes & mes valets le faisoient un petit: cela toit cause que je les trouvois toujours la maison faire leur besogne: si cela n'et point t, ils fussent alls au loin chercher provision, aux dpens de tout ce qu'ils m'eussent pu drober. Tels sont les justes & bons fruits de l'honnte & chaste paillardise, dont les effets ne succedent qu'aux ames pacifiques, & qui ont du courage. Regardez un peu ce petit bouchon d'cuelles d'amourettes, cette belle Agns, ce qu'elle en pense? DU HAILLAN. Elle fait la dgote, comme la femme du comte Dommartin, laquelle toit descendue la cave pour boire; & de fait, avala trois bonnes verres de vin, puis remonta. Or y avoit-il l un valet, qui toit all qurir la petite bouteille des fripons, lequel se cacha, quand il vit madame, & la considra, & se tint cach: puis elle sortit. Il revint de fortune dner; monsieur avoit d'un vin frais perc, fort bon, & s'avisa de prier sa femme d'en boire, laquelle faisoit toujours semblant de n'en vouloir point; toutefois par importunit de son mari, qui lui en fit bailler dans un beau verre, elle en beut quelques gorges; puis, ayant rendu le verre, dit, en se mettant les mains sur le bas de l'estomac: mes ameres, comme il me cherche. Voire, ce dit le valet qui toit derriere madame, il cherche ses compagnons qui sont alls devant. ZVINGLE. Ha, ha, h, , , Luther, laissons nos querelles; aussi-bien jamais Salomon ne fit bonne chere. LUTHER. Voici une bonne bte! Il ne mangeoit point de lard que par dispense, ou bien il faisoit, comme quand j'tois moine, que je faisois le petit exercice & gai. Pourquoi y a-t-il tant de putains & d'ivrognes? EPICURE. C'est parce qu'il faut que toutes choses soient accomplies. Il convient qu'il n'y ait rien de manque au monde; d'autant que l'univers seroit gauchi, s'il y manquoit de ce qui est tre effectu. Ainsi faut que les choses destines soient accomplies. Il y a plusieurs pauvres & quelques jeneurs d'amour ou de force, qui ne boivent point; & d'autres boivent pour eux, & pissent aussi pour eux. Il y a infinies nonnains, plusieurs moines, quelques filles de bien qui n'osent, ou ne peuvent, ou ne trouvent le faire; & il y en a qui supplent tels dfauts; & notez en charit que, si les loix toient fideles, & qu'il n'y et point tant de contraintes & d'hypocrisies, tels excs n'aviendroient pas. Et je vous prie, de prendre garde ceci, que si vous retournez en vos charges, tout soit remis belle galit & proportion, que dieu a ordonne, ce que par vos insolences il n'y ait plus tant de causes de pchs & de punitions. OECOLAMPADE. Tu nous la bailles belle; tu nous contes de la pit, & tu n'en fais point de preuve. Tu es comme ceux, dont parloit la servante de cette vieille huguenote, qui mourut l'anne passe. Un jour, elle incita sa servante, qui toit papiste, d'aller au prche; ce que la fille voulut pour lui plaire, & y alla avec bonne & belle dvotion, & ouit le prche avec une moult bonne attention. Etant revenue, sa matresse lui en parla: & bien, dit-elle, ma mie, n'est-ce pas une belle chose que le prche? N'y parle-t-on pas bien de dieu? La fille, ayant longtemps cout sa matresse, lui rpond ainsi: ils en parlent prou, mais ils ne le montrent point. EPICURE. Sec, j'y venons; tu nous apportes ici de terribles caupeaux de vieilles vrits. Je t'y attendois; n'es-tu pas gentil & de belle industrie? N'est-ce pas toi qui es un de ceux qui nquirent dessous s'entrelevant par les paules, & qui avois vcu soixante & sept ans? Toi, tu te mis tudier; mais ton frere toit tonnelier. COSTER. C'est l o il falloit prendre de quoi faire d'un diable deux, en les sparant, & coupant ce qui les joignoit par les paules; & non de faire, d'une prbende licentiale, deux demies prbendes, pour d'un ne & cheval de bagage licenti faire deux chantres, que ce veau de licenti nomme diables, parce qu'il lui est avis que les anges du ciel qui ne quadrent la mauvaise opinion de sa fressure, sont diables. Ainsi chaque levre a son got. DMONSTRATION. XXVIII. EUCLIDES. Or bien il faut passer devant un chieur, & derriere un rueur. Vous ruez bien; vous tes de mme que la femme du sieur Chaillou, qui avoit force noix, l'anne que ses noyers d'entre Tours & Loches furent abattus. Les noix toient chres; il y en avoit la maison encore deux setiers vendre; il vint un bon compagnon qui parla madame, (laquelle toit de ces bonnes mnageres, qui, pour pargner les poches, mettent & serrent le bran en leurs chemises) & marchande ses noix, fit march avec elle, & lui bailla un quart d'cu d'arrhes, la charge qu'il emporteroit sur sa bte un setier de noix. Et bien, madame, lui disoit-il, ne vous fiez-vous pas bien en moi d'un setier de noix, puisque je me fie en vous de l'autre? Oui d, mon ami, dit-elle; mais comment avez-vous nom? Je me nomme Jean Tenon. Or bien, allez donc; & quand il vous plaira vous aurez le reste. Adieu, madame. Adieu, mon ami. Quand Chaillou fut venu, elle lui fit le conte de son bon mnage, & aussi disoit-elle qu'elle s'tonnoit que ce marchand tardoit si long-tems. A la fin, le mari lui demanda comment il avoit nom. Non, mon ami, dit-elle, c'est un honnte homme le voir, je ne me puis pas bien souvenir de son nom. Chaillou, tout fch & dpit de la sotise de sa femme, va dire: ha! je vois bien ce que c'est. J'en tenons, _id est_ nous en tenons; c'est--dire, nous sommes pris. Elle, qui ouit ce mot, Jean Tenon, oui, oui, oui, mon ami, dit-elle, il est vrai; c'est lui; il m'a dit qu'il avoit ainsi nom. MERLIN. Elle fut un peu plus fine que la femme de Garence, qui, un jour, avoit affaire de cendres, & voyant force pastel qu'elle croyoit qu'on avoit jett avec du bresil, mit tout au feu, & en fit des cendres. Il y avoit pour plus de cinq cents livres de marchandises, dont elle fit pour dix-neuf sols six deniers deux oboles de cendres. Voil pas une bonne alquemiste? MELVIN. Ce fut elle, que son mari mena Maill voir un de ses cousins; ce mari parlant son cousin, ce cousin lui demanda des nouvelles de sa femme, disant: & comment se porte ma cousine? Voire, dit-il, & la voici. O! dit l'autre, excusez-moi; vous avez donc amen une bte. , , ouvrez l'table; ho! garon; & puis, allons boire. Il vouloit dire qu'il avoit amen une bte chevaline, pour porter la bte humaine. ALF. DE CASTRO. Quand j'tois marchand, je menois une bte; mais c'toit un ours. A cela, vous pouvez juger que je ne suis ni Normand, ni Manceau, ni Rousseau, parce que l'on ne voit gueres de telles gens du pays de sapience mener l'ours. ILLIRIC. Voire; mais tu ne menois pas l'ours, quand nous emes si grand peur en la Franche-Comt, o l'on nous fit manger de la chair de l'ours sale. ALF. DE CASTRO. Il faut que je confesse que je ne fus jamais si pouvant; je cuidois que les diables dussent dbattre sur quelque sorbonique, ou que le parlement prdestin des ministres & jsuites ft arriv. Il avoit neig; & c'toit environ la saint Jean. NRON. Tu dbutes bien; la saint Jean! ALF. DE CASTRO. Oui da; il y a la saint Jean qu'on fauche, la saint Jean qu'on tond, la saint Jean qu'on bat, & la saint Jean qu'on chauffe; c'est cette l, je l'ai trouve; & toit fort prs de la nuit. Vous savez qu'en ce pays-l les maisons sont prs la montagne, & n'ont qu'une chemine au milieu, sur le haut de laquelle il y a deux fentres ou portes, pour donner le vent par rencontre, afin que la fume n'importune point. Or le vent tant tourn, le valet voulut aussi tourner les portes, en ouvrir une, & fermer l'autre, de laquelle un des gonds tant rompu ou arrach, il n'en put venir bout, si qu'il lui fut force de monter en haut, & ce par la chemine. Etant en haut, il avisa le dfaut; mais il n'avoit point de marteau pour s'aider descendre; il se fchoit, de sorte qu'il alla par sur le toit, droit sur la montagne, qurir une pierre; & ainsi il fit un petit sentier, il racotra sa porte, puis descendit. Il y avoit un pauvre chaudronnier qui cherchoit logis; mais parce qu'il brunoit, il ne pouvoit voir de chemin; joint qu'il avoit neig, depuis que le monde se fut retir. Ce chaudronnier bien empch, ne savoit que faire; il levoit nez mont, dcouvrant a & l; enfin, il avisa le sentier qu'avoit fait ce valet, & lui l: il le suivit; & voyant la clart de la chandelle, il ouvre la porte, & cuidant entrer il se pousse dans la chemine. Etant branl, il n'y eut point moyen de se retenir, si qu'il tomba au milieu de la chambre, disant: dieu soit cans. Nous vmes ce personnage noir & ses chaudrons, qui firent nos oreilles une fois plus de bruit qu'ils n'eussent pu faire. Nous fuimes tous, cuidant que ce fut le marchal des logis de Lucifer, qui vnt mettre dans ses chaudieres les petits enfans, pour les faire cuire, & nous envahir comme repues franches. HISTOIRE. XXIX. GAGUIN. Comment avoit nom ce chaudronnier? ALF. DE CASTRO. Il avoit nom Socrates. POGGE. Tout beau, ne parlez pas si haut; d'autant que, si ce sage l'entend, il deviendra fou. ALF. DE CASTRO. O, ho! & les noms sont-ils pas communs? Et qui sait, cette heure, lequel des deux est Socrates, puisque les noms sont pour les mortels, qui sont si sots qu'ils donnent des noms aux anges & aux diables? Je ne dis pas que cela ne ft bon ceux qui seroient baptiss ou circoncis. ILLIRIC. Puisque tu fais tant le rsolu, qu'avois-tu affaire de nous nommer ici? Et plusieurs s'en fcheront, ne s'y trouvant pas. L'AUTRE. Si quelqu'un se fche que je ne l'ai mis ici, ou quelqu'un de ses pareils prtrits ou futurs, qu'il y mette ceux qu'il voudra, & lui-mme pour s'appaiser, ainsi que fait ma mere-grande: si on lui apporte sa soupe trop chaude elle la rafrachira; si elle est trop sale, elle y mettra de l'eau; si elle est trop fade, elle la salera; s'il y en a trop, elle en laissera, s'il y en a assez, elle mangera tout, &c. C'est une bonne personne, pour une femme; elle trouve tout bon, afin de ne se marier point. Faites ainsi, mes bons amis du coeur; & notez que s'il y a quelque fantasque qui s'attriste de n'tre ici ou les siens, & ne veut se soumettre la juste raison que j'ai dite, il sache que je ne connois point les fils de putain. Je vous dirai pourtant, vous demandant excuse, qu'il y aura ici assez de place pour tous les fous, pourvu que l'on les y mette l'un aprs l'autre. En Allemagne, les Allemands y mettront leurs fous; en France, les Franois; en Angleterre, les Anglois; en Espagne, les Espagnols; en Suisse, les Italiens; en Turquie, le reste: & puis, que l'on fasse si grand-chere qu'on voudra; soit en droit, soit en musique, soit en canon soit en thologie, soit en gendarmerie ou marchandise, ou mdecine, ou toute telle autre sorte que vous imaginerez, sans y mler les grenetiers, parce qu'ils sont le sel du monde; ils salent les autres fous, de par le roi: bran pour eux. DE CASIBUS. Qui est-ce qui parle de bran? MADAME. C'est moi. DE CASIBUS. Qui vous puisse brider les joues. Et bien, madame, l-dessus je vous demande combien un tron a de qualits? Dites-le; il faut tout apprendre, aussi-bien il s'en faut dpcher comme ma cousine, du sac du bon homme. Prenez donc un tron, & y mettez le nez, il pra; mettez-y les dents, il sera trouv de mauvais got; si vous n'tes dgote, & que vous ne trouviez pas la merde bonne, frottez-vous-en le nez, il vous barbouillera. LUTHER. A, ha! h, tu es bien aise d'avoir bricoll une petite vilaine. DE CASIBUS. Qui est le plus vilain, celui qui emporte, ou celui qui en parle? Et devinez ce que c'est; si ce n'est pas cela, dont vous n'en sauriez porter une livre, quand il est encore vous; n'tant point vtre, vous en porteriez un quintal? MADAME. L, l, changeons de note. LUTHER. Celui n'a gueres de notes qui n'en sait point, comme ce drle qui vint chez monsieur le baron au Chastais, hier, & trouvant monsieur la porte, il lui demanda la passade. Qui tes vous? dit monsieur. Je suis un pauvre musicien. Entrez, mon ami. Entr qu'il fut, monsieur le fit dner avec lui. Or toit ledit baron fort curieux, & avoit fait apprendre la musique ses enfans, garons & filles. Aprs dner, il fit apporter des livres, pour faire la musique, & bailla des livres chacun, & un cettui-ci; & lui-mme, docte en cette discipline, bailla les tons; les enfans chantoient; & monsieur, qui n'osoit rien dire ce passant, estimoit qu'il coutoit. A la fin, le voyant se taire, il lui dit: vous ne chantez point? Non, monsieur. H pourquoi? Monsieur, je n'y entends rien; ne vous ai-je pas dit que je suis un pauvre musicien, que je n'y entends rien? RABELAIS. Tu ne fais ce conte qu' demi. LUTHER. Sanguille, tu es un bel vque! De quoi, tous les mille diables, te mles-tu? PIRRHUS. Que pensez-vous avoir dit? Oui da, Rabelais mon bon compere a t vque. Et pourquoi non ne l'et-il t, aussi bien qu'un tas d'autres qui le sont bien encore, & le seront? Et de fait, je vous dmontrerai qu'il a t vque: je ne veux point disputer; je suis mathmaticien, j'entre en dmonstration. Ne savez-vous pas qu'il n'appartient qu'aux vques ou archevques de confirmer par la noble puissance qu'ils ont? Et ainsi avec cela de changer le nom, en muant un peu de la substance? S'il est vrai ce que je dis, & que ce bon pere _pseudo-evangelico-papistico-anabaptistico-gisitanerbiterono-puritain_ a pratiqu en confirmant madame la mere de Gargantua; laquelle, en premiere invention, dicte de la propre goule d'un dfunt vque de Paris, avoit nom Galemelle; & le pere Rabelais la nomma Gargamelle: si ledit n'et t vque il y et eu fausset en ses crits comme s vtres: ce qui n'est pas, tmoin Jamblique, qui profere: S'il faut baiser, ce qu'on dit: Tout ce qu'aux dames on prsente, Je ne saurois baiser mon vit; Je le garde pour la servante. ATTESTATION. XXX. Vraiment voire, ce dit la servante de chez nous, si j'tois la matresse, je ne bougerois du lit quand il fait froid. En nanda, notre valet toit plus habile homme, qui, parlant mon pere (qui est gentilhomme, ne vous dplaise, & d'antique race, je le dois bien savoir, moi qui ai t condamn aux grands jours d'avoir non la tte coupe, mais le col, & me voici; c'est tout un, je suis de la vieille noblesse: non admise par mdecine, ni mairie, ni chaunage, ni lettre; mais par source de vieille gueuse, ferme tigneuse, & bonne putain d'antiquit. Que disois-je? Cette folle humeur de vanit noblesseuse m'a si bien fricass la cervelle, que j'ai oubli ce que je voulois dire. Parguille, si je m'y mets, je ne dirai jamais rien, que je ne fasse comme Auguste, ce grand preneur de taupes la glu, c'est--dire, empereur des Romains. POGGE. Et que faisoit-il? PYRRHUS. Il vous chioit au nez tout d'une vole: laissez-moi dire; je reprens ma mmoire comme le grimoire; j'ecrirai tout ce que je voudrai dire, & serai si sot que, quand je demanderai ma femme le faire, je l'crirai en mes tablettes, afin de ne paillarder bien dire sans faute. (Ce notre valet, voyant mon pere tre appell pour l'arriere-ban, aussi toit-il gentilhomme, ce qui le fchoit, parce-qu'il n'aimoit point la guerre; il aimoit le lard, & hassoit les chiens. Foi de demoiselle, disoit ma mere panant ses pourceaux, mon mari est aussi noble que le roi; il aime bien ne rien faire, & se donner du plaisir: & notre valet, qui est des meilleurs, voyant mon pere fch pour cette arriere-bannerie, lui va dire, cordille, mon matre, si j'avois autant de bien que vous, je n'iras pas la garre! Et qu'est-ce, Colas mon ami, que tu ferois? Que je ferois? Je m'en irois voir le procureur du roi avec un bon lievre, & il me donneroit main-leve. Et si ce n'toit pas assez, ou qu'il ne ft pas assez grand... THUCIDIDE. Il n'y a remede. Il disoit comme la bonne femme qui prsentoit le pain bni saint Pierre-aux-boeufs. Mais en conscience, toi qui te connois en tout, lequel des deux boeufs qui sont l est le plus gras? SAUVAGE. Je l'ai mis en ma chronique. Deux comperes aviserent cela, & gagerent. Le sire Adam disoit au sire Girme que l'un toit plus gras que l'autre. Ils gagerent, s'en rapporterent ceux qui sortiroient de la premiere messe. Le sire Adam se leva de nuit, & alla graisser de sain celui qu'il avoit dit tre le plus gras; puis quand le monde sortoit, & que ces sires demandoient l'avis d'un chacun, dame, chacun trouvoit, cettui-l tre plus gras. DU GUGNET. H, grosse pcore, il y en a un voirement plus gras que l'autre, d'autant que l'on met en son corps les huiles pour servir au luminaire, & il en tombe dans ce creux, si qu'il est plus gras. C'est philosopher, cela. Mais cette femme, mais ce pain; & bien tous deux. THUCIDIDE. Cette bonne femme toit sourde; & prsentant son pain, & faisant la rvrence, elle fit un pet. Les prsens & prsentes se prirent rire. La bonne femme, croyant qu'ils se moquoient de son pain qui toit bien petit, se retourne & dit: messieurs & dames, excusez-moi, s'il vous plat; je le ferai une autre fois plus gros. Et chacun de rire plus fort, attribuant le plus gros au pet, qui toit dlicat. Il toit noble, ce pet, puisqu'une demoiselle l'avoit fait. PYRRHUS. Et pourquoi non? Le mtayer ne disoit-il pas bien, voyant des pourceaux: ! la belle noblesse que voil! Il en dit bien d'autres: & comme ma tante lui demanda touchant les biens de la terre, ce qu'il en pensoit: ! mademoiselle, pour les bleds & tels grains vous n'en avez gueres; mais vous tes la roine des vesces. Je ne vis jamais tant de demoiselles qu'il y a aujourd'hui; tout en est conchi. Quand vous en saurez la raison, vous ne serez plus tant tonne; il faut... ARETIN. S'il faut, il ne prend pas. PYRRHUS. Si vous tiez aussi mordant que reprenant, il n'y auroit cul qui n'et des dents. Sachez donc qu'un jour une belle, jeune, fretille, bonne & sage demoiselle que je connois bien, (je la dois bien connotre; son pere m'a fait bonne chere) un jour d't qu'il faisoit beau, eut fantaisie de monter sur un arbre. J'eusse bien mieux aim monter sur elle. POGGE. Tu es dgot comme le clousier de Vaux, qui pensant entrer en la salle, y vit plusieurs dames, & se voulut retirer. Entrez, dit madame de Saint-Martin, entrez; nous ne mordons ni ne ruons. En da, dit-il, donques, mesdames, je voudrois bien tre mont sur icelle bte. PYRRHUS. Cette belle demoiselle, que je vous dis, tant sur cet arbre, y cueillit ce qu'elle voulut; puis descendit. Or est-il que la queue de son chaperon de velours y demeura, sans qu'elle y prt garde; & le cocu fit son nid dessus, & tellement que plusieurs oiseaux la couverent, cette belle queue lui multiplia si bien, que maintenant il ne faut que secouer un coup, voil une demoiselle faite. Et gai, il ne tiendra pas moi que je n'en fasse, & je ne leur exhibe une andouille & deux oeufs, la pitance d'un religieux. LOUVET. Tu te vantes bien. S'il toit, ou qu'il ft; mais il est. POGGE. Et bien, cela est bien dit. LOUVET. Notre official le fit interprter l'homme & la femme qui se plaidoient. L'homme disoit du cas de sa femme: s'il toit, montrant le pouce joint au premier doigt; puis il disoit: ou qu'il ft, comme les deux pouces joints bout, & les deux premiers doigts; mais il est, montrant son chapeau. Et la femme dit, parlant de l'outil de l'homme: s'il toit, empoignant sa cuisse; qu'il ft, empoignant le bras; mais il est, montrant le petit doigt. ALCIAT. La dispute en est aussi bonne, que celle d'un savant qui vint Genve, lorsque Jysquel y faisoit ses tudes. Cettui-ci dit qu'il vouloit disputer; mais qu'il ne parloit qu'en signes. Il n'y eut personne qui voult y entendre, d'autant qu'en ce pays-l (c'est Genve) ils n'ont gueres de signes; ils veulent tout droit. A la fin, il y eut un menuisier qui toit de Montargis, parent du dmoniaqu, & d'un matre d'htel de madame la duchesse de Ferrare, & rfugi Genve pour la concupiscence; hoi, je cuidois dire _conscience_, (comme il avint un jour Tours, que le roi y toit. Il y avoit lors une dame, qui durant les jeux avoit jou conscience, qui pour cela en eut le nom tout le temps de sa vie. Je la trouvai en la rue, & je la cherchois; il m'avint de lui demander le logis de madame Conscience. Qui tes-vous, dit-elle qui m'injuriez? Hlas! madame, pardonnez-moi; on m'a dit que vous avez ainsi nom. Ce sont des sots qui le disent. Je ne le dis donc plus.) Ce menuisier dit qu'il disputeroit avec ce savant, selon les accords. On les met sur un chafaud, devant le monde. Ce savant, se prsentant rsolument devant ce menuisier, auquel on avoit baill une robe ministrale & un bonnet consistorial, & levant le bras, haussa la main, fermant le poing, en lui montrant un doigt: le menuisier lui en montra deux; le savant en prsenta trois; savoir le pouce & les deux doigts: le menuisier lui montra le poing clos. En aprs, le savant lui montra une pomme; le menuisier, cherchant en sa pochette, trouva un petit morceau de pain, & le lui montra. A donc le savant, tout ravi en admiration, se retira; puis dit qu'il avoit l trouv le plus docte homme du monde; & tant que ce bruit a dur, l'cole de Genve a t en rputation. Depuis on prit part le menuisier, & on lui demanda qu'il avoit agi rciproquement avec cet autre. Il nous dit: voire, c'est un homme fin! Il m'a menac de me pocher un oeil; & je lui ai fait signe que je lui en pocherois deux. Puis il m'a menac de m'arracher les deux yeux, & m'enlever le nez; & je lui ai montr le poing, avec quoi je l'assommerois. Et comme il m'a vu en colere, il m'a prsent une pomme, pour m'appaiser comme un enfant; je lui ai fait voir que je n'avois que faire de lui, & que j'avois du pain qui valoit mieux. SOMMATION. XXXI. Et puis faites la guerre pour cela! Allez vous battre; allez vous damner pour telles gens. J'aimerois mieux aller travailler ma journe, & faire un petit de bon frit en ce monde. CEBES. Oui, ainsi que fit Jaques Poulet, qui tailloit la traille de madame de la Souche. Comment? Il toit beau & gaillard; & madame l'ayant contempl, eut envie d'tre couverte de son corps; chose que, pour rien du monde, elle n'et voulu permettre autre qu' son mari. MADAME. Voire, permettre son mari! Il ne faut qu'obir, d'autant qu'elle y est oblige; que si elle le fait d'autres, c'est grande & notable charit. ALCIAT. Bien; vous avez dit vrai; vous tes une bonne petite personne. Il ne le faut pas dire tout le monde. Or de cet accouplement dsirable, & voluptueux, d'autant qu'ils travaillerent con vu & de plein jour, ils firent un bel enfant; & cela se connoissent les enfans faits de jour ou de nuit, ou autres des quatre temps, selon leur beaut; les plus beaux sont faits de jour. Or elle qui toit marie, ne pensant pas que cela dt prendre, cause que le prtre n'y avoit pas pass, n'en fit autre mine; & toutefois se trouva grosse, dont enfin elle accoucha, fort assure qui l'enfant toit. Il avint que la bonne dame fut malade, & comme elle fut prte de mourir, elle appella son mari & lui dit: mon ami, je vous ai toujours t obissante & douce; je crois que vous ne vous plaignez point de moi. Non, ma mie, rjouissez-vous & revenez au monde. O, mon ami! je suis fort dolente & ennuye d'une faute que je vous ai faite; mon cher mari, je ne vous en ai fait qu'une, je vous prie de me la pardonner. Las! ma mie, prenez courage; il n'y a rien que bien. Mais, mon ami, la faute est grande. C'est tout un; je vous la pardonne. Hlas! mon ami, ce petit garon n'est pas de votre fait; c'est Paulet qui me le fit, le jour qu'il tailla notre treille, l'anne passe. O! o, ma mie, dites-moi, toit-il notre journe! Oui, mon ami. O bien, bien, ma mie, c'est tout un, puisqu'il toit notre journe, & que nous l'avons pay, l'enfant est nous, d'autant que ce qu'il faisoit toit pour nous; reposez en paix, & ne vous affligez plus. Achevant cette parole, le mdecin entra, qui lui tta le carpe: adonc il dit: cette pauvre dame n'a plus de pouls. Elle l'ouit, & faisant un soupir, va dire: a, a, a, monsieur, en voici un gros qui me mord prs la gorge. CARDAN. Le seigneur de Strossi fut autrement gauss de son mdecin, qu'il ne payoit pas bien, d'autant qu'il lui bailla bien plus d'un vif biais. Le mdecin l'ayant tt, Strossi va dire, a, a, monsieur le docteur, mon pouls est bas: il ne va gueres vte. Non, monsieur, dit le mdecin; s'il toit sur quelque genet il iroit bravement; mais cette heure il va plan, plan, d'autant qu'il est sur un ne. MAROT. Ce mdecin, sortant & passant par saint Severin, vit les prtres enterrant des morts par trois bandes, & les saluant, il leur dit: dieu vous garde, messieurs; vous faites bien votre aot. Voire, dirent-ils, oui, monsieur, dieu merci & vous. CUSA. Et allons; voil qui est ais comme une femme qui se meurt contre terre: voici de vrais contes, du temps que les btes parloient. POGGE. O qu'il ne faut pas aller loin; il y en a bien qui parlent. APULE. J'ai t ne, comme chacun sait; mais mon compere Cardan a bien t une autre bte. CARDAN. Oui d, j'ai t de trois sortes de btes, & je ne fus jamais ne; mais je me souviens du temps que j'tois bte ainsi que vous, tmoin Thevet & quelques semblables pour tre btes de bon esprit, & ayant mis en mmoire la promesse faite Pythagoras, j'ai plus fait que lui, d'autant que j'ai bien retenu ce que j'avois en rencontre; & de fait, j'ai engrav en mon esprit ce que j'ai vu s institutions & crmonies de btes, & sur-tout en leur cabale qui est notable, en laquelle il y a un article de plus de consquence, & sur-tout en ce qui est de leur crance; d'autant que, comme j'ai su d'elles, elles croient que les hommes sont plus btes qu'elles ne sont, bien que quant elles, elles soient les martyrs de nature. Il est vrai qu'il y a de mchantes btes, comme il y a de mchans hommes. Si j'osois, je passerois outre, parce qu'elles ont une religion; mais je n'en veux pas parler, d'autant, que la dclarant, elle se trouveroit semblable celle de plusieurs sots. CALENDRIER. XXXII. L'AUTRE. Les esprances sont plus belles que les effets, d'autant que les conins des petites filles sont mieux faits que ceux des grandes. Aussi il y a conin; c'est le cas de ces mignonnes, que l'on torche encore prs le feu, ou qui les montrent en pissant: conaud; c'est de celle qui est dj bonne, qui peut tre chute en pauvret, qui le poil a perc la peau: puis con; c'est de celles qui sont bonnes, & n'ont gures eu, ou point d'enfans: conasse; c'est des vieilles, & qui est presque tout en dsordre. PLATINE. Et que dites-vous de connue? L'AUTRE. C'est le cela d'une veuve; il n'est ne l'un ne l'autre; mais ce qu'il peut tre. AVERROS. Je crois que les conasses sont dsagrables, & appartiennent l'ordre du derriere de la servante de feu monsieur le doyen des mdecins. Cette vieille, tant prs de mourir, requit son matre d'une faveur qu'il lui promit. Hlas! dit-elle, monsieur, je me meurs, je suis une pauvre femme; je desire, s'il vous plat, tre enterre au prau de S. Pierre; mais, s'il vous plat, que l'on ne chante point sur moi: je ne desire pas que l'on se moque de moi. Pargoi, s'il vous plat, qu'ils ne disent point: ! cu rid. PASSERAT. Et bien, ma mie, bien, mourez en paix, & n'ayez pas de crainte; ne vous pouvantez point, comme fit un sergent d'Orlans, que je ne veux pas nommer, d'autant qu'il a des parens en chapitre. Ce bon & noble sergent, allant un jour se promener la Source, avec plusieurs de ses amis, il y eut un jeune apothicaire, qui se mloit de prendre les serpens, lequel en voyant un beau & long glisser devant nous, va le conjurer & dire: serpent, je te commande que tu t'arrtes; & qu'il soit aussi vrai que je te prenne, comme il est vrai que, quand un sergent se meurt, son ame va droit entre les mains de Proserpine reine des enfers. Ce serpent s'arrta, & fut pris. ZVINGLE. Le sergent, voyant cette merveille, fit au rebours du barbier de notre pays, qui vendit ses rasoirs, bassins, lancettes & autres ustensiles, afin d'acheter un tat de sergent, pour faire le salut de son ame, & tre compagnon d'un violon qui se fit sergent, pour mener joyeusement le monde en prison, d'autant que cettui-ci, ayant componction de coeur, jetta son office au diable; & se rendit capucin. LOUVET. Il avoit un autre dpit. Vous ne devez pas dire cela. S'il y a quelque sergent qui ait fait quelque chose, ou mme cettui-ci, donnez-le qui vous voudrez, & n'impugnez rien que ce que nous disons, pource que tout ce qui est ici avanc, est tenu pour trs-vrai, sans qu'il y faille, ou soit reu d'y contredire; & si quelqu'un y contredit, qu'il s'aille faire canoniser en enfer. Pardonnez-moi; ce que je dis n'est que pour rendre plus authentique votre prolation; & de fait, je crois, que ce n'est pas lui, dont je veux parler; c'est d'un autre qui est de Genve, & est de mme tat: l on ne dit pas sergent, on dit officier. OECOLAMPADE. A, a, voil dire cela, voil parler d'accord; c'est apprhender aux prtres & aux ministres le moyen de s'accorder. Or dites pleine gueule. LOUVET. Cet officier avoit une femme assez fcheuse, & qui le tourmentoit. Il la battit plusieurs fois & dur, dont elle se contrista, & menaa son mari du consistoire, qui est le purgatoire des huguenots. Remis qu'il fut au consistoire, il y alla; & on lui remontra que cela n'toit pas beau de battre sa femme. Elle toit battable, dit-il. Allez, lui dit le diseur, sachant la pense de notre seigneur le consistoire, retirez-vous; qu'il y ait de la mesure en vos actions, & qu'on n'oie plus parler de vous. PALINODIE. XXXIII. Il retint fort bien son cong; & quelques jours aprs, sa femme se faisant forte du consistoire, se mit faire la mchante, & il la battit; mais avec quoi? Avec une aune qu'il avoit emprunte du seigneur Lait, qui avoit t jadis couturier; & la frotta dos & ventre sur ses habillemens, cause qu'ils n'ont point t les dix jours en ce pays-l. La pauvrette se plaignit, & fit encore appeller son mari au consistoire, auquel on fit la joyeuse & courte remontrance, parce que l'on n'avoit pas le loisir de parler lui, cause que l'on faisoit rponse une lettre que le duc de Savoie avoit crite un tratre; (O diantre soit le tratre! Il toit alquemiste, il n'y eut jamais que lui qui ft de cette chose l) & dit-on ce matre officier: allez, & soyez sage; & si votre femme vous fche, ne la battez pas. Monsieur, je ne lui ai fait que ce que vous m'avez command; je l'ai battue par mesure. Oui, dit-elle, messieurs, il m'a battue avec une des aunes de messieurs; & disoit bien, pour autant que l on mesure la justice. Comment, dit matre Jean Pinaut, vous abusez des paroles saintes? N'y retournez plus. Monsieur, dit-il, ce ne sont que remontrances que je lui ai faites. Allez, dit le prsident clerc, remontrez-lui avec l'criture sainte, ou bien on vous mettra Cans. Quelques jours d'aprs, elle fut encore mauvaise, & il la battit; mais ce fut avec un gros nouveau testament couvert de bois & ferr: il le lia en une serviette, & la plauda en cas-pendu; il n'y manqua rien. Elle s'en plaignit; &, les formes observes, tant devant le benot consistoire, qui s'ennuyoit de le voir si souvent, il fut tanc. Messieurs, dit-il, je ne l'ai corrige qu'avec l'criture sainte. Hlas! quelle criture sainte, messieurs, dit-elle! C'a t avec un gros maudit testament qu'il m'a bourrele. Cela ou & s, il fut dit qu'il seroit puni, s'il continuoit: & puis, tant entr devant messieurs, on lui reprocha son incrdulit, qu'il toit malin contempteur & tergiversateur: & enfin, lui fut prononc peine de punition corporelle, qu'il n'et plus chtier sa femme, que de la langue. A, jan! il n'y faillit pas, d'autant que quand elle le fcha, il prit une langue de boeuf fume, dont il la battit tant que le diable eut de cul, & le consistoire de tte; & leur allez demander qu'ils en ont fait. BARRABUS. Voil une mauvaise fortune. EUSTATHIUS. Ainsi il y a fortune visible & fortune invisible. NRON. Voil une belle remarque; je vous prie, sachons que c'est. EUSTATHIUS. La fortune invisible est l'esprit de la visible, & qui est fort secrete: je ne vous la dirai pas toute; mais pour la faire apprhender, je vous en baillerai l'chantillon royal, c'est--dire, le souverain; le plus beau, c'est le cocuage. Et la fortune visible, la vrole, les poulains, mal au vit, la chaude-pisse, & telles dmonstrations circulaires & avantageuses, lesquels s'achtent deniers comptans; sinon que l'on marque les coups la coche ou la taille, c'est tout un; pourvu qu'on s'en souvienne; ou bien que l'on le fasse sans cdule, & sur la foi. SATIRE. XXXIV. DIXIPPUS. Et d, c'est un grand malheur que des affaires du monde. Voil, un pere aura de belles filles; c'est vraiment une belle & digne marchandise; & toutefois il faut bailler de l'argent pour s'en dfaire; & qui pis est, ce que m'a dit Schower, ce fidele astrologue, ainsi que Lontius me vient de confirmer, tant que le roi vendra les tats, & que les hommes bailleront de l'argent un matre pour le servir, certainement les femmes, qui autrement sont dites garces, c'est--dire, filles de joie, dames d'amour, personnes de liesse, prendront de l'argent de ceux qui les serviront, se saisiront de notre bon argent, & de tout ce que nous aurons. Et je vous dirai un axiome vrai: si elles sont domestiques, elles aiment autant leurs matres pauvres que riches, tmoin l'enfant prodigue, qui, pour cette cause, se nommoit le seigneur, _Luxu_, comme vous voyez en ses portraits, S. Luc XII, c'est--dire, sire ou seigneur _Luxu_. De-l ont t nomms les luxurieux: c'est pourquoi Lucullus aimoit tant les lamproies; aussi est-ce une viande dlicieuse, quand elle est confite la sauce du salmigondis renouvelle. SCALIGER. C'toit la viande du mauvais riche; est-il pas dit _efrenomenim catimeram lampros_, il mangeoit tous les jours des lamproies? QUIDAM. Vous contaminez le prtoire; retournez sur les femmes. SCALIGER. C'est bien dit; aussi dire vrai, j'tois vierge quand je fis ma quadrature du cercle; & si je fusse demeur tel, j'eusse fait la pierre philosophale, d'autant que, pour y parvenir, il le faut tre & immacul. GEBER. Vraiment tu as dit vrai. CARDAN. Et pensez-vous qu'il faille tre si sage, pour parvenir quelque chose de bon? Non, non, ne vous mettez pas cela en la fantaisie. Sachez, mon doux ami, que les Suisses gardent la porte & n'entrent gures, & davantage ne savent que l'on fait dedans, ni qui y est; & tenez ceci pour un notable secret pour la rsolution de toutes les controverses de ce tems. PIERRE MESSIE. Il faudroit user de grande discrtion pour cet effet; &, comme dit cet Espagnol, il conviendroit cavaler les esprits, afin de distinguer ce quoi ils sont propres. MAROT. En vieux franois, _cavaler les esprits_, c'est chevaucher les engins. BERNARD. Il est vrai; voil pourquoi les beaux entendemens sont toujours ribauds ou rufiens, c'est--dire, en posie, _ils font l'amour, sans en faire conscience_. PIERRE MESSIE. En da, ne dites pas cela; il y en a qui font conscience de tout; ceux qui font conscience de rien, ne sont plus habiles. BERNARD. Tu y es; dis que tu en as, grande chemise; tu l'as devin, comme pisse-en-lit; & indigne animau, sais-tu pas qu'il ne se fait rien de-l, dont Pantagruel n'ait avis ici, ou que son conseil n'ait arrt? Va, fais-toi de telles gens, & tu sauras tout. PIERRE MESSIE. Il me faudroit avoir bien du moyen, ou que quelqu'un me voult croire. Je vous dis vrai qu'il y a long-tems que j'eusse t chanoine de notre-dame de Paris, si un de la compagnie l'et voulu. En da, tous en toient d'accord: il n'y en avoit qu'un qui m'en empcha. CSAR. Et qui? Dis-moi; que je le tue. PIERRE MESSIE. Je ne gagnerois rien sa mort; je vous dirai pourtant qui est cettui-l; c'est un seul; c'est le premier venu, lequel s'il me donnoit sa prbende, je serois reu. AMIOT. Vous ne parlez que par fariboles; (je cuidois dire _paraboles_) je suis dedans, dj j'entre au btiment de conscience, allons-y vtement. RONDELET. Tout beau; oyez notre ami, ce bon conseiller Tourangeau, qui est ordinairement mont sur un gros chevau, quand il va aux champs, comme ce gros comte de Lyon, dont ils disent de lui & de son cheval, que ce sont deux grosses btes. On parloit d'aller visiter un intendant de la justice: la fin, il fut resolu en la chambre que l'on iroit _catervatim_. Ha, dit celui-ci, si on y va _catervatim_, je veux tre un des quatre. SCALIGER. Ft-ce pas sa mere, qui, parlant de ce qu'on laissoit trop fortifier les huguenots, dit au maire: monsieur, monsieur, il ne faudroit pas tant laisser mortifier ces gens-l. Mais ce pauvre homme. Laissons-le l. Il a un cousin, auquel durant les pardons, il avint une plus jolie fortune. Lui, avec quatre de ses voisins & leurs femmes, se mirent en chemin pied, pour aller aux pardons. Quand ils eurent un peu chemin, ils furent las, & s'aviserent de prendre un charroi; & que celui qui auroit la plus courte paille l'iroit chercher, ou seroit le plus grand cocu de la troupe, au dfaut de ce faire. L'accord fait, une femme prit des pailles, & baille tirer; notre ami & cousin tira le troisieme, & il fut trouv avoir la plus courte. Il disputoit, & disoit qu'il n'iroit pas, & que pour cela il n'toit point cocu. Sa femme qui le voyoit disputer & qui avoit vu qu'il n'y avoit point t fait de tromperie, oyant qu'ils lui disoient: allez, c'est vous qui l'tes. Non suis, on m'a fait tricherie. En d, mon ami, dit-elle, on ne vous a point tromp; vous l'tes de bonne suite. Si est-ce que sa femme toit femme de bien. AMIOT. Ne le prenez pas-l; mais avisez cette grande & notable distinction, prise du profond de la science scholastique. Ne savez-vous pas que, si un homme pouse une veuve, il devient bigame, encore qu'il n'ait eu jamais affaire autre femme qu' la sienne; parce que sa femme a eu affaire deux. Cela lui tombe en nature, de sorte qu'il a eu affaire aussi deux. Ainsi, si un homme va une autre femme que la sienne, il est autant cocu, que si la femme l'avoit fait un autre qu' lui, d'autant que ce qu'il a fait une autre, est imput sa femme justement, comme si un autre l'avoit habite ou travaille. VIGENERE. Mais comment connotra-t-on ceux qui n'ont besogn que leur femme? AMIOT. Il sera bien ais. Assemblez-les ici, & qu'ils soient tous nuds, femmes aussi, & qu'on leur bouche les yeux, & qu'on les laisse aller quatre pieds, & qu'on leur dise qu'ils se cherchent pour s'entre-baiser: incontinent qu'ils se trouveront, voil que ceux qui n'auront eu affaire qu' leur femme, iront droit mettre le nez dans le cul: si pourquoi n'est-ce pas une mme viande que la bouche. MMOIRE. XXXV. ASCLPIADES. Or bien, par votre doctrine, cette aventure ne sera pas commune. Je vous assure que jamais je n'eus affaire femelle qu' ma femme, qui est, comme je crois, une vraie femme de bien; & encore que je ne besogne qu'elle, si ai-je toujours mal au vit; par ainsi je ne serai pas exempt, puisque ceci est vrai. POGGE. Mais les moines! AMIOT. Quoi! POGGE. O auront-ils le nez, s'ils ne l'ont fait qu' leurs garces? MAROT. Allez le demander l'abbesse de del l'eau, qui vous donnera de l'quivoque. Ma finte, je la mis bien en alarme, la premiere fois que je la vis! Devisant avec elle, je lui faisois des contes, & parlois de ce que plusieurs lui avoient dit; & finalement jouant; je lui mis la main prs le bas du ventre, sauf les toffes. O, o, dit-elle, vous tes bien hardi de mettre l la main. Eh, madame, pourquoi ne mettrai-je pas ma main en cet endroit? J'y ai bien mis mon chose. Quel chose? Celui avec lequel je pisse. Par saint Guillot, il n'est pas vrai. CICRON. _Erg_, vous en avez menti, comme dit l'autre. MAROT. Ne vous fchez pas, madame. Je dis que mon chose a bien t en ma main: & si je suis jamais abb, je tcherai vous faire ce que je pourrai. Vous seriez un bel abb. Je le serai quand je voudrai. Si monsieur de Marmoustier vouloit ouir quatre syllabes que je lui dirois, & me gratifier en accomplissant mon dire, je serois abb. Et que lui diriez-vous? Je lui dirois: matre moine, tez-vous. Ce n'est pas en quatre syllabes. Mais en quatre lettres, je lui dirois: A, B, C, D. Et puis je le ferois aussi-bien que les vicaires, & ferois de ncessit vertu, comme le sieur du Fouilloux, qui bera sa femme. Elle toit mauvaise, grondoit quand il venoit compagnie, rechignoit perptuellement, & lui donnoit tant & tant de tourment, qu'il ne savoit o se mettre. A la fin, il s'avisa d'un bon expdient. Il fit faire un berceau assez grand pour la mettre, & le fit porter en sa maison avec tout l'attelage: amena aussi un prtre, un greffier, & quelques siens amis, avec quatre crocheteurs, & six vezoux. Etant entr, il dit sa femme: a, ma mie, faites-nous bonne chere. Allez, dit-elle, de par le diable, faire votre bonne chere d'o vous venez. Vous ne servez qu' mettre tout sans dessus dessous. Adonc il se mit en colere, au moins le feignit; & il la fit prendre toute brandie, lier & emmailloter, & coucher dans ce berceau; puis commanda aux portefaix de faire leur devoir de bien bercer, ce qu'ils firent. Elle leur crachoit au nez, temptoit: je veux pisser; je veux chier. C'toit tout un; ils n'en beroient que mieux. Les vezoux disoient: _de la vase_; les gentilshommes dansoient _petonton_, les branles de Poitou. O! l, dit-il, mes amis, boutez; crivez, monsieur le greffier, les injures & opprobres, dont ma bonne femme m'honore. L, l, ma mie, vous mourrez bienheureuse; on ne dira pas que je vous aie tue. O! que vous serez heureuse! Mais arrtez un peu, berceux de paradis, afin que monsieur le chapelain la confesse. Confessez-vous, ma mie; vous n'avez plus qu'une heure vivre; j'ai piti de votre ame; je ne veux pas tout perdre. Elle temptoit plus fort & plus rudement. On beroit; & vous en aurez. A la fin, elle pria de parler son mari, qui, venu elle, lui dit: ma femme, il n'y a plus de moyen de parler moi; vous tes prte mourir; je vous pardonne, confessez-vous, afin que vous mouriez pnitente: sus, sus, bercez toujours. L, nobles berceux, a mes amis, vous ferez aller cette ame en paradis avec ce branle doux; jouez vos jeux, jouez; & nous tous, dansons de rjouissance de voir une si belle ame tre prte du bon repos tant desir. La peur commenant entrer en la conscience de cette femme, vint aux supplications, qui la fin furent si humbles & pleines de tant de protestations, que le mari, pri par ses amis, la dame fut dlivre; son mari la mit entre les mains des chirurgiens pour la saigner, cause de l'apprhension qui l'avoit saisie; & ds lors elle fut change de tout point de son humeur fcheuse. ARISTIPPUS. Si Socrates le bon homme et ainsi berc ses deux femmes, il les et endormies, & lui & sa nourrice eussent eu loisir de jouer ensemble, tandis que ses enfans dormoient; & n'et pas t affubl de la pote de pissat, que l'une lui jetta sur la tte par dpit qu'elle et qu'il n'avoit tanc celle contre qui elle querelloit. VIGENERE. Par la vertu donguoi, vous savez que j'ai belle femme & bonne. Moi, ni mes amis ne s'en peuvent plaindre. Nanmoins un jour, (quasi nuit, & il faisoit clair de lune, le soleil ne luisoit plus) que revenant de la ville, & entrant en ma maison, je trouvai un jeune avocat; & cela me fcha, d'autant que je craignois scandale. Je dis: ma femme, vous savez le bruit qui court de vous & de moi; car on dit de moi que je suis un peu cornard; & je le crois bien; & aussi de vous, que vous tes un peu garce; ce que je ne crois pas, mais vous tiens pour femme de bien; je le crois aussi-bien que vous. Par ma foi, mon mari, croyez-le, je vous en prie. Voil comme j'ai berc ma femme, & comme elle m'a berc, ce que je n'ai appris aucun alquemiste de l'Allemagne, de peur d'tre berc de celles fantaisies, qui leur feroient oublier le voeu secret, qu'ils ne disent qu'aux enfans de la science. ALOILOL. Je ne vis jamais tant parler. Aussi cette phrase n'toit point de mon tems; je vous prie, claircissez-m'en. VIGENERE. Soit; sachez qu'en toutes facults il y a un secret qui ne se dit qu' ceux qui ont la pure entre: & ce, afin que cela ne soit divulgu. Comme par exemple, je vous dirai que le principal mot du guet du _Moyen de Parvenir_ est d'avoir de l'argent: aux moines pour se saouler & besogner leur saoul, d'autant que c'est leur part; aux gentilshommes, pour parotre; aux ambitieux, pour se faire mistigorifier, comme petits dmons sur le plat d'une pelle; & aux autres, pour avoir du contentement en vrit, & non en songe. LA PUCELLE D'ORLANS. Ainsi que ces deux gentilshommes, qui toient venus l'entre du roi Charles Orlans, chez le lieutenant particulier. On les mit coucher ensemble. L'un songeoit qu'il se noyoit, & l'autre songeoit qu'il pissoit; & parce que le sphincter se dilata en cette ncessit, o fut fait vertu, il compissa tout l'autre, qui haletant & s'veillant, & se trouvant tout mouill, se prit crier: hlas! il est donc vrai? O, adieu, tous mes amis de ce monde. Ce pisse-en-lit s'acheva de gter par cet acte, d'autant que cette belle fille n'en voulut. Il est vrai que son valet l'avoit contamin le jour de devant. Il l'avoit embouch, & dit qu'il fit bonne mine, & que, quand il parleroit de son bien devant sa matresse il le doublt, & qu'il le tanceroit; & que pourtant il ne laisst de continuer. Etant donc en devis avec la mere & la fille, il disoit qu'il avoit entr'autres une bonne mtairie, o il y avoit beaucoup de commodits. Vous en avez bien deux, dit le valet. Taisez-vous, lui dit-il; il faut que vous causiez? Et aussi, madame, pour vous dire la vrit, j'ai une grange pleine de bled. Vous en avez bien deux. O! ho, ce compagnon ne se taira pas? Et puis, au bout de ma maison, j'ai une bonne garenne qui contient plus de trente arpens. Vous en avez bien deux. Paix, c'est assez; vous faites le suffisant. Le portail de ma cour est tellement baill mon clousieur, qu'il m'en doit une bonne vache. Il en doit bien deux. O! ho! ce pifre ne se taira point? Il est vrai, madame, que je suis assez bien de tout; mais j'ai une incommodit, c'est que j'ai mal une jambe. Vous avez bien mal toutes deux. ! ! de par le diable, c'toit ce coup qu'il se falloit taire; mais tout fut gt, honni & perdu. FANTAISIE. XXXVI. Cette belle en fut marrie, d'autant qu'il toit assez beau gentilhomme; mais cause de cela, elle disoit qu'elle et mieux aim se faire haillonner une douzaine de moines qu' lui. Z. R. Sand, vous avez tort, & vous dis tre plus sant de parler d'autres. Je vous dirai, en vrit, que cela n'est point beau de voir un homme d'glise, ou de justice, mis en train de friponnerie. Vraiment, il fait aussi bon voir une personne d'honneur en une mascarade, comme un cureur de retraits prsider au conseil. Il n'appartient qu' ceux qui ont bonne grce de faire les fous: il est trs-mal sant un vque, de faire le muguet & le beau fils, c'est--dire, le fat avec des femmes; ou un ministre, de gausser; & comme un cur de village, aller causer l'ouvrouer d'une beurriere, pour avoir de la graisse. Ma finte, cela ne vaut rien; & n'est pas beau un cur d'aller faire le gallefretier en une rue, ou une taverne. Il faut que telles gens soient leurs tudes; & s'ils ne peuvent tudier, qu'ils s'amusent pisser dans un pertuis, pour apprendre pisser droit & de vole. Encore, si ces gens-l toient gaillards, qu'ils eussent de belles rencontres, j'en serois tout ralu; & qu'ils fissent de gentils tours, ainsi que le vieil pnitencier de Paris, qui, un jour de sainte Genevieve, donna djener aux chantres de la sainte chapelle, lesquels ayant bu de son vin, & lui ayant dit: votre commandement; ils le prierent de leur en donner une bouteille pleine pour le jour de leur solemnit, & leur promit de leur en donner. Les compagnons, tant la veille du jour propos, envoyerent un gros valet monsieur le pnitencier, le prier qu'il lui plt, selon sa promesse, leur donner la bouteille de vin; ainsi dit-on. Or ils avoient fait provision d'une opulente bouteille, qui ne tenoit gures moins que celle des capucins, o il entroit presque un quart de vin. Le valet tant devant ce bon homme, & lui faisant sa harangue, & montrant sa bouteille, le sage vieillard conjecturoit ce qu'il avoit faire: notez qu'il toit docteur en thologie, prtre & chanoine, qui pis est; & puis de superabondant pnitencier, qui est cause qu'il savoit bien & mal; _primo_, parce qu'il savoit le sien; _item_, il apprenoit celui des autres. Parquoi ruminant, tandis que le gars lui parloit, il imaginoit son fait. Il fit mettre la bouteille sur la table; & sortant en la cour avec le valet, il lui dit qu'il allt appeller la chambriere qui toit de l'autre ct; c'toit pour l'amuser. Il y va; & le preud'homme prit trois ou quatre cailles, ou enfans de caillous, & rentre en la salle, mit le plus gros en la bouteille, si bien que cela se porta honntement. Le gars revenu avec la servante, il lui dit: , garon mon ami, voil de l'eau; rince la bouteille. Ce gars y met de l'eau; & commence & finit secouer bon escient; & caillou d'aller, & bouteille de se rompre, & l'eau de s'enfuir par-tout. Quoi voyant, le bon homme lui dit: ! lourdaut mon ami, si tu eusses mis l mon vin, il et t vers; tu as tort, je suis marri de cela; messieurs auront du dplaisir. Jeanne, dit-il, quand elle fut revenue, va qurir en haut cette bouteille clisse, qui est au clou prs de mon tui lunettes. Elle y alla, & apporta une bouteille d'environ un tiers de pinte. Il la fit emplir, & l'envoya par ce garon messieurs les chantres, avec ses recommandations. Allez, dit-il, ils en auront une autre fois: _cornifetu, cornifetu_, mon ami; c'est--dire, _quod differtur, non aufertur_. PATOLET. Comme vous parlez latin! Vous ayez vu autrefois la sibylle Mitre, comme l'Ecume. Si avoit bien notre servante, qui, courant pour aller voir le lit d'honneur o toit le chancelier de Birague tant mort, sa matresse la trouvant, lui demanda o elle alloit si vte. Je vais, s'il vous plat, madame, voir le cardinal Miracle. Et sa matresse m'en disant autant, je lui rpondis aussi. Elle me dit: o allez-vous si vte? Je cuidois qu'elle m'et dit six vittes, parce qu'on parle ainsi Paris; & je lui dis: je m'en vais chez nous, six cons. DIOTIME. L'autre jour notre servante chantoit un air de Ronsard, o il y a: _d'un gosier, &c._ Elle disoit: _d'un gosier, mange levrier, j'ois crier dans le coffre ma calandre_. Et ce fripon de Pelletier vint chier notre porte, puis heurta: le valet regarda par la fentre, qui dit: qui est-ce? Je veux parler monsieur: faites-le un peu venir la fentre. Monsieur l'avocat se promenoit en sa chambre, qui mit le nez la fentre, & lui dit: est-ce vous, monsieur? Oui, c'est moi, monsieur. Vous plat-il que je chie ici? Chiez, de par le diable; chiez, vilain; & lui dit de s'en aller. La servante trouva le cas au matin, & vint monsieur lui dire: le vilain d'asseoir a plant ses immondanits notre porte. FRACASTOR. Vous ne dites pas tout, il avoit bren dessus, & disoit que c'toit un mot latin, KPUT. MURET. Ce latin est pareil celui du vicaire de Chamberi, qui lisoit l'vangile des cinq pains; & au lieu de dire, _ut quisque accipiat modicum_, il dit, _accipiat modium_. Il disoit vrai; il et fallu beaucoup de muids. Ne disoit-il pas aussi: _quid statis occisi_, pour _otiosi_. Ce fut lui qui, nous annonant des btes, comme tantt, se voulant paillarder bien dire, & mit-il pas sur sa tombe, _requiescavit in pace_, s'il a plu dieu. Que voulez-vous? il y alloit la bonne iniquit. Encore y a-t-il des gens qui ont de la conscience, il est vrai, mais comment? Prenez-y garde, vous trouverez, si ce n'est sotise, que c'est pour la commodit: tellement que pit, saintet, justice, aumne, & toutes telles vertus, ou actions qui en dpendent, ne sont pratiques que par le dsir qui tend la commodit, sous le voile d'hypocrisie. ARETIN. Si ce que vous dites est vrai, il ne faut plus prier dieu. MURET. Ce n'est pas ce que je vous dis, pource que le moyen de se faire du bien aux dpens du pauvre homme, sans qu'il en soit marri, c'est qu'il faut prendre les bouts de chandelles qu'ils vont offrir, & s'en clairer disant ses heures; cela vous pargnera autant que feroit au roi d'Espagne, si on lui bailloit tout le fil dont on lie les allumettes, & qu'il le vendt aux Foucres, pour faire des serviettes aux Allemands. GAGUIN. Vous tes un grand mnager. MURET. N'ai-je pas t cordonnier? Ne sais-je pas que valent les brins de filets, qui joint bout bout sont utiles? POSTEL. Puisque tu es cordonnier, si tu veux je t'apprendrai un beau secret que m'enseigna l'empereur des Turcs, quand je le fus voir durant mon grand voyage Chtelleraut, o je vis l'origine de toutes les nations, tats, sexes & gens du monde. EUCLIDES. Tu nous en veux conter, pargoi, je suis un grand mathmaticien; je ne crois rien que ce qui se dmontre. POSTEL. Et si tu veux payer une once d'huile de canelle, pour graisser nos peignes, je t'enseignerai faire vingt paires de souliers en une heure. EUCLIDES. Cette heure-l seroit donc plus longue que les autres? POSTEL. Non sera: ne savez-vous pas bien que la plus longue heure du jour est celle du sermon? Et pour l'accourcir ou appetisser sans perte de temps, est djener tandis qu'on prche: le prcheur aura fait & ennuy plusieurs personnes, que vous n'aurez pas eu le loisir d'achever; & puis telle heure je ne voudrois travailler, tant je suis bon rform. EUCLIDES. Bien doncques, je paierai ce que vous voudrez. POSTEL. Sachez que les Turcs ne font rien; ce sont les chrtiens qui font leurs besognes; mais par excellence, leur empereur, que les sots chrtiens appellent le grand seigneur, comme s'il toit barbier & gant; ce prince-l de voleurs me fit bonne chere, parce qu'il pensoit que je me ferois ministre, & qu'ainsi je serois son commandement; & pour me gratifier, il m'apprit un de ses plus grands secrets; c'est de faire vingt paires de souliers ou environ, bons & chaussans, & ce en une heure, pourvu que l'on et de bonne toffe, savoir vingt paires de bonnes bottes, dont vous couperez le bas; & seront souliers; & le reste servira de gutres aux cordeliers. TITRE. XXXVII. SCALIGER. En ma conscience nous tions pour cette affaire, sur un notable franc arbitre; & les arbitres toient presque d'accord de la sentence de cet arbitrage. Je ne sais si j'ai bien dit; (va toujours; trotte qui danse.) Nous avenions aux rsolutions, & trouvions les sciences tout justement, y attendant justement comme pques en Mai, & rpondions propos, comme firent deux notables dames d'Orlans; l'une femme d'un apothicaire, qui je demandai si elle avoit de _l'agalochum_, & _agalochum_, c'est _lignum alois_; & elle pensoit que je lui demandasse si elle avoit autre drogue; elle me rpondit propos: monsieur, je ne me connois point en drogues; il faudroit parler mon mari. L'autre est la belle piciere d'auprs les ponts. Monsieur le procureur du roi, qui vouloit gausser avec elle, la voyant avec six ou sept dames, lui dit: madame, avez-vous de _l'agalochum_? Monsieur, dit-elle, voici plusieurs botes, il y faudroit mettre le nez. Etant aprs ces belles intelligences, voici la serviteuse qui nous vint dire que quelqu'un toit la porte, pour entrer ou sortir. QUELQU'UN. Quel mot est-ce que _serviteuse_? L'AUTRE. Ce mot vient du pays de sapience, & j'en use ici cause qu'il a des gens maris; _notate verba, & ponderate misteria_. Cette fille nous vint dire qu'il y avoit la porte un personnage qui vouloit parler au bon homme. Aussi-tt il alla lui, puis revint & nous dit: (je le dirai pour lui, parce qu'il est empch frire l'esprit d'un demi-cent d'crevisses, la mode de Bourges, o l'on les vend toutes nues) c'est un docteur d'Oxfort, qui n'est pas encore rsolu s'il se doit faire catholique ou huguenot; & il demande parler quelques aptres, s'il y en a cans. Vraiment non, dmes-nous, il n'y en a point ici; ils nous empcheroient de faire bonne chere; & puis ils auroient honte de l'hirarchie, & du criblement des ministres, parce que les uns ont trop lard l'oie, & les autres y ont trop mis d'pices, aprs l'avoir dpouille de ses fantaisies. L-dessus il fut tenu conseil de l'envoyer en Espagne, d'autant que l'on estimoit qu'il y pourroit avoir quelque aptre, cause que les Espagnols, pour la plupart, sont parens selon la chair. A quoi s'opposa Varro, disant que les Espagnols se prvalent tre les plus catholiques; & partant le plus parfait membre de l'glise; & allgua, _nescit sanguinem_, l'glise ne connot point ses parens. Parquoi on lui dit qu'il se pourvt; que nous n'avions la tte rompue que de telles gens qui changent de religion, pour demander le passage, comme ces Franois qui passent en Angleterre. Et cela dit, afin de lui donner quelque contentement, on lui fit une paraphrase apostrophique pour son djener, & qu'il s'en saoult s'il pt. Je vous dirai un grand secret, c'est que vous liriez ici quatre jours entiers, que vous ne vous saouleriez aucunement, & j'en dis vrai. Vraiment, nous n'aurions garde, si nous ne mangions quelque chose en lisant. REPRISE. XXXVIII. SOCRATES. Il n'y a personne qui ne tche faire son profit; & sur-tout boivant & mangeant. Et je vous dirai, belle & bonne personne, ma chair de prochain, vtes-vous jamais le pere Prologue? OVIDE. Tu nous veux faire passer ce petit tronon de bonne chere que vous ftes en Espagne, aux nces de la reine, fille de notre invincible roi. Tu as raison; pargoi, ils nous donnerent force paroles couvertes, quantit de mots dors, des phrases dlicates, beaucoup de menus propos qui nous passoient apostrophiquement par la bouche, ainsi que l'on mange les lettres aux coles. Et je vous profrerai un grand fait, qui m'a t rvl selon la trabale; que ce n'est pas sans raison que l'on fricasse les ames, vu que de tout temps, & de l'invention des potes, il y a certaines M que l'on mange; (& de fait, on pensoit s'quivoquer; mais bon escient) j'ai vu engouler des _ames_ toutes fraches, comme vous feriez une crevisse d'eau douce. Or je n'irai pas-l; je ne veux pas tre mang, je ne l'ai pas accoutum. SOCRATES. Mais disons de ce repas. OVIDE. Je n'ai plus en dire, sinon que nous mangions de ce que dieu nous avoit donn, comme dit l'autre. Et conscience, notre jardinier, qui toit un beau jeune homme, n'en voulut point; il se maria avec une belle jeune fille, qu'il fit femme, dieu merci & vous. Un dimanche matin, il cuidoit lui donner le picotin; & elle le pria de se contenir. O! , dit-il; & pourquoi? Mon ami, dit-elle, je me trouve mal. Etant leve, or toit-ce en t, il vit sa chemise tache de sang: hlas, ma mie! vous ai-je blesse? Non, mon ami. Et qui donc? Personne. Mais, ma fille, dis-moi que c'est. Ardez, mon ami, c'est que j'ai ce que dieu nous a donn nous autres pauvres femmes. Voyez-vous, ainsi que, quand vous tes chauff, le nez vous saigne; ainsi notre pauvre cas saigne tous les mois; & si alors un homme nous touchoit, il se perdroit. Et bien, ma mie, vous avez bien fait de me le dire. Si je me fusse perdu l-dedans, on et eu bien de la peine me retrouver, tant il y a de chambres, de recoins & de garderobes, sans les salles. Quelques jours aprs, il venoit de Vanves; & ayant bon apptit, il demanda souper sa femme, qui lui dit: oui, mon ami, il s'en va prt. Et que me donneras-tu, ma fille? Ne vous souciez, mon ami; nous mangerons de ce que dieu nous a donn. Elle parloit, comme vous dites ordinairement. Lui qui se ressouvint de ce qu'elle lui avoit dit, estimoit qu'elle lui donneroit de ses mois; il lui dit: ma mie, je vous remercie, je n'en veux point; je m'en vais souper avec mon compere. Je sais bien ce que je lui eusse fait, pour n'avoir point de ces harnois-l. SAPHO. Et dites, je vous prie; & quoi? OVIDE. Je lui eusse farci le ventre d'andouilles. SAPHO. Pargoi, tu nous en contes; Je crois que tu as hant les filles d'glise, c'est--dire les femmes de clotres, c'est--dire les garces de chanoines. Elles parlent ainsi, sans autrement user de respect, sinon qu'elles appellent les autres putains, chiennes, vesses, & qu'elles dbauchent leurs matres. LE CONSUL. Je ne m'bahis pas vraiment de ce que l'on dit: ho, ho, , Calvin, te souviens-tu pas bien de ce que disoit Hilaret, quand il contoit en chaire que tu tois fils du chanoine; & que notre ami de Saint-Denis, le chanoine, dnant avec notre vque, se mit parler contre ce cordelier, feignant tre fort fch contre lui, & faisant tomber propos ce poinct de son sermon, lui dit par colere fraternelle: je ne trouve point bon, que l'on dise des mensonges en la chaire. Je ne dirai pas comme le cur de saint Lifart, qui disoit que la chaire, o il toit, n'toit pas la chaire faire caca; mais dire vrit. Je dis donc que cela est messant de prononcer des impits en telle chaire. Vous avez dit que Calvin toit fils d'un chanoine; ce qui est trs-faux. Les chanoines sont gens pudiques, sobres du cul comme de la bouche, comme dit messire Guillaume le Vermeil, ils ne font point d'enfans: ce sont les cordeliers qui en font. S'il y a quelque femme qui se prte, voil un petit cordelier dessus. BUCHANAN. Je suis pour les peres cordeliers; cessez cette injure. Il y a apparence que les chanoines font des enfans, tmoin madame la roine de France, qui, allant Chartres en voyage, pour avoir ligne, & suivant un beau chemin fait exprs, parce qu'elle alloit pied, elle s'assit pour se reposer, que voici passer une belle grande paysanne des champs, qui cheminoit comme un prtre Breton. La roine l'arrte, & lui dit: bon jour, ma mie; o allez-vous? Je vais Chartres, madame. Que faire? Vendre du lait & des herbes. D'o tes-vous, ma mie? Je suis d'ici auprs, madame. tes-vous marie? Oui, madame, dieu merci & la voutre. Mais, madame, ne vous dplaise, dites-moi, s'il vous plat, qui vous tes? Je suis la roine. Excusez-moi, s'il vous plat, si je ne vous ai fait l'honneur que je devas. Mais, madame la roine, vous allez pied; & o allez-vous, madame la roine? Mais que ne vous dplaise? Je vais Chartres, ma mie, pour aller en cette belle glise prier dieu, ce qu'il lui plaise que j'aie enfans. Hlas, madame la roine, ne laissez pas de vous en retourner; ce grand chanoine qui les faisoit est mort, on n'y en fait plus. SCANDERBERG. Cette-ci toit presque aussi hagarde, que cette bonne femme qui demeure aprs le roi des veaux, la grille aux sots. Nous tions avec de Pise, ce bon magistrat, qui aida mourir ce ministre, qui renia ministere, pour se joindre aux finances; & je vous assure que nous ne tchions qu' rire & dner. Nous avions gagn notre procs; nous ne plaidions que pour les dpens. Nous tions, ma mie, en ce point, tout de mme que les garces, qui ne plaident jamais en dfendant; elles sont toujours aprs en demandant. Amour de garce, & ris de chien. Tout n'en vaut rien, qui ne dit tien; Bien de ribaud, & chair de garce, Etant unis, ont bonne grace. De _garce_ _grace_; il n'y a qu'une transposition. Et puis, Quand matre cot, & putain file, Petite pratique est en ville. MAROT. Tu seras meshui sur tes sentences; je pinte l'aise: Regarde au nez, & tu verras combien Grand est cela, qui aux femmes fait bien. DU JON. Regarde au pied, pour au rebours connotre Quel le vaisseau d'une femme peut tre. L'AUTRE. J'entre en fureur potique: Si tu voulois, je voudrois bien, Belle, ton corps joindre le mien. MOY. J'y suis, Jouer au jeu, qu'aux cailles on appelle, Aux filles est, chose plaisante & belle. JEANNE. Prte-moi ton _c, o, n_, pour mon _v, i, t_; Puis nous remuerons la lettre qui suit le _p_. SCANDERBEG. Vous? Que diable ne me laissez-vous dire! Or bien, nous tions-l, & voulions gausser cette vieille marchande. Elle toit parente & grande amie de Montoir, qui, un matin allant au four qui toit assez loin, elle vit messieurs de la ville qui mesuroient & piquetoient. Et da, dit-elle, messieurs, que voulez-vous faire? Nous voulons fermer la ville. Hlas! messieurs, attendez un peu, s'il vous plat, que je sois revenue du four; je ne muserai gueres. Cette marchande donc avoit des guillettes de velours, des bas-de-chausses de taffetas, une gane de faulx, des vrilles de bois, des fusils de laine, des dcrotoires mche, des arquebuses corde, de l'appas aux puces, de la tablature apprivoiser les souris, & telles sortes de marchandises. Nous lui demandmes: madame, avez-vous des brides veaux? Il faut voir, messieurs, s'il vous plat. Elle nous amusa l, plus de trois quarts d'heures & six minutes. Cela me fchoit, parce que je n'ai affaire que de tems & d'argent. A la fin, tant monte sur une escabelle, & ayant le dos vers nous, elle nous dit: messieurs, j'ai de mauvais enfans qui les ont brouilles & dmanches, si que je ne les peux trouver toutes entieres; & disant cela, d'une souplesse prompte & prmdite, va lever ses robes & sa chemise, & nous manifester son gros cul ample & fessu, nous disant: au moins, messieurs, voil les mords. Par ma conscience, dis-je, madame, nous voil bien refaits. Acoutez, messieurs, acoutez un peu; je vous dirai un conte pour vous appaiser. Ardez, j'tois la suite de l'arme de Moncontour, o j'eus beaucoup de dpouilles, dont voici les restes. Ainsi que nous tions ce mnage, voil la plus grande de la cour, qui, passant & voyant les morts de & del, parce que c'toient huguenots, n'en dit rien: mais en voyant un tendu, le ventre au soleil, & considrant la grandeur de son membre viril, va dire: voil grand-piti de cettui-l. Et nous de sortir de l, & de nous en aller: aussi-bien on nous attendoit dner chez un prlat. L'AUTRE. On m'a dit que c'toit le feu archevque de Tours, qui a appris messieurs de la cour se torcher le cul de papier blanc. Etant dner, & faisant bonne chere, il fallut, selon la coutume, rapporter quelque chose d'dification; & nous de dire notre fortune. J'en ai bien vu une plus belle, dit Dariot. Je venois de Mets; & je trouvai terre une coigne, & je dis: eh, que fais-tu l, coigne ma mie? Elle me rpondit rien. A, ha, h, va dire le cur de Gri, par man, monseigneur, il n'y a pas apparence qu'une telle piece de fer ait parl. Je ne dis pas, que si c'toit un landier ayant face d'homme, comme ceux de votre cabinet tudier aux perdris, qu'il n'y et raison. ARCHIVE. XXXIX. Passant ainsi de propos, en autres sur les discours d'dification, monsieur le chantre tira de sa manche un canon fort excellent, disant que c'toit l'abbaisse de Rousserai qui le lui avoit envoy, tel que la prieure l'avoit compos & fait chanter a soeur Jaqueline de la Gerandiere, qu'elle instruisoit ainsi sur ce mot _conculcavit_. L, ma mie, chantez bien; tenez-moi ce _con_ ferme, _con_: l aprs, _cul_; haussez-moi ce _cul_, _cul_: aprs ce _ca_; entretenez-moi ce _ca_: puis ce _vit_; l, tenez-moi ce _vit_ bien long. MAROT. Ce fut le colloque de Poissi, ce vnrable concile racourci, qui fut d'avis d'instruire des jeunes religieuses de telle sorte. Et de par sa mere, depuis que colloque a hant les dames, on a parl d'elles; non pas que l'on dt qu'elles fussent paillardes, mais on disoit qu'elles vivoient comme des putains. C'est piti que cela, & encore plus que vous ne sauriez dire. ALCIBIADE. La mere de notre boulanger, celui qui demeure aprs les Cordeliers, en toit tout en extase. Elle tenoit une livre de beurre en sa main nud, & voyoit un grand ne qui sailloit (je crois qu'il falloit dire _baudouinoit_) une jument. Cette pauvrette, pleine d'admiration, & voyant ce fouet qui entroit ainsi, serroit la main & faisoit dgoter le beurre entre ses doigts: hlas! mon beurre. RONDELET. Que voulez-vous dire de cette pauvre fille? Et bien, c'toit une motion qui l'avoit prise par admiration. Oui, & il y a ainsi des maladies qui prennent, qui vont, qui viennent ainsi que le temps qui court; & comme les maladies nous prennent allant & venant ou nous reposant, nous prenons le temps comme il vient, & de mme en font ceux qui mangent leur bien. Et de fait, passant par cette contre, nous voyions des personnes riches qui entamoient leur bien, & pour le manger faisoient diverses sauces. Les uns le mangeoient la sauce de rponce; les autres allant au march aux fesses; quelques-uns la sauce d'Allemagne; aucuns la sauce de la messe d'onze heures. CSAR. Demeurez-l. Qu'est-ce dire? RONDELET. Vous voil bien empch! C'est la sauce de paresse. Je n'ai pas voulu dire la messe paresseuse, ainsi que parlent les jsuites; au moins le bruit en court. AMIOT. Laissez courir le bruit avec le monde qui trotte, attendant que la coutume aille la haquene, & le bon temps le pas. Mais un peu, hau mon caporal, ces mangeurs ne boivent-ils pas aussi? LE BON HOMME. Et quoi donc, s'il sont maris, ils boivent de l'ordinaire, tmoin celui qui commenta les vieilles lgendes, o il mit l'entre de ses annotations: _tout homme de qui la femme pette, tant couchs ensemble, est bien heureux_; comme disoit notre confrere le chanoine, monsieur Joyeux; qui est mort chancelier, dieu lui fasse pardon, en l'glise de cans, pour plusieurs raisons. _Primo_, il l'entend; parquoi il sait qu'elle est auprs de lui, & ne le fait pas cocu pour lors. _Secundo_, il reconnot qu'elle n'est pas morte. _Tertio_, il jouit du sens de l'oue. _Quarto & perfecto modo_, il boit: ainsi il a plusieurs commodits, desquelles sont privs les prtres, & les autres gens de notre saveur. ADDIAS. Si est-ce qu'ils ne laissent de trouver le vin bon. MAROT. Par mananda, tu y es, & as bien fait de profrer cette goule qui se trouve vritable: & dire vrai, tu es le plus vnrable menteur de toute la compagnie. Prends un peu les mains Glycas & Cedrenus, & va chatouiller ce flaccon de vin, & me dis s'il est mle ou femelle. ARISTEUS. Oui d; il y a mle & femelle du vin; le blanc est le mle. MAROT. Va te faire panser mon barbier; il ne te coutera rien. Tu y entends comme un boeuf jouer de l'pinette. Puisque nous le tenons ainsi, pourquoi rsistes-tu l'criture de noble antiquit? SIMLER. Quand toute ton anticlit de tous les diables, & ta sapience de l'ante-christ seroit, je n'en croirois rien. J'ai beu plus de deux mille deux cent quatorze bouteilles de l'un & de l'autre vin; mais je n'y vis jamais ne cul, ne con, ne couillons. Partant je dclare que pipeurs & malheureux sont ceux qui mentent en vin quels qu'ils soient. Et pourquoi n'y faut-il pas mentir? Parce qu'il y a, _in vino veritas_. _Primo_, au vin la vrit, comme nous disons nous autres latins. _Secundo_, il est de serment. _Tertio_, on leve la main en le prenant. _Quarto_, & pour le mieux, on le prend & met sur sa conscience. Un homme est de bien peu d'esprit, s'il ne se connot en ce qui est de sa vacation; c'est pourquoi plus un prtre est savant juger le vin, & en avoir de bon, il est plus homme de bien; & notez cette dcision de Botius, qu'il a apprise du saint qui fut canonis de son temps, durant vendanges. HYPOCRATES. Vous n'avez point parl de l'odeur du vin? N'importe, parce qu'il ne peut faillir de sentir bon. S'il est bon, ce n'est pas comme quelques choses, dont il se faut servir sans les sentir. CSAR. Quelles? HIPOCRATES. Il ne faut jamais sentir un oeuf, ni une hutre, ni un con. NRON. A! jan voire, voici le mot pour rire. VATABLE. Je vois bien que vous ne le savez pas; je vous en ferai un beau petit discours dmonstratif. Du temps que je me mlois de prcher en notre glise, il y avoit un diacre qui toit falot, & qui y avoit reu de l'argent pour moi; il me vit s hautes chaires en ma place. Alors il prit en main cet argent, envelopp en du papier, & durant la messe il vint apporter le livre de l'vangile baiser, me le prsentant, il me ficha en la main ce papier avec l'argent; & me dit: _hc sunt verba sancta_. Cela toit le mot pour rire. Qu'ainsi ne soit, si on vous mettoit sur une table cent mille cus, & qu'on vous dt: ces cus sont pour vous, si vous en pouvez prendre trois poignes, ha! en disant sans rire: _gripeminaut_. A! h, & vous riez dj, vous n'aurez rien. NRON. Et d, vous ne serez pas si mauvais; vous me donnerez vos restes. VATABLE. Oui, je vous ferai comme les valets des archers de la garde du roi, que l'on dit du corps. Parce que les meubles sont de plus grande consquence, (tmoins les Normands qui vont sur les bateaux par eau, & font porter leur procs par terre: d'autant qu'il y a bien dire entre le bien & la vie. Celui que l'on jugeoit Chtillon, ayant ou son dicton, & qu'il seroit pendu, il le supporta: mais quand il out qu'il y avoit amende de vingt cus, qui toit plus que les deux tiers de son bien, il dit qu'il en appelleroit, si cela n'toit t, & bien on l'ta, & il se laissa prendre, de peur de faire des enfans pauvres). A ces valets de garderobe il avient au rebours de bien. En t, ont gros habillemens; c'est que leurs matres les laissent, pour en prendre de neufs qui sont lgers: & l'hiver venu, ils ont des habillemens lgers; d'autant que leurs matres en prennent de pesans, & leur donnent les vieils, selon la coutume. Voil comment leur bien va rebours; & s'ils pouvoient patienter, il auroient, _non secundm quitatem, sed secundm justitiam_: & da, je parle aux doctes, s'ils le peuvent entendre; & quand leurs habillemens sont uss, il faut dire: ne faites point de manches votre pourpoint, le corps n'en vaut rien, voire, mais le corps vaut toujours mieux. LOUVET. Quoi! le corps vaut mieux que les biens? Zacharie Durant, libraire de Genve, ne le croyoit pas, quand il fut frapp de la peste, & que le chirurgien lui et dit que ce l'toit. Ha! mon ami, dit il au chirurgien, si je viens mourir de cette maladie, je perdrai plus de mille florins cette foire de Francfort. ORDONNANCE. XL. Ainsi que je demandois boire, voil un grand bruit. Quoi! dmes-nous, est ce l le rsultat de quelque pape qui se fait, ou le _Te Deum_ d'un fait tout nouveau? Non, ce dit Calepin, c'est que l'on vient de couper le cou caresme; & nous en oyons le bruit qui en retentit de l'glise notre-dame de Paris Nantes. NERON. Comment cela? CALEPIN. Savez-vous pas que le C, est la tte de caresme, & A, est le col? Otez ledit A; le col sera coup, & ainsi il demeurera cresme. Le corps joint la tte sans cou, est tout vif, & ce la catholique, d'autant que, le jeudi absolu, on fait le cresme. PANTALEON. Ce n'est pas cela; j'en viens. C'est de Beze qui vient d'arriver; & neas Sylvius l'est all recevoir, cause de la similitude de jeunesse. Et gai, nous voil prou forts. Aussi-tt qu'ils furent entrs, aprs avoir salu la compagnie, qui but plus de dix-sept pintes de vin d'Arbois, ils se mirent s'entretenir de leur jeunesse: & comme ils devisoient profondment de leurs amours, voil ce mlancolique Genebrard qui les vint interrompre. Et bien, leur dit-il, vous avez bien fait des folies, tant jeunes; vous avez crit d'amour & de lubricit, que plusieurs ont tourn en sens rprouv. Il est vrai que les bien doctes, & qui ne sont point pdans, ont trouv vos crits bons; mais il y avoit de l'excs: foin, jamais ces cucules ne font que lanterner le beurre. Va, dit Sylvius, j'tois dispos de la braguette, & relev de gentillesse, quand j'crivois mes galanteries: mais depuis, je condamne tout cela; je les dsavoue. Et moi, dit Beze, je n'ai que faire de m'en excuser; je suis gentilhomme ce que je dis, & comme je l'ai toujours tmoign, quand les notaires m'ont demand ou crit mes qualits. Et bien, j'ai t galant en jeunesse; aussi j'tois prieur, dlibr comme un affieur de meurtriers: mais depuis que je fus rform, je retranche toutes mes foliettes joyeuses: & tout ainsi qu'un bienheureux Josu, je fis une belle circoncision de mes oeuvres juvenielles faites la catholique. Tandis qu'ils disoient cela, je voyois les compagnons de Genebrard qui se moquoient; & par dpit, le juge ds-lors que les prtres faisoient comme les putains. Toujours elles mdisent les unes des autres. Ainsi en font les ministres en Angleterre, & les alquemistes par-tout. Voire, mais putains sont femmes: quelle diffrence y a-t-il entre les femmes & les prtres? Ce sont gens de robes longues, grandes; les prtres mettent leurs amicts sur leurs ttes; & les femmes mettent leurs amis sur le ventre. LE PREMIER-VENU. Vous ne faites que m'importuner & me rompre la tte de vos discours, tant vous les mlez de biais; vous ne me laissez point venir un propos pour le savourer: vous en dites un bon; puis vous gtez tout. Vous faites ainsi que le cur de la Riche, qui disoit son valet Maugin: mange les naveaux. Et lui qui se jettoit sur le milieu, disoit: grand merci, monsieur, le lard est bon. O! , j'ai assez parl, sans boire; , page, baille-m'en; mais ne fais pas comme le laquais de la Roche-paille, qui, voulant donner un doigt de vin son matre, en versa au verre, & mit le doigt dedans pour mesurer, & trouvant qu'il y en avoit trop, le but: mais aprs qu'il remesura, il y en eut trop peu la fin il n'y avoit plus gueres de vin la bouteille: le laquais emplit sa bouche & filoit dans le verre tant que le vin montra jusques au doigt, d'autant que son matre n'en vouloit qu'un doigt. BELLARMIN. Il toit exact comme celui qui fit la belle tapisserie du verger, o il y a une Judith qui prie, & est genoux devant une notre-dame: ainsi que l'on voit aux minimes de Tours une vierge Marie, qui dit ses heures de notre-dame agenouille devant un crucifix; & l'ange est de l'autre ct qui dit son _ave_. PITHOU. Ha! par saint Jean, tu le dclares trop; va, je te laisse l'abandon, tu parles comme un rprouv. LUTHER. Taisez-vous, si vous tes sage; ne savez-vous pas que nos voix ici sont autant de statuts, vu que nous sommes en tat parfait? Il est vrai qu'il faudroit que ces guenippes en fussent hors. PITHOU. Voire, & pourquoi les injuriez-vous? BEZE. O! quand je m'en avise, je leur fais de l'honneur, parce que cette pithete de _guenippe_ vient de _Aganippe_, comme quand on dit _Citrieres les garces_; c'est--dire, _belle Vnus_. PITHOU. Tu leur feras de l'honneur, comme le Breton en fit monsieur de Vendme, du tems que j'tois son secrtaire; & je vous le dirai. Un monsieur de Trarmat vint voir monsieur de Vendme; & se prsentant devant lui, lui dit: monsieur, j'tois venu ici, pour vous faire la rvrence. Monsieur lui dit: faites-la. Il la fit, puis se tint droit & debout prs le buffet. Monsieur lui dit: mon gentilhomme, mettez votre bonnet, parlant la veille gauloise. Le Breton fit une grande & profonde rvrence. Or sachez que tels simples gentilshommes qui disent: monsieur, si votre cheval est jument, approchez-vous plus loin de moi. MAROT. (Et votre matre ne dit-il pas bien un plus beau trait au roi, ainsi qu'ils passoient un gu, & que devisant ensemble, le roi laissa boire son cheval, & monsieur votre matre ne voulut point permettre au sien de boire. Le roi lui dit: mon cousin, laissez boire votre cheval. O! ho, sire, il attendra bien, s'il veut, que monsieur votre cheval ait bu. O! ha, h, monsieur Cheval est le clerc de ce grand juge du palais, qu'un jour quatre des plus signales dames de la cour, (comme, sans faire comparaison, madame de... je ne le dirai pas, ce sera le commentateur) & autres l'toient all voir, pour le prier pour un procs: il les laissa, ayant parl elles; puis ayant fait un tour en sa chambre, attendant qu'elles sortissent, il appella son homme, & dit: Cheval. Plat-il, monsieur? Ces putains sont-elles encore l-bas? Elles l'oient; parquoi, de peur de l'tre davantage, elles s'en allerent.) Et bien, ce Breton? PITHOU. A! a, bien, je vous dirai; son fils reprsente sa personne. Il avoit au busque de son pourpoint, faute de mallette, son joyeux & gaillard bonnet de nuit. Oyant monsieur dire: mettez votre bonnet, toit en peine; le matre d'htel lui dit: faites ce que monsieur vous commande, il ne veut point de crmonies. Mais, dit-il, ses pages se moqueront de moi. Ils n'oseroient. Adonc le Breton, mettant son chapeau sur le buffet, mit la main au sein, & tira son bonnet de nuit, dont il s'affubla, & puis se vint promener avec monsieur. LE DISCIPLE. Quand vous avez dit monsieur, je pensois que vous parlassiez de feu monsieur notre matre, qui fut vque de la Basse-Bretagne, lequel ayant fait son coup d'essai d'une grand-messe, demanda son grand-vicaire s'il avoit beaucoup failli. Non, monsieur, dit-il, vous avez bien fait, sinon que vous avez un peu failli la patenostre. DU VERDIER. Notre aumnier n'y et pas failli, il disoit la messe bien diligemment. Il avint qu'un jour, lui absent, se prsenta un prtre qui dpcha fort; & quand il fut revenu, on lui dit qu'il toit venu un aumnier qui disoit la messe plus diligemment que lui. Sandregille, dit-il, il n'en dit donc rien, d'autant que je n'en dis pas le quart. Ce fut lui que monsieur vit abattre une garce; & ds le matin, pour faire journe. Etant retourn, monsieur lui dit: messire Ren, je vous prie de dire la messe. Il dit: monsieur, je vous supplie de m'excuser; je vous assure que, sans penser mon affaire, j'ai trouv une prude; & j'en ai pass outre. Oui, dit monsieur, je vous ai bien vu que vous secouyez le prunier. ARGUMENT. XLI. H bien, propos de vous, messieurs, vous direz que je suis fou; je voudrois le pouvoir devenir; parce que sitt que je le serois, je serois aussi-tt exempt du feu, si on me disoit hrtique; dlivr de prison, si je devois; non sujet au consistoire ou la mercuriale, ou la rprimande. Et pourquoi les fous ont-ils de si belles liberts & privilges? Parce que l'empereur Justinian, qui gouverne encore le monde fou, est devenu fou durant sa vie; par ainsi les fous sont empereurs, & _ converso_. Et vraiment je ne m'bahis pas si mon pere mourut par faute de bon gouvernement; _crede mihi_. Quand je revins de voyage, je ne trouvai point d'eau dans le seau, encore moins en la seille: il mourut comme Dole la danse Macabre; il y a la mort, qui parle un beau jeune homme, & lui dit: Ah, galand, galand, Que tu es fringand! S'il te faut-il meure. Et lui rpond: Et mort arrogan, Pren tout mon argean, Et me laisse queurre. L'AUTRE. O bien, si vous me calomniez, c'est tout un, il n'y a point de ma faute. Le valet de l'aumnier, qui les autres faisoient la guerre, le dit bien messieurs du bureau: vraiment, messieurs, il n'y a que les pauvres que l'on canonise. Or bien, touche-l; Vigneau; ta femme est femme de bien, je le crois, si l'ai-je besogne aussi bien que toi. O le niais! Elle est si laide, que je ne voudrois avoir affaire la femme, non plus qu'au mari. Passons outre; je sens dja que ce livre nous chappe, & me semble que je vois dja un fripon de proposant, qui est joint avec un aspirant la prtrise _mediante coquedindo_; & ils disent que je suis nigromanchian, que je fais parler des morts. Je suis bien plus habile que cela: les morts ont parl; ils le savent bien: mais je fais parler les btes; & beaucoup parleront, si dieu plat. Mais avisez, s'il vous plat, tout ce qui se fait, ou que l'on fait en ce monde; tout cela a une fin certaine; je vous en ferai une dmonstration notable. Allez chez un peintre, & voyez-lui broyer les couleurs. Savez-vous bien pourquoi on prend tant de peine les broyer diligemment? Je vous ai dit un grand secret; avisez-y: prenez la mollette & la levez; & vous verrez de beaux arbrisseaux & branchages qui y sont haut & bas. Et voil la cause pourquoi, la fin pour laquelle, les aveugles se connoissent en couleurs: & pource, si tu crains la goute, abbas-l, fous-l. Ma fille, belle servante, si mon valet te prie d'un peu de jouissance, prens un bton & lui en donne, tandis que je m'amuserai ces gens de rputation, qui sont pleins d'honneur, comme une truye de poivre. LE BON HOMME. Or , mes bons amis, vivons en libert, notre convive s'acheve, ils sont sur le dessert: je suis un peu sorti, pour vous le dire. D'autres pour tout recueillir le reste que j'ai oubli pour mon plaisir & votre commodit, d'autant que les yeux vous feroient mal, qui seroit fort au dsavantage de votre vue. QUELQU'UN. Bien donc, dites-moi, avez-vous envie de parvenir? Lisez ce volume de son vrai biais. Il est fait comme ces peintures qui montrent d'un & puis d'autre. On m'a dit qu'il y a quelques malotrus qui ont dit: voici des traits d'athiste. En da, je n'en sais rien; je m'en rapporte eux. Si j'ai rencontr dire leur navet, ' t sans le savoir. Je joue au colin-maillard; je prends ce que je trouve. Mais eux, qui sont sages & pleins d'intelligence, ils font tout par lection & connoissance. Il est toujours avis au chat breneux que la queue lui pue. Ne vous dplaise, si j'ai dit quelque chose qui regarde ou oye de ct, & sente mal votre got, ce n'est pas ma faute; c'est une perspective d'oreille qui est gauchie: & puis les parfaits sont aux cieux. Si je m'bats me moquer de vous, battez-vous dire bien de moi, afin que ce ne soit de vous dont je parle. Et puis, qui sait en bon escient que je veux dire, s'il n'a vu & lu le tout; & n'a requis le vrai sens de mon affaire? Et par la double fressure de mon petit chien, (j'ai quasi jur comme un connestable, & pris dieu partout: mais je me suis retenu par votre exemple), & vous dites donc, que je suis un moqueur, un contempteur? Il est vrai, si vous le prenez selon votre folle fantaisie, qui ne vaut pas une foute de chat: aussi je contrle vos sottises, & condamne vos impudences. Or chacun juge selon le poids de sa charit. Et de-l les bonnes religieuses qui apprendront ceci par coeur, diront: il est bon homme; il taxe les vices d'une belle faon. Et pour l'amour de cela, je me mettrai faire un beau livre, o je vous dirai la vrit tout au rebours des autres, & d'une faon si belle, que je le publierai aprs ma mort, afin que l'on voie que je dirai de bonnes choses, que je n'entendrai non plus que vous autres: & si deviendra tant authentique, que le monde de son temps le priseront sur tous, & le diront l'unique; tellement qu'ils tiendront tous les auteurs, ainsi que vous, comme vrais fous qu'ils sont, se travaillant pour nant, & pour penser acqurir une rputation qui se porte Paris sur des crochets, comme fagots bnis. Malheureux sont ceux qui se donnent de la peine, pour avoir bruit d'tre ou pipeurs, ou flatteurs ou mercenaires, dicteurs de folies d'autrui. Et afin que je puisse un jour commencer ce volume, je mettrai ici un tronc, tel qu'il est en notre ville, auprs le portail de la grande glise: Vous qui avez mine d'tre homs, Et qui semblez tre hommasses; Apportez quatre gros trons, Afin que l'oeuvre se parfasse. Et je vous promets que vous y gagnerez, & davantage, y apprendrez tout ce qu'il y a de bon en ce monde, ce que je vous prouverai en toutes & maintes sortes. FIN. End of the Project Gutenberg EBook of Le moyen de parvenir, tome 3/3, by Franois Broalde de Verville License: Share Alike